Revue de presse théâtre
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"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE";    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre

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Quelques astuces pour tirer profit de tous les services de  la Revue de presse théâtre

 

 

Les publications les plus récentes se trouvent sur la première page, mais en pages suivantes vous retrouverez d’autres posts qui correspondent aussi à l’actualité artistique ou à vos centres d’intérêt. (Navigation vers les pages suivantes au bas de la page)

 

 

 Les auteurs des articles et les publications  avec la date de parution sont systématiquement indiqués. 

 

Les articles sont le plus souvent repris intégralement.

 

Chaque « post » est un lien vers le site d’où il est extrait. D’où la possibilité de cliquer sur le titre ou la photo pour lire l’article entier dans son site d’origine .  Vous retrouverez la présentation originale de l'article : les titres, les photographies et les vidéos voulues par le site du journal ou l’auteur du blog d’où l’article est cité.

 

 

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Vous pouvez faire une recherche par mot sur 9 ans de publications de presse et de blogs théâtre, soit en utilisant la liste affichée ci-dessus des mots-clés les plus récurrents , soit en cliquant sur le signe en forme d’entonnoir - à droite de la barre d’outils - qui est le moteur de recherche de ce blog ("Search in topic") . Cliquer sur l'entonnoir et ensuite taper un mot lié à votre recherche. Exemples : « intermittents » (plus d’une centaine d’articles de presse comportant ce mot) « Olivier Py» ( plus de cinquante articles ), Jean-Pierre Thibaudat (plus de cent articles),  Comédie-Française (plus de cent articles), Nicolas Bouchaud (plus de cinquante articles), etc.

 

Nous ne lisons pas les "Suggestions" (qui sont le plus souvent jusqu'à présent des invitations, des communiqués de presse ou des blogs auto-promotionnels), donc inutile d'en envoyer, merci !

 

Bonne navigation sur la Revue de presse théâtre !

 

Au fait, et ce tableau en trompe-l'oeil qui illustre le blog ? Il s'intitule  Escapando de la critica, il date de 1874 et c'est l'oeuvre du peintre catalan Pere Borrel del Caso

 

Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 9:31 AM

Peut être utile au lycée

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Les Petites Filles, texte et mise en scène de Marion Pellissier.

Les Petites Filles, texte et mise en scène de Marion Pellissier. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello - 9 avril 2021

 


La petite fille traditionnelle est une enfant de sexe féminin jusqu’à l’âge nubile, une fillette, une gamine, une gosse, une « mignonne petite ». Selon le roman de la comtesse de Ségur, Les Petites Filles modèles, elles sont des poupées vivantes, plus ou moins porteuses de manières policées, jouant encore aux petites alors qu’elles sont prêtes à devenir grandes, si on leur marque de la considération, en faisant appel à la raison.

 

Le titre des Petites Filles de Marion Pellissier, une antiphrase moqueuse, ne correspond pas à l’imagerie attendue des tableaux académiques et paisibles dont les enfants jolis sont obéissants.

 

L’enfance – prouesse et menace – est un monde autre, le reflet parfois effrayant de l’adulte et non symbole d’innocence. Au romantisme succède la désillusion des enfants malfaisants, dénoncée par la tradition classique : il « naît chargé comme une bombe à fragmentation », portant « toute la crapulerie des générations précédentes… des grenades dégoupillées. » (B. Blier, Existe en blanc.)

 

Au XXI ème siècle, on déplore dans l’enfance l’héritage des générations porteuses de mal. L’enfant, considéré déjà au XIX ème siècle comme piégé par l’hérédité, est le réceptacle involontaire des passions, des préjugés, des fureurs adultes. En état provisoire, il est impertinent, passe de la privation de la parole à la destruction et à la dispersion de sa parole d’enfance.

 

Les petites filles de Marion Pelissier sont fanfaronnes, aimant jouer aux gendarmes et aux voleurs, représentant chacune une singularité, les tenantes d’une griffe particulière – la demande âcre et volontaire d’une reconnaissance existentielle et d’une place admise et accordée dans la société. Pour y parvenir, elles jouent du coude, rivalisent de coups bas et bousculent les codes de la bienséance : seul compte le rapport de pouvoir de l’une sur l’autre, de l’une sur toutes les autres, le désir d’en finir avec celle qui est considérée comme une concurrente, une ennemie, un danger.

La dernière arrivée est appréciée d’emblée comme la femme à abattre et elle ne doit pas résister.

 

Disputes, prises de bec, engueulades dans l’oubli de soi et des règles en société, le paysage humain qu’offre au regard ces Petites Filles – de jeunes femmes plus ou moins adolescentes – n’est guère réjouissant : têtes fortes, comportements brutaux et durs, verbe grossier et sans tenue.

 

L’une, un peu maladroite et nigaude, parle par dictons et expressions toutes faites non maîtrisées, inversées ou entremêlées – une belle dimension comique. L’autre veut être la cheffe et ne s’exprime qu’en fulminant, braillant et hurlant, sans la moindre considération de ses interlocutrices. 

D’autres encore sont davantage nuancées, formant duo ou bien trio avec leurs compagnes, jouant les petites filles des « puissantes », telle la figure de la mère – femme sensuelle et provocatrice.

 

Ces six femmes vivent ensemble, vêtues d’une même blouse bleue de pensionnat d’une époque révolue, dans un lieu indéfinissable dont la scénographie attire l’attention. L’avant-scène du plateau tient lieu de hall d’entrée, de long vestibule, séparé sur le lointain par les parois et les vitres transparentes de la cuisine et de la chambre attenantes, installées en quinconce à l’entrée d’une petite porte qui ouvre sur les deux territoires que se partagent les locataires, malgré elles. 

 

Ces deux pièces ne sont pas visibles directement, le regard n’y pénètre que grâce à la vidéo. A la construction du décor, Camille Burnod, à la vidéo Nicolas Doremus, Nicolas Comte, Florian Bardet, à la lumière Jazon Razoux, au son Thibault Lamy. Et aussi à la composition Jean-Baptiste Cognet.

 

Au début de la pièce, les jeunes femmes viennent toutes s’adresser au public, en rangée ordonnée, peu claires sur leur situation, hésitantes et emplies de doutes, n’autorisant pas que l’une ou l’autre prenne le dessus sur le groupe – parole ou pouvoir. En l’absence de quatrième mur, le public est présent, qui les regarde, comme obligé à une « surveillance » qu’il n’a pas demandée. 

Les spectateurs sont là, malgré eux, participant aux  « journées des visiteurs » pour regarder les protagonistes visiblement préparées à l’arrivée du public et expliquant tant bien que mal qu’elles s’adresseront à lui, toutes ensemble ou pas du tout. Un acte solidaire qui leur semble nécessaire.

 

Malgré cette promesse, chacune viendra trahir sa parole et s’entretenir en privé quelques instants avec les spectateurs qui l’écoutent sans jamais émettre eux-mêmes avis ou conseil, forcément. Celles-ci, en cachette des autres, tentent de se mettre en avant, comme par hasard. Dans ce jeu de masques, ces femmes Petites Filles, vont s’écorcher à vouloir saisir leur place dans la société.

 

Pour l’autrice et metteuse en scène Marion Pellissier, le spectacle correspond à un scénario d’anticipation dans lequel la durée des peines de prison n’existe plus. Ces six femmes sont enfermées dans une maison comme dans une prison autogérée, sans promesse de sortie, car les crimes ne sont pas punis par une durée d’emprisonnement mais un enfermement pur et simple.

Dans ce nouveau système carcéral, le peuple, selon la conceptrice, serait appelé à choisir celle qui est apte à réintégrer la société, lors de ces « journées de visiteurs », temps d’observation de ces détenues : une situation d’inconfort et d’effroi des protagonistes sollicitant l’attention du public

 

Ce groupe de jeunes filles ainsi sélectionnées dans un lieu clos est observé en permanence par des caméras de surveillance, en alternance avec la représentation théâtrale scénique. Est reconnaissable le dispositif élémentaire du cinéma, ou plus exactement de la télé-réalité qui enferme des personnages, acteurs ou pas, dans un cadre et un décor, le temps de prises longues.

Si ce n’est que les spectateurs semblent appelés à voter non pas pour exclure du jeu en cours l’une de ces femmes, mais pour choisir en échange celle qui pourrait prétendre à la liberté et s’enfuir de cet enfermement mortifère qui les frustre de pouvoir mener une vie « normale ».

 

La télé-réalité provoque une utilisation dénaturée de l’émotion dans un jeu approximatif et contrôlé, genre télévisuel suivant artificiellement, en feuilleton et par le biais de la fiction, les situations de la vie quotidienne ou ordinaire d’anonymes sélectionnés pour participer à une émission télévisuelle. 

Ici, l’ambiguïté prévaut entre une situation théâtrale classique de huis-clos avec vidéo et la possibilité d’y échapper via la télé-réalité qui emprunte également à la danse et à la chorale. Le jeu des comédiennes est parfois excessif puisqu’il s’agit de se mettre en valeur face aux visiteurs. Il est peut-être la métaphore des efforts démultipliés que les femmes nouent encore avec l’Autre – le public, l’homme -, sujet et objet de conquête individuelle et sociale et de rêve érotique.

 

Les comédiennes Charlotte Daquet, en alternance avec Carole Costantini, Jessica Jargot, Zoé Fauconnet, Julie Mejean, Savannah Rol, Marie Vires, ne ménagent pas leurs efforts, jouant le rôle qu’elles se sont approprié avec force et constance, des personnalités identifiables et attachantes.

 

Véronique Hotte

 

 

Présentation professionnelle du 7 avril au Théâtre Jean Vilar, 1 Place Jean Vilar 94400- Vitry-sur-Seine. Tournée 2021/2022 : du 30 novembre au 7 décembre au Hangar Théâtre à Montpellier. Le 9 décembre au Théâtre de Narbonne – Scène Nationale.

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Cirque : une nouvelle ménagerie sous le chapiteau

Cirque : une nouvelle ménagerie sous le chapiteau | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosita Boisseau dans Le Monde - 9 avril 2021

 

Chiens, chevaux, pigeons et escargots sont à l’honneur du festival Spring, avec spectacles retransmis en ligne.


La chienne Alba, le chat Candide, les chevaux Tchapakan et Pepito, le corbeau Gus, les pigeons Mambo et Ronchon et… des escargots. Retour à la ferme ? Non. Opération « Le cirque contemporain met en scène des animaux ». Allons bon… Alors que la présentation des animaux sauvages dans les enseignes traditionnelles est devenue plus que problématique – 28 pays l’ont bannie tandis que la France est en voie de l’interdire –, voilà que des artistes invitent des animaux à partager le plateau avec eux.

 

Lire aussi : Animaux et spectacles, un travail de bête

C’est avec sa chienne Alba que le jongleur Vladimir Couprie joue Connexio. Programmé à huis clos le 14 mars, à Spring, festival des nouvelles formes de cirque basé à Cherbourg qui devait se dérouler du 12 mars au 17 avril, le spectacle est retransmis en ligne du 9 avril au 16 avril. Il reflète un mouvement plus large autour de l’animal, de l’environnement et de la nature, que la piste et le théâtre accueillent aujourd’hui. « C’est évidemment un clin d’œil à la polémique autour de la présence des animaux sauvages sous les chapiteaux traditionnels, commente Yveline Rapeau, directrice de la manifestation. Que le cirque contemporain réintroduise des animaux domestiques dans les spectacles me fait sourire. Il s’est dressé contre la tradition et il retrouve aujourd’hui le goût de la présence animale. Plus largement, il s’affranchit de tous les interdits qu’il s’était donnés à ses débuts dans les années 1980. Jusqu’à la construction en numéros qui apparaît ! Tant mieux car le dogme est terrible et tout doit être permis. »

« Réconciliation avec les bêtes »

Sous le titre « Ménagerie contemporaine », ce programme, qui rassemblait cinq pièces, pose le socle d’une nouvelle ère de cohabitation avec l’animal. « Je fais confiance aux artistes que je connais pour réinventer le lien à l’animal, ajoute Yveline Rapeau. Il n’est plus question de domination et de fouet mais de douceur, de bienveillance, de tendresse, de réconciliation même avec les bêtes et plus largement la nature. On se met dans le même monde, dans le même temps qu’eux, on ne les amène pas de force dans le nôtre. »

 

Avant de rêver de meutes de loups, Vladimir Couprie, actuellement en résidence de création à la Cascade, pôle-cirque basé à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche), n’y connaissait rien. A l’instinct, en 2017, il commence à chercher un chien, visite des élevages et accueille bientôt Alba, berger blanc suisse. « J’avais en tête des images de numéros démonstratifs avec des caniches que je ne voulais pas reproduire, raconte-t-il. J’ai aussi croisé, lors d’une tournée avec un cirque en Italie, un montreur d’ours qui m’a effrayé par son dressage qui faisait souffrir les bêtes. Bref, je me demandais ce que j’allais pouvoir imaginer avec Alba. »

 

Couprie, qui a pris conseil auprès de l’éleveur et a obtenu l’attestation de connaissances pour les animaux de compagnie d’espèces domestiques (Acaced), a d’abord travaillé au mordant avec Alba, qui déchire en direct son costume sur scène : « Je l’ai beaucoup observée et j’ai vu qu’elle adorait mordreNous avons trouvé ensemble des jeux d’équilibre, des tours avec mon diabolo. En revanche, je n’exige rien pendant le spectacle. Je prends en considération le temps présent et j’accepte ce qui arrive sans que rien ne soit tout à fait sous contrôle. » Alba est libre mais à l’écoute de Vladimir Couprie.

 

Le bien-être animal, évoqué par les artistes mais aussi des scientifiques comme Jocelyne Porcher – qui défend depuis 2007 le concept de « travail animal » à l’Institut national de la recherche agronomique, à Montpellier – et des philosophes comme Vinciane Despret, est encore au cœur des réflexions de Judith Zagury, fondatrice du ShanjuLab, laboratoire de recherche théâtrale sur la présence animale, à Gimel (Suisse). En contact permanent avec des chevaux, des cochons, des chèvres, des poules, des chiens et des chats, celle qui a été le coach-cheval de Laetitia Dosch pour la pièce Hate (2018) « ose penser et vivre des projets théâtraux avec des animaux qui peuvent être bénéfiques à eux et au public ».

 

Lire aussi : Laetitia Dosch, la belle et la bête

« Changer l’attente du public »

« Un animal ne peut selon moi être le prétexte d’un spectacle, insiste Judith Zagury. Il doit toujours s’agir d’une rencontre avec lui. En scène, l’objectif est de le faire exister dans une forme qui ne peut pas être fixe. On doit repenser le contexte et s’adapter à son bien-être dont nous sommes responsables sur le plateau mais aussi dans les coulisses. » Quant au bénéfice pour les spectateurs, Judith Zagury l’évoque ainsi : « C’est changer l’attente du public envers un animal sur scène qui doit automatiquement faire des exploits. En fait, il peut ne pas être performant, il peut somnoler, exister simplement à côté d’une actrice. Cela ouvre d’autres possibles et imaginaires pour lui et nous. »

Yveline Rapeau, directrice du festival Spring : « Il n’est plus question de domination et de fouet mais
de douceur, de bienveillance, de tendresse »

Cette proximité au quotidien enveloppe le processus créatif. David Gervais, Erwan Cadoret et Julien Le Vu habitent à la campagne ou au bord de la mer en Bretagne. « Un jour, Erwan a posé un escargot sur une petite balançoire en fil de fer, et l’idée d’une fête foraine pour des escargots est née », raconte David Gervais, qui a été garçon de ferme en Ardèche avant de choisir le cirque et la scénographie. De cette rencontre entre copains, naît Slow Park, pièce sous une yourte pour une centaine de fauves à cornes, une grande roue, un train fantôme, en tournée depuis cinq ans. « Je trouve les escargots dans les sous-bois près de chez moi, poursuit David Gervais. Je les ramasse entre minuit et 1 heure du matin avec une lampe frontale et je les redépose après les représentations au même endroit. Le spectacle est maintenu humide par un circuit de goutte à goutte. Slow Park est une invitation à la contemplation, à la lenteur, dont nous sommes en quelque sorte les jardiniers. » La pièce ne joue que de mars à octobre pour cause d’hibernation des gastéropodes.

Lorsque histoires de vie et de travail s’entrelacent, les spectacles ont la saveur d’un moment partagé avec le public. Depuis 2006, Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias, de la compagnie Baro d’evel basée entre Toulouse et Saint-Gaudens, sont entourés d’oiseaux et de chevaux. Ils tournent actuellement La, pour deux humains et un corbeau, et Falaise, avec un cheval, des pigeons et huit acrobates. « Dans le contexte de crise actuelle, écologique et sociétale, il est urgent de créer des espaces de recherche sur de nouvelles collaborations avec le monde animal, affirme Camille Decourtye. Il s’agit de tenter de vivre ensemble, de se poser des questions sur la façon dont on s’adresse par exemple à un animal. Il faut croire en la possibilité de faire monde commun. » Elle ajoute : « Si je devais arrêter mes aventures avec mon corbeau Gus, ce serait nous priver l’un et l’autre de beaucoup d’espaces de complicité. »

 

Connexio, de Vladimir Couprie. Retransmis le 9 avril à 18 h 00. Jusqu’au 17 avril sur festival-spring.eu et la chaîne YouTube du Cirque-Théâtre d’Elbeuf.

Hate, de Laetitia Dosch, à voir sur vimeo.com.

 

Rosita Boisseau

 

Le jongleur Vladimir Couprie, avec sa chienne Alba, au festival Spring, en mars à La Brèche- Pôle national cirque de Cherbourg-en-Cotentin. CHRISTOPHE MORISSET

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Le revenu brut mensuel moyen des intermittents a diminué de 400 euros en 2020, selon l’Unédic

Le revenu brut mensuel moyen des intermittents a diminué de 400 euros en 2020, selon l’Unédic | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard dans Le Monde - 9 avril 2021

 

L’étude révèle d’importantes disparités selon les branches, dont les plus touchées sont le spectacle vivant et les prestations techniques.

 

C’est une étude qui tombe à point nommé. Publiée le 26 mars par l’Unédic, elle analyse « l’impact de la crise sanitaire sur l’emploi des intermittents du spectacle en 2020 ». Alors que la ministre de la culture, Roselyne Bachelot, et la ministre du travail, Elisabeth Borne, devraient recevoir, dans le courant de la semaine prochaine, les conclusions de la mission de diagnostic – confiée à André Gauron, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes – sur les suites à donner à l’année blanche, les chiffres fournis par l’Unédic révèlent d’importantes disparités entre les différentes branches et selon les métiers du secteur culturel.

