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Le spectateur de Belleville
April 30, 2020 8:52 AM
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Par Michel Guerrin dans Le Monde, 30 avril 2020 Alors que la crise sanitaire remet en avant les défenseurs d’un modèle culturel plus sobre et plus local, il faut se méfier d’un scénario populiste qui mettrait à mal la recherche de l’excellence, prévient dans sa chronique Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ». Pendant que les lieux culturels s’épuisent à écoper, que leur réouverture est sans cesse reportée, qu’ils jouent leur survie, une petite musique monte : « Rien ne sera plus comme avant. » On a dit la même chose après la crise financière de 2008 et tout fut comme avant. Alors méfions-nous des « grands soirs ». La culture adore passer sur le divan, et les prédictions sont souvent plus le fruit du militantisme que de l’observation froide. Un climat domine. Il faut ralentir le rythme. Il y aurait trop d’expositions, de spectacles, de films, de livres. Les chiffres montrent du reste que l’offre culturelle a bien plus enflé que le public en trente ans. La surchauffe est là. Alors avec le virus… Il faudrait aussi abandonner les formats trop coûteux. Mettre fin aux spectacles et concerts aux scénographies luxueuses. Aux expositions à 400 œuvres et plus, la plupart venant du monde entier, qui épuisent le regard et qui sont condamnées à recevoir toujours plus de public – un format que la pandémie aimerait. Sylvain Amic, qui coiffe plusieurs musées normands, n’a pas attendu la crise pour voir dans cette surenchère « une paresse de l’esprit qui n’a plus de sens ». Dans le collimateur encore, les artistes mondialisés, qui veulent toujours plus beau et plus cher. « Les artistes, on les entend peu en ce moment, ils pourraient revenir à une économie plus modeste », dit Cyrille Bonin, qui pilote la salle rock Le Transbordeur, à Villeurbanne. Enfin il serait temps pour la culture de se mettre au vert. A l’écologie. Au développement durable. Arrêter de réunir pour une soirée, quelques jours ou semaines, pour un festival ou une foire, des artistes et des œuvres qui passent plus de temps dans l’avion que sur scène ou au mur. Bref un peu de frugalité ne ferait pas de mal, comme lorsque la gastronomie a été gagnée par le slow food. « Mieux vaut se couper un bras que mourir » Ces prophéties dessinent un autre modèle : une offre réduite, plus locale ou française, moins chère aussi, pour un public allégé, et ancrée dans le quartier, la ville, la région. Certains demandent même que les lieux culturels soient aussi « sociaux », à l’instar du Musée des beaux-arts de Montréal avec ses ateliers d’art-thérapie. L’universitaire et spécialiste de la culture Jean-Michel Tobelem souhaite lui aussi un modèle plus sobre, « car mieux vaut se couper un bras que mourir ». Il va plus loin : la priorité ne doit plus être l’artiste mais le public. Il explique : « L’argent doit moins aller aux lieux très aidés qu’au réseau associatif de proximité, moins à Paris et plus dans les régions, et il faut arrêter de sacrifier aux touristes le public local. Sinon la culture sera la cible de nouveaux “gilets jaunes”. » Lire la tribune : « Monsieur le Président, cet oubli de l’art et de la culture, réparez-le ! » Nombre de responsables de lieux culturels dénoncent un scénario populiste et un repli nauséabond. Ils ajoutent que la culture mondialisée sert en effet des stars fortunées mais aussi des milliers de créateurs issus de pays désargentés, qui font leur premier spectacle ou leur première exposition dans nos musées, théâtres ou festivals – les accueillir n’est pas non plus « développement durable ». Et puis nos grands théâtres, salles de concerts, musées ou festivals sont régis par un dogme : l’excellence. C’est leur boussole. Y déroger, c’est faire injure à l’art – comme si le FC Barcelone renonçait à mettre sur le terrain Lionel Messi. Du reste leurs équipements et équipes n’ont pas été conçus pour tourner en sous-régime. Ils ajoutent qu’ils produisent de la beauté et de l’émotion, des sentiments qui cachent une compétition acharnée en coulisse, digne de ce qui se passe dans l’industrie du pétrole ou de l’alimentation. Baisser la garde et le déclassement pointe, l’emploi souffre, les lourdes pertes d’argent suivent. Moins miser sur le tourisme Faire moins tourner les spectacles dans le monde entier ? Des lieux et compagnies en vivent. Moins de foires d’art ? Les galeries y font 30 % de leur chiffre d’affaires. Moins de stars mondialisées ? Ce sont elles qui font vivre les gros lieux tant le public est aimanté par les têtes d’affiche. Il y a chaque année une cinquantaine d’expositions Picasso dans le monde, une centaine où ses œuvres sont présentes. Les « petits musées », dont on attend du reste la définition, pourront rouvrir après le 11 mai, parce qu’ils sont vides ou attirent un public clairsemé. On oublie encore que les œuvres qui attirent les foules, dans le cinéma ou la musique, dégagent de l’argent réinjecté ensuite dans une création moins connue ou moins rentable. Ces contraintes n’empêchent pas les responsables culturels d’interroger leur modèle. Certains veulent recentrer l’offre sur ce qui existe en France. Moins miser sur le tourisme aussi. Trouvons un nouvel équilibre, dit Laurent Bayle, le président de la Philharmonie à Paris : « Ça fait vingt ans que la culture vit au rythme de la mondialisation. Dans la musique, le repli sur soi n’a aucun sens. Oui aux circuits courts pour la filière alimentaire, pas pour la musique, ou alors nous aurons une énorme perte de qualité. En revanche, donner du sens à cette mondialisation, l’humaniser, élargir le spectre des musiciens invités, oui. » Lire aussi Face à la paralysie du secteur, les intermittents du spectacle demandent une « année blanche » Reste que si une slow culture se dessine en France, ce sera moins par volonté que par manque d’argent. Parce que le virus aura affaibli, voire laissé sur le carreau, nombre d’acteurs. Le public, lui, aura alors accès à deux champs toujours plus distincts : une culture mondialisée avec des œuvres et artistes qui « voyagent » par via Internet ; une culture de proximité, réelle, dans des lieux en dur ou des festivals. Ce paysage inquiète nos acteurs culturels. Ils ne le disent pas trop, car ils ont dû la mettre en avant, mais la culture numérisée, pour eux, ça va un moment… Elle les effraie si elle en arrive à effacer l’expérience physique des œuvres. D’autant qu’elle accentue la fracture entre les milieux aisés et les autres. Michel Guerrin / Le Monde 30/04/2020 légende photo : La danseuse et chorégraphe syrienne Yara al-Hasbani devant le musée du Louvre, à Paris, le 22 avril. SAMEER AL-DOUMY / AFP
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Le spectateur de Belleville
April 29, 2020 7:45 PM
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17 AVRIL 2020 | PAR JULIA WAHL dans Toutelaculture.com A la rédaction, une idée a surgi dans les boucles de mails : faire parler des artistes, leur demander « comment ça va ? » et comment ils vivent leur confinement, ce que cela provoque en eux. Aujourd’hui, nous interrogeons le metteur en scène Jacques Vincey, à la tête du CDN de Tours depuis 2014, sur cette période particulière, et notamment sur le report du Festival Wet.
Comment ça va ?
Ça va relativement bien. Je ne fais pas partie de ceux qui sont le plus touchés par cette crise, mais je dois dire que je suis très poreux à la situation tragique que vivent beaucoup. Du coup, j’ai encore beaucoup de mal à faire le vide comme le prônent certains. Par exemple, je ne comprends pas qu’on puisse vivre ce que certains appellent « un entracte du théâtre ». Il me semble au contraire que, dans cette période-là, chacun à sa place, on doit faire face au réel, rechercher humblement à inventer de nouveaux usages pour créer de nouveaux liens et préparer ce qui malheureusement est imprévisible.
Avez-vous des exemples concrets de ces nouveaux liens ?
C’est ce qu’on fait avec les comédiens de l’ensemble artistique (le théâtre Olympia a la particularité d’avoir cinq comédiens et comédiennes permanents). Ils sont confinés chez eux et proposent diverses formes, dont certaines sont partagées par d’autres théâtres, comme les lectures téléphoniques. Ce rapport intime d’un comédien avec quelqu’un qu’il ne connaît pas crée une relation particulière. Cela est très modeste, mais c’est l’exemple d’un nouveau rapport. Il y a aussi des rêves de spectateurs qui ont été collectés et scénarisés, qui font l’objet de pastilles.
Il y a également Monuments hystériques [de Vanasay Khamphommala], qui devait être créé le 28 mars, et dont la création est interrompue. Nous proposons aussi de toutes petites pastilles de psychanalyse des personnages. Chacun des acteurs, dans son personnage, appelle son ou sa psychanalyste et réagit. Mine de rien, ne pas pouvoir répéter contraint à des élargissements du travail.
Ont été mises en ligne des captations, dont Nickel de Mathilde Delahaye ; qu’est-ce qui a présidé à ce choix ?
Il se trouve que Mathilde Delahaye est artiste associée, que le spectacle a été créé il y a cinq mois et que, par son actualité artistique comme son actualité quant au sujet de la pièce [qui se passe en vase clos dans une ancienne usine de nickel], il semblait intéressant de la proposer à des gens qui voudraient la voir ou la revoir.
Vous mettez également en lumière la photographe de plateau Marie Pétry, choix que n’ont pas fait d’autres théâtres. Est-ce que vous pouvez nous parler de la réflexion à l’origine de cette décision ?
La réflexion, c’est que le cœur du théâtre, c’est le plateau, et tout autour il y a des poumons qui permettent de faire vivre tout ça, qui donnent de la résonance au travail artistique. En l’occurrence, Marie Pétry a tout un parcours dans ce théâtre. Elle est arrivée en 2003 au théâtre Olympia pour travailler à la billetterie et n’était jamais allée au théâtre. C’est une découverte qui lui a donné envie de saisir des moments de ce qu’elle voyait. Et, depuis, elle est photographe de plateau. Ce qui est très beau, c’est qu’elle raconte par épisodes son parcours depuis 2003 à partir des photos qu’elle y a prises et elle centre ses films sur la question de l’attachement, en tant qu’artiste, à ce lieu qu’elle accompagne depuis des années. C’est une manière de parler de cette équipe autour des créateurs.
Vous avez dû reporter le festival Wet [festival qui devait avoir lieu fin mars] en octobre ; est-ce que vous pouvez nous présenter ce festival ?
C’est un festival très spécifique, dans la mesure où c’est un festival de jeune création programmé par de jeunes créateurs (de cet ensemble artistique dont je parlais tout à l’heure). C’est cinq actrices et acteurs qui sortent des écoles, qui vont repérer des spectacles et font une programmation de dix spectacles sur trois jours. Du coup, chaque édition est teintée de la sensibilité de ces cinq acteurs présents cette année-là.
Sur le report [du 16 au 18 octobre], c’est vrai qu’il y a eu d’emblée deux paramètres importants. Il y d’abord le paramètre économique. Très rapidement, je me suis positionné en tant que directeur pour dire que tous les contrats seraient honorés, a fortiori pour le Wet où ne sont que de toutes jeunes compagnies. Ensuite, ce festival est un endroit de visibilité. Du coup, ce moment d’exposition, à ce moment-là de leur parcours, je voulais tout faire pour qu’il puisse avoir lieu. Sur les dix compagnies, il y en a neuf pour lesquelles c’était possible et à qui on a proposé de travailler pour octobre.
Pourriez-vous me présenter cette édition du festival ?
Il y a des formats de spectacles très différents, avec par exemple Maryvonne, une petite forme avec une petite économie et très autonome, et Éducation sentimentale, qui est un spectacle de quatre heures avec un très gros plateau. Il y a donc des formats, des registres et des styles très différents. C’est ça, je pense, qui en fait la richesse : il n’y a pas des têtes de gondole et des spectacles annexes.
Souhaiteriez-vous aborder quelque chose que nous n’avons pas encore évoqué ?
J’essaie de préparer ma prochaine création comme metteur en scène à la rentrée, une pièce de Marie NDiaye qui s’appelle Les Serpents. Je lis donc un roman qui est en lien direct, Rosie carpe, qui est un chef d’œuvre et m’a bouleversé, parce que je retrouve exactement l’esprit de la pièce.
Visuel : © Marie Pétry
CONFINEMENT
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Le spectateur de Belleville
April 29, 2020 1:09 PM
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Par Joëlle Gayot, Xavier de Jarcy, Jean-Baptiste Roch et Hélène Marzolf dans Télérama - 29 avril 2020 Tout plutôt que l’inactivité ! Au lendemain du discours du Premier ministre, patrons de théâtre, de musée, de salle de cinéma ou de concert commencent à esquisser les modalités du déconfinement. Mais les lieux de culture, premiers à fermer, risquent bien d’être les derniers à rouvrir... avec une programmation bien différente de celle qu’ils avaient envisagée.
À l’occasion de sa prise de parole à l’Assemblée nationale, Édouard Philippe n’a pas desserré l’étau qui contraint le monde culturel à vivre rideaux baissés depuis le 16 mars. À partir du 11 mai, seuls les petits musées, les médiathèques, les bibliothèques rouvriront leurs portes. En ce qui concerne les cinémas, les théâtres, les salles de concert et les grands musées, il faudra attendre fin mai (seconde étape du déconfinement) pour en savoir (peut-être) plus sur leur sort. L’œil rivé sur les échéances proches, le Premier ministre applique une méthode progressive susceptible de faire marche arrière au moindre regain de l’épidémie.
Une prudence qui oblige les directeurs de lieux culturels à un exercice d’anticipation incertain. Ils fixent l’horizon, septembre est dans leur ligne de mire. Dans le doute, tous détricotent ce qu’ils avaient patiemment tricoté. Leur saison 2020-2021 ne sera, quoi qu’il arrive, pas celle dont ils avaient rêvé. Nous avons joint certains d’entre eux pour les faire réagir aux annonces du Premier ministre, et nous dire ce que cela implique pour eux.
Du côté des théâtres
Les directeurs de théâtre ont accueilli avec pragmatisme les propos d’Édouard Philippe. Président du Syndicat national des théâtres privés (qui regroupe quatre-vingt-dix adhérents), Bertrand Thamin « anticipe au mieux un redémarrage en septembre, ou plus tard si une seconde vague arrive ». Si tel doit être le cas, il demandera la prolongation du chômage partiel et la « remise sur le tapis des négociations relatives au fonds d’urgence pour les théâtres privés ». Philosophe, il ajoute : « Nous sommes condamnés à attendre, c’est ça ou se tirer une balle dans la tête, et nous n’en sommes pas là. »
Attendre n’est pas le credo du Théâtre national de la Colline, à Paris, déterminé à s’engouffrer dans les interstices. Apprenant le retour au sein des entreprises de ceux qui ne peuvent télétravailler, le secrétaire général, Arnaud Antolinos, entre dans la brèche : « Notre but est de sauver les métiers du théâtre. Sous réserve que les conditions sanitaires soient réunies et que nous obtenions l’autorisation du préfet, nous demanderons aux techniciens et aux acteurs, dont nous souhaitons honorer les contrats, de venir travailler à la Colline. »
Depuis Strasbourg où il dirige le TNS, Stanislas Nordey a lui aussi tendu l’oreille : « Ce qui va arriver aux théâtres dans les temps à venir ressemblera aux marches d’un escalier qu’on monte une à une. » Face à l’aléatoire, il s’adapte : « Nous sommes dans l’impossibilité de nous projeter dans nos modes de fonctionnement calendaire habituels. Peut-être devons-nous en finir avec notre manière de travailler : nous programmons trop longtemps à l’avance et nous ne laissons plus d’espaces à l’invention au quotidien. » Réintroduire de la souplesse dans le cours des saisons, y ménager des temps vacants ? Stanislas Nordey est optimiste : « Inscrivons-nous dans un temps différent pour les six mois à venir. Prenons les annonces de manière active, positive, éclairée. »
“Il serait terrible, humainement et économiquement, que le secteur du spectacle vivant soit à l’arrêt pendant six mois, un an, ou plus.” Stéphane Braunschweig, directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe Positiver, le mot est relayé par Benoît André, directeur de la Scène nationale de Mulhouse, située au cœur du premier foyer épidémique. Prévoyant, il a d’ores et déjà déplacé des spectacles de l’automne au printemps et s’apprête à « concentrer, à la rentrée, le temps et les moyens sur l’éducation artistique et culturelle ».
Tout plutôt que l’inactivité : à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, le directeur Stéphane Braunschweig fait le point : « Les théâtres ont été les premiers à fermer, ils seront les derniers à rouvrir. Il serait terrible, humainement et économiquement, que le secteur du spectacle vivant soit à l’arrêt pendant six mois, un an, ou plus. Les lieux subventionnés devraient pouvoir maintenir une activité de fabrique de spectacles, même si ceux-ci sont aux congélateurs jusqu’à ce qu’on puisse les sortir. »
Les théâtres se projettent dans des vies alternatives. Pour Macha Makéïeff, directrice de La Criée à Marseille, la modestie est désormais la règle : « Nous devons nous déplacer et nous projeter dans ce monde qui bascule. Nous avançons dans le brouillard, mais avancer, c’est aussi cesser d’avoir peur. » Une chose est sûre : ce n’est pas parce qu’ils sont fermés que les théâtres sont morts. – Joëlle Gayot
Dans les musées
Serge Lasvignes, président du Centre Pompidou, ne s’attendait pas à obtenir beaucoup de réponses immédiates. « J’avais bien compris que les grandes institutions n’étaient pas prioritaires, explique-t-il. Mais nous avons quand même l’indication d’un processus qui nous permet de nous projeter dans l’avenir. À partir du 11 mai, nous pourrons remettre des équipes au travail pour les opérations strictement nécessaires. » Et le temps passé d’ici à l’étape de juin ne sera pas de trop pour organiser la réouverture après, promis, « un dialogue social approfondi ».
Les musées échangent régulièrement avec le ministère de la Culture, dont un groupe de travail étudie les mesures à prendre pour réussir l’opération : comment favoriser les réservations en ligne, comment gérer les files d’attentes et établir un parcours de visite, etc. « Il y aura ensuite un exercice de mise en commun des propositions », précise Serge Lasvignes. L’objectif est de retrouver un peu de convivialité et de plaisir. « Remettre en cause le fait que la culture est un produit de première nécessité a fait beaucoup de mal au secteur culturel, mais cela ne sert à rien de geindre. Le défi qui nous attend maintenant est d’obtenir la rigueur sanitaire la plus stricte tout en retrouvant la joie de la culture. »
Le Centre Pompidou espère accueillir ses premiers visiteurs déconfinés en juillet. Au MAD (musée des Arts décoratifs), on est moins optimiste : sa directrice générale, Sylvie Corréard, n’exclut pas une réouverture en septembre.
Viendra ensuite l’heure des comptes. Surtout au musée des Arts décoratifs, dont plus de 50 % des recettes proviennent de la billetterie et du mécénat. Quatre mois minimum de fermeture suivis d’une reprise partielle vont creuser un trou énorme et obligeront à des économies sur une longue durée. « Nous avons transmis nos prévisions de pertes au ministère, ce qui lui permet de mesurer l’étendue du choc financier », indique Sylvie Corréard. Comment l’État va-t-il aider le secteur à traverser cette épreuve ? Pour le moment, personne n’en sait rien. – Xavier de Jarcy Le monde de la musique
« Maintenant que l’on est fixé, il nous faut des textes ! » claironne Aurélie Hannedouche, déléguée générale du Syndicat des musiques actuelles (SMA), qui regroupe une majorité de structures à lucrativité limitée et à 80 % associatives, dont 150 festivals d’été comme les Trans Musicales de Rennes ou Marsatac à Marseille, 150 salles de concert dont la centaine de Smac du pays dédiées aux musiques actuelles, producteurs et labels.
Après l’allocution du Premier ministre, mardi 28 avril, prolongeant à début septembre l’interdiction des rassemblements de plus de cinq mille personnes, les différents syndicats du monde musical ont obtenu l’une des garanties qu’ils réclamaient : une décision claire et ferme quant à la tenue ou non de la programmation 2020. « Mais il faut rester prudent », prévient Aurélie Hannedouche.
Car depuis la première interdiction des « grands festivals » (sic) au moins jusqu’à mi-juillet, annoncée par Emmanuel Macron le 13 avril, aucun décret ni arrêté ne sont venus appuyer ces annonces. De quoi laisser un bon millier de festivals (sur les mille six cents qui se tiennent de mars à fin septembre) – officiellement annulés, mais au point mort – dans l’attente pour lancer toutes les procédures administratives concernant le chômage partiel ou les négociation avec les assurances.
Au SMA, qui, à la différence du Prodiss, représente surtout de petites structures fragiles aux économies mixtes (un bar, un restaurant ou un studio viennent souvent compléter l’activité et les 50 % de subventions publiques), on s’interroge également sur l’éventuel calendrier de reprise des activités. « Nous ne demandons évidemment pas à ce que les salles de concert rouvrent dès maintenant, explique Aurélie Hannedouche. Mais d’envisager par exemple la réouverture des plateaux, pour les résidences d’artistes, ou les studios de répétition. Si la création ne reprend pas en 2020, les programmations de 2021 seront vides. » L’objectif est aussi de donner un peu de visibilité à l’ensemble d’une filière rongée par l’anxiété. Et de savoir par exemple si les concerts et tournées de mars-avril reportés à l’automne – sacré embouteillage en perspective – devront une nouvelle fois être annulés. – Jean-Baptiste Roch
Le cinéma
Les exploitants de salle s’y préparaient, Édouard Philippe l’a confirmé. Fermés depuis le 15 mars, les cinémas hexagonaux resteront à l’arrêt jusqu’à nouvel ordre. « Ce n’est effectivement pas une surprise, confirme François Aymé, le président de l’Afcae (Association française des cinémas d’art et essai). Le Premier ministre ne s’est pas attardé sur notre situation, mais nous pouvons comprendre que, à ce stade de la pandémie, les écoles ou restaurants soient prioritaires. Il semble logique d’attendre de savoir comment se déroule le déconfinement pour envisager une réouverture. »
Sans aucune visibilité, la profession tente de s’organiser tant bien que mal : « Une partie des exploitants travaille sur une éventuelle reprise en juillet, mais cela suscite des interrogations et des inquiétudes. D’une part, l’offre de films à l’affiche risque d’être très pauvre cet été, dans la mesure où certains distributeurs préfèreront attendre, par sécurité, une sortie à l’automne. D’autre part, il est impossible de savoir si les spectateurs vont facilement revenir en salles… Cela peut paraître paradoxal, mais dans ce contexte d’incertitude, une ouverture rapide pourrait aboutir à ce que des cinémas se remettent à fonctionner uniquement parce qu’ils ne pourront plus bénéficier du chômage partiel. Or, relancer l’activité avec une offre et une fréquentation faibles, donc des recettes très basses, tout en continuant à payer des charges significatives, peut être économiquement désastreux, notamment pour les petits cinémas. »
D’un point de vue sanitaire, aussi, les préoccupations sont nombreuses : « Nous réfléchissons aux mesures de distanciation, à la possibilité de laisser des fauteuils vides, etc. Mais parmi les questions récurrentes se pose celle de la climatisation. Si on doit la supprimer dans les salles cet été, cela risque de dissuader les spectateurs de les fréquenter. Sans compter l’éventuelle obligation pour eux de porter un masque pendant la séance… »
Lui-même directeur du cinéma Jean-Eustache, à Pessac, François Aymé envisage quelques pistes pour la reprise : « L’une d’elle pourrait être de démarrer avec une seule séance par jour. Cela permettrait que les spectateurs ne se croisent pas et laisserait vingt-deux heures pour recycler l’air, écarter tout risque de contamination. Dans les complexes de plusieurs salles, un décalage d’une demi-heure ou trois quarts d’heure pourrait être instauré entre chaque séance, afin étaler le plus possible la fréquentation. » En attendant, rappelle François Aymé, soutenir la profession, aujourd’hui fragilisée, est crucial : « Si la fermeture est prolongée, les aides comme le fonds de solidarité, le chômage partiel, voire la suspension des loyers, devront évidemment l’être aussi. Ces mesures sont plus que jamais nécessaires à la survie des salles ! » – Hélène Marzolf
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Le spectateur de Belleville
April 29, 2020 6:49 AM
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Par Bénédicte Agoudetsé dans Le Parisien Le 29 avril 2020 Dès lundi, le comédien, auteur et metteur en scène Eric Métayer interpellait Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux pour l'alerter sur la dramatique situation du spectacle vivant en France. Lauréat en 2019 du César de la meilleure adaptation pour « Les Chatouilles », film qu'il a coréalisé avec sa compagne Andréa Bescond à partir de la pièce de théâtre du même nom, Eric Métayer espère une réponse rapide et à la hauteur de la part des pouvoirs publics.
Comment réagissez-vous aux annonces d'Édouard Philippe, mardi, qui n'a pas donné de date pour une réouverture des salles de spectacles ?
ERIC MÉTAYER. Le Premier ministre a rappelé que nous étions dans une situation inédite. Cela, je peux parfaitement l'entendre. En revanche, nous, les intermittents, avons besoin que le ministre de la Culture nous annonce au plus vite des mesures concrètes et immédiates. C'est, sans jeu de mots, le flou artistique. Nous avons le sentiment que l'Etat nous a abandonnés. La plupart des travailleurs du spectacle vivant sont à bout, certains vivent déjà des situations plus que dramatiques et sont en train de crever. J'ai même des copains qui demandent sur Facebook que les gens leur apportent des aides financières pour survivre, voire leur proposent des petits boulots. Faire les vendanges, c'est noble, mais ce n'est que saisonnier et précaire. Comme notre métier.
