Revue de presse théâtre
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LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE  :   L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre

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Au fait, et ce tableau en trompe-l'oeil qui illustre le blog ? Il s'intitule  Escapando de la critica, il date de 1874 et c'est l'oeuvre du peintre catalan Pere Borrel del Caso

 

Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 9:31 AM

Peut être utile au lycée

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 Les bonnes, de Jean Genet, mise en scène de Mathieu Touzé, au Théâtre 14

 Les bonnes, de Jean Genet, mise en scène de Mathieu Touzé, au Théâtre 14 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

article de Denis Sanglard dans Un fauteuil pour l'orchestre - 2 mars 2024

 

Les bonnes de Jean Genet c’est un boulevard qui tourne vinaigre. Une comédie acide qui vire à la tragédie. Dans un décor « Au théâtre ce soir » fermé sur lui-même, boudoir blanc et fleurs artificielles, kitsch de cocotte, Solange (Elizabeth Mazev) et Claire (Stéphanie Pasquet), singent leur domesticité. Violente « cérémonie » sadomasochiste où la seconde vêtue des habits de Madame, pomponnée et coiffée comme Madame, insulte la première réduite à sa stricte condition ancillaire, ses gants de vaisselle empuantis. Solange la rage au ventre étrangle Madame. Mais tout ça n’est qu’un jeu pervers, ultime répétition avant de passer à l’acte. Ces deux-là, crachant leur haine d’une classe dominante qui les exploite et les abêtit, attendent Madame pour enfin solder leur compte après avoir dénoncé Monsieur aux autorités. Madame est enfin là, le tilleul sucré au gardénal (10 gouttes, pas plus) aussi, prêt à être servi. Mais Monsieur est libéré et attend Madame au Bilboquet. Madame repart, oublie son tilleul refroidi. Puisqu’il faut bien en finir d’une façon ou d’une autre avec cet esclavage, puisque qu’il faut tuer Madame, c’est dit, Claire boit le tilleul.

 

Pièce de Jean Genet  corrosive dans son propos et inclassable dans sa forme qui ne cesse d’osciller en les dynamitant entre plusieurs styles dramaturgiques, ce huis-clos sartrien où l’enfer ici c’est aussi bien les autres que soi, est un pari casse-gueule pour tout metteur en scène sommé de choisir ou pas, entre la farce, le burlesque, la comédie, le boulevard, la tragédie au risque de l’impasse… Mathieu Touzé ne s’embarrasse de rien et embrasse gayment tout ça qu’il pousse aux extrêmes, opérant des virages à 90 degré, grand huit stylistiques vertigineux à vous donner le hoquet, soulignant le chaos intérieur, la psyché secouée et fragile de Claire et Solange passant d’un état émotionnel à l’autre et la théâtralité quelque peu exacerbée de leur comportement toujours imprévisible.

 

N’omettant pas un côté queer par la grâce de l’acteur Yuming Hey, Madame sur stiletto de 16, créature fantasmée, excessive, archétype fantasque et gay de la femme idéale, changeant de tenues extravagantes plus vite qu’un transformiste, crédible jusqu’au bout de ses ongles peints et laqués dans une caricature de bourgeoise clinquante, une vraie drama-queen exaltée, créature de cabaret ou de kabuki qui s’ignore, inconsciente de sa cruauté et de sa mesquinerie envers la domesticité. Un numéro d’acteur ou d’actrice, au choix, impérial.

 

(Et une séquence hilarante et génialement saugrenue où Claire et Solange chantent et dansent, bombe de laque ou brosse pour micro, sur une chanson de notre icône gay nationale Mylène Farmer, « c’est dans l’air », pas si anodine que ça dans son choix. Il suffit d’écouter les paroles…)

 

Claire et Solange sont deux monstres et nulle compassion de la part de Jean Genet qui qui ne voyait pas là un plaidoyer pour les domestiques, loin de là, ni de Mathieu Touzé qui semble bien l’avoir compris et dissèque consciencieusement cette double aliénation et le malaise qu’elle provoque. Au bord de la folie, méchantes par aigreur, la haine en sautoir pour leur condition cristallisée autour de Madame, sœurs ennemies et complices dans un rapport toujours ambivalent et ambigu, voire incestueux, unies par cette volonté criminelle, il fallait bien deux actrices tout aussi monstrueuses par leur talent pour déplier toutes les facettes jusqu’aux plus obscures de ces deux bonnes diaboliques à bout de nerfs, à bout de tout, inspirées des sœurs Papin qui massacrèrent sans sourciller leur patronnes. Mais les réduire à ça, au machiavélisme, à la noirceur serait réducteur. Elizabeth Mazev et Stéphanie Pasquet évitent cet écueil et la caricature. Il y a des sursauts poignants d’humanité, de la souffrance à vif, de la panique de petites filles désemparées, apeurées, une âpre lucidité sur leur conditions abjectes à nous faire chialer jusque dans leur délire paranoïde. Surtout il y a quelque chose de proprement fascinant dans ces deux comédiennes qui les voit se métamorphoser,  s’anamorphoser et passer d’un registre à l’autre sans heurt, de la farce la plus noire à la tragédie la plus désespérée.  Les bonnes c’est La Tragédie sortie des cuisines, à portée des domestiques, résumée à un crachat. Toute la subversion de Jean Genet.

 

Denis Sanglard / Un fauteuil pour l'orchestre 

 

Les bonnes, de Jean Genet

Mise en scène de Mathieu Touzé

Avec Yuming Hey, Elizabeth Mazev, Stéphanie Pasquet

Scénographie, chorégraphie et costumes : Mathieu Touzé

Eclairagiste : Renaud Lagier

Régie générale : Jean-Marc L’hostis

Assistante à la mise en scène : Hélène Thil

 

Du 27 février au 21 mars 2024

Durée 1h35

 

Théâtre 14

20 avenue Marc Sangnier   75014 Paris

Réservations : 01 45 45 49 77  www.theatre14.fr

 

Tournée :

du 9 au 12 avril 2024 Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine

 

du 14 au 16 mai 2014 : CDN de Nancy Lorraine

 

30 mai 2024 La Maison / Nevers, scène conventionnée Art et Territoire

 

Photos © Christophe Raynaud de Lage

 

 

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« Le Voyage dans l’Est » : Stanislas Nordey et l’entêtante partition de Christine Angot

« Le Voyage dans l’Est » : Stanislas Nordey et l’entêtante partition de Christine Angot | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marie-José Sirach dans L'Humanité - 3 mars 2024

 

En mettant en scène le Voyage dans l’Est, le metteur en scène Stanislas Nordey laisse entendre les déflagrations intérieures de l’autrice. Un geste d’une très grande puissance.

 

Les mots pour l’écrire. Les mots pour le dire. Écrire, dire, entendre ces mots qui, un à un, racontent la sidération, le silence, la douleur d’une enfant violée par son père. Il y a ce long cheminement pour libérer les sentiments qui se bousculent et vous rongent de l’intérieur, culpabilité, honte, jusqu’à ce qu’éclatent la colère, la révolte.

Livre après livre, Christine Angot a fait plus que lever le tabou sur l’inceste. Elle n’a cessé d’écrire pour en démonter la mécanique, montrer la perversité du prédateur guettant sa proie, le chantage affectif, le phénomène d’emprise, ce « pouvoir ultime du patriarcat ». Et dénoncer le silence.

 

Un silence insupportable et les regards qui se détournent imperceptiblement, ne veulent pas voir. Elle décrit par le menu tous les sentiments contraires qui l’assaillent, ne se ménage pas dans son processus de résilience. En remettant sur le métier l’inceste paternel dont elle a été victime dans le Voyage dans l’Est, elle écrit sa prise de conscience. Désormais, la honte a changé de camp. La femme peut enfin regarder la jeune fille qu’elle n’aimait pas.

Trois actrices pour incarner Christine Angot

« J’ai rencontré mon père dans un hôtel à Strasbourg, que je ne saurais pas situer. » Ainsi commence le livre de Christine Angot. La pièce a été créée au Théâtre national de Strasbourg, au printemps 2023. Symboliquement, ce retour sur les lieux du crime au théâtre va créer cette distance nécessaire pour incarner le récit que Stanislas Nordey a confié à trois actrices.

 

Carla Audebaud, visage légèrement flouté mais dont aucune impression ne nous échappe, est Christine, de 13 à 25 ans ; Charline Grand, Christine de 25 à 45 ans, et Cécile Brune, Christine aujourd’hui. L’adolescente, la jeune femme, la femme. Trois corps, trois voix qui vont se croiser, s’entremêler pour ne former qu’un seul et même récit. Pierre-François Garel endosse le rôle de ce père, élégant et répugnant à la fois, qui ne se départit jamais de son assurance.

 

Claude Duparfait joue tout en nuance la partition du premier mari qui n’a pas su, ou pu, la protéger quand elle l’appelait à l’aide. Julie Moreau, la mère, et Moanda Daddy Kamono, dans le rôle du dernier amant, complètent cette distribution de très haute tenue.

 

Les Christine vont ainsi se relayer et déployer le récit, face public, dans un jeu tout en retenue et chaque mot va provoquer des déflagrations puissantes qui nous parviennent par vagues successives. Stanislas Nordey croise les temporalités, les lieux. Les mots jaillissent sans se bousculer et nous atteignent, nous touchent au plus profond de nous-mêmes. Il fallait un metteur en scène de sa trempe pour adapter ce livre à la scène.

 

 

En portant au théâtre le roman de Christine Angot, Stanislas Nordey transcende cette partition écrite d’une voix blanche, clinique, libère les mots sans jamais trahir l’écriture entêtante de l’autrice, sa traque incessante pour s’affranchir de sa condition de victime et devenir une femme libre.

 

 Marie-José Sirach / L'Humanité 

 

Jusqu’au 15 mars, au Théâtre Amandiers Nanterre. Rens. : 01 46 14 70 00 ou billetterie@amandiers.com

 
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«Abysses», plongée dans la tragédie migratoire

«Abysses», plongée dans la tragédie migratoire | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Gilles Renault dans Libération - 3 mars 2024

 

 

La pièce de l’Italien Davide Enia raconte le destin tragique des migrants morts sur les côtes européennes.

 

Inutile de se mentir : dehors, c’est encore l’hiver. La nuit tombe vite et le vent et l’humidité consolident une vilaine sensation de froidure dont le territoire peine à se départir. En outre, le Théâtre 13 /Bibliothèque (la structure, bicéphale, comprenant une seconde salle, non loin) n’est pas logé dans le quartier le plus funky de Paris.

Courage masochiste

Or, le décor ainsi planté, on s’apprête à écouter un récit térébrant, assumant la description détaillée, digne d’un rapport d’autopsie, de corps en état de décomposition, après que l’eau salée ou les poissons en ont fait leur pitance. Ou le souvenir d’une jeune fille violée par six hommes, sous les yeux de son cousin. Alors oui, une forme de courage masochiste s’impose sans doute pour entendre l’indicible, mais aussi tellement moins que pour le vivre. Voire, dans une certaine mesure, l’écrire. Quand bien même l’amour, la résilience, le courage, le respect et, fût-il ténu, l’espoir, viendront fouir les ténèbres.

 

A la base, figure l’obstination de Davide Enia. Un auteur, acteur et metteur en scène italien, originaire de Palerme, qui écrit d’abord un court texte, l’Abisso, puis un roman, la Loi de la mer, suivi d’une pièce, l’Abysse – jouée depuis maintenant plus de quatre ans dans son pays. Des phrases qui ressassent le même thème, disséqué depuis 2012 : le destin tragique de ces migrants qui, à Lampedusa (et ailleurs) s’échouent littéralement sur les côtes européennes, souvent entre la vie et la mort – à condition d’avoir survécu à la traversée.

 

Excellent dans la dérision

Alors, Enia raconte, raconte, raconte. Le fatum, bien sûr, mais également ce qui fait qu’il ne faut jamais cesser de croire à tout jamais en son prochain. Comme avec ce plongeur, aux idées très ancrées à droite, mais incapable de discriminer un corps en détresse dans les vagues («En mer, il n’y a pas d’alternative qui puisse être considérée, chaque vie est sacrée»). Ou ce gardien de cimetière, cerné par des cadavres anonymes, qui plante un laurier-rose sur la tombe d’une gamine, «pour la protéger des regards mauvais». Une spirale du chaos à laquelle l’auteur adjoint une évocation autrement intime, où gravitent un père aussi taiseux qu’aimant et un oncle luttant contre un cancer.

 

 

La barque ainsi chargée, le dénuement était sans doute la meilleure option théâtrale, du point de vue (partagé) de la metteuse en scène, Alexandra Tobelaim, pour «donner chair à tous ces mots». Lesquels sortent de la bouche de Solal Bouloudnine, comédien qu’on sait excellent dans la dérision (à l’image de son bref passage par les Chiens de Navarre, ou de son seul en scène, la Fin du début), non moins à l’aise ici en immersion dans une gravité tantôt posément énoncée, tantôt hurlée. En retraite, dans la pénombre, il y a aussi la magnifique voix et la guitare de Claire Vailler, vibrante d’élégie.

Plusieurs autres comparses (composition musicale, scénographie, lumière, régie) apportent leur contribution à Abysses. Mais cela se sent à peine. Une observation à entendre comme un compliment.

 

Gilles Renault / Libération

 

Abysses au Théâtre 13, à Paris, jusqu’au 9 mars, puis en tournée (Toulouse, Cavaillon, la Réunion).
 
Légende photo : Le comédien Solal Bouloudnine.
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Au Théâtre de la Ville, à Paris, l’hermétique « Bérénice » de Romeo Castellucci

Au Théâtre de la Ville, à Paris, l’hermétique « Bérénice » de Romeo Castellucci | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge (envoyée spéciale à Montpellier) dans Le Monde, le 3 mars 2024

 

Avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre, l’adaptation de la pièce de Racine peine à convaincre, malgré l’univers plastique et envoûtant de la mise en scène.


Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/03/03/au-theatre-de-la-ville-a-paris-l-hermetique-berenice-de-romeo-castellucci_6219831_3246.html

Bérénice, ma sœur, de quel amour blessée vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée… La paraphrase (de Phèdre, en l’occurrence) nous tend les bras, hélas. Au bord, c’est bien là où nous fûmes laissée, de même que la plupart des spectateurs, au soir de la création, le 23 février à Montpellier, de cette Bérénice qui s’annonçait comme l’événement théâtral du moment, avec son alliage chic et choc : Isabelle Huppert dans le rôle-titre, et le grand metteur en scène italien Romeo Castellucci aux manettes. Le spectacle, après Montpellier, s’installe pour trois semaines au Théâtre de la Ville, à Paris, avant d’entamer une vaste tournée européenne qui le mènera de Milan à Anvers.

 

L’addition des talents n’est jamais une garantie de réussite. Force fut de constater, au sortir de la première, que la greffe n’avait pas pris, entre la beauté limpide du sublime lamento racinien, l’univers plastique et envoûtant de Romeo Castellucci, et ce que peut apporter Isabelle Huppert en matière de jeu. Comme trois éléments chimiques qui resteraient radicalement hétérogènes, sans parvenir à créer une matière propre, un organisme théâtral vivant.

 
On se doutait, bien sûr, que le metteur en scène italien n’inscrirait pas la tragédie de Racine dans une perspective néoclassique, consistant à incarner les personnages d’une pièce, y compris dans des atours contemporains. Chez lui, les grands textes, qu’il s’agisse de Dante, d’Eschyle ou de Shakespeare, donnent lieu à des visions fortes et troublantes, jamais illustratives, où la puissance plastique l’emporte sur la partition textuelle, et où les comédiens sont plutôt des performeurs.

« Tristesse majestueuse »

Mais le choix qu’il a opéré laisse rêveur. Comme s’il avait voulu franchir la moitié du gué en direction d’Isabelle Huppert – qui sinon n’aurait pas eu grand-chose à faire ici –, Romeo Castellucci a décidé de garder une bonne partie du texte de la tragédie de Racine : à savoir la seule partition textuelle de Bérénice. Exit les autres personnages, notamment Titus et Antiochus, qui ne feront que de la figuration dans des scènes muettes et assez absconses.

 

Ce parti pris donne une Bérénice totalement hermétique, à laquelle il est bien difficile de comprendre quelque chose ou de s’attacher. Isabelle Huppert, comme arrachée à la nuit, s’avance seule sur le plateau plongé dans les ténèbres, et attaque directement le premier monologue de l’héroïne, à la scène 4 de l’acte I, avant d’enchaîner les autres. Pourquoi est-elle là ? Que lui arrive-t-il ? Pourquoi prononce-t-elle ces mots ? Mystère, pour ceux qui ne connaîtraient pas l’histoire de la reine de Judée, abandonnée par Titus, à la veille de ses noces, au nom de la raison d’Etat (laquelle a parfois bon dos pour endosser le désamour et la lassitude d’un homme).

 

Dans la pièce, les longs monologues de Bérénice, chants de douleur d’une femme délaissée par lesquels Racine rompt avec la tragédie classique pour la marquer du sceau d’une « tristesse majestueuse » – Bérénice souffre, mais ne se tuera point –, s’inscrivent dans des dialogues. La reine interagit, entre autres avec Titus, qu’elle aime et qui la rejette, et avec Antiochus, qui l’aime et qu’elle repousse, selon les lois classiques du triangle amoureux.

Diva approximative

L’action et les interactions étant absentes, Romeo Castellucci, sans doute pour contrecarrer cette cosa mentale, montre alors Bérénice en compagnie d’objets du quotidien, comme un radiateur (on compatit : elle a besoin de se réchauffer le cœur) et un lave-linge à hublot dont la fonction nous a largement échappé, avant de nous évoquer irrésistiblement L’Amour à la machine, d’Alain Souchon (« Passez notre amour à la machine/Faites le bouillir/Pour voir si les couleurs d’origine/Peuvent revenir » : ce n’est pas du Racine, mais c’est bien quand même).

 

 

A la moitié du spectacle, la messe est dite : dans la partition textuelle, Isabelle se substitue à Bérénice (« Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,/ Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?/ Que le jour recommence, et que le jour finisse,/ Sans que jamais Titus puisse voir Isabelle » – tant pis pour la rime qui tombe à l’eau). Il s’agissait donc de coudre sur mesure un manteau de théâtre pour Isabelle Huppert. Mais dans ce dispositif qui la contraint, la comédienne a semblé, lors de la première, avoir du mal à trouver ses marques, aussi bien textuelles que physiques. La voix trafiquée au vocodeur une bonne partie de la représentation, sans partenaires sur lesquels s’appuyer, elle est apparue en diva approximative, dans les superbes costumes d’Iris Van Herpen. La solitude de Bérénice est aussi la sienne.

 

Alors, bien sûr, il reste le savoir-faire de Romeo Castellucci, l’art qu’a le metteur en scène de créer une forme d’hypnose théâtrale, d’atmosphère. Laquelle passe beaucoup, ici, par la musique tellurique et céleste de Scott Gibbons, qui imprime sa pulsation au spectacle. Mais l’artiste italien donne la sensation de recycler, de puiser dans sa hotte des surprises plus très surprenantes : performeurs masculins à la maigreur de Christ ou d’apôtres, statue de chien machinique… Autant de motifs castellucciens qui virent au cliché, sans que l’on saisisse le lien avec la pièce. Racine prétendait qu’avec Bérénice, toute son invention consistait « à faire quelque chose de rien ». Romeo Castellucci et Isabelle Huppert l’ont peut-être un peu trop pris au pied de la lettre.

