Revue de presse théâtre
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LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE  :   L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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April 6, 2023 5:41 AM
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La 77e édition du Festival d’Avignon acte l’inédit

La 77e édition du Festival d’Avignon acte l’inédit | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération - 6/04/23

 

Inconnus, débutants et grands noms du théâtre nourrissent la programmation de la première édition du directeur Tiago Rodrigues qui tient à renouer avec une manifestation populaire et en finir avec «l’obsession de l’exclusivité».

 

 

On ira tous à Avignon et on fera des tonnes de découvertes ! On ira à Avignon même si on refuse de découvrir de nouveaux artistes car les plus grands noms du théâtre mondial y sont également invités. Et on ira à Avignon même si on n’y a jamais mis les pieds, car le directeur Tiago Rodrigues et son équipe, qui présentait le 5 avril le programme de cette première édition en conférence de presse, ont mis au point un dispositif «première fois» pour accueillir ceux qui n’y sont jamais allés, qui n’a rien d’un gadget. Non seulement il y aura 12 000 places supplémentaires en vente par rapport aux éditions précédentes – le nombre de représentation par spectacle étant plus élevé – mais l’équipe du festival organise le voyage de 5 000 jeunes de 13 à 18 ans, en les logeant, les accompagnant, leur offrant de (bonnes) places, leur faisant rencontrer des artistes. Ou comment renouer avec un festival populaire selon le vœu et la réussite de son fondateur, Jean Vilar.

 

 

Ouvertures toutes : c’est ce qui ressort lorsqu’on regarde le riche et enthousiasmant programme de cette première édition, structurée autour d’une langue invitée, l’anglais. Un peu de données chiffrées ne nuisent pas : Tiago Rodrigues, très en forme, a construit une édition riche en création – 33 sur les 44 spectacles présentés dont 16 premières mondiales – et 55 % des spectacles sont portés ou co-portés par des femmes. Selon le directeur du festival d’Avignon, la bonne nouvelle est que l’équipe n’a pas eu besoin de chercher la parité, celle-ci s’est imposée sans effort et elle n’est apparue qu’à la fin. C’est d’ailleurs Julie Deliquet, directrice du Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), qui ouvrira le bal dans la cour d’honneur du palais des Papes en signant une adaptation très personnelle de Welfare, d’après le film de Frédérick Wiseman paru en 1973. Une adaptation de nos jours, risquée et attirante : Julie Deliquet a pour particularité de ne jamais fixer le texte né d’un travail d’improvisation.

 

Inconnus, débutants et grands noms

Bonne nouvelle encore : près de 75 % des artistes invités viendront cet été pour la première fois à Avignon, et beaucoup d’entre eux n’ont même jamais été montrés en France ! Le festival offrira donc l’occasion de voir enfin des artistes archi repérés dans leur pays et qui travaillent depuis une bonne trentaine d’années, tel Tim Crouch en Angleterre, qui proposera deux spectacles, ou encore les Américains John Collins et Greig Sargeant du collectif Elevator Repair Service, passés totalement sous les radars chez nous. Parmi les grands inconnus, relevons aussi la présence du collectif espagnol Mal Pelo, très identifié en Europe mais curieusement pas en France. Et les artistes plus débutants et qui ne connaissent pas Avignon, son festival et ses coutumes, n’ont pas non plus été oubliés par l’équipe défricheuse. Parmi les nouveaux venus, citons au hasard l’activiste-actrice-autrice-metteuse en scène d’origine anichinabé Emilie Monnet et sa Marguerite : le feu, d’après l’histoire de Marguerite Duplessis, première esclave noire à revendiquer ses droits face au tribunal de Québec.

 

 

Les grands noms de renommée internationale maintes fois coutumiers de l’été avignonnais sont de la fête : cela fuitait depuis l’hiver, le grand metteur en scène polonais Krystian Lupa présentera bien sa version des Emigrants d’après le livre culte de Sebald, tandis que Milo Rau revisitera la figure d’Antigone en Amazonie, sans-terre parmi les sans-terre. Philippe Quesne est de retour lui aussi avec le Jardin des délices, variation autour de Jérôme Bosch dans un lieu réouvert, la carrière de Boulbon. Julien Gosselin montrera Extinctions d’après Thomas Bernhard et Arthur Schnitzler, qu’il aura auparavant créé en juin à un jet de pierre des remparts au Printemps des comédiens, tout comme la chorégraphe Mathilde Monnier fêtera son retour avignonnais en présentant Black Lights, montré auparavant à Montpellier danse.

Représenter un spectacle phare

C’est suffisamment rare pour qu’on le répète, l’explicite et même l’écrive en gras : «On ne regarde plus les autres festivals comme des rivaux, on considère qu’on a suffisamment d’inédits pour en finir avec l’obsession de l’exclusivité. Elle ne peut pas se substituer à des principes plus forts comme l’écoresponsabilité», explique Tiago Rodrigues. Il développe : «Ainsi accompagne-t-on mieux les artistes et leurs créations au bénéfice du public tout en veillant à la cohérence des tournées, de manière à faire baisser les émissions carbones qu’elles génèrent.» Autre bonne idée – mais on ne parvient plus à les comptabiliser : représenter chaque année un spectacle phare d’une édition précédente. Cette année, le choix se porte sur En attendant d’Anne Teresa de Keersmaeker, que la chorégraphe avait créé à Avignon en 2010. La chorégraphe et danseuse flamande est l’une des figures marquantes de cette 77e édition où le public découvrira également sa dernière œuvre, Walking Songs.

 

 

De manière inattendue, Avignon sera également le lieu où il sera possible de voir ou revoir des spectacles de jeunes artistes tels Rébecca Chaillon et sa Carte noire nommée désir, mais que la nouvelle équipe du Festival d’Avignon juge qu’ils n’ont pas été assez vus. En finir avec le culte ou la culture de l’exclusivité, vient-on de vous dire. A-t-on oublié des gens ? Oui, quasi-tout le monde. David Bowie et Lou Reed ressusciteront avec des albums de 1970, et David Geselson, artiste bien aimé à Libération, est de la partie, pour faire renaître des traces antédiluviennes avec Néandertal.

 

Légende photo : Tiago Rodrigues, directeur du Festival d'Avignon, à Paris, le 17 septembre 2022. (Iorgis Matyassy/Libération)

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April 5, 2023 7:42 AM
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L’Amour et les forêts, mise en scène de Claire Lasne Darcueil, d’après L’Homme des Bois et Oncle Vania d’Anton Tchekhov

L’Amour et les forêts, mise en scène de Claire Lasne Darcueil, d’après L’Homme des Bois et Oncle Vania d’Anton Tchekhov | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hotello - 28/03/23

 

L’Amour et les forêts, mise en scène de Claire Lasne Darcueil, d’après L’Homme des Bois et Oncle Vania d’Anton Tchekhov, traductions d’André Markowicz et Françoise Morvan, et les films réalisés par Anna Darcueil, création et régie lumière Sébastien De Jésus, costumes Lucie Duranteau, scénographie Nicolas Fleury, au CNSAD-PSL. Avec Chara Afouhouye, Vincent Alexandre, Chloé Besson, Théo Delezenne, Hermine Dos Santos, Ryad Ferrad, Myriam Fichter, Mikaël-Don Giancarli, Eva Lallier Juan, Shekina Mangatalle-Carey, Basile Sommermeyer, Padrig Vion, Clyde Yeguete. A l’écran, Alexandre Gonin, Tom Menanteau, Ava Baya, Zoé Van Herck, Julie Tedesco et Léna Tournier-Bernard.

L’Amour et les forêts, écrit Claire Lasne Darcueil, metteuse en scène et directrice en fin de mandat du CNSAD-PSL – Conservatoire Supérieur d’Art Dramatique -, est un spectacle né d’un accident, de l’annulation d’un autre, dans les périodes tourmentées et inédites du Covid et post-Covid. Un spectacle qui s’est construit avec l’atelier d’élèves de 3è année, par petits morceaux de répétitions, rejoint par les anges protecteurs d’une promotion autre, Julie Tedesco et Léna Tournier-Bernard.

 

« Le hasard permet parfois d’aller à l’essentiel: partir librement dans toutes les langues et chemins possibles, à la recherche d’Anton Tchekhov, de ces deux versions d’un même texte que sont L’Homme des Bois et Oncle Vania, c’est faire ensemble le rêve de soigner le monde, de rester des enfants amoureux du théâtre et du cinéma, dont la découverte est contemporaine de son écriture, et de devenir capable d’aimer. »

Le chemin de Claire Lasne Darcueil vers Anton Tchekhov a commencé en 1996, « main dans la main avec André Markowicz et Françoise Morvan », avant de mettre en scène L’Homme des Bois en 2002, spectacle festif sous chapiteau avec l’équipe du temps d’amis inoubliables. Le voyage dans le temps, cette quête de l’écriture tchekhovienne, vingt ans plus tard, suit avec la même constance et patience intenses la recherche infinie de l’amour et des forêts – « un risible mais sincère désir de sauver le monde et soi-même avec lui ». Et être capable d’aimer, en dépit de tout.

Dix années au moins s’écoulent entre la rédaction de L’Homme des Bois en 1889, considérée comme la première version d’Oncle Vania, et la mise en scène de celle-ci au Théâtre d’Art en 1899, soit la réécriture d’un vaudeville volubile en un drame psychologique et métaphysique tendu.

« L’effet Vania, c’est ce mélange de distance ironique, de tendresse désabusée, de vulnérabilité cachée que Vania et le spectateur partagent, l’espace d’une représentation. » (Patrice Pavis).

L’écriture – élaboration conceptuelle et graphie mécanique – s’invite sur la scène avec ses deux machines à écrire sonores, côté cour et côté jardin, que les compositeurs sollicitent alternativement : « Non, c’est pas ça ! », résonne sur la scène, rappel de Nina dans La Mouette qui rejoue devant Treplev le rôle endossé des années auparavant dans sa belle jeunesse innocente.

On entend des bribes de lettres de Tchekhov adressées à Olga Knipper, et de celle-ci à celui-là, amante et actrice qui retrace le rôle d’Elena porté dans L’Homme des Bois en 1899, à moins que ce ne soient les souvenirs mêmes de la metteuse en scène Claire Lasne Darcueil, en 1999.

 

 

Un chassé-croisé d’impressions et de sensations, entre vie intime passée et renaissante toujours, présente à vie.

 

Avec pour décor, les pianos mélancoliques soutenant sur des draps blancs des chandeliers aux bougies tremblantes, un éclairage du temps qui ajoute sa patine dorée à l’atmosphère romantique, donnant de la lumière aux portes battantes et fenêtres vitrées dans le lointain, alors que l’on cogne fort aux portes de bois, appelant quelqu’un, le sollicitant : l’être aimé auquel on n’ose se déclarer.

 

Les scènes sont re-jouées – répétition et variation -, par les comédiens qui se ressaisissent du rôle en alternance, selon leur tempérament qui va de la mesure à la démesure, comme il sied à la jeunesse. Et l’écran offre des scènes filmées significatives du bonheur d’être chez des jeunes gens qui fêtent un anniversaire, en palabrant sur leurs soucis actuels et un désir in-abouti d’agir.

Des scènes qu’on croirait tirées d’un film en noir et blanc, Les Tricheurs (1958)de Marcel Carné, figures dessinées de lumière pour des vies qui s’épanouissent et se sentent empêchées déjà.

Des scènes burlesques et comiques à la Chaplin ou Buster Keaton, avec petit homme facétieux au chapeau melon et vêtu de noir s‘amusant du drap de l’écran, mimant les petits pas, les situations des personnages et les accompagnant de sa compassion.

Un rappel aussi des Ailes du désir (1987) de Wim Wenders avec son ange annonciateur blanc et ailé.

 

La belle Elena figure l’ennui, la paresse, le désœuvrement, l’amour – objet de convoitise – qu’elle provoque chez les autres : Astrov, protecteur des forêts, la figure avant-gardiste d’une écologie engagée et active; Vania aussi qui ne se défend pas de son attirance pour la jeune femme du vieux professeur Serebriakov qui l’agace. La tonique Sonia, héritière du domaine et nièce de Vania, résiste sans aménité à Elena : elle est amoureuse, de son côté, du talentueux Astrov qui ne la voit pas.

 

Lumineuse vision nostalgique d’un monde perdu qui renaît des cendres mêmes de la jeunesse, à travers le plurilinguisme – arabe, français, espagnol, créole – et le désir universel de se sentir vivre, malgré les petits arrangements de l’existence.

 

Véronique Hotte 

 

 

Du lundi 27 mars au vendredi 31 mars à 19h, relâche le 30 mars, le 1er avril à 18h, le 2 avril à 15h au CNSAD-PSL 2 bis, rue du Conservatoire 75009 – Paris. 

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April 4, 2023 5:38 PM
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Avec « La Crèche : mécanique d’un conflit », au TGP de Saint-Denis, François Hien s’empare d’une affaire nationale autour de la laïcité

Avec « La Crèche : mécanique d’un conflit », au TGP de Saint-Denis, François Hien s’empare d’une affaire nationale autour de la laïcité | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Joëlle Gayot dans Le Monde  -   Publié le 04/04/23

 

 

Le metteur en scène décortique finement les enjeux politiques, médiatiques et sociétaux de l’histoire du voile à la crèche Baby-Loup de Chanteloup-les-Vignes, qui ont eu lieu entre 2008 et 2014.

Lire l'article sur le site du "Monde" : 

https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/04/04/avec-la-creche-mecanique-d-un-conflit-au-tgp-de-saint-denis-francois-hien-s-empare-d-une-affaire-nationale-autour-de-la-laicite_6168262_3246.html

Jackpot au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, qui aligne coup sur coup deux propositions passionnantes. Un sacre, de Lorraine de Sagazan. Et, depuis le 31 mars, La Crèche : mécanique d’un conflit. Son auteur et metteur en scène, François Hien, est de ceux qui donnent envie de croire à un théâtre populaire et de qualité. Agile, subtil, ambitieux, mais pas prétentieux, son spectacle saute hors du rang des certitudes en imposant un temps de cogitation collective où la nuance tient la dragée haute aux clichés réducteurs.

 

 

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, Lorraine de Sagazan célèbre le « sacre » de la mort et de la vie

Dans la petite salle du TGP, deux gradins de spectateurs se regardent. Au centre, le plateau où a lieu la représentation. Sur cette scène nue, des éléments de décor (un bureau, des poufs, des chaises) surgissent du hors-champ avant d’y repartir fissa. Ils sont apportés, installés et déménagés par neuf jeunes actrices épatantes. Enfin, il y a le texte de François Hien, qui déplie, sans jamais les juger, les enjeux d’un conflit : le licenciement d’une directrice adjointe de crèche parce qu’elle souhaitait porter son voile au travail. Cette histoire a eu lieu entre 2008 et 2014, dans les Yvelines. Elle est donc bien réelle. La crèche se nommait Baby-Loup. Mais la représentation, elle, est une fiction qui ne prétend pas détenir la vérité.

 

François Hien, 41 ans, ancien documentariste, s’est formé à l’art du montage. D’où le rythme impeccable de La Crèche, qui, malgré sa durée – trois heures avec entracte – et son début un peu laborieux, ne connaît pas de temps mort. Le metteur en scène ne livre pas une œuvre refermée sur elle-même. Il jette sur le plateau la mise en forme de faits et la possibilité pour chacun d’y réfléchir. Avec une simplicité confondante (à l’évidence, le résultat d’une intense préparation), il détricote les fils d’un dilemme né dans l’intimité d’un face-à-face et qui circule de main en main jusqu’à devenir une affaire nationale.

Processus d’une dérive

Après une absence de cinq ans pour congé parental, Yasmina (Saffiya Laabab) souhaite retrouver son poste dans la crèche dont elle était directrice adjointe. Problème : elle exige de garder son voile. Francisca (Estelle Clément-Bealem), directrice de cette structure associative bâtie au cœur des cités de la ville, refuse. Le règlement intérieur impose la neutralité confessionnelle et idéologique. L’affrontement s’envenime jusqu’à échapper aux deux femmes. Les mères des enfants s’en emparent, le voisinage s’en saisit, les avocats s’en mêlent. Ensuite déboulent la presse et les politiques, talonnés par le cortège de l’opinion, du fantasme, des préjugés, des dialogues de sourds et des hurlements agressifs.

Implacable mécanique, dont l’issue ne se fait pas attendre : en lieu et place de la modération, on assiste au retour de la rigidité, de la binarité et des pensées toutes faites qui ne savent plus s’écouter. Sauf que, sur le plateau, la représentation prend le temps de mettre à plat ces nœuds épidermiques sans dévier de son cap. Plutôt que d’inciter le public à prendre parti en prenant elle-même position, elle décrypte le processus d’une dérive : celle qui métamorphose une divergence de vues en véritable impasse idéologique.

 

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Baby-Loup : la Cour de cassation confirme le licenciement de la salariée voilée

Il faut peu de chose pour échauffer les esprits lorsque est abordé le thème épineux de la laïcité. Les raisons de s’enflammer sont avancées une à une au gré de dialogues animés. Islamophobie, discrimination, féminisme, radicalisation, émancipation : pas un sujet ne manque. Mais François Hien passe habilement au large de l’ornière « pour ou contre » en s’arrimant à son fil d’Ariane : la singularité des êtres. Sur scène, au-delà des généralités, ce sont les personnes qui l’emportent. Ce qui veut dire que la présence, l’intelligence et la clarté des actrices nourrissent à 100 % la justesse du spectacle. Elles sont neuf à donner corps aux dizaines de personnages ayant été emportés dans cet imbroglio juridique, médiatique et politique : employées de crèche, mécène de l’association, familles des bébés, policiers, avocats, maires ou journalistes.

 

Troquant la jupe pour le pantalon, enfilant veste, chemise, sweat, le cheveu voilé ou ébouriffé, les actrices progressent à mots précis et à pas résolus dans les étapes du conflit. Elles sont à l’unisson, mais ne s’amalgament pas. Celles dont le jeu est campé et solide tirent leurs camarades plus fragiles vers le haut. On les écoute toutes, et toutes sont attachantes. Avec La Crèche : mécanique d’un conflit, François Hien ne bouleverse pas l’esthétique et ne révolutionne pas l’art de la mise en scène. En revanche, il rejoint le clan des artistes qui, au théâtre, veulent (et savent) élever les débats. Ce qui est tout sauf un détail.

 

 

La Crèche : mécanique d’un conflit, de François Hien. Théâtre Gérard-Philipe, 59, boulevard Jules-Guesde, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Jusqu’au 16 avril. De 6 € à 23 €

 

Joëlle Gayot / Le Monde

 

Légende photo : « La Crèche : mécanique d’un conflit », de François Hien, au TNP-Villeurbanne, le 16 février 2023. Photo : JULIETTE PARISOT

 

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April 4, 2023 4:10 PM
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« Premier amour » : Dominique Valadié aux sources de Beckett

« Premier amour » : Dominique Valadié aux sources de Beckett | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe Chevilley dans Les Echos - 24 mars 2023

 

Dans la grande salle de La Scala Paris se joue «En attendant Godot », magnifique mise en scène par Alain Françon de la pièce phare de Beckett dans sa version ultime. Dans la petite salle, le maître Françon nous convie à un rendez-vous plus intime avec « Premier amour » (1946), œuvre de jeunesse du génie irlandais fortement autobiographique. Pour incarner le narrateur de cette nouvelle, aussi insolente que déroutante, il a joué d'audace en sollicitant une femme : une grande dame du théâtre, Dominique Valadié, son épouse.



La comédienne surdouée campe avec brio cet homme en bout de course, trouvant la paix dans les cimetières, qui se remémore le seul amour fugace de son existence, vécu à l'âge de 25 ans. Cheveux ramassés en chignon, vêtue d'un ensemble noir austère, l'actrice donne un supplément d'ironie et de diablerie à cet antihéros misogyne et misanthrope, qui fuit la compagnie des vivants. Chaque mot, prononcé avec une clarté gourmande, provoque le rire ou le trouble.

 

Les flèches du jeune Beckett piquent l'esprit sans discontinuer. Dominique Valadié incarne, au-delà du genre, l'homme universel, terrassé autant qu'amusé, voire enivré par l'absurdité du monde. Jamais évanescente, elle confère une dimension charnelle, concrète à ce monologue mêlant souvenirs - la mort du père, l'éviction de la maison familiale, la rencontre avec la jeune femme « tenace » sur un banc, son installation chez elle, puis sa fuite - et réflexions débridées, tour à tour prosaïques et philosophiques.

