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Le spectateur de Belleville
May 8, 2020 4:23 PM
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Publié par Vanity Fair, le 6 mai 2020 Christiane Taubira : « Je passerai vérifier que les théâtres sont restés à leur place, même s’ils restent muets » Dans un texte personnel et puissant, l’ancienne ministre de la Justice nous raconte comment le confinement a failli la rendre « brindezingue ». Et pourquoi elle rêve désormais de monter sur un escabeau entre les rayons d’une librairie.
Le confinement a commencé chez moi par une petite tempête mentale. Oh ! rien qui dévaste rien. Juste quelque chose qui, dans l’air, emporte ce que vous croyiez tellement enraciné que l’arracher allait déséquilibrer la Terre : comment fait-on pour obéir ? Monumental défi ! Vite, relisons Etienne de la Boétie malgré sa fraise en guise de col : le Contr’un, la servitude volontaire et tous ces oppresseurs qui ne paraissent grands que parce que nous sommes à genoux et trop contents de nous abaisser nous-mêmes et de nous laisser faire. Citation libre. S’agit-il bien d’oppression ? Honnêtement… pas encore. De répression ? Sans nul doute.
Car avant de nous laisser digérer les ordres (et les contre-ordres, mais ça on ne le sait pas encore), et alors que tout le reste est approximatif (sauf la déclaration de guerre à l’invisible ennemi aussi coquin mais infiniment plus redoutable que les molinos de viento, les moulins à vent de Villanueva), on nous menace. Pas de travaux forcés ! gardons la mesure. De contrôle, de réprimande et très vite d’amendes, très aggravées pour les récidivistes. Et d’un peu de maltraitance. Ce n’est pas dit mais ça va avec, on en a tous pris l’habitude depuis que sans quitter la périphérie ça se rapproche du centre-ville et même des beaux quartiers… pour ceux qui n’ont rien à y faire. Ce ne sont pas les moulins de Villanueva, mais pour nous, c’est une vie nouvelle.
Donc, comment obéir, et sur une chose aussi essentielle, existentielle, consubstantielle, charnelle, naturelle et culturelle, antédiluvienne et contemporaine que la mobilité, sortir, marcher, pédaler, sauter pour enjamber une flaque, flâner, driver, aller voir les autres jusque chez eux, tout près ou loin dans le monde, pour leur parler, les écouter, rire avec eux, défaire le monde puis le recoudre, rêver, agir, frémir, espérer, vouloir. Bref, comment devenir sédentaire. Et pas brindezingue. Sédentaire. Casanière. Solitaire. Pantouflarde. Tout en échappant à la confusion. Pas gagné ! Vous n’avez qu’à relire le début de ce témoignage. Un fouillis, non ?
D’ailleurs, il me faut reprendre : comment faire, une fois que l’on a compris qu’il ne s’agit pas, en l’occurrence, d’obéissance, même si ceux qui l’ordonnent font comme si, mais de responsabilité et de civisme ? Comment faire dans sa tête ? Puis avec ses jambes. D’abord, repenser la vie, en ne chipotant pas la place des autres. Ça commence par des efforts - vrais et grands - pour rester informée. Ça n’a l’air de rien, mais c’est un vrai changement. Faire tout ce qu’on peut, tout près de soi et aussi loin que possible pour ces autres. Et tenir bon.
Comment regarder quatre vélos, dont un abîmé voilé par un transitaire négligent, un autre la fourche-avant démolie par le même transitaire négligent et impudent, deux bien attaqués par la rouille équatoriale ; et regretter celui qu’on m’a volé devant le ciné le 8 mars, joyeuse fête. Un seul réparable, réparé. Trois kilomètres en plein air, c’est vite fait. Trop vite. Puis un kilomètre autorisé, un seul, c’est à peine le temps de siffler Mister Bojangles ou Les derniers Tziganes, tout juste échauffée, ça finit par quelques rondes dans les rues de la ville désertée, même par les oiseaux, déprimant ! J’ai acheté un vélo d’appartement et un vélo elliptique. Je sue sur place, le paysage ne bouge pas. J’ai observé que les feuilles au sommet de l’avocatier prennent une jolie teinte rousse translucide, couleur inhabituelle sous nos cieux tropicaux.
Danser sur du Bob Marley, méditer sur Walter Benjamin
Ce n’est pas tout. Il faut se conformer à l’impossible. Donc, se pourvoir en masques. Deux tailleurs ont pris les devants. Bon, le masculin vaut seulement pour l’un. L’autre reçoit et fait des phrases mais c’est une femme qui, comme la Maman d’Aimé Césaire pédale, pédale sur une increvable Singer. A vrai dire, je n’ai pas vérifié la marque. Donc chez ce tailleur-là, c’est une dame qui travaille et un monsieur qui vend. Les tissus sont bien jolis. Sauf que, le masque étant fait de deux couches d’épais tissu insérant une bande de feutrine, de temps en temps il faut l’abaisser pour respirer vraiment.
« J’ai réalisé que je risquais, étant consciencieusement disciplinée, davantage de mourir asphyxiée que covidée. »
Petite panique, je me suis souvenue avoir lu, je ne sais plus où, que lors de l’apnée le cerveau est moins oxygéné et durant ce temps des milliers ou des millions de neurones sont détruits. Ou quelque chose d’approchant. Ce souvenir imprécis ne vaut pas théorie scientifique, ce qui ne m’empêche pas de m’inquiéter de la masse de mes neurones susceptibles de se retrouver en poubelle. J’ai réalisé que je risquais, étant consciencieusement disciplinée, davantage de mourir asphyxiée que covidée. Or, j’avais commandé plusieurs masques, et j’en avais offert. Je me suis demandé s’il ne serait pas prudent de faire signer une décharge attestant mes bonnes intentions aux personnes qui perdraient ainsi une part de leurs neurones.
Pour renouveler les miens, je fais des orgies de lecture, non plus seulement de nuit, mais désormais, de jour aussi. Je rôde dans ma bibliothèque en plein jour. C’est aussi parfois de jour que j’éventre mes cartons de livres, sans trouver ce que je cherche mais en trouvant toujours autre chose de bien intéressant. Ces activités nocturnes en plein jour, c’est une preuve tangible que le monde a perdu la boule. Je complète par des agapes de musique et de chansons. J’écris, sur des choses sérieuses, pour de grandes et belles causes ou, comme maintenant, pour vous distraire et surtout avouer que je suis plutôt moins douée que la moyenne pour rester tranquille et me soumettre au temps lent. Et je danse sur Cesaria Evora, Dominique Leblanc, Myriam Makeba, Bob Marley et d’autres ; je médite sur Mireille Delmas-Marty, Mahmoud Darwish et Walter Benjamin ; je chante à tue-tête Nougaro, Barbara, Marvin Gaye, Tracy Chapman et d’autres.
« Je gravirai les marches quatre à quatre de l’opéra Garnier, non, deux à deux c’est plus sûr pour mes jambes. »
Et je pense à l’après. J’irai vadrouiller à vélo, je ferai le tour de mes salles habituelles de cinéma, même si elles n’ouvrent pas. Je passerai vérifier que les théâtres sont restés à leur place, même s’ils restent muets. Je me précipiterai en librairie, pour admirer bouche bée les vitrines thématiques ou éclectiques, déambuler entre les tables et d’un rayon à l’autre, je monterai sur les escabeaux pour atteindre les livres les plus hauts et lire la quatrième de couverture avant de faire mon choix. J’irai humer l’odeur en devanture des salles de concert de jazz. J’irai voir si la Philharmonie côtoie toujours la Cité de la musique et le Hall de la chanson. Je ferai plusieurs fois le tour de la place de l’Opéra Garnier et je gravirai les marches quatre à quatre, non, deux à deux c’est plus sûr pour mes jambes, quatre fois en montée et quatre fois en descente, juste le temps de reprendre contact sans inquiéter les vigiles. Puis je filerai place de la Bastille, tendre le cou pour lire le programme sur l’écran géant de l’Opéra. Je passerai chez les disquaires ou devant leurs échoppes, en attendant de pouvoir fouiller parmi les vinyles, anciens et nouveaux, frissonner et vibrer en mettant la main sur une rareté.
Puis, parce que le monde aura changé pour de bon, ou qu’il faudra l’y forcer, je ferai au mieux, par ma voix, ma plume, mes moyens, mon action avec les autres, pour chasser la brutalité sociale, traquer les injustices, casser l’accoutumance aux détresses, chauffer les débats sur d’autres modes de vie, conforter les solidarités anciennes tout en défrichant les solidarités nouvelles, et ridiculiser ceux qui brocardent la fraternité.
Je sais : c’est pas gagné. N’empêche…
PAR CHRISTIANE TAUBIRA Garde des Sceaux, ministre de la Justice (2012-2016) Membre honoraire du Parlement Dernier livre paru : Nuit d’épine (2019, Plon). Photo : © Patrick Swirc / modds
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Le spectateur de Belleville
May 6, 2020 5:46 PM
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"Il va nous falloir impérieusement continuer à hurler", un texte du metteur en scène David Geselson
Par David Geselson sur sa page Facebook le 6 mai 2020 Chères amies, chers amis, chers collègues , chères ennemies et ennemis, Il est impossible de prédire si dans les semaines qui viennent le Covid-19 circulera encore, ni de quelles façons. En attendant la peur a uni une immense partie du monde occidental riche. Face à cette peur de la mort, nous avons obéi : rester chez soi, s’arrêter, ne pas mourir. Il se trouve qu’en France, nous avons la chance inouïe d’avoir accumulé des sommes faramineuses d’argent. Et nous avons aussi la capacité d’emprunter à ceux qui en ont l’argent qu’il nous manque pour faire fonctionner nos pays. L’argent public vient de là : impôts sur nos activités rémunérés, emprunts aux banques centrales, assureurs, banques nationales et privés, marché financiers, fond de pension, etc. Grâce à cet argent public l’État tente de sauver nos activités - qui par ailleurs sont pour une bonne partie polluantes et destructrices de nos habitats. Pour ne pas semer la mort en contractant et en diffusant un virus potentiellement ( mais rarement ) mortel qui s’est développé parce que, précisément nous détruisons notre monde, on nous paie avec de l’argent gagné - en partie- en détruisant notre monde. On marche à l’envers. Mais bref. Alors que l’argent public se déverse dans des secteurs aussi divers que l’automobile, l’aviation, ou la santé, nous vivons dans la culture une étrange chose dont il me semble impérieux de se saisir.
Il a fallu hurler et taper du poing sur la table de l’État pour avoir des aides. Il va nous falloir impérieusement continuer à hurler. Et si l’on compare les liquidités injectés dans l’automobile et l’aviation à celles injectés dans la culture nous allons nous arracher les cordes vocales. On en conclura en passant qu’il semble plus urgent et vital de sauver la possibilité de vendre des voitures à essence et de faire voler des avions chargés en kérosène que de sauver la possibilité de faire des spectacles ou des films. N’en débattons pas ici. Il semble en tout cas que les gens qui gère notre argent public font des choix qui promettent de perpétuer la peur : La planète se réchauffera d’une façon dramatique dans les 20 ans à venir quoiqu’il arrive. Les maximales prévu à Paris au cours des étés 2040 à 2050 se situeront entre 45 et 50 degrés. Et il ne s’agit pas là de probabilités mais de certitudes. Une partie importante de notre pays risque de n’être plus habitable. Et il ne s’agit pas là de probabilités mais de certitudes. Les conditions de la révolution sont réunies. "Dans une révolution on ne chante pas. On est trop occupé à se battre." Parce que nous jouons notre survie à court et à moyen terme. Et que ce virus nous offre une nouvelle fenêtre sur notre présent et notre peur de la mort. Il disparaitra. Quand la destruction de nos habitats en cours, elle, ne s’arrêtera pas. Mais nous avons enfin une utopie commune : empêcher la destruction de nos vies et de celles de nos enfants en construisant une société dé-carbonée, fondé sur une agriculture durable et respectueuse du vivant. Un horizon existe. Quand bien même il est déjà bien tard et que nous avons déjà perdu une partie du combat. Les femmes et les hommes de culture que nous sommes peuvent porter leur part de pensée dans la révolution qui commence. Il serait cynique de se laisser doubler dans la course de la révolution écologique par les grands industriels et chefs d’entreprises. Il s’y essaie déjà. Nous sommes en retard. Parce que comme beaucoup nous luttons pour notre survie. Le patron d’LVMH a sans doute moins peur de ne pas réussir à nourrir sa famille qu’un artiste ou un directeur de théâtre dont la survie dépend exclusivement de l’argent public, qui manque parce qu’on aura préféré sauver la voiture à essence que les histoires d’amours ou de guerres sur les plateaux de théâtre. Il est impossible pour qui que ce soit d’affirmer que nous pourrons nous réunir à plusieurs centaines dans des salles closes ou en plein air dans les mois à venir. Quiconque aujourd’hui se prononcerait là-dessus serait un menteur. L’État nous demande aujourd’hui d’inventer autre chose. D’autres façons de faire de l’art destiné à être vu ensemble. Nous savons le faire. Nous pouvons le faire. Nous pourrions savoir et vouloir le faire. Nous voudrions le faire. Parce que c’est ce que nous savons faire : nous chantons au milieu des tumultes, nous nous racontons des histoires, nous jouons des symphonies sur les champs de batailles. Seulement dans une révolution on ne chante pas. On est trop occupé à se battre. C’est ce que disait Malcolm X en 1963 alors qu’il luttait pour sa survie et la survie de son peuple. Nous en sommes là. On nous demande de chanter au milieu du feu. Mais il faut aussi éteindre l’incendie. Il y’a chez les économistes qui gèrent et redistribuent notre argent public un impensé dont nous pourrions nous saisir avant toute chose. À la condition d’avoir de l’argent, beaucoup d’argent, au moins autant d’argent que pour sauver l’industrie de l’automobile à essence. Continuons à l’exiger. Puis la révolution écologique devra passer par nos lieux de culture. Commençons tout de suite. Si nous ne pouvons pas jouer et chanter devant des gens cet automne nous pouvons créer et nous pouvons penser. Et pour ceux d’entre nous qui se déciderais, parce qu’ils le peuvent, à chanter malgré tout pour les quelques uns qui viendraient se blottir au coin de notre feu, il nous faudra alors les aider à se battre et qu’ils se battent avec nous. Nous ne sauverons pas le monde en sauvant les voitures à essence. Nous ne sauverons pas non plus le monde en touchant de l’argent public collecté via les industries et entreprises détruisant nos habitats.
Mais nous pouvons commencer à rassembler des communautés humaines autour d’autre chose que la peur : la foi en un monde pérenne pour nous et nos enfants. Toutes les conditions de la révolution sont réunies. Il faut commencer. Et il faut commencer en ayant garanti nos conditions de survie. Parce que cela est possible. Si les théâtres n’ouvrent pas nous créerons les formes à venir et nous nous devons de penser à la façon de devenir des modèles écologiques pour les femmes et les hommes que nous inviterons dans les maisons que sont nos théâtres. Si les théâtres rouvrent nous devrons continuer ce que nous devons commencer aujourd’hui. L’une des choses que nous savons faire en dehors de créer est de construire des façons de réunir des gens. Travaillons à ce que nos maisons, nos compagnies, nos créations, nos productions soient des exemples écologiques radicaux durable et non destructif. Commençons immédiatement pour ceux que nous inviterons lorsque nous ouvrirons demain. Il nous faut nous battre, tout de suite. Parce que nous sommes, pour un tout petit temps encore, en paix. David Geselson Publié sur sa page Facebook le 6 mai 2020
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Le spectateur de Belleville
May 6, 2020 2:19 PM
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Propos recueillis par Stéphane Capron dans Sceneweb 6 mai 2020 “Année blanche” pour les intermittents, fonds d’indemnisation pour les tournages annulés et exonération de cotisations pour les auteurs : Emmanuel Macron a annoncé mercredi une série de mesures de soutien à un secteur de la culture touché de plein fouet par la crise économique liée au coronavirus, appelant les artistes à être “inventifs” dans cette période d’incertitude. Des annonces faites après une réunion avec douze artistes dont la comédienne Norah Krief, la chorégraphe Mathilde Monnier et le metteur en scène Stanislas Nordey. Vous êtes l’un des artistes ayant participé à cette visio-conférence avec Emmanuel Macron, le Président de la République. Est ce que ce rendez-vous a répondu à vos attentes ? Nous les signataires de la tribune du Monde, ce que l’on attendait c’était avant toute chose de rassurer les artistes, de leur donner une perspective et que l’état anxiogène dans lequel ils se trouvent en ce moment puisse se dissiper un tout petit peu. La réponse d’Emmanuel Macron est satisfaisante. On a obtenu ce que l’on a demandé avec d’autres, avec les signataires des deux pétitions, et sans conditions. La présence de Bruno Le Maire et de Muriel Pénicaud a accentué le fait que la réponse avait été prise au sérieux à tous les niveaux de l’Etat. Est-ce qu’il a fallu le convaincre ? Quand nous sommes arrivés, ils étaient convaincus. Ce matin on a essayé d’ouvrir des perspectives pour l’après, de faire des propositions. On nous avait demandé de plancher sur un état des lieux dans chacun de nos secteurs et d’apporter des solutions. Mis à part les mesures d’urgence qui ont été mises en place depuis le début de la crise sanitaire, Emmanuel Macron n’a pas dégagé de fonds supplémentaires pour le spectacle vivant, est-ce que vous le regrettez ? Je dois avouer que je n’attendais pas plus que cette année blanche. Il reste du chemin à faire. Il y a quelques annonces intéressantes sur les commandes faites à de jeunes artistes. Sur le spectacle vivant, cela reste encore à construire. Je ne sors pas de cette réunion comme si elle n’avait servi à rien, car il y a eu des engagements de crédits sur l’enseignement artistique et culturel. On avance petit à petit. Je n’attendais pas le New Deal ! J’espérais surtout que l’on puisse rassurer les intermittents. C’est fait. On a demandé un nouveau rendez-vous dans deux mois pour voir comment nos propositions ont été prises en compte. Il a beaucoup insisté sur la réinvention des formes de créations. Y avez-vous déjà réfléchi pendant ces deux mois de confinement ? J’échange quasiment tous les jours avec Wajdi Mouawad, Thomas Jolly, Arnaud Meunier, et beaucoup d’autres de mes consœurs et confrères. On cherche des solutions pour voir comment on peut inventer cette saison “hors norme” comme l’a nommée Emmanuel Macron. On a des pistes de travail. On a insisté pour avoir une visibilité car pour le moment il est impossible de construire quelque chose d’innovant pour les mois à venir. On a insisté pour retourner dans nos lieux le plus vite possible. Répéter pour le spectacle vivant. Tourner pour le cinéma et la télévision. On a demandé l’accélération d’un calendrier de retour des publics à partir de septembre. Que l’on sache à partir de quand nous serons en mesure d’accueillir 100 personnes dès septembre, puis 300 en novembre, puis 500 en janvier. Si on avait un échéancier comme c’est le cas pour l’école – même si il est perfectible – cela nous permettrait de construire des choses dynamiques et innovantes. Emmanuel Macron a évoqué une réouverture de certains lieux dès le 11 mai, pour permettre aux artistes de poursuivre leurs répétitions. Est ce que cela va être votre cas au Théâtre National de Strasbourg ? Le TNS va rouvrir ses portes au personnel à partir de mercredi. D’ici-là avec le directeur technique, avec la sécurité et la maintenance, on visite le lieu pour baliser, regarder les sens de circulation. On va cependant favoriser au maximum le télétravail. Et à partir du 2 juin, je vais recommencer les répétitions de Berlin mon garçon, le pièce de Marie NDiaye qui aurait dû se jouer en ce moment. Pour cela avec les délégués du personnel et avec les équipes techniques, on a travaillé à des protocoles de répétition pour que l’on puisse accueillir les artistes et les techniciens en toute sécurité et recommencer à fabriquer. Quand il encourage les artistes à profiter de cette période pour renouveler les publics, pour aller chercher les gens qui ne viennent jamais au théâtre, pour donner du temps à l’école, on a eu le sentiment qu’il découvrait ce que vous les artistes vous faites au quotidien ? C’est ce qu’on lui a dit. Tout ce que vous proposez on le fait déjà ! Nous sommes déjà très inventifs. Parfois il nous manque des moyens pour faire plus. Son souci est légitime, de faire que cet été, les jeunes qui ne partent pas en vacances puissent avoir accès à des activités culturelles. Mais ce n’est pas faisable à moyen constant. Par exemple les pertes financières au TNS s’élèvent à 500 000 € avec les surcoûts liés à la crise. Nous pouvons faire ce que nous faisons d’habitude – et en faire plus – que si nous sommes accompagnés. J’espère que l’on a été entendu. Propos recueillis par Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr Légende photo : Stanislas Nordey © Jean-Louis Fernandez
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Le spectateur de Belleville
May 5, 2020 6:26 PM
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Propos recueillis par Manuel Piolat Soleymat pour La Terrasse Elu au Collège de France à la chaire « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle », le médiéviste Patrick Boucheron est historien* et chercheur associé au Théâtre national de Bretagne. Intellectuel résolument engagé dans la diffusion au plus grand nombre des savoirs, il défend une vision ouverte du théâtre.
Comment pourriez-vous caractériser la relation qui unit l’homme, le citoyen et l’historien que vous êtes au spectacle vivant, et plus spécialement au théâtre ? Patrick Boucheron : C’est une relation ancienne, mais discontinue. Je dois au théâtre certaines de mes grandes émotions d’enfance ou d’adolescence — je pense à certains spectacles d’Ariane Mnouchkine, à la Cartoucherie, notamment L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge (ndlr, pièce d’Hélène Cixous) qui, lorsque j’y pense aujourd’hui, n’est sans doute pas pour rien dans mon engagement d’historien. Puis, j’ai connu des éclipses, et il a fallu la patience et le talent de mon épouse Mélanie Traversier, historienne et comédienne, pour me rééduquer au théâtre. C’est devenu aujourd’hui un aspect important de ma vie, même si je me méfie encore un peu instinctivement de l’entre-soi des gens de théâtre. Quel regard portez-vous sur la place qu’occupe, aujourd’hui, le théâtre d’art (ou théâtre public, pour faire court) au sein de notre société ? P.B. : Précisément, je crains toujours que le théâtre public ne soit rien d’autre qu’un intrus de luxe dans notre société, vivant dans cet inconfort facile que ménage toute position d’extériorité, dès lors qu’elle est sans danger. Je ne crois pas, par exemple, que le théâtre puisse être une manière de résister à la méchanceté des temps. C’est tout au plus un refuge. Je ne dis pas que ce n’est pas agréable, voire psychologiquement utile — je dis simplement qu’il peut être désinvolte de s’en contenter. En rencontrant des gens comme Wajdi Mouawad, Mohamed el Khatib ou Catherine Blondeau, qui défend avec vigueur et talent au Grand T, à Nantes, ce qu’elle appelle justement un théâtre de relation, j’ai compris que cette distance et cette défiance entre théâtre subventionné (osons le mot : il est encore plus brutal, donc nécessaire) et société n’était pas une fatalité. « JE VOIS UNE ANALOGIE PUISSANTE ENTRE THÉÂTRE ET HISTOIRE, EN TANT QU’ILS CONTRIBUENT À ÉLARGIR NOTRE EXPÉRIENCE EN NE SE CONTENTANT PAS D’ADHÉRER À NOS PROPRES CONVICTIONS. » Quelle est pour vous la spécificité de cet endroit de parole, de transmission et de partage qu’est la scène ? Quelles peuvent et doivent être, selon vous, ses missions ? P.B. : Le théâtre est politique non parce qu’il serait un théâtre politique, délivrant des messages idéologiques explicites, mais parce que la situation de théâtre est en soi politique, dans la mesure où elle joue de la variété des voix, des points de vue, des prises de position de corps parlant dans l’espace. Exactement comme l’histoire, telle que je la conçois. Voici pourquoi je vois désormais une analogie puissante entre théâtre et histoire, en tant qu’ils contribuent à élargir notre expérience en ne se contentant pas d’adhérer à nos propres convictions. Sur scène, on peut à partir d’un même mouvement partager une émotion et transmettre un savoir. Quel sens donnez-vous à l’action que vous menez, en tant qu’historien et chercheur associé au Théâtre national de Bretagne ? P.B. : Je dois à la confiance d’Arthur Nauzyciel, d’Anne Cuisset et de toutes les équipes du Théâtre national de Bretagne de poursuivre cette expérience depuis deux ans, dans un cycle intitulé Rencontrer l’histoire. Chaque mois, je viens à Rennes avec une proposition, en écho ou en accord avec la programmation théâtrale. Conférences, débats, performances — toutes les formes sont bonnes pourvu qu’elles s’ajustent au moment. C’est pour moi un lieu d’expérience, qui ne passe pas nécessairement par des formes spectaculaires, mais par différentes modalités de rencontre. Je ne cherche pas des nouveaux publics ou des audiences élargies pour l’histoire, je cherche à mettre ces savoirs à l’épreuve de nouvelles expériences. Comment envisagez-vous, de façon plus générale, votre action d’intellectuel et de citoyen dans la cité ? P.B. : Je l’envisage ainsi : comme une manière de ne jamais adhérer à ses propres convictions en apprenant à penser contre soi-même. On est donc très loin d’une histoire militante soucieuse de chercher l’assentiment ou l’acclamation d’une petite troupe d’avance convaincue. Pour moi — et là encore, la multiplicité des voix au théâtre permet de le comprendre — on ne peut opposer scepticisme et engagement. L’histoire ne vaut que si elle rend manifestes, tangibles, et donc socialement contrôlables ses procédures. Elle ne s’affaiblit pas à exprimer ses doutes, au contraire. A partir du moment où le rôle des historiennes et des historiens est de produire des savoirs neufs et de les rendre disponibles, ils ont aussi en charge de les soumettre au débat. Et, partant, de définir l’arène raisonnable et pacifiée de la discussion. Quels engagements et convictions vous ont mis sur la voie qui est la vôtre : la diffusion au plus grand nombre de votre savoir ? P.B. : Marc Bloch disait qu’il fallait parler « du même ton aux doctes et aux écoliers ». Le vocabulaire date un peu, mais on comprend l’idée. Elle me semble admirable mais contestable. Avec la même exigence, oui, sans doute, mais du même ton je ne crois pas. Diffuser au plus grand nombre n’est pas un amoindrissement ou une simplification, c’est au contraire un effort plus élevé. Voilà pourquoi le mot de vulgarisation ne me va décidément pas. Je sais comment parler aux doctes, ce n’est pas si difficile que cela. Mais renoncer aux facilités de la connivence, à la tiédeur de l’entre-soi, voilà qui exige plus de travail. Tel est mon engagement et telle est ma conviction : ils résident, au fond, dans l’idée que l’exercice du savoir ne vaut rien s’il ne se risque dans un art du récit. * Dernier ouvrage publié : La Trace et l’Aura – Vies posthumes d’Ambroise de Milan (IVe – XVIe siècle), Le Seuil, coll. L’Univers historique, 2019. Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat
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May 5, 2020 11:37 AM
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Propos recueillis par Arnaud Laporte pour France Culture 3 mai 2020 Imagine la culture demain Pour ce premier rendez-vous quotidien "Imagine la culture demain", Arnaud Laporte s'entretient avec le metteur en scène et directeur du Théâtre de la Ville Emmanuel Demarcy-Mota, qui livre son diagnostic et, surtout, sa vision du futur pour un secteur culturel en crise profonde.