 

 

Bérénice, d’après Jean Racine, par Romeo Castellucci. Au Théâtre de la Ville, Paris 4e. Du 5 au 28 mars, puis en tournée jusqu’en mai 2025, à Milan, Genève, Luxembourg, Anvers, Clermont-Ferrand, Rennes…

Fabienne Darge  (envoyée spéciale à Montpellier)

Légende photo :Isabelle Huppert dans « Bérénice », mise en scène par Romeo Castellucci, en février, à Montpellier. JEAN-MICHEL BLASCO

 

 

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Rhinocéros d'Eugène Ionesco par Bérangère Vantusso: Les difficultés de s’opposer aux masses consentantes.

Rhinocéros d'Eugène Ionesco par Bérangère Vantusso: Les difficultés de s’opposer aux masses consentantes. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans Webthéâtre - 2 mars 2024

 

Rhinocéros est l’avénement d’un mythe : la population de toute une ville se change peu à peu en rhinocéros. Le pachyderme incarne le fanatisme qui « défigure les gens, les déshumanise ». Lorsque seul Béranger résiste à la marée des bêtes féroces, symboles du totalitarisme, s’impose une réflexion sur l’Histoire. Aux bêtes immondes qui, hier comme aujourd’hui, courent sur la planète ici et là, et sans impunité, sans se cacher, et la soumettent, à ces bêtes ainsi, s’opposent encore des héros solitaires qui disent : « Je ne capitule pas. »

 

Le 1er mars, ont eu lieu les obsèques d’Alexeï Navalny qui ne voulait pas perdre son humanité - un hommage de plusieurs milliers de Russes, longue fils d’attente, silencieuse et surveillée pour un héros contemporain : l’écho de Rhinocéros ne pouvait être plus fort.

 

«  Rhinocéros est sans doute une pièce antinazie, mais elle est aussi, surtout, une pièce contre les hystéries collectives et les épidémies qui se cachent sous le couvert de la raison et des idées, mais qui n’en sont pas moins de graves maladies collectives dont les idéologies ne sont que les alibis : si l’on s’aperçoit que l’histoire déraisonne, que les mensonges des propagandes sont là pour masquer les contradictions qui existent entre les faits et les idéologies qui les appuient, si l’on jette sur l’actualité un regard lucide, cela suffit pour nous empêcher de succomber aux « raisons » irrationnelles, et pour échapper à tous les vertiges. » (Eugène Ionesco, Préface Rhinocéros, 1964.)

 

 

On pourrait se croire dans un magasin Leroy-Merlin pour des travaux de rafraîchissement à faire chez soi, côté cuisine ou salle de bain, avec le choix de petits carreaux blancs en faïence pour habiller les murs privés, même les bureaux, leur donner « un coup de neuf », façon clean retrouvée du métro parisien revisité à l’identique, depuis quelques années.

 

 

La pétillante Bérangère Vantusso, directrice du Théâtre Olympia- CDN de Tours, a mis la main à la pâte, s’engageant concrètement, avec la belle présence de ses brillants interprètes, dans la décoration intérieure de sa nouvelle oeuvre scénique Rhinocéros, dont la scénographie judicieuse relève de Cerise Guyon. Et de son côté, Nicolas Doutey qui adapte le texte de l’Académicien, a dépouillé celui-ci de sa théâtralité d’après-guerre.

 

 

Jeu de dérèglement, dé-construction et destruction, la manière Lego dont les pièces sont des cubes blancs tous semblables, conçus pour s’imbriquer les uns dans les autres, telles des briques en céramique. Un mur ludique grandeur nature émerveille et étouffe à la fois, s’avançant depuis le lointain jusqu’au bord de scène et réduisant de plus en plus l’abri. Un théâtre d’objet malicieux quand les cubes se font chat, chien, téléphone, porte, lit, que les comédiens manipulent avec naturel et dextérité, marionnettistes inventifs et toniques.

 

 

Les comédiens interprètent tout autant des figures de l’absurde que de la raison, avec gaieté et engouement, dansant au son de la musique qui accentue leurs mouvements, les précipite, ou les ralentit, alors qu’ils brandissent leur veste qu’ils décrochent du mur, côté cour, pour la revêtir, avant de la raccrocher plus tard pour se saisir d’une autre veste encore qui les attendait, côté jardin : chorégraphie, danse élégante et amusée, légère et désinvolte, comme les propos échangés.

 

 

Des figures libres et sensibles, six acteurs à l’expression naturelle, à la fois détachée et intense, des silhouettes mouvantes et colorées, juvéniles et heureuses d’être là et au monde : Boris Alestchenkoff, Simon Anglès, Thomas Cordeiro, Hugues De la Salle, Tamara Lipszyc, Maika Radigalès livrent leur belle personnalité lucide à travers une incarnation candide et ingénue.

 

Véronique Hotte - Webthéâtre 

 

Rhinocéros d’Eugène Ionesco ou comment [tout] piétiner, mise en scène Bérangère Vantusso, adaptation et dramaturgie Nicolas Doutey. Avec Boris Alestchenkoff, Simon Anglès, Thomas Cordeiro, Hugues De la Salle, Tamara Lipszyc, Maika Radigalès. Collaboration artistique Philippe Rodriguez-Jorda, scénographie Cerise Guyon, création Lumière Anne Vaglio, création musicale Antonin Leymarie, costumes Sara Bartesaghi Gallo, aidée de Simona Grassano. Du vendredi 1er mars au lundi 4 mars 2024 - Studio théâtre de Vitry, en partenariat avec le Théâtre Jean Vilar de Vitry. Du 4 au 5 avril 2024- Le Quai CDN Angers. Semaine du 15 au 20 avril 2024 - Théâtre Joliette Scène conventionnée art et création expressions et écritures contemporaines - Marseille.

Crédit photo : Ivan Boccara.

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« L'enfant brûlé », un drame à feu doux à l'Odéon

« L'enfant brûlé », un drame à feu doux à l'Odéon | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe Chevilley dans Les Echos - 1er mars 2024

 

Noëmie Ksicova adapte avec une infinie délicatesse le sombre roman de Stig Dagerman, histoire d'un deuil adolescent aussi violent que désespéré, incarné par un quatuor de comédiens / comédiennes remarquablement accordés.

 

Pour complimenter un(e) comédien (ne) ou un spectacle, on met souvent en avant sa « justesse ». L'expression quelque peu galvaudée trouve pleinement son sens quand on l'applique au travail de Noëmie Ksicova pour cet « Enfant brûlé » au Théâtre de l'Odéon. Tout dans cette création théâtrale est d'une infinie justesse : l'adaptation libre mais respectueuse du roman de Stig Dagerman, paru en 1948 ; la mise en scène bergmanienne, alternant cris, chuchotements et silence ; le décor stylisé et astucieux ; le jeu serré, tenu des deux acteurs et des deux actrices en scène.

 

La metteure en scène a réussi à tirer l'histoire de ce deuil post-adolescent violent vers le présent, sans brider sa force corrosive et sa poésie. Bengt, garçon de 20 ans qui, sous couvert d'un combat pour la pureté, transforme le trauma de la mort de sa mère en un jeu pervers de destruction - de lui-même et de ses proches - devient héros rebelle d'aujourd'hui. Injuste, narcissique, jeune fauve blessé en demande d'amour, il séduit autant qu'il agace et effraie.

 

Avec Théo Oliveira Machado, Noëmie Ksicova a trouvé l'interprète idéal. Fort de sa gueule d'ange à la « Théorème », de son port un peu raide, de sa voix blanche, de ses expressions tour à tour naïves et féroces, il compose un « enfant brûlé » d'une grande intériorité qui paraît près d'imploser à tout instant. Dans le rôle du père, Knut, Vincent Dissez cultive intelligemment les contrastes : affichant une fragilité fébrile, une bienveillance maladroite, une aspiration désespérée à la joie, incarnée par sa nouvelle compagne Gun.

 

Cécile Péricone campe avec une énergie farouche cette femme soumise à des chocs contraires : d'abord maîtresse du père, Gun deviendra maîtresse du fils, qui a choisi de l'aimer après l'avoir détestée. Lumir Brabant donne une émouvante densité au personnage de Berit, la petite amie de Bengt, sans cesse humiliée par son brutal fiancé. En contrepoint, le sympathique chien noir, Mesa (Hector dans la pièce), éclaire de sa tendresse animale le drame vécu par des humains à la dérive.

 

D'un appartement confiné à une île éclatante bordée d'eau turquoise, des nuits enneigées aux feux d'artifice de la Saint-Jean, une Suède intemporelle se matérialise sur le plateau des ateliers Berthier - un pays froid peuplé de souffrance, d'élans d'amour-haine et de fantômes. « L'enfant brûlé » se consume à feu doux et plonge le public dans un cauchemar éveillé. Seule la dernière image, pour peu qu'on soit de nature optimiste, semble allumer une lueur d'espoir : celle d'être consolé, même après avoir tout brûlé…

L'ENFANT BRÛLÉ

d'après Stig Dagerman

Mise en scène de Noëmie Ksicova

Paris, Théâtre de l'Odéon (Berthier)

jusqu'au 17 mars

www.theatre-odeon.eu/fr

 

 

Philippe Chevilley / LES ECHOS

 
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Cavalières d'Isabelle Lafon : une création éminemment personnelle

Cavalières d'Isabelle Lafon : une création éminemment personnelle | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Anaïs Héluin dans La Terrasse - 28/02/24

 

Familière de La Colline, Isabelle Lafon y revient avec Cavalières. Car cavalière, il faut l’être pour aborder pour la première fois le grand plateau de ce théâtre. Avec trois autres comédiennes, elle se met en selle pour une étonnante tentative.

 

Dans Cavalières, vous êtes au plateau avec votre fidèle complice Johanna Korthal Altes, Karyll Elgrichi avec qui vous avez plusieurs fois travaillé et une jeune comédienne, Sarah Brannens. Quelle sorte de communauté formez-vous ?

 

Isabelle Lafon : Nous sommes dans cette pièce un groupe formé d’individualités très différentes. À son origine, il y a l’intuition de Denise, que j’incarne. Denise est une femme de plus de 55 ou 60 ans. Elle n’a pas eu d’enfant et ne les aime pas trop, mais quand l’une de ses amies meurt, c’est à elle qu’elle confie sa fille, Madeleine. Madeleine est particulière, elle est dite officiellement handicapée – si je pouvais me passer de ce mot je le ferais. Denise passe alors une annonce : elle cherche des femmes prêtes à vivre avec elle et Madeleine, dont elles partageront la parentalité…

 

 

Cette Madeleine n’était-elle pas la petite fille que vous disiez avoir rencontrée dans votre pièce précédente, Je pars sans moi, où vous abordiez avec Johanna Korthal Altes le vaste territoire du désarroi mental ?

I.L. : C’est elle en effet. Il me semblait que cette petite fille inclassable, ni autiste ni psychotique mais un peu lente, ne parlant pas comme les autres, avait encore des choses à nous dire. Elle est hors-champ une nouvelle fois, mais se retrouve au cœur de la tentative de ces femmes. Fernand Deligny, pionnier de l’éducation spécialisée qui est merveilleux et m’a beaucoup inspirée pour l’écriture de ce spectacle, désigne comme « tentatives » ses expériences avec des enfants dits incurables. Cette pièce est aussi une tentative, car je crois qu’avec tout ce qui se passe en ce moment il faut vraiment tenter des choses…

« Le fait de parler « cheval » rend pour moi cette pièce très personnelle. »

Est-ce cette tentative audacieuse et singulière qui explique votre titre ?

I.L : Oui, en partie. Et aussi que chacune à sa façon, ces femmes sont cavalières, et cela au sens propre comme au figuré. Denise travaille comme entraîneuse de chevaux de course, plus précisément de trotteurs. C’est un métier très rude, elle travaille beaucoup. Lorsqu’elle passe son annonce, il est évident pour elle que les personnes qu’elle choisira devront avoir un rapport au cheval. Ses autres conditions : être une femme, ne pas apporter de meubles et s’occuper de Madeleine. Le fait de parler « cheval » rend pour moi cette pièce très personnelle, car c’est un milieu dont je suis très proche. Parler au théâtre du milieu très populaire et souvent mal vu du champ de courses, des trotteurs, m’effraie et me ravit à la fois.

 

Le théâtre est-il pour vous une sorte de champ de courses ?

 

I.L : Je pense beaucoup « cheval » lorsque je crée une pièce, quand je travaille avec des acteurs. À l’hippodrome, on appelle l’entraîneur un « metteur au point », et plus que dans celle de « metteure en scène » je me retrouve dans cette expression. Dans ma façon de travailler, les comédiennes proposent beaucoup. Une partie leur appartient, même si j’impose des choses, comme par exemple ici le fait que les personnages se parlent par lettres. Je cherche à ce que l’on fasse vraiment groupe ensemble, pas seulement comme une équipe capable de joie mais aussi de se pousser à penser vraiment. Dans la grande salle, je suis heureuse d’avoir plus de place pour mes chevaux, et pour ceux qui regardent.

 

Propos recueillis par Anaïs Heluin / La Terrasse

 

Cavalières
du mardi 5 mars 2024 au dimanche 31 mars 2024
La Colline - Théâtre national
15 rue Malte-Brun, 75020 Paris

du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30. Relâche le dimanche 10 mars. Tel : 01 44 62 52 52. Durée estimée : 1h15.

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Alice Vivier nommée à la direction de la Maison des métallos

Alice Vivier nommée à la direction de la Maison des métallos | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par Sceneweb le 29 février 2024

 

Alice Vivier a été nommée à la direction de la Maison des métallos à compter de juin 2024. Elle succède à Stéphanie Aubin.

Après des expériences dans le domaine de la production artistique, Alice Vivier co-fonde La Loge, le plus petit théâtre de Paris, qu’elle dirige depuis 2004, et depuis 2018 dans sa version Hors les murs. Cette structure accompagne des projets, notamment de la jeune création, à travers la production, la diffusion, la programmation, l’organisation d’actions culturelles et d’évènements dans l’espace public.

Depuis 2012, elle assure également la direction artistique du Festival Fragments, dédié à la création théâtrale émergente. Très impliquée dans le domaine des musiques actuelles, elle est aussi co-directrice de 2013 à 2018 des Trois Baudets et depuis 2020 co-programmatrice en charge des créations du Printemps de Bourges et des Folles rencontres pour les Francofolies de la Rochelle.

Son projet pour la Maison des métallos entend développer une programmation artistique audacieuse, pluridisciplinaire et populaire pour rassembler et fédérer.

Une attention particulière sera portée aux jeunes générations, à travers des dispositifs tels que « Les Nouveaux Métallos », pour découvrir et accompagner les équipes artistiques émergentes au démarrage de leurs parcours, « Les Petits Métallos », auquel un espace d’atelier sera consacré, et « L’Été des Métallos », permettant à des adolescent·es de suivre un stage durant les vacances. Maison de proximité, plaçant les publics au cœur, elle sera aussi tournée vers l’extérieur et souhaite impliquer des habitant·es qui deviendraient ambassadeurs et ambassadrices, dans un souci de diversification des publics. La Maison développera ses collaborations et ses réseaux pour s’inscrire dans une dynamique à l’échelle parisienne, régionale et nationale.


D'après le DOSSIER DE PRESSE - Article publié par Sceneweb

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La deuxième vie de Chulpan Khamatova, actrice russe en exil en Lettonie

La deuxième vie de Chulpan Khamatova, actrice russe en exil en Lettonie | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Annick Cojean  dans Le Monde - 29/02/2024



RÉCIT

Connue notamment pour son rôle dans « Good Bye Lenin ! », la comédienne russe affiche volontiers son opposition à la guerre en l’Ukraine et à Vladimir Poutine. En février 2022, elle s’est réfugiée avec ses filles dans un pays où elle rencontre un succès inattendu.

 

Lire l'article sur le site du "Monde" :
https://www.lemonde.fr/international/article/2024/02/29/a-riga-la-deuxieme-vie-de-chulpan-khamatova-actrice-russe-en-exil_6219115_3210.html

 

Chulpan Khamatova se souvient avec précision de ce jour de février 2022 où la Russie a attaqué l’Ukraine et où sa vie a basculé dans l’inconnu. Elle était en vacances aux Seychelles avec sa plus jeune fille, profitant d’une pause des représentations du Maître et Marguerite, l’adaptation du roman de Mikhaïl Boulgakov (1894-1941) qu’elle jouait à Moscou, et elle avait réservé, pour la journée du 24 février, une excursion en mer pour nager avec les tortues. Dans le taxi menant au bateau, elle avait jeté un œil sur son portable et plongé dans l’effroi : Vladimir Poutine venait de lancer l’invasion de l’Ukraine, des bombardements visaient Kiev et plusieurs grandes villes…

 

L’actrice russe de 45 ans, star adulée et multiprimée au théâtre comme au cinéma, était abasourdie. « Mes mains se sont mises à trembler, raconte-t-elle. J’ai pensé à mes amis en Ukraine, à mes filles à Moscou, à mon pays qui bafouait toutes les règles, à Poutine, monstrueux, qui venait de commettre l’irréparable. Quel cauchemar ! »

Comment avait-elle pu être assez aveugle, songeait-elle, pour penser que cette guerre redoutée n’aurait pas lieu ? Elle se souvenait de discussions, les semaines précédentes, avec ses amis écrivains, acteurs, cinéastes. Il y avait ceux qui disaient : « Poutine est fou, il est capable du pire, rien ne l’arrêtera. » Et ceux, comme elle, qui pensaient : « Non, car ce serait suicidaire, il isolerait la Russie et perdrait tout crédit. » Il l’avait fait. Tandis que sa fille et les touristes se pressaient pour plonger dans le lagon seychellois, elle se cramponnait à son portable, l’esprit à des milliers de kilomètres de là. « Je n’arrivais pas à réfléchir. Ma tête était comme une turbine. Qu’allait-il advenir de nous tous ? Poutine venait d’anéantir le futur et j’avais la conviction que ma vie volait en éclats. »

Sur le bateau, personne ne soupçonnait que la femme blonde et frêle, visiblement désespérée, était l’une des actrices russes les plus célèbres, connue notamment pour son rôle dans Good Bye Lenin ! (2003), de Wolfgang Becker. Elle ne levait pas la tête, concentrée sur son écran. Vite, donner son accord pour signer lettres ouvertes et pétitions contre la guerre, dont celle de son ami le journaliste Dmitri Mouratov, Prix Nobel de la paix 2021. Vite, contacter collègues et amis pour les inciter à réagir. Vite, changer ses billets d’avion.

 

Il lui restait une semaine de vacances, elle ne la passerait pas à Moscou, mais filerait en Lettonie, où elle dispose d’un refuge, une maison toute simple, construite au milieu des bois. « J’y allais parfois en vacances, mais c’était surtout un plan B, au cas où les choses tourneraient mal en Russie. » Il fallait aussi acheter des billets Moscou-Riga pour ses deux autres filles, de 19 et 20 ans. « L’urgence était de nous regrouper. Pour le reste, j’aviserai plus tard. » C’est ainsi que le surlendemain, munie d’une valise comportant sandales, maillots et paréos, Chulpan Khamatova atterrissait à Riga par – 18 °C.

