Revue de presse théâtre
2.6M views | +112 today
Follow
Revue de presse théâtre
LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE  :   L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
Your new post is loading...
Your new post is loading...

Quelques mots-clés

Scooped by Le spectateur de Belleville
March 7, 2022 3:27 PM
Scoop.it!

Russie: entre menaces et boycotts, la double peine des artistes opposants au régime –

Russie: entre menaces et boycotts, la double peine des artistes opposants au régime – | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Ève Beauvallet et Anne Diatkine,  publié  dans Libération  le 6 mars 2022 

 

Qu’ils soient contraints au silence ou aient frontalement exprimé leur opposition à la guerre, de nombreux créateurs russes vivent désormais dans la crainte d’une répression accrue du régime. En outre frappés par les boycotts occidentaux, ils cherchent massivement à fuir le pays.

 

Malgré les risques encourus, malgré la sidération, l’opposition des milieux artistiques et culturels russes à l’invasion de l’Ukraine par la Russie se poursuit. Elle n’est pas générale, comme en témoignent entre autres les recteurs des écoles de théâtres d’Etat qui ont réexprimé il y a peu leur allégeance au régime, mais elle est déterminée et a débuté dès l’entrée en guerre le 24 février. Dans le spectacle vivant, l’une des premières à avoir manifesté publiquement son opposition est Elena Kovalskaya, à la tête du théâtre d’Etat Vsevolod-Meyerhold. La native de native de Kertch, en Crimée, qui a beaucoup de famille en Ukraine, a annoncé son départ en des termes non équivoques, écrivant sur les réseaux qu’elle ne pouvait pas accepter «d’être payée par un meurtrier».

Depuis sa prise de position, le metteur en scène Dmitri Volkostrelov qui travaillait avec elle a été licencié et le centre Meyerhold a fermé. Disparu le nom de Meyerhold, célèbre dramaturge exécuté par le pouvoir stalinien en 1940 et dont la réhabilitation de l’œuvre fut le fruit d’une lutte acharnée ! D’autres démissions ont suivi, dont celle du Lituanien Mindaugas Karbauskis, directeur du théâtre Maïakovski à Moscou – dont on ne sait à quel point elle fut entièrement libre… Vue de France, la forme qu’a pu prendre l’engagement de quelques grandes institutions culturelles peut paraître mineure – une colombe de la paix affichée au fronton et sur les logos de six grands théâtres à Moscou et à Saint-Pétersbourg –, pourtant, souligne une spécialiste des arts vivants en Russie, «dans un contexte où le mot «guerre» est banni, cette manifestation a déjà une réelle portée». Et de fait, l’affichage d’une colombe est susceptible de mettre en difficulté ces directions dépendant financièrement de l’Etat.

 

Depuis vendredi, Facebook est bloqué et l’accès à Twitter limité. Avant cela, sur les réseaux sociaux, un simple post ou un like pouvait suffire au licenciement. Autres sinistres nouvelles d’allégeance au pouvoir, la directrice du musée Pouchkine vient de se séparer de tous les collaborateurs ayant signé une pétition contre la guerre. Pourtant, dès le début de l’offensive russe en Ukraine, les «non» à la guerre et les écrans noirs ont afflué. Tout comme les pétitions qui ont déferlé jusqu’au blocage des réseaux, portées par toutes les professions intellectuelles, chercheurs, anthropologues, scientifiques, sociologues. La première fut celle de la directrice de la revue Teatr et d’un festival international de théâtre Marina Davidova, qui, lancée après les premiers bombardements le 24 février et diffusée sur son compte Facebook, a rassemblé plus de mille signatures. On y relève entre autres celle de l’acteur et metteur en scène Evgueni Mironov, à qui Poutine a confié la gestion du Théâtre des nations de Moscou. «Il y a trois semaines, on aurait pu penser qu’il était du côté de Poutine, aujourd’hui, il prend le risque qu’on lui retire son théâtre, et d’être exclu du jeu», relève cette même spécialiste.

Risque d’être tabassés

Dans une lettre ouverte et alimentée quotidiennement, le directeur de festival Alexander Rodnianski, qui jusque-là ménageait ses relations avec le pouvoir, dénonce la violence des attaques tout en invitant acteurs et cinéastes à se joindre à lui. Autre initiative : celle du critique Anton Dolin, qui a rassemblé plusieurs artistes dans une vidéo d’opposition à la guerre, dont les jeunes cinéastes Kira Kovalenko, Andrei Zviaguintsev, Kantemir Balagov. Notons aussi l’inventif et étonnant geste des auteurs de films d’animations qui, sous la bannière «Animators against war», ont créé un collectif et réalisent des courts métrages contre la guerre, visibles sur YouTube. Plus de 400 cinéastes ont rejoint le groupe, dont beaucoup vivent à Moscou. Le rappeur russe Oxxxymiron, de son côté, a immédiatement annulé six concerts à Moscou et à Saint-Pétersbourg, refusant de «divertir» ses fans quand des bombes tombent sur Kyiv. Initiative qui ne doit pas masquer celle d’une scène musicale plus underground qui, elle aussi, exprime son effroi au péril de sa survie artistique.

 

 

 

Malgré l’interdiction de manifester, des milliers de personnes se sont retrouvées dès le début de la guerre, dans cinquante et une villes russes, prenant le risque d’être arrêtés et tabassés. Vendredi, le Kremlin a durci l’arsenal répressif en adoptant une loi qui punit de quinze ans de prison toute publication d’«informations mensongères sur l’armée». C’est dans ce contexte qu’il faut évaluer le sort d’artistes et de responsables culturels. Et le silence de certains, probablement contraint, comme celui du metteur en scène et cinéaste Kirill Serebrennikov, actuellement en tournage à Moscou de l’adaptation de Limonov, d’après le livre d’Emmanuel Carrère. Pour l’heure, les artistes qui lèvent publiquement un sourcil contre la guerre en Ukraine sont qualifiés de «traitres» et pour la plupart immédiatement démis de leur fonction. C’est le cas du chef d’orchestre de 36 ans Ivan Velikanov qui a prononcé un discours pour la paix avant une représentation des Noces de Figaro à l’Opéra de Nizhny Novgorod. Il a été remplacé pour toutes les représentations et son nom rayé de la liste des chefs d’orchestre retenus pour concourir au festival Le Masque d’or, où il devait diriger cet opéra de Mozart. Le comique et animateur Ivan Urgant a lui aussi disparu des écrans et vu son émission à forte audience suspendue à la suite d’un «non à la guerre» posté sur Instagram.

 

«La question de l’asile devient centrale»

Toutes ces manifestations courageuses contre le régime doivent être inventoriées et l’on s’en voudrait d’oublier la supplique du metteur en scène et directeur de théâtre Lev Dodine, publiée dans Libération, ou celle de la grande autrice Ludmila Oulitskaïa   «sur la folie d’un seul homme et ses complices dévoués» parue dans l’Obs. Cependant, selon le spécialiste du cinéma de l’Est chez Unifrance Joël Chapron, «aujourd’hui, on n’en est plus là. Quelques jours après le début de la guerre, ces initiatives sont déjà entrées dans l’histoire. Beaucoup des opposants tentent de quitter la Russie quand ils le peuvent. Ils sont en très grand danger».

 

Selon nos informations, un grand nombre d’entre eux chercheraient en effet à rejoindre la France entre autres, par voie indirecte. A Paris, l’Atelier des artistes en exil, structure cofondée en 2017 par Ariel Cypel et Judith Depaule, se prépare à en accompagner certains (juridiquement, professionnellement), qui pourraient prétendre notamment au dispositif Pause – déclinaison dans le champ artistique du programme du Collège de France mis en place pour les universitaires exilés. «Nous sommes bien sûr en lien avec plusieurs artistes ukrainiens, mais la question de l’asile n’est pas encore centrale pour eux (beaucoup veulent rester pour l’instant, et il est encore tôt pour en parler), expliquait à Libé Judith Depaule jeudi. En revanche, elle le devient vraiment pour les milieux culturels russes, notamment tous les professionnels qui ont démissionné de leurs postes et qui cherchent à fuir.» Metteure en scène, Judith Depaule connait bien la scène artistique russe pour avoir notamment exercé en tant que traductrice et avoir publié une thèse issue de sept ans d’enquête en Russie sur la vie théâtrale dans les camps staliniens. Ses amis du secteur, là-bas, «ont tous démissionné» et cherchent eux aussi à quitter le pays.

«Immense colère»

Au moment où l’offensive a débuté, d’autres artistes russes étaient de passage en France et n’entendent plus rentrer. A commencer par la jeune cheffe d’orchestre russe Maria Kurochkina, qui avait quitté Moscou le 25 février pour participer à partir du 3 mars à la Philharmonie de Paris au concours international «La Maestra», et qui disait jeudi à RFI : «Je ne vais définitivement pas retourner en Russie. C’est dangereux pour moi et je ne veux pas vivre dans un pays qui est aussi agressif envers nos voisins. Je n’ai pas d’avenir là-bas. Des sanctions contre des institutions qui soutiennent cette guerre sont absolument justifiées, mais les pays qui imposent ces sanctions doivent sérieusement réfléchir contre qui elles les dirigent.»

 

Et en effet, l’impressionnante déferlante de boycotts de la part des Occidentaux s’est parfois abattue à l’aveugle sur les milieux culturels russes, amalgamant artistes proches de Poutine et opposants plus ou moins déclarés dans une même eau marécageuse. Un effet «double peine» contre lequel plusieurs voix commencent à s’élever. Parmi lesquelles celle de David Bobée, metteur en scène et directeur du Théâtre du Nord à Lille, proche collaborateur de nombreux artistes russes, qui fait part à Libé de son «immense colère» sur le sujet des boycotts et de son sentiment «d’impuissance». «Tous les artistes avec qui je suis en contact veulent partir et demandent désespérément si nos lieux pourraient leur offrir l’hospitalité si la situation empire.»

Lui – qui a accroché au fronton du théâtre un drapeau ukrainien et reversera les recettes de toutes les premières représentations des spectacles de mars de son institution à la Fondation de Lille (très active pour l’aide aux Ukrainiens) – plaide pour que l’aide aux artistes russes, parallèlement, s’accélère. «J’espère qu’on prendra vite conscience que bien des artistes russes aujourd’hui ne craignent pas simplement pour leur travail mais pour leur vie,   insiste-t-il. On les abandonne à la dictature au moment où ils auraient le plus besoin d’aides internationales. Du fait de leur puissance symbolique, de leur pouvoir d’expression, les artistes sont parmi la catégorie de population la plus menacée là-bas.» Un de ses amis artiste, depuis Moscou, l’a supplié de nous dire : «Dis-leur que nous sommes dans une totale impuissance. Dis à nos amis que le peuple russe est pris en otage.» Des appels qui viennent amèrement conforter la position poutinienne du réalisateur Nikita Mikhalkov incitant les opposants le 26 février, dans son émission à grande audience, à «mettre les voiles si le régime leur est insupportable».

No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
March 6, 2022 7:09 PM
Scoop.it!

Portrait du metteur en scène ukrainien Vlad Troïtskyi 

Portrait du metteur en scène ukrainien Vlad Troïtskyi  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean- Pierre Thibaudat dans son blog Balagan - 6 mars 2022

 

 

Légende photo : Vlad Troïtskyi à Kiev en février 2010 © jpt

 

 

Figure du renouveau du théâtre ukrainien, Vlad Troïtskyi a créé son propre théâtre à Kiev, formé de jeunes acteurs pour constituer une troupe. Un lieu unique, le théâtre Dakh, mieux un esprit qui suscitera la création du fameux groupe musical DakhaBrakha et, dans son sillage, l’ensemble des Dakh daughters. Il est la voix vaillante du théâtre ukrainien.

 

Avec ses cheveux en bataille, l’air de celui qui semble éternellement s’ébrouer d’une nuit agitée, l’Ukrainien Vlad Troïtskyi n’a rien du profil d’intellectuel à petites lunettes et barbiche de son quasi homonyme, Léon Trotsky. Et pourtant c’est un intellectuel qui a fait de brillantes études scientifiques  devenu  un artiste, un metteur en scène de premier dans son pays, , un rassembleur et enfin un sacré manager. Bref, cet homme est un agitateur qui a, de fait, révolutionné le théâtre ukrainien. .

 

 

Sorti diplômé de l’école polytechnique de Kiev, Vlad Troïtskyi avait été pris dans le tourbillon de la perestroika, de l’indépendance de son pays, bref d’un charivari de l’histoire ouvert à tous les possibles. Vlad a converti son savoir scientifique en se lançant dans des affaires tout allant étudier au GITIS, la grande école de théâtre moscovite, tout en rencontrant Anatoli Vassiliev. Résultat : en 1994, avec l'argent gagné dans les affaires, il fonde à Kiev le théâtre Dakh (mot qui en ukrainien veut dit toit), un théâtre indépendant. Il y réunit de jeunes acteurs qu’il forme auprès des meilleurs maîtres russes et ukrainiens et  constituent la troupe du Théâtre Dakh.

 

 

C’est un modeste théâtre de 60 places avec une scène bien moins grande qu’une salle de classe nichée au bas d’un immeuble de Kiev, près du terminus d’une des lignes de métro. Un étroit couloir tient lieu de caisse, l‘hiver on vous fournit des chaussons en 

film plastique bleu pour protéger le sol de la neige fondue qui s’est accrochée à vos godillots. Un minuscule bar sert du vin chaud et autres douceurs, la barmaid est aussi actrice comme la caissière et le préposé au vestiaire (lieu stratégique de tous les théâtres dans les pays d’Est où les hivers sont rudes et longs). C’est là, dans ce mouchoir de poche, que le théâtre ukrainien a commencé une nouvelle époque. C’est là que Vlad invente ses spectacles que sa jeune troupe joue à guichets fermés (il faudrait que je conjugue ces phrases au passé, mais je n'y parviens pas).

 

 

C’est là aussi qu’a été créé en 2004 le groupe de musique DakhaBrakha (nom formé à partir de deux verbes : donner et prendre) devenu la coqueluche de la jeunesse ukrainienne avant d’être reconnu dans le monde entier. On sort à la fois comblé et envoûté d’un concert du groupe DakhaBrakha (trois jeunes femmes en longues robes blanches et portant de hautes coiffes sidérantes et un homme hirsute) Envoûté, parce que leurs mélodies et leurs instruments puisent au plus profond des chants traditionnels ukrainiens que le groupe est allé collecter dans les villages. Comblé parce que le groupe a su, avec maestria, réinvestir en se l’appropriant ce fabuleux héritage en y mêlant des sons et des rythmes venus d’ailleurs, inventant ce qu’ils nomment un « ethno-chaos ». Le groupe tourne actuellement aux Etats-Unis.

Enfin Vlad Troïtskyi et son équipe ont mis sur pied et organisé un grand événement, le « Gogolfest » (Nicolas Gogol est né en Ukraine) , une manifestation monstre réunissant des artistes de toutes disciplines. Les premières années dans le gigantesque arsenal de Kiev puis dans les anciens studios de cinéma de la ville. Tout cela semble loin à l’heure où j’écris ces lignes, comme irréel.

En 2011, le festival Passages à Metz (dont Charles Tordjman était le directeur et dont j’étais alors le conseiller artistique), pour leur première venue en France avait voulu montrer tous les pans de cette aventure en invitant le groupe DakhaBrakha, le photographe Igor Gaïdaï repéré au Gogolfest et trois spectacles de la troupe du Dakh théâtre (d’où allaient naître les Dakh daughters) mis en scène par Vlad Troïtskyi. Soit Le roi Lear, prologuePresqu’une pièce de Pirandello et La maison des chiens, Œdipe à partir d’un texte de Klim. Par la suite, Vlad Troïtskyi et le Dakh théâtre seront invités au Festival d’automne, au Théâtre Monfort, au printemps des Comédiens. Et ailleurs.

 

Hier soir, sur France-Inter, en préambule à la veillée organisée au Théâtre de Chaillot (retransmise sur France-Culture et France télévisions) à l’initiative de Lucie Berelowitsch  (qui a monté un spectacle avec les Dakh Daughters) et Stanislas Nordey, joint au téléphone à une trentaine de kilomètres de Kiev, Vlad Troïtskyi déclarait : « Beaucoup d’artistes prennent les armes pour défendre l’Ukraine, je pense cependant que certains artistes doivent lutter par lemoyens de leur art. Hier je voulais rester à Kiev, aujourd’hui je veux partir pour exercer mon art.» Où qu’il aille, en Europe ou ailleurs, il en trouvera les moyens. Façon de compenser, un tant soit peu, ce qu’il disait hier soir en conclusion : « L’Europe ouvre bien tard les yeux sur ce monstre qu’est Vladimir Poutine ».

No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
March 4, 2022 2:40 PM
Scoop.it!

Chiara Mastroianni : « Le théâtre et l’inquiétude sont liés, pour moi »

Chiara Mastroianni : « Le théâtre et l’inquiétude sont liés, pour moi » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Fabienne Darge dans Le Monde - 4 mars 2022

 

L’actrice revient sur sa première expérience sur scène dans la pièce autobiographique « Le Ciel de Nantes », de Christophe Honoré.

Légende photo L’actrice Chiara Mastroianni, à Paris, en juin 2019. PATRICK SWIRC/MODDS

A 49 ans, Chiara Mastroianni s’est lancée dans le théâtre, et bien lui en a pris. Mêlée à une troupe de comédiens formidables, elle traverse Le Ciel de Nantes, spectacle où Christophe Honoré remonte le temps perdu de sa famille maternelle, avec une grâce et une fraîcheur irrésistibles. L’actrice raconte ce pas de deux avec la scène, qui n’avait rien de gagné au départ.

Le désir de théâtre, chez vous, était-il là depuis longtemps ?

Ah non, pas du tout. Le théâtre n’était pas dans mes radars. Cela fait longtemps que Christophe Honoré me proposait de jouer dans un de ses spectacles, et jusque-là j’avais toujours refusé. Pour la simple raison que j’étais tétanisée par la peur. Et puis, là, quelque chose s’est débloqué. L’envie a pris le pas sur la peur : le désir de participer à ce projet dont Christophe Honoré me parlait depuis longtemps, qui devait être un film au départ, et de travailler avec sa troupe de comédiens, que j’avais adorée dans Les Idoles, son précédent spectacle.

 

Lire aussi  Article réservé à nos abonnés Christophe Honoré : « Je n’ai pas voulu dresser un mausolée »

Pourquoi aviez-vous une telle appréhension face au théâtre ?

C’est très lié à l’histoire de ma famille, et plus particulièrement à la relation avec mon père. Comme on le sait, car elle ne s’en cache pas, ma mère, Catherine Deneuve, a toujours eu ce blocage par rapport à la scène. Mais sa sœur, Françoise Dorléac, avait fait du théâtre, et ma grand-mère maternelle, Renée Simonot, était comédienne : elle avait appartenu plus de vingt ans à la troupe du Théâtre de l’Odéon.

 
 
 

La relation au théâtre, pourtant, est passée pour moi par mon père. Il me parlait beaucoup de son expérience, de ses débuts, de la chance qu’il avait eue de travailler notamment avec Luchino Visconti [entre 1949 et 1955, Marcello Mastroianni a joué Shakespeare, Tchekhov ou Goldoni sous sa direction]. Puis, adolescente, je l’ai vu jouer dans Partition inachevée pour piano mécanique, sous la direction de Nikita Mikhalkov, à la MC93 de Bobigny, et, en Italie, dans une pièce intitulée Le ultime lune [de Furio Bordon]. Il était déjà très malade, il jouait un homme mourant, c’était très lourd. Le théâtre et l’inquiétude se sont liés, pour moi.

Comment expliquez-vous que cette inquiétude ait finalement disparu ?

Quand j’ai voulu devenir actrice, c’était beaucoup pour retrouver quelque chose de notre relation, à lui et à moi. L’endroit où je l’ai le plus fréquenté, ce sont les plateaux de cinéma. C’est là qu’il était le plus accessible, parce que c’est là qu’il était le plus heureux – il ne l’était pas quand il ne jouait pas. Le plateau, c’est donc très lié à lui, comme un endroit réconcilié, un peu magique. Mais, jusque-là, c’était uniquement le plateau de cinéma, pour moi. Il fallait aller plus loin, vers le théâtre, sur ce territoire auquel je l’associe. C’est comme la conversation que l’on aurait pu avoir, s’il était encore là, si j’avais commencé le théâtre plus tôt…

 

 

Lire aussi  Article réservé à nos abonnés Au Théâtre des Célestins, à Lyon, Christophe Honoré tire et entrecroise les fils de son passé

« Le Ciel de Nantes » est aussi une histoire de famille, et de fantômes… Comment avez-vous travaillé ? Christophe Honoré est-il venu avec une pièce et des personnages déjà écrits ?

Pas du tout. Le processus de travail ne ressemblait ni à celui d’un film, avec un scénario déjà écrit, ni à celui d’une pièce de théâtre classique. On a commencé par des improvisations, qui étaient filmées, et à partir desquelles Christophe Honoré retravaillait et écrivait les dialogues. C’est particulier, car on part de l’histoire d’une famille réelle, la sienne, et de personnes qui existent ou ont existé et vivent dans la mémoire de ceux qui sont encore vivants.

Pour nourrir ces improvisations, on a dialogué directement avec la mère de Christophe Honoré, son grand frère, une cousine… On leur a posé beaucoup de questions, souvent assez crues. Même si je me suis sentie tenue à une certaine pudeur, par rapport au personnage que je joue, une tante qui s’est suicidée. Il y a de la délicatesse à avoir, à s’accaparer ce réel-là… Ce sont des personnes qui ont existé, qui ont vécu des drames. Ce qui était très intéressant, c’est que d’un membre de la famille à l’autre le souvenir n’était pas forcément le même. C’est le cas dans toutes les familles : l’interprétation du réel, ce que chacun a retenu, varie d’une personne à l’autre. Avec tout cela, petit à petit, on fabrique un personnage.

Avez-vous été surprise de la dimension emblématique et tragique de cette famille, dont l’histoire semble traverser les grands mouvements de la société française ?

Oui, tous, au début, face à cette histoire, à cette accumulation de drames, on se disait que ça ne pouvait pas être vrai. Et pourtant, c’est la vérité de cette famille-là. Les destins peuvent paraître romanesques, tant ils sont chargés. Les destins de femmes, notamment, même si c’est le cas aussi pour cet oncle qui ne s’est pas remis de la guerre d’Algérie, et qui vit ensuite des drames très lourds avec son fils. Mais l’histoire de la grand-mère, Mémé Kiki, et de sa fille que je joue, Claudie, est très révélatrice des effets dévastateurs d’une époque où l’avortement était interdit, où les femmes étaient soumises à leur mari et au « devoir conjugal », avec des grossesses multiples, et l’impossibilité de s’occuper correctement de tous leurs enfants.

Ce personnage de Claudie accumule les fragilités, mais pourtant vous le jouez en y mettant beaucoup de lumière, de légèreté. Était-ce une volonté de Christophe Honoré de ne pas en rajouter dans le drame ?