Le secteur culturel est très inquiet. Etouffant dans le confinement, durablement paralysés par les mesures de fermetures des salles, d’annulation des festivals, de suspensions sine die des tournages, de crise de l’édition, tous les métiers de la culture s’interrogent. Quel avenir pour le secteur culturel en France et quelle place pour la création aujourd’hui et demain ?
La culture ne témoigne pas que pour la culture. Elle témoigne pour la société tout entière. C'est pour cette raison que France Culture propose à partir d'aujourd'hui un nouveau rendez-vous baptisé "Imagine la culture demain", à découvrir par écrit sur franceculture.fr dès ce lundi, et à l'antenne dans la matinale à partir du lundi 11 mai. Chaque jour, Arnaud Laporte, producteur de La Dispute et des Masterclasses, donne la parole aux acteurs culturels dans tous les domaines. Le premier invité de ces entretiens est le metteur en scène et directeur du Théâtre de la Ville et directeur général du Festival d'Automne Emmanuel Demarcy-Mota. Arnaud Laporte : à quoi pensez-vous ? Emmanuel Demarcy-Mota. A comment Tenir Parole ? A ce que le virus n’infecte pas les esprits et les pensées comme il infecte les corps. Je pense aux plus âgés, à ceux qui souffrent d’isolement et de solitude et auprès desquels il faut être en présence. Je pense aux plus jeunes, à ceux qui vont s’engager dans un nouveau monde et pour qui cette épreuve a bouleversé le temps. Je pense à la solidarité comme idée et comme action essentielle : comment traverser une tempête dont les plus hautes vagues ne sont pas encore apparues ? Comment empêcher quiconque de tomber de notre navire ? Comment tout faire pour que le médecin continue à porter sa blouse, le magistrat sa robe et l’acteur son costume ? Comment la médecine, la justice, l’art et l’éducation peuvent ensemble poser les nouvelles bases d’un dialogue nécessaire et d’actions nouvelles face à ce paradoxe : celui d’une période à la fois terrible et inouïe. Je pense à comment ne pas laisser les forces du profit immédiat et les fétichistes du chiffre prendre le dessus dans ce moment chaotique. En ces temps où on parle de crise économique qui menace, et qui viendra, je pense qu’il faudra veiller à ce que la culture ne se taise pour personne. Qu’avez-vous décidé de ne plus faire ? J’ai d’abord cherché à ne plus voir- à travers des écrans qui combleraient l’absence - tous mes interlocuteurs, mais de chercher plutôt à les écouter. Je n’ai pas envie d’observer leur confinement, j’essaye d’entendre leurs pensées. Je ne sais pas si je suis encore capable de penser le spectacle vivant, mais je le ressens très fortement. L’essence même de ce qui est théâtre est touchée. C’est pour cela que je reviens à l’étymologie grecque du mot, ce lieu d’où l’on regarde. Comme pour la justice, le témoin, celui qui assiste, est au centre -d’ailleurs la justice s’interroge elle-même sur le risque des vidéoconférences pour organiser des audiences. La présence humaine, la proximité des corps, c’est ce qui fait le lieu de justice et le lieu du Théâtre. Bien sûr, nous ne pouvons pas savoir de quoi demain sera fait. L’épidémie a ralenti, arrêté bien des choses. Tant pis. Si elle en a accéléré, tant mieux. Je suis ouvert à toute nouveauté digne de ce nom. Nous ne sommes pas obliger de laisser au politique le monopole de l’avenir, de sa définition et de sa construction. La culture doit pouvoir répondre aux nouvelles aspirations. Car l’ignorance est aussi une forme de confinement et c’est par la culture, la connaissance, que nous devons trouver la sortie de secours pour échapper à l’asphyxie. J’ai donc décidé de ne plus m’inquiéter du temps présent. Qu’attendez-vous des autres ? Qu’ils ne se laissent pas guider par la peur et que, paradoxalement, dans cette période de claustration et de soumission, ils prennent conscience de leur pouvoir et de leur liberté. La seule chose dont nous avons peur c’est la peur. Le désir de l’un doit toujours enflammer le désir de l’autre. Si nous observons bien, nous voyons que de nouveaux espaces s’inventent qui n’existaient pas, ce qui prouve que dans un espace matériel donné nous pouvons reconfigurer la réalité qui nous entoure. Ce que nous faisons sous la contrainte des événements, poursuivons-le quand rien ne nous y oblige. Puisque les frontières physiques se ferment et que nous nous retrouvons entre quatre murs, puisque l’accueil dans nos théâtres de nos amis Européens et extra-européens est remis en question pour les mois qui viennent, il est urgent d’ouvrir les frontières mentales pour empêcher tout repli nationaliste. Continuons à ressentir la culture de l’autre, le désir d’étrangers et d’étrangeté et la beauté des langues du monde, reconnectons-nous aux vibrations des saisons, au rythme puissant de la nature, à tout ce qui en nous est plus grand que nous. De quelle façon la crise que l’on traverse a-t-elle changé votre rapport au temps ? Je m’empare de chaque trésor qu’offre le présent. Mais pour que celui-ci conserve sa substance, sa densité infinie, il faut penser l’avenir. Il s’agit pour moi de savoir ce qu’aujourd’hui même, demain, cette semaine, je dois faire, je peux faire. Le temps, oui, à la fois ralenti et précipité. C’est un paradoxe humain. Je souhaite donc que revienne le temps de flâner quand tout vous presse, comme celui d’accélérer les choses quand tout vous freine ! L’expérience collective de la pandémie et les responsabilités qui sont les miennes en tant que directeur du Théâtre de la Ville et du Festival d’Automne m’ont conduit à proposer un nouveau calendrier articulé en quatre temporalités : Temporalité 1 Le temps du confinement, depuis la mi-mars jusqu’à la mi-mai, placé sous le signe de la solidarité, la mise en place d’un filet social, la volonté de préserver le tissu économique malgré la fermeture de l’intégralité des institutions culturelles. Nous avons, par exemple, réinventé les consultations poétiques par téléphone, l’occasion d’un échange personnel entre des comédiens et le public. Ce dispositif a rencontré un très grand succès et s’étend désormais à des consultations avec des scientifiques, des médecins et des historiens. Les rencontres peuvent se faire en 14 langues, du mandarin au lingala, du portugais au swahili, de l’arabe à l’hébreu, du wolof à l’allemand.Nous avons décidé, en ces temps incertains, de prioriser nos moyens sur l’engagement d’artistes "consultants", tous rémunérés, de dédommager les compagnies en soutenant financièrement celles et ceux qui n’ont pas pu jouer et de rembourser le public, qui doit pouvoir l’être, tout en laissant la possibilité à ceux qui le souhaitaient de faire un don pour participer à cette action. Temporalité 2 Le temps progressif du déconfinement, de la mi-mai à cet été. Ce temps ne pourra pas être celui de la relégation et de la clandestinité des artistes, qui sortiraient du champ de vision de la population. Il doit au contraire être un temps d’expérimentation et d’exploration, un temps de réflexion, de dialogue, d’échanges et de reconfiguration. Le temps de Tenir parole avec des gages et des preuves. Il faudrait que, dans le respect des règles sanitaires, se tiennent à travers tout le pays des états-généraux, des forums, des tables rondes, peu importe le lexique pourvu que s’y trouve l’esprit. Avec mes équipes, dès le mois de mai, nous nous engageons à organiser à l’espace Cardin, en partenariat avec la Salpêtrière, des réunions de groupe réduits réunissant des personnes venant aussi bien du public que du privé, du monde des sciences, du monde de l’art, de la justice et de l’éducation, ainsi que des médecins, des urbanistes, des architectes, des enseignants, pour envisager une société dans laquelle la culture jouerait un rôle central. Ce que nous disons pour le spectacle vivant est évidemment valable pour l’ensemble du secteur culturel et il faudra tout aussi évidemment que nous confrontions la part commune de nos expériences et de nos propositions avec l’industrie musicale et audiovisuelle, pour chercher sans relâche les correspondances et les synchronicités, et dégager de nouvelles approches transversales. Parallèlement, nous devons enclencher cette révolution culturelle pacifique à l’échelle européenne, pour identifier les grands chantiers qui doivent être lancés, et mettre en place des passerelles avec l’Afrique en incluant les imaginaires des populations et des nouvelles générations issues de ce continent. Nous voyons bien que les villes vont être en partie reconfigurées pour des raisons sanitaires. C’est sûrement l’occasion d’insérer dans nos paysages urbains -mais aussi ruraux- de nouveaux lieux culturels en plein air, permettant à des artistes de se produire, des lieux qui pourraient devenir pérennes dans l’espace public. Puisque les grands rassemblements sont impossibles, organisons des rencontres singulières, des projections sur les murs d’immeubles, des déambulations poétiques, chorégraphiques et théâtrales dans les rues, des représentations à ciel ouvert et à échelle réduite captées et relayées ensuite dans l’univers digital, des joutes de slam et des commandes aux auteurs qui permettront d’initier un grand plan de travail avec la communauté éducative, le monde médical, les ehpads. Associons la justice et l’économie dans le temps de ces échanges. Demandons aux enfants et aux adolescents quelles formes nouvelles d’œuvres et de représentations ils imaginent. Nous pouvons faire du déconfinement une fête de l’imagination et de l’imaginaire. Associons toute la société à ce nouveau moment. Temporalité 3 la nouvelle saison (septembre 2020 – juillet 2021) La difficulté de savoir quelle sera la situation sanitaire à la rentrée entraîne nécessairement de grandes incertitudes pour nous tous. Pour ce qui est du secteur culturel, il nous faudra faire des choix radicaux et difficiles. Nous évoluerons en tout état de cause avec une voilure reconfigurée. Il faut donc nous centrer sur l’humain. Car ce ne sont pas tant les produits culturels qui sont à court terme menacés par la pandémie (Netflix et Amazon se portent à merveille), mais bien le spectacle vivant et les humains qui font vivre la culture jour après jour qui sont en danger. Je comprends et je soutiens l’appel pour la prolongation du bénéfice de l’indemnisation des intermittents du spectacle. Mais les intermittents ne veulent pas seulement un soutien financier, ils veulent travailler. Ils ne peuvent pas rester indéfiniment invisibles et inaudibles, assignés à résidence. Les trésors d’imagination qu’ils ont déployés pour offrir des séquences réjouissantes, parfois stupéfiantes, sur les réseaux sociaux ne sont pas inépuisables. Il faut envisager de nouveaux dispositifs d’intervention des artistes dans les écoles, les hôpitaux, les prisons, les entreprises, sur les places publiques, pris en charge en grande partie par l’État dans le cadre d’un plan d’urgence. Il ne s’agit pas de fonctionnariser les artistes, même temporairement, mais de leur permettre de tenir un rôle de premier plan et d’exercer leur art. On pourrait imaginer un plan massif, pouvant prendre la forme d’un fonds de soutien, qui permettrait aux entreprises, aux associations et aux organismes publics de s’associer au monde des arts et de la culture pour des actions artistiques originales conçues pour l’occasion, et respectant les normes sanitaires en vigueur. Ce dispositif pourrait aussi être utilisé pour la commande d’œuvres, afin de remettre les auteurs au premier plan. Le système sanitaire a pour l’instant résisté à la pandémie, faisons-en sorte que la société devienne plus fraternelle et équitable, en se réinventant. Temporalité 4 le temps d’après (à partir de l’été 2021) Nous aurons fait une longue traversée et la navigation aura laissé des traces. Il y aura eu des deuils, des faillites, des fermetures définitives. Mais, au terme de nos pérégrinations, si nous avons Tenu parole, nous aurons appris, réfléchi, échangé, inventé et accosté sur un nouveau rivage. En même temps que nous aurons pris le temps de l’hommage à nos morts, nous aurons stimulé la pulsion de vie, l’imagination, l’espoir. Nous ne nous serons pas laissé imposer une rupture trompeuse avec le monde d’avant, mais nous aurons contribué à construire celui d’après, et nous l’aurons fait avec humilité et clarté. Qu’avez-vous envie de partager ? Les belles choses, avec tout le monde. Si je vous enseigne un sonnet de Rimbaud, nous serons deux à le connaître, nul n’en sera dépossédé. Par définition, la culture repose sur le partage, elle est un partage, tourné vers l’autre et la conscience d’une humanité commune. Il suffit toujours de commencer ici et maintenant, et puis de continuer. C’est pour cela qu’au lieu de dire une chose et de faire l’inverse, comme on le voit tous les jours, il s’agit désormais de Tenir parole. Emmanuel Demarcy-Mota, dimanche 3 mai 2020 Légende photo : Le metteur en scène Emmanuel Demarcy-Mota à Moscou en 2015, pour la représentation de "Ionesco Suite"• Crédits : Vladimir Vyatkin / Sputnik - AFP
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Le spectateur de Belleville
May 5, 2020 5:50 AM
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Publiée sur le site de l'émission d'Augustin Trapenard, sur France Inter - 5 mai 2020 Isabelle Adjani est comédienne. Dans cette lettre, elle demande au Président de la République de s'engager en faveur d'une politique culturelle ambitieuse, où la liberté de créer ne sera pas remise en question par le principe de distanciation sociale.
Paris, le 4 mai 2020
« Vous occuperez tout le terrain au profit de la seule vérité poétique constamment aux prises, elle, avec l’imposture et indéfiniment révolutionnaire, à vous. ”
Monsieur le Président,
Aujourd’hui, je vous écris ces quelques mots de René Char qui semblent s’adresser à nous les artistes, les auteurs... et à tous ceux, toutes catégories confondues qui œuvrent à la culture, à l’art, à la création dans ses inépuisables formes d’expression et de représentation.
Infinie source d’oxygène.
Ce qui s’appelle vital.
Ces mots pourraient-ils vous inspirer ? Car nous, qui faisons respirer cet oxygène-là, c’est à dire la culture, allons bientôt expirer si vous ne tombez pas le masque pour nous donner les moyens de vivre et pour beaucoup, de survivre, avant que l’ouvrage ne reprenne.
Nous savons, vous savez, que nous, vulnérables mais indestructibles artisans de la culture, sommes un gage majeur de démocratie dans un pays, que notre existence sécrète un antidote puissant à tout ce qui peut être liberticide, et que le courage de vous dire que la reprise autour du cinéma, du théâtre, de la danse, de la musique, des musées, doit être pour demain, et pas pour après-demain, nous l’avons.
La création, nous la voulons vivante pour que les gens restent vivants : elle ne peut rester otage de solutions à court terme, comme sur les réseaux sociaux, quelles que soient les ressources dévouées de ceux d’entre nous qui tentent de lutter contre son asphyxie.
Ayons l’audace d’imaginer – car faire preuve d’imagination, ça, nous savons le faire – que nous avons notre propre Ministère, un Ministère qui se nomme Ministère de la Culture et qu’on y débat de l’exception culturelle française.
Alors, voilà notre supplique :
Monsieur le Président,
Mobilisez-vous sans exception aucune, en faveur de toutes les personnes qui œuvrent pour l’art et ce que contient et représente la culture pendant tout le temps qu’il faudra.
Oui, il va falloir prolonger les droits des intermittents du spectacle ; oui, il va falloir ouvrir de nouveaux droits pour les contrats courts ne bénéficiant pas du régime de l’intermittence ; oui, il va falloir empêcher la fermeture définitive des espaces culturels (quelle que soit leur taille et leur vocation) ; oui, il va falloir exonérer de charges celles et ceux qui dépendent des URSSAF des artistes et des auteurs…
Oui, Monsieur le Président, nous vous attendons à la hauteur de la fierté avec laquelle vous brandissez, comme tous les autres présidents de la Ve République avant vous, la culture française comme le plus bel étendard de notre pays.
Alors Monsieur le Président, il est temps de déclarer l’état d’urgence culturelle, une urgence sans condition, une urgence sans restriction, une urgence où la liberté de créer ne sera pas remise en question parce que la culture est incompatible avec la distanciation sociale, parce que l’art est un état où la liberté est une nécessité, l’art est un état où la liberté fait loi.
L’état d’urgence culturelle : c’est défendre un patrimoine vivant qui appartient à tout le monde en France.
Aidez nous à sauver ce bien démocratique commun et inestimable qu’est notre culture.
