Revue de presse théâtre
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April 13, 2020 4:22 PM
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Coronavirus en France : le festival d'Avignon en partie annulé, le théâtre des Doms annule sa participation

Coronavirus en France : le festival d'Avignon en partie annulé, le théâtre des Doms annule sa participation | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Sur le site de la RTBF (Belgique) le 13 avril 2020

 


Le président français Emmanuel Macron a annoncé la prolongation du confinement jusqu’au 11 mai. Et l’annulation de tous les rassemblements culturels jusqu’au 15 juillet "au moins". Un coup dur pour le monde du théâtre. Le festival d’Avignon qui doit se tenir du 3 au 23 juillet prochain est donc en partie annulé. Le théâtre des Doms, vitrine sud du théâtre de la Fédération-Wallonie-Bruxelles annule entièrement sa participation au festival 


"C’est une annonce que nous attendions", a déclaré le directeur du théâtre des Doms. "Maintenant, réservons nos forces pour les choses à venir", a-t-il ajouté. D’autant que, pour l’heure, cette date du 15 juillet est encore hypothétique. "Le théâtre du Doms n’ira pas sur un glissement entre la mi-juillet et la fin juillet je pense, les conditions ne seront pas là".

Quelles pertes pour les compagnies ?
Une telle annonce sonne comme "un couperet", quand bien même elle pouvait être attendue. Et pour les compagnies théâtrales, comme pour l’ensemble du monde de la culture les pertes seront importantes. "Pour les compagnies cela se chiffre en centaines de milliers d’euros", indique Alain Cofino Gomez. "Le théâtre des Doms nous allons tout faire pour aider les compagnies", précise-t-il. Et d’ajouter, " mais oui cela sera un vrai drame pour les compagnies qui sont fragiles, certaines ne se relèveront pas. […] Et il y a toute la vie économique, je pense à Avignon, mais aussi un peu partout, parce que ne pas aller au restaurant, ne pas sortir, ne pas aller au théâtre. C’est une vie économique et on va se rendre compte d’une puissance qui est éteinte là".

Pour ce qui est du théâtre des Doms en soi, grâce aux subsides qu’il reçoit, il devrait pouvoir se relever, a déclaré son directeur.

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April 7, 2020 9:13 AM
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Coronavirus : le monde du cirque inquiet pour son avenir, par Rosita Boisseau / Le Monde

Coronavirus : le monde du cirque inquiet pour son avenir, par Rosita Boisseau / Le Monde | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Rosita Boisseau  dans Le Monde 7 avril 2020

 

Plus vulnérable que le théâtre ou la danse, le milieu des circassiens est frappé de plein fouet par l’interruption des créations et l’annulation des festivals liées aux mesures de confinement.



Le cirque s’alarme. La crise sanitaire porte un coup très rude à « cet art populaire que l’on regarde encore trop avec condescendance en haut lieu », comme le rappelle Philippe Le Gal, président de l’association Territoires de cirque, dans un communiqué envoyé le 25 mars pour insister sur la « solidarité » qu’exige la pandémie. Plus vulnérable que le théâtre ou la danse, l’écosystème du cirque contemporain, basé sur le travail collectif, l’itinérance, des séquences de répétition parmi les plus longues du spectacle vivant (au moins six mois), en raison de l’utilisation des agrès, est frappé de plein fouet par la situation actuelle.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : le spectre de l’annulation pèse sur les festivals de musique estivaux
En l’espace de trois semaines à peine, le gel général de l’activité engendré par le Covid-19 a entrouvert un gouffre économique dans lequel les compagnies, actuellement au nombre de 800, risquent de glisser rapidement. « L’effet domino des annulations en série va entraîner des conséquences terribles sur la survie de nombre d’équipes artistiques, en particulier les jeunes compagnies, commente M. Le Gal. Les calendriers des lieux et des manifestations ne sont pas extensibles, et les reports ne sauraient résoudre tous les problèmes en train de surgir. Gonfler une saison n’entraînera pas une hausse de fréquentation du public, qui ne pourra pas augmenter le nombre de spectacles qu’il ira voir. »

« On est fauché en plein vol »


« C’est l’apocalypse ! », s’exclame Yveline Rapeau, directrice du Festival Spring, dont la 4e édition devait être à l’affiche, du 5 mars au 5 avril, dans 60 lieux de la région Normandie. « Comment le dire autrement, lorsqu’on est fauché en plein vol ? Spring démarrait dans une ferveur incroyable tant du côté des artistes que des spectateurs et, d’un coup, terminé ! L’impact se mesure déjà jusqu’en 2022. Sur les 60 spectacles que j’avais programmés, 40 ont été annulés. Seulement 4 ou 5 pourront être reportés, mais cela entraîne le déplacement de créations, ce qui va évidemment déstabiliser le secteur. Je passe mon temps à me battre avec les plannings, à répondre aux appels au secours des compagnies et suis devenue “l’hôpital des projets malades”. Mais tout le monde se mobilise. » En tête de pont de ce branle-bas de combat, les treize Pôles nationaux cirque qui maillent le territoire français.

