Revue de presse théâtre
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LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE  :   L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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February 7, 2025 10:42 AM
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Kelly Rivière crée « La Vie Rêvée », un seule en scène brillant

Kelly Rivière crée « La Vie Rêvée », un seule en scène brillant | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Amandine Cabon dans La Terrasse - 7 fév. 2025

 

Après le succès de sa première création, An Irish Story, Kelly Rivière revient avec un nouveau seule en scène où elle interprète son double fictif, Kelly Ruisseau. Mêlant musique et théâtre, la comédienne retrace son parcours d’artiste, du rêve à la réalité.

 

Les applaudissements retentissent. Une danseuse en tutu blanc, pointes aux pieds vient saluer. Cela ressemble de loin à une fin, mais ce n’est que le début d’un rêve éveillé. Celui de Kelly Ruisseau, comédienne de quarante ans et alter-ego fictif de Kelly Rivière, créatrice et interprète de ce seule en scène épatant. La machine à remonter le temps est lancée. Kelly Ruisseau nous embarque sur les rapides de sa mémoire, un périple semé d’embûches, entre « Cluedo » de Comité d’Entreprise, casting foiré et rêve de danseuse étoile envolé. Sans jamais faire naufrage, elle se raccroche aux bouées de sauvetage lancées par la vie : Liam, son fils, Mamie Nana, sa grand-mère paternelle, Max, son ami et comparse de théâtre. Un tourbillon de personnages, tous plus drôles et attendrissants les uns que les autres, jaillit sous nos yeux, incarnés ou réincarnés pour certains, par le corps et la voix de Kelly Rivière. Elle se métamorphose, change d’aspect et d’accents, tour à tour mère irlandaise cinglante ou mamie montpelliéraine déboussolée. L’artiste déploie un jeu savoureux, s’amusant des codes implicites du théâtre avec talent. Un hommage à l’art dramatique qui se double d’un hommage à ses proches disparus (Max, son ami comédien et Mamie Nana). N’est-ce pas une des missions du théâtre que de dialoguer avec nos morts ?

 

Une mise en scène aussi drôle que poétique

Dans l’œil de l’ouragan, se lovent la beauté et la douceur d’une éclaircie. Dans cette mise en scène, se logent la musique et la poésie. Ainsi, la superbe composition scénographique d’Estelle Gautier s’ajoute à la douce mise en lumière de Laurent Schneegans, offrant au spectateur un espace noué de souvenirs. Un macramé noir et doré tisse le fond de scène tandis qu’un piano recouvert de photos et de partitions trône à jardin. Avec celui-ci, Kelly Rivière nous emporte dans les mélodies de Jacques Debronckart : « Je suis comédien, je dors le matin… », ou dans ses rêves de Broadway de jeune comédienne. Des plumes aériennes tapissent le plateau. La métaphore de l’oiseau se file quand la comédienne s’affranchit des ramages et des plumages du milieu théâtral. Elle ne devient pas le cygne de Tchaïkovski, comme l’aurait peut-être voulu la Kelly de treize ans, mais la libre Pie Voleuse de Rossini. Piquant, tournoyant et virevoltant, Kelly Ruisseau s’envole avec panache vers le firmament.

 

Amandine Cabon / La Terrasse

 

La Vie Rêvée
du lundi 3 février 2025 au samedi 15 février 2025
Les Plateaux Sauvages
5 rue des Plâtrières, 75020 Paris.

du lundi au vendredi à 19h et le samedi à 16h30. Tél. : 01 83 75 55 70. Durée : 1h15.

 

En tournée : le 13 mars au Théâtre de la Tête noire de Saran. Le 10 avril au Théâtre du Garde-Chasse, Les Lilas. Les 17 et 18 avril au Théâtre le Pilier de Belfort.

 
 
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February 6, 2025 11:45 AM
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« Brûler d’envies » ou la rage fougueuse des jeunes artistes circassiens

« Brûler d’envies » ou la rage fougueuse des jeunes artistes circassiens | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosita Boisseau dans Le Monde - 5 février 2025

 

A La Villette, six diplômés du Centre national des arts du cirque proposent un spectacle de fin d’études énergique et réjouissant.

Lire l'article sur le site du "Monde"

https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/02/05/bruler-d-envies-ou-la-rage-fougueuse-des-jeunes-artistes-circassiens_6533439_3246.html

Pas besoin de chauffage sous le chapiteau de La Villette, à Paris. Non seulement les six jeunes artistes de la 36e promotion du Centre national des arts du cirque (CNAC) sont fermement décidés à « brûler d’envies », comme l’indique le titre du spectacle, mais ils charbonnent si fort qu’ils ont mis le feu à la piste, et aux spectateurs avec. Et qu’est-ce que c’est bon de taper des pieds de concert sur les gradins, de crier, d’applaudir en souriant béats jusqu’au bout des oreilles !

 

Chaque début d’année depuis 1996, le CNAC, installé à Châlons-en-Champagne, prend ses quartiers dans le parc de La Villette. Il dépêche ses émissaires frais diplômés après trois ans d’études et les lance à l’attaque du milieu professionnel et à la rencontre du public dans une production « carte d’identité », destinée à tourner si succès. Sous la direction d’un metteur en scène et d’un chorégraphe reconnus, ici David Gauchard et Martin Palisse, cette création affiche un cahier des charges complexe. Elle doit accorder les différents tempéraments au travail dans un geste commun en proposant une synthèse des talents de chacun. Le pompon ? Sortir du lot de l’exercice de style et affirmer sinon une signature, du moins un esprit, une couleur.

 

Question palette, noir, c’est noir sur la piste de Brûler d’envies. A l’écoute des jeunes acrobates, David Gauchard et Martin Palisse ont pris à bras-le-corps le défi que représente ce spectacle tremplin de fin d’études. Ils répercutent leurs météos orageuses et inquiètes. Il fait sombre, l’avenir est bouché. « Il n’y a plus rien à faire », entend-on répéter dans la bande-son caverneuse signée par le compositeur électro Pangar, qui va bientôt accélérer les percus qui cavalent fort.

Envie d’en découdre

Un texte en arabe, traduction de la chanson Paix, de Catherine Ribeiro + Alpes, dite par le surprenant spécialiste de l’équilibre sur les mains Jaouad Boukhliq, résonne sous la toile : « Paix à nos esprits malades, à nos cœurs éclatés, paix à nos membres fatigués, déchirés, paix à nos générations dégénérées, paix aux grandes confusions de la misère… » Une seule issue au désespoir qui étouffe : voir rouge, se jeter à fond dans sa passion et foncer sur ses agrès encore et encore pour évacuer la tension et tenter de venir à bout du feu qui consume.

 

Si la vulnérabilité juvénile des interprètes, tous habillés en noir et blanc, affleure parfois au cours de la pièce et fait filer un frisson épidermique, elle ne bride pas leur envie d’en découdre. Elle est même sans doute l’un des carburants de leur rage fougueuse qui les projette sans répit sur scène. Mano Vos porte sa roue Cyr de 1,85 mètre de diamètre et de 22 kilogrammes à bout de bras au-dessus de lui ou en équilibre sur une épaule, avant de la faire tournoyer autour de son cou comme un collier démesuré. L’Irlandaise Heather Colahan-Losh s’enroule dans sa corde lisse et se love dans son refuge rien qu’à elle. L’acrobate au sol Marine Robquin bondit et voltige entre les bras de ses partenaires. Courses et sauts du haut d’un mur de baffles s’enchaînent et activent des circulations de plus en plus urgentes, comme si tous les bouchons qui retiennent l’énergie avaient explosé dans une fièvre indomptable.

 

Cette libération prend le ton d’une frénésie d’exploits, de culbutes incroyables. Entre les deux mâts chinois plantés au bord de la piste, le duo Antonin Cucinotta et Uma Pastor, vivants projectiles, tracent, s’accrochent et s’imbriquent dans des étreintes à la renverse sidérantes. Grimper, se contorsionner, chuter, recommencer, tester, s’obstiner. Chaque interprète se distingue tandis que le collectif s’enflamme et décolle dans un climax. Du risque, du muscle, de la grâce et cette foi en l’autre qui auréole le jeu du cirque, aussi dangereux soit-il, d’une beauté joyeusement humaine.

 

 

Brûler d’envies, par les étudiants du CNAC, dans une mise en scène de David Gauchard et Martin Palisse. Jusqu’au 16 février, à La Villette, Paris 19e. En tournée : les 28 et 29 mars à Elbeuf, les 20 et 21 juin à Lyon.

 

 

Rosita Boisseau / Le Monde 

 

Légende photo : « Brûler d’envies », par la 36e promotion du Centre national des arts du Cirque (CNAC), à La Villette, en novembre 2024. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE

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February 5, 2025 11:55 AM
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Marion Pellissier met les « Trois petits cochons » sur le gril

Marion Pellissier met les « Trois petits cochons » sur le gril | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Vincent Bouquet dans Sceneweb - 5 fév. 2025

 

À la tête de sa compagnie, La Raffinerie, la metteuse en scène place la fable populaire à hauteur d’Hommes, et ouvre, avec juste ce qu’il faut d’audace, les portes d’un méta-conte en forme de turbulent laboratoire théâtral.

 

 

 

« Ceci n’est pas un spectacle jeune public ». L’avertissement délivré par Marion Pellissier dès les premières lignes de sa note d’intention n’est pas superfétatoire, tant le titre de sa dernière création, Trois petits cochons, fait immédiatement référence dans l’imaginaire collectif, et malgré son sous-titre Les monstres courent toujours, au conte pour enfants dont elle s’inspire. Sans cette mise en garde, parents et enseignants, alléchés par leurs propres souvenirs de jeunesse de ce conte européen hérité de la tradition orale du XVIIIe siècle, pourraient être tentés d’y emmener les plus petits – ce qui pourrait leur provoquer, prévenons-les d’emblée, quelques jolies frayeurs. Ce réflexe serait d’autant plus compréhensible que l’univers du conte a, ces dernières années, envahi les scènes théâtrales avec, dans l’immense majorité des cas, une forme appropriée au jeune public. De Blanche-Neige à La Petite Sirène, d’Hansel et Gretel au Petit Chaperon rouge, en passant par Cendrillon, nombre de fables populaires sont devenues des sources d’inspiration pour des artistes aussi différents que Géraldine MartineauRose MartineJoël PommeratIgor MendjiskyMichel Raskine ou encore le collectif Das Plateau – pour ne citer qu’eux. Le plus souvent adaptées, de manière plus ou moins fidèle, parfois réécrites par des auteur·rices, telle Marie Dilasser, il est remarquable d’observer leur capacité à résister à l’écoulement du temps, à parler, grâce à leurs multiples couches narratives, autant aux adultes qu’aux enfants, et à se parer de reflets nouveaux une fois éclairées par les lumières contemporaines.

 

 

Ce travail de réactivation, voire de réappropriation, des contes anciens, Marion Pellissier le mène avec l’audace de celles et ceux qui n’ont pas peur de passer à la vitesse supérieure. Plutôt que de raconter l’histoire de Naf-Naf, Nif-Nif et Nouf-Nouf – pour peu que l’on veuille bien reprendre les noms donnés, au XXe siècle, par Disney –, la fondatrice de la compagnie La Raffinerie plonge dans le quotidien de la famille Cochon, et plus particulièrement dans la vie de Nina, Nouria et Naël. Installés à Villeton, une petite commune du Lot-et-Garonne, depuis leur enfance, les trois membres de la fratrie décident de quitter le domicile familial à la suite de la mort de leur mère, Andrea, une chanteuse de cabaret à succès. Tandis que leur père, dévasté par le chagrin, se montre un rien tyrannique avec eux, les deux soeurs et leur frère veulent chacune et chacun bâtir une petite maison pour poursuivre leur parcours en solo : l’une, celle de Nouria, en paille, l’autre, celle de Naël, en bois, et la dernière, celle de Nina, en briques. Par rapport au côté un peu évaporé de la première et au caractère inconséquent du second, la troisième, qui prend son rôle d’ainée très à coeur, apparaît beaucoup plus anxieuse, maniaque du contrôle, comme si quelque chose la poussait toujours à se préparer au pire. Future mère, son existence sérieuse et solitaire tranche avec celles de son frère, qui végète en mari un peu mollasson, et de sa soeur cadette, qui se rêve déjà en future star de la chanson. C’est d’ailleurs par ce biais que le loup va entrer dans la porcherie, en se faisant passer pour un producteur intéressé par les compositions de Nouria, avant qu’elle ne se rende compte que l’homme n’est autre que Claude Michel, surnommé « le cannibale des Causses ».

 

 

À travers cette réécriture à hauteur d’Hommes, Marion Pellissier remonte le cours de la parabole qui, à l’origine, sous-tendait le conte et chargeait des figures animales avec des sentiments humains. Cette opération de distanciation littéraire, l’autrice et metteuse en scène la renverse et (ré-)humanise la fable pour mieux la rapprocher de nous. Dans chacun des individus mis en jeu, elle s’attache à injecter certaines caractéristiques de l’histoire et des personnages animaliers dont elle s’empare – le départ du cocon familial pour vivre sa vie, la minutie presque un peu trop pointilleuse de Naf-Naf, l’assurance frivole de Nif-Nif et Nouf-Nouf, le besoin de chair fraîche du loup… –, et ouvre alors les portes d’une forme de méta-conte. Car, à l’image du fonctionnement de la fable qui sert à formater les petits esprits humains à coups de sentences moralisatrices – en l’espèce : si tu te tiens sage et que tu travailles, tu t’en sortiras mieux face aux difficultés de la vie qu’en étant turbulent et paresseux –, Marion Pellissier interroge la manière dont les traumatismes familiaux influent, eux aussi, sur les individus, comment ils conditionnent leurs comportements et orientent leur trajectoire de vie. Consciente que les contes répondent, pour remplir leur fonction éducative première, à une série de codes narratifs, la metteuse en scène ne s’arrête pas là et redouble son geste en tentant de les subvertir. Au lieu de se servir d’un vecteur théâtral dramatiquement classique, elle multiplie les styles, et, scène après scène, passe du thriller au vaudeville, de la sitcom américaine à la Nouvelle Vague, de l’opéra à la comédie musicale, de la danse contemporaine au western, du documentaire à la pantomime, de l’installation d’art contemporain aux bruitages en direct, ou encore du road-movie façon série B à la tragédie en alexandrins.

 

 

Aussi audacieux que déroutant, ce kaléidoscope de genres, empruntés aussi bien aux domaines littéraire, théâtral que cinématographique, transforme le plateau en laboratoire scénique prolifique et turbulent. Si la mise en oeuvre de certains styles pourrait parfois être plus accentuée, ou rallongée, pour produire pleinement ses effets, si le récit fictif est enchevêtré avec une histoire méta-théâtrale qui, malgré sa justesse – en même temps que les coulisses de la fabrication du conte, Marion Pellissier éclaire celles, pas toujours roses, de la création d’un spectacle, où le metteur en scène peut se montrer, lui aussi, monstrueux et les atermoiements privés et professionnels des uns et des autres peuvent venir percuter l’acte artistique –, tend à le parasiter et n’apparaît pas suffisamment aboutie dans l’écriture, ce procédé multi-formes trouve sa pertinence dans sa façon de mettre le conte à l’épreuve. Tantôt cocasses, tantôt organiques, tantôt iconoclastes, tantôt adéquats, les multiples styles, leur hybridation et leur alternance occasionnent des frottements emplis d’étincelles, et révèlent la force des codes et leur capacité à influencer le récit délivré – à la manière de la fonction poétique du langage de Jakobson –, soit en l’amplifiant, soit en le décalant, soit en le parasitant, soit en pointant l’un de ses reliefs jusqu’ici restés dans l’ombre. Pour réussir cet exercice, à la fois culotté et périlleux, Marion Pellissier peut compter sur une belle et solide bande de comédiennes et comédiens, visiblement réjouis de participer à cette expérience théâtrale qui, de style en style, les challenge autant qu’elle nous stimule.