Isabelle Adjani Légende photo : Isabelle Adjani au festival du film de Marrakech en 2016 © Getty / Stephane Cardinale
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Le spectateur de Belleville
May 5, 2020 5:21 AM
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Par Fabienne Pascaud dans Télérama - 5 mai 2020 Interpellé de toutes parts pour sa “non gestion” des conséquences de la pandémie, le ministre répond à “Télérama”, à la veille de la conférence que doit tenir Emmanuel Macron sur le sauvetage de la culture. Une pétition d’artistes directement adressée au président de la République via Le Monde pour se plaindre de son ministre de la Culture et lui demander de prendre les choses en main, un « avis de recherche » dudit ministre ironiquement lancé sur les réseaux sociaux… Depuis sa nomination au portefeuille de la Culture en octobre 2018, Franck Riester subit aujourd’hui les pires camouflets de sa brève carrière ministérielle. Et les reproches quasi unanimes d’une profession anéantie par les conséquences du coronavirus et de la nécessaire politique sanitaire pour le combattre. Entretien Christophe Girard : “Comment nous allons rouvrir les lieux culturels à Paris” Fermeture de 2 000 cinémas, 2 500 salles de musique, 1 000 théâtres, 1 200 musées, 3 000 librairies, 16 000 bibliothèques, arrêt de la plupart des 3 000 festivals d’été… Comment les 274 000 intermittents du spectacle que compte la France de 2020 pourront-ils accumuler les 507 heures de travail annuel qui leur donnent droit à des allocations-chômage ? Certains parlent de véritable « tsunami social et culturel », de la mort annoncée de lieux, de jeunes compagnies, d’associations. Et le ministre semble aux abonnés absent depuis de longues semaines. De quoi l’accuser d’un manque de soutien aux professions inquiètes qui font la culture. D’un manque de clarté sur la réouverture d’espaces culturels déjà éprouvés par les grèves contre la réforme des retraites. D’un manque d’ambition quant aux moyens affectés à un secteur aussi essentiel à notre vie individuelle et collective, festive et spirituelle, qu’à notre vie économique et touristique. D’un manque de vision, enfin, pour les années à venir, où rien sans doute ne sera pareil. Nous avons voulu l’interroger. Vous avez été une des victimes du coronavirus. Comment allez-vous ? Je vais bien, même si le virus m’a sonné pendant plusieurs semaines avec ces hauts, ces bas, ces fatigues que décrivent tous les malades. De quoi mesurer personnellement la nécessité des mesures de prévention et de confinement. Mais je préfère ne pas m’appesantir sur ce sujet. Je ne souhaite pas qu’on puisse me reprocher de m’en servir pour me justifier. J’ai eu l’extrême chance de ne pas être hospitalisé. Pourquoi être resté si longtemps silencieux ? Pour le gouvernement, pour nous tous, la priorité absolue était la gestion de la crise sanitaire. Mais pendant ce temps-là, je travaillais avec mes équipes, rencontrais les syndicats, les professionnels de la culture, réfléchissais avec le Centre national du cinéma et beaucoup d’autres. J’organisais le système de prêts garantis par l’État, l’accès au chômage partiel dans les entreprises culturelles, l’annulation des charges sociales – salariales et/ou patronales pour certaines –, le report de paiement d’une taxe sur chaque billet de cinéma… Et puis, je n’ai pas été si silencieux : une semaine avant la tribune des artistes dans Le Monde, j’accordais moi-même au quotidien une interview, comme à France Inter. La communication politique est toujours complexe. “La crise va durer. Le retour à la normale n’est pas pour tout de suite.” Dans les grandes circonstances culturelles, c’est le président de la République qui prend la parole. On attend ses déclarations demain, mercredi 6 mai, sur la culture. Pourquoi n’est-ce pas vous ? Le ministère de la Culture n’en est-il pas affaibli ? On ne peut pas reprocher à la fois au président de se désintéresser de la culture – comme certains professionnels le disent – et de prendre la parole ! C’est normal qu’il fixe le cap sur la base d’un travail que je fais depuis des semaines avec des équipes très mobilisées. Je me réjouis qu’il prenne la parole. Quant aux attaques ou caricatures dont j’ai fait l’objet, ne pas les supporter serait le signe que je ne suis pas taillé pour la politique. J’essaie plutôt de m’en servir, d’être à l’écoute de ce qui est dit. Je n’ai pas suffisamment martelé, sans doute, ce que je souhaitais faire. Mais peu importe. Seul compte de résoudre les problèmes des créateurs, des auteurs, des intermittents du spectacle, des responsables de lieux pour les remettre devant leur public. D’imaginer des solutions pour les salles dont la jauge, trop énorme, ne permettra pas avant longtemps la venue des spectateurs. D’avoir de la souplesse pour continuer de faire venir les artistes étrangers, de soutenir ceux qui ont des idées. Bref, ne laisser personne sur le bord de la route. Allez-vous accorder aux intermittents du spectacle l’année blanche qu’ils réclament ? Soit considérer que 2020 n’a pas existé, et reprendre l’année 2019 comme année de référence de leur travail ? Je mesure leur détresse, leur angoisse, mais la bande passante des décisions est longue. Avec le groupe d’assurances Audiens, nous avons créé un fonds de soutien pour ceux qui seraient exclus du dispositif d’allocations. L’État sera au rendez-vous. Car la crise va durer. Le retour à la normale n’est pas pour tout de suite. Il ne faut pas se mentir. Et à tout prix préserver l’intermittence. Mais tout ne se décide pas en deux mois. Il faut du temps pour bâtir pareil dispositif d’accompagnement. Vous évoquiez le chômage partiel, mais tous les lieux n’y ont pas droit pour leurs équipes… Jusqu’à présent n’y avaient droit que les entreprises, les associations et pas les Établissements public à caractère industriel et commercial comme l’Opéra, l’Opéra-Comique, la Comédie-Française, la Philharmonie, la Villette, la Colline, le Centquatre et certains centres dramatiques nationaux, parce que dotés majoritairement de subventions publiques. J’ai assoupli ce système grâce à un dispositif spécial. Ils pourront désormais bénéficier de l’aide de l’État. “Trouver d’autres formes pour remettre les artistes devant leur public.” Plutôt que l’incertitude mortifère sur la date de réouverture, en imposer une autre, même lointaine, pour permettre aux directeurs de lieux et de manifestations de s’organiser, n’était-il pas mieux ? Le Premier ministre a été clair, interdisant jusqu’à la fin août les manifestations de plus de 5 000 personnes. Dans tous les autres cas, il faut discuter avec les syndicats, la représentation professionnelle, institution par institution, en lien avec le maire et le préfet en région. J’espère qu’après le 2 juin certains lieux rouvriront. Je ne suis pas du tout sur cette ligne de date lointaine : dès qu’on peut, on ouvre ! Mais les consignes sanitaires et le nouveau personnel qu’elles nécessitent pour accueillir les spectateurs – dans des conditions de remplissage réduit – ruineront parfois les salles de spectacle… Alors il faudra annuler les représentations. Nous devons chercher des solutions en responsabilité. Trouver d’autres formes pour remettre les artistes devant leur public, inventer, être créatif. Car la culture est essentielle. Ce n’est pas un gadget, un accessoire. Elle nous sensibilise, nous ouvre, nous permet d’imaginer le monde de demain Avec cette haute idée de la culture, pourquoi ne pas réclamer plus de moyens ? Votre budget stagne. Celui de quelques grandes institutions, tel l’Opéra de Paris, diminue. Ne faudrait-il pas maintenant investir massivement, comme l’Allemagne le fait ? Lancer un “New Deal de la Culture” à la manière de Roosevelt dans les années 1930 comme dit Jack Lang, ou un “plan Marshall” d’après-guerre comme le préconise Jean-Jacques Aillagon ? Je vous arrête déjà sur le chiffre de 50 milliards prétendument accordés par la ministre de la Culture allemande : c’était une fake news. Ces 50 milliards sont insufflés dans toute l’économie allemande. Pour autant, je suis évidemment convaincu qu’il faut investir massivement pour sauver notre écosystème culturel français, ce maillage si exceptionnel d’établissements sur tout le territoire. Et nous allons le faire. Je m’y engage. Avec quel projet ? Ne doit-on pas refonder cet écosystème quand la société a changé, quand l’État a moins de moyens et qu’il faut repenser son rôle face aux collectivités locales qui, elles, investissent dans la culture? Non, il n’est pas obsolète mais au contraire d’une richesse considérable que le monde entier nous envie. Il faut l’adapter sans le casser, tisser de nouveaux liens avec les territoires, s’appuyer sur ces énergies locales. On ne fera rien désormais sans elles. Mais chaque collectivité territoriale a sa spécificité, ses forces et ses faiblesses, il faut bâtir des politiques culturelles originales pour chacune, garantir la liberté et la diversité. Cela passe par de meilleurs échanges avec les conseils des territoires, les maires. Nombre de décisions sont désormais déconcentrées. J’avoue que la refondation de la politique culturelle n’est pas au cœur de mon travail actuel. Trop d’hommes et de femmes de culture sont au bord du chemin, il faut les protéger pour qu’ils traversent la crise. “J’ai demandé à Delphine Ernotte ‘un pacte France 4’.” Mais cette crise n’est-elle pas justement l’occasion de tout repenser ? Les pratiques artistiques, culturelles ne vont-elles pas changer après le coronavirus ? J’ai déjà cherché à réformer le ministère avec une nouvelle direction dédiée à la démocratisation et à l’accès culturel, et une volonté affichée de renforcer notre expertise numérique et l’accès à la culture par le numérique. Sans l’opposer pour autant à l’expérience physique. Voyez comme la majorité des Français confinés a su s’en emparer. La refondation culturelle est un beau sujet. Que les grands acteurs du numérique, les Gafa, nous y aident en finançant, par le biais d’une taxe, notre cinéma. Quand votre loi sur l’audiovisuel passera-t-elle devant le Parlement ? Rien n’est tranché. Cela dépend du calendrier parlementaire, et la rédaction du projet doit pouvoir évoluer en fonction de la crise que nous traversons. Elle nous a démontré que malgré l’utilisation grandissante des plateformes, la télévision linéaire tenait le coup, et avec elle la TNT qu’il nous appartient de garantir aux téléspectateurs. Mais le nouveau groupe public que va créer la loi tiendra compte de la révolution des usages et devra se moderniser. Et France 4 qui devait être arrêtée ? Pour les enfants, la chaîne a superbement tenu son rôle pédagogique pendant le confinement. Un rôle majeur ! J’ai demandé à la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte un « pacte France 4 » qui garantirait, en cas de suppression de la chaîne, 3 750 heures de programmes jeunesse sur France Télévisions, et un vrai investissement dans la filière animation : ces deux domaines où excelle France 4. Elle me l’a rendu aussitôt, et je vais réfléchir aux deux scénarios : arrêt de France 4 le 9 août avec pacte, ou pas. Ma décision n’est pas définitive. Serez-vous présent aux côtés d’Emmanuel Macron demain, le 6 mai ? Et que va-t-il annoncer ? Oui, je serai à ses côtés, et je ne vous dirai pas ce qu’il va annoncer… Je ne sais d’ailleurs pas encore précisément la forme que va avoir l’intervention, ni son horaire précis. Ce sera, du moins en partie, une vidéoconférence avec quelques artistes. Que désirez-vous vous-même profondément en tant que ministre de la Culture ? Que les artistes continuent de faire des arts plastiques, de la danse, du théâtre, du cirque, des marionnettes, qu’ils nous aident à « mieux exercer notre métier de vivre » comme disait l’écrivain italien Cesare Pavese. Il importe toujours à un ministre de faire quelque chose pour son pays. Mais la tâche est écrasante et magnifique quand son domaine est l’âme même de ce pays.
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Le spectateur de Belleville
May 5, 2020 5:01 AM
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Par Eric Demey dans Sceneweb - 5 -05-2020 Au bas mot, une trentaine de théâtres de ville ont d’ores et déjà décidé de fermer leurs portes jusqu’en décembre. Face à ce mouvement naissant, producteurs privés et artistes ont rédigé une lettre ouverte à destination des directeurs et directrices de ces lieux. Son but : envisager ensemble les conditions d’une reprise dès septembre dans un réseau qui maille tout le territoire, véritable poumon économique du secteur. L’enjeu est de taille. On concentre souvent le commentaire de l’actualité, avouons-le, sur les scènes labellisées – Théâtres nationaux, CDN, CCN et autres Scènes Nationales et Opéras ainsi que sur les théâtres privés parisiens. Il est pourtant un autre réseau, autrement plus important en nombre, qui fait largement vivre le spectacle vivant dans toute la France : celui des théâtres municipaux, qu’on appelle aussi théâtres de ville. Le SNSP – Syndicat National des Scènes Publiques – qui regroupe environ 200 de ces scènes dont une des caractéristiques est d’être largement subventionnée par des collectivités territoriales, a tenté d’en cerner l’activité dans une étude de 2016. Selon cette étude, ces scènes (le syndicat inclut aussi les festivals dans ses chiffres) donnent pas moins de 124000 représentations chaque année, pluridisciplinaires, composées pour un tiers de représentations théâtrales, pour un total d’environ 25 millions de spectateurs. Une manne donc, dont le secteur du spectacle vivant ne saurait se passer Nulle surprise donc à ce que des producteurs privés, qui trouvent dans ces lieux la majeure partie des débouchés pour les spectacles qu’ils accompagnent (ils peinent davantage à se faire une place dans le secteur des scènes labellisées) aient vite réagi aux premières annonces de fermetures de théâtres de ville, prévues jusqu’au mois de décembre. « C’est entre vingt et trente lieux qui nous ont annoncé qu’ils allaient fermer leurs portes pour cette deuxième partie de saison, Mais, le mouvement est sans doute plus large. On ne connaît que celles avec lesquelles nous étions en négociations. Cela se passe notamment en Île-de-France et dans la Région Est. Mais cela survient aussi dans d’autres régions moins touchées par le Covid. » expliquent Fleur et Thibaud Houdinière, dirigeants d’Atelier Théâtre Actuel, qui comptent parmi les initiateurs de cette lettre. « Par ailleurs, poursuivent-ils, c’est la période de l’année où l’on est censé recevoir les contrats d’engagement pour les spectacles de la saison prochaine, et la plupart des structures ne font pour l’instant que prolonger les options posées. Sans doute parce que beaucoup de spectacles ont été simplement reportés. Mais aussi parce qu’il y a une véritable réticence à s’engager sur l’avenir ». Une frilosité de grande ampleur, donc, que cette lettre, dans laquelle se sont associés producteurs et artistes, vise à contrer. Responsabilité pénale et indemnités de l’État A l’inverse des scènes labellisées qui ont, semble-t-il, largement honoré leurs contrats, jusque là, les théâtres de ville ont pourtant dans leur grande majorité annulé les contrats des spectacles de fin de saison, sans rembourser, ni dédommager les vendeurs. Ces premières fermetures sembleraient donc moins liées à des questions financières qu’à la crainte des élus de voir leur responsabilité engagée, s’il venait à se produire une contamination dans les lieux qu’ils ont sous leur responsabilité. C’est la raison qu’avance Philippe Chapelon, qui l’a d’ailleurs conduit à appeler directement l’AMF (Association des Maires de France) pour rassurer les édiles. On pourrait juger cette crainte excessive, vu la difficulté qu’il pourrait y avoir à établir la source d’une contamination de manière aussi certaine, mais elle témoigne aussi pour le directeur du SNES, syndicat National des Entreprises de Spectacle, d’une difficulté à se projeter concrètement dans un avenir de reprise de l’activité. Pour les y aider, la lettre ouverte avance plusieurs pistes. Concernant l’une d’elles, Philippe Chapelon évoque avoir discuté avec le Ministre de la Culture de la possibilité d’indemniser les théâtres pour les réductions de jauges induites par les impératifs sanitaires. « Déjà, tous les spectacles ne se jouent pas à guichets fermés, évoque-t-il. Une réduction de 50% de la jauge ne veut pas dire une billetterie réduite d’autant. Et l’on peut imaginer un système qui verrait l’État indemniser les lieux, s’ils peuvent témoigner qu’ils ont dû refuser de vendre des places ». D’un autre côté, la lettre évoque également la possibilité de mutualiser les frais d’approche entre les théâtres – « c’est une part importante du coût des spectacles », rappelle Thibaud Houdinière – mais aussi de faire jouer deux fois les spectacles dans la même journée, pour un tarif à peine supérieur à celui d’une seule représentation. Se poserait alors la question de la rémunération supplémentaire induite des comédiens et techniciens, mais Thibaud Houdinière explique avoir consulté des artistes qui n’étaient pas opposés à négocier sur le sujet. « Tout le monde est prêt à faire un effort, assure-t-il – la lettre inclut d’ailleurs la possibilité que les producteurs produisent également un effort financier – mais il faut absolument se rendre compte que si les spectacles ne reprennent pas en septembre, ça va être l’hécatombe ». Raboter les budgets de la culture A deux jours d’annonces du Président à destination du secteur de la culture, et alors qu’un rapport du Professeur Bricaire esquisse les conditions matérielles d’une reprise dans le spectacle vivant, Philippe Chapelon se veut donc optimiste. « Si l’on envisage la reprise de manière homogène, on n’y arrive pas. Mais si on la voit de manière progressive, c’est plus facile. Dans un premier temps, les seuls en scène sont plus aisés à mettre en place que les spectacles de troupe. Les quatuors de musique de chambre joueront plus facilement que les concerts symphoniques, surtout avec le problème spécifique des instruments à vent. Et pour les gros concerts, c’est sûr qu’il faudra attendre plus longtemps parce que la distanciation physique des spectateurs sera difficile à mettre en place. Mais les artistes de notoriété, comme tous les artistes, n’ont pas envie de tourner en rond. Et eux aussi vont réinvestir les petites salles ». A suivre ce discours volontariste, la rentrée pourrait donc bien s’effectuer dès septembre, et la lettre ouverte invite d’ailleurs à privilégier cette possibilité. « Je pense que les théâtres qui ont décidé de fermer peuvent encore revenir sur leur décision, plaide d’ailleurs Philippe Chapelon. En ce moment tout va très vite ». Sans doute poussé par le déconfinement, l’espoir pourrait renaître. Et les perspectives de réouverture se faire de plus en plus concrètes à mesure que l’activité générale reprendra. A supposer toutefois que ces décisions de fermeture, semble-t-il prises majoritairement dans des municipalités de droite, ne constitue pas pour ces collectivités l’occasion d’opportunément raboter les budgets de la culture. Eric Demey – www.sceneweb.fr
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Le spectateur de Belleville
May 4, 2020 11:12 AM
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Propos recueillis par Fabienne Pascaud dans Télérama 4 mai 2020 Réouverture partielle des musées à la mi-juin, accueil des équipes artistiques dans les théâtres fin mai pour préparer la rentrée de septembre, création d’un maillage d’évènements en extérieur avec “Le Mois d’Août de la culture à Paris”, lancement d’un fonds de soutien “d’une ambition historique”, … L’adjoint chargé de la culture à la Mairie de Paris nous explique son plan de relance. Dès son élection à la mairie de Paris, Bertand Delanoe a fait de Christophe Girard son adjoint chargé de la culture. Ce dernier imagine alors La Nuit Blanche - une nuit entière consacrée à l’art dans les lieux les plus insolites – qui sera bientôt copiée dans le monde entier. Elu maire du IVème arrondissement en 2012, Christophe Girard doit renoncer à ses fonctions. Pour les reprendre sous la mandature d’Anne Hidalgo, en 2018. Si la politique culturelle parisienne était alors peu lisible, peu visible, l’enthousiasme de Christophe Girard, son sens de la communication, comme son souci des artistes promettaient de beaux jours créatifs, malgré quelques couacs dont l’échec de la chaotique opération DAU au Châtelet en 2019. Après le choc du coronavirus et les rigueurs obligées du confinement, il explique avec son habituelle énergie, comment Paris va bientôt déconfiner arts et artistes. Comment allez-vous procéder pour relancer la culture à Paris ? La machine est grippée. Il faut y réamorcer la vie. En la circonstance, c’est un vrai travail d’horloger. Il faut d’abord établir un calendrier, un cadre, un cap et essayer de s’y tenir, même si nous les reverrons mois par mois. Nous avons tous besoin pour vivre de nous projeter dans un avenir, d’anticiper. L’objectif est ainsi que dès le 11 mai – première étape ! – les théâtres, les musées, les grands lieux culturels, comme par exemple le Centquatre, se mettent en conformité sanitaire pour leurs personnels. Quand tout sera en ordre, j’espère à la fin mai, on y fera revenir alors les équipes artistiques. L’idée est que nos théâtres municipaux deviennent des résidences d’artistes où ceux-ci pourront répéter, travailler dès juin – deuxième étape ! – leurs créations pour la rentrée. Deuxième étape encore : les musées parisiens comme le Petit Palais, le Musée d’Art moderne devraient, eux, rouvrir partiellement à la mi-juin. Mais en privilégiant certaines de leurs salles et certaines de leurs collections pour qu’on ne dépasse jamais l’objectif de groupes successifs de 10 personnes dans l’espace public. Quant aux parcs et jardins, nous sommes en train d’en dresser des cartes, arrondissement par arrondissement, pour imaginer où l’on pourrait faire de la musique, du théâtre, des lectures. La réouverture y sera progressive en juillet – troisième étape où se préparera aussi notre grand évènement : un Mois d’Août de la culture à Paris, notre quatrième et dernière étape “Je n’ai pas renoncé à “La Nuit Blanche” début octobre.” Le Festival Paris l’Eté aura-t-il lieu ? Non. En revanche, Paris Plage reprendra sur les quais de Seine, mais selon les nouvelles exigences sanitaires, et les Parisiens auront droit à ce Mois d’Août de la culture que je suis en train de mettre en place. Avec, je l’espère, la participation de tous les grands lieux culturels municipaux. On y verra des concerts, de la danse, du cinéma, des installations et des spectacles, en extérieur surtout, dans les parcs, jardins et sur de petites places. Et je n’ai pas renoncé à La Nuit Blanche début octobre. Sous quelle forme désormais ? Une forme ciselée et délicate. Quatre commissaires seront à la manoeuvre. Quatre conservateurs de musée : Amélie Simier qui dirige le musée Bourdelle, Jeanne Brun qui dirige le musée Zadkine, Christophe Leribault en charge du Petit Palais et Fabrice Hergott du Musée d’Art Moderne. Ils devront imaginer des évènements qu’on suivra encore par groupe de dix successifs. On y retrouvera une autre manière de vivre et de regarder l’art. La quête éperdue des records de fréquentation dans les grandes expositions parisiennes de ces dernières années va être bouleversée. Je trouvais ça atroce, cette course à l’échalote culturelle qui ne servait, en rien, à mieux regarder les oeuvres. Il faut sortir de ces critères d’industrie culturelle mais se rééduquer à voir, à être dans l’effort de la découverte, à prendre le temps de la déambulation. Les musées doivent se penser autrement qu’en termes de massification. On s’est trop abimé ainsi. Et la démocratisation culturelle n’y a rien gagné. Je déteste cette formule qu’on entend tellement aujourd’hui : j’ai « fait » cette exposition. Comme un exploit sportif ! Mais ça veut dire quoi ? Sur le site de Paris Musée on peut voir gratuitement, lentement, toutes nos collections... En termes d’enseignement artistique, quel est le nouvel agenda des conservatoires municipaux ? Les concours d’entrée reprendront dès le mois de juin pour la réouverture en septembre, même si là aussi, selon le type d’instrument, il faudra réfléchir et s’adapter aux contraintes sanitaires. Et les bibliothèques, les médiathèques de la ville ? Nos bibliothèques ont mis gratuitement en ligne 20 000 livres et les demandes ont suivi. Nous discutons actuellement avec les syndicats, elles devraient être réouvertes courant juin. “Un fonds de soutien d’une ambition historique.” Mais pensez-vous réellement que ces évènements, ces réouvertures que vous promettez puissent avoir lieu avec des contraintes sanitaires qu’on ne maîtrise pas encore ? Toutes nos mesures en faveur de la culture et des artistes seront évidemment prises dans le strict respect de ces prochaines règles sanitaires. Comme Anne Hidalgo – qui va rendre obligatoire le port du masque dans l’espace public - je suis un légaliste. Mais soutenir coûte que coûte les artistes est essentiel, même si on sait que tout le monde ne pourra pas immédiatement retravailler. Si d’un point de vue médical les choses évoluent au mieux, si les règles sont respectées, nous veillerons à ce que - dans chaque arrondissement - tous les endroits de taille modeste puissent rouvrir. Il faut construire. On ne va pas attendre sans rien prévoir ! Et si tout le monde prend sa part, ça peut marcher. Paris redeviendra cette « ville du quart d’heure » qu’Anne Hidalgo appelait de ses voeux lors de sa campagne. Une ville où l’on trouverait tout ce dont on a besoin – lieux culturels compris - à moins de 15 minutes de chez soi, à pied ou en vélo. Où les artistes et créateurs trouveront-ils des financements alors que les jauges des salles seront réduites par les consignes sanitaires et leurs recettes amoindries ? Anne Hidalgo va présenter le 18 mai au Conseil de Paris la création d’un fonds de soutien d’une ambition historique. Les établissements culturels municipaux pourront y accéder selon leurs besoins. Nous tendrons même la main aux théâtres privés, cabarets, bars, avec lesquels a déjà pris contact Frédéric Hocquard, adjoint chargé de la vie nocturne. Le Théâtre de la Ville, dont les travaux vont encore être retardés, ne pourrait rouvrir qu’en 2022-2023 ? C’est un sujet sur lequel je travaille. Un sujet politique, dont je ne peux parler encore, car à mon sens, c’est la question de la place même du Châtelet, au coeur de la ville, qu’il faut revoir. Et repenser la place et les rôles respectifs des deux théâtres qui en sont le phare. “Ne jamais abandonner la parole du poète.” Comment traversez-vous personnellement cette épreuve collective ? J’ai eu la triste expérience du sida dès les années 1980. Il a mortellement frappé deux de mes compagnons et beaucoup de mes amis. Aux côtés de Pierre Bergé – je dirigeais alors la filiale américaine de la Maison Saint-Laurent – je me suis publiquement engagé dans la lutte contre le virus, via le Sidaction et Arcat-Sida et cela a changé ma vie, ma vision du monde. Voyez d’ailleurs les artistes, les créations que cette tragédie a inspirés ou fait naître : les plasticiens Hockney et Keith Haring, les dramaturges Tony Kushner, Jean-Luc Lagarce, Bernard-Marie Koltès et au cinema, Philadelphia, Les Nuits fauves… Le coronavirus est différent, il s’attrape non par relation sexuelle ou transfusion, mais juste en respirant ou en se déplaçant. C’est presque plus terrible. Vous aviez juste avant l’épidémie été interrogé par la police à propos de l’affaire Gabriel Matzneff, accusé de pédophilie. On vous reproche de l’avoir protégé. Je le connaissais comme je connais bien des écrivains qui m’envoient leurs livres et me les dédicacent. En 1986, Pierre Bergé a cru Matzneff atteint du sida et m’a demandé de l’aider financièrement, comme il aidait Copi et tant d’autres artistes. Nous lui avons loué une chambre d’hôtel comme nous en avons loué pour d’autres victimes. Tout ce qui a circulé me concernant dans cette affaire m’apparaît surtout comme une tentative de déstabilisation politique au moment où se préparaient les élections municipales. La gratuité des spectacles, à laquelle nous avons tous accès sur Internet, jointe à la crainte de l’épidémie ne risquent-elle pas de détourner pour longtemps le public des lieux artistiques ? Je fais le pari qu’il aura envie de soutenir les artistes. Car nous avons besoin d’eux. L’art, la culture ne sont-ils pas le remède le plus puissant qui soit pour sortir de ses gonds, se réinventer, reprendre confiance, rêver ? Tant de choses ont changé avec l’épidémie actuelle. Elle a ainsi desserré l’étau de la lutte de classes que nous vivions depuis la crise des Gilets Jaunes. Quelques métiers réputés parmi les plus modestes, mais qui se sont révélés essentiels – aide-soignants, caissières, éboueurs - ont ainsi retrouvé leur dignité. Alors pourquoi ne nous rendrions-nous pas enfin compte de l’importance de l’art dans nos vies ? Ne jamais abandonner la parole du poète, c’est une de mes lignes de conduite. J’aimerais que ce soit celle de la ville de Paris.
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Le spectateur de Belleville
May 1, 2020 5:54 PM
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Propos recueillis par Fabienne Darge dans Le Monde 1er mai 2020 Le cinéaste, écrivain et metteur en scène, qui devait créer « Le Côté de Guermantes », d’après Proust, redoute que cette période « ne soit que stérile et néfaste ».