Christophe Honoré a vraiment voulu construire ce spectacle avec l’idée d’un contraste permanent entre tragique et comique, il ne voulait pas d’une couleur unique. Tous les personnages, même si leur destin est plombé, ont une vitalité, comme Mémé Kiki, ou une part d’humour et de légèreté, à l’image de Claudie : elle est certes fragile mais, comme tous les êtres qui sont un peu à part dans une famille, qui se vivent comme des vilains petits canards, elle apporte quelque chose de différent, une ouverture. Christophe Honoré d’ailleurs fait dire à son propre personnage, dans la pièce, qu’elle était « la fée de [son] enfance »…

Comment avez-vous inventé votre jeu théâtral ? Vous avez réussi à garder beaucoup de naturel sur scène, sans que votre jeu reste trop cinématographique…

Christophe Honoré ne m’a pas demandé de changer mon jeu. Il compose ses distributions comme des orchestres, où chacun arrive avec son instrument. Quand je lui ai demandé s’il fallait jouer d’une manière particulière, il m’a répondu que non, que j’amenais un élément plus cinématographique dans l’histoire. La pièce elle-même est très cinématographique : c’est comme un long plan-séquence de plus de deux heures. La différence, évidemment, c’est qu’au théâtre on est là, en permanence, dans l’entièreté de son corps, en présence. Et cela, passé le premier moment de panique, j’ai trouvé que c’était assez génial.

Avez-vous envie de continuer sur cette voie théâtrale ?

Je ne sais pas du tout… Je ne rêve pas de grands personnages ou de grandes pièces classiques. Peut-être que je ne m’y autorise pas. Nous allons beaucoup tourner au cours de la saison 2023-2024 avec Le Ciel de Nantes, déjà, et je m’en réjouis. Après, on verra !

 

Fabienne Darge

No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
March 3, 2022 2:34 PM
Scoop.it!

Les Cantiques du corbeau de Bartabas, éditions Gallimard, collection Blanche.

Les Cantiques du corbeau de Bartabas, éditions Gallimard, collection Blanche. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello - 3 mars 2022

 

 

« Le soir au coucher, mon grand-père contait à l’enfant que j’étais des histoires écrites à la place des bêtes. Des contes terrifiants qu’il faisait d’une voix sourde, enjouée ou menaçante. Je croyais alors que les « animots » étaient doués de parole. J’étais envoûté par ses sourcils qui dansaient comme des corbeaux sur son front. Plus il parlait fort, plus les corbeaux se soulevaient et se dressaient; surprenante sérénade aux accents pointus… » (p.11)

 

 

Ecuyer rare, chorégraphe, metteur en scène, scénographe et réalisateur, Bartabas invente une forme inédite de spectacle vivant : le théâtre équestre – cheval, danse, musique et comédie.

En 1984, il fonde sa compagnie, Le Théâtre Equestre Zingaro, dont les créations triomphent de Paris à New York, d’Istanbul à Hong-Kong. En 2003, il crée l’Académie équestre nationale du domaine de Versailles, corps de ballet unique au monde attaché au manège de la Grande Ecurie.

Après D’un cheval l’autre (2020), Bartabas, figure singulière et passionnée, emblématique d’un art équestre exigeant et pointu qu’il a réinventé, signe ici son deuxième livre, preuve qu’il aime écrire :

« Il m’aura fallu une vie à côtoyer les chevaux pour comprendre que cet autre est un peu de moi-même. Les bêtes ont perdu leurs mots pour raconter leurs histoires, et l’animal que je suis, s’il possède le langage, ignore son premier récit, celui de la genèse. L’esprit humain a-t-il voulu à jamais oublier la honte de n’avoir été qu’une prise sans défense ? La nuit, l’animal me regarde et je lis dans ses yeux de nobles histoires, des chants qui m’invitent au voyage. » (p.12)

A travers les vingt-deux chants composant ces Cantiques du corbeau, Bartabas offre un récit fantasmatique des origines de l’humanité. Dans une préhistoire rêvée, où hommes et bêtes ne font qu’un, et sont tour à tour proies et prédateurs, l’homme acquiert les facultés à asservir la terre et le règne animal. Une superbe méditation poétique sur la place de l’homme parmi les vivants.

 

Dans ses songes et rêves, où le locuteur emploie le féminin, puis le masculin, le jeu entre les genres alterne d’ailleurs malicieusement, d’un chant à l’autre, la narratrice alors côtoie des animaux singuliers ou va jusqu’à faire l’expérience de se métamorphoser en bête étrange : 

 

« Je suis venue au monde sous une lune gibbeuse, et nouveau-née déjà, je riais sur la mousse. A peine ai-je ouvert les yeux, dans la lumière du petit matin, que j’ai perçu les notes perlées de la rosée s’échapper en cadence. » (p.47)

 

A la lecture de cette prose poétique ajustée, le lecteur intrigué fait connaissance avec des animaux dont il ignorait les noms. Certes, les suricates, les lumériens, les chiens sauvages, les antilopes, les gnous, les louves, les hyènes, les coyotes, les cormorans, les singes araignées, les loups, les sangsues, le rouge-gorge, l’éléphant, l’écureuil, les poissons munis de crocs…, sont bien connus de tous et disent bien quelque chose de ce qu’ils sont  communément.

Or, on se représente beaucoup moins l’outarde, le titanoboa, l’éohippus, les hesperornis, oiseaux au corps marin et torpilles, ou le monstre marin gigantesque, le « mysticète ; la baleine à fanons ».

Il suffit ainsi de plonger dans la lecture des Cantiques du corbeau pour se laisser conduite ailleurs.

 

 

« J’avais vu autrefois comment les lionnes simulaient leurs chaleurs pour désamorcer un conflit entre mâles, détournant leur rancoeur en se pavanant d’un air vague et rêveur, essayant des poses. » (p.20)

 

 

S’impose la beauté sauvage et irréductible de paysages primitifs bien frappés – sommets et monts, éblouissement du soleil dans un ciel d’azur -, loin des sociétés contemporaines urbanisées : 

« A mes pieds repose un vaste champ de fleurs d’une blancheur impalpable, un tapis de cristaux vibrant dans les éclats diffus de la lumière venue des cieux. Devant cette vacuité impassible, je laisse entrer en moi le silence et m’emplis de quiétude. » (p.34)

 

 

Notre plus grand bonheur ne se trouve-t-il pas dans la contemplation taciturne ?

Il suffit aussi de faire preuve de patience et de constance pour saisir le passage des saisons :

« Le bourgeon au bout de la branche et le papillon de nuit nous enseignent le cycle éternel; comment la mort et la vie s’absorbent pour renaître. »

Et c’est en passant bon nombre d’aventures auprès des animaux et de la nature profonde des origines, en connaissant leur langage à tous qui est fait de cris – de reconnaissance, de défiance, de  provocation ou d’attirance – que la narratrice prend conscience qu’elle n’est pas comme eux : 

 

« Un matin, alors que je consultais le chant brumeux des corbeaux, je fus saisie de l’indéfectible nécessité de dire je, de le dire au présent mais aussi au passé et bientôt au futur. J’irais cueillir des mots pour aller trouver l’autre et parler de moi-même. »

 

Le chant  – la mélopée – porte l’homme, le seul chemin et le seul terrain d’échange avec l’autre, complainte expulsée des profondeurs du coeur et mélodie des songes : « Parce qu’ils viennent combler un vide très ancien, tous les chants de la terre sont empreints de mélancolie. » (p.55)

On ne sait qui on est, éléphant à genoux, licorne debout, cheval ensellé, guépard alangui ou chien errant …, si ce n’est qu’il faut savoir, en dépit de tout, accueillir la mort, quoi qu’on prétende être.

Jolie méditation poétique sur les débuts de l’humanité tout juste sortie de son animalité, et sur soi.

 

 

Véronique Hotte 

 

 

Les Cantiques du corbeau de Bartabas, éditions Gallimard, collection Blanche. Pour la 24 è édition du Printemps des poètes, dédiée à l’Ephémère, rendez-vous le 21 mars, Théâtre équestre Zingaro : « Les Cantiques du corbeau  Cabaret Poésie – écrit et mise en scène par Bartabas ».

No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
March 3, 2022 4:30 AM
Scoop.it!

La thématique de l’intime s’infiltre sous le chapiteau

La thématique de l’intime s’infiltre sous le chapiteau | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Rosita Boisseau dans Le Monde - 3 mars 2022

 

 

Dans la lignée d’artistes comme la contorsionniste Angela Laurier et la jongleuse Phia Ménard, une nouvelle génération ouvre les vannes.

Martin Palisse, en novembre 2020, aux « Subs » de Lyon. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE

La ligne est encore fine mais elle s’élargit. La problématique de l’intime, territoire enfoui et mouvant, plancher de notre identité, s’infiltre depuis quelques années sous le chapiteau. Incompatible avec le cirque, ses prouesses, ses acrobaties ? Sans doute, mais ôtons l’armure de la virtuosité, écartons les couches de muscles. Apparaissent des corps blessés, vulnérables, qui se risquent à faire le travail autrement qu’en s’appuyant sur les compétences techniques. « Alors que le théâtre et la danse se sont depuis longtemps emparés de la question, il y a aujourd’hui de plus en plus de jeunes acrobates qui commencent à oser parler d’eux au plus profond, de ce qui est difficile à dire, souvent douloureux, et qui les constitue », commente Yveline Rapeau, directrice du festival Spring.

 

 

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Sébastien Wojdan dompte ses peurs sur la piste

Dans la lignée d’artistes comme la contorsionniste Angela Laurier et la jongleuse Phia Ménard, une nouvelle génération ouvre les vannes. Dans son solo intitulé La Dimension d’après, Tsirihaka Harrivel parle de sa chute de 8 mètres de haut lors d’une représentation du spectacle Grande –, en 2017. Il revit son accident, sa perplexité sidérée, comme un film au ralenti.

 

 

Lire aussi  Article réservé à nos abonnés Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons, deux solos magnétiques pour des corps en équilibre instable

Dans un autre registre, Alice Barraud, voltigeuse, gravement mitraillée aux bras lors des attentats du 13 novembre 2015, tisse le récit de son retour difficile sur la piste dans MEMM. Au mauvais endroit, au mauvais moment. Quant à la question du genre, elle est convoquée, notamment, dans la pièce Dicklove, par l’acrobate au mât chinois Sandrine Juglair, qui joue « une femme qui est un homme qui veut devenir une femme… » Elle sera à l’affiche du Festival d’Avignon dans le cadre de Vive le sujet !, avec Julien Fanthou, alias Patachtouille, du cabaret de Madame Arthur.

 

 

 

Jongleur et directeur depuis 2014 du Sirque, pôle national des arts du cirque de Nexon, en Nouvelle-Aquitaine, Martin Palisse prend pour la première fois la parole dans Time to Tell, co-mis en scène avec David Gauchard, à propos de sa maladie, la mucoviscidose.   

 

« J’ai 41 ans, confie-t-il. Lorsque j’étais enfant, on avait dit à mes parents que je ne dépasserais pas 20 ans. J’ai ressenti le besoin essentiel de raconter en jonglant la réalité de mon corps. Je me dévoile complètement en retrouvant une liberté de créer jamais expérimentée. Elle va me permettre de continuer dans cette voie, en rappelant que le cirque n’est pas qu’une discipline sportive. »

 

 

Spring, Festival des nouvelles formes de cirque en Normandie, du 3 mars au 10 avril dans 60 lieux.

La Dimension d’après, de Tsirihaka Harrivel. A Rezé (Loire-Atlantique), le 30 mars, et à Lille, le 5 avril.

Time to Tell, de Martin Palisse. A Aubusson (Creuse), le 3 mars, et à La Manufacture, Avignon, du 9 au 22 juillet.

 

 

Rosita Boisseau

 

No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
March 2, 2022 11:27 AM
Scoop.it!

Maksym Teteruk, dramaturge : “La Russie cultive un goût effrayant pour le meurtre”

Maksym Teteruk, dramaturge : “La Russie cultive un goût effrayant pour le meurtre” | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Arvers dans Les Inrocks - 2 mars 2022

 

 

Ce 3 mars au TNP de Villeurbanne aura lieu la création des “Irresponsables” d’Hermann Broch. L’Ukrainien Maksym Teteruk, assistant d’Aurélia Guillet à la mise en scène, témoigne de l’actualité poignante du spectacle avec la guerre en Ukraine menée par la Russie.

 

Depuis quand vivez-vous en France ?

 

Maksym Teteruk – Je viens de Kiev et j’habite en France depuis 2016. Je travaille avec plusieurs metteur·ses en scène en tant qu’assistant, collaborateur artistique et dramaturge. Avant ma venue en France, j’étais en Pologne où j’ai travaillé avec Krystian Lupa sur quatre spectacles (Capri île des fugitifs à Varsovie, Austerlitz, d’après le roman de Sebald à Vilnius) et deux autres spectacles en Chine. C’était l’hiver dernier et je pense qu’on était les derniers étrangers à réussir à entrer en Chine pour faire cette création en pleine pandémie. On est restés trois semaines en quarantaine.

En ce moment, je travaille avec Aurélia Guillet sur Les Irresponsables, d’après le roman de Hermann Broch. Le titre est déjà très marquant. D’ailleurs, le premier jour de la guerre (jeudi 24 février), j’ai publié un post sur Facebook où j’ai fait appel à ce texte absolument formidable de cet auteur, un juif autrichien qui a fui la guerre et dont la famille a été exterminée dans les camps nazis. C’est incroyable à quel point ce spectacle résonne avec la situation actuelle.

Je me souviens qu’au début du travail, Aurélia Guillet m’avait dit que les gens ne comprenaient pas toujours le choix de ce texte, pas le plus connu d’un auteur un peu oublié. Mais je crois que certaines personnes en Europe sentaient cette tension dans l’air et le retour à cette logique du ressentiment et de la violence. Aujourd’hui, l’Ukraine est victime, comme dit Hermann Broch, du travail qu’on n’a pas fait. Il faut dire que Poutine est aussi violent avec son propre peuple qu’avec ses voisins.

La question de la responsabilité est très aiguë aujourd’hui. Quel est le prix de la passivité, de la paresse, des compromis avec le mal ? Tout cela se réactualise de nouveau avec ce désir de reconstitution de l’empire russe. Notre obligation après la Seconde Guerre mondiale était de neutraliser cette logique, de comprendre les racines du mal. Mais apparemment, on est au seuil d’une crise mondiale parce qu’on n’a pas réussi à renoncer à cette jouissance de la violence.

 

Ni au pouvoir de la propagande, de la désinformation. Quand Poutine parle de génocide en Ukraine et de dénazification, c’est quand même fou.

 

Quand Poutine parle de génocide tout court, c’est fou. Tout le monde sait ce qui s’est passé lors des deux guerres en Tchétchénie, chaque fois déclenchées par des attentats fabriqués par les services secrets russes. On le sait et on s’en souvient parce qu’au début des années 1990, on partageait encore les informations de la Russie. On sait ce qui s’est passé avec le sous-marin nucléaire Koursk [qui a sombré en 2000 avec 118 hommes d’équipage, ndlr]. On sait très bien qui est Poutine, de quoi il est capable et c’est pour ça qu’on est terrifié·es aujourd’hui. Il me semble que l’opinion publique occidentale est un peu prisonnière d’une image romantisée de la Russie, le pays de Dostoïevski et de Tolstoï. C’est vrai. Mais il faut comprendre qui sont les élites politiques russes aujourd’hui. Ce ne sont pas des élites au sens européen du terme, ce ne sont ni des politiciens, ni des technocrates ou des idéologues. Ce sont d’anciens criminels, d’anciens du KGB qui ont profité de l’effondrement de l’URSS pour lancer leur business avec la corruption, avec des meurtres.

 

Quelles nouvelles avez-vous de ce qui se passe en Ukraine ?

 

C’est terrifiant. Même le 23 février, c’était encore impensable et je me souviens avoir dit à mes parents qui sont près de Kiev : “Ok, les Américains pensent qu’une attaque de Poutine est possible, mais il ne va quand même pas envoyer de bombes sur les villes.” D’un seul coup, la vie normale s’est arrêtée. On n’arrive pas à le réaliser. Mes parents sont dans une ville à 80 kilomètres de Kiev et mes deux grands-mères ont passé la nuit dans une cave avec des enfants. Pour l’instant, c’est une partie de la région qui a été attaquée pendant les premières heures de la guerre parce qu’il y a deux aéroports militaires autour de la ville, mais aujourd’hui, c’est plus tranquille que dans d’autres zones autour de la capitale. Ma mère m’a envoyé une photo rassurante comme elle dit, où l’on voit le ramassage des ordures qui se poursuit. Le symbole que la vie normale continue malgré tout.

Le plus important, c’est que l’Europe comprenne ce qui se joue en Europe de l’Est. Pourquoi les pays baltes et la Pologne sont toujours restés si vigilants par rapport à la Russie ? Ce n’est pas de la paranoïa, c’est parce qu’on sait ce que c’est que la Russie, comment leurs élites se sont formées et ce qu’elles veulent. Le commando Wagner est en ce moment en Ukraine, c’est une nouvelle qui a bouleversé beaucoup de monde. Au niveau de Babi Yar à Kiev, lieu très symbolique avec un monument de commémoration de la Shoah, il y avait une famille en voiture avec trois enfants et un militaire a tiré sur la voiture. Ce goût pour le meurtre est effrayant et la Russie le cultive depuis des années.

Heureusement, l’armée ukrainienne sait faire face pour l’instant, mais c’est compliqué de contrôler des fusées qui sont envoyées au hasard dans les villes. Avec la mobilisation énorme de l’Europe, on espère que l’armée ukrainienne va tenir suffisamment longtemps avant la livraison des armes promises par l’Union européenne. Dimanche dernier, j’étais au rassemblement contre la guerre à Lyon et j’étais ravi de parler avec mes collègues, des acteurs et d’autres gens qui réalisent que ce n’est pas un événement qui se passe ailleurs, mais que ça nous concerne tous. C’est notre sécurité qui est aussi en jeu. Cette prise de conscience est très importante. Ce n’est pas juste une guerre entre deux pays voisins.

 

Etes-vous en contact avec d’autres artistes ukrainien·nes ?

 

Oui. Avec le frère de Wassyl Slipak, un chanteur ukrainien qui travaillait à l’Opéra de Paris et était reparti en Ukraine pour s’engager militairement en 2014 en rejoignant Donetsk. Il est mort sur le front du Donbass en 2016. Il y a eu plusieurs concerts d’hommage à Paris, à Rotterdam, en Ukraine. Son grand frère gère la fondation à son nom et des festivals internationaux de musique classique en Ukraine et en France. Il est aujourd’hui bénévole à Kiev pour collecter de l’aide humanitaire. Nariman Aliev, jeune réalisateur ukrainien d’origine tatare, avait présenté en 2019 son film En terre de Crimée au festival de Cannes. Il est à Lviv pour aider les réfugiés. Akhtem Seitablaev, l’acteur qui incarnait le personnage principal de son film, s’est engagé dans ce qu’on appelle la défense du terrain. La mobilisation des artistes est très forte. Et on est très reconnaissant·es de celle des artistes internationaux qui expriment leur solidarité et coupent tout contact artistique avec la Russie. En Russie, il y a une jeune génération d’artistes qui manifeste son refus de la guerre et qui, ayant pris en charge des institutions culturelles, a démissionné. Comme le dit Thomas Bernhard, “aujourd’hui, il faut faire un effort pour ne pas comprendre”.

 

Que peut-on faire en France pour aider l’Ukraine ?

La pression qu’exerce la communauté mondiale sur les Russes est essentielle mais elle aura un coût pour les Européens. C’est clair, on vit dans un monde globalisé. Mais je suis tellement touché par la déclaration d’Ariane Mnouchkine : “Pour Kiev, accepterons-nous au moins de nous geler le cul ?” L’économie européenne va être affectée, mais on ne peut pas se permettre de ne pas prendre ses responsabilités et de ne pas être solidaires aux seules fins de maintenir notre pouvoir d’achat. La dignité européenne réside en ce moment dans ce geste de renoncement au confort pour être solidaire avec un pays qui se bat pour tout le monde, puisque ni l’OTAN, ni l’Europe ne peuvent envoyer leurs troupes en Ukraine.

 

Propos recueillis par Fabienne Arvers.

 

 

Les Irresponsables de Hermann Broch, mise en scène Aurélie Guillet. Au TNP de Villeurbanne, du 3 au 19 mars.

 
 
 
 
 
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
March 1, 2022 1:30 PM
Scoop.it!

Lev Dodine à Poutine : « Je te supplie d'arrêter ! »

Lev Dodine à Poutine : « Je te supplie d'arrêter ! » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Article publié dans Sceneweb le 1er mars 2022

 

Le metteur en scène Russe, Lev Dodine, s’est adressé dans un courrier à Vladimir Poutine lui demandant d’arrêter la guerre publié sur le site du du magazine THEATR. Lev Dodine dirige le Maly Drama Théâtre de Saint-Pétersbourg. Il a souvent été invité en France. Fin 2009, la MC93 Bobigny avait présenté une rétrospective retraçant vingt-cinq ans de ses mises en scène. En 2012, il met en scène La Dame de pique à l’Opéra Bastille. En 2015, le Monfort avait présenté La Cerisaie. 

 

Dire « choqué » est un euphémisme. Il m’était impossible, à moi, enfant de la Grande Guerre patriotique, même dans un cauchemar, d’imaginer des missiles russes visant des villes, des villages ukrainiens, poussant les habitants de Kiev dans des abris anti-bombes, les forçant à fuir leur pays. Enfants, nous avons joué la défense de Moscou, Stalingrad, Leningrad, Kiev. Il est même impossible d’imaginer qu’aujourd’hui Kiev soit sur la défensive ou se rende aux soldats et officiers russes. Le cerveau colle au crâne et refuse de se voir, de s’entendre, de se dessiner des images semblables.

 

Les deux dernières années de la peste universelle auraient dû nous rappeler à tous, vivant de tous côtés de diverses frontières, combien la vie humaine est fragile et vulnérable, comment le monde s’effondre en une minute lorsque nous perdons des êtres chers. Ils n’ont pas rappelé. De nos jours, le monde de ceux dont les proches meurent s’effondre, le monde de ceux qui tuent les proches de quelqu’un s’effondre.

 

La miséricorde, la pitié, l’empathie ne cèdent pas à la volonté des États et des politiciens. Il est impossible de dicter aux gens quand et pour qui ils doivent avoir peur, quand et pour qui ils doivent avoir pitié. Jusqu’à présent, pas un seul État n’a appris à contrôler les sentiments des gens. La mission de l’art et de la culture a toujours été et est, surtout après toutes les horreurs du XXe siècle, d’apprendre à chacun à percevoir la douleur d’autrui comme la sienne, à comprendre qu’aucune idée, la plus grande et la plus belle, n’est vaut une vie humaine. Maintenant, nous pouvons déjà dire : la culture et l’art ont encore une fois échoué à faire face à cette mission.

