Revue de presse théâtre
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"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre

Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Quelques astuces pour tirer profit de tous les services de  la Revue de presse théâtre

 

 

Les publications les plus récentes se trouvent sur la première page, mais en pages suivantes vous retrouverez d’autres posts qui correspondent aussi à l’actualité artistique ou à vos centres d’intérêt. (Navigation vers les pages suivantes au bas de la page)

 

 

 Les auteurs des articles et les publications sont systématiquement indiqués. 

 

Les articles sont le plus souvent repris intégralement, mais parfois sont réduits en longueur par rapport à l’article d'origine.

 

Chaque « post » est un lien vers le site d’où il est extrait. D’où la possibilité de cliquer sur le titre ou la photo pour lire l’article entier dans son site d’origine .  Vous retrouverez la présentation originale de l'article : les titres, les photographies et les vidéos voulues par le site du journal ou l’auteur du blog d’où l’article est cité.

 

 

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Nous ne lisons pas les "Suggestions" (qui sont le plus souvent jusqu'à présent des invitations, des communiqués de presse ou des blogs auto-promotionnels), donc inutile d'en envoyer, merci !

 

Bonne navigation sur la Revue de presse théâtre !

 

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Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 9:31 AM

Peut être utile au lycée

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Théâtre : adieu à Jacques Derlon, pionnier de la Cartoucherie

Théâtre : adieu à Jacques Derlon, pionnier de la Cartoucherie | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Armelle Héliot dans le Figaro  le 10/12/2018

 


DISPARITION - Il fut le premier, avec Jean-Marie Serreau, à installer un théâtre sur le site du bois de Vincennes. Il vient de s'éteindre à l'âge de 96 ans.

Il y a des hommes et des femmes qui ne sont pas connus du très grand public, mais qui sont bien plus essentiels à un art que beaucoup.

Tel était Jacques Derlon pour le théâtre.

Cet homme affable, intelligent, cultivé, cet homme au grand charme qui avait un physique de jeune premier et n'avait jamais perdu la moindre once de son élégance et de son énergie, s'est éteint jeudi.

Ses obsèques auront lieu à Ajaccio. Il avait adopté la Corse et c'est dans le cimetière de la ville, face à la Méditerranée, qui baigne des terres de théâtre s'il en est, qu'il reposera.

Il y a longtemps qu'il avait renoncé à toute vie mondaine et on ne le croisait plus au théâtre. Mais il venait parfois déjeuner à la Tempête ou y voir des spectacles.

Car le Théâtre de la Tempête, à la Cartoucherie de Vincennes, fut l'une des grandes passions dans la vie très riche de cet homme actif et attentif.

Né le 15 septembre 1922, Jacques Derlon fait partie d'une génération où n'existait pas de séparation rigide entre théâtre privé et théâtre public.

Et disons-le, c'est du côté du privé que tout se passait.

Dès la fin de la guerre, en 1945, Jacques Derlon devient administrateur de la compagnie Grenier-Hussenot, la plus active d'alors. Il y demeure jusqu'en 1960, tout en prêtant son imagination et son efficacité d'entrepreneur, d'organisateur, de lecteur, à d'autres lieux.

Jacques Derlon a notamment travaillé pour la Gaîté-Montparnasse, la Comédie des Champs-Élysées, la Renaissance, la Porte Saint-Martin, le Fontaine, l'Ambigu (hélas détruit et remplacé par un immeuble hideux abritant une banque), Marigny.

Il aimait aussi beaucoup le cirque et travailla pour Médrano, pour le Music Hall et se consacra à l'ABC comme à tous ces cabarets de la Rive Gauche où jouaient les plus grandes personnalités de l'époque, après les représentations de théâtre. Les Rochefort, Noiret, de Funès, Maillan et les grands chanteurs d'alors.

La Rose Rouge, la Fontaine des Quatre-Saisons, Chez Gilles, étaient ses maisons.

Il fréquentait alors tous les artistes et intellectuels influents et il s'était tôt lié d'amitié avec les frères Prévert. Avec Pierre, il fonda l'Atelier Prévert-Derlon, un studio d'essai pour courts-métrages comique. Une pépinière très fertile rattachée à l'ORTF et qui, hélas, fut emportée par la réforme d'après 1968.

Ami et administrateur de Jean-Marie Serreau, le mari de Geneviève Serreau, le père de Coline Serreau, homme de théâtre épris d'Afrique qui créa de grands poètes, tel Aimé Césaire, il dut trouver une solution en 1970. Tous deux, en effet, avaient pour bureau un grenier du Gaumont-Palace, place Clichy. Mais ils furent invités à trouver autre chose.

Ayant entendu parler de la Cartoucherie, un terrain militaire, avec ses beaux bâtiments, style manufacture -on y faisait et on y testait des cartouches!- ils s'y intéressèrent activement. Le terrain, abandonné par l'armée, était sous la responsabilité de la ville.

Et c'est ainsi, qu'avec Huguette Faget, ils s'installèrent dans un bâtiment abandonné. Un hangar qui devint le premier théâtre de la Cartoucherie sous le nom de «Théâtre de la Tempête» en hommage à Shakespeare et à Aimé Césaire!

Jean-Marie Serreau devait mourir en 1973. Jacques Derlon prit la relève et proposa à la ville de Paris d'accueillir des hommes et des femmes de théâtre. Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil, Jacques Nichet, Jean-Louis Benoit, Didier Bezace, Théâtre de l'Aquarium, étaient déjà au travail, comme on le fut au Théâtre de l'Épée de Bois.

Jacques Derlon fit une programmation remarquable et se retira en 1995 pour laisser la direction à un artiste qu'il avait accompagné, Philippe Adrien. Aujourd'hui, c'est Clément Poirée qui officie, dans le droit fil de ses aînés.

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Patrice Chéreau, par Pascal Greggory

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Par Joëlle Gayot sur la page de son émission "Une saison au théâtre"  sur France Culture    08.12.2018

 

 

Ecouter l'émission en ligne (30 mn)

 

Pascal Greggory a bien connu Patrice Chéreau, avec lequel il a aussi longtemps travaillé. Jusqu'à la veille de la mort de l'artiste le 7 octobre 2013, le comédien échangeait avec son complice. Une intimité qui nous permet de convoquer l'exigence, la lucidité, la sensibilité, la voix de Chéreau.


Avec Pascal Greggory, comédien. Le lendemain lundi 10 décembre à 20H, il lit sur la scène du Théâtre de l’Odéon (Paris) Ceux qui m’aiment... dans le cadre des Inattendus. L'acteur lira une sélection de textes issus de sa correspondance avec Patrice Chéreau et d’autres écrits du metteur en scène : "des lettres qu’il m’a écrites, jusqu’à ses textes sur ses mises en scène, ses réflexions théâtrales et cinématographiques".

Toute sa vie Patrice a torturé les textes.

Avec la voix (INA) de Patrice Chéreau.

INTERVENANTS
Pascal Greggory
comédien

 

Légende photo : Pascal Greggory• Crédits : Gilles Vidal

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Entretien avec le collectif Le Grand Cerf Bleu

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Entretien avec le collectif Le Grand Cerf Bleu
Par Bénédicte Fantin Publié par Les Trois Coups
« Faire confiance à sa démesure »

Le mot trio prend tout son sens quand on rencontre Laureline Le Bris-Cep, Gabriel Tur et Jean-Baptiste Tur, les membres fondateurs du Grand Cerf Bleu. La répartition fluide de la parole entre les trois comparses manifeste une complémentarité évidente, en habitués de l’écriture à six mains. Entretien avec trois têtes pensantes.

Avec deux créations à son actif – Non c’est pas ça ! Treplev Variation, lauréat du prix du public du Festival Impatience en 2016, et Jusqu’ici tout va bien, en tournée jusqu’à la fin de l’année 2018 –, le Grand Cerf Bleu a déjà une signature bien reconnaissable. La dramaturgie de l’accident, l’absence de « quatrième mur », le rapport au présent sont autant d’ingrédients qui donnent lieu à des spectacles surprenants et drôles.

Leurs créations sont aux prises avec des thématiques contemporaines : Non c’est pas ça !, une digression réjouissante autour de la Mouette de Tchekhov, met en question le diktat de la course à la réussite, tandis que Jusqu’ici tout va bien, une comédie grinçante lors d’un réveillon, parle de la difficulté d’être ensemble. Leur prochaine création s’attachera à la figure ambiguë de Robin des Bois. L’exploration de l’imaginaire collectif jalonne les créations du Grand Cerf Bleu. Elle suscite différents niveaux de lecture pour des spectacles grand public. Toujours à la recherche de formes nouvelles, le collectif n’oublie pas pour autant de mettre les formes au service de leur propos.

Comment est né votre collectif ?

Laureline Le Bris-Cep : On faisait tous les trois des mises en scène de manière individuelle. Gabriel et moi avons fait la même école, l’École régionale d’acteurs de Cannes (ERAC). On avait vu nos travaux respectifs et on s’est retrouvés sur des points de recherche communs, comme le rapport avec le public ou l’écriture au présent. On s’est alors réunis autour d’une envie commune : monter laMouette de Tchekhov. L’idée de base était vraiment de monter la pièce avec tous les personnages. Pour diverses raisons, ça ne s’est pas fait et on s’est retrouvés tous les trois… On s’est dit qu’on allait faire un travail autour de ce ratage.

Jean-Baptiste Tur : On s’est retrouvés à Valras-Plage, une station balnéaire à côté de Béziers, dans une maison proche d’un camping. On avait déjà l’idée d’un camping comme cadre pour notre Mouette. Dans cette petite maison de Valras, on s’est dit qu’on pourrait se concentrer sur le monologue de Treplev.

Laureline Le Bris-Cep : Treplev est un personnage auquel on pouvait s’identifier facilement : jeune, idéaliste, qui commence sa vie d’artiste et cherche à créer des formes nouvelles. On s’est interrogés sur ce qui pourrait faire office de forme nouvelle pour nous. On a plutôt cherché un processus nouveau, du moins pour nous, à savoir : mettre en scène, écrire et jouer à trois. On a commencé à mettre en place ce processus créatif et le Grand Cerf Bleu est né. Plus qu’un collectif, on préfère parler de trio.

Jean-Baptiste Tur : Oui, il est important de souligner qu’on se considère davantage comme un trio. Il y a beaucoup de collectifs qui n’en sont pas vraiment, avec un metteur en scène derrière une écriture commune.

Gabriel Tur : …ou un directeur artistique qui choisit les projets. Nous nous définissons comme un trio, car nous sommes vraiment trois à décider du projet et à le défendre, même si d’autres personnes travaillent régulièrement avec nous.

Vous ne faites pas appel à un regard extérieur ?

Laureline Le-Bris Cep : Seulement une fois l’objet abouti.

Jean-Baptiste Tur : À la fin des répétitions, on essaie d’avoir plusieurs regards extérieurs, justement pour qu’il n’y a ait pas une seule personne qui donne son avis.

Laureline Le Bris-Cep : C’est aussi utile pour s’autoriser à aller franchement dans le jeu et arrêter de se regarder, comme nous sommes également acteurs dans nos projets.

Jean-Baptiste Tur : On essaie aussi de filmer toutes les improvisations.

Pouvez-vous expliquer ce processus créatif fondé sur l’improvisation ?

Gabriel Tur : On travaille à partir d’improvisations mais aussi à partir de textes qui nous inspirent. Pour Non c’est pas ça !, La Mouette servait de matériau de base. Mais il y avait aussi des textes d’Edouard Levé, des écrits sociologiques, des lettres de Tchekhov et des improvisations sur la thématique du ratage. Pour notre dernier spectacle, Jusqu’ici tout va bien, on a travaillé sur des textes de Lévi-Strauss, Le Père Noël supplicié notamment, et sur les travaux de Martyne Perrot, une sociologue spécialiste de Noël.

Jean-Baptiste Tur : On a lu beaucoup sur la xénophobie et vu beaucoup de reportages. On s’intéressait à des thèmes comme la montée du Front National, la xénophobie, le bonheur… On accumule de la matière vidéo et des musiques sur la plateforme Pearltrees en créant des arborescences thématiques.

Laureline Le Bris-Cep : Pour Jusqu’ici tout va bien, on ne partait pas d’un texte préexistant contrairement à notre premier spectacle. Nous voulions tout écrire. On s’est donc abreuvés de nombreuses sources sur le rituel de Noël, mais aussi sur les thématiques qu’on voulait aborder : la recherche du consensus, les préjugés, la peur de l’autre…

Jean-Baptiste Tur : Plus que les comportements xénophobes et racistes, on voulait interroger les moteurs profonds de la peur de l’autre.

Donc l’idée, c’est de multiplier les recherches pour nourrir vos improvisations ?

Laureline Le Bris-Cep : Oui, on arrive chargés de ces bagages sur le plateau. On lit aussi beaucoup avec les acteurs, au début des répétitions. On se ménage une heure pour se retrouver tous à la table afin de lire et échanger. On a aussi travaillé à partir d’histoires de comédiens, de leur vie.

Selon la méthode du « storytelling » utilisée par Thomas  Ostermeier, lorsqu’il demande aux comédiens de mettre en scène leur propre histoire à partir d’une situation extraite de la pièce qu’il travaille ?

Laureline Le Bris-Cep : C’est un peu ça. L’un de nos exercices s’appelle les autofictions et se rapproche du « storytelling ». 

Jean-Baptiste Tur : À la différence près que Thomas Ostermeier utilise cet exercice pour travailler une scène précise de la pièce qu’il monte afin que l’expérience du comédien nourrisse la scène déjà écrite. Notre exercice n’est pas inspiré d’une scène préexistante puisque la pièce n’est pas encore écrite. On dit juste : « Raconte nous le jour où tu t’es fait rejeter », par exemple, ou « un dîner qui s’est mal passé ». 

Gabriel Tur : Ce qu’un comédien a apporté peut servir à alimenter le parcours d’une autre figure. C’est un processus de création assez interactif.

Laureline Le Bris-Cep : En dehors des improvisations, on se retrouve tous les trois pour écrire à partir des improvisations filmées et de nos notes. Celles-ci font office d’énorme banque de données dans laquelle on peut puiser pour construire notre texte.

Jean-Baptiste Tur : En général, dans un processus d’écriture de plateau, les improvisations se précisent et le metteur en scène procède à une forme de collage. Nous ne fonctionnons pas comme ça. Les improvisations ne sont pas gardées, mais elles nous servent à avancer dans l’écriture de l’histoire. Aucun moment improvisé n’apparaît finalement tel quel dans le spectacle. Les improvisations servent à savoir ce qu’on veut raconter, et comment.

Il n’y a plus de place laissée à l’improvisation durant les représentations ?

Jean-Baptiste Tur : Non. On se rend même compte que dans Jusqu’ici tout va bien, plus on gagne en précision durant les représentations, plus les enjeux sont lisibles. Parce que le spectacle est construit en diptyque. La première partie se passe au salon, comme si le public était invité à fêter Noël avec nous, comme s’il était un membre de la famille. C’est la façade sociale. On essaie que tout aille bien. Puis, au bout d’une heure, le décor tourne et on voit la même soirée depuis les cuisines. Les non-dits de la première partie prennent leur sens dans la seconde. D’où l’importance d’être précis dans l’écriture et dans le jeu dans cette première partie.

Gabriel Tur : La deuxième partie présente une autre face de la vérité, celle de la coulisse, un endroit où les langues se délient et où les masques sociaux tombent. Le dispositif permet de donner de l’épaisseur aux personnages, à une situation légère en apparence, côté salon, plus profonde côté cuisine.

Laureline Le Bris-Cep : Pour revenir à l’écriture, le choix des mots n’est pas anodin dans toute cette première partie, il contient les sous-entendus et les non-dits. Il faut que les moments de troubles soient lisibles pour qu’ils prennent sens dans la seconde partie. 

Jean-Baptiste Tur : Si on ajoute un mot ou un silence, le moment de trouble peut être moins lisible. La partition est précise pour que l’effet d’écho fonctionne.