Pourquoi avez-vous lancé lundi sur Facebook ce cri d'alarme au Président de la République ?
Il était plus qu'urgent de dénoncer à quel point nous n'existions pas pour les pouvoirs publics, qui ne donnent pour l'instant pas d'autre choix aux Français que celui de se cultiver sur Internet! Je trouve incompréhensible qu'Air France, qui compte quelque 70 000 emplois directs, se voie attribuer des aides de l'Etat de 3 milliards d'euros, sans compter le soutien des banques supportées par l'Etat. Alors que dans le même temps, les 270 000 intermittents ne voient qu'une enveloppe de 50 millions uniquement destinée aux structures culturelles, dont le théâtre.
Qu'attendez-vous du gouvernement ?
Il doit absolument décider d'urgence que, financièrement, pour le monde du spectacle, cette année catastrophique soit une année blanche (NDLR : ce qui permettrait de prolonger les droits des intermittents pendant un an). C'est un minimum pour que notre secteur puisse redémarrer et survivre. Nous attendons également que le ministère de la Culture entende et écoute les idées et solutions développées par la base, qui n'a pas pu s'exprimer jusqu'à présent. De nombreux artistes, comme Jean-Louis Aubert, organisent des concerts gratuits sur les réseaux sociaux avec des dizaines de milliers de spectateurs, juste par solidarité et amour du public. Pourquoi Franck Riester ne s'est-il donc pas emparé de ces moyens de communication pour échanger avec les acteurs du spectacle, quels qu'ils soient? Nous avons le sentiment que, pour le gouvernement, il n'y avait pas d'espace pour nous. On demande la parole!
Comment voyez-vous les prochains mois ?
On a tous très peur. D'un point de vue sanitaire, il reste tant d'incertitudes face à la menace du Covid-19 … Et même si de petites structures pouvaient rouvrir, nous devrions d'abord en baisser la jauge. Par exemple, dans un espace de 800 places, il faudrait condamner un rang sur deux et une place sur deux. Or, il n'est pas certain que le public soit enclin à revenir au spectacle. Imaginez, si, j'étais spectateur dans un petit théâtre et que quelqu'un éternuait à deux rangs de moi, je ne suis pas sûr que je resterais dans la salle. La probable baisse des cachets est également terrifiante pour nous, les professionnels. Avec l'interruption, tout le monde va vouloir travailler et risque d'accepter des salaires à la baisse. Pour les plus connus, c'est un manque à gagner mais pour le bas de l'échelle, cela va être impossible. On ne vit pas dans une telle précarité. Légende photo : Le comédien, auteur et metteur en scène Eric Métayer veut alerter l’Etat sur la dramatique situation du spectacle vivant en France. LP/Frédéric Dugit
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Le spectateur de Belleville
April 28, 2020 6:32 PM
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Par Fabienne Darge dans Le Monde - 28/04/2020 Après l’annulation du Festival d’Avignon, deux troupes, l’une qui devait jouer dans le « in », l’autre dans le « off », disent leur déception, leur désarroi et leur inquiétude pour leur avenir.
Toutes deux devaient être sur le pont, ou plutôt sur le tremplin d’Avignon, cet été. Deux jeunes compagnies de théâtre, « émergentes », comme on dit au ministère de la culture, qui jouaient gros avec leur passage au Festival. L’auteure et metteuse en scène Tiphaine Raffier, 34 ans, avec sa compagnie La Femme coupée en deux, faisait partie de la programmation du « in », avec La Réponse des hommes, création librement inspirée par les « œuvres de miséricorde » de l’Evangile selon Matthieu. Le metteur en scène Jules Audry, 29 ans, avec sa compagnie Future noir, devait jouer au 11, une des bonnes salles du « off », son spectacle Comme une vague, d’après Les Malades, d’Antonio Alamo (Les Solitaires intempestifs, 2006), texte qui met en scène la dernière soirée de Staline, en février 1953.
Lire aussi Pour le Festival « off » d’Avignon, incertitude juridique et faillite économique La compagnie de Tiphaine Raffier a l’impression d’être face à « un château de cartes dont les éléments s’écroulent les uns après les autres ».
Puis est tombée l’annonce de l’annulation, le 13 avril pour le « in », le 16 pour le « off ». Pour les deux troupes, l’impact va être « énorme », affirment Tiphaine Raffier comme Jules Audry. Même si l’échelle n’est pas la même : le budget de création pour La Réponse des hommes est de 650 000 euros, il est dix fois moins important pour Comme une vague, à 65 000 euros.
Du côté de La Femme coupée en deux, ce printemps et cet été 2020 devaient être ceux d’un changement de braquet, de l’entrée dans la cour des grands. La compagnie devait présenter deux créations précédentes, Dans le nom (2014) et France-Fantôme (2018), à l’Odéon-Théâtre de l’Europe fin avril, avant de lancer La Réponse des hommes, dont les répétitions étaient prévues en juin à Avignon. « C’était l’aboutissement de dix ans de travail, assurent Tiphaine Raffier et son administratrice, Sabrina Fuchs. Même si on ne fait sans doute pas partie des compagnies dont l’existence est directement menacée, on cumule les problèmes. » Lire aussi Coronavirus : pour les festivals, « ce coup d’arrêt risque d’avoir une incidence durable » Comme beaucoup d’autres, la compagnie a l’impression d’être face à « un château de cartes dont les éléments s’écroulent les uns après les autres. L’exploitation de nos deux créations à l’Odéon devait normalement déboucher sur deux ans de tournée, ce qui permettait de monter les productions suivantes et de faire vivre la compagnie pendant deux ans, expliquent-elles. Autre difficulté : comment et où répéter La Réponse des hommes, dans un contexte de déconfinement progressif ? Or on a absolument besoin de créer ce spectacle, qui doit tourner tout au long de la saison prochaine ».
Lire aussi Comment le Festival d’Avignon fait face aux conséquences de l’annulation C’est une des « épées de Damoclès » qui menacent les troupes de théâtre : l’incertitude quant à la possibilité de mener des répétitions cet été. « On ne peut pas faire du théâtre avec des masques et des gants, cela n’a pas de sens », résume Tiphaine Raffier, qui a par ailleurs dû revoir totalement la scénographie de son spectacle, le décor prévu initialement n’ayant pas pu être fabriqué.
Fragile esquif dans la tempête Jules Audry, lui, travaille sur Comme une vague depuis cinq ans. C’est la troisième création de sa compagnie, une création ambitieuse au regard des standards du « off », où pullulent les seuls-en-scène, réunissant cinq comédiens et un musicien, dans un dispositif scénographique quadrifrontal. Future noir l’a montée au départ en autoproduction, Jules Audry finançant sa compagnie avec ses revenus de professeur d’art dramatique dans diverses écoles, et vivant de ses salaires de metteur en scène associé au Théâtre national académique d’Ivano-Frankivsk, à l’ouest de Kiev (Ukraine).
Jules Audry : « Les comédiens, dont la plupart arrivaient en fin de droits, ne peuvent pas être payés, et la vie de la compagnie est clairement en danger. »
Petit à petit, d’une étape de travail à l’autre, la compagnie a réussi à obtenir des aides de l’Arcadi (Action régionale pour la création artistique et la diffusion en Ile-de-France, dissous en 2019), de l’Adami (Société civile pour l’administration des droits des artistes et musiciens interprètes) et de la Spedidam (Société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes), puis une aide à la création de la Mairie de Paris. Après avoir déjà tenté, en vain, de venir à Avignon en 2017 et en 2019, elle se sentait enfin les reins assez solides pour affronter l’exposition du « off ». L’annulation a, là aussi, plongé le fragile esquif dans la tempête.
« Avignon est ce qui devait nous permettre de sortir de l’émergence : être programmé dans une bonne salle, avec un bon horaire, c’était la garantie d’être vu par nombre de programmateurs, et de monter une tournée de deux ans pour le spectacle, souligne Jules Audry. Au lieu de quoi, on se retrouve avec un spectacle dont on n’a pas pu finir les répétitions, et une trésorerie dans le rouge : les subventions que nous devions toucher sont gelées, et on comptait sur des recettes de billetterie de l’ordre de 20 000 euros, ce qui, sur un budget comme le nôtre, est loin d’être négligeable. Les comédiens, dont la plupart arrivaient en fin de droits, ne peuvent pas être payés, et la vie de la compagnie est clairement en danger. »
Conséquences symboliques Il y a le nerf de la guerre, l’argent, mais il y a aussi les conséquences symboliques, psychiques et artistiques de la crise, pour des créateurs par essence poreux aux soubresauts du monde. Tiphaine Raffier, qui n’avait écrit que la moitié de son spectacle quand a commencé le confinement, confie qu’elle se sent « les mains coupées pour écrire. Je ne fais que gérer de l’administratif et tenter de trouver un peu d’argent supplémentaire, parce que les répétitions vont coûter plus cher que prévu ».
Jules Audry : « Je mène les répétitions de la prochaine création du Théâtre national d’Ivano-Frankivsk par visioconférence. C’est surréel. »
Jules Audry s’est retrouvé confiné en Ukraine, à devoir gérer à distance les conséquences de l’annulation pour sa compagnie. « Moi qui ai toujours eu besoin de lire pour me comprendre, pour me nourrir, je n’arrive plus à lire une ligne, se désole-t-il. Je mène les répétitions de la prochaine création du Théâtre national, un cabaret sur des textes de Gogol, par visioconférence. C’est surréel. »
Passionnés de littérature et de cinéma d’anticipation – Jules Audry a nommé sa compagnie en référence au genre du Tech-noir, hybride de film noir et de science-fiction –, les deux jeunes artistes s’interrogent sur l’avenir de la fiction face à cette réalité « qui est elle-même de l’ordre du spectaculaire et du fictionnel ». « Est-ce qu’on va avoir besoin d’encore plus de fiction ou, au contraire, d’être dans la déconstruction ? », s’interroge Tiphaine Raffier. Parmi les « œuvres de miséricorde » qui nourrissent son spectacle à venir, deux la laissent particulièrement songeuse : « Ensevelir les morts » et « Sauvegarder la création ». Fabienne Darge Légende photo : « Dans le nom » (2014), création de Tiphaine Raffier, avec Lou Valentini. SIMON GOSSELIN
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Le spectateur de Belleville
April 27, 2020 7:35 PM
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Propos recueillis par William Audureau et Clément Martel dans Le Monde 27 avril 2020 Lectures sur YouTube, programmations virtuelles et conséquences économiques du confinement… L’administrateur général de la Comédie-Française a répondu aux lecteurs du « Monde ».
La Comédie-Française a fermé, mais la Comédie-Française joue toujours. Sur Internet, à distance, avec les moyens du bord, au nom d’un art vivant qui entend bien le rester même en temps de confinement. Durant deux heures, lundi 27 avril, Eric Ruf, administrateur général de la Comédie-Française, a répondu en direct aux questions des lecteurs du Monde.fr sur la situation actuelle de l’institution culturelle et ses perspectives à court et moyen termes. Morceaux choisis.
Myriam big fan : Comment imaginez-vous la rentrée de la Comédie ? Et comment vont les comédiens ? Je ne peux pas imaginer la rentrée de la Comédie-Française sans la présence du public. Et elle ne sera possible que dans des conditions sanitaires générales, dont nous n’avons pas encore connaissance. Le grand bonheur du théâtre est qu’on partage un même espace, je peux donc difficilement envisager, par exemple, une distribution sur scène non masquée face à un public masqué.
Le répertoire n’est fait que de disputes et d’épousailles. Comment répéter et représenter ces histoires en se tenant à plusieurs mètres les uns des autres ? Il y a soixante-dix métiers à la Comédie-Française, qui chacun vont demander des précautions particulières, il est difficile d’avoir une réponse globale aujourd’hui.
Les comédiens se raccrochent à l’opération « La Comédie continue ! » pour exercer leur art, même dans des formes inhabituelles. Dans ce sens, cette chaîne a des vertus pour le public, mais aussi en interne. Le théâtre est un des arts les plus collectifs qui soient, ils sont tous extrêmement impatients de pouvoir l’exercer à nouveau. Scapin confiné : Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce que vous avez mis en place [l’opération « La Comédie continue ! »] ? Quand le confinement a commencé, nous nous sommes posé la question de ce qu’il serait le plus pertinent d’offrir au public. Très vite nous avons pensé à nos deux trésors : le lien avec les comédiens de la troupe de la Comédie-Française et la qualité de nos archives audiovisuelles. Nous nous sommes organisés en une dizaine de jours, en télétravail, pour offrir chaque jour un programme différent de 16 heures à 23 heures, contextualisé et éditorialisé par les acteurs. L’idée était de créer des rendez-vous, comme lorsqu’on va au théâtre, et que cette WebTV soit fidèle à notre activité. Nous avons divisé la journée en plusieurs tranches destinées à différents publics : scolaires, enfants, amoureux du théâtre ou curieux de cet univers. Et nous programmons également deux levers de rideau par jour, correspondant à l’heure de nos représentations habituelles : 18 h 30 au Studio-Théâtre et 20 h 30 à la Salle Richelieu et au Théâtre du Vieux-Colombier. Les comédiens de la Comédie-Française jouent sur YouTube pendant l’opération « La comédie continue! », réponse de l’institution au confinement. Marceau : Le théâtre mais aussi le chant sont-ils considérés comme des activités à risque particulièrement élevé de transmission du virus par l’émission d’aérosols et postillons ? Oui, on parle fort au théâtre parce qu’on joue habituellement sans micro et cette profération constitue un risque plus important de transmission, comme la proximité des corps dans des histoires de guerre et d’amour. Les comédiens, s’ils sont impatients de reprendre, se posent beaucoup de questions sur les conditions nécessaires, leur corps, leur voix étant leurs outils de travail. Zerbinette : Comment repenser la place du spectateur dans un théâtre à l’italienne ? Y aura-t-il des masques Comédie-Française ? Les théâtres à l’italienne ont la réputation (et ce n’est pas totalement indu) de manquer de place entre les fauteuils. Je n’ai pas encore de réponse sur ce que sera le dispositif pour les spectateurs. S’il ne s’agit que de masques (customisés !), nous serons ravis de les imaginer ! Un Strasbourgeois : Ne serait-il pas possible de diffuser vos captations par abonnement à domicile (sur le modèle par exemple de la Philharmonie de Berlin) ? Ce serait un enchantement pour le provincial que je suis, incapable de toujours se déplacer à Paris. Cher Strasbourgeois, je suis de l’Est moi aussi. Nous proposons déjà une offre de SVoD sur abonnement par notre partenariat avec l’INA et la crise que nous traversons nous fait réfléchir à de nouveaux modèles. Anastasia : Comment éviter la perte de compétences des acteurs et des actrices pendant plusieurs mois sans répétition ? Comment maintenir la dynamique de troupe ? Les risques que vous pointez sont avérés. « La Comédie continue ! » est une réponse, sans doute pas suffisante mais réelle. Les comédiens fournissent près de 150 vidéos différentes par semaine, ils échangent des pastilles comme on échange des répliques, c’est en tout cas suffisant pour le moment pour maintenir leur cohésion et leur soif. J’espère que nous pourrons recevoir du public cet automne, mais au moment où Mère Nature nous rappelle à son désordre, qui pourrait l’affirmer sérieusement ? Un collègue lyonnais : Quelles décisions ont été prises concernant les salaires et la question du chômage partiel pour vos salariés (CDI, CDD et intermittents) ? L’Etat vous garantit-il vos subventions ? La question du chômage partiel ne se pose pas pour nous car nous n’y sommes pas éligibles. Je fais tout pour maintenir les salaires le plus longtemps possible. Concernant les subventions, je n’ai pas d’indication dans un sens ou dans l’autre. Matisse : Historiquement, est-ce que la production artistique se galvanise autour d’événements historiques ? Est-ce qu’en 2021 vous attendez une vague de créations autour des sujets soulevés par le confinement ? J’ai remarqué souvent que c’est l’oreille des spectateurs qui s’aiguise, se précise plutôt que les sujets qui changent. Le répertoire est plein des sujets que vous évoquez. Ecouter par exemple Platonov s’exclamer « ça sent la chair fraîche ! » en arrivant en société après six mois d’enneigement aura d’étranges réminiscences chez nous. Il me semble que dans ces moments-là on puise plutôt des réponses objectives dans la littérature que chez les spécialistes et dans ce sens-là, ce sont les événements historiques qui nous rendent curieux et assoiffés de réponses complexes, paradoxales, celles des poètes. Minfiu : La création d’une pièce pour un format vidéo est-elle pensable ? Toute forme de captation s’accompagne d’une création, la télévision, le cinéma en témoignent. Dans des conditions sanitaires sans doute plus simples à organiser. Nous filmons en direct avec Pathé Live, et cette forme de captation rencontre son public. Je pense toujours qu’entre la captation et le spectacle vivant, c’est comme lorsqu’on explique les lignes parallèles aux enfants, elles ont beau être très proches, elles ne se rejoignent jamais. Nous nous retrouverons dans des salles, je ne sais pas quand, parce que nous avons ce réflexe presque animal de se sentir, de s’estimer. Ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Si cela n’est plus possible, il me semble que ce n’est pas pour le théâtre qu’il faudra s’inquiéter, mais pour l’ensemble de nos activités humaines. Argante : Pardon de vous parler de sous, mais la Comédie-Française est-elle en péril, financièrement, en raison de l’absence de représentations ? La Comédie-Française est en péril financièrement car les ressources propres (billetterie, tournées, captations, etc.) sont indispensables à son équilibre. Mais elle a l’avantage de son histoire, de sa réputation et de ses forces vives : la permanence de ses personnels et de la troupe. Ce n’est pas le cas de beaucoup d’acteurs de ce métier, les plus fragiles et pourtant si essentiels à la création. Martin : Après une longue période de grève du personnel, ce sont désormais les mesures sanitaires qui nous empêchent de découvrir votre extraordinaire travail. 2020 semble être une année noire pour vous. Comment la Comédie-Française peut-elle se relever financièrement ? Allez-vous augmenter le prix des places dans le futur ? Comment vous aider ? Nous sommes très attachés à notre mission de service public et à conserver notre capacité à accueillir le public le plus large possible. L’augmentation des tarifs n’est pas une réponse miraculeuse. Nous mettons en œuvre un plan de redressement budgétaire qui, j’espère, sera une réponse suffisante à cette annus horribilis. Votre présence, dès qu’elle sera possible, sera la meilleure manière de nous aider. Légende photo : Eric Ruf lors des répétitions de Roméo et Juliette à la Comédie-Française, en 2015. VINCENT PONTET
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Le spectateur de Belleville
April 27, 2020 6:19 PM
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Par Sandrine Blanchard dans Le Monde lundi 27 avril 2020 Artistes et techniciens se mobilisent pour que des mesures soient prises afin de ne pas être radiés de Pôle emploi en raison de la crise due au Covid-19.
Une « année blanche » pour surmonter l’« année noire » : depuis quelques jours, la mobilisation des intermittents du spectacle monte en puissance pour réclamer une solution radicale face à la situation catastrophique dans laquelle la crise liée au coronavirus a plongé durablement le secteur culturel. Lire les témoignages : « J’aurai perdu environ deux cents heures d’ici à fin juillet » Afin d’éviter qu’une partie importante des intermittents du spectacle, du cinéma et de l’audiovisuel se retrouvent à court terme sans ressource et radiés de Pôle emploi, deux pétitions qui se sont rejointes (collectifs « Année noire » et « Culture en danger »), réunissant près de 200 000 signatures à la date du lundi 27 avril, ainsi que plusieurs syndicats, réclament l’instauration d’une « année blanche » pour tous. Cela consisterait à prolonger de douze mois (à compter de la date de réouverture des lieux de spectacle) les droits à l’assurance-chômage afin de laisser le temps à tous les projets remis en cause de pouvoir redémarrer. « C’est la seule solution pour éviter l’hécatombe sociale et culturelle, pour éviter de mourir », insiste le comédien Samuel Churin, membre de la Coordination des intermittents et précaires. Lire l’entretien : Franck Riester détaille les mesures en faveur du secteur culturel Noire, l’année 2020 l’est et le sera au moins jusqu’à l’automne : la mise à l’arrêt, depuis dimanche 15 mars, des salles de spectacles, de cinéma, des théâtres, des répétitions, des tournages et l’annulation en série des festivals et événements du printemps-été ont stoppé net toute possibilité pour les artistes et techniciens de travailler et d’acquérir les 507 heures annuelles nécessaires à l’ouverture ou au renouvellement de leurs droits au régime spécifique de l’assurance chômage (annexes VIII et X). A cela s’ajoute l’absence de visibilité sur la date à laquelle les lieux pourront de nouveau accueillir des spectateurs. Dans son dernier avis relatif à la sortie progressive du confinement, rendu public samedi 25 avril, le conseil scientifique Covid-19, chargé de conseiller le chef de l’Etat, indique : « Il est nécessaire de maintenir fermés ou interdits tous les lieux et événements qui ont pour objet ou conséquence de rassembler du public en nombre important, qu’il s’agisse de salles fermées ou de lieux en plein air. » Deux mesures d’urgence Pour l’heure, deux mesures d’urgence ont été prises : les intermittents dont la date anniversaire (ouvrant les droits) tombe entre le 1er mars et le 31 mai verront leurs indemnités prolongées de trois mois. Et la période de confinement sera « neutralisée » pour le calcul des 507 heures. « Les premières mesures ne règlent le problème que pour quelques semaines », souligne Denis Gravouil, secrétaire général de la Fédération nationale CGT des syndicats du spectacle. « Que fait-on après le 31 mai ? » Lire l’enquête : Malgré les annonces du gouvernement, les intermittents du spectacle restent inquiets « Nos métiers ont des fonctionnements particuliers faits de caractère saisonnier (les festivals de printemps et d’été), et de calendriers contraints (la plupart des salles de spectacle ont leur programmation engagée pour la saison 2020-2021 depuis le mois de février). Ainsi, la plupart des spectacles ou des projets reportés ne pourront se réaliser au mieux qu’un an à un an et demi après la réouverture des salles de spectacle », explique la lettre ouverte envoyée au président de la République, à l’initiative du metteur en scène Jean-Claude Fall. Venue compléter les pétitions, cette lettre est signée par une flopée d’artistes, d’administrateurs de festivals et de compagnies. Jeudi 23 avril, devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, Franck Riester a reconnu que « la culture traverse une crise sans précédent » Jeudi 23 avril, devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, Franck Riester a reconnu que « la culture traverse une crise sans précédent. Je ne sais pas si les mots peuvent être suffisants pour décrire la situation dans laquelle nous sommes, étant donné la paralysie du secteur. C’est terrible en termes économique, social, sociétal, car la culture est essentielle ». Lors de son audition, le ministre de la culture a promis de « faire évoluer les dispositifs d’urgence, y compris après le 31 mai, pour maintenir l’accompagnement et n’oublier personne ». Interrogé par plusieurs députées sur l’idée d’une « année blanche », il a esquivé la question et n’a pas pris position. « Cette “année blanche” paraît nécessaire et légitime, considère Michèle Victory, députée socialiste de l’Ardèche, sinon on se dirige vers une grande exclusion et beaucoup de personnes au RSA dans moins d’un an ». Pour elle, cette proposition d’« année blanche » est « simple » : « On repart, pour douze mois, sur la même base des indemnités versées l’année précédente. » Au sein de La République en marche (LRM), on reconnaît que le calcul des 507 heures est « un sujet ». « On ne sait pas quand et comment le secteur culturel pourra reprendre. Il y a un besoin de clarification sur l’effet de la neutralisation de la période de confinement. L’idée est quand même de protéger les intermittents », reconnaît la députée LRM de la Seine-Saint-Denis, Sylvie Charrière. « Une remise des compteurs à zéro » Pour les pétitionnaires, le mécanisme d’« année blanche » « est en quelque sorte une remise des compteurs à zéro ». Cela revient à faire comme si l’année 2020 n’avait pas existé. L’Unédic serait alors appelée à prendre comme référence l’exercice 2019 pour permettre à chacun de reprendre son souffle. « Cette solution a le mérite d’être simple, claire et relativement peu onéreuse, la plupart des intermittents auraient, en effet, dans des circonstances normales, reconstitué leurs droits comme ils le font habituellement », indique la lettre ouverte. Si rien n’est fait, « cela reviendrait à ce que l’assurance-chômage fasse des économies sur le dos des intermittents », affirme Denis Gravouil. Samuel Churin, comédien : « Tous les spectacles reportés du fait du confinement vont boucher l’entrée aux nouvelles créations pendant près d’une saison » A Franck Riester, qui ne cesse de répéter qu’« il n’y aura pas de trous dans la raquette », les pétitionnaires font valoir que la recommandation d’une « année blanche » lui permettrait « de réduire les coûts financiers en gestion humaine et financière, de ne pas empiler les calculs compliqués et de ne pas multiplier les solutions imprécises ». Se souvenant avoir « vendu 78 dates de représentations » lors de son dernier Festival d’Avignon, Samuel Churin redoute une « déflagration » dans le domaine du spectacle vivant. « Tous les spectacles reportés du fait du confinement vont boucher l’entrée aux nouvelles créations pendant près d’une saison », prévient-il. Devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, le ministre s’est dit « conscient du drame vécu », tout en reconnaissant qu’en attente de la doctrine nationale en matière de règles sanitaires, il n’avait pas « les réponses à toutes les questions ». Un fonds exceptionnel de solidarité « Le plus dur va être de convaincre Bercy et la ministre du travail, Muriel Pénicaud », redoute Denis Gravouil. « Sur ce coup-là, Franck Riester a une carte politique à jouer. Il sera celui qui sauve le système… ou qui l’enterre », résume Samuel Churin. Le comédien rappelle qu’en 2004, Renaud Donnedieu de Vabres, l’un de ses prédécesseurs rue de Valois, avait sauvé le système de l’intermittence sans attendre l’arbitrage de Bercy. « Il devrait l’appeler », sourit-il. Lire le récit : Netflix lance un fonds de soutien pour les intermittents Dans un courrier adressé mercredi 22 avril à Franck Riester, les députés socialistes et apparentés de la commission des affaires culturelles demandent un fonds exceptionnel de solidarité de 300 millions d’euros pour les artistes et techniciens. « En 2004, dans une période déjà explosive pour les intermittents du spectacle, un fonds similaire avait été mis en place pour douze mois et avait ainsi permis de sauver de la déroute la majorité des artistes », soulignent-ils. Pour l’heure, le fonds d’urgence est de 22 millions d’euros. « On est loin du compte et je ne suis pas très optimiste, glisse Michèle Victory. Pourtant, on ne peut pas à la fois dire que la culture est essentielle et ne pas mettre les moyens pour la sauvegarder. » Lire le focus : Disney joue un tour infernal à ses intermittents du spectacle Sandrine Blanchard Légende photo : De nombreux festivals d’été ont été annulés à cause de la crise sanitaire due au Covid-19 (ici, la scène du Théâtre de la mer dans le cadre du festival Jazz à Sète, en juillet 2018). GUILLAUME BONNEFONT/IP3
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Le spectateur de Belleville
April 27, 2020 8:28 AM
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Publié le 24/04/2020 • Par Hélène Girard pour la Gazette des Communes une interview de Cécile Le Vaguerèse Marie et Frédéric Maurin, présidents du SNSP.