 

J’ai soixante-dix-sept ans, il ne m’est pas difficile d’imaginer ce qui va se passer ensuite partout et partout : la division entre le bien et le mal, la recherche d’ennemis intérieurs, la recherche d’ennemis extérieurs, les tentatives de modeler le passé, venir se réconcilier avec le présent, réécrire le futur. Tout cela était déjà au 20e siècle.

Ces jours-ci, nous avons vécu pour voir l’avenir. C’est à cette époque que le 21e siècle a commencé. Ensemble, nous avons permis à cet âge de venir. Arrivez comme il l’a fait. Le 21e siècle s’est avéré pire que le 20e siècle. Que reste-t-il à faire ? Prier, se repentir, espérer, plaider, exiger, protester, espérer ? Probablement tout ce que nous n’avons pas fait jusqu’ici : aimer l’autre, pardonner à l’autre comme on se pardonne, ne pas croire au Mal et ne pas prendre le Mal pour le Bien.

 

J’ai soixante-dix-sept ans, dans ma vie j’ai perdu tant de personnes que j’aimais. Aujourd’hui, alors que les fusées de la haine et de la mort volent au-dessus de nos têtes au lieu des colombes de la paix, je ne peux dire qu’une chose : stop ! L’organisme humain n’est pas traité par des opérations chirurgicales. De toute intervention chirurgicale, celui qui est opéré saigne, et celui qui opère devient infecté par une septicémie incurable. Arrêtez la chirurgie. Appliquez des garrots sur les plaies. Faisons l’impossible : faisons du XXIe siècle tel qu’il a été rêvé, et non tel que nous l’avons fait. Je fais la seule chose que je peux : je te supplie d’arrêter ! Arrêter. »

Lev Dodine

 

 

 

1 MARS 2022/PAR DOSSIER DE PRESSE

 
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
March 1, 2022 12:48 PM
Scoop.it!

Vlad Troitskyi, metteur en scène ukrainien : “Au moment où je vous parle, l’art est éminemment politique”

Vlad Troitskyi, metteur en scène ukrainien : “Au moment où je vous parle, l’art est éminemment politique” | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Joëlle Gayot dans Télérama 1er mars 2022

 

 

Le directeur du Théâtre Dakh à Kiev a quitté la capitale ukrainienne pour se réfugier à une vingtaine de kilomètres de la ville. D’où il nous parle de la situation dramatique du pays et insiste sur l’absolue nécessité de ne pas s’exiler.

Né en Russie en 1964, grandi en Ukraine, Vlad Troitskyi dirige le Théâtre Dakh à Kiev. Dakh veut dire « théâtre sur le toit », façon d’évoquer une aventure artistique née, littéralement, sur le toit d’un immeuble de la capitale ukrainienne. Dans son minuscule lieu, où soixante spectateurs seulement peuvent prendre place, il travaille des formes expérimentales mais aussi les classiques, Shakespeare et Gogol. En 2015, il a présenté à Paris, au Monfort Théâtre, La Maison des chiens. Contacté le 28 février, il explique pourquoi il a décidé de rester en Ukraine.

 

Êtes-vous toujours à Kiev ?
Non, je me suis replié dans une maison à une vingtaine de kilomètres, avec ma famille, ma mère, ma femme, ma sœur, des enfants et des amis. Nous sommes une dizaine. Aux alentours du 25 février, nous avons décidé d’évacuer Kiev car je sentais qu’y rester devenait impossible. Maintenant, évidemment, nous faisons face à d’autres problèmes : les supermarchés sont fermés, les magasins ont du mal à être approvisionnés. Aujourd’hui, nous avons dû ramasser des pommes de terre près de notre maison. Chaque jour nous nous attendons à être bombardés car nous avons entendu les premières explosions à une quinzaine de kilomètres de la maison.

 

 

“Le monde entier, et pas seulement l’Ukraine, doit comprendre de quelle nature est le danger. Poutine est comme Hitler.”

Mon sentiment est que depuis le 23 février s’est engagée une grande bataille contre Vladimir Poutine, ce monstre. Nous sommes désespérés. Mais la vie est la vie. Alors notre armée et notre peuple vont se battre pour cette liberté qui nous est fondamentale. Pour vous, les Occidentaux, c’est très différent. Vous êtes libres depuis bien plus longtemps que nous. En France, aux États-Unis, vous vivez des vies confortables. Vous buvez du vin à l’apéritif, au matin vous mangez des croissants, je comprends que vous ayez peur de perdre cette vie-là. Je le sais d’autant mieux que, voici deux ans, j’étais à Avignon, avec le groupe ukrainien les Dakh Daughters, pour un concert à l’Opéra. C’était formidable de sentir ce souffle de la liberté. Mais aujourd’hui, le monde entier, et pas seulement l’Ukraine, doit comprendre de quelle nature est le danger. Poutine est comme Hitler.

 

 

Ariane Mnouchkine : “Pour Kiev, accepterons-nous au moins de nous geler les fesses ?”Débats & Reportages

Que voulez-vous dire ?


Le 24 février, à 5 heures du matin, je me suis réveillé en me souvenant qu’Hitler avait attaqué la Russie en bombardant Kiev. La même histoire se répète. Aujourd’hui en Ukraine, on bombarde des militaires mais aussi des civils, donc des citoyens. Sur une vidéo, on voit, couchés au sol, les cadavres de personnes âgées et d’enfants. Je le répète : le monde doit comprendre que ce qui se passe est dangereux bien au-delà des frontières de notre pays. Ce qui se joue, c’est une bataille pour la civilisation entre les Européens et ce dictateur. Je tiens aussi à rappeler que l’Allemagne nazie était un pays d’une grande culture. La Russie de Poutine également est un pays de grande culture. Il est incroyable de voir que d’éminents théâtres russes sont soutenus par cet État criminel et ne réagissent pas. À partir de maintenant, à mon sens, chaque personne qui travaille avec l’État russe participe à cette action criminelle et devient, même si elle n’en a pas l’air, une arme au service de Poutine. Je parle ici de tout le monde, artistes, musiciens, chanteurs. Tout le monde.

 

 

“En ce moment, dans ‘ma’ Kiev bombardée, les artistes, ceux qui travaillent avec moi mais d’autres aussi, se réfugient dans les abris.”
 
 
 

Nous demandons donc à chacun, en Europe, au Canada, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, partout, de sanctionner la Russie non seulement sur le plan financier, diplomatique, sportif…, mais aussi culturel. Nous devons nous réveiller et faire ce qu’il faut faire. Des artistes soutiennent que chanter n’est pas de la politique mais de l’art. Non. Ce n’est pas seulement de l’art. Au moment où je vous parle, l’art est éminemment politique. Car en ce moment, dans « ma » Kiev bombardée, les artistes, ceux qui travaillent avec moi mais d’autres aussi, se réfugient dans les abris. Avec leurs enfants agrippés à leurs doudous, ils gagnent le métro où ils restent assis toute la nuit. Nous avons des problèmes d’eau et de lait. Mais nous restons malgré tout dans notre pays parce que c’est notre pays. C’est notre liberté, notre vie. C’est notre avenir. Et pas seulement le nôtre mais le vôtre également.

 

Le directeur de ballet Laurent Hilaire a démissionné du Théâtre Stanislavski, à Moscou  Débats & Reportages

Avez-vous des amis artistes qui vivent en Russie et savez-vous comment ils vont ?
Il y a huit ans, lorsque la Russie a attaqué la Crimée, beaucoup de Russes ont cessé d’être mes amis. Je n’ai plus d’amis en Russie. Dans le monde du théâtre, seuls trois directeurs ont à ce jour démissionné de leurs postes en disant qu’ils ne pouvaient plus travailler dans une institution publique soutenue par un État criminel. Ils sont seulement trois dans toute la Russie. C’est, pour moi, très difficile à vivre. Ceux qui restent font de la communication : nous sommes si tristes, disent-ils. Mais merde ! vous êtes tristes… Et alors ?

 

 

“Nous ne pouvons et ne voulons pas partir d’ici. Nous voulons rester. C’est là que nous devons être.”
 
 

Savez-vous que de très nombreux pays vous soutiennent ?
Oui nous le savons, nous avons nos téléphones portables et la Russie a échoué à désactiver nos connexions Internet. Beaucoup m’appellent pour me dire à quel point tout le monde veut aider l’Ukraine, même financièrement. C’est essentiel. Mais nous ne pouvons et ne voulons pas partir d’ici. Nous voulons rester. C’est là que nous devons être.

No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
February 27, 2022 6:14 PM
Scoop.it!

Viktor Ruban, danseur ukrainien : « Nous avons besoin que vous soyez tous avec nous »

Viktor Ruban, danseur ukrainien : « Nous avons besoin que vous soyez tous avec nous » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par Valérie Hernandez dans la revue en ligne Lokko - 26 février 2022

 

Après avoir lu notre entretien avec Mitia Fedotenko où il parlait de son ami danseur ukrainien Viktor Ruban, qui vit à Kyiv (*), Mathilde Monnier lui a écrit. La chorégraphe et ancienne directrice du Centre national de la danse l’a rencontré en 2013 à Montpellier lorsqu’elle dirigeait le Centre chorégraphique national qui recevait de nombreux étudiants étrangers dans le cadre de Exerce, la seule formation en France qui dispense un diplôme universitaire. Nous publions, avec l’accord de Viktor Ruban, cette correspondance.

(*) Les Ukrainiens tiennent à cet orthographe qu’ils préfèrent à Kiev, “la prononciation russe”.

 

“Désoviétiser les corps”

 

Deux mots sur Viktor Ruban. C’est une figure de la danse contemporaine en Ukraine et particulièrement à Kiev, où il vit, cette riche et si vivante capitale culturelle. « Danseur, performeur, metteur en scène, chorégraphe, chercheur et coach », il y a fondé le Ruban Production ITP : structure foisonnante qui produit des masterclasses, des ateliers et programmes de formation dans le monde entier, et est aussi une plate-forme de recherche sur le développement de « pratiques artistiques modernes en Ukraine ».

Dans une interview publiée sur son site, il explique son projet : « C’est un processus complexe et vaste de se libérer du soviet. Malgré le fait que l’Union soviétique a cessé d’exister en 1991, elle continue d’exister encore aujourd’hui. Notre projet est une tentative de commencer par nous-mêmes, de voir et de retracer comment le Soviétique est présent dans la vie quotidienne, dans les relations et dans nos corps ? Où vit notre tyran intérieur ? Comment cela submerge-t-il chacun de nous ? Qu’est-ce qui nous empêche de profiter de la diversité du monde ? »

 

-Le 25 février à 17h40

Cher Victor,

C’est Mathilde. Je voudrais t’envoyer tout mon courage pour ce moment très difficile pour ton pays.
Si nous pouvons faire quelque chose pour toi, s’il te plaît, dis-nous le. On peut t’aider ! N’hésite pas à nous dire si quelque chose est possible, on peut essayer de faire quelque chose.
J’aimerais avoir de tes nouvelles.
Je t’embrasse.

Mathilde

-Le 25 février à 20h50

Chère Mathilde

Merci énormément. Il est très important de sentir votre soutien. Je suis à Kiev. Difficile d’exprimer la folie de ce qui se passe.

Ces deux derniers jours, je fais des mises à jour sur la situation en relayant différentes demandes de soutien à des manifestations.

La façon dont l’Europe et l’OTAN traitent la situation, les jeux politiques dans les coulisses nous ont coûté tellement de vies et de dommages qu’il est difficile de les mesurer jusqu’à présent.

Aujourd’hui est un jour critique. Nous avons réussi à nous battre et tenir la plupart des positions dans 15 ou 16 régions de l’Ukraine (hier, c’était 9). Mais la Russie à ce moment précis approche de Kiev avec les forces aériennes russes et les roquettes pour les aider. Nous tenons.

Bien sûr, il n’est pas délirant de penser que c’est le dernier jour de cette guerre folle mais enfin, nous avons de l’aide, pas seulement des sanctions. Je ne sais pas si on le doit aux manifestations ou aux pétitions, je ne sais pas exactement ce qui a fonctionné mais cela donne de l’espoir. Nous avons été entendus.

 

C’est une expérience folle, les émotions sont plus intenses que sur les montagnes russes. La réalité se sent surréaliste.

Nous savons que cette guerre de Poutine n’est qu’une mission de génocide de plus contre les Ukrainiens. Il l’a exprimé dans sa déclaration avant le premier attentat hier matin, l’appelant “opération spéciale pour la dénazification” (cela n’a rien à voir avec notre réalité).

 

L’Ukraine a obtenu le document qui contient la liste des intellectuels, des personnalités publiques et de la politique à tuer en premier. Cela ressemble à de la science-fiction, mais c’est un document qui existe. Toutes les personnes qui n’ont pas de position pro-russe sont en danger d’extinction massive.

S’il vous plaît, ne laissez pas ce génocide se produire si cela se produit. Restez avec nous, nous avons besoin de toute l’Europe pour être avec nous dans ce moment historique fou.

Si vous voulez suivre la situation presque en temps réel, les nouvelles en direct en anglais avec la plupart des mises à jour sont ici : https://youtu.be/V9KZGs1MtP4

Ce soir, je ne sais pas comment les choses vont se passer, nous nous attendons à des bombardements plus massifs pour faire paniquer les gens. Nous devons y survivre.

Je t’écrirai d’autres mises à jour demain matin.

Merci encore pour votre soutien, il est très précieux !

J’espère vous voir bientôt après que tout se termine à Montpellier, Paris ou dans une paisible Kiev pour faire un câlin, boire une délicieuse tisane et vous parler de cette expérience folle mais incroyable, pour vous poser des questions sur vos inspirations, faire une interview avec vous pour mon doctorat (je n’ai pas encore eu la chance de vous écrire à ce sujet, mais il est sur ma liste) et beaucoup d’autres, mais seulement de belles choses.

Gros câlin chaleureux et beaucoup d’amour de Kiev,

Viktor

-Le 26 février à 19h18

Cher Viktor,

Une journaliste veut publier ta lettre et entrer en contact avec toi.
Je ne sais pas si tu as reçu mon deuxième courriel.
J’espère que tu es en sécurité, dis-nous ce qu’on peut faire pour aider.

Love

mm

-Le 26 février à 12h45.

Chère Mathilde,

Je suis 24/7 dans la communication, la situation est toujours critique. Si je n’ai pas répondu c’est seulement parce que je n’ai pas réussi à voir le message encore. Le moyen le plus rapide de communiquer est TELEGRAM, qui a les protocoles de sécurité les plus sûrs.

Définitivement, tant que je peux m’exprimer, partagez mes mots et contactez- moi !

���

Nous avons eu des bombardements massifs, cette nuit. Certains d’entre eux ont causé une véritable catastrophe écologique. Un dépôt de pétrole a été bombardé et va maintenant brûler pendant au moins deux jours.

Hier, une fusée a failli s’enfoncer dans le barrage du réservoir d’eau de Kiev, ce qui pourrait emporter une partie importante de la rive gauche de Kiev avec plus d’un million d’habitants pacifiques touchés, et atteindre d’autres villes vers le sud. La vague d’eau pourrait provoquer l’explosion de la station nucléaire de Zaporizka. Nous avons réussi à abattre cette fusée, mais ils continuent à nous bombarder de manière stupide.

Nous tenons le sol, mais l’OTAN n’ose toujours pas fermer le ciel au-dessus de l’Ukraine.

Nous avons lancé la pétition à ce sujet https://www.openpetition.eu/petition/online/people-around-the-world-ask-nato-to-close-the-airspace-over-ukraine

N’hésitez pas à utiliser les mots-clés #tribunaltoputin #tribunaltokremlin #SendNatoToUkraine #preventtheworldwar #CloseTheSky #Russiaisoccupant

Nous allons continuer et nous avons besoin que vous soyez tous avec nous, mais chaque minute perdue est cruciale.

Moi, ma famille et mes amis sont en vie. Je suis à Kiev, ma famille aussi. Nous tenons. ���

Lots of love from Kyiv

Viktor

 

 

 

No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
February 27, 2022 10:25 AM
Scoop.it!

Un appel de solidarité avec l'Ukraine signé par plus de 70 directeurs de centres culturels

Un appel de solidarité avec l'Ukraine signé par plus de 70 directeurs de centres culturels | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Article publié dans Le Figaro - 26 février 2022

 

 Légende photo : de gauche à droite : Lucie Bérélowitsch, directrice du Préau, CDN de Vire- Marie-Pia Bureau, directrice de la Scène national de Chambéry, Catherine Marnas, directrice du Théâtre national Bordeaux-Aquitaine (photos alternatives de la Revue de presse théâtre)

 

De l'Opéra national de Paris au Festival d'Avignon, de nombreuses institutions françaises ont exprimé ce week-end leur soutien «au peuple et aux artistes ukrainiens».

Légende photo : Olivier Py, Jean-Michel Ribes et Charles Berling font partie des quelque 70 signataires de l'appel à la solidarité avec l'Ukraine diffusée samedi 26 février. Bridgeman Images/Â Frederique Toulet/AFP/LIONEL BONAVENTURE/FRANCOIS GUILLOT

De l'Opéra national de Paris au Festival d'Avignon, de nombreuses institutions françaises ont exprimé ce week-end leur soutien «au peuple et aux artistes ukrainiens».

 

Olivier PyEric RufCharles Berling ou encore Jean-Michel Ribes y ont apposé et engagé leur nom. Plus de 70 personnalités du monde de la culture à la tête de théâtres, de festivals, d'opéras, de centres d'art et de diverses autres institutions artistiques françaises ont cosigné, samedi 26 février, un appel à la solidarité avec l'Ukraine, dans le contexte de l'attaque menée depuis jeudi par la Russie.

 

À LIRE AUSSI Cher, Stephen King, Angèle, Joey Starr, Louane... Les artistes condamnent l'invasion de l'Ukraine

 

Conçu en soutien «au peuple ukrainien» ainsi qu'«aux artistes ukrainiens», l'appel de ce samedi s'inscrit dans un mouvement de prises de position du monde de la culture contre les opérations de guerre qui se déroulent actuellement sur le territoire de l'Ukraine. Sur les réseaux sociaux comme dans les médias, plusieurs vedettes ont fermement condamné l'agression russe, à l'instar de Macha MérilClara LucianiJoey StarrEmmanuelle Béart ou encore Pierre Niney.

Le sujet, d'une actualité aussi brûlante que dramatique, a également été évoqué à plusieurs reprises vendredi soir, lors de la cérémonie des César. «L'essence de notre métier est de continuer même si le monde s'effondre autour de nous. Ce soir nous pensons aux Ukrainiens. Soyons à la hauteur de la chance qu'ils n'ont pas», a déclaré l'animateur Antoine de Caunes à l'ouverture de la 47e édition de la cérémonie.

Soutien aux artistes ukrainiens des directrices et directeurs de lieux culturels en France

Nous, directrices et directeurs de lieux culturels en France, nous exprimons par ce message notre solidarité au peuple ukrainien et aux artistes ukrainiennes et ukrainiens.

Nous sommes, face à l'urgence et aux dangers encourus par des artistes contraints de fuir la guerre, prêts à nous mobiliser, à contribuer à les accueillir en France afin qu'ils puissent continuer leur activité et ainsi préserver la libre expression de la culture ukrainienne.

Premiers signataires :

Lucie Berelowitsch, directrice du Préau – Centre dramatique national de Normandie-Vire

Stanislas Nordey, directeur du Théâtre national de Strasbourg

Alexander Neef, directeur de l'Opéra national de Paris

Stéphane Braunschweig, directeur du Théâtre national de l'Odéon

Rachid Ouramdane, directeur du Théâtre national de Chaillot

Wajdi Mouawad, Théâtre national de la Colline

Eric Ruf, directeur de La Comédie-Française

Olivier Py, directeur du Festival d'Avignon

Tiago Rodrigues, futur directeur du Festival d'Avignon

Célie Pauthe, directrice du Centre dramatique national de Besançon

Marcial Di Fonzo Bo, directeur du Centre dramatique national de Caen

Emilie Capliez et Matthieu Cruciani, directrice et directeur de la Comédie de Colmar – Centredramatique national de Colmar

Aurélie Van den Daele, directrice du Théâtre de l'Union -Centre dramatique national du Limousin

Marc Lainé, directeur du Centre dramatique national de Valence

Jacques Vincey, directeur du Théâtre Olympia - Centre dramatique national de Tours

Marie Didier, directrice du Festival de Marseille

Dominique Bluzet, directeur du Grand Théâtre de Provence et du Théâtre du Gymnase

Benoit Lambert, directeur de La Comédie – Centre dramatique national de Saint-Etienne

Benoit André, directeur de La Filature – Scène nationale de Mulhouse

François Tanguy, directeur de La Fonderie – Théâtre du Radeau – Le Mans

Cyril Jollard, directeur de La Soufflerie – Scène conventionnée de Rezé

Catherine Blondeau, directrice du Grand T – Nantes

Nicolas Blanc, directeur de L'empreinte – Scène nationale Brive-Tulle

Jean Varela, directeur du festival Le Printemps des Comédiens - Montpellier

Laetitia Guedon, directrice des Plateaux Sauvages – Paris

Robin Renucci, directeur des Tréteaux de France – Centre dramatique national

Arnaud Meunier, directeur du la MC2 : Grenoble

Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, co-directeur.rice.s du Monfort Théâtre

Alain Perroux, directeur de l'Opéra national du Rhin

Bruno Boucher, directeur artistique du Ballet de l'opéra national du Rhin

Benoit Bradel, directeur du festival Passages – Transfestival Metz

Damien Godet, directeur de la Scène nationale de Bayonne

Marie Pia-Bureau, directrice de la Scène nationale de Chambéry– Savoie

Charles Berling, directeur de la Scène nationale Châteauvallon - Liberté

Philippe Cogney, directeur de la Scène nationale de Dieppe

Sandrine Mini, directrice de la Scène nationale de Sète

Romaric Daurier, directeur de la Scène nationale de Valenciennes

Jérôme Lecardeur, directeur du Théâtre auditorium de Poitiers – Scène nationale

Simon Deletang, directeur du Théâtre de Bussang

Macha Makeïeff, directrice du Théâtre de la Criée - Marseille

Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville – Paris

Marion Bois, Jeanne Candel et Elaine Méric, co-directrices du Théâtre de l'Aquarium

Eric Vigner, directeur du Théâtre de Pau

Bruno Cochet, directeur du Théâtre de Rungis

Amélie Casasole, directrice du Théâtre de Villefranche – Scène conventionnée

Claudia Stavisky, directrice du Théâtre des Célestins – Lyon

Nacer Djemaï, directeur du Théâtre des Quartiers d'Ivry

Gilles Bouckaert, directeur du Théâtre des Salins – Scène nationale de Martigues

Patrick Ranchain, directeur du Théâtre du Bois de l'Aune – Aix en Provence

David Bobée, directeur du Théâtre du Nord – Centre dramatique national Lille Tourcoing Hauts-de-France

Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre du Rond-Point

Christophe Rauck, directeur du Théâtre Nanterre Amandiers

Arthur Nauzyciel, directeur du Théâtre national de Bretagne

Muriel Mayette-Holtz, directrice du Théâtre national de Nice

Jean Bellorini, directeur du Théâtre national populaire de Villeurbanne

Joris Mathieu, directeur du Théâtre Nouvelle Génération – Centre dramatique national de Lyon

Caroline Marcilhac, directrice de Théâtre Ouvert – Centre dramatique national

Renaud Herbin, directeur du TJP – Centre dramatique national de Strasbourg

Olivier Atlan, directeur de la Maison de la Culture de Bourges

Feriel Bakouri, directrice de Points communs / Nouvelle scène nationale de Cergy Pontoise et du Val d'Oise

Carole Rambaud, directrice d'Espaces pluriels – Scène conventionnée de Pau

Eleonora Rossi, Grrranit – Scène nationale de Belfort

Thomas Jolly, directeur du Quai- CDN Angers Pays de la Loire

Pascale Daniel-Lacombe, directrice du Méta - Centre dramatique national de Poitiers Nouvelle Aquitaine

Galin Stoev, directeur du ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie

Jean-François Driant, directeur du Volcan – Scène nationale du Havre

Courtney Geraghty, directrice du Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon

Richard Brunel, directeur de l'opéra de Lyon

Daniel Jeanneteau, directeur du Théâtre de Gennevilliers – Centre dramatique national

Pierre-Yves Lenoir, codirecteur des Célestins – Théâtre de Lyon

Julie Deliquet, directrice du TGP – Centre dramatique national de Saint-Denis

Catherine Marnas, directrice du Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine

Géraud Didier, directeur du Manège – Scène nationale de Maubeuge

Mathieu Touzé et Edouard Chapot, codirecteurs du Théâtre 14 - Paris

 
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
February 26, 2022 9:11 AM
Scoop.it!