Gabriel Tur : Côté salon, des gens se retrouvent sans trop de difficulté en apparence. En cuisine, plein de nœuds sont dévoilés, qui empêchent d’être vraiment ensemble. Il faut jouer sur un fil pour que le spectateur puisse savourer les indices qu’on laisse traîner. Au début, la parole est très « degré zéro », faite d’adresses au public. Passer de ce dialogue avec le public à la fiction nécessite du temps. Quand le décor tourne, tout ce qu’on a pris le temps d’installer prend sens et la difficulté d’être ensemble apparaît, de même que les enjeux secrets de chaque personnage.

Dîner de famille oblige, on voit différentes générations d’acteurs sur le plateau.

Gabriel Tur : Oui. Pour autant, les comédiens n’avaient pas de rôles attitrés, les relations entre les personnages et leur rôle dans la famille n’étaient pas fixées à l’avance mais sont nées des improvisations. Comme on voulait travailler sur les préjugés, attribuer des rôles aurait été contraire à notre démarche.

Laureline Le Bris-Cep : Parfois, en voyant deux personnes se parler durant une impro, on décelait des combinaisons qui semblaient évidentes d’un point de vue extérieur, des rapports qui échappent aux personnes.

Gabriel Tur : On cherche l’endroit où le jeu nous échappe. C’est pourquoi il est parfois plus facile de travailler avec des amateurs car ils ne sont pas dans le contrôle de leur image.

Jean-Baptiste Tur : Avoir des acteurs de différentes générations sur scène enrichit le travail. Coco [Felgeirolles] et Martine [Pascal] apportent différentes expériences de vie, d’autres rapports au plateau. D’un point de vue pratique, avoir des personnes avec plus d’expérience nous a aussi obligé à avoir une production qui permette un certain confort de travail.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune collectif ?

Jean-Baptiste Tur : Si la porte est fermée, passe par la fenêtre. Non ?

Gabriel Tur : Si ! On ne pourra jamais te reprocher d’être trop insistant.

Laureline Le Bris-Cep : Ne pas se restreindre ; ne pas se dire que c’est trop difficile et que l’on ne va pas pouvoir le faire. Ne pas freiner une envie, une folie qu’on a envie de réaliser.

Gabriel Tur : Il y en a marre de se dire qu’on ne va pas faire ce projet parce qu’il serait trop cher. Il faut se donner les moyens de ses envies, quitte à repousser la création le temps de monter une production plus solide.

Laureline Le Bris-Cep : Même en termes artistiques, il ne faut pas se brider.

Jean-Baptiste Tur : Ne pas se laisser avoir par ce principe de rigueur qui finit par grignoter l’imaginaire. Notre génération a intégré que les Trente Glorieuses sont loin derrière, qu’il n’y a pas d’argent. Ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas faire confiance à sa démesure.

Gabriel Tur : Ou à sa radicalité. ¶

Propos recueillis par Bénédicte Fantin

Jusqu’ici tout va bien, du collectif Le Grand Cerf Bleu

Écriture, conception et mise en scène : Laureline Le Bris-Cep, Gabriel Tur et Jean-Baptiste Tur

Avec : Serge Avédikian, Coco Felgeirolles, Adrien Guiraud, Laureline Le Bris-Cep, Martine Pascal, Juliette Prier, Gabriel Tur et Jean-Baptiste Tur

Création lumière et régie générale : Xavier Duthu

Création son : Fabien Croguennec et Gabriel Tur

Scénographie : Jean-Baptiste Née

Durée : 2 h 10

Photo © Laurier Fourniau

Tournée :

4 décembre 2018 – Théâtre Paul Éluard, scène conventionnée de Choisy le Roi (94)
6 et 7 décembre 2018 – Théâtre de Vanves, scène conventionnée (92)
11 décembre 2018 – Théâtre de Chelles (77)
18 au 22 décembre – Le Centquatre, Paris (75)
5 avril 2019 – « Grand Cerf Bleu Week » L’Eclat, Pont-Audemer (27)

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Les Bouillonnantes, textes de Nadège Prugnard et Koffi Kwahulé, direction artistique et mise en scène de Carole Thibaut

Les Bouillonnantes, textes de Nadège Prugnard et Koffi Kwahulé, direction artistique et mise en scène de Carole Thibaut | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello le 08.12.2018


Les Bouillonnantes, textes de Nadège Prugnard et Koffi Kwahulé, musique Camille Rocailleux, direction artistique et mise en scène de Carole Thibaut

 Nadège Prugnard et Koffi Kwahulé ont co-écrit Les Bouillonnantes en allant à la rencontre de femmes, soit deux auteurs en résidence d’écriture au Théâtre des Îlets – Centre Dramatique National de Montluçon région Auvergne Rhône-Alpes que dirige l’autrice, metteure en scène comédienne Carole Thibaut, qui crée le spectacle.

Sont à l’honneur les femmes qui d’ordinaire ne le sont pas, oubliées, transparentes, inexistantes pour le regard de l’autre : celles habitant Montluçon pour Koffi Kwahulé et celles habitant le territoire de Marcillat en Combrailles pour Nadège Prugnard.

Pour celle-ci, il ne s’agit que de questionner la terre d’où l’on vient grâce à la mémoire des habitantes, et pour celui-là, ce pourrait être une façon de « faire histoire, celle de son pâté de maisons, de son quartier, de sa ville, l’histoire vécue », entre quête de souvenirs approximatifs et de déformations temporelles obligées.

Ce collectage de paroles de femmes édifie une histoire orale du coin de la rue et dont le cours des jours, côté campagne comme côté ville, s’entremêle sur le plateau.

 Pour Koffi Kwahulé, viennent en première ligne de mire  les femmes du quartier de Fontbouillant, d’où est issu le titre évocateur et sonore des Bouillonnantes, qui ont vu leurs tours d’habitations s’écrouler pour raison préventive, vu un soubassement instable.

« Rasé. Quelque chose qui était là Et quelque chose qui ne sera plus jamais là. Rasé. Ça a été comme un saut dans le vide. Une détonation, et Fontbouille a perdu la tête… » Le sol aurait été trop marécageux, il fallait le détruire et faire poussière.

Fontbouille est un quartier montluçonnais hors de la ville, un peu plus pauvre, où les petites maisons, en échange des tours, auraient dû créer du lien social, de la convivialité, une  qualité de vie et d’humanité. Car les tours avaient été édifiées avec l’arrivée de Dunlop qui employait nombre d’ouvriers alentour, à l’heure des Trente Glorieuses, avant que ne commencent désindustrialisation et déconstruction.

« On était le quartier le plus moderne de Montluçon. Salle de bain, baignoire, toilettes, eau chaude, trois chambres pour les enfants. On avait tout, on avait la lumière, on avait les toilettes, on avait un balcon » ; or le temps travaillait contre soi.

Nadège Prugnard de son côté, s’est penchée sur l’histoire de la ruralité montluçonnaise, la région étant à l’origine avant tout agricole – petites fermes et emplois journaliers – avant le miracle Dunlop et ses propositions d’emplois à foison.

D’où une histoire ouvrière et paysanne réelle du Montluçonnais, avec la disparition des fermes au profit de plus grandes – difficulté de vivre des agriculteurs et taux élevé de suicides.

Reste un petit café que tient Lily – interprétée avec grâce et émotion par Valérie Schwarcz – qui a tout perdu en perdant son mari Pierrot, tous deux amateurs de théâtre, et qui regrette la désaffection de son établissement – bar, boulangerie, épicerie, timbres, cabine publique pour le vétérinaire, autrefois – vivant et bruyant, qui faisait les événements – baptêmes, mariages et enterrements, fête des rois en janvier et fête des lilas au printemps – avec leurs valses joyeuses et leur accordéon festif :

« C’est fini personne point final le monde a évolué et moi j’ai « dévalué » y’a plus personne dans le bar sauf René avec qui je joue aux petits chevaux le lundi le silence un chien qui boit dans une flaque d’eau mes fils travaillent en ville et personne. Rien. »

Quant à Marianne – incarnée par la noblesse de maintien de Carole Thibaut -, elle n’était que « femme de », « épouse de », ou « sans emploi », n’obtenant le statut de collaboratrice d’agriculteur qu’il y a peu, asservie à une belle-mère intransigeante qui ne la regardait jamais en tant que personne mais en tant que travailleuse anonyme.

Et le mari agriculteur qui choisit de s’en aller face à des charges trop lourdes :

« C’est énorme les maux de la terre… l’abandon de la politique des quotas par l’Union européenne…la perte de 300.000 exploitations en quelques années contre 800.000 dans les années 80… terrible les hurlements le système du « toujours moins cher » …  obscène la pression des fournisseurs des banquiers de la mondialisation. »

Et Nadège Prugnard – femme louve provocante et en quête d’un accomplissement sensuel et existentiel – joue le rôle de Rose, prénom regrettable que personne n’appelle, quand tout est noir à l’intérieur de soi. Une femme élevée par sa grand-mère qui a travaillé dans diverses entreprises, créant la sienne avant la faillite, une battante qui écrit, dont la tragédie est la solitude et qui voudrait aimer et être aimée.

Le public est convié à pénétrer les arcanes sombres et mystérieux du café-bar de Lily, en fin de fête du 14 juillet ou de bal des conscrits, confettis à terre et bouteilles bues à même le goulot, les chaises rangées de côté pour pouvoir danser sur une piste dégagée, boule magique et ballons colorés accrochés, la musique de Camille Rocailleux opère sa magie, avec à vue le comptoir des musiciens – percussions et guitare basse – Yi-Ping Yang et Mathieu Ben Hassen, pour un récital poético-rock tissé de mélancolie et de coups de gueule, de désir d’aimer et d’amour du monde.

Véronique Hotte

Théâtre des îlets- Centre dramatique national de Montluçon-région Auvergne-Rhône-Alpes, les 4, 5 et 6 décembre. MJC –centre social de Montluçon (Allier), le 14 décembre à 20h. Tournée sur le territoire de l’Allier, Pont-de-Menat, Saint-Fargeol, Saint-Gervais-d’Auvergne, Cosne-d’Allier, Noirlac, printemps 2019.

 

Crédit photo : Héloise Faure

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« 20 mSv »: Bruno Meyssat de retour de Fukushima 

« 20 mSv »: Bruno Meyssat de retour de Fukushima  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat pour son blog Balagan  04.12.2018

 

Comment interroger les catastrophes par les voies du théâtre ? Par une double approche, celle des informations et celle des sensations nous disent Bruno Meyssat et ses acteurs. La preuve par « 20 mSv » à propos de l’accident de Fukushima et au-delà.



Depuis longtemps le théâtre de Bruno Meyssat interroge les catastrophes. Ce fut le cas naguère de son spectacle Les disparus, sous-titré « Visions posthumes ou prémonitoires de quelques passagers du Titanic ». Plus récemment ce fut le cas de la crise des subprimes avec 15 % (2014) ou de la crise grecque avec Kairos (2016). Son nouveau spectacle 20 mSv a pour sujet la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon et, au passage, évoque celle de Tchernobyl dont l’accident japonais est comme la réplique.

Le titre parle à tous ceux qui s’intéressent de près aux questions nucléaires, professionnels ou militants, il intrigue les autres (j’en suis) à dessein. 20 mSv ? C’est à dire 20 millisieverts apprend-on dans le spectacle et en lisant la feuille distribuée en entrant dans la salle, soit la « limite au dessous de laquelle l’ordre d’évacuation est levé dans la préfecture de Fukushima dans le cadre de la politique de retour actuelle. Au Japon comme en France, la réglementation avait fixé les limites annuelles de radiations à 1 millisievert (mSv) pour la population et à 20 mSv pour les travailleurs nucléaires. Le 14 avril 2011, le gouvernement japonais a élevé cette norme-limite à 20 mSv pour toute la population. »

Tout le déroulement du spectacle consiste à travailler sur deux fronts.

D’un côté, à travers des écrits dits devant un micro sur pieds ou lus à la table et/ou projetés sur le mur du fond, on nous abreuve de discours, rapports et analyses. Par exemple on nous rapporte ce que dit Masao Yoshida, le directeur de la centrale Tepco de Fukushima devant la commission d’enquête qui l’interroge lui comme beaucoup d’autres, et c’est assez sidérant. Conclusion de l’enquête, à rebours de la thèse propagée selon laquelle elle serait une conséquence du tsunami : « l’accident est le résultat d’une collusion entre le gouvernement, les agences de régulation et l’opérateur Tepco, et d ‘un manque de gouvernance de ces mêmes instances ». Comme les liens entre le nucléaire français et son homologue japonais sont nombreux et que la France est le pays le plus nucléarisé du monde, cela ne va pas sans poser de questions.

De l’autre côté, les six acteurs présents sur le plateau dirigés par Bruno Meyssat et qui ont potassé le sujet avec lui , nous livrent les « sensations » qui ont été les leurs et ont donné naissance à des scènes dont le but est de nous faire partager les dites « sensations  en regard des informations scientifiques et des enquêtes post-catastrophe accompagnées de citations allant d’Arthur Rimbaud à Günther Anders. Cela commence par une première scène très parlante entre un homme que l’on devine irradié et sa compagne qui ne l’est pas. Cette dernière se couvre la tête et le corps d’une bâche plastique transparente et, à travers cette enveloppe qui les prive de tout contact physique direct de peau à peau, on voit le couple s’embrasser longuement. Puis cette enveloppe transparente, contaminée par le contact avec l’irradié, après avoir été ôtée, sera jetée dans une poubelle. Ce rituel impératif, habillage-déshabillage-poubelle, qui va des gants aux chaussettes sera répété plusieurs fois jusqu’à en devenir obsédant. Nombreuses sont les scènes qui jouent sur la frontière entre zone contaminée et zone qui ne l’est pas. Ce danger impalpable mais énorme conduira à des scènes fantasmées, cauchemardesques, une autre façon de capter l’attention des spectateurs.

On peut voir dans cet imaginaire qui nous parvient par des voies parfois opaques et distanciées comme un pendant théâtral aux témoignages recueillis par Svetlana Alexievitch dans La supplication (édition de poche) auprès des rares liquidateurs appelés à Tchernobyl qui ont survécu et auprès des nombreuses veuves ayant accompagné l’agonie de leur mari.

« Nous interrogeons le sujet avec le spectateur par l’offrande des émotions ressenties en documentant le travail » dit Bruno Meyssat. Et il ajoute : « il faut tenter un spectacle de vigilance, en évitant les pièges de la fable ou de l’incarnation ». C’est fait.

A la MC93 , Bobigny, jusqu’au 8 décembre

 

Légende photo Scène de "20mSv" © Bruno Meyssat

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François Morel dans les pas de Raymond Devos en total respect

François Morel dans les pas de Raymond Devos en total respect | Revue de presse théâtre | Scoop.it



Par Armelle Héliot dans Le Figaro le 06/12/2018 

CHRONIQUE- Avec J'ai des doutes, l'imaginatif fantaisiste propose un hommage musical et tendre au maître de l'absurde au Théâtre du Rond-Point à Paris.

Qui a vu, sur scène, Raymond Devos, qui a écouté ses textes, qui a dégusté ses contes loufoques, qui a tenté de suivre ses raisonnements tellement logiques qu'ils conduisent à des conclusions complètement absurdes, qui a été confondu devant la légèreté aérienne de cet enfant extrêmement expérimenté, ne peut l'oublier. Sur les plateaux, il s'envolait, comme une plume, comme une bulle. Il est irremplaçable. Un artiste immense et un homme d'une bonté désarmante, accessible et généreux.

Il aimait les autres, il aimait les gens, il aimait les jeunes. Il ne s'était pas désigné de successeur, mais il avait une affection et une admiration profonde pour Dany Boon. Il s'était reconnu en ce jeune homme aux talents multiples. Leur amitié était ancienne, leur complicité fraternelle. Un maître débonnaire et éblouissant qui aimait aussi beaucoup François Morel. Pour la fête de ses 80  ans à la télévision, il lui avait demandé de redire l'une de ses chroniques radiophoniques, de celles que l'on déguste encore le vendredi, peu avant 9 heures, sur France Inter.