 

Sur tout le territoire, les salles de concerts, les cinémas et les théâtres sont fermés au public depuis mars 2020 (hormis une réouverture partielle entre fin juin et fin octobre). Malgré ce contexte, « l’activité globale dans le spectacle intermittent professionnel s’élève, en 2020, à 71 % de l’activité en 2019 », indique l’organisme gestionnaire de l’assurance-chômage. Sans surprise, le spectacle vivant (59 % d’activité en 2020 par rapport à 2019) est généralement plus affecté que le spectacle enregistré (86 %). Derrière ces pourcentages se cachent des écarts considérables. Ainsi, si la production de films d’animation, la radiodiffusion et la production audiovisuelle ont été peu impactées en 2020, à l’inverse, le spectacle vivant privé et les prestations techniques pour la création et l’événement ont vu leur activité tomber respectivement à 50 % et 42 % de celle de 2019.

 

Du côté des métiers, les plus touchés par la crise sont les professions techniques de la lumière, de l’éclairage, du plateau et de la machinerie, dont l’activité a diminué de moitié par rapport à 2019. Et, parmi les artistes, les musiciens et les chanteurs sont les plus mal lotis, avec seulement 57 % de leur activité habituelle, suivis par les danseurs (61 %).

« Limiter la casse »

Afin de couvrir les allocataires intermittents du spectacle dans l’impossibilité de réaliser les 507 heures de travail indispensables pour ouvrir des droits, Emmanuel Macron annonçait, le 6 mai 2020, la mise en place d’une « année blanche », permettant de prolonger les indemnités chômage jusqu’au 31 août 2021. Qu’en est-il aujourd’hui du nombre d’heures réalisées et de l’évolution des revenus ?

 

Si la baisse des salaires a été en partie amortie par l’année blanche, « 65 % des allocataires ont cependant vu leur revenu global diminuer », note l’Unédic

 

 

Selon l’étude, « fin décembre 2020, sur les 118 000 intermittents indemnisables et qui ont ouvert leurs droits entre mars 2019 et août 2020, 57 % ont déjà cumulé plus de 507 heures ». Là encore, des différences apparaissent : sur les 58 000 techniciens, 65 % ont cumulé plus de 507 heures, alors que, sur les 60 000 artistes, seuls 50 % ont pu les faire. Surtout, avant la crise, ils étaient globalement 82 % à les réaliser, et donc à être réadmis dans le régime d’allocation.

 

Sans surprise, le revenu brut mensuel moyen (salaire, plus indemnisation) des intermittents du spectacle a diminué, passant de 2 500 euros en 2019 à 2 100 euros en 2020. Si la part du salaire brut mensuel moyen a fortement chuté (de 1 450 euros en 2019 à 900 euros en 2020), en revanche, le montant d’indemnisation brut mensuel moyen a progressé (1 300 euros en 2020 contre 1 000 euros en 2019). « Au cours de l’année blanche, l’assurance-chômage a joué son rôle, l’indemnisation a permis de limiter la casse sur les revenus », résume Odile Muller, l’une des autrices de l’étude.

 

 

Si la baisse des salaires a été en partie amortie, « 65 % des allocataires ont cependant vu leur revenu global diminuer », note l’Unédic. Parmi eux, 25 % enregistrent une baisse de leur pouvoir d’achat de 15 % à 30 %, et, pour 6 %, elle atteint plus de 30 %.

Lorsque le président de la République s’était engagé sur l’année blanche, personne n’imaginait que, onze mois plus tard, le confinement serait toujours d’actualité, et les lieux culturels encore à l’arrêt. Que va-t-il se passer après le 31 août, lorsque l’année blanche s’arrêtera et que la situation des allocataires sera réexaminée ? C’est tout l’enjeu du rapport Gauron, très attendu.

 

Lire l’enquête : La saison sinistrée des intermittents du spectacle

Au regard de l’étude de l’Unédic, on comprend mieux pourquoi les ministres de la culture et de l’emploi ont demandé que la mission « différencie l’analyse selon le secteur d’activité concerné, le métier exercé et la date anniversaire des droits des intéressés ». Alors qu’une centaine de théâtres sont actuellement occupés en France pour réclamer l’abrogation de la réforme de l’assurance-chômage, qui va durcir les règles pour tous les chômeurs, la reconduction d’une année blanche pour tous les intermittents semble incertaine.

 

Sandrine Blanchard

 

Légende photo : Concert devant l’Odéon-Théâtre de l’Europe, le 27 mars 2021, à Paris. Les intermittents du spectacle manifestent contre la réforme de l’assurance-chômage, qui doit entrer en vigueur au 1er juillet. STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

 

 

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Rachid Ouramdane à Chaillot : la prise du palais divers 

Rachid Ouramdane à Chaillot : la prise du palais divers  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Thomas Corlin et photo Audoin Desforges publié le 8 avril 2021 dans Libération

 

Le chorégraphe de 50 ans, qui vient de prendre la tête du Théâtre national de la danse, entend varier les publics et les événements, y compris et avant tout hors scène.

 

 

«Le Trocadéro est vide de nos jours, mais je vais vous faire un concert ici et maintenant, j’ai juste besoin de deux ou trois personnes et ça me fait un public !» s’égosille une dame d’une cinquantaine d’années qui se présente en tant que Colette, avant de ravager un classique d’Edith Piaf sur la fameuse esplanade où, jadis, les touristes se prenaient en photo touchant le bout de la tour Eiffel. En ces temps de fermeture des salles de spectacles, la scène est poignante, plantée au milieu d’une zone touristique mise hors service par un an de Covid et plusieurs chantiers. Ne restent que quelques vendeurs de babioles qui font de la résistance, et les habitants de ce coin huppé qui concentre plusieurs institutions patrimoniales, toutes fermées actuellement.

 
 

L’une d’entre elles se cache sous cette majestueuse terrasse, et se répand sur 26 000 mètres carrés : Chaillot, Théâtre national de la danse. Parmi les dorures et statues de son vaste et désert espace bar surplombant les fontaines du Trocadéro, son tout nouveau directeur, le chorégraphe Rachid Ouramdane, enchaîne les interviews. Le voisinage luxueux et le faste art déco de ce théâtre national (l’un des six en France et le seul consacré à la danse) semblent bien loin du cadre de périphérie urbaine du Centre chorégraphique de Grenoble, dont il vient de quitter la direction (qu’il partageait depuis quatre ans avec Yoann Bourgeois – actuellement au cœur d’une controverse pour plagiat mais reconduit dans ses fonctions). Ouramdane suggère pourtant de «re-regarder l’environnement de ce lieu, et de ne pas se créer de barrière symbolique quant à son inscription sociale présumée. On trouve également ici, toute la journée, des vendeurs à la sauvette, des jeunes qui font du skate, des promeneurs d’origines variées… Il y a déjà de la diversité dans ce périmètre.» Du public potentiel pour le mastodonte dont il vient de prendre les rênes ?

 

Transversalité

C’est en tout cas ce qu’espère sincèrement le danseur et chorégraphe de 50 ans, grandi en banlieue d’Annecy dans un milieu modeste et venu à la danse par le hip-hop, quand c’était encore une pratique de rue. Son projet pour Chaillot, qu’il a soumis en décembre pour succéder à Didier Deschamps, a pour maître-mot «l’hospitalité» et devrait se déployer à travers une politique déterminée en matière de développement des publics et une offre décuplée d’événements hors plateau. Dans un contexte où le mot d’ordre est plutôt la distanciation et où les calendriers de réouverture relèvent toujours plus du mirage, le nouveau directeur reste lucide mais affiche déjà son cahier des charges et sa vision pour l’ancien Théâtre national populaire où Jean Vilar et Antoine Vitez avaient formulé les préceptes de la «démocratisation culturelle» au siècle dernier. «Cette maison pourra rester ouverte toute la journée, accueillir des ateliers de pratiques, des projections… Les espaces autour des salles seront aussi importants, si ce n’est plus, que ce que qui se passera dans les salles elles-mêmes.»

 

Et justement, dans les salles ? «Les grands ballets internationaux resteront bien sûr, les spectacles d’initiés aussi, mais je mettrai également l’accent sur les danses populaires, à travers le numérique ou des collaborations musicales.» Empreinte de cette transversalité, la brochette d’artistes associés comprend entre autres le performeur lyrico-queer François Chaignaud, la chorégraphe Nacera Belaza, la compagnie de cirque XY ou le rappeur (devenu comédien) Kery James.

Charge critique

Galvaudé, le terme de «diversité», objectif phare de son mandat ? «Seulement pour ceux qui ont jeté l’éponge et ne se posent plus de questions, rétorque sans hésiter celui qui avait signé en 2016 une tribune dans Libé sur le manque de représentation des minorités en plateau. Le terme est devenu très présent dans les discours, mais c’est souvent déceptif. Ce n’est que de la bien-pensance si ce n’est pas suivi d’actes. A la lumière de ce qui traverse la société à notre époque, c’est un enjeu réel. Il ne s’agit plus de croire que le mélange est acté tout en continuant à se regarder en chiens de faïence.» Le mode d’action, pour lui, repose en grande partie sur ce qui se passe derrière la scène, à savoir un travail de terrain avec des milieux sociaux éloignés des pratiques artistiques, que Rachid Ouramdane, en tant que chorégraphe, a souvent intégrés à ses propres pièces : la plus représentative de cette veine documentaire – dont il fut un des pionniers dans le spectacle vivant – restant sans doute Surface de réparation (2007), un spectacle créé pour et interprété par des sportifs adolescents de Gennevilliers (il fut le chorégraphe associé au T2G, période Pascal Rambert, son collaborateur et ami).

 

Au début des années 2000, avant de se lancer dans de grands tableaux expressionnistes (avec des éclats mais aussi quelques dérapages pompiers, type Franchir la nuit, créé avec de jeunes migrants en 2018) montrant des foules chorégraphiées, Rachid Ouramdane fut majoritairement seul en scène, souvent de dos, dans des pièces-performances plus expérimentales et à charge critique. Il fut un des premiers à mêler alors vidéo, traitement documentaire, musique noise ou pop, comme dans le mémorable Loin… en 2008, un solo autobiographique sur les traces de son père, à la fois colonisé (puisqu’algérien) et colonisateur (militaire, il a fait campagne en Indochine sous le drapeau tricolore). Il y raillait aussi, dans un monologue, «l’hypocrisie de la culture soi-disant pour tous, les dreadlocks bourgeoises» et reprenait No More Heroes des Stranglers. «Oui, j’avais écrit des “trucs” à l’époque, sourit-il avec dérision. Ces pièces sont parfois perçues comme frontales, alors que je ne suis pas quelqu’un de clivant, je crois en l’altérité. En voyage au Vietnam, des artistes locaux me racontaient combien il était facile pour ceux de passage de se faire censurer et de passer ailleurs pour des artistes engagés – sans que cela n’ait en rien profité aux gens du coin.» Soit tout l’inverse de ce qu’il entend défendre à Chaillot.

 
à 22h06
 
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Buster Keaton, conception et mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo et Élise Vigier

Buster Keaton, conception et mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo et Élise Vigier | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe du Vignal dans Théâtre du blog - 8 avril 2021

 

Buster Keaton  conception et mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo et Élise Vigier, textes d’Agnès Desarthe, Leslie Kaplan, Federico Garcia Lorca, Florence Seyvos, Yoann Thommerel, Tanguy Viel et Steven Wallace

 

Les metteurs en scène avaient obtenu M comme Méliès le Molière de la meilleure création Jeune Public il y a deux ans. Ils réitèrent avec ce Buster Keaton où ils veulent nous faire découvrir l’univers de cet immense artiste du cinéma muet d’il y a un siècle. Il fut à la fois acteur et aussi scénariste pour ses nombreux courts, moyens et longs-métrages et pour ceux d’autres réalisateurs comme Samuel Beckett. Merveilleux athlète-acrobate virtuose d’abord rompu encore très jeune enfant à la scène de cabaret par des parents qui se servaient de lui pour des cascades. “ J’ai appris à tomber quand j’étais petit. J’ai aussi appris quelques trucs acrobatiques comme le saut périlleux arrière et d’autres trucs simples.(…) Ce que je sais, c’est contrôler mes muscles. Quand vous vous trouvez en train de voler dans les airs, votre tête est votre gouvernail, c’est elle qui indique la direction que vous allez prendre. »

 

 

Ce merveilleux clown triste et burlesque à la fois, en costume trois-pièces gris, aux chaussures vernies et canotier vissé sur le tête ne sourit jamais. Maladroit souvent empêtré dans le temps et l’espace d’une machinerie industrielle contemporain, il a un rapport difficile avec les objets et a le plus grand mal à maîtriser un environnement hostile, que ce soit celui de la Nature ou celui de la mécanique industrielle imaginée par ses contemporains. Mais impassible et toujours solitaire, il arrive pourtant à faire face à des situations absurdes et/ou des catastrophes. Malgré une succession d’échecs, il réussit à s’adapter tant bien que mal à un monde violent qui le rejette. Grâce à son imagination, à sa persévérance et à un corps d’une résistance exceptionnelle.Un fondamental chez lui comme chez d’autres comiques: la course-poursuite où Buster Keaton se révèle magistral…

 

La réalisation sur une scène de théâtre d’un film muet avait aussi été le thème de M comme Méliès et des Naufragés du Fol-Espoir, mise en scène d’Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil (2010) et de nombreux spectacles où on montre le déplacement de la caméra et la réalisation d’effets et de gags. Spectacle ou pseudo-tournage d’un film ? Les deux avec le plaisir de voir le travail de dizaines de collaborateurs sur un plateau et la naissance d’une vraie scène de film…

 

Ici, de nombreux éléments de décor -ce qui devient rare par les temps qui courent, comme une petite scène dans le fond, des façades de gratte-ciels de New York remarquablement dessinés et peints par Catherine Rankl. Et un travail d’interprétation au cordeau par Louis Benmokhtar, Pierre Bidard, Samy Caffonnette, Michèle Colson et May Hilaire, issus du Jeune Théâtre National Mais aussi une direction d’acteurs scrupuleuse, des perruques et masques remarquables signés Cécile Kretschmar. Bref, il y a tout pour que ce soit dans l’axe mais ce travail honnête et soigné avec de belles images est un peu sec et ne fonctionne pas bien. D’abord à cause d’une dramaturgie approximative et d’un manque de rythme évident: on a du mal à comprendre ce qu’ont voulu nous raconter Marcial di Fonzo Bo et Elise Vigier. Réaliser une mise en abyme  d’une scène comique de film muet sur un plateau de théâtre est assez casse-gueule, alors que nous avons tous en mémoire de magnifiques  moments de théâtre… au cinéma. Les concepteurs de ce Buster Keaton ont-ils voulu rendre un hommage au grand acteur et réalisateur avec de courtes scènes  de tournage d’un film, avec aussi de temps à autre, des projections de films de Fatty Arbuckle, Buster Keaton, Bob Fosse, Friedrich Murneau, Sergueï Eisenstein, Jean Epstein… Fritz Lang.

 

Il y a ainsi le wagon de tête avec les acteurs debout de métro aérien sur la scène, alors que défile sur l’écran, une vue panoramique prise dans la cabine du conducteur d’un métro filant entre les buildings dans New York (dont parle avec terreur Charles Bukowski quand il avait été embauché sans protection pour réparer des traverses à quelque quinze mètres de hauteur… Cela pourrait être réussi, si on avait monté cette tête de wagon sur un pivot pour donner l’illusion qu’il suive les sinuosités des rails.
Et les meilleurs moments sont paradoxalement ces extraits de films mythiques projetés où on voit notamment ce grand comique résistant à une violente tempête ou en équilibre sur une échelle posée elle-même en équilibre sur un mur. Comme cette très belle scène finale où les jeunes acteurs, tous costumés en Buster Keaton, réussissent à être tous les  cinq debout sur une planche. Mais c’est bien tout et à l’impossible, nul n’est tenu… Réalisé avec des moyens corrects mais fondé sur un pari impossible, ce spectacle honnête mais sans véritable unité nous a paru bien longuet et pas vraiment drôle. Même s’il était joué devant une centaine de spectateurs (dont des enfants) soit un public limité mais un vrai public… plaisir rarissime en ces temps de pandémie!

Philippe du Vignal

 

Représentation pour les professionnels vue le 27 mars, au Montfort Théâtre, 106 rue Brancion, Paris (XVème)

Sous réserves:

Du 18 au 21 mai, Théâtre National de Bretagne, Rennes.

Les 2 et 3 juin, Grand Théâtre de Lorient.

Les 8, 9 et 10 juin, Comédie de Caen-Centre Dramatique National de Normandie (Calvados)

 

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Claire Ingrid Cottanceau, l'ange collaboratrice de Stanislas Nordey

Claire Ingrid Cottanceau, l'ange collaboratrice de Stanislas Nordey | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore dans L'Oeil d'Olivier - 8 avril 2021

 

Artiste plasticienne, metteuse en scène et performeuse, Claire Ingrid Cottanceau mène de front ses propres projets à la confluence des arts vivants tout en collaborant avec Stanislas Nordey depuis 2006. Travaillant au TNS sur les créations de Berlin mon garçon de Marie NDiaye et de Au bord de Claudine Galea, elle espère pouvoir poursuivre la tournée de Rothko, untitled#2 avec Olivier Mellano, objet visible et sensible créé en février 2020 au TNB.

 

Quel est votre premier souvenir d’art vivant?


Mon premier souvenir est un spectacle dont j’ai oublié le nom, mais je sais que c’était un spectacle de Georges Lavaudant. J’y suis allée avec mon collège de l’époque. Je devais donc avoir 13 ou 14 ans.
Je savais déjà que le plateau allait être mon espace de vie, sans rien en connaître véritablement. Ce spectacle m’a certainement conforté dans mes intuitions. Ce qui m’a frappé à l’époque étaient les lumières, l’architecture des corps dans l’espace, les changements à vue qui donnait à voir les qualités de corps différents. La fable, le texte n’était pas au premier plan, mais bien la machinerie, tout ce qui fait théâtre et illusion.

 

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ?


La question de la vérité. « La parole familiale » étant complexe, mon obsession enfant était de découvrir la vérité des mots, des relations, et il m’a semblé très tôt que seul l’art vivant pouvait y répondre.

 

Qu’est ce qui a fait que vous avez choisi d’être artiste plurielle ?
Je me présente aujourd’hui hui comme artiste – artiste comprenant mes endroits de travail et de recherche en tant qu’ actrice-performeuse, metteuse en scène, plasticienne et collaboratrice artistique de Stanislas Nordey. Les rencontres et la nécessité à ouvrir des champs de recherche m’ont conduit à cet ensemble d’écriture. Chaque espace de travail contient le tout. Chaque espace de travail révèle l’amplitude des écritures.