Noémie Lvovsky, tout jeu, tout flamme

Noémie Lvovsky, tout jeu, tout flamme | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Portrait par Elise Karlin dans Le Monde - 26 février 2022

 

Légende photo :  Noémie Lvosky, à Paris, le 15 février. AMIT ISRAELI POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

 

La réalisatrice et actrice de 57 ans trace depuis trois décennies son sillon singulier au cœur du septième art hexagonal. Son mélange de force, de fantaisie et de fragilité explose à l’écran dans « Viens je t’emmène », d’Alain Guiraudie, en salle le 2 mars.

 

« Comment tu te sens avec les scènes de nu et les scènes de sexe ? » Noémie Lvovsky se souvient très bien de sa première conversation avec le cinéaste Alain Guiraudie. C’était au téléphone, alors qu’elle se trouvait sur une petite route de campagne où l’on captait peu le réseau. Ils discutaient du personnage d’Isadora que le réalisateur lui proposait de jouer dans Viens je t’emmène (sortie le 2 mars), une prostituée libre dans ses désirs et expansive dans son plaisir.

 

 

Noémie Lvovsky voulait ­vraiment tourner avec Alain Guiraudie, dont elle aime le travail radical, longtemps resté confidentiel jusqu’au succès de L’Inconnu du lac (2013), un thriller qui se déroule dans le milieu de la drague gay. Mais elle lui a quand même proposé d’abord de la voir déshabillée, qu’il sache à quel corps il avait affaire puisqu’il voulait le filmer sans rien en dissimuler. Son interlocuteur a décliné : « Si c’est O.K. pour toi, ça me va. »

 

 

Elle a un peu insisté, avec ce grand sourire qui plisse ses yeux et tient éloignées ses fragilités. Elle a souligné qu’elle n’obéissait pas aux canons de beauté habituels. Elle a évoqué son âge – 54 ans à l’époque –, un appétit qu’elle ne bridait pas, son désintérêt pour le sport. « Ça me va, lui a répété le cinéaste très à gauche. Je dirais même que c’est un choix presque politique ! » Trois ans après, elle insiste encore sur ce « presque », qui l’a bouleversée.

Liberté et générosité

Car le cinéma français n’est pas très bienveillant à l’égard des comédiennes de plus de 50 ans qui assument d’avoir l’air de comédiennes de plus de 50 ans. Dans cet univers où il est si malvenu de vieillir, Noémie Lvovsky n’a pas renoncé à rester elle-même – une réalisatrice et une actrice de 57 ans. Elle n’avait jamais joué nue. Elle n’avait jamais joué le sexe cru ni même pensé le jouer un jour. Mais, comme toujours lorsqu’elle accepte un rôle pour un cinéaste qu’elle admire, elle a fait confiance.

 

 

Elle dit être entrée dans la tête du réalisateur et s’être immiscée dans son cœur. Elle a regardé celle qu’elle devait jouer avec ses yeux à lui. Elle s’est approprié ce regard avant de s’y abandonner. Elle n’a rien négocié, rien exigé, ni « ne montre pas mes seins », ni « ne montre pas mes fesses ». Elle a juste énormément discuté en amont, au point que le metteur en scène s’en était un peu inquiété – « Noémie se prend énormément la tête, c’est dans sa nature. J’ai cherché à l’amener à jouer de façon plus cash, moins psy. »

 

« Le désir de jouer, que je croyais enfoui, était intact. Porter un masque, un costume, dire les mots d’un autre… La fiction permet d’approcher plus près d’une forme de vérité. » Noémie Lvovsky

 

Malgré l’intensité de la préparation, les lectures, les discussions, la première répétition de la scène de sexe est difficile. Sur le tournage, Noémie Lvovsky parle du jour du « grand saut »« Elle est unique dans sa manière de s’abandonner et de lâcher prise. Même si elle a un côté un peu barjot, reconnaît Alain Guiraudie en riant. Elle ne fait jamais deux fois la même chose, elle joue selon ce qu’elle sent ; du coup, tout est toujours un peu mouvant, instable. Parfois, c’est emmerdant, mais, en général, c’est très agréable à regarder. Les personnages sont des coquilles vides que les comédiens remplissent avec ce qu’ils sont, et Noémie s’est montrée extrêmement généreuse dans son jeu. »

 

 

Dans le métier, elle n’a pas la réputation d’être facile. Alain Guiraudie convient que plusieurs de ses interlocuteurs l’avaient mis en garde : « elle est caractérielle », « elle se fout complètement d’être raccord », « elle n’en fait qu’à sa tête »… Au moment de la sortie du film La Bonne Epouse (2020), le réalisateur Martin Provost racontait ainsi dans la presse qu’il avait demandé à Noémie Lvovsky de perdre un peu de poids pour tenir son rôle de religieuse qui seconde la directrice d’une école ménagère interprétée par Juliette Binoche. En guise de réponse, la comédienne avait pris une dizaine de kilos. « Par rapport à ce que j’avais entendu, tout a été facile, souligne au contraire Alain Guiraudie. Je l’ai trouvée très à l’écoute, très en demande d’être dirigée. J’ai posé un cadre ; elle y a trouvé sa liberté et elle s’est donnée à fond. »

 

 

Des débuts derrière la caméra

Ce bonheur de jouer, d’entrer dans un autre monde que le sien, Noémie Lvovsky en profite d’autant plus qu’elle a tardé à s’y laisser aller. Une remarque blessante sur son physique, alors qu’adolescente elle passe une audition pour une pièce de GoldoniLes Amoureux, la pétrifie ­d’humiliation. Si puissant soit son désir, jamais, pense-t-elle alors, elle ne s’entendra dire deux fois qu’elle n’est pas assez belle. La comédie l’attire pourtant depuis l’enfance : petite, la gamine aux boucles brunes que son père, un ophtalmologue fou des Marx Brothers, appelle Harpo, veut être clown pour le faire rire. Il dit non à l’Ecole du cirque, la voilà en fac de lettres.

 

 

Elle a envie d’écrire, l’un de ses professeurs lui conseille la section scénario de la nouvelle école des métiers de l’image et du son, la Fémis. Noémie Lvovsky l’intègre l’année de sa création, en 1986. Ce sera donc la comédie, mais… derrière la caméra. Une évidence, finalement : « Il me semble que le premier travail d’un réalisateur ou d’une ­réalisatrice est d’être un bon spectateur ou une bonne spectatrice. Quand je regarde un film, avant de prendre plaisir aux décors ou aux ­costumes, j’entends la voix de quelqu’un d’autre qui s’adresse à moi, je vois la réalité d’un autre. Le film est comme un fil tendu entre lui moi. »

 

« Les films sont plus harmonieux que la vie, il n’y a pas d’embouteillage, pas de temps mort », disait François Truffaut, l’une des idoles dont Noémie Lvovsky embrassait la photo avec du rouge à lèvres. Plus jeune, elle voulait l’épouser ; elle le lui a d’ailleurs proposé dans une lettre d’amour restée sans réponse. Sa carrière débute auprès ­d’Arnaud Desplechin. Pour lui, elle sera scripte, directrice de casting, et participera à l’écriture des scénarios de La Vie des morts (1991) et de La Sentinelle (1992). Pour son premier long-métrage, Oublie-moi (1994), une réflexion sur le désordre amoureux, elle fait jouer Valeria Bruni Tedeschi, qui termine l’Atelier des Amandiers, dirigé par Patrice Chéreau. Entre elles, c’est un coup de foudre amical, une familiarité immédiate.

« On s’est rencontrées dans un café de la rue de Lille, à Paris, se souvient Valeria Bruni TedeschiJ’ai aimé tout de suite sa vision du monde, sa poésie, sa liberté, ses fulgurances. Ensuite, j’ai aimé sa manière de travailler. Noémie tourne beaucoup de prises, vraiment beaucoup. Elle recommence même quand on pense que la prise est bonne, elle recommence jusqu’à ce qu’elle obtienne ce qu’elle cherche. Oui, parfois c’est un peu chiant, mais tous les gens très exigeants sont un peu chiants ! Elle l’est aussi avec elle-même. Ce n’est pas quelqu’un qui fait semblant. »

 

La singularité d’un regard

Dès ce premier long-métrage, Noémie Lvovsky se distingue. Le critique Jacques Mandelbaum notera rétrospectivement, en août 1999 dans Le Monde, « la singularité d’un ton et d’un regard admirablement servie par l’inquiétude hystérique que Valeria Bruni Tedeschi confère à l’héroïne du film ». Noémie Lvovsky confirme cette singularité deux ans plus tard, en 1997, avec Petites, un téléfilm réalisé pour Arte qui devient au cinéma La Vie ne me fait pas peur. Le film, plusieurs fois primé, scrute les tracas de l’adolescence et les tourments du passage à l’âge adulte.

« Noémie a gardé l’intensité de ses souvenirs d’enfance, dit l’écrivain Florence Seyvos, qui collabore au ­scénario avec la réalisatrice depuis vingt-six ans. Elle en a capté à la fois la fantaisie et la sauvagerie… Parfois, je suis trop sage, elle trop débordante, mais nous partageons un même goût pour la saveur d’une situation. Avec le temps qui passe, nous sommes devenues gardiennes l’une de l’autre. Quoi qu’il arrive, nous reconnaissons, sous les strates d’années empilées, celle que nous étions et que nous voulions rester. »

 

Celle qui reste fidèle à son exubérance d’enfant ou à son intransigeance d’adolescente, au désespoir de son premier chagrin d’amour, à l’insouciance de l’amitié. Dans le cinéma de Noémie Lvovsky, le temps se remonte et se démonte, la vie se décompose, revient en arrière, recommence à l’envers. Tout est possible et rien n’est interdit.

Un désir de jeu ravivé

Yvan Attal lui offre son premier rôle devant la caméra, en 2001 : il propose à la réalisatrice de jouer « sa sœur hystérique » dans Ma femme est une actrice. Ils se connaissent ; en 1994, elle a pensé à lui pour l’un des personnages d’Oublie-moi, avant de renoncer. « J’ai posé tellement de questions à la lecture du scénario que je pensais l’avoir traumatisée », s’amuse encore Yvan Attal. Sur le tournage de son film à lui, il se souvient d’une comédienne qu’il ­fallait arracher des mains des maquilleuses et des coiffeurs : « Je lui disais : “Arrête ! Tu es très bien comme tu es.” Mais je crois qu’elle avait envie de “faire l’actrice”. »

 

« D’un réalisateur exigeant, on dira qu’il sait ce qu’il veut, qu’il a du caractère, de la force, “des couilles”. D’une réalisatrice ayant les mêmes exigences, on dira qu’elle est “fragile”, “ingérable”. » Noémie Lvovsky

 

Quand Noémie Lvovsky en parle aujourd’hui, dans le décor un peu foutraque de sa cuisine, entre un pot de miel bio, des litchis, une couronne des rois et des boîtes de thé, ses yeux s’illuminent : « Le désir de jouer, que je croyais enfoui, était intact. Porter un masque, un costume, dire les mots d’un autre… La fiction permet d’approcher plus près d’une forme de vérité. » Elle est nommée aux Césars, dans la catégorie des meilleurs seconds rôles.

Sa deuxième vie commence, bien plus prolifique que les six films qui jalonnent pour l’heure sa carrière de réalisatrice : en vingt-deux ans, elle a joué dans 50 films. Nommée huit fois aux Césars en tant qu’interprète, Noémie Lvovsky confirme qu’elle tient une place à part dans le cinéma français. Son rôle de mère intrusive dans Les Beaux Gosses (2009), de Riad Sattouf, lui attire la sympathie du public. « Elle fait résonner une petite musique qui n’appartient qu’à elle et dont le couac serait la clé », écrivait encore Jacques Mandelbaum dans Le Monde en septembre 2012.

 

C’était à l’occasion de la sortie de Camille redouble, où, pour la première fois, Noémie Lvovsky réconciliait ses deux vocations, réalisatrice et actrice, sur les thèmes chers à son cœur du destin inéluctable et de la possibilité de réparer. « Donnez-moi le courage de changer les choses que je peux changer, celui d’accepter les choses que je ne peux pas changer et la sagesse d’en connaître la différence », fait-elle dire au comédien Jean-Pierre Léaud, qui joue un horloger, paraphrasant l’empereur stoïcien Marc-Aurèle. L’acteur fétiche de François Truffaut trace là comme un trait d’union entre tous les univers de Noémie Lvovsky – le passé et le présent, la ­réalité et le songe, le drame et la fantaisie.

Mémoire maternelle

Dans Camille redouble, elle joue une quadragénaire projetée dans son passé. Elle fume, elle danse, elle chante, elle aime, comme Valeria Bruni Tedeschi qu’elle dirige dans Oublie-moi (1995) et dans Faut que ça danse (2007) ou Nathalie Baye dans Les Sentiments (2003) – son plus gros succès public en tant que réalisatrice avec plus de 1 million d’entrées. Dans Camille redouble, Noémie Lvovsky a de nouveau 15 ans, et le professeur de théâtre du lycée la choisit, elle, la « pas assez belle », pour le rôle principal des Amoureux, la fameuse pièce de Carlo Goldoni. Première revanche.

 

Dans Camille redouble, variation autour de Peggy Sue s’est mariée (2009), de Francis Ford Coppola, Noémie Lvovsky a 15 ans, donc, et elle prend le temps qu’elle n’avait pas pris auparavant pour dire à sa mère combien elle l’aime. Deuxième revanche. Dans la vraie vie, sa fille l’a-t-elle assez dit à Geneviève Lvovsky, décédée depuis de longues années et à qui le film est dédié ? Noémie Lvovsky avait 9 ans quand sa mère, « inadaptée » à la brutalité de la vie réelle, a quitté l’appartement familial pour une institution spécialisée. Cette mère portait, quelle que soit la saison, un pull, un pantalon, des Moon Boot – les mêmes qu’on voit dans Faut que ça danse aux pieds de Bulle Ogier, toute frêle dans une robe de chambre assortie à ses grosses bottes de ski.

Les déménagements ­précipités, l’appartement vidé, la passion des robes de mariée revien­nent encore dans Demain et tous les autres joursen 2017, troisième film dédié à Geneviève Lvovsky, après La vie ne me fait pas peur et Camille redouble. « Mes pensées s’enfuient tout le temps, je dois les rattraper. Mes yeux voient autre chose que ce que je regarde, je dois les rattraper eux aussi », murmure le personnage de la mère, égarée dans sa folie intérieure.

Pour Camille redouble, lorsque Noémie Lvovsky a fait répéter à Yolande Moreau, qui interprète sa mère, la scène où elle chante Une petite cantate, de Barbara, elle pleurait à la table de sa cuisine. « Sa fragilité me touche », dit Yolande Moreau, qui lui a demandé de jouer sa sœur dans le film qu’elle est en train d’écrire. Sur le tournage de Camille redouble, elle s’est arrangée des exigences de la réalisatrice et de la multi­plication des répétitions : « D’ordinaire, je n’aime pas trop les lectures… Mais Noémie, qui est quelqu’un de très, très angoissé, en a besoin pour voir ses personnages, pour s’en entourer. C’est sa manière d’être déjà dans le tournage. »

« Attachante » et « épuisante »

Sur le plateau du film La Grande Magie, une comédie musicale adaptée de la pièce d’Eduardo De Filippo que Noémie Lvovsky est en train de terminer, François Morel a répété 48 fois la prise où il chante. « C’est formidable, me disait Noémie, mais on va la refaire ! On a fini sous une pluie battante, la caméra posée sur un échafaudage. Elle cherche, elle cherche, elle cherche… jusqu’à ce qu’elle trouve. » L’acteur loue la poésie singulière de la réalisatrice, à qui « on a ­toujours envie de faire plaisir »« Oui, elle est inquiète, oui, il faut la rassurer, mais Noémie est une femme comme on n’en rencontre pas tous les quatre matins. »


Même enthousiasme chez Denis Podalydès, l’un des premiers rôles de La Grande Magie : « Noémie insuffle aux autres son énergie. Il m’est arrivé d’être persuadé que je venais de tout donner, avant de voir dans son œil

qu’elle en attendait encore. Elle exige des autres ce qu’elle donne d’elle, sur la ligne de crête entre le tragique et le comique d’un imaginaire prodigieux. Mais, c’est vrai, il faut payer de sa personne quand on tourne avec elle. »

 

Noémie Lvovsky sait bien ce qu’on dit d’elle : « Sur les tournages de mes films, j’ai entendu : “folle”, “hystérique”, “mal baisée”. Quand je n’étais pas contente d’un plan, il m’est arrivé d’entendre chuchoter : “Elle a ses ragnagnas”, ” Ça y est, les Anglais débarquent”, et plus tard : “Elle n’a plus ses règles.” D’un réalisateur exigeant, on dira qu’il sait ce qu’il veut, qu’il a du caractère, de la force, “des couilles”. D’une réalisatrice ayant les mêmes exigences, on dira qu’elle est “fragile”, “ingérable”. Heureusement, depuis trois ou quatre ans, les choses ont un peu changé, on fait plus attention. »

 

 

« Ingérable », c’est aussi ce qu’on entend souvent à propos de Noémie Lvovsky actrice. Sur le tournage de Tiens-toi droite (2014), elle est la seule que la réalisatrice Katia Lewkowicz n’a pas cessé de vouvoyer : « Ça m’a permis de maintenir une distance, un rapport de travail. Noémie est hyperinvestie, très en demande qu’on la pousse dans ses limites, donc elle a besoin d’un lien affectif fort avec le réalisateur – ce qui exige une énergie folle ! Avec elle, chaque scène est un petit match de boxe. Mais aucune actrice n’a cette présence, cette manière d’aller chercher à l’intérieur de soi la plus grande sincérité possible. Elle est extrêmement attachante et extrêmement épuisante. »

 

« Avec elle, ce qui est génial, c’est qu’on ne sait jamais ce qui va se passer ! » Vincent Lacoste

 

Pierre Schoeller, qui l’a dirigée dans Un peuple et son roi (2018), évoque, lui aussi, quelqu’un de très désireux de créer un lien particulier avec le réalisateur, ce qui était « complètement impossible » sur un tournage auquel participaient énormément de comédiens : « Noémie a un rapport charnel avec son jeu, qu’elle construit de l’intérieur. Elle se met dans des états émotionnels puissants, et parfois… ça déborde. » Ça déborde, dans tous les sens du terme : Vincent Lacoste, qui a joué plusieurs fois avec elle depuis Les Beaux Gosses, se souvient d’une scène où elle devait donner l’impression qu’elle allait vomir. « Elle ne trouvait pas la bonne manière d’avoir l’air dans cet état. Elle a fini par boire du café salé, ce qui l’a vraiment rendue malade. Avec elle, ce qui est génial, c’est qu’on ne sait jamais ce qui va se passer ! »

Une tension intérieure constante

Capable d’être hilarante ou déchirante avec la même intensité… Cette profonde « intranquillité » dont parle à son propos le réalisateur Pierre Schoeller, cette tension intérieure constante, cet abandon à ses émotions, Noémie Lvovsky ne les avait jamais exprimés ailleurs qu’au cinéma avant l’automne 2020. Il a fallu que Jean Robert-Charrier, le directeur du théâtre parisien de la Porte Saint-Martin, suggère son nom au metteur en scène Alain Françon pour qu’elle monte enfin sur les planches, à 55 ans. Quarante ans après avoir vu son rêve de scène pulvérisé par un commentaire mortifiant sur son physique…

 

 

Lire aussi  Article réservé à nos abonnés « Avant la retraite » ou la folie douce de Catherine Hiegel

En février 2022, Noémie Lvovsky est toujours à ­l’affiche d’Avant la retraite, une pièce de Thomas Bernhard où elle donne corps à Clara, clouée dans une chaise roulante entre un frère et une sœur nostalgiques des grandes heures de l’Allemagne hitlérienne. Avant ­d’accepter, Noémie Lvovsky a proposé à Alain Françon de passer une audition, effrayée à l’idée de ne pas être à la hauteur de ses partenaires, les grandes figures de théâtre Catherine Hiegel et André Marcon. Le metteur en scène a refusé, convaincu que son inexpérience l’aiderait à incarner ce personnage dont il lui avait juste indiqué qu’il devait être « un bloc de silence ».

 

Tous les soirs de spectacle, Clara-Noémie Lvovsky lève ainsi son verre à la mort de son frère, ancien officier nazi, qui célèbre chaque année le jour de la naissance de Himmler. Drôle de télescopage de l’Histoire pour celle dont la famille paternelle, des juifs immigrés d’Odessa, n’est pas revenue des camps de concen­tration…

Noémie Lvovsky, lorsqu’on l’interroge sur ses origines, sur l’absence, sur le silence, cherche les mots justes. Elle hésite, commence une phrase, s’interrompt, se lève, se ­rassied, préfère ne pas en parler. Trop délicat. Trop compliqué. Elle a longtemps pensé que son père, mutique sur ces années de guerre, voulait la protéger de l’indicible ; elle a compris qu’il lui était simplement impossible d’y penser le jour où il lui a parlé d’années

 « scotomisées ». « Scotomiser : rejeter inconsciemment hors du champ de la conscience (une réalité pénible) », définit Le Robert.