» LIRE AUSSI - Chez Raymond Devos avec François Morel

De là à reprendre les textes de cet esprit hors norme, il y a un pas que François Morel n'aurait peut-être jamais franchi s'il n'avait été sollicité par une artiste dans l'âme, productrice visionnaire, énergique et enthousiaste, Jeanine Roze. En 2016, elle avait souhaité marquer les dix ans de la mort de Raymond Devos. C'est elle qui avait convaincu Jean Rochefort de consacrer un spectacle à Fernand Raynaud. L'homme du «22 à Asnières» était un peu négligé. Mais Jean Rochefort, passé par le cabaret, l'appréciait beaucoup et le spectacle fut une véritable réhabilitation de l'artiste.

Sobre et irrésistible
François Morel est d'abord un admirateur. Quelqu'un qui aime et partage, mais qui a un sens profond de la grandeur de certains maîtres et n'aurait pas aimé galvauder le génie de Raymond Devos. Approché, il a dit oui… Mais il aura mis deux ans à mettre au point un parcours qui, pourtant, sur le plateau du Théâtre des Champs-Élysées, en 2016, était déjà une sorte de perfection délicate et cocasse.

François Morel est d'abord un admirateur. Quelqu'un qui aime et partage, mais qui a un sens profond de la grandeur de certains maîtres

On le retrouve ces jours-ci au Rond-Point, sur un plateau vaste comme le monde mais qui n'est jamais que le tréteau des pauvres baladins… Il est toujours accompagné d'un musicien. Certaines semaines, Antoine Sahler, son compositeur de prédilection et complice de bien des scènes, est auprès de lui. Au piano. D'autres soirs, c'est Romain Lemire qui est là et sa présence même induit d'autres couleurs, des nuances inattendues.

Comédien, auteur, ciseleur de chroniques toujours ancrées dans notre présent, avec son bon sens et sa lucidité, François Morel mérite tous les éloges. Ce J'ai des doutes -et n'oubliez pas que Morel est assez malin pour prévenir ses incertitudes comme les nôtres- résonne ces jours-ci d'une manière très particulière. On rit beaucoup mais on n'oublie pas les secousses extérieures. Les mots prennent de nouveaux sens. Sobre, irrésistible, sans renoncer à sa propre personnalité, François Morel est d'abord un tendre passeur. Mais, samedi, par sécurité, le Rond-Point doit fermer. Le rire ne passe plus.

«J'ai des doutes», Théâtre du Rond-Point, à 18h30 du mardi au dimanche. Tél.: 01.44.95.98.21. Jusqu'au 6 janvier. À la librairie, les textes de François Morel et ceux de Raymond Devos.

 

Légende photo : Dans J'ai des doutes, François Morel, accompagné ici d'Antoine Sahler au piano, reprend des textes de Raymond Devos, au Théâtre du Rond-Point à Paris. - Crédits photo : Alain Leroy / L'Œil du spectacle

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Albert Camus : "Le théâtre s’embarrasse de peu de choses : de la toile pour les décors, et pour la pièce des caractères et un langage"

Albert Camus : "Le théâtre s’embarrasse de peu de choses : de la toile pour les décors, et pour la pièce des caractères et un langage" | Revue de presse théâtre | Scoop.it

1951 |Interview d'Albert Camus sur le théâtre et ses créations théâtrales, diffusée pour la première fois le 17 octobre 1951 sur la Chaîne Nationale.

 

Ecouter l'entretien en ligne (15 mn) 



En 1951, la Radio Diffusion Française interrogeait Albert Camus sur son travail théâtral. C'était deux ans après Les Justes, qui restera sa dernière pièce qui ne soit pas une adaptation. S'il disait au moment de l'enregistrement que nous allons entendre n'avoir aucun projet qui concernait le théâtre, Camus n'en avait pas fini avec cet art qui le passionnait. Il devait encore écrire plusieurs adaptations, d'après Buzzati, Caldéron ou Faulkner notamment, et pour Le Chevalier d'Olmedo de Lope de Vega et Les Possédés d'après Dostoïevski, (dont il signera la mise en scène). 

Quand Camus disparut à quarante-sept ans, son histoire avec le théâtre n'en était peut-être qu'à son début. Il travaillait alors à l'adaptation et à la mise en scène d'Othello et était sur le point de se voir confier par André Malraux la direction d'un grand théâtre parisien. 

Il commençait l'entretien en rappelant : "Il y a plus de 20 ans que le théâtre sous toutes ses formes me passionne et m’instruit".

Sur l’expérience de la scène, il expliquait : 

Elle m’a appris qu’il y a des lois au théâtre, et ensuite que ces lois sont faites pour être violées. Je lis souvent que telle ou telle pièce ne respecte pas les lois du théâtre, je mets au défi ceux qui parlent toujours de ces lois de les définir. S’ils arrivent à définir les évidences que nous connaissons tous, nous nous apercevons alors que ni les tragiques grecs, ni Shakespeare, ni Molière n’en ont tenu compte le cas échéant. En somme j’ai appris sur les planches que le théâtre s’embarrasse de peu de choses : de la toile pour les décors et pour la pièce des caractères et un langage.

Interview d'Albert Camus sur le théâtre et ses créations théâtrales 
1ère diffusion : 17/10/1951 Chaîne Nationale
Par Radiodiffusion Télévision Française (RTF) 
Indexation web : Sandrine England, Documentation sonore de Radio France
Archive Ina-Radio France

 

Légende photo : Albert Camus en 1957• Crédits : Robert Edwards via wikimedia

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Philippe Meyer, président du Festival international de théâtre de rue d'Aurillac, a démissionné 

Philippe Meyer, président du Festival international de théâtre de rue d'Aurillac, a démissionné  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Marie-Edwige Hebrard dans le journal La Montagne 06.12.2018

 

Philippe Meyer a donné sa démission : il a annoncé quitté ses fonctions de président de l'association Eclat, organisatrice du Festival international de théâtre de rue, dans le contexte de la désignation du nouveau directeur artistique. Une désignation qu'il juge difficile, l'administration entendant "garder la haute main sur tout et [qui] excelle à manipuler les élus".

 


Coup de théâtre... non pas dans les rues d'Aurillac, mais depuis Paris, où il réside et officie le plus souvent : Philippe Meyer, le président du Festival international de théâtre de rue d'Aurillac, a démissionné ce jeudi 6 décembre.

 

Il avait succédé à Catherine Tasca, en 2014, à la présidence du Festival international de théâtre de rue d'Aurillac. Aujourd'hui, jeudi 6 décembre, Philippe Meyer, a informé le ministre de la Culture, Franck Riester, de son souhait de démissionner de ses fonctions. 

Une démission qui intervient le jour-même des auditions des cinq candidats au poste de directeur artistique de l'association Éclat, organisatrice du Festival de théâtre de rue d'Aurillac, qui fait vibrer et bouillonner la préfecture du Cantal depuis 1986 !

 

En août dernier, alors que la la 33ème édition (baptisée la Xième édition) s'apprêtait à s'ouvrir, Jean-Marie Songy, directeur artistique de l'association Éclat depuis 1994, avait annoncé qu'il s'agirait de sa dernière édition aux commandes du Festival et qu'il quitterait ses fonctions à la fin de l'année 2018.

 

 

Un appel à candidatures avait alors été lancé pour organiser le passage de relais et envisager le recrutement d'un nouveau directeur artistique, en fonction dès le 1er janvier 2019.  

Après avoir reçu une quinzaine de candidatures, le comité de sélection s'était arrêté sur cinq  (candidatures personnelle ou à deux noms).

 

Ces cinq-là étaient chargés de produire un projet qui serait défendu lors d'entretiens devant une assemblée délibérative (composée notamment du président de l'association Éclat, de représentants de la Direction régionale des affaires culturelles -DRAC-, de la Région Auvergne, de la Ville d'Aurillac et de la Communauté d'agglomération du bassin d'Aurillac).
La nouvelle direction devait être choisie à l'issue de ces entretiens, organisés ce jeudi 6 décembre.

 

Mais, coup d'éclat du président Meyer : celui-ci a, lui-aussi, présenté sa démission. Il en a informé le ministre de la Culture, Franck Riester, et le conseil d'administration de l'association Éclat, qui l'avait élu en 2014.

 

Un mail envoyé aux candidats à la direction artistique

Il a envoyé un mail, mercredi 5 décembre, en soirée, aux cinq candidats qui présenteraient leur dossier le jour suivant, à Aurillac, leur précisant les raisons de son absence et par la même, sa démission : 

 

« Je n’aurai pas le plaisir de vous accueillir demain pour la présentation orale de vos projets. J’ai donné ma démission de la présidence d’Éclat. Nous nous étions engagés en août à consulter des experts dont au moins un artiste de rue. La DRAC a jugé qu’elle pouvait s’asseoir sur cet engagement, comme elle a ignoré mes mises en garde sur les liens entre tel expert et tel candidat.

PHILIPPE MEYER (Président du Festival international de théâtre de rue d'Aurillac, démissionnaire)

 

 

...« C’est parce que je suis, dans l’Aveyron, engagé de longue date  dans une action qui participe à l’aménagement culturel du territoire que j’ai accepté en 2014 la proposition de Catherine Tasca et Jacques Mézard de prendre la présidence d’Éclat.  Après la désignation de celui, de celle ou de ceux qui auront la responsabilité artistique du festival, j’avais le projet d’une réforme des statuts d’Éclat qui associe à nos assemblées et à notre conseil des représentants du plus grand nombre possible des activités artistiques du bassin d'Aurillac. A l'évidence, mon idée du rôle des associations dans l’aménagement culturel du territoire n’est pas compatible avec la conception d’une administration qui ne les aime que lorsqu’elles lui servent de faux-nez, qui entend garder la haute main sur tout et excelle à manipuler les élus. C’est ce que l’on appelle l’arrogance, un mot que l’on entend beaucoup ces derniers jours. Sans autres moyens que mes convictions et ma détermination, je ne suffis pas à la combattre.

 

C’est pourquoi j’ai préféré ne pas lui servir de couverture, ou "d’idiot utile". Je vous souhaite le meilleur, pour demain et pour la suite ».

Les auditions ont eu lieu à Aurillac

Malgré son absence, les auditions se sont toutefois déroulées ; la vice-présidente du conseil d'administration d'Éclat, l'Aurillacoise Catherine Amalric, devait le remplacer.

L'assemblée délibérative devrait, dans les heures qui viennent, communiquer au ministère le nom du candidat (ou des deux personnes qui avaient formulé une candidature commune) qu'elle souhaitait voir prendre la suite de Jean-Marie Songy. Franck Riester, ministre de la Culture, devrait recevoir, très prochainement, sa proposition. La nomination est soumise à l'approbation du ministre. Dans le cas où il ne l'approuverait pas, l'assemblée délibérative devra se réunir à nouveau pour proposer un autre nom. En attendant, Philippe Meyer reste attentif au devenir du Festival et du territoire.

 

Chaque année, à la fin de l'été, le festival rassemble, quatre jours durant, plus de 100.000 personnes dans la préfecture cantalienne. Côté artistique, il reste la référence internationale des arts de la rue en accueillant près de 700 compagnies, officielles ou de passage.

Remettre un coup de vitalité à l'association

Contacté ce soir, Philippe Meyer a précisé qu'il souhaitait que la personne qui viendra prendre sa suite « remette un coup de vitalité à l'association et continue de militer pour le caractère international » de la manifestation aurillacoise.

 

Aujourd'hui, le Festival est donc en quête de son directeur artistique... et d'un nouveau président qui succédera à Philippe Meyer.

 

L'année 2019 s'annonce passionnante et décisive pour le Festival.

Lors du bilan de l'édition 2018, à l’heure d’évoquer l’édition suivante, Christophe Paris, représentant l’association Éclat, et d'ailleurs candidat au poste de directeur, associé à Peggy Desmeules, avait avancé la semaine 34 -pour ce qui devrait être la 34e édition-, soit un festival qui devrait avoir lieu du 21 au 24 août 2019.

 

Marie-Edwige Hebrard

 

 

Liens  :

 

Festival d'Aurillac : le directeur artistique Jean-Marie Songy va quitter ses fonctions

 

Le bilan de la Xième édition du festival de théâtre de rue d'Aurillac en cinq points

 

Philippe Meyer succède à Catherine Tasca à la présidence du festival

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Titoune et Bonaventure Gacon: "Le cirque arrive à parler au cœur des gens"

Titoune et Bonaventure Gacon: "Le cirque arrive à parler au cœur des gens" | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marie Richeux sur la page de son émission "Par les temps qui courent" sur France Culture

 

Ecouter l'émission en ligne (1h) 


Nous recevons les deux artistes qui font partie de la troupe du cirque Trottola pour le spectacle « Campana » au Centquatre-Paris avec le théâtre de la ville, jusqu’au 22 décembre. Ils évoquent l'importance de la sensation et font l'éloge du rire et de la maladresse.

Titoune et Bonaventure Gacon sonnent la cloche, accompagnés par les musiciens Thomas Barrière et Bastien Pelenc. Le spectacle de Trottola est fait d’exploits virtuoses et de petits riens, ces instants furtifs où une mimique, un regard ahuri ou un dos voûté nous arrachent autant de rires que de larmes. 

Extraits des propos de Titoune et Bonaventure Gacon : 


« On essaie de ne pas trop intellectualiser. Pour nous le cirque ça reste très animal, très instinctif. La force du cirque c’est que les gens se mettent en cercle pour essayer de comprendre une réalité. Ce sont les spectateurs qui vont faire qu’on va dessiner cette réalité-là. On essaie de travailler à rebours, de se mettre juste dans la sensation, et de ne pas trop polluer ça en essayant de raconter.»

 


« J’ai l’impression que quand on décide de faire du cirque, on n’aime pas trop les écoles. On a besoin de répéter tous les matins, parce qu’à chaque fois on fait de nouvelles choses, et ce n’est pas dans les écoles qu’on les apprend.»

 


« En acrobatie, l’un sans l’autre on ne peut rien faire, il faut que chacun fasse bien son travail. Du coup, naît une confiance, un petit tableau assez joli qui montre que deux êtres arrivent à faire quelque chose parce qu’ils ont décidé de le faire ensemble.» 

 


« Dans les portés acrobatiques, on essaie presque de faire l’éloge de la maladresse. Mais on voit vraiment cet éloge de la maladresse chez le clown, et la maladresse nous ramène à l’humain, à la sensation.»

 


« Pour moi le plus grand bonheur c’est d’arriver à faire rire. On ne sait pas ce qui fait que tout à coup on se met à rire et c’est génial. C’est là qu’on peut vraiment dire que cette réalité qu’on croyait être là est bousculée par un rire : cette torsion de la réalité m’a fasciné. »

Archives
Archive Romuald, émission « Un jour au cirque », RTF, 1949

Chloe Moglia, émission « Par les temps qui courent », France Culture, 2017

Maguy Marin, émission « A voix nue », France Culture, 2017

Luigi Bergamo, émission « D'un village à l'autre », 1998

Références musicales

 

Carlos Gardel, Ofrenda gaucha

André Minvielle, Michel Hendrix , David Linx, Rocarocolo

Mathieu Boogaerts, Sens

Ingrid Caven, Lalala

INTERVENANTS
Titoune,  circassienne
Bonaventure Gacon,  circassien

 

Légende photo: Le cirque Trottola pour le spectacle "Campana"• Crédits : @Philippe Laurençon

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Stephan Kutniak, nouveau conseiller à la création artistique au Ministère de la culture

Stephan Kutniak, nouveau conseiller à la création artistique au Ministère de la culture | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Stéphane Capron dans Sceneweb 04.12.2018

Stephan Kutniak est le nouveau conseiller en charge de la création artistique et du soutien aux artistes auprès de Franck Riester, le Ministre de la culture. Il dirigeait le département des échanges et de la coopération artistique de l’Institut français.