Martin Palisse, directeur du festival La Route du Sirque : « L’été va être crucial. Si tout s’annule, les conséquences seront sans doute fatales pour nombre d’entre nous »

L’économie globale du cirque contemporain s’appuie sur les festivals. La saison, qui démarre avec Spring et se conclut avec Circa, à Auch (Gers), en octobre, compte une cinquantaine de manifestations de tout gabarit. « C’est là que tout se passe, insiste Marc Jeancourt, directeur du Théâtre Firmin-Gémier/La Piscine, Pôle national cirque, à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine). Plus de quarante ans après ses débuts, le cirque contemporain a curieusement conservé une organisation festivalière liée, en partie, aux chapiteaux. Sans doute est-ce aussi à cause de son côté populaire et festif. Par ailleurs, les diffuseurs dans ce milieu ne travaillent pas sur vidéo. Ils aiment voir, et même revoir, le plus souvent avec beaucoup de bienveillance, avant d’acheter les spectacles. »

 

Si la plupart des rendez-vous importants, comme Le Mans fait son cirque, du 19 au 28 juin, Solstice, du 20 au 28 juin, à Antony (Hauts-de-Seine), le Festival d’Alba-la-Romaine (Ardèche), du 9 au 14 juillet, ou encore La Route du Sirque, du 11 au 16 août, à Nexon (Haute-Vienne), sont maintenus pour le moment, la chaîne commence à trembler. « L’été va être crucial, souligne le jongleur Martin Palisse, directeur du Pôle national cirque de Nexon et du festival La Route du Sirque. Si tout s’annule, les conséquences seront sans doute fatales pour nombre d’entre nous. »

« Ce sont les petits qui sautent en premier »

En première ligne, les manifestations rurales soutenues par des militants et des bénévoles, comme Les Fantaisies populaires, installées depuis 2016 dans le village de 400 habitants de Cenne-Monestiés (Aude), dont l’édition 2020 doit avoir lieu du 1er au 5 juillet. « Nous collaborons avec 80 bénévoles et attendons 14 compagnies en extérieur et, pour la première fois, un spectacle sous chapiteau, expliquent les codirecteurs Mathilde Arsenault-Van Volsem et Frédéric Arsenault. Nous n’avons pas la même solidité économique qu’une grosse manifestation et, comme chacun sait, ce sont les petits qui sautent généralement en premier dans un contexte budgétaire serré. Si nos soutiens financiers habituels, ceux des collectivités locales et, surtout, du fonds européen, dont nous dépendons à 60 %, ne sont pas maintenus, nous serons contraints d’annuler et de reporter. »

Déborah Boëno, chargée de diffusion pour Cheptel Aleïkoum : « Tout le monde est prêt à se serrer les coudes »

Le mot d’ordre du milieu : ne pas rompre les liens, conserver l’esprit collectif. Pour finaliser sa nouvelle et grosse production intitulée (V)îvre, dont la première, qui devait avoir lieu le 2 avril, à Vendôme (Loir-et-Cher), a été annulée, Cheptel Aleïkoum a lancé un appel à ses onze coproducteurs. « Il nous manque deux semaines de répétition et un budget de 30 000 euros, qui va creuser notre déficit lié aux annulations d’une douzaine de dates déjà d’ici à juin, précise Déborah Boëno, chargée de diffusion du collectif. J’ai eu des réponses positives de la plupart des lieux. Tout le monde est prêt à se serrer les coudes. »

 

 

Exemple de cette volonté offensive, la mise en place de dispositifs spéciaux pour accueillir certaines troupes ayant dû interrompre la fabrication de leur spectacle à quelques semaines de leur création. Dans le cadre du Mans fait son cirque, soutenu par la municipalité du Mans, Richard Fournier, directeur artistique, travaille à dégager un espace exceptionnel en centre-ville pour accueillir en amont des représentations, trois chapiteaux et deux compagnies, dont Cheptel Aleïkoum… « Nous espérons pouvoir ainsi les aider à finaliser leurs pièces, dit-il. Cela dépend, évidemment, de l’évolution de la situation actuelle. »

 

