L'annonce du Vif fait l'effet d'une bombe et ne manquera de susciter un certain mécontentement au coeur des foyers belges, souvent incrédules face aux montants réclamés sur les factures de gaz et d'électricité. Sans parler des soldes de fin d'année, très rarement en faveur du client. Le Vif n'hésite d'ailleurs pas à évoquer "un pillage organisé entre Electrabel et les intercommunales concernées (Ores, Publifin), avec la bénédiction du monde politique".
Consommateurs spoliés
"On se rend compte qu'il y a derrière ces mandats un système qui protège depuis 25 ans une politique menée au niveau de la distribution pour profiter du consommateur, apporter des dividendes à Electrabel et nourrir les communes et les mandataires", dénonce Olivier Mouton sur Canal Z.
20 milliards d'euros
Le journaliste évalue l'ampleur du préjudice à la somme astronomique de 20 milliards d'euros sur 25 ans et accuse les politiques d'avoir fermé les yeux pendant tout ce temps sur une tarification excessive de l'électricité au profit d'Engie Electrabel et des communes.
Ores, le nouveau scandale?
L'intercommunale Ores gère le réseau de distribution de gaz et d'électricité dans 197 communes wallonnes, soit toute la Wallonie à l'exception de la province de Liège (Resa, filiale de Publifin-Nethys). Principale source de préoccupation du dossier, le rachat par Ores des dernières participations d'Electrabel dans le réseau de distribution d'électricité. Jean-François Mitsch, conseiller communal PS à Genappe, se demande en effet comment cette opération financière a pu atteindre le montant de 405 millions d'euros alors que la valeur de l'objet de la transaction était jugée inférieure à 200 millions. Selon lui, "le consommateur aurait payé plusieurs fois, dans sa facture, les investissements consentis pour la production et la distribution de l'électricité en Belgique".
Surfacturation systématique
Selon l'économiste Eric De Keuleneer, spécialiste indépendant du domaine de l'énergie en Belgique, "Electrabel et les intercommunales ont systématiquement surfacturé le prix de l'énergie, via des pratiques comptables et de lobbying politique, afin de doper les bénéfices", confie-t-il au Vif. L'expert a travaillé chez Luminus, Lampiris et participé à la préparation de la libéralisation du secteur énergétique à l'échelle nationale.
Défense
Du côté d'Ores, on minimise les faits. En réponse aux questions d'Olivier Mouton, Didier Donfut (président du conseil d'administration d'Ores scrl), Cyprien Devilers (président du conseil d'administration d'Ores Assets) et Claude Desama (ex-président d'Ores) reconnaissent que "le coût de l'énergie est effectivement élevé" mais que "la facture du Wallon est inférieure à celle du Flamand". Ils imputent également la hausse des prix à la décision du gouvernement fédéral (2015) de "soumettre les intercommunales à l'impôt des sociétés", ce qui a eu pour conséquence de faire gonfler la facture du consommateur "d'une vingtaine d'euros".
Vers une affaire Ores?
La structure de l'intercommunale Ores s'apparente fortement à celle de Publifin: des comités de secteur, des mandataires rémunérés et des fameux jetons de présence, l'un des noeuds de ce dernier scandale politique. Dans l'ombre de l'affaire Publifin, ces obscurs comités ont étrangement été supprimés après les premières révélations retentissantes. Certaines voix s'élèvent déjà pour dénoncer un nettoyage à la hâte pour éviter un sort similaire. "Pure coïncidence?", se demande Le Vif. Un dossier à suivre, assurément.
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