Confiné dans son appartement parisien, le cinéaste, écrivain et metteur en scène Christophe Honoré s’interroge sur ce que nous sommes en train de vivre avec le Covid-19. Il devait être doublement présent au théâtre ce printemps, avec la reprise des Idoles, son spectacle imaginé autour de figures d’écrivains victimes du sida, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, et avec la création du Côté de Guermantes, d’après Marcel Proust, avec la troupe de la Comédie-Française. Deux spectacles dont il ne sait s’ils pourront être présentés lors de la saison 2020-2021. Comment vivez-vous cette période ? C’est un temps étrange. Passé les premières semaines de confinement, où l’on avait l’impression d’avoir la situation en main, on s’est rendu compte que c’était un enfermement. C’est l’inverse d’une retraite, où l’isolement est choisi. Ce moment peut-il être bénéfique pour la création ? Pour moi, ce n’est pas du tout un moment d’écriture ou de poussée créatrice. L’écriture naît d’un élan, d’un désir, et c’est alors en toute liberté que l’on peut faire le choix de s’isoler pour travailler. Là, je me sens enfermé, empêché. Je n’arrive pas à faire quelque chose de ce temps imposé, qui est un temps empoisonné. Et j’irai plus loin : je n’ai pas envie de créer à partir de cet événement. C’est juste une sale période, à laquelle je n’ai pas envie d’associer l’art. Je trouve qu’il serait dangereux de romantiser ce moment, ou d’affirmer que la création serait un acte de résistance. J’ai le plus grand mal, et la plus grande répugnance, à envisager la pandémie comme une chose qui va porter des fruits. Je crains que ce temps ne soit que stérile et néfaste. Lire aussi Christophe Honoré : « Je n’ai pas voulu dresser un mausolée » Selon vous, rien de positif ne peut en sortir ? C’est surtout que, depuis le début, je refuse de donner un sens à ce qui se passe. Je trouve extrêmement dangereuse cette idée que la maladie serait une façon de payer quelque chose, une forme de châtiment, par rapport au libéralisme et à l’ultraconsommation, par exemple. Pourtant, je pense que l’oppression capitaliste est une réalité. Mais ce n’est pas pour autant que l’on mérite ce qui nous arrive. Une maladie n’a pas de sens, ne peut pas en avoir. On n’a pas besoin du Covid pour savoir que la mondialisation actuelle est néfaste, que ce sont les populations les plus vulnérables qui sont frappées avec le plus de violence. Cette idée de la maladie comme châtiment, on a vu déjà avec le sida combien elle pouvait être dangereuse. Et j’avoue que je ressens une certaine nausée face à toutes les causeries, tous les avis qui se multiplient dans l’espace public. Nous sommes face à un événement historique, point. Quels liens faites-vous avec l’épidémie de sida, qui a marqué les années 1980-1990, et votre génération ? La dernière fois que l’on a connu cette peur face à une maladie, c’est en effet dans les années sida, même si c’était sans doute moins collectif, avec des groupes de population plus touchés que d’autres. Pour ceux qui ont été touchés de près ou de loin par le sida, la pandémie actuelle réveille nombre d’angoisses et de traumatismes, c’est certain. La différence, c’est que l’on vivait le sida comme une maladie qui visait surtout les jeunes, alors que celle-ci semble toucher plutôt les personnes âgées. Mais là où les années sida résonnent pour moi fortement avec ce qu’on vit aujourd’hui, c’est sur la question de la prise de risque. Quel risque on prend, quel risque on fait prendre à l’autre, comment se comporter de manière rationnelle ? A l’époque, on était parfois face à des gens totalement inconscients. C’est le cas aussi aujourd’hui, mais en même temps on voit bien aussi que le fantasme de se protéger de tout finit par être de l’ordre de la névrose. Lire aussi : « Les Idoles » immortelles de Christophe Honoré Vous deviez créer, le 23 avril, « Le Côté de Guermantes » à la Comédie-Française. Quand le confinement a été établi, le 17 mars, vous en étiez à la cinquième semaine de répétitions. Poursuivez-vous le travail de façon virtuelle, comme certains le font ? Je n’ai pas continué les répétitions par visioconférence, non. D’abord parce que nous ne savons pas quand et même si le spectacle pourra être créé. Je continue à être en contact avec les acteurs, j’essaie de nourrir leur imaginaire. Mais répéter, non : s’il y a bien un métier impossible à faire avec la distanciation sociale, c’est celui de comédien. Le théâtre, c’est une intimité partagée, collective, entre les acteurs, et entre eux et le public. Pour la plupart des comédiens, la période est très violente. A la Comédie-Française, encore, ils ont la chance d’être un groupe. Ils échangent beaucoup, Dominique Blanc lit tous les après-midi, sur Skype, des textes de Proust, ils en parlent ensuite. La situation est beaucoup plus critique pour les comédiens isolés, qui attendaient de pouvoir faire les heures nécessaires pour leurs droits à l’assurance-chômage, qui n’ont pas de trésorerie pour tenir et qui sont dans une incertitude totale. Comment envisagez-vous la reprise des tournages de cinéma ? Nous n’avons aucune information sur la possibilité d’une reprise. Ce que l’on sait, c’est que les assureurs ne veulent pas assumer la prise de risque. Et on entend parler d’idées aberrantes : faire venir tous les acteurs d’un film quinze jours avant le tournage pour les mettre en quarantaine, confiner toute l’équipe dans le même lieu pendant toute la durée du travail… Quels effets la crise actuelle peut-elle avoir sur les formes et les thèmes artistiques ? Je ne suis pas très optimiste non plus sur ce point. Je crains plutôt le lieu commun, une forme d’appropriation un peu simpliste, que l’on voit surgir sur les plateaux des personnages avec des masques, que l’on reproduise le confinement… Ce qui va nous parler en tant que spectateurs de ce qui nous est arrivé, pour moi, ce sont des mises en scène très éloignées, dont l’écho sera beaucoup plus lointain et profond. La création ne peut pas se faire dans l’immédiateté, elle demande le passage du temps et l’examen des traces laissées par l’événement. Je me méfie beaucoup, aussi, du côté prophète que l’on pourrait avoir, ou que l’on pourrait nous accorder, en tant qu’artistes. Je ne crois pas que nous soyons capables de voir ce qui nous arrive mieux que d’autres. Ce sont la prudence, la réserve, l’intimité qui nous permettront une précision sur ce que l’on aura pu ressentir, et sur les traces qui seront laissées. Qu’en est-il du rapport à la fiction ? C’est vrai que ce qu’on vit ressemble à une mauvaise série d’anticipation dystopique. On a l’impression d’être les personnages d’une fiction dont les scénaristes manqueraient singulièrement de talent. Quant à l’évolution du statut de la fiction dans un tel contexte, là non plus, je n’ai pas envie de jouer les prophètes. Mais, plus concrètement, je crains que la sortie de crise ne vienne confirmer une tendance déjà à l’œuvre, surtout dans le cinéma : celle du formatage. Dans l’économie de marché cinématographique, qui va décider de ce qui est ou non un bon sujet de l’après-confinement ? On voit bien comment on va aller encore plus vers une sorte de ventre mou qui existe déjà et avoir recours au cliché : on va nous dire qu’il faudra de l’évasion, du « feel-good », des histoires de héros solitaires qui se dévouent pour la collectivité… Et les cinéastes qui résisteront à ce formatage auront des difficultés économiques encore plus importantes pour tourner leurs films. Y a-t-il selon vous une impossibilité à envisager le tragique de la situation ? On minimise énormément ce qui se passe. Pas au niveau concret, bien sûr, du comptage macabre des morts et de la lutte contre la maladie. Mais au niveau intime de ce qui nous blesse, de ce qui nous ruine dans cette période. Je crois en effet qu’il y a une incapacité à voir le tragique, à envisager ce qui est en train de se détruire en nous. Je suis convaincu que quelque chose se détruit, ce qui ne veut pas dire qu’on ne pourra pas le surmonter. Mais ce n’est pas parce qu’on est indemne que tout va bien. Bien sûr que la vie reprendra, mais avec un noyau à l’intérieur qui aura été très fragilisé. C’est pour cela que je refuse de m’adapter à la situation, et d’en faire quelque chose de productif. Que faire, alors ? Peut-être suis-je un peu trop obsédé par Proust en ce moment, mais je crois que, pour retrouver quelque chose, il faut admettre l’avoir perdu. Le temps que nous vivons est perdu. L’admettre, c’est laisser la possibilité qu’il y ait un temps retrouvé. Fabienne Darge Légende photo : Christophe Honoré, le 27 avril, à son domicile parisien. ED ALCOCK/M.Y.O.P. POUR « LE MONDE »
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Le spectateur de Belleville
May 1, 2020 3:16 PM
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Article de Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan - 30 avril 2020 Heiner Müller est mort en décembre 1995 alors qu'il mettait en scène "Germania 3/ Les spectres du mort-homme". Pendant les répétitions, il avait écrit une dernière scène, la dixième, "Guerre des virus". Sidérant dialogue. Blague, pied de nez, prémonition, conclusion en forme de point d'orgue? Tout à la fois.
Mark Lammert qui signait là l'un des ses premières scénographies avant de travailler régulièrement avec Jean Jourdheuil et Dimitri Gotscheff devait achever à Berlin la mise en scène du spectacle Germania 3/Les spectacles du mort-homme, après l'hospitalisation d'Heiner Müller et sa mort le 30 décembre 1995. Il raconte que c'est à la suite de la lecture d'un article du Spiegel qu' Heiner avait écrit cette scène supplémentaire pendant les répétitions, nous précise Jean Jourdheuil.
Guerre des Virus, scène-poème traduite par Jean-Louis Besson et Jean Jourdheuil, avait été publiée pour la première fois dans sa traduction française en exergue du numéro 160/161 ( largement consacré à Müller) de la revue théâtre/public du théâtre de Gennevilliers dirigé par Bernard Sobel, en coédition avec l'Académie expérimentale des théâtres dirigée par Michelle Kokosowski.
"Dans l'appartement où travaillait Müller, il y avait toujours des choses épinglées sur les murs. Des mots, des poèmes, des adresses mais aussi des courses à faire, se souvient Jean Jourdheuil. Certains bouts de ces textes ont fini dans l'un de ses écrits. Ce fut peut-être le cas, en partie, de celui-ci". Que voici.
X. GUERRE DES VIRUS
Théâtre vide. Auteur et metteur en scène, ivres. AUTEUR La guerre des virus. Comment la décrire. METTEUR EN SCÈNE C’est ton job. Tu es payé pour cela. AUTEUR Avancez, inconnus au visage masqué Combattants de l’invisible front Ou bien Les grandes guerres de l’humanité des gouttes des gouttes Sur la pierre brûlante Les terreurs de la croissance Le crime de l’amour qui nous fait vivre en couples Et de la planète fait un désert en la peuplant METTEUR EN SCENE Et comment vais-je montrer ça sur ma scène. AUTEUR Pas la moindre idée. Que représente ta scène pour moi. METTEUR EN SCÈNE Dieu et le monde. AUTEUR Dieu est peut-être un virus Qui nous habite. METTEUR ET SCÈNE Que veux-tu. Que je te Mette deux mille vieillards sur la scène Avec barbe blanche, numéro un deux trois Et ainsi de suite jusqu’à deux mille. Va au cinéma. Les virus se comptent par milliards et Notre théâtre est un hospice. AUTEUR Il y a vingt ans à Brooklin à un homme dans la rue J’ai demandé une rue et il m’a dit : Thats your problem. METTEUR EN SCÈNE Cet homme a raison, je ne peux que l’approuver. AUTEUR J’ai écrit un poème. METTEUR EN SCÈNE (se bouche les oreilles en gémissant) Récite-le. AUTEUR Mortelle à l’humanité sa rapide multiplication Chaque naissance une mort de moins Le meurtre un cadeau (Tremblement de terre espérance du monde) Chaque typhon une espérance Loués soient les volcans Hérode et non Jésus connaissait les voies du monde Les massacres sont investissement dans le futur Dieu n’est ni homme ni femme c’est un virus Tu ne m’écoutes pas. METTEUR EN SCÈNE Exact. Et pourquoi le ferais-je. Nous sommes au théâtre.
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Le spectateur de Belleville
May 1, 2020 7:10 AM
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Par Emmanuel Laurentin et Fanny Richez sur le site de France Culture, le 28 avril 2020 Coronavirus, une conversation mondiale Tiago Rodrigues est metteur en scène et directeur artistique du Théâtre National Dona Maria II à Lisbonne. Selon lui, la solidarité est un outil pour faire face à la crise sanitaire actuelle mais cet outil nous sera surtout utile quand nous pourrons nous rencontrer de nouveau.
Face à la pandémie de coronavirus, Le Temps du Débat avait prévu une série d’émissions spéciales « Coronavirus : une conversation mondiale » pour réfléchir aux enjeux de cette épidémie, en convoquant les savoirs et les créations des intellectuels, artistes et écrivains du monde entier. Cette série a dû prendre fin malheureusement après le premier épisode : « Qu'est-ce-que nous fait l'enfermement ? ». Nous avons donc décidé de continuer cette conversation mondiale en ligne en vous proposant chaque jour, sur le site de France Culture, le regard inédit d’un intellectuel étranger sur la crise que nous traversons.
En tournée au Brésil où il présentait ses spectacles « By Heart » et « Sopro », Tiago Rodrigues a dû rentrer au Portugal à la suite de l’annulation des dernières représentations. Très vite, l’équipe de direction a décidé de mettre en ligne sur le site du Dona Maria II les captations des spectacles présentés ces dernières années. Ce « rafiot dans un jour de tempête » rencontre un beau succès et ils sont de plus en plus nombreux à attendre, chaque vendredi et samedi à 21h, la mise ne ligne d’un nouveau spectacle. Nous ne pouvons que vous conseiller de regarder la captation surtitrée en français de « Sopro », mis en scène par Tiago Rodrigues. Elle est disponible ici.
Nous sommes simultanément confrontés à une crise exceptionnelle et à une mutation plus profonde qui inévitablement fera partie de nos vies à partir de maintenant. Je pense que nous vivons un moment historique qui inaugure une nouvelle phase de l’organisation sociale, de la politique, de la pensée, de l’action humaine.
J’ai le sentiment que nous vivons sinon la première, au moins la répétition générale de quelque chose que je ne peux pas m’empêcher de relier aux grands bouleversements à venir pour nous adapter au changement climatique. Nous n’avons peut-être pas encore les nouveaux outils pour faire face à ce monde en mutation, mais nous avons un très vieil outil qui peut nous être utile : la solidarité.
La solidarité avec ses voisins et ses proches, la solidarité transfrontière entre peuples, la solidarité entre continents doivent nous aider à faire face à la crise exceptionnelle que nous traversons mais aussi à la mutation profonde que nous connaitrons. Nous vivons un moment qui requiert une solidarité immodérée, quand elle devait jusqu’à présent être atténuée par des normes et surtout par les règles du marché. Nous nous rendons compte aujourd’hui que la solidarité doit être souveraine face au marché et que c’est peut-être le seul outil qui nous aidera à relancer une nouvelle économie.
Au Portugal, les mesures d’accompagnement social prises par le gouvernement sont déjà le signe que les politiques prennent conscience que nous vivons un moment où il faut faire valoir les principes démocratiques sans hésitation. Je suis fier d’être citoyen d’un pays qui a par exemple pris la décision de régulariser temporairement tous les immigrés en attente de titre de séjour. Au Théâtre National Dona Maria II, nous avons décidé d’honorer les engagements financiers pris avec nos salariés mais aussi avec les centaines d’artistes et de techniciens indépendants - et donc précaires - qui devaient travailler sur les productions annulées. Payer ces professionnels qui n’auraient pas eu d’autre soutien économique était une façon de rendre cette crise collective. C’est la crise budgétaire d’un théâtre national, et non une série de crises individuelles de travailleurs qui ne pourraient pas subvenir à leurs besoins élémentaires en perdant leur salaire. Heureusement l’Assemblée nationale a ensuite voté une loi qui exige que toutes les institutions publiques agissent de la sorte. C’est une victoire très importante pour le spectacle vivant car c’est une question de solidarité, mais c’est aussi la garantie qu’il y aura un avenir artistique. Nous soutenons les artistes aujourd’hui pour qu’il y ait demain des artistes prêts à imaginer ce qu’on ne sait pas encore.
Ce qui est très particulier, c’est de vivre une expérience commune mais qui n’est pas partagée. C’est une deuxième violence après celle qui pèse sur notre santé. Car malgré les outils de communication dont nous disposons pour garder un lien avec nos proches, nous sommes dans l’impossibilité d’être ensemble. Pour la première fois, notre avenir à tous est complétement incertain. Cela nous oblige à oublier nos calendriers, nos plans, et tout ce qui contrôlait notre temps. Il faut accepter que demain est désormais un exercice d’imagination.
En tant qu’artiste, je suis touché par la profusion d’offres -notamment numériques- qui se sont mises à fleurir grâce à la solidarité et à la générosité d’artistes et d’institutions culturelles. C’est une réponse exceptionnelle à un temps exceptionnel car un minimum d’expression artistique doit continuer à exister. Je connais de nombreux artistes visuels, par exemple, qui produisent un travail énorme, avec une énergie, une pulsion boulimique face à l’impossibilité d’être avec les autres. C’est aussi un acte de solidarité bien que ce soit ressenti comme une urgence, une pulsion individuelle, un désir. Je ne sais pas ce qui va changer dans notre façon de faire ou de voir du théâtre mais j’ai l’intuition très forte que la possibilité d’être ensemble à nouveau dans une salle de spectacle va nous permettre de reconquérir une force vitale. Et pour conquérir cette force, il est très important de rester solidairement actifs sur la promesse de notre rencontre, du partage futur. Il y a des façons très mainstream d’être ensemble comme les applaudissements ou les chants aux fenêtres mais il y aura aussi toutes ces choses inventées dans trois, six, douze jours et qui feront preuve de vie et d’envie d’être ensemble.
Ce qui est intéressant, ce n’est pas la capacité d’adaptation au confinement, c’est la combativité face au confinement. Il ne faut pas voir ce geste comme d’abord artistique, politique ou philosophique mais comme d’abord solidaire. C’est une façon d’être avec les autres qui nous aidera quand nous pourrons nous rencontrer à nouveau.
Il y a bien sûr le danger de vivre un moment très violent en termes de financement public pour la culture à partir du moment où la crise sanitaire deviendra surtout une crise économique. Mais je pense qu’il y a une différence entre la situation actuelle et celle que nous avons connue lors de la crise de 2008 et qui s’est traduite au Portugal par une austérité très violente, notamment pour la culture et les arts. Aujourd’hui, nous vivons un moment où le manque de partage et l’impossibilité d’être ensemble souligne l’importance de la vie culturelle et artistique. De nombreux citoyens ressentent que ce droit d’accès démocratique aux arts leur est volé par cette pandémie. Il y a une prise de conscience de l’opinion publique mais aussi des décideurs politiques que la culture et la création artistique jouent un rôle essentiel dans le lien qui nous unit les uns aux autres et dans le fonctionnement de notre démocratie. De même que les échanges entre institutions culturelles et artistes européens sont extrêmement importants. Nous devons rester en contact, penser ensemble et hors de nos frontières. Il y a des résurgences nationalistes qui peuvent émerger avec cette crise. Il y a donc une opportunité pour l’Europe de se repenser, de se réinventer. Je parie sur une belle explosion de créations artistiques à partir du moment où nous pourrons être à nouveau ensemble. Il y aura une telle envie d’accès à la culture que nous pourrons peut-être nous libérer des barrières et des normes fixées par les institutions et les formes traditionnelles de distribution.
Le fleuve de la création artistique va déborder de son lit, et il faudra faire attention à ne pas manquer la fête de ce retour à la vie.
Emmanuel Laurentin avec l’équipe du « Temps du débat ».
Retrouvez ici toutes les chroniques de notre série Coronavirus, une conversation mondiale.
Emmanuel Laurentin et Fanny Richez Légende photo
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Le spectateur de Belleville
April 30, 2020 5:18 PM
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LETTRE À L’ATTENTION DES DIRECTRICES ET DIRECTEURS DE THÉÂTRES MUNICIPAUX ET DE LIEUX CULTURELS
30 avril 2020
Chères Directrices, Chers Directeurs,
Avant tout, nous espérons que vous allez bien malgré toutes les difficultés que nous traversons.
Plusieurs producteurs et diffuseurs ont été alertés sur le fait que certaines municipalités sont en train de décider de fermer leur théâtre jusqu’en décembre 2020 ou janvier 2021, avec le risque d’être suivies par beaucoup d’autres villes.
Nous avons tous été stupéfaits, très attristés et particulièrement inquiétés par cette décision qui nous semble beaucoup trop hâtive et, surtout, absolument catastrophique pour notre métier !
Alors même que toute la France est en train de préparer la sortie du confinement avec une immense envie de reprendre son activité ; Alors que le gouvernement incite à reprendre le travail au plus vite pour relancer l’économie en cherchant de multiples solutions pour permettre à la population de vivre le plus en sécurité possible avec ce virus ; Les salles de théâtres municipales resteraient éventuellement fermées jusqu’à la fin de l’année ?
Et par là même les artistes, les créateurs, les techniciens, les auteurs, les metteurs en scène, les producteurs, les compagnies de spectacles seraient les seuls « oubliés » de cette France qui repart, de cette France qui a de nouveau envie d’entreprendre, de vivre et de SORTIR !
Bien sûr, si les conditions sanitaires ne sont toujours pas réunies en septembre, nous n’aurons alors pas le choix. Et les salles resteront fermées. Mais il reste encore plus de 4 mois avant la rentrée de septembre ! Et il n’y a eu pour l’instant, aucune directive gouvernementale obligeant ou même incitant les salles de spectacles à fermer après la fin août.
Alors pourquoi cette prise de précaution si anticipée ? Tout change très vite depuis quelques semaines et l’état d’esprit d’aujourd’hui n’est déjà plus du tout le même qu’il y a deux semaines. Et, contrairement à d’autres professions qui vont reprendre dès le 11 mai ou en juin, nous avons le temps de nous organiser pour la rentrée.
Car si cette décision venait à être suivie par d’autres théâtres municipaux, elle entrainerait irrémédiablement l’effondrement et le dépôt de bilan de nombreux producteurs, compagnies et diffuseurs, et sacrifierait forcément par la suite les artistes et les techniciens qui perdraient leur statut, et les metteurs en scène, les auteurs, les compositeurs, les décorateurs, les costumiers, etc… qui ne pourraient plus vivre de leur métier.
C’est donc une très large partie de la filière théâtre qui serait supprimée !
Nous pensons donc, avant tout, qu’il est urgent d’attendre.
Et surtout, plutôt que d’anticiper des fermetures sur le long terme qui seraient dramatiques pour nous tous, nous devons mettre en place une grande SOLIDARITÉ entre nous (théâtres, producteurs, compagnies, artistes, techniciens), afin de trouver ensemble les solutions de la reprise.
Voici déjà quelques pistes sur lesquelles nous sommes en train de travailler pour préparer une reprise de notre activité en septembre :
1/ PRÉPARATION D’UNE CHARTE DE MESURES SANITAIRES
Un plan de mesures sanitaires afin de permettre au public de retourner dans les salles de spectacles en toute sécurité, est en train d’être élaboré, à la demande d’AUDIENS, par le Professeur François Bricaire, chef de service honoraire d’infectiologie, membre de l’Académie de Médecine. Il devrait être prêt dans la première quinzaine de mai, nous permettant à tous, directeurs de salle et producteurs de spectacle, d’élaborer une charte de mesures sanitaires concrètes. Il permettra aussi de prendre des mesures vis-à-vis de nos employés (techniciens, comédiens, etc…).
Cette charte permettra, au monde du spectacle vivant, de s’auto-organiser en concertation avec les Autorités et d’engager concrètement et opérationnellement tous les théâtres pour rendre les spectacles d’après confinement les plus sûrs possible, et pour convaincre le public de revenir.
Notre activité est VITALE à la Nation. La culture est un bien de première nécessité, elle contribue à créer le lien social et la joie de vivre de nos concitoyens.
Nous vous demandons donc de laisser du temps à toutes ces mesures d’être précisées.
2/ DES NOUVEAUX MODÈLES DE PROGRAMMATION
De plus, de notre côté, nous sommes tous prêts à faire des efforts pour vous aider à remplir vos salles différemment. De multiples idées naissent chaque jour dans nos esprits, que nous aimerions partager avec vous, pour recueillir les vôtres, et échanger sur les meilleures solutions à mettre en place pour la reprise. Nous sommes certains que vous réfléchissez aussi de votre côté pour trouver comment accueillir nos spectacles et les programmer différemment.
Rien n’est encore concret, mais voici déjà quelques idées :
L’éventualité de faire plusieurs représentations d’un même spectacle, pendant la saison 2020-21 (deux dans la même journée ou sur deux soirs consécutifs avec un prix très largement dégressif pour la deuxième – ou 3 pour le prix de 2) afin d’étaler les spectateurs sur plusieurs représentations. Se concerter davantage pour construire des itinéraires plus cohérents en termes géographiques pour mutualiser les frais d’approche et limiter l’impact écologique. Demander à l’Etat ou aux régions de subventionner les places laissées forcément vides pour respecter les mesures de distanciation. Etc… Enfin, au-delà même de l’image désastreuse pour notre métier que renverrait la fermeture des théâtres aussi longtemps à l’avance, nous souhaiterions vivement que vous confirmiez vos options de première partie de saison en procédant à la signature des contrats de cession, comme vous avez l’habitude de le faire à cette période de l’année.
Car, si par malheur, le gouvernement venait à prendre la décision de continuer à fermer les salles de spectacles jusqu’en décembre, cet engagement nous permettrait de plaider le cas de Force Majeure et de mettre les artistes et les techniciens au chômage partiel, et peut-être d’obtenir des aides. Ce que nous ne pourrons pas avoir si vous effacez d’un trait les options posées.