 

 

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Trois petits cochons / Les monstres courent toujours
Texte et mise en scène Marion Pellissier
Avec Yasmine Berthoin, Charlotte Daquet, Julien Derivaz, Steven Fafournoux, Morgan Lloyd Sicard, Sabine Moindrot
Création sonore Thibault Lamy
Création vidéo Nicolas Comte
Création lumière Jason Razoux
Costumes Julien Derivaz, Sabine Moindrot
Scénographie Marion Pellissier, Gabriel Burnod
Construction, décoration Gabriel Burnod, Jean Bastien Savet, Denis Collas, Claire Bochet
Composition des chants Eugénie Bernachon, Yasmine Berthoin

Production La Raffinerie
Coproduction ZEF, Scène nationale de Marseille ; Théâtre de Châtillon ; Théâtre Jean Vilar de Montpellier ; Théâtre SORANO, Scène conventionnée de Toulouse (GIE FONDOC) ; Scène nationale Grand Narbonne (GIE FONDOC) ; Collectif En Jeux
Avec le soutien du Théâtre Joliette (Marseille), de la Maison Jacques Copeau, de La Ferme du Buisson, du Centquatre-Paris, du Théâtre de Malakoff, du Festival FRAGMENTS#11 (la Loge) et du Warm UP / Printemps des Comédiens de Montpellier

Ce spectacle reçoit le soutien de la SPEDIDAM et d’Occitanie en scène dans le cadre de son accompagnement au Collectif En Jeux. Le texte est accompagné par le collectif À Mots Découverts.

 

La Raffinerie est conventionnée par la DRAC Occitanie, soutenue par la Région Occitanie et la Ville de Montpellier. Marion Pellissier est associée au ZEF, Scène nationale de Marseille.

Durée : 2h10

Théâtre de Châtillon
les 3 et 4 février 2025

Centquatre-Paris, dans le cadre du Festival Les Singulier·es
du 7 au 9 février

 

Photo Elven Sicard

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February 4, 2025 11:42 AM
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« La Peur » : François Hien dénonce les abus sexuels au sein de l’Église catholique

« La Peur » : François Hien dénonce les abus sexuels au sein de l’Église catholique | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Gérald Rossi dans L'Humanité - 2 février 2025

 

Dans la Peur, François Hien s’interroge sur les dégâts du silence de certains prélats de l’Église catholique confrontés aux révélations d’abus sexuels.

 

Pas d’orgue fleuri de piété, pas non plus de peinture édifiante. Sur la scène, seule une belle et lourde table de bois garnie de deux bancs crée un espace intime et apaisé. Installé sur des gradins disposés de trois côtés, le public est invité à partager hésitations et tourments d’un curé ordinaire brutalement confronté au secret de la confession dans une affaire de pédocriminalité. La Peur, de François Hien, qu’il met en scène avec Arthur Fourcade, est ainsi une fiction qui se conjugue dans la réalité du quotidien.

Parce qu’il aime les garçons, mais sans jamais avoir abusé quiconque, le père Guérin (Arthur Fourcade, particulièrement convaincant) a été banni de sa paroisse. Il vit désormais reclus chez Mathilde, sa sœur (Estelle Clément-Bealem en alternance avec Laure Giappiconi). Aujourd’hui, Mgr Millot (Marc Jeancourt, acide et tourmenté à la bonne mesure) vient lui proposer de pouvoir à nouveau exercer son sacerdoce dans une nouvelle paroisse. Mais c’est un troc. Une arnaque même.

Un homme sur le chemin de la vérité

L’évêque est désormais confronté à la justice d’un tribunal. Pour avoir, comme l’on dit souvent un peu vite, « couvert » des actes d’agressions sexuelles. Selon le témoignage du père Guérin (qui avait recueilli la confession du prêtre violeur), le verdict sera forcément différent. « Ne dites que la vérité. Mais ne la dites pas tout entière », demande le prélat. Le curé, tout à son bonheur de simple homme d’Église de retrouver des fidèles, entre d’abord dans le jeu de l’évêque, son supérieur hiérarchique.

La Peur fonctionne comme un polar. Il ne s’agit à aucun moment de s’en prendre à la religion catholique (ni à aucune autre d’ailleurs) mais de déboulonner une omerta mortifère. « Je crois que le théâtre peut être le lieu d’un dépassement du conflit, mais un dépassement qui n’est possible qu’à condition de ne rien passer sous silence », explique François Hien.

 

 

Lorsque la pièce a été créée pour la première fois au Théâtre des Célestins, à Lyon, en novembre 2021, l’actualité bruissait encore de la publication du rapport Sauvé estimant à 216 000 le nombre de jeunes victimes d’agressions sexuelles au sein de l’Église, entre 1950 et 2020. En ce début d’année, la Peur est recréée, avec une équipe en partie changée. Et voilà que l’Église est à nouveau empêtrée dans un scandale après les accusations portées contre l’abbé Pierre (mort en 2007) par plus de trente femmes, abusées.

 
 

Dans la Peur, un jeune homme, Morgan (remarquable Pascal Cesari en alternance avec Mikaël Treguer), lui-même victime d’abus, finit par amener le père Guérin à reconsidérer sa position. Ce que fait aussi à sa façon Tawfik (Kadiatou Camara en alternance avec Ryan Larras), un temps amoureux du curé. « C’est tout le chemin accompli par un individu sur le chemin de la vérité, c’est un homme qui change à vue », pointe François Hien. Le metteur en scène et son équipe sont parvenus à donner, avec une bonne dose d’humour, une intensité rare à cette pièce où des non-dits sont aussi forts que des mots pénibles à exprimer.

 

Gérald Rossi / L'Humanité 

 

 

Jusqu’au 16 février, à la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, Paris 12e. Tél. : 01 43 28 36 36. www.la-tempete.fr

 

Légende photo : La Peur fonctionne comme un polar. Il ne s’agit à aucun moment de s’en prendre à la religion catholique (ni à aucune autre d’ailleurs) mais de déboulonner une omerta mortifère.   Photo © Bertrand Stofleth

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February 2, 2025 7:01 PM
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Aux Célestins de Lyon : «Il Capitale…», en avant, Marx 

Aux Célestins de Lyon : «Il Capitale…», en avant, Marx  | Revue de presse théâtre | Scoop.it
 
Jusqu’au 8 février, la pièce raconte la longue lutte des ouvriers italiens, dont certains sont sur scène, de l’industriel GKN. Ils tentent de reprendre depuis trois ans le contrôle de leur usine par les arts.
 

Deux plafonniers éclairent le plateau, vide mis à part un mégaphone posé au sol. Un homme, la quarantaine, monte sur scène et essaye de l’allumer. Il s’arrête. Il commence à raconter. Il s’appelle Dario Salvetti, il est l’un des porte-paroles du collectif d’usine GKN. Le 9 juillet 2021, il a été licencié par un simple mail avec 421 de ses collègues et 80 intérimaires. Soit l’ensemble de la masse salariale de l’usine automobile GKN de Campi Bisenzio près de Florence. L’entreprise avait été rachetée par le fonds d’investissement Melrose dont la devise était : «Au sommet de tout, il y a le bien-être des employés.» Ça ne s’invente pas.

 

Révoltés, les employés se sont donné rendez-vous devant le portail de l’usine, l’ont poussé en chœur et l’ont fait tomber, rentrant dans l’entreprise pour y ouvrir une assemblée syndicale de crise devenue, depuis, permanente. Les ouvriers ont d’abord réussi à faire annuler leur licenciement par le tribunal de Florence, mais ils n’en sont pas restés là. A l’image de l’usine de montres LIP à Besançon, expérience d’autogestion dans les années 70, ou plus récemment de Duralex à Orléans, le collectif veut reprendre l’usine par la création d’une coopérative ouvrière, qui a pris le nom de «GFF» (GKN for Future).

La plus longue assemblée de l’histoire italienne

Pendant les premières semaines, leur cas va attirer l’attention de tous les médias en Italie. Déclenchée par mail et à l’insu des syndicats, cette procédure de licenciement complètement illégale indigne le pays. Sur la scène, Dario Salvetti se souvient : «Au début, les journalistes et les politiques défilent à l’usine et ils se concentrent sur ce fait choquant. Mais on sait que pour nous, ce n’est pas bon. Ils le font parce qu’ils savent que, de toute façon, quelqu’un va se fatiguer à un moment donné. Et ce “quelqu’un”, ce sont souvent les ouvriers.» L’enjeu devient alors clairement de tenir bon, de trouver le moyen de s’installer sur le temps long. Et les ouvriers y parviennent. Trois ans et demi après le déclenchement de la lutte, l’assemblée syndicale est toujours en place : la plus longue de l’histoire syndicale italienne.

 

Comment y sont-ils parvenus ? Pour Alberto Prunetti, auteur d’Amianto. Une histoire ouvrière (Agone, 2019) et soutien actif de la lutte, la réponse est simple : «En construisant son imaginaire, la classe ouvrière a fait en sorte de prendre soin d’elle-même.» Raconter ce qu’on vit, imaginer une nouvelle façon de travailler, ça mobilise : «Les ouvriers les plus impliqués culturellement sont parmi les plus motivés dans la lutte.» A l’usine, au cours de ces trois ans et demi, se sont tenus de nombreux concerts, des expositions, deux festivals de littérature en 2023 et 2024, un festival de théâtre en 2024. Sans compter les livres écrits et les documentaires tournés sur cette mobilisation.

 

 

Les machines-outils sont toutes à l’arrêt. Elles servaient à produire des arbres d’entraînement, ces pièces qui relient les boîtes de vitesses au moteur, surtout pour Stellantis. Mais l’usine est loin d’être morte. Les ouvriers y organisent des assemblées où se rencontrent et se fédèrent plusieurs luttes syndicales, d’abord de la région et puis, de proche en proche, d’un peu partout dans le pays. Leur première manifestation nationale a rassemblé à Florence plus de 20 000 personnes, le 18 septembre 2021, et s’est terminée en fanfare avec un concert à l’usine.

 

Renouveau des luttes

C’est comme ça qu’est né le spectacle dans lequel joue Dario Salvetti : Il Capitale. Un libro che ancora non abbiamo letto («le Capital, un livre qu’on n’a pas encore lu»). A l’été 2021, Nicola Borghesi et Enrico Baraldi, membres de la compagnie bolognaise Kepler-452 et cinéastes, viennent à l’usine après avoir entendu parler de ce qu’il s’y passe de particulièrement bouillonnant. Ils veulent écrire une pièce à partir du livre de Karl Marx et sillonnent à ce moment-là l’Italie en passant d’une grève à l’autre, des ouvriers agricoles aux travailleurs de la logistique. Ils décident de rester à GKN plusieurs semaines, rencontrent les ouvriers et leur proposent de jouer dans la pièce.

 

 

Dario Salvetti ouvre et clôt le spectacle, mais trois de ses collègues y racontent leurs expériences de travail à l’usine, ce que leur ont fait la fermeture et les débuts de la lutte. L’une découvre la précarité de son statut d’employée, un autre a la nostalgie du travail, le dernier arrête d’avoir des crises de panique dès que l’occupation commence. «Quand on est rentrés dans l’usine, la matière théâtrale était déjà là, se souvient Nicola Borghesi. Ici, ils faisaient les répétitions pour les manifestations !» Il Capitale a gagné en 2023 un prix spécial aux Ubu, les molières italiens. Il jouera au théâtre des Célestins à Lyon du 4 au 8 février.

 

 

Le collectif d’usine ne veut pas seulement lutter contre les licenciements et les délocalisations. Leur but est de mettre en avant ce qui relie leur cause aux autres problèmes économiques, écologiques et sociaux. Une nécessité, selon Dario Salvetti : «La lutte de classe des patrons ne te laisse rien. Elle te prend les mots, elle te prend l’imagination, elle te prend les concepts. Elle ne néglige rien. Donc nous, on est obligés de créer des nouvelles connexions pour résister.»

 

Un véritable renouveau des luttes italiennes pour la chercheuse en histoire contemporaine à l’université de Bologne Francesca Gabbriellini, qui travaille sur le mouvement ouvrier : «Ils créent un nouvel imaginaire. Ils se donnent la possibilité de lutter pour leur emploi, mais en même temps de jeter les bases d’une transformation sociale plus profonde.» Cette méthode s’illustre par les assemblées qui se tiennent sans cesse à l’usine, puis par le tour d’Italie fait par les ouvriers en 2022 à la rencontre des luttes écologiques et sociales, comme les No Tav (opposants à la ligne de TGV Lyon-Turin) ou les jeunes de Fridays for Future.

Après ces rencontres, les ouvriers commencent à donner un sens écologique à leur projet industriel : fabriquer, installer et recycler des panneaux solaires à faible consommation de terres rares. Ils veulent aussi que leur établissement devienne un pôle d’activités sociales et culturelles, avec un bar Arci (pour Association récréative communiste italienne) à l’intérieur. Remettre l’usine au centre du village. «La force de ce collectif, c’est de ne pas se battre pour n’importe quel boulot, abonde Francesca Gabbriellini. Ils veulent créer des emplois qui ont du sens pour la société.»

«Si on ne gagne pas ici, on ne gagnera nulle part»

Les ouvriers se battent actuellement pour récupérer l’usine dont ils ne sont pas propriétaires, par la création d’un groupement d’intérêt public avec la région Toscane et la mairie de Campi Bisenzio. Dans l’Italie fascisante d’aujourd’hui, le programme semble compliqué à réaliser. L’action des ex-GKN a traversé deux gouvernements successifs (Draghi, Meloni) et s’est développée dans un climat de plus en plus répressif. Dans ce contexte, les ouvriers et les solidaires vivent leur aventure collective comme un îlot de résistance. «Si on ne gagne pas ici, où on a construit autant de liens et on a réussi à résister très longtemps, on ne gagnera nulle part», résume Tommaso, membre de l’organisation Studenti di Sinistra (étudiants de gauche) solidaire de la lutte GKN.

 

 

Pour Alberto Prunetti, l’auteur d’Amianto et co-organisateur des festivals de littérature, c’est la culture ouvrière qui fait peur : «Cette lutte faite par les livres fait sortir les patrons de leurs gonds. Tant qu’on fait des manifestations et des tracts, on reste dans les rails. Si on commence à écrire et raconter nos propres histoires, tout à coup, ça devient un problème.» Avant le deuxième festival de littérature Working class, organisé du 5 au 7 avril dernier, la centrale électrique de l’usine a été sabotée, mettant en péril la tenue du festival et la suite du projet. Sans électricité, impossible d’avoir du chauffage, de faire fonctionner le système son et d’assurer la permanence des ouvriers.

 

Mais la solidarité, à nouveau, s’est mise en marche : une coopérative de Florence a mis à disposition des panneaux solaires, encore aujourd’hui source primaire d’électricité à l’usine, le maire de Campi Bisenzio a proposé d’utiliser le terrain public devant la grille pour la tenue de la manifestation et un entrepreneur voisin a prêté un camion pour qu’il devienne la scène où se tiendront les échanges entre auteurs venus de toute l’Europe. Résultat : plus de 5 000 personnes sont venues assister aux débats. L’entreprise aujourd’hui est en liquidation judiciaire, les ouvriers ne touchent plus de salaire depuis début 2024 et ils ont appris sept mois après le deal que l’usine avait été subrepticement vendue à des spéculateurs immobiliers. La lutte continue donc.

Il Capitale. Un libro che ancora non abbiamo letto de la compagnie Kepler-452, Enrico Baraldi et Nicola Borghesi. Du 4 au 8 février aux Célestins de Lyon.

 

Giovanni Simone / Libération

 

 

Légende photo : En 2021, les 422 salariés de GKN sont licenciés. (Photo : Luca Del Pia)
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February 1, 2025 4:15 PM
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Dans la bibliothèque de Nicolas Bouchaud : épisode 60/11 du podcast Book Club, émission de Marie Richeux / France Culture

Dans la bibliothèque de Nicolas Bouchaud : épisode 60/11 du podcast Book Club, émission de Marie Richeux / France Culture | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Sur la page de l'émission le Book Club, de Marie Richeux - 31 janvier 2025

 

 

Aujourd'hui, c'est le comédien Nicolas Bouchaud qui nous fait visiter sa bibliothèque. S’y côtoient un poème d’Ingeborg Bachmann, un texte de Paul Celan, des romans de Thomas Bernhard et de Samuel Beckett, et un essai de Hannah Arendt.