 

Absence au monde

Badine dans les séquences provocatrices, acides, morbides et scatologiques du texte, la comédienne nous cueille à froid quand elle exprime avec une fulgurante gravité l'absence au monde de son personnage. Semblant s'être échappée de toutes les passions, elle s'embrase, soudain rattrapée par l'émotion, quand elle évoque la splendeur de la montagne aperçue par la fenêtre ou qu'elle décrit la rupture déchirante avec la femme trop peu aimée, alors qu'elle vient d'accoucher de leur enfant.

 

Silhouette élégante se détachant sur une discrète toile bleu gris, Dominique Valadié concilie tous les contraires d'un texte qui oscille entre désir de mort et chant de vie, burlesque et tragédie, soif et absence d'amour. Econome de ses gestes elle surfe sur le fil d'une insoutenable légèreté. Ce soir, à La Scala Paris, Beckett est une femme.

PREMIER AMOUR

de Samuel Beckett

Réalisation de Dominique Valadié et Alain Françon

La Scala Paris, lascala-paris.fr

jusqu'au 19 avril

durée : 1 h 15

 

 

Philippe Chevilley / Les Echos

 

 

Légende photo : Dominique Valadié se plongeant dans la lecture de « Premier amour » (@ Thomas O'Brien)
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April 3, 2023 6:38 PM
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Rambert : le doux, l’amer amour d’une mère morte

Rambert : le doux, l’amer amour d’une mère morte | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan - 02/04/23

 

Pièce écrite pour les comédiens et élèves du TNS à la demande de Stanislas Nordey, Pascal Rambert signe « Mon absente »  autour d’une mère morte. Fils, fille, petits-enfants et autres s’y reflètent. Rambert fait du Rambert, Quand il s’éloigne de ses terres, cela s’embourbe. Rambert aime les actrices, les acteurs et c’est réciproque. Tout baigne.

 

Il y a quelques années, Stanislas Nordey, directeur du Théâtre National de Strasbourg, avait proposé à Pascal Rambert, l’un des auteurs associés au TNS, d’écrire une pièce pour les actrices et acteurs associés, et ce, avant qu’il ne parte de la direction du théâtre qu’il aura extraordinairement dirigé pendant plusieurs mandats. Comme Rambert aime particulièrement écrire pour les actrices et les acteurs (il avait pensé à Stanislas Nordey et Audrey Bonnet en écrivant Clôture de l’amour, très belle pièce traduite en de nombreuses langues), il n’allait pas dire non à une telle proposition. Rambert a choisi cinq des actrices et acteurs associés au TNS ; Audrey Bonnet qu’il connaît plus que bien et d’autres pour lesquels il n’avait jamais écrit : Vincent Dissez, Claude Duparfait et Laurent Sauvage, et, bien sûr, l'acteur Stanislas Nordey. La distribution comprend également des anciens élèves du groupe 44du TNS  avec lesquels Rambert a avait déjà monté un spectacle : Océane Caïraty, Houédo Dieu-Donné Parfait Dossa,Yanis Padonou, Mélody Pini, Claire Toubin . Mata Gabin, venue d’ailleurs, complète la distribution. Onze personnages. Chaque actrice et chaque acteur a donné son prénom au personnage interprété.

Au départ, Rambert pensait partir de Véronique Nordey, la mère de Stanislas Nordey (Stan dans la pièce), actrice et professeur de théâtre renommée, disparue il y a quelques années. Il s’en est éloigné : reste une morte. Celle de la pièce , titrée Mon absente,  écrivait des livres avec des héroïnes femmes et plutôt féministes (on pense vaguement à Duras ou Wittig), elle a vécu entourée de ses enfants et des enfants de ces enfants, les pères (la mère a eu deux maris) semblent loin, inexistants. En revanche, Rambert nous apprend que le grand-père de Stanislas Nordey était noir (comme l’arrière grand-père de Pouchkine), ce qui orientera la fiction vers une coloration en partie africaine. Tout se passe aujourd’hui (les portables bipent, envoient et reçoivent des sms) autour du cercueil entouré de fleurs de la mère dont les propos reviennent dans la bouche de certains de ses enfants.

 

Il y a là ses fils : Laurent « le préféré », un peu rebelle, un peu paumé et complètement fauché; Stan « le petit affectueux » devenu ornithologue il vit sur une île pelée et, malade, marche avec une canne ; Claude, le moins disant, le plus vieux jeu ; Houedo surnommé « le petit sensible », Vincent « l’aimé », le petit dernier qui porte une robe et l’ôtant dansera nu devant le cercueil de sa mère ; enfin l’unique fille Audrey aux nerfs fragiles, amoureuse des oiseaux, elle écrit des poèmes et, à la fin, s’est beaucoup occupée de sa mère incontinente, lui essuyant sa merde, la faisant manger.

Il y a là les enfants des enfants. i Claire, la fille de Claude (elle n’aime guère son père, est une grande lectrice des livres féministes de la morte) et sa compagne Ysanis  (couple de filles ce qui insupporte Claude); Océane, la fille de Stan (« Oui tu es comme elle, nous reproduisons nous reproduisons à l’infini les mêmes schémas toi tu laisses ta fille tu as laissé ta fille je ne t’en veux pas j’ai de la tendresse pour toi mais pas d’amour » dit-elle à son père); enfin Mata la belle-mère de Houédo et Melody, sa fille.

 

La plupart ne se voient plus. La vie, le temps, l’espace, les rancœurs, les jalousies , etc , les ont séparés, la morte les réunit. En commun souvenir, le vaste appartement parisien au quatrième étage du 102 boulevard Haussmann où ils ont vécu enfants et ados dans l’immeuble où habitait naguère Proust (au premier), partageant des souvenirs d’Afrique noire francophone où la mère et les enfants ont vécu. Le mari, les maris de la morte, sont invisibles, absents, morts peut-être, ils sont hors sujet. Tout ce qui relève de l’intime, du familial, de l’amoureux est, comme souvent chez Pascal Rambert, bien venu, c’est là que son écriture carbure à plein régime. En revanche, dès qu’elle s’ éloigne de la sphère intime, en prenant la pose ou en se mêlant d’Histoire, l’écriture faiblit, se banalise. C’est le cas lorsque Rambert évoque les guerres en Afrique, les massacres, les exils. La platitude, le convenu, voire la fiche Wikipédia plombent alors l’écriture. Quand il revient aux relations de chacun avec la morte, l’écriture se muscle, Rambert est là dans son registre d’élection. Tout se passe comme si le cercueil était un aimant et un miroir où chacun.e est, tour à tour, attiré et se reflète. Le reste du temps chacun rôde alentour. Enfin il y a une chose qui passe bien à la lecture mais très mal à la scène, ce sont les accumulations de sms. Ils ont la vertu de nous entraîner ailleurs en un clic, d’évoquer une autre face du personnage mais théâtralement c’est pauvre et projetés en lointains sous-titres cela n’arrange rien.

 

L’amour de la mère est partagé, l’amour entre frères et entre frères et sœur et entre père et fille, ne l’est pas ou peu. Comme si la mère servait de miroir révélateur et d’exutoire pour chacun.e.

 

Houedo, « la pièce rapportée », songe à raconter cette famille. Stan en a trouvé le titre du futur livre: « Les conséquences » . Je me souviens qu’aux États-Unis il y a une ville qui a pour nom « Truth or conséquences ». Renseignements pris, la ville doit son nom, non à Pascal Rambert mais au titre d’une émission à succès de la télévision américaine. Dans le livre de Houedo « on verrait la vie l’amour la souffrance ceux qui en réchappent ceux qui sombrent ceux qui s’émancipent et ceux qui deviennent fous » dit Stan. Un peu comme dans la pièce. Les acteurs et les actrices, tous à louer, savourent cette écriture qui les enveloppe, faisant en sorte que le public lui caresse le poil. C’est écrit sans ponctuation comme toujours sur l’ordinateur jamais en panne de Pascal Rambert, grand pourvoyeur de scènes de vie, amoureuses et filiales.

 

 

Mon absente, au TNS tous les jours à 19h jusqu’au 6 avril. Le spectacle a été crée le 23 mars à Châteauvallon, il sera en tournée la saison prochaine à Bonlieu-Annecy, à la MC93 de Bobigny, au Théâtre de Nice, à Marseille au théâtre de la Criée, etc.

 

Comme toute l’œuvre de Pascal Rambert, le texte de la pièce suivi de Je te réponds est paru aux éditions Les solitaires Intempestifs, 94 p, 15€.

 

Légende photo : Scène de "Mon absente" © Jean-Louis Fernandez

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March 29, 2023 9:47 AM
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A l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Tiphaine Raffier reste à la surface de « Némésis », d’après Philip Roth

A l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Tiphaine Raffier reste à la surface de « Némésis », d’après Philip Roth | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge dans Le Monde - 28 mars 2023

 

Aux Ateliers Berthier, à Paris, la metteuse en scène adapte l’ultime roman de l’écrivain américain, sans parvenir à en exploiter toute la complexité.

 


Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/03/28/a-l-odeon-theatre-de-l-europe-tiphaine-raffier-reste-a-la-surface-de-nemesis-d-apres-philip-roth_6167336_3246.html

Chez les Grecs, elle était la déesse de la vengeance, abattant son courroux sur les humains coupables d’hubris, autrement dit de démesure. Némésis donne son nom à l’ultime roman de Philip Roth (1933-2018), signé par l’écrivain américain en 2010. Un roman de maître, cachant sous la limpidité de sa surface une polysémie riche et complexe, des lames de fond puissantes. Et notamment celle-ci, qui résonne avec autant de force que de trouble aujourd’hui : ce qu’une épidémie révèle et fracture dans une société.

 

La jeune autrice et metteuse en scène Tiphaine Raffier, qui, pour la première fois monte un texte qui n’est pas de sa plume, a pourtant évité de tirer avec trop de facilité sur cette corde, et c’est tout à son honneur. Elle s’attache à restituer la complexité du roman, que Roth situe au sein du quartier juif de Newark, sa ville natale. C’est l’été 1944, un été caniculaire, où le soleil et la chaleur pèsent comme une chape de plomb. L’Amérique est en guerre sur deux fronts. Bucky Cantor est un jeune et vigoureux professeur de gymnastique, mais il a été réformé, à cause de sa vue défaillante.

 

Bucky est rongé par la honte de ne pas être au front avec les autres, quand un mal sans visage s’abat sur sa petite ville à l’écart de l’histoire : la polio. L’épidémie se propage à la vitesse de l’éclair et touche particulièrement les jeunes. Elle est aussi une guerre, qui provoque la même stupeur impuissante que l’autre, dans laquelle sont exterminés des millions de juifs. Et elle entraîne la chute de Bucky Cantor, un garçon sain, honnête et droit, à l’image de l’Amérique telle qu’elle se rêve. Mais telle qu’elle n’est peut-être pas : Bucky est une déclinaison d’Œdipe, qui provoque la tragédie par tout ce qu’il fait pour lui échapper. Il a aussi quelque chose d’Ivan dans Les Frères Karamazov, de Dostoïevski : une indignation sans effet, qui passe à côté de son but.

Richesse polysémique

Un tel roman est un défi pour le théâtre, dans la mesure où sa richesse polysémique se joue dans les replis de la narration, sans démonstration ni explication. Et le spectacle de Tiphaine Raffier reste en surface, très à plat, à l’image de la grande toile déployée dans l’espace scénique dans la deuxième partie, sur laquelle est imprimé un superbe paysage de lac et de montagne. Sa maîtrise du plateau est indéniable, les idées de mises en scène ne manquent pas, notamment dans cette deuxième partie, interprétée en comédie musicale (avec des petits chanteurs venus du Chœur d’enfants du conservatoire de Saint-Denis), comme pour mieux jouer avec les paradis trompeurs de l’Amérique.

Mais les enjeux et les personnages ne s’incarnent pas vraiment, de même que la matérialité du soleil, de la chaleur, du sentiment de souillure provoqué par l’épidémie, et l’ensemble reste largement anecdotique. Le Bucky Cantor un peu trop cérébral, fantomatique, d’Alexandre Gonin participe à cette sensation de désincarnation, de flottement à la surface. La troisième partie du spectacle, pourtant, qui se situe longtemps après les deux autres, en 1971, alors que Newark est frappé par des émeutes raciales (dans la réalité, elles ont eu lieu en 1967), retrouve une vraie force théâtrale, en revenant sur la tragédie de Bucky d’un autre point de vue et de manière rétrospective.

Deux acteurs intenses, Maxime Dambrin et Stuart Seide, portent la dernière partie, où l’on retrouve le théâtre dans ce qu’il a de plus simple et puissant

Bucky Cantor, alors âgé, retrouve par hasard un de ses anciens élèves, Arnold Mesnikoff, qui lui aussi a été touché par la polio en 1944 et en a gardé des séquelles, mais a su néanmoins se construire une vie heureuse. Deux acteurs intenses, Maxime Dambrin et Stuart Seide, portent cette dernière partie, où l’on retrouve le théâtre dans ce qu’il a de plus simple et puissant. La confrontation humaine entre Bucky et Arnold, qui a su dépasser la tragédie, rejoint la dimension la plus profonde du roman de Roth : son interrogation sur le complexe de culpabilité dans ce qu’il a de plus destructeur, notamment au sein de la communauté juive.

 

Dommage alors qu’il ait manqué à Tiphaine Raffier un vrai corps-à-corps avec ce texte magnifique, dont la moindre des beautés n’est pas ce fil rouge, déroulé tout du long, du geste sportif comme métaphore du geste artistique. Beauté du geste du lanceur de javelot, et plus encore du plongeur, qui mêle l’envol et la profondeur. S’élever haut avec grâce et piquer sans éclaboussures inutiles vers les abîmes : tout l’art de Philip Roth.

 

 

Némésis, d’après Philip Roth. Mise en scène : Tiphaine Raffier. Odéon-Théâtre de l’Europe aux Ateliers Berthier, Paris 17e. Jusqu’au 21 avril. De 7 € à 36 €. Puis les 16 et 17 mai au Théâtre de Lorient (Morbihan).

 

Fabienne Darge

 

Légende photo :« Némésis », d’après Philip Roth, dans une mise en scène de Tiphaine Raffier, le 19 mars 2023, au Théâtre de l’Odéon à Paris. photo : SIMON GOSSELIN

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March 28, 2023 10:58 AM
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La jeunesse du WET° secoue le passé

La jeunesse du WET° secoue le passé | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anaïs Héluin dans Sceneweb - 28/03/23

 

Réalisée par les membres du Jeune Théâtre en Région Centre (JTRC), la programmation de la 7ème édition du festival de création émergente WET° à Tours (organisé par le Théâtre Olympia – CDN de Tours) a donné à découvrir des artistes traversés par un fort désir d’émancipation des esthétiques dominantes actuelles pour en inventer de nouvelles. Ce qui va de pair avec une remise en question des rapports de pouvoir existants. Un mouvement prometteur, malgré des résultats contrastés.

 

En sept ans, le festival WET° a su s’imposer comme un lieu majeur pour la jeune création. Bien des artistes passés par là il y a quelques années font désormais partie du paysage théâtral. Le collectif OS’O, par exemple, y était programmé en 2016, année de création de la manifestation par Jacques Vincey, directeur du Théâtre Olympia – CDN de Tours (T°). Ont suivi des artistes comme Marion Siéfert, Hugues Duchêne, Julie Delille, Camille Dagen, Eddy d’Aranjo dont plusieurs étaient invités aux Rencontres de la jeune création organisées cette année en préambule du WET° afin, lit-on dans le dossier du festival, de « porter un regard rétrospectif, sensible et critique sur ce qui s’est joué ces dix dernières années dans le champ de l’émergence et nourrir des désirs pour la décennie à venir ».

Les structures en question

Le WET°, encadré cette année pour la dernière fois par Jacques Vincey – son mandat de direction s’achève à la fin de la saison – et son équipe, n’a pas attendu d’arriver à l’âge de sept ans, déjà respectable pour un festival, pour regarder en face la jeune création, pour en interroger les pratiques et s’interroger sur lui-même. Le questionnement du modèle institutionnel, dont la hiérarchie très marquée fait du directeur l’unique ou presque responsable du geste de programmation, est dans ce festival chose naturelle. En confiant les rennes de son lieu aux huit membres du Jeune Théâtre en Région Centre (JTRC) – cinq comédien·nes, deux technicien·nes et une chargée de production –, l’équipe du T° fait en période de WET° l’expérience d’un fonctionnement tout autre, plus horizontal. Chaque édition interroge ainsi le milieu théâtral tel qu’il fonctionne, et démontre la possibilité de faire autrement. Cette année, plusieurs des spectacles choisis ont très clairement reflété cette remise en question des structures existantes, théâtrales et autres.

Avec Sous l’orme de Charly Breton, que nous avons pour notre part découvert au Théâtre des Quartiers d’Ivry à sa création, le festival s’ouvrait sur un refus absolu du monde tel qu’il va aujourd’hui. Interprété par Guillaume Costanza, ce seul en scène donne voix à l’imaginaire torturé d’un jeune homme qui s’apprête à commettre une action violente au nom d’un Ogre niché dans son esprit. À rebours de toute forme de naturalisme, ce monologue crépusculaire abordant les phénomènes de radicalisation plaçait le WET° 7 sous le double signe de la recherche formelle et de l’ancrage au présent. Deux aspirations peu aisées à concilier, ce qui rend les tentatives toutes intéressantes et riches dans le cadre d’une réflexion sur la nature et les enjeux actuels de la création théâtrale.

Adieux à la fiction

Les quatre autres propositions que nous avons pu voir au WET° unissent de manières très différentes désir de révolution esthétique et traitement, toujours critique, du présent. Toutes entretiennent toutefois un rapport problématique avec la notion de fiction. Même Poil de Carotte, Poil de Carotte de Flavien Bellec et Étienne Blanc, dont le titre laisse présager une histoire au sens classique, met à mal ce type de récit. Du célèbre roman de Jules Renard, il ne reste en effet que quelques traces ici, à partir desquelles les deux concepteurs du spectacle construisent un dialogue dont l’unique sujet est… le théâtre. Interprétée par Flavien Bellec et Solal Forte, cette conversation brouille d’emblée les frontières entre réel et fiction : les deux comédiens se présentent sous leurs vrais prénoms, et commencent à dérouler leurs parcours artistiques respectifs. C’est ainsi sur un mode proche de la performance que s’opposent deux pratiques opposées du théâtre : l’une très cadrée par l’institution, qui la légitime, l’autre indépendante, empruntant des chemins non balisés.

 

Des neuf pièces de ce WET°7, Poil de Carotte, Poil de Carotte est celle qui aborde de la manière la plus frontale la question de l’institution théâtrale. Sa place au festival est donc parfaitement compréhensible, d’autant plus que l’exercice est subtilement mené par les acteurs, qui prennent le temps nécessaire pour rendre sensibles tous les mécanismes de l’humiliation. On peut toutefois se demander si ce tête-à-tête est en mesure de s’adresser à un public étranger au milieu théâtral dont il détaille les problématiques. La violence qui se dit ici peut-elle en évoquer d’autres ? Il faudrait sans doute la confronter à d’autres contextes pour le vérifier, et l’ouvrir davantage à cette possibilité. Il est toutefois évident qu’il y a là en germe un geste singulier, où une écriture très précise, tendue, va de pair avec la recherche d’une forme susceptible d’agir fortement sur le spectateur.

Des mères et des sirènes

 

Amer Amer de Jérôme Michez et Elsa Rauchs va plus loin encore que Poil de Carotte, Poil de Carotte en matière de mélange entre théâtre et performance. La question de la relation au public est au cœur de la proposition du jeune duo belge, qui a déjà créé auparavant deux spectacles : à chaque représentation, l’un des deux rôles de la pièce est confié à un spectateur. Les règles sont exposées au moyen d’un texte projeté sur le mur tandis que Jérôme Michez – en alternance avec Tom Geels – arpente le plateau : Amer Amer commencera lorsqu’une personne du public voudra bien le rejoindre pour jouer le rôle de la mère du protagoniste, en suivant seulement quelques consignes. Le jour de notre venue pourtant, ce dispositif était incompréhensible : connaissant visiblement le spectacle, et répétant absolument toutes les phrases et gestes de l’artiste, le volontaire avait des airs de complice si évidents que la part de hasard essentielle à la proposition était nulle. L’au revoir fils-mère raconté ici avait alors bien peu d’existence, d’intensité théâtrale alors qu’avec leur création, Jérôme Michez et Elsa Rauchs voulaient justement exprimer l’urgence de sortir de l’inertie, d’entrer dans l’action.