Lire aussi  Coronavirus : le ministère de la culture lance l’opération #CultureChezNous

Le contexte terriblement inédit fait surgir des situations tout aussi insolites, qui obligent à s’adapter en permanence. Depuis le 13 mars, la troupe parisienne de L’Envolée Cirque, en résidence de création jusqu’au 27 mars à Circa, à Auch, pour leur spectacle intitulé Elle(s), s’y est retrouvée coincée avec son chapiteau. « Nous ne voulions pas abandonner notre toile sans surveillance, expliquent Pauline Barboux et Jeanne Ragu, acrobates aériennes. Notre monteur n’était pas là, l’équipe technique de Circa pas disponible à cause du contexte… Bref, nous avons demandé à rester confinées ici, dans nos caravanes, avec nos compagnons et nos enfants. » « Nous savions qu’ils seraient bien à Circa, même s’il est étrange que personne de l’équipe ne soit dans les bâtiments, ajoutent Laure Baqué, secrétaire générale de Circa, et Camille Charru, chargée de production. Le fait qu’ils soient en famille a été un argument pour accepter leur proposition très inhabituelle. On leur a néanmoins aussi donné accès aux douches et à la cuisine. »

En circuit court

Si elles ne peuvent pas progresser sur l’ensemble de la production, Pauline Barboux et Jeanne Ragu continuent au moins à s’entraîner dans de bonnes conditions. Contrairement aux danseurs qui peuvent pratiquer en chambre, la majorité des artistes de cirque, trapézistes, funambules, experts en mât chinois ou en bascule coréenne, à l’exception des jongleurs et des équilibristes, se retrouvent paralysés chez eux sans agrès, sans partenaire. « Cela risque d’ailleurs d’en pénaliser beaucoup, qui ne seront pas au même niveau technique en sortant de confinement », prévient Martin Palisse.

Martin Palisse (La Route du Sirque) : « Ma peur est que nous ne puissions plus faire revenir le public dans les salles, que le traumatisme sociétal ne soit trop fort »

Comment les circassiens vont-ils réémerger de cette crise sanitaire ? Sur sa page Facebook, le jongleur Denis Paumier, de la compagnie Les Objets volants, implantée à Reims (Marne), a posté cette question : « Comment ce sera d’être jongleur en 2021 ? » Alors qu’une convention virtuelle de jonglage, le JVC Juggling Convention, s’est déroulée les 4 et 5 avril sur la plate-forme Discord, et que de nombreuses vidéos de coaching en acrobatie et contorsion apparaissent sur les réseaux sociaux, certains ont répondu : « On sera youtubeurs et on vivra de placement de produits. » « Et pourquoi pas ?, positive le metteur en scène de cirque Gilles Cailleau. Les jeunes artistes font l’apprentissage d’une certaine liberté, découvrent l’image, la vidéo et le montage, une nouvelle écriture qui peut aussi permettre de réinventer la piste. »

 

Autre alternative, déjà prise d’assaut depuis quelques années par la nouvelle génération : la rue, le local. « On ne pourra plus voyager autant, et il va falloir peut-être revenir au circuit court, comme on dit aujourd’hui, analyse Martin Palisse. Autrement dit, créer un ou deux spectacles par an dans son lieu pour les gens autour. Ma peur, actuellement, est que nous ne puissions plus faire revenir le public dans les salles, sous les toiles et dans l’espace public, que le traumatisme sociétal, cette distance que nous avons instaurée entre nous, ne soit trop fort. Je crains aussi le virage vers une société hygiéniste qui ne colle pas du tout avec la proximité et la pauvreté du cirque et du chapiteau… » Une inquiétude partagée par nombre d’acteurs du milieu : réussira-t-on à se retrouver collé-serré tous ensemble devant un spectacle ?

 

Rosita Boisseau

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April 9, 2020 11:14 AM
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Face à l'épidémie, le festival d'Avignon une utopie nécessaire, par Mathilde Serrell

Face à l'épidémie, le festival d'Avignon une utopie nécessaire, par Mathilde Serrell | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Chronique de Mathilde Serrell à écouter sur le site des Matins de France Culture

Hier matin, le directeur du Festival d'Avignon Olivier Py faisait part de son inquiétude quant à la tenue du festival cet été. Malgré tout, l'espoir règne, bien qu'une annulation pourrait définitivement rompre le pont qui lie la ville de la Cité des Papes au théâtre.


Parmi les nouvelles formes qu’engendre la contrainte du confinement, est apparue hier sur le site du festival d’Avignon et sur sa page Facebook, une expérience inédite : la conférence de presse virtuelle d’un festival dont on ne sait s’il pourra se tenir.