Avec

 

 

Ecouter l'émission (60 mn)

 

 

En 2017, au moment de porter sur scène Maîtres Anciens, le roman de Thomas Bernhard, Nicolas Bouchaud décide de commencer par son milieu. Comme il l’écrit plus tard : "commencer par le milieu du roman est une manière de ne pas commencer et sans doute aussi une promesse de ne jamais finir". Pour le metteur en scène : "le choix de faire entendre une voix, faire entendre une pensée qui se cherche et n'est subordonnée à aucune fin". Ce travail de faire entendre des textes, Nicolas Bouchaud le fait depuis longtemps, sous différentes formes. Aussi, nous n’avons aucun doute sur la place qu’occupe la lecture dans sa vie, elle apparaît même centrale et vitale, et les portraits que lui consacre la presse n’oublient jamais de mentionner qu’il a toujours un ou deux livres dans la poche. Ce que nous voulons découvrir avec Nicolas Bouchaud aujourd'hui, c'est le genre de lecteur qu’il est, ce que ces livres, dans la poche ou à la maison, ont fait à son existence, et ce que ce partage généreux, sérieux et amical des textes avec le public produit encore et toujours en lui. Alors découvrons les textes qu’il a choisi de partager avec nous.

Ses actualités :

Palombella Rossa , mis en scène de Mathieu Bauer, du 7 au 14 février 2025 à la MC93-Bobigny et en tournée (le spectacle a été créé en octobre dernier à Maubeuge) D’après le film de Nanni Moretti (1989), direction musicale Sylvain Cartigny, Nicolas Bouchaud interprète le rôle joué par Nanni Moretti dans le film, celui de Michele Apicella.

 

L’amante anglaise de Marguerite Duras, mis en scène de Emilie Charriot, avec également Dominique Reymond et Laurent Poitrenaux, du 21 mars au 13 avril 2025 au Théâtre de l’Odéon

Les choix de Nicolas Bouchaud

Ingeborg Bachmann, La bohème est au bord de la mer poème extrait du recueil Toute personne qui tombe a des ailes. Poèmes 1942-1967 (Gallimard) traduction de l’Allemand par Françoise Rétif)

J’ai découvert Ingeborg Bachmann quand j'ai lu son recueil de nouvelles et le j'avais trouvé magnifique, puis j'ai lu son roman "Malina". Ensuite, j'ai retrouvé Ingeborg Barkman à travers Thomas Bernhard qui l'admirait beaucoup et évidemment Paul Ceylan puisqu'ils étaient amants. Dans ce poème, j'ai l'impression qu'on rentre dans un paysage. Il y a quelque chose de très délicat. Je l'ai choisi parce que, comme dans une grande partie de la poésie, vous entrez dans un paysage que vous ne reconnaissez pas tout de suite et vous y cheminez. Nicolas Bouchaud

 

Paul Celan, Le méridien. Discours prononcé à l’occasion de la remise du prix Georg Büchner en 1960 et autres proses édité sous le titre Le Méridien & autres proses (Seuil) traduit de l’allemand et annoté par Jean Launay

 

Ce qui m'intéresse dans ce texte de Paul Celan c'est ce qu'il se demande lui-même quand il est en train d'écrire le discours. Il pose cette question à Bachmann, dans une lettre. Il lui demande si elle pense qu’il est possible d'avoir un discours sur sa propre pratique. Paul Celan relève le défi dans son livre Le Méridien, mais il ne le fait pas avec un discours argumenté, discursif, mais il le fait avec le langage de la poésie. Ce discours est très étonnant, parce qu'on a l'impression qu'il s'invente au fil des mots, au fil de son énonciation, et cela le rend très vivant. Nicolas Bouchaud

 

Thomas Bernhard, Gel (Gallimard) traduction de l’allemand par Josée Turk-Meyer et Boris Simon.

Souvent, on décrit Thomas Bernhard comme quelqu’un de très sombre, mais ce n’est pas le cas, c’est au contraire quelqu’un de très drôle, et dans quasiment tous ses romans, on rit énormément. Il dit que : "dans le moment le plus tragique de l'existence de quelqu'un, il y a quand même toujours quelque chose de drôle". Mais l'inverse est vrai aussi. Donc il joue constamment sur les contraires. Il y a dans ses livres une vitalité, y compris quand elle est désespérée qui est drôle et moi, cela me touche énormément.

 
 

Samuel Beckett, L’innommable (Editions de Minuit)

"Ce texte est complètement dégraissé de tout récit, mais aussi de toute description. D'ailleurs, le personnage de "l'innommable" est immobile. Il est incapable de bouger, incapable de parler, mais aussi de ne pas parler. En fait, c'est vraiment une sorte de créature, un trou noir. Il n'a pas de nom, il dit « je » et est incapable de faire le moindre mouvement. Ce qui est magnifique, dans ce texte, c'est le langage, en tant qu'il pourrait toujours se casser, s'arrêter. Et donc, on est dans un livre très étrange, dans lequel on a l’impression que c’est presque l’inconscient qui écrit et c’est ce qui est absolument fascinant", Nicolas Bouchaud.

 
 

Livre bonus : Hannah Arendt, préface à La crise de la cultureHuit exercices de pensée politique (Gallimard, Folio) traduction de l’Anglais, pour la préface, par Jacques Bontemps et Patrick Lévy

 

 

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February 1, 2025 11:52 AM
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Tommy Milliot se penche sur l’écriture de Maurice Maeterlinck

Tommy Milliot se penche sur l’écriture de Maurice Maeterlinck | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Anaïs Héluin dans La Terrasse - 16 déc. 2024

 

 

 

Après Massacre de Lluisa Cunillé en 2020, Tommy Milliot choisit pour son retour à la Comédie-Française de se pencher sur l’écriture de Maurice Maeterlinck. Sous la forme d’un diptyque, il en monte deux pièces de jeunesse, L’Intruse et Les Aveugles, paraboles de la condition humaine.

 

Depuis Lotissement de Frédéric Vossier (2016), jusqu’à L’Arbre à sang d’Angus Cerini (2023), en passant par des textes de Fredrik Brattberg, Lluisa Cunillé et Naomi Wallace, votre théâtre se concentre sur les écritures contemporaines. Pourquoi travailler maintenant sur Maeterlinck, figure de proue du symbolisme

Tommy Milliot : L’idée de monter des textes de Maurice Maeterlinck est entièrement liée à la Comédie-Française. Je n’aurais pu aborder ailleurs ce grand auteur du répertoire, qui révolutionnait en son temps l’approche du drame alors très naturaliste en proposant tout autre chose : des paraboles de la condition humaine qui ne nous font comprendre qu’une chose, notre incompréhension du monde.

 

 

Pourquoi avoir choisi de rassembler deux pièces, et de les séparer par un entracte ?

T.M. : L’Intruse et Les Aveugles sont des pièces de jeunesse de l’auteur. Elles paraissent toutes les deux dans un même ouvrage en 1890, avant d’être rééditées en 1901 avec une troisième, Les Sept Princesses, en une Petite trilogie de la mort. La mort est en effet omniprésente dans ces deux courts drames dit « statiques ». Dans le premier, elle survient au sein d’une famille rassemblée pour veiller une femme dont l’accouchement récent fut difficile. Dans le second, la mort est là d’emblée bien que seul le spectateur le sache : le guide de douze aveugles a en effet péri, laissant ces derniers seuls dans une forêt septentrionale.

« Nous devons faire entendre les silences de Maeterlinck, aussi importants que ses mots. »

Quel type de jeu faut-il selon vous déployer pour faire exister cette écriture si particulière ?

T.M. : Il faut tendre vers un jeu neutre. Le théâtre de Maeterlinck étant absolument privé d’héroïsme, et même d’action, c’est cette absence qu’il est nécessaire d’atteindre. Cette écriture pousse à l’humilité, et c’est cette attitude que je cherche à adopter avec les comédiens. Nous devons faire entendre les silences de Maeterlinck, aussi importants que ses mots.

 

 

Quel type de scénographie avez-vous conçu ? Car c’est ici comme à votre habitude vous qui assumez cette fonction en plus de la mise en scène.

T.M. : Mon désir de fidélité à l’esprit de Maeterlinck m’a très naturellement poussé à une grande simplicité en la matière. Dans mes recherches dramaturgiques, j’ai découvert un scénographe très célèbre à l’époque de l’auteur, Adolphe Appia, qui m’a beaucoup inspiré dans mon traitement de la profondeur afin de créer volumes, ombres et lumières. Cela afin de stimuler l’imaginaire du spectateur.

 

Propos recueillis par Anaïs Heluin / La Terrasse

 

 

« L’Intruse » et « Les Aveugles »
du mercredi 29 janvier 2025 au dimanche 2 mars 2025
Théâtre du Vieux-Colombier
21 rue du Vieux-Colombier, 75006 Paris

le mardi à 19h, du mercredi au samedi à 20h30 et dimanche à 15h. Tél. : 01 44 58 15 15.

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January 31, 2025 5:47 PM
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Vassili Grossman entre en scène - La chronique théâtre de Jean-Pierre Léonardini 

Vassili Grossman entre en scène - La chronique théâtre de Jean-Pierre Léonardini  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Léonardini dans L'Humanité - 26 janvier 2025

 

 

Gerold Schumann, qui a fondé en 1992 le Théâtre de la Vallée, sis à Écouen (Val-d’Oise), met en scène l’adaptation, par René Fix, de Vie et destin, vaste fresque romanesque de 1 200 pages publiée par Calmann-Lévy 1. L’œuvre valut à son auteur, le journaliste et écrivain juif soviétique Vassili Grossman (1905-1964), une effroyable cascade de déboires et de menaces, avant et jusqu’après la mort de Staline.

 

Il eut droit à tout : foudres de la censure, fouilles du KGB, trahisons d’éditeurs et de collègues écrivains. Dès ses débuts, il flirtait   « entre le bannissement et les honneurs ». Ses écrits ne collaient pas au « réalisme socialiste ». Il fut célèbre en sa qualité de correspondant de guerre pour l’Étoile rouge, organe de l’Armée rouge, durant la bataille de Stalingrad et la découverte des camps nazis. Sur le front en Ukraine, il éprouve l’ampleur des massacres perpétrés contre les juifs. Il y apprend la mort de sa mère dans le ghetto de Berditchev, sa ville natale. Dans la clandestinité, Vie et destin passa en Occident sous la forme de microfilms, pour être publié en Suisse et en France.

Les enjeux majeurs de l’œuvre, mis en pratique par six interprètes.

On se dit que porter en scène une telle somme littéraire relève de la gageure et que qui trop embrasse mal étreint, mais on n’oublie pas que le Russe Lev Dodine avait présenté en 2007 sa version de Vie et destin à la MC93 de Bobigny, avec de grands moyens. Gerold Schumann n’a pas les mêmes. Du moins sa réalisation tient-elle compte des enjeux majeurs de l’œuvre, mis en pratique par six interprètes (François Clavier, Maria Zachenska, Thérésa Berger, Vincent Bernard, Thomas Segouin et le guitariste Yannick Deborne). Ils ont à vite changer de personnage en annonçant la couleur ; officier SS, officier soviétique, soldate russe, soldat allemand, Eichmann, femme ukrainienne, etc.

 

 

Parfois, on s’y perd un peu, mais du moins le climat tragique d’un temps de guerre totale, à l’héritage actuel si lourd, est-il synthétisé en ondes concentriques, à l’aide de la vidéo (Pascale Stih), qui cite, en noir et blanc, les ruines de Stalingrad, entre autres terribles épisodes historiques dans lesquels fut impliqué, à son corps défendant, Vassili Grossman, qui osa dire : « En mille ans l’Homme russe a vu de tout, mais il n’a jamais vu une chose : la démocratie. »

 

 

Jean-Pierre Léonardini

 

 

  1. Vu le 13 janvier à la Grange à Dîmes, à Écouen (Val-d’Oise). Jusqu’au 1er février, il est à l’affiche du Théâtre-Studio d’Alfortville (Val-de-Marne) et, le 30 avril, il sera au Théâtre de l’Arlequin, à Morsang-sur-Orge (Essonne). ↩︎
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January 30, 2025 1:55 PM
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« Nous sommes septembre » de Flore Grimaud mise en scène Heidi-Eva Clavier 

« Nous sommes septembre » de Flore Grimaud mise en scène Heidi-Eva Clavier  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Laurent Schteiner dans Sur les planches, 21 déc. 2024

 

C’est avec un magnifique texte onirique et poétique, autour de l’amour, que Flore Grimaud nous livre dans cette parabole enchantée où le verbe joue à tue-tête une partition magique, celle des choses de la vie. Nous sommes septembre est une ode dédiée à l’amour, celui qui ne dure pas mais aussi celui qui est aussi solide que l’airain. Primesautier ou empreint de fureur, il demeure à jamais notre destin. Heidi-Eva Clavier a transformé avec bonheur cet objet théâtral en un magnifique écrin assis sur une très jolie mise en scène. Nous retrouverons ce très joli spectacle à l’affiche du Théâtre de la Reine Blanche du 30 janvier au 1er mars 2025. 

 

De la séparation de ses parents dans son enfance à la convocation  du couple iconique que représentaient Alain Delon et Romy Schneider, Flore Grimaud rebat les cartes de l’amour éternel. Elle convoque des figures masculines, iconiques ou non afin de se confronter à ce qui est ou ce qui n’est plus. Ce moment de vérité est pensé comme un tourbillon de maux et de ressentis que trahissent les deux comédiens sur scène. Leurs émotions nous bouleversent tant leur sincérité est prégnante.

 

 

La fracture s’opère lentement mais désespérément et soudain la vérité brûle les lèvres et le verdict assassin tombe « Je ne sais plus t’aimer ». Michel Piccoli dans cette chanson interprétée avec Romy Schneider traduit le hiatus le plus terrible d’une fin de relation. Cette histoire de vie autobiographique, hélas devenue ordinaire dans le monde qui nous entoure, crée une construction nouvelle où l’enfant doit s’adapter. Divorce, nouvelle vie avec un beau-père, un père que l’on voit de temps en temps. Flore Grimaud feuillette cet album de souvenirs avec tendresse. Parfois, celle-ci comporte des épines qui font encore mal. La mort de Romy, entrevue dans son cercueil est parlant à plus d’un titre. Flore, à travers un entretien de Romy nous démontre toute la fragilité d’aimer. Une ligne de crête constamment instable où l’un ou l’autre peut chuter. Romy se jetait à corps perdu dans ses rôles pour oublier son quotidien où la tristesse et la nostalgie l’entouraient de son manteau gris. Elle aspirait de toutes ses forces à la liberté et battait en brèche les schémas sociétaux ringards qu’elle abhorrait.  A travers ce couple iconique que formaient Alain Delon et Romy Schneider, Flore Grimaud met en perspective ses attentes, celles d’un monde meilleur où le vieux canevas sociétal cédera un jour la place à une autre voie.

 

 

Mais l’amour peut être autre. Comme une large bande de pelouse rappelant le jardin d’Eden où ne règnent que délice, amour et liberté. Délivré du carcan sociétal poussiéreux, cet endroit primesautier jonché de fleurs et de bonheur rend indéfectible l’amour plus libre que jamais et scellé dans le marbre de l’amour.

Ce spectacle, au dispositif bi-frontal permet de partager avec chacun d’entre nous, les errances du sentiment amoureux, sa résilience, l’amertume de ses compromis. Le public est installé au coeur même de la dramaturgie du spectacle. Il devient le témoin et le compagnon de voyage de ces deux personnages qui expriment merveilleusement l’accomplissement de l’amour et de ses errances. Le spectateur se trouve embarqué dans une mélopée de mots autour de la complexité de la psyché humaine. Avec poésie et mystère, Flore Grimaud se fait l’entremetteuse d’un soir d’une réalité sauvage à dompter et déroule avec bonheur son chemin de vie !

 

 

 

Laurent Schteiner
A Alexandre, mon ami.

 

https://www.reineblanche.com/calendrier/theatre/nous-sommes-septembre

 

 

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January 30, 2025 4:07 AM
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Devant la Comédie-Française, une manifestation contre l’inaction de l’institution et «l’impunité» de Nâzim Boudjenah

Devant la Comédie-Française, une manifestation contre l’inaction de l’institution et «l’impunité» de Nâzim Boudjenah | Revue de presse théâtre | Scoop.it
 
 
Environ 80 personnes ont manifesté devant la Comédie-Française ce mercredi 29 janvier au soir. Le collectif #MeToo Théâtre fustige l’institution qui a maintenu à son poste le comédien accusé de violences.