Nous avons bien conscience que vous êtes tous tributaires des décisions de vos élus, qui eux-mêmes, pour beaucoup, sont actuellement en ballotage à cause du report des élections, et pourraient être tentés de mettre en place des stratégies politiques ne favorisant pas la Culture au profit d’autres secteurs qui leur semblent être plus importants.
Mais, ne laissons pas les raisons financières l’emporter sur l’exception culturelle française !
C’est justement en ce temps de crise que nous devons sauver la Culture, la défendre coûte que coûte. Sinon, (en paraphrasant Churchill) pourquoi nous serions-nous battus contre ce virus ?!
Le Spectacle Vivant, contrairement à ce que certains peuvent penser, est une force économique importante, employant des dizaines de milliers de personnes sur tout le territoire.
Ne restons pas « les invisibles » de cette crise !
Élevons nos voix, tous ensemble, pour, d’abord rallier les spectateurs avec nous, puis l’ensemble de la population qui serait bien triste de vivre dans un pays sans Culture et sans Spectacle Vivant.
Nous savons bien que vous avez tous des contraintes particulières.
Loin de nous l’idée de vous juger, nous savons à quel point vous travaillez avec passion sur votre programmation, que vous devez être anéantis à l’idée de la perdre et que votre désir premier serait évidemment de la maintenir ; mais nous espérons simplement que vous entendrez notre appel et nous comptons sur votre soutien pour parler à vos élus, et les convaincre de patienter avant de prendre leurs décisions.
Car, vous l’aurez bien compris en lisant notre lettre : vous êtes un maillon essentiel de la chaîne du spectacle vivant.
Nous avons besoin de votre soutien et que vous défendiez, avec nous, la culture du spectacle vivant auprès de vos élus pour qu’elle ne disparaisse pas de nos territoires.
SIGNATAIRES
PRODUCTEURS(TRICES) ET DIFFUSEURS(EUSES) DE SPECTACLES
Alexis Michalik, Benjamin Bellecour, Camille Torre (ACME), François Volard (Acte 2), Slimane Kacoui et Dorothée Martinet (Alyzée Créations), Gilles de la Rochefordière (Théâtre de l’Arrache Cœur), Jean-Claude, Fleur et Thibaud Houdinière (Atelier Théâtre Actuel), Alain Barsacq (Théâtre de l’Atalante), Nelly Correia (Arts et Spectacles Production), Serge Barbuscia et Sylviane Meissonnier (Théâtre Le Balcon), Elizabeth Brownhill (Barefoot), Bénédicte Charpiat (Le Bateleur théâtre), Aurélie Bauer (Les Baubau Productions), Arthur Jugnot, David Roussel, Frédéric Thibault, Florent Bruneau (Les Béliers), David Bottet (Bo Théâtre), Gilles Mattana (Book Your Show), Marguerite Gourgue (Théâtre La Bruyère), Julien Gélas et Gérard Gélas (Théâtre du Chêne Noir), Christophe Segura (Théâtre Comédie Bastille), Jean-Pierre Créance (Créadiffusion), Nikos Talbi-Lykakis (Coq Héron Production et La Scène Parisienne), Douglas Lemenu (Doog Production), Luq Hamet (Théâtre d’Edgar), Pierre Michelin (Encore un tour), Pierre Boiteux (En Scène), Rita Beuchet (FIVA Production), Alain Timár (Théâtre des Halles), Fabrice Roux (Happy Prod et Théâtre de l’Archipel), Franck Desmedt (Théâtre de la Huchette), Serge Paumier et Nathalie Lucas (Théâtre des Gémeaux), Jérôme Foucher (Les Grands Théâtres), Pascal Guillaume (Ki M’aime Me Suive), Benoît Lavigne et Karine Letellier (Théâtre le Lucernaire), Dominique Tesio et Stéphane Baquet (Théâtre de La Luna), Yann Reuzeau et Sophie Vonlanthen (Manufacture des Abbesses), Jean-Claude Lande et Christophe Segura (Marilu Production), Salomé Lelouch, Ludivine de Chastenet, Caroline Rochefort (Matriochka Productions), Mathilde Mottier et François Vila (Mise en Lumière / LNC), Myriam Feune de Colombi (Théâtre Montparnasse), Anthéa Sogno (Théâtre des Muses), Benoît Lavigne (Théâtre de l’Œuvre), Gilbert Désveaux (Opéra en plein air), Jean-Pierre Bigard (Palais des Glaces), Sébastien Azzopardi (Tournées du Palais Royal), Pascal Legros, Axel Legros, Matthias Legros (Pascal Legros Organisation), Patricia Barthélémy (Les Passionnés du Rêve), Caroline Verdu (La Pépinière Théâtre), Philippe et Stéphanie Tesson (Théâtre de Poche), Dominique Dumond (Polyfolies), Sylvain Berdjane (Pony Production), Élisabeth Bouchaud (Théâtre de la Reine Blanche), Éric-Emmanuel Schmitt, Bruno Metzger et Nathalie Szewczyk (Théâtre Rive Gauche), Roméo Cirone (Roméo Drive Production), Anne Martin (RSC Production), Jean-Paul Tribout (Directeur du Festival de Sarlat), Marie-Hélène Nicquevert (Sésam’ Prod), Pierre Beffeyte (Scène et Public), Agnès Harel (Productions du sillon), Sébastien Bergery (Les trottoirs du Hasard), Vanessa Varon (VavaProd), Sylvain Derouault (ZD Production), Jérôme Réveillère (Zoaque 7)
COMÉDIEN(NE)S, METTEURS(EUSES) EN SCÈNE, AUTEURS(TRICES), ASSISTANT(E)S À LA MISE EN SCÈNE, DANSEURS(EUSES), MUSICIEN(NE)S, CLOWNS
Lionel Abelanski, Maxime d’Aboville, Bruno Abraham-Kremer, Raymond Acquaviva, Marie-Christine Adam, Béatrice Agenin, Valérie Alane, Christophe Alévêque, David Alexis, Agathe Alexis, Bruno Allain, Chadia Amajod, Yoni Amar, Isabelle Andréani, Jérôme Anger, Anais Ansel, Romain Apelbaum, Philippe Arbeille, Fabian Arca, Caroline Archambault, Catherine Arditi, Pierre Arditi, Jeanne Arenes, Violaine Arsac, Richard Arselin, Aurélia Arto, Matthieu Aschehoug, Aïda Asgharzadeh, Éric Assous, Lionnel Astier, Émilie Aubertot, Sylvie Audcoeur, Anne Auffret, Florent Aumaitre, Philippe d’Avilla, Jean-Philippe Azéma, Sébastien Azzopardi, Marilyn Bale, Annie Balestra, Fabian Ballarin, Jean-François Balmer, Constantin Balsan, Laurent Ban, Véronique Bandelier, Grégori Baquet, Yannis Baraban, Christophe Barbier, Amandine Barbotte, Serge Barbuscia, Jean-Christophe Barc, Grégory Barco, Aurélie Bargème, Guillemette Barioz, Sophie Barjac, Marianne Basler, Philippine Bataille, Peter Bateson, Yuna Baudoin, Éléonore Bauer, Émeline Bayart, Alexandre Beaulieu, Félix Beaupérin, Thierry Beccaro, Jean-Philippe Bêche, Nadia Bel, Georges Beller, Michel Bellier, Joy Belmont, Olivier Bénard, Grégory Benchenafi, Nassima Benchicou, Pierre Benoist, Sarah Bensoussan, Didier Benureau, Victoire Berger-Perrin, Alain Bernard, Julie Bernard, Chloé Berthier, Andréa Bescond, Karina Beuthe-Orr, Noémie Bianco, Stéphane Bierry, Marion Bierry, Alexandre Bierry, Nathalie Bigorre, Thierry Bilisko, Gaëlle Billaut-Danno, Brigitte Bladou, Sébastien Blanc, Julien Boisselier, Julie de Bona, Julien Bonnet, Alexandre Bonstein, Jean-Paul Bordes, Gaëtan Borg, Christophe Botti, Isabelle de Botton, Raphaëlle Bouchard, Guillaume Bouchède, Booder, Agathe Boudrière, Sophie Bouilloux, Elodie Bouleau, Christophe Boulet, Frédéric Bouraly Gregoire Bourbier, Gaëlle Bourgeois, Arielle Bourguignon, Véronique Boutonnet, Jean-Pierre Bouvier, Anne Bouvier, Éric Bouvron, Johanna Boyé, Benjamin Boyer, Marcel Bozonnet, Patrick Braoudé, Guila Braoudé, Albert Braquetti, David Brécourt, Benjamin Brenière, Fabrice Bressolles,Véronique Bret, Nicolas Briançon, Magali Bros, Sylvia Bruyant, Axel Bry, Éric Bu, Bénédicte Budan, Mariejo Buffon, Marie Bunel, Françoise Cadol, Julien Cafaro, Yvan Calbérac, Geoffrey Callènes, Christophe Calmel, Maxim Campistron, Anne Canovas, Valentin de Carbonnière, Clémence Carayol, Louise Caron, Constance Carrelet, Nikola Carton, Cartouche, Caroline Casadesus, Pierre Cassignard, Sébastien Castro, Patrick Catalifo, Philippe Cauber, Pauline Caupenne, Marlène Caussé, Julie Cavanna, Sylvie Cavé, Lionel Cecilio , Clémentine Célarié, Cathy Chabot, Pauline Chagne, Marion Champenois, Benoit Chanez, Éric Chantelauze, Bruno Chapelle, Constance Chaperon, Richard Charest, Christophe Charrier, Jeanne Chartier, Ludivine de Chastenet, Barbara Chaulet, Luc Chaumar, Pia Chavanis, Patrick Chayrigues, Jeanne Chereze, Laura Chiche, Ladislas Chollat, Marion Christmann, Cédric Chupin, Julien Cigana, Cyrielle Claire, Patrick Clausse, Laurent Clauwaert, Marie Clément, Florian Cléret, Didier Clusel, Andy Cocq, Michael Cohen, Claude Cohen, Sophie Cohen, Séverine Cojannot, Guillaume Colignon, Daniel-Jean Colloredo, Fabienne Colombet, Marie Combeau, Muriel Combeau, Léonore Confino, Laurent Conoir, Gerard de Cortanze, Didier Constant, Clovis Cornillac, Gregory Corre, Florence Coste, Pascale Coste, Stéphane Cottin, Dominique Coubes, Guy-Pierre Couleau, Emmanuelle Cousin, Thomas Cousseau, Amaury de Crayencourt, Erwan Creignou, Paulo Crocco, Christine Culerier, Manu Da Silva, Marguerite Dabrin, Jean-Philippe Daguerre, Magali Dahan, Sacha Danino, Diane Dassigny, Stephane Dauch, Stéphane Daurat, Bérengère Dautun, Baptiste De Oliveira, Bruno Debrandt, Roger Défossez, Hélène Degy, Xavier Delambre, Julie Delaurenti, Séverine Delbosse, Vincent Delboy, Emmanuelle Delle Piane, Guillaume Delvingt, Véronique Demonge, Arnaud Denis, Arnaud Denissel, Olivier Denizet, Delphine Depardieu, Sophie Deschamps, Cyril Descourt, Sébastien Desjours, Franck Desmedt, Alexis Desseaux, Rémi Deval, Christophe Devillers, Pauline Devinat, Chiara Di Bari, Johann Dionnet, Pierre Diot, Catherine Dolto, Samuel Domergue, Joris Donnadieu, Sylvia Dorliat, Julia Dorval, Alissa Doubrovitskaïa, Jules Dousset, Thomas Drelon, Michel Drucker, Stéphane Druet, Karine Dubernet, Julia Duchaussoy, Céline Duhamel, Benjamin Dumas, Eva Dumont, Arnaud Dupont, Pierrette Dupoyet, Marine Dusehu, Theo Dusoulié, Gilles Dyrek, Guillaume Edé, Benjamin Egner, Judith Ejnes, Armand Eloi, David Enhco, Thomas Enhco, Céline Esperin, Amélie Etasse, Danièle Evenou, Pascal Faber, Anthony Fabien, Marjorie Fabre, Jacques-Henry Fabre, Emilien Fabrizio, Benoit Facerias, Jean-Paul Farré, Florence Fauquet, Brigitte Faure, Marc Fayet, Sylvie Feit, Geoffroy Fenat, Lionel Fernandez, David Ferrara, Séverine Ferrer, Isabelle Ferron, Sylvy Ferrus, Vanessa Fery, Antoine Fichaux, Isabelle Fleur, Lilou Foglie, Jean-Marie Fonbonne, Martine Fontaine, Jacques Fontanel, Pierre Forest, Jean Fornerod, Sophie Forte, Christophe Fossemalle, Jean Franco, Stéphanie Froeliger, Chloé Froget, Caroline Frossard, Caroline Gaget, Christine Gagnepain, Ophélie Gaillard, Juliette Galoisy, Armance Galpin, Christina Galstian, Laurent Gamelon, Katia Ganthy, Kevin Garnichat, Cyril Garnier, Muriel Gaudin, Pascal Gautier, Gérard Gélas, Julien Gélas, Cyril Gely, Véronique Genest, Magali Genoud, Nicolas Georges, Yoan Giansetto, Manon Gilbert, Stéphane Giletta, Xavier Girard, Marie-Laure Girard, Olivier Girard, Gaël Giraudeau, Stefan Godin, Margaux Gorce, Fréderic Gorny, Sylviane Goudal, Armelle Gouget, Raphaëline Goupilleau, Sophie Gourdin, Gwenhael de Gouvello, Gilles Granouillet, Carole Greep, Brigitte Guedj, Stephane Guerin, Olivier Guilbert, Virginie Guilhaume, Dominique Guillot, Antoine Guiraud, Cerise Guy, Fréderic Habera, Isabelle Habiague, Thierry Harcourt, Nathalie Hardouin, Catherine Hauseux, Florent Héau, Stéphanie Hédin, Pierre Hélie, Cyril Hériard Dubrueil, Ève Herszfeld, Clara Hesse, Justine Heynmann, Raphaël Hidrot, Pierre Hiessler, Brice Hillairet, Tadrina Hocking, Matthieu Hornuss, Cloé Horry, Catherine Hosmalin, Marwil Hugue, Violaine Humeau, Petia Iourtchenko, Kamel Isker, Grégoire Isvarine, Aliocha Itovich, Julien Jacob, Fréderic Jacquot, Thierry Jahn, Benoit Jardé, Clair Jaz, Manoulia Jeanne, Paul Jeanson, Mailis Jeunesse, Henri Jonqueres d'Oriola, Cécile Joseph, Franck Jouglas, Arthur Jugnot, Corinne Juresco, Félicien Jutner, Slimane Kacoui, Charlotte Kady, Nathalie Kanoui, Gilles-Vincent Kapps, Roland Karl, Sam Karman, Martin Karmann, Michèle Kern, Brigitte Kernel, Jonathan Kerr, Julien Kirche, July Kocaoglu, Clément Koch, Ophélie Kœring, Ophélia Kolb, Vanessa Koutseff, Natacha Krief, Xavier Kutalian, Stéphanie Labbé, Didier Lafayette, Xavier Laffite, Éric Lafon, Romain Lagarde, Michel Laliberté, Barbara Lamballais, Marie Lanchas, Mary Landret, Aimée Langrée, Stéphane Laporte, Simon Larvaron, Noémie de Lattre, Éric Laugerias, Pierre-Louis Laugerias, Etienne Launay, Marie-Neige Laurès, Thierry Lavat, Pierre Laville, Patrick Laviosa, Karine Lazard, Céline Le Coustumer, Roxane Le Texier, Éric Le Roch, Yvan Le Bolloc’h, Frank Leboeuf, Marie Lecam, Jean-Marie Lecoq, Thomas Ledouarec, Clara Leduc, Daniel Leduc, Hugues Leforestier, Denis Lefrançois, Jacques Legrand-Joly, Olivier Lejeune, Charles Lelaure, Pierre-Alain Leleu, Philippe Lelièvre, Didier Lelong, Salomé Lelouch, Xavier Lemaire, Emmanuel Lemire, Christine Lemler, Virginie Lemoine, Thomas Lempire, Marie-Hélène Lentini, Pierre Lericq, Michel Lerousseau, Laurent Letellier, Alexandre Letondeur, Willy Liechty, Françoise Lorente, Alexis Loubiérès, Gérard Loussine, Aurélie Loussouarn, Nathalie Lucas, Sandra Luce, Nicolas Lumbreras, Laura Lutard, Christophe Luthringer, Guenola de Luze, Olivier Macé, Anthony Magnier, Jean-Marc Magnoni, Caroline Maillard, Énora Malagré, Bernard Malaka, Jérémy Malaveau, David Mallet, Jérémy Manesse, Sarah Manesse, Edouardo Manet, Nathalie Mann, Fabio Mara, Thomas Marceul, Régis Mardon, Solenn Mariani, Antoine Marielli, Milena Marinelli, Guillaume Marquet, Ophélie Marsaud, Xavier Martel, Géraldine Martineau, Justine Martini, Lisa Martino, Christophe de Mareuil, Christine Mateo, Stéphanie Mathieu, Charlotte Matzneff, Céline Mauge, Marc Maurille, Philippe Maymat, Pierre-André Mazure, Lysiane Meis, Adrien Melin, Maeva Méline, Leslie Menahem, Elodie Menant, Meriem Menant, Franck Mercadal, Sylvie Mersanne, William Mesguich, Blandine Métayer, Éric Métayer, Alex Metzinger, Alexis Michalik, Pascale Michaud, Franck Micque, Christophe Mie, Patrick Mille, Christiane Millet, Julien Mior, Sandrine Moaligou, Valérie Moinet, Sandrine Molaro, Alexis Moncorgé, Alexis Moncorgé, Aramis Monroy, Hélios Monroy, Sandrine Montcoudiol, Manon Montel, Yvon Morane, Jean-Luc Moreau, Juliette Moreau, Ninon Moreau, Laurent Morhain, Sophie Mounicot, Bertrand Mounier, Jean-Charles Mouveaux, Lydie Muller, Lucie Muratet, Laurent Musi, Bertrand Nadler, Anne-Sophie Nalino, Laurent Natrella, Bruno Negri, Alexis Neret, Sébastien Nivault, Didier Niverd, Aurélie Noblesse, Serge Noël, Ninon Noiret, Youna Noiret, Caroline Nolot, Delphine Noly, Violaine Nouveau, Manuel Olinger, Pierre Olivier Scotto, Benjamin Oppert, Vincent Paillier, Lisa Pajon, Geoffrey Palisse, Laurent Paolini, Alysson Paradis, Sophie Parel, Fred Parker, Sandra Parra, Caroline Pascal, Lucia Passenti, Agnès Pat, François Patissier, Thierry Patru, Sophie Paul Mortimer, José Paul, Bruno Paviot, Jérôme Pazzaglia, Benjamin Penamaria, Morgan Perez, Sébastien Perez, Florence Pernel, Virginie Perrier, Nadège Perrier, Lisa Perrio, Esteban Perroy, Françoise Petit, Tristan Petitgirard, Mélanie Peyre, Delphine Piard, Jean Pierre Malignon, Marianne Piketty, Matthieu Pillard, Thibault Pinson, Thibault Pinson, Émilie Piponnier, Anne-Lo Piquet, Marc Pistolesi, Anne Plantey, Alain Pochet, Nicolas Poiret, Anne Poirier-Buisson, Juliette Poissonnier, Laurence Porteil, Nicolas Postillon, Séverine Poupinveque, Bernadette Pourquier, Rémi Pous, Miren Pradier, Barbara Probst, Bruno Putzulu, Romain Puyelo, Agathe Quelquejay , Thierry Ragueneau, Farid Rahmouni, Alice Raingeard, Boris Ravaine, Pamela Ravassard, Eugénie Ravon, Sophie Raynaud, Gaston Ré, Cristiana Reali, Carolina Rebolledo, Christelle Reboul, Jean Reinert, René Remblier, Julien Renom, Simon Renou, Cédric Révollon, Hervé Rey,Aléxie Ribes, Anne Richard, Stéphane Rippon, Angélique Rivoux, Victorien Robert, François Rollin, Marguerite Romain, Stéphane Ronchewski, Charlotte Rondelez, Grégoire Roqueplo, Frédéric Rose, Christina Rosmini, Lila Ross-Dalskaïa, Hélène Rossignol, Edouard Rouland , Anne Roumanoff, Éric Rouquette, Audrey Rousseau, Damien Roussineau, Stéphane Roux, Sylvia Roux, Philippe Roux, Yves Roux, Charlotte Ruby, Julien Saada, Alain Sachs, Arnaud Sadowski, Mathilde Sagnier, Isabelle Sajot, Géraldine Sales, Georges Salmon, Vanessa Sanchez, Agathe Sanchez, Davy Sardou, Juliette Sarre, Gérard Savoisien, Emma Scali, Marc Schapira, Catherine Schaub, Éric-Emmanuel Schmitt, Alexandre Schreiber, Barbara Schulz, Antoine Seguin, Clément Séjourné, Karine Serafin, Annabelle Sergent, Sandrine Seubille, Vadim Sher, Arnaud Shmitt, Gérald Sibleyras, Marc Siemieticky, Agnès Sighicelli, Marie Simon, Matyas Simon, Xavier Simonin, Olivier Sitruk, Tewfik Snoussi, Anthéa Sogno, Benoit Solès, Bruno Solo, Agnès Soral, Boris Soulages, Kevin Souterre, Caroline Stéfanucci, Alain Stern, Laurent Suire, Steve Suissa, Éric Supply, Lara Suyeux, Benoît Tachoire, Nicolas Taffin, David Talbot, Nathalie Tassera, Charles Templon, Dominique Tesio, Karine Texier, Mona Thanael, Marie Thérèse Roy, Justine Thibaudat, Ludovic Thievon, Françoise Thition, Marie-Aline Thomassin, Hédi Tilliette de Clermont Tonnerre, Alain Timar, Julie Timmerman, Stéphane Titeca, Catherine Toffaleti, Corinne Touzet, Jean-Paul Tribout, Chantal Trichet, Isabelle Turschwell, Antonia Tzvetkova, Benoit Urbain, Pierre Val, Régis Vallée, Seyline Vallet, Michel Valmer, Clio Van de Walle, Margaux Van Den Plas, Jean-Jacques Vanier, Nicolas Vaude, Georges Vauraz, Panchika Velez, Élisabeth Ventura, Laetitia Vercken, Angélique Verer, Marie-Line Vergnaux, Aurélie Vérillon, Lina Veyrenc, Victor Veyron, Véronique Viel, Éric Viellard, Pierre Vigié, Salomé Villiers, Séverine Vincent, Didier Vinson, Vincent Viotti, Martine Visciano, Isabelle Vitari, Nicolas Vitiello, Valérie Vogt, Tessa Volkine, Herrade Von Meier, Frédérique Voruz, Héloïse Wagner, Clément Walker, Elodie Wallace, Philipp Weissert, Isis Willerval, Julie Wingens, Stéphanie Wurtz, Marie-Jo Zara, Patrick Zard, Fréderic Zeitoun, Jo Zeugma
TECHNICIEN(NE)S, DIRECTEURS(TRICES) TECHNIQUES, CHARGÉ(E)S DE PRODUCTION TECHNIQUE, CONSTRUCTEURS(TRICES), HABILLEURS(EUSES)
Marc Augustin-Viguier, Noémie Balaye, Stéphane Baquet, Ludovic Bidet, Véronique Bosi, Boris Bourdet, Claude Bourdet, Frédéric Braun, Didier Brun, Thierry Chabaud, Vincent Chabot, Laurent Cirlogan, César Dabonneville, Michel Doré, Jessica Duclos, Stéphane Dupont, Bastien Gérard, Guillaume Giraudo, François-Xavier Guinnepain, Moïse Hill, Farid Koualef, Jean-Noël Laporte, Sébastien Lebert, Christophe Legars, Stéphane Lorraine, Rodrigue Louisar, Vincent Lustaud, Cyril Manetta, Philippe Mathieu, Juliette Martin, Alexis Moreau, Maxime Moro, Thibaut Murgue, Jean-Philippe de Oliveira, Géraud Pineau, Muriel Sachs, Denis Schlepp, Benoit Spick, Jean-Pierre Spirli, Caroline Stefanucci, Sébastien Struck, Soizic Tietto, Cécile Trelluyer, Christine Vilers, Franck Willig
ADMINISTRATEURS(RICES) DE PRODUCTION ET DE TOURNÉE, CHARGÉ(E)S DE PRODUCTION, CHARGÉ(E)S DE DIFFUSION, CHARGÉ(E)S DE COMMUNICATION
Guillaume Alberny, Agnès Arel, Mariline Bal, Vanessa Beuchet, Amélie Bonneau, Julie-Alexandra Bouvard, Hélène Chapoulet, Claire Conty, Vincent Fras, Aliénor Dollé, Fanny Dussart, Cendrine Forgemont, Cécile de Gasquet, Christine Grenier, Marie-Hélène Guérin, Adeline Guignard, Karine Letellier, Magali Lugan, Éléna Martin, Audrey Monnin, Ludivine Neveu, Clément Probst, Fabienne Rieser, Michelle Sanchez, , Catherine Schlemmer, Bertrand Skol, Patrick Sion, Aymeric Spilliaert, Elsa Tournoux, Constance Trautsolt
CRÉATEURS(TRICES), COSTUMIERS(ÈRES), DÉCORATEURS(TRICES), COMPOSI-TEURS(TRICES), ÉCLAIRAGISTES, CHORÉGRAPHES, GRAPHISTES
Jean-Michel Adam, Julia Allègre, Juliette Azzopardi, Raphael Bancou, Pierre Barrière, Laurent Béal, Alain Blanchot, Pascale Bordet, Thierry Boulanger, Medhi Bourayou, Sarah Colas, Antonio de Carvalho, Stéphane Corbin, Gwenaëlle Cortois, Jacques Davidovici, Mathias Delfau, Hervé Devolver, Pierre-Antoine Durand, Aldo Gilbert, Virginie H, Hervé Haine, Florentine Houdinière, Sophie Jacob, Denis Koransky, Catherine Lainard, Cyril Manetta, Tonio Matias, Caroline Mexme, Pascal Noël, Manuel Peskine, François Peyrony, Benjamin Porée, Marion Rebman, Maxime Richelme, Corine Rossi, Emmanuelle Roy, Petr Ruzicka, Raphael Sanchez, Cécile Trelluyer, Romain Trouillet, Jean-Daniel Villermoz
AGENTS, ATTACHÉ(E)S DE PRESSE, JOURNALISTES
Gratian d’Ambre (L’Œil d’Olivier), Christophe Barbier (Conseiller éditorial et éditorialiste à l’Express), Vincent Bayol, Yoann de Birague, Violaine Bouchard (L’Avant-Scène Théâtre), Anne Claire Boumendil (L’Avant-Scène Théâtre), Laurence Falleur, Philippe Chevalier (Lire et L’Express), Olivier Frégaville (L’Œil d’Olivier), Brigitte Kernel, Lawrence Kertekian, Marie-Céline Nivière (L’Œil d’Olivier), Jean-Pierre Noel, Amandine Raiteux, Jean-Philippe Rigaud, Josyane Savigneau, Philippe Tesson, Mara Villiers, Pascal Zelcer
SYNDICATS ET INSTITUTIONNELS
Sophie-Anne Lecesne et Michel Scotto Di Carlo pour l’AAFA-Actrices et Acteurs de France Associés Pierre-Antoine Durand pour l’ACMS (Association des Compositeurs de Musiques de Scène) Bertrand Thamin pour le SNDTP (Syndicat National du Théâtre Privé) Jean-Claude Lande et Philippe Chapelon pour le SNES (Syndicat National des Entrepreneurs de Spectacles) Guy-Pierre Couleau pour le SNMS (Syndicat National des Metteurs en Scène) Danielle Mathieu-Bouillon, Présidente du Prix du Brigadier Bibliothèque historique de la ville de Paris Laurent Petitgirard, compositeur, Secrétaire Perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts
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Scooped by
Le spectateur de Belleville
May 6, 2020 6:32 PM