Sera-t-elle décalée, redimensionnée, ou annulée ? Le sort de la 74e édition du festival d’Avignon n’est pas encore scellé. Une chose est sûre : sa "faisabilité est compromise" pour reprendre le vocable de son directeur, Olivier Py.

Un festival qui ne survivrait pas à une annulation ? 
Or si le festival n’avait pas lieu, les conséquences seraient catastrophiques pour le festival lui-même (qui vit à 50% de ses recettes et pourrait ne pas s’en remettre), pour les compagnies qui pourraient ne pas survivre à cette annulation, pour les artistes et les techniciens bien sûr, pour les théâtres (qui accumulent les fermetures), mais aussi pour la ville et pour la région.

Dans ce contexte, la conférence de presse virtuelle qui annonçait la programmation tout aussi virtuelle du festival, suspendue aux décisions des autorités sanitaires, aurait pu prendre un tour assez désespéré. Il n’en fut rien.

Hier à 14 heures, trompettes et cigales ouvraient une séquence étonnante. Et l’exercice, en dépit ou peut-être même grâce à ces contraintes, s’est mué en manifeste. C’est l’utopie du festival qui était donnée à voir, et plus largement celle du théâtre. Voilà ma théorie.

"Vous dire ce jour et à cette heure comment se présentera exactement la 74e édition est difficile, mais il nous paraît important de vous raconter celle que nous avons rêvée",  a annoncé Olivier Py.

Que peut le théâtre ? 
A priori un directeur devant sa webcam et une succession de vidéos d’artistes confinés présentant des spectacles qui n’auront peut-être pas lieu, n’a rien d’excitant. Pourtant, au fil de ce live une réponse en filigrane à la question "que peut le théâtre ?" et que peut-il plus que jamais aujourd’hui s’est imposée.

Avant même que l’épidémie de coronavirus n’envahisse le monde, le thème de cette 74e édition avait été donné : Eros et Thanatos. Couple mythologique de l’amour et de la mort. Comment aime-t-on et désire-t-on aujourd’hui ? Quel est notre rapport à la mort ? Et comment vivons-nous à notre époque cette tension entre ces deux pôles indissociables ? Des questions qui se télescopent soudain avec une vertigineuse acuité tandis que l’humanité traverse une épreuve historique.

Alors au fil des vidéos le programme s’est imposé comme une utopie nécessaire. Le metteur en scène Ivo Von Hove parlant de son spectacle sur le jeune Freud et sa détermination à comprendre autrement la nature humaine, la compagnie Siamese évoquant ces chants du nord de la Grèce qui permettent de surmonter les tragédies, le Raoul Collectif racontant cette "Cérémonie" où des participants assistent sans le comprendre à un rituel qui enterre un ancien système… Des dilemmes moraux sur la bonté et la miséricorde, un joueur de flûte dératiseur, la langue du poète Valère Novarina tentant de soigner le monde avec des mots plus sensibles que sensés, ou encore l’inconscient des groupes et leurs pulsions : tout semble pouvoir donner forme à ce que nous sentons et affrontons ensemble avec cette crise.

A la fin de la conférence virtuelle, la démonstration était faite (par l’absolu et par l’absence potentielle) de ce que peut pour nous le théâtre.

par Mathilde Serrell

 

Image d'archive du Festival d'Avignon de 2018.• Crédits : GERARD JULIEN - AFP

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April 7, 2020 9:55 AM
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Coronavirus : le Festival d’Avignon dans l’expectative

Coronavirus : le Festival d’Avignon dans l’expectative | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge publié dans Le Monde  le 7 avril 2020


Dans l’attente de la décision de son directeur, Olivier Py, qui devrait annoncer, mercredi 8 avril, si l’édition 2020 est ou non maintenue, les équipes veulent encore y croire.



Le directeur du Festival d’Avignon, Olivier Py, lors d’une conférence de presse à Avignon, en novembre 2019. BORIS HORVAT/AFP
C’est inédit dans l’histoire du Festival d’Avignon, depuis sa création par Jean Vilar en 1947 : son directeur, Olivier Py, devrait présenter, mercredi 8 avril, la programmation de l’édition 2020 sous la forme d’une conférence de presse virtuelle, confinement oblige. Le Festival « in », prévu du 3 au 23 juillet, et le « off », calé du 3 au 26 juillet, sont toujours sur les rails. Mais plus les jours passent, plus les inquiétudes se font jour quant à la possibilité réelle de maintenir une manifestation qui draine 700 000 personnes dans les rues d’Avignon.