 

En fait, elle venait de franchir un point de non-retour. En Russie, tout opposant à la guerre était banni ou arrêté. La moindre critique était considérée comme un acte de subversion, de trahison, voire de terrorisme. Elle savait donc qu’à peine débarquée à Moscou on l’obligerait à revenir sur sa condamnation de l’invasion de l’Ukraine, à présenter des excuses, et qu’on n’hésiterait pas à exercer sur elle un chantage.

 

Elle en avait déjà eu l’expérience, en 2012, lorsque Vladimir Poutine préparait sa réélection. Un matin, un appel du Kremlin l’avait sommée d’enregistrer un message vidéo de soutien à sa candidature. L’idée l’avait horrifiée. Poutine représentait tout ce qu’elle détestait. Mais voilà : à la tête d’une fondation – Le Don de la vie, œuvrant à offrir les meilleurs soins aux enfants cancéreux –, elle avait plusieurs fois eu recours à l’aide du président, et Poutine attendait un renvoi d’ascenseur. Les amis de l’actrice lui avaient déconseillé de le faire. Les jeunes médecins de la fondation, eux, l’avaient prévenue qu’un refus serait fatal à leur clinique en construction. Alors, elle s’était exécutée, la mort dans l’âme.

« Dilemmes et pressions effroyables »

A l’époque, son image d’actrice en avait pris un coup. Elle avait sauvé la clinique, mais l’opposition la tenait désormais pour une traîtresse. « Une injustice absolue, dit au Monde Kirill Martynov, le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta, rencontré à Riga, où ce journal indépendant russe s’est exilé après le 24 février 2022. La dictature soumet les citoyens à des dilemmes et pressions effroyables. Mais comment douter de Chulpan et des valeurs qu’elle défend ? C’est une amie de notre journal depuis toujours. Une artiste qui a choisi l’exil et pris le risque de saboter sa carrière pour n’avoir pas à se renier. »

 

L’exil… Sur le bateau des Seychelles, elle n’y songeait pas encore. Mais dans sa maison, située à une heure de Riga, l’idée s’impose douloureusement. « Je n’ai pas dormi de la semaine. C’est vertigineux de se résoudre à tout abandonner : pays, appartement, métier, amis, parents… Avais-je le droit de bouleverser le destin de mes filles ? Et quelle vie leur offrir dans ce pays qui se méfiait tant des Russes, après une occupation de cinquante ans ? » Ce sera la décision la plus difficile de sa vie. Elle la prend sans consulter personne. Puis elle prévient Robert Lepage, le metteur en scène du Maître et Marguerite, qu’elle ne rentre pas à Moscou et qu’il faut donc prévoir une remplaçante.

 

« Je l’ai rappelée sur son portable, se souvient M. Lepage. Elle était paniquée, mais résolue. Je n’étais pas étonné. Je la savais engagée dans de nombreuses causes. Et je la comprenais quand elle se disait incapable de remonter sur scène comme si de rien n’était, alors que les bombes tombaient sur l’Ukraine. Elle aurait protesté, on l’aurait mise en prison. L’exil, pour cette insoumise, était la seule option. »

L’annonce de son départ est une détonation. Les médias liés au pouvoir l’accusent de trahison, les opposants la traitent de girouette, les menaces affluent. Elle craint pour ses parents, restés en Russie. Son avenir ? « J’avais devant moi une page blanche. J’étais prête à devenir coursier, chauffeur… » Pour l’heure, elle transforme sa maison en QG d’aide aux réfugiés. Elle organise l’évacuation d’enfants cancéreux ukrainiens jusqu’ici pris en charge par sa fondation et leur cherche des places dans des hôpitaux européens. « Ce fut mon meilleur médicament contre la dépression. Aider les autres m’a sauvée. »

« Je la trouve héroïque »

Et puis, un jour, Alvis Hermanis, célèbre metteur en scène letton, directeur du Nouveau Théâtre de Riga depuis 1997, l’appelle pour l’inviter à rejoindre sa troupe. Chulpan Khamatova n’en croit pas ses oreilles. Cet homme de théâtre la connaît bien pour l’avoir mise en scène en 2020, à Moscou, dans une pièce consacrée à Gorbatchev. « Il m’embauchait, avant même de penser à un rôle ! Il recrutait une Russe ! En ces temps de fureur, c’était un risque énorme. J’ai dit oui et j’ai pleuré au téléphone. » Un mois plus tard, il lui propose de coécrire et monter un spectacle mêlant les voix de Dostoïevski et d’Anna Politkovskaïa, la journaliste russe assassinée en 2006. Ce sera Post-Scriptum, une réflexion, à la lumière de la guerre, sur l’âme et la conscience russes traversées par le mal.

 

La première a lieu le 15 juin 2022. Un seule-en-scène, cinq rôles en un. Elle en est malade. Elle joue en russe, avec des sous-titres en letton. « S’il vous plaît, n’applaudissez pas », dit-elle à la fin. Un triomphe : le théâtre ne désemplit pas. A l’automne, la voilà nommée pour le titre d’actrice de l’année. Une Russe qui joue en russe et éclipse les vedettes locales ? Scandale.

 

Dans ce pays de moins de deux millions d’habitants, dont un tiers est russophone mais où la détestation et la crainte de la Russie sont exacerbées depuis le conflit en Ukraine, le débat devient national. Pourtant, le 23 novembre 2022, lors de la grande Nuit des acteurs à Riga, c’est elle qu’on appelle sur scène. Elle met quelques secondes à comprendre avant de monter timidement recevoir son prix et de remercier, en letton, son pays d’accueil. « Plus tard dans la soirée, j’ai glissé à la présidente du jury : “Vous vous suicidez !”, “Je sais”, m’a-t-elle dit. J’ai insisté : “Ils vont vous tuer !” “J’accepte.” »

 

 

Ce souvenir la rend radieuse. « C’est la plus belle récompense de toute ma vie. » La présidente, Edite Tisheizere, critique de théâtre respectée, jubile aussi de l’audace du jury : « Nous avions le choix entre deux décisions politiques. Rejeter Chulpan au nom de la suspicion qui entache aujourd’hui tous les Russes, alors qu’elle surpassait les autres actrices. Ou bien la couronner, pas seulement parce qu’elle était exceptionnelle, mais parce que sa défiance personnelle – et risquée – envers le régime pourri de Moscou était en soi admirable. En fait, je la trouve héroïque. » Il n’empêche, ajoute-t-elle en riant : « En sortant de nos délibérations, j’ai couru me servir une boisson forte. »

Retour « à l’époque de Staline »

Son succès conforte l’actrice dans l’idée que la Lettonie est devenue sa nouvelle maison, qu’elle y a une place, un avenir. Elle fait alors le serment de jouer sa pièce suivante en letton, et plonge dans l’apprentissage de cette langue. A l’automne 2023, elle monte sur scène dans Le Pays des sourds, une pièce adaptée du film russe Les Silencieuses (1998), de Valery Todorovsky. Cette fois, elle joue en letton, sans une pointe d’accent. Le public est bluffé. En février, la pièce a été rejouée à guichets fermés. Cela n’empêche pas l’actrice de proposer à travers l’Europe des spectacles de poésie russe. « Dire Pasternak, Mandelstam, Brodsky, Marina Tsvetaeva me réchauffe », confie-t-elle.

 

La nouvelle de la mort de l’opposant Alexeï Navalny, le 16 février, l’a fait éclater en sanglots. « C’était notre seul espoir ! » Là encore, elle s’en veut d’avoir pensé que Poutine n’oserait pas. « Quelle bêtise ! Nous sommes revenus à l’époque de Staline, avec son cortège de traques, de déportations et d’assassinats. Il est temps que les démocraties occidentales en prennent conscience. Elles croient encore avoir affaire à un homme politique normal, avec lequel on peut dialoguer. Mais Poutine n’est pas normal ! C’est un malade qui s’est créé son propre monde et a perdu toute notion de la réalité. »

Les collègues proches de Chulpan Khamatova qui n’ont pas quitté la Russie ne peuvent plus, pour la plupart d’entre eux, travailler, encore moins s’exprimer. Quant à sa grande amie Evgenia Berkovich, metteuse en scène et poétesse, elle a été emprisonnée pour apologie du terrorisme. « Je lui disais : “Je t’en prie, sois prudente !” Elle répondait : “Il ne s’agit que de poèmes.” Cela a suffi. C’est le retour de la terreur. » Echappe-t-elle à ce sentiment dans les rues de Riga ? « J’essaie d’être courageuse, dit-elle, mais je connais les méthodes de ce régime, je sais ce dont il est capable. Donc j’ouvre l’œil. Je dis à mes filles de se méfier des gens étranges et d’être toujours sur leurs gardes. »

 

En 2022, juste après avoir pris sa décision de rester en Lettonie, l’actrice avait téléphoné au danseur Mikhaïl Baryshnikov, né en 1948 à Riga (alors dans l’Union soviétique) et réfugié en Amérique du Nord en 1974.

 

« Comment s’habitue-t-on à l’exil, Mikhaïl ? Comment se débarrasse-t-on de la peur ?

 

– Mais j’ai toujours peur, Chulpan !

 

– Après toutes ces années ?

 

– Les Soviétiques avaient promis de me retrouver pour me briser les jambes. Mais la peur ne doit pas empêcher d’avancer. N’y fais pas attention. Va de l’avant !

 

– Mais je ne serai plus jamais actrice !

 

– Bien sûr que si ! »

 

Il avait raison.

 

Annick Cojean / LE MONDE

 

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Judith Godrèche au Sénat : «Des agresseurs déguisés en réalisateurs» 

Judith Godrèche au Sénat : «Des agresseurs déguisés en réalisateurs»  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Lara Clerc dans Libération le 29 février 2024

 

Auditionnée ce jeudi 29 février devant le Sénat, la comédienne demande la création une commission d’enquête sur les violences sexuelles dans le cinéma, le retrait du président du CNC Dominique Boutonnat et le retour du juge Durand à la tête de la Ciivise.

 

«Tout le monde le savait, dans l’industrie du cinéma, qu’un agresseur déguisé en réalisateur fait souffrir les petites filles pour les faire pleurer.» Ce jeudi 29 février au Palais du Luxembourg, Judith Godrèche s’adresse aux parlementaires de la délégation au droit des femmes. Durant cette audition d’une heure trente retransmise en direct, la comédienne dénonce l’«écrasement de la parole» et l’«invisibilisation de la souffrance des enfants» dans l’industrie du cinéma.

Elle réclame au Sénat de constituer une commission d’enquête sur les violences sexistes et sexuelles dans le milieu du cinéma, et demande le retrait de Dominique Boutonnat, président du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), mis en cause pour violences sexuelles sur son neveu. «Cette famille incestueuse du cinéma n’est qu’un reflet de notre société», assène la comédienne pour qui le dialogue sur les violences sexuelles face à une gouvernance du CNC délégitimée sur ce terrain même (en 2022, Boutonnat était renouvelé à la présidence du CNC alors qu’il était mis en examen depuis un an, au grand dam des associations) est forcément «mort-né».

 

Judith Godrèche revient également sur le besoin de discuter avec les enfants, de les questionner en leur demandant, tout simplement : «Es-tu victime de violence ?» Pour elle, un enfant ne doit «jamais être laissé seul sur un tournage». Elle appelle à la mise en place d’un système de contrôle plus efficace, et réclame la présence de référents neutres sur les tournages auxquels des enfants participent ou de coordinateurs d’intimité. «Sur les plateaux de cinéma […], il n’y avait pas de Judith. Uniquement une petite fille sans prénom que se disputaient les adultes libidineux, sous les yeux d’autres adultes passifs, soumis à la toute-puissance du patriarcat.» Et elle ? «Je ne savais pas qu’il y avait la possibilité [de dire] non.»

 

Tel «un boomerang» revenant dans la figure des «agresseurs déguisés en réalisateurs», elle dénonce leur emprise et ce au nom des autres victimes. Et si elle parle au passé, «aujourd’hui encore sont nombreuses les désenchantées», rappelle-t-elle, mentionnant aussi les autres enfants frappés par les violences sexuelles. Car elle le martèle, «tout le monde savait». Mais selon elle, les victimes sont de plus en plus attaquées en diffamation, de quoi les dissuader de dénoncer des comportements illégaux. Elle préconise pour lutter contre cela de permettre aux victimes d’avoir le même avocat car quand «les victimes [d’un même homme] se rencontrent, la force se décuple».

«200 témoignages de techniciennes»

C’est pourquoi elle demande au Sénat la réhabilitation du juge Edouard Durand, évincé de la Ciivise en décembre 2023 – point sur lequel le Sénat la rejoint, assure Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat. La comédienne interpelle également Adèle Haenel, se remémorant son claquage de porte lors de la cérémonie des césars 2020, après la victoire de Roman Polanski «Adèle, où es-tu ? Quel aurait été ton destin si ce soir-là, le public des césars avait été peuplé de juges Durand ?»

 

Parmi les fameuses «désenchantées», elle cite également les personnes de l’ombre du cinéma, dont elle a reçu des témoignages depuis sa prise de parole. «En une journée, j’ai reçu 200 témoignages de techniciennes qui ont toutes reçu un selfie du sexe d’un réalisateur français. […] Elles étaient sur des tournages différents, et elles ont toutes reçu cette photo, comme ça… […] Il y a des techniciennes à qui un réalisateur a dit : “Tu veux me sucer la bite ?” […] Elles sont allées voir le producteur qui leur a répondu : “Tu ne vas pas faire d’histoire, ça va”». Judith Godrèche a plus tard souligné la peur de ces techniciennes de retrouver du travail si elles dénonçaient ces faits.

L’actrice et réalisatrice dit ne «plus avoir grand-chose à perdre aujourd’hui, puisque je suis moi-même forte de toutes ces femmes invisibles […], qui se demandent si tous ces coups que je donne sur la porte vont finir par la faire céder». C’est pour cette raison qu’elle envisage de faire appel au président de la République, ayant déjà évoqué avec Rachida Dati le soir de son discours aux césars la possibilité d’être reçue à l’Elysée.

 

Prise de parole inédite

C’est la première fois que la Chambre haute reçoit une artiste. «Ce qui se joue en ce moment, c’est une révolution sociétale», a dit en inauguration de l’audition Dominique Vérien avant d’ajouter : «Comme vous, nous appelons à un sursaut et à une prise de conscience collective.»

Vendredi 23 février, Judith Godrèche avait déjà prononcé un discours durant la cérémonie des césars dans lequel elle dénonçait le «niveau d’impunité, de déni et de privilège» du milieu du cinéma. Devant l’Olympia ce soir-là, un rassemblement organisé par la CGT et certains collectifs féministes lui apportait son soutien, parmi lesquels Sophie Binet ou Anna Mouglalis, cette dernière considérant sa prise de parole comme «d’utilité publique».

Mise à jour : ajout à 14h10 de la reconduction de Dominique Boutonnat à la présidence du CNC, malgré une mise en examen.

 
 

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Flammarion réédite le livre de Judith Godrèche, sorti peu après sa rupture avec Benoît Jacquot 

Flammarion réédite le livre de Judith Godrèche, sorti peu après sa rupture avec Benoît Jacquot  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par Libération  avec AFP- 28 février 2024

 

Ce roman, le seul qu’ait publié la comédienne, était paru en 1995 dans la foulée de sa séparation avec le réalisateur, contre qui elle a porté plainte début février pour viols avec violences sur mineur de moins de 15 ans.

 

Une réédition, sous forme électronique. Point de côté de Judith Godrèche, roman de 1995 qui racontait la fin d’une relation d’une adolescente avec un homme plus âgé, va être réédité par Flammarion. L’ouvrage, épuisé depuis de longues années, sera disponible à l’achat en ligne «dans les prochains jours». «Nous réfléchissons à l’idée de le republier», a par ailleurs ajouté la maison d’édition.

 

Ce roman d’inspiration autobiographique, le seul publié par l’actrice, est sorti peu après sa rupture avec le réalisateur Benoît Jacquot, de vingt-cinq ans son aîné. Judith Godrèche, âgée de 22 ans à l’époque, mettait en scène Juliette, jeune cinéphile, qui au début de la vingtaine reprenait sa liberté.

 

«C’est une fille qui a vécu très jeune avec un homme, qui est restée très longtemps avec lui, et qui peut-être n’a pas eu d’adolescence […] Elle n’a pas appris à être une femme», décrivait l’artiste dans l’émission «Le Cercle de minuit», sur France 2, en février 1995.

 

Gifles, coups de ceinture et coups de poing

La comédienne a porté plainte début février contre Benoît Jacquot, 77 ans, et un autre réalisateur, Jacques Doillon, 79 ans, pour «viol sur mineur de 15 ans». Elle avait tourné à 15 ans dans les Mendiants de Jacquot, sorti en 1988, début d’une relation dont elle a rendu publics des éléments longtemps tus, tels que gifles, coups de ceinture et coups de poing administrés par celui qui menait dans le même temps une carrière d’auteur estimé, enchaînant les longs métrages.

 

Concernant Doillon, elle évoque durant le tournage de la Fille de quinze ans, plus de 45 prises où le cinéaste la «pelote» et lui «roule des pelles».

 
 
 
 

Devenue depuis plusieurs semaines la porte-voix du monde du cinéma contre les violences sexuelles et sexistes qui y règnent, Judith Godrèche a dénoncé avec force lors de la cérémonie des Césars vendredi un «trafic illicite de jeunes filles». «Où êtes-vous, que dîtes vous ?», a-t-elle lancé à destination des acteurs. Sans obtenir beaucoup d’écho jusqu’à présent.

Elle sera par ailleurs entendue au Sénat ce jeudi matin par la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes.

 
 
 
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L’anthropologue Pascale Jamoulle, spécialiste de l’emprise, explique pourquoi les adolescentes peuvent être des cibles pour les abuseurs et comment la «déprise» peut advenir. Pour elle, la dénonciation par l’actrice de l’aliénation exercée par Benoît Jacquot participe de son émancipation.
 

«Benoît Jacquot pensait savoir mieux que moi qui j’étais et ce que je pensais.» Témoignant pour la première fois de sa relation avec le cinéaste, l’actrice Isild Le Besco évoque comme Judith Godrèche une relation d’emprise et des violences psychiques et physiques. Comment fonctionne l’emprise, cette terrible mécanique mise en lumière dans le Consentement de Vanessa Springora en 2020 ? Quatre ans plus tard, il est encore nécessaire de rappeler la «dépossession de soi» qui s’opère chez les victimes, comme l’attestent les propos de l’actrice Anny Duperey : «Six ans avec un réalisateur : sous emprise je veux bien, mais quand même consentante, non ?» L’anthropologue Pascale Jamoulle, qui a enquêté sept ans sur le sujet, tranche : «Dans ces relations, le consentement n’existe pas.» Dans le Hainaut belge, à Paris, en Seine-Saint-Denis et à Marseille, elle est allée à la rencontre de nombreuses personnes qui ont vécu longtemps dans la prison de l’emprise, au sein du couple, de la famille, du milieu professionnel… et qui s’en sont sortis. Son ouvrage Je n’existais plus. Les mondes de l’emprise et de la déprise (La Découverte) rend compte de ce travail immersif colossal qui révèle les traits structuraux de l’emprise.