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Treize artistes étaient conviés par visioconférence à l’Élysée pour parler de culture avec Emmanuel Macron. Parmi eux, le metteur en scène et directeur du Théâtre national de Strasbourg, Stanislas Nordey, et le scénariste et réalisateur Éric Toledano. Ils nous racontent les coulisses de cette réunion d’un nouveau genre. Pour l’un comme pour l’autre, ce n'était pas une visio-conférence de plus. Stanislas Nordey, directeur du Théâtre national de Strasbourg, et Éric Toledano, le scénariste et réalisateur d'Intouchable ou de Hors normes, coréalisés avec son comparse de toujours Olivier Nakache, viennent tout juste de quitter une réunion numérique au sommet, en direct de l’Elysée. Avec onze autres artistes – Olivier Nakache, donc, mais aussi les comédiennes Norah Krief et Sandrine Kiberlain, la chorégraphe Mathilde Monnier, les musiciens Abd al Malik et Catherine Ringer, l’écrivain Aurélien Bellanger, le chef d’orchestre Sébastien Daucé ou la soprano Sabine Devieilhe, le plasticien Laurent Grasso et la circassienne Camille Decourtye –, ils ont pris part à un échange à distance de plus de deux heures avec le président de la République Emmanuel Macron, lui-même accompagné de son ministre de la Culture Franck Riester et des ministres du Travail et de l’Economie Muriel Pénicaud et Bruno Lemaire. Une table ronde finement composée par Rima Abdul-Malak, conseillère culture du président, en réponse à la tribune violente « La culture oubliée en temps de crise » adressée le 30 avril dernier au ministre et signée par 200 artistes parmi lesquels Catherine Deneuve ou Omar Sy et… Stanislas Nordey ainsi qu'Éric Toledano. Contacté deux jours plus tôt, le metteur en scène strasbourgeois a accepté le défi de cette visio-conférence et a récolté pour cela toutes les questions de ses pairs. Sa première impression, recueillie à la volée, est plutôt positive : « L’essentiel est acté : cette tribune réclamait surtout de protéger les plus fragiles en ces temps d’incertitude, et cela a été annoncé par le président de manière claire, sans chipoter. Les intermittents ont droit à une année blanche jusqu’à la fin août 2021. J’en suis très heureux. » Il y a eu un petit suspense, car si la réunion a commencé pile à 10h30 et si chacun a pris la parole, les premières déclarations des ministres n’annonçaient rien de nouveau. On a senti qu’il avait à cœur de rattraper quelque chose qui n’était pas suffisamment clair pour nous tous.” Stanislas Nordey « Emmanuel Macron lui-même a déroulé les mesures, prises bien évidemment avant que nous nous réunissions tous. Sans doute avait-il besoin d’une confirmation de notre part. Le président était à la manœuvre : on a senti qu’il avait à cœur de rattraper quelque chose qui n’était pas suffisamment clair pour nous tous. Il nous a écoutés. On a été encouragés à parler sans contraintes. Les arguments des uns et des autres étaient nourris, cash, engagés. Chacun a été constructif, chacun a parlé franc. De mon côté, par exemple, j’ai insisté sur la pérennisation des subventions déjà actées, et l’abandon du gel de réserve de nos dotations 2020. » Si ses dernières demandes n’ont pas été reprises à la fin par le discours récapitulatif de Franck Riester, qu’a-t-il pensé des autres mesures concrètes annoncées ? « La commande publique aux artistes de moins de 30 ans est une excellente idée, car les “primo-arrivants” sont toujours les plus fragiles. Mais il faut en connaître les modalités et le montant financier pour mieux en juger. De même pour le fonds d’aide aux festivals. » Quid du renforcement de l’éducation artistique et de la présence des artistes dans les écoles dès le printemps et pendant tout l’été, afin de compenser une année perturbée ? « Là aussi, je suis pour, mais cela requiert des moyens supplémentaires car les équipes et les artistes associées du TNS, par exemple, viennent de donner beaucoup et ont besoin de leur pause estivale. » Une refondation de la place de culture et de ses institutions à l’occasion de cette crise, telle qu’annoncée par Franck Riester dans la cour de l’Elysée, ne semble pas avoir été aussi clairement affirmée pendant la conférence. L’idée semble avoir germé dans la foulée : « Le président et ses ministres ont été surtout concrets sur les choses urgentes. Ils ont émis des vœux pour que ça bouge en profondeur, mais leur engagement n’a pas été aussi ferme. Il est vrai, cependant, qu'on nous a invités à réfléchir avant un futur point d’étape, dans deux mois. Quand j’ai dit au président qu’il devait s’inscrire dans la grande Histoire, à l’instar de Malraux et de De Gaulle ou de Lang et de Mitterrand, il a acquiescé. Il a encore deux ans pour le faire. On verra. Moi je ne crois que ce que je vois. Je ne dis pas cela par méfiance, mais par prudence. En tout cas, aujourd’hui, ce qui est pris est pris et les intermittents sont sauvés. » Contrairement à Stanislas Nordey, Éric Toledano avait sollicité la présidence de la République par le biais de l'ARP, Société civile des auteurs, réalisateurs, et producteurs : « Tout le monde s’inquiétait du long et lourd silence d'Emmanuel Macron et du ministre de la Culture. Alors, en accord avec Mathieu Debusschère, Délégué général de l’ARP, nous avons envoyé un courrier pour demander un entretien. Ils nous ont rappelés tout de suite mais sans donner d’échéance précise. La parution de la tribune dans Le Monde, signée par plus de 700 professionnels, a considérablement accéléré le timing ». À l'instar du directeur du Théâtre national de Strasbourg, Olivier Nakache et lui ont activement préparé la réunion en appelant d'autres signataires de cette tribune. « Il s’agissait de nous faire les porte-parole d’un collectif. On est entrés en contact avec Jeanne Balibar, Michel Hazanavicius, on a discuté avec l’ARP, avec la SRF (Société des Réalisateurs Français), avec tous les courants, pour identifier les points de convergence ». “Il y a, dans cette période de confinement, une évolution de la consommation telle qu’on risquait de se retrouver avec un cinéma français à genoux et des plateformes enrichies.” Éric Toledano De ces discussions avec les uns et les autres, des sujets ont émergé très fort. « Le premier, c’était évidemment de demander la défense des intermittents, cette année blanche qu’ils espéraient. Demander aussi l’application de la directive SMA, c’est-à-dire la participation des plateformes au financement du cinéma français, assez rapidement. En clair, nous avons réclamé qu’on n’attende pas la loi audiovisuelle mais que cette directive soit appliquée par ordonnance dès le 1er janvier 2021. Parce qu’il y a évidemment, dans cette période de confinement, une évolution de la consommation telle qu’on risquait de se retrouver avec un cinéma français à genoux et des plateformes enrichies ». Tous les points ont été abordés un par un : le piratage, les assurances, la précarité de ceux qui dépendent de la culture ou les emplois courts, énumère-t-il. A l'issue de la réunion, il lui a été demandé ce qui pouvait être réinventé. « Olivier et moi avons le sentiment qu’il faut travailler sur l’éveil au cinéma et à l’art en général chez les jeunes. Depuis le confinement, nous faisons des rencontres virtuelles avec des lycéens – on en verra 120 par jour à partir de lundi, en partenariat avec l’Education Nationale. Les lycéens ont vu Hors normes, on échange sur le film et sur sa fabrication. C’est chaque fois un moment riche, pour nous comme pour les élèves. Emmanuel Macron en a d’ailleurs parlé à la fin de son intervention, en expliquant que les intermittents pourraient aller dans les écoles… Depuis le début de la crise, on se rend bien compte qu’on est contraint de s’adapter. Certes, on a pu trouver l’exaltation du président un peu lyrique mais c’est aussi ce qu’on attendait : qu’il se réveille sur la culture. Certaines de ses annonces étaient déjà dans les tuyaux, sans doute, mais on peut aussi se réjouir intelligemment des choses obtenues, sinon on devient des hommes politiques ! Oui, il y a des points moins clairs, sur les emplois courts ou discontinus, il va falloir que ça se discute entre le ministère du Travail et celui de la Culture mais, enfin, on a été écoutés et pris au sérieux. » Le rendez-vous donné par Emmanuel Macron à la fin de l'été le pousse à croire que d'autres réponses seront apportées. « De toute les façons, avant la fin mai, on ne saura rien de précis. Il faut une visibilité sur deux à trois semaines de déconfinement pour envisager les réouvertures des cinémas ou des théâtres. L’inquiétude est collective, la panique et les leçons inutiles. Nous avons envie d’être constructifs. »
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Le spectateur de Belleville
May 6, 2020 5:02 PM
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Par Olivier Milot, Sophie Rahal dans Télérama, Mis à jour le 06/05/2020 à 20h30 Parmi les annonces de soutien au secteur culturel détaillées ce mercredi figure la mobilisation des intermittents sur le temps périscolaire. Une manière de renforcer l’éducation artistique à l’école tout en faisant baisser le nombre d’intermittents susceptibles de solliciter la prolongation de leurs droits. Macron, Roosevelt, même combat ? En paroles, assurément. Pour les actes, rendez-vous dans les mois qui viennent. Le monde de la culture sinistré par les effets du confinement attendait des mesures concrètes et de la visibilité. Il a eu droit à un discours volontariste, mobilisateur et libéral du chef de l’État à l’attention des artistes, qu’on pourrait résumer en trois préceptes : aide-toi, aide notre jeunesse, et l’État t’aidera. Interpellé de toutes parts sur l’urgence de la situation et l’assourdissant silence du ministère de la Culture, le gouvernement avait hâtivement monté le week-end dernier une opération de communication destinée à montrer que la France, terre des arts et de l’exception culturelle, ne serait pas celle de l’extinction culturelle et saurait protéger tous ses créateurs. Emmanuel Macron n’a laissé personne d’autre que lui orchestrer la contre-offensive avec une bande-annonce qui a pris la forme d’un tweet envoyé le 2 mai en réponse aux inquiétudes manifestées par des artistes renommés, dans une tribune parue la veille dans Le Monde. « Aux artistes qui se sont exprimés, je veux dire que je les entends. L’État continuera de les accompagner, protègera les plus fragiles, soutiendra la création. L’avenir ne peut s’inventer sans votre pouvoir d’imagination. Mercredi j’annoncerai des premières décisions en ce sens. » Ce faisant, le chef de l’État a suscité beaucoup d’attentes. Et y a partiellement répondu. Dans une mise en scène qu’on ne pourrait imaginer pour aucun autre secteur que celui de la culture, le chef de l’État a commencé ce mercredi matin par échanger pendant plus de deux heures depuis l’Élysée en visioconférence avec treize personnalités triées sur le volet. Du beau monde, choisi avec le souci manifeste de n’oublier aucun pan du secteur : la musique avec Catherine Ringer, Abd Al Malik, la soprano Sabine Devieilhe et le chef d’orchestre Sébastien Daucé ; le cinéma avec les réalisateurs Olivier Nakache et Éric Toledano, ainsi que la comédienne Sandrine Kiberlain ; la danse avec la chorégraphe, Mathilde Monnier ; le théâtre avec l’actrice Norah Krief et le metteur en scène Stanislas Nordey ; le livre avec Aurélien Bellanger ; l’art contemporain avec Laurent Grasso ; les arts du cirque avec Camille Decourtye. À l’issue de cette rencontre, Emmanuel Macron a appelé ni plus ni moins qu’à « refonder une ambition culturelle pour la France ». Dans un discours d’une trentaine de minutes, il s’est dit convaincu de la nécessité de « libérer les énergies créatrices en donnant aux artistes confiance et visibilité ». La confiance reposera essentiellement sur les moyens financiers que l’État va mettre à la disposition du secteur et des créateurs. À l’écouter, personne ne devrait manquer de rien. On verra. Pour la visibilité, il faudra encore attendre. Trop d’incertitudes sur la suite de la pandémie. Le chef de l’État en appelle donc à inventer la culture qui va avec ce monde qui avance les yeux bandés. En attendant, il s’est livré à quelques annonces que son ministre, Franck Riester, a timidement détaillées ensuite sur Twitter. En voici les principaux points. Des réouvertures sous conditions Pour l’heure, une seule certitude. Le 11 mai prochain, les disquaires, librairies, bibliothèques et médiathèques ainsi que les galeries d’art pourront rouvrir leurs portes. Mais aussi un certain nombre de musées et monuments historiques, dès lors qu’« ils respectent les mesures de sécurité sanitaire », à savoir les gestes barrières, le port du masque ou la distanciation physique, et une circulation adaptée. Ils devront également respecter « un certain nombre de [normes spécifiques] édictées par les professionnels dans le cadre de registres spécifiques », a ajouté Franck Riester dans la foulée de l’allocution présidentielle, sans qu’on comprenne bien de quels « registres » il était question. Sous réserve du respect des mêmes contraintes sanitaires, les compagnies pourront réinvestir les lieux de culture, pour en assurer les fonctions administratives, répéter, se retrouver. Fin mai, soit avec un recul de trois semaines, la limite de dix personnes par rassemblement sera revue, en fonction de l’évolution de la situation. « En étant inventif, avec bon sens et créativité, on verra comment remettre les artistes devant leur public », a fait savoir le ministre. Se posera alors aussi la question de la réouverture des salles de cinéma. « Cela devra être discuté avec les maires, préfets et professionnels concernés. » Pour les rassemblements de plus de cinq mille personnes (soumis à autorisation administrative préfectorale), rien de nouveau sous le soleil. Il faudra attendre fin août pour espérer pouvoir monter des spectacles. Cinéma, création d’un nouveau fonds d’indemnisation Le chef de l’État acte que la reprise des tournages sera « compliquée et ne pourra se faire qu’au cas par cas ». Il annonce donc la mise en place d’un fonds d’indemnisation temporaire pour venir en aide aux producteurs. Quand, comment ? Pas de réponse précise pour l’instant. Mais pas question que l’État intervienne seul. Ce fonds d’indemnisation devra être abondé par les assureurs, les banques via les Sofica (les Sociétés de financement de l’industrie cinématographique et de l’audiovisuel), et les collectivités territoriales. De quoi susciter d’interminables débats sur les niveaux d’intervention des uns et des autres. De l’argent, le président de la République entend bien aussi en trouver auprès des grandes plateformes de streaming en demandant au gouvernement de transposer la directive européenne SMA (services de médias audiovisuels) dans la législation française d’ici la fin de l’année, ce que, de toute façon, il était tenu de faire. Objectif : contraindre les Netflix, Amazon ou Disney+ à participer au financement de la création audiovisuelle et cinématographique en France. La directive oblige par ailleurs ces plateformes à avoir au moins 30 % de séries et de films européens dans leur catalogue. Enfin, Emmanuel Macron a promis, sans qu’on en sache plus, qu’il ferait en sorte de protéger les catalogues français et européens des appétits des multinationales chinoises et américaines.
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Le spectateur de Belleville
May 6, 2020 11:36 AM
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Propos recueillis par Fabienne Arvers / Les Inrocks 06-05-2020 Faut-il craindre un effet d'annonce ? Réagissant à chaud au plan pour la culture dévoilé ce mercredi 6 mai par Emmanuel Macron, le comédien Samuel Churin, membre de la coordination des intermittents et des précaires, se montre prudent et attend d'avoir sous les yeux la circulaire d'application accordant une année supplémentaire pour les intermittents. Comment réagissez-vous à l’annonce d'Emmanuel Macron accordant une année supplémentaire pour les intermittents, cette fameuse année blanche que vous réclamiez ?
Samuel Churin - Je vais vous décevoir, mais je ne sais pas ce que ça veut dire quand il parle des intermittents. Nous avons été échaudés dans le passé des centaines de fois, et tant que nous n’avons pas reçu la directive, je ne sais pas ce que ça signifie concrètement. Une personne qui a une date de renouvellement au 1er novembre 2020 sera-t-elle renouvelée jusqu’au 1er novembre 2021 ? Il a parlé d’août 2021. Si je prends la bouteille à moitié vide, c’est déjà ça, mais ce n’est pas grand-chose. Si je prends la bouteille à moitié pleine, pour les intermittents, c’est bien. Mais honnêtement, je ne sais pas. Et ce n’est pas pour faire de la critique. Tant que je ne vois pas sur un papier la façon dont est édictée la règle pour rattraper les choses, je ne peux pas commenter une phrase derrière laquelle on peut mettre ce qu’on veut. Je défie quiconque de la commenter.
Que manque-t-il à cette déclaration ?
Il manque beaucoup de choses parce que, depuis le début, je plaide pour tous les gens qui sont dans la discontinuité de l’emploi. Ce qui nous réunit tous, c’est qu’on est en CDDU, soit un contrat à durée déterminée dit d’usage. Je me bats également avec les intermittents de la restauration, de l’hôtellerie, etc. Déjà, ce qui me déplaît fortement, c’est que l'on a un problème de droits sociaux qui est commun : pour le moment, les mesures d’urgence, à savoir l’activité partielle, ne sont pas efficientes pour les activités discontinues. On était les grands oubliés de cette crise.
Là, dans les annonces, Macron ne parle que des intermittents du spectacle, ce qui était le thème, mais il oublie les 2,2 millions de personnes qui travaillent en activité réduite dans ce pays. Or, ils sont en train de crever de faim. Je ne peux pas ne pas parler d’eux parce que, comme eux, je travaille de manière discontinue. Je ne veux plus qu’on dissocie les artistes qui jouent du Racine ou qui montent les marches à Cannes des intermittents de la restauration qui va les servir dans les cocktails et qui vivent dans la même discontinuité qu’eux. Ils sont employés au projet, comme nous. J’attends que Macron convoque des représentants des salariés à activité réduite et qu’il prenne des mesures d’urgence pour eux, comme il vient éventuellement de le faire pour nous.
Pour les intermittents du spectacle, comme l’annonce n’est pas détaillée, je pose la question : celui qui a une date anniversaire en janvier 2021 et qui ne va pas pouvoir travailler d’ici là, ou très peu, sera-t-il prolongé jusqu’en janvier 2022 ?
Il manque donc à cette annonce la mention de la date anniversaire à partir de laquelle se calculent les droits ?
Il manque la mention de renouvellement des dates anniversaires comprises depuis maintenant jusqu’à une date qui court un an après la reprise du travail. Il faut renouveler toutes les dates anniversaires, durant toute la saison. Si tout le monde est prolongé jusqu’en août 2021, très bien, mais cela veut dire que celui qui n’aura pas pu travailler l’année prochaine sera uniquement prolongé de quelques mois et, après, n’aura plus d’indemnités. Je ne sais pas comment va être organisée cette fameuse prolongation. Je ne crierai pas victoire trop vite puisque l’ensemble des syndicats, l’ensemble des pétitions, l’ensemble des demandes étaient pour une fois unanimes. Quand on dit “année blanche”, cela signifie renouvellement de toutes les dates anniversaires pendant toute la saison, après la possibilité de reprise du travail. C’est clair. Ce n'est pas quelque chose qui s’arrête en août 2021. Pour le moment, je suis réellement incapable de vous dire qu’il a accordé ça.
Pensez-vous qu’il donne un accord dans les grandes lignes et charge maintenant, soit à la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, soit au ministre de la Culture, Franck Riester, de le faire appliquer ?
Absolument. Il a donné un accord de principe. Ce n’est pas Franck Riester qui va décider, mais les services de la ministre du Travail, dont on se méfie énormément. Muriel Pénicaud, c’est une tueuse. Pour le moment, toutes les décisions prises par le ministère du Travail ont été très pénalisantes pour les chômeurs et les droits sociaux. Ce sont eux qui ont mis en place la pire des réformes d’assurance-chômage pour le régime général depuis la création de ce régime d’assurance chômage. Ils massacrent les droits des précaires. Je me méfie donc énormément de cette annonce où tout le monde va se réjouir et où, derrière, on va se réveiller avec la gueule de bois, avec des dispositions prises par les services du ministère du Travail qui ne seront pas du tout à la hauteur. Ils pourront se targuer d’avoir respecté ce qu’a dit Macron : “On couvre jusqu’en août 2021.” Pour le moment, pour les intermittents du spectacle, je ne crie pas victoire. J’attends de savoir ce qui va se passer.
Concernant les autres mesures, notamment sur la réouverture des théâtres pour que les artistes puissent répéter, quel est votre avis ?
Il a eu l’honnêteté de dire qu’il ne savait rien pour la saison prochaine, et qu’il faut se mettre en situation de penser. Déjà, j’ai envie de dire que pour penser, il faut manger. Je renvoie à Une chambre à soi de Virginia Woolf qui parle des conditions matérielles qui sont nécessaires pour créer. Elle dit : “Il n’y a pas de poète pauvre, ça n’existe pas. Un poète doit manger pour pouvoir écrire.” Alors, c’est bien de pouvoir répéter, mais on a surtout entendu les conseils de quelqu’un qui n’y connaît rien. Intervenir devant quinze élèves dans des lycées, on le fait déjà, mais ce n’est pas le cœur de l’activité qui consiste à faire des spectacles ou des films. De plus, travailler avec l’Education nationale n’apporte pas d’heures à l’assurance-chômage pour les annexes 8 et 10 des intermittents du spectacle. C’est un épiphénomène, et cela exclut tous les techniciens.