L’annulation du festival d’Edimbourg, qui devait avoir lieu en août, a fait l’effet d’une douche froide qui s’est abattue sur la cité des papes. « Quand on a appris la nouvelle, on a tous et toutes douté de la possibilité de maintenir Avignon », avouent plusieurs directeurs de salle du « off ». Officiellement, pourtant, on y croit encore.


« Au jour d’aujourd’hui, mardi 7 avril, rien ne nous permet de prendre une décision d’annulation », réaffirme Paul Rondin, le directeur délégué du festival « in ». « Ce n’est du reste pas à nous de prendre cette décision, mais à l’Etat et à l’autorité sanitaire. Notre responsabilité, c’est donc de continuer à lancer le festival, à préparer la sortie de crise. On cherche tous les moyens possibles pour trouver des plateaux de répétition pour que les artistes puissent travailler dès la fin du confinement. »


Olivier Py et Paul Rondin savent qu’ils ont une échéance au lundi 4 mai, date à laquelle doivent impérativement commencer les travaux dans la cour d’honneur du Palais des papes, afin d’être prêts pour l’ouverture théorique du Festival d’Avignon, le 3 juillet. Ils savent aussi qu’en cas de déconfinement progressif, la jauge de la cour d’honneur, qui est de 2 000 personnes, risque de poser problème. Mais ils continuent, vaille que vaille : « Il y va aussi d’une lutte contre la morbidité », résume Paul Rondin.

Pierre Beffeyte, responsable du « off » : « le scénario de l’annulation pour cas de force majeure serait plus simple et plus protecteur pour les compagnies »

Du côté du « off », la position officielle est la même. « Nous n’avons pas suffisamment d’éléments pour recommander l’annulation ou le maintien », constate Pierre Beffeyte, qui préside AF&C (Avignon Festival & Compagnies), l’association qui encadre le festival « off ». « On prépare le festival comme s’il allait avoir lieu. » Pierre Beffeyte confie pourtant « travailler sur différents scénarios et hypothèses ». Entre le maintien et l’annulation, un report du festival pourrait être envisagé. Autre hypothèse : une sortie progressive du confinement, avec l’autorisation des rassemblements jusqu’à 50 ou 100 personnes, qui permettrait à nombre de petites salles du « off » de présenter des spectacles.

Mais pour Pierre Beffeyte, ce scénario serait « le pire de tous, le plus compliqué dans tous les cas pour les théâtres et les compagnies, qui joueraient sans aucune garantie de la présence du public et des programmateurs. C’est triste à dire, mais le scénario de l’annulation pour cas de force majeure serait plus simple et plus protecteur pour les compagnies, qui s’en sortiraient à peu près indemnes. »

Pessimisme largement partagé
C’est la première des inquiétudes qui s’exprime : « Même si le festival était autorisé, est-ce que le public aura envie de venir, de s’enfermer dans des salles, et même de se côtoyer dans les rues d’Avignon, où la promiscuité est importante pendant cette période ? », s’interroge Elisabeth Bouchaud, qui a créé en 2019 le théâtre Avignon-Reine blanche, une salle de 50 places. « Je suis assez pessimiste », conclut-elle.

Un pessimisme largement partagé dans la cité des papes, où d’autres obstacles sont pointés du doigt. Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, ayant averti que l’année scolaire, perturbée par les événements, devrait vraiment aller jusqu’à son terme, le samedi 4 juillet, comment préparer les écoles, collèges et lycées d’Avignon qui se transforment en lieux de spectacle pour le festival, dans le « in » comme dans le « off » ?

Un certain nombre de compagnies, regroupées notamment dans la fédération Les Sentinelles, ont commencé à s’affoler, sommant le bureau de l’AF&C de prendre des décisions au plus vite. Une précipitation à laquelle se refuse Pierre Beffeyte, arguant que « deux semaines vont peut-être tout changer dans la manière qu’a le gouvernement d’envisager la situation ». Mais la tendance est d’ores et déjà au repli. « Quand de jeunes compagnies m’appellent pour me dire qu’elles ont eu moins d’argent que prévu pour leur création dans le “off”, je leur conseille de se désister dès maintenant », raconte une chargée de diffusion et de relations publiques importante du secteur.

