Revue de presse théâtre
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"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Sélection de spectacles  -  Théâtre et cirque -  Rentrée 2018

Sélection de spectacles  -  Théâtre et cirque -  Rentrée 2018 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Les dates indiquées sont en principe les dates de première. En cliquant sur les noms de lieux (en orange), vous trouverez en lien sur les sites des théâtres les dates, les horaires, et des informations plus complètes sur ces spectacles

 

04/09/18

 

05/09/18

 

 

10/09/18

 

11/09/18

  • Ouverture de la Scala-Paris, avec SCALA par Yoann Bourgeois La Scala-Paris

 

  • BIENNALE DE LA DANSE A LYON, créations chorégraphiques de Maguy Marin, Yuval Pick, Yoann Bourgeois, Fabrice Lambert, Jérôme Bel, etc. DU 11 au 29 septembre dans différents lieux de l'agglomération lyonnaise. Site de la Biennale de danse

 

13/09/18

  • SHOCHIKU GRAND KABUKI, troupe japonaise Festival d’Automne à Paris Chaillot

 

  • LE PÈRE, de Stéphanie Chaillou, mise en scène Julien Gosselin Festival d’Automne à Paris MC93 Bobigny

 

  • LES IDOLES, texte et mise en scène Christophe Honoré, Vidy-Lausanne

 

14/09/18

  • LOVE ME TENDER, d'après Raymond Carver, adaptation et mise en scène Guillaume Vincent, Bouffes du Nord

 

 

15/09/18

 

 

  • Alain CAVALIER – Mohamed EL KHATIB Festival d’Automne à Paris  Nanterre-Amandiers

 

18/09/18

  • UNE MAISON DE POUPÉE  Ibsen, mise en scène Lorraine de Sagazan (reprise) Le Monfort

 

19/09/18

  • L’HEUREUX STRATAGÈME Marivaux, mise en scène Emmanuel Daumas, par la Comédie-Française Vieux-Colombier

 

 

  • LES FOURBERIES DE SCAPIN  Molière / Denis Podalydès, par la troupe de la Comédie-Française en tournée TGP Saint-Denis

 

20/09/18

 

 

21/09/18

 

 

 

22/09/18

 

  • LA BANDE À JO soirée spéciale autour des créations de Georges Lavaudant MC2 Grenoble

 

  • LA REPRISE  Histoire(s) du Théâtre (1) de Milo Rau Festival d’Automne à Paris Nanterre-Amandiers

 

26/09/18

  • LA DAME AUX CAMÉLIAS d'après A. Dumas fils mise en scène Arthur Nauzyciel TNB Rennes

 

 

  • GEORGE DANDIN ou le mari confondu Molière/ Jean-Pierre Vincent MC93 Bobigny

 

 

  • Festival International des Francophonies en Limousin du 26 septembre au 6 octobre, avec de nombreux spectacles inédits en France, notamment un "Focus Québec", différents lieux de Limoges  Détail de la programmation

 

  • Festival ACTORAL à Marseille, spectacles de Rodrigo Garcia, Théo Mercier, Laetitia Dosch, Hubert Colas, Alexander Vantournhout,  Mohamed El Khatib...  Jusqu'au 13 octobre  Divers lieux de Marseille Détail de la programmation

 

27/09/18

 

29/09/18

  • ARLEQUIN POLI PAR L'AMOUR  de Marivaux mise en scène Thomas Jolly (reprise du spectacle créé en 2006, premières à Paris)  La Scala-Paris

 

05/10/18

 

 

08/10/18

 

10/10/18

 

11/10/18

  • MAMA texte et mise en scène Ahmed el Attar Festival d’Automne à Paris MC 93 Bobigny

 

 

12/10/18

  • LA PRINCESSE MALEINE Maeterlinck / Pascal Kirsch MC93 Bobigny

 

 

15/10/18

 

16/10/18

 

27/10/18

 

08/11/18

 

 

Liste non exhaustive établie par Alain Neddam – Mise à jour 08/09/18

 

Légende photo : « La Reprise »  de Milo Rau ©Christophe Raynaud de Lage/Han

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Krystian Lupa, un "Procès" bien instruit

Krystian Lupa, un "Procès" bien instruit | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Augustin Guillot Envoyé spécial à Montpellier
— 7 juin 2018 


A Montpellier, le metteur en scène polonais a dévoilé son adaptation saisissante du roman de Kafka, dans laquelle il fusionne le texte, la vie de l’auteur et des allusions à sa propre situation d’artiste en conflit avec le gouvernement ultraconservateur de son pays.


Le gars est à moitié nu dans son lit, blafard et suant, il veut dormir, dormir, oublier le monde et s’oublier soi-même. Et puis, comme pris de rage au cours d’une nuit d’insomnie, il se lève d’un coup, saisit son matelas et le jette violemment, avant de se jeter lui-même sur les ressorts saillants de son sommier métallique : «Jésus-Christ. Roi des juifs», entend-on alors. Ce type esseulé et neurasthénique, c’est Franz Kafka. Du moins tel qu’il apparaît dans la nouvelle création du Polonais Krystian Lupa, une adaptation du Procès qui met en scène à la fois le roman et son auteur. Kafka en artiste crucifié par la société, donc. Autant dire que si l’image, sur le plateau, n’avait pas été si saisissante, si le roman n’avait pas été lui-même une histoire de condamnation et d’exécution, si Kafka n’avait pas été juif et si Krystian Lupa ne venait pas justement d’être confronté à son tour à l’autoritarisme du gouvernement polonais, tout cela aurait pu sombrer dans le cliché. Mais ici, le réseau de significations converge avec une telle force - entre le roman, la vie de l’auteur, et les conditions d’exercice de son metteur en scène - que le lieu commun de l’artiste-martyr devient ici un acte parfait d’intelligence.

Nomination népotique
C’est que la question de la place des intellectuels dans la société s’est brutalement immiscée, rappelons-le, dans le processus de création de cette pièce. En 2016, le septuagénaire internationalement reconnu décide en effet d’interrompre les répétitions de son projet suite à la nomination népotique, à la tête du Théâtre Polski de Wroclaw - haut lieu de l’avant-garde théâtrale qui devait accueillir la «première» du Procès -, d’un acteur de sitcoms. De quoi nourrir aujourd’hui, alors que la droite nationale catholique entretient un climat de défiance envers les artistes (lire ci-contre), une lecture socio-politique de cette adaptation du Procès. Lecture à laquelle on a d’ailleurs souvent réduit le roman, en y voyant essentiellement une critique prophétique du totalitarisme (l’écrivain praguois est mort en 1924) et une mise en scène de la bureaucratisation du monde.

Au Printemps des comédiens, à Montpellier (Hérault), pour la première représentation de la pièce en France, c’était clairement sur ce genre d’effet miroir que les spectateurs attendaient Lupa, tant ce Procès semblait être l’arme idéale pour dénoncer la mise en procès de la culture par la droite polonaise. Lupa aurait pu capitaliser sur cette attente. S’y complaire en cochant toutes les cases du cahier des charges «théâtre et engagement» que l’on attend aujourd’hui de toute création. Heureusement pour la vitalité des arts, le Polonais n’est pas un polémiste ou un pédagogue déguisé en artiste et, malgré de rares allusions, ne se contente pas de réduire l’œuvre de Kafka aux signes les plus racoleurs de l’agenda politique. C’est qu’il connaît trop bien la dynamique du Procès, celle qui va de l’extérieur vers l’intérieur, du socio-politique au métaphysique, de l’arrestation sans raison de Joseph K. à la parabole religieuse proférée par un prêtre en pleine cathédrale. Alors, comme pour figurer cet infléchissement, Lupa insère une longue scène tout à fait étrangère au roman, mais qui fait vriller la pièce.

Mauvaise conscience
Trois proches de Kafka discutent, Felice Bauer est parmi eux. C’est avec elle que l’auteur s’est fiancé à deux reprises. Et à deux reprises, les fiançailles ont été rompues. Elle vit à Berlin, lui à Prague, ils se sont à peine vus, mais l’écrivain commence à la noyer de lettres, se prenant d’amour pour une ombre, la noircissant de mots comme pour donner une chair d’encre à cet être évanescent. Mais dans le même temps, Kafka à peur. L’aime-t-il ? Il n’en est pas certain. Ne répond-il pas seulement à une injonction sociale profondément intériorisée, celle du mariage et de la famille ? Probablement. Mais l’idée même de couple le dégoûte, la famille le débecte, et la simple vue d’un lit conjugal lui fout la nausée. Il a peur de perdre sa solitude, que sa puissance créatrice soit absorbée par des routines domestiques. Et pourtant dès qu’il est seul lui prend l’envie de se foutre en l’air. Cet état pendulaire, il l’impose à Felice qu’il martyrise dans un mélange de mauvaise conscience et de honte de lui-même. Felice, elle, comprend progressivement que cet homme ne peut pas l’aimer, qu’il ne peut rien aimer parce qu’il se refuse à l’amour. Et alors elle se met à le haïr pour ça : «Je ne suis qu’un instrument. Un instrument dont il se sert pour écrire. Je suis son stylo», souffle-t-elle, évidée, sur le plateau. Alors, sur scène, Felice se saisit du marteau laissé là, celui du juge devant lequel Joseph K. avait comparu peu avant, et se met à frapper : voilà Kafka mis en procès par ses proches. Cette scène sidérante et proprement pivotale nous éloigne du programme trop attendu d’un Procès strictement politique pour nous mener sur les rivages angoissés d’une fable sur la honte, la culpabilité et la mauvaise conscience. L’histoire d’un homme qui se met progressivement à porter la Loi en lui et à être déchiré par elle. Déchirement aussi muet chez Joseph K. qu’il était pathétique chez Paul de Tarse, figure kafkaïenne elle aussi exécutée par les autorités de son temps : «Je vivais jadis sans la Loi ; mais quand le précepte est survenu, le péché a pris vie tandis que moi je suis mort.»

Augustin Guillot Envoyé spécial à Montpellier
Le Procès de Franz Kafka m.s. Krystian Lupa. Du 20 au 30 septembre à l’Odéon (dans le cadre du festival d’Automne), les 16 et 17 novembre au Théâtre du Nord, Lille (59), le 15 décembre à la Filature-Scène nationale, Mulhouse (68).

 

Légende photo : Outre l’aspect strictement politique, l’adaptation du roman de Kafka par Krystian Lupa nous mène sur les rivages angoissés d’une fable sur la honte. Photo Magda Hueckel 

 

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Thomas Ostermeier : « Shakespeare pose la question du genre »

Thomas Ostermeier : « Shakespeare pose la question du genre » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Fabienne Darge  dans Le Monde 21.09.2018

 

Le directeur artistique de la Schaubühne de Berlin met en scène « La Nuit des rois » à la Comédie-Française.


A la Comédie-Française, où la troupe rêvait de travailler avec lui, le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier, directeur artistique de la Schaubühne de Berlin, met en scène La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez, de Shakespeare à partir du samedi 22 septembre. Il poursuit ainsi un parcours brillant avec l’auteur élisabéthain, commencé en 2006, et qui a été jalonné de spectacles mémorables comme Hamlet, Mesure pour mesure ou Richard III.

Lire la rencontre : La passion Shakespeare, selon Thomas Ostermeier

Comment vient s’inscrire « La Nuit des rois » dans votre chemin avec Shakespeare ?

Je travaille sur cette pièce depuis plusieurs années, dans le cadre de stages internationaux. Ce qui m’intéresse en elle, c’est notamment la manière dont elle pose la question du genre, quatre siècles avant nos interrogations actuelles. Et la façon dont elle aborde l’amour : en quoi consiste-t-il au juste ? Comment se construit-il sur la projection d’un être sur un autre ? Est-ce qu’on aime ce qu’on voit, l’extérieur, la projection, ce qu’on croit retrouver chez l’autre, ou l’être lui-même ? Si on ne sait pas qui est l’autre, si on ne considère pas son identité, est-ce qu’on est capable d’aimer ?

C’est aussi la première comédie de Shakespeare que vous montez, « Mesure pour mesure » étant plus ce que les Anglais appellent une « problem play »…

C’est ce que je trouve formidable : que Shakespeare arrive à poser des questions aussi profondes dans la forme d’une comédie. Il ne prêche pas, il dévoile toutes ces questions autour de l’amour, du narcissisme, de l’orgueil, à l’intérieur d’une forme séduisante. La comédie a toujours été présente dans mon travail, contrairement à ce qu’on pourrait croire, y compris quand j’ai monté Brecht, Ibsen ou Schnitzler. Ce que je n’aime pas, c’est la grosse comédie qui veut faire rire comme si on appuyait sur un bouton. Mais l’humour, oui, c’est essentiel.

Le choix de cette pièce est-il lié aussi au fait que vous la montez à la Comédie-Française ?

Oui, il y a la distribution idéale dans la troupe actuelle pour cette pièce. Denis Podalydès pour Orsino, Georgia Scalliet pour Viola, Adeline d’Hermy pour Olivia… Sans compter Stéphane Varupenne pour le fou, qui est un des rôles shakespeariens les plus difficiles. Que joue-t-on quand on joue le fou ? Le fou est-il là pour faire rire ? On va sans doute être surpris, aussi, de découvrir à quel point Christophe Montenez, au-delà de son image de jeune premier romantique, peut être drôle dans le rôle d’Andrew.

Pourquoi avez-vous demandé à Olivier Cadiot de réaliser une nouvelle traduction ?

Je le fais toujours. En allemand, c’est le dramaturge Marius von Mayenburg qui signe les traductions. D’abord parce que la langue française, comme l’allemande, compte beaucoup plus de syllabes que l’anglaise. Si l’on veut respecter la métrique du vers shakespearien, on perd forcément du sens. Je propose donc toujours de traduire en prose, ce qu’a fait Olivier Cadiot, mais il a introduit ici et là des touches poétiques.
« Les traductions françaises refoulaient fortement la dimension homosexuelle de la pièce, que nous avons voulu remettre au jour »

Ensuite, nous nous sommes rendu compte que les traductions françaises refoulaient fortement la dimension homosexuelle de la pièce, que nous avons voulu remettre au jour. Enfin, je trouve que souvent, en Allemagne comme en France, quand on va voir un Shakespeare, on ne comprend pas de quoi il est vraiment question. La volonté première, c’est de rendre la clarté du sens, la beauté des métaphores contenues dans toutes les répliques. Il ne s’agit pas d’infliger une version actualisée, gratuite, banale, à coups de téléphones portables ou je ne sais quoi.

La philosophe américaine Judith Butler, chef de file des « gender studies » à l’américaine, a notamment travaillé sur « La Nuit des rois » pour élaborer sa théorie du genre. En quoi la pièce anticipe-t-elle ces théories ?

La Nuit des rois ne parle que de cela, avec son jeu de doubles et de travestissements. La théorie de Butler peut se résumer rapidement en trois points. Il existe trois constructions du genre : le genre social, le genre biologique et le genre que chacun se choisit. Dans la lignée du déconstructivisme français, Butler pose le genre comme une construction. C’est ce que fait Viola dans la pièce. Par nécessité, elle doit se travestir en homme. Elle dit : maintenant, je suis un homme, et elle l’est. Les gens autour d’elle acceptent cette construction. Les autres personnages construisent aussi des moments qui ne sont pas hétéronormatifs. A la fin de la pièce, Shakespeare décide de refermer cette boîte qui est trop troublante, et de reconstruire des identités sexuelles normatives. Mais il montre bien que, même à ce moment-là, c’est un choix, et donc une construction. C’est pourquoi nous avons voulu garder le titre de la pièce en entier : La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez.

La pièce est-elle réductible pour autant à cette ­dimension ?

Pas du tout ! Une des raisons pour lesquelles je voulais la monter, c’est cette première phrase : « If music be the food of love, play on » [« On dit que la musique alimente l’amour/alors, musique », dans la traduction d’Olivier Cadiot]. Je crois comprendre très bien ce que Shakespeare veut dire : la musique est le seul art où l’on peut, dans l’expression elle-même, ressentir ce que veut dire l’amour. Ce n’est pas un hasard si, quand on est amoureux, on écoute, on chante, voire on écrit des romances… Nous avons donc fait le choix d’une forte présence de la musique baroque dans le spectacle, avec des musiques originales et une direction musicale de Nils Ostendorf, et la présence d’un théorbe et d’un contre-ténor. Pour retrouver ce sentiment amoureux par la musique elle-même et, grâce au contre-ténor, la dimension de l’androgynie et d’un monde qui est en train de se déconstruire.