 

Après Judith Godrèche, Isild Le Besco a utilisé le terme d’«emprise destructrice» pour qualifier sa relation avec le réalisateur Benoît Jacquot. Comment cerner cette notion qui est très souvent mobilisée dans les affaires de violences sexuelles ?

 

La notion d’emprise est imprécise, elle ne donne pas d’indication sur les rôles des abuseurs et des abusés ni sur les degrés d’emprise vécus. A Marseille, où j’ai étudié la vie d’un quartier sous la coupe de microtrafics de drogues, on dit qu’on est sous emprise quand on est «emboucanés jusqu’à l’os». Mon enquête multisites révèle que l’emprise est une machinerie, une mécanique de destruction qui fonctionne toujours de la même façon. Elle permet de s’approprier les personnes ou les groupes dans tous les lieux où le pouvoir peut devenir abusif, où les modes de régulation sont inexistants ou dysfonctionnels.

 

Les personnes sous emprise relatent un état de soumission et de dépendance à un pouvoir abusif qui les a utilisées comme des objets, en prenant possession de leur esprit, de leur corps, de leur vie sociale et économique, mais aussi de leur parole, en les mettant sous silence. C’est un processus qui se met lentement en place jusqu’à devenir un système totalitaire, qui impose allégeance, adhésion et silence. Réduire l’emprise à une relation psychologique toxique entre un bourreau et sa victime, un pervers narcissique et une proie, revient à méconnaître sa dimension systémique, le poids de l’environnement, de même que la variété des formes qu’elle peut revêtir. On le voit dans le cas de Judith Godrèche : tous connaissaient cette relation, mais qui l’a questionnée ? Le milieu du cinéma considérait comme logique et normal d’instrumentaliser une petite fille de 14 ans.

 

 - Peut-on consentir quand on vit sous emprise ?

 

Etre sous emprise désigne les effets de l’anéantissement progressif et violent de l’identité personnelle, de la coupure avec les proches, du renoncement aux liens sociaux hors du système d’emprise, de la dévitalisation du corps, de la destruction même de la capacité de penser l’emprise. Car elle produit de la confusion, un asservissement mental qui empêche de réfléchir au système dans lequel on est pris. Les personnes sous emprise sont dépossédées de tout, leur subjectivité n’est plus là, elles ne pensent plus par elles-mêmes, leurs facultés rebelles sont éteintes. «J’ai été vampirisée», disent les personnes que j’ai rencontrées. Comment consentir quand on est à ce point aliéné ? Dans ces cas, le consentement n’existe pas, il y a abus de faiblesse.

 

 - Judith Godrèche témoigne : «J’étais endoctrinée, c’est comme si j’avais rejoint une secte. Je suivais les règles de mon gourou.» Est-ce que ce parallèle avec l’emprise sectaire est pertinent ?

 

Tout à fait. Vous laissez entrer dans votre tête une personne qui vous dit comment vivre, quelles sont les règles, et qui commence à vous terrifier. Parce que si vous ne les respectez pas, vous risquez d’être exclu, d’être dissident. Vous êtes emprisonné mais on vous donne le sentiment que hors de la prison c’est bien pire.

 

- Pourquoi l’emprise s’exerce-t-elle particulièrement sur les adolescentes ?

 

L’adolescence est un moment où vous n’avez pas beaucoup d’expérience, vous cherchez des modèles, et vous n’avez pas encore les petites lumières rouges qui alertent quand ils vous détruisent. Mais toutes les adolescentes ne sont pas sous emprise : il y a souvent un terreau, des vulnérabilités liées à l’histoire familiale, des traumatismes, des modes éducatifs où les personnes ont eu beaucoup de mal à se construire en tant que sujet. «J’avais un trou dans la tête et c’est par là qu’il est rentré», disait une femme.

 

La socialisation de genre expose aussi. Les femmes sont plus sujettes à l’emprise au sein du couple. Il peut être plus difficile pour elles d’exister pour elles-mêmes et de se protéger, quand elles ont vécu dans un milieu qui diffusait insidieusement l’idée qu’être une femme suppose de se soumettre à l’autorité d’un homme «plus grand que soi», plus âgé, avec plus de connaissances, d’expérience. C’est pourquoi il est urgent de sortir du mythe du prince charmant à qui se donner tout entière, par amour.

 

 - Une des défenses de Benoît Jacquot et d’autres abuseurs est de souligner le caractère amoureux de la relation. Comment le discours amoureux est-il utilisé dans cette relation ?

 

C’est ce discours amoureux qui va légitimer l’anéantissement de l’autre, qui va alimenter la dépendance affective de l’autre. C’est au nom de l’amour que l’emprise va s’exercer et au nom de l’amour que les personnes sous emprise vont rester dépendantes. La parole de l’autre est confisquée et le discours romantique va être mis en avant comme un paravent pour cacher toute la souffrance vécue, un paravent bien ancré dans l’imaginaire Disney.

 

 - Comment on en sort ? Comment ce que vous appelez la «déprise» peut-il advenir ?

 

Pour s’en sortir, il faut trouver des recours. Tout peut servir contre l’emprise : une parole émancipatrice, un geste, une pensée flottante. Lentement, les femmes ou les hommes que j’ai rencontrés, aliénés par leur conjoint, leur travail, une secte, un gourou, s’en sortent parce qu’ils défont les nœuds de l’emprise. Ils ont pu imaginer qu’une autre vie était possible, ils se sont appuyés sur des fragments du moi qui subsistaient, ils ont été aidés par d’autres. Isild Le Besco a dit : «Si j’avais fait des études, peut-être, j’aurais pu m’en sortir, j’aurais eu plus de lucidité.» La reprise d’études peut être une façon de se renarcissiser, de se construire sa propre place sociale. L’amour qu’on a reçu par le passé peut aussi être remobilisé pour nous empêcher de nous considérer comme de simples objets.

 

Judith Godrèche raconte comment elle a dénoué un à un les nœuds de l’emprise pour se reconstruire comme personne. Elle se sépare de Benoît Jacquot, elle prend une distance physique avec son abuseur ; elle ira aux Etats-Unis, ce qui lui permet sans doute de récupérer un peu de for intérieur. Elle écrit un livre, Point de côté, une prise de parole qui est la sienne et donc, progressivement, elle déconstruit le lavage de cerveau qu’elle a subi. Dès qu’on prend la parole, on est comme un dissident, on brise l’interdit et le silence que le système d’emprise imposait. Avec ses prises de parole dans les médias, elle poursuit sa dynamique de déprise, elle décrypte les faits vécus avec beaucoup de justesse. Judith Godrèche a fait de sa colère un carburant pour faire ce qu’elle veut faire ; elle fait de son expérience un savoir émancipateur, une source de créativité. Ce qu’elle fait et que nous faisons collectivement en ce moment est crucial pour notre liberté d’êtres humains.

 

Mise à jour dimanche 25 février après la prise de parole de Judith Godrèche aux césars

 
 
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Juan Ignacio Tula, un acrobate en quête de sensations vertigineuses

Juan Ignacio Tula, un acrobate en quête de sensations vertigineuses | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosita Boisseau dans Le Monde - 27 février 2024

 

Le circassien argentin présente « Instante », dès le 28 février au Théâtre du Rond-Point, à Paris, une impressionnante giration hypnotique en solo à la roue Cyr, lourd cerceau de métal.

Lire l'article sur le site du "Monde" :

https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/02/27/juan-ignacio-tula-un-acrobate-en-quete-de-sensations-vertigineuses_6218906_3246.html

 

La roue Cyr est posée au centre du plateau dans un halo de lumière. Cet impressionnant cerceau en métal de près de 2 mètres de diamètre pèse 13 kilogrammes. Il est le partenaire et l’agrès de prédilection de l’artiste de cirque Juan Ignacio Tula dans son solo Instante, sidérante performance durant laquelle l’acrobate tournoie non-stop sur lui-même durant trente minutes, torse nu, au milieu de ce hula-hoop géant.

 

Sans fin, et de plus en plus vite, le cerceau s’enroule autour du ventre, du cou. « La force centrifuge augmente le poids du cercle qui rentre dans ma peau, ma chair, mes os, confie-t-il. J’ai mal aux hanches, au bas de la colonne vertébrale. Je dépasse en partie cette douleur en entrant dans ce tournis incroyable qui m’emmène dans un état physique extrême. »

 

Ce numéro de derviche d’une beauté affolante, qui sera présenté au Théâtre du Rond-Point, à Paris, du 28 février au 3 mars, s’inscrit dans une quête de sensations vertigineuses pour Juan Ignacio Tula. « J’ai une relation obsessionnelle avec ma roue, poursuit cette figure de premier plan de la scène circassienne. Avec cette pièce, qui a exigé trois ans de recherche, je voulais aller très loin à l’écoute de mon corps et de ses blessures. » Opération plus que réussie, tant ce solo atteint des pics visuels et émotionnels. Est-ce Juan Ignacio Tula qui tient ferme la roue Cyr, ou bien l’objet qui lui colle au corps ? Ils ne font qu’un dans cette giration hypnotique. « Enfant, j’adorais tourner sur moi-même et, en rencontrant la roue Cyr, j’ai réalisé que c’était l’accessoire parfait pour continuer à tourbillonner. »

« Comme une partenaire »

Depuis 2010, année de sa découverte de cet agrès dans un coin d’une école de cirque à Turin, en Italie, alors qu’il débarquait de son Argentine natale, Juan Ignacio Tula ne cesse d’affûter sa relation à la roue Cyr. Passé par le Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne, entre 2012 et 2014, il a renouvelé et déplacé incroyablement cette technique, apparue au début des années 1990 dans le sillage de l’acrobate canadien Daniel Cyr, et dont la figure la plus connue est celle de la « valse » : l’interprète est en croix à l’intérieur de l’agrès qui roule.

 

 

Avec Juan Ignacio Tula, le cerceau active un dialogue effervescent avec toutes les parties du corps. Ses sources d’inspiration ? La danse contemporaine et sa pratique du tango depuis l’adolescence. « Lorsque j’ai commencé avec la roue, j’ai retrouvé les mêmes repères que dans le tango, raconte-t-il. Comme une partenaire, elle offre un poids, un espace, elle répond à l’impulsion que je lui donne et elle oblige à s’enraciner dans le sol pour y prendre appui. »

 

C’est d’ailleurs en dansant quelques tangos qu’il s’échauffe avant chaque représentation d’Instante. « Cela permet d’entrer dans la spirale », assure-t-il. Parallèlement, il fait également du gainage et du yoga, « pour le dos, le ventre et ouvrir les poumons ». Le spectacle terminé, il s’allonge longuement. « Il me faut plusieurs heures pour retrouver une forme de stabilité, explique-t-il. Parfois, une nuit est nécessaire avant que je me sente recentré. Comme je tourne à gauche, mes organes, mes muscles se sont déplacés. Je me fais des massages pour les remettre vers la droite. Je suis aussi à fleur de peau. » Pour se calmer et repartir du bon pied, il mange du riz et de la soupe. « Parfois, je m’offre aussi un petit verre de bière avec les amis », ajoute-t-il tout sourire.

 
 
Lire le portrait (2024) | Article réservé à nos abonnés La circassienne Marica Marinoni, dompteuse de cercles
 
 

« Instante », de Juan Ignacio Tula (programmé avec « Lontano », de Marica Marinoni). Théâtre du Rond-Point, Paris 8e. Du 28 février au 3 mars. La Passerelle, Saint-Brieuc, le 17 avril.

 

Autres spectacles de Juan Ignacio Tula : « Sortir par la porte, une tentative d’évasion », Le Sirque, Nexon (Haute-Vienne), le 29 mars ; « Pourvu que la mastication ne soit pas longue », Nest, Thionville (Moselle), du 10 au 12 avril, et Ferme du Bois-Briard, Evry-Courcouronnes, le 28 mai ; Carte blanche à Juan Ignacio Tula, Les Subs, Lyon 1er, les 4 et 5 mai.

 

Rosita Boisseau / LE MONDE

 

 

Légende photo : Juan Ignacio Tula, lors du Festival UtoPistes, au Théâtre des Célestins, à Lyon, en juin 2018. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE

 

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Olga Smirnova, ex-danseuse étoile du Bolchoï : « Je ne reviendrai pas dans une Russie sans liberté »

Olga Smirnova, ex-danseuse étoile du Bolchoï : « Je ne reviendrai pas dans une Russie sans liberté » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Isabelle Mandraud dans Le Monde - 3 mars 2024

 

Partie de son pays en mars 2022, peu après le début de l’invasion de l’Ukraine, l’ancienne soliste du prestigieux théâtre de Moscou vit désormais en exil à Amsterdam et dénonce le « culte de la mort » qui règne sous Poutine.

 

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/03/03/olga-smirnova-ex-danseuse-etoile-du-bolchoi-je-ne-reviendrai-pas-dans-une-russie-sans-liberte_6219824_3246.html

Dix jours après le début de l’invasion de l’Ukraine, Olga Smirnova a quitté la Russie, après avoir publié un message sur Telegram dans lequel elle se disait « opposée à la guerre de toute [son] âme ». « Je n’ai jamais pensé avoir honte de la Russie, j’ai toujours été fière du talent du peuple russe, de nos réalisations culturelles et sportives. Mais aujourd’hui, une ligne a été franchie… », écrivait-elle alors. Rarissime dans le milieu de la danse, depuis les défections – un mot qu’elle n’aime pas, car il a une connotation plutôt péjorative en russe – de Rudolf Noureev et de Mikhaïl Baryshnikov, à l’époque soviétique, son départ a marqué les esprits.

Désormais installée à Amsterdam, la ballerine âgée de 32 ans, qui travaille au sein du Dutch National Ballet, se produit, dimanche 3 mars, à La Seine musicale, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), dans le cadre d’un gala des étoiles du ballet classique, Les Beautés de la danse, en compagnie de douze autres danseurs européens. Gracile, incarnation parfaite de la danseuse avec son cou de cygne, elle y interprète, notamment, Raymonda, l’ultime grand ballet russe du XIXe siècle.

Quand vous avez pris la décision de quitter la Russie après avoir transité par Dubaï, étiez-vous déjà préoccupée, avant même le début de la guerre, par la situation en Russie ?

La vie d’un danseur de ballet se passe dans un univers assez fermé. Nous consacrons tout notre temps aux répétitions quotidiennes et nous sommes absorbés par notre métier qui nécessite des heures et des heures de travail. Mais bien sûr, les échos de ce qui se passait à l’extérieur me parvenaient et j’avais conscience de la répression croissante contre [Alexeï] Navalny, et des manifestations dispersées par un régime de plus en plus policier. Je ne pouvais pas croire, néanmoins, qu’une guerre allait commencer comme ça et que les choses iraient si loin. Le ballet, c’est toute ma vie depuis mon plus jeune âge. Je ne m’intéressais pas beaucoup à la politique jusqu’au moment où la politique arrive chez vous. A ce moment-là, il faut prendre une décision.

Lorsque vous êtes partie, vous avez posté un message sur Telegram pour dire votre opposition à la guerre, puis vous vous êtes tue. Pourquoi ?

Mon opinion n’a pas changé et je continue de faire ce que je peux, comme rassembler de l’argent pour les danseurs ukrainiens, à Kiev, qui souffrent de cette situation. Il n’y avait plus de nécessité, pour moi, de continuer sur Telegram, depuis mon arrivée en Europe, je le fais un peu sur Instagram pour les ballets, mais je ne rentre plus dans les échanges à propos de la guerre sur les réseaux sociaux.

Comme beaucoup de Russes partis en exil, vos relations avec votre famille, après votre départ, ont-elles été difficiles ?

Oui, ma famille n’a pas compris ma décision, elle a eu du mal à l’accepter, mais petit à petit, mes parents ont commencé à comprendre.

Pourquoi si peu d’artistes russes, particulièrement dans le monde de la danse, ont exprimé leur opposition à la guerre et pris, comme vous, le chemin de l’exil ?

Je ne sais pas. Je connais à peine l’opinion de mes anciens collègues parce que la communication a été perdue car j’ai fini par me retrouver dans un camp opposé avec certains d’entre eux et d’autres ont probablement peur de parler ouvertement sur ce thème.

 

 

Lire le récit : Article réservé à nos abonnés La deuxième vie de Chulpan Khamatova, actrice russe en exil en Lettonie
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La culture russe est parfois prise à partie, les noms de l’écrivain, poète et dramaturge Pouchkine et d’autres illustres artistes russes, utilisés par le pouvoir, sont l’objet de rejet, en Ukraine mais aussi en Europe, dans les pays baltes notamment. En souffrez-vous ?

A titre personnel, je n’ai jamais été victime de haine, au contraire, tout le monde a été très gentil avec moi. Mais malheureusement, nous voyons des exemples d’annulation de la culture russe en réaction à l’invasion de l’Ukraine. C’est triste à voir. La vie artistique en Russie est désormais très isolée. Les danseurs ne peuvent pratiquement plus voyager. C’est un processus très douloureux. Lorsque j’en faisais partie, le Bolchoï était très ouvert aux échanges, à la coopération, la vie artistique y était dense. C’était une époque merveilleuse.

Pourquoi avoir choisi de vous installer à Amsterdam et de travailler avec le Dutch Ballet ?

Quand j’étais à Dubaï, j’ai contacté Ted Brandsen [directeur du Dutch National Ballet depuis 2003] et il m’a invitée à les rejoindre. L’équipe, la variété du répertoire m’ont plu. Je tiens à souligner aussi à quel point il est formidable d’y travailler et de répéter avec Larissa Lejnina, tutrice du ballet, qui vit aux Pays-Bas depuis trente ans. Nous avons travaillé ensemble sur des ballets classiques tels que Le Lac des cygnes, Raymonda, La Belle au bois dormant et Giselle. Issue de l’académie Vaganova [où a été formée Olga Smirnova] et du théâtre Mariinsky, Larissa incarne le style et les traditions du ballet de Saint-Pétersbourg dans leur forme la plus pure. C’est très important pour moi, car je veux préserver et refléter ces traditions dans mon style de danse.

Vous continuez à vous informer sur ce qui se passe en Russie ?

Bien sûr. La mort de Navalny est une tragédie monstrueuse, c’est comme si on nous avait enlevé le dernier espoir.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

Je ne me vois pas retourner en Russie tant qu’il y a la guerre, ce qui m’obligerait à revenir sur mes propos, ce que je ne veux pas. Je n’ai pas le choix. Je ne reviendrai pas dans une Russie sans liberté. Bien sûr, j’aime mon pays, j’ai été éduquée dans le sentiment de fierté de la grande culture russe, des réalisations sportives, mais aujourd’hui il est dominé par le culte de la mort érigé par la propagande comme la valeur suprême.

Vous n’aviez pas 10 ans lorsque Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir. Imaginez-vous un après-Poutine ?