 

«On balance les porcs, vous les engraissez.» Micro entre les doigts et doudoune sur les épaules, Nadège Cathelineau lâche ce slogan inspiré d’un morceau de rap de sa composition. Dans l’autre main de la membre du collectif #MeToo Théâtre, une pancarte marquée des mots «la comédie a assez duré». Ce mercredi 29 janvier au soir, environ 80 personnes étaient rassemblées avec elle sur la place Colette, dans le Ier arrondissement de Paris, face à l’illustre Comédie-Française.

 

A l’appel du collectif #MeToo Théâtre, les manifestantes et manifestants sont venus dénoncer «l’impunité» au sein de l’institution théâtrale la plus célèbre du pays. Sous une fine pluie, la comédienne et cofondatrice du collectif, Sephora Haymann, déroule ce qui a déclenché cette mobilisation au pied du théâtre à l’italienne. «Pourquoi avoir maintenu Nâzim Boudjenah parmi les pensionnaires de la Comédie-Française alors qu’il a été condamné pour menaces de mort ?»

 

 

Depuis deux semaines, le cas de l’acteur de 52 ans préoccupe l’institution. Le 13 janvier, Eric Ruf, administrateur général du théâtre, était auditionné devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les violences commises dans les secteurs du cinéma et du spectacle vivant. C’est à cette occasion que la députée écologiste Sandrine Rousseau, qui préside ce travail, a révélé avoir porté plainte en juillet 2024 contre Nâzim Boudjenah après des «menaces de mort» de l’acteur contre elle. Tout juste vingt-quatre heures plus tard, le 14 janvier, la Comédie-Française écrit dans un communiqué avoir pris connaissance «des agissements graves d’un de ses salariés», s’autorisant ainsi à «le convoquer à un entretien préalable en vue de son licenciement».

 

Une décision qui arrive «bien trop tard», déplore Sephora Haymann. Car dès juin 2021, Nâzim Boudjenah avait été condamné par le tribunal de Paris à six mois d’emprisonnement avec sursis pour des «menaces de mort» proférées en 2019 et 2020 sur son ancienne petite amie, Marie Coquille-Chambel, figure de #MeToo Théâtre.

 

 

Relaxé pour les faits de violences sur conjointe dans ce premier procès, il reste à ce jour mis en examen pour «trois viols susceptibles d’avoir été commis en février, mars, et mai 2020» à la suite d’une autre plainte de Marie Coquille-Chambel, selon le parquet de Paris. Bien que le témoignage de la jeune femme soit public, la Comédie-Française avait renouvelé le CDI du comédien à son poste. De quoi alimenter la colère de Sephora Haymann : «La question que nous sommes venues poser devant la Comédie-Française ce soir est simple : la vie d’une élue a-t-elle plus de poids que celle d’une femme qui n’a pas de statut politique ?»

Soutien de la CGT

Emmitouflée dans un blouson noir, Marie Coquille-Chambel est accueillie sous les applaudissements. Elle observe la manifestation d’un œil «ému» et «craintif». Depuis plusieurs semaines, elle est protégée par une sécurité privée. Elle affirme être la cible de nouvelles «menaces de mort proférées par Nâzim Boudjenah». Tout comme Sandrine Rousseau, elle a porté plainte en juillet 2024. Mais, contrairement à la députée dont le procès est prévu le 6 juin, Marie Coquille-Chambel n’a eu aucune nouvelle de la justice à ce jour. L’enquête est en cours, selon le parquet de Paris.

 

 

Au micro, elle rappelle ce que la médiatisation de son affaire lui a coûté : «On m’a accusée de chercher la notoriété, mais aucune victime ne veut ça. J’aimerais être reconnue pour mon travail, mon militantisme, pas pour les violences que j’ai vécues.»

 

Salomé Gadafi, secrétaire générale de la fédération CGT du spectacle, le rappelle à son tour au milieu des pancartes : cette affaire «témoigne de la difficulté que rencontrent les victimes»  quand elles tentent de se faire entendre. L’exemple que rien ne se passe «sans pression médiatique ou politique»

 

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La Comédie-Française, elle, se défend de toute inertie. Dans son communiqué du 14 janvier, elle assure avoir mis en place dès le départ «toutes les mesures nécessaires» pour protéger ses salariésnotamment en mettant Nâzim Boudjenah «à l’écart des plateaux». L’acteur, quant à lui, a démenti dans l’AFP, par la voie de son conseil, Me Florence Bourg, les accusations de viols pour lesquels elle compte «demander un non-lieu». Le comédien a par ailleurs déposé plainte contre Marie Coquille-Chambel pour  «harcèlement, tentative d’escroquerie au jugement, disparition de preuves», selon son avocate.

«Foutage de gueule»

Selon les informations de Libération, l’entretien préalable en vue d’un licenciement du comédien a déjà eu lieu, sans que la décision ne soit encore publique. Contactée, l’avocate du théâtre, Frédérique Cassereau, explique l’absence de sanction du comédien jusqu’alors par le fait qu’il était salarié protégé, car membre élu du CSE, de 2019 à 2023. Impossible donc de se séparer de l’acteur sans passer par l’inspection du travail : «Il était presque certain que l’inspection du travail ne validerait pas un licenciement, nous aurions risqué une réintégration du salarié pour discrimination.» Elle ajoute également qu’il «n’est pas possible d’envisager de licencier quelqu’un pour des faits qui ont été commis dans la sphère personnelle et pas professionnelle, sauf pour de rares exceptions».

L’exception est donc envisagée depuis la prise de parole de Sandrine Rousseau. «La Comédie-Française a appris que les menaces avaient été réitérées à l’endroit d’une autre femme et le trouble objectif en externe est devenu caractérisé, notamment avec les manifestations et les articles de presse depuis le témoignage de Sandrine Rousseau», justifie l’avocate.

 

Malgré les milliers de partages du témoignage de Marie Coquille-Chambel sur X au moment du lancement du mouvement #MeTooThéâtre en 2021 et les articles qui en ont découlé. Face à la Comédie-Française, adossée contre un lampadaire, Agathe Pujol essuie une larme. La comédienne de 31 ans témoignait publiquement dans Libération pour la première fois le 2 janvier, accusant l’acteur Philippe Caubère de l’avoir violée pendant des années. Elle crie un «Sauvez nos sœurs, virez les violeurs» à l’unisson avec la foule. Pour elle, ce silence de la Comédie-Française «long de quatre années» n’est autre que «du foutage de gueule». «Ce qu’il faut retenir, c’est que les témoignages des gens lambdas, la Comédie-Française s’en fout. En revanche, quand une personne publique parle, on l’écoute.»

 
 
 
Légende photo : Des membres de #MeTooThéâtre devant la Comédie-Française ce mercredi 29 janvier à Paris. (Benoit Tessier/Reuters)
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January 29, 2025 3:58 AM
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A l’Athénée, « Seule comme Maria » ou la rage de jouer d’une actrice après la blessure

A l’Athénée, « Seule comme Maria » ou la rage de jouer d’une actrice après la blessure | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 29 janvier 2025

 

La pièce traite des violences sexuelles en dressant deux portraits parallèles, ceux de Maria Schneider et de la comédienne sur scène, Marilou Aussilloux.

Lire l'article sur le site du "Monde": 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/01/29/a-l-athenee-seule-comme-maria-ou-la-rage-de-jouer-d-une-actrice-apres-la-blessure_6521211_3246.html

 

Un projet théâtral en devenir, une actrice seule en scène, un hommage à Maria Schneider (1952-2011) et un thème qui ne s’épuise malheureusement pas : à l’Athénée, la violence sexuelle subie par des interprètes sans défense, parce qu’elles sont jeunes, inexpérimentées, impressionnables, donne lieu à une représentation fragile mais attachante. Seule comme Maria dure à peine plus d’une heure. C’est assez pour que le spectateur comprenne d’où vient la rage de vivre et de jouer de Marilou Aussilloux, une comédienne à suivre de près (elle est à l’affiche de La Pie voleuse, de Robert Guédiguian).

 

D’un sourire désarmant, l’actrice interrompt net la représentation : ça ne va pas, elle ne peut pas entrer comme ça sur le plateau. Elle ne peut pas enfiler une perruque constituée de vrais cheveux. D’ailleurs, elle ne sait pas encore de quoi sera faite sa représentation. C’est avec le public qu’elle va la construire. Ce spectacle affirme d’emblée le droit au tâtonnement, à l’incertitude, au ratage. Ce qui veut aussi dire le droit à une seconde chance. Faire les choses ensemble, se tromper en amitié et réussir en confiance : tout ce dont Maria Schneider a été privée.

Un monstre est un monstre

Ecrit et mis en scène à quatre mains (par Marilou Aussilloux et Théo Askolovitch), Seule comme Maria trace, du cinéma au théâtre, deux portraits parallèles mais qui se superposent. Sur l’écran, l’actrice du Dernier Tango à Paris (1972), victime d’une sodomie simulée fomentée à son insu par Marlon Brando sous l’œil complice du réalisateur, Bernardo Bertolucci. Elle ne s’en remettra pas. Sur les planches, Marilou Aussilloux, fan de cette muse sacrifiée qui l’a inspirée et lui permet, des décennies plus tard, entrelaçant leurs deux histoires, de raconter à son tour la « blessure » infligée par un partenaire de théâtre plus âgé. Marilou Aussilloux n’en dit pas plus. Mais, dans la pudeur allusive de ses mots, s’engouffre un reste à charge trop souvent occulté : les abus exercés sur de jeunes actrices en formation, les manipulations et les humiliations, l’impossibilité de faire entendre son « non » face à de prétendus pygmalions.

 

C’est quoi un « monstre sacré » ?, interroge l’interprète. Sacré ou pas, un monstre est un monstre, poursuit-elle. Pas de raison de lui dérouler le tapis rouge. La Cinémathèque française, à Paris, qui avait programmé Le Dernier Tango à Paris, sans précaution d’emploi, vient d’être rappelée à cette évidence.

 

A l’Athénée, la vindicte n’est pas à l’ordre du jour. Le monologue surfe plutôt sur la connivence avec le public. Un procédé qui n’a rien d’innovant, mais qui se révèle payant.

 

 

Seule comme Maria, de Marilou Aussilloux et Théo Askolovitch. Athénée-Théâtre-Louis-Jouvet, Paris 9e. Jusqu’au 1er février.

Joëlle Gayot

Légende photo : Marilou Aussilloux dans « Seule comme Maria », de Marilou Aussilloux et Théo Askolovitch, à l’Athénée-Théâtre Louis-Jouvet, à Paris, le 16 janvier 2025. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE

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January 28, 2025 12:56 PM
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Militer à Sochaux au temps de l'« Indestructible » 504 

Militer à Sochaux au temps de l'« Indestructible » 504  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog - 27 janvier 2025

 

Avec, en toile de fond, « L’établi » de Robert Linhart, en écrivant et en mettant en scène « Indestructible », Manon Worms et Hakim Bah font revivre des luttes militantes au sein des usines Peugeot à

 à l’époque où l’on y construisait des 504. Conditions des émigrés, luttes ouvrières, affirmations féministes font chœur.

 

 

L’ histoire de France de la seconde partie du XXe siècle se décline volontiers en bagnoles. Dans les embuscades de la Résistance, il y eut la 202 Peugeot et l’increvable Traction avant Citroën avec ses combattants armés allongés sur les galbes des ailes. Après guerre, ce fut le règne de la deudeuche, (la 2CV Citroen) et de la 4L (la 4CV Renault). Chez Peugeot, on déclina une gamme qui grimpa à coups de centaines depuis la 203. La 504, sortie des usines de Sochaux entre 1969 et 1996 fut l’un des fleurons (comme plus tard la 206, la plus vendue au monde des voitures Peugeot et encore avant la 202). Les robustes 504 d’occasion allaient constituer bientôt la « bête de somme de l’Afrique ». C’est cette « peuge »-là, son époque, ses ateliers de fabrication et ses mouvements sociaux, qui servent de fil rouge au spectacle « Indestructible » signé (écriture et mis en scène) Manon Worms et Hakim Bah.

 

La 504, c’est elle l’"Indestructible" du titre. Contrairement aux ouvriers qui l' assemblent, elle aura plusieurs vies. On est là dans les ateliers au cœur des luttes, toujours âpres dans ces forteresses ouvrières que sont les usines fabricants des automobiles, à Sochaux, Flins, Billancourt et ailleurs.

 

L’une des sources du spectacle est le livre, incontournable et magnifique dans sa précision et son humanité, L’établi de Robert Linhart, disponible en poche-Minuit. Le livre raconte comment son auteur, un intellectuel, se fait embaucher aux usines Citroën dans les années 70 où l’on fabrique les 2CV. "Etabli" donc, il y décrit les conditions de travail, l’arrogance des petits chefs, la main d’œuvre largement émigrée, la façon dont une grève s’organise, comment elle est démantelée et, pour finir, comment "l'établi"est licencié. « L'usine est conçue pour produire des objets et broyer des homme, écrit Linhart. Ce mardi matin [ à l’approche de la grève], dès la première heure, la machine anti-grève de Citroën s’est mise en marche. Hier, les chefs nous ont fait le coup du mépris. Aujourd’hui, changement de tactique : ils font de la présence. Et quelle présence !: L’usine entière résonne de leurs coups de gueule, de leur va-et-vient, de leurs interventions tatillonnes ».

Manon Worms et Hakim Bah s'éloignent du livre mais en gardent l’esprit. C’est Cathy, une étudiante et militante parisienne d’extrême gauche qui vient s’établir en travaillant aux usines Peugeot de Sochaux. Elle est amoureuse de Paquita qui milite elle aussi (mouvements féministes et homos). A l’usine, Cathy rencontre Bakary qui, lui, a dû fuir le Mali autoritaire de Modibo Keïta et s’est fait embaucher comme manœuvre.

 

Tout se passe dans l’usine Peugeot qui fabriquait à l’époque des 504, Manon Worms et Hakim Bah ne choisissent pas de mettre en scène au premier plan l’affrontement avec les chefs et la direction mais plutôt à cerner l’harassant travail posté, les luttes pour humaniser les conditions de travail via la solidarité ouvrière, les alcôves d’affection, d’amitié voire l’amour entre ouvrières et ouvriers. Dans un final onirique, la gréve ayant échoué, Cathy et Bakary s’enfuient en voiture.

 

Tout se joue dans un espace unique fait de ferrailles, de pneus, de poulies (Clara Hubert et Ninon Le Chevalier signent la scénographie et les costumes) complété par l’excellent travail vidéo de Jean Doroszczuk. En scène, cinq actrices et acteurs : Emilien Audibert, Katell Jan, Adil Laboudi, Julie Moulier, Assane Timbo et Olivier Werner. Bel espace métaphorique, jeu fluide.Ce qui manque, c’est une introspection plus intense des personnages, une narration affirmant plus finement les rapports de force.

 

Jean-Pierre Thibaudat 

 

« Indestructible » a été créée à Lyon aux Théâtre des Célestins du 8 au 18 janv, il est à l’affiche du Théâtre de la Cité Internationale du 27 janv au 8 fév, lun et mar 20, jeu et ven 19h, sam 18h

 

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January 27, 2025 6:03 AM
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“Madame Dati, vous déplorez l’attitude des collectivités qui taillent dans leur budget, que devons-nous penser du vôtre ?”

“Madame Dati, vous déplorez l’attitude des collectivités qui taillent dans leur budget, que devons-nous penser du vôtre ?” | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Tribune publiée le 27 janvier 2025 par Télérama 

 

 

TRIBUNE - Les organisations professionnelles du spectacle vivant dénoncent le nouveau coup de rabot de 130 millions d’euros dans les crédits à la culture et l’impossibilité de dialoguer avec le ministère. Avant le vote du budget le 30 janvier, elles appellent la ministre à agir devant ce “désastre”.

 

 

« Madame la ministre de la Culture,

Mardi 14 janvier, vous receviez l’ensemble des organisations professionnelles du spectacle vivant et enregistré en CNPS – Conseil national des professions du spectacle – avec comme ordre du jour le financement du spectacle vivant ainsi que l’organisation et le financement de l’audiovisuel public.

 

À cette occasion, vous avez assuré vouloir garantir la stabilité du budget de votre ministère pour 2025. Vous nous avez aussi demandé de vous faire confiance pour y parvenir, arguant que la culture devait être politique. Et vous nous avez aussi dit de ne pas hésiter à venir échanger avec vous lorsque nous étions en désaccord.

