"Elu divers gauche à l’Assemblée depuis 2002, il a également été condamné à cinq ans d’inéligibilité. Son avocat, qui compte faire appel, dénonce un « assassinat politique ».
Le Monde | 25.01.2017 à 14h45 • Mis à jour le 26.01.2017 à 11h22 | Par Jacques Follorou
Paul Giacobbi au tribunal de Bastia, le 1er décembre.
En Corse, la justice a souvent soigneusement évité de prendre de front le pouvoir politique insulaire. Voilà sans doute pourquoi le choc est réel, et l’île, dont la force de résilience n’est plus à démontrer, va mettre un peu de temps à digérer la condamnation, mercredi 25 janvier, de Paul Giacobbi, député (divers gauche) de la Haute-Corse, par le tribunal correctionnel de Bastia à trois ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité pour « détournements de fonds publics » dans l’affaire dite des gîtes ruraux. Il devra également s’acquitter d’une amende de 100 000 euros.
Le tribunal a suivi les réquisitions du procureur de la République, Nicolas Bessone, qui avait considéré à l’audience, fin novembre, que M. Giacobbi avait été « le grand ordonnateur d’un système dont il a été le premier bénéficiaire à des fins politiques ». M. Bessone avait décrit l’existence d’un « système » permettant l’organisation d’une fraude qui a coûté 494 374 euros au département de Haute-Corse entre 2007 et 2010. Cette collectivité a été le fief de M. Giacobbi, héritier d’un des clans les plus puissants du nord de l’île et longtemps maire de Venaco (Haute-Corse). Il l’a présidée de 1998 à 2010 avant d’être élu à la tête de la collectivité territoriale de Corse jusqu’en 2015.
« C’est un assassinat politique », a commenté son avocat, Me Jean-Louis Seatelli, qui a annoncé qu’il ferait appel d’un jugement qu’il qualifie de « décision incroyable et incompréhensible qui ne tient compte en aucune manière de la personnalité » de M. Giaccobi. L’intéressé était absent lors du délibéré. Pour sa défense, M. Giacobbi a affirmé que « l’administration avait failli » et que sa signature a été imitée. Il réfutait, par ailleurs, « le mobile électoraliste » de ce détournement, car, a-t-il dit, s’il avait voulu « arroser », il l’aurait « fait avant et de manière différente », précisant que « distribuer 100 000 euros n’a aucun impact politique ».
Un accusé relaxé
Pour la justice, le mode d’attribution des subventions accordées pour la création et l’aménagement de gîtes ruraux à des fins touristiques, a basculé « à partir de 2006-2007, précédant l’année électorale ». Jusque-là, la procédure obéissait à des conditions strictes. Les fonds n’étaient versés qu’après la fin de travaux réalisés en zone rurale, aux seules fins de location saisonnière et après contrôle. A partir de 2007, elles furent allouées, sans contrôle, dans une semi-clandestinité et dans une logique purement électoraliste à une caste d’élus, à leurs affidés, voire au premier cercle des soutiens de M. Giacobbi ainsi qu’à des proches du personnel du conseil général.
C’est tout le clan Giacobbi qui est touché par cette affaire. Son ex-directeur général des services au conseil général, Thierry Gamba-Martini, a été condamné à deux ans de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende. Le tribunal a prononcé à l’encontre du conseiller général et président de l’association des maires de Haute-Corse, Pierre-Marie Mancini, une peine de trois ans de prison avec sursis et cinq ans d’inéligibilité." (...)
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