Bien sûr, car aucun dirigeant n’est éternel. Et même la Constitution russe a prévu des limites au nombre de mandats, au moins nominalement.

 

 

Gala des étoiles du ballet classique, Les Beautés de la danse. La Seine musicale, Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Le 3 mars à 19 heures.

 

 

Isabelle Mandraud / Le Monde

 

Légende photo Olga Smirnova, ex-danseuse étoile du Bolchoï russe, en répétition dans un studio de l’Opéra national néerlandais, à Amsterdam, le 13 mai 2022. JOHN THYS / AFP

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Plus jamais ça?  - Une tribune de Vincent Baudriller, directeur de Vidy-Lausanne

Plus jamais ça?  - Une tribune de Vincent Baudriller, directeur de Vidy-Lausanne | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Vincent Baudriller, invité par le journal 24heures.ch - 2 mars 2024

 

 

Convaincu de l’importance de faire entendre à Lausanne des récits et des paroles venus d’autres pays et continents, je me suis rendu la semaine passée dans un festival de théâtre à Kigali au Rwanda pour y découvrir des spectacles et rencontrer des artistes.

Ce pays va commémorer le 7 avril prochain le 30e anniversaire d’un terrible génocide. En 1994, en l’espace de 100 jours seulement, près d’un million de personnes ont été systématiquement assassinées avec une extrême brutalité, principalement à la machette. Des hommes, des femmes et des enfants ont été massacrés simplement en raison de leur appartenance «ethnique». Des centaines de milliers d’enfants sont devenus orphelins. Si la majorité des victimes étaient des Tutsis, de nombreux Hutus modérés, ainsi que des personnes d’autres communautés qui s’étaient opposées au génocide, ont également perdu la vie.

 
Trente ans plus tard, il a été clairement reconnu que la communauté internationale a largement failli, qu’elle n’a pas pu empêcher les massacres ni agi en amont face à ce qui était en train de se préparer, malgré de nombreuses alertes. Ni l’armée française, qui soutenait à l’époque le gouvernement en place, ni les casques bleus, dont le Conseil de sécurité de l’ONU avait voté deux semaines après le début des massacres le retrait de la plupart de ses contingents sur place, ne se sont interposés.
 

Le récent livre de Laurent Larcher «Papa qu’est-ce qu’on a fait au Rwanda?», sous-titré «La France face au génocide», est particulièrement éclairant à ce sujet. Il s’ouvre sur une citation d’Antoine Anfré, actuel ambassadeur de France à Kigali: «Le génocide des Tutsis n’aurait pas eu lieu si nous avions eu une autre politique, cette responsabilité nous oblige.» Propos qu’il a répétés en public lors de mon séjour. Je partage aussi une déclaration de Volker Türk, haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, il y a un an à Genève: «Malgré ses promesses pour qu’une telle situation ne se reproduise plus jamais, la communauté internationale n’a pas agi au Rwanda en 1994. Affronter ces abominables tragédies du passé est le seul moyen d’avancer vers un avenir de paix et de dignité.»

 

On retrouve cet enjeu mémoriel dans le bouleversant Mémorial du génocide à Kigali, où une salle est consacrée à d’autres génocides ou crimes de masse de notre histoire récente, en premier lieu celui des juifs par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, ou aussi ceux perpétrés par les Khmers rouges au Cambodge à la fin des années 70.

 

Il n’est pas question ici de comparer ces drames ni leurs contextes historiques si différents, mais en visitant ce lieu il m’était difficile de ne pas penser à la tragédie actuelle à Gaza et à l’incapacité de la communauté internationale d’imposer aujourd’hui un cessez-le-feu immédiat alors que la crise humanitaire est extrême.

Et à Gaza…

La semaine prochaine marquera le 150e jour du massacre commis par les extrémistes du Hamas en Israël et le début de la destruction de la bande de Gaza et de sa population par l’armée israélienne. Le bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires dénombre à ce jour près de 100’000 victimes, tuées ou blessées, sur ce territoire palestinien. Et ces «chiffres» continuent d’augmenter chaque jour. Selon l’ONU 2,2 millions de personnes sont aujourd’hui menacées de famine à Gaza.

 
Il sera trop tard dans quelques années pour regretter à nouveau d’avoir laissé faire.
 

 

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Violences sexuelles : "Le cinéma d'auteur depuis la Nouvelle Vague a favorisé ce type de comportement", estime une spécialiste

Violences sexuelles : "Le cinéma d'auteur depuis la Nouvelle Vague a favorisé ce type de comportement", estime une spécialiste | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié sur le site de Francetvinfo.fr - 8 février 2024

 

"C'est de la pédocriminalité, ce n'est pas autre chose", affirme jeudi sur franceinfo Geneviève Sellier, professeure émérite en études cinématographiques à l’université Bordeaux Montaigne.

 

 

"Le cinéma d'auteur depuis la Nouvelle Vague a favorisé ce type de comportement", a estimé jeudi 8 février sur franceinfo Geneviève Sellier, professeure émérite en études cinématographiques à l’université Bordeaux Montaigne et directrice de publication du site "Le genre & l’écran". L’actrice Judith Godrèche a confié jeudi sur France Inter avoir été victime d'abus de la part du réalisateur Jacques Doillon sur le tournage du film La Fille de quinze ans.

Elle a également porté plainte contre le cinéaste Benoît Jacquot pour viols sur mineure. Le cinéma d’auteur met "au pinacle l'idée que la création est associée à l'expression du désir masculin comme quelque chose de forcément transgressif", a expliqué Geneviève Sellier. Selon elle, c’est une spécificité française. "Des gens comme Woody Allen et Roman Polanski sont les rois en France alors qu'ils sont des criminels à Hollywood", a-t-elle regretté.

 

 

 
 

franceinfo : Il y a quelque chose de systémique dans le cinéma français ?

 

Geneviève Sellier : Je suis accablée par toutes ces révélations, en particulier par la dimension de violence de ces relations perverses. Il faut quand même mettre des mots là-dessus. C'est de la pédocriminalité, ce n'est pas autre chose. Ce qui est très troublant pour nous, c'est que le cinéma français, en particulier le cinéma d'auteur depuis la Nouvelle Vague, a évidemment favorisé ce type de comportement en mettant au pinacle l'idée que la création est associée à l'expression du désir masculin comme quelque chose de forcément transgressif et donc original, remarquable, artistique, etc. Il y a vraiment un climat délétère qui s'est installé dans le cinéma français d'auteur depuis la Nouvelle Vague et qui est largement responsable de ces abus.

 

La libération sexuelle dans les années 70 a-t-elle joué un rôle dans ces graves dérives ?

 

Le problème, c'est que la soi-disant libération sexuelle des années 70 a été en réalité un blanc-seing accordé à l'expression du désir masculin dans un contexte de domination totalement asymétrique entre les hommes et les femmes. En fait, la combinaison entre le culte de l'auteur généré par le mythe de la Nouvelle Vague et ce climat de pseudo-libération sexuelle qui autorisait des gens comme Benoît Jacquot à considérer que c'était transgressif de violer des filles à peine pubères. Ce climat-là est systémique.

 

Est-ce que c’est spécifique au cinéma français ?

 

Ce qui est spécifiquement français, c'est le culte de l'auteur qui fait que des gens comme Woody Allen et Roman Polanski sont les rois en France alors qu'ils sont des criminels à Hollywood. Il y a une différence. Et la différence, c'est le culte de l'auteur, c'est-à-dire l'idée que l'artiste est au-dessus des lois. Ça s'est développé en France et pas ailleurs parce que la culture est associée à la fois à une sorte de culte de l'éros comme forcément transgressif. Ça autorisait en quelque sorte une forme de perversion qui est de la pédocriminalité à s'exprimer comme quelque chose de valorisé esthétiquement et artistiquement.

 

Pourquoi dans les années 80, personne dans le cinéma français ne condamne ?

 

La libération sexuelle des années 80 est totalement dans ce déni de la domination masculine. Pendant toute cette période, il y a une valorisation de la nudité des filles, pas des hommes, et des filles de plus en plus jeunes. Tout cela se fait au nom du caractère transgressif d’une sexualité qui est dans le caractère dominateur et totalement invisible.

 

Est-ce qu'il n'y a pas aussi quelque chose de l'ordre d'un mythe du créateur et de sa muse ?

 

C’est Pygmalion. C'est l'idée que grâce à son génie l’artiste donne vie à sa créature. Ce n'est pas un hasard s'il s'agit toujours de personnes extrêmement jeunes. Mais le ver est dans le fruit. Si vous regardez les premiers films de Godard, c'est exactement le même phénomène. Il choisit Anna Karina. Elle a 17 ans, elle parle à peine français et il va en quelque sorte la créer. Ce mythe de Pygmalion est au cœur de la Nouvelle Vague et il va générer l'idée que l'inspiration de l'artiste est liée à l'expression de son désir pour une femme qu'il crée en quelque sorte, qu'il transforme en actrice. En même temps, on l'autorise à en changer pour stimuler sa créativité. On est dans une perspective totalement de collection "donjuanesque". François Truffaut a fait ça toute sa vie. C'était un séducteur compulsif, tout le monde le savait.

 

Légende photo : L'actrice Judith Godrèche, le 1er septembre 2023 au festival de Deauville (Calvados). (FRANCK CASTEL / MAXPPP)

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« L'enfant brûlé », un drame à feu doux à l'Odéon

« L'enfant brûlé », un drame à feu doux à l'Odéon | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe Chevilley dans Les Echos - 29 février 2024

 

Noëmie Ksicova adapte avec une infinie délicatesse le sombre roman de Stig Dagerman, histoire d'un deuil adolescent aussi violent que désespéré, incarné par un quatuor de comédien(e)s remarquablement accordés.

 

Pour complimenter un(e) comédien (ne) ou un spectacle, on met souvent en avant sa « justesse ». L'expression quelque peu galvaudée trouve pleinement son sens quand on l'applique au travail de Noëmie Ksicova pour cet « Enfant brûlé » au Théâtre de l'Odéon. Tout dans cette création théâtrale est d'une infinie justesse : l'adaptation libre mais respectueuse du roman de Stig Dagerman, paru en 1948 ; la mise en scène bergmanienne, alternant cris, chuchotements et silence ; le décor stylisé et astucieux ; le jeu serré, tenu des deux acteurs et des deux actrices en scène.

 

La metteure en scène a réussi à tirer l'histoire de ce deuil post-adolescent violent vers le présent, sans brider sa force corrosive et sa poésie. Bengt, garçon de 20 ans qui, sous couvert d'un combat pour la pureté, transforme le trauma de la mort de sa mère en un jeu pervers de destruction - de lui-même et de ses proches - devient héros rebelle d'aujourd'hui. Injuste, narcissique, jeune fauve blessé en demande d'amour, il séduit autant qu'il agace et effraie.

Intériorité

Avec Théo Oliveira Machado, Noëmie Ksicova a trouvé l'interprète idéal. Fort de sa gueule d'ange à la « Théorème », de son port un peu raide, de sa voix blanche, de ses expressions tour à tour naïves et féroces, il compose un « enfant brûlé » d'une grande intériorité qui paraît près d'imploser à tout instant. Dans le rôle du père, Knut, Vincent Dissez cultive intelligemment les contrastes : affichant une fragilité fébrile, une bienveillance maladroite, une aspiration désespérée à la joie, incarnée par sa nouvelle compagne Gun.

 

 

Cécile Péricone campe avec une énergie farouche cette femme soumise à des chocs contraires : d'abord maîtresse du père, Gun deviendra maîtresse du fils, qui a choisi de l'aimer après l'avoir détestée. Lumir Brabant donne une émouvante densité au personnage de Berit, la petite amie de Bengt, sans cesse humiliée par son brutal fiancé. En contrepoint, le sympathique chien noir, Mesa (Hector dans la pièce), éclaire de sa tendresse animale le drame vécu par des humains à la dérive.

D'un appartement confiné à une île éclatante bordée d'eau turquoise, des nuits enneigées aux feux d'artifice de la Saint-Jean, une Suède intemporelle se matérialise sur le plateau des ateliers Berthier - un pays froid peuplé de souffrance, d'élans d'amour-haine et de fantômes. « L'enfant brûlé » se consume à feu doux et plonge le public dans un cauchemar éveillé. Seule la dernière image, pour peu qu'on soit de nature optimiste, semble allumer une lueur d'espoir : celle d'être consolé, même après avoir tout brûlé…

L'ENFANT BRÛLÉ   d'après Stig Dagerman

Mise en scène de Noëmie Ksicova

Paris, Théâtre de l'Odéon (Berthier)

jusqu'au 17 mars

www.theatre-odeon.eu/fr

 

 

Philippe Chevilley / Les Echos 

Légende photo : Repas de famille sous tension. De gauche à droite : Knut (Vincent Dissez), Bengt (Théo Oliveira Machado), Gun (Cécile Péricone) et Bérit (Lumir Brabant). (photo © Jean-Louis Fernandez)

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«Working with Children» de Nicola Gunn, les enfants entrent dans la danse 

«Working with Children» de Nicola Gunn, les enfants entrent dans la danse  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sonya Faure dans Libération - 1er mars 2024

 

Dans un spectacle réjouissant et sans filtre, la chorégraphe australienne interroge le spectateur sur la présence des jeunes dans les performances artistiques.

 

Il y a parfois de sacrées coïncidences. Quelques semaines plus tôt, dans un métro de soirée, nous écoutions de manière impudique (mais habituelle avouons-le) la conversation de nos voisins, deux couples de quinquas. Un père donnait des nouvelles de sa fille d’une dizaine d’années. «Tu la connais, toujours aussi passionnée de théâtre, disait-il à la femme de l’autre couple. Elle répète d’ailleurs un spectacle un peu bizarre, je ne sais pas trop quoi en penser, la chorégraphe est un peu dingue, à un moment elle se met toute nue sur scène…» Et devant le regard mi-atterré, mi-réprobateur de son amie : «Ah non mais les enfants ne la voient pas, hein, à ce moment-là, ils sont dos à elle.»

Un petit goûter

C’est exactement de ça dont parle le jouissif Working with Children, de l’Australienne Nicola Gunn (qui est de toute évidence la chorégraphe nue dont parlait le père). Que peut-on faire jouer à des enfants ? Faut-il les protéger ? Mais de quoi ?

 

Sur la scène du théâtre Silvia-Monfort, à Parisien, Gunn répète avec cinq enfants une chorégraphie simple et joyeuse. Elle est bienveillante, ils chuchotent et rient souvent. A mi-parcours un petit goûter leur est servi et une jeune femme, qui ne quittera pas le bord du plateau, les couve du regard, s’assurant sans doute que tout se passe bien.  Sur le mur du fond, assez haut, un écran fait défiler les confidences de la chorégraphe. En dissonance totale (et souvent drôle) avec ce qui se passe sur scène. Dans les textes qui passent sur l’écran, la performeuse raconte qu’elle voulait faire un spectacle sur l’éthique du travail artistique avec les enfants. Que tout ne s’est pas passé comme prévu, et qu’au cours des répétitions, des parents se sont plaints de son attitude au responsable de la MJC qui l’avait mise en contact avec les jeunes. Elle dit aussi que les enfants, à l’âge où les notes commencent à compter à l’école perdent vraiment toute spontanéité. Qu’au fond, elle n’aime pas trop les enfants. Et bien d’autres choses encore.

 

Passion pour les phasmes

 

 

Par son procédé, la performance nous place dans un conflit de loyauté total face à ces enfants si mignons qui ignorent (ou sont censés ignorer) tout ce qui se dit entre elle et nous au-dessus de leur tête. «Les pauvres !» pense-t-on alors qu’on éclate de rire ; «Misère !» tremble-t-on quand soudain les enfants se tournent face à l’écran au moment où Gunn nous y parle de «vulve».

 

Mais en effet de quoi veut-on les protéger, demande Gunn ? Jusqu’où aller pour faire de l’art sans les traumatiser ? Est-il raisonnable, par exemple, de les faire mourir sur scène (cent fois oui, semble répondre Nicola Gunn) ? Pourquoi a-t-on si peur de la vulnérabilité et de la honte – et pas seulement celles des enfants ? La vraie performance de l’Australienne étant de parvenir avec son personnage de chorégraphe égoïste et sans filtre (faut-il vraiment laisser les enfants participer au processus de création du spectacle vu le niveau de leur inculture en art contemporain ?) à rendre finalement hommage aux gosses, à leur passion pour les phasmes et leur volonté d’être incollables (sans jamais se servir de leur savoir comme d’un pouvoir, comme le font les adultes). Rassurons donc le père de famille du métro : sa fille était entre de bonnes (même si un peu folles) mains.

 

Working with Children de Nicola Gunn, jusqu’au 2 mars au théâtre Silvia-Monfort, à Paris. Puis en tournée le 13 mars au Théâtre Cinéma de Choisy-le-Roi, le 20 mars au Centre culturel André-Malraux de Vandœuvre-lès-Nancy, le 26 mars au Grrranit de Belfort.

 
 
 
Légende photo : Sur la scène du théâtre Silvia-Monfort, à Paris, Gunn répète avec cinq enfants une chorégraphie simple et joyeuse. (Laimonas Puisys) 
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Ambre Kahan, le théâtre comme un grand bouillonnement

Ambre Kahan, le théâtre comme un grand bouillonnement | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 1er mars 2024

 

 

La metteuse en scène, dont l’adaptation de « L’Art de la joie » de Goliarda Sapienza arrive à la MC93 de Bobigny, explique comment elle s’immerge dans son sujet.

 

Ambre Kahan est née à Avignon. En 1985. Une année phare dans l’histoire d’un festival à jamais bouleversé, cet été-là, par Le Mahabharata de Peter Brook et ses neuf heures de représentation qui ont changé la face des nuits provençales. Les spectacles au long cours sont désormais ici chez eux. Présentée à la MC93 de Bobigny, la fresque mise en scène par Ambre Kahan gagnera-t-elle, elle aussi, la cité des Papes ? On l’espère. Pas seulement parce que l’adaptation de L’Art de la joie, récit de l’Italienne Goliarda Sapienza (1924-1996) – publié en 1998 et traduit en France en 2005 par Nathalie Castagné pour les éditions Viviane Hamy –, défie les limites de la durée (cinq heures et demie, qui ne traitent, pour l’heure, que des deux premières parties du livre). Mais parce que, avec cette proposition hors norme, l’artiste met le feu dans les salles de théâtre où le mercure collectif grimpe à mesure que se raconte l’histoire de l’héroïne Modesta, dans la Sicile du début du XXe siècle.

 

Lorsqu’on la rencontre, à Paris, l’Avignonnaise, désormais installée en Bourgogne, affiche douceur, calme et sérénité. Mais les apparences sont trompeuses. Ce self-control affiché est le revers d’un intense bouillonnement intérieur. La main serrée autour d’une tasse de thé, celle qui se définit comme « super organisée » a consacré quatre ans de travail au texte avant d’en déployer les épisodes 1 et 2 sur les planches (l’intégrale étant en chantier).