Diplômé en philosophie, sociologie et en gestion des projets culturels, Stephan Kutniak a exercé plusieurs fonctions d’encadrement dans les domaines de la musique, du théâtre, des musées et de la lecture publique dans les Hauts-de-Seine. Il s’est chargé notamment du projet de la Seine musicale sur l’île Seguin qui a ouvert ses portes en mars dernier. Chevalier des arts et lettres depuis 2015, il enseigne également l’économie du patrimoine, le management culturel et l’évaluation des politiques publiques de la culture. Avant d’intégrer l’Institut française, il était directeur général-adjoint des services du Conseil départemental des Hauts-de-Seine.

Un profil trés “musique classique” comme cela était le cas de Claire Guillemain, première conseillère sous Françoise Nyssen. Il succède à Denis Declerck qui ne sera resté que quelques semaines à son poste avant le remaniement ministériel en octobre 2018.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

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La Petite Sirène, suite shakespearienne

La Petite Sirène, suite shakespearienne | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Judith Sibony dans son blog, Coup de théâtre 27.11.2018

 


Il est très réussi, le spectacle de Géraldine Martineau sur la « Petite Sirène » au Studio théâtre de la Comédie Française. Car sous couvert de légèreté enfantine, chaque scène porte une idée forte sur le féminin, le rapport à l’autre, la liberté. Les enfants ne s’y trompent pas, silencieux qu’ils sont tout au long du spectacle, et visiblement réjouis à la sortie. Pourtant, la metteur en scène n’a pas tenté d’adoucir le dénouement du conte, et le prince pour lequel la sirène renonce à sa vie aquatique et à sa belle voix finit bel et bien par en épouser une autre.

Qu’importe la perspective ou non d’un happy end, ce spectacle a le don de faire communiquer le poétique et le trivial, le réel et le symbolique, et c’est cela qui donne de la joie. Sous la plume et le regard de Géraldine Martineau, la figure fascinante de la sirène, cette femme-poisson ensorceleuse, devient une allégorie moderne de la femme désirante. Ici, en effet, la sirène n’est autre qu’une jeune fille sage comme une image. C’est la première vision qu’on a d’elle, dans le spectacle : nulle queue, mais une posture explicitement contrainte, puisqu’elle croise les jambes sur une balançoire où elle ne se balance même pas. Jolie métaphore de l’enfermement ; triste princesse confinée dans les splendeurs sous-marines, et qui fête ses quinze ans sans avoir jamais vu le ciel. C’est peut-être tout simplement cela, le secret de cette femme-poisson qui fait tant fantasmer les humains : un être qui ne peut pas courir ni danser, et dont les désirs sont tus au creux de ses jambes hermétiquement closes. 

Le conte revisité par Géraldine Martineau parle ainsi des vertiges du monde social et « genré ». Or comme par hasard (mais dans un répertoire, y a-t-il des hasards ?), la Comédie Française accueille au même moment une pièce de Shakespeare qui pense des questions très proches, sur l’autonomie du désir et la souveraineté des femmes. Il s’agit de  La Nuit des Rois, merveilleux spectacle mis en scène par Thomas Ostermeier salle Richelieu.

Dans cette pièce où la plupart des êtres jouent à cache-cache avec leur sexe et leur identité, on retrouve, au détour du dénouement, le même couple d’acteurs que dans La Petite Sirène : Adeline d’Hermy et Julien Frison.  Avec La Nuit des Rois, la comédienne prolonge de façon lumineuse son rôle de sirène (ou le contraire) en incarnant la somptueuse duchesse Olivia. Et Julien Frison, qui joue un jeune et noble naufragé (on n’est pas loin des sirènes !), finira par l’épouser.

L’après-midi au Studio, les deux acteurs incarnent donc un amour impossible, tandis que le soir, salle Richelieu, ils forment un couple triomphant. Voilà le petit miracle propre à la Comédie Française, où l’alternance (c’est-à-dire la cohabitation de plusieurs spectacle en même temps) permet de créer un jeu inattendu entre les contes, les pièces et les légendes. Et voilà la confirmation qu’au-delà des fables, c’est bien l’histoire profonde de toute l’humanité qu’explore le théâtre, encore et toujours.

La Petite Sirène, Studio Théâtre de la Comédie Française (Paris 1e) jusqu’au 6 janvier.
La Nuit des Rois, Salle Richelieu (Paris 1e) jusqu’au 28 février

 

légende photo : 
Danièle Lebrun et Adeline D’Hermy dans La Petite Sirène

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La chorégraphe Lia Rodrigues : “Avec Bolsonaro, il n’y aura aucun projet pour la culture au Brésil”

La chorégraphe Lia Rodrigues : “Avec Bolsonaro, il n’y aura aucun projet pour la culture au Brésil” | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Emmanuelle Bouchez dans Télérama le 29/11/2018.


A l’occasion de son dernier spectacle actuellement à l’affiche à Paris, rencontre avec une artiste qui a placé l’humain au centre de son projet, et qui ne mâche pas ses mots sur l’état actuel de son pays.

Elle parle à cœur ouvert dans un français parfait, en mêlant souvent la vie et l’art. A 62 ans, et plus de quarante ans de carrière, la danseuse et chorégraphe Lia Rodrigues, aime les gens et s’intéresse à leurs destins. A Rio, où elle vit depuis vingt-sept ans, elle a fait le choix depuis 2004 de faire travailler sa compagnie à Maré, l’une des plus grosses favelas de la ville. Et d’y créer aussi un centre d’art et deux écoles de danse. Arrivée à Paris,avec ses neuf danseurs à la mi-novembre, elle a peaufiné au Théâtre national de Chaillot sa dernière création, qui sera aussi présentée au Centquatre, dans le cadre du Festival d’automne. La France, elle la connaît bien, pour y avoir vécu et travaillé (chez Maguy Marin, dans les années 1980). 

Etre artiste au Brésil ? Pas une sinécure nous confie Lia Rodrigues. Malgré les apparences – son profil menu, son sourire doux et ce rire qui lui vient souvent aux lèvres –, elle semble pouvoir résister à tout. Comme sa danse, brute et solide, qui met avec radicalité les corps en majesté.

En tant qu’artiste, comment vivait-on sous la dictature, entre 1964 et 1985 ?
Certains artistes ont réussi alors un travail exceptionnel dans le théâtre, et surtout dans la musique, grâce à Chico Buarque, Caetano Veloso ou Gilberto Gil. Dans le domaine de la danse aussi : le Ballet Stagium, par exemple, créé en 1970, m’a servi de repère quand j’étais jeune danseuse. Cette compagnie a refusé l’esprit colonial de la dictature et quitté la métropole de Sao Paulo pour le Brésil profond. En 1977, ils ont créé Kuarup ou la Question indienne, sur les problèmes des communautés autochtones. Ce fut notre «Sacre du printemps», une référence. Cette pièce très engagée a quand même pu tourner dans tout le pays. Il y a donc eu une résistance artistique. Plein de petites compagnies indépendantes fleurissaient à Sao Paulo où j’étais moi-même inscrite à l’université d’histoire.

“On fuyait devant la police”
J’ai créé ma première troupe de danse en 1977, avec des femmes. Les censeurs existaient pour la danse comme pour les livres, mais ils n’y comprenaient rien : ils ne pensaient pas qu’elle puisse s’insurger contre le régime. Nous autres étudiants contestions, manifestions dans les rues. On fuyait devant la police, mais certains disparaissaient brutalement. Car c’est à cette époque – les années 1970 –, que la dictature a été la plus dure. A partir de 1980, la transition vers la démocratie a commencé. Mais hélas, au Brésil, aujourd’hui, ce terrible passé n’est toujours pas soldé : il n’y a eu ni travail de la justice, ni travail de réconciliation.

C’est à la fin de cette période, en 1979, que vous choisissez de venir en France pour  intégrer la compagnie de Maguy Marin. Quel souvenir en avez-vous ?
C’est en voulant rejoindre Pina Bausch, en Allemagne, que je me suis arrêtée à Paris et retrouvée chez Maguy Marin ! Grâce à une amie commune : ma professeur de danse, que Maguy avait rencontrée à Bruxelles, à l’école de Maurice Béjart. Maguy m’a accueillie chaleureusement et embarquée dans sa troupe au bout de dix jours, alors que je n’avais été qu’une simple invitée des répétitions. J’ai appris, chez elle, à savoir tout faire dans le métier (on lavait les costumes, on réglait les lumières…).


Son éthique dans le travail, sa façon d’être avec les interprètes m’ont marquée à jamais. Par exemple, pendant la création de May B (dont on ne savait évidemment pas, alors, quelle pièce emblématique elle deviendrait, et que Maguy a eu la générosité de transmettre aux élèves de l’école de Maré), je me suis sentie d’emblée chez moi. Car on faisait tout ensemble, on expérimentait en tout sens avant d’aboutir à la version finale. 

Comment avez-vous rebondi au Brésil, trois ans plus tard ?
J’y ai suivi mon amoureux et me suis installée à Rio en 1982 où je ne connaissais personne dans le milieu artistique. J’ai eu deux enfants et me suis arrêtée de danser car je ne trouvais rien de comparable avec l’expérience vécue chez Maguy Marin : je lui écrivais que tout cela me manquait, mais elle répondait que j’avais fait un choix de vie… 

“ Militer avec les femmes, et allaiter ”


J’ai alors milité pour l’allaitement maternel avec un groupe de femmes. On visitait les favelas et les hôpitaux. Bref, ma vie, à l’époque, c’était avoir des enfants, faire un peu de figuration pour la télé, militer avec les femmes, et allaiter moi-même. Et puis j’ai divorcé, rencontré quelqu’un à nouveau… refait un enfant et refondé en même temps une troupe avec un ami. Comme j’étais enceinte de huit mois, il m’a plutôt encouragée à chorégraphier ! Deux ans plus tard, en 1990, je créais enfin ma propre compagnie, dont la première pièce a été Ma : un travail inspiré par... l’accouchement. J’en avais déjà fait une baptisée Gyneceo…

Pourquoi la question féminine était-elle si importante pour vous ?
Parce ce que c’est LA cause à défendre au Brésil ! Le pays le plus violent pour les femmes… noires en particulier. J’ai toujours été frappée par le degré énorme d’inégalité dans cette société immense et multiple. Et depuis ma place de privilégiée née dans une famille aisée et blanche, j’ai toujours essayé de faire ce que tout le monde devrait faire : partager ce que le hasard de la naissance m’a donné.

Comment avez-vous fait le chemin jusqu’à la favela de Maré ?
En créant le festival Panorama en 1992, à Rio, je voulais défendre l’existence d’une communauté d’artistes parce que rien ne vaut le dialogue entre les styles et les pensées. Je n’y présentais même pas mes pièces, préférant ouvrir les portes aux autres compagnies brésiliennes, ou internationales (Maguy Marin, Boris Charmatz, Jérôme Bel y sont venus). Des workshops et des résidences ont commencé. Cela a créé un réel appel d’air pour les artistes, mais j’ai compris que le public, lui, circulait dans un cercle assez fermé. Le même monde voyait les mêmes spectacles, lisait les mêmes livres, rencontrait les mêmes gens. Alors qu’à Rio, avec sept cents bidonvilles à la périphérie ou au cœur même de la ville, la vie palpitait vraiment autrement… La question fut donc brutale : pour qui est-ce que je danse ? La danse contemporaine peut-elle dialoguer avec ceux qui ne vont jamais au théâtre ? 

“ Le bidonville de Maré est l’un des plus violents ”


Ma dramaturge et amie, Silvia Soter m’a alors parlé de l’association Redes, fondée par des habitants de Maré en faveur de l’éducation. On a réfléchi avec elle à ce que l’on pourrait faire dans ce bidonville qui compte aujourd’hui 140 000 habitants, implanté en plein Rio, où vivent des familles et de nombreux jeunes. Maré est l’un des plus violents. Quatre groupes de trafiquants sont en guerre entre eux comme avec la police. J’ai commencé à travailler avec dix jeunes dans un hangar à bateaux aménagé près de la baie. J’y ai présenté les pièces de ma compagnie (Les Fables de La Fontaine et Incarnat), et c’est devenu notre lieu de répétition, comme notre lieu de cours avec les jeunes. Il n’a pas toujours été facile de venir travailler à la favela, mais le jour où l’un des élèves a intégré ma compagnie et pu en même temps obtenir une bourse à l’université, j’ai eu un déclic. Il fallait aller plus loin.

Comment avez-vous développé le projet ?
En 2007, Redes a déménagé et j’ai trouvé à proximité d’eux un autre hangar de 1 200 mètres carrés. Avec l’argent cumulé de l’association et de mes tournées, on a ouvert un centre d’art en 2009. Avec des expositions, des spectacles de musique, des séminaires autour du cinéma, des rencontres entre habitants, des fêtes… Toute mon équipe est aux côtés des militants de l’association (surtout des femmes) dans le projet. Nous y donnons des cours gratuits avec l’idée que les élèves, leurs amis et leurs familles aient l’envie de venir eux aussi au centre. 

Dans notre nouvelle Ecole de danse libre de Maré, il y a aujourd’hui trois cent cinquante élèves répartis en deux « noyaux ». Nucleo 1, où les amateurs de 8 à 80 ans prennent des cours gratuits de ballet classique (la liste d’attente est longue), de hip-hop, de danse contemporaine ou de salon. Et Nucleo 2, où l’on dispense une formation professionnelle pour les jeunes. Vingt élèves boursiers y sont nourris le midi, et reçoivent quatre heures de cours par jour, cinq jours sur sept. Je suis si fière d’avoir créé cette filière. La Fondation d’entreprise Hermès est notre soutien sans faille depuis le début, en 2011. Et pas seulement d’un point de vue financier : leur aide est constante, ils nous épaulent.

Tous nos élèves sont inscrits en parallèle au cycle danse de l’université : exceptionnel pour des enfants de Maré où l’école publique est mauvaise. Ils deviendront danseurs diplômés ou profs de danse. Deux d’entre eux ont été reçus à l’école PARTS d’Anne Teresa de Keersmaeker à Bruxelles, et quatre autres sont entrés dans ma compagnie. Tous ont rêvé d’être artistes et ont pu le devenir malgré leur milieu d’origine, pauvre et noir, dans leur pays tellement raciste… 

Mais pendant son mandat, Lula ne s’était-il pas battu contre les discriminations ?
Si, bien sûr, il a sorti le pays de la misère. Il a créé des quotas à l’université en faveur des Noirs et des Indiens. Pour mesurer l’importance de son action, il faut savoir que le Brésil est le dernier pays à être sorti de l’esclavage, sans que le gouvernement ne définisse ensuite un projet d’avenir pour tous ceux-là qui avaient donné leur vie au pays. Il a laissé ces groupes dans la pauvreté absolue. Lula s’est attaqué à ça. C’était déjà énorme. Pour la culture, ça a été plus difficile. Dans un pays immense (plusieurs fois la France !) et si divers, il est complexe de définir une politique culturelle globale. Et puis au Brésil, il n’y a jamais eu la tradition d’un développement public de l’art comme en France… 

Vous avez été déçue par la politique de son ministre de la culture, Gilberto Gil ?
Non pas vraiment déçue, même si j’attendais peut-être davantage pour la danse… toujours la dernière servie de toute façon, dans tous les pays. Je regarde ça avec distance désormais : il ne pouvait pas soutenir tout le monde, il lui aurait fallu plus de temps. Pour recevoir des subventions, il y a trois instances possibles : la Ville, l’Etat-Région, et le niveau fédéral. En presque trente ans de compagnie, j’ai travaillé de plusieurs façons avec ces interlocuteurs. J’ai reçu un prix, obtenu des subventions de la Ville au coup par coup. Le gouvernement Lula avait lancé des appels à projet, et j’ai eu deux aides en 2009-2010 et en 2013-2014. Aujourd’hui, Rio a un très mauvais maire – un évêque ! – qui a coupé toutes les subventions. La Région est en faillite. Et depuis que Dilma Rousseff a été destituée, il n’y a plus rien non plus à attendre de l’Etat. Sans la France (la Fondation Hermès, Le Théâtre national de Chaillot et le Centquatre à Paris, où je suis artiste associée), et sans le Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles, les théâtres de Francfort ou Fribourg en Allemagne, ou celui de Porto au Portugal, je ne pourrais plus travailler.