 

Lire aussiArticle réservé à nos abonnés Les Kolinka, trois générations face à la Shoah

Il faut ­chercher les traces du fracas, des terreurs qui affleurent, des arrachements dans les films de Noémie Lvovsky : Demain et tous les autres jours, c’est elle jouant une mère affolée, vidant l’appartement puis précipitée dans la rue, encombrée de ses énormes valises mal fermées. Faut que ça danse, c’est ­Jean-Pierre Marielle-Salomon Bellinsky qui tremble en cherchant ses papiers d’identité avec fébrilité à l’approche d’un policier… « Mon père m’a seulement dit que toute sa famille est morte à Auschwitz, et débrouille-toi avec ça », regrette la fille de Salomon, jouée par Valeria Bruni Tedeschi, avant de se souvenir que, pour l’endormir, son père lui racontait longuement la manière dont il avait égorgé Hitler.

Réparer les vivants

Comment renouer le fil d’une lignée brisée ? Comment y trouver sa place, y inscrire une trace ? Peut-on sans trahir se délester des fardeaux du passé ? Réalisatrice et actrice, Noémie Lvovsky a saisi le cinéma pour contenir sans le retenir le débordement des sentiments. « Riad, ne t’en fais pas, c’est autorisé de devenir fou quand on fait un film », dira-t-elle tranquillement à Riad Sattouf un jour de grand stress sur le tournage des Beaux Gosses. C’est autorisé d’être complètement quelqu’un d’autre sans cesser, au fond, d’être soi-même. D’ailleurs, Noémie Lvovsky porte encore, le jour de l’interview, la veste en fausse fourrure qui enveloppe Isadora, la prostituée de Viens je t’emmène.

 

Ce matin-là, elle cherche un artisan pour en réparer un pan, qu’elle a abîmé. En regardant la sobriété de sa tenue, pantalon noir, pull gris, on se demande ce qu’elle apprécie dans cette veste rouge à reflets verts. Elle dit qu’elle s’y sent bien ; elle aime l’idée qu’une femme de plus de 50 ans enfile un vêtement qui ne correspond pas à l’image qu’elle est censée donner d’elle.

 

 

Pourtant, il n’y a pas si longtemps, dans un de ces moments sombres qui obscurcissent son horizon, elle discutait avec son fils de 26 ans et ­s’inquiétait de voir les rôles se raréfier à cause de son âge. Un pessimisme qu’elle aime illustrer en racontant une blague juive, la rencontre de Shlomo et de Simon : « En un mot, comment vas-tu, Shlomo ? — Bien. — Et en deux mots ? — Pas bien. » Le temps ne fait rien à l’affaire, ni l’âge sur son visage ni les casse-tête pour le financement d’un film. Noémie Lvovsky, toujours « intranquille ».

Lire le portrait :Article réservé à nos abonnés La comédie selon Noémie Lvovsky Elise Karlin / M le magazine du Monde 
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
February 25, 2022 7:32 PM
Scoop.it!

Le monde de la culture en Russie s’oppose à Poutine. Démission de directeurs de théâtre à Moscou, et en Lithuanie

Le monde de la culture en Russie s’oppose à Poutine. Démission de directeurs de théâtre à Moscou, et en Lithuanie | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par Anne Diatkine dans Libération (26/02/22)

 

Le monde de la culture en Russie s’oppose à Poutine. Elena Kovalskaya, directrice du théâtre d’Etat et du centre culturel Vsevolod Meyerhold de Moscou, a annoncé sa démission sur les réseaux sociaux, en protestation contre l’invasion de l’Ukraine. «Je ne peux pas travailler pour un meurtrier et être payée», écrit-elle sans ambiguïté.

Dans le même temps, Marina Daridova, rédactrice en chef de la revue russe Teatr et directrice d’un festival international de théâtre appelle tous les membres de la communauté théâtrale russe à signer «une pétition adressée aux leaders qui nous dirigent et personnellement au président Vladimir Poutine, pour que cessent immédiatement les hostilités sur le territoire d’un état proche» : «Nous considérons l’Ukraine comme un état indépendant. Nous ne voulons pas que la Russie devienne un pays paria ! Nous croyons qu’aucun conflit ou problème au 21e siècle peut être résolu avec des tanks, des artilleries et des infanteries. Nous voulons que cesse immédiatement le bain de sang !»

 

(Anne Diatkine / Libération du 26/02/22)

-----------------

 

En Russie, après la directrice du centre Meyerhold Elena Kovalskaia, c’est le directeur du théâtre Maiakovski Mindaugas Karbauskis, l’un des grands élèves de Fomenko qui démissionne, ainsi que le directeur du Théâtre Vakhtangov Rimas Tuminas. Respect pour ces grands artistes.

Pierre-Yves Lenoir

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mindaugas_Karbauskis

 

https://www.delfi.lt/kultura/naujienos/del-ivykiu-ukrainoje-mindaugas-karbauskis-palieka-maskvos-vladimiro-majakovskio-teatra.d?id=89557361

 

Mindaugas Karbauskis quitte le théâtre Vladimir Mayakovsky à Moscou en raison d'événements en Ukraine

 

www.DELFI.lt

2022 25 février 13:41  Mindaugas Karbauskis, le frère de l'homme politique Ramūnas Karbauskis, qui dirige le Théâtre Vladimir Mayakovsky de Moscou et répète sur sa scène, a annoncé aujourd'hui sa démission sur Facebook

https://fr.wikipedia.org/wiki/Rimas_Tuminas

 

https://www.lrt.lt/naujienos/kultura/12/1625814/rimas-tuminas-pranese-si-menesi-pasitraukes-is-vachtangovo-teatro-maskvoje

 

Rimas Tuminas a annoncé son départ du Théâtre Vachtangov de Moscou ce mois-ci

traduction Google (du lithuanien) :

Le réalisateur Rimas Tuminas a déclaré à LRT RADIO ce mois-ci (9 février) qu'il avait quitté le théâtre Vachtangov à Moscou : "Si nécessaire, je présenterai également le document".

Il y occupe le poste de directeur artistique. Il occupe le même poste au Petit Théâtre de Vilnius.

 

Le ministre de la Culture Simonas Kairys a appelé le directeur du théâtre à le révoquer. Le directeur lui-même dit que le ministre peut en décider : "Je suis d'accord avec tout, quelle que soit la décision prise."

"Ce qui se passe en Ukraine et ce qui se passe maintenant n'est pas clair pour moi - je soutiens une position ferme envers tous ceux qui sont impliqués avec la Russie aujourd'hui, et en particulier avec moi. 9 février J'ai démissionné de mon poste au Théâtre J. Vachtangov, si nécessaire, je ferai de même ici en Lituanie », déclare R. Tuminas, directeur artistique du Petit Théâtre de Vilnius.

 

"Aujourd'hui, je vais discuter de la situation avec le ministre, car le directeur se sent personnellement responsable envers les acteurs, les créateurs et les spectateurs du théâtre et souhaite que ce théâtre continue à fonctionner avec succès", a déclaré Simonas Keblas, directeur du Petit Théâtre de Vilnius.

 

LRT.lt rappelle qu'en novembre de l'année dernière, le fondateur du Petit Théâtre de Vilnius, son directeur artistique, le directeur artistique du Théâtre Yevgeny Vachtangov de Moscou, le réalisateur R. Tuminas, après une interview avec la première chaîne et journaliste russe Vladimir Pozner, a été indigné par ses réponses concernant l'évaluation Molotov-Ribbentrop des Russes en tant qu'occupants lituaniens.

 
 

 

 

 

 

No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
February 25, 2022 4:05 AM
Scoop.it!

En Bosnie, une pièce d’Elfriede Jelinek pour panser les plaies de l’histoire

En Bosnie, une pièce d’Elfriede Jelinek pour panser les plaies de l’histoire | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Stolz  (Vienne, correspondance) dans Le Monde 25 février 2022

 

Légende photo : Selma Alispahic (au premier plan), Drazen Pavlovic et Dzana Dzanic (en arrière-plan),   en février 2022, à Sarajevo. DZENAT DREKOVIC

 

 

« Rechnitz », jouée à Sarajevo, condense des questions sensibles dans un pays déchiré il y a trente ans par la guerre civile.

 

Un revolver en chocolat offert aux spectateurs pendant la représentation à Sarajevo de Rechnitz (L’Ange exterminateur), une pièce d’Elfriede Jelinek, Prix Nobel de littérature, résume l’ironie mordante avec laquelle l’écrivaine autrichienne et sa compatriote Sabine Mitterecker, qui la met en scène actuellement en Bosnie, abordent le scandale du silence après un crime commis au nom de la pureté ethnique. L’antisémitisme nazi sert ici de prisme à des événements bien plus récents.

Représenté d’abord dans la capitale, Sarajevo, les 18, 19 et 20 février, désormais habitée surtout par des Bosniaques, puis à Mostar les jours suivants, ville de la communauté croate, avant Srebrenica, lieu du massacre de 8 000 hommes et adolescents bosniaques, située en Republika Srpska (l’entité serbe), le spectacle condense des questions sensibles dans un pays déchiré il y a trente ans par la guerre civile.

Symbole de résistance

Ales Kurt, directeur du SARTR, le Théâtre de guerre à Sarajevo, a sollicité Sabine Mitterecker parce qu’elle connaît bien la prose percutante de Jelinek, sa façon de faire claquer tous les tiroirs de la langue. Ce théâtre de 250 places a été ouvert en mai 1992, alors que toutes les autres salles étaient fermées à cause du siège par les milices serbes. Il a continué à jouer pendant toute sa durée – 10 000 morts, 35 000 bâtiments totalement détruits –, devenant un symbole de résistance.

 

La première, le 18 février, a attiré autant de jeunes que de vétérans du conflit. La culture reste en effet un ferment vivant à Sarajevo, malgré l’exil des diplômés qui émigrent vers l’Ouest en quête d’une vie meilleure. Le manque de perspectives économiques exacerbe la concurrence mémorielle. Au nom de ses propres victimes, la communauté serbe refuse de reconnaître la réalité du génocide, tandis que du côté bosniaque, on exige des anciens agresseurs qu’ils acceptent le verdict de la justice internationale. C’est dans ce contexte qu’a été montée la pièce, avec les défis qu’impliquent des répétitions avec cinq acteurs tous bosniens, mais d’horizons différents. « Certains jours, on aurait dit la tour de Babel », s’amuse Sabine Mitterecker, qui a aussi monté à Tirana, avec des comédiens albanais, Les Présidentes, de Werner Schwab, dont la langue est quand même « beaucoup plus simple que celle de Jelinek ».

La première, le 18 février, a attiré autant
de jeunes que de vétérans du conflit

Rechnitz est un résumé de la culpabilité collective : dans ce village autrichien frontalier de la Hongrie, quelque 200 juifs furent massacrés, à l’issue d’une des « marches de la mort » de travailleurs forcés organisées par le régime nazi à l’approche de l’armée soviétique. La particularité du massacre est qu’il eut lieu, dans la nuit du 24 au 25 mars 1945, pendant une fête au château du comte Ivan de Batthyany, dont l’épouse, Margit, était une fille de Heinrich Thyssen, grand nom de l’industrie lourde allemande et l’un des financiers du IIIe Reich.

« L’hôtesse de l’enfer »

On sait qu’elle a, sinon tué de ses mains, du moins aidé à fuir son amant, intendant du domaine et responsable local de la Gestapo qui avait ordonné la tuerie. « L’hôtesse de l’enfer », son surnom dans la presse, a fini ses jours tranquillement, en Suisse, sans être inquiétée. Malgré plusieurs procès et des fouilles approfondies du terrain (la dernière en 2021), on n’a jamais pu retrouver les restes des 180 victimes. Seuls 18 corps ont été exhumés en 1970, ceux des prisonniers contraints d’ensevelir les autres. La population de Rechnitz a obstinément refusé toute coopération avec la justice.

 
 
 

Le refus de parler du crime est donc le sujet de cette pièce créée à Vienne en 2008. Jelinek a recours à la figure du messager dans le théâtre antique – ni les victimes ni les bourreaux ne sont représentables –, ses personnages sont les domestiques du château, dont les récits vont se recouvrir et se contredire. Mitterecker leur a donné les prénoms des acteurs : voici donc Selma, Dzana et Jelena et leurs comparses masculins, Sead et Drazen, enfermés dans une pièce peuplée d’animaux empaillés et de déguisements, voyant l’horreur par la fenêtre et se rassurant sans cesse sur leur innocence : « Nous non, nous ne sommes que les messagers. »

 

 

Lire aussi  Article réservé à nos abonnés Guy Cassiers et Elfriede Jelinek plongent dans l’enfer moderne

Pendant les répétitions, ils ont presque toujours refoulé le passé douloureux de la Bosnie. Jusqu’à la générale de la pièce, où il est soudain revenu très fort, surtout quand Selma empoigne un fusil. Puis ils ont réussi un numéro d’équilibriste entre grotesque et tragique. Pour cela, la metteuse en scène a utilisé beaucoup de chansons, comme des intermèdes ludiques, mais chargés de sens : aussi bien Zarah Leander que la valse ou le rock.

Le spectacle doit être montré à Zagreb et peut-être à Belgrade, où la troupe du SARTR a déjà présenté en 2000, avec un impact considérable, ¡ Ay, Carmela !, la pièce de l’Espagnol José Sanchis Sinisterra sur la guerre civile et le fascisme. « Soigner les blessures prendra du temps, explique Selma. Seules les nouvelles générations pourront le faire. Mais je travaille beaucoup avec des jeunes et cela me donne énormément d’espoir. »

 

Joëlle Stolz  (Vienne, correspondance)

No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
March 7, 2022 8:18 AM
Scoop.it!

Vlad Troitskyi: «J’ai décidé cette nuit de partir…» –

Vlad Troitskyi: «J’ai décidé cette nuit de partir…» – | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Anne Diatkine dans Libération - publié le 7 mars 2022 

 

Depuis le début de la guerre, le metteur en scène ukrainien Vlad Troitskyi envoie des messages à «Libération». Avec sa famille, l’artiste a décidé de quitter la banlieue de Kyiv (Kiev) où il vivait jusqu’alors.

 

Le metteur en scène Vlad Troitskyi poursuit pour Libération son journal qu’il nous envoie dès qu’il peut. La règle tacite est la même : il n’y a pas de réécriture, et on ne modifie pas son texte, tout au plus se permet-on d’expliciter une référence ou allusion qui échapperaient au lecteur français. Un grand merci à Alexis Berelowitch qui relit ses messages reçus en russe.

 

Jeudi 3 mars, 23h03

Aujourd’hui, j’ai fait partir vers l’ouest ma femme, ma fille et Solomiya (du groupe les DakhDaughters) avec son fils et son mari. Ils s’approchent maintenant d’Ivano-Frankovsk… Treize heures de route… Ma femme est une femme formidable… Hier soir, quand on a décidé qu’ils partiraient ce soir, j’ai soudain réalisé que c’était peut-être la dernière fois que je les voyais… J’avais envie de pleurer devant cette injustice barbare… Au nom de quoi ? Pourquoi doivent-ils tout quitter et fuir dans l’inconnu… Ma fille va devoir vivre avec des étrangers, ce sont nos amis, certes, mais ce ne sont pas son papa et sa maman… Je ne sais pas quand elle pourra aller à l’école avec nous… Ou juste aller se promener… Aller dans un café ou au cinéma… Rencontrer ses amies… Le monde de Poutine a volé l’enfance de ma fille et de millions d’enfants ukrainiens… Il y a plus d’un million de réfugiés venant d’Ukraine aujourd’hui… Principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées… Pour quoi ? Quel grand dessein vaut la souffrance de ces gens ?

 

Pas de réponse…

Aujourd’hui, la Russie a pratiquement fermé ses frontières à ses citoyens… Demain, selon toute apparence, sera proclamée la loi martiale et la mobilisation en Russie… Shoigu, le ministre russe de la Défense, affirme vouloir envoyer une armée de plusieurs millions en Ukraine… Pour nous tuer tous ?

Vendredi 4 mars, 22h46

J’ai décidé cette nuit de partir… J’ai réalisé que je serais bien plus utile à mon pays si avec les DakhaBrakha et les DakhDaughters nous commencions à présenter des spectacles d’anti-Poutine anti-guerre en Europe et en Amérique…

 

J’ai appelé Lucie Berelowitsch et elle est prête à nous accueillir et à nous installer dans sa ville… Et nous commençons à monter des programmes de tournées et à préparer des contenus appropriés… Un objectif se dessine… C’est ce que nous pouvons faire !

 

Je n’ai pas beaucoup dormi la nuit dernière. Le sentiment que c’est très probablement la dernière fois que vous dormez dans votre propre lit, dans votre propre maison… Qu’à partir d’aujourd’hui vous êtes un vagabond… Que vous entrez dans l’inconnu, quittant le monde que vous avez construit pendant trente ans et qui a été détruit au nom de l’idée folle du Reich du Monde russe… Le matin, j’ai encore essayé de persuader ma mère, ma petite vieille… Elle pleurait et disait qu’elle ne supporterait pas la route et ne voulait pas nous être un fardeau… Et de nouveau, se posait la question : qui répondra de ses larmes… Qu’a-t-elle fait de mal à Poutine ? Doit-elle être tuée pour ne pas l’aimer ? Hier, plus de cent paisibles civils ont été tués sous les bombes et les missiles dans la seule ville de Kharkiv…

Dimanche 6 mars, 17h56

Nous sommes au troisième jour du voyage… de Kyiv (Kiev) à la frontière… En cet instant, nous sommes dans la queue au poste de contrôle. Près d’un kilomètre… Je ne sais pas combien de temps ça va durer… Nous sommes dans trois voitures… Nous avons sept enfants, de 10 mois à 16 ans… Plus d’un million de réfugiés déjà… Surtout des femmes et des enfants… Les vieux refusent la plupart du temps de partir… C’est monstrueux… 40 millions de personnes, 40 millions d’Ukrainiens… que le monde de Poutine veut tuer… Le monde d’une Russie folle, assoiffée de sang… Et les militaires russes commencent à prendre le goût de tuer des gens sans-défense… Tuer de paisibles habitants… Ils n’auront pas à en répondre… Vous n’avez pas à répondre de vos actes surtout quand vous lancez des missiles, quand vous tirez à l’artillerie lourde et quand vous bombardez depuis vos avions… C’est fou… Même selon le concept insensé de Poutine d’une seule nation.

Nous avons traversé presque toute l’Ukraine… A Ivano-Frankovsk, nous avons été accueillis par le théâtre local… C’était très chaleureux… A Beregovo, c’est un théâtre hongrois qui nous a ouvert ses portes… La solidarité et l’amour, contre la méchanceté et la férocité… Parviendrons-nous à tenir bon ? J’y crois, même si c’est parfois très dur et que les doutes m’assaillent… David peut-il vaincre Goliath ?… Dans cette guerre les spectateurs européens qui assistent au combat tout en nous accordant leur sympathie ont peur de nous donner la fronde de David (c’est-à-dire les avions) … Que c’est compliqué… Nos trois vieilles sont restées à la maison. Elles nous ont dit qu’elles ne feraient pas un pas hors leur terre natale… Et nous ne sommes pas en train de fuir. Nous allons constituer notre propre front, l’art-front.

 

 

No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
March 6, 2022 6:37 PM
Scoop.it!

Théâtre : François Gremaud, délivreur de savoir ludique

Théâtre : François Gremaud, délivreur de savoir ludique | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Fabienne Darge dans Le Monde -  7 mars 2022

 

L’auteur et metteur en scène, devenu le champion de la conférence-spectacle, revisite de grandes figures tragiques comme Phèdre, Carmen ou Giselle.

Légende photo : François Gremaud, à Lausanne (Suisse), en novembre 2019. NIELS ACKERMANN / LUNDI13

Il ne faut pas chercher bien loin sur la planète théâtre, en ce moment, pour trouver un spectacle signé François Gremaud, cet auteur et metteur en scène qui, à 47 ans, ressemble encore à un grand garçon trop vite monté en graine. Depuis leur création, les spectacles Conférence de chosesPhèdre !, et, désormais,   Giselle… et Auréliens sont devenus des « tubes » du théâtre contemporain, qui ne cessent de tourner à travers la France et la Suisse, d’où François Gremaud est originaire.

 

« C’est vrai que c’est fou ! », s’exclame l’impétrant, l’œil bleu pétillant et joyeux, à l’heure ou son Phèdre ! s’apprête à se jouer trois semaines au Théâtre de la Bastille, à Paris, où il est promis au même succès que partout ailleurs, de Lausanne à Avignon.   Phèdre !, c’est son spectacle emblématique, celui qui a fait de François Gremaud une star – modeste –, celui où il a peaufiné, avec un art consommé, la forme de la conférence-spectacle, dont il est devenu le champion.

 

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Au Festival d’Avignon, « Phèdre ! », avec un point d’admiration

François Gremaud la goûte particulièrement, cette joie qui accompagne la reconnaissance, lui qui la cultive, au sens le plus profond du terme, comme un trésor. Peut-être en raison d’une enfance qui ne fut pas toujours simple, aux côtés de frères et sœurs affligés de difficultés diverses, mais portée par des parents pour qui la vie était toujours la plus forte. Peut-être d’ailleurs que tout – le théâtre, le jeu – est parti de là, de sa relation avec son jeune frère sourd-muet, avec lequel il communique en langue des signes depuis toujours.

 

 

« Avec mon frère, on a grandi ensemble dans cette langue, et donc dans ce rapport au langage qui est très corporel, très engagé, raconte-t-il. Dans la langue des signes, il y a une nécessité d’habiter le corps, d’accompagner la pensée, sinon on ne se comprend pas. Il ne s’agit pas de caricature, mais juste d’être un petit peu plus grand que la vie, ce qui est un geste très proche du jeu : être naturel, être soi, mais en un peu plus grand. Je suis très habité par cette nécessité de mettre en œuvre les choses pour pouvoir les communiquer, même si je ne l’ai pas identifiée tout de suite. »

« Une liberté absolue »

En attendant, François Gremaud a commencé le théâtre très jeune, à Fribourg, en Suisse, où il vivait. Puis il a fait un détour par les arts plastiques et l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL), où il a découvert la liberté infinie de l’art contemporain, en compagnie notamment de la photographe américaine Nan Goldin. Et il est revenu au théâtre, en intégrant l’Institut national supérieur des arts du spectacle (Insas) de Bruxelles. On est au tournant des années 1990-2000, la scène flamande est à son apogée.