 

Elle s’est rendue en Sicile sur les pas de l’écrivaine, y a mené des investigations et creusé son sujet dans les grandes largeurs. Elle ne sait pas s’y prendre autrement. « En amont des projets, j’aime aller chercher des choses qui sont loin du théâtre. » Elle ne prépare pas, elle « surprépare ». Une exigence qui s’applique aussi aux acteurs, à qui elle demande d’arriver « texte su » aux répétitions. Après quoi elle les propulse dans une immersion cousue main : « Je les installe dans l’espace scénique et la durée sonore. Ils savent qu’il leur faut sauter dans le vide. Je suis en régie et je ne les interromps jamais. Je n’interviens qu’une fois la séquence terminée. »

 

« Libération absolue »

 

Singulière méthode (elle préfère parler de « grammaire ») qui laisse aux comédiens le loisir de tâtonner, sans être castrés dans leur élan, avant de trouver leur voie. Ce qui leur permet d’accéder au ton et au geste justes, et explique pourquoi leur ensemble, d’une rare cohérence, vibre au diapason.

 

Ambre Kahan n’invente pas une école de jeu, mais elle injecte dans son dispositif une pièce maîtresse : le respect. « Je ne veux pas m’immiscer dans les intimités des acteurs. Ce qui se passe entre eux sur le plateau doit naître hors de ma présence. » A voir la beauté des scènes (notamment érotiques) qui tissent L’Art de la joie, on se dit que ce retrait a du bon. Et que la confiance dans des interprètes « responsabilisés » a pour corollaire leur épanouissement. Comment la metteuse en scène a-t-elle fait sienne cette évidence ?

 

La vie autant que le métier lui ont beaucoup appris. Côté privé, quelques informations personnelles tracent les grandes lignes d’une existence qui n’a pas coulé de source. Quittant vers « 16 ou 17 ans » la maison familiale, l’adolescente se disperse entre violon, escrime et théâtre : « Je n’appartenais pleinement à aucune de ces disciplines. J’étais passive, je recevais plus que je ne provoquais. » Titulaire d’un bac cinéma, elle s’accomplit à l’âge de 24 ans, lorsqu’elle intègre, à Rennes, l’école du Théâtre national de Bretagne, dirigée à l’époque par Stanislas Nordey. « C’était l’endroit où tout ce que j’avais engrangé convergeait. » Faire du théâtre, et ne faire que ça : elle se souvient de cette révélation comme d’une « libération absolue ». Ce qui ne signifie pas que la suite sera pavée de roses.

 

« L’enfer »

 

Si elle s’exerce à la mise en scène avec, dès 2011, une série de spectacles confidentiels, si elle joue sous la direction de Thomas Jolly, de Stanislas Nordey, d’Eric Lacascade, de Simon Delétang, elle traverse aussi une période « compliquée » lorsqu’elle décide, en 2016, de se lancer dans une création d’envergure : Ivres, une pièce d’Ivan Viripaev. « Ç’a été l’enfer, se rappelle-t-elle. J’étais sortie d’école, je n’avais pas de soutien et pas d’argent. J’ai passé quatre ans sur ce projet, envoyé pendant un an des mails restés sans réponse. » Au moment où Ivres s’apprête enfin à naître, début 2020, au Quai d’Angers, dont Thomas Jolly vient de prendre la direction, le Covid s’en mêle. L’aventure est reportée à l’automne 2021.

 

Ce coup dur aurait pu la décourager, mais entre-temps Ambre Kahan a découvert L’Art de la joie et l’irradiante Goliarda Sapienza. C’était en novembre 2019. La date est fraîche dans sa mémoire et l’impact du roman, toujours aussi vif : « Si j’avais lu ce livre plus jeune, il m’aurait aidée, en tant que femme, à me sortir de certains conflits. » Un silence flotte. Un gouffre, dans lequel elle ne s’attarde pas, préférant à des réminiscences que l’on devine douloureuses l’affirmation de cette joie érigée en doctrine par la romancière italienne : « La joie est une force, une énergie, une puissance. Pas une chose légère et facile, mais un cheminement et une quête. Modesta n’a pas de morale, mais une soif d’apprendre. Ce livre est un jet d’eau. » Un geyser qui entre en éruption sur scène.

 

L’Art de la joie. Adaptation et mise en scène : Ambre Kahan. Avec Aymeline Alix, Jean Aloïs Belbachir, Florent Favier, Noémie Gantier, Vanessa Koutseff, Elise Martin, Serge Nicolaï, Léonard Prego, Louise Rieger, Richard Sammut, Romain Tamisier, Sélim Zahrani et les musiciens Amandine Robilliard et Romain Thorel. MC93, à Bobigny, jusqu’au 10 mars. Puis les 16 et 17 mars à L’Azimut, à Antony (Hauts-de-Seine).

 

 

Joëlle Gayot / LE MONDE

`Légende photo :  Ambre Kahan, à Lyon, le 11 février 2024.   -         © MATTHIEU SANDJIVY

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4,7% de liberté de Métilde Weyergans et Samuel Hercule : les statistiques jamais n’aboliront le hasard

4,7% de liberté de Métilde Weyergans et Samuel Hercule : les statistiques jamais n’aboliront le hasard | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marie Plantin dans Sceneweb - 1er mars 2024

 

A la tête de la Cordonnerie, Métilde Weyergans et Samuel Hercule fabriquent des spectacles hybrides relevant d’une technique très aboutie autant que de l’artisanat le plus ingénieux. Avec 4,7% de liberté, ils confrontent leur démarche à la 82ème promotion de l’ENSATT dont ils sont les marraine et parrain. Le résultat est une franche réussite et les jeunes interprètes témoignent d’une belle habileté à habiter leur univers.

 

Léger changement de paradigme pour Métilde Weyergans et Samuel Hercule, plus connus sous le nom de leur compagnie La Cordonnerie qui s’est fait une spécialité et une marque de fabrique de mixer théâtre, musique et cinéma en des spectacles  protéiformes dont la virtuosité technique au service de la narration déploie une poétique scénique unique. Leur dernière création, 4,7% de liberté, est portée par de jeunes interprètes issus de la 82ème promotion de l’ENSATT, six au total, et si l’esthétique volontairement désuète et bricolée, n’a pas bougé, la dimension cinématographique à l’œuvre habituellement n’est pas exploitée ici. Au profit du plateau et de ce savant mélange d’artisanat et d’effets visuels puissants dont il et elle ont le secret. Et ce goût immodéré pour les histoires qu’ils savent échafauder à quatre mains à partir de notre patrimoine littéraire populaire. Après Roméo et Juliette (Ne pas finir comme Roméo et Juliette), Don Quichotte (Dans la peau de Don Quichotte), Blanche Neige (Blanche Neige ou la chute du mur de Berlin) et Hamlet ((super)Hamlet), figures mythiques à chaque fois largement détournées, réinventées de fond en comble et passées à la moulinette de leur singularité, Métilde Weyergans et Samuel Hercule puisent à la source d’Alphonse Daudet dans l’une des célèbres nouvelles issue des Lettres de mon moulinLa Chèvre de monsieur Seguin, matière à réfléchir et imaginer autour d’une notion toute philosophique et on ne peut plus concrète : la liberté. Et le prix à payer pour. Ou plutôt, les conséquences autour.

 

 

Ne cherchez pas le brave Monsieur Seguin par ici mais Axel et Axelle, jeune couple en mal d’enfant. Ils se sont rencontrés par hasard au parc de la Tête d’Or à Lyon mais est-ce le ressort du hasard quand deux statisticiens portant le même prénom au masculin et au féminin se rencontrent ? Quant à Blanquette, elle n’est ni une chèvre éprise de liberté ni leur fille biologique mais une adolescente renfrognée placée chez eux dans le cadre de l’ASE – L’aide sociale à l’enfance. Les voilà devenus famille d’accueil. Blanquette n’est pas aisée à apprivoiser, elle a besoin d’air et son hobby favori consiste à regarder des films d’horreur qui ne lui font même pas peur quand elle ne fugue pas à ses heures perdues. La cohabitation est compliquée, les parents de substitution se font un sang d’encre à chaque escapade de la petite sauvageonne et leur quotidien si bien réglé se fracasse contre les pics d’adrénaline et les montagnes russes émotionnelles qu’elle leur fait vivre. Il y a aussi un berger dans l’histoire mais on ne va quand même pas tout dévoiler.

 

 

Ce qui est merveilleux dans le geste artistique de Métilde Weyergans et Samuel Hercule, c’est cette attention aux détails, qu’ils soient textuels ou scéniques, et cette intime conviction qu’ils font la différence. Ce qui est le cas. Alternant narration contée et dialogues sur le vif, le récit avance de rebonds en échos et sa saveur tient dans la finesse des fils qui le tissent. Humour et délicatesse ne se font pas de l’ombre et la pensée à l’œuvre dans l’intrigue, en l’occurrence l’enjeu de la liberté dans nos vies, se fond dans la trame sans peser. De plus, la faculté de Métilde Weyergans et Samuel Hercule à convoquer des images, qu’elles soient dans nos têtes ou au plateau, dessine un paysage, des ambiances, que la partition sonore complète avec fantaisie. En effet, si la dimension filmique présente dans leurs précédentes pièces, n’est pas utilisée dans 4,7% de liberté, le bruitage en direct l’est et donne corps et relief aux tableaux qui s’enchaînent. Les interprètes se partagent les rôles, protagonistes et bruiteur.ses, avec une fluidité à l’égal de la rythmique générale. Que l’on soit autour de la table de la cuisine familiale, en voiture, dans un TER, dans le bureau de l’ASE, dans une rue déserte, au bord de la mer ou sur un chemin de montagne, le public voyage avec les personnages, s’attache à leurs motivations, s’inquiète pour les uns et les autres et sa réflexion chemine en même temps que l’intrigue se déploie.

Qu’est-ce qu’être libre dans un quotidien qui est un amas de contraintes, un déroulé millimétré d’actions prévisibles, un maillage serré d’obligations et de tâches à effectuer ? Jusqu’où peut-on anticiper son existence ou ne serait-ce que le jour d’après ? Que faire de l’inquiétude pour l’autre ? Autant de questions qui parcourent en arrière- plan ce spectacle baigné de mélancolie et de la superbe composition musicale originale de Timothée Jolly et Mathieu Ogier. Quant aux six comédien.nes de l’ENSATT (belle distribution homogène et prometteuse), ils nous invitent à plonger dans cette histoire attachante et émouvante parcourue de saillies drolatiques. Comme ces réveils sismiques qui font trembler les murs du foyer, comme ces échappées adolescentes qui font trembler l’édifice familial, comme ces moments de vacillement où le réel bifurque, n’est-ce pas là, et justement là que se situe l’expérience de vivre ? Et grandir n’est-ce pas prendre des risques en connaissance de cause ? Il n’y a pas de morale à proprement parler à cette fable moderne qui explore la mince zone de libre-arbitre dans l’inexorable enchaînement des causalités et questionne les conditions du vivre ensemble mais la tournure des situations nous amène à revoir sous un autre jour la fin sans appel du conte. Et offre une bouffée d’air.

 

Marie Plantin – www.sceneweb.fr

4,7% de liberté
Texte et mise en scène : Métilde Weyergans et Samuel Hercule
Musique originale : Timothée Jolly et Mathieu Ogier
Assistanat à la mise en scène : Sarah Delaby-Rochette
Avec les comédien.ne.s de la 82ème promotion de l’ENSATT : Lucie Garçon, Fanny Godel-Reche, Garance Malard, Lucas Martini, Séraphin Rousseau et Andréas Chartier
Scénographie : Justine Baron, Léa Tilliet
Régie générale création : Mathis Arbez, Boris Ahiha
Création et régie son : François Geslin, Louen Poppé
Création et régie lumière : Mathilda Bouttau, Arthur Chauvot
Régie de production costume : Thelma Dimarco-Bourgeon, Valentine Issanchou
Atelier costume : Célestin Car, Inès Catela, Apolline Coulon, Louise Daubas, Emma Euvrard, Angèle Glise, Aurore Guillemenot, Mathilde Hacker, Lola Le Cloirec, Loïc Nédélec, Lola Pacini, Morgane Pegon, Marie Stephan et Manon Surat
Construction : Frédéric Soria
Régie générale et plateau tournées : Pierrick Corbaz, Sébastien Dumas
Production, Administration : Anaïs Germain et Caroline Chavrier
Production : La Cordonnerie/ L’ENSATT
Coproduction : Le Volcan – scène nationale du Havre, Le Théâtre de la Ville – Paris, Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines – scène nationale

Tout public à partir de 8 ans
Durée : environ 1h20

 

Du 27 février au 2 mars 2024
Théâtre de la Ville / Les Abbesses, Paris

 

Du 14 au 16 mars 2024
Le Quai, cdn Angers – Pays de la Loire

 

Les 4 et 5 avril 2024
Scènes et Cinés, Istres

 

Les 25 et 26 avril 2024
Nanterre-Amandiers / Maison de la musique, Nanterre

 

Du 15 au 17 mai 2024
Maillon, Théâtre de Strasbourg-scène européenne

 
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«Tenir debout» de Suzanne de Baecque, miss en scène 

«Tenir debout» de Suzanne de Baecque, miss en scène  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération - 1er mars 2024

 

Au T2G de Gennevilliers, l’actrice reprend son réjouissant spectacle autobiographique mais pas égocentré qu’elle a écrit après s’être inscrite à un concours de beauté.

 

Quelle est la meilleure manière de connaître une région quand, par bonheur ou malheur, l’un de ses parents a décidé de passer le plus clair de son temps sur une terre dont on ignore tout ? Est-il possible de passer un concours sans être happé(e) par l’esprit de compétition et être terriblement déçu(e) de ne pas être lauréat(e) ? Peut-on échapper au mépris de classe, que l’on appartienne à celle qui méprise ou à celle des méprisés ? Est-ce plus difficile d’être Miss Poitou-Charentes, de réussir une épreuve de salade de betteraves crues épluchage compris, ou d’être prise dans une école de théâtre réputée ? Les jeunes premières existent-elles encore aujourd’hui et sont-elles soumises à des canons esthétiques aussi étranges et intransigeants qu’il y a vingt ans ?

 

 

C’est avec cette farandole de questionnements, exprimés ou non sur le plateau, que Suzanne de Baecque, aujourd’hui 28 ans, a décidé de se lancer dans un concours de miss, autant pour concevoir un spectacle, Tenir debout, qui se rejoue jusqu’au 4 mars au T2G à Gennevilliers, que pour comprendre les aspirations de jeunes femmes de sa génération qu’elle n’aurait jamais rencontrées autrement. Elle est alors étudiante à l’Epsad à Lille, rattachée au théâtre du Nord, à l’époque dirigé par Christophe Rauck. On est en plein confinement, c’est sa dernière année, et l’école propose aux élèves de partir quelques jours ou semaines, sans portable, sans ordinateur, sur un territoire dont ils ignorent tout, afin de le découvrir à l’œil nu, et de restituer ensuite cette expérience dans l’ébauche d’un spectacle. Certes, le Poitou n’est pas la Toundra ni même l’Amazonie, mais il suffit d’oublier une demi-journée son portable pour éprouver une sensation de manque ou d’incomplétude…

 

«Les cinéastes nous barbent un peu à propos de la jeune fille»

 

Comme Suzanne de Baecque le raconte au début de son spectacle, c’est curieusement son beau-père qui lui suggère, «pour rire», de postuler pour le concours de Miss Poitou-Charentes, pendant des courses au Super U de Lencloître. «Tiens, si tu n’as pas tes concours de théâtre, peut-être que tu pourrais t’inscrire à Miss Poitou ?» La jeune fille, qui passe sa vie à être «archi-recalée» et se demande bien comment quitter cette spirale, ne rit pas de la blague, et reste interdite… «Y a eu un blanc. J’avais pas très bien compris la question. Et je trouvais que c’était une phrase méprisante pour tout le monde. Pour les actrices qui n’ont pas demandé à être des vitrines et pour les miss qui n’ont pas besoin de ce mépris de classe permanent. Et après je me suis demandé pourquoi moi, j’avais trouvé cette phrase méprisante. Enfin bref… Grâce à lui, j’avais trouvé mon projet : j’allais m’inscrire à l’élection de Miss Poitou-Charentes en tant qu’actrice.»

 

Ce spectacle, autobiographique, a une particularité rare pour ce genre : il n’est pas égocentré. Car très vite, le regard de Suzanne de Baecque bascule sur les autres candidates – Chloé, Lolita, Océane, Kiara, Lauraline – mais aussi sur la super animatrice, Miss Aquitaine 2014, incarnée, ô bonheur, par Raphaëlle Rousseau, sans doute l’actrice la plus douée de sa génération (nous aussi, on a le sens de la compète) pour composer des personnages – on a gardé en mémoire sa métamorphose en Delphine Seyrig dans sa Discussion avec DS, autre spectacle de fin de cursus. Et donc ? Et donc, Suzanne de Baecque, qui vient d’un milieu d’universitaires pour lesquels l’échec a longtemps été une option inenvisageable, reçoit un mail le jour de son anniversaire, qui l’informe qu’elle n’est pas retenue pour le concours. Elle se surprend à être grandement déçue. «Car quand tu passes un concours, quel qu’il soit, tu veux l’avoir, t’es vraiment au max, le concours de miss n’était pas différent de tous les autres concours que j’ai passés», nous avait-elle dit, il y a deux ans, à Rennes, où elle était venue présenter son spectacle au festival du Théâtre national de Bretagne. On extirpe nos notes des entrailles de l’ordinateur. On y saisit au vol des phrases : «Autant y aller carrément sur les stéréotypes des jeunes filles. Les cinéastes nous barbent un peu à propos de la jeune fille. Ce ne sont pas vraiment les jeunes filles qui font des films sur les jeunes filles.» Ce qui n’est pas sans à propos avec les affaires qui remuent le monde du cinéma. Quand elle a conçu son spectacle, Suzanne de Baecque se questionnait sur son devenir d’actrice – puisque, selon les spécialistes unanimes et en surplomb, «je n’ai pas le physique pour… On me le disait carrément : “Toi, t’es plutôt emploi servante”». Ces spécialistes, professeurs, directeurs de casting, cinéastes, metteurs en scène : ont-ils encore un avenir ? Ou sont-ils obligés de se transformer au contact du réel ?

 

Des ailes et des prix

 

On la retrouve dans un café à Jourdain, peu de temps avant ces ultimes représentations en région parisienne. «Ce qui me touche le plus dans la parole de Judith Godrèche est qu’on la voit avancer en marchant, se déprendre publiquement. Ça a lieu au présent. Elle remet en question tout un imaginaire de la jeune fille un peu sexualisée, naturelle, insolente, et qu’on mette fin à cet imaginaire nous fait à tous un bien fou.» Elle le constate sans aucun dépit et avec une pointe d’interrogation : comment rester au bord du système, tout en plongeant dedans ? Est-ce seulement possible ? Concevoir son propre spectacle, et le travail qu’elle poursuit avec Alain Françon – entamé avec la Seconde Surprise de l’amour en 2021 – lui a donné des ailes et des prix, d’autant que le compagnonnage est de longue durée : elle était aussi distribuée dans Un chapeau de paille d’Italie.