 

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ?
Le premier spectacle professionnel auquel j’ai participé était Celle dans l‘ombre de Marie-Louise Fleisser, mise en scène par le théâtre de la Chrysalide à Lyon dirigé par Daniel Pouthier et Françoise Coupat. Le spectacle se composait de 3 monologues incarnant Marie Louise Fleisser (maitresse de Bertolt Brecht). J’étais la Fleisser jeune (j’avais 17 ans). C’est un merveilleux souvenir. J’ai eu la chance de partager ce travail avec ces deux metteurs en scène, des vrais chercheurs à l’époque et de partager le plateau avec Frederic Leidgens (que je retrouve encore souvent aujourd’hui IMMENSE ACTEUR) et Françoise Coupat.


Beaucoup d’images sont encore présentes en moi, mais je citerai celle de la visite de Daniel Emilfork et ses conseils. Une vraie leçon de vie.

 

Votre plus grand coup de cœur scénique ?


incontestablement Pina Bausch.

 

Quelles sont vos plus belles rencontres ?


La plus belle rencontre c’est celle avec Stanislas Nordey, tant artistiquement qu’humainement. Et puis bien sûr Antoine Vitez qui a été mon maître à l’école de Chaillot. 
mais il y a aussi Matthias Langhoff, Jean Luc Nancy, Szusza hantai, Olivier Mellano, Kari et Suzanna, Marguerite Duras, et mon fils ! Felicien Cottanceau… Et d’autres encore acteurs artistes chercheurs…la liste est longue.

 

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ?


Je ne considère pas avoir un « métier », mais plutôt un art de vivre singulier. Chercher est une nécessité, une visée contre la disparition.

 

Qu’est-ce qui vous inspire ?
La nature, la marche, la lumière, les ciels, mes fantômes- mes disparus, Bach, la vie toute entière.

 

De quel ordre est votre rapport à la scène ?


Le plateau est pour moi un grand atelier pour réfléchir au monde. Un lieu de recherche, un espace poétique et par la poétique politique. La scène s’étend pour moi aux espace naturels, elle est pour moi le trou noir, l’espace mental qui permet le vivant.

 

À quel endroit de votre chair, de votre corps situez-vous votre désir de faire votre métier ?


Les yeux, le regard, l’ouïe, la peau, la texture de la voix, le silence.

 

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ?


Je ne sais pas… les plus vieux, les plus jeunes… toutes disciplines confondues.

À quel projet fou aimeriez-vous participé ?
Ceux que je ne connais pas encore.

 

Si votre vie était une œuvre, qu’elle serait-elle ?
Aujourd’hui, Une peinture de Mark Rothko demain je ne sais pas.

Propos recueillis par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore

Au bord de Claudine Galea, autrice associée au TNS
Répétitions en mars 2021 au TNS
Reporté du 23 juin au 3 juillet 2021 

Qui a tué mon père d’Édouard Louis
la Colline – Théâtre national

Crédit photos © Jean-Louis Fernandez et © Félicien Cottanceau

 

 

 

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Après l’année blanche, quel sera le sort des intermittents du spectacle ?

Après l’année blanche, quel sera le sort des intermittents du spectacle ? | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sophie Rahal dans Télérama - 7 avril 2021

 

Onze mois après l’annonce d’Emmanuel Macron, rien n’est revenu à la normale et le gouvernement doit choisir : prolonger l’année blanche, l’adapter ou la repenser ? Pour trancher, il s’appuiera sur une mission de diagnostic confiée à André Gauron, expert à la Cour des comptes.

 

Le 6 mai 2020, Emmanuel Macron annonce la mise en place d’une « année blanche » pour les intermittents du spectacle. Il s’engage à ce que leur indemnité chômage soit prolongée « d’un an, au-delà des six mois où leur activité aura été impossible, [soit du 1er mars 2020] au 31 août 2021 ». Une date définitivement actée par arrêté le 22 juillet 2020. C’est un soulagement : pour être indemnisés entre deux contrats, artistes et techniciens doivent avoir accumulé 507 heures de travail sur douze mois. Une mission impossible en plein confinement. À ceux-là, l’année blanche donne donc un peu d’air. Sauf que, lorsqu’il prend la parole, le président de la République croit encore que le retour à la normale est pour bientôt.

 

Onze mois plus tard, rien n’a changé. Aucun concert n’a pu se tenir, les théâtres demeurent fermés, et de plus en plus de festivals (Les Eurockéennes, Lollapalooza, Main Square, Beauregard...) se résignent cette année encore à l’annulation, malgré la possibilité d’accueillir cinq mille personnes assises, masquées et à distance. Pire, les perspectives d’une reprise d’activité restent vagues. Dans sa dernière allocution, mercredi 31 mars, Emmanuel Macron a bien évoqué un « calendrier de réouverture progressive » entre mi-mai et le début de l’été, mais sans en préciser les échéances ni les conditions. Comment, dans ce contexte, éviter que la situation s’aggrave pour les artistes et techniciens du spectacle dont les revenus sont, par nature, irréguliers dans le temps et dans les montants ?

 

 

Théâtres occupés, jeunesse indignéeDébats & Reportages par Sophie Rahal

Le 1er février, les ministres du Travail et de la Culture confient à André Gauron, expert à la Cour des comptes, une double mission. « Analyser le niveau d’activité actuel et à venir », et proposer des pistes pour « ajuster le dispositif » de l’année blanche. La consigne est aussi de différencier l’analyse selon le « secteur d’activité concerné et le métier exercé ». Enfin, la lettre indique en préambule que « l’emploi des intermittents concernait 276 000 salariés en 2019 », mais ne précise pas qu’environ 127 000 seulement (en 2018) réalisent les 507 heures de travail ouvrant droit à indemnisation. Or c’est à ces derniers que s’adresse l’année blanche, soit moins de la moitié des intermittents du spectacle en France.

Bon connaisseur du sujet – en 2016, il faisait partie du groupe d’experts indépendants chargé d’évaluer l’impact financier d’un accord tout juste signé –, André Gauron devrait rendre ses conclusions début avril.

Déséquilibres flagrants

Les informations concernant l’activité intermittente sont principalement collectées par Pôle emploi et l’Unedic, l’association qui gère l’assurance-chômage. Le dernier rapport détaillé sur le sujet date de mars et dévoile des données sur l’impact de la crise sanitaire pour le secteur. On y apprend que les intermittents ont travaillé plus qu’attendu. « L’activité dans le spectacle intermittent professionnel s’élève en 2020 à 71 % de l’activité en 2019 », note l’enquête. Un chiffre surprenant qui masque toutefois des disparités considérables. Le spectacle vivant (59 % d’activité en 2020 par rapport à 2019) est globalement plus affecté que le spectacle enregistré (86 %).

Dès la fin du premier confinement, l’activité dans l’audiovisuel et le cinéma a progressivement repris, jusqu’à retrouver un niveau normal en août, et ce jusqu’au deuxième confinement. La principale crainte aujourd’hui porte sur l’embouteillage qui pourrait survenir plus tard et impacter le secteur en décalé. La même crainte existe dans le secteur des films d’animation où l’emploi salarié en 2020 a été plus important qu’en 2019. Ici, les durées de production sont plus longues, les carnets de commandes bouclés à l’avance, et le travail se fait en extérieur et sans public : la reprise a donc pu s’opérer dans le respect des consignes sanitaires. Mais l’impact du surcoût des productions lié à la crise pourrait se faire ressentir dans un ou deux ans.

 

Le spectacle vivant subventionné a, lui aussi, un peu plus travaillé, notamment grâce à la possibilité pour les artistes et techniciens de reprendre les répétitions et les représentations professionnelles à l’été. En revanche, le privé reste exsangue. Et avec 42 % d’activité en 2020 par rapport à 2019, la prestation technique dans la création et l’événementiel (techniciens du spectacle, régie de diffusion, location de matériels…) est la branche la plus touchée.


Des disparités existent aussi selon les métiers. Musiciens et chanteurs sont les plus à la peine côté artistes ; métiers de la lumière, de l’éclairage, de plateau, machinerie et structure souffrent le plus côté techniciens. Le document précise également que, fin décembre 2020, environ 118 000 intermittents devraient voir leur situation examinée au 1er septembre, date théorique de fin de l’année blanche. Parmi elles, 57 % ont déjà cumulé plus de 507 heures de travail, principalement dans l’audiovisuel et le spectacle enregistré.

 

Intermittents : à peine ouvert, le dossier de l’indemnisation chômage est déjà refermé  DécryptageSophie Rahal

Plusieurs pistes à l’étude

Plusieurs pistes sont sur la table, à commencer par le report intégral de l’année blanche. C’est la solution portée par la CGT Spectacle, le Snam-CGT, par des organisations d’employeurs ou de salariés comme le Syndicat des musiques actuelles (SMA) ou le Synavi pour les arts vivants. Précisément, ils souhaitent le maintien de l’année blanche pour tous les travailleurs précaires, jusqu’à un an après la réouverture des lieux. « Ce serait fidèle à l’esprit de l’annonce d’Emmanuel Macron en mai 2020, qui tenait compte du fait qu’il faut plus ou moins un an pour recharger ses droits au chômage, quand l’activité est normale », nous explique-t-on. Il n’est pas certain que le gouvernement suive cette piste, même si elle est symbolique et relativement « simple » à appliquer.

Il pourrait se justifier en arguant qu’une part plus élevée que prévu d’intermittents a travaillé, accumulé des heures et cotisé. En outre, faudra-t-il passer par un nouveau texte de loi pour prolonger sa durée ? Auquel cas, l’option pourrait être politiquement risquée. D’autres, comme la CFDT, plaident pour une reconduction « au cas par cas » et pendant quelques mois, par exemple pour ceux qui n’auraient pas toutes leurs heures.

 

Selon nos informations, André Gauron pourrait proposer d’autres solutions. Serait ainsi à l’étude une « clause de sauvegarde Covid » qui s’ajouterait à une autre clause créée, elle, en 2016 pour pallier un éventuel accident de carrière. Explications : les 507 heures de travail nécessaires au renouvellement du droit au chômage sont recherchées sur une période de douze mois. Si, pour une raison exceptionnelle, ce nombre d’heures n’est pas atteint, un intermittent peut solliciter le prolongement de la période sous certaines conditions, et il dispose alors de six mois maximum pour atteindre son quota et conserver son indemnisation. La « clause Covid » viendrait soutenir les intermittents pénalisés par la pandémie. Pour autant, ils ne perdraient pas le bénéfice éventuel de la clause créée en 2016.

Dans ses préconisations, André Gauron pourrait aussi demander à porter une attention particulière aux jeunes diplômés, qui n’ont pas pu réaliser leurs heures. L’idée d’un seuil abaissé pour ces derniers serait envisagée.

Un contexte politique pas tout à fait neutre

À quelques jours de la restitution de la mission de diagnostic d’André Gauron, le contexte n’est plus tout à fait le même que celui dans lequel il a commencé à travailler début février. Le gouvernement a dû se résoudre à reconfiner le pays pour un mois et, sur le terrain, la situation s’est pour le moins tendue. Une centaine de théâtres sont désormais investis partout en France, depuis l’occupation de l’Odéon le 4 mars, et la fronde contre la réforme de l’assurance-chômage a repris sitôt l’annonce par le gouvernement qu’il la remettait sur les rails.

La volonté affichée du pouvoir d’aller jusqu’au bout de cette réforme ne plaide pas pour qu’il accède à une demande de reconduction d’une nouvelle année blanche. Comment imaginer, en effet, qu’il offre cette possibilité aux intermittents au moment où il durcit les règles pour tous les chômeurs ?

 

Légende photo : Plus d’un an après le premier confinement, les théâtres demeurent fermés et de plus en plus de festivals sont annulés.  Photo : Antoine Mermet / Hans Lucas

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Pierre Maillet, un acteur total sous la plume de Tanguy Viel

Pierre Maillet, un acteur total sous la plume de Tanguy Viel | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Fabienne Arvers dans Les Inrocks  Publié le 6 avril 2021



Pour la scène, l’écrivain offre à l’acteur un voyage enchanté dans le septième art doublé du roman d’apprentissage d’un enfant qui rêve de cinéma et devient fatalement comédien.

 

Ce n’est certes pas la première fois qu’on a le bonheur de goûter au talent fou de l’acteur et metteur en scène Pierre Maillet. Dans notre palmarès des spectacles à jamais inoubliables, Les Ordures, la ville et la mort de Rainer Werner Fassbinder et Mes jambes, si vous saviez quelle fumée..…, écrit par Pierre Molinier, restent indétrônables.

Sans parler de tous les spectacles de Copi qu’il crée avec la compagnie Le Théâtre des Lucioles, fondée avec ses camarades de l’école du TNB dans les années 1990. C’est exactement ce qu’est pour nous Pierre Maillet : une luciole qui éclaire nos nuits de théâtre et les rend plus belles, plus tendres et plus mordantes.

 

Alors, quand la metteuse en scène Emilie Capliez nous annonce sur le plateau parisien du Théâtre 14, où quelques professionnel·les viennent assister à Une vie d’acteur, qu’il s’agit “d’un spectacle écrit sur mesure pour Pierre Maillet par Tanguy Viel”, on jubile.

 

Tootsie de Sydney Pollack comme détonateur

Mais on est loin de se douter de ce qui nous attend. Bien sûr, venant de l’auteur de Cinéma, on ne s’étonne pas de l’importance donnée à (l’immense) culture cinématographique de l’acteur qui sert de fil rouge au texte, décrit par Tanguy Viel comme “un roman d’apprentissage”, “celui que toute enfance fabrique pour sentir que s’ouvre devant elle un monde plus habitable, ou plus grand, ou plus intense”.

 

Pour Pierre Maillet, tout commence par la découverte à 11 ans du Tootsie de Sydney Pollack, avec Dustin Hoffman, véritable détonateur de son amour pour le jeu d’acteur. C’est la première scène du spectacle, truculente et légère.

Dans son récit se mêlent la succession des films qui ont jalonné sa cinéphilie galopante, entretenue et soutenue par sa sœur et par son oncle qui tenait un vidéo-club, et ses souvenirs d’enfance à Narbonne, comme autant de stations où s’agrègent les événements marquants de son parcours d’homme et d’acteur “car les films ont ceci de potentiellement émancipateur qu’ils offrent une pluralité d’identifications possibles, relève Emilie Capliez, que chacun peut adopter ou récuser, apprenant ainsi à mieux se connaître et à élaborer sa propre identité”.

 

Tenir en respect le chagrin

Se découvrir une mémoire commune des films qui nous accompagnent au fil de l’existence est d’autant plus savoureux qu’elle est filtrée par les anecdotes dont il tisse son récit. Et puis, franchement, il est imbattable sur les palmarès des Oscars et César depuis des décennies et il nous le prouve en nous demandant de l’interroger au hasard sur une date ou une catégorie pour en donner immédiatement la réponse.

 

Mais ce qui nous sidère surtout dans cette Vie d’acteur que nous délivre Pierre Maillet, solaire comme à son habitude et dégageant une joie contagieuse à se glisser dans la peau de personnages hors normes et jubilatoires, c’est de découvrir la part d’ombre d’une vie talonnée par le suicide de tant de proches. Une part d’ombre qu’il porte sans qu’elle l’appesantisse ou l’assombrisse. Tenir ainsi en respect le chagrin est une sacrée leçon de vie.

 

Une vie d’acteur de Tanguy Viel, mise en scène Emilie Capliez. Avec Pierre Maillet. Dates à préciser.

Pierre Maillet © Jean-Louis Fernandez

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Le dernier hiver du Cid de Jérôme Garcin, Prix des Deux-Magots 2020, Prix Jean-Bernard de l’Académie de Médecine 2019, Gallimard, Folio n°6924.

Le dernier hiver du Cid de Jérôme Garcin, Prix des Deux-Magots 2020, Prix Jean-Bernard de l’Académie de Médecine 2019, Gallimard, Folio n°6924. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Chronique de Véronique Hotte dans son blog Hottello le 6/04/2021

 

Le dernier hiver du Cid de Jérôme Garcin, Prix des Deux-Magots 2020, Prix Jean-Bernard de l’Académie de Médecine 2019, Gallimard, Folio n°6924 – 208 pages, 7,50€.

« Nul n’était plus vivant que lui. Nul, plus sensuel. Nul, plus enclin à la joie. », lit-on en quatrième de couverture du dernier hiver du Cid (2019) de Jérôme Garcin, publié dans la collection Folio.

A trente-six ans, Gérard Philipe croyait avoir la vie devant lui. En 1959, l’acteur le plus accompli de sa génération annote des tragédies grecques, rêve d’incarner Hamlet et s’apprête à devenir au cinéma l’Edmond Dantès du Comte de Monte-Cristo. Il ignore le mal qui le ronge. Du dernier été à Ramatuelle au dernier hiver parisien, semaine après semaine, jour après jour, l’inépuisable comédien se prépare, en vérité, à son plus grand rôle, celui d’un éternel jeune homme. 

 

Avec Molière, dont l’oeuvre est comme une vaste maison de campagne au grenier féerique, qu’il connaît par coeur, mais redécouvre avec plaisir, il doit être patient. L’Ecole des femmes, l’Ecole des maris et La Jalousie du Barbouillé ? « Pour moi, écrit-il, mais dans vingt ans.» Rien ne presse.

D’autres personnages lui tendent les bras : Mascarille, dans L’Etourdi, Eraste, dans Les Fâcheux. Alceste, aussi, sous les traits duquel il lui arrive de plus en plus de se reconnaître. Quelles perspectives. Quelle chance de faire ce métier, traverser au galop les siècles et les pays, porter un jour la cuirasse et un autre, la soutane, défier les puissants et galvaniser le peuple, inverser le cours de l’Histoire, pouvoir être éloquent, courageux, héroïque, mais aussi lâche, sournois et perfide, n’avoir jamais l’occasion de se décevoir, se donner de nouvelles mères, de nouveaux pères, être polygame, se cacher sous de multiples masques, réchapper de toutes les maladies, tomber pour mieux se relever, « mourir pour de faux et vivre pour de vrai ».