Comment voyez-vous l’avenir des artistes sous un gouvernement dirigé par Jair Bolsonaro à partir de janvier prochain ?
C’est déjà un désastre actuellement, avec le terrible Michel Temer. Avec Bolsonaro, il n’y aura aucun projet pour la culture, car cela ne compte pas du tout pour lui. Mais ce n’est pas le plus grave. Son discours actuel, affolant, menace la société entière : il est violent, ignorant, raciste et misogyne. Il a même avoué son admiration pour Ustra, le plus grand tortionnaire de la dictature. Il annonce qu’on doit «tuer» encore plus, alors que notre pays remporte la palme des morts par assassinat : 60 000 homicides par an. 

“Nous vivons un génocide”


Et sur 100 personnes tuées, 71 sont noires. Chaque année, plus de 23 000 jeunes Noirs, âgés de 15 à 29 ans, meurent. Toutes les vingt-trois minutes, un jeune homme noir est assassiné au Brésil. Nous vivons un génocide, voilà la terrible réalité de notre pays. Marielle Franco, élue politique noire (qui a aidé notre association), née à Maré, a été assassinée. Neuf mois plus tard, l’enquête n’avance pas.

Cette situation générale me préoccupe davantage que celle des artistes… Même si je crains le retour de la censure car une fausse morale se diffuse partout pour discréditer l’art. L’un de mes amis, par exemple, a reçu des menaces de mort après une performance au musée des Beaux-Arts de Rio : on l’a traité de pédophile. Le retour de cet extrémisme ultraconservateur est visible également aux Etats-Unis, en Turquie, en Hongrie, peut-être en Italie… Dans chacun de ces pays, on voit ce que « l’outre-capitalisme » fait à la démocratie.

De quoi parlez-vous dans votre nouvelle pièce, Fúria, présentée à Paris ?
Chacun d’entre nous s’est posé une question : comment est-ce que je vois ma place dans la société ? Chaque danseur a trouvé sur Internet des images pour y répondre. A partir de cette énorme collection de situations vécues, qu’elles soient belles, tristes ou tragiques, on a improvisé. Toute la pièce est organisée à partir de ce que nous, êtres humains, avons ressenti de la favela ou du Brésil en général. On s’est aussi servi des récits de la romancière Conceição Evaristo décrivant la vie des femmes noires.

On a aussi utilisé tous les déchets que l’on trouvait autour de nous. Tout ce qui traînait dans un coin, au centre d’art, a été récupéré pour le décor ou les costumes. D’un point de vue philosophique et écologique, on a voulu comprendre si l’on pouvait créer de la beauté avec tout ce qu’on jette. On a eu le plaisir de voir un pauvre sac se transformer en couronne de roi. Alors que le capitalisme extrême nous force à acheter sans cesse, à consommer, à gaspiller, on a réfléchi à ce que nous faisions nous de notre propre pensée ? Et à ce que deviennent les êtres humains dont on fait si peu de cas aujourd’hui…

À VOIR
Fúria, chorégraphie Lia Rodrigues et la Lia Rodrigues Companhia de Danças, à Paris : les 30 novembre, 1er, 4, 5, 6 et 7 décembre, Chaillot-Théâtre national de la Danse, et les 12, 13, 14 et 15 décembre, Centquatre.

Et en tournée : le 18 décembre, Hippodrome, Douai (59) ; les 15 et 16 janvier, MC2, Grenoble (38) ; le 19 janvier, Théâtre Granit, Belfort (90) ; le 29 janvier, Le Parvis, Tarbes (65) ; les 31 janvier et 1er février, Garonne/CDC, Toulouse (31) ; le 5 février, Théâtre des Salins, Martigues (13) ; les 11 et 12 février, festival Antigel, Lignon (Genève) ; le 15 février, Les Hivernales, Avignon (84).

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Rêve et folie de Georg Trakl, mise en scène de Claude Régy

Rêve et folie de Georg Trakl, mise en scène de Claude Régy | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans Théâtre du blog 10 décembre 2018

 

 

Rêve et Folie de Georg Trakl, traduction de Marc Petit et Jean-Claude Schneider, mise en scène de Claude Régy

Le poète autrichien Georg Trakl (1887-1914), étoile fulgurante au souffle rimbaldien et admirateur de Dostoïevski, connut une vie brève et douloureusement intense, marquée par la drogue, l’alcool et une relation incestueuse avec sa sœur Margarete … Et il connut une insertion sociale difficile, troublée par  la crainte de la folie et la culpabilité.

L’horrible Grande Guerre va poursuivre, néfaste, le poète qui, pharmacien-soldat sur le front  de Grodek, meurt à l’hôpital, en 1914 d’une surdose de cocaïne. Accident ou suicide? Une fin énigmatique. La poésie de Georg Trakl, d’inspiration expressionniste, signe la modernité d’avant 1914. Et Sébastien en rêve s’apparente à une douce folie: solennité religieuse et figure mythique de Sébastien supplicié et martyr : souffrance et douleur, angoisse et mort.

Un paysage de nuit et brouillard, dans un mouvement de déclin, folie, putréfaction et mélancolie. Ici,  le paradis enfantin est perdu à jamais, et l’inceste sororal est l’une des images de rejet : « Ma vie s’est brisée. (…) Dites-moi que je ne suis pas fou. Je suis plongé dans une obscurité de pierre. Ô mon ami, comme je suis devenu petit et malheureux.» Rêve et Folie, poème en prose autobiographique, résonne d’une musique apocalyptique et prophétise le cataclysme occidental du début du XX ème siècle.

Claude Régy, attiré par un sentiment existentiel, entre souffle et disparition, interstice entre vie et la mort, crée ici un spectacle-performance lumineux -vrai soleil noir- avec l’un de ses comédiens attitrés, Yann Boudaud.  Sallahdyn Khatir a imaginé une cellule d’ombre : un dessous d’arche de pont, une forme ovale englobant le comédien, comme un œil immense qu’habiterait en son centre l’interprète-iris. Il s’y déplace lentement, et avec lenteur et précaution s’étire les bras en croix et lève doucement une jambe, avant de la reposer délicatement sur le sol. Du fond de la scène, l’homme s’approche des spectateurs attentifs au verbe poétique de Georg Trakl qui  frappe les esprits, avec une caverne platonicienne d’images visuelles colorées et sensorielles, des scènes fortes comme la mort du père et le visage blafard maternel, l’enfance perdue et la mort s’avançant à pas lents. Bref, un vrai cauchemar expressionniste. Le poète pourtant progresse sans relâche dans sa folle avancée, errant dans le froid et le givre où l’être se sent seul.

Reviennent en mémoire les pierres glacées d’un monastère avec son caveau, sa chambre des morts aux mains tachées de vert. L’envers du jour est un thème obsessionnel: le promeneur erre dans une «nuit étoilée», un «jardin étoilé», «sous la lune blanche» ou «la nuit argentée de la lune», et si l’aube rougeoyante offre des reflets lumineux aux surfaces glacées de la montagne, les rencontres sont souvent annonciatrices de mort.

Le marcheur viole un enfant, figure de sa sœur dont le visage ressemble étrangement au sien. Il étrangle un chat, coupe le cou d’une colombe, et dénombre toutes les traces de putréfaction qui blessent le regard du vivant. Dans l’embrasure d’une porte, à travers une prose poétique suffocante, apparaît l’ombre maternelle et souvent celle de la sœur, ou parfois d’un ange. Remords et culpabilité rongent sourdement le poète à l’éloquence tendue, figure onirique enserrée dans le silence et les sons sourds de Philippe Cacchia, un bruit oppressant de moteur de lourde machine ou d’élévateur…

Comment mieux dire l’absence de Dieu et la solitude absolue de l’homme? Le poète évoque le poids sur ses épaules, d’une race maudite: celle de la faute et du péché. Après une telle expérience, on relit Claude Régy: «Il y a un courage dans la vitalité, incompréhensible, fabuleux, de vivre jour après jour. (…) Il y a, probablement, une force de vie qui est en nous, qui est déposée, qui fait qu’on encaisse tout, parce qu’on a besoin de continuer.» Rêve et Folie témoigne de cette persévérance à être, et à exister malgré tout, grâce à Georg Trakl, Claude Régy et Yann Boudaud.

Véronique Hotte

Nanterre-Amandiers, 7 avenue Pablo Picasso, Nanterre (Hauts-de-Seine), jusqu’au 16 décembre. T. : 01 46 14 70 00

Crépuscule et déclin et Sébastien en rêve  sont publiés chez Poésie Gallimard.

Écrits 1991-2011 de Claude Régy, Solitaires Intempestifs.

 Crédit photo :  Pascal Victor/ArtComArt

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Philippe Berling met en scène Le promontoire du songe de Victor Hugo

Philippe Berling met en scène Le promontoire du songe de Victor Hugo | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Récit sensoriel pour le moins extra-terrestre, Le promontoire du songe de Victor Hugo est un hymne au rêve et à l’imagination. À découvrir les yeux grand ouverts.

En 1834, Victor Hugo observe la lune avec un télescope à l’Observatoire de Paris. D’abord, il ne voit rien si ce n’est « une espèce de trou dans l’obscur ». Mais à la faveur du lever du soleil, voilà qu’il aperçoit peu à peu des monts et reliefs, dont un volcan baptisé le

« promontoire du songe » qui déclenche en lui d’étranges visions et sensations. De cette expérience sensorielle est né un récit resté longtemps confidentiel, un hymne au rêve et à la force de l’imagination dont s’empare le metteur en scène Philippe Berling.


Voilà donc le comédien Ivan Dmitrieff, seul en scène pour être la réincarnation de Victor Hugo en chaman : l’homme qui a reçu un « coup de lune », qui disserte sur la puissance du rêve et prône la liberté des créateurs et des aventuriers de l’esprit. Dans son petit théâtre d’ombres, il a pour partenaires divers objets tels un gong chinois, un piano d’enfant, une flûte turque mais aussi un rhinocéros et… un plateau à fromages ! « Poètes, voici la loi mystérieuse : Allez au-delà » nous dit Hugo. Le promontoire du songe, coproduit par Le Liberté, est un spectacle qui nous tend la clé des songes, ce miracle qui « ouvre les yeux de l’âme »…

Le promontoire du songe
Texte Victor Hugo
Adaptation Philippe Berling et Ivan Dmitrieff
Mise en scène Philippe Berling
Avec Ivan Dmitrieff

COPRODUCTION LIBERTÉ
Scénographie et lumière Philippe Berling
Costume Nathalie Prats
Coproduction Le Liberté, scène nationale de Toulon / La Structure / Compagnie Jubilation
Avec le soutien du conseil départemental de la Côte-d’Or, du Théâtre dans les Vignes et l’aide à la résidence du Théâtre de Semur-en-Auxois et du Théâtre Gaston-Bernard, Châtillon-sur-Seine.
Durée : 1h10

Le Liberté, scène nationale de Toulon
du mercredi 12 au vendredi 14 décembre 2019
20h

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Bérénice Paysages, d’après Racine, mise en scène de Frédéric Fisbach

Bérénice Paysages, d’après Racine, mise en scène de Frédéric Fisbach | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Julien Barsan dans Théâtre du blog  8 décembre 2018



Bérénice Paysages, d’après Racine, mise en scène de Frédéric Fisbach

 Un homme, peut-être un acteur sorti de scène, se démaquille, boit, grignote et marmonne un texte à peine audible. Il consulte parfois son portable, écoute de la musique. On pénètre en quelque sorte dans l’intimité d’un comédien après une représentation. A voix basse, sous une lumière tamisée, il ne cesse de dire le texte de Racine, comme s’il le « déjouait », comme pour se l’enlever de la tête. Ou comme lors d’une italienne :répétition rapide par un acteur d’un texte sans les intonations, juste pour se le mettre en bouche. Parfois, il bute, et se reprend.

On fait le parallèle entre cet homme seul dans sa loge, et la pièce de Racine qui parle de séparation et de devoir. Bérénice, reine de Palestine, espère épouser Titus qui ne peut lui rendre son amour : il est empereur de Rome et  le mariage avec une étrangère lui est interdit. Bérénice dédaigne Antiochus, amoureux silencieux. Le comédien qui consulte régulièrement son téléphone, est peut-être, lui aussi,  un amant éconduit.

 Frédéric Fisbach revient à cette pièce, après l’avoir montée en 2001 : «Par amour pour cette langue, pour ce poème de la séparation. J’avais envie de faire entendre ce poème, quitte à le malmener un peu ; d’entrer dedans, de le découper, de l’épuiser, dans le corps d’une actrice ou d’un acteur. Cela fait longtemps que je cherchais un corps qui puisse accueillir ces paroles, un corps mi-homme/mi-femme, ou angélique et dont la voix nous emporte et fasse exister tour à tour Bérénice, Titus, Antiochus… Un corps poétique qui exalte cette langue. »

 Mathieu Montanier incarne cet homme féminin, avec des mouvements amples et graciles. Une partition difficile puisqu’il lui faut jouer souvent à voix basse et bousculer la petite musique naturelle de la versification. Il y arrive très bien, peut-être trop bien. On s’attend à une évolution, on se dit que peut-être ces silences mèneront vers quelque chose et on aimerait que les personnages pénètrent l’acteur et qu’ils s’incarnent en lui. Mais Mathieu Montanier reste fidèle à une rigueur sans concession, un peu austère pour le spectateur qui entend le texte avec difficulté, s’il ne le possède pas parfaitement. Et la diction de l’acteur met à mal la musique des vers, malgré une démarche cohérente et une mise en scène rigoureuse… Bref, un objet scénique original ! Frédéric Fisbach présentera Convulsions d’Hakim Bah (voir Le Théâtre du Blog) à Théâtre Ouvert, du 18 janvier au 9 février, avec un travail habité de bruit et de fureur donc aux antipodes de cette Bérénice Paysages.



Jusqu’au 30 décembre, Théâtre de Belleville, 94 rue du Faubourg du Temple, Paris XI ème. T. : 01 48 06 72 343.

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Vu des États-Unis. Blanche Gardin, féministe complexe et décomplexée

Vu des États-Unis. Blanche Gardin, féministe complexe et décomplexée | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Article de Pamela Druckermann, dans le New York Times, traduit et re-publié par Courrier international

 


Alors qu’elle dénonce les violences sexuelles sur scène, l’humoriste française vit une histoire d’amour avec Louis C.K., accusé de harcèlement. Un symbole des différences entre la France et les États-Unis sur la question, estime cette chroniqueuse américaine.

En mai 2017, lors de la cérémonie des Molières, l’humoriste Blanche Gardin s’était exprimée sur les metteurs en scène accusés de violences sexuelles : “Il faut savoir séparer l’homme de l’artiste”, avait-elle lancé.

“D’ailleurs, poursuivait-elle innocemment, c’est bizarre que cette indulgence s’applique seulement aux artistes. On dit pas, par exemple, d’un boulanger : ‘Oui d’accord, c’est vrai, il viole un peu des gosses dans le fournil mais bon, il fait une baguette extraordinaire.”

Cette séquence est devenue virale en France. Et quand cinq mois plus tard le scandale Harvey Weinstein a éclaté, Blanche Gardin avait tout pour devenir la nouvelle pasionaria féministe française. Sauf qu’aux César en mars, elle est montée sur scène arborant un pin’s de Louis C.K., l’humoriste américain qui venait de reconnaître avoir demandé à des collègues femmes si elles pouvaient le regarder pendant qu’il se masturbait. Les deux comiques semblent désormais en couple.

“On a encore le droit de coucher pour avoir les rôles ?”
Gardin était devenue célèbre en France avec ses provocations sur les problèmes rencontrés par les femmes, et elle a ensuite refusé de suivre la ligne féministe sur la manière de les résoudre. La polémique qu’elle a suscitée permet de mieux comprendre la réaction ambivalente de la France au mouvement #MeToo, et la façon dont les Français envisagent les relations hommes-femmes.

“Il faut se réjouir parce que dorénavant je crois que c’est clair pour tout le monde : les producteurs n’ont plus le droit de violer les actrices, a déclaré Blanche Gardin devant le Tout-Paris aux César. Par contre il y a quelque chose qui n’est pas clair et qu’il va falloir clarifier assez vite : est-ce que nous, on a encore le droit de coucher pour avoir les rôles ? Parce que, si on a plus le droit, alors il faudra apprendre des textes, passer des castings, et franchement on n'a pas le temps.”