 

Le trac monte. Au T2G et pour la première fois, les protagonistes de Tenir debout seront en chair et en os dans la salle. Leur vie a changé comme la sienne. «Qu’est-ce que c’est que d’incarner la parole de personnes qui existent pour de vrai et qui ont mon âge ?» Depuis leurs premières rencontres, Suzanne de Baecque a joué avec Johnny Depp dans Jeanne du Barry. Et tiens, les temps changent : elle sera une bimbo dans le prochain film des frères Larrieu. «Eux, je les adore !»

 

Tenir debout de et par Suzanne de Baecque au T2G à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) jusqu’au 4 mars.

 
Légende photo :  Suzanne de Baecque dans «Tenir debout» en septembre 2022. (Jean-Louis Fernandez)
 
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Au Sénat, Judith Godrèche demande le retrait du président du CNC, qui va être jugé pour « agression sexuelle »

Au Sénat, Judith Godrèche demande le retrait du président du CNC, qui va être jugé pour « agression sexuelle » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par  Marine Turchi dans Mediapart - 29 février 2024

 

Auditionnée jeudi, l’actrice et réalisatrice a réclamé une commission d’enquête sur les violences sexuelles et sexistes dans le cinéma, mais aussi le retrait de Dominique Boutonnat, qui doit être jugé pour « agression sexuelle » sur son filleul.

 

« Comme vous pouvez le voir, je n’ai pas grand-chose à perdre. »  Auditionnée jeudi 29 février par la délégation des droits des femmes du Sénat, Judith Godrèche a usé de la tribune qui lui était à nouveau donnée pour livrer un discours coup de poing et des propositions pour lutter contre les violences sexuelles dans le monde du cinéma.

 

 

Près d’une semaine après avoir confronté cette industrie à son silence face aux violences sexuelles, lors de la cérémonie des César, l’actrice et réalisatrice a demandé l’ouverture d’une commission d’enquête sur les violences sexistes et sexuelles dans le milieu du cinéma, mais aussi le retrait du président du CNC (Centre national du cinéma), Dominique Boutonnat, qui doit être jugé prochainement pour « agression sexuelle » sur son filleul.

« Je vous parle ici mais je suis nombreuse, ou en tout cas soutenue », a-t-elle assuré. Devenue l’un des visages du mouvement #MeToo en France, et notamment de la lutte contre les violences sexuelles sur les enfants depuis qu’elle a porté plainte pour « viol sur mineure » contre les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon, Judith Godrèche a affirmé qu’elle s’exprimait forte des 4 500 témoignages reçus sur l’adresse mail qu’elle a créée à cet effet.

« Toutes ces femmes invisibles qui travaillent dans l’éducation, l’édition, les hôpitaux, toutes ces femmes qui m’écrivent et qui se posent la question de savoir si tous ces coups que je donne sur la porte vont finir par la faire céder », a-t-elle déclaré. « À travers l’incarnation du “je”, je leur donne la possibilité du “nous” », a-t-elle ajouté.

 

 

L’actrice a aussi évoqué ses nombreux échanges « avec des productrices, des sociologues, des juges, des activistes, des jeunes femmes qui s’intéressent à la société et au monde, des avocates, des journalistes ». Parmi eux, le juge Édouard Durand, ancien dirigeant de la Ciivise (commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants), auquel elle a rendu un vibrant hommage, critiquant « cette décision de [le] retirer à la tête de la Ciivise pour la laisser choir sur le sable, mort-née ».

 

En brandissant le silence du monde du cinéma, elle espère montrer qu’il est « le reflet de notre société »« Cette famille incestueuse n’est que le reflet de toutes ces familles et de tous ces témoignages que je reçois », a-t-elle insisté, expliquant qu’aujourd’hui, la société française était « systématiquement organisée autour de l’écrasement de la parole ».

 

 

Durant cette audition de deux heures, Judith Godrèche a fait une série de propositions concrètes. Outre la création d’« une commission d’enquête contre les violences sexuelles et sexistes dans le milieu du cinéma », elle demande d’« imposer un référent neutre » auprès des mineur·es sur les tournages, qui soit « formé », et « pas payé par la production », afin « qu’un enfant ne soit jamais laissé seul sur un tournage » et qu’il ait « sa personne » à lui, un « représentant », un « médiateur ».

 

Elle réclame aussi la présence, sur les plateaux, d’un « coach intimité pour les scènes qui impliquent de l’intimité, de la sexualité », et d’un « un coach de jeu »« car, oui, ça fait peur de se retrouver dans des scènes face un adulte qui vous crie dessus », a-t-elle cité en exemple. Enfin, elle souhaite la mise en place d’un « système de contrôle plus efficace et un suivi par la Ddass », qui, une fois l’autorisation accordée pour que l’enfant de moins de 16 ans participe à un tournage, devrait se rendre sur le plateau pour s’assurer des conditions dudit tournage.

L’actrice demande le retrait du président du CNC

Mais, durant son audition, l’actrice s’est longuement arrêtée sur un point précis : le maintien de Dominique Boutonnat à la tête du CNC, malgré son renvoi devant le tribunal correctionnel pour « agression sexuelle » sur son filleul de 20 ans – des accusations qu’il conteste.

 

Loin d’être suspendu, ce proche d’Emmanuel Macron (il fut un grand donateur de sa campagne présidentielle 2017) avait même été nommé, trois semaines après l’annonce de son renvoi, au conseil d’administration de France Télévisions, en tant que représentant de l’État. Ce qui avait provoqué l’indignation des syndicats de l’audiovisuel public.

 

Jeudi, Judith Godrèche a exhumé une lettre adressée en 2021 à Emmanuel Macron par plusieurs syndicats et collectifs de la profession, qui demandait « une gouvernance refondée et relégitimée à la tête du CNC », et donc « la mise en retrait temporaire du président du CNC suite à sa récente mise en examen ».

 

 

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« Sans remettre en question le principe fondamental de la présomption d’innocence, ni la qualité du travail effectué avec Dominique Boutonnat depuis sa nomination, sa mise en examen va interférer dans les nombreux et importants chantiers sur lesquels nous travaillons actuellement avec le CNC », insistait ce courrier.

Cette mise en retrait était réclamée conformément à la règle imposée initialement au gouvernement par le chef de l’État, mais aussi au principe « prôné par le CNC dans le cadre de la formation obligatoire des professionnels bénéficiant d’aides pour prévenir les violences sexistes et sexuelles ».

 

« [Le CNC est] une institution dans laquelle se rendent les producteurs, tout en rigolant parce qu’ils se disent : “C’est drôle, je vais aller faire une formation sur les violences sexuelles et sexistes à l’intérieur d’une institution dont le président est lui-même accusé de violences sexuelles…” C’est quoi cette blague ? », a ironisé Judith Godrèche, réclamant elle aussi le « retrait de Dominique Boutonnat »

« Cette bataille est politique »

L’actrice et réalisatrice a longuement expliqué que pour « pour que la parole des autres [les témoins – ndlr] se libère, il [fallait] qu’ils soient eux aussi protégés », qu’ils soient certains de ne « pas perdre leur travail »« C’est une industrie dans laquelle on efface les gens [qui parlent], on les écarte », a-t-elle souligné, expliquant qu’une personne victime ou témoin de violences sexuelles et sexistes sur un tournage ne savait pas, aujourd’hui, vers qui se tourner et que les « témoins sont eux-mêmes en danger » s’ils sonnent l’alerte, car ils ont besoin « de continuer de travailler » pour gagner leur vie. Notamment parce que les référents harcèlement existant sur certains tournages sont le plus souvent des personnes liées à la production.

 

« Le cinéma, c’est quand même un petit milieu, et si ce milieu tout entier ne décide pas qu’il faut justement, dès que quelqu’un signale quelque chose, donner la place, écouter et dire : “Je te crois, je t’entends et je ne vais pas d’évincer, je ne vais pas te demander de te taire pour faciliter la bonne continuation de ce tournage”, c’est normal que le jeune acteur, le technicien, le perchman, ou le monsieur qui travaille à la cantine, se dise : “Qu’est-ce que je fais si on me vire ? [...] Si je suis blacklisté, qu’est-ce que je fais ?” »

 

Elle raconte avoir elle-même, malgré ses « privilèges » et son « statut », eu peur que sa série (Icon of French Cinema), qui relate son histoire, ne soit, en France, « mise dans un tiroir »« annulée » car perçue « comme une série #MeToo » et « un règlement de comptes »« J’avais peur de m’inscrire dans un mouvement #MeToo dont, aux États-Unis, nous n’avions pas honte quand j’y vivais, mais en France, c’était très très mal vu, parce que ça vient avec le wokisme, parce que les militantes sont des hystériques », a-t-elle expliqué. « Alors imaginez ce que peut penser une jeune actrice, un technicien, une femme qui travaille dans une industrie dont elle n’est pas le CEO », a-t-elle ajouté.

 

Aujourd’hui, elle assume une parole « politique »« Non pas parce que je m’associe à un parti politique ou que je vais être récupérée par un parti politique, mais parce que cette bataille est politique, parce que mon militantisme [...] est politique, parce qu’aujourd’hui, avec de la pédagogie, on n’obtient rien. Avec des lettres polies, bien écrites, et signées par un groupe de gens importants, ils n’ont rien obtenu. »

 

 

Dans cette « bataille politique », Judith Godrèche s’est décrite comme un simple « écho »« un yoyo qui clignote », et a rendu hommage à certaines de celles qui, avant elle, ont tenté de briser l’omerta : « Camille Kouchner, Adèle Haenel, Hélène Devynck, Vanessa Springora, pour ne citer qu’elles, “tout le monde savait”[...] Combien de petites filles, de petits garçons, combien de petits pieds dans la porte seront nécessaires avant que cette société réagisse pour toujours ? Afin que nous puissions jouer les rôles de notre vie sans nous faire voler notre enfance, abuser, frapper. Sans que nous soyons réduites à un pâle souvenir, l’image douloureuse d’une jeune femme en robe noire pailletée, qui ressort aujourd’hui dans la presse, sur Internet. Elle est assise sur un canapé, un verre à la main. Adèle, où es-tu ? Adèle, quel aurait été ton destin si ce soir-là, la salle des César avait été peuplée de juges Durand ? »

 

 

Légende photo : Judith Godrèche lors de son audition par la délégation des droits des femmes du Sénat, le 29 février 2024. © Capture d’écran Public Sénat
 
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Mathieu Touzé met en scène Les Bonnes de Jean Genet

Mathieu Touzé met en scène Les Bonnes de Jean Genet | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Vincent Bouquet dans Sceneweb - 28 février 2024

 

 

Le co-directeur du Théâtre 14 pousse les feux du huis-clos carcéral de Jean Genet où, pour s’extirper de la chape de plomb sociale sous laquelle elles croupissent, Claire et Solange explosent les frontières du réel.

 

Dans le parcours de Mathieu Touzé, Les Bonnes revêt une dimension particulière. Jusqu’ici, le jeune metteur en scène et co-directeur du Théâtre 14 s’était exclusivement emparé de textes ultra-contemporains. De Fabrice Melquiot (Autour de ma pierre, il ne fera pas nuit) à Olivia Rosenthal (Que font les rennes après Noël ?On n’est pas là pour disparaître), en passant par Philippe Besson (Un Garçon d’Italie) et Pascal Rambert (LAC), il semblait cultiver un goût pour les autrices et les auteurs vivants, y compris lorsqu’ils appartiennent à la sphère romanesque. Avec ce qui reste, sans doute, comme la plus célèbre des pièces de Jean Genet, l’artiste paraît donc sortir de sa zone de confort, faire un pas de côté pour tenter de franchir une nouvelle étape et célébrer à sa manière ses dix ans de carrière. Symbolique, ce cap n’en est pas moins périlleux ; d’autant que, sous ses airs de ne pas y toucher, Les Bonnes est une oeuvre retorse, fourbe et piégeuse, sur laquelle, comme Katie Mitchell l’a, à son corps défendant, récemment prouvé, il est aisé de se casser les dents. 

 

Heureusement pour lui, Mathieu Touzé a, au contraire, su en détecter les récifs et en apprivoiser les courants pour conduire Claire, Solange et Madame sur des rivages où la frontière entre dure réalité et bouffées délirantes serait plus poreuse que jamais.

Car, à leur manière, Claire et Solange incarnent, d’entrée de jeu et à elles deux, un dégradé de méchanceté. Domestiques au service de Madame, une très grande bourgeoise aux habits clinquants et aux manières détestables, ces deux soeurs passent moins de temps à dépoussiérer le mobilier qu’à singer la maîtresse des lieux qui, à travers leurs regards et selon leurs dires, passe pour la pire des garces tyranniques. À bien les observer, on comprend vite que le jeu de rôles auquel elles s’adonnent – l’une incarne Madame pendant que l’autre entre dans la peau de sa soeur – s’inverse à qui mieux mieux, qu’elles réalisent grâce à lui leur pulsion inassouvie : tuer Madame, qu’elles ne peuvent plus voir en peinture, ce qui leur permettrait d’empocher, dans la foulée, l’héritage qui, en pareil cas, leur est promis. Passant des paroles aux actes, les bonnes ont déjà mis une partie de leur plan à exécution : encouragée par sa soeur, Claire a écrit à la police une lettre de dénonciation pour mettre l’amant de Madame, qu’elles appellent Monsieur, derrière les barreaux. Alors qu’elles comptent poursuivre sur leur lancée et assassiner leur maîtresse en glissant dix cachets de Gardénal dans son tilleul, Claire et Solange sont prises de panique. Remis en liberté conditionnelle par le juge, Monsieur vient de les appeler et leur demande de faire savoir à Madame qu’il l’attend au Bilboquet, tandis que cette dernière ne tarde pas à faire son entrée.

 

 

Comme souvent chez Jean Genet (Splendid’sHaute surveillance), Les Bonnes constitue un huis-clos, dont Mathieu Touzé, avec un immense respect pour l’oeuvre et sans renverser la table, a décidé de pousser les feux. Sous sa houlette, la maison de Madame prend des airs de cage de verre où l’enfermement et ses conséquences se font clairement sentir sur ses occupantes. Bel et bien au bord de la folie, ses Claire et Solange ne sont pas victimes d’une pathologie dure, mais plutôt d’un soupçon de paranoïa, d’un éloignement progressif de la réalité et d’un délire qui leur permet d’élucubrer un nombre colossal d’histoires. Ses bonnes ont alors tantôt l’allure de petites filles complices et apeurées, qui craindraient avant toute chose de se faire réprimander, tantôt celle de monstres en puissance, et en sommeil, prêts à bondir sur la première cible venue et à tout réduire en cendres – « Après, j’aurais mis le feu », s’emporte d’ailleurs Solange. Machiavel à leur échelle, elles paraissent étouffer dans leur prison dorée, où elles sont pieds et poings liés, où leurs moindres faits et gestes sont épiés – « Je vois une foule de traces que je ne pourrai jamais effacer. Et elle, elle se promène au milieu de cela qu’elle apprivoise », s’alarme Claire à propos du retour de sa maîtresse –, et sous cette chape de plomb sociale où le regard et l’attitude de Madame les cloîtrent, et dont elles tentent de s’extirper grâce à leurs pensées macabres.

 

 

Si la mise en scène de Mathieu Touzé souffre d’une entrée en matière et d’un intermède musical, prélude à l’entrée de Madame, qui mériteraient, à tout le moins, d’être resserrés, ce parti-pris est servi par deux comédiennes, Elizabeth Mazev et Stéphanie Pasquet, qui confèrent aux bonnes leurs multiples facettes. L’une comme l’autre, et chacune à leur endroit, elles manient les nuances et les variations imposées par Genet et révèlent cette fluidité comportementale qui rend Claire et Solange si insaisissables, jusqu’à conduire à l’épuisement de leur propre catharsis théâtrale. Surtout, ce pas de deux profite de la présence de Yuming Hey, exquis, diabolique et magnétique dans la peau de Madame. Perché sur des talons aiguilles, fardé jusqu’aux ongles, débordant de bijoux, le comédien s’en donne à coeur joie et prend un plaisir visible à incarner ce rôle à qui il donne tout son relief. Devenue une créature archétypale, sa Madame adopte un comportement à ce point excessif qu’il devient permis de douter de son existence. Et si, en définitive, la maîtresse n’était que la projection imaginée par ses deux servantes, prises dans le jeu du théâtre ou perdues dans leur folie ? Les paris sont ouverts.

 

 

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

 

Autre critique, publiée dans le journal La Terrasse

 

Mathieu Touzé met en scène « Les Bonnes » : un huis clos explosif

 

Le co-directeur du Théâtre 14 Mathieu Touzé chauffe à blanc le huis clos pervers et subversif signé par le poète Jean Genet. Portée par un jeu de grande envergure, la mise en scène déploie les trésors d’ambiguïté de la comédie noire, dérangeante, explosive et fascinante imaginée par le dramaturge. Des « Bonnes » de haut vol.

 

 

Il aura fallu la période de confinement due à la pandémie pour que l’idée de mettre en scène Les Bonnes s’impose à Mathieu Touzé. « La pièce raconte une expérience de l’enfermement. Genet, qui a découvert sa vocation d’écrivain pendant ses séjours en prison, célèbre ici la puissance libératrice de l’imaginaire, de la poésie et du jeu. Il décortique aussi le mécanisme qui conduit au repli sur soi, aux vérités alternatives et à l’exacerbation de la violence » note le metteur en scène. La chambre de Madame, grande bourgeoise, où les deux bonnes à son service remâchent leurs humiliations et leurs frustrations jusqu’à imaginer et tenter le pire, sert de cadre à ce huis clos domestique explosif. De bout en bout, en faisant beaucoup mieux qu’éviter les innombrables chausse-trappes que compte la pièce connue pour sa difficulté, Mathieu Touzé parvient avec un profond respect du texte à rendre à leur contemporanéité ces sujets intrinsèques à la pièce : les rapports sociaux de domination et de soumission, la question de l’identité et du genre.

 

De magnifiques interprètes

 

Sur le plateau, la vision transgressive et provocatrice de Genet, s’extirpant des archétypes de la société patriarcale, éclate dans toutes ses dimensions. Celle du jeu d’abord. Excellemment interprétées par Elizabeth Mazev et Stéphanie Pasquet, respectivement dans les rôles de Solange et Claire, ces Bonnes nous enchantent. Au sens figuré comme au sens propre quand, à la faveur d’un intermède musical particulièrement savoureux et drolatique, elles chantent de concert sur une chorégraphie d’une naïveté confondante Tout est chaos, de Mylène Farmer. Le choix de Yuming Hey pour incarner Madame est d’une grande efficacité ; il donne corps à la dimension fantasmatique du personnage servie par la présence magnétique, exceptionnelle, de son interprète. La scénographie, également signée par Mathieu Touzé, dominée par le blanc immaculé, réussit à tenir simultanément de l’évocation de la chambre bourgeoise et de celle de la chambre mortuaire. Une vraie réussite.