Après l’opération chirurgicale qu’il doit subir, il se promet de ne pas oublier d’aller voir du côté des tragédies grecques, et en particulier, Les Troyennes d’Euripide, où Hécube a ce mot qu’il aime tant : « Non, ma fille, ce n’est pas la même chose de voir encore le jour et d’être mort; la mort, c’est le néant, la vie a pour elle l’espérance. » Et il est plein d’espérance. (pp.46/47)

Le réalisateur, scénariste et écrivain René Clair vient rendre visite à Gérard Philippe à la clinique Violet, le 8 novembre 1959, avant l’opération du lendemain. L’acteur a tourné avec lui pour La Beauté du diable en 1949 où il revisite le mythe de Faust, puis Les Belles de nuit en 1952 et pour son premier  film en couleurs, Les Grandes Manoeuvres,en 1955, qui obtient le Prix Louis-Delluc.

Gérard Philipe est étendu et affaibli dans son lit, René Clair lui propose « de choisir un personnage, ou de l’inventer, une époque, n’importe laquelle, une ville, un pays, un livre, qu’il rêverait de voir adapté, ou une pièce, ou un conte, ou une légende, et même de désigner les acteurs qui lui donneraient la réplique. » Le malade est trop fatigué, il répondra, dit-il, plus tard.

Jérôme Garcin raconte ce moment significatif, lors du départ du cinéaste qui quitte la chambre :

« Le soir d’hiver commence déjà à tomber. Les deux hommes s’embrassent avec des gestes francs de militaires en permission. René Clair repense à son joli lieutenant parti avec tambours et trompettes pour les grandes manoeuvres à la tête de son régiment, qui passe, à cheval, au trot vif sur le vieux pavé provincial, sous la fenêtre de la femme qu’il a su aimer, mais n’a pas su garder. 

Il se souvient d’une âme mélancolique dans un corps maigre qui débordait de santé. Et de ses éclats de rire sur le plateau, entre deux scènes. Et de ses incessantes blagues de collégien, un collégien qu’il fallait parfois gronder. Et de son empressement à aider, sans même quitter son uniforme, les accessoiristes à déplacer les meubles, ajouter une lampe sur pied, changer un bibelot, donner du foin vert aux chevaux de parade.Toujours le besoin d’agir, de se dépenser, de malmener son statut de vedette et de faire comme à la maison. Le cinéaste quitte la clinique et marche jusqu’à la Seine. La ville s’enténèbre. Il n’est pas pressé. Son avenir est derrière lui. » (pp.56/57)

Et immense est l’hommage rendu à Anne, l’épouse de Gérard Philipe et la mère de ses deux enfants, Anne-Marie et Olivier :

« Elle avait tout de suite aimé chez lui non pas ce qu’il était, mais ce qu’il pouvait devenir. Elle avait auguré Rodrigue et Lorenzo, deviné le Modi maudit de Montparnasse 19 et le précepteur dostoïevskien du Joueur…Sans Anne, si douce et déterminée à la fois, il n’aurait pas tenté l’escalade à mains nues de la haute colline de Chaillot. Il n’aurait pas quitté Marcel Herrand pour Jean Vilar, troqué André Roussin contre Bertolt Brecht, sacrifié Au petit bonheur à La Tragédie du roi Richard II. Il n’aurait pas accepté les règles égalitaires et intangibles du TNP – le même cachet que ses partenaires et son nom, en caractères ordinaires, placé, sur les affiches, selon le strict ordre alphabétique – ni de mettre sa notoriété au service du théâtre pour tous et sa carrière de vedette entre parenthèses. 

Il n’aurait pas claironné : « Grâce au TNP, le spectateur ne vient plus au théâtre pour être isolé dans son fauteuil, et l’acteur participe davantage à l’action, il est autre que dans le théâtre à l’italienne, car il n’a pas le poids de la herse sur la tête, mais il reçoit le souffle qui vient de la salle. » Et quel souffle ! Il n’aurait pas joué comme on milite, pas traversé non plus le rideau de fer pour conquérir l’Europe de l’Est avec l’épée du Cid et la Chine de Mao avec la cuirasse de Ruy Blas. » (pp.98/99)

Le mercredi 25 novembre 1959, Gérard Philipe s’éteint, rue de Tournon, en fin de matinée alors qu’Anne a conduit, le matin à 8 heures, ses enfants, Anne-Marie et Olivier, à l’école du Père Castor, et retrouve son mari inconscient, n’ayant jamais pu se réveiller de sa dernière nuit passée.

Le jeudi 26 novembre, « l’habilleuse du TNP est arrivée, les mains pleines, à pas de souris, au lever du jour. A la demande d’Anne, elle apporte, repassé avec soin, enveloppé dans du papier crépon, le costume dans lequel Gérard avait triomphé et sera enterré. Celui du Cid, qu’avait dessiné, à la manière d’un paysage azuréen menacé par la tempête, le peintre Léon Gischia. Un pourpoint bleu horizon recouvert d’une cuirasse matelassée bleu nuit à passements dorés, barré d’une écharpe bleu lavande, avec, sur les épaules, tombant jusqu’aux cuissardes noires, une longue cape rouge vermillon. Cette cape que, certains soirs, au milieu de la cour d’honneur, le mistral faisait voltiger dans un bruissement de rapace qui prend son envol… » (p.169)

 

Le 29 novembre, à Marly-Le-Roi, Georges Le Roy, « un homme de soixante-quatorze ans, qui a incarné Alceste sous les lambris de la salle Richelieu et pense avec Molière que « l’amitié demande un peu plus de mystère », prie, seul, dans son petit appartement où la poussière recouvre des piles de vieux livres reliés. Il ne peut plus s’épancher auprès de sa femme, l’actrice Jeanne Delvair, disparue dix ans plus tôt, et il refuse obstinément de répondre aux journalistes qui, en français, en anglais, en japonais, en russe, le harcèlent au téléphone depuis quatre jours…

 

Enfoncé dans son fauteuil, il se parle à lui-même et pleure la disparition de son enfant rêvé, dont la jeunesse assidue narguait si joliment les vieux jours. Catholique fervent, celui qui consacre sa retraite à l’art dévotieux et méticuleux du vitrail demande à Dieu d’accueillir dans son royaume cet enfant apostat, mais dont la générosité, la compassion, la morale et le sourire, pense-t-il, étaient tellement chrétiens. » (pp.191/192)

 

Sociétaire de la Comédie-Française, Georges Le Roy a été un professeur charismatique du Conservatoire, où ses propres maîtres furent Mounet-Sully et Sarah Bernhardt. Aujourd’hui retiré de la scène du monde et du théâtre, vivant comme un moine cistercien, contemplatif et hors du temps, il n’oublie aucun des élèves auxquels il a enseigné la diction française, le phrasé du vers, la gestuelle et le maintien, ni Edwige Feuillère, ni Denise Gence, ni Micheline Boudet, ni Jean-Paul Belmondo, ni Jean-Pierre Marielle, ni Claude Rich. Mais c’est de Gérard Philipe qu’il se souvient avec le plus d’émotion et dont la disparition blesse son coeur usé de croyant malmené.

 

Le garçon échevelé de vingt-deux ans qui, en octobre 1944, venait d’être admis dans sa classe, en deuxième année, était précédé par une rumeur flatteuse : il avait fait une apparition, au cinéma, dans Les Petites du quai aux fleurs, de Marc Allégret, avait participé aux combats de la Libération de Paris et, après les cours, sortait du Conservatoire de la rue de Madrid en sautant par la fenêtre. 

Georges Le Roy comprit aussitôt quel comédien prodigieux couvait sous les traits narquois du ragazzo cannois, capable, au pied levé, de se jeter sur un rôle qu’il ne connaissait pas. Comme ce jour où, alors qu’un élève travaillait une scène du Cromwell, de Victor Hugo, et insultait le vieux juif Manassé, Gérard sortit des rangs et bondit en suppliant de pouvoir donner la réplique, se glisser dans la peau du vieillard humilié, comme s’il voulait l’épauler et le venger. Il lui apprit à respirer pour bien dire les stances, à bouger, à calmer son ardeur de jeune fauve, à canaliser son impertinence, il lui apprit « la loyauté devant la tâche », il lui apprit le prix du sacerdoce et, surtout, l’irrépressible amour du théâtre. Grâce à lui, disait Gérard, j’ai su « me tenir droit, le jarret tendu, face à la vie. » (pp. 192/193)

 

« Venu d’Eygalières, où il possédait une maison dont Gérard avait restauré au pied levé un mur effondré, Georges le Roy avait applaudi, au festival d’Avignon, le sacre de son disciple : « Vous avez saisi tout de suite ce que Mounet-Sully a tardé à comprendre : que Rodrigue est le héros sans le savoir, un être gai, heureux d’aimer et de revoir le soleil du matin…

 

Il avait la conviction que son élève avait révolutionné l’interprétation française de l’héroïsme, modernisé le jeu classique, rendu actuelles des tragédies révolues, à la fois consacré et subverti la tradition de la poésie dramatique…

 

Et quand, il y a un an et des poussières, à l’été 1958, Gérard allait retrouver le palais des Papes pour jouer Les Caprices de Marianne, le maître, qui avait été un grand Perdican, se mit à nouveau à sa disposition et lui écrivit : « Je n’ai jamais osé jouer Octave, mais je vois celui-ci rôder autour de vous et en vous, et je n’entends que de beaux accords… »

 

En fait, depuis le Conservatoire, ils ne s’étaient jamais quittés… Il l’avait rappelé à son engagement premier, fondamental, à la pierre de touche de son art, le théâtre, lorsque le cinéma, cet ogre, lui offrait la gloire et la fortune. Il avait toujours répondu avec précision, afin de les dissiper, à ses doutes et à ses inquiétudes. Il avait admiré ce garçon qui avait la grâce, mais ne s’en contentait pas, et dont il avait reçu autant qu’il lui avait donné. Peut-être même davantage. Et voici qu’il pense au mot si juste de Maria Casarès : «  C’était un homme qui cherchait avidement, farouchement, à devenir homme. »

 

Aujourd’hui, il se sent orphelin de ce fils, de cet élève « de grande race » qui avait le diable au corps et le bon Dieu au coeur. Il se souvient de lui avoir dit, après un cours : « J’ai l’impression que votre clavier devrait s’étendre, un jour, du Menteur de Corneille à l’Hamlet de Shakespeare. » 

 

Quinze ans plus tard, alors qu’il assistait à une pièce montée par Jean Vilar au théâtre Récamier, Gérard avait profité de l’entracte pour s’approcher de son vieux maître, assis au premier rang, avait mis un genou de chevalier à terre et lui avait soufflé, avec un grand sourire : « Vous aviez raison, il se pourrait que je joue prochainement Le Menteur et Hamlet. »

 

C’était le 23 octobre 1959, c’était il y a un mois. Il n’aura pas pu dire : « Etre ou ne pas être, telle est la question », parce qu’il n’est plus » (pp.193/194/195)

 

Aujourd’hui, au Théâtre 13 à Paris, nous avons vu, dans la mise en scène de Guy-Pierre Couleau – une représentation apurée, fidèle à la griffe éthique à la fois shakespearienne et brookienne – l’acteur Benjamin Jungers dire ces mêmes mots emblématiques avec une vraie grâce libre.

 

Jérôme Garcin tient l’acmé d’une étoile filante aussi haut et aussi puissamment qu’il est possible, ne ménageant pas les temps d’attente et de souffrance partagés, au plus près de l’émotion des proches, parcourant la carrière foudroyante autant qu’éphémère d’un bel acteur de notre temps.

 

Véronique Hotte

 

 

Le dernier hiver du Cid de Jérôme Garcin,Prix des Deux-Magots 2020, Prix Jean-Bernard de l’Académie de Médecine 2019, Gallimard, Folio n°6924 – 208 pages, 7,50€.

 

 

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Soirée Jacques Weber sur Culturebox le 19/04 : Atelier Vania, suivi d'Architecture de Pascal Rambert au Festival d'Avignon

Soirée Jacques Weber sur Culturebox le 19/04 : Atelier Vania, suivi d'Architecture de Pascal Rambert au Festival d'Avignon | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Le 19 avril, suivez une soirée dédiée à Jacques Weber:

À 21h05, découvrez Atelier Vania, un film théâtral réalisé par Jacques Weber au théâtre de l'Atelier pour France Télévisions. En deuxième partie de soirée ce sont les talents d'acteur de Weber qui sont mis en avant dans la pièce Architecture, mise en scène par Pascal Rambert, captée dans la Cour d’honneur du Palais des Papes pendant le festival d'Avignon 2019.

ATELIER VANIA
Une troupe de 9 comédiens investit le Théâtre de l’Atelier désert pour jouer Oncle Vania de Tchekhov. D’un espace à l’autre, d’un acte à l’autre, la pièce se construit tel un work-in progress malicieux et poétique.
Le théâtre naît de ces rencontres, de ces entrelacs, entre fiction et réalité, entre making-of et mise en scène. Le texte de Tchekhov tonne et sonne avec force, et redonne toute son actualité à la dramaturgie de ce chef d’œuvre, plus contemporain que jamais.

Note autour d’Atelier Vania, réalisé par Jacques Weber au Théâtre de l’Atelier: 

" Lorsqu’il fallut fermer les théâtres pour cause sanitaire, je me suis retrouvé sur une scène nue dans un théâtre vide : l’Atelier dirigé par Marc Lesage. J’ai senti la nécessité impérieuse d’y réinsuffler la vie, retrouver la sueur des représentations. Alors je me suis souvenu de mes premiers pas d’acteur rue des alouettes, aux studios des Buttes-Chaumont. Nous répétions trois à quatre semaines pour ensuite filmer la dramatique en cinq voire six jours ; c’est ainsi que j’ai eu la chance de jouer le Tartuffe avec Delphine Seyrig et Michel Bouquet ou encore Hilda Muramer mis en scène par Jacques Trébouta. 

Désormais, avec un matériel beaucoup plus léger, nous pouvions avec une organisation  similaire imaginer des spectacles pour le théâtre de l’Atelier et pour France Télévisions.                     

Grâce à Michel Field, fervent défenseur du projet, nous avons pu aller au bout de cette initiative. Pourquoi Vania?

D’abord motivé par le choix d’acteurs que j’aime et admire, il fallait trouver un répertoire qui  suscite un jeu plus intime, une exploration approfondie du silence. Tchekhov s’imposait  avec cette manière géniale et si novatrice de donner l’impression que rien ne se passe ; alors que derrière la même phrase, le cœur, l’âme et l’esprit, rires, sourires et larmes restituent les grands chantiers de l’existence. Avec Oncle Vania j’avais l’interprète dont je rêvais : François Morel. Et autour de lui, tous ceux que je souhaitais tant étaient là, prêts à tenter l’expérience. "     

Jacques Weber       

Coproduction: Magnéto Prod – Théâtre de l’Atelier                 

ARCHITECTURE
Au lendemain de la Première Guerre mondiale et aux portes de l'Anschluss, au sein d'une période nourrie d'espoir et de combats, chaque membre d'une même famille, aussi brillant soit-il, compositeur, architecte, philosophe, écrivain, scientifique, actrice, ou peintre, pense encore que donner sa vie pour la pensée et la beauté a un sens. Mais si eux, les plus talentueux des talentueux, n'ont pas pu empêcher le sang du conflit, que feront les humains face à l'imminence d'une nouvelle débâcle ?

Pascal Rambert et l'auteur et metteur en scène de cette pièce sur les intellectuels aux heures sombres du XXe siècle.

Avec Emmanuelle Béart, Audrey Bonnet, Anne Brochet, Marie-Sophie Ferdane, Arthur Nauzyciel, Stanislas Nordey, Denis Podalydès, Jacques Weber

 

Une coproduction: La Compagnie des Indes/ Structure Production

Durée: 280'

Le 19 avril à 21h05

 

Atelier Vania

Ecrit par Christine Weber, Jacques Weber, Marc Lesage

Réalisation Jacques Weber

Enregistrement: Juillet 2020

Interprètes: François Morel, François Marthouret, Audrey Bonnet, Stéphane Caillard, Christine Murillo, Catherine Ferran, Jacques Weber, Bernard Larré, Marc Lesage

Coproduction
Magnéto Prod – Théâtre de l’Atelier

durée: 90 min 

 

Direction de la culture et du spectacle vivant
Michel Field
Nicolas Auboyneau
Sophie Humarau
Sonia Djallali

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La détresse rageuse des jeunes artistes mise à nu 

La détresse rageuse des jeunes artistes mise à nu  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

 Article de Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan  le 5 avril 2021

 

Que faire ? Que faire devant le silence, l’indifférence ? Que faire face à l’absence de toute réponse aux questions inlassablement posées ? Que faire avec pour tout avenir la négation de toute perspective ? Ce lundi de « fêtes », des jeunes artistes du spectacle ont mis à nu leur détresse et leur rage dans sept lieux symboliques de la capitale.

 

 Jeunesse piétinée, culture sacrifiée ». Le titre de leur communiqué de presse reprenait un slogan que l’on retrouve au fronton de la centaine de lieux culturels occupés en France. Un mouvement parti de l’Odéon et qui s’est répandu à toute vitesse partout en France tel un feu non domesticable.

 

Voici le texte du communiqué de ce groupe de jeunes artistes :

« Nous ne pouvons plus travailler ni rêver. Nous avons 22 ans, 25 ans, 19 ans, 27, 18, 21 et 26 ans. Nous avons des rêves, des objectifs, des promesses. Nous devons grandir, encore, chercher, construire, ensemble et dans toutes les langues, le monde de demain. La pandémie nous a coupé nos membres. A nous, jeunesse amputée, mutilée, vous avez répondu “courage”, “espoir”, “patience”.

Alors nous nous sommes armée-e-s de patience et nous avons accepté, d’annuler, d’arrêter, d’interrompre. Mais jusqu’à quand durera cette indifférence face à nos vies et à nos espoirs ?

Quel monde nous attend si l’art ne nous permet plus d’échanger, de se retrouver ? A quoi va ressembler un monde sans fiction ?

 

 

Nous vous imposons nos corps aujourd’hui parce que c’est la seule manière qu’on nous écoute. C’est qu’ils ne sont plus que des feuilles de papier. Nous avons vingt ans. Nous sommes vos suicidé.e.s. Nous ne laisserons plus personne nous dire que c’est le plus bel âge de la vie. »

Alors, avec aux lèvres cette phrase rageuse de Paul Nizan, ils ont déboulé sur la place de la République sur le coup de midi ce lundi de Pâques. Elles et ils se sont déployé.e.s, en respectant les distances sanitaires, le haut de leur corps nu devenu page où écrire « jeunesse piétinée, culture sacrifiée », « je vais mourir, mais pas sur scène » et autres cris de rage et de détresse.

Après quoi le groupe a repris le métro pour manifester dans d’autres lieux symboliques de la capitale : Bastille, Châtelet, le Sacré Cœur, Barbès et, pour finir, la basilique de Saint-Denis.

