En novembre 2017, fraîchement nommé chef d’état-major des armées [CEMA], le général François Lecointre avait alerté les parlementaires sur les difficultés auxquelles il fallait s’attendre au sujet du projet de Système de combat aérien du futur [SCAF], lancé quelques mois plus tôt par le président Macron et la chancelière allemande, Angela Merkel.
« S’agissant de la coopération européenne et de l’avion de combat européen, il est manifeste que l’Allemagne souhaite combler son retard dans un certain nombre de secteurs technologiques et industriels, dont elle est notamment absente depuis plusieurs années. S’associer à la France pour créer un futur avion de combat vise à récupérer une compétence qui a été, jusqu’à présent, perdue », avait en effet prévenu le général Lecointre. La suite lui a donné raison.
Cela étant, en avril 2018, alors qu’il n’était nullement question d’ouvrir ce projet à d’autres partenaires européens, la France et l’Allemagne approuvèrent une fiche commune d’expression des besoins [HLCORD – High Level Command Operations Requirements Document] concernant l’avion de combat de nouvelle génération [NGF – New Generation Fighter] sur lequel devait reposer le SCAF. Et ce document soulignait la nécessité de développer un appareil « navalisable », c’est-à-dire pouvant être mis en œuvre depuis un porte-avions.
Par la suite, contrairement à ce qui avait été initialement convenu, le SCAF dut s’ouvrir à un troisième partenaire, en l’occurrence l’Espagne. Et cela, à la demande de l’Allemagne. Ce qui chamboula l’architecture industrielle de ce projet, en particulier pour le NGF étant donné que, désigné maître d’œuvre pour son développement, Dassault Aviation se vit mettre en minorité par rapport à Airbus, grâce à l’implication de ses filiales allemande et espagnole.
Le bras de fer engagé par l’avionneur français pour être en mesure d’assurer sa maîtrise d’œuvre explique en grande partie la raison pour laquelle ce projet est bloqué à la phase 1B depuis plusieurs mois, Airbus refusant toute concession. Et le tout étant assorti de différends sur les questions de propriété intellectuelle et de partage des tâches
Pour sortir de cette impasse, une solution consisterait à développer deux avions de combat tout en maintenant la coopération autour des moteurs, des effecteurs et, surtout, du « cloud de combat »… Solution qui a été proposée, la semaine passée, par l’Association allemande des industries aérospatiales [BDLI] et le puissant syndicat IG Metall, et à laquelle semblent se résigner les états-majors.
Seulement, lors d’un entretien accordé à plusieurs journaux européens, le président Macron a rejeté cette idée. « Pour ma part, je considère que les choses doivent avancer. Et de la même manière sur le char de combat, d’ailleurs. Parce que vous imaginez, si d’aventure, le partenaire allemand remettait en cause l’avion commun, on serait obligé de remettre en cause le char commun », a-t-il dit.
A-t-il eu l’occasion d’évoquer le sujet avec Friedrich Merz, l’actuel chancelier allemand, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité ?
Quoi qu’il en soit, ce 18 février, invité du podcast politique « Machtwechsel« , M. Merz a clairement remis en cause la participation de l’Allemagne au SCAF s’il est impossible de dépasser le blocage actuel. C’est la première fois qu’un haut responsable allemand émet une telle hypothèse publiquement.
« Il ne s’agit pas d’une querelle politique. Nous avons un réel problème au niveau du cahier des charges. Et si nous ne parvenons pas à le résoudre, nous ne pourrons pas poursuivre le projet », a en effet déclaré le chancelier allemand.
« Les Français auront besoin, dans la prochaine génération, d’un avion capable d’emporter des armes nucléaires et d’opérer depuis un porte-avions. La Bundeswehr n’en a pas besoin pour le moment », a-t-il ajouté. Alors pourquoi avoir signé le HLCORD en 2018 ?
Quant à l’éventualité de développer deux avions de combat pour un seul système, M. Merz a estimé qu’elle soulevait des considérations “structurelles” pour ce projet.
« La question qui se pose maintenant est la suivante : avons-nous la force et la volonté de construire deux avions pour des exigences différentes, ou seulement un seul ? », a-t-il demandé. « La France souhaite n’en construire qu’un seul et l’adapter à ses propres spécifications. Mais ce n’est pas ce dont nous avons besoin », a-t-il ensuite insisté, avant de laisser entendre que l’Allemagne pourrait se tourner vers d’autres partenaires. « Il y en a d’autres en Europe, les Espagnols en tout cas, mais aussi d’autres pays intéressés pour en discuter avec nous », a-t-il assuré.
L’Élysée n’aura pas tardé à répondre au chancelier allemand. « Les besoins militaires des trois États participants n’ont pas changé, qui incluaient d’emblée la dissuasion française comme les autres missions de l’avion du futur », a rétorqué la présidence française. Et de conclure : « Au vu des enjeux stratégiques pour notre Europe, il serait incompréhensible que des divergences industrielles ne puissent être surmontées alors même que nous devons collectivement montrer unité et performance dans tous les domaines intéressant son industrie, sa technologie et sa défense. »
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Romain
onto DEFENSE NEWS February 19, 12:41 AM
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