Marie-Emmanuelle Dulous de Méritens / La Terrasse

 

Les Bonnes
de Jean Genet
Mise en scène Mathieu Touzé
Avec Yuming Hey, Elizabeth Mazev, Stéphanie Pasquet, Thomas Dutay
Eclairagiste Renaud Lagier
Scénographie, chorégraphie et costumes Mathieu Touzé
Régisseur général Jean-Marc L’Hostis
Régie Stéphane Fritsch
Assistante à la mise en scène Hélène Thil

Production Collectif Rêve Concret
Coproduction Théâtre 14 ; Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN ; Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine ; Théâtre de la Manufacture – CDN Nancy Lorraine ; CDN de Normandie-Rouen
Avec le soutien de la Comédie-Française pour le prêt des costumes
Action financée par la Région Île-de-France

Durée : 1h35

Théâtre 14, Paris
du 27 février au 23 mars 2024

Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine
du 9 au 12 avril

Théâtre de la Manufacture – CDN de Nancy Lorraine
du 14 au 16 mai

La Maison/Nevers, Scène conventionnée Art en territoire
le 30 mai

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Des « Bonnes » incandescentes au Théâtre 14

Des « Bonnes » incandescentes au Théâtre 14 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe Chevilley dans les Echos - 28 février 2024

 

S'appuyant sur un trio de comédien(ne)s de haut vol, Mathieu Touzé porte à ébullition la pièce inclassable de Jean Genet, en explorant tous ses possibles : de la satire sociale, à la farce queer, puis au drame existentiel.

 

Ces « Bonnes » de Jean Genet revisitées par Mathieu Touzé nous en auront fait voir de toutes les couleurs. Comme toutes les pièces de l'écrivain poète, cette courte comédie de 1947 détourne les codes du théâtre, refuse la loi des genres, attaque la morale bourgeoise, provoque jusqu'au malaise… et n'entre dans aucune case. Le codirecteur du Théâtre 14 en explore avec brio tous les possibles dans une mise en scène fiévreuse variant les approches et les climats.

 

L'entrée en matière, muette, donne le ton : mélange de kitsch et de dépouillement, le décor s'anime d'une pâle lumière bleuâtre au son d'une musique électronique grinçante. L'appartement chic de Madame a des allures de caveau pop, bientôt peuplé de gerbes de fleurs. Puis un ange passe… le laitier nu, un amant de passage (Thomas Dutey)…

 

C'est dans cette atmosphère de huis clos surréel qu'entrent les bonnes, Claire (Elizabeth Mazev) et Solange (Stéphanie Pasquet). La première singe la maîtresse de maison, vêtue de ses atours ; l'autre joue son rôle de servante soumise. Leur jeu sadomaso est mécanique, survolté, comme dans une sitcom. Les deux soeurs qui ont comploté pour faire emprisonner Monsieur sont prêtes à porter l'estocade et à tuer Madame. Pour fêter ça, elles entonnent une chanson de Mylène Farmer rehaussée d'une « choré » millimétrée. Des spectateurs, déroutés, tapent dans leurs mains…

 
Maîtresse fantasmatique

Mais bientôt débarque Madame, campée par le jeune prodige Yuming Hey. Dans un mix de star de Hollywood et de drag-queen de boulevard, le comédien transformiste fait basculer la pièce dans un ailleurs burlesque et cruel. Changeant d'humeur et de robe quasiment à chaque réplique, il campe une maîtresse  fantasmatique et fatale, fantôme déchaîné de la bourgeoisie qui fait rire et trembler. Diva endeuillée puis bimbo triomphante quand elle apprend que son amant est sorti de prison, Madame s'échappe dans un froufrou d'étoffes et de strass, sans avoir bu la tisane mortelle qui lui était destinée.

 

 

Il revient alors aux bonnes anéanties de mener la tragédie à son terme et de s'entretuer. Les damnées de la terre n'ont pas leur place dans ce monde… Le changement de ton, de posture, d'apparence d'Elizabeth Mazev et de Stéphanie Pasquet est spectaculaire. Ce n'est plus une farce qu'elles jouent mais un drame, triste et profond. La cérémonie rebelle devient rite funèbre et la représentation s'achève brutalement dans le silence et le néant. Mathieu Touzé et ses trois comédien(ne)s fantastiques ont su secouer Genet comme il le fallait, pour mieux en faire ressortir la verve acide, l'humour queer et la révolte, désespérée.

 

 

Philippe Chevilley / Les Echos

LES BONNES

de Jean Genet.

Mise en scène de Mathieu Touzé.

Paris, Théâtre 14, jusqu'au 31 mars.

theatre14.fr

 

Légende photo : Madame (Yuming Hey) au milieu de ses bonnes, Claire (Stéphanie Pasquet, à droite) et Solange (Elizabeth Mazev, à gauche). (Christophe Raynaud de Lage)

 

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Adama Diop, comédien et metteur en scène : “Dans ma pièce ‘Fajar’, je réhumanise le mot migrant”

Adama Diop, comédien et metteur en scène : “Dans ma pièce ‘Fajar’, je réhumanise le mot migrant” | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Emmanuelle Bouchez dans Télérama le 28 février 2024

 

Cet immense comédien avait fasciné en Macbeth ou dans un “Othello” d’anthologie. Homme de transmission, il enseigne son art qu’il aime tant et dévoile aujourd’hui “Fajar”, sa toute première création, sur le sort des migrants. En tournée dès le 28 février.

 

Il porte ce jour-là un bonnet de coton blanc et grenat, élégamment assorti à son pull. « C’est un emprunt aux paysans du Sénégal, une touche d’Afrique pour me souvenir de là-bas, quand je vis et travaille ici », dit en souriant Adama Diop. À 43 ans, l’acteur a désormais passé autant de temps à Dakar et en France, où on l’a notamment remarqué au Festival d’Avignon. Dans 2666, pièce mise en scène en 2016 par Julien Gosselin d’après le roman-fleuve de Roberto Bolaño. Dans La Cerisaie, de Tchekhov, également, qu’a déployée Tiago Rodrigues dans l’immense Cour d’honneur du palais des Papes, en 2021.

 

 

Il fut tout aussi brillant dans son interprétation de deux monstres shakespeariens : Macbeth, dans la version de Stéphane Braunschweig en 2018, puis Othello dans la dernière mise en scène de Jean-François Sivadier l’an dernier. Car l’art d’Adama Diop, aussi juste dans la puissance que délicat dans la nuance, fascine le public autant que les metteurs en scène. Il ose tous les registres, capable de saisir chaque texte au plus intime.

Mais voilà qu’aujourd’hui l’acteur à la gourmandise inépuisable se fait aussi auteur et metteur en scène pour Fajar (« l’aube », en wolof), donnée à la MC93 de Bobigny, avant de tourner partout en France. Une aventure théâtrale qu’il souhaite hors norme. Un conte où il « explore » en débordant toutes les formes artistiques : film fleuve, mixage de sons enregistrés, musique jouée en direct et long poème, pour raconter la traversée du sud vers le nord du jeune -Malal. Un personnage qui se rêve d’abord en poète avant de devenir un Ulysse qui ne connaîtra pas de retour.

 

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Assis dans une salle du Théâtre national de Strasbourg (TNS), où il a répété son spectacle, Adama Diop pèse chacun de ses mots, refusant d’analyser à chaud le chaos politique qui frappe son pays d’origine, ou de disserter sur les raisons pour lesquelles de jeunes Dakarois embarquent sur de fragiles canots au risque de périr. « En révélant dans Fajar qui sont ces passagers, je réhumanise le mot « migrant ». Quand les Européens partent, ils sont désignés comme des « explorateurs » ou des « expatriés », termes qui flattent leur goût du déplacement. Quand mes compatriotes arrivent en France, ils ne sont, à l’inverse, que des « migrants ». Au-delà de la quête d’une vie meilleure, un jeune Africain doit être libre d’éprouver, comme tous les autres, le besoin de quitter le nid. Pour se trouver. L’aspiration au voyage initiatique est universelle. »

Des rôles emblématiques

Né dans une famille de la classe moyenne, Adama Diop a découvert le théâtre au lycée, puis à la fac, en parallèle d’un cursus d’anglais. Avant d’être retenu, à 19 ans, pour deux semaines de stage au Conservatoire régional de Montpellier, grâce à l’Institut français de Dakar. Une expérience déterminante : il revient rapidement à Montpellier, vivant trois ans durant de sa passion et de petits boulots, s’imprégnant des codes du théâtre à la française, où le texte prime, quand au Sénégal — terre de contes —, c’est l’adresse au public qui prévaut.

 

Jusqu’à ce que, en 2004, Stéphane Braunschweig (qui dirige le TNS) pose sur lui un regard décisif, encourageant l’apprenti comédien venu donner la réplique à une amie qui passait le concours d’entrée de la prestigieuse école de son théâtre strasbourgeois à faire de même. L’année suivante, à 24 ans, Adama Diop décroche le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. Avec l’envie farouche d’« apprendre et désapprendre pour creuser l’interprétation, oser plonger sur scène et y traverser quelque chose ».

 

 

A-t-il fait autre chose depuis ? Jean-François Sivadier reste marqué par son interprétation du personnage de Lopakhine — un riche marchand arriviste qui parvient à racheter un domaine, au désespoir de sa propriétaire, Lioubov, aristocrate superbe et déchue incarnée par Isabelle Huppert — dans La Cerisaie, à Avignon. Dès ses premières répliques, Adama Diop y a, selon lui, rayonné, faisant preuve d’« une clarté impressionnante dans l’exposition du texte ». Le metteur en scène avait enfin trouvé « son » Othello ! Il lui propose aussitôt le rôle pour sa future mise en scène.

 

 

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Pour autant, Sivadier se souvient avec émotion des répétitions au cours desquelles « Adama confiait sans cesse combien il lui était difficile, en tant qu’acteur noir, d’encaisser le racisme sous-jacent de certaines répliques ». Comment l’a-t-il alors rendu si audible et si poignant, ce Maure de Venise, général brillant d’origine étrangère, amoureux et jaloux maladif qui, manipulé par son officier, finira par assassiner son épouse ? « Grâce à de pertinentes intuitions, poursuit Sivadier, comme celle d’imiter jusqu’à la caricature l’accent africain lorsqu’on l’accuse de sorcellerie. Avec une telle audace, il a réglé en trois secondes son compte au racisme. »

Transmettre son expérience

Le cliché de « l’acteur noir qui a réussi » irrite d’ailleurs Adama Diop : « Que l’on soit de Dijon ou de Dakar, seules importent l’expérience de la vie et son incidence éventuelle sur le jeu. » Amoureux des planches, l’artiste porte haut l’ambition du théâtre, « lieu de compréhension de faits douloureux »Fajar évoque ainsi notamment le plus grand camp grec de réfugiés, sur l’île de Lesbos. Mais le plateau est tout autant, pour lui, « un espace de réparation possible puisque, après la représentation, par la seule magie des corps sur scène, le spectateur peut rentrer chez lui purgé de ses passions ».

 

Il y a cinq ans, Adama Diop a commencé à enseigner son art. À la demande de sa directrice, Caroline Guiela Nguyen, il embarque désormais la nouvelle promo de l’école du TNS pour un atelier Shakespeare. Il dispense en outre, depuis septembre, une classe d’interprétation au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. Un bonheur pour lui qui « continue ainsi d’apprendre ». Aux étudiants du TNS, avec qui il défriche Roméo et Juliette, séduits par sa manière de déplier la langue, il lance modestement : « J’ai seulement plus d’expérience que vous ! », préférant les encourager à ressentir chaque mot comme s’ils les inventaient eux-mêmes, phrase après phrase.

Depuis deux ans, il se démène aussi, avec l’aide de la ville de Dakar et de l’Institut français, pour monter des ateliers nomades, des échanges qui auront lieu en France comme au Sénégal, à destination des jeunes générations de toute l’Afrique. Une nouvelle manière de transmettre ce qu’il a reçu. Avec enthousiasme.

 

Emmanuelle Bouchez / Télérama

 

Fajar ou l’Odyssée de l’homme qui rêvait être poète, du 28 février au 9 mars, MC93, Bobigny (93) ; 12 et 13 mars, Agora-Desnos, Ivry (91) ; 20 et 22 mars, Théâtre du Nord, Tourcoing (59) ; 27 et 28 mars, Théâtre 71, Malakoff (92) ; 4 avril, l’Azimut, Antony (92).
 
 
La pièce éditée chez Actes Sud-Papiers (2024), 80 p., 13 €.
 
Légende photo : Pour Adama Diop, le jeu, la création et la transmission sont indissociables. Photo Samuel Kirszenbaum/modds
 
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« Jusqu’où aller dans l’effacement des œuvres et des artistes au nom d’un juste combat contre les violences sexuelles ? »

« Jusqu’où aller dans l’effacement des œuvres et des artistes au nom d’un juste combat contre les violences sexuelles ? » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Chronique de Michel Guerrin, rédacteur en chef au Monde -24 février 2024

 

Difficile de trouver une réponse nuancée alors que les cas de réalisateurs, d’acteurs ou de chanteurs mis en cause sont très différents, observe dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».


Lire l'article sur le site du "Monde" :
https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/02/24/jusqu-ou-aller-dans-l-effacement-des-uvres-et-des-artistes-au-nom-d-un-juste-combat-contre-les-violences-sexuelles_6218336_3232.html

En une poignée d’années, le saut est vertigineux. Il n’y a plus grand monde pour dire qu’il faut dissocier l’homme de l’artiste. Plus grand monde pour invoquer la présomption d’innocence. L’artiste accusé de violences sexuelles n’est plus un artiste. Il est réduit au silence, effacé. Trop lente, impuissante face aux preuves évanouies, la case procès est également rayée. Le soupçon vaut culpabilité. Les rares voix discordantes sont inaudibles. Wajdi Mouawad, directeur du Théâtre de la Colline, à Paris, qui, en 2021, disait refuser de se substituer à la justice pour justifier la présence discrète du chanteur Bertrand Cantat dans un spectacle, est traité d’horrible sexiste.

 

 

Les temps changent et les Français suivent. Selon un sondage OpinionWay, publié dans La Tribune du 18 février, une personne sur deux estime qu’un cinéaste ou acteur mis en cause pour agression sexuelle doit être « interdit de travailler avant d’être jugé et condamné ». Et 67 % considèrent comme plutôt « un progrès » qu’une « personnalité publique » ne retrouve pas son métier après avoir purgé sa peine. Les plus jeunes sont les plus intransigeants.

Ce sondage révèle une alliance de circonstance entre une jeunesse progressiste, portée par la vague #metoo, qui lutte contre les conservatismes dans l’art, et une opinion très droitière, gourmande de voir tomber des figures de l’élite culturelle de gauche. Du reste, dans le même sondage, Marine Le Pen est considérée comme la responsable politique défendant le mieux les femmes.

Lenteur judiciaire

Les Césars, dont la cérémonie a lieu vendredi 23 février à l’Olympia, sautent aussi la case justice en imposant cette année la « non-mise en lumière » de figures du cinéma en attente d’un jugement. Et puis à quoi sert la justice si une plainte classée sans suite (le metteur en scène de théâtre Jean-Pierre Baro) ou une peine purgée (Bertrand Cantat) ne font pas sortir du purgatoire ? Seuls le temps étiré ou la mort favorisent un retour. Et encore. Il sera périlleux de monter une exposition des œuvres de Gauguin, indésirable pour avoir eu des relations sexuelles avec de toutes jeunes Tahitiennes.

 

Pour compenser la lenteur judiciaire, certains ont pensé à un ordre des artistes sur le modèle de celui des médecins – il n’est plus à l’ordre du jour. La sanction naît alors de l’action d’une multitude d’agents d’influence aux intérêts divers : victimes, médias, militantes, réseaux sociaux, corps intermédiaires (producteurs, patrons de lieux culturels), figures culturelles, ministère de la culture, public…

 

Plusieurs critères jouent dans l’intensité de l’effacement d’un artiste : le nombre et la nature des accusations, sa notoriété et celle des victimes supposées, l’émotion suscitée. Sans compter une part irrationnelle, notamment dans le décalage entre un cinéma sous le feu des « affaires », et les autres disciplines, comme le rap et les arts plastiques, plutôt épargnés alors qu’elles sont riches en « monstres sacrés » comme on dit.

Difficile de trouver une réponse nuancée

Avec la justice en sourdine, une question qui générait moult débats il y a dix ans se trouve escamotée : jusqu’où aller dans l’effacement des œuvres et des artistes au nom d’un juste combat contre les violences sexuelles ? L’actrice Emmanuelle Devos a eu le mérite de la sincérité, sur Arte le 8 janvier : « Bien sûr qu’il y a des têtes qui vont tomber et qui n’auraient peut-être pas dû tomber, mais c’est ça les révolutions. » Ce qui lui a valu cette réponse de l’avocate Marie Dosé, défenseuse de proscrits (Jacques Doillon, Frédéric Beigbeder, Philippe Caubère mais pas Gérard Depardieu, qu’elle a refusé), le 14 février dans Libération : « J’ai adoré la vague #metoo. (…) Mais #balancetonporc, c’est le début de l’arbitraire. Cette révolution qui n’a aucun scrupule à couper des têtes m’effraie. »

Il est en effet difficile de trouver une réponse nuancée alors que les cas de créateurs mis en cause sont très différents. Faut-il déjà empêcher la sortie en salles de Belle, de Benoît Jacquot et de CE2, de Jacques Doillon (le 27 mars), au risque de pénaliser toute une équipe ? En fait ces films sont déjà plombés. Le cas Polanski le montre. Son J’accuse (2019) a totalisé 1,5 million d’entrées en France et autant à l’étranger avant de recevoir trois Césars. Le cinéaste était pourtant déjà dans la tourmente. Mais nous étions en 2020, soit une époque fort lointaine. Son dernier film, The Palace, dévoilé à Venise en septembre 2023, où il s’est fait démolir, n’a pas trouvé de distributeur en France.

 

 

 

Peut-on encore dire, comme l’Observatoire de la liberté de création, qu’une œuvre peut être montrée à partir du moment où son contenu n’est en rien dommageable pour les victimes présumées ? Et que leur présentation publique soit encadrée par un travail critique, comme le suggère la sociologue Gisèle Sapiro dans son essai Peut-on dissocier l’œuvre de l’auteur ? (Seuil, 2020). Ensuite laissons le public décider de voir ou pas Polanski, Doillon, Jacquot, Woody Allen ou Depardieu.

Du sexe contraint

La question vaut aussi pour le devenir patrimonial de ces noms. La rétrospective Polanski, en 2017 à la Cinémathèque, semble impossible aujourd’hui car un tel événement, dans une institution publique, vaut célébration. Ecarter un film du petit écran est plus contestable. Début février, Paris Première a déprogrammé Les Valseuses. France Télévisions entend faire une « pause » concernant Depardieu. En janvier, le Festival de Gérardmer (Vosges), a dû retirer, dans le cadre de la rétrospective « vampires », Le Bal des vampires (1967), de Polanski.

 

 

 

Il serait plus utile de placer cette énergie visant à purifier la création passée dans deux combats du présent. D’abord celui de la parité derrière la caméra, centrale pour sortir de récits standardisés de domination ou de fantasmes. Le second est à lire dans Libération du 6 février. Les actrices Alice de Lencquesaing, Clotilde Hesme et Ariane Labed racontent comment tant de scénarios, à l’écriture floue, cachent une scène tournée devant toute une équipe qui s’apparente à du sexe contraint. Ce n’est plus une agression en marge du tournage mais comment le tournage devient agression. Edifiant.

 
 

Michel Guerrin (Rédacteur en chef au « Monde »)

 

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