 

 

Comme ces deux artistes ainsi que Flavien Bellec et Étienne Blanc, le trio créateur de Sirènes – Hélène Bertrand, Margaux Desailly et Blanche Ripoche – fait du théâtre hors de la hiérarchie habituelle, encore largement dominée par le metteur en scèneSirènes fait d’abord miroiter un riche horizon, à la croisée des arts plastiques, du théâtre et de la performance. Le but des artistes, qu’elles expriment dès un premier tableau très réussi de transformation en femmes-poissons : explorer un mythe pour le déconstruire. Composé d’une succession d’images en mouvement, parfois accompagnées de quelques rares paroles, l’espèce de vivarium qu’elles déploient ensuite perd hélas assez vite de sa puissance. L’envie d’en découdre avec les fictions dominantes a tendance à limiter l’imaginaire des artistes, qui pour démonter des clichés choisissent souvent de les représenter d’une manière plus ou moins bien détournée. On rencontre par exemple une créature lascive face à un équipage de marins, des femmes s’échangeant des futilités en s’étalant sur la figure des crèmes multicolores… Cela au détriment de l’invention d’une féminité théâtrale vraiment originale, libérée des chaînes dénoncées.

Le parti-pris de la diversité

Le cas de Dernier amour de Hugues Jourdain n’est pas sans points communs avec celui de Sirènes. Trois personnes trop malheureuses en amour pour continuer de vivre sur Terre y décident de la quitter ensemble et d’aller vivre dans l’espace. Mais avant le grand départ, elles réalisent un dernier spectacle en forme d’au revoir à l’Humanité. Autant que les rapports amoureux, le théâtre est donc l’objet ici d’une réflexion assez désabusée. Très fragmentaire, composée de scènes détournant des numéros ou types de spectacles bien connus – nous avons par exemple un one-woman show inversé –, la pièce prétend liquider un régime théâtral sans proposer à la place un langage qui n’appartiendrait qu’à elle. Ou qui du moins prendrait la voie de l’indépendance.

 

 

Pour répondre à leur désir d’émancipation des formes et des hiérarchies existantes, les artistes programmés cette année au WET° prennent des chemins très divers. Voulu par les membres du JTRC, cet éclectisme témoigne d’un fort désir au sein de la jeune création d’explorer autant de voies que possible hors des cadres dont elle a hérité. En se focalisant sur des démarches originales, du moins par rapport à un théâtre centré sur le texte, les programmateurs de cette édition ont pu mettre quelque peu de côté la qualité. Même avec ces fragilités toutefois, ce WET° fut riche en réflexion. Nous sommes là dans un précieux espace du galop d’essai qu’il faut vivre et juger comme tel, avec l’assurance que dans ses déceptions autant que dans ses révélations, ce festival aide à penser la création d’aujourd’hui et de demain.

 

 

Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr

 

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March 27, 2023 5:12 PM
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Le combat obstiné de Tran To Nga contre quatorze grandes firmes américaines 

Le combat obstiné de Tran To Nga contre quatorze grandes firmes américaines  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan - 22/03/23

 

 

A 80 ans passés, la Vietnamienne Tran To Nga, exilée en France, traduit en justice les multinationales américaines qui ont durablement ravagé son pays (champs, forêts, corps) durant la guerre du Vietnam. Marine Bachelot Nguyen en témoigne dans un spectacle aussi militant que saisissant.

 

Les lumières ont commencé à baisser, c’est alors que, dans la quasi obscurité, Tran To Nga s’est avancée à pas lents et s’est assise à la place qui lui avait été réservée au premier rang, le soir de la première. Une bonne heure durant, elle a regardé, à quelques pas devant elle, une jeune actrice raconter l’histoire et les luttes de sa vie mouvementée et obstinée, un monologue écrit par une troisième femme qui a accolé à son nom celui de sa famille d’origine : Nguyen.

 

 

Tran To Nga est aujourd’hui une veille femme vietnamienne octogénaire dont la vie est faite de luttes, Angélica Kiyomi Tisseyre-Sékiné, est une jeune actrice française d’origine japonaise et vietnamienne, passée par l’ERAC et Marine Bachelot Nguyen est autrice et metteure en scène française d’origine vietnamienne au sein du collectif Lumière d’août à Rennes depuis bientôt vingt ans.Quant à Julie Pareau, elle signe les vidéos intégrées au spectacle.

 

 

C’est en 2019 que la metteure en scène a lu Ma terre empoisonnée (éditions Stock), le livre autobiographique de Tran To Nga. Marine Bachelot Nguyen en a fait un premier travail à Nantes au Grand T à l’invitation de Catherine Blondeau. Un an plus tard , quand le collectif Vietnam Dioxine a sollicité des artistes d’origine vietnamienne pour soutenir le combat de Tran Tio Nga, Marine Bachelot Nguyen s’est portée volontaire et a écrit le texte de Nos corps empoisonnés.

 

Le spectacle s’ouvre par le procès qui s’est enfin tenu au tribunal d’Évry le 25 janvier 2021 après six années de procédures et 19 reports d’audience . « Ce moment on l’a attendu tant d’années » dit la vieille femme via la jeune actrice. « Je suis là pour incarner les victimes. Ceux et ceux qui ne peuvent pas parler, celles et ceux qui ne peuvent plus parler ». En face d’elle, quatorze avocats représentant les quatorze multinationales (dont Monsanto) qui, via l’armée américaine, ont déversé 75 millions de litres d’agent orange sur les champs, les forêts et les habitants pendant la guerre du Vietnam. Champs devenus impropres, forêts ravagées, corps bousillées ou durablement atteints.

 

Avant d’aller plus loin, le spectacle décline la vie de Tran To Nga depuis sa naissance le 30 mars 1942. L’école où elle apprend le français, les drames de sa famille et ses luttes « contre les impérialismes américains », les tonnes de bombes qui s’abattent, et son engament personnel qui va grandissant. Après dix ans de séparation, elle retrouve sa mère dans un pays aux paysages dévastés par les bombardements et les épandages massifs de produits toxiques. Des soldats américains en seront eux aussi victimes mais en 1981 les firmes les dédommageront en èchange d’une absence de procès. Mais côté vietnamien, rien, pas le moindre dédommagement. Le mal n’atteint pas seulement les vivants mais les enfants qui naissent comme Viêy Hat la fille de Tran To Nga qui en mourra. Ses deux autres filles, comme leur mère, auront des maladie de la peau et des insuffisances respiratoires.

 

Quand les Américains fuient Saïgon, le nouveau régime communiste « choisit la sanction et la purge ». Tran To Nga finira par choisir l’exil en France. Après avoir combattu l’armée des USA, son ennemi c’est l’ensemble des firmes américaines meurtrières, un combat dont elle est l’une des figures emblématiques.

Retour au procès : la cour se déclare incompétente pour juger les faits. Un appel est en cours.

 

L’actrice salue et Tran To Nga, se lève et va la rejoindre.

Nos corps empoisonnés aux Plateaux sauvages, 20h, jusqu’au 25 mars . Puis le 6 avril à la Sorbonne nouvelle Paris3, le 11 avril au théâtre du champ du Roy à Guingamp, le 14 avril au festival Mythos à Rennes, les 2 et 3 mais au festival Eldorado au CDN de Lorient et cet été dans le off Avignon à la Manufacture du 7 au 23 juillet.

 

Photo : Scène de "Nos corps empoisonnés" © Hélène Harder

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March 27, 2023 7:56 AM
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Sans Jacques Collard, Paris ne sera plus la ville lumière

Sans Jacques Collard, Paris ne sera plus la ville lumière | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marie-Céline Nivière dans le site  l'Œil d'Olivier 27/03/2023

 

Ce dimanche 26 mars 2023, celui qui a égayé durant des décennies les nuits parisiennes a tiré sa révérence à l’âge de 91 ans. Très à son aise dans les relations publiques, Jacques Collard a eu plusieurs vies, comédien à ses heures perdues, adaptateur de talent, restaurateur. Adieu Monsieur, et chapeau bas !

 

L'attaché de presse Pierre Cordier annonce, sur son compte Facebook, par ses mots le décès de son ami : « Jacques Collard, le dernier Roi de Paris s’en est allé ». Le comédien Éric Laugérias  rappelle qu’il était « la fantaisie, la finesse cultivée, l’humour, la fidélité, la générosité ». D’une grande élégance, le sourire aux lèvres, le cœur sur la main, cet homme exceptionnel nous enchantait par ses anecdotes et ses mots d’esprits.

La grande époque

Je n’ai pas connu les belles soirées de l’Espace Cardin ! Comme je le lui ai souvent répété, ce fut un grand regret. De 1984 à 1990, il avait fait de ce lieu, l’endroit où il fallait être. De Jacques Chazot à Robert Hirsch, en passant par Mike JaggerThierry Le Luron, tous allaient se servir au buffet. On y croisait vedettes et artisans du théâtre, de la télévision, de la scène internationale, mais aussi le gratin avec ses mondaines et ses demi-mondaines.

 

Comme se souvient Laugérias, il y avait également les « jeunes godelureaux que nous étions ». À qui il oubliait de faire payer les additions. « Pourvu que nous le fissions rire (et nous avons tant ri) ! ». Car c’était ça la touche Collard ! L’art de faire la fête dans un tourbillon d’éclat de rire et de bonheur. Je me souviens de soirées à la Résidence Maxim’s, d’abord, puis au Berkeley. Toujours heureux de recevoir, ils nous accueillaient les bras grands ouverts avec une coupe de champagne. Il n’était pas rare que jusqu’à point d’heure nous devisions sur le monde du théâtre.

Le plaisir des mots

Il était curieux de savoir ce qu’il se passait sur les scènes parisiennes. Qui rencontraient le succès ou le bide. Je me souviens de sa grande fierté lorsque sa belle adaptation Des enfants du silence fut reprise au Vieux-Colombier par la Comédie-Française. Cette pièce, qui révéla Emmanuelle Laborit, lui valut en 1993, le Molière de l’adaptateur. Une catégorie qui malheureusement   n’existe plus ! Ce qu’il déplorait.

 


Lors d’un entretien, en 2008, pour le Pariscope®, il m’avait raconté combien il avait dû subir les exigences des producteurs de Cabaret. « Ils voulaient que les mots français tombent juste sur la musique. Et ce n’était pas facile. Ils ont été très tatillons et m’ont rendu chèvre ! » Sous ses airs de tout faire à la légère, on sait qu’il aimait le travail d’orfèvre ! Son ouvrage sur Le limier d’Anthony Shaffer est des plus remarquables. Sa belle adaptation de la pièce Ladies night, inspirée du film Full Monty, mise en scène par Dravel et Macé, fit que le spectacle reçu le Molière du meilleur spectacle comique en 2001.

L’homme à l’éternelle malice

Le grand Jacques est né à Bruxelles, comme Brel, et rien ne le destinait à un tel parcours constitué de plusieurs vies. Comme les chats qu’il adorait, il retombait toujours sur ses pattes. J’ai rarement entendu quelqu’un narrer aussi subtilement ses échecs et leurs rebondissements. Il avait une bonne étoile qui veillait sur lui.
Imaginez-vous qu’adolescent, il s’engage l’été pour gagner quelques sous, sur un thonier. Lors d’une escale à Copenhague, atteint d’une grave allergie, il doit se rendre à l’hôpital. Son voisin de chambre est Sir Alfred Hitchcock. Le gamin, qui n’a jamais rêvé d’être comédien, le convint de l’emmener à Hollywood. Il y reste deux ans, mais plus intéressé par la belle vie, il n’y fit pas carrière. C’est encore sa belle étoile qui lui fit croiser Jean Marais sur une plage de Cannes où le jeune homme était plagiste. On retrouve toutes ces savoureuses anecdotes dans ses livres, Ma route semée d’étoiles et Des paillettes au creux des rides.

Le dernier bastion de la fête

Il avait combattu le crabe avec une force et un courage remarquable. Je le revois encore, fragilisé par les années, mais heureux d’être encore parmi nous. Il avait des projets plein la tête. La Covid et ses confinements nous ont coupés les uns des autres. On pense que l’on a le temps, que l’on se reverra, et la mort surgit comme une sentence. Cette pandémie et la crise économique ont modifié le paysage nocturne parisien. Avec sa disparition, on le sait, plus rien ne sera comme avant. La fête n’aura plus jamais le même goût. Alors adieu Jacques ! S’il existe un paradis, j’imagine que tu dois bien t’amuser là-haut avec tes chers et chères disparues.

Marie-Céline Nivière
 

 

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March 26, 2023 4:13 PM
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«Kaldûn, requiem ou le pays invisible», le chant libre, une création d'Abdelwaheb Sefsaf à Nouméa

«Kaldûn, requiem ou le pays invisible», le chant libre, une création d'Abdelwaheb Sefsaf à Nouméa | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Jacques Denis, envoyé spécial à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) et photo Nicolas Petit  publié le 26/03/2023

 

 

La création «in progress» d’Abdelwaheb Sefsaf, évocation vivante de la mémoire de trois tragédies liées à la Nouvelle-Calédonie, donne lieu à un spectacle musical, entre tradition et futur à composer. A découvrir au festival Détours de Babel

 

 
 

La voix d’un récitant perce sous les étoiles et le chant des cigales. «Ceci est le commencement d’un spectacle qui s’appelle Kaldûn, requiem ou le pays invisible. “Kaldûn”, c’est le nom donné à la Nouvelle-Calédonie par les Algériens déportés en 1871. “Requiem”, c’est une prière, un chant pour les morts dans la liturgie catholique. “Le pays invisible”, c’est la représentation de la mort, dans le discours cérémoniel kanak.» C’est le metteur en scène Abdelwaheb Sefsaf qui parle. Egalement musicien et auteur de cet ambitieux projet qu’il porte depuis plusieurs années, qui prend tout son sens face à un parterre posé sur des nattes ou à même l’herbe grasse de l’agora de Hienghène, un village situé à près de six heures de route de Nouméa.

 

 

Au cœur de la verdoyante côte Nord-Est de la Nouvelle-Calédonie, le fief de la culture kanake fut le terroir natal de Jean-Marie Tjibaou, martyr de la cause indépendantiste. Non loin de là, à Tiendanite, dix militants, dont deux frères de Tjibaou, furent assassinés en 1984. Kaldûn, requiem ou le pays invisible évoque cette tragédie, comme il parle des sans-terre, ceux de la «sous-France» pour paraphraser le texte d’Abdelwaheb Sefsaf.

 

Sur la vaste esplanade du centre culturel Goa Ma Bwarhat de Hienghène, cernée de totems à l’effigie des 24 tribus locales, pas de concurrence de mémoires, mais une convergence des histoires : au printemps 1871, la Commune se termine dans un bain de sang et les survivants sont condamnés au bagne ; au même moment, le cheikh el-Mokrani prend la tête d’une insurrection en Algérie, matée par les occupants qui condamnent au bagne certains des insurgés ; 1871, toujours, la France met en place le «permis d’occupation des terrains domaniaux» qui entraîne une spoliation des terres autochtones avec pour conséquence, sept ans plus tard, la révolte kanake, elle aussi matée, la tête du chef Ataï devenant trophée exposé à Paris.

 

Au pays de la patience, ce requiem prend les traits d’un réquisitoire contre la colonisation, dont les galères demeurent bien présentes en Nouvelle-Calédonie comme dans les cités de la France périphérique. «Ce projet raconte la même histoire que la nôtre. L’Algérie, c’est comme la Kanakie», tranche Albert, quinquagénaire qui fut à la fondation de Bwanjep, groupe phare du kaneka, mouvement musical lancé au début des années 80. Avec trois compères, il a rejoint la création musicale en train de s’élaborer ici, y ajoutant leurs polyphonies et percussions à base de fougères frottées ou d’écorces frappées.

«Réparer c’est raconter»

Leader du groupe Dezoriental et directeur de la compagnie Nomade in France, Abdelwaheb Sefsaf s’est beaucoup documenté, multipliant les voyages en Nouvelle-Calédonie et en Algérie. Tout a commencé avec Kabyles du Pacifique, ouvrage de Mehdi Lallaoui. C’est en le lisant que Sefsaf a appris que Louise Michel s’était fait la porte-parole des Kanaks et des Kabyles. Depuis, Sefsaf est intarissable sur le sujet. «Réparer, c’est raconter. C’est le sens de cette histoire. Au-delà de toute idée de repentance, cet état des lieux est nécessaire pour construire un futur», insiste celui qui, entre deux notes de musique, parle de «la France du dessous, celle des Fatima, Huong, Mohamed, Fatoumata, Simane.» Toute concordance avec l’actualité n’est pas fortuite.

Pour donner corps et âme à ce «geste politique», le metteur en scène coutumier a sollicité l’ensemble vocal Canticum Novum, qui réinvestit depuis 1996 des répertoires de musique ancienne, afin de tisser des liens entre l’Europe occidentale et le bassin méditerranéen. «J’ai découvert un instrumentarium, qui permet d’ancrer non dans la réalité, mais dans un fantasme, hors de toute temporalité. Pour toucher le public, il faut qu’il y ait une dimension poétique, susceptible d’apaiser le propos. D’ailleurs, lors des premières représentations, tout le monde a adhéré, loyalistes comme indépendantistes. Il faut sans doute venir d’ailleurs pour y parvenir», tempère Sefsaf, qui a composé la trame musicale avec Georges Baux, fidèle complice depuis trente ans.

 

Tout à l’oreille, ce qui n’est pas pour déplaire à Emmanuel Bardon, qui pilote Canticum Novum et a fondé voici dix ans l’Ecole de l’oralité, structure de création et de médiation culturelles établie à Saint-Etienne. «Même si j’allais dans l’inconnu, j’ai tout de suite été emballé par le sujet», assure ce dernier, qui tient dans cette pièce musicale un rôle de chanteur lead. Il a en revanche demandé au percussionniste Henri-Charles Caget de retranscrire les notes d’intention sur partition, puis de proposer des pistes d’arrangements. Lesquelles s’affinent en toute collégialité à mesure des trois semaines passées par cette troupe en Nouvelle-Calédonie. «Le but est de se détacher des partitions pour revenir à l’oralité», admet Emmanuel Bardon.

«Nos morts appartiennent à tous»

A partir de ces mémoires entremêlées, ils ont donc créé un répertoire, avec parfois des instruments exogènes à ces univers, à l’image du nyckelharpa, une antique vièle suédoise, ou du bon vieux tuba. Création impure ? Colonialisme musical ? Non, Bardon est catégorique : «C’est parce qu’il existe des musiciens avec une connaissance tellement forte de leur culture que l’on peut se permettre d’aller à un autre endroit d’expression. La porosité est quelque chose d’intrinsèque à la création. Les hommes se racontent des histoires, et donc échangent des savoirs. Et ça crée des ponts, des points de rencontre, là même où je situe tout notre travail.» Ce que confirme Simane Wenethem, originaire de Nouméa. «Je sens qu’Abdelwaheb et Manu ont trouvé l’essence du aé aé, le chant des Kanaks du Nord. Leurs voix se métamorphosent, ils font quelque chose avec ce qu’ils sont. Et moi, j’ai tout loisir d’adapter à ma sauce leurs textes. Il faut s’autoriser cette hybridation. Quand [Jean-Marie] Tjibaou disait “on prépare notre natte pour accueillir les autres, c’était un geste d’ouverture.»

 

 

Né en 1988 à Lifou, grandi à Rivière-Salée, la zone reléguée de Nouméa, cet ancien danseur de hip-hop se félicite ainsi de jouer quelques jours plus tard au théâtre de Bourail, terre des Caldoches ex-bagnards. La région fut surnommée «la vallée du malheur», celle des «Zarabes» aussi – un cimetière musulman et une mosquée en témoignent –, qui ont dû s’inventer un autre futur en oubliant leur passé, même si le cadre peut faire songer aux djebels de Kabylie. Dans cette espèce de far west jonché de 4x4 et jalonné de bétail, les gens ont longtemps vécu emmurés dans un passé dont les stigmates demeurent visibles. «Ce qui m’intéresse, ce sont les traces après notre passage : comment les gens d’ici vont changer, comment les lignes peuvent se déplacer», reprend Simane.