En ce jour de Pâques, ils se devaient de sonner les cloches à ceux qui restent sourds.

 

 
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Paroles Citoyennes #4,  un festival de théâtre en ligne du 6 au 28 avril 2021, proposé par J.-Marc Dumontet le Théâtre Antoine - Théâtre Libre

Paroles Citoyennes #4,  un festival de théâtre en ligne du 6 au 28 avril 2021, proposé par J.-Marc Dumontet le Théâtre Antoine - Théâtre Libre | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Jean-Marc Dumontet présente avec le Théâtre Antoine - Théâtre Libre la quatrième édition du Festival "Paroles Citoyennes"

 

LE FESTIVAL DES RECITS CONTEMPORAINS
Depuis sa création en 2017, le festival Paroles Citoyennes construit des ponts entre la création artistique et les grands enjeux qui traversent notre société.

 

Voir la vidéo de présentation 


Au Théâtre Antoine et au Théâtre Libre, Paroles Citoyennes invite des auteur(e)s, des metteur(e)s en scène, des acteurs et des actrices de tous horizons autour de grands récits contemporains. Du théâtre, avant tout, mais aussi des concerts et des lectures.

Au cours des rencontres du festival, la voix des auteurs contemporains rencontre celle de grands témoins de la société civile : des chercheurs, des journalistes, des enseignants… Ensemble, ils tissent un dialogue avec le public et les équipes artistiques.

La diversité des esthétiques, la singularité des parcours artistiques et la parité constituent les maîtres-mots d’une programmation qui a pour ambition de refléter le monde, ici et maintenant.

 

UN FESTIVAL POUR VOUS, CHEZ VOUS

Par définition, le festival est un lieu d’invention. Année après année, Paroles Citoyennes met en avant d’autres formes d’accès au théâtre : conférences participatives, doublage en direct, théâtre en appartement…

Cette année, le festival s’invite chez vous. Parce qu’il est urgent de se retrouver, de partager notre humanité, de renouer avec le spectacle vivant. Quelle que soit la situation sanitaire, la quatrième édition du festival est intégralement proposée en live streaming.

Tout au long du mois d’avril, des pièces de théâtre, des lectures et des rencontres seront proposées. Pour ne rien perdre du lien qui unit les artistes et le public, des contenus spécifiques seront créés à cette occasion, permettant de découvrir l'univers esthétique des créateurs et les sujets abordés par les texte de la programmation

 

Le site du Festival Paroles Citoyennes 

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Occupant.e.s du TNS : «  Nous sommes vos suicidé-e-s »

Occupant.e.s du TNS : «  Nous sommes vos suicidé-e-s » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Tribune signée par les occupant.e.s du TNS, et publiée par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan 13 avril 2021


Il y a plus d’un mois, dans la foulée de l’Odéon, les élèves de l’école du TNS et d’ailleurs occupaient le Théâtre National de Strasbourg. Aujourd’hui plus d’une centaine de lieux culturels sont occupés. En marge des revendications professionnelles et sociales dûment répertoriées par toutes et tous, les occupant.e.s du TNS écrivent aujourd’hui cette tribune. Un cri d’alarme, une arme de lutte.

 

« Nous avons 22 ans, 25 ans, 23 ans, 19 ans, 27 ans, 18 ans, 21, 24 et 26. L’une de nous a eu 20 ans la semaine dernière, derrière les portes closes de ce théâtre. Et combien d’autres ont fêté et fêteront leurs 20 ans seul-e-s?

 

Nous avions des rêves pour chaque anniversaire à venir. Des objectifs, des projets, des promesses. Nous devions grandir, encore, chercher, saisir, sentir, construire, ensemble et dans toutes les langues, le monde de demain. Étendre nos bras, nos jambes, enjamber, courir. La pandémie nous a coupé nos membres. A nous, jeunesse amputée, mutilée, vous avez répondu «courage», «espoir», «patience». Alors nous nous sommes armé-e-s, oui, de patience, nous avons espéré, attendu, prié, nous nous sommes confinés, nous nous sommes masqués, nous avons accepté, d’annuler, d’arrêter, d’interrompre. On s’est résigné à nos écrans. On s’est stoppé en pleine route sur des longs chemins. Figé dans l’élan. En équilibre. Les amitiés naissantes, empêchées, les rencontres, empêchées, l’apprentissage, empêché, l’expérience, empêchée. La pensée, confinée. Empêchée.

 

Vous nous aviez dit que nous étions les forces du rêve. Mais l’espoir ne tient pas «coûte que coûte». Et le rêve s’abîme. Et le courage s’épuise. Et ça ne suffit tout simplement plus, car ça fait déjà trop longtemps qu’on espère, et nos réserves ne sont pas infinies, elles s’amenuisent, se réduisent en peau de chagrin.

 

NON, NOUS NE DANSERONS PAS TOUJOURS, NON, NOUS NE RÊVERONS PAS TOUJOURS, NON, NOUS NE SURVIVRONS PAS QUOI QU’IL ARRIVE, OUI, DES DESTINS SERONT BRISÉS, OUI, DES EXISTENCES SERONT CONDAMNÉES, OUI, UNE GÉNÉRATION EST SACRIFIÉE.

 

Nous ne vivons pas dans le déni de la pandémie. Nous voulons apprendre à vivre avec elle là où le gouvernement nous exhorte à attendre des jours meilleurs. Nous ne pouvons plus attendre un futur sans cesse mort-né. Un jour viendra où nous nous ne pourrons plus espérer, croire, attendre. Et qui prendra la relève ? Les plus jeunes d’entre nous, les adolescents et les enfants seront-ils encore capables de rêver à un autre état du monde ? À 14 ou 15 ans, quand on s’est déjà habitué à ne pas connaître le visage des autres, comment peut-on imaginer un monde solidaire ? À moins que ce ne soit cela finalement l'objectif des arbitrages: enterrer pour toujours l'idée que l'on peut vivre dans la pluralité. L'idée que l'autre peut nous aider. Qu'est-ce qu’il restera alors ? Une société où l'on étudie seul-e, où l'on travaille seul-e, où l'on jouit seul-e, où l'on meurt seul-e. Oui, cette société-là entretient et garantit un fonctionnement économique effréné, au détriment de toute logique humaine. Nous savons que l'argent ne fait plus le bonheur de notre génération : nous apprenons chaque jour le goût amer de sacrifices et de solitudes qu'il a désormais. Et nous ne pouvons même pas vomir : nos ventres sont vides. Notre seule nourriture est une colère immense. Et cette colère sera notre puissance d’être. La mort lente qui rampe sur nos corps, mort sociale, mort physique à laquelle nous condamne le gouvernement, nous allons nous en défendre, nous aussi « coûte que coûte », avec les dents, les ongles. Avec les pavés, avec le feu.

 

Ici, à l’intérieur des théâtres où nous nous sommes enfermés, plus les jours passent, plus nous sommes inquiets. Ne croyez pas que nous dormons. Ne croyez pas que nous rêvons. Nous avons les yeux grands ouverts. Plus les jours passent, plus nos mains sont serrées. Plus les jours passent, et plus nous sommes dangereux. Nos révoltes ne sont pas culturelles. Notre révolution est humaine. Entendez-nous, chaque jour qui passe, nous sommes affamés mais pas affaiblis. La peur qui grandit nous fait vivre. Nous sommes décidés à en découdre avec la marche inacceptable du monde. Nous ne refusons pas la peur, parce qu’elle est dans nos mains, dans nos poings serrés. Parce que sans elle, sans cette force qui nous pousse encore, encore, encore, encore, nous serons définitivement sans avenir.

 

Il n’y a pas de porte de sortie pour nous. Entendez-nous bien: pour nous, il n’y aura pas d’autre possibilité que de lutter. Pas d’autre poésie que l’action réelle. Que peut-on perdre de plus? Nos lieux de pensée, de création, nos lieux de recherche, de travail nous ont été enlevés. Nous avons été laissés de côté, perdants dans tous les arbitrages, inlassablement condamnés, nous avons été, tout le long de cette crise, depuis plus d’un an, vos prêts-à-sacrifier Nous ne sommes pas votre priorité, nous l’avons compris. Un pays qui oublie sa jeunesse, qui sacrifie sa jeunesse, qui néglige sa jeunesse, un pays qui assassine sa jeunesse –est-il viable? Vous nous laissez tomber, et il faudra que vous l’assumiez. Nous ne sommes pas vos actifs marchands et productifs, nous sommes la génération du futur, nous sommes vos suicidé-e-s.

 

Nous vous avons appelé. Nous avons habité, occupé, crié à nos fenêtres.

 

Vous avez mis en balance les existences humaines, vous les avez catégorisées en valeurs marchandes par les termes «essentiel» et «non-essentiel». Nous sommes vos suicidé-e-s. Vous avez gardé nos lieux de vie fermés. Et quand nous avons protesté, votre seule réponse a été, encore, de clamer notre inutilité. Vous nous laissez crever. Nous sommes vos suicidé-e-s.

 

Vous avez frotté l’injustice jusque dans nos visages. Qu’est ce qui ressemble plus à une salle de spectacle, de concert, qu’une église? Qu’est ce qui ressemble plus à un amphithéâtre d’université qu’une assemblée parlementaire? Pourquoi les émissions télévisées peuvent-elles accueillir du public pendant que nous sommes réduits, sans cesse, au distanciel? Pourquoi peut-on acheter mais pas apprendre, pas penser? Nous sommes vos suicidé-e-s.

Vous nous avez refusé des aides à l’emploi et à l’insertion. Nous, étudiant-e-s qui allons faire notre entrée dans un monde professionnel sinistré, profondément fragilisé par la crise, embouteillé, miné par une concurrence accrue, vous nous avez refusé cet accompagnement. Vous nous refusez une place, des créneaux pour la jeunesse dans le monde futur. Vous refusez l’abaissement du seuil d’heures pour les primo-entrants. Vous nous refusez un avenir.Nous sommes vos suicidé-e-s.

Vous nous laissez démuni-e-s. Vous nous laissez disparaître.Vous n’avez pas fini de compter vos morts. Nous sommes vos suicidé-e-s. Nous avons vingt ans. Et nous sommes vos suicidé-e-s. Nous ne laisserons personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. »

Les élèves-occupant-e-s du Théâtre National de Strasbourg 

 

Légende photo : Le théâtre National de Strasbourg occupé les élèves de son école © Gulliver

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La réouverture mi-mai, les directeurs de théâtres ont du mal à y croire

La réouverture mi-mai, les directeurs de théâtres ont du mal à y croire | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Alexis Campion dans le JDD - 11 avril 2021

 

Six directeurs de théâtres publics et privés témoignent. Ils craignent de ne pas pouvoir rouvrir mi-mai. Stéphane Braunschweig, directeur de l'Odéon occupé, attend une annonce plus ferme de la part du gouvernement

 

Six directeurs de théâtres publics et privés témoignent. Ils craignent de ne pas pouvoir rouvrir mi-mai. Stéphane Braunschweig, directeur de l'Odéon occupé, attend une annonce plus ferme de la part du gouvernement

 

La ministre de la Culture est sortie de l'hôpital, le spectacle vivant ne respire toujours pas. Les annulations et reports se prolongent sans fin depuis plus d'un an. La précarisation des intermittents se précise. La motivation des occupants des théâtres se renforce. Dans ce contexte, alors que la pandémie sévit toujours en France, la reprise des théâtres promise pour la mi-mai par le Président lors de sa dernière allocution paraît de moins en moins probable et beaucoup de professionnels, traumatisés par le faux départ du 15 décembre dernier, n'osent plus y croire. La confiance s’érode.

Si Stéphane Braunschweig, directeur du théâtre de l'Odéon actuellement occupé, assure être toujours en contact direct avec le cabinet du ministère de la Culture, il attend toujours une annonce ferme afin de pouvoir organiser une réouverture qui ne saurait s’organiser du jour au lendemain. Bertrand Thamin, président du syndicat national du Théâtre Privé, n’a eu accès à aucune concertation depuis que la ministre est tombée malade. Tous se disent las des supputations qui n'ont toujours pas accouché d'un ordre de marche sanitaire précis afin qu'une reprise, même minorée, puisse se concrétiser officiellement. Pour Jean Bellorini, directeur du Théâtre National Populaire, il faut parer au plus urgent "redémarrer la machine à l'endroit des festivals de l’été à tout prix"...

 

 

"La reprise de mi-mai? Mais en quelle année?"

Bertrand Thamin, directeur du théâtre Montparnasse et président du syndicat national du Théâtre Privé

 

 

"La reprise de mi-mai? Mais en quelle année? Bien sûr on peut et on a intérêt à espérer une ouverture début juin mais je pense qu'il se passera la même chose que l'an dernier : quelques petites salles rouvriront et les plus grandes, dans leur immense majorité, attendront septembre pour des questions bêtement économiques, la reprise par étapes avec des jauges dégradées et un couvre-feu n'est pas viable. La même incertitude plane sur Avignon où les théâtres du off devront sans doute passer de 8 à 5 représentations par jour afin de respecter les consignes sanitaires, et tout cela est encore à l'étude..."

 

 

"Il faut une annonce certaine au moins quatre semaines avant"

Stéphane Braunschweig, directeur du théâtre de l'Odéon actuellement occupé

 

"La reprise mi-mai, bien sûr, j'ai envie d'y croire. Mais pour le faire, il faut une annonce certaine au moins quatre semaines avant afin que nous l'organisions avec un calendrier, une communication, des décors montés à temps, etc. Dans l'attente, le nouveau spectacle de Christophe Honoré (Le Ciel de Nantes) prévu en avril est reporté à 2022. Mi-mai, nous pourrions rouvrir avec La Ménagerie de Verre, d'Ivo Van Hove avec Isabelle Huppert, que nous n'avons pu jouer qu'une semaine l'an dernier.

 

En ce qui concerne les protocoles, on sait faire, l'ouverture de septembre dernier a montré que les flux étaient bien répartis

 

Isabelle Huppert sera par ailleurs en répétition chez nous en mai pour La Cerisaie, mise en scène Thiago Rodriguez, prévue en juillet à Avignon. D'autres spectacles sont prêts, Antoine et Cléopâtre de Célie Pauthe initialement prévu pour lever le rideau fin avril, et Berlin mon Garçon de Marie Ndiaye mis en scène par Stanislas Nordey, qui attend toujours sa première après plusieurs annulations. Mais est-ce que cela vaudra la peine de les jouer à peine deux ou trois semaines avec une jauge dégradée? Nous n'avons pas encore tranché.

En ce qui concerne les protocoles, on sait faire, l'ouverture de septembre dernier a montré que les flux étaient bien répartis. Si les occupants du théâtre sont toujours là mi-mai, il sera difficile pour nous de jouer. J'espère que si on arrive à rouvrir, ils entendront raison, après tout cette réouverture était leur première demande. Après, certains d'entre eux ont affirmé qu'ils empêcheraient la réouverture si on ne répondait pas à leurs revendications concernant l'assurance-chômage..."

 

"Nos maisons n'ont plus les moyens de faire semblant"

Jean Bellorini, directeur du TNP, Théâtre national populaire à Villeurbanne

 

"Mi-mai je n'y crois pas et je n'ai pas du tout envie de revivre ce qui est arrivé le 15 décembre. Nos maisons n'ont plus les moyens de faire semblant. La réalité des hôpitaux m'interdit de faire pression pour une réouverture à tout prix. On ne peut pas aller à l'encontre de ce qui est sanitairement raisonnable même si, évidemment, on a des spectacles prêts, notre détresse est évidente. On espère sauver en partie la Biennale de la Danse début juin. C'est à l'endroit des festivals d'été que la machine doit redémarrer à tout prix.

Nous, on s'adaptera tant que possible comme on le fait déjà en dépit du manque de clarté des plus hautes autorités, on jouera Onéguine, mais le spectacle du centenaire du TNP, prévu le 27 avril et encore une fois repoussé, on s'attend à le jouer en septembre. Je ne crois plus en rien mais on fera déborder notre saison sur début juillet si une reprise est possible d'ici là. L'occupation du TNP en ce moment, par 60 personnes, se passe bien, en bonne intelligence avec nos équipes qui travaillent. Mais cela révèle un paradoxe difficile à digérer : les autorités laissent faire, à noble titre car le théâtre c'est une agora, un lieu pour discuter, et pourtant, par principe elles n'acceptent pas des représentations à 60 spectateurs? Pourquoi, depuis octobre, ont-elles refusé toutes nos demandes officielles pour jouer, ne serait-ce que pour des scolaires et dans les plus strictes conditions sanitaires?"

 

"Je ne crois plus rien et je ne prépare rien"

Arthur Nauzyciel, directeur du TNB, théâtre National de Bretagne à Rennes

 

 

"Mi-mai? Mais je n'en sais rien, je ne crois plus rien et je ne prépare rien car rien n'est tranché. Si la réouverture est autorisée mi-mai, il faudrait une annonce mi-avril pour qu'elle se fasse dans de bonnes conditions. A ce stade, on ne fait plus de projets et entre nous, artistiquement, mon imaginaire est bloqué, empêché par les conditions actuelles. On est comme des avions au sol.

 

La reprise sera complexe et personne ne sait à quoi s'attendre

 

Mais on saura réagir une fois que le calendrier sera précisé, ainsi que les contraintes. Si on ne peut ouvrir qu'en juin, ce sera un temps très court en fin de saison, il faudrait imaginer quelque chose de fort et de réparateur pour retrouver le public, un projet spécifique qui réunirait les générations qui ont été si durement opposées par cette pandémie, et qui ne pourrait être formulé que si les conditions autorisées sont clarifiées.

La reprise sera complexe et personne ne sait à quoi s'attendre. Le respect des conditions sanitaires sera prioritaire. On ne peut pas généraliser l'impact d'une pandémie qui relève de l'intime. Beaucoup de gens sont meurtris, pas rassurés, ce ne sera pas forcément la fête. Nous avons une responsabilité envers le public, les plus fragiles, les artistes dont nous avons honorés tous les contrats malgré le crève-coeur des annulations."

 

"Je ne prévois rien avant septembre"

Jean Robert-Charrier, directeur du théâtre de la Porte Saint-Martin

 

 

"Je ne crois pas une seconde à une reprise mi-mai, je ne prévois rien avant septembre. Ce que j'attends, c'est une date précise avec une jauge qui ne serait pas trop dégradée, bref je n'attends rien sinon des propos assurés... Et non des supputations! A cela s'ajoute un calendrier de reprise très compliqué à organiser quand les disponibilités des comédiens appelés à tourner pour des films changent tout le temps. Et entre nous, j'ai en assez de parler de ça."