La pièce a été écrite sensiblement au même moment qu’Hamlet, vers 1600-1601. Sont-elles proches ?

Oui, très. Viola, comme Hamlet, doit mettre un masque pour survivre. Il y a dans La Nuit des rois la grande question shakespearienne du pouvoir, avec une satire évidente de la cour d’Elisabeth Ire. Et une interrogation majeure sur les menaces que représentent les puritains, à travers le personnage de Malvolio. Trente ans après la mort de Shakespeare, les puritains prennent le pouvoir en Angleterre et ferment les théâtres. A travers Malvolio, Shakespeare donne une bonne leçon aux puritains de toutes obédiences, en montrant que chaque chose en ce monde a son envers.

La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez, de Shakespeare. Mise en scène de Thomas Ostermeier. Du 22 septembre au 28 février 2019 à la Comédie-Française, place Colette, Paris 1er. comedie-francaise.fr

 

Légende photo : Le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier à la Comédie-Française, à Paris, le 19 septembre 2018.  Photo STÉPHANE DE SAKUTIN / AFP

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Construire un feu, de Jack London, version scénique, mise en scène, scénographie et costumes de Marc Lainé

Construire un feu, de Jack London, version scénique, mise en scène, scénographie et costumes de Marc Lainé | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hotellothéâtre - 20 septembre 2018

 

Construire un feu de Jack London, version scénique, mise en scène, scénographie et costumes de Marc Lainé

 L’œuvre de Jack London (1876-1916) est caractéristique de ce que l’on nomme le roman d’aventures. Ainsi, en tant qu’aventurier – marin et chasseur de phoques –, l’écrivain américain explore la qualité inouïe de certaines expériences – non seulement l’aventure, au sens général, mais encore la puissance sauvage de la Nature et le monde animal, tels L’Appel de la forêt (1903) et Croc-Blanc (1907).

« Là s’étendait le Wild, le Wild sauvage, gelé jusqu’aux entrailles des terres du Grand Nord… » Si fort soit-on, on peut être vaincu par le Wild car la nature du Grand Nord américain et canadien est si démesurée qu’elle en est porteuse d’effroi.

De son côté, le plasticien, scénographe, réalisateur et metteur en scène Marc Lainé n’est pas en reste pour l’attrait énigmatique de la blancheur des vastes étendues enneigées : l’un de ses spectacles parmi d’autres, – Vanishing Point – s’inscrivait précisément dans le Grand Nord. Le concepteur crée sur la scène la seconde version à fin tragique de la nouvelle Construire un feu (2018) de Jack London.`

Un homme marche dans la neige, accompagné seulement d’un chien. Il doit retrouver le soir ses compagnons qui empruntent un autre itinéraire. Pour son premier hiver en ces lieux, il est surpris par le froid intense – 50° et encore plus bas.

Il peut à peine manger ses biscuits, les doigts s’engourdissant à la froidure ambiante.

La rivière gelée peut être dangereuse et cacher des trous recouverts de glace et de neige. Quand l’eau se brise, le marcheur s’enfonce dans l’eau glacée. Les pieds mouillés, il se sèche en construisant un feu sous le couvert d’arbres ; or, le feu s’éteint soudain par la neige accumulée sur les lourdes branches et tombée net.

Lui revient en mémoire le souvenir des anciens : « Au-delà de cinquante degrés sous zéro, on ne doit point voyager seul. »

Les mains, les pieds, les joues, le nez s’engourdissent peu à peu et gèlent…

Avec trois caméras, les maquettes et les toiles peintes représentant les paysages nordiques sont filmées en direct et projetées sur un écran au-dessus de la scène.

Et le baroudeur, rude gaillard expérimenté et peut-être trop sûr de lui, entreprend son voyage, faisant les mouvements et les gestes d’une marche immobile, face caméra.

Le comédien Nâzim Boudjenah, recouvert de fourrure et dont seul le visage reste à découvert, incarne la souffrance subie dans un abandon total, corporel et spirituel.

Le trappeur est filmé constamment, debout et assis, accroupi dans la recherche de brindilles, tandis que le narrateur s’essaie à un ample récit étrange et quasi documentaire, décrivant avec précision les moindres gestes du héros, expliquant comment Construire un feu : un mode d’emploi et un guide de survie pour amateurs.

Pierre-Louis Calixte – le narrateur – est légèrement facétieux, démontrant, preuve à l’appui, la supériorité immense de la Nature sur la petitesse des hommes vindicatifs.

Le chien conquiert sur le plateau une place d’importance, même s’il n’est pas l’ami de l’homme éprouvé, il offre un point de vue personnel, quant à l’instinct du danger.

Alexandre Pavloff incarne le chien, chemise et pantalon Lewis, pieds nus et chevelure longue, plie les pattes, ou se redresse debout, à l’écoute du maître.

Le public tendu et inquiet est subjugué, dans l’attente, tel le chien tenu en haleine par l’imminence d’un danger dont le cheminement a pourtant été long et patient. Attentif, le spectateur devine que l’homme ne résiste pas à un climat excessif et souverain.

La Nature – les profondeurs indicibles de l’espace hivernal et ses distances – est un univers de géants, une ennemie insensible, démesurée et étrangère à l’aventure humaine, si on ne sait l’apprivoiser, c’est-à-dire s’adapter à elle et la reconnaître.

Grave allégorie : il faut savoir entendre la voix de la Nature, apte à tout emporter.

Véronique Hotte

Studio-Théâtre de la Comédie Française, 99 rue de Rivoli, Galerie du Carrousel du Louvre 75001 Paris, du 15 septembre au 21octobre 2018, du mercredi au dimanche à 18h30. Tél : 01 44 58 15 15

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Ostermeier, la «Nuit» où «tout le monde est trans»

Ostermeier, la «Nuit» où «tout le monde est trans» | Revue de presse théâtre | Scoop.it


OSTERMEIER, LA «NUIT» OÙ «TOUT LE MONDE EST TRANS»
Par Anne Diatkine dans Libération — 20 septembre 2018

 


Le directeur de la Schaubühne à Berlin monte avec la Comédie-Française la pièce de Shakespeare «la Nuit des rois...» qui multiplie les jeux de rôle et de genre.


Thomas Ostermeier à la Comédie-Française ? Une évidence, du genre de celles qui paraissent se sceller sur un coin de table en trois minutes. Erreur ! La rencontre entre la maison de Molière et le directeur de la Schaubühne à Berlin n’aurait jamais eu lieu sans l’attention prolongée d’Eric Ruf, bien avant qu’il n’administre la maison de Molière, pour le travail d’Ostermeier. Le metteur en scène allemand, convoité par les grandes scènes internationales, refuse en effet de n’être qu’un nom sur une affiche qui agrémente une saison. Réciproquement, s’il a choisi de mettre en scène la Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez, c’est, dit-il, grâce à la troupe de la Comédie-Française. «J’y réfléchissais depuis cinq ans, mais ce n’est pas le type de pièce qu’on peut monter avec n’importe quelle équipe. Notamment parce que les rôles féminins d’Olivia et de Viola, travestie sous le nom de Césario, sont redoutables. Viola nécessite une actrice qui projette sur son rôle la naïveté, le courage, mais aussi l’androgynie et l’érotisme. On doit sentir que sa réponse à la demande amoureuse d’Oliva ne va pas de soi et qu’elle est profondément troublée par cette femme amoureuse qui la prend pour un jeune homme. C’est un cadeau de jouer Viola [ici Georgia Scalliet, ndlr], mais tant qu’on n’a pas trouvé l’actrice idoine, on renonce à monter la pièce.»

Redoutable, la comédie de Shakespeare, créée à Londres au théâtre du Globe le 2 février 1602, ne l’est pas moins. Ce n’est pas pour rien que la première édition de la pièce, posthume, en 1623, porte la dédicace : «A une grande variété de lecteurs». Manière d’indiquer qu’elle est autant un casse-tête qu’une comédie grand public. Plus de 400 ans après sa création, les interrogations littérales de la Nuit des rois sur la construction de l’identité sexuelle et du pouvoir percutent de nouveau. Les jeux de rôle et de genre où chacun joue à être l’autre, et où personne n’aime celui qu’il croit aimer, donne le tournis à la manière de deux miroirs qui se font face et n’en finissent pas de se refléter. Olivier Cadiot, qui a traduit la pièce de Shakespeare (1) pour Ostermeier : «Tout le monde est trans dans cette pièce où rien ne se fixe jamais, où les jeux de mots circulent souvent sur trois niveaux, et qui a été écrite pendant les grandes découvertes de Galilée, quand la cosmogonie était bouleversée.» Résumons grossièrement le début de l’intrigue. Viola, échouée en Illyrie après un naufrage, se déguise en jeune homme et prend alors l’apparence de son frère jumeau Sébastien, qu’elle suppose mort. Olivia, comtesse du royaume, feint de porter le deuil pour éviter d’être courtisée et ne pas subir les avances du duc d’Orsino. Olivia tombe éperdument amoureuse de cet étrange jeune homme, Césario, entré à son service pour plaider la cause amoureuse d’Orsino. Viola est obligée de cacher son amour pour Orsino. Ici, le travestissement, n’est ni un test, ni un amusement, ni une expérience, mais un chamboulement qui produit des effets en cascade sans retour possible.

On se glisse pendant un cours laps de temps salle Richelieu, où les acteurs répètent, une semaine avant la première représentation. Il s’agit moins d’observer le travail que de capter un instantanée, tout en volant des propos à Thomas Ostermeier, Olivier Cadiot, et Laurent Stocker, qui interprète le rôle de Sir Toby Haut LeCœur, constamment saoul, mais maître de cette épiphanie : la Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez.

Union homo en Illyrie

Viola est comme nous : quand débute la pièce, elle ignore tout du pays de son sauvetage et ce que peut bien être l’Illyrie, figurée sur scène par un banc de sable d’une blancheur de conte de fée - ou de photos de mode. Quelques palmiers en carton-pâte l’égaient, ainsi qu’un magnifique néon en étoile en guise de soleil. Un royaume en trompe-l’œil, vraiment ? Ce leurre est cependant situable. L’Illyrie, qui existait avant d’être annexée par Rome pendant l’Antiquité, recouvre à peu près l’Albanie actuelle. Ce royaume a l’inconvénient de ne pas avoir laissé de traces écrites. On ignore tout de la langue des Illyriens. Sur le plateau, c’est un espace tout en frontières qui se poursuit sous forme d’une fine passerelle légèrement au-dessus des premiers rangs. «Ne pas blesser les spectateurs en laissant traîner à la verticale son épée», s’inquiète un acteur. On ne quitte pas aisément l’Illyrie car, et «c’était connu à l’époque de Shakespeare, la région était infestée de corsaires et de bandits en tout genre», remarque Laurent Stocker. Totalement occulté aujourd’hui : dans cette région du monde, entre le VIe et le XIVe siècle, «le mariage homosexuel catholique et orthodoxe, avec témoins» se pratiquait par un rituel sanctifié par l’Eglise, nous apprend Thomas Ostermeier. «Les hommes passaient des mois à la guerre ou sur un bateau et n’avaient pas envie de se séparer par la suite.» Le nom de ce mariage ? L’adelphopoiia. Thomas Ostermeier : «Je pense que Shakespeare a choisi l’Illyrie pour cette raison.»

Shakespeare a conçu la Nuit des rois à peu près en même temps que Hamlet, et le royaume pourri est autant celui du prince du Danemark que celui d’Olivia, (Adeline d’Hermy), ou celui d’Orsino (Noam Morgensztern), remarque Thomas Ostermeier. Selon le metteur en scène, la conception du personnage d’Olivia ne sort pas de nulle part. «Elle est en miroir avec Elisabeth I, qui se disait mariée avec son peuple et qui était entouré de conseillers qui cherchent à la contenir et à la neutraliser par des épousailles. De même que Hamlet est obligé d’emprunter le masque de la folie pour survivre, de même Viola est forcée de se déguiser pour négocier sa destinée.» Le metteur en scène a retrouvé, dans la pièce, les trois phases théorisées par Judith Butler, à propos du sexe social, du sexe biologique, et du sexe dans lequel on se reconnaît. «Ici, il suffit à Viola de porter les vêtements d’un homme pour être admis en tant que tel.» Et le dénouement a des airs de famille avec la fin de Certains l’aiment chaud, le film de Billy Wilder. Personne n’est parfait.

Débordements d’épiphanie

Tout ce qu’il vous plaira, le sous-titre de la Nuit des rois, laisse entendre une équivalence entre les deux termes du titre. La nuit des rois ? Qu’est-ce à dire ? La dissolution du pouvoir ? Le moment où tous les chats sont gris ? On se souvient que Shakespeare présenta cette comédie pendant les festivités de l’épiphanie, dédiées au carnaval et au travestissement. L’épiphanie, qu’on continue de fêter par le rituel de la galette des rois, n’est pourtant pas née avec le christianisme. «Dans la Rome antique, dit Laurent Stocker, c’était une fête païenne où l’on fourrait, dans une tourte destinée aux esclaves, une fève. Celui qui tirait la part gagnante devenait pendant un jour entier le maître de son maître. Soit l’inversion était tolérée, soit le chanceux était abattu avant de vivre cette nuit des rois.»

Imprévus garantis

Pendant les répétitions, Ostermeier avait apporté des raquettes de badminton afin que les acteurs disent leur texte en se lançant des balles, de manière à l’oublier. Laurent Stocker : «On ne s’est pas servi des raquettes, mais toutes les répétitions commencent par des échauffements et des exercices, ce qui n’est pas forcément habituel au Français. Thomas veut que le texte de Shakespeare surgisse comme si on l’improvisait.» Les exercices peuvent être un bâton tenu en équilibre que les acteurs passent à leur voisin tout en disant sa partition. «La concentration sur l’équilibre permet de ne surtout pas penser à la phrase d’après. L’obsession d’Ostermeier, c’est qu’on soit toujours en mesure de surprendre son partenaire et que même au bout de la 110e représentation, on évite le pilotage automatique.»

Il y aura donc des scènes improvisées chaque soir selon l’actualité et les spectateurs. Elles ne sont pas prévues d’avance. L’intensité, la saisie de l’instant, l’adresse au public : c’est ainsi qu’Ostermeier relie Shakespeare au théâtre du Globe, où la troupe, sur une scène circulaire, était cernée, et le texte, pas encore fixé. Lars Eidinger, comédien star d’Ostermeier dans Hamlet ou Richard III, sait à merveille jouer ainsi avec l’auditoire. Ici, les moments d’imprévus reviendront essentiellement à Christophe Montenez et Laurent Stocker, un peu inquiet, qui sait que cela fonctionnera certains soirs et pas d’autres. Ostermeier : «Je me permets de mêler les époques car selon moi, Shakespeare est l’inventeur du sampling. Il mêle toutes sortes de cultures, joue sur différentes strates de compréhension. Il est postmoderne et éclectique.»

(1) Publié chez P.O.L.

Anne Diatkine
La Nuit des rois
ou Tout ce que vous voulez de William Shakespeare

Adaptation et mise en scène de Thomas Ostermeier, avec la troupe de la Comédie-Française. Du 22 septembre au 28 février.

 

Légende photo : Christophe Montenez -  Photo (c) Jean-Louis Fernandez

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Paris : «Au Conservatoire, je ne veux pas mettre en danger mes jeunes comédiens» -

Paris : «Au Conservatoire, je ne veux pas mettre en danger mes jeunes comédiens» - | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Eric Le Mitouard dans  Le Parisien 17 septembre 2018

La directrice Claire Lasne Darcueil alerte sur l’état des locaux, trop petits et ayant besoin de travaux. Elle souhaite que le déménagement prévu se fasse rapidement.

Le conservatoire national d’art dramatique, rue du Conservatoire (IXe) est en péril. « Il suffit de faire le tour des lieux pour s’en rendre compte, avec nos ateliers de décors en sous-sol, nos salles sans issues de secours, nos classes trop petites pour permettre à nos élèves, pendant les cours de danse, de respirer et de s’exprimer. Un comble alors qu’on leur demande de trouver la liberté avec leurs corps », décrit Claire Lasne Darcueil, directrice du Conservatoire, qui vient elle-même de déménager son bureau, pour laisser de la place à deux autres collaborateurs.