Cette interview accessible aux abonnés est reproduite ci-dessous avec l’aimable autorisation de la Gazette des Communes. 27/04/2020 Interview des Présidents du SNSP (Syndicat National des Scènes Publiques) dans la Gazette des Communes : “Déconfinement : N’abandonnez pas le service public de la culture !”
Paralysé depuis le début du confinement, le spectacle vivant attend avec impatience la réouverture des équipements culturels. Mais aussi avec inquiétude. Entretien avec Cécile Le Vaguerèse Marie et Frédéric Maurin, co-présidents du Syndicat national des scènes publiques (SNSP).
Traditionnellement, le Festival d’Avignon a une fonction de place de marché pour les responsables de scènes. Quel sera pour eux l’impact de son annulation ?
Cécile Le Vaguerèse Marie : Pour les professionnels qui, comme moi, sont en Ile-de-France (1), Avignon n’est pas vraiment déterminant pour la découverte de spectacles et d’artistes. Car, nous avons beaucoup d’occasions de voir des spectacles tout au long de la saison.
En revanche, l’annulation du Festival d’Avignon va nous priver des rencontres professionnelles qui se déroulent parallèlement. Cela va nous manquer, comme les échanges et la réflexion avec les élus rencontrés sur place.
Frédéric Maurin : Pour les professionnels en région (2), c’est différent. Les plus touchés seront les directeurs de petites et moyennes structures, car ils font les trois quarts de leur programmation en se payant dix jours de festival « off » d’Avignon. Ils engrangent ainsi un réservoir d’œuvres à programmer. Cette situation tient au fait qu’ils travaillent dans des structures en régie publique, qui ne leur paient pas le déplacement et ne leur dégagent pas d’horaires pour aller voir des spectacles en cours d’année. C’est souvent le cas dans les villes jusqu’à 10 ou 15 000 habitants.
Pour ce qui est des directeurs de scènes labellisées et conventionnées, c’est surtout le « in » qui va leur manquer. Car, outre le fait qu’il s’agit d’œuvres qu’ils pourront éventuellement accueillir, le « in » constitue pour eux un moment de formation continue : il est indispensable de s’imprégner des courants esthétiques actuels, et des propos politiques, sociétaux, philosophiques portés par les auteurs. De plus, c’est une fenêtre sur l’international. Et puis, c’est vrai, il y a toutes ces rencontres professionnelles formelles et informelles, qui font sens dans notre métier et constituent une émulation collective, et dont nous allons être privées.
CLM : L’impact sera également fort pour l’exposition des compagnies que les régions promeuvent au festival d’Avignon : pour ces équipes artistiques c’est un espace de visibilité.
Comment voyez-vous la rentrée de l’automne ?
CLM : D’abord, nous ne savons pas quand nous pourrons retourner dans nos équipements. Lorsque cela sera possible, la question du public sera prioritaire. Il faudra aussi rassembler nos équipes, qui ne se seront pas vues pendant plusieurs mois.
A mon avis, le public sera saturé par les écrans. Il voudra retrouver du vivant, refaire l’expérience du lien social, de se sentir dans le cercle des vivants. Or nos lieux sont des endroits où l’on vit cela.
FM : A la rentrée, le spectacle ne sera sans doute pas la priorité de nos publics. Certains verront leur pouvoir d’achat amputé ; d’autre auront malheureusement perdu leur emploi. Il faudra aussi compter avec tous ceux qui auront découvert d’autres modes de vie, d’autres pratiques culturelles, notamment sur écran. Il y a beaucoup d’interrogations sur l’impact du confinement, tant sur le plan culturel qu’économique.
Nos « aficionados » reviendront, cela ne fait pas de doute. Mais en ce qui concerne ceux qui fréquentent nos équipements de façon irrégulière, nous ne savons pas trop. Pour que le public revienne en nombre, nous devrons continuer d’inscrire les arts et la culture dans les politiques publiques comme une mission essentielle au pacte républicain. C’est ainsi que nos équipements pourront être l’un des moteurs de la relance de la culture.
Il y aura bien sûr besoin d’injecter de l’argent dans notre secteur, mais nous aurons aussi besoin que nos élus considèrent les pratiques culturelles comme quelque chose de fondamental. Nous leur disons « n’abandonnez pas le service public des arts et de la culture, car il est constitutif du redressement du pays qu’il va falloir opérer ! »
Sentez-vous les élus attentifs aux besoins des acteurs culturels ?
FM : Les élus ont d’abord prôné la solidarité avec les acteurs culturels. Mais, dans un deuxième temps, des DGS et DGA ont pris la main pour appeler les directeurs de scène à la prudence dans leurs prévisions budgétaires de la saison 2020-2021, leur laissant entendre qu’il y aura des baisses de crédits.
Ce coup de frein, que nous envisagions pour le prochain budget, arrivera dès le dernier trimestre de 2020, ce qui aura un impact sur notre début de saison 2021. Cela nous pose un gros problème, étant donné que, pour beaucoup d’entre nous, notre prochaine saison est quasiment, voire totalement engagée.
Que demandez-vous pour la culture ?
FM : Nous avons conscience que le budget 2021 de la Nation et ceux des collectivités ne seront pas ceux de 2020. Dans ce contexte, nous craignons que la culture devienne plus que jamais une variable d’ajustement. Nous voulons nous inscrire dans la solidarité nationale. Nous savons que dans notre secteur, il y a aura des efforts à faire collectivement. Mais, nous devrons les faire au même niveau que les autres secteurs, ni plus ni moins.
Cet effort devra faire l’objet d’un dialogue entre les collectivités et les professionnels. Il ne s’agit pas que le renouvellement des élus, doublé de la crise sanitaire, soit l’occasion de liquider des projets culturels exigeants au bénéfice du divertissement commercial.
Avez-vous pu chiffrer les pertes financières dans le secteur public du spectacle vivant ?
CLM : Non, c’est beaucoup trop tôt. L’Usep-SV [Union syndicale des employeurs du secteur public du spectacle vivant (3) ndlr] a réalisé en lien avec le ministère de la Culture un questionnaire pour procéder à cette évaluation. Il a été mis en ligne le 10 avril.
L’exercice est compliqué, car nous ne savons pas combien de temps nos établissements vont rester fermés. Le questionnaire porte donc sur la temporalité d’un mois. Ce qui nous donnera déjà une image préalable de l’ampleur des pertes, en recettes de billetterie, en cessions artistiques etc.
Ces données sont déterminantes pour l’accès au fonds de soutien de l’Etat et aux dispositifs d’aide des régions. Il faut bien évidemment que la notion de déficit apparaisse dans les comptes des équipements.
FM : Il ne faudrait pas qu’il y ait un effet d’aubaine au bénéfice de certains équipements, alors que leur marge d’exploitation est supérieure à celle de l’an passé. En fin d’exercice il y aura des contrôles faits par les collectivités de tutelle, l’Etat et les commissaires aux comptes. Nous demandons aux directeurs et directrices d’équipements d’être responsables et de s’inscrire dans le cadre de la solidarité nationale. En tant qu’organisation professionnelle, nous serons au côté du ministère pour accompagner nos adhérents dans l’évaluation de la situation et la reconstruction du secteur.
(1) Cécile Le Vaguerèse Marie dirige le Théâtre de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), Scène conventionnée d’intérêt national Art & Création – pour la diversité linguistique
(2) Frédéric Maurin dirige L’Hectare à Vendôme (Loir-et-Cher), Scène conventionnée et Pôle régional pour les arts de la marionnette et le théâtre d’objet
(3) qui regroupe le Syndicat national des scènes publiques, le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles, Les Forces musicales et le Profedim (Syndicat professionnel des Producteurs, Festivals, Ensembles, Diffuseurs Indépendants de Musique Entreprises du champ du secteur du spectacle vivant public)
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Le spectateur de Belleville
April 26, 2020 2:13 PM
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Au spectacle pendant le confinement : liste de captations de spectacles et de films à voir en ligne (sélection par Alain Neddam)
Note : Ces liens sont parfois devenus inactifs, car le propriétaire des droits l’a mis en accès libre pour une durée limitée seulement A voir sans attendre, car le délai de mise en ligne est bientôt écoulé : 26 avril : « LES CHATOUILLES OU LA DANSE DE LA COLERE » de et par Andréa Bescond - Captation au Théâtre Antoine - 2019 - 1h42 (pour une semaine seulement) https://vimeo.com/337771407 26 avril : Bonus du DVD « Les Naufragés du fol espoir » : Ariane Mnouchkine dirige les enfants sur le tournage, un documentaire du making-of du film (2013 - 10mn) https://vimeo.com/411010548 10 avril : WATCHINGPEOPLEWATCHINGTHREECOLLECTIVE… une performance de danse au MoMA à New York par Boris Charmatz et filmée par César Vayssié : https://vimeo.com/403670891 8 avril : ARIANE MNOUCHKINE, L'AVENTURE DU THÉÂTRE DU SOLEIL (2009 - 1h15) Un documentaire de Catherine Vilpoux https://vimeo.com/404958036 8 avril : TRAKL SEBASTOPOL, un film d’Alexandre Barry d’après le dernier spectacle de Claude Régy « Rêve et folie », avec Yann Boudaud et Claude Régy (2018 - 54 mn) https://vimeo.com/404924668 4 avril : Film de danse " Où chaque souffle danse dans nos mémoires" Chorégraphie Thomas Lebrun filmé à l’Abbaye du Mont Saint-Michel https://vimeo.com/275781241 3 avril : "LE PAYS LOINTAIN (un arrangement)" d'après Jean-Luc Lagarce mis en scène par Christophe Rauck - 2018 Théâtre du Nord Mot de passe : cdipayslointain (en minuscule cette fois) https://vimeo.com/297297711 30 mars : LES PALMIERS SAUVAGES, d’après W. Faulkner, adaptation et mise en scène Séverine Chavrier (création en 2014, captation en 2018 : https://vimeo.com/261655328 17 mars : Conférence des choses, Pierre Mifsud, et François Gremaud www.2bcompany.ch Théâtre Théâtre Musique baroque Cirque Un tutoriel par Anna Teresa de Keersmaeker pour faire dans son salon, son propre Remix de « Rosas » : https://www.rosas.be/en/news/814-dance-in-times-of-isolation?fbclid=IwAR3gAaePnxQozJimjGK-ip2J3Pfr_wp0fTgPpCu-50C-cvU1f7_AqeGqFxE Isabella’s room (la Chambre d'Isabella), par la NeedCompany Jan Lauwers v.o anglaise: https://vimeo.com/40971338 Oui, ça fait beaucoup, mais au moins on a le choix !
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Le spectateur de Belleville
April 24, 2020 5:01 PM
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Texte publié par Laurent Brethome dans l'Oeil d'Olivier 24 avril 2020 Même s’il pleut l’été sera chaud, Dans les tee-shirts dans les maillots, Dans quel été, Je vais plonger ? J’peux plus rester, Dans mes souliers, Je vais marcher, Sur les galets Où vais-je aller ?
ERIC CHARDEN Cette chanson de Charden en 1979 résonnait dans ma tête depuis quelque temps déjà.
Précisément depuis que les vapeurs d’une soirée de nouvel an bien arrosé me faisaient doucement ouvrir les paupières sur une nouvelle année qui s’annonçait dense, riche et pleine d’espoir.
Elle accompagnait au cœur de l’hiver la réalité d’un été à venir avec ma compagnie où une de nos créations passées s’apprêtait à partir en tournée dans six festivals ; la certitude d’une invitation à créer un nouveau spectacle dans un autre festival au sein duquel le rêve de créer était chevillé au cœur depuis des années ; la poursuite d’un festival que je codirige depuis dix ans, à mener et à faire évoluer dans la sécurité d’une structuration logistique financière et administrative solide, propice aux plus grandes folies artistiques. La température extérieure de ce mois de janvier flirtait avec le zéro, le soleil était chaud, et au loin, mais alors vraiment très loin, nous entendions la vague rumeur d’un nouveau virus que les chinois avaient eu la bonne idée d’inventer en mangeant encore un truc qu’on n’oserait même pas domestiquer. On s’activait dans tous les sens au bureau de la compagnie pour mener à bien les tournées des spectacles, monter les productions des créations à venir, chercher des agendas qui déroulent la saison de 2021 et 2022 pour commencer à remplir les cases d’un calendrier qui présageait espoir et soleil dans les cœurs pour encore longtemps.
Je continuais le train-train peu sédentaire d’une vie entre ma famille, les trains, les hôtels, les avions, les salles de répétitions, la joie des rencontres avec des public de tous horizons, le téléphone greffé à l’oreille, la vapote au bec et l’envie folle de continuer à « dire le monde » sous la forme la plus évidente à mes yeux depuis près de quinze ans. Février pointait le bout de son nez et je laissais disparaitre dans ma main les premiers flocons de neige qui en fondant laissaient au cœur de ma paume le tatouage à l’encre éphémère d’une mauvaise blague carambar dont les mots pandémie, virus et confinement raisonnaient comme de vraies galéjades de potaches inconscients. Alerté par mon administrateur de longue date, sorte de vieux maître Yoda à trois ans de la retraite, qui au contact de notre jeunesse presque passée de vieux trentenaires nous apparait toujours être comme un oiseau au large sentant le vent tourner et annonçant la tempête, je n’arrivais pourtant pas à me résoudre à ce futur qui n’appellerait aucun printemps ni aucun été.
Début Mars…Scène Nationale du Mans. Ce matin alors que je m’apprête à jouer quatre fois Dom juan en trois jours je décide de passer voir la directrice qui est un soutien précieux de longue date de mon travail. Pour la première fois depuis dix ans elle refuse de me saluer. Pas une bise, pas une poignée de main… La distance est déjà en place… Peur et précaution sont de mise… Je m’empresse d’accepter cette nouvelle règle du jeu. Incrédule et un peu circonspect… Quelques heures plus tard, c’est en scène et devant 600 personnes que je serre à pleins bras dans un déluge de postillons et de larmes ma Done Elvire au cœur d’un premier acte ou poésie et passion s’expriment dans la normalité d’un monde que j’ai toujours connue. Celui d’un plateau, catharsis volontaire de ma nécessité d’être et d’une salle réceptacle par son écoute d’un engagement citoyen et politique.
C’était le monde d’avant et nous ne le savions pas.
C’était le monde que nous avions créé et qui bientôt allait vaciller. Le 12 Mars à 19h55 je décidais de faire une pause pendant le cours que je donnais au Conservatoire de la Roche sur Yon. Pause nécessaire car les élèves voulaient entendre l’allocution de notre Président. Je suis seul dans la salle de théâtre. A 20h09 j’entends des cris de désespoir devant la salle. Je ne bouge pas. J’ai compris. Des élèves entrent les yeux embués… plus de cours au lycée…ils ont compris…c’est également la suspension des cours au Conservatoire. Donc plus de pratique théâtrale. Je leur dis que ce n’est pas grave. Que c’est temporaire. Au fond de moi je comprends. Je pressens. Le monde. Le nouveau monde s’ouvre.
Alors dans les jours qui suivent j’attends « la réponse politique ». Je me confine, je regarde ma fille de 21 mois dans les yeux et je lui explique que papa va enfin pouvoir passer du temps avec elle et là regarder grandir. Que je vais travailler à la maison et que je n’aurai plus à la regarder dormir à 5 heures du matin en allant courir derrière un train ni à venir la contempler dans les étoiles de ses rêves, passé minuit, quand je rentre d’avoir joué je ne sais où… je lui dis, je me dis que c’est une occasion formidable d’être ensemble, qu’il n’y a que du positif à en retirer… et secrètement j’attends la « réponse politique » à tout ce merdier… Et je scrute l’horizon de nos créations. Je me décide à télétravailler en donnant des cours de théâtre par Messenger ou Zoom, je multiplie les réunions avec l’équipe du bureau de la compagnie, je prends les devants pour annuler les rendez-vous prévus pour aller chercher des co-productions ou des résidences avec des directrices ou des directeurs, je m’inquiète du bien être des artistes qui vivent des productions de la compagnie, de ce qu’elles/ils vont devenir, de comment elles/ils vont payer le loyer ou les couches de leur enfant…
Le 11 Avril je comprends qu’il n’y a plus rien à attendre d’une « réponse politique ». Faute d’une réplique politique claire et d’une certitude scientifique commune, je vois naître le grand bordel d’un monde en déraison. La nouvelle société est là sous nos yeux, à portée de main avec distance sanitaire. Il va nous falloir nous réinventer. Et savoir répondre artistiquement à cette pandémie mondiale. Je dis « artistiquement » car il n’y a que ça que sache faire. Je ne suis ni un manuel ni un intellectuel. Je suis un instinctif qui fonctionne par vision. Et ces intuitions j’ai toujours su les mettre en scène, en jeu(x) et en pratique. Contrairement à d’autres, je ne sais que créer, sans masque, sans calcul, avec mes défauts, mon manque de références et de savoir être. Je ne sais que concevoir avec l’honnêteté de vouloir défendre des textes et l’amour fou que j’ai des acteurs et des actrices.
Je n’aurais pas survécu ni au premier chapitre du Ridicule de Patrice Leconte ni à la première année du Loup de Wall Street de Martin Scorcese. Alors mon film à moi, j’ai très tôt décidé de l’écrire et de ne pas attendre que l’on m’invite dans la fiction d’un autre. Ma famille théâtrale n’est pas aux commandes ni au cœur des réseaux, elle s’écrit depuis plus d’une décennie à la marge de ce qui fait bander Paris. Je suis un plouc de Province heureux et fier de l’être. Je n’oppose pas notre verte campagne, nos bleus rivages et notre polluée capitale. Je peux juste témoigner de la difficulté de faire se déplacer l’exécutif hors du périphérique.
Alors je travaille déjà à un mois de Mai ou je vais devoir nous réinventer pour les mois à venir. Ou nous allons devoir prendre patience sans être attentistes. Où nous allons devoir composer, comme on l’a toujours fait, des méthodes nouvelles pour faire entendre notre parole et en vivre. Où les 80 dates de tournée prévues initialement jusqu’à la prochaine fête du nouvel an vont sûrement s’annuler les unes après les autres. Où il m’importera en premier lieu de me battre pour les artistes et les technicien.ne.s qui portaient la parole de notre nécessité poétique.
Et maintenant en ouvrant les paupières sur un nouveau jour, résonnent dans ma tête comme au lendemain d’une soirée de nouvel an bien arrosé, les paroles d’une chanson de 1988 de Gérard Blanc… Et ça c’est une autre histoire…la nouvelle…celle qui est à écrire…et à laquelle il va falloir répondre… ARTISTIQUEMENT.
Une autre histoire… Quelque chose de neuf a tout changé. Quelque chose et ça m’ fait avancer.
On oublie tout, tous les barrages Qui nous empêchait d’exister Quelque chose de neuf a tout changé Quelque chose et ça m’ fait avancer Je n’sais pas comment ça s’est passé Et on démarre une autre histoire Mais ça c’est une autre histoire.
GÉRARD BLANC Laurent Brethome, comédien et metteur en scène Dom Juan de Molière
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Le spectateur de Belleville
April 22, 2020 7:06 AM
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Lettre ouverte du metteur en scène allemand Matthias Langhoff, publiée par Jean-Pierre Thibaudat sur son blog Balagan - 20 avril 2020 Le grand metteur en scène Matthias Langhoff m’a adressé copie d’une lettre destinée à Nicolas Royer, le nouveau directeur de l’Espace des Arts, Scène nationale Chalon-sur-Saône. Cette lettre brasse bien des données et regarde vers l’avenir : qu’en sera t-il du « spectacle vivant » au sortir du confinement ? Il m’a semblé important que mon blog - voué à la vie théâtrale -relaie cette lettre.
Mon cher Nico,
Quand tu m’as montré en février ton nouveau foyer, l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône, une des dernières «Maisons de la Culture» construite selon la conception de Malraux - tu étais fier de la réussite des travaux de rénovation, des nombreuses scènes, des autres espaces susceptibles d’accueillir du public, des surfaces d’exposition - je t’ai demandé si tu avais aussi suffisamment d’argent pour faire vivre cette maison. «Bien sûr que non», m’as-tu répondu avec un sourire triste. J’ai senti la colère monter en moi. Le cadavre de Malraux a été enterré au Panthéon et avec lui, semble-t-il, sa grande idée, une vie culturelle pour tous. Il n’avait pas peur de l’idée d’une «politique culturelle» et y voyait, soutenu par de Gaulle, une des tâches centrales d’un gouvernement français. La «Maison de la Culture» de Chalon, qui à vrai dire avait été pensée pour Dijon, mais n’avait pas reçu l’approbation du maire-chanoine et inventeur d’apéritifs Félix Kir qui y voyait une «idée communiste», est un exemple judicieux pour juger de la politique culturelle actuelle qui n’a rien de commun avec l’héritage de Malraux. Car la politique qu’on pratique aujourd’hui, sans conscience et fondée sur des impératifs économiques, mène aussi à une politique anticulturelle. La rénovation généreuse du bâtiment et ici, pour une fois, réussie, ce qui n’arrive pas si souvent, accroît sa valeur immobilière pour son propriétaire, indépendamment des revenus liés à son utilisation. Le propriétaire attend néanmoins de ces revenus qu’ils soient les plus hauts possibles pour des coûts de production réduits. C’est cette règle du jeu qu’on appelle «liberté artistique» : elle repose sur le postulat que le robinet puisse aussi être définitivement fermé. Pour l’Etat français actuel, la politique culturelle, c’est du sponsoring, pas une artère vitale à la nation et à sa population.