Barbe sculptée et yeux perçants, Jean-Pierre Aïfa, qui répond au sobriquet de «calife», est raccord. L’homme a une longue expérience : il fut syndicaliste, puis maire de Bourail pour l’Union calédonienne au slogan explicite – «Deux couleurs, un peuple» –, il préside encore l’association des Arabes et amis des Arabes de la Nouvelle-Calédonie, ayant pour père un ancien déporté, et figure parmi le comité des sages de l’archipel, composé d’une mosaïque d’identités. Du haut de ses 84 ans et de sa longue expérience, il estime que «cette œuvre est nécessaire pour les plus jeunes, qui connaissent mal ou pas cette histoire. Il est temps de sortir du je” pour aller vers le “nous. Nos morts appartiennent à tous et non à une communauté. C’est à ce prix que l’on sortira du ressentiment pour toucher la résilience».

 

 

Deux jours plus tôt, Jean Mathias Djaïwé, directeur du centre culturel de Hienghène, était au diapason. «A travers cette création, j’entends une sorte de thérapie. Nous, les Kanaks, en avons besoin… Les anciens ont subi la colonisation dans sa forme la plus violente, et c’est grâce à leur résistance et leur résilience que les plus jeunes bénéficient d’un modèle hybride. Etre biculturels, français et kanaks, ça peut être une force. La marche est enclenchée et rien ne peut plus arrêter la construction d’une nouvelle nation.»

On naît là-bas, on est d’ici

En attendant, Kâldun, requiem ou le pays invisible donne à entendre une bande originale entre avant-hier et après-demain. Chants spirituels en mode prière musulmane, airs célébrant la révolte d’Ataï, ce grand mix interroge les plis et remous des identités fragmentées, des frontières reconfigurées, non sans écho avec la Poétique de la relation d’Edouard Glissant. «On souhaite inventer une forme qui témoigne d’une créolisation, telle qu’elle pourrait être aboutie dans un siècle. Le calédonien du futur en somme, pétri de toutes les histoires de cette terre», analyse Abdelwaheb Sefsaf qui se repaît des «anachronismes musicaux», à l’image de cet Ave Maria, précédé de la lecture d’une lettre adressée en 1873 au pape d’un frère mariste en position de missionnaire, qui prend peu à peu les contours d’un groove boosté de tuba et perclus de percus.

Les notes suggèrent ainsi les contours de cette interfécondité qui, pour promettre un autre entendement du monde, ne peut s’affranchir de creuser la question de la racine et des origines. On naît là-bas, on est d’ici aussi. Cette bande-son en témoigne, première phase d’un «projet considérable», selon le metteur en scène. «Il s’agit d’un socle, afin d’intégrer la dimension théâtrale, où la forme sera plus dans le jeu que dans le récit. Cette création faite de traces et de rhizomes se devait d’être à la hauteur de cette histoire des plus complexes.» A partir de l’automne, il prévoit de tourner trois ans cette formule hybride, un dispositif pluri-média qui intègre même une phase muséale. Mieux : un retour en Nouvelle-Calédonie devrait se faire au printemps 2025, d’autant que, pour l’heure, le contexte économique ne lui autorise hélas pas d’envisager la venue de Kanaks en Europe. Pourtant, ces derniers ajoutent naturellement une couche comme sur cette fantaisie d’obédience orientale qui oblique avec les percussions kanakes et les stridents sifflets des anciens maîtres caldoches.

 

Comment ne pas entendre un écho à propos, dans l’ultime chanson aux faux airs de calypso improvisée par le quartet vocal kanak le 15 février à Hienghène ? Intitulée Djawé Hwarani Biwé («le cycle de l’eau»), les paroles prédisent qu’un fruit tombé dans la rivière va jusqu’à la mer, et de là d’autres racines pousseront ailleurs. A cet instant, une douce lancinance incline à la danse, en suspension, avec le duduk arménien, un ukulélé, un violon aux faux airs de fiddle, un tuba à la ronde néo-orléanaise. Et Abdelwaheb Sefsaf de s’élancer dans une volée de tals hindoustanis. Bienvenue dans le tout-monde à reconstruire en déconstruisant les clichés. Vaste chantier.

Kaldûn, requiem ou le pays invisible, créé par Abdelwaheb Sefsaf. A la Rampe d’Echirolles (38130) le 30 mars, dans le cadre du festival Détours de Babel.

 

Légende photo : Les membres de la compagnie Nomade in France et de l'ensemble vocal Canticum Novum en résidence et représentation à Bourail (Nouvelle-Calédonie), le 18 février. (Nicolas Petit/Libération)

 

 

 

 

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March 24, 2023 11:09 AM
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Caroline Guiela Nguyen : “Pourquoi le théâtre restait-il si vide des visages métissés qui ont peuplé mon enfance ?”

Caroline Guiela Nguyen : “Pourquoi le théâtre restait-il si vide des visages métissés qui ont peuplé mon enfance ?” | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Emmanuelle Bouchez dans Télérama 23/03/2023

 

Pour la future directrice du Théâtre national de Strasbourg, il est vital que l’humanité dans sa diversité soit incarnée sur scène. Un leitmotiv qui la guide et qu’elle compte porter au cœur de l’école qui l’a formée. Entretien et retour sur son parcours.

 

 

Cétait en juillet 2017. Le public du Festival d’Avignon découvrait, bouleversé, Saïgon, un spectacle d’une originalité décapante, mêlant l’intimité d’exilés vietnamiens au désastre de l’histoire coloniale française en Indochine. L’autrice et metteuse en scène Caroline Guiela Nguyen, adoubée pour l’occasion, n’en était pas à son premier coup d’éclat avec sa compagnie Les Hommes approximatifs, fondée en 2009, un an après sa sortie de l’école du Théâtre national de Strasbourg (TNS). Elle y avait rencontré tous ses alliés artistiques et créé avec eux une dizaine de spectacles, sensibles, tissés au cœur des questions sociales – de l’endettement à l’adoption internationale –, souvent inscrits dans des lieux réalistes. Tel ce centre social où elle a campé Fraternité, un « conte fantastique » évoquant la disparition de l’humanité, créé en 2021, cette fois encore à Avignon.

À 41 ans, cette grande jeune femme brune à la parole réfléchie, également réalisatrice et épisodiquement actrice (vue récemment dans l’attachant Youssef Salem a du succès, de Baya Kasmi), est l’une des rares dramaturges françaises à tourner dans le monde entier, de l’Europe à la Chine en passant par l’Australie. En septembre prochain, elle posera ses valises au TNS qui l’a formée pour en prendre la direction, remplaçant ainsi le metteur en scène Stanislas Nordey, après neuf ans d’un dynamique mandat. D’où lui vient cette passion du théâtre ? Caroline Guiela Nguyen se raconte.

 

 

 

Quelle impression vous fait ce retour au Théâtre national de Strasbourg ?
J’y reconnais tout ! Les murs, les studios, les ateliers de couture ou de construction. Au début des années 2000, ce fut le lieu de mes plus grandes joies et de rencontres extraordinaires, avec le metteur en scène polonais Krystian Lupa ou Joël Pommerat, par exemple. J’y ai aussi été saisie par le doute. Car une question restait sans réponse : pourquoi le théâtre restait-il si vide des visages métissés qui ont peuplé mon enfance ? Celle-ci n’était débattue ni sur nos scènes, ni au sein de l’école où nous n’étions que deux étudiantes non blanches.

 

 

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Caroline Guiela Nguyen officiellement nommée au Théâtre national de Strasbourg

 

 

Pour autant, je n’incrimine pas le TNS, car Stéphane Braunschweig, qui le dirigeait, comme Dominique Lecoyer, la directrice des études, m’ont toujours poussée à aller loin : ils croyaient en moi. L’époque le voulait ainsi, le sujet n’avait pas encore « troué » le paysage théâtral. Aujourd’hui, le changement est flagrant. Dans les classes de jeu des écoles supérieures de théâtre, se croisent des jeunes issus de l’immigration et de tous les milieux sociaux. Et plus seulement ceux de la classe moyenne ou de la bourgeoisie éduquées. Il reste du travail à faire dans les filières mise en scène, régie ou scénographie.

 

Il me fallait être nourrie d’expériences pour apporter quelque chose à cette grande maison.

 

Vous avez longtemps refusé de postuler à la direction du TNS, pourquoi ?
Il me fallait être nourrie d’expériences pour apporter quelque chose à cette grande maison. Les quinze dernières années m’ont permis de définir mon geste théâtral. Certains artistes s’affirment vite – il faut leur confier des théâtres. Mon chemin fut plus lent.

 

 

Être la seule femme depuis dix ans à diriger un théâtre national, est-ce un symbole lourd à porter ?
Je ne serai pas une « femme-étendard » car il y en a plein d’autres capables de diriger le TNS. La preuve : à la tête des centres dramatiques nationaux, la parité est désormais presque acquise. Je suis avant tout une autrice-metteuse en scène qui veut défendre un projet de direction.

 

 

Lequel ?


Faire du TNS le lieu où théâtre et audiovisuel puissent s’accorder dans un même mouvement. Grâce à un partenariat avec la chaîne européenne Arte dont le siège est à Strasbourg, notamment. Parce qu’aujourd’hui les arts ne sont plus cloisonnés. Beaucoup de mises en scène – comme celles du Français Julien Gosselin, du Suisse Milo Rau ou de la Belge Anne-Cécile Vandalem par exemple – empruntent à l’écriture de scénarios, de séries ou au documentaire audiovisuel. Cette porosité ne se réduit plus du tout au seul usage de la vidéo sur scène. Des chefs opérateurs peuvent apporter de nouveaux cadrages aux éclairagistes de théâtre. Moi-même et Antoine Richard, mon collaborateur artistique, on discute « bande-son » comme au cinéma.

 

 

Dans le cadre de l’école, il y aura également un partenariat avec la CinéFabrique de Lyon, qui forme aux métiers de l’audiovisuel. Un pôle « récit », pensé comme un espace commun de réflexion, sera ouvert à tous ceux qui travaillent au TNS, étudiants ou professionnels. Il sera développé sous le regard complice de Raphaël Chevènement, le coscénariste de la série Baron noir, des documentaristes Mai Hua, à qui l’on doit Les Rivières, et Hassen Ferhani, qui a réalisé Dans ma tête un rond-point. Ou encore d’auteurs-metteurs en scène comme Gurshad Shaheman ou Tiphaine Raffier, eux aussi inspirés par l’écriture cinématographique.    Comme d’habitude, les étudiants du TNS vont se nourrir du théâtre qui s’y crée.

 

 

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Ecoles de théâtre : des ascenseurs pour les tréteaux

 

 

Mais certains jeunes interprètes sortant d’écoles supérieures n’ont jamais travaillé l’alexandrin. N’est-ce pas un problème ?
Je vais le découvrir chemin faisant. Si des étudiants en éprouvent la nécessité ou si un metteur en scène invité souhaite mener un atelier en vers classiques, on trouvera le moyen de former les élèves en amont. Mais pour moi, l’alexandrin de Racine – auteur que j’adore ! – raconte d’abord une histoire. Et ce n’est pas l’étude de la technique que je privilégierais en le travaillant. Pourquoi est-ce toujours à moi que l’on pose cette question du répertoire et de l’alexandrin ?

 

Parce que ce registre ne correspond pas à votre propre théâtre. La même question aurait été posée à Joël Pommerat

 


Rassurez-vous, les élèves auront plein d’outils différents à leur disposition : ils ne deviendront pas les artistes d’une seule manière de faire. Mais la spécificité du TNS est d’être une école où les élèves de plusieurs sections – interprétariat, dramaturgie, scénographie, régie, mise en scène – se mélangent pour créer des projets. Grâce à cette immersion, certains apprentis metteurs en scène peuvent révéler ce qu’ils ont dans les tripes et impulser une nouvelle façon d’écrire. Voilà le spectacle vivant que je souhaite faire émerger, plus encore que de valoriser le patrimoine.

 
 

Sur les violences sexistes et sexuelles, on proposera des formations aux jeunes hommes qui peuvent être parfois des harceleurs qui s’ignorent.

La question du genre agite les étudiants des écoles d’art. Comment l’abordez-vous ?
Au taquet sur le thème de la mixité sociale et de la diversité des origines. Sur le terrain du genre, en revanche, j’avance humblement. Je m’informe, j’écoute. Faire attention à ce que l’on dit, quand on est pédagogue, me semble la moindre des choses. Et, lors de mes derniers stages, au Théâtre national de Bretagne, je ne m’en suis pas sentie paralysée. Pour ne pas que cela devienne inflammable, il faut privilégier le dialogue : accompagner les étudiants tout en maintenant nos exigences.

Les jeunes sont également soucieux du climat de travail. Si la création est un lieu d’exploration possible de la violence, le chemin pour y parvenir ne doit pas passer par cette extrémité. Les tranquilliser à cet endroit comme sur le thème des violences sexistes et sexuelles est primordial. Une charte à destination des intervenants extérieurs va être rédigée. On proposera des formations aux jeunes hommes qui peuvent être parfois des harceleurs qui s’ignorent.

 

 

Vous dites que le cinéma vous a sauvée. Avez-vous vraiment voulu arrêter le théâtre ?


À la fin de l’école, j’étais paumée, en pleine dépression… J’avais passé ma dernière année à monter Macbeth, et le résultat était mauvais. Cet échec a été une chance, sinon j’aurais persévéré avec les textes d’auteurs, alors qu’une seule question m’obsédait : comment fabriquer un spectacle sans cette posture de « surplomb » qui souvent empêche le théâtre de s’adresser à tout le monde ? Alors, oui, La Graine et le Mulet, film d’Abdellatif Kechiche, sorti en 2007 pendant mes études au TNS, fut un appel d’air immense. Y entendre tous les accents possibles, voir les paroles fuser lors de grandes tablées, y reconnaître enfin le réel dans lequel j’avais baigné dans un village du Haut-Var a déclenché le désir de réunir des gens avec qui représenter un tel monde sur scène.

 

 

D’où la volonté de travailler avec des amateurs ?


C’est arrivé plus tard, en 2012, lors de la première version, participative, de mon spectacle Elle brûle, inspiré de Madame Bovary de Flaubert : Le Bal d’Emma. Le personnage – incarné par l’actrice Boutaïna El Fekkak, ma camarade du TNS – y était devenu une jeune femme venue du Maroc, prise dans l’engrenage des crédits à la consommation. Nous l’avons imaginé dans une salle des fêtes à côté de Valence. J’avais convié des amateurs à y participer : d’un côté, la bourgeoisie terrienne, de l’autre, des agriculteurs. La force de ce mélange, de cette rencontre entre comédiens et amateurs, était incroyable.

 

 

Lors de cette première aventure, une autre expérience a été tout aussi révélatrice. Après les représentations, le public me demandait systématiquement pourquoi Emma parlait parfois arabe, mais jamais pour quelle raison la vieille dame interprétant la belle-mère s’exprimait en allemand ! Pourquoi une langue est-elle soudain évidente alors que l’autre réclame une note d’intention ? De là est née l’impérieuse nécessité d’inviter sur scène l’humanité dans sa diversité. Chaque langue contient une histoire en soi – « une patrie », précisait la philosophe allemande Hannah Arendt.

 

Les familles d’exilés, comme la mienne, n’ont d’autre choix que d’inventer des récits. Cette habitude m’a été transmise en intraveineuse.

 

Pourquoi la fiction compte-t-elle tant ?


Elle est liée à ma biographie. Mes deux parents ont vécu l’exil : ma mère, fille d’une Indienne de Pondichéry et d’un Vietnamien de Saïgon, est arrivée en France à l’âge de 13 ans, en 1956, après la défaite de Diên Biên Phu, avec sa mère et ses huit frères et sœurs. Mon père, d’origine italienne par son père et judéo-espagnole par sa mère, est un pied-noir d’Alger. La famille, dans ces cas-là, n’a d’autre choix que d’inventer des récits : la seule solution pour entretenir un lien avec un pays qu’elle ne verra plus. Cette habitude m’a été transmise en intraveineuse… Toute petite, je réinventais les conversations en vietnamien de ma mère avec ses frères et sœurs, moi qui ne parlais pas sa langue. Les histoires furent l’espace commun entre mes parents et moi. Il n’y a rien de mieux pour être dans le partage. Au théâtre, c’est pareil.

 

Ces écoles de théâtre qui veulent mettre plus de diversité sur scène

 

Quels artistes ont été vos modèles ?


On cite toujours à mon propos des artistes dont j’aime la relation avec la fiction : Joël Pommerat, Wajdi Mouawad ou Ariane Mnouchkine. Je suis bien encadrée ! En 1964, cette dernière, qui a fondé le Théâtre du Soleil, a été une grande pionnière en invitant sur scène d’autres corps et d’autres voix que ceux qu’on y voyait habituellement. Elle les recrute encore dans le monde entier, alors que moi, je les trouve aux quatre coins de la France. Voilà la grande différence. Dans mon théâtre, une grande variété de personnes qui peuple l’Hexagone vient nous raconter, à sa manière, notre histoire française. Fille de Viet kieu, ces Vietnamiens de la diaspora, je n’ai pas prétendu raconter l’histoire du Vietnam dans le spectacle Saïgon, mais plutôt celle des exilés installés en France.

 

Comment en avez-vous choisi les acteurs ?


Certaines scènes ont lieu avant la défaite des Français, alors trois interprètes ont été recrutés au Vietnam. Je les ai beaucoup écoutés pendant les répétitions. Grâce à des annonces diffusées dans tout Paris, j’ai aussi rencontré Hiep et Anh Tran Nghia, qui jouent respectivement l’homme exilé et Marie-Antoinette, qui tient le restaurant où se joue la pièce. On entend donc sur scène plusieurs langues vietnamiennes : celle de l’exil et celle du pays d’origine. Un tel mélange y charrie le poids de l’Histoire. Lorsque le personnage joué par Hiep revient quarante ans plus tard au pays, il découvre que la femme aimée ne parle plus la même langue que la sienne, restée figée. Si je n’avais pas été si exigeante sur la cohérence linguistique, cette scène d’une profondeur vertigineuse n’aurait pas existé. Or comprendre ce que l’Histoire a fait aux gens était la finalité du spectacle ce que la colonisation a fait à ma propre mère, en l’occurrence.

 

 

À lire aussi :

“Saïgon” : Caroline Guiela Nguyen, et le théâtre de l’exil

 

 

Pourquoi vos spectacles s’inscrivent-ils toujours dans des lieux de vie très précis ?


De tels univers m’ouvrent mille possibilités théâtrales. Ils me donnent parfois l’impulsion de la fiction, bien plus encore que le choix du sujet. Car recruter une équipe en annonçant d’emblée vouloir travailler la question postcoloniale me dérangerait. J’aurais l’impression de « clouer » d’avance les comédiens dans une réalité sociale ou géographique dont ils ne pourraient pas s’échapper. Dans le restaurant vietnamien, carrefour ouvert à toutes les inter-prétations, la question coloniale apparaît naturellement, mais aussi celles du départ, de l’exil, de l’amour perdu. Mon prochain projet, Lacrima, qui sera créé à Strasbourg en mai 2024 et traversé par le destin de plusieurs femmes, se déroulera dans des ateliers de couture et de broderie.

 
 

À partir de 2025, on formera dans les collèges et lycées de quartiers très différents des binômes entre professeurs et metteurs en scène reconnus.

 

Quelle a été votre première rencontre avec le théâtre ?


C’était à l’adolescence, pendant le Mai théâtral – un festival de théâtre scolaire entre Villecroze et Draguignan. J’ai joué dans Knock, de Jules Romains, et ça m’a marquée ! Les premiers ambassadeurs du théâtre sont toujours les profs qui en parlent très bien et aiment sortir les enfants du cadre scolaire. Je vais d’ailleurs favoriser de telles pratiques au TNS. La chorégraphe Kaori Ito vient d’être nommée au Théâtre jeune public-Centre dramatique de Strasbourg et je rêve de l’embarquer dans mon projet de grand festival interscolaire. Auquel deux marraines seront associées : la documentariste Lina Soualem et la productrice de radio Aurélie Charon. À partir de 2025, on formera dans les collèges et lycées de quartiers très différents des binômes entre professeurs et metteurs en scène reconnus.

 

Qu’est-ce qui vous a décidée à faire du théâtre votre métier ?
Le hasard. Je voulais être avocate. La fac de droit fut un échec. En sociologie à Nîmes, j’ai trouvé un cursus « ethno-scénologie », dédié à la science de la mise en scène, qui a fait l’affaire. Un stage de trois mois chez Ariane Mnouchkine, alors qu’elle préparait Le Dernier Caravansérail, m’a fait bouger. Pourtant, l’année que j’ai passée ensuite au conservatoire d’Avignon ne m’a pas convaincue de devenir comédienne. On m’y a alors encouragée à passer le concours de la section mise en scène du TNS. Et j’ai été prise. Je n’avais jamais lu Tchekhov ! J’ai travaillé comme une bête pour combler mes lacunes.