 

 

À peine trois jours plus tard, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances par le Sénat, vous avez soutenu un amendement gouvernemental, déposé dans la nuit précédente. Ce dernier présente une baisse de crédits de 130 millions d’euros sur la « mission Culture », dont près de 42 millions pour la « Création » et 30 millions affectant la mission « Transmission des savoirs et démocratisation de la culture. » Vous avez aussi essayé d’imposer 100 millions d’économies à l’audiovisuel public.

 

Hélas, au terme de débats pour le moins confus, les crédits de la « mission Culture » ont été votés avec une baisse de 130 millions d’euros. L’amendement concernant l’audiovisuel public a, lui, été ramené à 80 millions d’euros par les sénatrices et sénateurs. Le ministère de la Culture accuserait donc une baisse de crédits de 210 millions d’euros pour 2025 si le budget était ainsi voté.

 
 

Où est la ministre pugnace qui se vantait encore la semaine dernière d’être capable d’aller défendre ses budgets face à Bercy ou à Matignon ?

Comme vous nous y avez encouragés, nos organisations professionnelles vous ont donc immédiatement demandé un entretien pour comprendre les raisons de ce revirement total de situation et travailler ensemble à un scénario de sortie de crise. Après nous avoir d’abord accordé ce rendez-vous vendredi 24 janvier, vous avez finalement décidé de l’annuler. Aussi, nous vous demandons toujours un rendez-vous, impérativement avant que ne se tienne la commission mixte paritaire, le 30 janvier prochain.

 

Nous aurions préféré la solution du dialogue direct, comme vous aviez dit également le privilégier. Nous n’avons pas d’autre choix aujourd’hui que de vous faire part, dans ce courrier, de notre incompréhension et notre colère. Où est la ministre pugnace qui se vantait encore la semaine dernière d’être capable d’aller défendre ses budgets face à Bercy ou à Matignon ? Depuis votre arrivée à la tête du ministère de la Culture, ce ne sont pas moins de 410 millions d’euros de baisse qui sont à déplorer (200 millions d’euros par décret en février 2024 et 210 millions d’euros qui pourraient être votés dans le cadre du budget 2025). Où est la ministre dont la porte est toujours ouverte pour dialoguer ?

 

Nous demandons que les crédits « Création » et « Transmission des savoirs et démocratisation de la culture » soient intégralement rétablis, comme vous vous y êtes engagée.

 

Nous demandons en outre que le fonds d’urgence que vous proposez en guise d’ersatz soit annulé et que ses crédits soient reversés dans la « mission Culture ». Ce fonds ne concerne en aucun cas le même périmètre et va fragiliser le fonctionnement de l’ensemble des structures au profit de quelques-unes choisies arbitrairement.

 

Par ailleurs, la préservation en intégralité des crédits du Fonpeps – le Fonds pour l’emploi pérenne dans le spectacle – est désormais absolument vitale et ce non seulement jusqu’au dernier jour de l’année 2025, mais également au-delà.

 

Enfin, nous rejetons le projet de fusion / holding pour l’audiovisuel public et demandons que ces nouvelles économies demandées soient supprimées.

 

Madame la ministre, lors de ce CNPS, vous avez aussi déploré l’attitude de certaines collectivités qui diminuent de manière drastique leur budget. Que devons-nous en penser ?

 

En vous remerciant pour vos réponses et actions concrètes devant ce désastre, veuillez croire, Madame la ministre de la Culture, en l’assurance de notre parfaite considération. »

 
Signataires :
Fédération CGT spectacle
Fédération nationale des arts de la rue
Les Forces musicales
Scène Ensemble
SCC - Syndicat des cirques et compagnies de création
SFA CGT - Syndicat professionnel des artistes dramatiques, chorégraphiques, lyriques, de variété, de cirque, des marionnettistes et des artistes traditionnels
SMA - Syndicat des musiques actuelles
SN3M-FO - Syndicat national des musiciens et du monde de la musique
SNAM CGT - Union nationale des syndicats d’artistes musiciens (enseignants et interprètes) de France
SNMS CGT - Syndicat national des metteurs en scène
Synavi - Syndicat national des arts vivants
Syndeac - Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles
Sud culture
SYNPTAC CGT - Syndicat national des professionnel.les du théâtre et des activités culturelles
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February 7, 2025 9:48 AM
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Au Collège de France, le metteur en scène Wajdi Mouawad fait couler le sang pour sa leçon inaugurale

Au Collège de France, le metteur en scène Wajdi Mouawad fait couler le sang pour sa leçon inaugurale | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 7 février 2025

 

Sollicité par l’historien Patrick Boucheron pour intervenir dans la vénérable institution, le dramaturge n’a ménagé ni sa pensée, ni son humour, ni sa peine.

 

https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/02/07/au-college-de-france-le-metteur-en-scene-wajdi-mouawad-fait-couler-le-sang-pour-sa-lecon-inaugurale_6536097_3246.html

Il y avait foule, jeudi 6 février, au Collège de France, à Paris, pour assister à la leçon inaugurale de l’auteur et metteur en scène Wajdi Mouawad. Longue file de gens frigorifiés au-dehors, qui patientaient en espérant entrer, salle pleine au-dedans, avec, aux premières loges, trois anciennes ministres de la culture. Rima Abdul Malak, Roselyne Bachelot et Aurélie Filippetti avaient fait le déplacement. Pas Rachida Dati. L’actuelle locataire de la Rue de Valois a raté un discours dont le contenu et la conclusion ont laissé l’assemblée bouche bée.

 

 

Lire l’entretien avec Wajdi Mouawad (en 2024) : Article réservé à nos abonnés « L’exil m’a apporté le désir et la curiosité d’aller vers l’autre »
 

Pour sa première conférence, l’artiste n’a ménagé ni sa pensée, ni son humour, ni sa peine. Sollicité par l’historien Patrick Boucheron pour intervenir dans la vénérable institution (où il donnera huit cours et séminaires), le directeur de La Colline s’est livré à une prestation théâtrale radicale et impérieuse, allant jusqu’à se maculer le visage de son sang dans un final digne des performances de l’Espagnole Angelica Liddell.

 

Veste tombée, en chemise blanche, manches retroussées, il a tendu ses veines à la seringue d’une infirmière. « En attendant que le sang soit ici versé, car il le sera à n’en point douter », avait-il prévenu le public d’entrée de jeu. Wajdi Mouawad ne vient pas faire le beau dans le saint des saints de l’intelligence à la française. Il vient y parler d’écriture. Or, aujourd’hui, pas de doute selon lui, l’encre, c’est le sang.

« Entre le cœur et le crayon »

Joindre le geste à la parole n’était pas de nature à effrayer cet homme de plateau aguerri. Maniant le verbe avec un sens fou de ses rythmes, il a promené ses hordes de mots du passé au présent, de ses origines libano-québécoises jusqu’aux horizons créatifs qu’il habite désormais.

 

 

Alors qu’il va occuper la chaire annuelle « L’Invention de l’Europe par les langues et les cultures », il a titré son monologue introductif d’un énigmatique « L’ombre en soi qui écrit ». Et c’est bien elle qui a surgi, l’ombre sans qui « rien n’est possible entre le cœur et le crayon », et qu’escortaient, dans une oraison passionnante, les débris du Liban, les blessures de l’enfant, les questions de l’adulte.

 

Fustigeant les morales étriquées, les replis sur soi ou la perte du sens tragique, les sommations de Mouawad n’ont poursuivi qu’un but : « Tout ce qui n’est pas poésie est trahison. » Des phrases de ce goût-là, rappels à l’ordre fulgurants de vérités à marteler en temps de crise, il y en avait des dizaines, toutes plus frappantes les unes que les autres. Elles ont fait le show autant que leur auteur, par ailleurs excellent comédien. Prochain rendez-vous, mardi 18 février : « Epiphanie du verbe “être” ». Prenez date, il va y avoir foule.

 

 

Wajdi Mouawad au Collège de France, chaire annuelle : « L’Invention de l’Europe par les langues et les cultures ». Jusqu’au 8 avril. Programme détaillé disponible sur le site du Collège de France.

 

 

Joëlle Gayot / LE MONDE

 

 

Légende photo : Wajdi Mouawad lors de sa leçon inaugurale au Collège de France, à Paris, le 6 février 2025. PATRICK IMBERT/COLLÈGE DE FRANCE

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February 5, 2025 12:15 PM
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Au Théâtre de l’Atelier, Vincent Dedienne joue les mots de Lagarce à tombeaux ouverts 

Au Théâtre de l’Atelier, Vincent Dedienne joue les mots de Lagarce à tombeaux ouverts  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe Lançon dans Libération - 3 fév. 2025

 

Maniant tendresse et humour, le comédien rend justice aux mots du dramaturge mort du sida il y a trois décennies avec deux spectacles, «Il ne m’est jamais rien arrivé» et «Juste la fin du monde».

 

 

Jean-Luc Lagarce est mort du sida à 38 ans, en 1995. Depuis quelques années, il survivait. Son journal devient donc assez vite le journal d’un survivant, mais bien vivant. Jeune homme puis homme jeune, metteur en scène, dramaturge, homosexuel, allant vers la mort de corps en corps avec un sentiment d’horreur et un certain sourire, drelin drelin, en lutte légère, tenace, finale. Il a 20 ans lorsqu’il commence à le tenir, le mercredi 9 mars 1977 : «Pion au lycée de Montbéliard. Habite entre Besançon, chambre d’étudiant, ce lycée et chez mes parents à Valentigney. Amoureux de Ghislaine. Mon grand-père maternel a un cancer. Création du théâtre de la Roulotte (le 24).» D’emblée, la liste, non pas de ses envies, mais de ses constats. Les constats décollent un peu la membrane du poumon. Ça respire mieux tout en respirant mal, un peu plus vite peut-être.

A 21 ans, la liste ébauche la forme des monologues qui fleurissent alors au théâtre, bientôt dans le sien. Monologues secs, tendus, minutieux, taillant leur chemin dans les sous-sols d’une conscience qu’ils projettent, comme un menuisier rabote sa planche, de copeau en copeau : «Etre homosexuel mais être laid et ne pas être désirable. Etre obligé à des amours de rencontre dans des lieux sordides et furtifs. Un garçon noir, une nuit, à Audincourt, qui veut devenir chanteur de variétés. Un garçon dont la femme s’appelle Elisabeth et qui a deux enfants. Un soldat qu’on ramène jusqu’à sa caserne, pour rien, dans la nuit…»

Fragilité d’insecte

 

Ensuite, la longue marche de dix-huit ans commence, nerveuse, enjouée, désespérée, sur les planches et vers sa fin. Il la pressent avant de l’affronter : le plus intense de ce qu’on finit par vivre, c’est comme si on l’avait toujours vécu. A 19 heures, Vincent Dedienne lit des extraits du journal. Lit ? Un peu plus. Debout, face au public, c’est un seul en scène. Dedienne est Lagarce. Il dit ses listes en souriant, tendre, espiègle, effleurant le chagrin, et ce sourire, cette caresse physique sur la langue, cette dure fragilité d’insecte, rendent d’autant plus net le cheminement du texte : Il ne m’est rien arrivé est le meilleur des deux spectacles.

 

A gauche du comédien, assise sur un baffle noir, Irène Vignaud dessine sur un iPad des figures, des paysages. Naissant en blanc sur le fond noir de la scène, elles illustrent ce qu’on entend. «Jeudi 20 avril 1989. Mâcon. Mort de Bernard-Marie Koltès. 40 ans. De quoi on vous le laisse deviner. Cela me bouleversa totalement et me laissa sur le flanc toute la journée.» Et le visage de Koltès se dessine. Koltès, dont l’art théâtral du monologue a tant influencé Lagarce. «Samedi 3 mars 1990. Dans une interview, Hervé Guibert annonce qu’il a le sida et qu’il va mourir très bientôt. Il dit calmement les choses. Il va mourir.» Et le visage de Guibert se dessine. Guibert, dont le livre Mes parents a tant marqué Lagarce.

 

Il y a beaucoup de passages comiques, par exemple lorsqu’il fait visiter les monuments de Paris à ses parents : on est presque chez Courteline, et Dedienne fait ici merveille. La chute est précise et laconique. Lagarce est à l’hôpital et il note, sans bavardage et sans date : «Me suis réveillé avec une érection. Me suis réveillé pendant des années – quinze ans – avec une érection et l’envie de baiser et toute l’énergie du monde pour l’assouvir. C’est fini.» Dedienne, qui ne veut pas désespérer le public, finit sur une note joyeuse : «La prochaine fois, si vous êtes sages, je parlerai de cul. Oh ! Excusez-moi mais je crois que c’est un sujet que je dois aborder. Nous en reparlerons avec les personnes les moins sensibles.» Il ajoute : «Ça aussi, c’est dans le journal !» Et il salue.

 

Chagrin colérique

A 21 heures, le revoilà sur scène, avec d’autres, pour jouer Juste la fin du monde, la pièce la plus célèbre de l’auteur, écrite et réécrite, publiée en 1990 : son autre tombeau. Un fils, double de fiction de Lagarce, joué par Dedienne, revient dans sa famille en Franche-Comté, pour annoncer qu’il est malade et va mourir. Il ne leur dira rien. Ce sont eux qui parlent, qui lui balancent leurs vies, leurs souvenirs, leurs reproches. Il faut voir les deux spectacles pour comprendre comment la vie d’un créateur passe dans sa création. Dans son journal, Lagarce écrivait : «Il ne m’est rien arrivé.» Dans la pièce, c’est le frère de son double qui le dit. Celui qui est resté sur place, cloué dans son chagrin colérique, se plaignant de tout et d’abord du retour inutile du frère absent. C’est lui, le frère sédentaire, qui parle ici admirablement, qui décortique leur vie et se décortique à mort, qui déborde sans un mot de trop, avec toute l’injustice de la vérité subie. C’est lui qui dénonce, chez son frère en surplomb et accablé, «cette façon habile et détestable d’être paisible en toutes circonstances». Le comédien qui le joue, Loïc Riewer, est le clou du spectacle.

 

La pièce est une suite de monologues de ce frère, de la mère, de la sœur, de la belle-sœur, courts, moyens, longs, lancés sur le revenant. Rôle de réceptacle difficile à tenir, auquel Dedienne n’est sans doute pas habitué. Face aux mots, embarrassé, il sourit, mains serrées ou à la ceinture. De temps à autre, il se retourne vers le public et dit un monologue à son tour. Le revenant raconte non pas sa vie, mais ce qu’il ne parvient pas à dire aux autres : «Je me réveillai avec l’idée étrange et désespérée et indestructible encore qu’on m’aimait déjà vivant comme on voudrait m’aimer mort sans pouvoir et savoir jamais rien me dire.»

 

Le théâtre est un divan contrôlé par la forme ; et le texte a la délicatesse fracassée du destin. La manière dont ces personnages s’adressent à tout le monde et à personne, aux autres et à eux-mêmes, Marguerite Duras l’avait résumé bien des années plus tôt, à propos de l’un de ses livres, le Square : «Quand on me dit que la bonne à tout faire du Square ne parle pas naturellement, bien entendu qu’elle ne parle pas naturellement, puisque je la fais parler comme elle parlerait si elle pouvait le faire.»

Il ne m’est jamais rien arrivé, d’après le journal de Jean-Luc Lagarce, et Juste la fin du monde, jusqu’au 22 mars au Théâtre de l’Atelier à 19 heures et 21 heures. Mise en scène de Johanny Bert.

 

Philippe Lançon / Libération

 

Légende photo : Debout, face au public, c’est un seul en scène. Vincent Dedienne est Jean-Luc Lagarce. (Christophe Raynaud de Lage)
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February 4, 2025 11:53 AM
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Adèle Haenel : "Je suis la représentante de cette enfant qui a disparu, que personne n'a protégée"

Entretien du 16 décembre 2024, émission de France Inter 

 

À 7h50, l'actrice Adèle Haenel est l'invitée de Sonia Devillers, quelques jours après la fin du procès du réalisateur Christophe Ruggia, qu'elle accuse de l'avoir agressée sexuellement alors qu'elle était mineure. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/adele-haenel-2610582?gdfsvg

 

Mise à jour du 3 février 2025

Le réalisateur français Christophe Ruggia a été condamné à quatre ans de prison, dont deux ferme à effectuer sous bracelet électronique, pour avoir agressé sexuellement l'actrice Adèle Haenel quand elle avait entre 12 et 14 ans #AFP

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February 4, 2025 5:26 AM
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Vincent Dedienne plonge en apnée dans l’écriture de Jean-Luc Lagarce

Vincent Dedienne plonge en apnée dans l’écriture de Jean-Luc Lagarce | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Arvers dans Les Inrocks - 30 janvier 2025

 

“Il ne m’est jamais rien arrivé” et “Juste la fin du monde”, deux spectacles en une soirée dirigés par Johanny Bert, où Vincent Dedienne se confronte à la vie et à l’œuvre du dramaturge Jean-Luc Lagarce.