Après t’avoir promis d’écrire quelque chose sur un possible usage de «l’Espace des Arts» au sens de Malraux et sur le mépris de cet héritage par les gens chargés aujourd’hui d’en administrer la succession, l’envie m’est passée d’écrire en pensant que mes destinataires, dans tout ce qu’on peut coucher sur le papier, ne cherchent que les chiffres et surtout les chiffres derrière lesquels il y a le signe €. Car c’est bien ainsi que se comprend le diktat de la liberté artistique. Et puis notre façon de produire et de consumer, bien trop négligente, ainsi qu’une démocratie qui n’est qu’obligation à l’enrichissement matériel, nous ont fait cadeau du CORONA VIRUS COVID-19, dont nous ne pouvons pas encore évaluer les conséquences, mais elles seront énormes. Je ne fais pas partie de ceux qui croient qu’après la crise, une reconstruction grandiose, avec masques sur le visage - la Burka peut se vanter d’avoir été là un précurseur - arrangera tout et mieux qu’avant. Je fais partie de ceux qui sont convaincus qu’une transformation radicale de notre vie est nécessaire pour sortir, sur le long terme, de cette situation misérable. Le capitalisme dans sa forme libérale a fait son temps. Il n’en ira pas ainsi de l’élimination du capitalisme; il ne peut mourir que de lui-même, pour ainsi dire de mort naturelle. Justice, profit, morale, progrès, culture : autant de notions qu’il nous faut évaluer et manier de façon nouvelle. En ce qui concerne le théâtre, je ne crois pas être trop grand pessimiste quand je suppose que les scènes ne seront plus accessibles à un public de masse jusqu’à la fin de cette année. Si elles étaient rendues accessibles, on peut se demander pour combien de spectateurs, et à quelle distance les uns des autres, cette ouverture resterait justifiable économiquement. La question se pose aussi de qui fréquentera encore les théâtres si cette fréquentation est liée à des risques pour la santé. La disparition de ce qu’on appelait administrativement jadis «spectacle vivant» signifie une catastrophe économique pour un nombre monstrueux de gens, et pour longtemps. Je ne parle pas seulement des artistes, mais des techniciens, des constructeurs de décors, des couturières, du personnel des entreprises de nettoyage et de beaucoup d’autres. Parce que tous ces salariés sont chez nous, à une écrasante majorité, des salariés indépendants ou précaires, ils ne sont pas syndiqués et sont sans filet de sécurité. Pourtant il y a bien dans cette crise, que nous appelons encore «crise du Corona» au lieu de l’appeler crise du système, une opportunité. Qu’il ne puisse y avoir de représentations publiques ne signifie pas qu’on ne puisse produire dans les lieux de représentations - la seule chose qui s’y oppose, pour l’industrie culturelle publique, c’est le virus AVP (Achat-Vente-Profit). On dit que toutes les mesures prises en ce moment le sont surtout pour protéger les gens âgés, dont je fais partie, car ils seraient les plus menacées par le virus. C’est grotesque, mais nous les vieux serons au contraire les moins touchés par les conséquences de la crise. Nous, ou moi, vivons de petites retraites et avons été depuis longtemps exclus du processus productif. C’est pourquoi je sens qu’il est de mon devoir de dispenser des conseils. Aujourd’hui les artistes qui dirigent les théâtres ne sont plus des hommes d’Etat, plutôt des propriétaires à durée déterminée, alors les retraités, je pense, peuvent se conduire à nouveau comme des hommes d’Etat. Taper sur les nerfs de tout le monde avec leurs discours est le mieux qu’ils puissent faire. Mais assez de justifications. J’écris pour demander à l’Etat un programme d’aide d’urgence jusqu’à fin de la saison 2020-21, à effet immédiat et sous conditions précises. A savoir un programme qui mise sur un travail culturel subventionné et même payé par l’Etat, et non sur sa vente. Quand, dans ce qui suit, je parle de théâtre, je suis bien conscient que ces réflexions concernent tous les arts qu’on rassemble sous le terme «spectacle vivant». Je dis théâtre parce que c’était et c’est toujours mon espace de travail. Ce programme d’aide d’urgence devrait soutenir des essais (Versuche), c’est-à-dire des expérimentations, pour inciter l’art théâtral à développer une autre relation à son public et à son environnement. Je pense à des tentatives d’utiliser le théâtre pour des recherches scientifiques ou sociales ou dans le domaine de l’action sociale. Par exemple, jouer des tragédies grecques en cuisinant un repas pour des personnes démunies, avec le partage de la nourriture que cela implique. Le tout serait filmé comme contribution à l’art culinaire. Peut-être que des criminologues pourraient aussi utiliser le théâtre pour remettre d’aplomb la justice ? En développant des formes ambulantes, on pourrait apporter le grand art dans les endroits les plus reculés. Je pense au travail pionnier de François Chattot et de sa compagnie Service Public, à son camion d’alimentation transformé en théâtre. Le camion s’arrêtait dans les plus petits villages et y restait plusieurs jours. L’entrée était gratuite ; les costumes, les accessoires et les bancs pour les spectateurs pouvaient être transportés dans le camion. On ne jouait pas tous les jours. Il y avait des représentations pour les enfants. Et des soirs où les villageois prenaient part au jeu. Quand la merveilleuse administratrice de compagnies, Véronique Appel, s’est lancée à l’assaut de nouveaux rivages et a appris un métier de rêve pour un artiste, la boulangerie, il lui a fallu faire cette expérience : une femme au-dessus de cinquante ans en France ne trouve pas de travail dans un nouveau métier. Chattot a alors proposé d’acheter un four pour son camion et d’aller avec Véronique dans les villages qui n’ont plus de boulangerie. Comme le pain de Véronique aurait été un geste artistique, il n’aurait pas eu de prix de vente et aurait donc pu être cuit en respectant les traditions et être de la meilleure qualité possible. C’était un pas pour se réapproprier la culture. Le pas ne s’est pas fait, le ministère a refusé la subvention. Une autre direction possible, ce sont les essais qui visent, à partir du théâtre, à se tourner vers la caméra. Je ne parle pas des captations de spectacles et de leur façon de tout aplatir ou de détruire le travail, mais d’un autre langage formel, d’un ciné-théâtre. Capable de délivrer les images du carcan de l’authenticité et de leur accorder plus de profondeur spirituelle. On trouve des exemples de ce que je veux dire, de façon impressionnante, dans le Casanova de Fellini. Ce film est du pur théâtre, dont l’espace devient image de cinéma. Fellini a construit sa scène dans les studios de Cinecittà à Rome. La mer de plastique fouettée par les vents que Donald Sutherland traverse avec la dernière énergie est une séquence inoubliable qui utilise la tradition et les techniques du décor de théâtre. Fellini montre dans ce film, plus que tous les festivals, Avignon inclus, le plaisir que peut procurer le théâtre. Le Ministère de la Culture pourrait aménager un endroit sur les réseaux où montrer toutes les activités qu’il subventionnerait et demanderait aux artistes, autant qu’elles seraient filmées. Ainsi le public serait sans cesse informé de ce pour quoi on dépense son argent. Pendant cette crise du Corona, nous sommes obligés de vivre devant des écrans de télévision ou d’ordinateur. Je me rends compte avec surprise du peu de matériel nécessaire (la caméra d’un ordinateur personnel paraît suffire) pour réunir des gens devant un écran. Qu’ils forment un public ou un cercle de discussion. A la fin des années vingt du siècle passé commença le règne de la radio. L’appareil au début ne suffisait pas, l’abonné devait aussi s’abonner à la station émettrice. Le jeune Brecht fit des essais, des expériences, avec cette nouvelle technique. Il écrivit une série de pièces chorales appelées «pièces didactiques» (Lehrstücke), qui, par un jeu en commun, devaient amener professionnels du théâtre et public à un apprentissage mutuel, à une expérience commune. Ces pièces étaient construites selon le schéma de la tragédie grecque dont la fréquentation dans l’antiquité était devoir de citoyen. Dans la proposition de Brecht pour la radio, les comédiens professionnels devaient travailler un morceau du texte sans le chœur comme s’il s’agissait d’une pièce radiophonique, et les textes du chœur, sans le reste, devaient être envoyés aux abonnés de la station, si bien que le soir du direct, les comédiens disaient leur texte devant le micro, et les auditeurs chez eux pouvaient dire les textes des chœurs juste au bon moment, quand les comédiens s’interrompaient. C’était une idée pour délivrer l’auditeur de son état de simple consommateur. Comme il n’y avait pas encore beaucoup de gens qui avaient un appareil radio, on invitait des amis et des connaissances chez soi le temps de l’émission. Ainsi se créaient de nouvelles salles qui étaient de vrais espaces de communication au lieu que les spectateurs soient parqués dans le noir comme de braves vaches. Naturellement, une chose de ce genre n’avait aucun avenir pour un théâtre qui veut vendre des places. Je trouve moi que c’est une possibilité très intéressante pour combiner théâtre, réseaux sociaux et télévision. Ce ne sont que des propositions faites à la va vite pour montrer qu’on peut trouver dans cette crise quelque opportunité pour rénover l’art théâtral. Nous pouvons nous estimer heureux d’avoir les «Maisons de la Culture» de Malraux comme ton Espace des Arts. Ce sont des bâtiments qui disposent de plusieurs espaces pour le travail artistique, très différents les uns des autres, tous bien équipés techniquement, et qui peuvent accueillir les groupes les plus divers, les couches de la population les plus variées. Et même pour les temps à venir, quand il y aura de nouveau du théâtre avec un public, mais justement de façon différente, avec forcément d’autres chiffres de fréquentation, des maisons comme la tienne seront plus faciles à transformer pour de nouvelles formes et de nouveaux besoins. Les grandes institutions qui disposent en première ligne d’une énorme salle et de peu d’autres espaces sont infiniment plus difficiles à utiliser et à transformer. Quelqu’un qui comme moi connaît l’amphithéâtre d’Epidaure sait combien il serait agréable d’enlever les sièges de la grande salle de l’Espace des Arts et, à condition d’obtenir un bon coussin, de s’assoir sur les marches restantes. On pourrait y faire entrer facilement les fauteuils roulants et pour les gens dans mon genre qui souffrent d’arthrose, ajouter une chaise ne dérangerait personne. Entre 50 et 100 spectateurs pour une soirée théâtrale me paraît le bon chiffre pour en faire une véritable expérience artistique. La nouvelle Philharmonie à Paris avec ses 2400 ou 3600 places assises n’est pas seulement un bâtiment de prestige d’une laideur rare qui a coûté un prix exorbitant, lui aussi assez rare, mais exige du corps d’un mélomane plus qu’il ne peut supporter. Cette architecture affreuse, pseudo-moderne, n’a rien à voir avec une nouvelle façon de faire une expérience musicale, mais a tout à voir avec la masse énorme de places qu’ils ont à vendre. Le mal aux genoux qu’on éprouve à cause de ces rangées de fauteuils pressées les unes contre les autres démolit une symphonie de Brahms plus durablement encore que l’Orchestre de Paris. Même après le Corona, j’espère qu’on donnera son congé à de telles destructions de la culture. J’ai bon espoir, justement maintenant, moi qui suis un homme âgé, vivant seul, qui souffre amèrement comme tout le monde de l’emprisonnement qu’on a ordonné pour me protéger, que cette souffrance conduira à une grand bouleversement dans tous les domaines de la vie. Que la culture et les arts qui en font partie ne se laisseront plus dicter leur conduite «par ces messieurs rapides des cartels», mais reprendront le chemin vers l’idéal dont avaient rêvé des femmes et des hommes comme Malraux. Une culture pour toutes et tous, c’est-à-dire aussi pour celles et ceux qui travaillent en elle. Une salle de concert pour plus de 3000 spectateurs est l’ennemie de la culture, dans tous les sens qu’on peut donner à cette formulation. La culture ne dépend pas d’événements pour exister, elle naît de la participation de chacun et du travail. Pour la vie culturelle d’un lieu, la durée d’une offre culturelle joue un rôle important. 3000 spectateurs à un concert qui a lieu un seul soir, ce n’est pas la même chose que 3000 spectateurs sur dix soirées. Pour les spectateurs, c’est l’évidence : ce n’est pas pour rien que les aristocrates allaient chercher la musique pour en jouir dans le confort de leurs châteaux. Que signifie pour des musiciens travailler un morceau de musique, que ce soit une création ou une œuvre du répertoire, pour une seule représentation ? C’est une vacherie, et pas seulement sur le plan financier ; ils sont aussi trompés dans leur sentiment de vivre de leur travail. Je sais que je parle d’argent ; que mes propositions pour la production théâtrale, par l’investissement et le temps de travail qu’elles exigent, provoquent des coûts plus élevés que ce qui est concédé aujourd’hui à l’art théâtral, et en plus, dans l’espoir d’une baisse du prix de vente jusqu’à un niveau insignifiant. Ce qui, indépendamment de tout ce que je propose ici, ne serait que justice. L’Etat ne possède pas d’autre argent que celui qu’il gagne sur notre travail au travers des impôts. C’est avec cet argent qu’il subventionne la culture qui est à notre disposition. Il est difficilement concevable qu’on doive encore lui payer quelque chose pour ce service : montrer notre richesse personnelle en biens culturels. Ce serait bien si les politiciens comprenaient qu’une image ou une représentation théâtrale peuvent devenir une marchandise, mais pas la culture. Lire Malraux ou participer à la vie culturelle pourrait les y aider. Bien sûr, il faut que le système de répartition de l’argent dans le secteur artistique subventionné soit transformé de fond en comble. Sans être égalitariste : le salaire qu’on gagne ne peut être déterminé par le marché. Le travail théâtral devrait, comme dans d’autres métiers, avoir des prix fixes qui seraient les mêmes pour tous les lieux subventionnés. Il devrait en être ainsi, pour le directeur ou la directrice comme pour l’homme ou la femme de ménage, pour les metteuses en scène comme pour les comédiens, pour les techniciennes comme pour les hommes dans les bureaux. Pour les permanents comme pour les intermittents. Le salaire minimum et les plus hauts cachets ne devraient avoir aucun rapport avec les sommes actuelles. La culture ne peut conquérir une place dans la vie générale de la société que si, dans sa façon de payer les gens, elle tient compte des besoins de cette vie. Un théâtre qui demande plus de travail et plus de temps de travail devrait être une meilleure assurance pour le revenu de chacun qu’un génie personnel dans la négociation salariale ou de bonnes relations avec les fonctionnaires du gouvernement. Il est important que la pensée propriétaire cesse au théâtre. Dans cette optique, ce serait bien d’avoir un règlement pour la direction des théâtres qui ressemblerait à celui de la Comédie Française : les artistes appelés à diriger un théâtre ne devraient pas travailler ni comme comédiens ni comme metteurs en scène dans leur propre maison. Et le poste de directeur devrait changer suffisamment souvent pour que chaque théâtre et avec lui, son personnel, reste en mouvement. Tant mieux si des artistes sont prêts à diriger un théâtre, mais pour ce qui est de la pensée et de l’organisation, ils devraient toujours rester du côté de celui qui leur donne ce travail : le public. Les metteurs en scène ne font vraiment du bon travail que lorsqu’ils exercent une stimulation ou une résistance à l’entreprise théâtrale. Quand ils font ce qu’ils veulent, ils n’obtiennent que les lauriers de la médiocrité ou deviennent précisément des vendeurs de culture et des fossoyeurs de l’art. Mais tout ça revient à cette question : jusqu’à quel point la culture et l’art sont des éléments de la richesse d’une société ? Et ce qu’un Etat veut faire et veut payer pour cette richesse. Il me faut parler de mon passé, car je suis convaincu que ma mémoire pourrait être intéressante pour les temps à venir. Je suis rentré, enfant d’une famille appauvrie qui s’était réfugiée dans une Suisse à l’époque pas encore tellement idyllique, après une pandémie terrible qui avait fait 55 millions de morts et qu’on appelait guerre mondiale, je suis rentré chez moi dans un pays détruit et occupé. Ce pays manquait de tout, sauf de producteurs de culture. Et il ne manquait pas non plus de soif de culture. La guerre avait uni dans la lutte contre la barbarie l’élite de l’art et de la culture européenne, alors qu’elle était dispersée dans le monde entier. Après la guerre, ils ont formé avec ceux sur place qui ne s’étaient pas vendus. Et ils prenaient malheureusement trop de précautions avec les artistes pro-nazis qui avaient poussé à la guerre et croyaient encore pouvoir prétendre à des places privilégiées. La misère et la soif de justice exigeaient une nourriture que seuls l’art et la culture pouvaient fournir. Certes, les vainqueurs de la guerre, déjà en lutte les uns contre les autres, tentaient, avec du beurre ou des décorations, de convaincre les producteurs de culture de se mettre à leur service ou de passer dans leur camp. Le pouvoir de l’art et de la culture, il s’agissait alors de l’utiliser. La Guerre froide a aussi été menée sur le front culturel. Là où je vivais, on mettait tous les moyens nécessaires à la disposition de l’art, et ses produits, on les rendait accessibles à tous, mais il y avait des conditions, et de plus en plus, des règlements et des interdictions. Pourtant ce groupe qui venait du combat contre la barbarie, et dont étaient issus ceux qui étaient mes modèles et mes professeurs, comme Brecht, Eisler, Anna Seghers, Wolfgang Langhoff mon père, Ernst Bloch et beaucoup d’autres, était difficile à faire plier, et ils restèrent puissants parce qu’on voulait les écouter, et à cause de leur histoire, il fallait bien le faire : c’était des gens dont on avait envie qu’ils nous servent de guides. Et ce qu’ils voulaient ou ce pour quoi ils combattaient les liait avec d’autres ailleurs dans le monde. Leurs positions fondamentales, ils les avaient exprimées avec Gide, Breton, Jean-Richard Bloch, Aldous Huxley, Robert Musil, Egon Erwin Kisch, Tristan Tzara, Hemingway et beaucoup d’autres lors des trois congrès internationaux d’écrivains pour la Défense de la Culture qu’avaient organisé Iliya Ehrenburg et André Malraux dans les Paris, Madrid et Valence des années trente. Malgré toutes les interdictions, leur héritage est devenu une richesse collective, qui certes ne remplaçait pas les bananes qu’on n’avait pas, mais c’était le genre de trésor qui peut rendre heureux pour la vie. Et après tout, c’est le bonheur qui compte. C’est sous l’influence de ces professeurs que j’ai appris mon travail d’artiste, j’ai appris d’eux qu’on peut être heureux quand on appelle une injustice injustice et qu’on donne une voix aux humiliés. A chaque interdiction, en plus de la douleur, je sentais aussi en moi plus que pouvoir, car les autorités paraissaient aussi me craindre. Et puis avec effroi j’ai vu comment la soif de culture a été refoulée grâce à une meilleure offre en marchandises. J’ai vu comment l’héritage de Brecht, Eisler, Seghers, Zweig, et aussi de mon père, a fini par n’être plus qu’un objet décoratif, un bibelot posé sur le poste de télé. Quand je vins à Paris pour la première fois en 1971, ce ne sont pas les vitrines rutilantes, pleines à craquer, qui m’impressionnèrent, mais le nombre de gens qui achetait les livres de leurs écrivains préférés, en format de poche, pas cher, chaque vendredi sur les quais de la Seine. Les rames de métro bondées, où il y avait encore une première et une seconde classe, me firent l’impression de salles de bibliothèque roulantes. Les beaux quartiers, que je connaissais à cause du roman d’Aragon, ne m’intéressaient pas, mais la vie et les disputes que je voyais éclater à la Sorbonne quand je rendais visite à mon ami Bernard Dort me plurent. La France aimait sa culture, le coq gaulois était l’oiseau de la beauté ; la culture partagée au sein de son peuple était sa grande richesse. Un jour, buvant une vigoureuse gorgée de vin avec Jack Ralite, un politicien d’une intelligence et d’une largeur d’esprit que je n’avais jamais connue jusqu’alors, je me mis à réciter un poème de Brecht pour les enfants : «Pour les poètes et les penseurs / Vient en Allemagne monsieur l’bourreau / Du soleil, lune, voient pas lueur / Mais d’la bougie de leur cachot.» Ce temps passé à Paris me détourna de l’Allemagne, de l’Est comme de l’Ouest, et m’attira en France, et je pus donc vivre ensuite le déclin de la culture française qui suivit le chemin européen commun jusqu’à la pandémie actuelle. Les conséquences de cette pandémie, comme les conséquences de la destruction de l’environnement, abîmeront sensiblement les valeurs culturelles des peuples. Elles demanderont une nouvelle orientation culturelle et la réappropriation de façons de vivre oubliées. Sans doute allons-nous bientôt devoir porter un masque pour sortir dans la rue. Ce que cela signifie pour notre vie, et donc pour notre culture, je ne veux même pas me le représenter. Ne me vient pour l’instant à l’esprit qu’une seule réponse, la pire : on s’y habituera. Et que signifie alors la phrase de Heiner Müller : «La mort est le masque de la révolution. La révolution est le masque de la mort.» C’est cauchemar de penser que les mesures prises pour lutter contre cette pandémie constituent un exercice pour l’avenir. Le déplacement du travail vers l’espace domestique par la mise en réseaux, l’approvisionnement entre les mains d’Amazon & co, la convivialité et la communication via WhatsApp, la culture et l’information réchauffées dans les tubes télévisés. La beauté de voir les rues sans automobiles et de respirer de l’air propre dans les villes ne va pas sans l’interdiction d’exprimer sa mauvaise humeur dans la rue. Ce qui était Polis ou communauté devient réseau. Cher Nico, permets moi de revenir à cette idée encore une fois : du théâtre pour cinquante, ou au maximum cent spectateurs, dispersés dans ta grande salle, bien installés, à leur aise. Pour toi sûrement une source d’effroi, pour moi, un espoir. Depuis quatre semaines, seul chez moi, je pense à ce qui me manque et pourquoi. Etrangement, bien que je n’y aille presque jamais, je pense au parc des Buttes-Chaumont qui se trouve dans mon quartier et est à présent fermé au public. Pourquoi me manque-t-il puisque je n’y vais pour ainsi dire jamais ? Il me manque parce que je sens qu’il fait partie de ma vie et que je ne peux pas imaginer vivre ici dans le dix-neuvième arrondissement de Paris sans ce parc. Mon environnement sans lui serait une sorte de prison en plein air. Un parc est un lieu idéal de rencontre avec la nature, avec d’autres êtres humains et des chiens. On n’est pas seul dans un parc, mais ce n’est pas non plus le lieu des grands rassemblements. On va se promener, on lit un livre, on prend le soleil, on fait du jogging ou on respire le parfum d’une fleur. On le traverse à la hâte parce que c’est un raccourci. Il y a des aires de jeu pour les enfants, on peut les regarder jouer - on peut aussi s’éloigner d’eux parce qu’on veut être tranquille. On s’énerve dès que quelqu’un fait du bruit. On a des pensées claires et des pensées sombres. On n’a pas besoin de masses de gens qui font la même expérience du parc que soi. On peut y faire l’expérience des relations les plus diverses à la nature, à la vie et à soi-même. On se demande pourquoi on a donné telle forme à la nature, pourquoi elle ne pousse pas comme elle veut. Si on a de la chance, le parc peut réveiller l’envie de la forêt et des grands espaces et de la mer. La visite au parc est gratuite, mais maintenir le parc en bon état dévore beaucoup de travail et d’argent. Et ça ne dérange personne, car un parc - c’est évident sans faire le moindre calcul des coûts et des profits - fait partie de notre vie, de notre richesse, et on ne peut imaginer s’en passer. Et ce n’est pas vrai que ça ne dérange personne. Les réfugiés qui viennent chez nous pour fuir la misère et la boue et auxquels il est interdit de se construire un abri dans le parc, ça les dérange. Justement c’est notre parc et j’ai honte de ce « notre parc ». Mais quand même, je rêve d’un théâtre qui appartiendrait à la vie comme un parc. Un théâtre dont ceux qui cherchent refuge auraient aussi droit de me chasser si on ne leur offre rien de mieux. Je trouve que nous pouvons beaucoup demander, mais que par notre talent il nous faut donner la preuve que nous le valons bien. Et peut-être pourra-t-on en arriver à un dialogue avec nos supérieurs où on ne parlera pas que de chiffres et d’argent. Cher Nico, je ne te salue pas comme le brave soldat Schweyk qui, au moment de prendre congé, disait toujours : «alors, on dit après la guerre à cinq heures et demie au Café du Calice». Je choisis plutôt, en guise d’adieu, une ligne d’un poème de Hölderlin qui commence par : « Viens ! Vers l’ouvert, ami !». Et plus loin dit : «Car ce n’est pas au Puissant mais à la Vie qu’appartient / Ce que nous voulons, et qui semble convenable et joyeux à la fois.» Matthias P.-S. : Je vais demander à Irène [ Bonnaud ]de vite traduire cette lettre, car j’aimerais l’envoyer à d’autres amis et ennemis : peut-être qu’à plusieurs on peut faire bouger quelque chose dans cette époque de plomb. Le premier signe printanier d’un tournant dans la pensée, je l’ai vu dans l’assurance que tout est fait pour nous protéger, nous autres les vieux. Et que la solidarité avec nous est chose acquise. C’est déjà quelque chose. Après tout, on pourrait pu aussi nous supprimer pour raisons économiques. Le slogan de toutes les dictatures, « tout pour notre jeunesse», paraît ne plus être à l’ordre du jour. Peut-être qu’à l’avenir nous autres les vieux trouverons à nouveau une place au théâtre. Notre contribution pourrait être l’expérience, et la générosité sans laquelle il n’y a pas d’art. Commentaire à cette lettre En relisant ma lettre adressée à Nicolas Royer, j'ai ressenti un vieux sentiment d'impuissance qui m’est familier. Ce qu’il y a d’imprécis et d’utopique dans mon écriture réclame des conseils afin qu’à cette pensée née d’une époque plombée soit donnée une structure, qu’elle puisse devenir guide pour une action pratique. Car l'heure qui s’écoule sur le cadran solaire, double souverain de la vie et de la mort, n'exige rien d'autre. Je sais que, de mes maîtres morts, dont j'ai toujours suivi les conseils, je n’entends plus qu’une chose désormais : « Nous avons fait de notre mieux » Ou alors : « Si tu veux en savoir plus, viens nous rejoindre ». Plutôt que de suivre ce conseil bien intentionné, je préfère repenser la tâche à laquelle ils s‘étaient attelés et qu’ils nous ont demandé de poursuivre. Brecht a formulé cette mission dans son livret d'opéra « La Décision » : « Ändere die Welt, sie braucht es. - Change le monde, il en a besoin ». Ma lettre concerne cette exigence de base. Quand je suis obligé de regarder à la télévision les événements du monde dominé par le virus, la première chose que j'entends est le retour bientôt possible à notre vie d’avant. Ce discours est sourd et aveugle. Après avoir si longtemps refusé de voir et d’éviter les conséquences annoncées de la destruction de l’environnement, on pense maintenant vaincre cette pandémie pour que tout continue comme avant. On dit aussi que nous avons eu des épidémies virales de plus en plus fréquentes au cours des dernières décennies, ce qui a conduit à la pandémie Corona. Et d’expérience, on peut prévoir que la lutte contre le Covid-19 prépare le terrain pour l’apparition d’un prochain virus plus terrible encore. Destruction de l'environnement, pandémie, faim et misère, guerres et asservissement sous le dogme de l'enrichissement, est un ensemble de choses qui se nourrissent les unes les autres jusqu’à arriver à une catastrophe finale. Cette catastrophe, qui s’approche déjà à grande vitesse, se montre au grand jour dans le spectacle grotesque d'un imbécile, laid et d’une pathologie avérée, qui, en pleine pandémie, ampute l’Organisation Mondiale de la Santé des 400 millions de dollars de contribution américaine et regarde le monde malade, d’un air dégoûté mais sans rien faire. Je suis convaincu que seul un changement radical de notre mode de vie peut nous sauver. Dans ce contexte de mort, l’art doit maintenir vivant le rêve d'un monde de justice. C’est ce dont je veux parler dans ma lettre, et c’est pour ce rêve, mes amis, que j'espère votre aide. Il est de notre devoir de ne pas permettre un « trop tard ». Il est aussi temps de relire Le Théâtre et la peste d’Artaud. En date du 30 avril 2020, la réponse de Nicolas Royer à Matthias Langhoff, lettre publiée par Théâtre du blog Photo : Matthias Langhoff - image Wikipedia
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Le spectateur de Belleville
April 21, 2020 5:41 PM
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ENQUÊTE par Brigitte Salino et Michel Guerrin dans le Monde 21 avril 2020 La crise sanitaire a provoqué un violent coup d’arrêt dans le monde des arts et des spectacles, qui ne compte plus les événements annulés ou repoussés. Cinémas, librairies, théâtres et musées ne savent pas s’ils vont pouvoir tenir ainsi au-delà de l’été.
