"Quelques jours avant notre arrivée au Népal, nos amis népalais nous informent du nouveau blocus de la frontière avec l’Inde. Si les plus jeunes semblent n’y voir qu’une situation temporaire, l’heure est au souvenir et au pessimisme pour les plus âgés. Ils se rappellent ce blocus de 1989-1990, il avait duré dix-neuf mois. Quant aux restrictions commerciales imposées par l’Inde entre 2001 et 2002, pendant les négociations d’un traité bilatéral entre les deux pays, elles avaient durablement marqué la population. Ce dernier blocus de la frontière a été mis en place au début de septembre 2015, et il est toujours en vigueur. Les enjeux sont encore liés à la politique, qu’elle soit nationale ou internationale, mais il est toujours aussi difficile d’en saisir les véritables raisons.
Les quotidiens locaux attribuent le blocus à la nouvelle constitution népalaise promulguée le 16 septembre 2015, après neuf années de discussions entre les partis politiques. Cette constitution est rejetée par la population des Madhesis, un groupe ethnique vivant dans les plaines du sud du Népal limitrophes de l’Inde, qui entretient des liens forts avec ce grand et puissant voisin. Il y a cinq mois, pour exprimer leur mécontentement, les Madhesis ont proclamé une grève générale en décidant de bloquer le plus grand poste de frontière avec l’Inde, à Birgunj, où transitent 70% des échanges commerciaux entre les deux pays.
L’Inde appuie leurs requêtes et, depuis, laisse passer au compte-goutte carburant et autres marchandises stratégiques. Les affrontements entre Madhesis et la police népalaise ont causé la mort de plus de 50 personnes et fait de nombreux blessés. Le 5 février, des résidents exaspérés ont rouvert de force le passage frontalier entre les deux pays, rapporte l’Associated Press. Plusieurs camions de marchandises et d’autres véhicules ont alors pu s’engouffrer dans la brèche, éphémère, avant que des membres de l’ethnie madhesie se mobilisent en masse pour refermer la frontière.
QUI A INTÉRÊT À CLARIFIER LA SITUATION ENTRE L’INDE ET LE NÉPAL ET LA CRISE QUI EN DÉCOULE?
À la fin juin 2015, deux mois après le tremblement de terre, alors que nous cherchions les moyens d’acheminer de l’aide de première nécessité de l’Inde vers le Népal, un ami indien nous écrivit: «Le gouvernement indien de façon non-officielle ne laisse plus passer aucun type de secours humanitaire vers le Népal. On ne refuse rien, mais on ne donne pas la permission non plus.» Mais à l’époque, nous ne nous doutions de rien. Kunda Dixit, journaliste et rédacteur en chef du quotidien Nepali Times, déclarait pourtant dans un article publié fin septembre 2015 dans le magazine Time: «Le Népal n’a tout simplement pas assez d’importance stratégique, il n’y a pas de troupes de l’OTAN ici, on n’a pas de pétrole et le blocus est trop compliqué à expliquer au monde. Sans accès à la mer, le Népal réalise plus des trois quarts de son commerce avec l’Inde et la presque totalité son pétrole est issu des raffineries indiennes. Les importations de pays tiers doivent également transiter par le territoire indien à partir des ports comme Kolkata.»
Alors qui a intérêt à clarifier la situation entre l’Inde et le Népal et la crise énergétique qui en découle?" (...)
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