Là où je pense qu’Emmanuel Macron n’a pas pris l’ampleur du problème dans sa globalité, c’est que c’est bien joli de faire des répétitions, mais la finalité, c’est de présenter son spectacle. Quand pourrons-nous le faire, avec tous les spectacles reportés et une saison prochaine déjà bouclée ? Où seront les créneaux pour montrer nos spectacles ? On peut toujours répéter pour répéter, mais aucun metteur en scène ne va engager de budget de répétition s’il n’y a pas derrière des représentations programmées. C’est bien pour ceux qui sont déjà programmés l’année prochaine, mais pour le moment on ne sait pas quand et dans quelles conditions ils pourront jouer. J’entends des gens qui préfèrent reporter leur projet plutôt que de le jouer devant un tiers de la salle. Ce que je peux comprendre. Si les projets de la rentrée sont maintenus, dans de telles conditions sanitaires, je pense qu’ils sont un peu sacrifiés quand même. On a envie que les spectacles soient vus par le plus grand nombre.
La réalité est toujours bien plus complexe que la communication d’un président. Le diable est toujours dans les détails. En termes de communication - et c’est là le côté paternaliste, insupportable et un peu donneur de leçon malgré tout de Macron -, quand il dit “je vous invite à trouver des nouveaux publics”, il se fout de la gueule du monde. Franchement, tous les directeurs de théâtre s’acharnent à trouver des nouveaux publics. Jean-Michel Ribes vient de réagir sur Franceinfo en disant : “C’est un peu insultant. Quand on fait venir Kery James au théâtre du Rond-Point, on fait rentrer 90 % de gens qui n’étaient jamais allés dans ce théâtre.” Il a raison. On n’a pas attendu Macron pour essayer de renouveler le public ! Et on ne va pas non plus aller les chercher un par un pour les forcer à venir. On a le droit de ne pas aimer le théâtre. On sait bien que c’est comme l’accès au musée, à l’art contemporain, et que ça ne traverse pas toutes les catégories de population. Je ne veux pas qu’être négatif et je veux bien me réjouir pour les intermittents du spectacle, mais je me suis fait avoir plusieurs fois et je ne me ferai pas avoir une fois de plus. Tant que je n’ai pas la circulaire d’application sous les yeux, je ne peux pas me réjouir.
Propos recueillis par Fabienne Arvers / Les Inrocks
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Le spectateur de Belleville
May 5, 2020 5:49 PM
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Par Ève Beauvallet dans Libération - 5 mai 2020
Pour l’acteur Halory Goerger, le live-stream peut être excitant et intéressant pour certaines œuvres pendant la fermeture des salles mais pas généralisable à long terme.
Passé par les sciences de l’information, l’acteur Halory Goerger s’apprête à investir un petit local de son quartier lillois depuis lequel il montera, avec webcam et sans techniciens, le «spa stoïcien» de sa performance France Distraction. Soit une piscine à balles consacrée aux divagations philosophiques qu’il jouera pour la première fois en live-stream pour un festival suisse. Expérimenter ces nouveaux formats l’amuse mais leur généralisation l’inquiète.
«Je me suis bien sûr demandé à quoi bon remplacer l’expérience du théâtre par un ersatz en ligne. Les seuls live stream que j’ai vus, ce sont les "Boiler room" en musique, qui me semblent dégager une vacuité totale. Est-ce qu’il y a vraiment des gens qui dansent dans leur chambre ? Moi, je n’y crois pas. Et aussi, je me suis demandé s’il ne valait pas mieux marquer le silence, pour rendre davantage visible la catastrophe de notre secteur. Pour certaines de mes pièces, finalement, ça m’a semblé pertinent, excitant aussi. C’est un endroit d’invention, de réinvention, c’est certain… mais attention qu’il ne serve pas à creuser notre propre tombe, et ne devienne à la fois le remède et le poison.
«Il y a des démarches artistiques qui souffriraient de leur passage en live-stream et des artistes qui doivent pouvoir être en mesure de les refuser. C’est un médium qui marche très bien avec le stand-up et ses dérivés parce que la relation qui est créée, c’est celle de la validation permanente par un succédané du rire. Ils ont besoin d’un feed-back instantané et les émoticones "cœur" ou "rire" fonctionnent. Mais évidemment, il y a des œuvres qui n’appellent pas l’expression permanente de la réception. Est-ce que le caractère performatif de l’envoi d’un cœur peut fonctionner aussi pour l’expression d’émotions plus complexes ?
«Ensuite, si l’on veut simuler une interaction permanente, un aller-retour, ça exige énormément d’énergie. J’en veux pour preuve la prosodie très con-ca-té-née et la gestuelle saturée des youtubeurs qui tentent de capter leur audience. C’est normal, d’ailleurs, puisque l’attention des internautes est diminuée par la nature même du medium. Dans un live-stream, les spectateurs sont potentiellement exposés à d’autres flux, à une autre fenêtre, peut-être à leurs enfants.
«Bref, je serai le premier à me réjouir des nouveaux formats mais je serai aussi le premier à revenir en salle. J’espère qu’on pourra s’approprier un jour ce médium, loin des algorithmes et des codes d’émission-réception dictés par les Gafa. Mais je regarde ça avec prudence et circonspection. Il faut veiller à ce que ces tentatives ne créent pas un précédent qui culpabilise d’autres artistes. Ceux qui ont besoin du volume d’une salle pour exprimer une idée acoustiquement ou visuellement, qui veulent continuer à travailler en basse lumière dans des centaines de mètres cubes de vide, qui ont besoin des conditions d’attention inégalées offertes par un théâtre. Est-ce que ce sera un médium de transition, comme le Minitel, qui n’a pas résisté à Internet ? En tout cas, je ne crois pas que ces expérimentations puissent exister de façon très sereine - c’est-à-dire avec du temps de réflexion et des moyens - si elles émanent d’une situation de catastrophe.»
Ève Beauvallet Légende photo Halory Goerger (à droite), avec Arnaud Boulogne. Photo Le Phénix- Valenciennes
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Le spectateur de Belleville
May 5, 2020 8:54 AM
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THÉÂTRE « CORONA-COMPATIBLE », un texte du metteur en scène Thomas Jolly
Publié sur Facebook par Thomas Jolly 4 mai 2020 On en parle peu mais ce virus provoque un symptôme, apparu chez tout le monde : l’impossibilité de la projection. De soi. Dans le temps et dans l’espace. Cette faculté est pourtant constitutive de notre espèce. Elle a généré, les mythes, la fiction, la réalité imaginaire… l’art. Et pour le partager, des lieux d’art : les théâtres. Et les politiques s’en sont saisis et, dans un début de 20e siècle éraflé par deux grandes guerres, une femme, Jeanne Laurent, a décidé que ces lieux devaient consteller l’entièreté du territoire français pour permettre à tous et toutes d’accéder, par l’art vivant, à son besoin de projection. Et c’était un projet nécessaire dans un pays meurtri. L’institution est née. Comme nulle part ailleurs sur le globe. Pour exister, elle n’est elle-même que projection : projection de spectacles dans le temps (ce qu’on appelle une saison), projection budgétaire, projection de jauges de public, lui même amené à projeter ses venues au théâtre par la contraction d’un abonnement, retro-plannings, plans de communication… autant d’outils qui permettent à ces institutions de se projeter. Voilà qu’un virus survient. Il nous contraint à la station. De soi. Dans le temps. Et dans l’espace. Coincé chez soi, on ouvre des livres, on écrit, on dévore films et séries, on se lance dans des jeux-vidéos… pas seulement pour « tuer le temps » ou se divertir, mais parce que ce virus nous ayant pernicieusement ôté notre capacité à nous projeter, nous nous saisissons naturellement des objets d’art et de culture que nous avons sous la main car ils comblent ce besoin. C’est même leur raison d’être. En face, les lieux de rassemblement ferment. Donc les lieux de culture partagée. Les institutions culturelles réagissent. Honorent les contrats. Remboursent les billets. Mettent en ligne des captations de spectacles. Proposent des lectures en video ou au téléphone. Voilà. Tandis que le besoin de projection persiste, les lieux conçus pour y répondre stationnent. Depuis le 16 mars, je suis le tout nouveau directeur d’un théâtre… fermé parce que « pas essentiel à la nation ». Confiné chez moi, à Angers, avec cette drôle de sensation de « ne servir à rien », je tourne comme un lion en cage, n’ayant su proposer (presque par désespoir) qu'un peu de culture partagée entre vivant.e.s en interprétant un extrait de Roméo et Juliette sur mon balcon pour mes voisin.e.s. J’ai été surpris du retentissement non seulement médiatique mais surtout humain que cet extrait de Shakespeare à généré dans ma rue. Que s’était-il passé pendant ces 10 minutes ? Nous nous retrouvions entre vivant.e.s. Nous partagions des mots, des images. Nous nous projetions dans une réalité imaginaire, et nous y adhérions au même endroit, en même temps. Advenait, en un mot, le théâtre. Et depuis, celle qui, plus que moi, est comme une lionne en cage, c’est ma pensée. Les théâtres sont fermés depuis le 16 mars, les grands festivals d’été sont annulés… Dans un scénario - pour le moins hypothétique - la plupart des lieux de culture partagée envisagent une reprise en Septembre. Imaginons que ce scénario puisse advenir : pendant 7 mois, la culture vivante et partagée aura été éteinte. On parle déjà du « monde d’après ». Mais peut-on déjà penser « le monde de maintenant » ? Et mieux que le penser : le faire ? Ce monde où circule un virus, et qui durera tant qu’il n’y aura pas de traitement ou de vaccin ? N’est-il pas temps pour les institutions culturelles de réfléchir à cette façon de « vivre avec » ? Et mieux que d’y réfléchir : l’inventer ? Chaque jour ou presque ce virus se joue des pronostics, bouscule les projections, désarme les scientifiques, les politiques… Personne ne sait comment évoluera la situation sanitaire. Mais si nous ne savons pas ce qu’elle réserve à nos vies et à nos métiers d’artistes et de technicien.ne.s, nous savons déjà beaucoup de choses. Nous savons que les théâtres ne pourront pas ré-ouvrir et reprendre leurs activités dans des conditions habituelles tant qu’un vaccin ou un traitement auront été trouvés. Nous savons que, dans ce contexte, l’angoisse sera légitime de venir s’enfermer dans un théâtre. Nous savons même que la légitimité de perpétuer nos activités peut être incomprise. Nous savons que nous ne voulons pas jouer de grands spectacles prévus dans une salle de 1000 spectateurs avec, éparpillés sur les rangées 50 ou 100 spectateurs isolés. Nous savons que nous ne pouvons jouer avec des masques sur nos bouches ni mettre en scène avec deux mètres entre chaque interprète, si ces données ne sont pas constitutives du geste artistique. Nous savons que nous ne pourrons pas répéter les spectacles comme nous l’avions envisagé. Nous savons que certain.e.s artistes ou technicien.ne.s ont des santés fragiles et ne pourront travailler ou ne voudront travailler. Nous savons que même si nous arrivons à répéter un spectacle, son contexte d’éclosion n’est pas propice. Nous savons que les décors ne ressortiront pas des ateliers de si tôt. Nous savons que les captations mises en ligne font découvrir des oeuvres, des artistes : la situation met à jour et prouve enfin combien cette fenêtre est un formidable outil de démocratisation… mais nous savons qu’elle n’est qu’une fenêtre, et compense mais ne remplace pas. Et nous savons également que notre utilisation d’internet pour compenser nos fermetures n’est pas créative, et touche déjà sa limite. Nous savons que nos saisons, concoctées depuis de longs mois vont être chahutées. Que " les effets dominos » vont se poursuivre encore longtemps. Nous savons qu’en annulant et honorant les contrats nous faisons tenir des professions mais nous savons aussi que cet argent public ne touche donc pas sa finalité : le public. Nous savons que des compagnies vont être fortement secouées voire condamnées par l’annulation de dates dans les festivals. Nous savons que beaucoup d’artistes et de technicien.ne.s en seront durement éprouvé.e.s. Nous savons tout cela. On dit du théâtre qu’il est l’art de « l’ici et maintenant ». Assez naturellement, je considère que les théâtres doivent être les lieux de l’ici et maintenant. Dans cette situation inédite, et pour pouvoir sortir de son immobilisme forcé, il semblerait que l’institution culturelle n’ait pas d’autre choix que d’être alternative. C’est à dire « autre ». Qu’elle doive se penser, proposer, agir « autrement ». « Institutionnel » et « alternatif »… C’est a priori antinomique. Mais les siècles ont démontré que le théâtre, comme l’eau, trouve toujours son chemin : à nous, artistes, techniciens, personnels des institutions culturelles de savoir tracer ce chemin dans les interstices de cette situation inédite. Et une fois le virus maitrisé, de continuer de l’inventer dans l’ici et maintenant « d’après ». Mais avant d’évoquer le futur de nos institutions, avant que ce virus définisse les contours des procès qu’on pourra légitimement lui attenter, et des ajustements qu’il faudra apporter pour permettre à ces maisons d’être plus solidaires, plus représentatives, plus justes, plus en prise avec leurs missions premières et les réalités contemporaines, revenons à « l’ici et maintenant ». Ici, à Angers et maintenant, en ce printemps si bouleversé. Un Centre Dramatique National, comme le Quai, a pour mission première la création. La création est toujours faite de contraintes. Et même si il y en a beaucoup présentement, assez floues, nos métiers ne consistent-ils pas à être créatifs ? Inventifs ? Oui. Ici et maintenant, au Quai, l’équipe, les artistes invité.e.s la saison prochaine, les acteurs, actrices de la maison et moi-même réfléchissons à ce que le théâtre ait lieu, quelque soit l’évolution de la situation sanitaire. La première partie de la saison 20/21 du Quai sera « corona-compatible ». Je ne ferai pas de présentation de la saison 20/21 (ma première, pourtant concoctée avec plaisir). Parce que je ne sais si les promesses de cette saison pourront être tenues. Nous étudions avec les deux metteuses en scène concernées et leurs équipes le report au printemps des deux créations prévues initialement au Quai à l’automne, leur permettant de créer dans les meilleures conditions de répétitions et d’accueil. Mais je ne peux me résoudre à ce que Le Quai ne fasse aucune proposition culturelle vivante d’ici la rentrée et puisque, comme beaucoup d’angevin.e.s, je ne partirai pas en vacances, je souhaite ouvrir la saison dès l’été. Hors les murs… ou dans les murs si les théâtres sont autorisés à ré-ouvrir au public. Les équipes du Quai travaillent en lien étroit avec les partenaires publics pour envisager et anticiper toutes les conditions d’accueil : il s’agit de lever la légitime anxiété à retrouver le chemin des salles. Dès que le théâtre pourra accueillir du public dans des conditions sanitaires garanties, je proposerai une création que je mettrai en scène. Elle n’était pas prévue. On créera avec ce qu’on trouvera dans les stocks de décors et de costumes avec un protocole de répétition strict suivant les règles sanitaires pour les équipes artistiques et techniques. On créera dans les contraintes. Non, nous ne jouerons pas dans des cabines de verre, nous ne nous embrasserons pas à travers des carreaux de plexiglass… Oui, pour passer entre les mailles de ce filet, il nous faut certainement être humbles : ajourner les gros Henry VI et autres démesures spectaculaires sans ajourner, évidement l’excellence et l’exigence artistique… mais penser qu’il est impossible de mettre en scène avec les contraintes que nous connaissons témoigne simplement d’un manque d’inventivité. On peut, encore, largement, faire du théâtre, et déjà bien des spectacles existants sont (et ils l’ignoraient) « corona-compatibles ». En plus de ces spectacles et de cette création, Le Quai passe commande à plusieurs artistes pour inventer à partir de l’été - et le temps qu’il faudra - des créations « corona-compatibles », jouées dedans ou dehors, pour un très petit nombre de personnes… Ces spectacles sont aussi pensés pour un élargissement progressif (et espéré !) de la jauge au fil des semaines. Ces créations sont commandées en priorité aux artistes locaux, montées, démontées, éclairées (…) par des technicien.ne.s du territoire car, dans cette période de crise, un Centre Dramatique National doit aussi assurer sa responsabilité d’employeur. Toutes ces formes, tous ces spectacles constitueront une offre culturelle. Le Quai ne comptabilisera pas les 26000 spectateur.trice.s habituel.le.s entre septembre et décembre, mais… il y en aura et nous ne pourrons pas tous et toutes les dénombrer parce que cette saison sera aussi faite d’impromptus dans l’espace public. Cette situation, qui nous pousse à être inventif sera, de fait, une occasion d’un élargissement et d’une diversification des publics : oui il faudra inventer des formes à jouer sous les fenêtres des EHPAD, dans les cours des immeubles de tous les quartiers, sur les balcons de toute une rue, à chaque carrefour du centre-ville, mais aussi les places des villages, les préaux des écoles, les étendues vertes des campus universitaires… Il est aussi l’occasion d’investir le territoire numérique de façon vraiment créative. Le théâtre a tous les moyens de créer pour la VR, pour et par l'écran… (et s’il s’agissait même de l’invention d’un nouvel art ?) Je n’éditerai pas de brochure de saison. Parce que la situation m’empêche d’inscrire une activité dans le temps, et que notre communication devra être plus spontanée. Je ne lancerai pas de campagnes d’abonnements. Parce que la projection dans le temps est une faculté dont plus personne ne jouit présentement et que ces spectacles, aux jauges forcément réduites, doivent être accessibles à tous et toutes à tout moment. Je ne pourrai pas remplir le cahier des charges des CDN. Mais je remplirai ma mission de service public. Cette saison « corona-compatible » restera souple, réactive, se ré-inventera sans cesse avec les équipes et pour les spectateurs afin de s’adapter à l’évolution de la situation sanitaire. Nous resterons dans cette réactivité le temps qu’il faudra. Des spectacles de théâtre, de cirque, de danse, de musique seront programmés par le Quai et ces spectacles auront lieu. Ce sera toujours mieux qu’aucun spectacle. Au Quai, ou ailleurs, alentours. Ce sera toujours mieux que nulle part. Peut-être seulement pour 20. Ou 50. Ou 100. Ou même 2 spectateurs. Ce sera toujours mieux que 0. Voilà sur quoi nous travaillons « ici et maintenant » au Quai, le CDN d’Angers-Pays de la Loire. Oui, ce sera toujours mieux que le « rien » présent. On peut faire mieux que rien. On doit faire mieux que rien. Et puis je n’oublie pas que du « rien », tout peut alors émerger. Ce n’est pas sans me rappeler le cadre des pionniers de la décentralisation, quand feuilletant le livre sur les premières années du CDN de Saint Etienne conduit par Jean Dasté je découvrais des petits groupes de spectateurs assis sur des bancs de bois, quand Jean Vilar à peine nommé au TNP, héritant du Palais de Chaillot préfère d’abord programmer en banlieue ouvrière à Suresnes… Quand l’institution s’inventait, en prise directe avec des réalités économiques, sociales, politiques… et dans une dynamique première de conquête de public, parce que le public existait mais n’était pas constitué. Se sont alors inventées les feuilles de salle, les « bords plateau », les abonnements, les brochures, les spectacles ambulants… Une créativité dans l’instant. L’accès à la Culture est toujours à réfléchir dans l’instant. Et cet instant, que nous vivons, ce « rien » forcé est certainement à prendre comme un nouveau « point zéro ». Pour la profession. Pour le public. Ce virus a peut-être un avantage : il fait trembler l’institution culturelle sur ses bases, mais s’il y arrive c’est peut-être que ces bases ne sont pas bien enracinées, ou que ses racines sont en mauvais état, manquent de place ou d’eau… Oui ce virus semble nous inviter à « remettre nos ouvrages sur nos métiers ». Oui, si cette situation a quelques vertus, c’est bien celle de nous ré-interroger à la fois intimement et collectivement. A ce titre, aussi étrange paraisse cette formulation, virus et lieux de culture partagent la même disposition. « Il s’agit d’abord de faire une société, après quoi, peut-être, nous ferons du bon théâtre. » disait Jean Vilar. Oui, il sera toujours temps dans « le monde d’après » de savoir si nous faisons du « bon » théâtre. Pour l’heure, faisons, juste, du théâtre. Car « le monde d’après » commence certainement « ici et maintenant » si l’institution, temporairement destituée de ses fonctionnements habituels cherche, en s’adaptant, à profondément se ré-inventer. Thomas Jolly. Angers, 30 Avril 2020
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Le spectateur de Belleville
May 5, 2020 5:33 AM
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Riester assure que les intermittents bénéficieront d'un dispositif pendant l'été (info AFP)
Paris, 5 mai 2020 (AFP) - Le ministre de la Culture Franck Riester travaille sur un dispositif de protection des intermittents du spectacle durant les mois d'été mais n'a pas encore tranché sur l'éventualité de leur accorder l'"année blanche" qu'ils réclament. Interrogé par un auditeur au micro d'Europe 1, le ministre a réfuté tergiverser et rester inactif: "Nous avons pris dans l'urgence la décision de repousser de trois mois le délai pour regarder le nombre d'heures obtenues par les intermittents du spectacle pour bénéficier de leur régime d'assurance-chômage et de leur protection sociale". "Nous travaillons avec la ministre du Travail Muriel Pénicaud et le gouvernement à prolonger les dispositifs pour que, notamment pendant l'été, les intermittents du spectacle ne soient pas pénalisés", a-t-il poursuivi, à la veille de l'annonce par Emmanuel Macron de mesures pour le monde de la culture. "Est-ce que ce sera une année blanche (une mise à zéro des compteurs sur le décompte des droits, NDLR) comme certains le disent, je ne le sais pas encore". "Cela nécessite des évaluations, des discussions avec mes collègues du gouvernement", a-t-il poursuivi. Le ministre a assuré vouloir mettre en place un "plan ambitieux" parce qu'"on est convaincu que cet écosystème des artistes et techniciens qui bénéficient de l'intermittence est vitale pour la pérennité tout simplement de la culture dans notre pays". "J'ai tout de suite pris des mesures d'urgence importantes en lien avec mes collègues du gouvernement pour que les mesures transversales destinées à sauver l'économie puissent être accessibles au monde de la culture: l'accès au chômage partiel, à un fonds de solidarité pour notamment les artistes-auteurs, la question de la modification des règles d'accès à l'intermittence, l'accès aux prêts garantis", s'est-il défendu. Mais "ce n'est pas suffisant pour l'avenir. On travaille avec les organisations syndicales et Muriel Pénicaud" pour permettre "la continuation d'un accompagnement". "Nous sommes déterminés à avoir un dispositif qui les protège sur le temps long". jlv/rh/it
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May 5, 2020 5:11 AM
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Par Stéphane Capron dans Sceneweb 5 mai 2020 Stéphane Lissner, le directeur de l’Opéra national de Paris, était ce matin invité sur France Inter, il a commenté les conséquences de la crise sanitaire pour son établissement, envisageant une fermeture prolongée au début de la saison 2020/2021. “Ce protocole est impraticable pour notre maison.” Stéphane Lissner a commenté l’étude du groupe Audiens commandée à l’infectiologue François Bricaire pour imaginer les grands principes permettant aux entreprises de spectacles de reprendre leurs activités. Il est impossible pour le directeur de l’Opéra national de Paris de mettre en place les mesures barrières, tant pour le public que pour les artistes. Conséquence, il envisage de rester fermer. “On ne peut pas proposer des spectacles au rabais, on ne peut pas respecter ces règles de sécurité.” Conséquence il envisage d’anticiper les travaux qui étaient prévus en 2021 pour les avancer à la rentrée et fermer l’Opéra Bastille pour trois mois. Stéphane Lissner a confirmé qu’il ne pouvait pas proposer La Tétralogie de Wagner à la rentrée, dont la première de Walkyrie devait ce dérouler lundi. “Les conséquences sont dramatiques pour l’entreprise” a-t-il poursuivi rappelant que l’Opéra “s’autofinance à plus de 60% et que l’Etat a diminué son financement de 15%.” Après le conflit sur la réforme des retraites, les pertes se sont élevées à 15 millions d’euros. “Elles seront de 40 millions d’euros à la fin de l’année” a affirmé Stéphane Lissner.