 

 

Me prenant soudain à rêver d’habiter le Quartier latin à Paris, je me suis détachée de mes propres goûts et de mon accent du Sud. Le plaisir éprouvé à l’occasion des sorties avec ma mère dans les centres commerciaux, le samedi après-midi, n’a jamais été avoué à mes camarades de promo. Pire, je mentais. En disant que je parlais vietnamien, que ma mère avait fait Mai 68 — alors que rien n’est plus faux : elle voulait tellement s’intégrer ! —, qu’elle était bouddhiste, ce qui passait mieux que la catholique qu’elle était. Même mon premier « choc théâtral » — la mise en scène de Phèdre par Patrice Chéreau en 2003 — fut une invention : je l’avais « rattrapée » en VHS !

 

Quand l’équipe du TNS a compris la gravité de la situation, elle m’a envoyée faire un stage chez le metteur en scène Guy Alloucherie, dans le Nord, à Loos-en-Gohelle. Il m’a fait lire Annie Ernaux… J’ai assumé d’où je venais et c’est devenu le nerf de mon théâtre. Une réconciliation.

 

Pourquoi avez-vous titré votre récent livre d’entretiens Un théâtre cardiaque ?


À la sortie de Fraternité, conte fantastique, un ami metteur en scène m’a envoyé un joli texto : « Ton théâtre cardiaque forever… » En effet, pour moi, il n’y a pas de théâtre sans émotion. Ni sans cœur. Ni sans la pulsation de la vie.

 

 

À lire aussi :

Avignon : “Fraternité, conte fantastique”, la fable post-catastrophe de Caroline Guiela Nguyen  

 

 

CAROLINE GUIELA NGUYEN EN QUELQUES DATES
1981
 Naissance à Poissy.
2005-2008 École du Théâtre national de Strasbourg.
2009 Fondation de la compagnie Les Hommes approximatifs.
2017 Saïgon, au Festival d’Avignon.
2022 Nomination à la direction du TNS.
 
À voir
- Fraternité, conte fantastique, les 27 et 28 avril, Théâtres de la Ville de Luxembourg.

Youssef Salem a du succès, film de Baya Kasmi, en salles.

À lire
Un théâtre cardiaque, éd. Actes Sud, 176 p., 26 €.
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March 23, 2023 2:34 PM
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Odile Grosset-Grange met en scène la vie de famille en version « Cartoon », d’après Mike Kenny

Odile Grosset-Grange met en scène la vie de famille en version « Cartoon », d’après Mike Kenny | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Cristina Marino dans Le Monde - 22/03/23

 

 

La comédienne et directrice artistique de La Compagnie de Louise adapte un texte inédit du dramaturge britannique avec une multitude d’effets spéciaux.

Lire  l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/03/22/odile-grosset-grange-met-en-scene-la-vie-de-famille-en-version-cartoon-d-apres-mike-kenny_6166578_3246.html

La Compagnie de Louise, fondée en 2013 par la comédienne et metteuse en scène Odile Grosset-Grange, installée à La Rochelle, propose un répertoire de quatre spectacles jeune public, dont trois adaptés de textes du dramaturge britannique Mike Kenny, grand spécialiste du « young people’s theatre » : Allez, Ollie… à l’eau ! (2014), Le Garçon à la valise (2016) et Jimmy et ses sœurs (2019).

Sa cinquième et dernière création en date, Cartoon ou n’essayez pas ça chez vous !, dont les premières représentations ont eu lieu en février, au Théâtre de la Coupe d’or, à Rochefort (Charente-Maritime), s’inscrit dans cette lignée avec la mise en scène d’une pièce inédite. Comme elle le raconte dans sa note d’intention, datant de janvier 2020, Odile Grosset-Grange a découvert un peu par hasard l’existence de ce texte, jamais joué auparavant, lors d’une rencontre avec l’auteur : « Un soir, Mike me raconte cette pièce improbable d’une famille de personnages de dessins animés. La famille Normal. Je suis curieuse, car je n’ai jamais lu ça au théâtre. Il me l’envoie et je l’aime immédiatement. »

 

 

De ce coup de foudre entre la metteuse en scène française et le texte du Britannique est né un beau spectacle jeune public plein d’inventivité et d’effets spéciaux. Odile Grosset-Grange s’est donné les moyens de mettre en images les péripéties de cette famille Normal haute en couleur, sortie de l’imagination fertile du dramaturge. Elle mêle astucieusement théâtre d’objets, marionnettes, tours de magie (avec des séquences impressionnantes où les acteurs semblent marcher dans les airs), comédie musicale, jeux de lumière dignes d’une production hollywoodienne à gros budget.

Personnages hors norme

Dès le générique d’ouverture (qui n’est pas sans rappeler celui des films de héros Marvel), le ton est donné : nous sommes dans l’univers du dessin animé, placé sous le signe de l’exagération, de la démesure, de l’invraisemblable. Ainsi, par exemple, les deux animaux domestiques de la famille Normal – un poisson rouge, d’abord appelé Sushi, puis Bubulle, et un chien à poils longs – sont campés par des marionnettes surdimensionnées. Les références aux cartoons foisonnent, de la famille Simpson au poisson Nemo des studios Pixar. Avec, en prime, la projection, au cours du spectacle, d’un petit film d’animation avec ses images comme dessinées au crayon à papier.

 

Il faut une bonne dose d’énergie aux quatre comédiens et deux comédiennes de la troupe pour camper les nombreux personnages hors norme de ce dessin animé transposé de l’écran aux planches. Certains d’entre eux interprètent avec beaucoup de naturel des enfants ou des adolescents : Jimmy, le fils de la famille Normal, héros de la pièce (Pierre Lefebvre-Adrien) ; sa grande sœur Dorothy (Pauline Vaubaillon) ; Craig (François Chary), le cancre de service et caïd du quartier qui fait de Jimmy son souffre-douleur.

L’intrigue générale est simple, accessible pour les plus jeunes (à partir de 7 ans) et riche en rebondissements scéniques. Une famille en apparence bien sous tous rapports – le père, la mère et leurs trois enfants, un garçon, une fille et un bébé, au prénom, Bébé, aussi indéterminé que son sexe – se révèle avoir une existence beaucoup plus étrange qu’il n’y paraît. Ce sont en réalité des cartoons, des personnages fictifs qui, chaque jour, revivent indéfiniment les mêmes aventures que la veille, ne ressentent pas la douleur (ils peuvent tomber du dernier étage d’un immeuble ou se fracasser une poêle sur la tête sans souffrir), ne connaissent ni la vieillesse ni la mort.

 

Jusqu’au jour où tout bascule et se dérègle à cause d’une potion inventée par Norma, la mère de famille, et malencontreusement ingurgitée par Bébé et Jimmy. Ce dernier va commencer à ressentir des émotions « normales », comme la douleur ou la peur de la mort, jusqu’au choix final entre un retour à sa vie aseptisée de cartoon ou la poursuite de l’aventure en tant qu’être de chair et d’os.

 

 

Les petits y verront sans doute uniquement un réjouissant spectacle plein d’humour et au rythme entraînant ; les grands y discerneront peut-être une réflexion sur la normalité et ses limites, mais tous auront passé un bien agréable moment en compagnie de ces personnages de cartoon somme toute tellement humains.

 

 

Cartoon ou n’essayez pas ça chez vous !, de Mike Kenny (texte traduit de l’anglais par Séverine Magois). Mise en scène d’Odile Grosset-Grange. Avec François Chary, Julien Cigana, Antonin Dufeutrelle, Delphine Lamand, Pierre Lefebvre-Adrien, Pauline Vaubaillon. Le 22 mars à La Comédie de Valence-Centre dramatique national Drôme-Ardèche ; du 4 au 6 avril à La Coursive-Scène nationale de La Rochelle ; les 15 et 16 avril à La Ferme du Buisson-Scène nationale de Noisiel (Seine-et-Marne).

 

 

Cristina Marino / Le Monde

 

Légende photo : De gauche à droite : Craig (François Chary), Norman Normal (Julien Cigana), avec la marionnette Bébé, Antonin Dufeutrelle avec la marionnette du chien, Norma Normal (Delphine Lamand), Dorothy Normal (Pauline Vaubaillon) et Jimmy Normal (Pierre Lefebvre-Adrien, au sol), le 22 février 2023, au Théâtre de la Coupe d’or, à Rochefort (Charente-Maritime). CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE

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March 23, 2023 1:28 PM
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A l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Jean-François Sivadier met en scène un Othello qui pourrait être notre contemporain

A l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Jean-François Sivadier met en scène un Othello qui pourrait être notre contemporain | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 21 mars 2023

 

Emmenée par un trio de comédiens : Nicolas Bouchaud, Adama Diop et Emilie Lehuraux, la version de la tragédie de Shakespeare jette des ponts entre la culture élisabethaine et celle du XXIe siècle.

 

 

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/03/21/a-l-odeon-theatre-de-l-europe-jean-francois-sivadier-met-en-scene-un-othello-qui-pourrait-etre-notre-contemporain_6166423_3246.html

Acte V de la tragédie de Shakespeare : Othello étrangle Desdémone. La messe est dite et Iago peut sourire. Le Maure, son ennemi juré, vient de rallier le camp du mal. A son corps défendant, toute raison anéantie, dévoré par la jalousie, sourd aux suppliques de sa victime et innocente épouse, Othello se conforme, en bout de course, à l’image qu’avaient de lui les notables racistes de la République vénitienne : il est l’étranger, donc le danger. Il est le Noir, donc le sauvage. Cette tragédie d’un destin écrit à l’avance est emmenée par un mémorable trio de comédiens : Adama Diop en Othello, Nicolas Bouchaud en Iago et Emilie Lehuraux en Desdémone.

 

 

Peut-on échapper aux assignations brandies par la norme lorsqu’on incarne une différence qui menace cette norme ? La question agite nos sociétés occidentales, mais le spectacle proposé à l’Odéon-Théâtre de l’Europe rappelle qu’en 1603 Shakespeare en avait fait le levier d’un drame amoureux, social et politique. Nous sommes toujours les contemporains des personnages de l’élisabéthain, semblables dans la peur, égaux en abjection.

 

 

 

Les clins d’œil du metteur en scène Jean-François Sivadier à une culture du XXIe siècle jettent un pont entre les époques. Chansons pop du groupe Queen entonnées par les interprètes et apparition sur le visage de Iago du rictus du Joker (antihéros du film Batman) corrèlent le propos au présent et connectent ce spectacle populaire, passionnant et intelligent à une jeunesse qui aurait tort de lui préférer une sortie au cinéma.

 

 

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Le comédien Adama Diop, l’Othello des temps nouveaux

Rappel des faits : Othello, général de la République de Venise, est un soldat valeureux promu pour ses faits d’armes par ses supérieurs mais honni des envieux, qui le tolèrent dans leurs rangs jusqu’au moment où ils le broient corps et âme. Ancien esclave né dans de lointaines contrées, il est noir. Sa réputation courageuse l’affranchit – croit-il – des règles et des lois. Il épouse ainsi Desdémone en cachette. Et refuse à Iago une promotion qu’il accorde à Cassio (Stephen Butel). Double offense. Son châtiment sera à la hauteur de l’outrage.

« Blackface » inversé

Haï par le père de Desdémone, Brabantio (Cyril Bothorel), qui ravale sa rage en rabattant sur ses mollets les pans de son peignoir dans une séquence parodique digne d’un vaudeville de Feydeau, Othello devient le jouet d’une manipulation diabolique. Celle qui est ourdie par le rusé Iago, à qui sont adressées (ce n’est pas un hasard) les premières répliques du spectacle : « Tais-toi ! », lui hurle son homme de paille, Roderigo (Gulliver Hecq). L’invocation reste lettre morte. Dommage, car la parole de Iago est la seule arme dont il dispose. Pour détruire l’époux de Desdémone, ce soldat de seconde zone ne recourt qu’au verbe. Mais quel verbe !

 

Le décor est un chantier précaire : suspensions de rideaux transparents derrière lesquels se discernent les coulisses d’actions silencieuses et statiques, immenses cadres de bois ajourés peu à peu hissés vers les cintres, ce qui donne l’impression que le plateau s’enfonce vers les bas-fonds. L’histoire démarre à la surface du sol, là où règne le sens commun. Elle s’achève sur le lieu de la mise à mort et dans la cave de la psyché humaine, là où la logique a abdiqué devant la folie.

 

Entre-temps, le cerveau d’Othello aura été vampirisé. Il aura même été colonisé à coups de suspicions perfidement créées par Iago, qui instille dans la tête du général vénitien le poison de la jalousie. Un harcèlement si bien mené qu’il pousse le mari au féminicide lors d’une scène éprouvante et traitée comme telle par le metteur en scène, dont le travail, d’une extrême subtilité, enchâsse les hypothèses de lecture.

Pour la troisième fois seulement dans l’histoire du théâtre, un comédien noir endosse le rôle-titre

D’où les interrogations qui assaillent un public interloqué par la rapidité d’Othello à basculer de la confiance amoureuse au doute dévorant. D’où son trouble lorsqu’il se grime le visage de blanc au moment d’étrangler Desdémone. Ce « blackface » inversé n’est pas neutre dans un spectacle où, pour la troisième fois seulement dans l’histoire du théâtre, un comédien noir endosse le rôle-titre. Alors qu’il devient meurtrier et quitte, par ce geste monstrueux, les rives de la civilisation, Othello cesse de s’appartenir. Il n’est plus Othello mais la créature de Iago. Il n’est plus noir mais blanc. Comme sont blancs les dignitaires vénitiens, dont la couleur de peau est un vernis trompeur.

 

 

Ce que Shakespeare abîme dans son drame (l’acceptation de la différence, le respect dû à l’altérité, la dignité des femmes bafouée par la misogynie patriarcale), cette mise en scène d’une virtuosité épatante le répare. La vérité éclate dans la bouche d’Emilia, l’épouse de Iago, qui prend sur elle de réintroduire un peu de justice dans le chaos. La comédienne Jisca Kalvanda est Emilia. C’est une femme. Elle est noire. Là encore, il n’y a pas de hasard. L’appartenance de l’actrice à ces deux minorités est un signal qui peut se décoder ainsi : ce n’est pas dans la majorité que se trouve actuellement la possibilité de l’équité.

 

 

Othello, de Shakespeare. Mise en scène : Jean-François Sivadier. Avec Cyril Bothorel, Nicolas Bouchaud, Stephen Butel, Adama Diop, Gulliver Hecq, Jisca Kalvanda, Emilie Lehuraux. Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris 6e. Jusqu’au 22 avril. De 6 € à 41 €.

 

Joëlle Gayot / Le Monde

 

Légende photo : Desdémone (Emilie Lehuraux) et Othello (Adama Diop), le 12 novembre 2022, dans « Othello », mis en scène par Jean-François Sivadier, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, à Paris. JEAN-LOUIS FERNANDEZ

 

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April 5, 2023 12:51 PM
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Tiago Rodrigues déploie les nouveaux paysages du Festival d’Avignon

Tiago Rodrigues déploie les nouveaux paysages du Festival d’Avignon | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge (Avignon, envoyée spéciale) dans Le Monde 5/04/23

 

 

Pour sa première programmation, le nouveau directeur qui a succédé à Olivier Py confie l’ouverture à la metteuse en scène Julie Deliquet et proposera 12 000 places de plus à la vente.

 


Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/04/05/tiago-rodrigues-deploie-les-nouveaux-paysages-du-festival-d-avignon_6168426_3246.html

 

 

Un nouveau paysage se dessine à Avignon, riche de promesses et de découvertes : Tiago Rodrigues, le directeur du Festival, a annoncé, mercredi 5 avril dans la cité des Papes, le programme de sa première édition (et 77e du nom depuis la fondation de la manifestation par Jean Vilar en 1947), qui se déroulera du 5 au 25 juillet. Un geste inaugural qui ne se prétend pas révolutionnaire, mais entend faire bouger les lignes en douceur, ouvrir de nouvelles pistes, défricher des sentiers de déambulation partagée, retrouver des chemins oubliés. A l’image de son titre, Avignon réunira (emprunté à Vilar), et de la belle affiche de ce festival, qui décline, en bleu sur un fond blanc comme neige, le motif de la trace, de l’empreinte, animale ou humaine.

 

On retrouve là le cœur du travail et de la réflexion de Tiago Rodrigues sur la mémoire et l’art comme interprétation toujours inscrite dans le présent, aussi ancienne que puisse être la partition d’origine. L’audace de la programmation de ce premier festival sous la conduite de l’auteur et metteur en scène portugais se lit d’emblée dans le choix du spectacle d’ouverture dans la Cour d’honneur du Palais des papes : la metteuse en scène Julie Deliquet, 43 ans, y proposera Welfare, d’après le film, réalisé en 1975, du grand documentariste américain Frederick Wiseman sur le système de santé américain. Elle est ainsi la deuxième femme, dans toute l’histoire du Festival, dont la mise en scène entre dans le saint des saints d’Avignon, succédant à Ariane Mnouchkine, qui y avait présenté sa trilogie shakespearienne en 1984.

 

 

Cette édition d’Avignon, qui propose un savant cocktail de générations, de genres (à tous les sens du terme) et de provenances géographiques et linguistiques, voit aussi le retour très attendu de deux maîtres. Le Polonais Krystian Lupa présentera sa vision des Emigrants, le livre-monde de W.G. Sebald. La chorégraphe anversoise Anne Teresa De Keersmaeker sera doublement présente, avec la reprise de son chef-d’œuvre En atendant, tissé des polyphonies de l’ars subtilior, apparues lors de l’épidémie de peste noire au XIVe siècle, et avec une Création 2023 basée sur les « walking songs » et sur ce principe : « Si tu ne peux pas le dire, chante-le. »

Une « épopée rétrofuturiste »

Du côté des grands artistes qui ont accompagné l’histoire du Festival, on retrouvera Mathilde Monnier, avec Black Lights, une création inspirée de la série télévisée choc H24, sur l’impact des violences subies par les femmes ; Milo Rau, avec Antigone in the Amazon, qui situe le mythe antique dans la province de Para au Brésil, et réunit comédiens, musiciens et activistes indigènes et membres du Mouvement des sans-terre ; ou le Britannique Tim Etchells et son théâtre explosif, drôle et grinçant, qui signera le spectacle itinérant de cette édition, L’Addition.

La foisonnante génération intermédiaire française sera largement présente. Outre Julie Deliquet, David Geselson présentera Neandertal ; Julien Gosselin, Extinction, d’après Thomas Bernhard et Arthur Schnitzler ; Gwenaël Morin, Le Songe (démonter les remparts pour finir le pont), d’après Shakespeare ; Pauline Bayle, Ecrire sa vie, d’après Virginia Woolf ; Rébecca Chaillon, la reprise de son spectacle Carte noire nommée désir. Enfin, Philippe Quesne créera Le Jardin des délices, une « épopée rétrofuturiste » inspirée de Jérôme Bosch, et avec cette création arrive une des nouvelles les plus réjouissantes de ce festival : la réouverture de la carrière de Boulbon, ce lieu magique entre tous, situé en pleine nature, à une quinzaine de kilomètres de la cité des Papes.

 

La langue anglaise étant la grande invitée de ce festival, une flopée d’artistes sont à découvrir, en tête desquels l’auteur-metteur en scène britannique Alexander Zeldin, qui signe The Confessions, ainsi que ses compatriotes Tim Crouch et Alistair McDowall. De même les Américains du groupe Elevator Repair Service, et la Canadienne Emilie Monnet, qui, avec Marguerite : le feu, travaille sur la question des peuples autochtones. Du côté des découvertes, il faudra aussi guetter l’Allemande Susanne Kennedy, qui arrive, avec Angela (A Strange Loop), précédée d’un bouche-à-oreille flatteur, ou encore le Belge Patrick Corillon et la Brésilienne Carolina Bianchi.

Budget de 17 millions d’euros

On y danse, aussi, à Avignon. C’est Trajal Harrell qui signera le deuxième spectacle dans la Cour d’honneur, intitulé The Romeo. Grand amoureux ou séducteur invétéré, ce Romeo ? Bonne question dont on attend avec impatience la réponse du chorégraphe américain. Dans ses pas dansants, il y aura aussi Bintou Dembélé, qui ouvrira le Festival avec G.R.O.O.V.E., une déambulation performance. Et encore Martine Pisani (avec Michikazu Matsune), Maud Blandel ou le collectif espagnol Mal Pelo.