Blanche Gardin, 41 ans, a grandi dans une banlieue cossue de Paris, dans une famille de gauche avec de l’argent (elle raconte qu’elle avait l’habitude de chanter des slogans dénonçant la bourgeoisie à sa femme de ménage). Adolescente, elle souffre de dépression et fait une fugue. Elle finit par rentrer chez elle et obtient un diplôme en sociologie. Elle travaille avec des enfants et parallèlement tourne des vidéos humoristiques avec des amis. Jeune trentenaire, elle est hospitalisée après une rupture, c’est là qu’un psychiatre lui suggère d’écrire sur sa propre vie.

À la même époque, Gardin commence à regarder des vidéos des spectacles de Louis C.K. Les humoristes en France à l’époque proposent des spectacles où ils incarnent différents personnages ou font des sketchs pour se moquer des autres. C’est plus proche du théâtre que du stand-up à l’américaine. Gardin est frappé de constater que Louis C.K. peut se contenter de raconter sa vie, ses déboires et tout le reste derrière le micro. “C’est Louis C.K. et l’hôpital psychiatrique qui m’ont sauvée”, expliquera-t-elle plus tard.

En 2014, Gardin donne un one-woman-show dans un petit théâtre sur une péniche. Portant des robes trapèze très cintrées, avec vernis rouge et rouge à lèvres assorti, elle décrit avec un humour tonique ses échecs amoureux et son sentiment de solitude. Quand je l’ai rencontrée pour la première fois, après l’avoir vue sur scène, elle se demandait en coulisses si son show n’était pas trop mélancolique pour être amusant.

La vague #MeToo n’a pas envahi la France
Son public commence à s’agrandir. Un de ses spectacles est diffusé sur Netflix. Les Parisiens – qui généralement préfèrent réserver leur vie intérieure à leur “jardin secret” – sont fascinés par le flot ininterrompu de pensées sans filtre de Gardin, qui parle comme si elle confessait ses secrets les plus noirs à une amie proche. Les critiques la comparent à Louis C.K.

Puis le mouvement #MeToo prend de l’ampleur. Le président Emmanuel Macron retire sa Légion d‘honneur à Weinstein. Des députés votent une loi interdisant le harcèlement de rue. Une journaliste française demande aux femmes de tweeter le nom des hommes qui se sont mal comportés avec elles sous le hashtag #BalanceTonPorc.

Mais le mouvement ne s’est pas autant emballé qu’aux États-Unis. Certains hommes en France ont perdu leur boulot, mais ça n’a pas été l’hécatombe chez les puissants comme on l’a constaté aux États-Unis.

Quant à Blanche Gardin, elle n’a pas hésité à défendre Louis C.K. tombé en disgrâce. “Évidemment que la libération de la parole est quelque chose de nécessaire ; les femmes doivent pouvoir se sentir libres de dénoncer, a-t-elle déclaré au magazine Télérama. Après, le fait qu’on puisse mettre dans le même sac un producteur qui viole des actrices et un mec dont le fétichisme, c’est de se masturber devant des femmes en leur demandant s’il peut le faire, ça veut bien dire qu’il y a un gros problème de nuances dans notre société moderne.”


Dans le dernier spectacle de Gardin, les rapports hommes-femmes sont un thème important. Son message ? C’est compliqué. On peut toujours faire passer une loi contre le harcèlement de rue, dit-elle, mais quand une femme s’habille comme un arbre de Noël, elle prend le risque de s’entendre dire qu’elle est bien décorée. Ça fait partie du jeu, balance-t-elle.

Si elle reconnaît que les violences sexuelles sont inacceptables, elle raconte dans son spectacle avoir arrêté de lire les articles sur #MeToo – souvent des histoires avec moult détails croustillants sur des actrices sublimes qui subissent les pires outrages –, parce que leur lecture la mettait dans un état d’excitation ingérable.

Alors que la version américaine de #MeToo s’apparente davantage à la guerre des sexes ou à une histoire de domination masculine, Blanche Gardin exprime sa sympathie pour les hommes. Elle décrit comment leurs désirs peuvent les rendre vulnérables et en quoi c’est une source de pouvoir pour les femmes. Les hommes sont programmés pour le sexe, dit-elle, et “il nous suffit de l’amener là où nous pouvons sentir, dans ses yeux, que nous pouvons foutre sa vie en l’air”.

Ce genre de saillie met en colère les féministes françaises, qui ont le sentiment – compréhensible – de voir leurs revendications sur les violences sexuelles dénigrées au profit d’une défense de la galanterie et du flirt.

Une bouffée de fraîcheur
Mais le succès de Blanche Gardin ne se dément toujours pas. Cette année, elle est devenue la première femme à remporter un Molière pour un spectacle d’humour. En mars, son nouveau spectacle sera diffusé en direct dans plus de 150 salles de cinémas et dans trois pays. Une amie parisienne m’a confié avoir lancé un groupe WhatsApp pour discuter de cette humoriste avec des amis, parce qu’elle “réussit à transmettre des choses qui sont plus complexes que ce que les militantes veulent nous faire croire”.

À une époque de conformisme si épuisant, Gardin est une bouffée de fraîcheur parce qu’elle n’appartient à aucun camp. C’est une “femme libre”, comme disent les Français avec admiration. Quand en octobre dernier la photo d’elle et de Louis C.K. se tenant la main à New York a commencé à circuler, certains sur Twitter l’ont accusé d’avoir trahi le mouvement #MeToo. Il y a cependant cette idée en France, que tout le monde a droit à l’amour, même les salauds, et la presse française est restée très discrète sur le sujet ou a pris sa défense. Dans le magazine Marianne, un journaliste a même cité Victor Hugo : “La liberté d’aimer n’est pas moins sacrée que la liberté de penser.”


Pamela Druckerman
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Derniers chapiteaux pour le Cirque Plume

Derniers chapiteaux pour le Cirque Plume | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosita Boisseau dans Le Monde le 07.12.2018  

 

Après trente-cinq ans sur la piste, la tribu revient sur son histoire avant de tirer sa révérence. « La Dernière Saison » est à l’affiche jusqu’au 30 décembre.


Bernard se rappelle que tout a commencé dans sa cuisine, à Chay (Doubs). Pierre affirme que c’est sur la péniche Pépito, à Besançon, que l’affaire a démarré. Brigitte et Michèle évoquent la fanfare comme berceau du phénomène. Quant à Jacques, il remet la naissance entre les mains du temps et de l’oubli. « Oui, mais toi tu n’étais pas là au début, riposte Pierre en riant. Sans compter que c’est moi, l’historien de la troupe ! »

Dans la famille du Cirque Plume, prenez d’abord les frères Bernard et Pierre Kudlak, respectivement 64 et 62 ans. Plongez-les dans trente-cinq ans d’histoire commune, et vous obtiendrez des versions contrastées de leur épopée. Ajoutez-y quelques-uns des six complices à l’origine de cette aventure pionnière du nouveau cirque : Hervé Canaud, Michèle Faivre, Vincent Filliozat, Jean-Marie Jacquet, Jacques Marquès, Robert Miny (1953-2012) et Brigitte Sepaser. Et là, alerte rouge sous le chapiteau. Pas un ne sort le même scénario de son chapeau. Une seule chose pour combler les trous de mémoire et variations de la vie : les chiffres, qui mettent tout le monde d’accord.

Un « distributeur de désirs »
Parlons du nouveau record. A l’affiche de la Grande Halle de La Villette, du 26 septembre au 30 décembre, avec La Dernière Saison, mis en scène par Bernard Kudlak et en musique par Benoît Schick, l’une des tribus les plus anciennes de la piste culmine à 63 représentations et 62 000 billets vendus. Du jamais-vu. « On vit à 87 % grâce au public, précise Bernard Kudlak. On est dans la nécessité du succès. Et on en a toujours eu ! Ça a cimenté la troupe, nous a tous sécurisés dans ce que nous faisions. Même si à chaque nouveau spectacle, il y avait beaucoup d’angoisse de passer du rêve à la réalité et de se prendre une bâche, on avait confiance. Pourtant, la voie était étroite entre “Plume, c’est toujours la même chose !” et “Plume, ce n’est pas aussi bien qu’avant !”» « Ça ne nous a pas empêchés parfois de trébucher sur des obstacles, tempère Jacques Marquès. Mais ça nous a fait avancer. »

Brigitte Sepaser : cofondatrice du Cirque Plume : « On a réussi à vivre comme des poètes, dans une liberté totale, et cette utopie, le public la ressent et la partage »

Le succès de Plume, né en décembre 1983, s’est potentialisé à chaque production. Les titres de leurs onze spectacles chantent la mélodie de la vie comme elle va. De Amour, jonglage et falbalas (1983) à Tempus Fugit (2013) en passant par Plic ploc (2004), le cirque « distributeur de désirs », selon la formule de Bernard Kudlak, a imposé son esthétique magiquement dépareillée, entre numéros et théâtre, musique live et poésie. Le fait que La Dernière Saison soit le der des ders explique-t-il la présence en masse des spectateurs depuis le début de la tournée en mai 2017 ? « C’est compliqué, une réussite pareille, tellement inattendue par-dessus le marché, s’émerveille encore Brigitte Sepaser. Mon hypothèse est que nous avons combiné la fraternité, l’amour et la lumière, et c’est irremplaçable à chacun pour dépasser le corps, les difficultés de la vie et la souffrance. On a réussi à vivre comme des poètes, dans une liberté totale, et cette utopie, le public la ressent et la partage. »


Retour au point de départ et à la pelote dont chacun tire un fil. Une bande de jeunes gens, tous du coin de Besançon, se rencontrent pour faire de la musique dans la rue et sur la péniche, entre 1979 et 1983. « On jouait pour les fêtes des villages, pour les pommes, les prunes, les citrouilles ! », scande Pierre, joueur de clairon, tandis que Bernard, également passé par la fanfare municipale de Valentigney (Doubs), fait chauffer le saxo comme Jacques Marquès. Michèle Faivre apprendra le tuba, Brigitte Sepaser la flûte traversière… En virée au Québec, en 1982, le groupe tombe sous le choc du fameux Bread and Puppet Theatre. « Les voir faire du trapèze sans quitter le sol avec des manches à balai était un régal, se souvient Michèle Faivre. On est rentrés en France et on s’est dit : “On va faire du cirque.” »

Une tribu soudée
Avec aussi le Grand Magic Circus, les images de Chagall, les visions de Baudelaire et Prévert en tête, Amour, jonglage et falbalas (1983) naît. « Plus une idée de forain à l’origine, avec des pommes d’amour et de la barbe à papa, souligne Bernard Kudlak. On était comme des gamins, on s’engueulait, on était des baratineurs. » L’apprentissage se fait sur le tas pour ces autodidactes qui ont tout appris en fabriquant leurs numéros. Leçons de cirque piochées dans un livre pour enfants, Michèle choisit le jonglage, Brigitte le fil, Robert, ex- ­accordeur de pianos, commence à composer… « J’étais infirmière psy jusqu’en 1988, se souvient Michèle Faivre. Parallèlement, je participais aux spectacles et j’ai appris à jouer du trombone, à chanter, à manier le fouet… Malgré nos imperfections, les gens nous aimaient. »

Le Cirque Plume, entre fragilité et maladresse, est devenu une entreprise, toujours basée à Besançon, et compte entre 40 et 45 personnes. Evidemment, la saga des « esprits libres », selon Brigitte Sepaser, a connu des tragédies. Robert Miny et Grégoire Gensse, compositeurs, sont morts (1986 et 2016). Certains alors ont failli tout arrêter. « Ce que je mesure aujourd’hui, c’est que notre travail n’a pas été dénaturé, murmure Bernard Kudlak. On est resté familial, on n’a pas vendu notre âme pour réussir. On a travaillé dans la joie. Cette émotion d’être vivant dans la joie est sans doute la force de Plume. » Avec toujours l’esprit du théâtre populaire tatoué au fronton du cirque.

La tribu, enracinée dans les couches sociales modestes – le père de Bernard et Pierre travaillait chez Peugeot –, est restée soudée en préservant ses valeurs comme la non-violence, le féminisme, l’écologie, la fraternité… « C’est inexplicable, mais c’était une question de vie et de mort, commente Bernard Kudlak. Plume est un endroit qui nous a donné à tous une énergie de vie incroyable. » « On aurait dû aller à l’usine, on a trouvé un trésor qui était le cirque et on ne l’a pas lâché… », ajoute Pierre.

Plume continuera à voltiger jusqu’à fin 2020. Les ultimes représentations auront lieu à Besançon, où la tribu vit toujours. « On arrête pour garder notre santé, notre pêche, pour que la vie continue d’être bonne », dit Bernard Kudlak. Tchin-tchin, Plume !

 

Liens :

 

Présentation vidéo du spectacle


Lire l’entretien en 2017 : Nuits de Fourvière : « Le Cirque Plume a osé la poésie »

 


Lire la critique en 2017 : le Cirque Plume, star des arts de la piste, présente son ultime spectacle aux Nuits de Fourvière

 


Légende photo : « La dernière saison », en 2017, par le  Cirque Plume. YVES PETIT / CIRQUE PLUME

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"Sombre rivière", ou la colère et la poésie de Lazare

"Sombre rivière", ou la colère et la poésie de Lazare | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Hervé Pons dans Les Inrocks 30/11/18


Lazare, metteur en scène adoubé par la critique, fait éclater sa poésie et sa colère en fusion dans Sombre rivière. Sa pièce est un hommage à ceux qui lui ont donné la vie et à ceux qui ont trouvé la mort lors des attentats.
On se demande souvent si la vie a un sens et puis, parfois, on rencontre des êtres qui lui en donnent un. Ce sont d’eux dont parle Lazare dans sa pièce, ces personnes qui lui ont donné vie dans toutes les acceptions possibles. Sa mère, avec laquelle il dialogue par le biais de vidéos.

Jacques Miquel dit “Miqué”, comédien et fondateur du Théâtre du Fil – décédé il y a deux ans et auquel Sombre rivière est dédié – grâce à qui l’auteur et metteur en scène a découvert le théâtre alors qu’il ne savait ni lire ni écrire. Et il y a Claude Régy, le maître, le mentor, le compagnon.


Adoubé par la critique de tous bords, accompagné et aidé par les directeurs du théâtre français les plus prestigieux comme Stanislas Nordey, directeur du Théâtre national de Strasbourg, Lazare ne s’est pourtant jamais repu de son succès et de l’audience grandissante donnée à sa poésie.
Un hommage aux morts, une prière pour les victimes

Et il peste. Il peste contre le monde, l’institution, les artistes, l’autre, et ceux-là même, aussi, qui lui permettent d’être là aujourd’hui. Cette révolte colérique empreinte d’adolescence est une constante du théâtre de Lazare.

Construit essentiellement à partir de deux conversations téléphoniques, l’une avec sa mère, l’autre avec Claude Régy, Sombre rivière, n’y échappe pas. Bien que sous des atours plus festifs et joyeux qu’à son habitude, l’auteur-metteur en scène en colère poursuit son exploration du monde contemporain par son versant chaotique et sombre. Par l’injustice qu’il décèle dans les plis du quotidien.

“J’appelle autour de moi pour trouver des signes de vie. Je m’agrippe au téléphone, le cœur dans l’oreille, et chaque battement de voix le fait palpiter.” Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, Lazare écrit ces mots.

Sombre rivière est un hommage à ces morts et évoque cette douleur, mais la pièce est aussi une prière pour les victimes de Sétif et de Guelma en Algérie, dont l’auteur dénonçait les massacres dans Passé-je ne sais où, qui revient, un précédent spectacle.

De ces eaux glauques surgissent des fulgurances poétiques

Les morts, comme les poètes, hantent l’œuvre de Lazare alors qu’au plateau, tout explose dans un débordement vital et incessant. C’est un chaos démultiplié. Comme si les doubles “pessoesques” de l’auteur se partageaient la parole sur scène, comme autant de messieurs loyaux désemparés face à la violence du monde et qui, ne sachant la maîtriser, tentent de l’adopter.