Tous les deux jours, Richard Patry va au cinéma. Le sien, à Elbeuf (Seine-Maritime), où il est né et habite, là où tout a commencé. Il l’a acheté à 24 ans avec l’argent des banques. A 55 ans, il possède 74 écrans, surtout en Normandie. Il a une tendresse pour son Grand Mercure. Il n’y a plus d’affiches dans le hall. Personne à la caisse. Il descend dans la grande salle, s’assoit au milieu. « Et là, parfois, je suis en larmes. » Pas un spectateur depuis le 14 mars. Quand il fait ses courses, il passe devant le bâtiment et croise son public, dans la rue, à distance.
Jean-Marc Pailhole pleure, lui aussi, quand il se rend dans son Cargo de nuit, une salle de concert de 350 places à Arles (Bouches-du-Rhône). « Dans le silence, j’entends la musique des concerts passés, j’entends les gens heureux, et je repars avec mon blues. » Jean-François Chougnet, lui, dirige le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), à Marseille : « C’est horrible, les œuvres sont comme abandonnées. » Parfois, il les prend en photo. Pour se donner du moral, il jette un œil sur le jardin qui surplombe la mer, « magnifique en cette saison ». Olivier Haber pilote la Seine musicale, salle de 6 500 places à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Il lâche : « Tous les jours, je fais le deuil des spectacles que j’annule. »
Il y a 2 000 cinémas en France, 2 500 salles de musique, 3 000 librairies, 1 200 musées, 16 000 bibliothèques, 1 000 théâtres. Un maillage du territoire unique au monde. Des lieux en dur, comme on dit, où se retrouve le public toute l’année. Des lieux qui donnent le tempo de la France culturelle et tissent du lien social. « On se rend compte maintenant qu’ils sont précieux pour notre santé mentale », confie Jean-Marc Pailhole.
Ces lieux sont petits ou gros, privés ou publics, appellent le silence ou la clameur, mais leurs patrons se retrouvent dans cette phrase de Shakespeare, relayée par le metteur en scène Peter Brook et Olivier Mantei, directeur du Théâtre des Bouffes du Nord et de l’Opéra-Comique, à Paris : « The readiness is all [“il faut être prêt à tout”]. » « De la sidération à la dépression » Nous avons écouté une trentaine de ces directeurs. Pour comprendre ce qu’ils ressentent et ce qu’ils font. « Je suis passé de la sidération à la dépression », résume Richard Patry. Ils ont dû accepter des fermetures bien plus longues que prévu. Oublier les spectacles passés, qui marchaient fort, dit Olivier Mantei. Ecouter du chant grégorien, comme le fait Chris Dercon, président du Grand Palais, à Paris. Hervé Chandès, directeur de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, relit Paul Virilio, qui a théorisé la notion d’accident planétaire, ou médite un bout de papier griffonné par l’artiste Raymond Hains : « Aujourd’hui, c’est quand même formidable parce que c’est aujourd’hui. » Des directeurs touchés par le virus se soignent. Certains gagnent leurs lieux pour soutenir les rares agents sur place, qui multiplient les rondes pour prévenir les cambriolages ou les inondations, alors que d’autres veillent à ce que les œuvres ne soient pas infectées par des insectes. Les patrons de cinéma font tourner le projecteur numérique pour le maintenir en état. Les couturières de la Comédie-Française fabriquent des masques à la maison avec leurs machines à coudre, tandis que les soixante comédiens, « des lions en cage », qui perdent 40 % de revenus depuis qu’ils ne sont plus sur scène, jouent pour le site en ligne. Les danseurs et musiciens de l’Opéra de Paris, qui sont des sportifs de haut niveau, s’entraînent tant bien que mal chez eux ou ailleurs. Dans les jardins du château de Versailles, les plantations printanières vont bon train. A la Bibliothèque nationale de France, les 3 000 places de lecture sont désertes, mais la climatisation tourne pour protéger les 40 millions de documents. Beaucoup s’évertuent à rassurer les personnels, payés sans pouvoir travailler et qui imaginent « un scénario de fin du monde ». Drôle de vie que d’attendre des jours meilleurs sans les voir venir. Depuis qu’Emmanuel Macron a parlé, le 13 avril, c’est la douche froide pour ceux qui pensaient rouvrir en avril, mai, juin ou juillet. Les patrons de grosses salles de concert disent déjà que l’automne sera périlleux. D’autres affirment que tant qu’il n’y aura pas de vaccin, donc pas avant 2021, les lieux culturels seront fragiles. Dix-huit mois de fermeture, c’est ce que recommande l’une des Académies régionales des sciences d’Allemagne pour les grandes salles de spectacle. Une éternité. Septembre, le juge de paix Aussi certains ont pris les devants avant même que M. Macron ne parle. Laurent Bayle, le patron de la Philharmonie, à Paris, a annulé tous les concerts dans sa salle de 2 400 places jusqu’à la fin août. Cyrille Bonin a fait de même pour Le Transbordeur (1 800 places), à Villeurbanne (Rhône). Olivier Haber ne voit pas comment accueillir la chanteuse Björk à la Seine musicale, fin juillet. « Il faut oublier et avancer. » Les librairies surtout, les cinémas aussi, aux jauges plus modestes, s’accrochent aux branches et espèrent pouvoir ouvrir avant l’été. Et si c’était septembre ? « Ne parlez pas de malheur ! », répond Richard Patry. L’expression « small is beautiful » est néanmoins une valeur en hausse. Les libraires font leur inventaire, rangent, rafraîchissent leur vitrine. Plusieurs en France déposent déjà un livre ou un petit paquet à leurs clients. « On est prêt à ouvrir du jour au lendemain », dit Rémy Ehlinger, qui tient la librairie Coiffard, à Nantes, et prépare aussi la rentrée littéraire. Comme les livres n’arrivent pas, il les lit sur ordinateur. « Pas sur tablette, je déteste. » Le juge de paix des théâtres, après la trêve estivale qui a fauché Avignon, c’est septembre. « Si on ne peut pas produire de spectacles à la rentrée, le pire s’annonce », lâche Bertrand Thamin, président du Syndicat national du théâtre privé. « Oui, mais nous sommes sur un fil », confie Pierre-Yves Lenoir, codirecteur du Théâtre des Célestins, à Lyon. Entendez : c’est bien beau d’ouvrir, mais dans quelles conditions pour le public, le personnel, les artistes, quand on sait que le virus raffole des lieux clos ? Le public se frôle, se touche, se parle, s’embrasse. Sur scène, les musiciens soufflent, les chanteurs hurlent, les choristes sont soudés, les comédiens s’enlacent, se battent, crient, postillonnent. « On représente tout ce qu’il ne faut pas faire », dit Stéphane Lissner, en pensant aux 2 700 places et au plateau immense et souvent foisonnant de l’Opéra Bastille. « La culture incarne le partage physique et émotionnel », ajoute Christian Thorel, de la librairie Ombres blanches, à Toulouse. Le public reviendra-t-il ? Il faudra faire avec des mesures barrières, variables selon l’art et la jauge, selon que le public bouge ou est assis. Ne pas oublier les personnels. Le groupe de protection sociale Audiens a confié au professeur François Bricaire une étude visant à édicter des règles sanitaires dans la culture. En fait, tous les lieux planchent déjà sur la question. Au Prodiss, syndicat qui réunit la filière musicale, les idées fusent, dont certaines finiront dans un plan pour l’automne : certificats de santé, prise de température, distribution de masques et de gel, sas de sécurité avant la salle, heures d’arrivée imposées, jauge réduite… « Et pourquoi pas une prise de sang, tant qu’on y est, ou une interdiction aux plus de 60 ans ? », raille un directeur de salle. Car la question divise. Certains sont prêts à toutes les contraintes pour rouvrir, tel Jean-Marc Pailhole : « Sinon on va devenir fous… » D’autres s’interrogent. Il n’est pas évident, avec un masque, de communier avec une rock star. « Comment imaginer un spectateur masqué tous les trois sièges alors que les comédiens ne le seront pas ? », renchérit Eric Ruf, administrateur de la Comédie-Française. Comment imaginer des files d’attente de 300 mètres ? « D’accord pour réduire la jauge des cinémas de 50 %, mais au-delà, ça n’a plus de sens », dit Richard Patry, qui préside aussi la Fédération nationale des cinémas français. C’est le public qui décidera, en venant ou pas. Les millions de Français qui, pendant des mois, auront dévoré des films à la télévision ou à travers des plates-formes, en toute sécurité depuis leur salon et pour pas cher, prendront-ils le risque de la salle ? « C’est ma plus grande angoisse », répond Richard Patry. Un sondage répond oui, un autre non. Trop tôt pour savoir. Cela dépendra aussi du porte-monnaie des Français, alors que la récession et le chômage pointent. Mais aussi de l’offre des lieux culturels. Au début du confinement, on a cru que les fermetures du printemps provoqueraient un engorgement à l’été et à l’automne. Aujourd’hui, c’est le contraire qui se profile. Une grande partie du secteur culturel est portée par des stars souvent étrangères, dépendant d’une chaîne mondialisée, lourde, coûteuse et risquée. Leur pénurie se profile jusqu’à décembre. Si, en plus des avions qui ne volent pas, le déconfinement varie d’un pays à l’autre… « On n’aura pas les blockbusters cet été » Prenons l’exemple du cinéma. « Pour une vraie reprise, il faudra des films forts. Pas sûr que nous les aurons », s’inquiète François Aymé, président de l’Association française des cinémas d’art et essai. « On n’aura pas les blockbusters cet été », ajoute Richard Patry, citant uniquement Mulan, de Niki Caro, produit par Disney, dont la sortie a été repoussée de mars à juillet, et Tenet, de Christopher Nolan, programmé pour le 22 juillet. Un autre film Disney, Raya et le dernier dragon, est même reporté à 2021. Et puis, plusieurs films qui devaient être tournés au printemps ne seront pas prêts pour l’automne. Et même s’il y aura le 25e James Bond, qui ne sortira finalement qu’en novembre, « le succès des salles reposera surtout sur des films français de qualité », veut croire François Aymé. C’est encore plus problématique pour les salles de musiques populaires. Les très grosses ont fait une croix sur les pointures mondiales et les tournées maousses, comme celles de Madonna ou Elton John. Les moyennes sont également en mal de stars. « L’automne sera très dur car tout est à l’arrêt, plus personne ne prend le risque de programmer », dit Olivier Haber, patron de la Seine musicale. Même constat pour Cyrille Bonin, celui du Transbordeur. « Comme toutes les salles de mon rang, je ne vois pas comment programmer mes 70 dates de septembre à décembre, qui sont pourtant des mois cruciaux. Je peux prendre un jeune groupe lyonnais, mais le public viendra-t-il ? » Et puis, de gros spectacles ne seront pas prêts à la rentrée, faute d’avoir pu répéter pendant l’été. C’est le cas de Starmania, prévu à la Seine musicale du 22 septembre au 31 décembre. 100 000 billets déjà vendus. Mais Olivier Haber juge « irréaliste » de pouvoir ouvrir à cette date. Dans un autre genre, La Walkyrie, de Wagner, doit être donnée fin novembre à l’Opéra de Paris. C’est loin, novembre, mais des répétitions étaient prévues cet été. « On va avoir un gros problème », commente Stéphane Lissner. La rentrée littéraire sera elle aussi allégée. Quant au paysage des expositions temporaires, il s’appauvrit de semaine en semaine. Le coup est rude quand on sait qu’elles tirent la fréquentation des musées. L’été pourri a déjà eu raison de « Pharaons superstars », prévue au MuCEM de Marseille jusqu’au 17 août, et aussi du sulfureux artiste anglais Damien Hirst, qui devait exposer à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, à Paris. Le match des milliardaires repoussé L’automne suit la même spirale négative. On s’attendait à un match de haut vol entre les frères ennemis de l’art contemporain, les milliardaires François Pinault et Bernard Arnault. Mais l’inauguration de la Collection François Pinault, logée dans la Bourse du commerce, au cœur de Paris, qui devait d’abord avoir lieu en juin avant d’être reportée à la mi-septembre, vient d’être décalée à nouveau, au printemps 2021. Les finitions du bâtiment, « gelées » par le confinement, les incertitudes et un accueil du public à repenser expliquent le report d’un site que son directeur, Martin Bethenod, qualifie joliment de « Belle au bois dormant ». En octobre, Bernard Arnault prévoit toujours dans sa Fondation Louis-Vuitton, au Bois de Boulogne, et pour cinq mois, l’exposition de toutes les promesses et de tous les dangers, soit la collection Morozov (Picasso, Renoir, Matisse, Monet…), conservée dans trois musées russes. Un gros pari : dépenser des millions d’euros en espérant les retrouver avec la billetterie. Bref, il s’agit de rééditer « le coup » magistral de la collection Chtchoukine, 1,2 million d’entrées en 2016 et 2017. Mais les conditions ne seront plus les mêmes. « Il faut s’adapter pour exister, explique Jean-Paul Claverie, qui conseille Bernard Arnault. On retravaille la scénographie pour fluidifier les foules, il y aura des réservations obligatoires, on ouvrira tôt le matin et on fermera tard le soir. On y croit ! Il faut retrouver de l’optimisme ! » On peut néanmoins se demander si la date sera maintenue, d’autant qu’une quinzaine de convois sont prévus entre la Russie et la France pour faire venir les œuvres. L’automne est bien la saison de tous les dangers. Etre fermé sera dramatique. Mais être ouvert peut l’être aussi. Le scénario catastrophe ? Faire venir à la Philharmonie des chefs et orchestres à des coûts importants qui se produisent devant une salle pleine à 70 % ou 80 %, le public étant rebuté par les mesures barrières ou une deuxième vague de contagion. « On se retrouve vite avec 2 ou 3 millions d’euros dans la vue », dit Laurent Bayle. D’autant que le public du théâtre, du classique ou de l’opéra est en bonne partie constitué des aînés qui, comme le pense Stanislas Nordey, pourraient faire défection. « Ils vont nous manquer et on va leur manquer », ajoute le directeur du Théâtre national de Strasbourg. Même crainte pour les théâtres privés où, en plus, les acteurs sont souvent des séniors, affirme Bertrand Thamin : « Auront-ils le droit de jouer ? » Un boulot « déprimant » Avec un printemps rayé de la carte culture, un été meurtri et un automne périlleux, tous les patrons de musées et de salles de spectacle revoient les agendas. « Un boulot dingue et déprimant », entend-on partout. Annuler ou reporter ? C’est le dilemme. Annuler est plus facile, mais douloureux et coûteux. Reporter l’est moins, mais c’est épuisant et incertain. Parfois, il n’y a pas le choix, tant les calendriers des lieux et des artistes sont chargés. Les musées reportent souvent. La Réunion des musées nationaux, à Paris, travaille sur 25 expositions en même temps. Compliqué. Compliqué aussi, cafardeux surtout, pour les nombreux musées qui ont travaillé trois ans sur une exposition accrochée au mur à la mi-mars et fauchée par le virus. C’est le cas de « Picasso, baigneuses et baigneurs », au Musée des beaux-arts de Lyon, qui a coûté 1 million d’euros sur les 1,7 million dont le musée dispose pour sa programmation annuelle. « J’y vais tous les jours, c’est affreux », dit la directrice, Sylvie Ramond, qui envoie régulièrement au personnel, de son ordinateur, une image commentée parmi les 150 œuvres au mur. Sylvie Ramond a surtout obtenu du principal prêteur, le Musée Picasso de Paris, de pouvoir garder les œuvres jusqu’au 24 août. Elle voudrait plus longtemps, tant elle sait l’été menacé. La Philharmonie a également prévu pour l’été une exposition du maître espagnol et voudrait la prolonger. Pas simple pour le Musée Picasso de dire oui à tout le monde, alors qu’il avait 1 200 œuvres hors les murs à l’heure du confinement. « On a fait tourner les ordinateurs et joué au chamboule-tout, ça épuise », dit son président, Laurent Le Bon. Et puis, tous les lieux culturels voient l’argent s’évaporer à mesure que les jours passent. « La période est un crash test » pour la culture, ajoute Laurent Le Bon. D’autant que personne n’était assuré pour une imprévisible pandémie. Le ministère de la culture leur a demandé de chiffrer les dégâts en plusieurs scénarios. Chacun brandit des millions, qui sont plus des pertes d’activité que des pertes d’argent, oubliant aussi les économies faites. Reste que l’ardoise globale des lieux culturels sera lourde, dépassant le milliard. Sans parler d’autres acteurs culturels, souvent plus touchés, artistes et auteurs en premier, techniciens, associations de proximité et une ribambelle de métiers. Souffrances comparées La vraie question, pour ces lieux en dur, c’est de savoir qui va souffrir le plus et qui est vraiment menacé. Olivier Mantei, qui dirige à la fois un lieu public bien subventionné, l’Opéra-Comique, et un privé qui l’est très peu, le Théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, cerne trois cas de figure : « Les établissements subventionnés à 70 % et plus vont bien tenir, car ils ont de quoi payer leurs frais fixes. Ceux qui sont autour de 50 % de subventions résisteront tant bien que mal. Ceux dont la subvention est très largement sous les 50 % vont souffrir. » Dans le premier cas, on trouve la Comédie-Française, le Théâtre national de Strasbourg, ou la Bibliothèque nationale de France, qui vivent en très grande partie de l’argent de l’Etat. On trouve aussi des milliers de lieux (musées, opéras, théâtres, bibliothèques, certains cinémas) financés, eux, par des villes. « Ce modèle de service public, où la billetterie n’est pas centrale, restera solide », parie Sylvain Amic, directeur de plusieurs musées à Rouen et en Normandie. Leur seul risque, à tous, est de voir leur subvention rognée, tant l’Etat et les villes seront submergés par les urgences à cause du virus. « A nous de nous débrouiller avec nos riches collections si on perd des crédits », répond Sylvain Amic. Deuxième cas, les nombreux lieux « mixtes » – à peu près autant de subventions que de ressources propres (billetterie, location d’espaces, mécénat). Les marques les plus connues, souvent à Paris, en font partie : Opéra de Paris, Louvre, Centre Pompidou, Philharmonie… L’arrêt de la billetterie va les fragiliser. Avec circonstances aggravantes pour l’Opéra de Paris, qui a de grosses charges fixes, perd beaucoup d’argent quand il est à l’arrêt et a déjà vu s’envoler 18 millions d’euros lors des grèves contre la réforme des retraites. Ces établissements publics n’ont pas droit au chômage partiel et doivent payer leurs salariés – un coût sévère si ça dure jusqu’à Noël. Ils devront sans doute serrer leurs frais, abandonner des projets, privilégier les plus rentables. Mais certains ont un fonds de roulement pour tenir. Et ils sont trop prestigieux pour chanceler, d’autant plus pour disparaître. Le troisième cas est le plus inquiétant. Dans le public, il y a le Grand Palais, autofinancé à 85 %, ou le château de Versailles, à 70 %. Versailles, qui vend jusqu’à 30 000 tickets par jour en août, et dont 80 % du public est étranger – on ne le reverra pas de sitôt –, prévoit 80 millions de pertes d’activité d’ici à décembre. Mais les salaires sont payés par l’Etat, qui ne le lâchera pas. Ni le Grand Palais. Non, l’inquiétude vise d’abord le secteur privé – librairies, cinémas, théâtres, galeries d’art, musées, salles rock ou clubs de jazz. Leur personnel est souvent en chômage partiel, mais sans vente de billets ou de livres, ces lieux peuvent rarement payer les charges. Et leur trésorerie est souvent exsangue. Grands travaux mis en sommeil Le Prodiss estime à 590 millions d’euros les pertes de chiffre d’affaires des musiques populaires de mars à mai. La suite sera pire. « La déflagration sera massive tant des salles sont fragiles », dit Malika Seguineau, directrice du Prodiss. « Le Transbordeur tiendra jusqu’à début septembre, après je ne sais pas », affirme Cyrille Bonin, inquiet pour les salles plus petites que la sienne. Et que feront les actionnaires des très grosses ? « Le producteur à gros cigare qui s’en met plein les poches, c’est fini depuis longtemps », dit Olivier Haber. Les 1 200 cinémas privés sont dans la même galère, avec 300 millions de pertes d’activité à la fin mai. François Aymé ajoute que les deux premiers mois de 2020 ont été « effroyables » (moins 24 % de fréquentation). Les salles d’art et d’essai et celles situées au centre des villes reçoivent des aides spécifiques, mais pas de quoi éviter de voir les finances plonger dans le rouge si le confinement dure des mois. Sans recettes, le rouge arrivera en mai pour la plupart des théâtres privés, affirme Bertrand Thamin. Antoine Mory, qui travaille pour les six théâtres parisiens de Jean-Marc Dumontet, ajoute que la scène privée ne tient que lorsqu’elle joue longtemps la même pièce. « Des spectacles ont été stoppés net par le confinement. Nous sommes assez solides, mais d’autres théâtres pourraient disparaître. » Notamment, selon Bertrand Thamin, « ceux qui ont subi un ou deux bides avant le virus ». Pour les libraires, l’Association pour le développement de la librairie de création a dû dégager en urgence 5 millions d’euros. « On va avoir beaucoup de demandes », prédit Didier Grevel, son directeur. Dans son enseigne nantaise, Rémy Ehlinger a perdu 140 000 euros de chiffre d’affaires sur le mois de mars. Il dit pouvoir tenir jusqu’à septembre. Mais les librairies, pilotées par des passionnés, souvent assises sur un stock solide, font de la résistance depuis si longtemps… Trois cas de figure donc, mais aussi un avantage pour les lieux publics sur les lieux privés. Sauf que les premiers, sur un point précis, pourraient souffrir fort : des travaux de construction et de rénovation pourraient être décalés par un Etat désargenté et des mécènes introuvables. Ce qui n’est pas sans poser problème. Le Grand Palais doit fermer en janvier 2021 pour une rénovation chiffrée à 466 millions d’euros. « Je n’imagine pas un abandon, car ces travaux sont indispensables », dit Chris Dercon. D’autant que le bâtiment doit servir aux Jeux olympiques de 2024. La Bibliothèque nationale de France, dont les rayonnages seront saturés en 2023, attend un nouveau bâtiment, construit hors de Paris, pour 90 millions d’euros. Le Centre Pompidou pourrait fermer en 2023 pour trois ans, afin de bénéficier d’une cure de jouvence chiffrée à 200 millions. Versailles doit trouver 10 millions chaque année pour son entretien, et son corps central nord attend une rénovation estimée à 100 millions d’euros. Que vont devenir tous ces projets ? Personne n’imagine pourtant le modèle culturel français s’écrouler, à la différence des Etats-Unis, où 10 000 musées sont menacés de faillite et où la plupart des 50 000 employés des salles de cinéma sont au chômage sans indemnités. Certains disent même, à l’instar de l’économiste Jean-Michel Tobelem, que le virus est le signe que la chaîne culturelle doit aller vers plus de « sobriété ». Pourquoi pas une offre plus modeste, qui ne cherche plus les foules, et made in France ? Nos responsables y songent, mais ils pensent encore plus, au-delà de multiples aides sectorielles, au grand plan de relance annoncé par Emmanuel Macron. La culture en sera, mais à quel niveau ? « Elle n’est plus une priorité depuis longtemps, et elle doit le redevenir », demandent Olivier Mantei et Stéphane Lissner. Ce n’est pas gagné. Michel Guerrin Brigitte Salino Lire aussi Face au coronavirus, le monde du cirque sur la corde raide
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Le spectateur de Belleville
April 19, 2020 6:28 PM
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Par Ève Beauvallet et Olivier Lamm dans Libération — 19 avril 2020 De Beyrouth à Palerme en passant par Lyon ou Pékin, metteurs en scène, chorégraphes ou musiciens témoignent de l’impact de l’annulation des grands festivals français.
«Le merdier, comme vous dites.» Ç’aurait été sa première fois au Festival in d’Avignon et c’était une des meilleures nouvelles de la programmation 2020. Gwenaël Morin, vénéré pour sa manière intransigeante de tirer les couettes du théâtre bien peigné, a remballé sa mise en scène d’Andromaque dans les stocks de cartons qui lui servent généralement de décor. Et, dans un mélange d’abattement et d’extralucidité, il attend. «Je regarde des westerns de Budd Boetticher, et ça m’inspire une grande nostalgie. On dirait les reliques d’un monde définitivement révolu. Un peu comme Sophocle, quoi.» Donc, le merdier. Moins, peut-être, que pour la Palermitaine Emma Dante, qui doit enterrer non pas une création à Avignon mais deux, sans trop pouvoir compter sur l’Etat italien - «Personne ne parle de la culture ici.» Moins, bien sûr, que pour le jeune chorégraphe beyrouthin Ali Chahrour, également programmé dans feue l’édition 2020, et qui comptait sur sa tournée internationale d’été pour récupérer en mains propres l’argent des coproductions que la crise bancaire au Liban l’empêche de toucher pour travailler (on y reviendra).