François Gremaud a fondé sa compagnie, en 2005, sous le nom de 2b company

« C’était vraiment la grande époque, où se croisaient Alain Platel, Anne Teresa De Keersmaeker, le tg STAN, Jan Lauwers, etc., se souvient-il. Un moment particulièrement vivant et remuant, avec des artistes qui osaient tous les mélanges entre texte, danse, musique… Une liberté absolue, à mille lieues des dogmes qui étaient encore en vigueur à Lausanne et dans le théâtre français, relatifs à la façon de dire la langue, de respecter les textes. C’est là-dedans que j’ai eu envie de m’inscrire. »

 

François Gremaud s’est senti autorisé à chercher son propre théâtre, et il a fondé sa compagnie, en 2005, sous le nom de 2b company, à prononcer à l’anglaise, comme « To be »… à faire suivre d’« or not to be »of course. Ce clin d’œil à la phrase la plus célèbre de l’histoire du théâtre dit bien comment il comptait s’inscrire dans cette histoire, par le décalage, l’humour, la liberté autorisée par l’art contemporain et une figure tutélaire majeure, celle de Marcel Duchamp.

Vrai bijou d’absurde

Il faudra une bonne dizaine d’années encore pour que la 2b accède à la reconnaissance, avec Conférence de choses, vrai bijou d’absurde suisse que les amateurs de théâtre découvrent dans le « off » du Festival d’Avignon, en 2016. La chose en question s’est écrite en surfant sur les pages de Wikipédia, se déploie en neuf épisodes de cinquante-trois minutes et trente-trois secondes chacun, et place en son cœur le savoir et l’« idiotie », au sens philosophique du terme, en élevant la conférence au rang d’art ludique et virtuose.

 

Lire aussi : Huit heures de digression ludique avec la « Conférence de choses », à suivre en ligne

« La Conférence, c’est un marabout-bout-de-ficelle, une manière de rendre hommage à tout ce savoir humain et à toutes ces personnes qui sur Wikipédia ont pu se passionner pour des choses aussi diverses que la reine Margot ou les pastilles désodorisantes pour les toilettes, explique François Gremaud. Il s’agissait de traverser ces étonnements humains, ce geste primordial qu’est l’étonnement, en partant du principe qu’il est à la base de la pensée. »

Puis il y a eu Phèdre !, deux ans plus tard. Un Phèdre comme on ne l’a jamais vu, où se mêlent l’œuvre de Racine elle-même et le commentaire de l’œuvre, tragique et comique, et où un seul et formidable acteur, Romain Daroles, joue à la fois tous les rôles et celui du prof. Une superbe réussite qui emporte les spectateurs pour une heure et des poussières de pur bonheur théâtral, selon un principe que François Gremaud a décliné ensuite avec Giselle…, autour du célèbre ballet romantique d’Adolphe Adam, en compagnie de la non moins formidable Samantha van Wissen. Avant qu’un troisième volet ne soit créé, un Carmen. (avec un point tout simple, cette fois) qui sera porté par Rosemary Standley.

Agilité intellectuelle étourdissante

« Ce que j’ai découvert avec ces pièces, c’est que, à partir du moment où on essaie de raconter une œuvre, on en crée une nouvelle, analyse François Gremaud. Cette forme de la conférence-spectacle, je l’ai adoptée au départ en faisant le constat de la déconnexion qui s’est opérée entre un certain théâtre et un certain public, et du lien nécessaire à retisser avec ces œuvres. Mais, au passage, j’ai découvert la liberté inouïe que permet cette forme, qui ramène à l’essence du théâtre et du jeu : cette figure du conférencier-acteur, elle peut tout convoquer sur scène, par la seule force de la parole et du corps. L’acteur dit : “Ici, il y a un arbre”, et les spectateurs voient l’arbre, dans leur tête. C’est quand même magique, de pouvoir ainsi mettre en marche l’imagination du public, à l’heure de la société du tout-image, du tout-illustré, de l’information perpétuelle, où l’imaginaire est quand même très orienté. »

La joie semble consubstantielle à François Gremaud, qui confesse avoir toujours « rigolé et fait rigoler »

Avec ces spectacles en solo, François Gremaud a trouvé son langage, qu’il déplie avec une agilité intellectuelle étourdissante : un corps sur un plateau, qui transmet par un geste joyeux un contenu dans une forme chorégraphiée. La joie, on y revient. Elle semble consubstantielle à François Gremaud, qui confesse avoir toujours « rigolé et fait rigoler, et adoré les jeux de mots les plus lamentables, qui sont pour moi la forme première de la poésie ».

Mais il s’agit surtout de la joie au sens où l’entendait le regretté philosophe Clément Rosset : « J’aime la manière dont il la définissait comme la force majeure de la vie, parce qu’elle est susceptible de contenir tout le tragique de l’existence, alors que l’inverse n’est pas forcément vrai : le tragique ne contient que rarement la joie. Ce qui me plaît là-dedans, et que j’essaie de mettre sur le plateau du théâtre, c’est que cette joie, que j’assimilerais à la puissance de vie, elle n’est pas dupe. Elle sait que la vie est tragique. Dans Phèdre !Giselle… ou Carmen., le geste est celui-là : in fine, ce sont des figures tragiques, mais on passe par la joie de les raconter. C’est une manière de rappeler que la richesse du vivant, c’est justement d’être vivant », conclut François Gremaud.

 

 

Fabienne Darge

No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
March 4, 2022 12:27 PM
Scoop.it!

François de Brauer, que sa lumière soit

François de Brauer, que sa lumière soit | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot dans son blog -  4 mars 2022

 

Pas facile avec l’époustouflante « Loi des prodiges » de revenir seul en scène. Le secret de « Rencontre avec une illuminée » doit être cherché du côté de la sincérité et de l’amitié. Et vous rirez comme jamais.


Légende photo : Il danse, aussi, ce conteur illuminé. Photographie de Christophe Raynaud de Lage. DR.

 


Illuminé, on l’est immédiatement, en découvrant le dispositif scénique imaginé pour ce nouveau solo de François de Brauer. Des dizaines et des dizaines de bougies (fausses) dans des verres, à la manière des bougies parfumées. Elles forment un peu plus qu’un demi-cercle, au fond, sur les côtés. Une chaise. C’est tout. On se croirait dans une mystérieuse crypte, avec ces flammes qui tremblotent.

Le grand garçon descend par l’escalier. Il a des bâtons d’encens à la main. On est dans la mystique, c’est clair.

 

Entre La Loi des prodiges et cette Rencontre avec une illuminée, François de Brauer a écrit un autre texte, que l’on verra plus tard. L’artiste est loin d’être un homme de solos. C’est un enfant de troupe, qui a beaucoup joué, qui joue beaucoup et se met sous l’autorité de personnalités très différentes. Il est toujours convaincant.

 

Mais dans la liberté de ces solos où il fait surgir des dizaines de personnages, jeunes, vieux, hommes, femmes, se bousculent, il est extraordinaire.

 

Irrésistible. Jean-Luc Gaget, scénariste de talent, a écrit avec lui. Louis Arène le dirige. Veille sur lui. François Menou a créé les lumières qui ne sont pas seulement cette belle ceinture de bougies.

 

François de Brauer explique, dans le dossier de presse –et plus rapidement dans le flyer remis aux spectateurs- que cette « illuminée » existe. Estelle est devenue Stella. Mais elle ne surgit que dans la deuxième partie du spectacle. Au début, on plonge du côté de sa famille. Son grand-père maternel est mort. Une de ses tantes lui demande de lire un texte. Mais François regimbe. Il est « non-croyant ». Panique de maman, tempête dans le crâne de sa tante. Et voilà que le grand-père mort, qui avait refusé de voir sa fille depuis des années et qui ne connaissait pas son petit-fils, se lève et parle !

 

N’en disons pas plus. Voici que le jeune homme rappelle à sa mère comment et pourquoi il s’est fait viré, tout jeunot, de chez les scouts.

 

Et là, scène d’anthologie. On a rarement fait, tout seul, si drôle, si délirant et si vrai à la fois.

On a déjà écrit il y a longtemps, que François de Brauer est un artiste exceptionnel. Un voltigeur. Un homme qui a des ailes, léger et délié, pas loin d’être maigre. Une silhouette d’adolescent trop vite grandi.

 

La voix est bonne, même s’il doit se méfier de l’espace, dans lequel il se déplace beaucoup, et qui fait que, quand il tourne le dos, il faut tendre l’oreille.

 

Et puis voici Stella et ses amis. Ses grandes soirées de variété mystique. Désopilant. Les expériences. La rencontre avec l’illuminée et les rencontres avec les amis de la belle, une collection de délirants qui savent décrypter les pouvoirs des cailloux, des pierres, des fèves de chocolat.

 

Dans cette partie-là, François de Brauer fait également surgir des personnages hauts en couleurs, qu’il irrigue de tout son talent. Fascinant et irrésistible. A commencer par la merveilleuse Stella, Estelle dans la vie, Estelle Meyer, une très attachante artiste, elle aussi. Une étoile de la chanson et du jeu. Une gitane d’or et d’amour.

 

 

Théâtre du Petit-Saint-Martin, du mardi au samedi, en alternance, à 19h00 ou 21h00. Durée : 1h20. Tél : 01 42 08 00 32.

 
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
March 3, 2022 8:19 AM
Scoop.it!

Cirque : Sébastien Wojdan dompte ses peurs sur la piste

Cirque : Sébastien Wojdan dompte ses peurs sur la piste | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Rosita Boisseau dans Le Monde - 3 mars 2022

 

L’artiste présente son nouveau spectacle, « Blanc », lors du festival Spring qui a lieu en Normandie.

 

Légende photo : Sébastien Wojdan, en mars 2016, à C-mine, musée du patrimoine, à Genk (Belgique), lors de la tournée de « Marathon » (2013), son premier solo. MARIE GARCIA BARDON

C’est en ralliant à bicyclette son petit village de Plouguiel, situé près de Lannion (Côtes-d’Armor), à Varsovie (Pologne), que l’artiste de cirque Sébastien Wojdan, né en Pologne en 1980, a appris les textes de son solo Blanc, qu’il présentera vendredi 4 et samedi 5 mars, à Spring, festival des nouvelles formes de cirque en Normandie. « C’était l’été 2019, et j’ai passé deux mois à vélo à répéter mon spectacle, raconte-t-il. J’avais décidé de m’arrêter, car j’ai énormément travaillé pendant des années et je me suis brûlé les ailes. Je n’avais plus aucun plaisir à faire mon métier. Je l’ai retrouvé. Etre en mouvement, ça me stimule toujours beaucoup. »

 

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés « On n’est pas là pour sucer des glaces » met le feu à La Villette

Hyperactif, Sébastien Wojdan ? Gourmand, assurément. Acrobate, jongleur, équilibriste sur corde et musicien, il est aussi un coureur de fond. Depuis l’adolescence, où il découvre la course comme « un exutoire », il enchaîne trois footings réguliers par semaine. Son premier solo ne porte pas pour rien le titre de Marathon. Créée en 2013, cette pièce tresse passé et présent entre chant, piano et guitare électrique, numéro de fil, planche à roulettes, danse des couteaux… pour se conclure par l’explosion d’un bouquet de ballons multicolores sur un cactus. « J’ai tout donné dans ce solo à un rythme effréné et je pensais que je n’avais plus rien à dire… », glisse-t-il.

Sébastien Wojdan, circassien : « Etre en mouvement, ça me stimule toujours beaucoup »

Et pourtant, neuf ans après, la page immaculée de Blanc se dresse pour écrire un autre pan de l’histoire. Avec ce même besoin « d’un état physique et mental modifié ». Avant chaque représentation, Sébastien Wojdan fait grimper son cardio en abattant 10 kilomètres en courant pour débouler sur le plateau déjà en sueur. « Ce que je recherche, au fond, dans le cirque, c’est quelque chose proche de la transe, ajoute-t-il. Et comme je ne suis pas bon comédien, cela m’aide à ne pas tricher et à me relier avec les spectateurs au présent, sans jouer» Surtout quand le spectacle, dont l’idée est née après la mort brutale d’un ami à l’âge de 30 ans, s’attaque aux thèmes de l’hypocondrie et de ses mécanismes, en piégeant l’acrobate dans une boîte blanche « tel un rat dans une cage ou un labo ». « J’adore les rats par ailleurs, précise-t-il immédiatement. J’en ai eu lorsque j’avais 13 ans et on était très copains. Ce sont des animaux très mignons et intelligents. En fait, dans Blanc, je tente de faire tout ce que je ne sais pas faire et qui me fait peur, comme me retrouver dans le silence, le vide, et sans compter, pour me rassurer, sur les pirouettes habituelles. »

Fulgurance enivrante

A 42 ans, Sébastien Wojdan, membre fondateur du Galapiat Cirque depuis la création, en 2006, de ce collectif issu du Centre national des arts du cirque, à Châlons-en-Champagne, se faufile dans un tunnel peu fréquenté par les artistes de cirque : celui de l’intime, des peurs et des blocages qui nous déchirent. « Les Japonais ont inventé les yôkai pour incarner leurs monstres afin de les dompter, commente-t-il. C’est ce que je tente de faire dans cette pièce pour accepter et apprivoiser mes angoisses. » Un mouvement introspectif déstabilisant qui veut presser un jus spectaculaire. « Qu’est-ce qui se passe lorsqu’on arrête de faire des saltos ? s’interroge-t-il. Comment aller chercher ce qu’il y a sous les exploits ? Par quels moyens échapper à ce que l’on attend du cirque, autrement dit du divertissement ? »

 

 

Lire aussi  Article réservé à nos abonnés La thématique de l’intime s’infiltre sous le chapiteau

Spontané, bouillonnant, Sébastien Wojdan, dont le nom signifie « qui donne la guerre » en polonais – ce qui n’est pas pour lui déplaire–, se raconte volontiers. Avant le cirque et la danse, qu’il découvre à 19 ans à Montpellier, il évoque un parcours « accidenté ». Il a 2 ans lorsque ses parents décident d’émigrer avec leurs deux enfants pour s’installer à Albi. Alfred, son père, devient alors goudronneur, tandis que Barbara, sa mère, s’occupe de personnes âgées et de leur maison. Si l’école n’est pas son fort, la musique le soulève. « Plutôt punk et rock alternatif à cette époque-là, j’écoutais les Sex Pistols et Clash et je jouais de la guitare, dit-il. Le choc qui m’a transformé a eu lieu l’année de mes 13 ans. J’ai assisté à Albi à un concert, et je me suis retrouvé sur scène et sur les épaules de François Guillemot, le chanteur des Bérus. Il parlait de jeunesse et de liberté. Ça a été un moment de grâce en plein pogo et une révélation. J’ai compris qu’on pouvait choisir sa vie. »

 
 
 

Cette fulgurance enivrante, Wojdan, un peu plus sage avec le temps, la piste encore et toujours à travers ses pratiques. Il jongle avec des marteaux, des clous et des chaînes, entretient avec ses couteaux un lien singulier. « Il y a sans doute un rapport biblique avec ces objets, souligne-t-il. En Bretagne, je croise régulièrement des christs en croix à chaque carrefour. Je sais que ce sont des accessoires porteurs d’un imaginaire violent, mais les couteaux peuvent être doux aussi. » Un paradoxe que ce performeur, régulièrement engagé dans des résidences artistiques de longue durée au sein d’hôpitaux psychiatriques et d’Ehpad, entend bien sublimer sur scène.

Blanc, de Sébastien Wojdan. Les 4 et 5 mars, au festival Spring, à Cherbourg (Manche). En tournée : à Saint-Barthélemy-d’Anjou (Maine-et-Loire), le 26 avril, et à Segré-en-Anjou (Maine-et-Loire), le 28 avril.

 

 

Rosita Boisseau

No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
March 2, 2022 2:16 PM
Scoop.it!

Vlad Troitskyi: «Ma ligne de front est ici, vous raconter le plus possible ce qui se passe en Ukraine» –

Vlad Troitskyi: «Ma ligne de front est ici, vous raconter le plus possible ce qui se passe en Ukraine» – | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine, publié dans Libération le 2 mars 2022

 


Depuis le début de la guerre, le metteur en scène Vlad Troitskyi envoie des messages à «Libération» depuis la banlieue de Kyiv où il habite. Jour après jour, le désespoir grandit, l’angoisse est de plus en plus pressante et parfois surgit un bref instant d’espérance. Témoignage brut.

 

Vlad Troitskyi, 57 ans, a créé son propre théâtre, Dakh, à Kyiv (Kiev), il y a vingt-huit ans, dans un appartement. Metteur en scène, responsable d’un festival interdisciplinaire, il est une figure marquante et enthousiasmante de la scène ukrainienne. Il vit dans une bourgade de la banlieue de Kyiv. Libération lui a proposé de nous envoyer des messages au jour le jour. Il ne les a pas relus, on ne les a pas retouchés. Il nous semble important de garder une trace de ce qui est par essence fugitif : l’optimisme soudain, en dépit de tout, le désespoir qui s’abat, l’angoisse, l’incompréhension totale, puis de nouveau un filet de lumière. Dans ce journal, on le voit radicaliser ses positions, utiliser le mot «génocide», par exemple. Le traducteur du russe Alexis Berelowitch a relu pour nous ces textes qui nous sont parvenus en russe. En russe ? Il n’y a même pas une semaine, il ne nous semblait pas incongru de demander à un Ukrainien en pleine guerre de s’exprimer dans une langue si proche, devenue en une poignée de jours celle de l’ennemi.

Vendredi 25 février, 23 h 53

«Hier, j’ai été réveillé à 5 heures du matin par le bruit d’une frappe de missiles sur Kyiv et j’ai compris que le monde avait changé… Il était retourné en 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale… Et on avait Poutine en guise de Hitler… Ce qui est le plus terrifiant, c’est qu’au moins 50% des Russes soutiennent la guerre et que 25% hésitent… Donc 75% sont d’accord pour que l’on tue des gens qui ont juste voulu être libres… Et ils se cachent derrière la grande culture russe… Dans trois heures, je devrai quitter ma maison que j’ai mis dix ans à construire, quitter mon théâtre que j’ai créé il y a vingt-huit ans, laisser derrière moi ma mère de 81 ans qui a refusé de partir, disant qu’elle ne pourrait pas supporter le voyage… Et je devrais trouver quelque chose à dire à ma fille de 13 ans quand elle me demandera ce qu’il faut faire quand tomberont les bombes.

 

«Le “monde russe” (cette obsession de Poutine) a ruiné ma vie et celle de millions d’Ukrainiens… Nous partons et je ne sais pas si nous arriverons quelque part, si je reverrai ma mère un jour… Merde… Nous voulions juste être libres… Nous avions tellement de projets… Et tout cela le “monde russe” l’a tué…

«Demandez-vous si vous avez tout fait pour que cela n’arrive pas.

«PS : J’entends derrière ma fenêtre, le fracas des roquettes et des bombes.»

Samedi 26 février, 12 h 53

«Nous avons décidé de rester… La nuit, les combats ont commencé par les parachutistes russes à Vassylkiv, c’est-à-dire sur la route vers l’ouest… Et la ville de Starokostiantyniv, où nous devions passer la nuit, a été bombardée par des roquettes…

«Et Kyiv a été assailli… toute la nuit… Explosions, coups de feu, hurlements d’avions et de roquettes…»

Samedi 26 février, 15 h 26

«J’ai été appelé par l’un de mes amis, qui est parti hier avec sa famille vers la Pologne… Il lui a fallu plus de vingt-cinq heures pour arriver à la frontière… Très difficile de se procurer de l’essence… Des files d’attente de 100 à 200 voitures aux stations-service… La plupart du temps avec des enfants… A la frontière polonaise, il y a une queue de 25 kilomètres… Cela veut dire plusieurs jours… Ils ont décidé de laisser la voiture et de marcher jusqu’à la frontière… Cela représente sept ou huit heures [de marche].»

Samedi 26 février, 15 h 30

«Les acteurs de mon théâtre et beaucoup de mes amis se sont enrôlés dans la défense du territoire… Les familles se relaient avec leurs enfants dans les abris… Toute la nuit, on entendait des coups de feu à travers la ville… La ville a tenu bon… Aujourd’hui, nous nous sentons plus sûrs de nous : nous vaincrons et le monde nous soutient.»

Samedi 26 février, 20 h 19

«Les gars de Marioupol ont appelé. Il s’agit d’une troupe de théâtre pour adolescents qui, l’année dernière, a réalisé plusieurs projets avec des metteurs en scène d’Europe… Il devait y avoir des tournées dans plusieurs pays cette année… La ville est maintenant encerclée… Il y a des tirs de roquettes et d’artillerie sur les zones résidentielles… Les filles sont réfugiées dans des abris… Les gars, les armes à la main, défendent leur ville, leur pays, leur avenir…»

Samedi 26 février, 20 h 43

«Je suis à la maison [dans la banlieue de Kyiv] avec deux familles… Malheureusement, pour des raisons de santé, je ne peux pas participer aux combats… Mais ma ligne de front est maintenant ici… Elle est de vous raconter le plus possible de ce qui se passe en Ukraine, vu par les yeux d’un artiste… Mes collègues écrivains et musiciens travaillent sur ce même front. Des programmeurs ont organisé un front cybernétique contre la Russie… C’est une guerre du peuple.»

Dimanche 27 février, 14 h 57

«La question de la nourriture commence à se poser.

«Nous préparons un appel à toutes les personnalités du monde de la culture.»

Dimanche 27 février, 17 h 10

«Aujourd’hui, nous étions réunis dans une petite agglomération proche de Kyiv pour étudier quels comportements avoir dans un avenir proche… Que faire en cas de coupure de courant, que faire si les troupes russes entrent dans notre bourgade… Beaucoup d’enfants, de 2 semaines à 15 ans sont restés sur place… Peu d’hommes… Surtout des personnes âgées et des enfants… La routine quotidienne de la guerre… Il n’y a pas de panique mais une détermination farouche à défendre notre pays… nos foyers… notre liberté… l’avenir de nos enfants…

«70% des gens qui travaillent dans notre théâtre sont restés à Kyiv. Tous sont engagés dans la défense de notre patrie… Certains avec les armes à la main, d’autres soutenant l’armée comme ils peuvent… L’école du Maïdan de 2013-2014 n’a pas été vaine… Nous pouvons nous unir contre les menaces qui pèsent sur notre monde… Nous sommes le Peuple… Et le soutien mutuel de l’armée et de ceux qui sont faibles (les personnes âgées, les enfants) fait notre force… Et le soutien du monde entier est très important… Parce que nous défendons non seulement notre liberté, mais la liberté de toute l’Europe… Nous sommes désormais un avant-poste de la démocratie dans la guerre contre le Hitler-Poutine du XXIe siècle…»

Dimanche 27 février, 22 h 50

«Le quatrième jour de la guerre touche à sa fin. Des combats se déroulent au nord de Kyiv. Plusieurs de mes amis y vivent… Ils vivent dans une salle de bains… Je viens de leur parler… Bien sûr, on a peur… Des explosions derrière la fenêtre… Des coups de feu… Mais déjà naît un sentiment de victoire. Il y aura encore beaucoup de sang versé et de morts… Mais nous allons vaincre… Une vidéo circule aujourd’hui sur Internet, on y voit un soldat russe qui demande à manger à une vieille grand-mère qui lui tend des graines de tournesol, en ajoutant : “Mets-les dans ta poche mais ne les mange pas.” Et quand il lui demande pourquoi, elle lui répond que comme cela, quand il sera tué il y aura au moins des tournesols qui pousseront… On tient bon !»