 

Une tragédie en deux actes. En décidant de jouer en première partie de soirée une adaptation du Journal de Jean-Luc Lagarce, avant d’enchaîner avec la pièce Juste la fin du monde, le metteur en scène Johanny Bert et l’acteur Vincent Dedienne nous replongent dans l’hécatombe des années sida où s’est convulsé le XXe siècle finissant.

 

Mort trop jeune, avec tant d’autres, d’Hervé Guibert à Bernard-Marie Koltès, Jean-Luc Lagarce en fut le diariste attentif, méticuleux et insolent, y affirmant haut et fort ses convictions et ses désirs. Un contraste saisissant avec sa langue de dramaturge, reconnaissable entre mille par sa façon élégante et pointilleuse de répéter en en modifiant le temps verbal l’expression de ses sentiments ou de ses actes.

Se concentrer sur l’homme

Une écriture qui court le risque, avec le temps, de se transformer en gimmick, estime Johanny Bert qui a voulu réunir autour de Vincent Dedienne “des actrices et acteurs venant d’horizons différents, prêts à [lui] faire confiance et à travailler cette langue lagarcienne, non pas comme une disfluence verbale savante, mais comme une humanité en mal de communication, en quête du vrai, avec ses heurts et ses frottements”.

Se colleter au Journal de Jean-Luc Lagarce, Vincent Dedienne en rêvait depuis longtemps, et c’est lui qui en a proposé à Johanny Bert une adaptation, achoppant volontairement sur tout ce qui a trait au théâtre pour se concentrer sur l’homme, son époque et l’expression d’un désir homosexuel, que rien, pas même l’irruption du sida, ne saurait entraver. On sent l’admiration que l’acteur porte à l’auteur, laissant affleurer les identifications par lesquelles on se construit, et c’est in fine un autoportrait qui se croque sous nos yeux. Impression appuyée par les dessins qu’Irène Vignaud réalise en direct, projetés sur le rideau noir, unique élément de décor.

Des acteur·rices épatant·es

Le fantôme de Jean-Luc Lagarce ne quitte pas le plateau pour la représentation de Juste la fin du monde. Il plane, comme l’ensemble du mobilier et des accessoires suspendus à des cintres et descendant le temps d’une scène pour camper ce décor – la maison familiale où revient, pour annoncer sa disparition prochaine, le personnage principal. Mais fils prodigue, il ne l’est pas. Son retour sera plutôt l’occasion de règlements de compte avec une famille qu’il revoit après tant d’années, et il repartira sans leur avoir rien dit.

Toute la vivacité de Vincent Dedienne prenant le Journal à bras-le-corps a disparu, reportée dans Juste la fin du monde sur le quatuor épatant qui l’entoure : sa sœur (Céleste Brunnquell), qui a tellement grandi et l’a tellement rêvé, ce frère absent, son frère (Loïc Riewer), bloc d’amertume en souffrance, sa belle-sœur (Astrid Bayiha) et sa mère (Christiane Millet), qui voudraient tant arrondir les angles et faire table rase du passé. Déjà ailleurs, Vincent Dedienne se transforme alors en chambre d’écho atonale, où toute parole retombe dans un silence définitif.

 

Fabienne Arvers / Les Inrocks

 

Il ne m’est jamais rien arrivé, d’après le Journal, de Jean-Luc Lagarce, mise en scène Johanny Bert, avec Vincent Dedienne et Irène Vignaud, et Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce, mise en scène Johanny Bert, avec Astrid Bayiha, Céleste Brunnquell, Vincent Dedienne, Christiane Millet et Loïc Riewer, au théâtre de l’Atelier, Paris, jusqu’au 22 mars.

 
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February 2, 2025 8:54 AM
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Dans « Taire », Tamara Al Saadi entrecroise les fils d’Antigone et d’une jeunesse fracassée d’aujourd’hui

Dans « Taire », Tamara Al Saadi entrecroise les fils d’Antigone et d’une jeunesse fracassée d’aujourd’hui | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge dans Le Monde - 2 février 2025

 

 

La jeune autrice et metteuse en scène franco-irakienne présente, au Théâtre de La Criée, à Marseille, sa pièce où deux héroïnes expriment de manière différente une même révolte.

 

Lire l'article dans le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/02/02/dans-taire-tamara-al-saadi-entrecroise-les-fils-d-antigone-et-d-une-jeunesse-fracassee-d-aujourd-hui_6528021_3246.html

Crier ou se taire. L’éternel mauvais choix dans lequel sont piégées les femmes, encore et encore, puisque leur parole est si souvent inentendue. Dans Taire, que crée la jeune autrice et metteuse en scène Tamara Al Saadi au Théâtre de La Criée, à Marseille, deux héroïnes s’offrent en miroir. L’une crie, l’autre se tait, deux manières d’exprimer une même révolte, face à ce que les adultes ont fait de leurs vies.

Celle qui se tait, c’est Antigone, telle que Tamara Al Saadi interprète l’héroïne antique, figure éternellement ardente et vive de la lutte contre un pouvoir arbitraire, pour qui la raison d’Etat sert de rouleau compresseur aux valeurs humaines les plus fondamentales. Antigone a cessé de parler depuis que son frère Etéocle s’est transformé en tyran, bannissant leur autre frère, Polynice. Elle oppose le même silence face à l’absurdité du monde, quand les deux s’entretuent et que Créon, au pouvoir, ordonne de jeter la dépouille de Polynice aux chiens, sans lui accorder le droit à une sépulture digne.

 

Celle qui crie, c’est Eden, une jeune fille d’aujourd’hui, dont le prénom sonne avec une ironie douloureuse. Née d’un viol, abandonnée peu après sa naissance, elle se retrouve, alors qu’elle avait été recueillie au départ par un couple aimant, ballottée de foyers en familles d’accueil, en raison d’une règle administrative aussi implacable et absurde que celles édictées par les dieux de l’Antiquité. Alors Eden part en vrille, retourne la violence contre elle-même et contre les autres, de manière indifférenciée.

Magie délicate

Tamara Al Saadi entrecroise les deux histoires avec fluidité, et les liens se tissent peu à peu, dans ce spectacle lancé sous les auspices de Désenchantée, la chanson de Mylène Farmer. Taire, qui aurait pu être plombé par un réalisme envahissant, est tenu par la qualité de son écriture, textuelle et surtout scénique. C’est la manière dont Tamara Al Saadi occupe le plateau et le fait vibrer qui emporte ici, en un spectacle limpide, qui sait accorder leur place au temps et au silence, et déjoue tout naturalisme sociologique par une forme de magie délicate.

 

Cela advient par la grâce d’une écriture du corps, du son, de la lumière et de l’image. Tout respire et palpite ici, sans pesanteur, grâce aux éléments de décor mobiles, qui glissent en un clin d’œil et laissent la lumière (superbe, et signée par Jennifer Montesantos), la couleur, les mouvements des corps faire image et exprimer la violence ou les rêves de réparation. Une coulée de sable rouge sang et deux corps qui tombent, pour la lutte fratricide entre Etéocle et Polynice. Des étoffes aériennes que l’on agite comme des voiles, comme des désirs d’ailleurs, derrière un vaste écran bleu comme la mer ou le ciel.

La forme théâtrale ici reste classique (une histoire, des dialogues, des personnages), mais elle s’hybride constamment et en douceur, non seulement avec l’image, mais aussi avec la musique et un travail sonore bien particulier. Le chanteur et compositeur libanais Bachar Mar-Khalifé signe les chants, magnifiques, interprétés par le coryphée (qu’il incarne lui-même) et le chœur. Le guitariste Fabio Meschini accompagne les accès de rage électriques d’Eden.

Derrière les mots

Surtout, une bruiteuse et créatrice sonore, Eléonore Mallo, est présente sur le plateau, réalisant à vue ses effets étranges et poétiques, qui participent largement de l’atmosphère du spectacle. Les bruiteurs savent que le son crée de l’image mentale, superbe traduction pour aujourd’hui des sortilèges des magiciennes antiques. Et c’est beau de voir ce spectacle reposant sur la question de la parole que l’on n’entend, que l’on n’écoute pas, tisser cette matière sonore riche et subtile, qui invite justement à dresser l’oreille, à écouter ce qui se dit derrière les mots, lesquels ne jouent pas toujours à armes égales face à la violence du monde.

 

Ainsi se nouent les fils de ces deux histoires, dans ce spectacle porté par une distribution impeccable, emmenée par Mayya Sanbar en Antigone irradiante, très éloquente dans son silence. C’est bien la question de la filiation qui relie ici les différentes héroïnes : Eden aussi bien qu’Antigone et sa sœur Ismène sont des « filles de personne », le fil de la transmission ayant été perverti ou rompu. Antigone, pourtant, prévient, quand elle retrouve la parole, à la fin du voyage : « Celui qui détruit l’enfant est conduit à se détruire lui-même. »

 

Tamara Al Saadi, autrice et metteuse en scène franco-irakienne, s’était fait connaître en 2018, avec un spectacle intitulé Place, dans lequel elle s’interrogeait sur la « place » à trouver entre deux mondes, entre deux langues. Cette place, il semblerait bien qu’elle l’ait trouvée aujourd’hui dans le théâtre français.

 

 

Taire, de et par Tamara Al Saadi (texte publié aux éditions Les Solitaires intempestifs). Théâtre de La Criée, Marseille 7e, jusqu’au 7 février. Puis tournée jusqu’à fin 2025 à Nice, Toulon, Saint-Ouen, Saint-Denis (Théâtre Gérard-Philipe, Seine-Saint-Denis), Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône)…

 

Fabienne Darge (Marseille) / Le Monde 

 

Légende photo  : « Taire », mis en scène par Tamara Al Saadi, au Centre dramatique national de Dijon-Bourgogne, en janvier 2025. Photo : CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE

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February 1, 2025 3:08 PM
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Suppression des budgets pour la culture dans l’Hérault : «On peut parler de sabotage» –

Suppression des budgets pour la culture dans l’Hérault : «On peut parler de sabotage» – | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération - 1er février 2025

 

Après nos révélations sur l’abandon des subventions non obligatoires à la culture par le département, Sandrine Mini, directrice de la scène nationale archipel de Thau, à Sète, déplore une attaque brutale contre les artistes, les techniciens et le service public, aux dépens de tous.

 

Il est peu courant qu’un communiqué public censé réfuter les informations d’une enquête les confirme. Après nos révélations sur la suppression totale des budgets non obligatoires consacrés à la culture de l’Hérault, son président socialiste Kléber Mesquida a répondu que nos informations étaient fausses et que la baisse ne sera que de 48 %. Tout en précisant que le département ne financera en 2025, comme nous l’écrivions dans l’enquête, que ce qui relève de ses compétences obligatoires, à savoir : les écoles de musique, les financements pour les médiathèques, les actions dans les maisons d’enfants à caractère social et les Ehpad. Nous confirmons donc que, sauf revirement in extremis, toutes les subventions non obligatoires seront supprimées dès 2025, comme du reste, celles dédiées aux associations.

 

 

Le 30 janvier, dans un message que nous avons pu consulter, le président du département alertait le Premier ministre, François Bayrou, des conséquences catastrophiques des coupes immédiates si l’Etat ne desserrait pas la tenaille : «Ce sont des pans entiers de notre action publique qui sont aujourd’hui menacés. […] Les fermetures seraient dramatiques : licenciements, fermeture d’établissement d’accueil, arrêt de dispositifs d’insertion, disparition d’initiative culturelles et sportives qui irriguent nos territoires…»

Certes, toutes les associations sont concernées et le mot culture n’apparaît que furtivement et sous forme d’adjectif dans la missive. Cette absence explique-t-elle que les budgets qui lui soient associés puissent être rayés le plus souvent brutalement sans qu’aucune information ne soit donnée aux artistes ? Un seul exemple : il y a peu, la compagnie Joli mai a appris l’annulation de toutes ses dates de représentation à Bayssan, espace scénique dépendant du département, alors même que son spectacle est annoncé sur les plaquettes. Sans aucune garantie de dédommagement. Sandrine Mini, directrice du Théâtre Molière – scène nationale archipel de Thau, perd de son côté 81 000 euros après avoir déjà vu filer 9 000 euros, il y a deux ans. Elle explique quels effets ces coupes budgétaires auront sur le public.

 

Le président de l’Hérault rejette la responsabilité de ses coupes budgétaires sur l’Etat, et explique que face à l’alourdissement des charges du département, il n’a pas d’autres choix que de supprimer les subventions à la culture…

Nous sommes des partenaires même si le département a refusé récemment de venir au comité de suivi des projets d’établissement… Il n’est pas possible que Kléber Mesquida décide sans concertation de rayer la culture. Même les conseillers départementaux nous disent que beaucoup de décisions sont prises sans eux. On peut parler de sabotage de tout notre secteur. Nous, on connaît les techniciens qu’on n’emploiera pas, les artistes à qui on répond qu’on ne va plus pouvoir accompagner leur projet. Ils sont désespérés. Le département ne donnait pas forcément des sommes importantes aux établissements. Mais c’est ce maillage fin entre les différentes sources de subventions publiques qui nous permettait de travailler ensemble, et c’est de cette histoire qu’on hérite lorsqu’on dirige une scène décentralisée. Qu’un élément s’écroule, et c’est tout l’édifice qui tangue, car on est déjà dans une économie au cordeau.

 

 

Que permet un théâtre financé et conçu comme un service public ?

En premier lieu, d’avoir des prix de places accessibles pour tous. Concrètement, dès la rentrée prochaine, comme beaucoup de scènes, nous allons être obligée d’augmenter le tarif des billets. On peut craindre que dans un avenir proche, de même qu’il y a des gens qui ont les moyens de consulter un médecin dans le privé et les autres, il y aura les spectateurs qui peuvent aller au théâtre et les autres. C’est le sens de notre mission qui est mis à mal. Au-delà du prix des places, la présence d’artistes sur un territoire change tout, la majorité des habitants n’aurait par l’occasion de croiser un geste professionnel artistique sans une conception de la culture de service public, dans lequel d’ordinaire le département est partant. Actuellement, nous travaillons sur un projet de territoire magnifique, la création d’un opéra méditerranéen avec un chœur amateur emmené par Walid Ben Selim, l’équivalent masculin d’Oum Kalsoum, qui provoque une immense fierté. Il y a également toutes les initiatives qu’on développe autour de la petite enfance pour notre grand événement dans l’espace public Le kilomètre de danse avec les chorégraphes Myriam Soulanges, Virgile Dagneaux et Benjamin Tricha. Un territoire habité par des artistes, ce n’est pas la même chose qu’un territoire sans artiste ! La municipalité de Sète le sait bien, elle qui fonde une partie de l’attractivité de la ville sur cet ancrage.

 

Vous parlez d’héritage : cette conception de la culture comme d’un service public provient-elle d’un bord politique ?

Non. Le théâtre compris et conçu comme un service public émane tout autant du Conseil national de la résistance, quand résistants gaullistes et communistes se sont associés pour reconstruire la France après guerre, que de Malraux, ministre de la culture sous de Gaulle qui a poursuivi une politique de décentralisation. Il y avait vraiment l’idée que la culture était comme la santé ou l’éducation, transpartisane et nécessaire à tous. La démocratie tient sur plusieurs pieds. Quand l’un est coupé, c’est mauvais signe pour les autres. L’art et la culture font partie de ce socle commun.

 

 

Y a-t-il des scènes ou des territoires qui s’en sortent mieux ?

Aujourd’hui, certains théâtres de ville, qui n’ont qu’une ou deux tutelles, sont en situation plus favorables que les scènes labellisées dont les financements sont croisés. Or, depuis quarante ans, toutes les politiques de décentralisation sont assises sur des financements croisés afin notamment d’éviter le clientélisme, une dépendance extrême à certains élus. Par ailleurs, le public est revenu, on commence tout juste à récupérer les spectateurs qu’on avait perdu pendant la fermeture liée au Covid. Mais on va devoir à nouveau vider les salles car on ne va plus avoir les moyens de programmer. En revanche, le patrimoine n’est pas ou très peu touché.