 

"Je ne m'attends à rien de très concret avant juin"

Sébastien Azzopardi, directeur de deux grands théâtres privés parisiens, le théâtre Palais-Royal et le théâtre Michel

 

 

"A titre personnel je ne crois pas à une reprise mi-mai. Le Président a bien dit que cette reprise serait progressive et favoriserait les représentations en extérieur et les petites jauges. De l'expérience vécue l'an passé, je présume qu'on rouvrira d'abord certains restaurants et bars qui peuvent accueillir en extérieur.

Je ne m'attends à rien de très concret avant juin. Pour nous, théâtres privés, c'est paradoxal de tenter la réouverture en fin de saison, juste avant la fermeture d'été. De plus, faudra-t-il compter sur un couvre-feu mortifère pour nous qui ne sommes pas des cinémas? La proposition de réouverture en trois étapes, avec des jauges progressives à 35% puis à 65% et enfin 100% sera difficilement viable sans dédommagement.

 

 

Avec toutes ces questions en suspens, le plus simple est de miser sur une réouverture en septembre

 

 

Avec toutes ces questions en suspens, le plus simple est de miser sur une réouverture en septembre. Certains comédiens programmés en juin nous ont appelé car ils ont des propositions de tournage pour juin. Ces engagements étant plus sûrs pour eux que notre épais brouillard, on les a libérés...

Notre véritable horizon, c'est septembre au théâtre du Palais-Royal avec deux reprises : Edmond et La Machine de Turing. Reste beaucoup de questions de planning. Concernant les protocoles d'accueil des publics, je pense que nous maîtrisons plutôt bien ces sujets car si l'aération des lieux reste une interrogation, c'est vrai, diverses études ont bien montré que la maîtrise des flux et des gestes barrières est plus avérée dans les théâtres que dans les grands magasins ou dans les gares, où les gens bougent dans tous les sens, les flux sont chaotiques."

 

 

"Nous avons tout déprogrammé jusque fin juin pour envisager une reprise en septembre"

Elisabeth Bouchaud, directrice du théâtre de La Reine Blanche à Paris et à Avignon

 

 

"La reprise mi-mai ou juin je n'y crois pas du tout. Nous avons tout déprogrammé jusque fin juin pour envisager une reprise en septembre. Comment rouvrir en fin de saison avec une jauge diminuée et alors qu'on ne connaît pas les conditions de dédommagement? Nous avions prévu Cerebrum, un seul en scène d'Yvain Juillard, l'acteur qui a incarné Louis XVI dans Fin de Louis, le fameux spectacle de Joël Pommerat. Ce serait absurde de ne le jouer trois semaines en jauge dégradée sans même pouvoir communiquer en amont. En septembre et octobre dernier, pendant le mois et demi de réouverture, ces conditions étaient bonnes mais aucune garantie ne nous a été donnée pour la suite alors qu'on sait qu'en juin, il faudrait jouer avec une jauge à 35%. En ce qui concerne l'aération, je sais que la Reine Blanche à Paris fonctionne sur de l'air extrait et non brassé. Je me dis que ça ne peut pas être mauvais mais, à ce jour, personne ne m'a dit à quoi il faut se conformer. Pareil pour les pauses entre chaque représentation, quel temps faudra-t-il garantir pour aérer, désinfecter? 45 minutes? 1 heure?

 

Notre horizon maintenant, c'est le Off d'Avignon. S'il devait être encore annulé, je vais prendre un sale coup dans la tronche ! Nous avons programmé six spectacles dont quatre produits par nous. Mais on attend pour communiquer, on espère que le SNES précisera la semaine prochaine les conditions d'accueil des publics.. Tout cela est encore bien flou, on sait qu'on doit nommer deux représentants COVID qui, dans chaque théâtre, contrôleront les protocoles sanitaires. Très bien, mais ils doivent être formés. Comment? Quand? Bref, on est dans les starting-block, c'est sûr, mais si on nous donne des devoirs sanitaires sans préciser la marche à suivre...

 

Lors du premier confinement, j'avais l'impression d'être dans un mauvais remake de Pompéi. Et bien sûr je suis jalouse de l'Espagne, qui a su expérimenter et préserver une part de sa vie culturelle, je redoute le virus quand je monte dans un métro alors que je me sens en sécurité dans le théâtre. Mais je conçois aussi que c'est très difficile de prendre des décisions en ce moment. Je n'aimerais pas être à leur place. Si pénible soit la situation, on se sent moins à terre qu'il y a tout juste un an car on a malgré tout pu accueillir les répétitions de compagnies subventionnées. Bien que diminuée, la vie a continué, les techniciens ont pu être payés. De mon côté j'écris une comédie musicale sur la science que j'espère monter en 2023, 2024? (rires..)"

 

 

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« Le cœur et le courage », sur Bejart.tv : tout l’héritage chorégraphique de Maurice Béjart sur une plate-forme

« Le cœur et le courage », sur Bejart.tv : tout l’héritage chorégraphique de Maurice Béjart sur une plate-forme | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosita Boisseau dans Le Monde 10 avril 2021

 

Le Béjart Ballet Lausanne s’est doté d’une chaîne en ligne pour partager son répertoire et ses tournées, au travers d’entretiens, de vidéos d’archives, d’extraits de spectacles, de propositions filmographiques.

BEJART.TV - À LA DEMANDE - DOCUMENTAIRE

« Un homme seul, mais cet homme est encore un grand romantique, encore quelqu’un qui cherche son âme… » La voix de Maurice Béjart introduit Après Béjart, le cœur et le courage, réalisé en 2010 (et sorti en 2011) par Arantxa Aguirre. Un documentaire visible sur la nouvelle chaîne en ligne Bejart.tv, toute dernière initiative du Béjart Ballet Lausanne (BBL) pour partager son héritage, celui du chorégraphe mythique, disparu en novembre 2007 mais toujours bien vivant à Lausanne.

 

Lire aussi : Mort de Maurice Béjart, l’homme qui a bousculé la danse

L’idée est de Gil Roman, danseur-phare, aujourd’hui directeur du BBL, élu par le maître lui-même avant sa mort. « Maurice est en moi, confie-t-il dans le film. Je suis arrivé là comme un enfant. Il m’a tout donné Je l’ai choisi comme maître… Je lui dois tout… Je suis son conseil : “Ne te retourne pas sur le passé quoi qu’il se passe… Avance.” »

La voix du maître, donc, ouvre la voie au ballet Adagietto, créé par Béjart sur la musique de Mahler, et interprété par Gil Roman. Son défi depuis 2007 : réussir à maintenir la troupe à l’affiche avec des pièces du répertoire mais aussi de nouvelles productions signées par lui.

Survie d’une compagnie

Ce pari esthétique et économique qu’est la survie d’une compagnie aussi prestigieuse que le BBL est le cœur battant de ce film. Il tresse des images de répétitions, d’archives des œuvres de Béjart comme Notre Faust ou le Boléro, de Ravel, avec Jorge Donn (1947-1992). Il fait circuler les paroles des danseurs d’hier dont l’emblématique danseuse britannique Maina Gielgud ou Michaël Denard, étoile de l’Opéra national de Paris, avec celles des interprètes d’aujourd’hui originaires de tous les pays, apportant une fois encore la preuve de la passion que Béjart suscite toujours chez tous.

 

 

Lire aussi : « Après Béjart, le cœur et le courage », un éloge de l’héritage du maître

« Il a toujours ouvert son art, affirme Michel Gascard, directeur de l’école Rudra-Béjart LausanneIl a été d’une grande générosité artistique et humaine. Il est important que cette compagnie avec des danseurs merveilleux soit ouverte aux autres et puisse naître à nouveau. » Julien Favreau, interprète pilier de la troupe, confie vouloir « montrer à la nouvelle génération ce qu’il a fait. Il y a un style mais c’est aussi une mentalité et une philosophie de vie et de danse »…

 

Lire aussi : Béjart, la révolution du ballet

Régulièrement enrichie, la plate-forme Bejart.tv offre un bel observatoire d’un artiste et d’une œuvre encore et toujours populaires : documentaires, extraits de spectacles, vidéos d’archives, entretiens passionnants dont Prospectives (1971, une rencontre avec Maurice Béjart dans l’émission américaine « Camera Three »)…

 

« Dans mes ballets ressortent des choses que j’occulte volontairement ou involontairement, ou des choses qui ne sont pas visibles tout de suite, disait le chorégraphe. J’ai l’impudeur de montrer des choses que moi je ne montrerais jamais. » Dans le contexte de la crise sanitaire, un cri de vitalité urgente alors que le BBL est à l’arrêt depuis le 16 mars 2020.

Après Béjart, le cœur et le courage, documentaire d’Arantxa Aguirre (Esp., 2010, 79 min). Disponible à la demande sur la plate-forme Bejart.tv.

 

Rosita Boisseau

 

Légende photo : « Aria » (2008), chorégraphie de Gil Roman avec le Béjart Ballet Lausanne. FRANCETTE LEVIEUX

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Crise liée au Covid-19 : sans ressources, les jeunes artistes au bord de l’implosion

Crise liée au Covid-19 : sans ressources, les jeunes artistes au bord de l’implosion | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard dans Le Monde - 9 avril 2021

 

Les annulations et reports de spectacles précarisent les aspirants à l’intermittence, que la pandémie prive de revenus.

 

Diplômé à l’automne 2019 du Conservatoire national supérieur de musique et de danse (CNSMD) de Lyon, Quentin Rebuffet n’a plus de revenus : « Je vis sur mes réserves, et, si ça continue, je vais devoir faire appel à ma famille. » A 29 ans, ce violoncelliste passionné par la musique de chambre a eu la malchance de subir de plein fouet l’impact de la crise sanitaire sur le secteur culturel : « C’est vraiment une histoire de calendrier. Avec toutes les dates de concerts annulés, je n’ai pas pu faire les heures qui m’auraient permis d’entrer dans le régime de l’intermittence du spectacle et, du coup, je n’ai pas pu bénéficier de l’année blanche. » Ses « réserves », il les doit aux quelques mois de cours qu’il a donnés comme remplaçant au conservatoire, au sortir de ses études. « Cela m’a permis de toucher le chômage, mais mes indemnités se sont arrêtées depuis deux mois », souligne-t-il.

 

Lire le récit : La « génération Covid », stoppée dans son envol, entre angoisse et résilience

Quentin Rebuffet fait partie de ces nombreux jeunes diplômés dans le milieu artistique coupés dans leur élan par la fermeture des lieux culturels. « Quand j’étais étudiant, jamais je n’aurais imaginé que, un an et demi après ma sortie d’une grande école, où j’ai eu de bons résultats, je me retrouverais sans emploi et dans une situation si précaire », témoigne le violoncelliste. Il a envoyé, en vain, des lettres de candidature pour « cachetonner » dans des orchestres, mais, « comme ils fonctionnent actuellement en mode réduit, ils font appel à moins de musiciens et privilégient, ce qu’[il] comprend, ceux avec qui ils travaillent déjà ». Quentin Rebuffet croise désormais les doigts pour que la dizaine de concerts qu’il devrait faire cet été dans des festivals puisse bien avoir lieu.

« Incertitude perpétuelle »

« Cela aurait dû être une bonne année, mais des dizaines de contrats ont été annulés à cause des mesures contre le Covid », dit, avec lassitude, Juliana Plançon. A 27 ans, cette violoniste en master 2 au CNSMD de Lyon a eu « la chance » d’obtenir son intermittence juste avant le premier confinement. Mais, depuis, « tout s’est annulé, hormis quelques contrats de captation avec l’Opéra de Lyon ». Et, avec la fermeture des écoles, même les interventions en milieu scolaire ont été stoppées.

Élise Noiraud, comédienne : « L’année blanche va entraîner de fortes chutes de revenus. Chez les intermittents, la bombe sociale arrivera à l’été »

Après cinq années de conservatoire, « sans compter les études préparatoires, j’ai de l’amertume et la colère commence à monter », ne cache pas la musicienne. Etant parvenue, malgré tout, à cumuler 250 heures en un an, elle est loin des 507 heures nécessaires au renouvellement de son intermittence et redoute de voir son taux d’indemnités baisser drastiquement.

Même pour ceux qui sont installés depuis plus longtemps dans un métier artistique, « l’impact professionnel de la crise sanitaire est très violent », insiste Elise Noiraud. Après le succès de son spectacle Le Champ des possibles, en juillet 2019 au festival « off » d’Avignon, cette comédienne, autrice et metteuse en scène aurait dû jouer tout le mois de novembre 2020 au Théâtre du Rond-Point, à Paris, et cumuler sur l’année quelque soixante-dix dates de tournée.

 

Désormais, elle jongle avec l’« incertitude perpétuelle », fait le point chaque mois sur les reports ou annulations avec les lieux où elle était programmée en bataillant afin de « sauver les meubles, financièrement ». Car, avec le chômage partiel, les cachets ne représentent que 5 heures au lieu de 12 heures. « Le risque, à l’issue de l’année blanche, est de se retrouver avec un taux minimal aux alentours de 40 euros par jour, ce qui va entraîner de fortes chutes de revenus, calcule-t-elle. Chez les intermittents, la bombe sociale arrivera à l’été », prédit la comédienne.

 

 

Le calendrier de sa compagnie a été bouleversé. « La création de notre nouveau spectacle, l’adaptation de Ressources humaines, d’après le film de Laurent Cantet, initialement prévue pour cet automne, a dû être décalée d’un an. Cela devient très compliqué de monter des coproductions. » En cause : l’embouteillage de spectacles en attente de programmation. Elise Noiraud éprouve « un sentiment paradoxal » : « On ne peut pas dire que l’Etat n’a rien fait – l’année blanche a été primordiale –, mais on se rend compte que ce ne sera pas suffisant. »

Appel aux dons

Pour l’heure, Quentin Rebuffet répète à ses frais et n’envisage pas une seconde de renoncer à son métier. « Je suis un idéaliste, j’aime profondément ce que je fais. Les prochains mois vont être difficiles, mais je ne suis pas prêt à abandonner mon rêve », assure-t-il. Juliana Plançon veut rester « confiante », malgré « le peu d’écoute accordé à la jeunesse et à la culture ».

Trop d’interprètes, trop de créations, pas assez de diffusion, ce triangle infernal risque d’aggraver la précarité des jeunes artistes qui ne sont plus étudiants et pas encore intermittents

Le réalisateur Bertrand Guerry, habitué dans son travail à côtoyer beaucoup de compagnies de danse, s’inquiète pour tous ces diplômés formés dans des écoles d’excellence qui, avec la crise sanitaire, vont être victimes d’une « double peine » : « Ils auront davantage de difficultés à être engagés et vont être confrontés à une année blanche de création sur 2021-2022 à cause d’un trop-plein de spectacles. » Trop d’interprètes, trop de créations, pas assez de diffusion, ce triangle infernal risque d’aggraver la précarité des jeunes artistes qui ne sont plus étudiants et pas encore intermittents.

 

Lire l’enquête : La saison sinistrée des intermittents du spectacle

Sous le titre « Soutenons le spectacle vivant », un appel aux dons vient d’être ouvert en faveur de ces jeunes en difficulté. Lancée à l’initiative du producteur et diffuseur Pierre Beffeyte, ancien président de l’association Avignon festival & compagnies (qui coordonne le « off »), du nouveau magazine trimestriel G.I.V.E., consacré aux « nouvelles générosités », avec le soutien d’Antoine Vaccaro, président de Force for Good et du fonds Globale Philanthropie, cette collecte vise à « apporter une aide individuelle à des jeunes en situation de précarité identifiés par les conservatoires et les écoles », explique Pierre Beffeyte. « Nous nous donnons deux mois pour réunir au moins 200 000 euros », précise Antoine Vaccaro.

 

Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Le revenu brut mensuel moyen des intermittents a diminué de 400 euros en 2020, selon l’Unédic

« Pour mes parents, le fait que j’intègre un conservatoire national constituait une garantie pour l’avenir. Aujourd’hui, je les sens inquiets », constate Quentin Rebuffet. Dès qu’il leur parle d’un éventuel projet, la première question est : « De combien sera le cachet ? »

 

Illustration : OLIVIER BONHOMME

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Rennes. « Le Théâtre national de Bretagne occupé est sur un fil », pour Arthur Nauzyciel

Rennes. « Le Théâtre national de Bretagne occupé est sur un fil », pour Arthur Nauzyciel | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié dans Ouest-France le 8 avril 2021

 

Les artistes et précaires occupent le Théâtre national de Bretagne depuis mardi 6 avril après trois semaines de lutte à l’opéra. Un combat qui ne laisse pas indifférent son équipe et son directeur Arthur Nauzyciel.

 

« L’arrivée des occupants au TNB s’est bien passée, dans le dialogue », souligne Arthur Nauzyciel, le directeur du Théâtre National de Bretagne. Le mouvement ne laisse pas indifférent le théâtre, qui se veut ouvert aux enjeux de société.

 

> Lire aussi : REPORTAGE. À Rennes, les artistes et précaires étendent la lutte au TNB

 

 

« Ils portent une colère qu’on peut entendre sur la question de protéger l’ensemble des intermittents. Notre syndicat le Syndeac et les lieux occupés se sont positionnés : oui au prolongement de l’année blanche pour tous les intermittents. La question de la réouverture des lieux culturels est plus compliquée, alors que nous sommes dans un moment où on reconfine la France entière. Désormais, les occupants disent « pas de réouverture des lieux culturels sans abandon de la réforme de l’assurance chômage ». On sent que le mouvement risque de s’installer s’il n’y a pas de réponse à cela, car il y a une précarité très importante. L’implication du TNB est d’être à l’écoute, de donner la possibilité de se réunir. »

 

 

Le TNB pourra-t-il accueillir plus d’occupants ? 

 

« Non, nous sommes sur un fil, car nous accueillons aussi des artistes et des intermittents à qui on assure de l’emploi. Nous avons honoré tous nos contrats malgré l’annulation des spectacles, c’est notre manière de soutenir le territoire. Nous hébergeons aussi une association d’apprentissage du français, Dida et des étudiants. 150 étudiants sont venus travailler dans les bureaux du TNB pour échapper à la solitude, prendre un peu d’air. On ne voudrait pas refuser l’entrée à tous ces gens à qui on a ouvert la porte pour des raisons sanitaires et ce, alors que nos employés sont en télétravail. »

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Assurance-chômage : la grande loterie par Samuel Churin    |    Politis

Assurance-chômage : la grande loterie par Samuel Churin    |    Politis | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Samuel Churin, publié dans Politis  le 8 avril 2021

 

Le nouveau décret réformant, au 1er juillet, les règles d'indemnisation aura des répercussions dramatiques sur le niveau des allocations versées aux chômeurs et sera extrêmement inégalitaire, alerte Samuel Churin, membre de la Coordination des intermittents et précaires. Preuves à l’appui, il met au défi le gouvernement de prétendre le contraire.