 

Un des moindres intérêts de ce festival n’est pas de mettre à son menu deux expériences de ce que l’on pourrait appeler du « théâtre en marchant » (Tiago Rodrigues cherche encore l’expression exacte), toutes deux au départ du village de Pujaut (Gard), bien connu des amateurs de côtes-du-rhône : Paysages partagés. Sept pièces entre champs et forêts, par Caroline Barneaud et Stefan Kaegi ; et Que ma joie demeure, une adaptation du roman de Giono par Clara Hédouin.

 

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Tiago Rodrigues : « Le Festival d’Avignon est une partition à interpréter »

Et Tiago Rodrigues lui-même, alors ? Il a choisi de ne pas présenter de création pour son premier festival en tant que directeur. « Je tiens à être disponible pour les inquiétudes collectives, pas pour mes inquiétudes individuelles », fait-il savoir. Mais il offrira une représentation unique, le dernier soir du Festival, dans la Cour d’honneur, de ce qui est sans doute son spectacle le plus emblématique, créé il y a dix ans : By Heart, magnifique variation sur la mémoire, l’amour de la littérature, la trace.

 

Autant dire qu’il y aura de quoi faire avec ce festival qui pousse les curseurs à la fois politiques et artistiques, et propose, sans en faire tout un plat, une proportion légèrement supérieure à 50 % de projets conduits par des femmes, ce qui est inédit dans l’histoire d’Avignon. Tiago Rodrigues a hérité d’un budget constant à 17 millions d’euros, largement mangé par l’explosion des coûts des voyages et de la facture énergétique, mais il a serré les boulons, et propose 12 000 places de plus à la vente (sur un total de 125 000). Il a aussi légèrement augmenté le tarif maximal dans la Cour d’honneur, où les billets passent à 40 euros. Autre innovation : la billetterie ouvrira deux mois plus tôt que d’habitude, dès le 7 avril, sur le site Internet du Festival, où les places devraient s’arracher. Alors à vos marques, prêts, partez.

 

Fabienne Darge  (Avignon, envoyée spéciale) / Le Monde 

 

 

Légende photo : Tiago Rodrigues, à la FabricA, à Avignon, le 5 avril 2023. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE/FESTIVAL D’AVIGNON
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April 5, 2023 5:14 AM
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Des caravelles et des batailles, écriture et mise en scène Elena Doriatiotto et Benoit Piret. Au Théâtre de La Bastille.

Des caravelles et des batailles, écriture et mise en scène Elena Doriatiotto et Benoit Piret. Au Théâtre de La Bastille. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Louis Juzot dans le blog Hottello - 5 avril 2023

 

Des caravelles et des batailles, écriture et mise en scène Elena Doriatiotto et Benoit Piret.

La Montagne Magique exerce une fascination sur les lecteurs en distillant  l’ambiance particulière d’un sanatorium de Davos où un jeune ingénieur hambourgeois, en visite auprès de son cousin, développe une affection et s’immerge peu à peu dans la vie d’une petite communauté de patients et de soignants. 

Cette communauté vit en ignorant la guerre  qui se prépare et se nourrit aussi de grands débats existentiels, de philosophie politique, esthétique, autant que d’occupations oisives  … Ces principaux protagonistes sont devenus des types littéraires : Hans Castorp, jeune homme à la recherche de lui-même, mais aussi  les pédagogues Lodovino Settembrini, l’homme des lumières, et Léon Naphta, le théoricien radical, Claudia Chauchat, séduisante et mystérieuse  qui deviendra  l’amante de Hans après une soirée mémorable, le Docteur Krokovski, conférencier infatigable…

 

Indéniablement Elena Doriatiotto et Benoit Piret  et tous les comédiens se sont inspirés de ces personnages pour créer leur propre type :

 

Andréas, Jules Puibaraud, a un peu beaucoup de Hans Castorp mais on retrouve des traces du Docteur Krokovski dans le personnage de Benoit Piret, d’Adriataca Von Mylendonk  dans celui d’Elena Doriaticco, un composite des autres femmes pour Anne-Sophie Sterk  qui reprend le nom de l’une d’entre elles ou des deux théoriciens pour  Salim Djaferi et Gaëtan Lejeune. 

On retrouve des réminiscences de certaines scènes, de certains lieux : l’accueil, les promenades, la poste, l’enveloppement dans les couvertures… 

 

Cette Montagne magique revisitée est croisée avec une fresque de la bataille de Cajamarca, celle ou en 1533  Pizarro  et ses 168 soldats ont massacré dix milles Incas et fait prisonnier l’empereur Atahualpa, un fait paradigmatique de la colonisation la plus cruelle et finalement de l’emprise marchande et technologique de l’anthropocène sur toute la vie  terrestre. 

La fresque, c’est l’irruption du réel dans la vie languide  et cotonneuse de la petite communauté, même si Andréas tentera de la faire disparaître par un acting qui rappelle les mouvements écologiques radicaux. 

Bien que le  jeu des acteurs sciemment cool et soft, comme si la réalité était en suspens dans ce monde, autant fermé sur lui-même qu’idyllique, soit systématique, le spectateur pris à témoin par le regard  se laisse embarquer dans cette nonchalance et cette quiétude savamment distillée.

Les acteurs font face constamment au public comme si celui-ci était la ligne d’horizon et leurs mouvements sont calculés voir esquissés, suspendus  dans un ailleurs. La seule violence, le tabassage d’Andréas, après son acte radical, est suggéré par un œil au beurre noir et finit dans une accolade amicale. Du lard ou du cochon ?

Evidemment comme dans le roman, la fable conduit à la prémonition du désastre, cela aurait pu être la guerre à nos portes comme en 1908, mais c’est plutôt la destruction écologique qui est évoquée par l’intermédiaire du seul élément du décor : un arbre fait de planches assemblées que les protagonistes essaient de maintenir en érection.

Même si on est un peu frustré par un parti pris de jeu qui ne décolle pas vraiment, le spectacle Des caravelles et des batailles se laisse voir comme une promenade tranquille en eau calme avant le désastre, C’est bien senti !

 

Louis Juzot

 

 

Jusqu’au 21 avril  à 20h30, relâche les dimanches et le 6 avril, Théâtre d la Bastille, 76 rue de la Roquette , 75011, Paris ; Tel :0143 57 42 14 ; http://www.theatre-bastille.com

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April 4, 2023 5:23 PM
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Johan Leysen, un grand artiste s’est éclipsé

Johan Leysen, un grand artiste s’est éclipsé | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot dans son blog - 01/04/23

 

Une personnalité très forte. Un physique, une beauté puissante, visage tourmenté, regard clair, voix prenante. Il avait tout pour être un interprète fascinant. Ce qu’il fut. Il avait évoqué sa vie en ellipses cinématographiques, il y a quelques années. Il s’est éteint le 30 mars. Il venait d’avoir 73 ans.

 

Il avait quelque chose d’un personnage de Maeterlinck. Une poésie. Quelque chose qui faisait trembler imperceptiblement sa puissance physique, sa beauté. Quelque chose d’évanescent qui l’apparentait au monde des songes. Johan Leysen était l’un des plus bouleversants des comédiens européens. Insaisissable et inoubliable. D’une présence, comme on dit sur les plateaux, d’une présence forte et diffuse à la fois. Comme s’il n’avait pas tout à fait appartenu au cercle des pauvres humains que nous sommes, mais comme s’il était un envoyé.

Parmi ceux qui l’ont appelé, ces dernières années, parmi ceux qui ont mis le mieux, le plus profondément et le plus lumineusement, les secrets de cette âme fière, il y a Jacques Osinski. Avec lui, il a notamment porté à l’incandescence, dans un décor d’images hivernales, le Lenz de Büchner. C’était il y a cinq ou six ans…Il y a Christian Schiaretti, un peu plus tôt, lui confiant le rôle du Capitaine dans la pièce de Strindberg, Père, au côté de Nada Strancar. C’était il y a dix-huit ans…Mais c’est tellement vif dans les mémoires. Au théâtre, il y eut aussi Guy Cassiers, Heiner Goebbels, on ne sait plus dans quel ordre on les a découverts, ses spectacles ! Mais on n’oublie pas ses traversées nocturnes avec Milo Rau. Johan Leysen, chez lui, au plus vrai de son âme.

Il était né dans une célèbre ville du Limbourg, Hasselt. Une ville de la Belgique flamande, plus près de l’Allemagne que de la France, plus près des légendes que des raisonnements. Il avait plusieurs voix : le flamand, le néerlandais, le français, l’anglais, l’allemand. Un homme des frontières, un homme qui traversait les murs.

Son chemin, au cinéma au comme au théâtre, est riche, contrasté. Godard l’a voulu dès Je vous salue Marie en 1985. Marion Hänsel l’avait engagé pour Le Lit, son premier film, très récompensé, en 82. La cinéaste, elle aussi morte très tôt, adaptait alors un livre de Dominique Rolin. Delvaux l’engagera pour son adaptation de L’œuvre au noir, et Johan Leysen ne cessera de tourner, au cinéma, à la télévision de qualité, un peu. Patrice Chéreau n’aurait pu le laisser passer et ce sera La Reine Margot en 94. Mais Leysen tourne aussi sous la direction de Raoul Ruiz, d’Enki Bilal, François Ozon, pour ne citer que les très connus. Mais Johan Leysen a tracé son chemin du côté de la recherche, des artistes exigeants parfois demeurés dans l’ombre.

Nous ne referons pas ici la liste des pièces de théâtre, des films dans lesquels le génie poétique tourmenté de Johan Leysen s’est exprimé. On repense à son film, projeté un jour aux Bouffes du Nord. Un film elliptique et très personnel. Il plongeait dans son enfance, en appelait à Rilke, évoquait la mort du père…

A son tour il s’éclipse. Trop jeune dit Jacques Osinski. Et c’est vrai.

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April 4, 2023 3:47 AM
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«Némésis», modèle hybris

«Némésis», modèle hybris | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération, 4 avril 2023

 

 

Tiphaine Raffier déploie son inventivité scénographique dans une adaptation limpide du dernier de roman de Philip Roth où la culpabilité ronge un jeune prof de sport, persuadé d’avoir transmis la polio à ses élèves.

 
 

La pièce s’ouvre sur un noir plein, à peine strié d’une fine ligne horizontale éblouissante. Un narrateur, qu’on ne perçoit pas, nous parle. Est-il sur le plateau ou simple voix off ? L’espace se dévoile peu à peu comme une chambre dont on devinerait les contours des meubles. Sur le devant, un aquarium empli de deux gros poissons rouges dévoreurs et bien vivaces, placé entre deux hommes. Ils parlent de la mort, la pire qui soit. L’un annonce à l’autre celle de son fils, tandis que l’œil du spectateur se fixe sur le mouvement des poissons gloutons et indifférents. L’un des deux hommes est M. Cantor, professeur de gymnastique dévoué et bien-aimé. Nous sommes à l’été 1944 à Newark, dans le New Jersey. La guerre ravage l’Europe tandis qu’une double épidémie de canicule et de polio mortelle écrase la région. La seconde décime les plus jeunes et exacerbe le racisme. M. Cantor est jeune et myope, trop pour aller au front, et il s’en veut. Il sait en tout cas qu’il n’abandonnera pas ses élèves de Newark – les plus fortunés ayant pu partir. Il a désormais son propre front, sa propre guerre à mener.

Malle aux trésors

La metteuse en scène Tiphaine Raffier, 37 ans, pleinement repérée mais pas encore reconnue à l’égal d’un Julien Gosselin  avec qui elle a débuté, n’a besoin de presque rien pour nous faire éprouver tout à la fois les maigres terrains sportifs urbains, une chaleur extrême, une situation paroxystique intime et collective. Elle fait partie de cette poignée de metteurs en scène qui plongent les spectateurs à l’intérieur d’un livre, comme certains dessins font entrer à l’intérieur d’une pomme ou d’une noix. Qu’on ait lu ou pas Némésis, l’ultime roman de Philip Roth paru en 2012, importe peu. Si l’on perçoit une fidélité aux mots de Roth, l’objet scénique qu’elle conçoit est autonome.

 

Particulièrement brillante est la manière dont elle enchâsse les dialogues dits par les acteurs avec des moments narrés qui supposent un décrochement temporel. Frappant est son art des contrastes, notamment scénographiques. Le plateau que l’on croyait dépouillé se révèle une malle aux trésors. Non seulement, à l’arrière, un orchestre joue en direct, mais certains instruments semblent provenir de la jauge elle-même. Incroyable est la façon dont on est soudainement projeté dans les monts Pocono, à Indian Hill, c’est-à-dire dans un paysage qui rappelle l’emballage des chocolats suisses. Nous voici entourés d’enfants qui tournoient au bord de vertes prairies. Dans ce paradis, les gens ne parlent plus mais ils chantent et la référence aux comédies musicales hollywoodiennes, bien qu’absente du livre de Roth, n’a rien d’arbitraire. Lorsqu’ils plongent dans le lac, ils volent – scènes géniales d’apprentissage de plongeons. Cantor le pédagogue est parti rejoindre celle dont il est amoureux. Elle l’aime, ses parents approuvent le mariage, et tout irait pour le mieux si l’amoureux ne s’éprouvait pas tragiquement responsable et coupable. Peu après son arrivée, l’épidémie s’est abattue dans le paysage idyllique qu’il s’accuse d’avoir contaminé…

Grain de sable

Dans la mythologie grecque, Némésis est le nom de la déesse de la vengeance qui punit les humains coupables d’hybris, c’est-à-dire d’une démesure souvent engendrée par l’orgueil. La culpabilité de Cantor, sa manière de se croire responsable de la catastrophe, est-elle une forme d’hybris ? Les enjeux narratifs du roman de Roth sont clairement narrés, et on ne peut que louer Tiphaine Raffier d’opter pour la limpidité. Au risque d’être parfois un peu trop explicite. Est-ce grave, docteur ? Non, pas spécialement. Les metteurs en scène savent bien que les spectateurs perdent 80 % des informations qui leur sont délivrées, et on leur sait gré quand ils en tiennent compte. Ce qui dérange légèrement, à la manière d’un grain de sable mal placé, est plus subtil. Les acteurs ont beau pour la plupart être excellents, et en premier chef Alexandre Gonin qui interprète Cantor, tout se passe comme s’ils pouvaient en partie se passer du public. Ils ne jouent pas tout à fait au présent, avec nous, dans la même temporalité. C’est une option de mise en scène qui se défend et n’a pas fini de questionner.

Némésis adapté de Philip Roth, mise en scène de Tiphaine Raffier, à Odéon (Ateliers Berthier, 75017) jusqu’21 avril.

 

Légende photo : Sur le plateau qu’on croyait dépouillé, on se retrouve soudain projeté dans un camp de vacances des monts Pocono. (Photo Simon Gosselin)

 
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March 31, 2023 4:47 AM
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Jean-Michel Rabeux quitte la scène

Jean-Michel Rabeux quitte la scène | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Eric Demey dans Sceneweb - 31 mars 2023

 

Jean-Michel Rabeux vient de l’annoncer, il mettra un terme à l’activité de sa compagnie après la reprise d’Un sentiment de vie au Lokal à Saint-Denis. Avec le temps, va, tout s’en va, on connaît la chanson. Mais ce départ, au-delà du cours normal des choses, pose question sur les évolutions de l’époque.

 

Il l’a annoncé via la newsletter de sa compagnie, sans en faire plus de cas. Jean-Michel Rabeux cesse son activité théâtrale. Après 47 ans de mises en scène, c’est un punk qui quitte la scène, tellement iconoclaste qu’on l’aurait bien vu poursuivre jusqu’au bout. Une signature, un style et un esprit transgressifs, des personnages à poil ou en sacs poubelle, des hommes qui ressemblent à des femmes et des textes, des textes toujours en pointe et à la marge, au milieu de classiques revisités version crue. « C’est comme si je n’avais plus envie de m’adresser à mes contemporains, explique le metteur en scène, comme si je voulais que mes contemporains s’adressent dorénavant à eux-mêmes ». Rabeux a toujours eu un certain franc-parler.

 

 

Alors blasé ? En guerre contre son époque ? Pas du tout. « Je vois naître des spectacles qui me bouleversent, et qui ont besoin de vivre, et dont j’ai grand besoin qu’ils vivent » ajoute-t-il. Il se souvient de ses très difficiles débuts et se réjouit que ses subventions aillent maintenant nourrir d’autres artistes. Côté face de cet éternel jeune homme, il y a toujours eu une douce bienveillance. Rabeux place d’ailleurs ce départ dans la continuité du travail qu’il effectuait au Lokal. Une salle à Saint-Denis que sa compagnie loue depuis quelques années à un privé pour y accueillir gratuitement des artistes, plutôt jeunes et dans le besoin, et leurs créations, ainsi que pour effectuer ces actions vers le public qui ont toujours constitué l’ADN de la compagnie et bien sûr diffuser ses propres spectacles. Avec le départ de Rabeux, le Lokal fermera aussi sous cette forme. Deviendra on ne sait quoi. C’était la première et dernière maison d’un artiste de premier plan qui n’a jamais cherché à diriger un lieu, de crainte que cela ne nuise à son travail artistique, mais aussi parce « que je ne sais faire qu’une chose, c’est être sur scène et voir ce qui va ou ne va pas, le reste, tout le travail de direction, ça me dépasse. Heureusement j’ai été très, très, très aidé par Clara Rousseau, ma co-directrice depuis trente ans parce que je suis inopérant dans les fonctionnements sociaux ».

« J’ai fini par m’autocensurer »

C’est aussi pour cela d’ailleurs, qu’il ne se sent plus vraiment à sa place dans cette époque. Des directeurs et directrices de lieu qui l’ont soutenu et accompagné ont maintenant quitté le milieu.  Jean-Marie Hordé pour dernier exemple, qui vient de partir du théâtre de la Bastille, compagnon de longue date des spectacles de Rabeux. Ou encore des journalistes qui l’ont défendu quand il le fallait et qui n’officient plus. « Pour Onanisme avec troubles nerveux chez deux petites filles, s’il n’y avait pas eu Colette Godard dans Le Monde, c’était foutu. Je me souviens aussi d’une critique de René Solis dans Libé, qui nous a beaucoup aidés contre Pasqua ». Le théâtre, c’est une affaire de réseaux, Rabeux ne l’ignore pas, « mais aussi d’amitiés ». Surtout quand on propose comme lui « un théâtre de rupture »« Et puis je travaillais pour les gens, les spectateurs, pas pour les professionnels. Je me disais si un jeune voit un vieux de 60 ans juché sur des talons avec de belles guiboles, ou un homme dont il s’aperçoit à la fin qu’elle est une femme, ça va lui faire ding dong. ». La recherche du choc, non pas pour sa vertu provocatrice, mais « pour que toutes mes folies en rupture rejoignent les ruptures que chacun a au fond de soi ».

 

 

D’où ces travestis, ces personnages interlopes, ces hommes en talon et ces femmes à voix d’homme – sa compagne Claude Degliame entre autres – qui ont souvent occupé ses plateaux. Bien avant LGBTQ+, #Metoo et les polémiques qui les accompagnent . « Aujourd’hui, si je monte Onanisme, le seul titre va poser problème. Je ne suis pas un réac nostalgique du passé, mais que des censures viennent de nos rangs même, et pas forcément pour les bonnes raisons, ça me pose problème », évoque-t-il à propos d’événements récents qu’il ne veut pas que nous nommions « tant ils sont nombreux »« Moi-même, j’ai fini par m’autocensurer. L’époque actuelle pose sur les corps que les années 70 dénudaient, glorifiaient, pour nous rendre plus libres, un regard différent du mien. » Rabeux ne renie pas l’aujourd’hui pour autant. « Les débats actuels me passionnent mais je n’y ai plus voix. Les jeunes ne savent plus ce que j’ai fait. Des femmes puissantes, des trans, des homos, j’en ai tellement mis sur scène, ce sont mes amants, mes amours, comme tous les acteurs ou actrices de mes plateaux d’ailleurs. Mais les jeunes ne connaissent pas mon travail passé. C’est normal. Le théâtre ne vit que dans la mémoire des spectateurs. C’est un art du moment. Ce n’est plus mon moment, ni pour moi, ni pour l’époque, et j’ai très envie que ce ne soit plus mon moment, que ce soit celui des jeunes, surtout les filles. On en manquait tellement ».