 

 

Pourquoi le patrimoine est-il préservé, contrairement aux arts vivants ?

Dans tous les moments de contractions budgétaires il y a une forme de contraction de la pensée. En outre, tous les gouvernement d’extrême droite en Europe font ce choix patrimonial, les pierres, ça ne parle pas. Dans tous les moments où les questions financières deviennent prégnantes, il y a un appauvrissement des propositions. Par ailleurs, l’obligation d’avoir des salles pleines à chaque lever de rideau conduit à une forme de censure qui ne dit pas son nom. On va programmer du «facile», on va vers un lissage de la pensée.

 
 
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February 1, 2025 7:35 AM
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Article 353 du Code pénal

Article 353 du Code pénal | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Annie Chenieux dans le blog "Au Théâtre et ailleurs" 25 jan. 2025

 

Emmanuel Noblet adapte et met en scène le roman de Tanguy Viel, avec Vincent Garanger, impressionnant.

C’est l’histoire d’un honnête homme qui devient un meurtrier. Le voici face à son juge, à faire le récit de sa vie et des événements qui l’ont conduit à son geste fatal. C’est la matière du roman de Tanguy Viel, dont la formule «Refabriquer du vivant », est reprise à bras-le-corps sur la scène par Vincent Garanger dans la peau de Martial Kermeur. Dans le périmètre d’un chantier à l’abandon, avec en fond des images de la mer froide, de la rade de Brest, ou encore des lumières d’un rêve hypothétique, l’homme coupable est face au juge, interprété par Emmanuel Noblet, qui a adapté le texte. Il dit sa vie, intime et professionnelle, avec les difficultés, le chômage, le divorce, la garde de son fils, l’espoir d’acheter un bateau avec ses indemnités de licenciement, puis l’arrivée d’un promoteur immobilier… Alors l’homme se laisse prendre au piège, vaguement flatté d’être reconnu avant de se sentir dupé.

La force du récit  

Vincent Garanger arpente le plateau comme si Martial Kermeur arpentait sa terre du Finistère, taiseux devenu intarissable, emporté dans des vagues de paroles. « On était assis sur un tas d’or recouvert de choux-fleurs ! » Pendant un temps, l’homme simple a cru à cette chimère, espéré une vie meilleure pour son fils. Avant de déchanter et de revenir à la réalité. Ce retour à soi-même, à ses ressources intimes, ce sursaut d’honneur nourrissent le texte de Tanguy Viel et son personnage. Tout entier emporté dans son récit, Vincent Garanger exprime l’aveuglement, les espoirs, les doutes et les peurs de Kermeur, puis sa colère, sa révolte et sa détermination froide. Sans effets, par son engagement dans l’épaisseur du récit, le comédien est cet homme allé au bout de lui-même pour retrouver sa dignité.

Article 353 du Code pénal           * *

Théâtre du Rond-Point, 2 bis av. Franklin D. Roosevelt, Paris 8e Tél. 01 44 95 98 21. www.theatredurondpoint.fr Jusqu’au 15 février. Tournée : Théâtre de l’Union, Limoges, 20-21 février, Théâtre de l’Etincelle, Rouen, 25 février-1er mars, Les Scènes du Golfe, Vannes, 21 mars, Comédie de Valence, 27 mars-17 avril, L’Estive, Foix, 29 avril, Théâtre de la Madeleine, Troyes, 23 mai.

(photo Jean-Louis Fernandez)

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January 31, 2025 3:52 PM
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Théâtre : « Notre école », un système fragile qui vibre encore

Théâtre : « Notre école », un système fragile qui vibre encore | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Béatrice Bouniol,  publié dans La Croix, le 24/01/2025

 

Jana Klein et Stéphane Schoukroun, (et leur compagnie (S)-vrai) poursuivent leur travail documentaire et intime avec Notre école (tragi-comédie). Un cri d’alerte sur la fragilité de notre système d’éducation autant qu’un hommage à l’énergie et l’intelligence qu’il fait encore surgir, malgré tout.

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Un plateau presque vide, la lumière blafarde des néons, des tableaux blanc sur roulettes, et deux chaises qui nous transportent aussitôt dans nos souvenirs de classe. Puis une voix métallique, celle d’une intelligence artificielle qui, invisible, guidera sans émotion aucune le récit. Tant mieux. Car un fil, même tendu par un robot, nous sera fort utile, une fois pris dans l’enchevêtrement de cette histoire si sensible. Notre histoire avec l’école.

 

Des ateliers en milieu scolaire durant trois ans

L’école, elle a laissé en nous des cicatrices douloureuses ou des souvenirs lumineux. Elle accueille nos enfants, elle fait peur, nous agace. Elle retient la fatalité, crée la surprise, échoue. Elle va mal, partout, mais surtout là où vivent les plus pauvres, dans les zones REP+. Que peut le théâtre face à cette pelote de frustrations et de désespérances, d’idéaux malmenés et d’injustices criantes ? L’exposer, en tirer les laines emmêlées, dans un autre espace, aux yeux de tous, en faire un spectacle, répondent avec humilité Jana Klein et Stéphane Schoukroun.

 

 

Tous deux déploient, pièce après pièce, un théâtre documentaire et intime à la fois. Déjà, dans Notre histoire, ils abordaient la transmission et l’antisémitisme à partir de leur expérience de couple mixte et l’entrée à l’école de leur fille. Pour Notre école (tragi-comédie), ils ont mené des ateliers durant trois ans dans différentes écoles, collèges et lycées de zones d’éducation prioritaire. Ils jouent leur propre rôle, de parents, de couple, de comédiens et de metteurs en scène. Sans doute est-ce leur sincérité qui, à chaque fois, fait mouche.

 

 

« Pendant trois non dix non vingt ans, ils ont rencontré beaucoup d’enseignantes et d’enseignants, ils ont vu beaucoup d’adolescentes et d’adolescents, ils ont mangé dans un grand nombre de cantines scolaires/Entre l’an 21 et 23 du XXIe siècle, ils ont fait cinq non sept non douze spectacles participatifs avec des gens de tous âges qui ont parlé de l’école… », résume l’IA sur son ton monocorde.

Humour potache, musique et chant

Là encore, ils exposent tout. Leur travail dans les classes, face à des silences gênés et un vacarme usant. Les espoirs et les humiliations fixés en eux depuis les bancs de leur enfance, les failles qui nourrissent ou tarissent leurs élans, leur fille au collège, la réalité froide du logiciel pronote et celle, glaciale, du harcèlement.

 

Les rêves et les colères des élèves d’aujourd’hui, les constats et combats des enseignants qui tiennent, encore, cette école à bout de bras. « Ça nous tiraille/ça nous cisaille/Tout seul toute seule/Dans la bataille/Seuls dans nos échecs/Pédagogiques/Dans nos errances/Didactiques ». « Ça nous tiraille/ça nous cisaille/Tout seul toute seule/Dans la bataille/Seuls devant le tribunal parental. », insiste le chœur formé par Ada (Harb) et Baptiste (Febvre), hilarants et émouvants en profs d’anglais et de français.

L’humour potache, la musique de Pierre Fruchard et le chant, pulvérisent de bout en bout discours lénifiants et autres bonnes intentions naïves. Rien n’est édulcoré des doutes, des renoncements, de la désintégration durant les confinements. Rien non plus de la situation sociale des élèves, étouffante, aberrante, incontournable.

 

 

De ce désordre mouvant s’échappent pourtant des tentatives, des envolées, des explosions d’intelligence. Une élève de CM2 écrit : « L’infini est une région. Il faut s’y diriger/Pour combien de temps bâtissons-nous des maisons ?/Pour combien de temps scellons-nous nos engagements ?/Combien de temps dure le partage entre les frères ?/Même la haine, se maintient-elle ici-bas pour toujours ?/Face au Soleil, tout à coup, il ne reste plus rien./Ce ne sont plus que libellules emportées par le courant ».

 

 

Et à la fin, on se rassure timidement. Tout cela n’est que du théâtre, même ce néon qui décroche mais ne tombe pas, même ces flammes qui viennent lécher notre école, sans encore l’avaler.

 

Béatrice Bouniol / LA CROIX

 

Du 28 janvier au 1er février 2025 au Théâtre Romain Rolland, Villejuif (94), du 8 février au 13 février 2025 au Théâtre des Quartiers d’Ivry – CDN du Val-de-Marne (94), le 13 mars 2025 au Théâtre du Fil de l’Eau, Pantin (93)

 
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January 30, 2025 10:38 AM
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Indestructible, écriture et mise en scène de Manon Worms et Hakim Bah, au TCI – Théâtre de la Cité Internationale. 

Indestructible, écriture et mise en scène de Manon Worms et Hakim Bah, au TCI – Théâtre de la Cité Internationale.  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog, 29 janvier 2025

 

Indestructible, écriture et mise en scène de Manon Worms et Hakim Bah, scénographie et costumes Clara Hubert et Ninon Le Chevallier, vidéo Jean Doroszczuk, son Marion Cros, lumière Léa Maris, régie générale et régie son Margault Wilkomm.

Avec Émilien Audibert, Katell Jan, Adil Laboudi, Julie Moulier, Assane Timbo et Olivier Werner. 

 

Indestructible est la Peugeot 504, icône française des Trente Glorieuses, portée à la scène par deux concepteurs inventifs sur l’histoire minoritaire de solidarité engagée, de luttes sociales des années 60/70 et du monde actuel. 

 

Bakary, jeune Malien embauché aux usines Peugeot de Sochaux, se souvient de son périple. De même, Cathy, étudiante parisienne établie chez Peugeot pour y mener une grève révolutionnaire. Dans cette mémoire de tôle et d’acier, vit la France industrielle d’autrefois – forteresses ouvrières, chaîne et cadences infernales, ordre usinier et contremaîtres. 

Une idée judicieuse que de remettre sur la sellette le travail, la justice sociale, la mémoire collective – re-écouter les voix souvent marginalisées des ouvriers et des immigrés, une prise de conscience, chemin faisant, de notre actualité.

 

Avec énergie, distance clairvoyante et amusée, Manon Worms et Hakim Bah, auteurs et metteurs en scène avertis, témoignent des luttes ouvrières et des espoirs révolutionnaires de mai 68 – éclairage de la condition ouvrière et de la dynamique sociale. Et cinquante ans plus tard, sont réactivées les mêmes problématiques – prévarication du travail, érosion des solidarités collectives, montée des des inégalités et des tensions sociales liées à l’immigration.

 

« A l’image du processus de fabrication d’une voiture, l’écriture assemble entre elles des pièces détachées, des éléments tirés du réel, des récits puisés dans L’Etabli de Robert Linhart, mais aussi dans d’autres recueils de témoignages sur les parcours de militants, de travailleurs et d’immigrés – archives audiovisuelles, textes de lois, faits historiques soudés à une fiction imaginée ensemble, réactivant cette rencontre entre immigrés et établis. »

 

Une langue à la fois lyrique, poétique et exaltée d’un côté, et de l’autre, un témoignage oral et scénique concret sur les capacités politiques de révolte. En même temps, s’invite la dimension politique de la vie privée dans les années 70: Cathy – l’intellectuelle qui oeuvre à l’émancipation de l’usine – vit avec Paquita, militante des cercles de libération féministes et homosexuels. 

 

Et pendant ce temps-là, est fait l’éloge ludique de la Peugeot 504, dont les couleurs de carrosserie sont infinies: « …Algue Marine pour les bretons, Beige Céramique pour les retraités, Blanc Alaska pour les jeunes lecteurs, de Kerouac, Arosa pour les night clubber, Bleu Argenté pour les VRP… »

La scénographie éloquente est inspirée des usines mythiques, grotte ombreuse de milieu viril métallurgique dont les lumières ne tombent que de morceaux de tôle suspendus dans les airs – ailes de voiture et sigle du fameux Lion de l’écusson Peugeot – symbole d’une réussite scintillante du temps. Des éblouissements soudains surgissent alors que des voiles sombres revêtent le lointain; au sol, des amas de pneus et surtout – clin d’oeil ironique – de tuyaux de caoutchouc de chambres à air de vélo. Des bruits métalliques de chaîne pour les seaux qu’on monte et descend sans cesse.

 

Car ici, on est actif – les exploités sont sous le joug des contremaîtres, au service de l’exploiteur -: les ouvriers vont et viennent sur le plateau, répétant les mêmes mouvements et les mêmes gestes dans un capharnaüm visuel et sonore, se parlant à peine bien qu’ils se côtoient et se connaissent bien. Ici, l’automobile assourdissante est reine et impose ses bruits et fureurs obligés.

 

De Marseille à Paris et Sochaux, dans la France des zones frontalières et industrielles, « au volant d’une Peugeot 504 qui conduit la narration », les acteurs battent la campagne, sans s’éloigner de leur sujet ni diverger de leur condition: Émilien Audibert à la présence vive, Katell Jan, décidée et espiègle, Adil Laboudi, responsable inquiétant ou travailleur au fort humour, Julie Moulier, joliment libre et railleuse, Assane Timbo, élégant et incisif, et Olivier Werner, juste et précis. 

Un spectacle tonique qui éveille et revivifie le partage de nos valeurs humanistes.

 

Véronique Hotte

 

Du 27 janvier au 8 février 2025, lundi, mardi 20 h, jeudi, vendredi 19 h, samedi 18 h, relâche mercredi et dimanche, Théâtre de la Cité internationale 17, bd Jourdan 75014 Paris. Tél : 01 85 53 53 85 ou sur theatredelacite.com 

 

Crédit photo: Mathilde Delahaye Répétitions du spectacle Indestructible de Manon Worms et Hakim Bah le 17 septembre au Théâtre de la Cité internationale.

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January 29, 2025 3:31 PM
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Le conseil départemental de l’Hérault coupe 100% de son budget culture

Le conseil départemental de l’Hérault coupe 100% de son budget culture | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par la rédaction du magazine Diapason - 29 janvier 2025

 

Kléber Mesquida, président (PS) du conseil départemental, assume de passer le budget « aux ciseaux, à la tronçonneuse, au sécateur ».

 

 

Bis repetita… Après la région Pays de la Loire, c’est au tour du département de l’Hérault de s’attaquer à la culture. Et dans les grandes largeurs, puisque Kléber Mesquida, président (PS) du conseil départemental, a annoncé ce lundi 27 janvier une coupe de 100% du budget alloué à la culture dans son département, révèle Libération. « On peut le dire autrement : l’Hérault, doté d’un budget annuel de 2 milliards d’euros, dont la part culturelle non obligatoire représente entre 5 et 6 millions d’euros, sera le seul département de France qui consacrera zéro centime à la culture dès 2025 », écrivent Anne Diatkine et Sarah Finger dans le quotidien. Dès le 2 décembre, M. Mesquida écrivait à l’intersyndicale de la région Occitanie qu’il supprimerait pour 2025 « toutes les dépenses non obligatoires et les subventions ».

 

Faisant face à un déficit de plus de 103 millions d’euros, le conseil départemental a indiqué par mail à Libération se concentrer sur « ses compétences obligatoires qui relèvent des écoles de musique, des établissements qui accueillent des personnes âgées et des enfants confiés par des juges ». Dans une interview à Métropolitain  publiée aujourd’hui, M. Mesquida explique ne pas avoir le choix : « Notre budget se base sur les dotations de l’État car les Départements n’ont plus de fiscalité propre depuis notamment la suppression de la taxe d’habitation […] Nous avons finalement perçu 31 millions d’euros en moins par rapport au budget voté en début d’année. A ceci s’ajoute une perte de 52 millions d’euros des droits sur les transactions immobilières, conséquence de la crise que connaît ce secteur. Donc nous avons eu une baisse considérable de nos ressources sur l’année 2024 […] L’État nous demande de prendre en charge des actions qui sont de sa compétence, sans pour autant nous donner de compensations financières […] Pour ce qui concerne les effectifs, j’ai fait le calcul, il faudrait que l’on supprime 300 emplois. Mais on taille dans quoi ? Dans l’entretien des collèges ? Les cantines scolaires ? L’entretien des routes ? Dans la Protection Maternelle et Infantile ? Chez les sapeurs-pompiers ? Ce n’est pas possible, ce sont des emplois qui sont essentiels, qui ont un impact dans le quotidien des personnes. » Il y a deux semaines déjà, rapportait Midi Libre, le président du conseil départemental assumait de passer le budget « aux ciseaux, à la tronçonneuse, au sécateur » – ambiance…

Liquidation

« Sous couvert de caisses vides, c’est cinquante ans de politique publique dans laquelle le département de l’Hérault était exemplaire, qui est en train d’être liquidée », s’indigne « un agent majeur de la scène héraultaise » cité par Libération – le quotidien précise que « la très grande majorité des acteurs culturels exige l’anonymat pour ne pas froisser les tutelles ». Nombre de structures s’inquiètent pour leur avenir : « On navigue à vue », témoigne Sandrine Mini, directrice du théâtre Molière-Sète (TMS, scène nationale de l’archipel de Thau). « A Sète, nous avons 70 entreprises mécènes à nos côtés. Que va-t-on leur vendre, si nous devons diviser par deux notre programmation ? » Un autre acteur du secteur, Eric Bart, conseiller artistique du domaine d’O, ne cache pas son pessimisme : « On fait comme si on allait survivre. Mais on vient d’un monde qui n’existe plus.»