Avec le temps, le boucan pétaradant de mots, de musiques, d’actions, d’injonctions contradictoires, d’échappées lyriques et de râleries franchouillardes, tout ce vacarme qui envahit la scène se sédimente pourtant dans l’esprit du spectateur.

Les eaux glauques agitées par Lazare s’éclaircissent de leur fulgurance poétique. Ainsi, partant de sa révolte intérieure, Lazare met en lumière la colère de tout un peuple.

Sombre rivière de Lazare (texte et mise en scène). Jusqu’au 30 décembre, Théâtre du Rond-Point, Paris VIIIe

Crédit photo : © Jean-Louis Fernandez SCÈNES

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Entretien avec Kati Pikkarainen et Victor Cathala, Cirque Aïtal

Entretien avec Kati Pikkarainen et Victor Cathala, Cirque Aïtal | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par Artcena sur son site


Entretien avec Kati Pikkarainen et Victor Cathala, Cirque Aïtal


PARCOURS D'ARTISTE
Sixième podcast de la collection "Parcours d’artiste" avec une interview de Kati Pikkarainen et Victor Cathala, artistes circassiens et fondateurs du Cirque Aïtal.

 

Ecoutez le podcast (23'30")


C'est en 2004 que Victor Cathala et Kati Pikkarainen fondent le Cirque Aïtal avec l'intention de mêler, à travers des spectacles proposés dans le monde entier, la grammaire du cirque traditionnel et une pratique expérimentale reposant sur une forte technicité. À l’occasion de son nouveau spectacle Saison de cirque présenté lors du 31e Festival du Cirque Actuel (CIRCa), retour sur la carrière de cette troupe d'acrobates hors norme qui s'attache avant tout le reste à émouvoir son public.

Le spectacle Saison de cirque sera présenté prochainement  au Théâtre Firmin Gémier - La Piscine (Antony) et à la Biennale Internationale des Arts du Cirque (Marseille). Retrouvez ci-dessous le calendrier de tournées : 

Le calendrier des tournées sur le site du Cirque Aïtal

 cirque-aital.com


Un épisode de « Parcours d’artiste », une série de podcasts d’ARTCENA

Production : ARTCENA
Auteur et voix : Sébastien Cotte
Réalisation : Géry Sanchez et Cyril de Graeve
Musique originale : Marc Sayous
Coordination : Sébastien Cotte
Crédit photos : Mario del Curto
Remerciements

 
Festival CIRCa
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Pascal Greggory, Chéreau encore, toujours

Pascal Greggory, Chéreau encore, toujours | Revue de presse théâtre | Scoop.it



Par Armelle Héliot dans Le Figaro  le  06/12/2018 

PORTRAIT - Le comédien tourne de plus en plus, en France comme à l'étranger. Il n'oublie pas le théâtre et célèbre, notamment le 10 décembre, à l'Odéon, l'artiste qui a le plus compté pour lui.

L'automne le leste de gravité. Il fait froid ce jour-là et le ciel humide de Paris transit les cœurs et les corps. On l'observe, arrivant, fin dans son long manteau sombre, écharpe montant haut autour du cou. Il ressemble à un personnage de Proust. Il a d'ailleurs été un Saint-Loup remarquable dans Le Temps retrouvé de Raoul Ruiz d'après La Recherche, il y a près de vingt ans. Mais Pascal Greggory n'est pas un homme d'autrefois. Il a toujours été étonnamment moderne, au pur présent de son époque. Ancré dans le réel, dans la vie, dans le monde. Et sans doute jamais autant que ces temps-ci, alors qu'il ne cesse de tourner, en France et beaucoup à l'étranger.

On l'a connu au milieu des années 1970, un beau jeune homme dans Hôtel du lac, une pièce de François-Marie Banier qui avait été mise en scène par Andreas Voutsinas… Quelque temps plus tard, il fut Branwell dans Les Sœurs Brontë d'André Téchiné. Dès ce moment, il fut complètement reconnu. Il n'a pas arrêté, depuis, de tourner, de jouer au théâtre.

Un acteur «rohmérien»
Avec le temps, le jeune homme solaire, qui donnait parfois le sentiment d'une certaine fragilité, d'un manque d'assurance, s'est affermi, affirmé, émacié. Il a mûri. Il s'éloigne, le jeune premier de La Petite Catherine de Heilbronn, en 1979, au théâtre, le séducteur flou du Beau Mariage en 1982, dans la lumière de Rohmer. De cette même année date une pépite, Chassé-croisé d'Arielle Dombasle. Tout comme cette série d'époque: les courts-métrages de Rosette. Il est alors classé «rohmérien»: Pauline à la plage (1983), L'Arbre, le Maire et la Médiathèque (1993), côté film, et le délicat Trio en mi bémol, en 1987, au Rond-Point.

Longue liste des films, au cinéma, à la télévision, long parcours des pièces. Il n'en fait jamais tapage. Il a conservé les vertus de son éducation. Il est né dans une famille protestante, petit dernier d'une fratrie heureuse, deux sœurs, un frère. Père industriel, mère qui savait le piano. On l'envoie à la chorale. Il a une voix de soprano léger. À 12 ans, il est sur le plateau de l'Opéra de Paris. Carmenavec Régine Crespin. Inoubliable. Mais aussi Tosca, Tannhäuser, Fidelio. «Le virus est là», dit-il dans un de ses désarmants sourires. «Je me déguisais beaucoup.» En toute logique, il suit des cours d'art dramatique. Chez Jean Périmony. Il rencontre celui qui sera son meilleur ami, jusqu'à sa mort précoce en 1988, Marc Delsaert. Pascal se glisse en auditeur libre au conservatoire. Il adore Marcel Bluwal qui l'engagera d'ailleurs pour une dramatique télé, Mitzi.

Il est prêt pour la route… Un soir de 1987, alors qu'il vient de voir un spectacle médiocre et qu'il dîne du côté de Montparnasse, il rencontre Patrice Chéreau. Un nouveau grand chapitre de sa vie s'ouvre, qui passe par des films (La Reine Margot, Ceux qui m'aiment, Son frère, Gabrielle) et du théâtre (Hamlet, Le Temps et la Chambre, Phèdre, Rêve d'automne), avec, au milieu, ce moment extraordinaire que fut, à la Manufacture des Œillets, en 1995, Dans la solitude des champs de coton de Bernard- Marie Koltès, qu'ils jouaient tous les deux en un affrontement sauvage.

En mémoire de Patrice Chéreau
La lecture qu'il donnera toute cette saison, de Paris*, aux régions et au-delà, s'inscrit dans l'intimité comme dans le partage. Le bel aujourd'hui s'embrume de chagrin. Ce jour-là, alors qu'on le retrouve, après un tournage au Portugal, et juste avant de s'envoler pour le Rwanda, où Atiq Rahimi adapte le roman de Scholastique Mukasonga, prix Renaudot 2012, Notre-Dame du Nil, on va passer beaucoup de temps à évoquer la mémoire de Patrice Chéreau. Ses travaux et ses jours. L'artiste aussi lumineusement intelligent, audacieux, courageux, qu'il pouvait être ombrageux, intimidant, et en même temps simple et rieur, s'est éteint le 7 octobre 2013. Il n'avait pas encore 69 ans. On parle de lui parce qu'il a marqué chacun, que nul l'ayant côtoyé ou ayant partagé la beauté de ses films ou de ses mises en scène, de ses prises de parole, de ses textes - il écrivait admirablement bien - ne pourra jamais l'oublier, ni se référer à lui. S'en remettre à lui: «Et Chéreau, qu'est-ce qu'il en aurait pensé?»

«À la mort de Patrice Chéreau, je me suis demandé ce que l'on pouvait faire. Je repensais à ce qu'il disait : que s'il n'avait pas été metteur en scène, il aurait aimé être chef d'orchestre ou écrivain»
Pascal Greggory

 

Sous le titre «Ceux qui m'aiment…», il lit un choix d'écrits, sélectionnés et ordonnés avec Anne-Louise Trividic et mis en scène par Jean-Pierre Pancrazi, dans des lumières de Dominique Bruguière. Toute la garde rapprochée de l'artiste disparu est là. «Il s'agit, au commencement, d'une entreprise très solitaire.» Un travail à combustion lente.

«À la mort de Patrice Chéreau, je me suis demandé ce que l'on pouvait faire. On se défend comme on peut d'une disparition aussi tragique. Je repensais à ce qu'il disait: que s'il n'avait pas été metteur en scène, il aurait aimé être chef d'orchestre ou écrivain. Et j'avais toujours été impressionné par son style. J'ai donc choisi des textes et puisé dans ceux qui sont publiés, comme du côté de pages plus intimes. Des lettres. L'une adressée aux acteurs du Temps et la Chambre, un poème, des cartes postales, filmées et projetées. Il y aura de la musique dont celle qu'il avait choisie pour ses obsèques, cette fanfare espagnole fracassante, venue de Séville, qu'il aimait tant…»

* Odéon, le 10 décembre à 20 heures. Tél.: 01 44 85 40 40.

Bio express

1954 - Naissance à Paris.

1978 - Tournage des  Sœurs Brontë .

1987 - Rencontre Patrice Chéreau.

1995 - Joue avec Chéreau Dans la solitude des champs de coton.

2008 - Ordet  avec Arthur Nauzyciel.

2018 - Tourne au Rwanda avec Atiq Rahimi et joue, le

 

10 décembre, à l'Odéon.

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« Kiss and Cry » : théâtre au doigt et à l'oeil à La Scala Paris

« Kiss and Cry » : théâtre au doigt et à l'oeil à La Scala Paris | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Philippe Noisette / Les Echos  04/12 /2018

 


Le théâtre parisien reprend le spectacle culte de Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael : une love story dansée avec les doigts de la main - filmée de main de maître dans des décors nains. A venir en janvier : « Cold Blood », puis « Amor », deux autres productions du duo belge.

 


Une presse séduite, un public enthousiaste : créé en 2011 à Mons, « Kiss & Cry » s'est imposé très vite comme un spectacle culte. Il est repris ces jours-ci à la Scala Paris dans le cadre d'une trilogie présentée par le duo belge De Mey-Van Dormael. Sous-titré « NanoDanses «, cet opéra de poche visuel doit son succès à un savant mélange de technologie et de touchante naïveté. Lorsque le spectacle commence, on ne voit qu'un groupe de techniciens qui, après une ronde, se dispersent sur le plateau. Qui à la caméra, qui aux accessoires, qui à la régie. De petits décors sont plantés qui vont prendre vie sous l'oeil grossissant d'un objectif : de scène en scène, un film en direct raconte la vie et les amours de Gisèle.

Et la danse ? C'est là que le Nano est grand. Michèle Anne De Mey autrefois compagne de route d'Anne Teresa De Keersmaeker, puis chorégraphe installée à Charleroi, a imaginé des chorégraphies pour les doigts ou les mains. Elle dialogue ici avec Grégory Grosjean dans un pas de deux constant. Des doigts qui se croisent pour dire le désir, des mains qui se frôlent pour conter l'attente. Une vie en résumé.

BALLET D'ACCESSOIRISTES
Filmés dans les décors, ils sont les protagonistes d'un voyage sentimental qui réserve bien des surprises. L'histoire est parfois nunuche à souhait (textes de Thomas Gunzig) avec ses digressions sur l'amour comme les oranges ou les oignons. Pas grave ! On ne quitte plus des yeux ce tandem sur le bout des ongles. Et si l'écran trouve ses limites, rien n'empêche de saisir au vol ce ballet d'accessoiristes, cette valse d'un cameraman avec son engin. Ou mieux encore, le temps de cette version tire larmes de « Nothing Compares 2 U » par Jimmy Scott, le duo Michèle Anne De Mey-Grégory Grosjean d'une incroyable sensualité.

Jaco Van Dormael, documentariste et cinéaste, avait séduit avec « Toto le héros » ou « Le Huitième Jour » avant d'essuyer un échec public avec « Mr Nobody » en 2009. Il revient non par la petite porte, mais par les coulisses de la scène : « Kiss & Cry » lui doit beaucoup. D'ailleurs, que signifie ce titre ? C'est le nom donné au banc sur lequel le patineur s'assoit après son passage en attendant les notes du jury. Pour le coup, nul doute que ce « Kiss & Cry » en mode « Nanodanses fait un carton - technique comme en artistique.


KISS AND CRY
La Scala Paris,

01 40 03 44 30

du 4 au 31 décembre. Durée : 1h15

« Cold Blood » du 4 au 27 janvier.

« Amor » du 29 janvier au 3 février

 

Légende photo : 
Des doigts qui se croisent pour dire le désir, des mains qui se frôlent pour conter l'attente. © Maarten Vanden Abeele

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Théâtre : ici, Hamlet déambule parmi les spectateurs

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Par Brigitte Salino dans Le Monde   06.12.2018


Le Secret, un théâtre parisien éphémère, présente la pièce de Shakespeare dans une version « immersive ».

Il s’appelle Le Secret et c’est un lieu éphémère comme il y en a beaucoup en ce moment – des cafés, des boutiques, des galeries, des théâtres. Il se trouve dans le 5e arrondissement de Paris, près de la mosquée, où il a ouvert fin juin et fermera fin décembre, et il occupe le vaste espace (1 200 mètres carrés) d’une ancienne usine, qui devrait bientôt être transformée en hôtel de luxe. Passé le porche, on se retrouve sous une verrière, où un bar a été installé. C’est là qu’attendent les spectateurs, souvent très jeunes, venus vivre une expérience qui elle aussi est dans l’air du temps : du théâtre immersif. Soit Helsingor, une adaptation d’Hamlet en une heure et demie et en mode déambulatoire dans quatre espaces – une salle du trône, trois chambres, une chapelle, un cimetière –, que chacun parcourt à sa guise, en choisissant les scènes qu’il a envie d’entendre.

Le principe s’inspire du concept d’une compagnie britannique, Punchdrunk, dont Sleep No More poursuit à New York sa carrière triomphale commencée à Londres. Le public est invité à entrer dans un hôtel, en respectant des règles : garder un masque donné à l’entrée, ne pas parler, explorer les lieux où des personnages jouent une histoire d’amour et de meurtre. Léonard Matton, qui est à l’origine du Secret, joue sur la même ligne. Depuis 2005, ce metteur en scène de 35 ans codirige avec Roch-Antoine Albaladéjo, un des acteurs d’Helsingor, la compagnie A2R, avec laquelle il voulait faire du théâtre immersif.

Mais il fallait dénicher un endroit adéquat, ce qui n’était pas une mince affaire dans Paris. Et il fallait trouver les financements, autre source de tracas. Au bout de trois ans de recherches, Léonard Matton a pu ouvrir Le Secret, grâce au promoteur qui s’est contenté d’un loyer modeste, à des mécènes qui l’ont soutenu et à des amis bénévoles qui se sont engagés dans le projet.

L’action de la pièce est concentrée en une nuit et resserrée sur quelques scènes

Sous-titré Château d’Hamlet, Helsingor repose sur un postulat : l’action de la pièce, qui chez Shakespeare s’étend sur plusieurs mois, est concentrée en une nuit et resserrée sur quelques scènes. Autant dire que l’on n’aura pas tout le texte. Ce n’est d’ailleurs pas l’objectif, puisque l’on n’assiste pas à une représentation, mais à une mise en action d’Hamlet, dans un contexte particulier : chacun est prié de laisser son téléphone portable au vestiaire – autant pour éviter les interférences avec la sonorisation que les textos – et lesté d’un bracelet qui signe l’appartenance à un groupe. « Sentez-vous libres », dit une voix avant que les différents cortèges, menés par des comédiens munis de drapeaux, pénètrent dans les salles.