 

Lors d’un rendez-vous récent au ministère du travail, j’ai commencé mon intervention par ces mots : « Vous avez le droit de ne pas être d’accord avec nous, mais nous devons d’abord nous mettre d’accord sur des faits, des chiffres incontestables. Lorsqu’un immeuble mesure 15 mètres, que sa hauteur est validée au centimètre près par un géomètre expert, certains considèreront qu’il est trop haut, d’autres trop bas. La discussion est alors possible. Votre méthode, seuls contre tous, consiste à affirmer que l’immeuble mesure 100 mètres. Soit vous êtes incompétents, soit vous êtes menteurs, soit les deux, mais dans tous les cas il est impossible de discuter avec vous. »

 

Ainsi l’heure est trop grave pour laisser passer autant de mensonges d’État. Bien sûr ce gouvernement brille par ses incompétences multiples, mais il est grand temps de rétablir des faits incontestables. À partir de là, ce gouvernement devra assumer sa folie.

 

Je demande donc que soit vérifié tout ce qui suit. Ce qui est écrit n’est pas de l’ordre de l’opinion. C’est vrai ou faux. Le fact checking (vérification des faits) est indispensable. Tant que ces faits ne seront pas vérifiés, ce gouvernement pourra avancer masqué, mettre en avant une divergence de point de vue. Or la réalité est très grave : ce président et ce gouvernement qui prétendent lutter contre le fléau des rumeurs et des fake news, contre les complotistes, sont les premiers à utiliser ces méthodes dans une indifférence d’opinion presque générale au moment où tous les médias sont obsédés par la crise sanitaire.

 

De quoi s’agit-il ? De la plus grave réforme jamais proposée depuis l’après-guerre, celle de l’Assurance chômage du régime général. Cette réforme fera des milliards d’euros d’économie sur les plus pauvres et interdira de toute indemnisation bon nombre de chômeurs. Cela, nous le savions, et nous le hurlons depuis 2019. À ce propos, Il faut saluer le mouvement d’occupations des 100 théâtres qui le rappelle tous les jours.

 

Mais ce que Mathieu Grégoire, sociologue, vient de démontrer va beaucoup plus loin. Graphiques et chiffres à l’appui, le résultat est implacable : cette réforme est une pure loterie.

Ce qui suit vous paraîtra irréel, et pourtant tous ces cas exposés par Mathieu Grégoire sur la revue Salariat ont été vérifiés.

Loterie pour les malades et les femmes enceintes

Contrairement à ce qu’affirme le gouvernement, chômeuses et chômeurs pourront être lésés par la réforme simplement parce qu’elles seront enceintes ou malades au mauvais moment. Contester ces nombreux cas est un mensonge. Ces faits sont vérifiés.

 

Loterie due à l’effet papillon : une journée de travail supplémentaire pour 10.820 euros de perdu !

 

Le cas de Julien est emblématique : À cause d’un seul contrat d’une seule journée à 180 euros 12 mois avant, Julien percevra 11.000 euros en moins d’Assurance Chômage sur une année !

Autrement dit, si Julien n’avait pas travaillé cette journée un an avant, il aurait perçu 11.000 euros en plus. À cause de cette petite journée isolée effectuée 12 mois avant, Julien a perdu 11.000-180 = 10.820 euros.

 

Autrement dit, on pourrait croire que ce gouvernement incite Julien à ne pas travailler ou à ne surtout pas déclarer cette seule petite journée isolée tant les conséquences financières sont importantes. C’est le travailler plus pour gagner beaucoup beaucoup moins !

Le cas de Julien (un exemple parmi beaucoup d’autres) est incontestable. Ces faits sont vérifiés.

 

Loterie due à la répartition des périodes d’emploi : emploi égal, salaire égal, un rapport de 1 à 24 !

C’est le plus grand scandale de ce dossier et le mot loterie doit être pris au premier degré. Pour rappel, la période de référence à partir de laquelle est calculée l’indemnité journalière est de 24 mois.

 

Comparons deux parcours : celui de Félix et Marjorie.

Pendant sa période de référence de 24 mois, Félix est d’abord en inactivité totale pendant 12 mois puis a un premier CDD de 2 mois et immédiatement un second CDD de 10 mois, au même salaire mensuel. Félix a donc déclaré 12 mois de travail en 24 mois. Félix ouvre des droits au chômage et travaille 1 mois sur 2 à partir du 1er janvier.

 

Pendant sa période de référence de 24 mois, Marjorie a d’abord un CDD de 2 mois, une période de chômage de 12 mois, puis un CDD de 10 mois, au même salaire mensuel que Félix. Marjorie a donc comme Félix déclaré 12 mois de travail en 24 mois pour exactement le même salaire. Marjorie ouvre des droits au chômage et comme Félix travaille 1 mois sur 2, mais à partir du 15 janvier.

 

Pour résumer, Félix et Marjorie ont déclaré exactement le même nombre de mois de travail (12 mois) pour exactement le même salaire avant d’ouvrir des droits. Félix travaillera du 1 au 30 du mois, un mois sur deux et Marjorie du 15 au 15 du mois suivant, un mois sur deux.

Félix percevra 19.000 euros d’indemnisation sur deux années. Marjorie percevra 800 euros d’indemnisation sur deux années.

Alors que leurs emplois et leurs salaires sont strictement identiques et ne différent que par leur répartition dans les 24 mois de la période de référence et par les dates de leurs contrats, Marjorie percevra 24 fois moins que Félix. Les cas de Félix et Marjorie sont incontestables. Les faits sont vérifiés.

Pour les intermittents du spectacle qui me lisent, imaginez que votre indemnisation puisse être 24 fois moins importante selon la répartition de vos contrats dans l’année ! Selon que vous ayez des dates en janvier et pas en mars !

 

Messieurs Macron, Castex, madame Borne, les faits ci-dessus sont incontestables. Si vous continuez à les nier alors que les preuves sont faites, cela relève du mensonge et nous vous attaquerons. Si ce que nous disons est faux, attaquez-nous tout de suite en diffamation.

Continuer de défendre cette réforme, c’est non seulement assumer une casse sociale sans précédent mais c’est aussi défendre un principe de loterie et d’inégalité de traitement que le conseil d’État a déjà relevé lors d’un précédent jugement.

 

Lire > Une immense victoire pour les précaires

 

Saluons les chercheurs, cibles du gouvernement, pour leur formidable travail. Merci en particulier à Mathieu Grégoire qui ne cesse de rétablir des vérités par ses travaux éclairés et éclairants. Merci à Mediapart pour son travail d’information sur ce dossier depuis le début.

À nous de tout faire pour révéler ces faits partout, que cela devienne pandémique, afin que les médias enfin dénoncent les mensonges répétés de ce gouvernement, leur demandent de s’expliquer. À nous de les mettre hors d’état de nuire, il y a non-assistance à personne en danger.

Retrouvez tous nos articles sur ce sujet.

PAR SAMUEL CHURIN
PUBLIÉ LE 8 AVRIL 2021

 

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Entretien avec Paul Rondin, directeur délégué du Festival d'Avignon

Entretien avec Paul Rondin, directeur délégué du Festival d'Avignon | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Il faut penser les formats de manière « native », c’est-à-dire les penser dès l’origine en fonction de leur type de diffusion. Il s’agit d’ajouter une nouvelle dimension au spectacle vivant.

Paul Rondin

 

Directeur délégué du Festival d’Avignon aux côtés d’Olivier Py depuis 2014 et co-fondateur de la French Tech Culture Grande Provence, Paul Rondin prépare, dans le contexte sanitaire actuel, le grand rendez-vous annuel du spectacle vivant en juillet. En parallèle de la programmation du Festival d’Avignon, l’équipe développe une plateforme numérique qui permettra au Festival de rayonner dans le monde entier. Elle permettra de diffuser des captations sous-titrées et adaptées, mais aussi des « classes d’art » (des masterclass d’artistes). A quelques mois de son lancement auprès du grand public, Festival Expériences (FXP) s’apprête à apporter un nouveau souffle au spectacle vivant et à son public.

 

 

Avec l’annulation de l’édition 2020 et de la Semaine d’Art à l’automne, comment va le Festival d’Avignon ?

 

Pour cette année nous sommes optimistes. En effet, nous ne serons pas pris au piège comme l’an dernier, nous nous préparons à nous adapter. Pour ce faire, tout le Festival est au travail. Nous préparons une programmation complète avec une cinquantaine de spectacles, la moitié d’entre eux sont internationaux. Le 24 mars nous avons annoncé la programmation telle que nous l’avons rêvée. Le plus important étant que toute la filière du spectacle vivant puisse se retrouver en juillet.

 

L’investissement du Festival d’Avignon dans le numérique date d’avant la crise sanitaire. De quand date la plateforme Festival Expériences et à qui s’adresse-t-elle en France et à l’international ?

 

Lorsque nous avons pris la direction du Festival d’Avignon avec Olivier Py en 2014, nous étions conscients que toute une génération sortait de nos radars parce qu’elle ne passait plus par les médias traditionnels pour s’informer. Nous sommes allés chercher sur le web cette génération qui veut découvrir les choses par elle-même. Dans le mouvement de la French Tech, nous avons choisi d’utiliser des outils du quotidien, les réseaux sociaux notamment, pour accomplir notre mission d’intérêt général et permettre à chacun de faire des choix éclairés. En commençant à y réfléchir, nous avons réalisé une chose incroyable : né en 1947, le Festival d’Avignon est une marque internationale qui est connue partout dans le monde, avec une très forte réputation. De nombreux pays demandent qu’on leur crée leur propre Festival d’Avignon. Or, ce festival a lieu précisément à Avignon, avec un mélange inouï d’exigence populaire, de patrimoine rendu à la création, de vivant et de vieilles pierres. Impossible de l’exporter, mais grâce aux outils numériques nous pouvons le faire rayonner plus largement. Festival Expériences qui devrait être accessible au public cet été, permettra ainsi d’amplifier l’aura du Festival et de multiplier les rencontres.

 

Pouvez-vous nous parler du contenu de FXP ? En quoi fait-il écho au Festival d’Avignon ? Quelles disciplines sont représentées ? Comment est-il présenté avec ses ambassadeurs comme points d’entrée ? 

 

Festival Expériences a pour premier objectif la valorisation du nom et de l’expérience du Festival d’Avignon. Or, le Festival d’Avignon, c’est du théâtre, de la danse, de la musique et aussi un autre genre que nous avons créée pour les spectacles qui ne sont pas classables : l’indiscipline. Pour Festival Expériences, nous nous appuyons sur les artistes qui se sont produits au Festival d’Avignon et pour lesquels nous avons de la matière audiovisuelle. Nous les contactons pour qu’ils nous disent ce que représente le Festival pour eux, puis nous entrons dans leur histoire artistique propre.

 

Pour ce qui est des ambassadeurs, nous avons commencé assez naturellement avec Olivier Py qui a la double fonction de metteur en scène et de directeur du Festival. Et puis nous avons pensé à la chanteuse Angélique Kidjo. Son hommage à Léopold Sédar Senghor en 2017, « Femme noire » mêlait théâtre, musique, hip-hop et rassemblait quatre générations d’artistes internationaux dans la Cour d’Honneur. C’est une ambassadrice généreuse, qui nous a raconté qu’elle était venue à la musique par le texte et qu’elle avait toujours chanté pour raconter des histoires. Se sont ajoutées d’autres personnalités comme Caroline Guiela N’Guyen, c’est à chaque fois le moyen d’agréger à la Classe d’art un corpus d’archives et donc de préserver, parfois révéler, rendre accessibles des contenus qui, ainsi éditorialisés, racontent des vies. L’outil numérique devient alors une offre culturelle en soi. 

Rien ne remplace la vibration qu’on ressent dans une salle : les pleurs et les rires, ses propres émotions et celles de son voisin.
 

Que retenez-vous de l’expérience menée avec l’Institut français de Chine autour de la pièce Le Roi Lear d’Olivier Py?

 

Ce sont 700 000 spectateurs qui ont vu la pièce en une dizaine de jours via la plateforme FXP. Quant à la classe d’art avec Olivier Py, elle a été visionnée 55 000 fois en 5 jours. Sans le travail que réalise l’Institut Français depuis des années pour rendre visible et accessible la culture française, une captation du Roi Lear de 2015 traduite en Mandarin ne pourrait pas susciter autant de curiosité. Sans médiateur, cela ne fonctionne pas !

Nous avions expérimenté en Chine d’autres approches, diffusion de spectacles, formation, échanges, mais nous n’avions jamais touché ainsi directement autant de monde.

 

L’engagement de l’Institut français et du réseau culturel français pour promouvoir la plateforme FXP en 2020 vous a-t-il permis de mieux appréhender les attentes des publics et les réseaux de diffusion possibles ? Comment l’année qui vient de s’écouler a-t-elle transformé Festival Expériences ?

 

Sans flagornerie, l’accompagnement de l’Institut français a été déterminant.  Que ce soit en Asie ou en Amériques du Nord et du Sud par exemple, il a été le lien, le médiateur qui nous a permis de faire comprendre que la réputation du Festival, son attractivité, pouvait trouver aussi une forme d’accessibilité nouvelle au moyen de ces contenus numériques et audiovisuels. La mise en relation avec des publics très différents et connus des Instituts français a été un accélérateur pour FXP. D’une certaine manière notre collaboration valide l’hypothèse de la demande. J’ajouterais que la particularité de chaque région ou pays a fait évoluer l’offre en l’agrandissant, par exemple aux États-Unis avec des « Live talks » avec des personnalités américaines, et en Corée une approche plus spectaculaire sur grands écrans.

 

Quel est le modèle économique que vous imaginez pour le déploiement du Festival Expériences ?

 

Le modèle économique est multiple. Il y a d’abord des abonnements individuels ou collectifs à partir de 10 euros par mois. Il y a ensuite les ventes de licences pour permettre d’exploiter certains contenus. Et enfin, il y a les partenariats par exemple quand on nous demande de co-construire une programmation. Dans ce cadre, n’importe quel opérateur peut acheter un des abonnements et décider de les mettre gratuitement à disposition d’un certain public. Dans la lignée de notre mission de service public, nous serons toujours vigilants à ce que le contenu ne soit pas capté par des intérêts économiques. Toutefois, de la même manière que le Festival d’Avignon vend des billets entre 10 et 40 euros, l’accès à Festival Expériences sera payant. 

 

Est-ce que vous pensez que la situation actuelle et le développement de la plateforme nécessiteront de repenser globalement la production des créations, incluant dès le départ une offre hybride ? Est-ce que vous envisagez cela dès maintenant avec les compagnies programmées sur le festival en 2021 ?

 

Festival Expériences est un des partenaires importants du Festival d’Avignon en 2021. Pour certains spectacles, nous avons en tête cette possibilité d’offre hybride. Pour nous donner tous les moyens pour que les spectacles soient partagés, nous ne pouvons pas réduire le numérique à la consommation de captations. Dans ce domaine, le Festival d’Avignon a un vrai rôle à jouer. Je défends depuis longtemps l’idée que trois corps de métiers, la scène, l’audiovisuel et le numérique, doivent travailler ensemble pour assurer à une œuvre un maximum de visibilité. Après l’année que nous venons de passer, j’y crois plus que jamais. Il faut penser les formats de manière « native », c’est-à-dire les penser dès l’origine en fonction de leur type de diffusion, pour apporter une nouvelle dimension au spectacle vivant.

 

Peut-on vraiment « vivre » une expérience qui soit parente du Festival d’Avignon, où justement le spectacle « vivant » est le pouls battant, en ligne ?

 

Rien ne remplace la vibration qu’on ressent dans une salle : les pleurs et les rires, ses propres émotions et celles de son voisin. Mais il s’agit d’une autre expérience, complémentaire, qui reste à inventer. Tant qu’on n’aura pas pensé une expérience « native » on ne pourra pas imaginer une expérience aussi captivante que la présence des artistes sur scène. Avec l’hybridation, il est assez enthousiasmant de s’imaginer susciter des sensations très différentes du présentiel, à 15 000 kilomètres de distance. C’est en train de naître, les artistes font évoluer leurs outils et c’est passionnant de faire bouger les lignes.

 
 
 

L'Institut français organisera, dans le cadre du Festival d'Avignon, un Focus Théâtre du 7 au 11 juillet 2021. Focus est un programme de l'Institut français destiné à accompagner les professionnels étrangers dans le repérage des secteurs de la création culturelle française et d’encourager leur diffusion dans le monde. 

En savoir + sur les Focus 

 

Photo : Paul Rondin © Christophe Raynaud de Lage

 

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“Danse Delhi”, un ballet pour sublimer la douleur

“Danse Delhi”, un ballet pour sublimer la douleur | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Patrick Sourd dans Les Inrocks - Publié le 6 avril 2021

 Avec le culot d’oser une telle mise en scène par temps de pandémie, Gaëlle Hermant investit l’humour cruel d’Ivan Viripaev et nous donne rendez-vous à l’hôpital pour une drôle de danse avec la mort.

 

Dans Archives du Nord, Marguerite Yourcenar use de la formulation désuète “Siva” pour désigner Shiva, l’une des principales déités de l’hindouisme, dont la danse est associée à la création et la destruction de l’univers. “A certaines époques, Siva danse sur le monde, abolissant les formes. Ce qui danse aujourd’hui sur le monde est la sottise, la violence, et l’avidité de l’homme.

Faisant écho au constat de l’écrivaine, le dramaturge russe Ivan Viripaev réunit les deux propositions en une pour inventer la légende urbaine d’une chorégraphie de la consolation, leitmotiv de sa pièce Danse “Delhi”… soit l’invention d’un solo mythique, inspiré à l’une des protagonistes, danseuse du Ballet de l’Opéra, au retour d’un voyage en Inde suite à sa confrontation avec une humanité vivant dans une souffrance et une misère des plus extrêmes.

 

Sept courtes pièces, comme autant de variations

La performance fascine et obsède quiconque la découvre et fait dire à l’un de ses personnages : “Elle a commencé à transformer cette douleur en une danse sublime et à libérer toute cette douleur. Elle a créé une danse sublime et enchanteresse nommée ‘Delhi’.