Depuis plus de 50 ans et l’époque d’Antoine Vitez, les meilleurs acteurs français viennent ici apprendre l’art de la déclamation. Ce lundi matin, 10 heures, Claire Lasne Darcueil vient d’accueillir avec enthousiasme les élèves de la promotion 2018-2019. En aparté, elle avoue son émotion : « Je ne veux pas faire entrer ici 30 jeunes, beaux et amoureux du théâtre, pour les mettre en danger. »


Pourtant, Vincent Detraz, son directeur technique, n’y va pas par quatre chemins. « On est dans les clous pour la détection incendie et pour l’électricité. On a bien une capacité d’accueil de 750 personnes. Mais nous avons été obligés de transformer une salle de classe en vestiaire. Et dans l’idéal, nos escaliers devraient tous être cloisonnés. » « Après le passage de la commission de sécurité, chaque année, on fait du bricolage. Mais il viendra bien un moment où ils nous obligeront à fermer la maison », ajoute Claire Lasne Darcueil.

Ce n’est pas une menace de l’année. Depuis plus de quinze ans elle plane sur les lieux. Depuis trois directeurs, les projets sont à l’étude. Claude Stratz, directeur dès 2001 voulait déménager à la Villette tout en conservant le théâtre classé en 1921. Daniel Mesguich, dès 2007, propose de s’étendre en creusant et en rehaussant les lieux. « Mais l’actuel bâtiment est déjà fissuré », souligne Claire Lasne Darcueil, première femme à la tête de cette institution, qui lui a succédé en 2013 et a posé comme condition pour un second mandant, en 2016, le futur déménagement.

L’acte politique de François Hollande, quelques mois avant la fin de son mandat, en annonçant la création de la Cité du théâtre est donc tombé comme un soulagement. Emmanuel Macron a soutenu le projet.

Reste à le financer à hauteur de 90 millions. « Il y a un alignement des planètes parfait avec les besoins de l’Odéon, de la Comédie Française, de l’Opéra et de nous-mêmes. » Le projet de les rassembler tous dans les ateliers Berthier (XVIIe) pourrait voir le jour en 2022 ou 2023. « Il faudra tenir ici encore 5 ans, calcule Claire.

 

Légende photo : Claire Lasne Darcueil, directrice du conservatoire national supérieur d’Art dramatique tire la sonnette d’alarme. LP/Eric Le Mitouard. 

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Arcadi zigouillé par le Conseil Régional d'Ile-de-France... qui charge l'Etat

Arcadi zigouillé par le Conseil Régional d'Ile-de-France... qui charge l'Etat | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Gilles Renault dans Libération — 20 septembre 2018 

 


S'estimant exclue des orientations d'une structure qu'elle finance à 88%, la Région annonce son désengagement


Le 12 septembre, Valérie Pécresse, présidente du conseil régional d’Ile-de-France, a dissous l’agence culturelle, Arcadi, dans un courrier adressé à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen. L’intersyndicale des professionnels du spectacle vivant a aussitôt fait part de son émoi et une pétition lancée par des artistes, des professionnels du secteur culturel et des membres de la communauté éducative aurait recueilli à ce jour plus de 4 300 signatures.

Lundi, les salariés d’Arcadi ont exprimé leur désarroi dans un courrier, face à une décision qualifiée de «brutale, inconséquente et irresponsable». «En annonçant son retrait, la Région remet en cause l’existence d’un établissement public de coopération culturelle, outil unique à l’échelle de l’Ile-de-France. En effet,l’action de terrain d’Arcadi accompagne dans leur diversité des acteurs de la création, de la diffusion et de la médiation depuis vingt ans.» Par-delà les 38 salariés concernés, le dommage, estime la lettre, concerne les acteurs d’un «territoire qui concentre un tiers du secteur professionnel national et les plus fortes disparités d’acteurs et d’usagers. Quel gâchis, alors que l’activité de l’établissement a été saluée à l’unanimité par le conseil d’administration en juin dernier !»

Un rendez-vous, lundi 17 septembre, avec Agnès Evren, vice-présidente du Conseil Régional, a révélé, selon la même source, que «rien n’avait été prévu. Ni sur la poursuite des missions de l’établissement, ni sur le devenir de ses 38 salariés».

Jointe par téléphone mercredi 19 septembre, Agnès Evren s’offusque: «J’ai dit l’exact inverse de ce qu’affirme le communiqué en signifiant clairement que la Région s’engageait à maintenir à l’euro près tous les budgets correspondant aux projets d’intervention d’Arcadi, qu’elle reprend en direct, et qu’elle donnera priorité de recrutement aux agents de la structure souhaitant poursuivre leur mission au sein de la collectivité régionale».

L’Etat en ligne de mire
Poursuivant la contre-attaque, le conseil régional, toujours par la voix de sa vice-présidente, rejette toute responsabilité sur «l’Etat et, plus particulièrement la Drac» qui «depuis deux ans et demi» ferait obstruction au moindre changement au sein d’une structure que la Région «finance à hauteur de 88%, soit 5 millions d’euros» tout en déplorant n’avoir «voix au chapitre sur rien - budget, orientations, missions…» Le 27 juin, un conseil d’administration censé entériner la nomination d’un nouveau directeur a viré au fiasco et Delphine Bürkli, présidente dudit conseil d’administration d’Arcadi, a présenté sa démission, le 7 septembre, en dénonçant «un blocage structurel, mais aussi, il faut bien le reconnaître, politique.»

Dans son courrier adressé à Françoise Nyssen, Valérie Pécresse qualifie le travail de Delphine Bürkli de «formidable» et affirme: «l’Etat qui souhaite imposer ses vues sur la stratégie, le fonctionnement et la direction d’Arcadi, doit désormais prendre ses responsabilités et assumer la charge pleine et entière de cet EPCC ’Etablissement public de coopération culturelle, ndr)».

Créé en 2003 par la Région Île-de-France et l’État (Drac Île-de-France), Arcadi est un établissement public de coopération culturelle pour les arts de la scène et de l’image. Il accompagne dans la durée les porteurs de projets dans les domaines de la chanson, de la danse, de l’opéra, du théâtre et des arts numériques, en leur apportant des aides financières, en nature et en industrie, afin d’améliorer la production et la diffusion des projets, d’une part, et de soutenir le développement et la structuration des équipes, d’autre part.

Fin 2016, Valérie Pécresse avait déjà poignardé le Festival d’Ile-de-France, événement annuel (mêlant classique, folk, musique du monde…) crée en 1977, dont tout le monde saluait régulièrement l’originalité, le sérieux et la pertinence.

Gilles Renault

 

Légende photo La présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse à Paris, le 11 juillet. Photo Eric Piermont. AFP 

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"HATE", ou l'amour par le cheval selon Laetitia Dosch -

"HATE", ou l'amour par le cheval selon Laetitia Dosch - | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Mathieu Dochtermann dans Toutelaculture.com
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Une comédienne, un cheval, 1h15 sur le plateau du théâtre Nanterre-Amandiers dans le cadre du Festival d’Automne jusqu’au 23 septembre, tel se présente HATE (soit « haine », en anglais), spectacle hétérodoxe, à mi-chemin entre théâtre et performance. Monologue à deux voix qui bouillonne dans toutes les directions, porté par un humour trash et une volonté de déconstruire les relations de domination, il offre de sublimes images mais laisse finalement un peu sur sa faim.

★★★★★


Of horse and man

« Tu sais, j’ai écrit ce spectacle parce que je voulais parler de maintenant, du chaos de maintenant, et que ça soit pas trop triste… » confie Laetitia Dosch au cheval Corazon, qui l’attendait immobile au milieu du plateau couvert de granulés couleur betterave. Face à face, la comédienne nue, juste ceinte d’une bande de tissu qui porte une épée en plastique et quelques carottes en réserve pour récompenser son compagnon, et le pur race espagnol venu de l’école ShanJu dans le Jura.

Ce qui se joue, au travers de l’éternelle question du rapport homme-animal, c’est le mode d’être au monde de cette drôle de bestiole d’humain, sur lequel Laetitia Dosch jette un regard sans concessions, sévère mais pas pour autant désespéré. Un être humain pour qui relation rime avec domination, dont elle montre la présence partout: dans les rapports avec les animaux ou avec les migrants, dans les rapports amoureux ou géopolitiques, tout serait révélateur de la volonté d’écraser. Et le spectacle de cheminer à la recherche d’une possible réponse à cette impulsion terrible, par des biais poétiques.

Une parole crue dans un écrin de velours

Poétique, d’ailleurs, qui ne rime pas ici avec mièvrerie. Car, de Laetitia Dosch, après Laetitia fait péter… et Un Album, on n’attend guère qu’elle prenne des gants. Creusant son propre chemin d’artiste, elle prend le contre-pied de tout ce que la société attendrait d’une jeune femme bien-comme-il-faut: sexualité librement exposée, humour noir-noir ravageur, vocabulaire fleuri, punchlines assassines et crues, la comédienne finit par tenter un rap où on ne compte plus les « je rentre chez moi et je me mets un doigt ».

Visuellement, on se régale. Corazon est magnifique, très économe de mouvements, se laisse admirer, servi par un plateau dépouillé et un fond de scène drapé dans une toile figurant un décor de Nature idéale, dans une veine très romantique. L’écriture de Laetitia Dosch est férocement drôle, et brosse en grinçant le portrait d’une trentenaire qui pourrait être elle-même – légèrement névrosée, avec ses ovocytes congelés en Espagne – et d’un monde qui ne tourne décidément pas rond si on le regarde en face – très belle séquence où la comédienne promène le cheval sur le plateau en lui contant sa traversée des camps de migrants de Calais. On arpente ici, comme dans beaucoup d’autres spectacles contemporains, les terrains de l’autofiction. Et pourtant, on reste sur sa faim.

A la recherche de l’étincelle

Au bout d’un moment, prenant du recul, on s’interroge, et on se demande à quel endroit ce spectacle trouve sa singularité.

On dira de la présence du cheval qu’elle est majestueuse, qu’elle introduit l’imprévu dans le spectacle, qu’elle induit un autre comportement dans la salle – c’est d’ailleurs relatif, on a constaté que certains spectateurs n’étaient pas affectés dans leur goujaterie coutumière -, qu’elle est poétique comme par essence. Cela est vrai, dans une certaine mesure. Mais on peut le dire de n’importe quel spectacle avec des animaux, et dans ce registre les Dromesko (exemple) ou Baro d’evel ont déployé beaucoup plus de poésie autour de leurs compagnons de jeu.

On dira que cette figure féminine, à la nudité et à la sexualité revendiquées, au verbe très libre, est émancipatrice. Mais on a parfois l’impression que le trait est gratuitement forcé, même si on reconnaît que c’est drôle. Surtout, les scènes accueillent déjà des femmes sublimes qui ont porté ce genre de personnages devant les publics – ce n’est sans doute pas une raison de s’arrêter de le faire, mais ce n’est pas révolutionnaire.

On dira que l’auteure dénonce avec courage le sort des migrants, la relation très biaisée des humains avec leurs animaux domestiques (« Les humains aiment les animaux en les haïssant. »), les rapports entre les genres, la domination dans son ensemble comme mécanisme fondamental des sociétés humaines. Mais, à bien y regarder, au-delà de quelques belles trouvailles poétiques, ce sont des inventaires qu’on nous présente, qui ne sont pas toujours rendus sensibles, qui ne sont pas toujours exploités, auxquels ne viennent pas s’accoler des réponses.

Un spectacle foisonnant et contrasté

Parfois, on est saisi par des fulgurances. Des tableaux renversants de beauté et de délicatesse. Des phrases incroyablement justes (« La façon dont tu détruis tout ce que tu aimes me blesse. ») ou drôles (« Elle est horrible, cette chanson, Laetitia! », Corazon observe-t-il après le fameux rap).

Mais parfois aussi on décroche. Parce que parfois c’est un peu bavard. Parce que parfois la surexploitation du même registre d’humour grinçant délibérément trashouille lasse. Parce que l’artifice de faire parler le cheval par la voix déguisée de la comédienne ne marche pas si bien, parce que le cheval n’est pas une marionnette, et Laetitia Dosch pas une marionnettiste. Parce que l’anthropomorphisme a ses limites, et qu’on a beaucoup de mal à rentrer dans ces longues minutes où l’humaine déclare vouloir un « bébé » avec le cheval, et où ils s’emploient tous deux à inventer la manière de s’y prendre.

Un avis finalement mitigé, comme à contre-coeur

Reste un propos sous-jacent très juste, et des colères qui ont l’accent de terribles vérités (« Parce qu’on est vraiment dans la merde, là: on voit tout qui s’effondre à perte de vue, y’a des gens qui dorment à tous les coins de rue, dont certains ils ont quand même traversé le chaos de la guerre – on leur crache dessus! »), quand d’autres répliques tombent un peu plus platement. Un questionnement fondamentalement exact relativement à l’instinct de domination, qui a trouvé une de ses solutions, dans le cadre de la création du spectacle, par l’usage d’un renforcement positif plutôt que par des techniques de dressage du cheval, avec l’aide éclairée de Judith Zagury.

Après 65 minutes à utiliser le cheval pour faire passer ses messages, l’auteure ne pouvait que faire basculer le spectacle en dénonçant les conventions employées, le retournant comme un gant comme pour mettre sa propre pratique en abyme. Elle ne pouvait faire autrement, à ce stade, et l’artifice narratif ne surprend pas.

Alors oui, ce spectacle n’est pas dénué de magie, il foisonne d’idées, il offre des moments à l’éclat incomparable, il respire par moment l’authenticité, mais il laisse comme un goût d’inachevé, de pas assez, ou au contraire de trop dit.

Le spectacle dont on aurait aimé pouvoir dire qu’on l’a adoré, mais qui, une fois son énergie bouillonnante retirée, ne laisse pas assez prise pour qu’on puisse en retenir autre chose que de bons moments. Cela reste un essai dont le dessein est magnifique.

Jusqu’au 23 septembre au Théâtre Nanterre-Amandiers.

UN SPECTACLE DE Laetitia Dosch
AVEC LA PARTICIPATION DE Yuval Rozman
CO-MISE EN SCÈNE Yuval Rozman & Laetitia Dosch
AVEC Laetitia Dosch et Corazon
COLLABORATRICE CHORÉGRAPHIQUE ET COACH CHEVAL Judith Zagury / Shanju
SCÉNOGRAPHIE Philippe Quesne
D’APRÈS UNE PEINTURE DE Albert Bierstadt (Courtesy Fogg Art Museum)
LUMIÈRES David Perez
SON Jérémy Conne
COLLABORATEUR DRAMATURGIQUE Hervé Pons
COLLABORATEURS PONCTUELS Barbara Carlotti, Vincent Thomasset
ASSISTANTE À LA MISE EN SCÈNE Lisa Como

Visuels: (c) Dorothée Thebert Filliger

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Coup de jeune sur le théâtre de Sète

Coup de jeune sur le théâtre de Sète | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Marie Gavalda dans Le Midi Libre le 18/09/2018

Le jeune public est au cœur d’une politique visant à renouveler les spectateurs.
Nommée voici un an, Sandrine Mini imprime un nouveau style à la Scène nationale de Sète, qui change de nom et devient Théâtre Molière Sète (TMS) Scène nationale archipel de Thau. "On met en avant notre beau théâtre à l’italienne, tout en affirmant l’importance du territoire sur lequel nous rayonnons", explique la directrice.

Le renouvellement des publics - une priorité- passe par une intensification de la délocalisation des spectacles : parmi les 52 événements de la saison, vingt-trois sont programmés dans les treize communes de l’agglomération de Sète. Le choix des artistes associés, les trois jongleurs du collectif Petit Travers, facilitera cette circulation.

Covoiturage, abandon des abonnements


Sandrine Mini finalise aussi un grand projet : une saison parallèle et autonome dédiée à l’enfance et à la jeunesse, implantée à la salle Léo-Malet de Mireval. "C’est un des rares secteurs artistiques où la demande n’est pas satisfaite et dont les acteurs pâtissent d’un manque de reconnaissance." Des résidences de création offriront aux artistes ces conditions optimales dont ils ne bénéficient pas toujours. TMS intègre également le réseau national La Couveuse, producteur de spectacles pour les moins de 3 ans.