Noir, c’est noir. Des couloirs noirs, des parois noires, des salles noires et des rideaux noirs en guise de portes. Mais l’obscurité n’envahit pas tout. Elle est juste assez présente pour rappeler le contexte d’un drame dans un château, et parsemée de petites lumières qui permettent de se repérer. On entend une voix juvénile – Ophélie dans sa chambre avec son père, Polonius – ou un chuchotement anxieux près d’une croix – Hamlet parlant au fantôme de son père. On va de l’un à l’autre, des groupes se forment et se déforment, les comédiens évoluent au milieu des spectateurs, à qui ils s’adressent volontiers, et dans les couloirs on croise des gens à l’affût. Tout le monde est debout, une jeune fille tient sa canette de bière à la main, un jeune enfant sourit de bonheur en entendant Hamlet lui dire à l’oreille : « La vengeance, oui, la vengeance. »

Se sentir acteurs d’un projet


Parce qu’il joue très bien, cet Hamlet en manteau de cuir (Stanislas Roquette) donne envie de le suivre, même quand il se cache, silencieux, derrière un rideau. Quand il dit « Etre ou ne pas être » – sans faire la liaison –, tout le monde se rassemble autour de lui, allongé sur le sol. Un bruit de vent sur la lande accompagne sa tirade, un roulement de tambours rythme son combat avec Laërte (éclats des lames de couteau dans l’obscurité), un son d’orgue annonce son agonie (cerné des autres cadavres de la tragédie). Fin. Noir. Applaudissements nourris. Pari gagné ? Oui, au sens où il permet aux gens, saturés d’images et à la recherche d’un lien social, de se retrouver et de se sentir acteurs d’un projet.

Le Secret et son Helsingor rejoignent ainsi la cohorte  d’événements qui font florès, comme L’Atelier des lumières et son immersion dans Klimt, où le divertissement s’annonce comme de la culture, à l’aune des progrès technologiques. En théâtre, où tout est toujours affaire de recommencement, intégrer les spectateurs à une représentation n’est pas nouveau : il suffit de se souvenir de l’Orlando furioso de Luca Ronconi et du 1789 d’Ariane Mnouchkine, avec les comédiens circulant sur des ­chariots parmi le public. Mais c’était un autre temps, le politique primait sur le ludique, et l’art sur la technologie.

Helsingor - Château d’Hamlet. Mise en scène Léonard Matton. Le Secret, 18, rue Larrey, Paris 5e. Jeudi et vendredi, à 21 heures. Samedi, à 18 heures et 21 heures. www.le-secret-paris.com/helsingor

Brigitte Salino

Légende photo :  Stanislas Roquette incarne Hamlet. (c) Melanie Dorey

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Marina Hands, fille, soeur, actrice  : entretien avec Joëlle Gayot (France Culture)

Marina Hands, fille, soeur, actrice  : entretien avec Joëlle Gayot (France Culture) | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot sur le site de son émission "Une saison au théâtre"  sur France Culture

 

Ecouter l'émission en ligne (30 mn)

 

Une scène, deux sœurs, de la langue, du conflit : Pascal Rambert écrit une pièce pour un duo d'actrices, Marina Hands dans le rôle de l'aînée et Audrey Bonnet dans celui de la cadette. L'occasion de rencontrer Marina Hands autour de son rapport à la filiation, depuis le théâtre et avec le théâtre.

Avec Marina Hands, comédienne, elle partage avec Audrey Bonnet l’affiche de Sœurs, une pièce écrite et mise en scène par Pascal Rambert : au Théâtre des Bouffes du Nord (Paris) jusqu’au 09 décembre ;  le 22 janvier 2019 au Panta Théâtre (Caen).

L’occasion, pour notre encyclopédie vivante du théâtre, de questionner la place théâtrale du lien filial : la famille au théâtre, la famille de théâtre. Qu’est-ce que ce noyau permet de raconter d’histoires ? Qu’est-ce qu’une famille noue sur scène ?


"C'est un duel de sœurs, de femmes, qui contient celui de plein de femmes, mais ce n'est pas un duel d'actrices."

Avec Sophocle, sont apparues Antigone et Ismène suivies d’Electre, d’Iphigénie, et de Chrysothémis. Avec Shakespeare, on découvrit Cordélia, Goneril et Regan. Puis vint Tchekhov, et avec lui Olga, Macha, Irina.

Il y aura désormais, prenant place à leur tour dans cette longue lignée de sœurs qui s’aiment et se haïssent, Marina et Audrey. Elles surgissent sur la scène des Bouffes du Nord à Paris avec la force d’un tsunami. Elles s’y font face pour un duel qui n’est pas un duo mais une lutte où l’arme qui fait mouche, c’est le mot, où les coup portés surfent sur une énergie qui va de l’une à l’autre. Elles sont deux vases communicants.

Et peut être bien que le combat qui les oppose, conflit venu de loin et auquel leurs paroles donnent forme, est le point incandescent vers lequel le théâtre, depuis des siècles, tendait. Peut être que s’incarne, dans ce combat, la totalité des combats entre sœurs. Peut être qu’on se trouve là face à l’absolu du combat.

En écrivant et en mettant en scène Sœurs, l’auteur Pascal Rambert s’immisce au cœur du lien familial. C’est un champ de mine. A chaque pas tout menace d’exploser. Il faut, pour tenir debout jusqu’au bout, deux immenses comédiennes. Audrey Bonnet et Marina Hands sont ces actrices.

 

Extraits des propos de Marina Hands :

La scène est un endroit de langage, un endroit de liberté sur lequel il n'y a aucun tabou. C'est addictif, pour un comédien : un endroit qu'on protège, dont on a besoin pour vivre ; un endroit où on est autorisé à parler, à exprimer une parole, à porter des mots précis et justes, ce qu'on ne sait pas forcément faire dans la vie. Il y a des gens dans la vie qui savent parler, interagir : je pense que ces gens-là n'ont pas besoin de monter sur scène.



A quel point la langue est une arme... La pièce Sœurs donne l'exemple de la puissance de la langue et répond à cette question : à quoi ça peut servir, l'étendue de la langue ? Tenir la langue, la faire passer coûte que coûte, muscler la parole : c'est tellement libérateur.

 


Ce qui fait irruption sur scène soudainement en présence de ces deux sœurs, leur énergie, c'est au-delà du règlement de comptes. Pascal Rambert appelle ça "la gigantomachie" : ces sœurs sont le lieu de passage de plusieurs générations.

INTERVENANTS
Marina Hands

Avec les voix (INA) de la comédienne Ludmila Mickaël, de la comédienne Simone Signoret, du romancier Arnaud Catherine...

 

Légende photo : Marina Hands (à droite) et Audrey Bonnet (à gauche) dans SŒURS, une pièce écrite et mise en scène par Pascal Rambert• Crédits : Jean-Louis Fernandez

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Marceline Lartigue : une femme, une artiste flamboyante

Marceline Lartigue : une femme, une artiste flamboyante | Revue de presse théâtre | Scoop.it

02 MAI 2018 | PAR RAPHAËL DE GUBERNATIS dans Toutelaculture.com

 

Marceline Lartigue : une femme, une artiste flamboyante

Marceline Lartigue, qui vient d’être victime d’une rupture d’anévrisme à la veille des défilés du 1er mai, à Paris, avait une beauté d’une autre époque. Éclatante et pulpeuse, un peu à la façon de Brigitte Bardot dans son jeune temps. Et avec cela un chic extraordinaire pour se vêtir, une élégance toute théâtrale dont elle était sans doute la première à s’amuser, même si elle devait être parfaitement consciente de l’effet de ses tenues si recherchées dans une société où le laisser-aller est désormais de mise. Elle était malicieuse encore, dotée d’un humour très particulier, ravageur, qui lui conférait un charme supplémentaire.

Si elle n’avait été danseuse, elle eut pu être mannequin. Pas mannequin comme ces filles cadavériques à la mine patibulaire qui défilent aujourd’hui sur les podiums de la mode. Mais le mannequin fétiche d’un créateur furieusement original.
La danse, elle entreprend de la conquérir en suivant dans la seconde moitié des années 1970 les cours de Carolyn Carlson, Hideyuki Yano ou Suzon Holzer. Des choix, comme tous ceux qu’elle effectuera par la suite, pointus et judicieux, loin des sentiers battus, et qui feront d’elle, durant les décennies suivantes, l’exemple parfait d’une artiste française au parcours emblématique pour son temps, quand bien même sa forte personnalité donnera toujours d’elle l’impression qu’elle demeura un électron libre.

Paris, Arles, New York, Paris

C’est que Marceline Lartigue a de qui tenir. Sa mère, Bernadette Bonis a été longtemps critique de danse à « Révolution », puis un temps directrice des Rencontres chorégraphiques de Bagnolet, manifestation à la tête de laquelle elle a succédé à son fondateur, Jaque Chaurand. Son père, le poète et romancier Pierre Lartigue, disparu en 2008, fait lui aussi partie de cette intelligentsia française qui découvre dans la danse contemporaine un champ infini de réflexion et d’inspiration. Co-fondateur de la revue « Avant-Scène/Ballet-Danse », il est aussi critique à « L’Humanité ».

Après avoir suivi un stage demeuré fameux, donné par la chorégraphe Lucinda Childs lors du Festival de Danse d’Arles en juillet 1980, Marceline Lartigue, conçoit une première pièce, « Dum Dum Duo »,  lors du Festival de Danse de Chateauvallon de 1982, à l’invitation de Patrick Bensard. Puis, comme tant de jeunes danseurs de sa génération, elle entreprend en 1983 le pèlerinage obligé à New York qui est alors le centre universel de la danse contemporaine, le lieu où résident la plupart des grands et futurs grands chorégraphes américains. Elle étudie évidemment dans le studio de Merce Cunningham à Westbeth et danse déjà pour Karole Armitage et Susan Hayman-Shaffey. De retour en France, elle s’engage dans la compagnie de Karine Saporta et se produit dans les salons de l’Hôtel Meurice au cours d’un duo époustouflant, « Une Passion », créé pour elle et pour Hideyuki Yano par Saporta.

La comtesse sanglante

Marceline Lartigue repart pour New York afin d’y danser l’ébouriffant « Gogo Ballerina » de Karole Armitage, puis, regagnant la France, fonde aussitôt sa propre compagnie, « Szerelem ». Avec celui qui est devenu pour un temps son époux, le compositeur Hugues de Courson, elle crée ainsi un spectacle chorégraphique et musical, « Erszebet », qu’on découvre au Centre Pompidou et qui évoque la figure légendaire et sanglante de la comtesse hongroise Elisabeth Bathory d’Ecsed. Un spectacle fort, baroque, inattendu, qui est un éloquent reflet de la personnalité flamboyante de son autrice et de ses centres d’intérêt hors du commun, tout comme le seront plus tard ses ouvrages autour des figures de Lola Montes ou de Gilles de Rais.

L’Orage d’une robe qui s’abat

Un peu partout en France, voire à l’étranger, suivront de nombreuses productions au cours des années 1990, dont une création, « Prédelle », pensée pour le danseur-étoile de l’Opéra de Paris, Jean-Yves Lormeau. Des productions aux titres évocateurs et poétiques comme « Tricheurs », « Tabou », « Centaure », « L’Improbable », « L’Orage d’une robe qui s’abat », « L’Antichambre des contes ». Cependant que Marceline Lartigue se fait par ailleurs l’interprète de l’Américaine Susan Buirge dans « Le Jour d’après » (2000) et l’œil de la forêt » en 2002, ou l’assistante de l’Argentine Graziella Martinez lors du retour de cette dernière à Paris, au studio Le Regard du Cygne en 2003. Elle est aussi le sujet de clichés des photographes Philippe Taka, Anne Nordmann ou Geneviève Stephenson.

La découverte de l’Afrique

Dans les années 2000, dès 2003 précisément, lors d’un voyage d’étude au Sénégal, la découverte de l’Afrique modifie profondément la trajectoire de Marceline Lartigue, même s’il lui arrive aussi de travailler au Vénézuela.
Elle poursuit ses investigations au Ghana, au Burkina-Faso, au Mali, au Sénégal encore, au Bénin surtout, en menant des études autour des rituels encore en vigueur au sein des populations de ces pays, ce qui lui vaut de bénéficier d’une bourse Villa Médicis-Association française d’Action artistique-Hors les murs. A partir de là, Marceline Lartigue construit des ouvrages en travaillant avec des danseurs africains, ouvrages mêlant les danses et les rites de plusieurs cultures de l’Afrique noire et inspirés entre autres choses par les danses rituelles pratiquées lors des cérémonies des cours royales du Dahomey.

Ces spectacles n’ont pas été vus à Paris, mais beaucoup l’ont été lors de tournées en Afrique, devenue ainsi la terre de prédilection de la danseuse française. En Afrique de l’Ouest comme en France, la disparition brutale, inattendue de Marceline Lartigue endeuille toute une génération d’artistes innombrables et de figures du monde culturel que sa personnalité hors du commun ne peut qu’avoir émerveillés ou séduits.

Raphaël de Gubernatis

Visuel : © Philippe Taka

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Un art du XXIe siècle: Don DeLillo dans le théâtre de Julien Gosselin

Un art du XXIe siècle: Don DeLillo dans le théâtre de Julien Gosselin | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Entretien avec plusieurs acteurs : Victoria Quesnel, Frédéric Leidgens, Denis Eyriey  et de la traductrice Marianne Véron

 

Julien Gosselin, en mettant en scène trois romans du grand écrivain américain Don DeLillo, propose un spectacle qui parle de notre monde et demande un engagement total: les répliques fusent, c'est très physique, sonore. Les comédiens et la traductrice nous parlent de cette écriture.

 

Ecouter l'émission sur le site de France Culture (45 mn)


En 2008, une crise financière mondiale imprévue a jeté dans la misère des millions de gens sur la planète.  En 2015 -2016, la France a été marquée par une campagne terroriste opaque dont personne n’est encore parvenu à tirer toutes les leçons.  En 2016, un menteur sociopathe a été élu contre toute attente Président des Etats-Unis. L’année 2018 s’achève en France avec le mouvement des Gilets jaunes que nul ne parvient à saisir ni caractériser. La menace climatique se précise partout sans que l’on parvienne à dire aisément en quoi elle consiste étant donné que l’on croule sous les informations. Et partout aussi, des mouvements dits populistes, souvent nationalistes, font vaciller les pouvoirs en place quand ils ne les balayent pas complètement, tandis que se répandent les rumeurs les plus folles de violences et de manipulations politiques. Le défi de de mettre en forme l’époque n’a jamais paru si difficile. Comment l’art, en particulier ces formes archaïques que sont la littérature et le théâtre, auraient-ils encore quelque chose à nous dire sur cette époque que l’on a de plus en plus de mal à dire nôtre?  Comment rendre compte de ce monde global et local à la fois,  né le 11 septembre 2001 et qui devient chaque année un peu plus parfaitement  méconnaissable, un monde surinformé, hanté par les prospectives statistique et les algorithmes, et pourtant, justement pour ça peut-être, soumis à chaque instant ou presque, au risque de la violence et de l’imprévu. Ce que l’on appelait autrefois la culture a laissé le pas à l’information et pourtant on n’a peut-être jamais si peu su quoi que ce soit du présent.

Parmi les trentenaires, les milleniums, comme on dit, qui cherchent à le relever et qui y parviennent de façon parfois éblouissante et toujours passionnante, on reçoit aujourd’hui les comédiens de la troupe si vos pouviez lécher mon cœur, dirigée par Julien Gosselin qui monte en ce moment aux ateliers Berthier à Paris un spectacle formidable. Ce spectacle est adapté de  Joueurs, Mao II et Les Noms trois romans écrits par Don DeLillo, un écrivain américain assez peu lu en France, et dont on va parler aussi dans cette émission. Attentats, finance mondiale, World Trade Center, querelles de couple, sectes, mystique du langage, mystique de la terreur, mystique de l’information : Neuf heures de plongée théâtrale totale explosive, dérangeante dans la furie du monde contemporain à voir si possible en une fois si vous le pouvez. 

Plusieurs extraits du spectacle:

- un chant chinois

- un dialogue entre Bill et Haddad 

-  un extrait de marteau Dubai 

- " Ballad ( in other words I am three ) de Charles Mingus

 

Légende photo : Joueurs, Mao II, les Noms• Crédits : Simon Gosselin

 

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