On a tous·tes vécu cette heure de vérité passée à se ronger les sangs dans la salle d’attente des urgences avant de savoir ce qu’il en est de l’avenir d’un être cher. Considérant ce lieu comme la frontière d’un passage vers l’au-delà, Ivan Viripaev pousse la cruauté jusqu’à composer une ronde macabre prétexte à mettre à l’épreuve chacun de ses personnages.

 

Danse “Delhi” se divise en sept courtes pièces, comme autant de variations sur la manière de réagir à l’annonce de la mort d’un proche. Baume au cœur réputé infaillible, le rappel des effets cathartiques de la fameuse danse devient le motif d’un running gag qui infuse d’une ironie glaçante chacune de ces pièces.

 

Une gêne maintenue avec finesse

 

Les parois translucides des bureaux du personnel hospitalier s’éclairent des lumières aux couleurs changeantes d’une boîte de nuit et un ballet de chaises et de plantes vertes suffit à renouveler le décor.

Partagé·es entre le réalisme d’une situation dramatique qui impose la retenue et la mécanique d’une farce montant en puissance d’acte en acte, les spectateur·trices ne savent plus s’il faut rire ou pleurer.

 

Osant monter Danse “Delhi” en temps de pandémie, Gaëlle Hermant maintient cette gêne avec finesse en dirigeant ses acteur·trices comme une troupe d’équilibristes avançant sur le fil d’une incorrection purement jouissive. S’amuser du spectacle nous plonge dans un malaise bienvenu, en brisant le carcan moral d’une époque où le choix de se moquer de la mort relève presque de l’interdit.

 

Danse “Delhi” d’Ivan Viripaev, mise en scène Gaëlle Hermant, avec Christine Brücher, Manon Clavel, Jules Garreau, Lina Alsayed…La Criée-Théâtre national de Marseille et en tournée – dates à préciser

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Quand le théâtre s'invite en appartement

Quand le théâtre s'invite en appartement | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Igor Hansen-Love dans Les Inrocks  publié le 6 avril 2021



Projet émouvant sur la paternité, destiné à maintenir un lien social, “Pères” a été conçu par Elise Chatauret et Thomas Pondevie avec la Poudrerie de Sevran.

Le Théâtre de la Poudrerie, à Sevran, n’a pas attendu l’arrivée du Covid pour formaliser le concept du spectacle à emporter. Cela fait maintenant dix ans que ses artistes, auteur·trices et metteur·euses en scène partent à la rencontre des habitant·es de la ville et de ses alentours, enregistrent et compilent leur parole sur un thème donné (généralement sociétal) afin de créer avec eux·elles des petites formes (rarement plus d’une heure), destinées à être jouées en appartement (avec un décor ultra-minimaliste).

Le jour de la représentation, les spectateur·trices assistent à la pièce, partagent un repas et, si la mayonnaise prend, terminent leur soirée en discutant du sujet traité, tandis que les enfants jouent dans la pièce d’à côté. Ce théâtre est d’abord conçu pour créer du lien social, ce qui ne l’empêche pas d’être souvent joliment écrit, joué et mis en scène.

Pères autoritaires et machos et sexistes ou papas poules progressistes et gay

C’est le cas de Pères, initié par Elise Chatauret et Thomas Pondevie. Sur scène, deux acteurs (Laurent Barbot et Iannis Haillet) se glissent dans la peau d’anciens enfants, rencontrés à Sevran et Malakoff, pour dresser la mosaïque d’une paternité plurielle.

On y croise autant de pères autoritaires, méchants, machos et sexistes que de papas poules, aimants, progressistes et gays. Autant de portraits éclairés par des propos de médecins, sociologues ou philosophes. L’ensemble donne d’emblée une impression de fouillis jusqu’à ce que l’idée d’un certain progrès, aussi fragile que réjouissant, émerge. A l’image de ce joli théâtre de poche qui doit retrouver le chemin des appartements au plus vite.

Pères d’Elise Chatauret et Thomas Pondevie, avec Laurent Barbot et Iannis Haillet. Du 16 au 25 juillet, La Manufacture, Avignon. Du 17 au 19 septembre, CDN, Nancy. Automne 2021 et printemps 2022, en appartement, à Sevran. Du 4 au 9 décembre, Théâtre 71, Malakoff

 



Photo © Christophe Raynaud de Lage

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Festival du Conservatoire,  organisé par le  NTP à Beaufort-en-Anjou  en avril (pros) et en août (public)

Festival du Conservatoire,  organisé par le  NTP à Beaufort-en-Anjou  en avril (pros) et en août (public) | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Communiqué du NTP - 6 avril 2021

 

Pour le printemps 2021, le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique PSL, à Paris, a demandé à la troupe du Nouveau Théâtre Populaire de créer un spectacle avec ses élèves ; fidèle à ses habitudes, le Nouveau Théâtre Populaire lui en a proposé trois ! C’est donc un véritable mini-festival qui se prépare, aux Halles de Beaufort-en-Anjou, qui sera l’occasion d’ancrer sur le territoire encore davantage la présence de la troupe – et du théâtre ! – à l’année, et où l’on retrouvera les principes qui ont fait la force du Nouveau Théâtre Populaire : un théâtre de tréteaux, une programmation éclectique, et la place centrale accordée aux comédiens.

Compte-tenu des restrictions liées à la crise sanitaire, le Festival du Conservatoire ne pourra accueillir de public au mois d’avril. Les représentations seront réservées aux professionnels. Des représentations exceptionnelles auront lieu au mois d’août, toujours aux Halles de Beaufort-en-Anjou.

GRAND GUIGNOL / DE LORDE & MAUREY

15, 18 AVRIL, 14H
20 AOÛT, 17H

 EN SAVOIR PLUS

 

PLUS OU MOINS L’INFINI / WEILL

15, 18 AVRIL, 16H30
21 AOÛT, 17H

 EN SAVOIR PLUS

 

LA NUIT DES ROIS / SHAKESPEARE

16, 17 AVRIL À 16H30
22 AOÛT, 17H

EN SAVOIR PLUS

 

 


 

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Jean-Claude Mourlevat : « La lecture des enfants ne tient pas avec l’espoir que cela devienne meilleur quelques pages plus loin »

Jean-Claude Mourlevat : « La lecture des enfants ne tient pas avec l’espoir que cela devienne meilleur quelques pages plus loin » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Raphaële Botte (Collaboratrice du « Monde des livres ») dans Le Monde publié le 6 avril 2021


L’écrivain est le premier récipiendaire français du prix Astrid Lindgren 2021, prestigieuse récompense suédoise honorant des auteurs de littérature jeunesse du monde entier.

Le 30 mars, le romancier français Jean-Claude Mourlevat était chez lui en Auvergne lorsqu’il a découvert le message l’avisant qu’il était l’heureux lauréat du prix Astrid Lindgren 2021 (Astrid Lindgren Memorial Award – ALMA), le 19e récipiendaire, depuis sa création, de cette récompense internationale honorant des auteurs de littérature jeunesse, l’équivalent en quelque sorte du prix Nobel dans cette catégorie. 262 écrivains avaient été sélectionnés par le jury suédois.

 

« Ma première réaction : la stupéfaction », résume Jean-Claude Mourlevat, joint par « Le Monde des livres », d’une voix calme et joyeuse à la fois, « mêlée d’une pointe d’affolement car j’appréhendais aussi ce qui allait s’abattre sur moi ». Sur la liste des finalistes depuis quelques années avec une poignée de compatriotes (Timothée de Fombelle, François Place, Marie-Aude Murail…), il ne se pensait plus en course, s’attendant « davantage à ce que l’on me pousse gentiment vers la porte », avoue-t-il. Mais le jury a décidé de saluer « ses récits [qui] abolissent le temps et l’espace et évoquent dans une prose onirique et efficace des questions éternelles comme le désir et l’amour, la vulnérabilité et la guerre ».

Relectures contemporaines

Jean-Claude Mourlevat, né en 1952, a enseigné l’allemand et mené une carrière de comédien et de metteur en scène avant de publier des textes destinés à la jeunesse. Avec L’Enfant Océan (Pocket Jeunesse, 1999), il propose une relecture contemporaine du Petit Poucet. D’autres références aux contes se retrouvent souvent en filigrane de ses histoires, comme Barbe Bleue dans Terrienne  (Gallimard Jeunesse, 2011). Lui évoque aussi l’influence permanente du théâtre. « Je suis sensible au rythme d’un texte comme peut l’être un comédien sur scène. J’ai cette crainte permanente de perdre la tension et l’attention. La lecture des enfants ne tient pas avec l’espoir que cela devienne meilleur quelques pages plus loin. Ils abandonnent », détaille-t-il avec lucidité.

Le romancier a ainsi expérimenté différents genres : le fantastique avec La Rivière à l’envers (Pocket Jeunesse, 2000), l’humour avec La Ballade de Cornebique, la dystopie avec Le Combat d’hiver (Gallimard Jeunesse, 2003 et 2006), l’un de ses plus gros succès à ce jour, traduit en vingt langues. Depuis janvier, Jean-Claude Mourlevat écrit la suite de Jefferson, jubilatoire polar animalier publié en 2018 (Gallimard Jeunesse). « Il me permet d’évoquer des causes (la maltraitance animale dans le premier) sans jamais être didactique. J’utilise l’humour pour dégoupiller toute lourdeur du propos. »

 

En décrochant le prix Astrid Lindgren, du nom de la créatrice de Fifi Brindacier, Jean-Claude Mourlevat devient le premier Français distingué, après d’illustres prédécesseurs tels que l’Américain Maurice Sendak en 2003, le Britannique Philip Pullman en 2005, la Belge Kitty Crowter en 2010 ou l’Australien Shaun Tan en 2011. Douze membres (chercheurs, auteurs, illustrateurs, bibliothécaires…)   constituent le jury réuni par le Kulturadet, le Conseil suédois des arts, une organisation gouvernementale, et sa dotation est l’une des plus fortes parmi tous les prix littéraires puisque le lauréat reçoit 5 millions de couronnes suédoises (environ 490 000 €). Le prix sera remis le 31 mai à Jean-Claude Mourlevat « en visio depuis chez moi, à cause de cet infâme ragoût dans lequel nous sommes tous englués », regrette celui qui aurait aimé partager ce moment en Suède avec les siens.

 

A lire au format ePub, gratuitement pendant le confinement, « La Chambre de Jo », de Jean-Claude Mourlevat, Gallimard Jeunesse, « La biblimobile ».

Raphaële Botte(Collaboratrice du « Monde des livres »)

 

Archive : un entretien avec Jean-Claude Mourlevat où il évoque son passé de professeur et de clown

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Sous l'oeil de Klapisch, la seconde vie d'une ballerine de l'Opéra

Sous l'oeil de Klapisch, la seconde vie d'une ballerine de l'Opéra | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rana Moussaoui pour 24 matins.fr le 4/04/21

 

 

On se croirait en pleine séance de travail d'un ballet, si ce n'est l'homme aux côtés de la danseuse de l'Opéra de Paris n'est pas un répétiteur, mais Cédric Klapisch qui boucle son dernier film, petit "miracle" tourné en pleine pandémie.

 

Sur la scène du Théâtre du Châtelet, qui a accueilli cette semaine les derniers jours du tournage entamé en décembre et réalisé également à La Villette et en Bretagne, Marion Barbeau signe ses débuts au cinéma et un retour sur le plateau, alors que les salles de spectacle sont fermées depuis plus de cinq mois.

La ballerine de 30 ans a renoué ainsi avec des “émotions fortes qu’on ne retrouve qu’au théâtre”, même si l’expérience varie sensiblement une fois devant la caméra.

“Un ballet présenté devant un public, c’est très frontal. Ici c’est plus subjectif, on guide le spectateur là on veut que l’oeil se pose”, affirme à l’AFP la première danseuse, grade précédant le titre suprême d’étoile.

“Le sens du détail”

Elle répète inlassablement un mouvement de bras dans une scène de “La Bayadère”, ballet du 19e siècle durant lequel l’héroïne danse avant de se blesser, ce qui brise son rêve d’étoile.

Cédric Klapisch, tombé amoureux de la danse à 14 ans, multiplie les “Action!” “Coupez!” jusqu’à obtenir un geste “aérien”.

“Dans la danse, le rendu est plus global, ici il ne faut penser par exemple qu’à sa main… c’est intéressant car le sens du détail est plus développé. Un micro à-coup ne se verrait absolument pas du public, mais à la caméra, tout se voit”, précise la danseuse, à l’Opéra depuis 12 ans après avoir été “petit rat” pendant six ans.

 

Contrairement à certains films comme “Black Swan” privilégiant des actrices comme Natalie Portman et des doublures pour des rôles de ballerines, le réalisateur a choisi de vrais danseurs pour son 14e long-métrage dont la sortie est prévue en 2022.

Un de ses films, “Les Poupées russes”, avait déjà côtoyé le monde de la danse classique avec la ballerine Evguenia Obraztsova jouant un personnage et il avait réalisé un documentaire sur l’étoile Aurélie Dupont. “Il y a quelque chose de très merveilleux dans le ballet, et quand on a accès aux coulisses, c’est encore plus magique”, dit-il à l’AFP.

 

Outre Barbeau, que le réalisateur a trouvé “touchante” au casting, on retrouve le chorégraphe israélien Hofesh Shechter et les danseurs de hip hop Mehdi Baki et Léo Walk dans une distribution qui comprend les acteurs Pio Marmaï, Denis Podalydès et Muriel Robin.

“métaphore”

Lors de l’écriture du scénario, le réalisateur de “L’Auberge espagnole” ne se doutait pas à quel point l’histoire de la danseuse blessée allait apparaître comme “une métaphore de ce qu’on vit, sur l’isolement, sur le fait d’arrêter quelque chose”.

 

Dans la salle du Châtelet se faufilent des dizaines de gens masqués qui seront le faux public du film. Dans les coulisses, des ballerines en tutu s’échauffent et sur scène, l’équipe de Klapisch scrute sur les écrans un gros plan des yeux Marion Barbeau.

“Je trouve hallucinant d’avoir fait ce film (qui fait partie des 239 films agréés en 2020, ndlr). Il y a eu ce côté +on ne peut pas mais on le fait quand même+”, précise-t-il.

 

 

Shechter, dont la troupe est basée en Grande-Bretagne, “m’a dit que c’était un miracle car tous leurs spectacles avaient été annulés. Ils étaient dans un état second car ils n’avaient pas dansé depuis des mois. Du coup, paradoxalement, ce Covid donne quelque chose au film”.

 

L’héroïne finit par se reconstruire après une rencontre avec la troupe de Shechter. Cliché où la danse contemporaine est “libératrice” en opposition au “carcan” du classique? Aussi bien le réalisateur que la ballerine rejette cette interprétation. “Personne ne gagne sur l’autre”, souligne Klapisch.

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Le metteur en scène David Geselson publie les lettres que nous n’avons pas osé écrire

Le metteur en scène David Geselson publie les lettres que nous n’avons pas osé écrire | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Emmanuelle Bouchez dans Télérama - 6 avril 2021

 

REPÉRÉ – De ville en ville, David Geselson a écrit le jour, pour des spectateurs, des lettres qu’ils ont renoncé à écrire, et les a lues le soir, sur scène. Une mise en lumière spectaculaire de nos renoncements intimes captée, en mars dernier, à La Maison de la poésie. Son recueil de “Lettres non-écrites” vient de paraître au Tripode.

 

L’actualité de David Geselson est multiple en ce printemps, et surtout multimédia : son recueil de Lettres non-écrites vient de paraître, et 48 d’entre elles ont été lues en mars dernier, trois heures durant, par 48 interprètes magnifiques (Audrey Bonnet, Caroline Arrouas, Loïc Corbery…) lors d’une soirée unique à la Maison de la Poésie, à Paris. Le projet, né il y a quatre ans, au Théâtre de La Bastille, a fait le tour d’une quinzaine de villes, de Lorient à Bruxelles. À chaque fois, il s’agit de proposer dans la journée à cinq spectateurs de raconter en tête à tête une lettre qu’ils n’ont jamais osé envoyer. David Geselson la rédige pour eux dans la foulée, avant de la lire le soir sur scène. Toutes sortes de voix dressent ainsi un portrait affectif de l’humanité, au fil de sentiments tamisés par le temps.

 

Ses parents ont fondé une revue de pédiatrie, et sont passionnés de théâtre et de littérature. Il voit, à 14 ans, à Aubervilliers, l’adaptation d’Angels in America de Tony Kushner, montée par la metteuse en scène Brigitte Jaques-Wajeman, amie de la famille. Il entre, une fois le bac en poche, au Conservatoire national supérieur d’Art dramatique de Paris et s’y sent « bien trop jeune et angoissé ». Des compagnies étrangères, surtout, confortent sa vocation… Le Britannique Simon McBurney, grâce à sa capacité à raconter des histoires, et le collectif anversois TgStan pour sa vitalité éruptive. Un stage avec le maître polonais Krystian Lupa l’encourage ensuite à suivre le flux de sa pensée. Et à commencer d’écrire.

Paix introuvable

À partir de 2014, il développe un théâtre documentaire à haute valeur émotionnelle. Dans En route Kaddish, il évoque un grand-père aventurier juif lithuanien, parti à 19 ans, dans les années 1930, fonder un « autre socialisme » en Israël, avant de désespérer d’une paix introuvable au Moyen-Orient. Un an plus tard, il incarne avec Laure Mathis — pilier de sa compagnie — la vie intellectuelle et amoureuse d’André et Dorine Gorz, qui ont choisi, en 2007, de se donner la mort ensemble. Son écriture, au plus prés de l’intimité, permet une profondeur de jeu saisissante.

 

Dans les semaines qui viennent, il va répéter le rôle de l’étudiant Trofimov, aux côtés dIsabelle Huppert, dans La Cerisaie de Tchekhovmise en scène par Tiago Rodrigues. Ce spectacle doit ouvrir, dans la Cour d’honneur du palais des Papes, le prochain Festival d’Avignon. Il interprètera en 2022 pour le même metteur en scène portugais Chœur des amants, un spectacle jusque-là maintes fois déprogrammé pour cause de pandémie. «Travailler avec Tiago est un pur bonheur : il sait ce dont ont besoin les acteurs. Jouer avec Isabelle Huppert ? L’occasion encore d’un apprentissage ! », s’enchante-t-il par avance, en espérant avec ardeur retrouver les planches.

 

Emmanuelle Bouchez

 

Lettres non-écrites, de David Geselson (Le Tripode, 2021, 200p, 17 €).

 

Captation de la soirée à La Maison de la poésie : plus de 40 acteurs se succèdent pour lire une des "Lettres non-écrites" de David Geselson : voir la vidéo 

 

 

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