Les changements concernent aussi les spectateurs seniors. Comme dans beaucoup d’autres théâtres, l’abonnement, jugé "obsolète", est supprimé pour une carte de fidélité générant des réductions pour l’achat de plusieurs représentations.

Le théâtre doit être à l’écoute du monde

"Les abonnements se concentraient sur des gros spectacles, qui n’étaient plus disponibles en billetterie. Le renouvellement du public passe aussi par ce changement de dispositif", souligne Sandrine Mini.

La "mobilité" des spectateurs est une autre préoccupation. Le covoiturage sera favorisé grâce à une application sur le site du théâtre.

L’ouverture du TMS est enfin régionale, à travers des partenariats avec des structures culturelles à Montpellier (CDN des Treize vents, théâtre de La Vignette), Narbonne (Scène nationale), Clermont-l’Hérault (Le Sillon), Castelnau-le-Lez (Kiasma). "Le théâtre doit être à l’écoute du monde", conclut la directrice.

Le programme
Le cinéma est un fil rouge de la saison du TMS. Cannes, création d’Etienne Gaudillère, conte la naissance du festival et les enjeux politiques autour du tapis rouge.

Une nuit américaine, de Mathieu Bauer, réunit deux spectacles de Mathieu Bauer inspirés par le septième art : Shock Corridor et Western. Et Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, propose une cinéconférence sur les frères Lumière, avec projection d’archives rares.

Parmi les 52 spectacles à l’affiche, brassant théâtre, musique, danse, cirque, on remarque Saigon de Caroline Guiela Nguyen, révélation d’Avignon 2017, et Macbettu, un des meilleurs spectacles du Printemps des comédiens, en juin.

Côté vedettes, Philippe Torreton et Rachida Brakni composent un duo inédit dans J’ai pris mon père sur mes épaules de Fabrice Melquiot ; et Jane Birkin poursuit sa tournée Gainsbourg avec l’Orchestre national de Montpellier. Enfin, les amateurs de voix rocailleuses ne louperont pas Vinicio Capossela, le Tom Waits italien !

JEAN-MARIE GAVALDA

 

Légénde photo : Sandrine Mini délocalise vingt-trois spectacles.
Photo (c) R. DE HULLESSEN

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"Enivrés" de Ivan Viripaev mise en scène par Clément Poirée à la Tempête, une très bonne surprise.

"Enivrés" de Ivan Viripaev mise en scène par Clément Poirée à la Tempête, une très bonne surprise. | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par David Rofé-Sarfati dans Toutelaculture.com  16.09.2018

Clément Poirée monte à la Tempête  Les Enivrés du russe Ivan Viripaev. Le texte excessif offre l’occasion aux comédiens talentueux de pousser leur talent  et au metteur en scène de construire sa plus belle mise en scène.

Nous sommes restés captifs et captivés tout au long des prés de trois heures de pièce pour la première d’Enivrés dans la grande salle cathédrale de la Tempête. Le décor épuré et la scénographie mono motif confectionnent un écrin pour des comédiens merveilleux au service d’un texte extra-ordinaire. L’écrivain russe contemporain Ivan Viripaev a inventé une galerie de situations improbables pour des personnages tous saouls. Leur ivresse sera le catalyseur autant que le bain de précipité d’un cheminement allégorique d’un discours philosophique solide et édifiant.

L’ivresse n’est qu’un motif. Il est un dispositif alibi pour une leçon de philosophie qui s’articule méthodiquement de scène en scène. La scénographie poursuit le motif sous forme d’un double plateau concentrique tournant et de deux proues de verres. Clément Poirée signe ici sa plus belle scénographie et fait mentir l’adage; nous avons et le flacon et l’ivresse, et le texte. Les comédiens servent défendent et honorent le texte. Chacun joue l’abandon à l’ivresse en même temps que la clairvoyance du poivrot dans son édifiante désinhibition. La pièce est une magnifique pièce d’acteurs et Poirée a su ouvrir aux comédiens l’espace pour déployer leur talent, John Arnold, Aurélia Arto, Camille Bernon, Bruno Blairet, Camille Cobbi, Thibault Lacroix, Matthieu Marie, Mélanie Menu sont formidables. 

Dans la veine de l’outrance des personnages de Dostojevski, l’ivresse expose les psychés à ciel ouvert. L’invisible se laise enntrevoir. Au milieu de cette saturation, les âmes se livrent. Les personnages déplieront le parcours nietszchien, il nous raconteront leur quête de l’amour maternel figurée par leur alcoolisme, la demande d’un père qui serait aux cieux ou pas. Ils tenteront dans une scène magnifique et cardinale de s’exonérer de ces demandes, de rompre le contact originel pour en construire un autre. Bientôt ils chercherons l’amour, ultime frontière sauf que au 21eme siecle l’amour n’est plus ce paradis sur terre. Dostojevski ne nous sauvera par un mysticisme. Ivan Viripaev est notre contemporain et il nous raconte notre déréliction. Rien ne tient. Alors, propose-t-il, il faut être toujours ivre. C’est le seul toujours qui tienne. La pièce est prodigieuse pour ce manifeste.

Crédit photos Léna Roche

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Le 13ème Art sans directeur, un an après son ouverture

Le 13ème Art sans directeur, un an après son ouverture | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard dans Le Monde  17.09.2018

 

 

Le plus grand théâtre privé de la rive gauche a subi les contrecoups de l’affaire Gilbert Rozon.

Un an après son ouverture, le flambant neuf théâtre Le 13ème Art n’a plus de directeur. « J’ai démissionné de mes fonctions fin juillet », confirme au Monde Olivier Peyronnaud. Installé au cœur du centre commercial Italie 2, dans le 13e arrondissement de Paris, à l’emplacement de l’ancien cinéma Grand Ecran, le plus grand théâtre privé de la rive gauche, avec ses deux salles de spectacle de 900 et 130 places, a subi les contrecoups de l’affaire Gilbert Rozon.

Accusé, en octobre 2017, de plusieurs agressions sexuelles au Canada, ce businessman québécois – dont la société de production et de distribution, Juste pour rire, avait investi 5 millions d’euros dans ce nouveau lieu parisien et en assurait la gestion – a vendu son groupe, au printemps, à l’agence artistique américaine ICM Partners et au producteur canadien Howie Mandel. En juin, ces derniers ont à leur tour cédé 51 % de leurs parts aux entreprises canadiennes Bell Média et Evenko. « L’affaire Rozon n’a pas eu d’impact sur la fréquentation du 13ème Art, car Juste pour rire est peu connu en France, mais cela a tout arrêté au niveau de la trésorerie », explique Olivier Peyronnaud.

« Je ne suis plus la bonne personne »
Dans l’Hexagone, Gilbert Rozon était surtout connu comme juré de l’émission « La France a un incroyable talent », sur M6. Le public sait moins que Juste pour rire est une sorte de multinationale de l’humour,avec des divisions dans plusieurs pays – dont une en France, à Paris, devenue une coquille vide. « Je n’ai quasiment pas eu de contact avec les Américains ; désormais, ils ne veulent faire que de la location de salle, cela ne m’intéresse pas, je ne suis plus la bonne personne », justifie Olivier Peyronnaud, qui, avant d’être à la tête de Juste pour rire France et du 13ème Art, dirigeait la maison de la culture de Nevers.

Lire le compte-rendu :   Le producteur canadien Gilbert Rozon, juré de l’émission « La France a un incroyable talent », accusé d’abus sexuels

Pour sa première saison, le théâtre avait fait le choix de la pluridisciplinarité et avait produit aussi bien les marionnettes de Philippe Genty que le solo de James Thierrée ou La Cantatrice chauve, d’Eugène Ionesco, mise en scène par Pierre Pradinas. « Cela avait bien démarré : nous avons accueilli 140 000 spectateurs, dont 1 200 abonnés », précise l’ex-directeur. Selon lui, le pari quelque peu audacieux d’implanter un théâtre à l’intérieur d’un centre commercial, au sein d’un quartier peu réputé comme lieu de sortie et dans un environnement parisien saturé de salles de spectacle, a été relevé : « On ne s’était pas trompé, ça prenait, mais l’affaire Rozon a été pour nous un cataclysme. »

OLIVIER PEYRONNAUD : « ON NE S’ÉTAIT PAS TROMPÉ, ÇA PRENAIT, MAIS L’AFFAIRE ROZON A ÉTÉ POUR NOUS UN CATACLYSME »

 


Le théâtre reste malgré tout ouvert et sa deuxième saison débutera le 20 octobre, avec un spectacle musical jeune public, Petit Ours brun. Sollicité par Le Monde, le groupe Juste pour rire se contente d’un mail lapidaire : « Nous souhaitons continuer à faire rayonner Le 13ème Art comme un espace de divertissement important à Paris. Le poste de directeur/directrice est présentement à pourvoir, et nous vous aviserons lorsque le processus d’embauche sera complété. »

Du côté de la société Hammerson, propriétaire d’Italie 2, qui a investi 15 millions d’euros dans ce théâtre, on se veut confiant. « Les nouveaux gestionnaires nous ont rassurés sur son avenir, et le lieu sera toujours pluridisciplinaire », confie Sarah Zerouali, directrice du centre commercial. Pour l’heure, la programmation ne va pas au-delà de janvier.

 

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Théâtre : la scène hurlante de Julien Gosselin

Théâtre : la scène hurlante de Julien Gosselin | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Joëlle Gayot  dans Le Monde   17.09.2018

 

Dans le cadre du Festival d’automne, à la MC93 de Bobigny, « Le Père » conte la dégringolade d’un agriculteur ruiné.

Dans le noir absolu, la voix du comédien Laurent Sauvage s’élève. On ne voit rien. Ni l’acteur, ni la scène, ni même son voisin spectateur. Ce spectacle, mis en scène par Julien Gosselin, commence par une épure que ne renierait pas Claude Régy, maître inégalé des obscurités au théâtre. Les paroles, que rien ne parasite, nous parviennent limpides, explicites et concrètes.

L’homme qui s’exprime est un agriculteur tombé de toute sa hauteur, vaincu par l’ingratitude d’une terre pas assez performante pour résister aux injonctions européennes décidées par la Politique agricole commune (PAC). Ses récoltes sont minables, il est ruiné, les huissiers ont frappé à sa porte, il a dû vendre sa ferme. La descente aux enfers commence et avec elle la chute de l’homme dans le précipice du doute, de la colère et de l’humiliation. Un beau sujet pour le théâtre que cette figure de paysan broyé par le productivisme. Un sujet trop rarement traité qui plonge pourtant au cœur d’une dépersonnalisation exécutée à marche forcée.

Julien Gosselin, apparu au public en 2013 avec sa mise en scène éclatante des Particules élémentaires, d’après le roman de Michel Houellebecq, était jusqu’ici un habitué des très longs formats. Des heures de représentation, de la vidéo et des plongées en apnée dans de vastes romans (celui de Don DeLillo étant, au Festival d’Avignon 2018, le dernier en date). Mais voici qu’il adapte en une heure le premier roman de Stéphanie Chaillou, L’Homme incertain (Alma éd., 2015), et accède, par son entremise, à une seconde identité. Il devient Le Père, ce qui, au passage, en dit beaucoup sur la nature de ce que l’on entend.


Dégringolade vertigineuse

L’homme qui parle n’a plus rien en lui de vivant. Sa dégringolade est vertigineuse. Il la décrit, la commente, met dessus des mots simples. Neutralité du vocabulaire, grammaire réduite à l’essentiel, un constat plat et sec. Mais nous sommes chez Julien Gosselin. Alors si Laurent Sauvage dompte son phrasé, de prenantes envolées déferlent par vagues successives. Elles sont portées par une musique pulsatile et dopées par une lumière grimpante qui révèle le brouillard dans lequel est piégée la silhouette du comédien.

Julien Gosselin ne signe pas un spectacle de théâtre. Comme le ferait l’artiste italien Romeo Castellucci, il organise, autour d’une course des mots intensifiée par d’irrépressibles montées en puissance, un dispositif plastique, visuel, sonore et organique. Il fait de la scène une gueule ouverte, une bouche béante, qui parle seule et se passe du corps de l’acteur. La preuve ? La plus belle séquence est ce moment hallucinant où, dans le noir total, s’inscrivent à toute allure sur une ­paroi sombre les paroles magnifiques des enfants.


Retour au théâtre nu

A cet instant, le comédien s’est absenté. Ne reste que le plateau triomphant, hors sol, suspendu dans les airs. Il s’élève. Sous lui, des néons s’éteignent puis s’allument. La scène hurle sans qu’aucun vivant l’habite. Le théâtre a expulsé l’humain, comme la terre a éjecté le paysan. C’est effrayant. Mais magistral. Et c’est pourquoi la fin de la représentation dans sa phase finale déçoit.

Retour au théâtre nu, élémentaire, basique. Laurent Sauvage revient et monologue sobrement, debout sur une pelouse verte. Dans la lueur grisâtre, tout s’étiole. Le propos, la tension, la nécessité même du spectacle. L’agriculteur a trouvé la paix. Bien. Sauf que l’on préfère à ces armes tardivement déposées au pied d’un sage et conventionnel théâtre la guerre plastique, visuelle, sonore et organique que Julien Gosselin lui livre avec panache. Parce qu’alors il le propulse au XXIe siècle. Et ce faisant, le ressuscite et le crucifie en même temps.

Le Père. Adapté et mis en scène par Julien Gosselin, avec Laurent Sauvage. MC93 Bobigny. Festival d’automne. Jusqu’au 29 septembre. www.mc93.com et www.festival-automne.com

 

Légende photo
Laurent Sauvage dans « Le Père », adapté et mis en scène par Julien Gosselin d’après « L’Homme incertain », de Stéphanie Chaillou, à la MC93 de Bobigny. 

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Un automne au théâtre : sélection du journal La Croix

Un automne au théâtre : sélection du journal La Croix | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Pages réalisées par Jeanne Ferney dans La Croix, le 16/09/2018 


Dans les salles publiques comme sur les scènes privées, la diversité prime en cette rentrée, où comédies de mœurs et tragédies classiques prennent vie sous la direction de grands metteurs en scène français ou européens. Et résonnent avec l’époque.

ZOOM
Tartuffe / Pascal Victor

Molière, encore
« Quoi de neuf ? – Molière ! », aurait dit Sacha Guitry. Saison après saison, les metteurs en scène piochent dans l’immense trésor de quiproquos, graves ou légers, de son répertoire. Après Michel Fau l’an dernier, c’est ainsi au tour de l’Allemand Peter Stein de proposer sa lecture du Tartuffe au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Succédant à Michel Bouquet dans la peau d’un Orgon qui perd raison, Jacques Weber donne la réplique à Pierre Arditi, dans le rôle de l’imposteur. Isabelle Gélinas complète cette distribution prestigieuse, qui devrait faire une parfaite Elmire. Leur face-à-face est prometteur… (1).

Après plusieurs mois de tournée, Jean-Pierre Vincent nous convie à la MC 93 de Bobigny pour redécouvrir George Dandin ou le mari confondu, dans une mise en scène qui souligne la cruauté de cette fausse comédie, remise au goût du jour par Roger Planchon (2).

Aux Célestins, à Lyon, Denis Podalydès reprend Les Fourberies de Scapin avec la troupe de la Comédie-Française. Benjamin Lavernhe campe l’intrigant sans scrupule dans une mise en scène qui, bien qu’un peu appuyée, restitue le comique et la férocité de cette farce à l’italienne (3).

Marivaux, toujours

Confusion des genres, feintes et jalousies amoureuses sur fond de rivalités sociales : les metteurs en scène n’en auront jamais fini avec Marivaux. Au théâtre de l’Aquarium, Benoît Lambert, le directeur du Théâtre Dijon-Bourgogne, modernise Le Jeu de l’amour et du hasard, avec un quatuor de jeunes comédiens. Difficile de croire que cette pièce si plébiscitée aujourd’hui ne fut, du temps de son auteur, que rarement jouée. Lui-même, dit-on, ne l’appréciait pas particulièrement… (4).

Au Vieux-Colombier, Emmanuel Daumas défendra sa vision subtile de L’Heureux stratagème. Délaissant la farce pour souligner l’âpreté des rapports humains, il s’appuie sur une solide distribution : Jennifer Decker, Laurent Lafitte, Julie Sicard, Jérôme Pouly… (5).