Lundi 28 février, 3 h 45

«Il est 3 h 45 du matin… L’angoisse m’a réveillé… Durant la soirée, j’étais calme, mais maintenant je ne suis pas dans mon assiette… J’ai lu qu’un grand assaut avec la participation de divisions aéroportées biélorusses commencera à 5 heures du matin… Des dizaines de bombardiers ont été redéployées sur des aérodromes biélorusses… J’ai très peur pour ma fille Marfa, elle a 13 ans… Elle a toute la vie devant elle… Mais dans une heure et demie, des milliers d’hommes armés vont arriver, prêts à tuer… Des milliers de tonnes de bombes et de missiles pour tuer plus d’Ukrainiens… Nous allons gagner… Mais la peur est grande… Il y a beaucoup d’enfants et de personnes âgées dans notre ourgb… Et nous n’avons pas d’abris antiaériens…»

Lundi 28 février, 7 h 12

«Il n’y a pas eu de grand assaut jusqu’à présent… A Tchernihiv, ils ont tiré des roquettes sur le centre-ville… Très bizarrement, de 3 h 30 à 8 heures du matin, il n’y a eu aucune information… Et c’est vraiment inquiétant… Je vais essayer de dormir maintenant…»

Lundi 28 février, 17 h 17

«Bonsoir… Un autre jour de guerre touche à sa fin… Scène de vie : aujourd’hui, nous sommes allés dans un village où vivent des parents et nous avons acheté des pommes de terre… Il y a dix personnes qui vivent à la maison… Nous devons résoudre le problème de la nourriture… Les magasins sont vides… Je veux dire qu’il n’y a vraiment rien du tout… La logistique pose des problèmes… Les Russes bombardent massivement les faubourgs de Kyiv… Des images absolument terrifiantes venant de Kharkiv… Lors des négociations, la délégation russe exige la reddition de l’armée ukrainienne sous la menace d’un bombardement massif de Kyiv… Kharkiv servant d’exemple… Un gradé russe annonce un couloir [humanitaire] pour évacuer Kyiv… Des mensonges… Il ne pourrait pas passer plus de quelques milliers de personnes par jour sur ces routes… Et de plus l’essence est rare… Les Russes se comportent comme des terroristes qui utilisent des femmes et des enfants comme otages… Il est difficile de contenir la haine… Personnellement, je n’ai pas peur. Mais je ne pardonnerai pas à ces gens de vouloir tuer et de tuer nos femmes, nos enfants et nos vieillards… Ils menacent vraiment mon peuple de génocide…»

Lundi 28 février, 21 h 58

«La vie continue… L’homme s’habitue… J’ai parlé à ma mère ce soir… Elle s’est enfermée dans sa chambre et n’en est pas sortie de la journée… Je suis allée la voir et elle pleurait, elle avait peur de déranger tout le monde… Je lui ai dit : “Maman, qu’est-ce que tu as ?” Et elle dit : “Pourquoi nous traite-t-on ainsi… Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Qu’est-ce que nous avons fait de mal ? Pourquoi dois-je rester dans la chambre, à avoir peur et écouter les coups de feu… Je ne peux pas dormir… J’ai peur… J’ai peur pour vous tous…” Et elle pleure… Et je sais que je n’ai rien à lui dire… Lui dire que tout va bien alors qu’on entend des explosions ? Je lui dis que nous sommes ensemble… Et elle : “J’ai peur pour vous.” Nous avons parlé pendant un long moment. Elle s’est calmée tant bien que mal. Ma fille lui a apporté du thé. Elle a 81 ans… C’est dur pour moi d’écrire sur ma mère, sur ma vieille maman. Elle a traversé beaucoup de choses dans sa vie… Son père, mon grand-père, était dans les camps de Staline. Tchernobyl… Elle s’était occupée de l’évacuation des enfants… Et mon père travaillait à la centrale nucléaire… L’effondrement de l’Union soviétique… La misère… Premier Maïdan… Le deuxième Maïdan… Et maintenant la guerre… Telle fut sa vie…»

Mardi 1er mars, 7 h 43

«De nouveau, la matinée commence dans le fracas des explosions. Intense. Tout porte à croire que Kyiv est pris d’assaut… On commence à comprendre que tout cela durera longtemps. Les Russes veulent la guerre…

«La plupart des gens ont perdu leur revenu. Totalement. Toute l’activité économique est à l’arrêt. Encore un mois ou deux, et on n’aura plus de quoi vivre. Hier, ma fille m’a demandé : “Papa, quand tout cela se terminera-t-il ?” Que pouvais-je lui répondre ? Qu’on ne sait pas quand elle pourra retourner à l’école ? Qu’on ne sait même pas comment et où nous vivrons ? A Marioupol, il n’y a plus d’électricité depuis vingt-quatre heures et cela veut dire qu’il n’y a plus de chauffage, d’eau chaude, de gaz… Plus rien… Les gens meurent, c’est tout simple… C’est cela le “monde russe”… Les soldats russes sont en train de détruire les infrastructures vitales.»

Mercredi 2 mars, 10 h 04

«Bombardements hier à Kharkiv, où nous préparions le Gogol Fest de cette année. Destruction dans les faits de Marioupol. Il est devenu évident que la Russie mène une guerre totale visant l’anéantissement du peuple ukrainien. Il est impossible d’accepter cela au XXIe siècle au centre d’une Europe qui a connu deux guerres mondiales… J’essaie de convaincre ma femme de partir avec notre fille. J’ai très peur pour elle. J’ai décidé de rester jusqu’au bout. Je parle beaucoup avec des gens de différentes villes et ce que j’entends et ce que je ressens, c’est que nous n’abandonnerons pas notre patrie, notre liberté. Je suis fier des Ukrainiens, je suis fier de notre président. Aussi étrange que cela puisse paraître, j’ai maintenant le sentiment que Zelensky est le leader non seulement de l’Ukraine mais aussi de tout le monde occidental dans la lutte contre “l’empire du mal”… J’ai parlé hier à un de mes amis (le seul qui me reste) à Moscou. Il a dit que des gens “ordinaires” veulent nous tuer, pas seulement Poutine… Ils sont pris dans la folie de la guerre… Tuer ma fille, tuer ma mère… Tuer des milliers d’enfants, de mères, de personnes âgées… Tuer tout simplement les gens. Hier, les nôtres ont intercepté un missile dirigé vers le barrage de la retenue d’eau de Kyiv. … S’ils le font sauter, ce sera un véritable tsunami sur le Dniepr… Des centaines de milliers de personnes vont mourir. Malheureusement, après les tirs d’hier sur les villes, cela ne semble plus impossible…

«Une dernière chose. Nous sommes très reconnaissants au monde pour son aide sans précédent… Mais cela ressemble toujours à un combat en tête-à-tête entre David et Goliath. Le monde entier est de notre côté. Et c’est très important… Mais c’est l’Ukraine qui est sur le champ de bataille… Et nous allons gagner.»

 

 

 
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
March 2, 2022 9:57 AM
Scoop.it!

Théâtre : la situation kafkaïenne des réfugiés en transit vue par Amir Reza Koohestani

Théâtre : la situation kafkaïenne des réfugiés en transit vue par Amir Reza Koohestani | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Brigitte Salino  (Genève (Suisse), envoyée spéciale) dans Le Monde le 2 mars 2022

 

Légende photo : Khazar Masoumi (de profil) et Danaé Dario (en arrière plan), le 22 février 2022, à la Comédie de Genève, lors de la générale du spectacle « En transit », mis en scène par Amir Reza Koohestani. MAGALI DOUGADOS

 

A la Comédie de Genève, le metteur en scène iranien a librement adapté le roman d’Anna Seghers « Transit ».

En 1941, Anna Seghers (1900-1983) écrivait Transit, sur le bateau qui l’emmenait en exil à Mexico. Elle avait fui l’Allemagne nazie, transité par la Suisse et la France, et embarqué à Marseille. En 2018, le 29 décembre exactement, l’auteur et metteur en scène iranien Amir Reza Koohestani lisait Transit à l’aéroport de Munich, d’où il devait rejoindre Santiago du Chili. L’embarquement lui a été refusé au motif que son visa n’était pas valide, et qu’il avait dépassé le nombre de jours autorisés dans l’espace Schengen. Il a été renvoyé en Iran.

 

Amir Reza Koohestani, qui vit dans son pays tout en voyageant beaucoup, est habitué aux visas et tracasseries consulaires. Mais en 2018, il s’est retrouvé face à un mur : impossible de faire entendre qu’il était de bonne foi, la loi était la plus forte.

 

 

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Au Festival d’Avignon, la lettre persane de Koohestani

En 1940, à Marseille, ceux qui cherchaient à quitter l’Europe se retrouvaient souvent face à un mur, tant était opaque la jungle des visas – visa de sortie, visa de transit pour les pays traversés avant la destination finale… – et la situation fluctuante. C’est cela que relate Anna Seghers dans son roman dont le personnage central, un jeune Allemand, prend l’identité d’un de ses compatriotes qui s’est suicidé.

 
 

En 2018, Amir Reza Koohestani voulait porter Transit au théâtre, en lui donnant une tonalité contemporaine. Il le précise dans le spectacle, En transit, qui sera présenté au Festival d’Avignon, en juillet. Son double est en scène, aux prises avec une policière qui lui retire son indispensable crayon (il ne peut pas lire sans annoter) au motif qu’il est trop pointu. La policière lui apprend aussi qu’il sera placé côté couloir, dans l’avion vers Téhéran, pour éviter qu’il ne brise le hublot, comme certains expulsés ont tenté de le faire, lui dit-elle, dans l’espoir désespéré d’éviter le départ.

Distribution uniquement féminine

Amir Reza Koohestani sait que l’épisode de l’aéroport de Munich n’est qu’un mauvais moment à passer. Rien à voir avec d’autres refoulés qui, eux, vont se retrouver dans une situation dramatique, comme, toutes proportions gardées, les candidats affolés au départ, à Marseille, en 1940. Pourtant, dans le spectacle, tous sont là, dans un va-et-vient entre hier et aujourd’hui qui laisse sceptique.

Amir Reza Koohestani précise dans ses notes d’intention que « la question du genre n’est pas un enjeu »

On peut comprendre qu’Amir Reza Koohestani ait voulu jeter des ponts entre les flots des réfugiés, et nous renvoyer à la confusion kafkaïenne de leur situation. Mais il bute sur plusieurs obstacles, dont le premier est la complexité du roman d’Anna Seghers. Quiconque ne l’a pas lu risque fort d’être perdu en voyant le spectacle, joué par quatre comédiennes qui endossent plusieurs rôles : policière, réfugié, consul américain, avocat, Amir, Marie et Seidler – le couple du roman au bord de l’amour et du gouffre…

Amir Reza Koohestani précise dans ses notes d’intention que « la question du genre n’est pas un enjeu », et que le choix d’une distribution uniquement féminine s’est imposé pour des raisons théâtrales. De ce point de vue, le spectacle lui donne raison, surtout pour le choix de Danaé Dario et de Khazar Masoumi, qui sont excellentes. Mais les quatre comédiennes sont insérées dans un décor élaboré et captieux de vitres et de caméras, en rupture avec la simplicité habituelle d’Amir Reza Koohestani. Dans ses précédents spectacles, l’Iranien de 43 ans mettait en scène la réalité brouillée, avec un art subtil et sensible. Il inscrit En transit dans cette veine, mais, à trop brouiller la réalité, sur tous les plans, il s’éloigne de son art. 

 

 

 

En transit, librement inspiré d’un roman d’Anna Seghers et mis en scène par Amir Reza Koohestani. Avec Danaé Dario, Agathe Lecomte, Khazar Masoumi, Mahin Sadri. Comédie de Genève, esplanade Alice-Bailly, Genève (Suisse). Jusqu’au 6 mars. En juillet, au Festival d’Avignon. Transit est publié chez Autrement (397 p., 22,90 €).

 

Brigitte Salino   (Genève (Suisse), envoyée spéciale)

 

No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
March 1, 2022 1:14 PM
Scoop.it!

Marcial Di Fonzo Bo : "C'est toujours d'actualité de monter Richard III malheureusement"

Marcial Di Fonzo Bo : "C'est toujours d'actualité de monter Richard III malheureusement" | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Sur le site de l'émission d'Arnaud Laporte sur France Culture, "Affaires culturelles" -  28 février 2022

 

Comédien et metteur en scène incontournable du théâtre contemporain, Marcial Di Fonzo Bo est au micro d'Arnaud Laporte. Le temps d'un entretien au long cours, il nous raconte son apprentissage auprès de Claude Régy et Matthias Langhoff, son goût pour le théâtre de Copi, et son processus créatif.

 

Ecouter l'entretien (55 mn)

 

 

Légende photo :  Marcial Di Fonzo Bo   Crédits : Julien Prebel

 

 

Comédien argentin révélé sur les planches par Claude Régy et Matthias Langhoff, mais aussi metteur en scène qui s’est distingué pour son cycle de spectacles consacrés à Copi, Marcial Di Fonzo Bo a la part belle dans le paysage théâtral contemporain. Il retrouve le temps d'une tournée le Richard III de Shakespeare mis en scène par Matthias Langhoff, et est également à l’affiche de la pièce Portrait Avedon-Baldwin : Entretiens imaginaires qui se tient de 29 mars au 17 avril au Théâtre du Rond-Point à Paris. Deux occasions toutes trouvées pour découvrir les coulisses de son art et de son processus créatif.

 

« On a réactivé cette mise en scène de Richard III un peu comme cela peut se faire dans le milieu de la danse, où ce sont les interprètes qui prennent en charge certaines pièces. » Marcial Di Fonzo Bo

Sur les planches et les plateaux

Formé et révélé sur les planches par Claude Régy et Matthias Langhoff - avec l’un dans Paroles du sage en 1993 au TNB, avec l’autre dans un Richard III glamour en 1995 au Festival d'Avignon - c’est par la très grande porte que Marcial Di Fonzo Bo a fait son apparition dans le paysage théâtral. Le comédien, venu tout droit de Buenos Aires à la fin de l’adolescence, a fait de sa carrière d’interprète une suite de rencontres et un enchaînement de coups de cœur. Il a été dirigé aussi bien par Olivier Py et Rodrigo Garcia que Luc Bondy et Christophe Honoré.

 

« Ce que j'admire chez Matthias, c'est sa capacité à superposer des plans, à faire que le sens soit fracturé et qu'il passe par tout : l'amour du décor, des objets, des musiques, tout ça se superpose. J'ai l'impression que c'est ça, pour moi, le plus intéressant dans la mise en scène, à la fois d'avoir des objets qui soient absolument pleins et baroques et à la fois avoir une liberté d'interprétation. » Marcial Di Fonzo Bo

 

Côté cinéma, Marcial Di Fonzo Bo a joué pour la première fois devant la caméra dans Tango Nuestro de Jorge Zanada en 1987, avant de revenir dix ans plus tard en doux dingue passionné de pelleteuses dans Peau neuve, le premier long métrage d’Emilie Deleuze qui l’a réconcilié avec le cinéma.  Depuis, il a joué dans une quinzaine de films, notamment Non ma fille tu n'iras pas danser de Christophe Honoré, Minuit à Paris de Woody Allen, La Ligne blanche d'Olivier Torres, Polisse de Maïwenn, et Lost in Munich d’Édouard Daladier.

Le Théâtre des Lucioles

Le Théâtre des Lucioles, fondé en 1994 par Marcial Di Fonzo Bo aux côtés d’anciens élèves de l’école de Rennes dont Elise Vigier et Pierre Maillet, n’est ni une troupe ni une compagnie au sens classique du terme. Il s’agit plutôt d’une plate-forme qui replace le comédien au centre du théâtre. En tant que metteur en scène, Marcial Di Fonzo Bo s’est emparé de nombreuses écritures contemporaines parmi lesquelles celles de Rafael Spregelburd, Philippe Minyana, ou encore Lars Norén.

 

« Ça a l'air assez idyllique et utopique quand je le raconte, mais c'est beaucoup plus compliqué de se constituer en communauté, de vivre pas mal les uns sur les autres. Mais on a appris à vivre ensemble, à faire ensemble. Cette idée du commun a toujours été au cœur des projets. » Marcial Di Fonzo Bo

 

 


Réécouter La troupe des Lucioles, une famille d'acteurs   1H15

Copi, le dramaturge et dessinateur de la célèbre Femme assise, occupe une place singulière dans son parcours. Comme lui, une partie de la famille de Marcial Di Fonzo Bo s’est installée à Paris pour fuir la dictature en Argentine. C’est d’ailleurs auprès de ses oncle et tante Facundo et Marucha Bo qui avaient créé avec Alfredo Arias le groupe TSE et fait découvrir au public parisien les textes d’un Copi alors inconnu, que Marcial Di Fonzo Bo s’est formé à toutes les ficelles du métier. Au tournant des années 2000, engagé dans un travail de mémoire pour mieux comprendre celui qui a marqué l’histoire des siens, Marcial Di Fonzo Bo s’est entouré des Lucioles pour monter à son tour les œuvres de l’auteur, de Copi, un portrait à Eva Peron / L'homosexuel ou la difficulté de s'exprimer .

 

 

« En lisant L'Uruguayen, il y a une telle liberté. On y trouve cette phrase assez incroyable qui dit que " l'exil est une période de la vie où l'homme s'ouvre à la liberté ". Et pour moi, Copi a toujours été ça, une porte ouverte à l'imaginaire. Avec humour, avec culot. Une sorte de "terroriste" encore, comme Claude Régy à un autre endroit. » Marcial Di Fonzo Bo

 

Ses actualités :

  • Spectacle : « Glouster Time Matériau Shakespeare – Richard III » d’après la mise en scène de Matthias Langhoff par Frédérique Loliée et Marcial Di Fonzo Bo dans une nouvelle traduction d’Olivier Cadiot, en tournée : 8 et 9 mars, Le tangram, Scène nationale d’Évreux // 27 au 30 avril, La Comédie de Genève // 4 au 6 mai, La Comédie de Reims // 12 au 15 mai, La Villette, Paris.
  • Spectacle : « Portrait Avedon-Baldwin : entretiens imaginaires » - Texte : Kevin Keiss, Élise Vigier - Mise en scène : Élise Vigier - Avec : Marcial Di Fonzo Bo, Jean-Christophe Folly du 29 mars au 3 avril à 20h30 puis du 6 au 17 avril à 21h au Théâtre du Rond Point à Paris.

 

Sons diffusés pendant l'émission :

  • Archive de Claude Régy extraite de l’émission Surpris par la nuit, diffusée la première fois sur France Culture le 01/10/2007.
  • Archive d’Alfredo Arias extraite de l’émission Affaires Culturelles, diffusée la première fois sur France Culture le 22/09/2021.
  • « Las simplas cosas » de Chavela Vargas sur l’album « Macorina » (1994) | Label WEA International
  • Archive de Matthias Langhoff extraite de l’émission Le Bon Plaisir, diffusée la première fois sur France Culture le 16/06/1990.
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
February 28, 2022 6:42 PM
Scoop.it!

Le metteur en scène polonais Krystian Lupa réagit à l’invasion de l'Ukraine par la Russie

Le metteur en scène polonais Krystian Lupa réagit à l’invasion de l'Ukraine par la Russie | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Arvers dans Les Inrocks 28 février 2022

 

Le spectacle de Krystian Lupa, “Imagine”, n’ira pas au festival Masque d’Or de Moscou en signe de protestation. Voici le message que le metteur en scène a souhaité partager.

 

PROTESTATION / Протест / 26 février 2022 à 22:25

 

Il n’y a pas de mots pour décrire ce que la Russie de Poutine a fait il y a trois jours. Ce n’est pas uniquement un viol sans précédent de l’Ukraine, mais aussi un viol de tout être humain qui vit, avec confiance et foi en l’humanité, sur notre globe. Le viol le plus odieux de l’être humain se produit à nouveau. En abandonnant la venue au Festival Masque d’Or à Moscou de mon nouveau spectacle   Imagine, que je crée au Teatr Powszechny de Varsovie, je réalise l’insignifiance d’une telle protestation, mais j’espère qu’il y aura des milliers, voire des millions de protestations similaires. Par la même occasion je lance un appel aux artistes russes, pour qu’ils osent témoigner avec courage, d’une manière consciente et radicale, de leur désaccord avec le crime dans lequel les entraîne le leader de leur patrie.“ Krystian Lupa, traduit par Agnieszka Zgieb

 

 

Justement, le Syndicat National des metteur·euses en scène vient de publier un communiqué de soutien aux artistes ukrainiens en saluant le “le courage des metteuses et metteurs en scène et directeur·trices de théâtre russes qui ont démissionné de leurs postes pour protester contre l’agression militaire décidée par le Président Vladimir Poutine : à ce jour, Elena Kovalskaia, du théâtre d’État et du Centre culturel Vsevolod Meyerhold, Mindaugas Karbauskis, directeur du Théâtre Maiakovski, Rimas Tuminas, directeur du Théâtre Vakhtangov.”


Nous soutenons et relayons également la pétition mise en ligne par Marina Davydova, rédactrice en chef de la revue TEATP et directrice artistique du festival de théâtre moscovite Net, appelant les autorités de son pays à arrêter immédiatement les hostilités sur le territoire ukrainien : https://www.yabloko.ru/stop-war

 

 
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
February 27, 2022 5:30 PM
Scoop.it!

Appel des lieux culturels français : «Il faut assurer qu’on sera là pour accueillir les artistes ukrainiens»

Appel des lieux culturels français : «Il faut assurer qu’on sera là pour accueillir les artistes ukrainiens» | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Anne Diatkine dans Libération - 28 février 2022

 

Légende photo : Paris, le 24 février 2022. Rassemblement contre la guerre en Ukraine, place de la République. (Cyril Zannettacci/Vu pour Libération)

 

La metteure en scène et directrice du centre dramatique national de Normandie Lucie Berelowitsch, à l’initiative d’une pétition en solidarité aux artistes ukrainiens face à l’invasion russe, salue le rôle du monde culturel dans la résistance qui s’organise dans le pays.

 
 

Lucie Berelowitsch est metteure en scène et directrice du Préau, le centre dramatique national de Normandie-Vire, dans le Calvados. Avec Stanislas Nordey, elle est à l’initiative d’une courte pétition signée par un grand nombre des directrices et directeurs de scènes en France qui témoignent de leur solidarité et de leur volonté d’accueillir en France des artistes ukrainiens. Russophone, elle a fait ses études au conservatoire de Moscou et elle s’apprêtait à commencer les répétitions en avril de sa prochaine pièce, avec une troupe ukrainienne, les Dakh Daughters.

 

Quel est l’impact en Ukraine d’une telle démarche ?