Gauche et droite, même bateau ?

Un spécialiste note que Christelle « Morançais [présidente des Pays de la Loire] a transgressé un interdit dans lequel d’autres s’engouffrent ». Mais la brèche était ouverte depuis longtemps : France Info relevait déjà il y a un an que quatre millions d'euros ont été supprimés aux structures culturelles de la région Auvergne-Rhône-Alpes, depuis 2022. En Pays de la Loire comme en Auvergne-Rhône-Alpes, la droite est aux responsabilités. Dans l’Hérault,  c’est un élu du Parti socialiste qui a sorti les ciseaux. Par ailleurs, l’un des interlocuteurs de Libération « a raconté comment son projet de création artistique, pourtant novateur, avait essuyé un refus net de la part du cabinet de Carole Delga, présidente (PS) d’Occitanie. Il lui a été répondu qu’aucune subvention ne serait allouée en 2025 ni à ce travail ni à tout autre. » Bords politiques différents, mêmes méthodes ?

Fin décembre, une tribune publiée par le Huffpost, écrite par Emma Rafowicz, députée européenne et vice-présidente de la commission Culture au Parlement européen, et signée entre autres par Olivier Faure, Premier secrétaire du PS, fustigeait les « pyromanes de la culture » : « Derrière cette offensive austéritaire se cache un projet politique clair : affaiblir la culture publique au profit d’intérêts privés. Or, la culture est un service public qui, par nature, ne cherche pas la rentabilité, comme la sécurité, la santé ou l’école. La culture, dans toute sa diversité et sa vitalité, est bien plus qu’un vecteur d’épanouissement individuel. C’est une arme pacifique contre l’obscurantisme et les fractures sociales, un moteur pour l’égalité et le vivre-ensemble, un rempart pour nos démocraties […] L’hiver culturel qui s’annonce n’est pas simplement le fait d’arguments budgétaires. Il s’agit aussi d’une offensive idéologique. De plus en plus, des responsables politiques de droite dénoncent une culture prétendument élitiste et se rapprochent de l’extrême droite. » Comment ces responsables de gauche réagiront-ils aujourd’hui au fait qu'un élu issu de leurs rangs participe à cette « offensive idéologique » ?

 
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January 28, 2025 5:27 PM
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«On fait comme si on allait survivre» : le département PS de l’Hérault supprime 100% de ses subventions à la culture 

«On fait comme si on allait survivre» : le département PS de l’Hérault supprime 100% de ses subventions à la culture  | Revue de presse théâtre | Scoop.it
 
Prenant exemple sur des collectivités de droite, le département, pourtant de gauche, a annoncé lundi 27 janvier un budget nul pour la culture en 2025. Un désengagement historique qui met en danger l’avenir du secteur.

 

 
 

Les structures artistiques financées par des tutelles à gauche sont-elles mieux préservées des coupes budgétaires que celles qui dépendent des collectivités de droite et ne cachent pas leur désir de se débarrasser d’une conception de la culture comme service public ? Kléber Mesquida, président (PS) du conseil départemental de l’Hérault, se distingue en ayant annoncé, lundi 27 janvier, lors d’une réunion avec les vice-présidences, une coupe de 100 % du budget alloué à la culture dans son département. On peut le dire autrement : l’Hérault, doté d’un budget annuel de 2 milliards d’euros, dont la part culturelle non obligatoire représente entre 5 et 6 millions d’euros, sera le seul département de France qui consacrera zéro centime à la culture dès 2025. L’annonce, confirmée par le service de communication du département, n’est pas encore officielle. Nathalie Garraud, codirectrice du théâtre des 13 Vents à Montpellier, ne s’explique pas ce silence : «Il est anxiogène de ne pas savoir fin janvier de combien le budget 2025 sera amputé, surtout si la suppression est totale. Aujourd’hui, la moindre somme compte. Rien a été notifié aux structures.» Et précise : «L’économie des théâtres publics repose sur un financement croisé, il est très important financièrement mais aussi symboliquement que tous les territoires d’un partenaire soient impliqués

 

Certains, jusqu’aux mots fatals du septuagénaire, espéraient encore que quelques subsides soient sauvés, bien que Mesquida ait, ces derniers mois, préparé le terrain de sa décision. Dans une lettre envoyée le 2 décembre à l’intersyndicale de la région Occitanie, il notait qu’il supprimerait pour 2025 «toutes les dépenses non obligatoires et les subventions». Dans cette même lettre, il prévenait qu’il n’était pas envisageable que le département emprunte «pour subventionner des tiers» dont la culture.

 

Quelques semaines plus tôt, interrogé par Midi Libre sur l’avenir du site culturel de Bayssan vers Béziers, dédié à la scène théâtrale et musicale et entièrement financé par le département, il répondait : «On arrêtera la programmation culturelle pour le dernier trimestre 2025. On n’avait pas encore signé les engagements donc on arrête. On réduit tout ce que l’on peut réduire.» Bayssan, son grand théâtre de 1 000 places sorti de terre il y a moins de cinq ans, et dont la construction et les équipements ont coûté plus de 10 millions d’euros, son immense parking vide, et sa programmation étique promise au strict minimum puisque la direction et le département avaient déjà prévu d’abandonner quatre spectacles envisagés pour 2025, et de renoncer à utiliser l’amphithéâtre durant le printemps et l’été. «Ces constructions pharaoniques, n’est-ce pas de l’argent public jeté par les fenêtres alors qu’on nous demande sans cesse de supporter de nouvelles coupes dans nos budgets ?» s’insurge la direction d’une scène qui accueille deux des spectacles annulés par Bayssan et doit désormais assumer seule les frais de voyage des artistes et des décors.

«Absurdie» et «gabegie»

Signe d’une certaine terreur d’être décapitée, la très grande majorité des acteurs culturels exige l’anonymat pour ne pas froisser les tutelles et en particulier Mesquida. Par mail, le département nous explique que c’est bien parce qu’il est exsangue, avec un déficit de 103 007 921 € dû à des baisses de dotations, et à de nouvelles «charges décidées par l’Etat», que la décision a été prise de se concentrer sur «ses compétences obligatoires qui relèvent des écoles de musique, des établissements qui accueillent des personnes âgées et des enfants confiés par des juges». La direction d’un théâtre remarque : «Tous les départements sont face aux mêmes complexités mais tous ne font pas le même choix. La Haute-Garonne a choisi de ne couper que 50 % du budget alloué à la culture». Un agent majeur de la scène héraultaise se montre encore plus sévère : «Sous couvert de caisses vides, c’est cinquante ans de politique publique dans laquelle le département de l’Hérault était exemplaire, qui est en train d’être liquidée». Depuis deux, trois ans, insiste-t-il, «on assiste une remise cause délétère de l’aménagement culturel de ce territoire. Elle résonne avec les politiques de Laurent Wauquiez [LR, jusqu’à récemment président d’Auvergne-Rhône-Alpes, ndlr] puis de Christelle Morançais  [Horizons, présidente des Pays-de-la-Loire], qui ont ouvert une brèche». Chez beaucoup pointent le désespoir et la crainte qu’à travers l’exemple de l’Hérault, ce soit désormais une certaine gauche qui œuvre sans complexe à la liquidation de la culture comme service public, héritière de la décentralisation et imaginée après guerre par le Conseil national de la résistance. «Morançais a transgressé un interdit dans lequel d’autres s’engouffrent», analyse un grand nom du secteur.

 

 

Cette année blanche en Occitanie prend place dans un contexte ultra-tendu. En octobre, le service de prêt gratuit par Hérault Matériel Scénique, chargé de mettre à la disposition de structures, associations et collectivités du matériel technique et scénique a été fermé au prétexte qu’il serait une concurrence déloyale avec des entreprises privées. Les salariés de la structure publique touchent encore leur salaire, le matériel est intact, mais ils ont interdiction de le prêter. «Une gabegie. On règne en absurdie», tonne-t-on de toute part. Dans le domaine d’O, le petit théâtre d’O dépendant du département, qui servait de lieux de répétitions et de résidences aux compagnies, a lui aussi fermé. La tutelle rétorque aux compagnies qui souhaiteraient l’utiliser qu’elles n’ont qu’à le louer.

 

«On navigue à vue»

«Inédit» : le mot revient dans la bouche de plusieurs de nos interlocuteurs interrogés avant l’annonce du désengagement historique du département et qui s’inquiétaient des suppressions de spectacles en cascade, du chômage technique qu’elles entraînent, de la sortie de l’intermittence ou de la pratique d’un deuxième ou troisième job obligatoire pour beaucoup d’artistes, mais aussi pour celles et ceux qui œuvrent pour ces spectacles. Sandrine Mini, directrice du théâtre Molière-Sète (TMS, scène nationale de l’archipel de Thau) : «Je suis parvenue à éviter les licenciements. Mais au théâtre Molière, il y a eu quatre départs au cours de ces deux dernières années et un seul poste a été remplacé. Ce sont des jeunes diplômés à qui l’on ferme la porte.»

 

Pour l’instant, le prestigieux Printemps des comédiens, festival qui a fusionné à l’automne avec le domaine d’O pour devenir une cité européenne du théâtre et des arts associés, n’est pas menacé. La fusion, particulièrement compliquée, a gelé la saison qui ne reprend que tout doucement, ce qui a mis sur le carreau nombre de techniciens aguerris. En dépit d’un lourd déficit, ladite cité ne devrait pas voir ses budgets rognés car elle ne dépend pas directement du département mais de la métropole qui a l’obligation de transférer une somme fléchée et établie aux deux structures. Bien que, nous souffle une source proche du dossier, «le département essaie de mettre en cause cet accord».

Sandrine Mini, du TMS, poursuit : «On navigue à vue. A Sète, nous avons 70 entreprises mécènes à nos côtés. Que va-t-on leur vendre, si nous devons diviser par deux notre programmation ?» Nombre d’acteurs culturels attendent les décisions qui seront prises au niveau régional ; certains en ont déjà fait les frais. L’un de nos interlocuteurs nous a ainsi raconté comment son projet de création artistique, pourtant novateur, avait essuyé un refus net de la part du cabinet de Carole Delga, présidente (PS) d’Occitanie. Il lui a été répondu qu’aucune subvention ne serait allouée en 2025 ni à ce travail ni à tout autre. Quelques semaines après ce rendez-vous, ce témoin veut croire, malgré tout, que son projet n’est pas mort. Eric Bart, conseiller artistique du domaine d’O, ancien de l’Odéon et du théâtre Vidy, en Suisse : «On fait comme si on allait survivre. Mais on vient d’un monde qui n’existe plus.» Est-ce inéluctable ?

 

Anne Diatkine - Sarah Finger / Libération

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January 28, 2025 5:08 AM
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«No Yogurt for the Dead», l’écrin fantôme de Tiago Rodrigues 

«No Yogurt for the Dead», l’écrin fantôme de Tiago Rodrigues  | Revue de presse théâtre | Scoop.it
 
 

Alternant parlé et chanté, la nouvelle création du metteur en scène, montée à Gand, se saisit du dernier carnet rempli par son père pour défier la mort.

 

C’est l’histoire d’un carnet qui a d’abord déçu jusqu’à la colère son récipiendaire. Un carnet rempli de pages blanches et quelques gribouillis esseulés et énigmatiques, fermés à toute signification. C’est l’histoire d’une pièce qui redonne souffle à la mort et transforme la déception en merveille. Et c’est une histoire véridique et singulière, et universelle d’être particulière, qui concerne tout un chacun. Celle de la mort des parents et ses points d’interrogation. Quand il n’est plus temps et que les récits sont perdus à jamais.

Des chamailleries pour un rien ou justement essentielles

Sur scène, deux lits d’hôpitaux identiques, sur deux plans différents, l’un en hauteur comme sur une cime dénudée, ou un millefeuille de papiers, ou encore un rêve brumeux ; l’autre, dans sa matérialité moche et aride, près du public. Sur le lit en hauteur et lointain, un homme âgé (le musicien Hélder Gonçalves) qui jouera de la guitare. Sur le second, une jeune actrice qui porte une barbe postiche. Les deux sont des facettes de Rogerio Rodrigues, et la belle idée de son fils, Tiago Rodrigues – qu’on ne présente plus mais ça ne coûte rien de le faire le quand même : artiste, auteur, metteur en scène, directeur du Festival d’Avignon – est de faire incarner l’image onirique par un homme, et la représentation plus réaliste par une femme, tout comme le jeune Tiago est jouée par une actrice (formidable Beatriz Brás). Ça commence par des scènes de vie quotidiennes à l’hôpital, des chamailleries pour un rien à moins qu’elles ne soient justement essentielles, un feutre bleu que le fils apporte à son père alors qu’il aurait dû être noir et qui prouve l’inattention et le manque d’égard – «Quand m’as-tu jamais vu écrire avec de l’encre bleue ? Tu sais bien que je ne peux écrire qu’à l’encre noire». Car Rogerio se l’est promis : durant son hospitalisation pour un cancer en phase terminale, ce célèbre journaliste, opposant actif à la dictature salazariste, écrira son tout dernier reportage, en dépit du feutre bleu, et de son fils, si décevant dans ses errements professionnels comme il le lui dit. Sur le carnet, un titre : «No Yogurt for the Dead.»

 
A ce stade, No Yogurt…, créé le 23 janvier au NTGent, le Théâtre national de la ville flamande, en portugais et néerlandais, paraît presque trop explicite. Erreur de perspective. Car il faut des briques solides pour engager ensuite les spectateurs dans des réminiscences qui s’enchâssent, et se transforment – mais peut-on le dire sans rompre la surprise ? – en un véritable concert, parfois a cappella. Magnifique idée que celle de défier la mort en modifiant le genre même du spectacle. Et par un emboîtement de fausses fins. On le sait tous : tant qu’il est possible de parler d’un défunt, la bulle fragile que constituent les funérailles n’est pas rompue et l’illusion de la reviviscence se propage.

La réussite de cette partition tient beaucoup à la délicatesse de Manuela Azevedo du groupe portugais pop Clã, qui, avec Hélder Gonçalves, forme l’orchestre de la Cerisaie, précédant spectacle de Tiago Rodrigues, en tournée en Chine tout avril. Cependant les trois comédiennes qui passent insensiblement du parlé au chanté sans ce ne soit jamais forcé se révèlent d’excellentes chanteuses.

«Dialogue avec les morts»

No Yogurt for the Dead est le sixième chapitre d’Histoire(s) du théâtre que Milo Rau, longtemps à la tête du NTG, propose à différents artistes. A resurgi ce petit cahier que Tiago Rodrigues n’avait jamais rouvert et précieusement gardé. «J’ai pris le temps pour repenser à mon père et à son geste de vouloir écrire encore alors que ça ne lui était physiquement plus possible. M’est revenu la manière dont Heiner Müller évoque le théâtre comme un dialogue avec les morts.» Non pas de manière mélancolique ou nostalgique, mais comme une lutte «pour rester en vie et faire en sorte que les autres le soient» même quand ils ne sont plus. La scène accueille les fantômes.

No Yogurt for the Dead m.s. Tiago Rodrigues jusqu’au 31 janvier à Gand (Belgique), du 19 au 23 février à Lisbonne (Portugal), du 28 mai au 3 juin au festival de Vienne (Autriche).

 Anne Diatkine / Libération 

 

Légende photo : Les comédiennes Beatriz Brás et Manuela Azevedo. (Phoot : Michiel Devijver)
 

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