Arlequin poli par l’amour a depuis longtemps conquis le cœur de Thomas Jolly. Sur la scène flambant neuve de la Scala Paris, le prodigieux metteur en scène redonnera sa toute première création (6).

Des maîtres de la mise en scène européenne

La Nuit des rois ou tout ce que vous voulez. / Jean-Louis Fernandez

L’Allemand Thomas Ostermeier signe sa première collaboration avec la Comédie-Française. Loin de tout académisme, le prolifique directeur de la Schaubühne de Berlin poursuit son voyage shake­spearien avec une comédie des apparences, La Nuit des rois ou tout ce que vous voulez, dont il a commandé une nouvelle traduction à Olivier Cadiot (Éd. P.O.L). Avec les excellents Denis Podalydès, Laurent Stocker et Georgia Scalliet (7).

Au théâtre Nanterre-Amandiers, le Suisse Milo Rau présentera La Reprise. Histoire(s) du théâtre (I), inauguré à Avignon. Un spectacle puissant et éminemment politique, inspiré du meurtre d’un jeune homosexuel, Ihsane Jarfi, à Liège, en 2012 (8).

À l’Odéon, on attend impatiemment le Polonais Krystian Lupa, 74 ans, pour sa rencontre avec Le Procès de Kafka. Dix dates seulement pour cette pièce-fleuve de plus de quatre heures (en polonais, surtitré en français). Dans son pays, le metteur en scène avait dû renoncer à son spectacle face à la reprise en main politique de la salle qui vit éclore ses chefs-d’œuvre. Dans une Europe gagnée par les nationalismes, la « lutte inégale avec l’Inconnu » de Joseph K est plus actuelle que jamais (9).

D’Avignon aux planches parisiennes

La Machine de Turing. / Fabienne Rappeneau

Le jeune Julien Gosselin avait fait parler de lui au Festival d’Avignon avec Joueurs, Mao II et Les Noms, pièce « marathon » de dix heures, inspirée de trois romans de l’Américain Don DeLillo. Un triptyque sur le terrorisme, de New York au Moyen-Orient, que les plus téméraires pourront bientôt découvrir à l’Odéon (10).


Quelques belles réussites du « off » s’installent également à Paris. Retenons, au Théâtre Michel, La Machine de Turing. Mis en scène par Tristan Petitgirard, écrit par Benoît Solès, qui en tient aussi le rôle-titre, ce spectacle retrace le destin tragique du mathématicien anglais qui décrypta des codes secrets nazis (11).

Et aussi…
​Skorpios au loin, huis clos en mer d’Isabelle Le Nouvel, qui réunira Ludmila Mikaël (dans le rôle de Greta Garbo) et Niels Arestrup (Winston Churchill) aux Bouffes parisiens. (12)

La Dame aux camélias de Dumas Fils au TNB de Rennes, dirigé par Arthur Nauzyciel. (13)

Partage de midi, de Paul Claudel, au Théâtre national de Strasbourg, dans une mise en scène d’Éric Vigner et avec, notamment, Stanislas Nordey. (14)


Pages réalisées par Jeanne Ferney


(1) Jusqu’au 31 déc. Rens. : 01.42.08.00.32, portestmartin.com

(2) À partir du 26 sept. Rens. : 01.41.60.72.60., mc-93.com

(3) À partir du 10 oct. Rens. : 04.72.77.40.00., theatredescelestins.com

(4) À partir du 26 septembre. Rens. : 01.43.74.99.61, theatredelaquarium.com

(5) À partir du 19 septembre. Rens. : 01.44.39.87.00, comedie-francaise.fr

(6) À partir du 29 sept. Rens. 01.40.03.44.30, lascala-paris.com

(7) Salle Richelieu, à partir du 22 sept. Rens. : 01.44.58.15.15 et comedie-francaise.fr

(8) À partir du 22 sept. Rens. : 01.46.14.70.70., nanterre-amandiers.com

(9) À partir du 20 sept. Rens. : 01.44.85.40.40., theatre-odeon.eu

(10) À partir du 17 nov. Rens. : 01.44.85.40.40, theatre-odeon.eu

(11) À partir du 4 oct. Rens. : 01.42.65.35.02., theatre-michel.fr

(12) À partir du 18 sept. Rens. : 01.42.96.92.42., bouffesparisiens.com

(13) À partir du 26 sept., puis en tournée. Rens. : 02.99.31.12.31, t-n-b.fr

(14) À partir du 5 oct. Rens. : 03.88.24.88.00, tns.fr

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Dominique Blanc (5/5) : Le théâtre, dernier lieu de l'intelligence

Dominique Blanc (5/5) : Le théâtre, dernier lieu de l'intelligence | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Sur le site de l'émission "A voix nue" sur France Culture

 

Ecouter l'émission (30 mn) 


Dominique Blanc est l’une des plus grandes comédiennes de sa génération, l’une des plus discrètes aussi. Découverte par Patrice Chéreau, elle s’est imposée au cinéma. Mais c'est au théâtre dans Phèdre en 2003 qu'elle triomphe. Elle est depuis 2016 pensionnaire de la Comédie-Française.


En 2016, Eric Ruf qui incarnait Hippolyte dans Phèdre à ses côtés en 2003, propose à Dominique Blanc de rejoindre la troupe de la Comédie Française. Elle y retrouve Racine, mais défend cette fois le personnage d’Agrippine dans Britannicus mis en scène par Stéphane Brunschweig. 

Elle reste fidèle à sa réputation d’archéologue des rôles. Et enquête minutieusement sur les figures de femmes qu’elle défend : 

On ne peut pas approcher un personnage en l’extrayant de son contexte historique, sociologique, psychique.. . Si vous jouez Madame de Maintenon,  il faut savoir quel était le contraceptif de l’époque, sinon vous ne pouvez pas l’incarner ! 

Dominique Blanc fait partie de la distribution de la prochaine création d’Ivo Van Hove pour le Français, Electre / Oreste. 

Je pense vraiment que le théâtre est une terre de résistance à la bêtise, au vulgaire, à tout ce qui nous anéantit sur le plan de l’humain. Le théâtre redonne à l’humain ses lettres de noblesse. 

LIENS
Portrait de Dominique Blanc, pensionnaire de la Comédie française depuis 2016

Biographie et filmographie sur le site de l’Encyclopédie du cinéma

Rencontre avec Dominique Blanc organisée par l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT). A voir sur le site Théâtre-contemporain.net

INTERVENANTS
Dominique Blanc
comédienne

 

Lien vers la série de 5 entretiens avec Dominique Blanc, par Zoé Sfez (5 x 30 mn)

 

Légende photo : 
Dominique Blanc dans Britannicus à La Comédie Française (2016)• Crédits : François Guillot - AFP

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Nomination de Manuel Césaire à la direction de Tropiques Atrium, scène nationale de Martinique

Nomination de Manuel Césaire à la direction de Tropiques Atrium, scène nationale de Martinique | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Communiqué de presse ministère de la Culture 21.09.2018

 

Françoise Nyssen, ministre de la Culture, en accord avec Alfred Marie-Jeanne, président de la Collectivité Territoriale de Martinique et sur proposition du Conseil d'administration, et de sa présidente, Christiane Emmanuel, et après avis unanime du jury réuni le 10 septembre 2018, donne son agrément à la nomination de Manuel Césaire à la fonction de direction de l’établissement public de coopération culturelle « Tropiques Atrium », scène nationale de la Martinique.

Manuel Césaire prendra ses fonctions le 1er janvier 2019. Actuellement délégué académique aux arts et à la culture au Rectorat de Martinique, il a auparavant exercé les fonctions de directeur de la culture et du patrimoine du Conseil régional de Martinique et de directeur du Centre culturel départemental L’Atrium et du Centre martiniquais d’action culturelle entre 2006 et 2010. Il est en outre compositeur et chef d’orchestre.

Son projet pour la scène nationale propose une programmation pluridisciplinaire exigeante, attentive aux artistes du territoire et à la scène artistique nationale et internationale. Sa programmation élargie aux arts visuels et au cinéma se déploiera dans les murs et sur l’ensemble du territoire de Martinique pour aller au-devant de la population. Inscrit dans la continuité de l'actuelle direction, le projet de Manuel Césaire réserve une très grande attention à l’accompagnement des artistes, au développement de l'éducation artistique et culturelle de tous et en particulier des plus jeunes ainsi qu’à la formation et à l’inscription dans les réseaux de diffusion des artistes professionnels et amateurs de Martinique.

Il succède à Hassane Kassi Kouyaté dont la ministre tient à saluer la remarquable action à la tête de l’établissement.

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Cathy Bouvard quitte les Subsistances pour diriger les Ateliers Médicis

Cathy Bouvard quitte les Subsistances pour diriger les Ateliers Médicis | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Sébastien Broquet pour Le Petit Bulletin - Lyon Jeudi 20 septembre 2018 

 

 

Cathy Bouvard, l'emblématique directrice des Subsistances depuis 2004, quittera ses fonctions dès janvier prochain pour prendre la direction des Ateliers Médicis.


Cathy Bouvard, personnalité appréciée de la culture lyonnaise, a candidaté en compagnie de Renan Benyamina (co-fondateur du mensuel Hétéroclite, et conseiller de l'ex-premier adjoint à la maire de Paris Bruno Juillard) à la direction des Ateliers Médicis, nouveau lieu de création et d'émergence culturelles situé à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, ouvert en juin dernier mais encore en préfiguration : leur projet a été accepté, comme le ministère de la Culture l'a confirmé ce jour : « suite à l’avis unanime de l’ensemble des membres du conseil d’administration présidé par Thierry Tuot, Cathy Bouvard est nommée à la direction de l’établissement public de coopération culturelle Les Ateliers Médicis, qui associe l'État, les villes de Clichy-sous-Bois et Montfermeil, la région Ile-de-France, la métropole du Grand Paris, le département de Seine-Saint-Denis, l’Établissement public territorial Grand Paris-Grand Est et la ville de Paris. »

Lyon et les Subs perdent-là une directrice mais surtout une tête chercheuse qui a révélé nombre d'artistes évoluant dans les marges, hors-normes, croisant souvant les disciplines - on pense à Phia Ménard, aux Chiens de Navarre ou encore au performer sud-africain Steven Cohen qui est de retour cet automne dans la programmation. Sa dernière initiative marquante en ce lieu restera la création du Labo NRV.

C'est une toute nouvelle aventure d'envergure qui commence pour celle qui incarnait depuis quinze ans les Subsistances, ce laboratoire de créations de spectacle vivant situé sur les quais de Saône, qu'elle dirigeait de facto, Guy Walter, le co-directeur, étant très investi sur la Villa Gillet. Il est à noter que ce dernier prendra sa retraite à l'été 2019.

Cathy Bouvard a débuté par le journalisme, faisant partie de l'aventure initiale de l'hebdomadaire Lyon Capitale aux débuts du journal lancé par Jean-Olivier Arfeuillère et Philippe Chaslot en 1994. Compagne de Jean Lacornerie, metteur en scène et actuel directeur du Théâtre de la Croix-Rousse, elle a ensuite longtemps travaillé dans ce même théâtre lorsqu'il était dirigé par Philippe Faure, en tant que secrétaire générale et déjà programmatrice. Sous sa responsabilité, les Subsistances ont acquis une réputation internationale indéniable.

Pour Loïc Graber (adjoint à la culture) et Georges Képénékian, c'est un nouveau casse-tête qui vient s'ajouter aux précédents : nombre de lieux dans la ville sont actuellement dépourvus de direction ou le seront bientôt (Point du Jour, Halle Tony-Garnier, Musée d'Art Contemporain...).

Crédit Photo : © Félix Ledru

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Rencontre avec Agnès Berthon, comédienne rock dans la troupe de Joël Pommerat

Rencontre avec Agnès Berthon, comédienne rock dans la troupe de Joël Pommerat | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Propos recueillis par Hervé Pons - Les Inrocks

Cette figure majeure de la troupe Louis Brouillard s’est construite grâce à des échappées vers le rock et compte bien développer sa carrière au cinéma.


Depuis peu installée à Sète, sous les heureux auspices de Paul Valéry, Jean Vilar et des frères Di Rosa, Agnès Berthon prend un peu de repos, se ressource. Elle n’a pas de date avant fin décembre. “Ce n’était pas arrivé depuis des années, avoir autant de temps sans travailler !”

Cariatide de la troupe Louis Brouillard, Agnès Berthon accompagne, joue et invente avec le fondateur de la compagnie, Joël Pommerat, depuis dix-neuf ans, une rencontre fondatrice pour l’actrice qui, finalement, n’avait que très peu joué avant de connaître le metteur en scène.

“Nous avons eu la télévision à la maison assez tôt. Je devais avoir 6 ans. Evidemment, elle était en noir et blanc. Je me souviens y avoir vu Entrée des artistes de Marc Allégret. J’ai été éblouie par Louis Jouvet dans le rôle d’un pédagogue. Je me suis dit : je veux être comme eux, je veux avoir un prof comme lui et je veux faire ce qu’ils font !”

Une escapade à Londres et des articles pour un journal rock

Agnès Berthon grandit à Nice, mais sa famille n’est pas très “théâtre”, plutôt cinéma américain. “Quand je suis arrivée à Paris pour entreprendre ma formation, je n’étais allée qu’une seule fois au théâtre. C’était pour voir Oncle Vania de Tchekhov avec l’école. Je ne saurais dire si c’était bien ou si nous avions été correctement préparés à cette rencontre-là. Mais je me souviens encore du non-événement que cela avait été et de l’ennui éprouvé.”

Le second rêve d’enfance d’Agnès Berthon était de faire de la musique : “Même si je n’ai jamais été foutue de tenir un instrument ! J’ai eu très tôt la passion de la musique, plus particulièrement anglo-saxonne et, pour aller droit au but, du rock’n’roll, que j’ai découvert sensiblement au même âge en écoutant les 45t de mes cousines germaines plus âgées qui avaient des disques des Beatles, des Rolling Stones et des Animals… Mon père avait les premiers 45t d’Elvis et ça, c’était une déflagration !”



En 1970, une fois ses études à Montpellier achevées et avant de monter à la capitale, Agnès Berthon, alors âgée d’à peine 20 ans, fait un crochet par Londres : “C’est la musique qui m’y a conduite. J’ai cumulé les boulots alimentaires pendant un an et demi et j’ai fait un peu de journalisme, j’écrivais sur des musiciens de rock que j’admirais. J’étais pigiste pour un magazine qui s’appelait Rock en Stock et je travaillais avec le photographe Antoine Giacomoni. Cette période de ma vie a été très formatrice.”

Un échec au Conservatoire, puis Marivaux à la Villette

Pourtant elle s’installe trois ans plus tard à Paris et débute sa formation de comédienne en allant droit au but ! “Il était évident que je devais me former au théâtre en France. Alors, en toute naïveté, j’ai tenté le concours du Conservatoire national supérieur après seulement trois mois de cours privés. J’ai évidemment été recalée par le directeur de l’époque, Robert Manuel qui, au passage, a été odieux. Heureusement, dans le jury, il y avait Claude Régy, qui s’est montré plus magnanime.”

"Une première rencontre importante en 1990, Christian Benedetti"

A Paris commencent les années d’apprentissage, les stages, les rencontres, une première expérience théâtrale dans un festival à la Villette avec La Dispute de Marivaux. “Des années difficiles et joyeuses, parce qu’il fallait tenir. Et puis j’ai fait une première rencontre importante en 1990, Christian Benedetti qui mettait en scène Liliom de Ferenc Molnár et que nous avons joué trois mois au Théâtre de la Tempête.”

Après quelques expériences malheureuses au théâtre et au cinéma, Agnès Berthon décide de s’installer à Rennes et de se consacrer à nouveau à la musique. Jusqu’à ce qu’une amie, pressentant qu’elle était faite pour ce théâtre-là, lui parle de Joël Pommerat. L’auteur-metteur en scène cherchait une comédienne pour une reprise de rôle.

Engagée sans faire d'essai

“Je n’avais pas joué au théâtre depuis trois ans. Nous nous sommes rencontrés dans un café de la place d’Italie, à Paris, en novembre 1997, où nous avons parlé pendant trois heures. Il m’a rappelée un mois plus tard, le 31 janvier, pour me dire que même si nous n’avions pas pu faire d’essai, il prenait le risque de me donner le rôle. Je lui ai répondu que j’étais enchantée de prendre le risque !”