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Le spectateur de Belleville
May 4, 2020 11:54 AM
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Par Joëlle Gayot dans Télérama - 4 mai 2020 Regroupés au sein de l’association Scènes d’enfance-Assitej France, les acteurs du spectacle jeune public ont adressé lundi 4 mai une lettre ouverte au ministère de la Culture pour solliciter des aides spécifiques au secteur. En jeu, selon son coprésident ? Éviter “d’accroître la ‘malnutrition’ culturelle” des enfants. es spectacles vivants pour le jeune public parviendront-ils à se relever de la crise sanitaire ? Dans une lettre ouverte adressée ce lundi 4 mai au ministre de la Culture, les acteurs du secteur regroupés au sein de l’association Scènes d’enfance-Assitej France alerte sur les mesures à prendre pour soutenir des lieux, des compagnies et des artistes qui ont vu les représentations de leurs spectacles annulées mais aussi toutes les actions destinées au public scolaire. Directeur du Théâtre Le Grand Bleu, scène conventionnée d’intérêt national-Arts, enfance et jeunesse, à Lille, et coprésident de l’association Scènes d’enfance-Assitej France, Grégory Vandaële explique pourquoi il est urgent de se mobiliser pour que les enfants ne soient pas privés durablement de l’enrichissante confrontation avec l’art et la création. Dans le contexte de crise sanitaire, la création culturelle en direction de l’enfance et de la jeunesse est-elle en passe d’être sacrifiée ? Grégory Vandaële : Elle est menacée. L’impact de cette crise historique et inédite sur la création jeune public est terrible et risque d’accroître la « malnutrition » culturelle de l’enfance et de la jeunesse. Ce qui est important, c’est la rencontre du jeune public avec les œuvres d’art. Or la distanciation physique interdit cette rencontre. Nous ignorons quels seront les choix faits dans ce domaine, à la rentrée, par l’Éducation nationale dont nous sommes totalement complémentaires. Cela nous inquiète beaucoup. Quel est l’impact du confinement sur la vie des équipes artistiques qui travaillent en direction du jeune public ? Il est monumental à plusieurs titres. La diffusion de leurs spectacles (qui leur permet en partie de s’autofinancer) est un enjeu majeur. De mi-mars à juin, pour certaines compagnies, ce sont entre 50 et 130 représentations qui n’ont pu avoir lieu ou n’auront pas lieu. Les négociations avec les maisons qui devaient les accueillir sont complexes. C’est le cas, par exemple, des structures municipales : l’absence des élections du second tour a rendu le dialogue avec les élus très délicat. En outre, l’annulation du festival Off d’Avignon (lieu de visibilité essentiel pour la profession) pèse lourdement sur l’avenir. Un spectacle qui marche bien au Off s’assure deux à trois ans de tournée. Enfin, les résidences de création, qui se déroulent habituellement au printemps, étant impossibles, l’ensemble des représentations qui devraient naître à l’automne sont mises en péril. Cet été, si les conditions le permettent, nous aimerions pouvoir ouvrir nos lieux pour y mettre en place des rencontres publiques et des actions éducatives avec les enfants. “Nous qui accueillons toute l’année des représentations scolaires qui favorisent la mixité des publics, nous sommes essentiels à la République.” Redoutez-vous un désengagement des théâtres qui ne sont pas dédiés à l’enfance et à la jeunesse mais qui accueillent néanmoins des spectacles jeune public ? La création jeune public est, en règle générale, bien accompagnée par les lieux labellisés. Mais c’est aussi un secteur qui souffre souvent d’un manque de considération. Nous craignons qu’il ne devienne une variable d’ajustement. Appelez-vous de vos vœux une collaboration entre le ministère de la Culture et le ministère de l’Éducation nationale ? Le ministère de l’Éducation nationale ne nous a pas sollicités. Pourtant nous sommes prêts à réinventer collectivement notre relation au jeune public et à repenser, en tenant compte des nouvelles problématiques sanitaires, cette expérience sensible et sociale qu’est la confrontation entre l’art et les enfants. Si une saison blanche se profile de septembre à décembre, il faudra pouvoir mettre en contact enfants et artistes dans les théâtres et imaginer, tous ensemble, d’autres modes de confrontation. Nous qui accueillons toute l’année des représentations scolaires qui favorisent la mixité des publics, nous sommes, au même titre que l’école, essentiels à la République.
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Le spectateur de Belleville
May 2, 2020 4:00 PM
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Entretien par Philippe du Vignal dans Théâtre du blog - 2 mai 2020 -Nos lecteurs avaient beaucoup apprécié la réponse que vous aviez faite à Matthias Langhoff (voir Le Théâtre du Blog) et cela donne envie d’ en savoir plus sur la vie actuelle de cette maison que vous dirigez depuis octobre dernier…
-Vous vous en doutez… Pour tous les directeurs de lieux comme le nôtre, la situation est difficile et c’est un euphémisme. Le bâtiment est fermé au public mais on continue à y travailler: le service de comptabilité reste ouvert pour assurer les salaires et on fabrique des masques -déjà plus de 1.400- pour les premiers de cordée à Chalon: éboueurs, personnel de crèche, etc… Et nous avons mis les appartements d’artistes à disposition de infirmières, médecins et personnel soignant de l’hôpital pour qu’ils ne soient ps obligés de rentrer chez eux: cela leur fait gagner un temps précieux. Et tous les soirs, de 18h à 22h, on allume le grand lustre à leds du hall, pour dire que l’Espace des Arts reste vivant.
-Et après le 11 mai?
- Le déconfinement aura bien lieu chez nous mais avec toutes les limites draconiennes de sécurité. Cela me semble gérable: nous avons 14.000 m2 à notre disposition. Le télétravail restera de mise pour ceux de mes collaborateurs qui le peuvent. Et il faut quant à moi que je fasse tout un plan de reports possibles ou d’annulations des spectacles déjà programmés. Pas simple mais Bonnet blanc ou Blanc bonnet, un projet de Matthias Langhoff avec son très ancien complice Manfred Karge reste programmé avec le grand acteur François Chattot et Emmanuelle Wion qui a beaucoup joué avec Langhoff (Dans la jungle des villes de Bertolt Brecht, Femmes de Troie d’après Euripide, L’Inspecteur Général de Gogol, Lenz, Léonce et Léna de Georg Büchner). On attend le décor pour le 11 mai. Mais il y aura un protocole sanitaire très contraignant. C’est le prix à payer pour assurer cette création…
Par ailleurs, Léna Bréban et Alexandre Zambeaux mettront en scène un cabaret d’une cinquantaine de minutes qui aura lieu à partir du 21 mai, avec six comédiens-chanteurs qui sont aussi musiciens et qui savent danser, au pied des E.P.H.A.D de Chalon. Leurs résidents assisteront au spectacle depuis leur balcon. Ce projet est travaillé en amont avec un médecin généraliste pour développer une certaine forme d’interactivité avec le public. Le spectacle sera filmé puis envoyé aux résidents. C’est une expérience à travailler avec souplesse car les paramètres ne sont plus du tout les mêmes et les répétitions ont lieu sur une surface de quelque 200 m2 pour que les interprètes n’aient pas de contact physique…
- Et l’histoire du festival d’Avignon cette année?
- Il faudrait sans doute que notre Ministère de tutelle, celui de la Culture dise enfin comment il entend accompagner, repenser un festival comme celui-ci soumis que ce soit le in mais surtout le off à un système ultra-libéral à bout de souffle. Et la situation ne peut que s’aggraver si on ne prend pas de mesures radicales. Il y a un beau passage là-dessus dans la lettre que Matthias m’avait envoyée. Et les prix de location des appartements et des salles pratiqués depuis un bonne dizaine d’années à Avignon intra-muros et que vous citiez dans un précédent article, tiennent du scandale. Mais il faut aussi plutôt que tout attendre de l’Etat, que le secteur culturel se mobilise contre des pratiques plus que douteuses pour réussir enfin à faire émerger une demande artistique et citoyenne de production et de diffusion. Il faut que cesse cette mercantilisation à outrance où on oublie l’art et le besoin d’expériences au théâtre, mais souvent aussi le public…
- Comment voyez-vous le spectacle français à l’horizon 2021?
- Cela peut vous surprendre mais plutôt bien… Je suis peut-être naïf et optimiste mais cette immense crise une fois passée obligera dans quelques mois les artistes à être plus réactifs. Mais bon, si des acteurs un peu âgés et/ou qui ne sont pas dans un très bon état de santé, ne veulent pas prendre de risques en venant jouer, il ne faudra prendre aucun risque et trouver des solutions. Un vaccin contre le corona n’est pas, on le sait, pour demain… Autre crainte souvent évoquée par des directeurs de lieux comme le nôtre: le public voudra-t-il revenir, disons en septembre? Devant cette situation inédite, nous devrons inventer, inventer encore un nouveau champ économique situé entre deux extrêmes, dit avec juste raison Matthias Langhoff.
- Et dans le reste de la France, comment voyez-vous les choses?
- Les théâtres à Paris qui programment des spectacles avec des vedettes comme Isabelle Huppert, le Théâtre National de la danse à Chaillot, etc. pourront s’en sortir ,comme les Centres Dramatiques Nationaux et les Scènes Nationales. Loi oblige, ils doivent avoir un fond de réserve, ce qui permet de mieux affronter l’avenir. Le cas des compagnies indépendantes comme celles de Pauline Bureau ou Julien Gosselin est différent mais elles ont quand même des portes de sortie. Quant au vivier que représentent les petites compagnies régionales soutenues par les collectivités territoriales et et les grandes Régions, cela sera beaucoup plus difficile si elles n’ont pas la capacité de se réinventer! Il faut bien voir aussi que c’est toute une richesse potentielle qui risque de disparaître en quelques années du paysage théâtral. Il faudra trouver des commandes et sans doute aussi modifier un système artistique devenu pervers. On peut citer le cas de compagnies à qui le dossier d’aide de la Région a été déclaré irrecevable au motif qu’elles n’avaient pas de contrat signé! Et il faut bien savoir qu’actuellement, quand un lieu refusera un projet artistique, pour beaucoup de compagnies cela équivaudra le plus souvent à un arrêt de mort…
Pour nous, la saison 2020-2021 avait été déjà programmée et s’il faut procéder à des annulations, on le fera avec le plus grand discernement, même si parfois, il faudra couper la poire en deux. L’essentiel à mes yeux est que personne n’y perde. Il y a ici trente permanents et vingt intermittents…
Mais Sébastien Martin, le président de la Communauté d’agglomération nous a tout de suite apporté son soutien et il n’y aura pas chez nous de chômage partiel. “On n’a pas, dit-il, refait entièrement tout ce théâtre pour avoir trois jongleurs sur son parvis!”
Philippe du Vignal Espace des Arts-Scène Nationale, 5 bis avenue Nicéphore Nièpce, Chalon-sur-Saône. T. : 03 85 42 52 12
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Le spectateur de Belleville
May 1, 2020 3:31 PM
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Lettre ouverte de Nicolas Royer publiée dans Théâtre du blog, le 30 avril 2020 De la promesse à la persévérance
Le 18 avril 2020, je recevais une lettre du metteur en scène Matthias Langhoff. Je partage avec vous, cher public, ma réponse. Il y a alors quatre semaines que nous avons fermé les portes de l’Espace des Arts et que nous avons dû prendre la décision d’annuler tous les spectacles de la saison pour cause de pandémie.
Je reçois ta lettre, onze longs feuillets que tu as écrits dans la langue qui t’est la plus familière, l’allemand, et que je fais aussitôt traduire par Irène Bonnaud, une metteuse en scène que tu connais bien, elle-même confinée en Grèce où ses travaux sur l’histoire grecque contemporaine la font régulièrement se rendre. Dans une autre lettre -il faut croire que c’est une forme où la pensée se sent à son aise- Franz Kafka écrivait à son ami Oskar Pollak que, si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, il était inutile de le lire. Et un peu plus loin (« comme si nous étions proscrits, condamnés à vivre dans des forêts loin de tous les hommes » !), qu’un livre doit être la hache pour la mer gelée en nous. Ta lettre, Matthias, a cette puissance-là. Et j’hésite encore à cette heure matinale entre le coup de poing et le coup de de hache… Que dit cette lettre, pourtant bienveillante mais intranquille ? Elle dit, de la hauteur d’un maître de théâtre qui a passé le siècle dans l’intimité des auteurs et des philosophes, qui a porté à la scène Euripide et Sophocle, Brecht et Goethe, Shakespeare, Tchekhov, Ostrovski, Büchner et Heiner Müller, que nous ne devons pas reprendre le monde là où nous l’avons laissé. Qu’avant de gagner ces forêts intérieures dont parle Kafka, nous ne vivions pas au paradis. Que cette peste qui aujourd’hui nous accable, qui révèle la laideur stupide des uns tout comme les promesses lumineuses des autres, doit être un socle avec lequel fendre l’avenir.
Dans l’une de tes mises en scènes, Désir sous les Ormes d’Eugene O’Neill, tu montrais un cheval – un vrai cheval de labour et de labeur – attelé à une charrue qui ouvrait littéralement la terre du plateau pour qu’on y ensemence les récoltes futures. Il y était déjà question de terre promise d’une lointaine Californie où il suffirait de se baisser pour ramasser des pépites d’or…C’est de ce théâtre-là dont nous avons demain besoin. Quand j’ai reçu ta lettre qui a l’intimité amicale d’un texte adressé à celui qui entend modestement être au service des artistes et du public, et la puissance d’un manifeste politique et poétique qu’il ne faut pas garder pour soi seul, nous travaillions déjà, avec quelques-uns non résignés, à rompre l’isolement artistique qui nous paralyse. Parce que la sidération n’est pas d’une grande fertilité, nous avions décidé de jouer, coûte que coûte et plus que jamais pour le public. Léna Bréban, metteuse en scène associée à l’Espace des Arts nous a proposé le projet d’un cabaret joué devant le balcon des E.P.H.A.D devant les fenêtres des cités HLM. Je sais que nous parviendrons à le réaliser dans les semaines à venir. Un cabaret où l’on chantera et où l’on fera chanter, que la vie peut-être en rose et que l’on peut encore danser au petit bal perdu, que l’on ait vingt ans ou que l’on en ait cent: accueillir le public, c’est aussi aller au-devant du public. Partout où la parole peut poser un tréteau -hier ceux de Copeau, ceux de Vitez– il peut y avoir théâtre. Il faut réapprendre à jouer pour chacun. Nous saurons ensuite jouer pour tous. Faire entendre le théâtre comme on ferait entendre de la musique de chambre, dans l’intimité de l’humain, dans la proximité attentive de l’humain. Et il n’est pas dit que ce théâtre de résistance -à l’ennui, à l’isolement, à l’apesanteur léthargique du moment- ne soit ensuite un modèle permettant d’explorer de nouveaux chemins. Bertolt Brecht, auquel tu te réfères ici -on sait la place que le Berliner Ensemble et la Volksbühne ont tenu dans ta vie d’artiste –, avait imaginé avec une lucidité visionnaire pouvoir redonner au public, grâce à la radio, le rôle autrefois dévolu au chœur dans le théâtre antique. Texte en main, l’auditeur se voyait proposer de lire, donnant en quelque sorte la réplique aux comédiens professionnels qu’il écoutait sur les ondes, la partie de texte qu’Eschyle, Euripide ou Sophocle, avaient imaginé pour le chœur. À peine avais-je rendu publique ta lettre sur le site de Médiapart – ce dont tu étais d’accord -que Charles Berling, directeur du Théâtre Liberté à Toulon m’appelait. Dans le sillage de tes réflexions, nous avons aussitôt décidé de nous associer pour commander à des auteurs contemporains, des textes permettant d’utiliser, on dirait presque détourner, tant l’usage qui en est trop souvent fait est éloigné des questions de sens, les écrans numériques pour y inoculer une contamination citoyenne, solidaire et salutaire. La période de confinement a suscité de la part des créateurs un grand nombre d’initiatives pour contourner l’impossibilité du « jouer ensemble ». Ce qui vaut pour les musiciens d’orchestres classiques, les formations jazz, la musique pop-rock, vaut également pour les comédiens. Mais il semble possible de développer à cet endroit des propositions qui dépassent le « faute de mieux » et utilisent pleinement les potentialités d’un médium qui, pour reprendre les mots de Mac Luhan, a transformé le monde en village. On aimerait que ce soit pour le meilleur et pas seulement pour le pire. Sur cette place de village numérique, prenons la parole, reconstruisons nos amphithéâtres d’Epidaure. À peine avais-je raccroché avec Charles Berling, que je recevais de Cyril Teste, metteur en scène du collectif MxM, ces quelques mots que lui avait inspirés la lecture de ta lettre ! « Nous fermons nos théâtres et les paysans continuent de labourer la terre pour que nous puissions manger demain. Labourer et élaborer. Nous devons écrire un manifeste pour reprendre nos terres pour labourer de nouveau. L’heure de la récolte n’est pas encore de mise certes, mais cela ne nous empêche pas de préparer la terre, ça s’appelle la rotation des cultures. Réhabiter nos Théâtres, comme autant de terres en friches, pour y travailler à nouveau. Nos théâtres vides, qui n’attendent que nous pour être habités et ne peuvent se résoudre à vibrer avec les fantômes du monde passé, élaborer simplement l’avenir et ne pas attendre comme des enfants qu’un seul représentant de l’État nous dicte nos règles. Proposons un manifeste d’élaboration et que le théâtre redevienne avant tout une démarche citoyenne. » Ta lettre, Matthias, nous est une brassée de genêts qui vient alimenter le feu de notre campement de fortune. Elle nous invite à penser plus loin, plus large, plus grand. Là où est le péril, là est aussi le salut. Il faut poser l’espérance en principe. Cela aussi est une belle promesse. Nicolas Royer Lire la lettre de Matthias Langhoff à Nicolas Royer, en date du 18 avril 2020
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May 1, 2020 1:24 PM
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Au micro d'Arnaud Laporte, Denis Lavant fait sa Masterclasse. À Avignon, au milieu des cigales, il évoque son parcours de comédien, sa recherche d'un idéal (celui du clown), son rapport aux arts et aux metteurs en scène qu'il a rencontrés depuis ses débuts, dans les années 1980.
Ecouter l'entretien sur le site de France Culture (58 mn) Denis Lavant est un comédien de théâtre et de cinéma. Vers 13 ans, il entame des cours d'expression corporelle et parallèlement à ceux-ci, il s'exerce seul à acquérir des disciplines de cirque : jongler, marcher sur les mains, pratiquer le monocycle, le funambulisme... Il avait davantage de facilité avec son corps qu'avec la parole mais s'est rapidement déterminé à devenir comédien, après avoir hésité un moment à se diriger vers les arts du cirque dont il aimait l'énergie et l'excentricité. Il choisit le théâtre plutôt que le cirque pour "aller vers la parole".
Il commence à jouer avec une troupe dès le lycée, un endroit de liberté selon lui, avant d'aller étudier à l'ENSATT, rue Blanche, à Paris. Il part ensuite avec une troupe de théâtre sur les routes de Belgique où il y apprend "le rapport à la vie", avant d'intégrer le Conservatoire.
La recherche d'un idéal clownesque et poétique Mon option cachée, mon option occulte, mon plan de navigation très intime, c'est d'être clown. Mais, curieusement, on ne va pas forcément où on veut. La navigation c'est de prendre des caps, de tirer des bords... et puis il y a la dérive, le vent. Mon idéal, c'est d'être un clown sur une piste de cirque. Le clown est le poète de la piste. Denis Lavant
À RÉÉCOUTER Réécouter Denis Lavant fait le clown 28 MIN - Dans l'émission "La Grande Table" Leos Carax et Denis Lavant, une histoire d'identité Dès ses premiers pas sur scène et face à la caméra, Denis Lavant travaille avec des metteurs en scène prestigieux comme Antoine Vitez, Claude Lelouch, Patrice Chéreau, Matthias Langhoff, et enfin Leos Carax, qui le fera tourner dans cinq films, et avec qui il noue une relation hors-norme :
Entre nous, c'est une histoire d'identité. Parmi tous les comédiens de ma génération, il a décidé que c'était moi qui pouvais être son personnage de fiction, sa projection cinématographique, celui qui va être le personnage d'Alex dans trois films aux personnalités différentes : "Boy Meets Girl", "Mauvais Sang" et "Les Amants du Pont-Neuf". Tout l'univers de l'enfance nous liait et continue à nous lier. Il a perçu chez moi une capacité de jeu naturaliste et excentrique. C'est le premier qui m'a fait danser… Il m'a fait sortir de moi-même. Denis Lavant
Le théâtre comme présent absolu De tous les arts qu'il pratique, Denis Lavant préfère avant tout le théâtre, pour son essentialité.
Le comédien est forcément dans une création, dans une proposition, lui-même matériau et démiurge de son jeu. (...) Le théâtre est un exercice qui n’a pas son pareil, un acte archaïque, un phénomène humain de l’ordre de la cérémonie magique, une assemblée de gens qui accepte de croire qu’un groupe d’artisans sont les personnages d’une histoire fictive. Ils acceptent cette illusion, d’être à distance et en même temps partie prenante de ce qui est en train de se raconter. Au cinéma, c’est factice. Je ne tiens pas à tourner absolument au cinéma car c’est rentrer dans un domaine factice qui veut faire croire que c’est du réel : on a davantage tendance à identifier l’acteur à son personnage, il y a une sorte de confusion que je trouve bête. J’ai aimé en faire, j’aime en faire, mais je méfie du cinéma, dans ce que ça implique dans la relation humaine. Je continue l’artisanat du théâtre car c’est un des seuls endroits de l’existence où on peut être, sans arrière-pensées, dans du présent, un présent le plus absolu possible... Denis Lavant
À RÉÉCOUTER
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May 1, 2020 5:36 AM
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Publié le 30 avril dans les Dernières Nouvelles d'Alsace - DNA André Pomarat, fondateur de l'actuel TJP, est décédé, a-t-on appris ce jeudi. Né en 1930 à Thimonville (Moselle), il avait démarré sa carrière au Centre dramatique de l’Est (actuel TNS), d’abord comme élève à l’école puis comme comédien dans la troupe. En 1974, il tourne cette page et fort du soutien de Pierre Pflimlin et Germain Muller se lance dans l’aventure de la MAL (Maison des arts et loisirs), devenue Théâtre Jeune Public en 1983 puis Centre dramatique national en 1991 avant d'être rebaptisé TJP en 2012. «Le théâtre n’a jamais été destiné au jeune public exclusivement», expliquait André Pomarat, tout en soulignant «qu’il fallait évidemment faire des choses pour les enfants». Présentation d'André Pomarat dans le site du TJP Corps-Objet-Image.com http://www.corps-objet-image.com/petite-scene-et-grande-scene-le-developpement-essentiel-du-projet-4 ANDRE POMARAT : UN PIONNIER DE LA DECENTRALISATION Héritier de la décentralisation théâtrale, André Pomarat revendique une triple filiation : celle d’André Clavé (directeur du Centre Dramatique de l’Est de 1947 à 1951), celle de Michel Saint-Denis (fondateur en 1954 de l’École Supérieure d’Art Dramatique de Strasbourg dont il fut l’élève) et celle d’Hubert Gignoux (directeur du Centre Dramatique de l’Est de 1957 à 1971) qui l’engage dans la troupe permanente de ce qui deviendra en 1968 le Théâtre National de Strasbourg. Inspiré par ces trois modèles et fort de sa notoriété de comédien et de professeur au TNS, André Pomarat s’engage à partir de 1974 dans une nouvelle aventure strasbourgeoise, la Maison des Arts et Loisirs, aidé par une équipe soudée et militante. La Compagnie du Théâtre Jeune Public naît en 1982 : la MAL devient alors MAL/TJP, Centre Régional du Théâtre Jeune Public, avant d’achever en 1991 sa mue avec la création du 6e Centre Dramatique National pour l’Enfance et la Jeunesse, dirigé par Pomarat jusqu’en 1997. Durant ces années d’intense activité, André Pomarat, venu au théâtre par amour du verbe, doit limiter ses engagements d’acteur. Mais il participe à des projets qui lui tiennent à cœur, dont en 1985 La Légende des siècles d’après Victor Hugo qui, mise en scène par François Lazaro, reçoit trois prix au Festival Off d’Avignon. Jeune, André Pomarat rêvait de devenir architecte. Homme d’une seule construction, mais qu’il a su faire grandir jusqu’à ce qu’elle devienne une institution de premier plan, il a tout à la fois arpenté les routes d’Alsace avec une programmation décentralisée et quelquefois bilingue, fait tourner ses productions à travers la France et l’Europe, et ouvert son théâtre aux artistes internationaux. Conscient de la position stratégique de Strasbourg, André Pomarat rêve, dès 1987, à un label de Centre Dramatique Européen pour l’Enfance et la Jeunesse. Aujourd’hui que l’ouverture internationale est une composante incontournable du paysage artistique, le TJP a toujours plus à cœur de multiplier les partenariats avec les artistes et les institutions européennes. Photo (c) DNA - Michel Frison
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