Dégâts économiques, humains et artistiques
Du côté des piliers du « off », certains sont déjà sérieusement impactés par le contexte. C’est le cas de Pascal Keiser, qui dirige La Manufacture-Collectif contemporain, une plate-forme qui programme deux salles du « off » et mène des actions engagées sur le territoire, en lien avec la mairie d’Avignon. « On est touchés dès maintenant, car on a à la fois des projets internationaux et des projets de territoire, explique-t-il. Les trois aventures menées entre des artistes européens et le quartier de Saint-Chamand ou le site mémorial du camp des Milles ont dû être stoppées net, on fait tout ce qu’on peut pour les reporter à 2021. Les spectacles internationaux prévus, une dizaine en tout, sont annulés. Notre programmation ressemble à un gruyère. »

« Même si techniquement, dans notre cas, les spectacles maintenus pourraient encore être montés en juin, on s’interroge sur le sens qu’il y aurait à se comporter comme si tout était normal, et à effectuer des sortes de cottes mal taillées, dans le “off” comme dans le “in”, avec des salles ouvertes et d’autres non », analyse-t-il. Festivals « in » et « off » entendent pour le moment rester solidaires. « Faire le “off” sans le “in” ou le “in” sans le “off”, ce serait se tirer une balle dans le pied », argumente Pierre Beffeyte.

Mais pour Pascal Keiser comme pour les autres, « la décision de l’annulation ne peut venir que de l’Etat ». Notamment parce que « l’impact humain, artistique et économique » serait « énorme ». Au niveau de l’économie locale, les comptes sont déjà faits : la suppression du « in » et du « off » 2020 représenterait une perte de 100 millions d’euros. Aux niveaux humain et artistique, les dégâts seraient incalculables, même si, veut croire Paul Rondin, « on aura d’autant plus besoin de culture, pour pouvoir penser et dépasser ce qui nous arrive ».

Fabienne Darge

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April 6, 2020 11:35 AM
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Le ministre de la Culture crée une cellule d'accompagnement des festivals 2020 pour faire face à la crise sanitaire du Covid-19

Le ministre de la Culture crée une cellule d'accompagnement des festivals 2020 pour faire face à la crise sanitaire du Covid-19 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Communiqué de presse du ministère de la Culture, lundi 6 avril 2020

 

Devant les nombreuses incertitudes créées par la crise sanitaire et l'hétérogénéité des situations et des souhaits de chaque festival, Franck Riester, ministre de la Culture, souhaite apporter un accompagnement au cas par cas aux organisateurs.

En effet, si certains souhaitent déjà pouvoir annuler leur édition 2020, d'autres pour qui le confinement ne crée pas de retard dans la préparation de leur édition, souhaitent attendre l'évolution de la situation.

En lien avec les autres ministères, la cellule d'accompagnement s'appuiera sur les directions générales du ministère de la Culture et ses opérateurs, sur les directions régionales des affaires culturelles et les directions des affaires culturelles Outre-mer afin de recenser les différents besoins et ainsi d'adapter les réponses de l'Etat.

La cellule d'accompagnement est activée dès aujourd'hui et le restera jusqu'à la fin de la crise sanitaire.

Au-delà de leurs contacts avec leurs interlocuteurs locaux au sein des services de l’Etat, les organisateurs de festivals peuvent d’ores et déjà la joindre grâce à l’adresse électronique suivante : 

festivals-covid19@culture.gouv.fr

 

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April 4, 2020 6:45 PM
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Entreprise de Jacques Jouet, Rémi De Vos et Georges Perec, mis en scène par Anne-Laure Liégeois

Entreprise de Jacques Jouet, Rémi De Vos et Georges Perec, mis en scène par Anne-Laure Liégeois | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Manuel Piolat Soleymat dans La Terrasse  - avril 2020


Le Marché de Jacques Jouet, Débrayage et L’Intérimaire de Rémi De Vos, L’Augmentation de Georges Perec : Anne-Laure Liégeois crée Entreprise, un triptyque satirique sur le monde du travail. Quand le rire, salvateur, met en lumière les encombres du réel entrepreneurial.

Un demi-siècle sépare Le Marché* de Jacques Jouet (fruit d’une commande de la metteuse en scène Anne-Laure Liégeois pour son nouveau spectacle créé le 7 janvier dernier au Volcan, au Havre, avant d’être présenté en tournée) et L’Augmentation, écrit de Georges Perec datant de 1968. L’un et l’autre membres de l’OuLiPo, groupe de recherche et d’expérimentation littéraire fondé en 1960, ces deux auteurs se voient donc aujourd’hui réunis au sein d’un réjouissant projet théâtral. Un projet qui comprend également des textes de Rémi De Vos (L’Intérimaire** et des extraits de Débrayage**) pour nous plonger dans les champs absurdes et drolatiques du monde de l’emploi. Il y a, tout d’abord, les suites de néologismes et d’anglicismes, les jeux de mots et l’inventivité langagière de Jacques Jouet. Dans Le Marché, l’auteur fait ressortir les hyperboles de l’idéologie ultralibérale, s’amusant de la novlangue qui lui sert de couverture. Il y a, ensuite, l’esprit tranchant et burlesque de Rémi De Vos. Il s’exprime ici par le biais de diverses saynètes établissant des situations de recrutement, de pression hiérarchique, de conflits, d’affrontements dans l’entreprise…