Si elle a été, depuis dix-neuf ans, de tous les spectacles de Joël Pommerat, de Cet enfant à Ça ira ! (1) Fin de Louis, en accompagnant de l’intérieur l’irrésistible ascension de ce metteur en scène désormais incontournable et auquel elle n’a jamais fait faux bond, l’actrice rock rêve aujourd’hui d’échappées belles vers le cinéma. C’est qu’elle a tenu le rôle d’une marchande d’oiseaux dans le segment réalisé par Yann Gonzalez du triptyque Ultra rêve. Ça lui a donné des idées d’envol…

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Cathy Bouvard nommée à la direction des Ateliers Médicis

Cathy Bouvard nommée à la direction des Ateliers Médicis | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Communiqué de presse ministère de la Culture
Cathy Bouvard nommée à la direction des Ateliers Médicis

Publié le 20.09.2018 à 12h00 - Paris

Suite à l’avis unanime de l’ensemble des membres du conseil d’administration présidé par Thierry Tuot, Cathy Bouvard est nommée à la direction de l’établissement public de coopération culturelle Les Ateliers Médicis, qui associe l'État, les villes de Clichy-sous-Bois et Montfermeil, la région Ile-de-France, la métropole du Grand Paris, le département de Seine-Saint-Denis, l’Établissement public territorial Grand Paris-Grand Est et la ville de Paris.


Françoise Nyssen, se réjouit de la nomination de cette femme de culture qui a montré toutes ses compétences depuis 2004 à la tête des Subsistances à Lyon, lieu qu’elle a notamment développé en tant que lieux de partage et de résidences artistiques de haut niveau.

Cathy Bouvard a auparavant exercé les fonctions de secrétaire générale et responsable de la programmation artistique du théâtre de la Croix-Rousse à Lyon et a été journaliste pour Lyon-Capitale.

Le projet de Cathy Bouvard pour les Ateliers Médicis repense l'institution dans la ville, sa relation à son environnement, son économie et son développement.

Elle accueillera des artistes nouveaux venus de tous horizons sur le plan national mais aussi international qui contribueront à valoriser le territoire de proximité et ses habitants, en plaçant au cœur les notions de partage, d’échange et de cohésion.

Lieu de recherche et de création situé à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, les Ateliers Médicis se déploient progressivement. Ils accompagnent les artistes à travers la mise en place d’un programme de recherche et de création qui encourage la pluridisciplinarité, la mise en réseau et le partage d’expériences.

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Anna Karina, la seule 

Anna Karina, la seule  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine pour Libération — 19 septembre 2018

 


Photo Frédéric Stucin pour Libération
La comédienne, pour la sortie restaurée de «la Religieuse» de Rivette, dit deux ou trois choses qu’elle sait d’elle, de son père, de l’amour et… de Godard.
Et plouf, on tombe dans un puits. On dégringole jusqu’à la fin des années 50. Impossible de s’extraire, on est aspiré. Anna Karina est devant nous, elle porte un trench coquelicot et une petite marinière assortie, ses yeux bleu pervenche - allons-y pour les métaphores florales - sont cachés par des lunettes glaïeul noir. Qu’elle enlève parfois. Ouf, son regard n’est pas emprisonné de khôl, les larmes, qui affleurent sans transition après un éclat de rire à l’évocation de ses années de jeunesse, sont translucides.

Anna Karina passe de l’élan à l’abattement, comme si les très hauts et les très bas qu’elle avait connus jeune femme venaient tout juste d’avoir lieu. L’actrice est mariée depuis près de quarante ans avec le même homme, le cinéaste Dennis Berry - lequel avait épousé dix ans plus tôt Jean Seberg. Elle a tourné avec Cukor, Visconti, Fassbinder, Delvaux et, bien sûr, Jacques Rivette, dont est ressorti mercredi Suzanne Simonin, la religieuse de Diderot. Serge Gainsbourg lui a écrit la comédie musicale Anna, Philippe Katerine lui a offert Une histoire d’amour sous forme de chansons en 2000. Elle a publié des romans, dont l’un postfacé par Patrick Modiano. Elle a réalisé un long métrage, Vivre ensemble, en 1973. Mais rien n’y fait. La poignée de chefs-d’œuvre qu’elle a tournés sous la direction de Jean-Luc Godard, au tout début des années 60, pulvérise tout le reste.

Anna revient en boucle sur ces quelques années qui l’ont forgée, quand, à l’orée de sa vie d’adulte, elle débarque du Danemark à Paris avec «10 000 francs», sans parler un mot de français, et que le miracle a lieu : elle naît une deuxième fois devant la caméra de Godard. Ce n’est pas de la nostalgie, qui supposerait une distance. Mais une adhésion totale à la jeune fille amoureuse qu’elle fut. Comme si à force d’agrandir un détail, quelque chose allait ressusciter, on nagerait pour de vrai dans l’eau du port de Pierrot le fou. On sait très bien qu’elle connaît toutes les répliques de ses débuts par cœur. Mais on aimerait lui en faire dire d’autres. Qu’elle quitte les rails. On se souvient alors qu’elle a joué en 1973 dans une adaptation télévisée de l’Invention de Morel, ce roman de Bioy Casares où des personnages refont chaque jour exactement les mêmes gestes sans que le narrateur ne saisisse quel sort les emprisonne et s’il fait partie de la mise en scène.

D’ailleurs n’est-on pas complice ? La veille, c’est Vivre sa vie qu’on a revu. Dans cette splendeur de film, Jean-Luc Godard lit en voix off le Portrait ovale d’Edgar Poe, cette nouvelle où un peintre dévitalise son modèle tandis que le tableau prend vie. Partons de Suzanne, la religieuse de Diderot, interdit à sa sortie en 1966 par le pouvoir gaulliste. Anna Karina éprouve encore un choc. Pour l’actrice, la surprise est d’autant plus grande que l’adaptation au théâtre du texte de Diderot qu’elle a joué début 1963 n’a posé aucun problème. Le passage à la scène est une consécration. «J’ai appris le français en jouant cette pièce, grâce à Diderot, et aussi, parce que Jean-Luc me donnait des cours de français. Il m’a tout appris.» On y revient donc.

En 1963, la comédienne a déjà connu la censure. Son premier long métrage, le Petit Soldat, qui est le second de Godard, a été interdit. «Comme le film parlait de la guerre d’Algérie, on recevait des menaces de mort. On était obligés de vivre dans des lieux secrets.» Avant de rencontrer une première fois Godard en 1959, qui l’a repérée dans une pub Monsavon, Anna - qui s’appelle Hanne Karin Bayer - a cependant une vie. Le cinéaste lui propose un minuscule rôle déshabillé dans A bout de souffle, qu’elle décline en danois. Dire non est sa force, même si ça ne lui saute pas aux yeux. Depuis sa naissance, la jeune fille n’a cessé de s’opposer. Elle refuse de retourner en cours à 14 ans après avoir été «injustement» accusée de tricherie. Elle commence alors à travailler, est fille d’ascenseur dans un grand magasin, fait «la fille gaie, la fille triste» pour un illustrateur, l’aide à coloriser ses dessins, est choisie pour jouer dans un court métrage, chante. Ne cesse de fuguer pour échapper à un beau-père qui la bat et retrouver son grand-père, ouvrier sur le port de Copenhague, qui l’a élevée pendant la guerre durant ses quatre premières années.

Son père était capitaine au long cours. Anna l’a rencontré trois fois. «La première fois, j’avais 4 ans, il m’a donné une banane, j’ai croqué et craché, car je ne savais pas qu’il fallait retirer la peau. La deuxième fois, j’étais encore mineure, le rendez-vous était dans une gare à Londres, j’étais avec Jean-Luc, et lorsqu’il m’a vue, mon père m’a dit : "Tu manques un bouton" (sic). J’ai hurlé en danois qu’il n’était pas plus mon père que n’importe quel type dans la gare. Et la troisième fois, c’était en 1963 à Barcelone, je tournais le Voleur de Tibidabo de Maurice Ronet. On déjeune ensemble pendant vingt minutes, il était avec l’un de ses fils, Soren - elle épelle le prénom - de 8 ans, c’était très sympathique, on parle de tout et de l’Afrique. J’ai enfin fait sa connaissance et je suis joyeuse. Il me promet de m’écrire. Et depuis j’attends, j’attends, j’attends. J’attends toujours la carte postale.»

Elle rit. De Godard, aussi, elle dit qu’elle l’a beaucoup attendu. «Il descendait une seconde acheter quelque chose, et disparaissait sans prévenir pendant trois semaines.» De sa voix rauque et chantante : «Il était parti carrément aux Etats-Unis pour voir Faulkner, en Suède pour voir Bergman, ou en Italie pour voir Rossellini. Je devinais toujours d’après ses cadeaux de quel pays il revenait. Les vêtements un peu militaires que je porte dans Pierrot le fou ont été achetés dans un surplus suédois par exemple.» On lui demande pourquoi elle se maria quatre fois. Elle dit que c’est une bonne question car elle en ignore la réponse. «La première fois, réfléchit-elle, Jean-Luc m’a proposé le mariage parce que j’étais enceinte.» Silence. «Et peut-être aussi parce qu’il m’aimait.» Elle est mal traitée à l’hôpital, qui la laisse avec un embryon mort plusieurs mois et l’impossibilité définitive d’être mère. «Ça reste très bouleversant pour moi», dit-elle en pleurant. La quatrième fois, c’est avec Dennis Berry. Il lui demande sa main sur un coup de tête un dimanche à Las Vegas - si bien que les bijouteries pour la bague étaient fermées s’amuse-t-elle. On lui fait remarquer qu’il n’a pas épousé Anna Karina, mais Anna Karina-l’Amoureuse-de-Godard. Il y a vingt ans, le cinéaste suisse lui a envoyé une lettre de six pages, quand elle jouait Après la répétition, d’après Bergman. Elle n’a pas eu de nouvelles depuis. «Il dit que je suis une histoire ancienne, mais pour moi, il est toujours dans mon cœur, et le restera pour la vie.»

22 septembre 1940 Naissance à Soljberg (Danemark).
1960 Le Petit Soldat.
1962 Vivre sa vie.
1965 Pierrot le fou.
Septembre 2018 Copie restaurée de la Religieuse de Jacques Rivette. En salle et en DVD.

Anne Diatkine photo Frédéric Stucin pour Libération

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Corazon, le cheval de Lætitia Dosch, ne salue pas 

Corazon, le cheval de Lætitia Dosch, ne salue pas  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan 18.09.2018

 


Lætitia Dosch et Corazon sont nus. Elle, la femme. Lui, le cheval. S’en suit une belle et mystérieuse histoire d’amour. Elle, l’électrique volubile, lui, le placide silencieux .Jusqu’à la tout va bien, c’est après que cela se gâte.

On entre dans la salle où se donne Hate , le nouveau spectacle de Lætitia Dosch comme dans une salle où va se donner un spectacle de Claude Régy : à pas comptés, en étranglant le moindre chuchotement. On nous a distribué une feuille avant d’entrer où il est écrit qu’il ne faudra pas faire de bruit, ni applaudir dans le noir qui signifiera la fin du spectacle. Une feuille signée Corazon. C’est le nom d’un cheval. Comme Régy, Corazon déteste les téléphones portables, les gens qui toussent ou soupirent, voire jacassent intempestivement. Ils idolâtrent l’intensité du silence, meilleure façon pour le spectateur d’être à l’écoute.

Un animal qui parle et même écrit, ce n’est pas commun mais ce n’est pas nouveau. Tous ceux qui ont été biberonnés aux fables de la Fontaine et aux albums du père Castor savent que les animaux parlent et les dits animaux n’ont pas attendu La Fontaine pour prendre la parole. Maintenant que nous voilà assis, on oublie tout ça. Corazon est là. Est ce qu’il nous regarde ? Nous observe ? On ne sait trop jamais où ça lorgne un canasson.

Beau début

Avec sa masse blanche, ses quatre pattes, sa belle crinière, sa queue finement peignée et ses yeux globuleux, il en impose le Corazon. A peine visible, un fil cernant la scène sur les quatre côtés délimite le périmètre où il peut se mouvoir. Pour l’heure, il ne bouge pas, il est droit sur ses pattes (lesquelles, pourvues de sabots, n’ont pas besoin de bottes). Une présence aussi forte qu’énigmatique.

Lætitia Dosch arrive côté jardin, ôte son peignoir, passe sous le fil , foule le sol sombre terreux. Elle s’avance vers Corazon, nue, portant à la ceinture une épée en bois de gamin et une banane remplie non d’euros mais de carottes coupées en rondelles. Elle regarde Corazon, un frémissement du poil semble dire qu’il a remarqué sa venue. Ça n’a pas l’air de lui déplaire. Beau début.

Lætitia Dosch nous parle, ou plutôt, elle nous apostrophe. Calais, les femmes, la solitude, la baise, la congélation de ses ovocytes en Espagne, le rap français, les émigrés. La trentaine bien tassée, elle en a des choses à dire. Parfois elle saisit Corazon par la petite cordelette qui lui tient lieu de mors et elle l’entraîne dans son road and words trip. Elle a beau s’égosiller, sauter en l’air, mouliner des bras, Corazon reste calme, impérialement calme. Autant dire que ces deux là font la paire.

Cheval parlant

Plus d’une fois Corazon approche ses grosses lèvres de celles de Lætitia Dosch et il s’embrassent. C’est pas torride, c’est tendre. Bientôt, elle lui déclare sa flamme. Elle l’aime son Corazon. Elle veut un enfant de lui. Il y aura aussi ce moment, plus tard, où, jambes écartées, ayant posé des rondelles de carotte juste au dessus de sa touffe, elle lui proposera de venir lui lécher la chatte. Corazon répondra,outré semble-t-il, maugréant. Tout de même Lætitia tu n’en fais pas trop ? lui dit-il en substance.

Non, la Dosch n’en fait jamais trop mais elle se trompe en faisant (avec sa propre voix) parler son cheval. Et plus d’une fois, puisque cela devient une conversation.. Au moment même où le spectacle s’installait dans le mystère de ce duo impossible et improbable, patatras, tout s’écroule. Lætitia Dosch cède à la facilité. Son cheval parle, au mieux on se poile une fois mais c’est vite énervant comme la répétition des rires enregistrés à la télé.

Il y a quelque temps sur la scène de l’Olympia, l'humoriste Alex Lutz utilisait ce même procédé comme me le signalait à la sortie de Hate un ami qui ne rate aucune manifestation ayant trait aux chevaux. Il usait de la mêmes corde : son cheval parlait. Et puis il y a ces autres moments un peu forcés, où Lætitia Dosch, ayant suivit ds leçons de dressage, fait, par exemple, mettre pattes à terre à Corazon en lui tapotant intensément le dessous des flancs. Bon prince, car bien dressé, il obéit. Mais à quoi bon ? Autant aller chez Bouglionne au cirque d’hiver. Le spectacle a perdu en mystère. Il s’est normalisé. Tout ce que Lætitia Dosch déteste, elle la rebelle qui n’ a pas froid aux yeux, aux orteils, au cervelet, aux nibards et à la foufoune. A la fin, elle salue. Le cheval, lui, ne salue pas. Il s’en va.

 Hate au Théâtre Nanterre Amandiers dans le cadre du Festival d’automne, les mar, mer, ven 20h30, jeu 19h30, sam 20h, dim 16h, jusqu’au 23 sept. (Le spectacle a été créé au Théâtre de Vidy-Lausanne la saison dernière puis est venu au Printemps des comédiens à Montpellier). Suite de la tournée :

Actoral Marseille les 26 et 27 sept ; TNB de Rennes du 16 au 20 oct ; festival NEXT à la Rose des vents , métropole de Lille les 30 nov et 1er déc ; Bonlieu, scène nationale d’Annecy du 16 au 18 janv ; TPR à la Chaux-de-Fonds les 15 et 16 fév ; CDN d’Angers les 7 et 8 mars ; Sortie ouest à Béziers du 13 au 16 mars ; Scène nationale de Montbéliard les 16 et 17 mai ; Tandem, scène nationale de Douai les 5 et 6 juin.

 

Légende photo : Scène de "Hate" © Dorothée Thebert Filliger

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Jean Piat, mort d'un roi

Jean Piat, mort d'un roi | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par  Nathalie Simon dans Le Figaro  le 19/09/2018

DISPARITION - Comédien charismatique dans un répertoire riche de vingt-cinq ans de Comédie-Française, il s'est éteint mardi soir à l'âge de 93 ans.