Confinement Bien sûr, Gwenaël Morin bénéficie du système d’aide français et n’en est pas à trier ses dernières pièces jaunes comme les artistes émergents du off devront malheureusement le faire. Mais tout de même. Cet ancien maçon accroché à son art par les molaires travaille comme une «pure cigale», infoutue d’assurer ses arrières, allergique à l’idée de réunir une liste de 25 coproducteurs avant chaque création chez qui tu dois aller tourner pendant deux saisons même si ta pièce, au final, est ratée. C’est pas de la fanfaronnerie, c’est juste qu’il préférerait encore retourner construire des murs. «Mon luxe, c’est de travailler au jour le jour. C’est une vraie discipline de conserver le désir pour ce que tu fais. Après, c’est quitte ou double, quand ça s’arrête, t’es à poil.»
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De son côté, la plus grosse compagnie de danse de France, celle d’Angelin Preljocaj, espère encore pouvoir payer des slips à ses vingt-quatre danseurs permanents. Quarante-quatre dates annulées entre le 16 mars et fin juillet, une création prévue pour le 12 septembre à la Biennale de la danse de Lyon avec démarrage des répétitions prévu début mai - un mirage ? Grosse suée, également, chez le chorégraphe Emanuel Gat, qui se portait pourtant comme un charme : avant de filer au prestigieux Sadler’s Wells de Londres puis à Chaillot à Paris (l’écurie à laquelle il est associé), sa nouvelle création devait ouvrir le festival Montpellier Danse en juin. C’était l’assurance qu’elle soit vue par une centaine de programmateurs internationaux - crucial pour cette compagnie indépendante, bien soutenue par les pouvoirs publics mais dont 60 % à 70 % de l’économie repose sur les recettes des tournées. Pour la moitié, elles sont faites à l’étranger et mobilisent un casting parmi les plus cosmopolites du secteur. «Nos danseurs - qui sont quatorze pour le projet - viennent de Hawaï, d’Israël, des Pays-Bas ou d’Allemagne, explique le bureau de la compagnie. Cela veut dire, d’une part, qu’on prend des risques en trésorerie pour dédommager des artistes qui ne touchent parfois pas d’indemnités dans leurs pays. Et, d’autre part, qu’on ne sait pas quand il sera possible de retravailler vu les divers calendriers de confinement. On a donc les yeux rivés sur les infos de réouverture de frontières.»
Pour l’instant, la création est repoussée à l’automne, comme 70 % de la programmation de Montpellier Danse. Et comme également une micro-partie de celle du Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles (locomotive internationale initialement calée en mai). Invité du festival, le grand documentariste chinois Wang Bing devait y présenter une sorte d’adaptation scénique du travail monstre qu’il était en train de tourner à Lagos, au Nigeria - un film sur la néocolonisation économique de la Chine en Afrique de l’Ouest. Sa toute première fois sur les planches. L’expérience du confinement a bouleversé ses plans, y compris artistiques : il s’agirait désormais de montrer aux spectateurs une reconstitution de son appartement de Pékin dans laquelle on pourrait le croiser, en septembre, donc - si tant est que Sisyphe et son rocher ne dévalent pas une nouvelle fois cette pente qu’il sera difficile de remonter en 2021.
Calendrier Les «gens du théâtre» ont plutôt de la chance, néanmoins. «Ils ont des contrats d’un mois, fixés un an à l’avance. Nous, ce sont des contrats d’une journée qui se décident une semaine avant la représentation, note Christelle Oyiri, DJ, compositrice et performeuse qui se produit sous le nom de Crystallmess. Jusqu’au début du confinement, elle jouait tous les week-ends, à l’étranger, en France, dans des clubs ou des musées. C’était sa première année en tant qu’intermittente, avec des cachets prévus au Sónar Festival de Barcelone ou aux Nuits sonores - le festival lyonnais, reporté pourtant fin juillet, a annoncé son annulation vendredi. Même si, pour l’heure, elle peut encore payer son loyer, elle tient à préciser que les aides qui sont proposées par le gouvernement sont «un gros foutage de gueule. Ce sont des aides moindres, fake et inadaptées. On sent déjà qu’elles vont aller aux gros organisateurs de soirées et aux institutions. Pour les autres, il faut avoir un dossier de surendettement, être malade, avoir une tripotée de gosses. Ça ne concerne pas l’intermittent moyen».
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Et les dossiers à remplir sont lourds, empile le violoncelliste, improvisateur et compositeur de musiques de films Vincent Courtois : «Je suis chanceux puisqu’en tant que musicien appuyé par une structure, je suis aidé. Le métier d’administrateur est vital en ce moment.» La chance aussi, c’est que dans son réseau, les gros coups de fouet ont lieu sur les périodes d’octobre-novembre et fin janvier jusqu’à mai. Un calendrier moins catastrophique - en tout cas pour l’instant - que celui des musiques électroniques, parmi les premiers secteurs à avoir été touchés, et sans doute le dernier qui entreverra l’horizon, au loin, la possibilité d’une île. Sans pouvoir compter, toujours selon Christelle Oyiri, sur un dispositif de soutien valable : «Et c’est un vrai paradoxe parce que, pour la musique, le prestige français, selon moi, ne vient pas d’autre chose que de la musique électronique. Et j’ai l’impression qu’on nous traite comme des merdes. Il faut updater le logiciel pour aider enfin les artistes qui ont une renommée internationale - pas pour les artistes de variété, non, pour les DJ.»
Ève Beauvallet , Olivier Lamm Légende photo : «WORKS», d’Emanuel Gat, à Vaison-la-Romaine, en 2019. Photo Laurent Philippe. Divergence
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Le spectateur de Belleville
April 30, 2020 7:59 AM
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Tribune publiée dans Le Monde le 30 avril 2020 . Liste des signataires en fin d'article TRIBUNE Collectif
Un collectif de nombreuses personnalités du monde de la culture, dont Jeanne Balibar, Catherine Deneuve, Jean Dujardin et Omar Sy, demande, dans une tribune au « Monde », une prolongation des droits des intermittents du spectacle d’une année au-delà des mois où toute activité aura été impossible. Tribune. Monsieur le Président de la République, lors de sa conférence de presse du 19 avril, le premier ministre [Edouard Philippe], énumérant tous les secteurs d’activité, a oublié le secteur culturel. Combien de personnes vivant en France a-t-il oubliées avec nous ? Le secteur fait vivre 1,3 million de personnes. Il aide à tenir ceux qui sont en troisième ligne et qui regardent les œuvres de tous styles et tous genres que nous avons fabriquées, accrochées, enregistrées, celles aussi que nous mettons en ligne, même confinés, grâce aux savoir-faire que nous avons acquis. Nous espérons aussi qu’elles aident parfois à se délasser, à prendre un peu de bon temps à ceux qui sont en première et en deuxième ligne lorsqu’ils en ont le loisir. Depuis six semaines, le ministre de la culture [Franck Riester] ne dit strictement rien. Des « je ne sais pas » à la pelle, quelques mots sur les théâtres privés, semble-t-il, de vagues encouragements, peut-être, aux assureurs à assurer contre les risques du Covid-19… Une formule, « mettre l’art et la culture au cœur de la société » : on pourrait faire plus précis pour répondre à la situation actuelle. En attendant le retour d’une activité normale Résultat, nous vivons dans les supputations : comment feront les intermittents pour pouvoir continuer à acheter à manger après la prolongation de trois mois qui a été décidée ? Comment feront les auteurs, qui ne bénéficient même pas de ce système ? Comment feront toutes celles et tous ceux que vous oubliez avec nous et dont l’emploi est, comme le nôtre, discontinu, travailleurs engagés en extra dans la restauration, l’hôtellerie, le nettoyage, le commerce, tous les secteurs d’activité qui se déploient autour des événements culturels ? Personne ne sait quand les théâtres, les salles de concert, les grands musées, les cinémas rouvriront (janvier 2021 ?), ni quand les tournages ou les répétitions reprendront (juillet ? octobre ? décembre ?). Et si un retour complet à la normale ne se faisait qu’à l’automne 2021 ? Mais les emplois concernés ne peuvent pas se permettre ces devinettes. Exigez donc du ministère de la culture qu’il parte de la date la plus catastrophique et mette en place un système de sauvetage qui prévoie d’aller jusqu’à cette date, et dont les gens et les structures se retireraient à mesure qu’ils pourraient reprendre leur activité. Exigez du ministère de la culture qu’il en expose, dans les plus brefs délais, le plan précis au secteur culturel, à tous les métiers qui en dépendent et à la nation dont nous faisons vivre la culture. Le ministère de la culture doit recenser auprès de chaque structure publique ou privée, grande ou petite, les sommes dont elle a besoin pour survivre jusqu’à ce qu’elle puisse reprendre une activité normale. Mesures d’urgence Le ministère de la culture doit obtenir du ministère du travail de prolonger les droits des intermittents d’une année au-delà des mois où toute activité aura été impossible, comme le demandent les pétitions des collectifs Année noire et Culture en danger. Le ministère du travail doit prendre des mesures d’urgence pour tous les travailleurs en contrat court qui ne se verront proposer aucun des emplois que nos secteurs d’activité génèrent en temps normal, afin de maintenir leurs droits d’indemnisation et leurs moyens d’existence. Si vous ne le faites pas, la reprise économique se fera sur le dos de tous ceux qui, comme nous et avec nous, sont dans la discontinuité de l’emploi, et qui basculeront chaque semaine plus nombreux vers le RSA [revenu de solidarité active], aux portes d’institutions et d’entreprises fermées ou amputées. Alors, tandis que les files d’attente pour l’aide alimentaire s’allongeront inexorablement, la culture en France sera non pas au cœur, mais à terre et pour longtemps. Monsieur le président de la République, cet oubli de millions de gens, et des ressources, humaines, intellectuelles, rêveuses, qui portent et qu’apportent l’art, l’imaginaire, la représentation sensible des expériences de tous, y compris des coups du sort, de la maladie et de la mort, mais aussi des formes de vie qui réparent et qui inventent, cet oubli, nous attendons que vous demandiez à votre premier ministre et à vos ministres de le réparer. Nous vous demandons de mesurer la responsabilité qui est ici la vôtre. Lionel Abelanski, comédien ; Mouloud Achour, fondateur de Clique TV ; Jeanne Added, chanteuse ; Isabelle Adjani, comédienne ; Marie Alvarez, comédienne ; Anne Alvaro, actrice ; Mathieu Amalric, comédien et cinéaste ; Carima Amarouche, chanteuse ; Cédric Anger, cinéaste ; Fanny Ardant, comédienne et cinéaste ; Swann Arlaud, acteur ; Ariane Ascaride, comédienne ; Olivier Assayas, cinéaste ; ATOEM, groupe de musique ; Jacques Audiard, cinéaste ; Sophie Audier, scripte/cinéaste ; Toufik Ayadi, producteur ; Lisa Azuelos, cinéaste ; Jeanne Balibar, comédienne ; Laurent Bardainne, musicien ; Christophe Barral, producteur ; Maurice Barthélemy, cinéaste et metteur en scène ; Nathalie Baye, comédienne ; Gaëlle Bayssière, productrice ; Emmanuelle Béart, comédienne ; Ramzy Bedia, comédien ; Bérénice Bejo, comédienne ; Leïla Bekhti, comédienne ; Jérôme Bel, chorégraphe ; Lucas Belvaux, cinéaste ; Fabrice Benoit, éditeur de musique ; Saïd Bensaid, producteur ; Houda Benyamina, cinéaste ; Emmanuelle Bercot, cinéaste ; Marc Berdugo, producteur ; Sylvia Bergé, comédienne ; Priscilla Bertin, productrice ; Dominique Besnehard, producteur et acteur ; Julie Bertuccelli, cinéaste ; Luc Besson, producteur ; Juliette Binoche, comédienne ; Benjamin Biolay, comédien et chanteur ; Olivia Bonamy, comédienne ; Bertrand Bonello, cinéaste ; Damien Bonnard, comédien ; Lucie Borleteau, cinéaste ; Nicolas Bouchaud, comédien ; Elodie Bouchez, comédienne ; Antoinette Boulat, directrice de casting ; Louise Bourgoin, comédienne ; Frédéric Boyer, écrivain, éditeur ; Guillaume Brac, cinéaste et producteur ; Stéphane Braunschweig, metteur en scène, directeur du théâtre national de l’Odéon ; Patrick Bruel, chanteur et comédien ; Valeria Bruni Tedeschi, actrice et cinéaste ; Fanny Burdino, scénariste ; Claire Burger, cinéaste ; Rodolphe Burger, musicien ; Dominique Cabrera, cinéaste ; Olivier Cadiot, écrivain ; Robin Campillo, cinéaste ; Guillaume Canet, cinéaste et comédien ; Laurent Cantet, cinéaste ; Jonathan Capdevielle, metteur en scène, marionnettiste ; Jauris Casanova, c omédien ; Pascal Caucheteux, producteur ; François Chaignaud, danseur et chorégraphe ; Lolita Chammah, actrice ; Caroline Champetier, directrice de la photographie ; Chapelier Fou, musicien ; Anne Charrier, comédienne ; Gaëtan Chataignier, réalisateur musique ; Frédéric Chaudier, cinéaste ; Judith Chemla, comédienne ; Nathalie Chéron, directrice de casting ; Malik Chibane, cinéaste ; Samuel Churin, comédien ; François Civil, comédien ; François Cluzet, acteur ; Romain Cogitore, cinéaste ; Michael Cohen, comédien et cinéaste ; Etienne Comar, cinéaste et producteur ; Loïc Corbery, comédien ; Catherine Corsini, cinéaste ; Marion Cotillard, comédienne ; Marie Darrieussecq, auteure ; Gilles David, comédien ; Philippe Decouflé, chorégraphe ; Bertrand Delaire, auteur ; Vincent Delerm, chanteur ; Anaïs Demoustier, comédienne ; Stéphane Demoustier, cinéaste et producteur ; Catherine Deneuve, comédienne ; Dante Desarthe, cinéaste ; Jocelyne Desverchère, actrice; Emmanuelle Devos, comédienne ; Adeline D’Hermy, comédienne ; Mila Dietrich, musicienne et DJ ; Marcial Di Fonzo Bo, comédien et metteur en scène ; Alice Diop, cinéaste ; Mati Diop, cinéaste ; Audrey Diwan, cinéaste et réalisatrice ; Djedjotronic, musicien et DJ ; Don Turi, musicien et DJ ; Valérie Donzelli, comédienne et cinéaste ; Irène Drésel, musicienne ; Valérie Dréville, actrice ; Arthur Dreyfus, écrivain; Léa Drucker, comédienne ; Julia Ducournau, cinéaste ; Jean Dujardin, comédien ; Emmanuelle Duplay, chef décoratrice ; Virginie Efira, comédienne ; François Farellacci, cinéaste ; Nadia Fares, actrice ; Philippe Faucon, cinéaste ; Sandra Faure, comédienne ; François Favrat, cinéaste et comédien ; Marie-Sophie Ferdane, actrice ; Pascale Ferran, cinéaste ; Laurence Ferreira Barbosa, cinéaste ; Elodie Filleul, manageuse d’artistes ; Sophie Fillières, cinéaste ; Emmanuel Finkiel, cinéaste ; Marina Foïs, comédienne ; Camille Fontaine, scénariste/cinéaste ; Lionel Fortune, musicien et DJ ; Zaza Fournier, auteure-compositrice-interprète ; Alain Gac, directeur du label Cinq7 ; Nicole Garcia, comédienne et cinéaste ; Diana Gaye, cinéaste ; Hugo Gélin, cinéaste, scénariste et producteur ; Yves-Noël Genod, metteur en scène ; Eric Genovese, comédien ; Michaël Gentile, producteur ; Hippolyte Girardot, comédien ; Delphine Gleize, cinéaste ; Christian Gonon, comédien ; Yann Gonzalez, cinéaste ; Bertrand Gore, producteur ; Guillaume Gouix, acteur ; Olivia Grandville, chorégraphe ; Eugène Green, cinéaste ; Robert Guédiguian, cinéaste ; Joana Hadjithomas, cinéaste ; Rachid Hami, cinéaste et comédien ; Nora Hamzawi, actrice/auteure ; Barbara Hannigan, soprano et chef d’orchestre ; Zita Hanrot, comédienne ; Jean Hatzfeld, écrivain ; Michel Hazanavicius, cinéaste ; Alexandra Henochsberg, distributrice ; Judith Henry, comédienne ; Julien Hirsch, directeur de la photographie ; Christophe Honoré, cinéaste ; Isabelle Huppert, actrice ; Agnès Hurstel, comédienne et scénariste ; Mathieu Kassovitz, cinéaste et acteur ; Agnès Jaoui, comédienne et cinéaste ; Joël Jouanneau, auteur et metteur en scène ; Aziz Kabouche, cinéaste et comédien ; Jean-Rachid Kallouche, producteur ; Sarah Karbasnikoff, comédienne ; Reda Kateb, comédien ; Sandrine Kiberlain, comédienne ; Cédric Klapisch, cinéaste ; Thierry Kliffa, cinéaste ; Kosme, musicien et DJ ; Stéphane Krahenbuhl, comédien ; Norah Krief, comédienne ; Nathalie Kuperman, écrivaine ; Jean Labadie, producteur et distributeur ; Vincent Lacoste, comédien ; Marc Lainé, metteur en scène, directeur de La Comédie de Valence ; Ladylike Lily, chanteuse ; Laurent Lafitte, comédien ; Geoffroy de Lagasnerie, philosophe ; Jack Lahana, ingénieur du son et réalisateur de disques ; Michelle Lahana, manageuse d’artistes ; Sandrine Lanno, metteur en scène ; Jeanne Lapoirie, chef opératrice ; Laurent Larivière, réalisateur ; Elise Larnicol, comédienne ; Arnaud Larrieu, cinéaste ; Jean-Marie Larrieu, cinéaste ; Eric Lartigau, cinéaste ; Last Train, groupe de musique ; Audrey Lazini, comédienne ; Joran Le Corre, directeur artistique ; Renaud Legrand, comédien et costumier ; Gilles Lellouche, comédien et cinéaste ; Louis-Do de Lencquesaing, cinéaste et comédien ; Alain Lenglet, comédien ; Pierre Léon, cinéaste ; Serge Le Péron, cinéaste ; Maud Le Pladec, danseuse et chorégraphe ; Xavier Le Roy, chorégraphe ; David Lescot, auteur et metteur en scène ; Nathalie Levy-Lang, comédienne et scénariste ; Katia Lewkowicz, comédienne et cinéaste ; Henri Liebman, cinéaste et comédien ; Sébastien Lifshitz, cinéaste ; Florence Loiret-Caille, comédienne ; Germain Louvet, danseur ; Clara Luciani, chanteuse ; Marie-Ange Luciani, productrice ; Noémie Lvosky, comédienne et cinéaste ; Benoît Magimel, acteur ; Maïwenn, comédienne et cinéaste ; Alexis Manenti, comédien ; Mansfield. TYA, groupe de musique ; Vincent Maraval, producteur ; Mounir Margoum, comédien ; Pio Marmaï, comédien ; Pierre-François Martin-Laval, comédien et cinéaste ; Olivier Mauvezin, ingénieur du son ; Corinne Masiero, comédienne ; Chiara Mastroïanni, comédienne ; Claire Mathon, directrice de la photographie ; Olivier Mauvezin, ingénieur du son ; Patricia Mazuy, cinéaste ; Antoine-Basile Mercier, ingénieur du son ; Mesparrow, chanteuse ; Radu Mihaileanu, cinéaste ; Patrick Mille, comédien ; Pierre Milon, directeur de la photographie ; Dominik Moll, cinéaste ; Mathilde Monnier, chorégraphe ; Virginie Monteil, costumière ; Victorien Morlet, musicien ; Valérie Müller Preljocaj, réalisatrice ; Yael Naim, chanteuse ; Naive New Beaters, groupe de musique ; Géraldine Nakache, comédienne ; Arthur Nauzyciel, acteur, metteur en scène et directeur du Théâtre national de Bretagne ; Thierry Niang, chorégraphe ; Pierre Niney, comédien ; Ferdinand Niquet-Rioux, comédien et cinéaste ; Judith Nora, productrice ; Stanislas Nordey, comédien et metteur en scène ; NTO, musicien ; Bruno Nuytten, cinéaste ; Géraldine Pailhas, comédienne ; Isabelle Pannetier, costumière ; Panteros666, musicien et DJ ; Manu Payet, comédien et humoriste ; Antonin Peretjatko, cinéaste ; Elisabeth Perez, comédienne et productrice ; Léonie Pernet, chanteuse ; Vladimir Perrin, comédien ; Raphaël Personnaz, acteur ; Louis-Julien Petit, cinéaste ; Nicolas Philibert, cinéaste ; Eddy Pierres, coprésident de la fédération De concert ! ; Bruno Podalydès, cinéaste ; Denis Podalydès, comédien ; Laurette Polmanss, scénariste ; Joël Pommerat, metteur en scène ; Popof, musicien et DJ ; Julien Poupard, directeur de la photographie; Angelin Preljocaj, chorégraphe ; Eddy de Pretto, chanteur ; Jérôme Prieur, écrivain et cinéaste ; Oxmo Puccino, rappeur ; Olivier Py, metteur en scène, directeur du Festival d’Avignon ; Katell Quillévéré, cinéaste; Tahar Rahim, comédien ; Antoine Raimbault, cinéaste ; Pascal Rambert, metteur en scène ; Arnaud Rebotini, musicien ; Nathalie Richard, actrice ; Stéphane Rideau, acteur ; Marc-Antoine Robert, producteur ; Karole Rocher, comédienne ; Charles Roger, comédien ; Damien Rondeau, chef décorateur ; Axelle Ropert, cinéaste ; Brigitte Roüan, comédienne et cinéaste ; Christian Rouand, cinéaste ; Jean-Paul Rouve, comédien ; Nicolas Saada, cinéaste ; Marlène Saldana, comédienne et chorégraphe ; Pierre Salvadori, cinéaste ; Maïa Sandoz, metteure en scène ; Marjane Satrapi, cinéaste et auteure ; Aloïse Sauvage, chanteuse, comédienne ; Denis Seiglan, chef-décorateur ; Hugo Selignac, producteur ; Claire Sermonne, comédienne ; Léa Seydoux, comédienne ; Mathieu Sibony, superviseur musical ; Julie Sicard, comédienne ; Julien Sicart, ingénieur du son ; Morgan Simon, cinéaste ; Jean-François Sivadier, metteur en scène ; Patrick Sobelman, producteur ; Omar Sy, comédien ; Tarek X, musicien et DJ ; Christopher Thompson, cinéaste et comédien ; Danièle Thompson, scénariste et cinéaste ; Eric Tolédano, cinéaste ; Mélita Toscan du Plantier, productrice ; Aïda Touhiri, journaliste et productrice ; Justine Triet, comédienne et cinéaste ; Diego Urgoiti, directeur de production ; Dominique Valadié, actrice ; Calypso Valois, comédienne ; Véronique Vella, comédienne ;Jean-Luc Verna, plasticien ; Aurélien Vernhes-Lermusiaux, cinéaste ; Marion Vernoux, cinéaste et scénariste ; Florence Viala, comédienne ; Marie Vialle, actrice ; Tatiana Vialle, metteuse en scène ; Karin Viard, comédienne ; Cléa Vincent, chanteuse ; Alice Winocour, cinéaste ; Les Vulves assassines, groupe de musique ; Rebeka Warrior, chanteuse et DJ ; Wart Music, agence d’artistes ; Jacques Weber, comédien ; Jonathan Zaccaï, acteur ; Coralie Zahonero, comédienne ; Rebecca Zlotowski, cinéaste ; Djebril Zonga, comédien.
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Le spectateur de Belleville
April 29, 2020 6:06 PM
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Texte de Thierry Thieû Niang publié par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan, le 28/04/2020
Le danseur et chorégraphe Thierry Thieû Niang travaiIlait à deux spectacles pour Avignon quand tout s'est arrêté. Confiné à Paris, il nous a envoyé cette lettre écrite le dernier dimanche d'avril 2020.
La civilisation s’est créée le jour où une personne a commencé à danser- à soigner- avec une autre, à ne pas admettre qu’elle puisse mourir.
Restons patients, confiants et courageux, toujours à l'écoute pour que le monde guérisse et se console et demandons nous comment nous aimerions reprendre le cours de notre vie.
J'ai profité de ce jour ensoleillé et chaud pour une balade en suivant le soleil sur les trottoirs tout autour du parc fermé des Buttes Chaumont et puis j'ai grimpé sur le toit de l'immeuble. Entre voisins on se laisse sur le paillasson des films à voir, des dessins d'enfants, des recettes de cuisine ou des gâteaux, des journaux et des livres, des autorisations pour ceux qui comme moi n'ont pas d'imprimante et la clé du toit.
Je m'y suis installé, torse nu, pour lire, et même fumer une cigarette et goûter à cet instant magique jusqu'au coucher du soleil, entendant les applaudissements de la ville pour les soignants !
Oui, je tiens debout - assis et couché - entre compassion et écoute, colère sourde et tendresse partagées, entre les messages des amis proches qui confinés réinventent leurs quotidiens, profitent de la nature, des jardins et des terrasses ouvertes et d'autres messages de proches entassés dans de petits appartements anxiogènes, quelquefois sans ressources, ou avec quelqu'un de malade impossible à visiter, ou pire n'ayant pu aller aux obsèques l'un de sa grand mère, l'autre de son frère.
Il y a ceux qui ont encore un travail et prennent tous les risques pour le garder. Ceux qui craignent pour l’avenir de leurs enfants. Et il y a ceux qui ont faim ou peur. Ce sont souvent les mêmes.