 

 

En attendant, il y aura quand même une dernière danse. En Juin, la reprise d’Aglaé, créé au Rond-Point, et début avril, donc, celle d’Un sentiment de vie, texte de Claudine Galéa, qu’on a déjà pu voir à la Bastille, interprété par Claude Degliame et Nicolas Martel.  « Claudine, à plus de 50 ans, parvient enfin à parler de son père. C’était un militaire, pied noir, colonialiste, réac limite facho. Sa mère était communiste et anti colonialiste. Mais son père l’aimait. Et sa mère la battait. » Une histoire de famille qui ne vaut que par ce qu’elle a d’universel. « Au fond, assister au tragique familial de Claudine, ça aide à vivre. Ça montre que l’amour circule au delà des différences de pensée. Une pensée progressiste, qui est évidemment aussi celle de l’autrice, peut dissimuler des violences, et une pensée réactionnaire laisser place à l’amour. La vie est complexe ». Et l’époque aussi…

 

 

Eric Demey – www.sceneweb.fr

Un sentiment de vie
Texte Claudine Galea (Editions Espaces34)
Mise en scène Jean-Michel Rabeux
Avec Claude Degliame, Nicolas Martel
Lumières Jean-Claude Fonkenel
Costumes Sophie Hampe
Assistanat à la mise en scène Sophie Rousseau
Production La Compagnie
Coproduction La Compagnie, Théâtre de la Bastille – Paris
Avec l’Aide à la création de la Région Île-de-France

Du 7 au 16 avril 2023 au Lokal à Saint- Denis

 

 

Photo Benoit Linder 

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March 29, 2023 5:26 AM
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L’insurrection joyeuse d’Anne-Laure Liégeois

L’insurrection joyeuse d’Anne-Laure Liégeois | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Guillaume Lasserre dans son blog  29/03/23

 

Quelque part dans le Finistère, le Secrétaire d’État à l’industrie est séquestré par les salariés d’un abattoir de poulets autour duquel se sont massés journalistes et forces de l’ordre. Anne-Laure Liégeois adapte « Des châteaux qui brûlent », le roman d’Arno Bertina paru en 2017 et met en scène un huis-clos improvisé dans lequel la lutte collective s’organise.

 

Tandis que le public s’installe dans la salle, plusieurs écrans en surplomb de la scène diffusent les mêmes images d’une usine de volailles qui, au fur et à mesure, deviennent de plus en plus insupportables, d’autant plus qu’elles sont accompagnées par une petite musique classique dont la douceur et le raffinement contrastent fortement avec ce qui est montré. Cette grande beauté musicale et la barbarie sanguinaire carnivore à échelle industrielle ont pour point commun d’être le produit de l’humanité, capable du meilleur comme du pire, allant de la fange au sublime. D’emblée, le ton est donné. Les images de ce camp de concentration pour poulets servent de mise en bouche à la contextualisation du récit qui est sur le point de commencer. Les écrans se lèvent, s’envolent littéralement sur une dernière image où l’on coupe des têtes de poulets, puis disparaissent.

 

 

Nous sommes à La Générale Armoricaine, usine d’abattage de volailles dont l’entière production est à destination du marché saoudien. Pascal Montville, Secrétaire d’État à l’industrie, revient pour la troisième fois à la rencontre de salariés inquiets, la délocalisation de leur site étant sur le point d’être officialisée. Cet homme de gauche, sincère, juge criminel le rapport qu’entretient l’entreprise aux animaux – il évoque notamment les décapitations à la disqueuse. La mondialisation et son bilan carbone justifient la décision de l’État de ne pas s’opposer à sa fermeture. Lors de cette ultime intervention, menée contre l’avis du préfet et de la direction de l’usine, il ne veut être accompagné que de Céline Aberkane, l’une de ses conseillères, ancienne syndicaliste – formidable Anne Girouard –, déchirée entre ces deux mondes, celui qui fut le sien et celui à qui elle appartient désormais. Elle se fera quelquefois narratrice de l’histoire. L’homme d’État va être séquestré. Sa collaboratrice tentera en vain de rester mais sera renvoyée hors du huis-clos improvisé qui se met en place.

 

Tous ensemble, « faire dérailler le système »

Anne-Laure Liégeois est une résistante. La metteuse en scène oscille entre textes antiques et classiques et écrits contemporains à connotations sociales, entre pièces du répertoire et insurrection ouvrière. Elle adapte ici le roman paru en 2017 « Des château qui brûlent[1] » avec la complicité de son auteur, Arno Bertina, et dont le titre est emprunté à une chanson de Neil Young, « Don’t let it bring youn down » (Ne te laisse pas abattre), « It’s only castles burning » (Ce ne sont que ces châteaux qui brûlent). Huis clos choral racontant huit jours de la vie de femmes et d’hommes qui prennent conscience de la force du collectif, de leur existence en tant que groupe, « combat joyeux de celui qui s’identifie, qui se découvre intime[2] », ce récit a une vocation universelle. Parce que les personnages n’existent pas réellement, le groupe de l’usine de Châteaulin qu’ils forment dans le roman est aussi celui de tous les autres employés d’usines. Évitant soigneusement tout manichéisme qui verrait le patron forcément méchant et les salariés miséreux, le roman et la pièce travaillent la nuance, évitent de désigner l’endroit du bien et du mal. La violence sociale subie par les ouvriers est mise en perspective avec celle qu’ils infligent involontairement aux travailleurs des pays non européens, en premier lieu africains, à la faveur de la politique agricole commune (PAC), mais aussi avec la violence physique animale de l’abattoir. Dans les deux cas, les ouvriers occupant l’usine ne le voient pas, pris qu’ils sont dans un système où chacun doit assurer sa propre survie.

 

Tout commence donc par le roman d’Arno Bertina. On pourrait croire que l’auteur est dans le document. Il va à la rencontre des ouvriers dans les usines, participe aux mouvements de grève, mais la façon qu’il a de retranscrire cette parole passe par le filtre de l’écriture et sa sensibilité. Il « met toute sa volonté à déplacer le réel, un réel vu autrement que par les faits, il crée une œuvre d’art, quelque chose de beau qui sonne juste et qui intéresse particulièrement la langue[3] » rappelle Anne-Laure Liégeois dans sa note d’intention. Et le temps du roman n’est pas celui du théâtre. Les personnages du premier parlent une langue qui a le temps. « Comme les ‘êtres de la vraie vie’, les personnages de théâtre parlent depuis l’instant » indique la metteuse en scène avant de préciser : « Si tout spectacle commence par un défi exalté aux mots, j’ai trouvé celui-là : représenter des êtres qui racontent une histoire, des êtres à la ? langue qui a le temps, qui en cela ne sont ni personnes ni personnages. Les faire entendre particulièrement. Et faire une œuvre d’une œuvre ! »

La révolution est une fête

Dans cette « nef des fous à la Bosch », pour reprendre l’expression d’Anne-Laure Liégeois, qui dérive durant quelques jours, l’occupation est racontée par ceux qui la font avec l’odeur du poulet comme seule arme. Adaptant une formule présidentielle récente, « On est en guerre », le groupe tente de renverser le pouvoir. « La violence, elle est d’abord contre nous » s’écrit Fatoumata. « On garde le Secrétaire d’État et on change la violence de camp ». Et avec elle la peur. « On ne s’engueule pas ! ». Les portes de l’usine sont désormais cadenassées. Plus personne ne peut entrer ou sortir. Le bonnes intentions, l’honnêteté, ne paient pas. « Les gentils ça ne fait jamais une grosse armée » entend-on. On évoque France Télécom, la chemise du DRH d’Air France… Le groupe recevra le soutien des employés municipaux, songera à la création d’une société coopérative et participative (scop), union ouvrière disposant d’une gouvernance démocratique à l’image de ce qu’ont fait les Fralibs dans le sud de la France. Certains confieront leur état de colère : « Dès que vous l’ouvrez la rage elle monte » s’entend dire le Secrétaire d’État. « Je ne veux plus de la haine. Je ne veux plus de cette colère qui m’étrangle là ». On évoque Jean Oury et la clinique de La Borde installée dans un château abandonné en 1953 après une errance avec trente-trois malades. « Ce soir la nef des fous vient d’accoster en Bretagne ». Fatoumata, point levé, chante au crépuscule.

 

 

Comment faire la révolution par la fête ? Ce qui transparait dans le roman et qu’Anne-Laure Liégeois réussit à restituer sur scène, c’est une incroyable force d’optimisme, un élan humain. Les ouvrières et ouvriers unis, se regardent, se découvrent, apprennent à se connaitre sans doute pour la première fois. Ils dévoilent leur humanité. L’histoire qui est contée est celle des rapports entre un individu de pouvoir et des ouvriers. « Je vois tout ce qui est sorti depuis qu’on est enfermés ici » leur dit Montville dont le visage se confond un instant avec celui d’Arnaud Montebourg. Dans cette confrontation au pouvoir, des choses se révèlent. « Il s’agit, après avoir toujours plié, tout subi, tout encaissé en silence pendant des mois et des années, d’oser enfin se redresser. Se tenir debout » écrit la philosophe Simone Weil en 1936. « Cette grève est en elle-même une joie. Une joie pure. Une joie sans mélange[4] ». La réalité aujourd’hui rattrape la fiction. Que la fête commence. Le théâtre polyphonique d’Anne-Laure Liégeois promet une révolution joyeuse.

 

Guillaume Lasserre 

 

 

[1] Arno Bertina, Des châteaux qui brûlent, Paris, Gallimard, 2017, 424 pp.

[2] Anne-Laure Liégeois, Note d’intention, dossier artistique Des châteaux qui brûlent.

[3] Ibid.

[4] Simone Weil, « La Vie et la grève des ouvriers métallos », paru sous le pseudonyme S. Galois, La Révolution prolétarienne, n° 224, 10 juin 1936

 

 

DES CHÂTEAUX QUI BRÛLENT - D’après le roman d’Arno Bertina, adaptation Anne-Laure Liégeois avec la collaboration d’Arno Bertina, mise en scène Anne-Laure Liégeois, avec : Alvie Bitemo, Sandy Boizard, Olivier Dutilloy, Anne Girouard, Fabien Joubert, Mélisende Marchand, Marie-Christine Orry, Charles-Antoine Sanchez, Agnès Sourdillon, Assane Timbo, Olivier Werner, Laure Wolf. Scénographie Aurélie Thomas, Anne-Laure Liégeois, lumières Guillaume Tesson, création sonore François Leymarie, costumes Séverine Thiebault, vidéos Grégory Hiétin, régie générale François Tarot, construction décor Atelier de la Comédie de Saint-Étienne, production Le Festin – Compagnie Anne-Laure Liégeois ; en coproduction avec Le Volcan – scène nationale du Havre, La Comédie de Saint-Étienne, la Maison de la Culture d’Amiens, La Filature – scène nationale de Mulhouse, Le Théâtre de l’Union – CDN du Limousin, L’Équinoxe – scène nationale de Châteauroux, Le Manège–scène nationale de Maubeuge; avec l’aide au montage d’Artcena ; avec la participation artistique du Studio-ESCA ; en coréalisation avec le Théâtre de la Tempête. Le texte est lauréat de l’aide à la création dramatique d’Artcena en 2022. Spectacle créé le 9 novembre 2022 au Volcan - Scène nationale du Havre, vu à La Filature – scène nationale de Mulhouse, le 14 décembre 2022.

 

 

 

 
 
Légende photo : Des châteaux qui brûlent, Anne-Laure Liégeois d'après Arno Bertina © Christophe Raynaud de Lage

 

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March 28, 2023 5:19 AM
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«Vertige 2001-2021» de Guillaume Vincent, nos vains temps

«Vertige 2001-2021» de Guillaume Vincent, nos vains temps | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Laurent Goumarre dans Libération le 28/02/2023

 

Le metteur en scène se plonge dans ses souvenirs de l’école de théâtre, intégrée en 2001, pour raconter vingt ans après l’évolution d’une génération qui s’est construite dans un monde en ébullition.

 

 

En 2021, Guillaume Vincent, metteur en scène qui n’a pas signé de pièce depuis trois ans, est appelé par l’Ecole du Nord pour animer un stage avec la promotion 6, dont sont issus les sept comédiens qui formeront le casting des représentations en cours sur la scène du Théâtre des Bouffes du nord. Le Covid et son confinement leur tombent dessus, l’occasion de faire le point, de regarder vers le passé. Pour Guillaume Vincent, ce sera un flash-back de l’année 2001, celle où il intègre l’école du TNS de Strasbourg. Qu’en retient-il ? Loft story, les attentats du 11 septembre, et un an plus tard, en France, la sidération de voir le Front national au second tour. Vingt ans plus tard, la téléréalité fictionnalise nos vies sur écrans et réseaux sociaux, le terrorisme islamiste a fait de multiples ravages internationaux et Marine Le Pen s’est enracinée comme jamais. Tout cela sera donc la toile de fond de cette pièce qui raconte la destinée de ces jeunes hommes et femmes, qui en 2001, entrent dans une école, rêvent de scènes politiques pour un théâtre qui changerait le monde. Que vont-ils devenir ?

 

 

Roman d’apprentissage, éducation sentimentale et illusions perdues, voilà leur histoire construite en aller-retour entre les souvenirs du metteur en scène et la biographie que les jeunes acteurs s’inventent – c’est leur exercice de stage. Toute la fragilité de la pièce est là, dans l’extrême scénarisation des parcours, des personnalités bien identifiés à leur storytelling : la «blonde» aux prises de parole systématiquement ponctuées d’un gimmick de stand-up («j’rigole… non j’rigole pas»), ou l’homme gay qu’on suit depuis le diagnostic de sa séropositivité jusqu’à l’avènement de sa paternité… Chacun a bien travaillé son registre, des bons élèves qui n’oublient pas d’évoquer les débats actuels : le manque de diversité dans les écoles de théâtre – et qui se vérifie une fois de plus sur le plateau –, une baise alcoolisée reconsidérée vingt ans après en viol, et même la mobilisation contre la réforme des retraites avec un texte lu en solidarité avec les manifestations jeudi dernier, soir de la première. On peut saluer ici le souci de coller à son époque, d’exprimer le «vertige» d’une génération désenchantée, mais qu’est-ce qui se dit de leur pratique du théâtre ?

 

La réponse : ironie et second degré avec deux exercices de mises en scène en miroir de Feydeau et Platonov d’Anton Tchekhov volontairement et caricaturalement «contemporaines» : nouvelle traduction bite et cul pour Tchekhov, fesses à l’air pour rajeunir Feydeau. A ce point de la représentation, on se demande quelle est cette idéologie masochiste qui anime la pièce. Le sauvetage vient des autres textes qu’injecte et superpose Guillaume Vincent : la prose splendide des Vagues de Virginia Woolf et des extraits de l’œuvre angoissée de Tchekhov, qui trouvent ici une convergence nouvelle.

 

 

Vertige 2001-2021 de Guillaume Vincent. Jusqu’au 8 avril au théâtre des Bouffes du Nord à Paris, du 12 au 14 avril à la Comédie de Reims, du 25 au 27 avril au Centre dramatique national Besançon Franche-Comté, et du 6 au 9 juin au Théâtre National de Bretagne à Rennes.

 

Légende photo : Guillaume Vincent en 2020. (Louise Quignon/Hans Lucas)

 
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March 27, 2023 9:30 AM
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«Othello» à l’Odéon, un monument au Maure

«Othello» à l’Odéon, un monument au Maure | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération - 27/04/2023

 

Porté par des acteurs formidables, Jean-François Sivadier transforme sur la scène de l’Odéon la tragédie en pièce ultracontemporaine, en respectant pourtant à la lettre le texte de Shakespeare.

 
 

Qu’est-ce qui emporte dans cette mise en scène d’Othello par Jean-François Sivadier, comme si la pièce de Shakespeare était un bolide non répertorié qui traversait quatre siècles et quart pour atterrir sur le plateau de l’Odéon sous nos yeux ébahis ? Qu’est-ce qui nous met aux aguets immédiatement, alors que comme souvent chez Sivadier, la scénographie ne cherche pas à être belle – mais l’abstraction des cadres en bois, sorte de grands panneaux roulants qui cernent la scène ainsi que le brouillage de la perception induit par des voiles font merveille ?

Comment Othello devient une pièce ultracontemporaine alors même que cette modernisation tient plus à des hypothèses de lecture qu’à des gestes grossiers de réécriture ? Le moteur essentiel, ce sont les acteurs, leur manière de paraître découvrir chaque mot, chaque situation, en même temps que le public auquel ils s’adressent le plus souvent frontalement, en restant de bout en bout extrêmement perméables à la salle.

 

Un spectacle participatif ? Non, même si de manière inopinée, on y apprendra lors d’un bref prologue bien amené quelques phrases de wolof. Se profile une pièce absolument respectueuse de la langue de Shakespeare, mais dans laquelle on fredonne Jealous Guy de John Lennon et on se saoule en dansant sur un vieux tube de Queen. Se construit un labyrinthe où s’engage, tête baissée, Othello, valeureux général de la République de Venise, ancien esclave noir né dans des contrées lointaines, qui ne semble avoir d’autres choix que de se laisser manipuler par Iago, souscrire à ses insinuations, laisser ses paroles le détruire, la ciguë des mots excitant sa jalousie et agissant telle une drogue dure dont il ne peut plus se passer. Merveilleuse scène où Nicolas Bouchaud-Iago, et Adama Diop-Othello s’aimantent, sont accolés, corps à corps, et ne semblent plus former qu’un seul esprit divaguant dans une obsession commune et folle.

 

«Le Maure est d’une nature ouverte»

Au début de la pièce, Adama Diop, irrésistible dans le rôle-titre, incarne donc un jeune chef équanime, guerrier sportif et souple, et si peu doué pour les complots, que Iago lui-même semble le choisir pour son peu d’appétence à la persécution : «Le Maure est d’une nature ouverte et franche qui croit les hommes honnêtes pour peu qu’ils le paraissent.» L’histoire a retenu la tragédie d’Othello, marionnette commettant un féminicide, et beaucoup moins celle de Desdémone, première victime de la machination, qui finit étranglée.

 

Osons le dire, même si la mise en scène de Sivadier ne renverse pas cette perspective, c’est bien un sentiment de découverte que l’on éprouve à sa vision. La pièce est ici légèrement décentrée sur Iago, exceptionnel Nicolas Bouchaud, qui ne cesse de rendre plastique son personnage, de lui sculpter de nouveaux visages, au fur et à mesure qu’il improvise de nouveaux pièges infernaux. «Je ne suis pas qui je suis» prévient énigmatiquement son personnage au début de la pièce. Adama Diop joue lui aussi de la transformation  physique que suscite sa vampirisation, devenant une ombre torturée qui se couvre d’un châle blanc, se terre dans le public pour tenter d’entendre ce qui se dit sur scène lorsqu’il n’y est pas, et va jusqu’à se couvrir le visage d’une crème blanche, dans un genre de black face inversé avant de commettre l’irréparable au dernier acte. A lui seul, le masque blanc, saisissant, fait comprendre que lui aussi n’est plus qui il est, pour reprendre l’expression de Iago. Le génie de la pièce est d’exposer que la haine et la duplicité se nourrissent d’elles-mêmes et n’ont besoin d’aucun mobile pour entrer dans une phase dynamique.

Un effet de symétrie entre les deux couples

Othello est le seul grand personnage du répertoire classique à être noir. Cependant, depuis quatre cent vingt ans, il n’a été joué qu’exceptionnellement par des acteurs noirs. Dans la revue En attendant Nadeau, Dominique Goy-Blanquet nous apprend que Sidney Poitier, acteur afro-américain vedette dans les années 50 et 60, refusait d’endosser ce rôle pour ne pas présenter au public un personnage qu’il jugeait «dupe» et sans doute ridicule. De même, le Britanno-Ghanéen Hugh Quarshie, de la Royal Shakespeare Company, estimait que le rôle renforçait les préjugés racistes. Aujourd’hui, à l’inverse, on n’imagine guère un acteur blanc tenir le rôle-titre – et Luc Bondy enflamma les réseaux lorsqu’il envisagea de distribuer dans Othello Philippe Torreton.