«J'ai été comblé, j'étais né pour être comédien», répétait volontiers Jean Piat qui avait raconté sa riche vie, début 2016, au théâtre des Bouffes parisiens dans Pièces d'identité, un spectacle de son cru sous la direction de Stéphane Hillel. L'acteur au beau regard bleu célébrait alors ses 73 ans de carrière en évoquant les auteurs qu'il avait servis. Outre Françoise Dorin, sa compagne, Beaumarchais, La Fontaine ou Guitry, ancien «cancre» comme lui. Au même moment, il sortait chez Flammarion un livre au titre malicieux: «Et...vous jouez encore!». «Je ne sais pas quoi faire d'autre...», glissait-il en souriant.


» LIRE AUSSI - Jean Piat, le feu sous la glace

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Ariane Mnouchkine : “Les cultures ne sont les propriétés de personne” 

Ariane Mnouchkine : “Les cultures ne sont les propriétés de personne”  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joelle Gayot  dans Télérama Publié le 18/09/2018. 


Une pièce traitant de l’histoire dramatique des autochtones du Canada peut-elle être montée sans leurs représentants ? C’est à cette question devenue polémique que se sont heurtés Robert Lepage, metteur en scène, et Ariane Mnouchkine, directrice du Théâtre du Soleil, à Paris. Celle-ci rappelle que l’histoire de l’humanité appartient à tout le monde.

En juillet, alors que le metteur en scène canadien Robert Lepage prépare son spectacle Kanata, une lettre, signée par dix-huit artistes et intellectuels autochtones et douze de leurs alliés, non autochtones, déclenche une vive polémique. Le spectacle, joué par les acteurs du Théâtre du Soleil, que dirige Ariane Mnouchkine, doit traverser l’histoire du Canada en abordant les oppressions subies par les autochtones. Face à l’absence sur scène d’acteurs issus de leurs communautés, ces derniers dénoncent une « appropriation culturelle ». Dans la foulée, un coproducteur financier se retire du projet, poussant le metteur en scène à annuler la création de Kanata au Théâtre du ­Soleil, à Paris. C’était sans compter la ténacité de Robert Lepage et la détermination d’Ariane Mnouchkine. Fondatrice et directrice depuis 1964 du mythique Théâtre du ­Soleil, installé à la Cartoucherie de Vincennes, Ariane Mnouchkine, metteuse en scène, auteur, propose depuis toujours un théâtre généreux et populaire qui place l’humain au centre des représentations. Incarnées par une troupe cosmopolite — ses acteurs sont afghans, brésiliens, français, irakiens, syriens… —, ses créations prennent à bras-le-corps les tragédies, que celles-ci soient grecques ou shakespeariennes, antiques ou contemporaines. L’exil et les migrants, l’intégrisme et l’émancipation des femmes, la montée des dictatures et la résistance des peuples sont autant de sujets déployés au Théâtre du Soleil.


Qu’évoquent pour vous les termes « appropriation culturelle » ?

Ces termes n’évoquent rien pour moi car il ne peut y avoir appropriation de ce qui n’est pas et n’a jamais été une propriété physique ou intellectuelle. Or les cultures ne sont les propriétés de personne. Aucune borne ne les limite, car, justement, elles n’ont pas de limites connues dans l’espace géographique ni, surtout, dans le temps. Elles ne sont pas isolées, elles s’ensemencent depuis l’aube des civilisations. Pas plus qu’un paysan ne peut empêcher le vent de souffler sur son champ les embruns des semailles saines ou nocives que pratique son voisin, aucun peuple, même le plus insulaire, ne peut prétendre à la pureté définitive de sa culture. Les histoires des groupes, des hordes, des clans, des tribus, des ethnies, des peuples, des nations enfin, ne peuvent être brevetées, comme le prétendent certains, car elles appartiennent toutes à la grande histoire de l’humanité. C’est cette grande histoire qui est le territoire des artistes. Les cultures, toutes les cultures, sont nos sources et, d’une certaine manière, elles sont toutes sacrées. Nous devons y boire studieusement, avec respect et reconnaissance, mais nous ne pouvons accepter que l’on nous en interdise l’approche car nous serions alors repoussés dans le désert. Ce serait une régression intellectuelle, artistique, politique ­effrayante. Le théâtre a des portes et des fenêtres. Il dit le monde tout entier.

On est en train d’ériger des enclos, à l’intérieur desquels on voudrait séparer les identités réduites à elles seules.“
Que s’est-il passé dans l’histoire des autochtones qui puisse expliquer cette polémique ?

Je ne suis pas une historienne de la colonisation du Canada, mais relisons l’histoire. Une spoliation insidieuse, puis violente. Des trahisons sans fin. Des promesses jamais tenues. Des traités jamais respectés. Et, en 1867, au moment de ­l’indépendance, un traitement génocidaire des Premières Nations. Une exclusion, puis une marginalisation systématique. Et — ce qui a laissé, peut- être, les traces les plus profondes — un véritable assaut de l’Eglise catholique et de l’Etat canadien contre la culture autochtone, en éliminant la participation des parents et de la collectivité au développement intellectuel, culturel et spirituel de leurs enfants au moyen du système de ces tristement célèbres pensionnats où l’on pratiquait, sur les enfants enfermés, une assimilation forcée, imbécile, sadique, abusive, violeuse, inimaginable. Comparable à ce qui s’est passé en Australie avec les enfants aborigènes. Système qui, au Canada, a duré jusqu’en 1996, c’est-à-dire hier. Donc beaucoup de choses effroya­bles qui, malgré des efforts indéniables ces dernières années, ne se réparent pas d’un claquement de doigts. Les revendications légitimes des autochtones sont légion et dépassent largement cette polémique, qui n’est pas due seulement à un groupe de leurs artistes — qui, d’ailleurs, et je tiens à le redire, ne visait pas l’annulation de Kanata, mais aussi, et sinon plus, à un mouvement de pensée vindicatif prônant le « retour du bâton » plutôt que, après celui de la réparation, le long et difficile chemin de la réconciliation que la majorité des autochtones parcourent avec détermination et exigence.

Etes-vous inquiète de la tournure prise par les événements ?

Un peu, je l’avoue. On est en train d’ériger des enclos, à l’intérieur desquels on voudrait séparer les identités réduites à elles seules. Pour mieux les classer ? A l’infini ? Le 22 septembre 1933, à l’initiative de Joseph Goebbels et via la création de la Chambre de la culture du Reich, les artistes juifs sont exclus du monde culturel et ne peuvent plus se produire que dans des manifestations destinées à des publics juifs. Pas de panique, je ne traite personne de nazi, en l’occurrence, mais lorsqu’on examine ma troupe selon des critères ethniques, je rappelle ce qu’ont fait les nazis. Je sonne un petit tocsin. Attention à certains voisinages de pensée ou de méthode. Même involontaires.

Nous ne sommes pas ‘que’ français ou ‘que’ blancs. Ou ‘que’ autochtones.”

 


Comment les artistes peuvent-ils réagir ? Appelez-vous à une mobilisation ?

La première des censures est notre peur. Etre accusé de racisme fait très peur, nos accusateurs le savent. Ils en jouent. Mais une fois que nous savons, en conscience, que nous ne le sommes pas et que notre travail, la composition du groupe au sein duquel nous créons des œuvres depuis tant d’années, bref, que toute notre vie le prouve, nous devons refuser qu’à la seule lumière de la composition ethnique de la distribution, avant même d’avoir vu nos spectacles, on nous dise qu’ils sont spoliateurs et racistes, donc criminels. Nous avons tous des yeux, des oreilles, des mémoires, des légendes, donc tous des parentés multiples. Nous ne sommes pas « que » français ou « que » blancs. Ou « que » autochtones. Devons-nous nous résigner à une malédiction atavique, de dimension biblique, qui courrait de génération en génération ? Sommes-nous, pour toujours, dans les siècles des siècles, des racistes et des colonialistes, ou sommes-nous des êtres humains, porteurs d’univer­salité, tout comme les Noirs, les Juifs, les Arabes, les Khmers, les Indiens, les Afghans, les Amérindiens, dont nous voulons parfois raconter les épopées et qui, comme nous, bien avant leurs particularités culturelles, portent en eux cet universel humain ? Et puis, qui a ­intérêt à déchirer la société, justement de cette façon-là ? En quoi cette tribalisation générale va-t-elle affaiblir le capitalisme sauvage qui ruine notre planète ? En quoi va-t-elle freiner la gloutonnerie des multinationales ? A quoi sert-elle ? En quoi va-t-elle nous redonner le sens et l’amour du bien commun ? Pourquoi certains idéologues tentent-ils de duper notre jeunesse en profitant négativement de son idéalisme, de sa générosité et de sa soif de solidarité et ­d’humanité ?

Qui sont ces idéologues ?

Je n’ai pas à les nommer. Par leurs réponses et leurs attaques, je le crains, ils montreront qu’ils se sont reconnus.

Ne s’agit-il pas d’un dialogue de sourds ?

C’est pis qu’un dialogue de sourds. C’est un procès, où chaque mot de la défense est retourné et ajouté au réquisitoire de procureurs autodésignés. Il faudrait slalomer en permanence entre des mots interdits, de plus en plus nombreux. Comment parler sincèrement, avec confiance, si chaque mot peut devenir, au gré de l’interlocuteur, un indice incriminant, révélateur de notre ignominie ? Sous la surveillance de tels commissaires, comment échapper à la langue de bois, aux clichés, puis à l’hypocrisie et finalement au mensonge obligatoire ?

“Je ne peux pas bâtir sur le destin de mes aïeux une amertume et une haine éternelles.”

 


Est-il possible de se soustraire à la culpabilisation ?

Une fois que tous les chemins de réparations matérielles, législatives, symboliques auront été parcourus et que ces réparations, toujours imparfaites et insuffisantes, auront été définitivement obtenues, il nous faudra bien encore reconnaître que nous sommes coupables de beaucoup de choses, mais pas de tout, pas tout le temps et pas pour toujours. Le chemin est identique pour ceux qui sont, ou se pensent, victimes, car il peut y avoir de l’indécence à faire sienne, à trop s’approprier, la souffrance d’un aïeul. Les petits-­enfants de déportés, dont je suis, n’ont pas souffert ce qu’ont souffert leurs grands-parents ou arrière-arrière-grands-parents. Je ne peux pas bâtir sur le destin de mes aïeux une amertume et une haine éternelles, haine et amertume que mes grands-parents morts à Auschwitz n’auraient pas voulu me léguer — ils m’aimaient trop, j’en suis sûre, pour vouloir m’infliger la douleur de haïr. Je ne peux pas me targuer de leur héritage pour rendre coupable la terre entière et interdire à une jeune actrice, allemande, innocente de ce qu’a pu commettre son arrière-grand-père à l’égard du mien, de jouer Anne Frank, du moment qu’elle a du talent et la force morale de le faire.

Quel est votre état d’esprit, aujourd’hui ?

Lors d’une réunion à Montréal, en juillet, nous avons cherché, Robert et moi, à nous faire entendre des artistes autochtones qui avaient fait part de leur incompréhension, pour ne pas dire de leur désapprobation, devant l’absence d’acteurs et d’actrices autochtones dans la distribution de Kanata. Il nous a fallu rappeler encore et encore que ce spectacle était répété et produit en France, avec des acteurs d’origines très diverses, réfugiés d’abord, puis résidents en France, puis devenus français, pour la plupart, ces dernières années. Bon nombre d’artistes qui nous recevaient ce soir-là avaient entendu vaguement parler du Soleil mais ignoraient tout de son fonctionnement et de ses principes. La réunion s’est déroulée dans une atmosphère respectueuse, de part et d’autre, et je pense que nous avancions sur le chemin difficile de la compréhension et de la réconciliation. Cette rencontre, dont je me souviendrai toute ma vie avec une émotion très spéciale, dura plus de cinq heures et demie, mais il nous aurait fallu, il nous faudra, plus de temps encore. Nous le prendrons, ce temps. Nous l’avons promis. Mais le lendemain matin, attaquèrent et frappèrent tous ceux qui ne voulaient surtout pas que cette réunion, à laquelle ils n’avaient pas assisté, aboutisse à une entente. Et, je l’admets aujourd’hui, Robert et moi avons été en proie à la sidération face à la puissance d’intimidation et de désinformation de certaines tribunes ou blogs et aussi des accusations de toutes sortes qui jaillissaient sur les réseaux sociaux, où sévissent une multitude d’anonymes. Après l’annonce de l’annulation, beaucoup des artistes autochtones rencontrés ce soir-là ne cachèrent pas leur désappointement et même leur désapprobation devant une issue qu’ils n’avaient jamais demandée. Nous nous sommes donc ressaisis et avons décidé que la meilleure réponse serait le premier épisode du spectacle lui-même.

Cosignerez-vous avec Robert Lepage cet épisode du spectacle ?

Non. Mais je cosigne le manifeste que représente le fait de jouer ce spectacle.

 

À voir
Kanata – Episode I – La Controverse,
un spectacle du Théâtre du Soleil et de Robert Lepage, du 15 décembre au 17 février, dans le cadre du Festival d’automne, La Cartoucherie de Vincennes, Paris 12e.

 

 

Photo : Léa Crespi pour Télérama

 

 

Communiqué Malgré la polémique, “Kanata” sera bien joué par le Théâtre du Soleil

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Les Femmes de Barbe Bleue, par Juste avant la compagnie au Lavoir moderne parisien

Les Femmes de Barbe Bleue, par Juste avant la compagnie au Lavoir moderne parisien | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Nicolas Arnstam dans le blog Froggy's Delight (paru en mars 2018)

 

Création collective de la Compagnie Juste avant la Compagnie, mise en scène de Lisa Guez, avec Valentine Bellone, Nelly Latour, Camille Duquesne, Anne Knosp et Jordane Soudre.

Telles des mortes-vivantes, elles reviennent. Toutes ont en commun d'avoir vécu avec cet homme, d'avoir eu la clé de son cabinet secret et d'être mortes de ses mains.

Partant du célébre conte de Barbe Bleue, Lisa Guez en propose, avec Valentine Krasnochok à la dramaturgie, une épatante relecture avec ce spectacle truffé de surprises.

Né d'une création collective et d'une écriture de plateau, "Les Femmes de Barbe Bleue" rassemble en un même lieu, toutes celles qui ont eu la curiosité d'ouvrir la fameuse porte de la pièce à l'entresol.

Celles-ci vont confronter leurs expériences afin de pouvoir s'en libérer et d'être en mesure d'affronter une telle tyrannie. Cela va vite ressembler à une thérapie de groupe sous forme de coaching où elles s'entraideront à s'affirmer et à prendre leur espace face à ce prédateur.

On passe donc de moments de franche comédie à des séquences de tension dramatique inouïe par la grâce des cinq comédiennes excellentes - Valentine Bellone, Camille Duquesne, Anne Knosp, Nelly Latour et Jordane Soudre - qui, subtilement dirigées par Lisa Guez, interprètent des archétypes féminins très différents.

Tentant de cerner chez chacune la part de curiosité de l'interdit, de fascination pour cet homme décrit dans toute son animalité et le ressort qui permet de renverser le processus, le spectacle offre des clés non pour entrer dans le cabinet mais pour en sortir.

Séquences inattendues et beau travail sur le psychisme féminin de la Compagnie Juste avant la compagnie et de formidables numéros de comédiennes dans une ambiance teintée de sensualité et de mystère, finement éclairé par Lila Meynard.

Un spectacle aussi audacieux que réussi sur une thématique d'actualité qu'elles s'approprient et exploitent parfaitement. Et qui résonne en chacun. Osez ouvrir la porte...

 Du 3 au 21 octobre 2018 au Lavoir moderne parisien

 

informations ici 

Nicolas Arnstam

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Laetitia Dosch et Yuval Rozman: "Notre boulot d’artiste, c’est de faire travailler le muscle de l’imagination"

Laetitia Dosch et Yuval Rozman: "Notre boulot d’artiste, c’est de faire travailler le muscle de l’imagination" | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marie Richeux sur la page de son émission "Par les temps qui courent" sur France Culture

 

Ecouter l'émission en ligne (1h) 

 

Nous recevons l'auteur et le metteur en scène pour leur spectacle HATE qui a lieu jusqu’au 23 septembre au théâtre Nanterre-Amandiers dans le cadre du festival d’Automne.