Les affres et les incertitudes de l’emploi

Et pour finir, il y a ce petit bijou dialectique qu’est L’Augmentation, œuvre d’une vivacité jubilatoire qui déploie, à travers une étonnante succession de propositions binaires, « l’art de la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation ». Sous la direction toujours précise et imaginative d’Anne-Laure Liégeois, Jérôme Bidaux, Olivier Dutilloy et Anne Girouard s’emparent de ces trois écritures avec une fantaisie qui en impose. Remontant le temps de notre époque jusqu’à la fin des années 1960, les trois interprètes prouvent par le loufoque que les violences faites aux employés comme aux chômeurs, quoiqu’exacerbées par le triomphe du capitalisme financier, ne sont pas nées avec le XXIème siècle. Fidèle au théâtre auquel elle travaille depuis ses débuts de metteuse en scène, en 1992, Anne-Laure Liégeois signe un spectacle profond, humain, politique. Un spectacle qui dit les souffrances du monde de l’entreprise avec l’élégance et la force du rire.

Manuel Piolat Soleymat

* A paraître aux Editions : esse que.

** Publiés chez Actes Sud – Papiers.

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April 4, 2020 10:36 AM
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Les solidarités en route ! Spectateurs, Audiens…

Par Mireille Davidovici dans Théâtre du blog - 2 avril 2020

 

Spectateurs solidaires 

 Les organisations syndicales, comme le Syndicat national du théâtre privé, appellent, depuis le début de la fermeture des lieux culturels, à la solidarité des publics. Des hashtag circulent : #JeGarde MaPlace ou #SauveTonSpectacle, suggérant aux spectateurs de ne pas demander le remboursement de leurs billets. Mais quelles seront les implications pour la gestion de la billetterie ?

 La Lettre du Spectacle* a recueilli les observations de Pierre-Henri Deballon, directeur général de Weezevent, une plateforme de billetterie informatisée: «Le texte de loi indique qu’en cas d’annulation ou de modification substantielle d’un événement, l’organisateur est tenu de rembourser le billet, sans préciser s’il doit rembourser tout le monde. En général, à ceux qui le demandent. L’entreprise a mis en place différents modules de remboursement pour ses clients. Il accompagne, par exemple, le festival Reperkusound à Lyon dont le directeur Éric Fillion précise que “ jusqu’au 20 juin, nos spectateurs peuvent demander un remboursement intégral ou partiel de leur billet,  et faire un don du montant restant qui ne fera pas l’objet d’un reçu fiscal. Au-delà du 20 juin, les billets seront valables pour l’édition 2021. »

 Dans leurs courriels aux spectateurs, les théâtres proposent de faire don de ces sommes pour les reverser aux artistes. La Lettre du Spectacle cite en exemple Le Zef, Scène Nationale de Marseille, qui reversera le montant des billets non remboursés aux compagnies de la région, même celles qui ne jouaient pas sur son plateau cette saison. Un  geste symbolique, vu les faibles tarifs de la salle, mais qui exprime la solidarité de la directrice Francesca Poloniato-Maugein envers les artistes. Ce qui est le cas de nombreux lieux culturels. 

Audiens solidaire des intermittents

Le groupe de protection sociale du monde de la culture, met en place une aide exceptionnelle pour les artistes ou techniciens intermittents du spectacle qui rencontrent des difficultés sociales et/ou financières importantes. Est prévu un traitement prioritaire et spécifique à ces demandes, qui sont réservées aux artistes ou techniciens qui ont eu plus de cinq jours ou cachets annulés au cours d’un mois civil :  

« En complément des premières annonces faites par les pouvoirs publics, nous avons d’ores et déjà mis en place pour ces intermittents confrontés à des annulations de cachets ou de jours de travail, un formulaire de demande d’aide ponctuelle exceptionnelle, allégé et qui sera traité en priorité. Nous ne pourrons évidemment pas aider tout le monde mais ferons le maximum pour soutenir les professionnels les plus en difficulté. Cette demande peut se faire avec un formulaire à télécharger. Les demandes seront traitées par le service d’action sociale qui reviendra vers eux à partir du mois d’avril pour leur dire s’ils peuvent avoir cette aide. ».