 

Avec Stanislas Nordey, on a voulu agir de manière très rapide. Le court texte a été traduit en ukrainien et il circule très largement sur les réseaux sociaux. Il aura dès aujourd’hui un relais dans la presse ukrainienne. L’impact est essentiellement psychologique et on peut considérer que ce n’est pas suffisant, qu’il faudrait être en mesure de protéger le ciel ukrainien. Montrer notre solidarité, assurer qu’on sera là pour les accueillir, trouver des logements aux familles est pourtant déjà très important. Dans les messages que je reçois, je m’aperçois que l’attention de toute l’Europe – et dans le cas particulier des artistes, notre engagement aujourd’hui mais aussi à venir – n’est en rien négligeable dans le contexte d’une résistance qui s’organise extrêmement bien.

 

Paradoxalement, depuis le début de la guerre jeudi, beaucoup d’Ukrainiens et d’Ukrainiennes ont renoncé à quitter leur pays… Voire paraissent déterminés à rester. Est-ce un choix affirmé et un changement de perspective, ou parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement, qu’il est trop tard pour prendre la route ?

 

Ce qui se passe sous nos yeux est impressionnant : on pensait que Kiev allait être assaillie beaucoup plus rapidement. Beaucoup de mes amis qui croyaient prendre la route restent à la fois parce que ça n’a plus de sens quand l’ensemble de l’Ukraine est bombardé, mais aussi parce qu’ils ont décidé de résister et qu’ils disent que leur place est dans le pays. Une partie d’entre eux estime aujourd’hui qu’ils peuvent gagner cette guerre en dépit de la disproportion des forces.

Interview
 

Mon point de vue est parcellaire mais à ce jour, je ne connais personne qui soit arrivé de l’autre côté de l’Ukraine. L’annonce de la France et de l’Allemagne d’armer les Ukrainiens n’y est pas pour rien. Je suis intimement très inquiète, mais chez les gens avec lesquels j’échange, je ressens une très grande détermination qu’il serait trop rapide de placer sous le signe de l’inconscience : ils disent qu’ils ont le droit d’être libres et le devoir de se battre pour leur pays.

 

Comment expliquer que la résistance se soit si efficacement et rapidement organisée ?

 

La guerre a commencé il y a huit ans. Ils ont eu le temps de s’armer psychologiquement. D’autre part, les Russes ne pourront pas tenir indéfiniment si Kiev ne lâche pas.

 

Dans cette résistance, quel rôle joue le monde culturel en Ukraine ?

 

Dans cette guerre que Poutine légitime en affirmant que l’Ukraine est une fiction et n’a jamais existé, les artistes revitalisent la culture, l’histoire et la langue ukrainiennes. Je pense notamment au Dakh Theatre, l’une des seules troupes indépendantes d’Ukraine – c’est-à-dire qui n’est pas affiliée à un théâtre officiel. Vlad Troitskyi, 57 ans, a créé de toutes pièces un lieu théâtral dans un appartement, il y a vingt-six ans. On entre dans un hall, puis dans une véritable salle de théâtre qu’il a construite. De ce Dakh Theatre sont nés deux très grands groupes de musique : les Dakh Daughters – six femmes actuellement toutes encore en Ukraine – et les DakhaBrakha. Les deux s’ancrent dans le folklore ukrainien, tout en l’ouvrant et le transformant énormément.

Interview
 

Vlad Troitskyi a aussi sa propre troupe et il a créé le Gogol Fest, un festival indépendant avec des cinéastes, des plasticiens, des musiciens et des acteurs, qui a lieu dans plusieurs villes d’Ukraine. Toute cette effervescence artistique est fondamentale en Ukraine, qui se reconstruit comme Etat nation depuis la fin de l’URSS et son indépendance, et la culture se déploie plus librement depuis la révolution de Maidan de 2014. Il y avait deux langues officielles jusqu’à l’indépendance de l’Ukraine. Grâce à la rencontre que m’a permis Stéphane Ricordel du Monfort théâtre, j’ai pu monter   Antigone avec les Dakh Daughters, et des comédiens ukrainiens, on avait choisi que les discours officiels de Créon soit en russe, mais que la langue de l’intime soit l’ukrainien. La différence entre les deux langues est analogue à celle entre l’italien et le français.

 

 

Elena Kovalskaya, qui dirige le théâtre d’Etat Vsevolod Meyerhold à Moscou, a annoncé sa démission car elle ne peut «travailler pour un meurtrier et percevoir un salaire de lui». De même, le Garage Museum – l’équivalent de Beaubourg – à Moscou vient d’annoncer qu’il suspend toute activité en guise de protestation. Tout comme le chorégraphe russe Alexeï Ratmansky qui a décidé d’annuler sa prochaine création. Comment s’opère la solidarité avec le monde artistique russe qui témoigne de son opposition ?

 

 

Il y a de plus en plus d’artistes, de chercheurs, d’intellectuels qui se mobilisent à travers notamment une pétition lancée par Marina Davydova, directrice de la revue Teatr, critique et organisatrice de festival qu’on devrait relayer. Pour tout vous dire, on ne sait pas encore comment organiser les soutiens, mais un nombre très important de lieux culturels en France se tient prêt à organiser l’hospitalité de ses institutions et artistes en premier lieu ukrainiens, mais aussi russes qui seraient clairement déclarés contre la guerre et mis en danger.

No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
February 27, 2022 5:46 AM
Scoop.it!

« Atys » de Lully, histoire d’une métamorphose au Grand Théâtre de Genève

« Atys » de Lully, histoire d’une métamorphose au Grand Théâtre de Genève | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marie-Aude Roux (Genève (Suisse). Envoyée spéciale) dans Le Monde - 27 février 2022

 

Le chorégraphe Angelin Preljocaj dirige sa première mise en scène d’opéra aux côtés de la plasticienne Prune Nourry et du chef d’orchestre Leonardo Garcia Alarcon.


 

Matthew Newlin (Atys) lors d’une répétition de l’opéra de Lully, « Atys », lundi 21 février 2022, à Genève. GREGORY BATARDON

La belle Sangaride vient de s’affaisser, mortellement touchée à la poitrine d’une blessure qui a ouvert dans le haut de sa robe un bouillonné de tissu rouge. Son amant, Atys, égaré par les sortilèges trompeurs de la jalouse déesse Cybèle, a cru tuer un monstre. « Atys lui-même/Fait périr ce qu’il aime », déplorent en chœur les Phrygiens. Premier filage et dernière ligne droite au Grand Théâtre de Genève qui affiche, du 27 février au 10 mars, une nouvelle et très attendue production d’Atys, de Lully. Une gageure tant la montre baroque semblait s’être arrêtée en 1987 (ne serait la confidentielle production de Lucinda Childs en 2015, à l’Opéra de Kiel, en Allemagne), quand la tragédie lyrique avait été ressuscitée par William Christie et Jean-Marie Villégier à l’Opéra-Comique.

 

 

Lire aussi : Le retour sur scène d'"Atys", spectacle mythique de Christie et Villégier

La mode est alors à la danse baroque des Ris et Danceries, emmenés par Francine Lancelot. En 2022, virage sur l’aile : c’est à Angelin Preljocaj qu’Aviel Cahn, le directeur de la maison d’art lyrique genevoise, a confié la mission d’affronter le tabou. Un défi que le chorégraphe relève, lors d’une répétition lundi 21 février, avec une excitation palpable. « Atys est une sorte d’histoire à la Roméo et Juliette, en pire, affirme-t-il, car cette fois les dieux s’en mêlent. » Le Français d’origine albanaise s’attelle pour la première fois à une mise en scène d’opéra, un passage à l’acte jusqu’alors maintes fois repoussé. « Pas question, évidemment, d’aller dans un sens muséal ou historique, assure-t-il, mais au contraire de s’interroger sur la réactivation de l’œuvre au présent. » Et plus encore de ranimer et remailler la cohabitation native du corps entre chant et danse.

 
 

Si les danseurs ne chantent pas, les chanteurs, eux, dansent. Ce critère a d’ailleurs guidé le choix des artistes lyriques par le chef d’orchestre, Leonardo Garcia Alarcon. Une évidence dès la répétition du lendemain avec le début de l’acte III, scène cruciale qui voit Atys, encouragé par son confident Idas et la nymphe Doris, se résoudre à trahir le roi Célénus, promis en noces à celle qu’il aime – « L’Amour dispense/Les rivaux d’être généreux. » Alarcon vient d’interrompre les trois protagonistes et leurs groupes de danseurs affiliés. « On perd la composition de Lully, on n’y comprend rien ! », lance-t-il. Le chef les fera s’avancer sur le devant de la scène, leur demandera de chanter sans bouger, puis de danser sans chanter. Enfin, de joindre le geste à la parole. « Utilisez la danse pour soutenir la ligne vocale ! » Atys reste seul. Un moment propice pour la déesse Cybèle qui lui envoie un songe lui avouant son amour, tandis que le grand mur antique, scénographié par Prune Nourry, se lézarde de failles noires radiculaires.

Théorie des cordes

La plasticienne fait partie de l’équipe rassemblée par Angelin Preljocaj. Le danseur a été impressionné par son exposition   Catharsis, présentée en 2019 à la galerie Templon, à Paris, notamment par ses sculptures anatomiques en tube de verre de laboratoire d’inspiration baroque, dont River Woman, corps humain hybridé au moyen d’un réseau veineux, qui sert de modèle à la métempsycose scénique d’Atys : le livret de Philippe Quinault (1635-1688) s’inspire en effet des Métamorphoses d’Ovide – le jeune éphèbe, suicidé par amour, est transformé en pin. La jeune femme, qui s’était enthousiasmée à 18 ans pour le Faust de Gounod mis en scène à l’Opéra de Paris par Jorge Lavelli, fait, elle aussi, sa première incursion dans le monde de l’opéra. Tout comme la « costumière », Jeanne Vicérial, sculptrice venue de la mode, également passionnée par l’anatomie.

 

 

Tous trois se sont retrouvés autour de mots-clés : « hybridation »  (une variante de la métamorphose), « rhizome » , « fractal » , « rituel » . Mais aussi « cordes », ce mot interdit au théâtre. « On a trouvé par intuition, rappelle Prune Nourry. L’opéra est traversé par l’amour et ses particules vibratoires. » D’où ce succédané inspiré de la théorie des cordes, instrumentales et vocales, mais aussi cordages de matériaux, qui constituent le fondement du travail des deux plasticiennes. Immenses « câbles » noués pour l’une (l’arbre de vie d’Atys), fils suspendus ou frangés, parfois comme tissés en arpège pour l’autre, dans de magnifiques costumes aux lignes japonisantes. « J’ai considéré le chœur, les solistes et les danseurs comme un seul organe », précise Jeanne Vicérial, dont la vision participe au rituel scénique.

 

 

« Au début, je n’aimais pas du tout Lully », a lâché tout de go Leonardo Garcia Alarcon. L’Argentin partage avec William Christie, qu’il admire depuis toujours, une foncière détestation pour le compositeur homme de pouvoir, qui fit la pluie et le beau temps à la cour. « L’homme est absolument horrible à tout point de vue », confiait Christie en 1987 dans le numéro 94 de L’Avant-scène opéra. Et puis, en 2015, il y a eu « La Dernière Nuit », célébration du tricentenaire de la mort de Louis XIV dans la basilique de Saint-Denis. Alarcon y interprétait, entre autres, deux grands motets de Lully, corpus sacré dont il donnera en 2018 un éclatant florilège dans la chapelle royale du château de Versailles. Pour Atys, « l’opéra du roi », il a d’abord hésité, avant de se laisser persuader par les chiffres : trois cents ans tout juste séparent en effet la création de l’œuvre, en 1676, à Saint-Germain-en-Laye, et sa propre naissance, en 1976, à La Plata (Argentine). « A l’époque de Christie, revenir à la gestuelle ancienne était moderne. Avec Angelin Preljocaj, nous ouvrons un autre monde », déclare-t-il.

 

 

Lire aussi  William Christie accueille Lully dans son jardin

« Transe optique »

Les deux hommes se sont tout de suite entendus. Preljocaj vit depuis trente ans à Aix-en-Provence, l’une des places fortes de l’opéra, tandis qu’Alarcon, dont la sœur aînée était « l’étoile de la famille », exprime volontiers une familiarité avec la danse, comme en témoigne sa direction. Rappelons qu’il était dans la fosse pour Les Indes galantes, de Rameau, version hip-hop de Clément Cogitore et Bintou Dembélé, à l’Opéra Bastille, en 2019. D’un commun accord, ils ont décidé de réduire le prologue à une simple introduction. Ce passage obligé de la célébration royale a toujours constitué, assure Alarcon, une variable d’ajustement dans l’histoire. Preljocaj a aussi supprimé quelques pièces dansées, ramenant le spectacle à un peu moins de quatre heures.

 

Faire travailler la danse à des non-danseurs, Preljocaj s’y est déjà attelé lors d’un projet de quatre mois à la prison des Baumettes, à Marseille, avec des détenues, dont a été tiré en 2019 un spectacle, Soul Kitchen, ainsi qu’un documentaire signé Valérie Müller, intitulé Danser sa peine« Ma passion est de faire vivre les corps, de trouver des résonances artistiques avec la réalité concrète qui s’est inscrite en eux », indique le danseur, qui a construit sur le plateau une chorégraphie en quasi-continuum afin de créer « une sorte de transe optique, quelque chose qui fascine ». Preljocaj n’écrit pas sur la musique mais au métronome, dans le silence. « J’essaie de déployer ma propre partition musicale. Il ne faut pas que la danse épouse trop la musique. Toutes deux doivent rester en dialogue. »

 

Dans la continuité de William Christie, Leonardo Garcia Alarcon a dirigé à partir de l’édition originale publiée par Les Arts florissants, rajoutant à l’orchestration les cymbales antiques qui servaient à la célébration du culte de la déesse Cybèle (dont les Hilaria fêtaient précisément la résurrection d’Atys). Il s’applique à retrouver, dans une écriture qui « a reproduit en musique le contrôle de la nature exercé par les jardins à la française », les traces d’une italianité qu’illustrent les fins de phrase systématiquement ornementées afin d’en masquer l’accentuation. « Atys constitue l’apogée de la tragédie lyrique, conclut-il. Pour la première fois, Lully s’arroge le droit de faire mourir son héros. » Sur le plateau, une monstrueuse mangrove sombre, stylisée. Rendu à la conscience et désespéré par la mort de Sangaride, Atys s’est poignardé sous les yeux horrifiés de Cybèle. « Il est doux de mourir avec ce que l’on aime », chante-t-il. Fresques de danseurs delphiques en robes diaphanes.

 

La scène dernière ne sera que fureur et lamentations, nymphes des eaux et corybantes guerriers alternant rage et soupirs. Le corps d’Atys s’élève dans les airs, tandis que l’arbre transcendé de Prune Nourry épanouit son labyrinthe noueux de cordes, figurant dans l’espace, entre entrelacs et réseaux, la transmutation végétale d’un corps humain. Saisissant.

 

Atys de Lully. Avec Matthew Newlin, Giuseppina Bridelli, Ana Quintans, Andreas Wolf… Angelin Preljocaj (mise en scène et chorégraphie), Leonardo Garcia Alarcon (direction). Au Grand Théâtre de Genève (Suisse) du 27 février au 10 mars. Gtg.ch

Reprise à l’Opéra royal de Versailles (Yvelines) du 19 au 23 mars. Chateauversailles-spectacles.fr

Marie-Aude Roux(Genève (Suisse). Envoyée spéciale)

No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
February 25, 2022 8:06 PM
Scoop.it!

Théâtre :  « Dans la mesure de l’impossible » de Tiago Rodrigues, l’action humanitaire au cœur de la tragédie de notre temps

Théâtre :  « Dans la mesure de l’impossible » de Tiago Rodrigues, l’action humanitaire au cœur de la tragédie de notre temps | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge (Rennes, envoyée spéciale) dans Le Monde - 25 février 2022

 

Légende photo : Le batteur et percussionniste Gabriel Ferrandini à la comédie de Genève, début février. DOUGADOS MAGALI

 

 

Au Théâtre national de Bretagne, le metteur en scène portugais se penche sur des guerres actuelles.

Certains soirs, au théâtre, sont chargés d’une émotion, d’une gravité particulière. Il en est ainsi, notamment, quand un spectacle vient percuter avec force l’actualité. Jeudi 24 février, la Russie envahissait l’Ukraine, la guerre était de retour en Europe. Et Tiago Rodrigues présentait à Rennes sa nouvelle création, Dans la mesure de l’impossible. Une pièce qui fait de l’action humanitaire une question tragique, au sens plein et entier d’un conflit impossible à résoudre, avec lequel pourtant il faut vivre. La question, sans doute, au cœur de notre tragique contemporain.

 

 

Lire aussi  Article réservé à nos abonnés Le Festival d’Avignon sera dirigé par le metteur en scène Tiago Rodrigues, à la suite d’Olivier Py

Pour composer cette pièce, l’auteur et metteur en scène portugais, qui prendra les rênes du Festival d’Avignon en 2023, a d’abord rencontré, à Genève, où Dans la mesure de l’impossible a été créé, des travailleurs de l’humanitaire officiant pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ou pour Médecins sans frontières (MSF). Il les a longuement écoutés. Pour autant, son spectacle ne relève pas du théâtre documentaire mais d’un théâtre documenté, qui assume la mise en forme du réel.

 

 

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Tiago Rodrigues : « Quand un artiste dirige le Festival d’Avignon, il doit repenser sa façon de travailler »

Cette mise en forme prend des dehors très simples, qui pourraient être trompeurs, tant le spectacle est tenu par une profonde réflexion sur le théâtre et ses pouvoirs. Rien de spectaculaire, ici, en effet. Les témoignages s’incarnent par la voix, le corps, la présence de quatre formidables comédiens et comédiennes, Adrien Barazzone, Beatriz Bras, Baptiste Coustenoble et Natacha Koutchoumov, qu’accompagne le batteur et percussionniste Gabriel Ferrandini.

Monde de l’« impossible »

Les théâtres de guerre évoqués ici ne sont jamais nommés mais désignés sous le terme générique de monde de l’« impossible », par opposition à celui du « possible », dans lequel nous vivons dans les pays protégés de la guerre. On pourra y reconnaître aisément l’Afghanistan, le Rwanda ou la Syrie qui apparaissent à travers le récit et le regard des témoins incarnés par les acteurs. Sans aucune illustration. La seule évocation sera celle d’une vaste tente en toile claire comme on en voit dans les camps et les hôpitaux de campagne et qui s’érigera, au cours de la représentation, mettant ainsi en scène le temps, la patience et l’effort.

 
 

Loin de se vivre comme des héros, ces femmes et ces hommes pointent de manière on ne peut plus concrète, les dilemmes impossibles, les conflits insensés, les situations qui seraient ubuesques si elles ne relevaient de la tragédie pure, l’absurdité du hasard qui fait basculer du côté de la vie ou de la mort. L’un d’eux se souvient de ce jour où il s’est retrouvé avec une seule poche de sang et cinq enfants au bord de la mort entre lesquels il allait devoir choisir. Une autre raconte comment elle a été parachutée, jeune humanitaire inexpérimentée, pour gérer seule un camp en plein chaos, après un génocide dont on comprend qu’il était celui du Rwanda. Une autre encore évoque ce moment insondable, quand une jeune femme qui venait de perdre son bébé s’est penchée vers elle pour essuyer la tache de sang sur sa blouse de médecin.

 

 

Pourquoi le font-ils, ce métier étrange, dont ils ont la lucidité de voir qu’il sert bien souvent à reconduire la violence qu’il entend soulager ? La réponse n’est pas dans le spectacle, qui préfère laisser la question ouverte, comme une plaie béante sur l’impuissance politique de notre époque. Tiago Rodrigues parvient, avec sa sensibilité et son talent habituels, à mettre en partage cette interrogation douloureuse avec une netteté imparable. En revenant à l’essence d’un théâtre antique et tragique, qui accorde à la parole la première place et à l’acteur le rôle du témoin et du passeur, il trouve la forme juste, sans esbroufe, toujours vivante dans la chorégraphie des corps et des mots.

 

 

A la fin, pourtant, il n’y a pas plus de mots. Tiago Rodrigues laisse le champ libre à Gabriel Ferrandini, devant sa batterie et ses cymbales. Et là, ça cogne. Le chaos du monde est rendu à ce qu’il est : insupportable, inentendable. Sans solution autre que d’agir « dans la mesure de l’impossible ».

 

 

Dans la mesure de l’impossible, de et par Tiago Rodrigues. Théâtre national de Bretagne, 1, rue Saint-Hélier, Rennes. Tél. : 02-99-31-12-31. Du mardi au samedi à 20 heures jusqu’au 5 mars, sauf jeudi 3 mars à 19 h 30 et samedi 5 mars à 15 heures. De 10 € à 30 €. Puis tournée jusqu’à fin mai, à Orléans, Besançon, Toulouse, Strasbourg, Lille, etc., et à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, dans le cadre du Festival d’Automne, du 16 septembre au 15 octobre.

 

 

Fabienne Darge(Rennes, envoyée spéciale)

 

No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
February 25, 2022 7:35 AM
Scoop.it!

Appel des artistes du théâtre russe contre la guerre en Ukraine 

Appel des artistes du théâtre russe contre la guerre en Ukraine  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog - 25 février 2022

 

 

Dans le milieu du théâtre russe Marina Davydova est une figure notable très respectée. Critique avisée, experte en organisation de festivals, fidèle spectatrice du festival d’Avignon chaque été, elle est aussi la rédactrice en chef de la revue Teatr. Voici le bref appel qu’elle vient de publier et qui est en train d’être signé par des actrices et acteurs du théâtre russe

 

« Moi, Marina Davydova, rédactrice en chef de la revue TEATR, directrice artistique d’un festival international de théâtre, dénonce une guerre contre le fraternel peuple de l’Ukraine, appelle tous les membres de la communauté théâtrale russe à signer un appel adressé aux leaders qui nous dirigent et personnellement au président Vladimir Poutine, pour que cesse immédiatement les hostilités sur le territoire d’un état proche.

Nous considérons l’Ukraine comme un état indépendant

Nous ne voulons pas que la Russie devienne un pays paria !

Nous croyons qu’aucun conflit ou problème au 21eme siècle peut être résolu avec des tanks, des artilleries et des infanteries

Nous voulons que cesse immédiatement le bain de sang ! »

 

 

Autre information glanée sur Facebook et Twitter : 

 

« Elena Kovalskaya, directrice du théâtre et centre culturel Vsevolod Meyerhold de Moscou, a démissionné pour protester contre l'invasion russe en Ukraine……. Dans un message partagé sur Facebook, elle a écrit "Amis, pour protester contre l'invasion de l'Ukraine par la Russie, je quitte mon poste de directrice du Théâtre d'État et du Centre culturel Vsevolod Meyerhold de Moscou. Il est impossible de travailler pour un meurtrier et de percevoir un salaire de lui." »

 

https://www.businessinsider.co.za/moscow-theater-director-calls-putin-a-killer-resigns-over-ukraine-invasion-2022-2

No comment yet.