Il y a les messages impatients des adolescents autistes avec qui je travaille et qui enfermés dedans déjà, vivent très mal que le dehors leur soit interdit, leur quotidien remué, et souvent les familles restent impuissantes et désarmées, aujourd'hui épuisées. Leurs psychiatres et psychologues ont été recrutés pour soutenir les soignants dans les services de réanimation !
Je sais aussi par expérience que l'on ne revient pas d'un chagrin, d'un deuil, d'une sombre traversée. Nous ne sommes plus les mêmes.
Ne soyons plus les mêmes, même si la tristesse peut continuer de nous mordre et nous atteindre car nous éprouverons toujours un besoin désespéré d’être avec les autres, parmi les autres.
Mais j'ai bien peur que lorsque nous sortirons de ce temps le réel des uns et des autres se cogne, et se blesse tant nos expériences de retrait au monde ne sont pas communes, pas pareilles.
Et quoi de nos projets ? Nos métiers ? Nos vies ?
Ce sera compliqué de partir à l'autre bout du monde si partout les frontières restent fermées ; ce sera difficile de mettre en route des créations ? comment à la sortie du confinement retrouverons nous les chemins des théâtres, des cinémas, des musées ?
Comment allons nous nous retrouver et ensemble partager la vie ?
Les deux projets en cours de création - Novarina/ Bellorini et Vossier / Theron -sont reportés, annulés pour Avignon. Avec les deux équipes nous cherchons comment nous allons nous retrouver et travailler vite, les uns avec les autres. Comment les corps bougeront, ensemble et séparés. À quelle distance, par quels mouvements ? Le moindre geste. Un par un ? Puis deux. Après demain trois. Puis dix. Cent. Mille.
Oui, il nous faut continuer.
Tenter, inventer, partager. Chercher dans les livres et les heures, le loin et le proche, les enfants et les vieux, les vivants et les absents. Le monde.
Alors, ensemble, on y va, on continue, on rêve ...
On danse !
D'accord ?
Nos estamos viendo.
Nous sommes en train de nous voir.
Enfin, ces mots de Pierre Guyotat parti en ce début d'année. (Tous les mois nous marchions ensemble, bras dessus, bras dessous dans Paris. La dernière phrase de son livre Coma - que j'ai mis en espace pour Patrice Chéreau - est : "patience, patience,",le livre se termine avec une virgule !) : Thierry Thieû Niang " Attendons, voyons, faisons ce qu'on peut, on ne peut pas non plus tout faire. Il faut bien se garder aussi de cette sagesse de l'âge qui est un peu stupide. Il faut rester dans la mémoire de son corps jeune, infatigable, disponible, politique : et l'esprit alors vous le rend bien. Donc, il faut rester politique, finalement. " ( Divers, textes, interventions, entretiens, 1984-2019, Belles lettres).
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Le spectateur de Belleville
April 29, 2020 8:10 AM
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Par Françoise Dargent dans le Figaro le 27 avril 2020 Frappés de plein fouet par l’épidémie du Covid-19, les acteurs du monde de la culture attendent avec anxiété les annonces du gouvernement. Et préparent des scénarios de reprise.
Devant tous les cinémas de France, quelques nostalgiques, autorisation de sortie en poche, contemplent les affiches. Ce sont celles des films sortis la semaine qui a précédé le confinement. Cruel, le soleil les a souvent jaunies. Plus de nouveaux films, aucun spectateur, du jamais-vu depuis que le cinéma existe. À Bussang, dans les Vosges, le Théâtre du peuple fondé par Maurice Pottecher a annoncé la semaine dernière que sa saison d’été n’aurait pas lieu: une première depuis la Seconde Guerre mondiale, précise le communiqué qui évoque «un déchirement». À Paris, jouant la carte de l’ironie, le Théâtre de l’Européen affiche sur sa façade qui s’illumine le soir venu: «6 semaines à guichets fermés. Un record.»
«Annulation», ce mot est devenu celui de la culture depuis le début du confinement. On a d’abord annulé les spectacles en cours, ceux du mois d’avril, avant d’annuler la fin de saison et les festivals de l’été. Après nul ne sait. Des dizaines de communiqués, d’annonces ont déferlé sur les réseaux sociaux de la part d’acteurs culturels en grand désarroi. Cette triste litanie ne peut masquer le silence troublant du pouvoir politique à l’égard de la culture. On a beaucoup évoqué le désespoir des patrons de bars et de restaurants, on a glosé sur le cas particulier des barbiers et des coiffeurs. Quant à la culture, il a juste été rappelé qu’elle était indispensable en temps de confinement, comme le disait Emmanuel Macron aux premiers jours.
Un secteur économique clé De fait, la culture est partout sur les écrans mais elle n’existe plus nulle part. Et c’est un déchirement. La difficulté à renoncer, exprimée par deux des principaux directeurs de festival, Olivier Py à Avignon et Thierry Frémaux à Cannes, en est la preuve. Mais ce sont des voix, pas des lobbys, bien utiles lorsqu’il s’agit d’être défendu comme un secteur économique clé. La culture en est un, qui draine aussi une activité touristique intense. «C’est un choc considérable pour nos filières, a expliqué au Figaro, Michel Orier, directeur de la musique à Radio France. Qui plus est dans un environnement économique global et général qui s’annonce très dégradé. Comparaison n’est pas raison, mais la situation qui se rapprocherait le plus de celle-ci est celle du pays après 1945. Une situation telle que nos générations n’en ont jamais connu. Avec une différence majeure par rapport à l’après-guerre: la culture n’a plus du tout la même place ni le même poids. C’est devenu une dimension de notre économie très importante. Le secteur contribue sept fois plus au PIB que l’automobile! Et dans le même temps, c’est aussi ce qui fait le ciment de la nation.»
Une situation telle que nos générations n’en ont jamais connu Michel Orier, directeur de la musique à Radio France Un ciment dû à un maillage unique au monde réparti sur tout le territoire: des 2000 cinémas aux 1200 musées en passant par le millier de théâtres… Ceux qui les font tourner sont légion, comme ceux qui y viennent. Quand reviendront-ils? Nul ne peut prédire quand le public reviendra et s’il voudra revenir. Le milieu reste cependant suspendu aux annonces du premier ministre sur un éventuel calendrier de réouverture.
En attendant, tous préparent des plans qui ménageraient à la fois la distanciation sociale et la tenue d’une activité culturelle qui ne soit pas trop altérée. Car ne se pose pas seulement la question du rassemblement du public. Mais se pose aussi l’épineuse question de la création à l’heure où répétitions, tournages, montages d’exposition sont à l’arrêt. Certains espèrent tirer parti de leur taille, comme les musées de province, là où les mastodontes, tels Le Louvre ou Orsay, pourraient en pâtir. Tous les établissements ne seront peut-être pas logés à la même enseigne. «À partir du moment où les préfectures et les collectivités territoriales auront une certaine latitude pour organiser le déconfinement, il ne faudrait pas qu’il y ait autant de stratégies que de départements», avertit Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux. D’où encore une fois la nécessité d’une parole politique forte. Légende photo : Le 23 avril, devant la pyramide du Louvre. Le musée est fermé depuis le 13 mars. LUDOVIC MARIN/AFP
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Le spectateur de Belleville
April 29, 2020 6:08 AM
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Par Sandrine Blanchard dans Le Monde publié le 29 avril 2020 - A l’exception des « petits musées » qui pourront rouvrir au 11 mai, cinémas, théâtres, salles de concerts resteront fermés et les grands festivals attendront septembre.
Un paragraphe pour la culture. Il aura fallu attendre le chapitre « Retour à la vie sociale », pour qu’Edouard Philippe, dans son discours consacré à la stratégie nationale de sortie du confinement, mardi 28 avril, devant l’Assemblée nationale, scelle le sort des « activités culturelles ». Evoqué entre les plages et les lieux de culte, leur avenir s’annonce, sans surprise, peu enviable.
Lire le récit : Edouard Philippe s’engage dans un déconfinement à pas prudents Au lundi 11 mai, seules les galeries d’art (parce qu’elles font partie des commerces), les médiathèques, les bibliothèques pourront rouvrir leurs portes, ainsi que les « petits musées », a listé le premier ministre. En revanche, et c’était prévisible, les « grands » musées, les cinémas, les théâtres et les salles de concerts resteront fermés jusqu’à des jours meilleurs. Enfin, l’été ne sera pas à la fête : aucun événement ou festival regroupant plus de 5 000 participants ne pourra se tenir avant le mois de septembre.
La sécheresse de ces annonces – qui font l’impasse sur les lieux de patrimoine – pose de nombreuses questions. Ainsi, si la réouverture des médiathèques et bibliothèques apportera une bouffée d’air culturelle dans les territoires, ces lieux recouvrent des réalités très diverses, notamment en superficie. Tous ne seront pas en mesure d’accueillir le public à compter du 11 mai. Ainsi, à Paris, la Bibliothèque publique d’information (BPI) de Beaubourg et la Bibliothèque nationale de France (BnF) resteront fermées. « Avec 10 400 mètres carrés ouverts au public, il faudra modifier la jauge, équiper les personnels, désinfecter les locaux, les documents et les postes informatiques », explique Christine Carrier, directrice de la BPI.
Autre question : « C’est quoi, un “petit musée” ? », s’interroge le directeur d’un établissement de province, la formulation d’Edouard Philippe étant, pour le moins, imprécise. Rue de Valois, l’entourage du ministre de la culture explique que « la concertation avec les collectivités locales et les acteurs concernés est en cours, dans la logique de la différenciation territoriale (département vert ou rouge) [selon l’impact de l’épidémie] annoncée par le premier ministre. » Au centre d’art GwinZegal de Guingamp (Côtes-d’Armor), le directeur Jérôme Sother ne cache pas sa satisfaction : « Nous avons très envie de rouvrir, ce que nous ferons en concertation avec la mairie. On est un petit lieu où il n’y a jamais la foule, et nous pouvons contrôler les flux de personnes assez facilement. Nous allons limiter les entrées, fournir des masques au personnel et organiser la circulation des visiteurs. »
Avenir très morose Pour les autres secteurs culturels, l’avenir reste très morose. Si l’interdiction des rassemblements de plus de 5 000 personnes a été prise dès samedi 29 février, les organisateurs de quelques festivals musicaux de la fin de l’été gardaient encore un espoir. Les annonces du premier ministre y mettent fin. Ainsi la majorité des 130 événements, compris entre mi-juillet et fin août, n’auront pas lieu.
Aux Rencontres d’Arles, grand festival estival de photographie, où planait encore le doute sur un possible maintien de la manifestation, l’annonce du premier ministre a mis fin au suspense : les trente-cinq expositions prévues sont annulées.
Et quid des « petits festivals », selon l’expression utilisée mi-avril par Franck Riester ? Alors que le ministre de la culture estimait que certains d’entre eux pourraient peut-être se tenir à partir du 11 mai, le discours d’Edouard Philippe semble avoir tout stoppé. Pourtant, certains professionnels gardent l’espoir de dérogations. C’est le cas de René Martin, directeur artistique du Festival de piano de La Roque-d’Anthéron. Il a décalé la date d’ouverture, initialement prévue vendredi 17 juillet, et défend « des formes originales de concerts, jouant sur le plein air et la modulation de la jauge des espaces intérieurs et extérieurs ».
Stéphane Krasniewski, directeur du festival Les Suds, à Arles, ne veut pas jeter l’éponge. Il maintient l’idée d’une 25e édition, moins longue et plus modeste, entre le 15 et le 19 juillet. « On s’adapte. Il faut repartir de zéro, et faire le deuil de nos grandes scènes. » Rendez-vous est pris à la sous-préfecture dès le 29 avril.
Lire le reportage : En Provence-Alpes-Côte d’Azur, des festivals tentent de sauver leur été Il semble évident que le spectacle vivant sera parmi les dernières activités à accéder au déconfinement. « La saison est terminée et je ne suis pas très optimiste pour la rentrée de septembre », reconnaît Stéphane Lissner, directeur de l’Opéra de Paris. La saison 2020-2021, déjà revue à la baisse à cause du déficit causé par les grèves contre la réforme des retraites, a de forts risques d’être de nouveau amputée. Trop d’inconnues sur la circulation des artistes, leur sécurité, celle des équipes, celle d’un public dont le pouvoir d’achat risque d’avoir été fortement touché. « Il faudra certainement revoir les prix des places. »
Lire le focus : Une saison 2020-2021 en forme de cure d’amaigrissement pour l’Opéra de Paris « La crise que nous vivons aura au moins servi à mettre en lumière de façon très crue la situation du service public, poursuit Stéphane Lissner, qui quittera ses fonctions fin juillet 2021. De manière particulièrement dramatique dans le domaine de la santé, de façon moins directe mais néanmoins désastreuse dans celui de la culture. »
« Le gouvernement veut gagner du temps » Même constat de situation au point mort pour Laurent Bayle, directeur général de la Philharmonie de Paris. « On a l’impression que le gouvernement veut gagner du temps », remarque-t-il. « Le discours d’Edouard Philippe ne dit rien de plus, si ce n’est que les expérimentations qui auront lieu d’ici à l’été, soumises aux distanciations et au port du masque, ne sont guère compatibles avec le domaine culturel ! » Pour la rentrée, avance-t-il, « l’hypothèse la plus probable sera de tout reconstruire pour garder quelques événements-phares assortis d’un travail soigné de captation. »
Lire l’entretien avec Laurent Bayle : « Le combat à venir sera de maintenir ce qui existe déjà à la Philharmonie » Les théâtres se projettent eux aussi après l’été. « Nous sommes en train de réinventer la rentrée », résume Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville et du Festival d’automne. « Sachant qu’il est très peu probable que des compagnies étrangères puissent venir, nous imaginons de nouveaux modèles. »
Lire le compte-rendu : Les compagnies de théâtre se battent pour voir leurs contrats honorés Quant au cinéma, « les exploitants ne sont pas étonnés que les salles restent fermées », indique-t-on au Centre national du cinéma (CNC). « La profession attend la perspective de pouvoir réexaminer la situation fin mai, en vue d’une éventuelle réouverture des salles mercredi 1er juillet. » La Fédération nationale des cinémas français (FNCF) devrait porter ce message, mercredi 29 avril, lors d’une réunion en vidéoconférence avec le cabinet du ministre de la culture. Légende photo : Un message affiché sur la façade de L’Européen à Paris, le 22 avril, évoque avec humour la fermeture des salles de spectacles depuis la mi-mars. JOEL SAGET/AFP
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April 28, 2020 4:55 PM
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Transcription par le site NewsTank - 28 avril 2020 Paris - Actualité n° 181886 « Les grandes manifestations sportives, culturelles, notamment les festivals, les grands salons professionnels, tous les événements qui regroupent plus de 5 000 participants, qui font à ce titre l’objet d’une déclaration en préfecture et doivent être organisées longtemps à l’avance, ne pourront se tenir avant le mois de septembre », annonce le Premier ministre Édouard Philippe dans sa déclaration relative à la stratégie nationale du plan de déconfinement dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de Covid-19 à l’Assemblée nationale le 28/04/2020. La présentation de la stratégie nationale du plan de déconfinement du Gouvernement est suivie d’un débat et d’un vote des députés le jour-même.
« S’agissant des activités culturelles, parce qu’ils peuvent fonctionner plus facilement en respectant des règles sanitaires, les médiathèques, les bibliothèques, les petits musées si importants pour la vie culturelle de nos territoires pourront ouvrir leurs portes dès le 11/05/2020 », indique le Premier ministre. « A contrario, les grands musées, qui attirent un grand nombre de visiteurs hors de leur bassin de vie, les cinémas, les théâtres et les salles de concert où l’on reste à la même place en milieu fermé, ne pourront pas rouvrir. Les salles des fêtes, les salles polyvalentes resteront également fermées jusqu’au 02/06/2020 », ajoute-t-il. « D’une façon générale, il nous faut éviter les rassemblements qui sont autant d’occasions de propagation du virus. Les rassemblements organisés sur la voie publique ou dans des lieux privés seront limités à 10 personnes », précise-t-il.
« Jamais le pays n’avait été confiné comme il l’est aujourd’hui. De toute évidence, il ne peut l'être durablement. Car si le confinement a constitué une étape nécessaire, s’il dure trop longtemps, il peut entraîner des effets délétères », indique le Premier ministre qui annonce une stratégie nationale de déconfinement selon trois principes : « vivre avec le virus, agir progressivement, adapter localement ». « Si tout est prêt au 11/05/2020 alors commencera une phase qui durera jusqu’au 02/06/2020 », indique Édouard Philippe qui précise que la décision de rouvrir les cafés et restaurants sera prise fin mai.
Concernant l'équipement des masques sur les lieux de travail, « il faut que l'État, les collectivités territoriales, les entreprises soient complémentaires et non en concurrence. J’invite toutes les entreprises quand leurs moyens leur permettent à équiper tous leurs salariés. C’est une condition de la reprise. Les régions et l'État mettront en place un appui aux TPE et aux travailleurs indépendants », indique Édouard Philippe. « De nouveaux plans d’organisation du travail doivent être mis en place dans chaque entreprise avec une attention particulière portée aux emplois du temps, aux gestes barrière, à l’aménagement des espaces de travail. Le port du masque devra être mis en oeuvre dès lors que les règles de distanciation physique ne peuvent pas être garanties dans l’organisation du travail », ajoute-t-il. L’identification des départements « où le confinement doit prendre une forme plus stricte » sera établie par trois ensembles de critères établis par la Direction générale de la santé et Santé publique France. « Ces indicateurs seront cristallisés le 07/05/2020 afin de déterminer quels départements basculent le 11/05/2020 dans la catégorie rouge où la circulation du virus et élevée, ou vert où la circulation est limitée. À compter du 30/04/2020, le directeur général de la Santé présentera chaque soir la carte avec les résultats département par département. Cette carte guidera chaque département dans la préparation du 11/05/2020 ».
Édouard Philippe propose au Parlement « d’adopter prochainement une loi qui, en plus de proroger l'état d’urgence sanitaire au delà du 23/05/2020, peut-être jusqu’au 23/07/2020, autorisera la mise en œuvre des mesures nécessaires à l’accompagnement du déconfinement ». Le projet sera soumis à l’examen du Conseil des ministres le 02/05/2020 et « sera soumis au Sénat et à l’Assemblée nationale la semaine prochaine ».
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April 27, 2020 6:53 PM
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Par Catherine Quignon dans Le Monde 17 avril 2020 Alors que l’arrêt des tournages laisse sur le carreau de nombreux intermittents du spectacle, Netflix a annoncé la création d’un fonds de soutien pour ces derniers. Tout en saluant cette initiative, la CGT et FO réclament un engagement pérenne de la plate-forme.
En pleine crise du Covid-19, les géants du numérique volent au secours du monde de la culture. Après Facebook, qui a lancé une aide de trois millions d’euros pour apporter de l’oxygène aux groupes de presse européens les plus en difficulté, c’est au tour de Netflix d’annoncer la création d’un fonds de soutien d’urgence en faveur des artistes et techniciens intermittents du spectacle, à hauteur d’un million d’euros pour la France.
Depuis la mi-mars, l’arrêt des productions audiovisuelles et cinématographiques laisse sur le carreau de nombreux techniciens et intermittents du spectacle. Beaucoup ont vu leur promesse de contrat, souvent orale, annulée ; ils ne bénéficient donc pas du chômage partiel. Selon le Syndicat français des artistes (SFA), affilié à la CGT, au moins 15 452 artistes interprètes se sont retrouvés sans travail les mois de mars et avril.
Afin de soutenir les intermittents mis à l’arrêt, le ministère de la culture a annoncé que la période de confinement serait neutralisée pour le calcul du versement de leurs indemnités chômage. La crise risquant de s’étendre bien au-delà, les organisations professionnelles des artistes auteurs réclament la mise en place d’une aide dédiée aux plus fragiles, en plus du fonds de vingt-deux millions d’euros débloqué par le gouvernement pour l’ensemble du monde de la culture.
Une aide pour les cas les plus urgents Dans ces conditions, le fonds d’urgence de Netflix paraît à point nommé. Cette aide s’inscrit dans le cadre d’une enveloppe plus large de 100 millions de dollars débloquée par la plate-forme. La majeure partie de cette somme (85 millions) est destinée aux équipes travaillant sur les productions Netflix en France et dans le monde. Seuls les quinze millions restants, dont un million pour la France, reviennent à des fonds d’urgence visant à soutenir l’industrie audiovisuelle et cinématographique dans son ensemble.
En France, c’est le groupe de protection sociale du secteur de la culture Audiens qui est chargé de déployer ce fonds. Cogérée paritairement par les syndicats, l’institution avait déjà mis en place une aide sociale d’urgence pour les professionnels de la culture les plus fragiles : journalistes pigistes, intermittents en fin de droits… Mais le groupe se retrouve saturé de demandes. « Alors qu’Audiens recevait en moyenne 2 200 dossiers par an concernant ce fonds d’urgence, on en est à 1 500 en trois semaines », s’inquiète Denis Gravouil, secrétaire général de la Fédération nationale CGT des syndicats du spectacle, de l’audiovisuel et de l’action culturelle (FNSAC).
Le fonds sera donc dédié aux cas les plus urgents : « ceux qui sont en grande difficulté », avertit un porte-parole d’Audiens. Attribuée sous conditions, l’aide est forfaitaire et s’élève à 500 euros. Elle sera portée à 900 euros pour les personnes dont les ressources avant tout abattement n’excèdent pas 15 000 euros par an.
Une initiative bien accueillie avec des interrogations FO et la CGT saluent la main tendue par Netflix, sans se déclarer dupes de cette initiative. « Bien sûr, s’il y a un million qui tombe de chez Netflix on le prend, fait valoir Denis Gravouil. Mais on a surtout besoin que les plates-formes, qui sont sous-taxées, participent de manière structurelle à la politique de soutien à la culture. En temps normal, on doit, par exemple, batailler pour les faire participer au fonds de soutien du Centre national du cinéma (CNC) ». La contribution des plates-formes à l’économie de la culture est d’ailleurs l’un des sujets de la future loi sur l’audiovisuel.
« Cette aide sert aussi à redorer l’image de la plate-forme, qui a longtemps été considérée en Europe comme le vilain petit canard du secteur de la création, tacle de son côté Françoise Chazaud, secrétaire générale de FO - Fédération des arts, du spectacle, de l’audiovisuel et de la presse (Fasap). C’est bien, mais c’est insuffisant au vu des bénéfices que Netflix doit engranger avec le confinement…. Au lieu d’une aide ponctuelle, on souhaiterait un soutien pérenne de la part de la plate-forme ».
René Fontanarava, le secrétaire national de la Fédération CFDT communication culture, se félicite quant à lui du soutien apporté par Netflix : « à partir du moment où il y a des fonds qui se créent, c’est une bonne chose, même si cela ne remet pas en cause les difficultés qu’on peut avoir avec Netflix sur le reste ».
Après Netflix d’autres acteurs pour abonder le fonds ? D’autres initiatives sont venues au secours du monde du spectacle. En parallèle du fonds d’urgence – déjà cité plus haut dans le texte – de vingt-deux millions d’euros débloqués par le gouvernement, la région Île-de-France a créé un fonds de dix millions d’euros pour le spectacle vivant, sous réserve d’un engagement des structures de maintenir l’emploi intermittent initialement prévu.
L’Adami, un organisme de gestion collective des droits des artistes-interprètes, a aussi mis en place un fonds de soutien en faveur de ces derniers. Quant à l’aide gérée par Audiens, « Netflix ne s’oppose pas à ce que d’autres acteurs viennent abonder ce fonds », ne manque-t-on pas de souligner du côté du groupe de protection sociale. Un appel du pied qui fera peut-être son effet.
Catherine Quignon Légende photo « L’aide est forfaitaire et s’élève à 500 euros. Elle sera portée à 900 euros pour les personnes dont les ressources avant tout abattement n’excèdent pas 15 000 euros par an » Danièle Schneider / Photononstop
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April 27, 2020 2:10 PM
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Par Brigitte Salino dans Le Monde le 27 avril 2020 Fragilisées par les annulations ou les reports de spectacles en raison de l’épidémie due au coronavirus, les troupes se mobilisent pour que les cachets soient payés, au plus tôt si possible.
Elles se comptent par centaines : ce sont les compagnies qui avaient des tournées en cours ou prévues quand tout s’est arrêté, le 15 mars. Elles devaient présenter leurs spectacles dans des centres dramatiques nationaux, des scènes nationales, des théâtres de ville ou des festivals. Certaines avaient quelques dates d’ici à fin juin, d’autres plusieurs dizaines. Toutes se sont retrouvées dans la même situation : leurs contrats étaient signés, comment allaient-ils être honorés ?
Dès l’annonce du confinement, des discussions se sont engagées entre ces compagnies et les directions des différentes structures qui devaient les accueillir pour convenir des spectacles pouvant être reportés et de ceux qui, ne pouvant pas l’être, seraient annulés. Alors a commencé un ballet serré de calculettes, doublé de discussions vives sur la conduite à tenir.
Prenons un exemple : Mohamed El Khatib, dont la compagnie Zirlib tourne beaucoup, avait 50 dates prévues d’ici à fin juin, pour quatre spectacles : La Dispute, C’est la vie, Finir en beauté et Conversation avec Alain Cavalier. Un tiers des dates a pu être reporté, ce qui est très bien, parce que les spectacles seront vus. Mais les contrats ne seront honorés qu’au moment du report, et cela, comme l’explique Mohamed El Khatib, « pose un énorme problème pour les intermittents qui devront attendre pour être payés. De mon côté, je me suis engagé à verser dès maintenant à mon équipe l’argent des heures prévues. Je peux me le permettre parce que ma compagnie est solide. Pour d’autres compagnies, c’est beaucoup plus compliqué, ou impossible ».