HATE, la dernière création de Laetitia Dosch est une une tentative de duo partagée avec un cheval sur scène, et qui est peut-être un état des lieux des solitudes, du désir, peut-être une utopie ratée, ou encore, une réflexion sur notre amour du vivant qui est malade parfois et prend l’habitude de se déguiser en destruction. 

« ça  me plaisait pour parler du présent, de nous amener dans un univers mythologique, où tout d’un coup on devient un peu des héros. J’avais envie de décaler la réalité, de l’emmener autre part.»

« Il y a des choses qui sont dites de manière assez frontale, assez simples et intimes, mais elles sont dites à un cheval, sans lui, je n’aurai pas pu dire tout cela .»

« Ce que j’essaie de trouver c’est ce qui se passe dans la tête des animaux.»

« L’idée de ce spectacle vient d'un questionnement fondamental  : pourquoi on n’arrive pas à construire des rapports équilibrés avec les autres dans la sphère privée et publique, pourquoi y a-t-il autant d’inégalités ?»

« Comment réussir à être soi, c’est un boulot je trouve.»

 

 


Extraits
HATE, le spectacle de Laetitia Dosch et Yuval Rozman

Archives
Bartabas, dans "A Voix Nue", France Culture, 2003
Wajdi Mouawad, dans "Pas la peine de crier", France Culture, 2012
 

Références musicales
Weli Noël, Le fil à la patte
Schubert, Moment musical en fa min, interprété par Alfred Brendel
Nick Cave et Warren Ellis, Cowgirl

Information complémentaire
Livre de HATE est édité et disponible à la vente dans les théâtres dans lesquels le spectacle tourne

 

Laetitia Dosch en scène dans son spectacle "HATE"• Crédits : @Dorothée Thebert Filliger

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Les voix de Stéphanie Chaillou, Laurent Sauvage et Julien Gosselin à l’unisson 

Les voix de Stéphanie Chaillou, Laurent Sauvage et Julien Gosselin à l’unisson  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan  16.09.2018

 


Dans « Le père » , Julien Gosselin porte à la scène « L’homme incertain », un texte de Stéphanie Chaillou. Un homme parle. Un agriculteur qui a échoué. Cet homme, c’est Laurent Sauvage. Un simple monologue ? Bien mieux que cela : un spectacle à part entière, orchestré par la bande à Gosselin.


C’est une voix. Celle d’un homme, aujourd’hui âgé, qui se souvient de sa vie que les autres, a un moment de bascule, ont qualifié de « ratée ». C’est un homme qui prend la parole pour nous dire la vie que fut la sienne et celle des sa femme et de leurs enfants. «Je ne me souviens plus de mes rêves » commence-t-il. Il avait rêvé devenir riche, avoir une vie heureuse, « Je croyais que c’était assez suffisant », ça, être heureux. Et puis, avant même la fin de la première page de L’homme incertain de Stéphanie Chaillou, on sait que cela n’a pas été ça : « je n’ai jamais compris ce qui s’est passé. Pourquoi ça a mal tourné ».

L'homme et la faillite

L’homme qui nous parle,- oui il nous parle car c’est une voix que porte l’écriture oralisée de l’auteur- avait vécu enfant dans une ferme, fait du foot avec les potes. Adulte, il s’était comme naturellement marié, les enfants étaient venus comme ça aussi, et il avait assouvi son rêve : avoir sa propre ferme. « A l’époque, je pensais que les choses étaient simples. Je pensais que vivre était simple ». Mais rien n‘est simple quand on a une ferme modeste, la fragilité des choses fait qu’on est à la merci de tout : une météo calamiteuse, un virus, un accident de tracteur. Et c’est ce qui est arrivé. L’argent manque, on emprunte aux banques, c’est l’engrenage. L’homme ne veut pas y croire, il s’entête mais un jour l’huissier apporte les papiers à signer, la faillite est déclarée. Tout s’écroule.

« J’étais K.O. Complètement sonné ». L’échec, l’humiliation, la colère, la honte  rongent l’homme, au dedans de lui. Il a des envies de meurtre, mais il les ravale. Il ne dit rien. « Je n’ai jamais pu parle de ça. Avec personne. J’avais trop honte, je crois. Et aussi. Avec qui ? Avec qui aurais-je pu en parler ? » Pas même à ses enfants, figés dans l’enfance, plus tard il répondra à leurs questions en biaisant.

Son échec le met au ban du monde dans lequel il vit. « Parce que j’avais échoué, ma vie ne m’appartenait plus ». Et il y a les autres, les voisins, les anciens copains de foot qui le regardent comme un pestiféré. « J’ai encaissé le coups, tous les coups ». Il sait ce que veut dire ne plus « avoir d’horizon », il comprend ces agriculteurs qui se suicident.

Alors un jour il part. Avec femme et enfants. Les années passent. Il vieillit, commence à voir son passé autrement. « J’ai changé. La vie que j’ai eue m’a fait changer. Et je suis moins certain d’avoir raté ma vie. J’ai fait faillite certes. J’ai eu une vie difficile, c’est vrai. Mas je ne sais pas si quelqu’un peut dire que j’ai raté ma vie. ». Telle est la courbe du livre L’homme incertain et du spectacle Le père qui en est issu, en plusieurs mouvements ou creusements, de la négation à l’affirmation.

Laurent Sauvage au bout de la nuit

C‘est une voix. Celle d’un acteur. Laurent Sauvage..Un de nos meilleurs acteurs, un de ceux qui accompagnent  notre vie de spectateur. La voix de Laurent Sauvage et son corps qui en est comme la traduction physique.Une voix voilée de vie, une voix qui porte en elle son vécu, ses insomnies. Longtemps dans Le père on entend la voix de Laurent Sauvage sans voir l’acteur, Il est là présent, par sa voix. Une voix qui vient de la nuit du théâtre, la nuit d’une vie. Cette vie, elle l'extirpe une vie de son puits, seau après seau. La déverse. L’agencement simple, les phrases jamais bien longues de Stéphanie Chaillou portent la parole de l’homme. L’acteur Laurent Sauvage leur offre son timbre lesté des balafres du temps, de tous ces rôles qu’il a emmené au bout de leur nuit. .Il ne joue pas l’homme, il le porte en lui. Il partage sa tristesse, il veut l'épauler à relever la tête, toucher ensemble  au cœur de cette parole prise enfin et qu’il ne faut plus lâcher. Se taire, cela serait l’échec, encore une fois. Alors il apparaît. L’acteur, l’homme. Au loin. A peine, infime comme dans un spectacle de Claude Régy.Il s’approche de nous doucement, jambes un peu écartées comme souvent les paysans. Une jambe, puis l’autre. Tout autour la lumière tremble, lui aussi peut-être..La voix gagne en amplitude, monte, la musique en fait autant. Intensité maximum. Émotion absolue.

C’est une voix. Celle de Julien Gosselin. On ne l’entend pas mais elle est partout.Un jour le metteur en scène tombe sur un extrait de L’homme incertain alors titré Le père, un titre qu’il conservera pour le spectacle. Un extrait publié dans la revue If que publie Hubert Colas. La revue traîne là sur une table. Il l'ouvre au hasard ou peut-être ce titre qui l'attire Le père-  il lit quelques lignes et l’émotion le submerge. Le spectacle est là en germe dans cette émotion première. Qu’est ce qui fait qu’une écriture tout de suite nous submerge ? Cette langue, ce ton, ce monde, c’est comme s’il les reconnaissait. Quelques mois plus tard, quand on lui envoie tout le texte, il décide tout de suite d’en faire quelque chose. Et de faire cette chose avec Laurent Sauvage, lui et personne d’autre. Un homme qui parle, un acteur seul en scène. D’autres en seraient resté là. Un acteur, une chaise, une toile de fond peut-être et un léger plein feux. Julien Gosselin a une autre approche du théâtre, plus généreuse et plus ambitieuse à la fois. Pour lui tout spectacle doit être l’agencement d’une forme-monde que le spectacle (acteurs, espace son, lumière, etc.) déploie et accomplit jusqu’à son épuisement, sa clôture. Et c’est ce qui fait que ses spectacles nous pénètrent le cœur, le ciboulot et la peau. Aucun clin d’œil adressé au public, mais, impalpable un tutoiement secret avec chaque spectateur. Chacun le sien.

Autre exemple. Dans le livre, à la fin de chacune des courtes séquences, à la parole du père succède celle des enfants, ce sont de brèves comptines fabriquées avec leurs mots, des boites à souvenirs Dans le spectacle ces mots sont projetés sur un écran, un à un, comme si, à cloche-pied, ils jouaient à la marelle.

Une fraternité d'écriture

Pour Le père , l’intelligence de Gosselin conciste à mettre en scène ensemble la solitude de l’acteur et celle de l’homme, l’une rejaillissant sur l’autre. Et d’inscrire l’acteur-homme dans un dispositif, en osmose avec le mouvement du texte de Chaillou, lequel partant de la disparition sociale de l’homme par sa négation conduit à son apparition, son identité d’être humain, cette voix qui se décide sur le tard à parler. « Jusqu’à ce jour, j’ai tout tu » dit l’homme. L’arme des mots. « Sortir de ma vie au point de la nommer » dit-il. Laurent Sauvage a lui le texte ; il a dit oui, alors la machine, le circus et la bande Gosselin -c’est tout un- se sont mis en route. Gosselin et Nicolas Joubert à la la scénographie et aux lumières, Guillaume Bachelé à la création musicale , Julien Feryn de la création sonore., Pierre Martin à la création vidéo . Des compagnons de route de Gosselin et de sa compagnie Si vous pouviez lécher mon cœur, depuis plusieurs spectacles (la création initiale de Le père date de 2015).

C’est une voix. Celle singulière de Stéphanie Chaillou. Pour autre preuve, un autre livre, son plus récent, Le bruit du monde paru en février 2018 (L’homme incertain a été publié en novembre 2014). C’est encore une vie que raconte Stéphanie Chaillou, mais cette fois à la troisième personne du singulier. La vie de Marie-Hélène Coulanges, dite Marilène  née le 18 juillet 1964 « dans une famille pauvre ». Pas de misérabilisme, pas de ton compassionnel, mais une fraternité d’écriture. L’histoire d’une femme incertaine si l’on veut. Une vie qui rate une marche sur l'escalier de l’ascension sociale, étant partie dans la vie avec un lourd handicap nullement physique. Une vie marquée par la pauvreté, la honte, le sentiment d’injustice, l’envie de vengeance, la supercherie de l’égalité des chances.

Ceci : « La honte qui entoure l’enfance de Marilène ne s’accroche à rien de précis.Elle prend la forme d’un éloignement. D’un rabais. Une atténuation diffuse. Pour Marilène, tout est loin. Entaché de distance. La joie. La vie. Tout est comme enfermé dans une impossibilité à éclater, à exister. ». Elle essaiera de faire comme si. Bonne élève elle entre en classe prépa, mais le mot classe est trop fort. Elle devient institutrice, se marie avec le premier venu. Elle ne supporte pas les enfants, ni, le soir venu, le mari vissé à sa télé. Elle quitte l’enseignement et le mari. « Elle se sent désencombrée ». On est en 1990. Cinq ans plus tard, elle cesse de se taire comme l’homme incertain. Il parle, elle écrit. « Marilène n’a plus besoin de se venger, elle écrit ».

En exergue à ce dernier livre, Stéphanie Chaillou cite une phrase de Jacques Rancière. Des mots cernant ce qui me semble être le geste fondateur de l’écriture de Chaillou. Une phrase que ferait bien de punaiser dans son bureau le Président de la République pour lui rappeler les paroles de pauvres entendues cinq heures durant dans les locaux d’ATD quart monde : « Le premier remède à la « misère du monde », c’est la mise au jour de la richesse dont elle est porteuse. Car le mal intellectuel premier n’est pas l’ignorance, mais le mépris. C‘est le mépris qui fait l’ignorant et non le manque de science. Et le mépris ne se guérit par aucune science mais seulement par le parti pris de son opposé, la considération.. ». Stéphanie Chaillou, une écriture de la considération

 Le père, mar , mer jeu 19h30 (sf jeu 20 14h30), en 20h30, Sam 18h30, dim 15h30 , relâche le lun di et le dim 23, jusqu »au 29 sept à la MC93 dans le cadre du Festival d’automne. Puis les 22 et 23 nov au CCAM de Vandœuvre-les-Nancy

 L’homme incertain , éditions Alma, 168p, 16€, Le bruit du monde éditions Notab/lia, Noir sur Blanc, 168p, 14€

Un autre livre de Stéphanie Chaillou Alice ou le bruit des armes, (Editions Alma) fera l’objet d’une lecture par Sarah Jane Sauvegrain et Olivier Martinaud du 28 nov au 8 déc à la Scène Thélème

 

Légende photo : 
Scène de "Le père" © Simon Gosselin

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CONSTRUIRE UN FEU au Studio Théâtre de la Comédie-Française

CONSTRUIRE UN FEU au Studio Théâtre de la Comédie-Française | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Frédéric Pérez sur le blog Spectatif - 16 septembre 2018


CONSTRUIRE UN FEU au Studio Théâtre de la Comédie-Française


Théâtraliser cette nouvelle de Jack London sur un petit plateau de théâtre relève du défi technique et artistique. Pari tenu, défi gagné. La mise en vie, en jeux et en images, donne au récit une vraisemblance incroyable.

 
L’épopée déchirante de cet homme, juste accompagné de son chien, qui affronte les pires dangers de survie dans une marche solitaire sur un immense espace enneigé du grand nord canadien nous captive et nous emporte. Un voyage vers l’impossible, une quête de dépassement de soi, une performance physique et peut-être métaphysique, nous tiennent en haleine et en émotions. Car jusqu’au bout on ne sait pas s’il va réussir.


Narrations et jeux mêlés fonctionnent à merveille. Il se dégage de ce récit une authenticité flagrante. L’approche quasi féérique des événements nous fait pénétrer par moments dans l’univers onirique d’un conte. Puis non, nous retrouvons très vite le strict et implacable réalisme de ce qui est dit et décrit. Nous ressentons le froid intense, nous espérons que ce feu prendra. Celui-ci ou un autre. Car il faudra bien que cet homme s’en sorte, il ne doit pas périr gelé.


Et puis il y a ce narrateur qui semble précéder ou poursuivre l’homme dans ses actions. Son humour soulage de l’effroi autant qu’il nous glace quand il décrit le danger qui aurait pu être évité. Il murmure parfois quand il s’adresse à l’homme, se voulant complice, tentant presque de l’aider de conseils qui arrivent trop tard.

Et puis il y a ce chien qui nous fait ressentir les craintes instinctives, les appréhensions devant le danger ou l’inconnu.

Mais l’homme ne les entend pas. C’est une marche solitaire. C’est une marche de courage et de survie. C’est une marche vers l’impossible.

La scénographie de Marc Lainé est d’une précision et d’une inventivité ahurissantes. Nous sommes habitués désormais à l’utilisation de la caméra en direct sur un plateau de théâtre. Mais il y a là un usage savoureux et prégnant. Ce que les images vidéo nous montrent, nous n’aurions pu le voir sans cette technique particulièrement bien maitrisée. Du très bel ouvrage.

L’interprétation précise, ciselée et pénétrante nous cueillent dès le début. Nous sommes pris, engloutis par l’histoire et le merveilleux qui s’en dégage. Jusqu’au bout, nous y croyons, jusqu’au bout nous espérons. Alexandre Pavloff, Pierre Louis-Calixte et Nâzim Boudjenah sont troublants. Leur intensité nous touche, l’émotion nous gagne et nous tient. Ils nous emportent dans cette aventure. Du très grand art.

Un spectacle étonnant et passionnant de bout en bout, réalisé avec excellence et magistralement interprété. Incontournable création de rentrée de la Comédie-Française.

Spectacle vu le 15 septembre 2018,
Frédéric Perez

De Jack London. Traduction de Christine Le Bœuf. Version scénique, mise en scène, scénographie et costumes de Marc Lainé. Lumière de Kévin Briard. Vidéo de Baptiste Klein. Son de Morgan Conan-Guez. Collaboration à la scénographie de Stephan Zimmerli.

Avec les comédiens de la troupe de la Comédie-Française : Alexandre Pavloff, Pierre Louis-Calixte et Nâzim Boudjenah.

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