Pour autant, comme le note Jean-François Sivadier dans le dossier de presse, il serait insultant d’en déduire que la couleur de la peau détermine le choix de l’acteur. Faut-il forcément accorder une intention à ce que Jisca Kalvanda, qui joue ici (merveilleusement) Emilia, l’épouse de Iago soit elle aussi une actrice noire ? Tout au plus, cette distribution produit un effet de symétrie entre les deux couples de la pièce et laisse supposer que Iago n’agit pas par racisme. Manipulée par Othello, Emilia est celle qui saisit avant les autres la vérité, quitte à se dissocier radicalement de son monstre d’époux. Ainsi l’actrice et Sivadier mettent-ils en avant un certain féminisme de la pièce. Mais c’est toute la distribution qu’il faudrait citer : longue silhouette cassante et cassée, Cyril Bothorel, qui joue Brabantio, le père furieux de Desdémone, est parfait, tout comme Gulliver Hecq, Roderigo, jeton malheureux dans la machine à concasser les esprits de Iago…

Othello de Shakespeare, mise en scène de Jean-François Sivadier. A l’Odéon-Théâtre de l’Europe (VIe arrondissement de Paris) jusqu’au 22 avril.

 

Légende photo : A l’image d’Adama Diop en Othello et Nicolas Bouchaud en Iago, les acteurs sont le moteur de cette adaptation. ( photo Jean-Louis Fernandez)

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March 27, 2023 6:18 AM
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Emmanuel Meirieu : «Jouer et verser notre cachet à une caisse de grève»

Emmanuel Meirieu : «Jouer et verser notre cachet à une caisse de grève» | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Avant une dixième journée de mobilisation contre la réforme des retraites mardi 28 mars, artistes, intellectuels et militants nous livrent leurs réflexions sur la crise sociale et les moyens d’en sortir.

 

par Emmanuel Meirieu, metteur en scène

Je ne crois pas cette bataille perdue. Les gens sont en lutte. La perspective, c’est la victoire. Ce que je vois, c’est la détermination des grévistes et des manifestants. Le Président a choisi d’instaurer un rapport de force plutôt que de laisser voter nos députés. Je m’engage dans ce combat bien au-delà de ma situation sectorielle, même s’il est parfaitement fondé de la part des artistes et des techniciens.

 

 

On assiste depuis quelque temps au saccage patient, systématique de tout ce qui nous protège et je ne veux pas élever mes enfants dans cette société. Sept ans de Macron, c’est sept ans de guerre sociale. Les théâtres publics accueillent des œuvres profondément politiques. Concernant notre pratique, il y a cette question qui nous oppose parfois : est-ce qu’on doit grèver et bloquer tous les spectacles ? Et si on les bloque, doivent-ils tous l’être de la même façon ? Peut-être devrait-on ouvrir nos théâtres en journée pour accueillir les assemblées générales – les gens ont besoin de lieux qui soient protégés pour se retrouver ?

 

Comme d’autres, ma compagnie Bloc opératoire a parfois choisi de verser notre cachet à une caisse de grève. Jeudi, nous avons choisi de jouer les Naufragés d’après Patrick Declerck parce que c’est un spectacle politique. Si j’avais monté un Feydeau ou même Racine, j’aurais opté pour la grève. Et si gens de ma compagnie ou du théâtre avait choisi de bloquer notre spectacle, je l’aurais compris et on n’aurait pas joué. Je suis sidéré que le président Macron tienne cette ligne après le Covid. Il y a deux ans, la question mise en évidence était : «Comment vieillir dignement dans nos sociétés ? Quelle place fait-on à des corps plus vieux, plus fragiles ? Comment les protège-t-on ?» On a aux manettes un pyromane.

En tournée avec les Naufragés, d’après l’essai de Patrick Declerck.
 
 
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March 24, 2023 5:48 PM
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Sarah Tick met en scène Shahara de Caroline Stella

Sarah Tick met en scène Shahara de Caroline Stella | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Critique de Marie Plantin dans Sceneweb  23 mars 2023

 

Avec Shahara, la metteuse en scène Sarah Tick au double profil, médical et artistique, porte au plateau la pièce jeune public de Caroline Stella. Ou comment aborder en subtilité, une réalité plombée : la maladie des enfants de la lune. Entre humour et onirisme, ce spectacle est d’une beauté cosmique.

 

Elle s’appelle Shahara, c’est un prénom arabe, elle vient du Maroc. Mais à l’heure où s’ouvre cette pièce, c’est dans un autre pays qu’elle se trouve, confinée par nécessité, celui du Centre d’onco-dermatologie, sur le continent hôpital. Une géographie répartie entre couloirs, salles d’examen, couloirs encore, salles d’attente, bloc opératoire et un placard où Shahara aime se réfugier et s’inventer des histoires. Un territoire qui lui est familier car cela fait des mois qu’elle y passe ses journées. Shahara est atteinte d’une maladie au nom poétique qui cache une réalité qui l’est moins. La maladie des enfants de la lune. Shahara ne doit pas s’exposer à la lumière du jour. Les ultraviolets sont pour elle un danger. Sa peau est mouchetée de cratères, des pieds jusqu’à la tête comme autant de petits cancers. C’est ainsi que dans ses jeux imaginaires, la lune tient une place centrale, elle habite ses rêves d’évasion, nourrit son imagination, mère de substitution lointaine et proche à la fois, énigmatique et rassurante. Et puis Shahara n’est pas seule. Elle est certes entourée de l’équipe soignante mais elle fait la connaissance de Mélie qui débarque dans le service pour un grain de beauté qui a mal tourné. Le mauvais caractère de Shahara qui préfère grincer des dents plutôt que sourire fond comme neige au soleil au contact de cette gamine en salopette, inquiète et courageuse. Les deux filles embarquent dans le monde sans limite de l’imagination, décollage immédiat, cap sur l’espace et son immensité. Et le public, par leur intermédiaire, embarque dans celui de l’enfance, pas tout à fait insouciante mais fringante et dégourdie, avide de se changer les idées, prompte à jouer. L’enfance et sa vitalité bondissante, ses ressources infinies, sa propension communicative aux rêveries éveillées.

 

 

La pièce signée Caroline Stella adopte avec tact et justesse le point de vue des fillettes, elle suit les étapes de leur rencontre et la relation d’amitié qui naît progressivement entre elles, elle pénètre leur univers, leurs projections fantasmées, leurs inventions et leurs superstitions. Elle va jusqu’à entrer dans la tête de Shahara endormie, sous anesthésie générale. En apesanteur entre humour et poésie, elle aborde un sujet on ne peut plus délicat : les enfants malades. Ceux dont l’état de santé nécessite une hospitalisation de longue durée, des traitements lourds, des opérations angoissantes. Dis comme ça on voudrait fuir à toute jambes, fermer les yeux et éviter de regarder cette réalité, inconcevable et terrifiante, en face. C’est sans compter sur l’approche narrative onirique, sémillante et drôle, de l’autrice qui embrasse son sujet dans sa dualité sans rien omettre : la maladie et l’enfance, la maladie en toile de fond de l’enfance. En ce sens, la pièce évite tout pathos. Jamais plombante mais dynamique et enlevée, elle avance au rythme des dialogues caustiques et percutants, des réparties qui fusent, des jeux de l’enfance, des disputes, des fous rires, d’une solidarité dans l’adversité et d’une complicité générationnelle. Dans le rôle de Shahara, Nadia Roz est idéale, vive, précise, punchy. Elle tient la cadence de son personnage plein de bagout et de gouaille, héroïne à la personnalité bien trempée, elle forme un binôme épatant avec sa partenaire, Barbara Bolotner, formidable aussi. Car dans ce spectacle à quatre interprètes, ce sont les comédiennes qui mènent la danse tandis que les hommes, en retrait, orchestrent au plateau, bruitage en direct, bande son et lumières, alternant les rôles secondaires et la régie en live, tantôt membres du personnel hospitalier, tantôt ingénieurs à la NASA ou créature chimérique habitant la lune.

 

 

Dans un dispositif scénographique astucieux et non réaliste (de Anne Lezervant) déployant au sol un tapis circulaire de gravier blanc et un hémicycle de panneaux verticaux délimitant les espaces et favorisant les déplacements, le plateau accueille les sublimes vidéos immersives, cosmiques et lunaires, signées Renaud Rubiano et Pierric Sud, et les costumes subtiles et inventifs de Charlotte Coffinet (mention spéciale à la très belle tenue de cosmonaute, légère, fluide, jouant sur les transparences).   

Mis en scène par Sarah Tick, ce spectacle somptueux brille par sa beauté plastique autant que par sa finesse d’interprétation et la sensibilité de son texte. On n’en attendait pas moins d’une artiste à la double casquette suffisamment rare pour être soulignée, à la fois metteuse en scène et médecin ophtalmologiste, rompue au milieu hospitalier autant qu’aux planches.

 

 

Avec brio, elle mène à bien ce projet puissant et engagé qui porte à la scène une thématique très peu mise en récit pour en faire une aventure épique et intime vécue à hauteur d’enfants. D’un sujet médical on ne peut plus embourbé de réel, elle en tire une création scintillante et émouvante qui impose avec grâce un univers sonore et musical fort et des images superbes. Un pied sur terre, l’autre sur la lune, Shahara est un spectacle courageux et généreux, baigné de lumière et d’obscurité, de gravité et de légèreté, qui circule en toute fluidité entre ses divers degrés de fiction et nous étreint de frissons. Un spectacle aux airs de voyage spatial et intérieur qui nous glisse des phrases à méditer pour longtemps et nous dit en creux que l’imaginaire et l’amitié sont des remèdes nécessaires pour lutter contre l’adversité.

 

 

Marie Plantin – www.sceneweb.fr

Shahara
Texte Caroline Stella (Éditions Espaces 34)
Mise en scène Sarah Tick
Dramaturgie Morgane Lory
Assistanat à la mise en scène Laura Bauchet
Scénographie Anne Lezervant
Création vidéo Renaud Rubiano et Pierric Sud
Création musicale Guillaume Mika et Nicolas Cloche
Création et régie lumière Julien Crépin
Création et régie son Pierre Tanguy
Costumes Charlotte Coffinet
Avec Barbara Bolotner, Julien Crépin, Guillaume Mika et Nadia Roz

Production Compagnie JimOe
Coproduction Les Plateaux Sauvages et La Manekine – Scène intermédiaire des Hauts-de-France
Coréalisation Les Plateaux Sauvages
Avec le soutien et l’accompagnement technique des Plateaux Sauvages
Avec le soutien du Fonds SACD Théâtre, de la SACD-Beaumarchais, du Théâtre Paris-Villette, du Théâtre du Chevalet – Ville de Noyon, de la Ville de Paris, du Tiers-Lieu La Commune, de L’étoile du nord, de la DRAC Hauts-de-France – Ministère de la Culture, de la Région Hauts-de-France, du Département de l’Oise, de l’Adami et de la SPEDIDAM
Avec le soutien de la DRAC Île-de-France – Ministère de la Culture

Shahara a reçu l’Aide à l’écriture Théâtre de la SACD-Beaumarchais et la Bourse d’écriture du Centre National du Livre.
Shahara est nommé au Prix Kamari et publié aux Éditions Espaces 34.

A partir de 7 ans
Durée : 1 h

Du 20 au 25 mars 2023
Aux Plateaux Sauvages à Paris

Les 6 et 7 avril 2023
Au Théâtre du Chevalet – Ville de Noyon

Du 23 au 26 mai 2023
A l’Etoile du Nord – Paris

 

 

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March 24, 2023 10:45 AM
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Le Théâtre du Soleil crée une passerelle avec l’Ukraine

Le Théâtre du Soleil crée une passerelle avec l’Ukraine | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans le Monde  24/03/23

 

Ariane Mnouchkine organise un stage de théâtre, l’Ecole nomade, à Kiev, tandis que la Cartoucherie accueille les actrices de Dakh Daughters à Vincennes.

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/03/24/le-theatre-du-soleil-cree-une-passerelle-avec-l-ukraine_6166806_3246.html

Ariane Mnouchkine, directrice du Théâtre du Soleil, a pris le large. Direction Kiev. Une partie de sa troupe est restée à Paris pour accueillir Danse macabre, un spectacle ukrainien proposé par Vladislav Troïtskyi et le groupe Dakh Daughters. Une passerelle vient de se dresser de pays à pays. La metteuse en scène française dirige un stage de théâtre (l’Ecole nomade) dans une capitale sous tension pendant que les actrices de Dakh Daughters chantent au bois de Vincennes leurs vies bouleversées par l’agresseur russe.

 

 

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés A Paris, le Théâtre du soleil, une utopie politique au service de l’art

Cette permutation géographique est hautement symbolique. Elle permet à l’art de se déployer au-delà des frontières. Vladimir Poutine « n’empêchera pas les artistes d’aller rejoindre leurs camarades là où ils se trouvent », affirme Ariane Mnouchkine, jointe à Kiev. A la guerre culturelle que livre le président de la Fédération de Russie, cette même culture répond en refusant de déserter ses territoires légitimes. Elle occupe les plateaux, creusets d’utopies et d’imaginaires.

 

Dans la ville ukrainienne où ont convergé, depuis le 23 mars, une centaine d’élèves acteurs et de jeunes professionnels, la troupe du Soleil a investi « une sorte de petit opéra avec un foyer arrondi ». Les acteurs ont tendu des tissus colorés, récupéré çà et là tables, chaises, accessoires et ils se sont mis au travail. Pour leur patronne, agir était une évidence : « Je n’en pouvais plus de rester, bras ballants, à écouter les informations. Récolter de l’argent pour l’Ukraine ne suffisait plus. Nous étions tous dans un état d’impuissance, de frustration et de désolation. Il y a environ un mois, j’ai proposé à l’équipe de venir faire, sur place, ce que nous savons faire : une Ecole nomade. »

« Le poids d’une plume »

Sa tribu est rompue à l’exercice. L’Ecole a déjà vogué jusqu’au Chili, au Royaume-Uni, en Suède ou en Inde. En 2005, une compagnie afghane (le Théâtre Aftaab) est même née dans la foulée d’une session effectuée à Kaboul. Mais le séjour à Kiev, au cœur d’un pays assailli par les bombes, sort de l’ordinaire. « Nous ne sommes pas sur le front et je ne vais pas, à mon âge, 84 ans, apprendre à manier un fusil pour me transformer en soldat, relativise notre interlocutrice. Bien d’autres gens agissent ici sans que personne ne le sache. » La présence du Soleil (et à travers lui celle de l’art) pèse, dit-elle, « le poids d’une plume ». Mais cette plume sert à écrire et elle aide à penser. Etre là, rappelle l’artiste, c’est le « b.a.-ba de la résistance ».

 

 

Lire la revue de presse Théâtre du soleil : retour sur 50 ans de créations

Pendant quinze jours, les participants de l’Ecole nomade vivront au rythme des improvisations, des chœurs et des masques : « Si on arrive à leur donner deux semaines de fête et de ravissement, ce sera déjà ça. » Dans un discours prononcé le 24 février lors d’un Forum Europe-Ukraine, Ariane Mnouckhine concluait son allocution par cet appel tranchant : « Pour gagner cette guerre culturelle que nous livre la Russie, il faut d’abord gagner la guerre. Tout court. Que cela nous plaise ou non. »

 

Ce n’est pas demain que cette combattante abdiquera devant les ennemis de la liberté. Ses armes sont la fiction, le jeu, la beauté. Elle les utilise plus et mieux que beaucoup. Faute de pouvoir se trouver ici et ailleurs en même temps, elle avoue un regret : ne pas assister à la Cartoucherie de Vincennes au spectacle des Dakh Daughters et au concert exceptionnel que donneront, le 26 mars à 17 h 30, la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton et son alter ego ukrainien, Aleksey Shadrin.

 

 

Danse macabre, de Vladislav Troïtskyi et les Dakh Daughters, du 24 mars au 2 avril. Ensemble. Concert de Sonia Wieder-Atherton & Aleksey Shadrin, le 26 mars à 17 h 30. Théâtre du Soleil, la Cartoucherie, Paris 12e.

 

 

Joëlle Gayot / Le Monde 

 

Légende photo : Ariane Mnouchkine à Kyoto (Japon), le 12 novembre 2019. CHARLY TRIBALLEAU / AFP

 

 

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En Auvergne-Rhône-Alpes, “Laurent Wauquiez déclare la guerre aux artistes et aux intellectuels”

En Auvergne-Rhône-Alpes, “Laurent Wauquiez déclare la guerre aux artistes et aux intellectuels” | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Olivier Milot dans Télérama Publié le 23 mars 2023 

 

 

En suspendant au dernier moment le vote des subventions, le président du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes relance son bras de fer avec le monde du spectacle vivant, qui en appelle au peuple.

 

Lire l'article sur le site de Télérama : https://www.telerama.fr/debats-reportages/en-auvergne-rhone-alpes-laurent-wauquiez-declare-la-guerre-aux-artistes-et-aux-intellectuels-7014816.php

 

 

 

Comme un air de déjà-vu. Le conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes a ajourné au dernier moment et sans explication le 10 mars dernier le vote des subventions à des dizaines de lieux de création et de diffusion (théâtres, salles de concerts, festivals…) sur le territoire aurhalpin. Un mauvais coup porté aux acteurs locaux du spectacle vivant, qui, une fois de plus, se retrouvent sans la moindre information sur les moyens que le conseil régional leur allouera en 2023, alors même que l’année est déjà bien engagée en termes de programmation de spectacles. De quoi déstabiliser un peu plus un secteur déjà confronté à de multiples augmentations de charges – notamment énergétiques – et soumis depuis des années à une baisse des subventions de l’État et des collectivités locales. « Les structures que nous représentons sont mises en péril financièrement ; les emplois (permanents et intermittents) sont menacés ; certains lieux vont devoir dans un délai très court recourir au chômage technique, déprogrammer des spectacles, voire fermer leurs portes, dans l’attente d’une date incertaine pour le vote de leurs subventions », s’alarment l’ensemble des organisations professionnelles du secteur dans un communiqué.

 

 

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L’agacement et la colère sont d’autant plus forts que c’est le même scénario que l’année dernière qui est en train de s’écrire. Pas de communication en amont, l’annonce au dernier moment du report du vote, l’incertitude maintenue jusque tard dans la saison sur le montant définitif des subventions. La région a beau affirmer que « le budget culture a été sanctuarisé et ne baissera pas d’un euro », la méfiance est généralisée. Tout le monde a en tête les plus de 4 millions d’euros rayés d’un trait de plume l’an passé et, pour beaucoup, cette sanctuarisation annoncée ne constitue en rien une garantie. « Laurent Wauquiez finance ce qu’il veut, et en priorité le patrimoine et tout ce qui donne une visibilité au conseil régional », grince un directeur de théâtre.

 
 

Tout cela dessine un projet réactionnaire et populiste.

Pascale Bonniel-Chalier y voit avant tout un projet politique lié aux ambitions nationales du président du conseil régional. « Nous avons la conviction que le secteur du spectacle vivant et de la création contemporaine est dans le viseur de Laurent Wauquiez, explique la conseillère régionale écologiste. Il est dans un affrontement idéologique assumé. D’un côté, il déclare la guerre aux artistes et aux intellectuels, de l’autre, il fait passer lors de la dernière assemblée plénière des délibérations sur les anciens combattants et l’attribution de bourses au mérite ; des subventions au patrimoine des particuliers et des petites communes ; et émet le vœu d’une protection du patrimoine religieux en expliquant que les églises sont l’âme de la France. Tout cela dessine un projet réactionnaire et populiste. »

 

 

Le conseil régional reste, lui, droit dans ses bottes, comme si la situation était parfaitement normale. « L’étude des demandes est toujours en cours. Les acteurs culturels seront informés début avril des propositions de subvention qui seront formulées pour la commission permanente du mois de mai. » De quoi espérer un versement au mieux cet été et compliquer un peu plus la gestion des lieux de création et des compagnies artistiques qui en dépendent.

 

 

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Alors le ton monte. Les organisations représentatives du spectacle vivant en Auvergne-Rhône-Alpes dénoncent « l’irresponsabilité de ces décisions et la violence répétée des méthodes employées par l’exécutif de la région ». Elles appellent les élus, « quelle que soit leur sensibilité politique, à s’opposer à cet affaiblissement de la politique culturelle régionale, qui fragilise les structures culturelles et dégrade l’emploi du spectacle vivant » et demandent directement leur soutien aux habitants, en les invitant à signer une pétition en ligne « pour sauvegarder le service public de la culture et de ses emplois en AURA ». Ce n’est plus un bras de fer, c’est une guerre ouverte.

 

 

Olivier Milot / Télérama
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