« Coût de cession » ou « coût de plateau » en cas d’annulation ? Pour les spectacles annulés, la situation a sensiblement évolué, en un mois. En règle générale, deux options se présentent : soit les lieux paient le « coût de cession », c’est-à-dire le contrat initial qui comprend le prix de vente du spectacle, les salaires des intermittents et des intervenants, et une somme versée à la compagnie, la « marge d’exploitation » ; soit ils paient le « coût plateau », c’est-à-dire le salaire des intermittents, artistes ou techniciens participant au spectacle. Pour Mohamed El Khatib, « cette option évite la catastrophe parce qu’elle permet aux compagnies de rémunérer les intervenants. Mais elle représente une perte lourde pour les compagnies qui ont besoin de la marge d’exploitation pour combler leurs déficits de production et salarier leurs permanents. Beaucoup risquent de ne pas survivre ».
Dès le début du confinement, certaines structures, dont tous les centres dramatiques nationaux, ont décidé de payer les coûts de cession. D’autres redoutaient que ce choix, préconisé par le ministère de la culture et par le Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles), ne mette à genoux les structures fragiles. Un bras de fer s’est engagé entre les deux camps, au nom du principe de solidarité. La situation a évolué depuis que, fin mars, le gouvernement a pris des mesures en faveur des intermittents, en particulier le recours au chômage partiel. Il a également levé la « clause du service fait », qui n’autorisait pas les collectivités à rémunérer un service non rendu. Mohamed El Khatib a pu ainsi être payé par le théâtre municipal de Vierzon (Cher), dans lequel il devait présenter un spectacle.
Dans ce contexte, les négociations se jouent au cas par cas. Elles dépendent de l’état des finances des structures – en particulier du poids de la billetterie, déterminant dans le budget des festivals –, et elles devraient assurer aux compagnies une sécurité relative pour les mois à venir. Reste une grande inconnue : que se passera-t-il si la crise sanitaire se prolonge et que les salles ne peuvent pas rouvrir à la rentrée ? Brigitte Salino / Le Monde Lire aussi Coronavirus : malgré les annonces du gouvernement, les intermittents du spectacle restent inquiets Lire aussi : Intermittents : « J’aurai perdu environ deux cents heures d’ici à fin juillet » Lire aussi Face à la paralysie du secteur, les intermittents du spectacle demandent une « année blanche » Légende photo : Dès l’annonce du confinement, des discussions se sont engagées entre les compagnies et les structures qui devaient les accueillir pour convenir des spectacles pouvant être reportés, et de ceux qui, ne pouvant pas l’être, seraient annulés. Paris, le 11 avril 2020. JOEL SAGET/AFP
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April 26, 2020 6:52 PM
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Par Cristina Marino dans son blog du Monde 26 avril 2020 Le blog L’Arbre aux contes est entré dans une phase de silence depuis la mi-mars, mais les conteurs et conteuses ne se sont pas tus pour autant, bien au contraire, ils (elles) sont plus présent(e)s que jamais sur le Web et les réseaux sociaux. Pour diverses raisons (les contraintes chronophages du télétravail et la thématique générale de ce blog plutôt axée sur les comptes-rendus de spectacles vivants, entre autres), L’Arbre aux contes a choisi d’entrer volontairement dans une période d’hibernation, depuis la mi-mars, et ce au moins jusque début juin, voire la rentrée de septembre. Mais cela ne signifie pas que les conteurs et conteuses en ont fait de même, bien au contraire, les artistes de la parole, au même titre que les chanteurs, musiciens et autres intermittents du spectacle, se sont emparés avec talent de la Toile et des réseaux sociaux pour continuer à faire entendre leurs voix en ces temps de confinement mondialisé. Il m’est impossible de rendre compte en détail de toutes les initiatives qui ont fleuri sur Internet depuis le début du confinement, mardi 17 mars, en matière d’arts du récit car je risque d’en oublier une multitude tant elles sont nombreuses et variées. Le mieux est de consulter quotidiennement les deux groupes Facebook consacrés à l’actualité des contes en France : Contes en chemins et Conteu..r.se.s libres spectacles. Vous y aurez un bon aperçu (mis à jour de façon très régulière) de toutes les belles choses proposées sur les réseaux sociaux par les artistes de la parole. Il y en a vraiment pour tous les goûts et tous les âges : des vidéos en direct ou enregistrées sur YouTube, des contes audio, des spectacles sur Facebook ou Instagram, des rediffusions d’émissions radio, des journaux de bord, des poèmes partagés, des chansons improvisées, etc. Vous pouvez y piocher chaque jour de quoi remplir largement vos oreilles avec bien d’autres mots et sons que le flot d’informations en continu déversé par les médias, parfois très anxiogène. Par ailleurs, de nombreux festivals consacrés aux arts de la parole, victimes comme tous les autres de l’annulation généralisée des spectacles en France, réfléchissent à des versions numériques de leur édition 2020, afin de ne pas couper totalement les liens entre le public et les artistes. Ainsi, pour n’en citer qu’un parmi beaucoup d’autres, le Festival des Arts du récit (en Isère), contraint d’annuler sa 33e édition prévue du 9 au 23 mai, propose, du 23 avril au 10 mai, une alléchante programmation baptisée « Allo conteur ! », qui permet d’écouter en direct, le plus souvent sur inscription, des conteurs et conteuses au téléphone, en vidéo ou sur Facebook. Ces déclinaisons festivalières en ligne sont régulièrement relayées sur les deux comptes Facebook déjà mentionnés. Enfin, la revue trimestrielle spécialisée dans les « contes, conteurs, arts de la parole et du récit », La Grande Oreille, a lancé, depuis quelques jours, un projet original « Raconter avec La Grande Oreille » qui vise à réunir parents et enfants dans un temps de partage autour des contes en cette période de confinement. Il est diffusé via le compte Facebook de la revue et fera également l’objet d’un site Internet dédié permettant de retrouver en ligne les enregistrements audio et vidéo des artistes mais aussi des enfants et parents ayant participé à l’expérience. Il y a donc mille et une façons de faire continuer à vivre et retentir les voix des conteurs et conteuses malgré le confinement, à vous de faire vos propres choix dans la multitude des propositions offertes sur les réseaux sociaux, qu’elles soient gratuites ou payantes. N’hésitez pas non plus à vous mobiliser pour soutenir, y compris financièrement, les intermittents du spectacle durement touchés par cette crise sanitaire sans précédent. Pour ma part, je retourne à mon silence volontaire, mais je n’en continue pas moins à être attentive au quotidien à ces précieuses paroles d’artistes confiné(e)s. Cristina Marino
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April 26, 2020 5:37 AM
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Par Julia Vidit, publiée par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan, 26 avril 2020 Julia Vidit a créé la compagnie Java Vérité et 2006 dans le Grand Est. Son dernier et magnifique spectacle « La Bouche pleine de terre » d'après Brãnimir Sčepanovič a été créé en janvier dernier. Tout s'est arrêté à l'heure du confinement. Non, tout ne s'est pas arrêté. Elle nous a envoyé cette lettre ouverte. " Ah tu travaillais nuit et jour, tu croyais " faire du théâtre " ? Allez, ne reste pas sidérée ! Prends ce temps pour reconsidérer la catastrophe écologique planétaire, le merdier mondial ! Analyse ce que tu faisais, comment, pourquoi, et pour qui. Ce confinement imposé doit t’encourager à ralentir ton rythme et à remettre en question ton attitude ! Tu finissais, malgré tes bonnes intentions, par créer-créer-créer, diffuser-diffuser-diffuser pour transmettre-transmettre-transmettre : utopie ! L’association à but non lucratif que tu as créée, était avant tout une entreprise, enchaînée à un système, lui-même soumis aux lois du marché. À se projeter sans cesse dans le futur pour assurer le présent, tu capitalisais toi aussi ! Preuve : maintenant que le présent se fige, le futur ne se pointe plus ! Oh toi, avec ta compagnie de spectacle vivant et ta créativité, tu te croyais au-dessus de la mêlée : MAIS TOI AUSSI JULIA, JAVA, euh, VERITÉ, TU DOIS TOUT ARRÊTER, MORFLER, RÉFLÉCHIR ET REPARTIR AUTREMENT. " Vous entendez cette voix intrusive ? Depuis quelques semaines, elle s’incruste dans le creux de mon oreille. Veut-elle me révéler que cette " crise sanitaire " a un sens caché, qui rime avec dysfonctionnement ? Ce long confinement doit-il nécessairement passer par une remise en question, être un chemin de croix sacrificiel ? L’introspection est-elle un passage obligé de cette période suspendue ? Et d’abord, d’où vient cette voix ?! Qui est-elle ? Sa tonalité m’est drôlement familière. Serait-ce la mienne ? Étais-je sans le savoir une artiste paranoïaque ? Ignorais-je jusqu’ici un terrain schizophrénique capable de me dédoubler en un bavard virus à couronne ? Et n’y-a-t-il pas danger à suivre les insinuations de ce discours ? Faudrait-il céder à la peur ? Je réalise soudainement que ce virus silencieux, tout tueur qu’il est, n’a le droit ni de me faire taire, ni de me paralyser. Rêve-parenthèse : un grand acteur hurle " Mais, Julia, le théâtre ne se fait pas avec des crayons ! ". Je lui réponds à demi endormie et en larmes : " Eh bien en ce moment, si ". Voilà ! Prendre le crayon comme la parole ! Dire, témoigner, faire savoir, par tous les moyens, pour faire corps. Malgré le confinement imposé. De mars à juin, Java Vérité prévoyait l’embauche de 23 salariés en vue d’assumer ses activités dont 3 spectacles en tournée. Elle accuse le coup de 28 représentations annulées, dans 10 théâtres et autres lieux publics. Seules 4 structures culturelles indemnisent 9 de ces représentations sur la base d’un prix de cession, majoritairement revu à la baisse. À l’heure actuelle, entre annulations sèches, reports imposés sans indemnisation des dates annulées et prise en charge d’une mince partie des pertes, le déficit annonce le naufrage d’un fonctionnement déjà fragile, de nos futures créations, ainsi que des diffusions prévues la saison prochaine. Pour nos représentations en salle, annulées ou non reportées à moins de 6 mois, nous avons pris le parti de payer tous les salaires à hauteur de 70% du montant prévu, en dépassant les minima sociaux préconisés par la convention collective. La forme hors les murs et les actions artistiques n’étant aucunement pris en charge par les lieux, nous sommes pour l’instant encore dans l’incapacité de dédommager les artistes concernés. Ces décisions permettent aux salariés intermittents de percevoir un revenu décent, de déclarer un nombre d’heures correspondant à la réalité des contrats de travail initialement convenus, afin que cela soit pris en compte dans la prochaine ouverture de leurs droits à l’assurance chômage. Une mise à l’abri fugace en vue des mois à venir plus qu’incertains. Les salariés permanents, quant à eux, travaillent en activité réduite pour les prochains mois et sont donc au chômage partiel. Compagnie implantée en région et soutenue par les pouvoirs publics, nous pouvons et devons prendre ces risques pour assumer nos responsabilités. Cet état des lieux serait anecdotique ou nombriliste s’il ne ressemblait pas à tant d’autres, parfois bien pires. Je pense aux structures plus fragiles, à ceux qui cherchent, à ceux qui étaient en répétitions. À ceux qui devaient présenter leur travail à Avignon, in ou off, aux auteurs. À tous les films et livres non-nés, aux œuvres orphelines, entre autres. Je me pose deux questions : de quoi demain sera-t-il fait ? Comment ferons-nous demain ? Encore plus qu’hier et dès aujourd’hui, nous devons faire corps collectivement pour vivre nos retrouvailles avec et pour tous les publics. Plus que jamais, nous avons besoin de moyens pour défendre l’art et la culture comme un service public fondamental. Espérer de tous les théâtres une volonté de protéger et de soutenir la parole artistique. Inviter particulièrement les collectivités locales à réaffirmer leur engagement auprès des lieux et des compagnies œuvrant sur leurs territoires. Inciter l’État, les villes, les départements et les régions à ouvrir un espace de dialogue et construire l’avenir avec les artistes. Nous aurons un rôle à jouer pour penser et transposer ce monde en mutation avec les publics. " Quant à toi, petite voix qui ne dit pas son nom, je vais te répondre. Ce sera la dernière et unique fois : j’exerce un métier qui me passionne, avec des équipes extraordinaires et engagées. Je passe ma vie à travailler sur le qui, le quoi, le comment, le pourquoi, le combien. Je fréquente des auteurs, des actrices, des techniciens, des administratrices, des directrices de lieux, des enseignantes, des élus, des éducatrices qui pensent le monde et agissent chaque jour pour réunir des communautés originales, et ainsi faire évoluer les représentations collectives. Je suis attachée à un théâtre qui s'adresse à tous, fondé sur la rencontre humaine. Je crois profondément que l’art a un rôle majeur dans la société, ô combien perfectible, que nous formons. Si toi, petite voix insidieuse, tu dois être la révélatrice de quelque chose, c’est bien de l’aubaine que nous avons de questionner et de rénover en profondeur nos pratiques, artistiques et économiques. " Soyons portés par la présente remise en question, vertigineuse autant que fertile. Acceptons de nous déshabituer. Soyons convaincus que nous pourrons exercer nos arts vivants autrement, dans une confiance partagée. Faisons corps. Julia Vidit
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April 24, 2020 6:03 AM
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Le monde invisible, une chronique parue dans L'Oeil d'Olivier - Publié le 20 avril 2020 Comme moi, vous avez vu qu’une foultitude de journaux de confinement apparaissent, phénomène prévisible s’il en est. Le jogging et l’écriture solitaire auront sans doute été les grands vainqueurs de nos retraites forcées.
Cette floraison de chroniques quotidiennes, intimes, décalées, fanfaronnantes ou désespérées — j’en tiens une moi-même bien au secret dans les couches de silicium de mon portable — je suis loin d’en connaitre toute la palette, mes journées sont trop courtes. Entre les visiomachins, les mails, le téléphone avec mon amour, les livres, la cuisine, le jogging et last but not least mon fils, les heures s’enfuient comme en plein mois d’août. Je peux pourtant supposer sans trop prendre de risque que ces œuvres d’auto-commande sont toutes nouées à un même endroit : rester visible, ne pas disparaître, rester vivant.
Jamais peut-être le lien entre le visible et le vivant n’aura été rendu aussi organique.
Notre privation des autres, de leur regard en direct, de leur voix en direct est une amputation d’une partie de nous-mêmes. Nos chroniques, nos gesticulations dans les petites fenêtres en visio, nos coups de téléphones d’une heure trente en sont les membres fantômes. Et moi qui suis plutôt « un Nerd dans ses bouquins » comme m’appelle mon fils du haut de sa science de l’existence déjà vieille de 14 années, moi que ces mesures radicales de distanciation sociale ont tendance à reposer, je sens tout de même sourdre la peur de devenir invisible. Cette peur bien connue des artistes, celle qui aiguillonne le génie autant qu’elle pousse le maladroit au grand n’importe quoi, cette peur de l’invisibilité est devenue le moindre mal de la pandémie.
Je précise le moindre mal. Le grand mal lui peut être mortel. Mais on m’autorisera à ne pas en parler ici, les chaines d’info s’en chargent.
Je suis metteur en scène et je dirige une compagnie, autant dire que je passe ma vie à distiller le passage de l’invisible au visible : à rêver, produire, planifier, travailler à la table, répéter au plateau des spectacles, pour enfin, ensemble avec l’équipe, les montrer aux autres, au plus grand nombre. J’aime cette part immense du travail invisible, les combats initiaux avec le doute, l’ouverture aux proches, l’écriture des intentions, les premiers rendez-vous, les propositions aux acteurs, aux créateurs, aux techniciens. Je décris ici une lente gradation de mise en « visibilité » de ce qui n’est au départ qu’une pensée muette, une idée quasiment informulée, un désir seulement jusqu’à la rencontre avec le regard et le discours des autres. Et le travail invisible se poursuit aussi pendant et après la représentation, le lieu de toutes les nouvelles rencontres, le temps du tissage des affinités, des tournées d’avenir. Le théâtre est un endroit magnifique qui articule mon existence entre les choses de l’esprit et celle du monde. Je l’ai choisi très jeune, je m’en souviens, tout à fait conscient que le « nerd » en moi, le timide disait-on à l’époque, y trouverait toujours matière à « être au monde ». Je ne me suis pas trompé.
La peur de l’invisibilité qui nous étreint révèle notre part la plus affectée par le confinement : Bien loin de n’être qu’une réaction d’égo, c’est notre désir d’ « être au monde » qui éclate dans le silence des rues désertes. Ce désir est sans doute le plus vivant des moteurs artistiques.
Aujourd’hui la représentation et une bonne part du travail invisible qui l’entoure sont encore impossibles. Pas de répétitions, pas de nouvelles rencontres d’après spectacle, rien de simple dans les projections d’avenir. Les annulations sont douloureuses, les retards s’accumulent, les inquiétudes augmentent. Et avec ce confinement qui se la joue de prolongation en prolongation, plus le désir s’accroit, plus l’effet se recule. C’est bien connu.
Mais le temps reviendra, heureusement, où nous « montrerons » de nouveau. Les spectacles naîtrons, les dates marquées d’un cercle rouge retrouveront leur loi d’airain. Incontournables, absolues, comme il se doit. Comme le grand monde, notre petite société reprendra ses couleurs. D’aucuns, les tourneurs de page de tout temps, se précipiteront dans la surconsommation, d’autres, plus alertés, essaieront de changer la donne en inventant les nouvelles solidarités pour une société qu’ils souhaitent nouvelle.
Le monde enfin.
Bien sûr, il faudra convaincre nos partenaires, les institutionnels, les théâtres, que les conséquences sont réelles, et paradoxe salé, surtout dans l’invisible. Il faudra les convaincre qu’il faut soutenir les artistes, les compagnies, adapter les réponses au cas par cas. Bien sûr, il nous faut garder la tête froide et imaginer pour un certain temps encore un monde où être les uns contre les autres dans le hall d’un théâtre nous semblera improbable.
Le monde quand même !
Pour ma part simplement, et je le crois pour beaucoup d’entre nous, j’aurai réappris à la dure ce lien organique entre ce que je fais et ce qui me tient en vie.
Laurent Hatat, Metteur en scène Critique de sa dernière création : Histoire de la Violence d’Edouard Louis
Crédit photos © DR Victor Guillemot
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Le spectateur de Belleville
April 20, 2020 11:23 AM
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Propos recueillis par Trina Mounier - Les Trois Coups - 16 avril 2020
Arnaud Meunier dirige la Comédie de Saint-Étienne, dotée d’une école depuis 2011. Avec la directrice des études, Duniemu Bourobou, il répond à nos questions sur la poursuite des activités pédagogiques, envers et contre tout.
Pouvez-vous préciser les caractéristiques de l’École de la Comédie ?
Notre école comprend trois secteurs : l’École supérieure d’Art dramatique, qui concerne deux promotions, l’une qui devrait sortir diplômée en fin de saison et la deuxième année. Dans le cadre de l’égalité des chances, une classe préparatoire intégrée forme une dizaine de jeunes gens aux concours d’entrée dans l’enseignement supérieur. Enfin la formation professionnelle et continue comprend notamment ceux qui sont en validation des acquis de l’expérience (VAE) et qui sont déjà des professionnels. Or, la Comédie est fermée depuis le 16 mars. Maintenir le contact et travailler par visioconférence est devenu la règle dans tous les secteurs, ce qui n’est pas compliqué pour l’enseignement général et le chant, par exemple, mais l’enseignement est évidemment interactif et très individualisé. Si l’activité de l’École est maintenue, elle est donc très digitalisée. Chaque fois, nous faisons du cas par cas.
Il vous a fallu trouver des solutions particulières pour chacun de ces secteurs ?
Par exemple, pour les élèves de la classe préparatoire, il fallait veiller à ce qu’ils ne se démotivent pas, qu’ils restent dans une dynamique. C’est un véritable enjeu, car la grande majorité d’entre eux sont rentrés chez eux et le travail en autonomie est parfois difficile. Comme ils préparent les concours des écoles supérieures d’art dramatique, c’est particulièrement important pour eux de rester mobilisés.
Qu’avez-vous mis en place, concrètement ?
Grâce à une plateforme collaborative, les étudiants doivent rendre quotidiennement un travail sur une thématique précise, qui change chaque semaine et qu’on alimente avec des livres, des films. Cela leur permet de rester actif, de continuer à acquérir des compétences, de muscler leurs outils, à commencer par leur mémoire.
Comment stimuler la créativité ?
Des projets créatifs se mettent en place pour les élèves des deux promotions en cours. Ainsi, en deuxième année, on a gardé des laboratoires avec Magali Bonat et Agathe L’Huillier. Pour conserver l’expérience du direct, on utilise la vidéo et on travaille à partir de monologues. On leur propose aussi du travail d’écriture, notamment à partir des personnages de Britannicus. Quant aux élèves de troisième année, ils mettent en place une bibliothèque numérique avec Mathieu Montanier : chacun choisit un court extrait et le présente en vidéo.
Les travaux déposés sur la plateforme sont accessibles à tous, de façon à pouvoir continuer à travailler ensemble. En ce qui concerne la deuxième année, les répétitions des deux pièces commandées à une jeune auteure, Haïla Hessou, devraient avoir commencé. Avec elle et le parrain de la promotion, Olivier Martin-Salvan, nous leur avons demandé de transformer ces créations en web-séries qui pourront être montrées. Les cours de chant, de danse, de yoga continuent par vidéo, via Whatsapp.
Pour le diplôme d’État, et notamment la VAE, on maintient l’accompagnement collectif par le biais de l’application Zoom. On a réussi à assurer une continuité pédagogique pour l’ensemble des élèves.
Des partenariats existent-ils avec d’autres structures ?
Les deux écoles participent au dispositif mis en place par La Colline, Le Creux de l’oreille [les poissons pilotes de la Colline], qui propose à des comédiens, ayant déjà travaillé dans ses productions, de dire des textes à des spectateurs en les appelant personnellement au téléphone, comme une confidence.
Parmi eux, des comédiens de l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (ENSATT) et de la Comédie de Saint-Étienne. Deux heures par jour et par comédien, cela représente un engagement réel. On pourrait penser que l’opération va concerner très peu de monde, mais elle a pris une ampleur exceptionnelle. À la fin du confinement, plusieurs milliers de personnes auront été touchées. La preuve que le théâtre est toujours bien vivant ! ¶
Propos recueillis par Trina Mounier
Comédie de Saint-Étienne
Place Jean Dasté • 42000 Saint-Étienne
04 77 25 14 14 • Facebook
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Le spectateur de Belleville
April 20, 2020 9:27 AM
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Communiqué du SFA - Info NewsTank MUS, SPEC - Paris - lundi 20 avril 2020 - Actualité n° 180990 • « Neutralisation des droits ouverts jusqu'à la reprise possible d’une activité “normale”, • prolongation des droits d’un an, à l’issue de la “neutralisation”, • abaissement dérogatoire et exceptionnel du seuil de 507 à 250 heures pour les “entrants” », telles sont les demandes du SFA-CGT pour les artistes interprètes dans le contexte de l'épidémie de Covid-19, apprend News Tank le 20/04/2020.
« Le Président de la République Emmanuel Macron a annoncé (le 13/04/2020 NDLR), la levée progressive du confinement strict à partir du 11/05/2020. Dans le même temps, les rassemblements - dont les festivals de l’été - resteront interdits, au moins jusqu’à la mi-juillet. Dans ce contexte, les premières mesures annoncées concernant l’assurance chômage sont insuffisantes, en particulier pour les artistes interprètes du spectacle vivant qui seront les parmi les derniers à retrouver des conditions d’exercice normales », indique le syndicat.
Le SFA-CGT propose que la date de réouverture des salles de spectacle « serve à calculer la fin de la période de “neutralisation” » et souhaite que cette fin de neutralisation se traduise « par l’allongement automatique de tous les droits en cours de la durée de la neutralisation ; l’allongement automatique de la période d’affiliation de la durée de la neutralisation ainsi que la prise en compte des heures et cachets déclarés durant la durée de la neutralisation ».
Le SFA-CGT propose également un « Fonds Transitoire Covid-19 » qui soit « abondé par l’État, afin de maintenir l’indemnisation jusqu’à un an pour ceux qui ne rempliraient pas les critères de réadmission, même à leur date anniversaire décalée ». Le syndicat demande également de « ramener de manière dérogatoire et exceptionnelle le seuil d’entrée dans les annexes à 250 heures. Cette mesure serait strictement limitée aux demandeurs d’emploi ne bénéficiant d’aucune prise en charge au titre de l’assurance chômage et établie uniquement sur une fin de contrat attestée à partir de janvier 2020 ».
Le décret « portant mesures d’urgence en matière de revenus de remplacement » en date du 14/04/2020 prévoit notamment pour les intermittents : la prolongation des droits pour les allocataires arrivant en fin de droits pendant la période de confinement ; la prolongation de la période de recherche de droits ; le décompte des jours ou cachets pour les contrats dont l’employeur a eu recours à l’activité partielle à raison de sept heures par jour ; la « neutralisation » des jours de chômage qui seront retirés du calcul des droits et l’assouplissement provisoire de la dégressivité pour les cadres intermédiaires. Syndicat Français des Artistes interprètes • Syndicat professionnel des artistes dramatiques, chorégraphiques, lyriques, de variété, de cirque, des marionnettistes et des artistes traditionnels • Délégation générale : Frank Getreau, Jimmy Shuman, Jean-Maximilien Sobocinski et Lucie Sorin • Secrétaire nationale : Claire Serre-Combe • Tél : 01 53 25 09 09 https://sfa-cgt.fr/accueil
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