 Aux  entreprises, Audiens propose un report de tout ou partie des cotisations dues en mars jusqu’à trois mois pour la retraite complémentaire. Il n’y aura pas de majoration.

 Mireille Davidovici

*La Lettre du spectacle : http://boncourage.lascene.com/

Audiens https://www.audiens.org/actu/crise-du-coronavirus-covid-19-audiens-se-mobilise-pour-les-intermittents.html

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April 3, 2020 12:22 PM
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Théâtre : les festivals en plein flou artistique 

Théâtre : les festivals en plein flou artistique  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération — 3 avril 2020

 


A l’approche des rendez-vous estivaux, notamment à Avignon ou Montpellier, directeurs de programmation et compagnies tentent de s’organiser tant bien que mal malgré le confinement. Mais ils redoutent que les spectacles présentés soient inaboutis et que le public, encore traumatisé par la crise sanitaire, ne se déplace pas.

 

 

Comment répéter un spectacle en période de confinement ? A fortiori quand on doit jouer aux prochains festivals estivaux d’Avignon ou de Montpellier ? Peut-on présenter un «work in progress» à un public qui, lui, aura payé l’intégralité de sa place ? Et se déplacera-t-il même, ce public, si peu de temps après l’interdiction des rassemblements ? Les annulations d’importance se bousculent, comme on a pu le voir cette semaine avec le rendez-vous wagnérien de Bayreuth qui jette l’éponge ainsi que le Fringe d’Edimbourg, qui devait se dérouler en août prochain et qui est avec Avignon l’un des plus importants festivals scéniques de l’été. La voix étale, Jean Varela, directeur du Printemps des comédiens, travaillait jusqu’au 26 mars à maintenir l’édition. En quelques jours, la situation a considérablement évolué. «Aucune équipe en Europe ne répète, les montages techniques ne peuvent pas avoir lieu, on navigue à vue.» Pas pour longtemps cependant : «La décision de maintenir ou non le festival aura lieu dans les heures qui viennent et elle sera annoncée en début de semaine prochaine.» Le Printemps des comédiens doit ou devait accueillir l’Odyssée par Krzysztof Warlikowski, dont les répétitions en Pologne sont suspendues sine die depuis quinze jours, ainsi que la dernière création de Roméo Castelluci - qui lui a un petit espoir de les reprendre rapidement.

«Solo filmé dans la cuisine»

Pour Olivier Py également, à la tête d’Avignon, il s’agit d’imaginer l’impossible - sans que le slogan renoue avec la moindre utopie. Mais toute prise de décision est bloquée. Pourtant, l’annonce de la programmation de l’édition 2020 aura bien lieu mercredi, et il pense, ou espère, qu’elle sera au plus proche de celle qui se tiendra donc, jusqu’à nouvel ordre, du 3 au 23 juillet. «Pour l’instant, une seule production a annulé sa venue. Tous nous ont envoyé des petits films où ils nous font part de leur désir de jouer. Notre inquiétude va vers certains spectacles de pays dont l’épidémie vient juste de se déclarer. Je pense au continent africain ou au Moyen-Orient. Les frontières seront-elles fermées ?»

 

Les mots sont fermes… pour dire le brouillard : «Si le confinement en France se poursuit jusqu’à la mi-mai, on sera dans l’impossibilité de savoir quoi faire.» Notamment parce que 80 % des spectacles présentés dans le «in» sont des créations et un certain nombre stoppées net dans leur élaboration. Notamment parce que le montage de la scène et du plateau dans la cour d’honneur du Palais des papes commence obligatoirement deux mois avant le festival - un délai non réductible car le matériel n’accède au bâtiment classé que par une toute petite porte, elle aussi classée. Notamment parce qu’il est impossible de savoir si les rassemblements de plus de mille personnes seront autorisés en juillet…

 

Côté artistes, les troupes les plus en difficulté sont celles dont les répétitions avaient à peine commencé avant le confinement, surtout si elles pratiquent l’écriture dite «de plateau» - c’est-à-dire sans texte préalable. La programmation de Lamenta des chorégraphes Rosalba Torres Guerrero et Koen Augustijnen a été officialisée lors d’une rencontre avec le public dès décembre. C’est une première ultra attendue à Avignon pour cette petite équipe. Cependant, il leur est impossible de travailler la chorégraphie de Lamenta à distance en l’absence des neuf danseurs grecs recrutés pour cette pièce : «On ne procède pas avec une chorégraphie préfabriquée. On arrive en répétition avec une structure mais pour construire le spectacle, il faut que le groupe se rassemble, dialogue, prenne le temps d’élaborer des propositions. On ne peut pas raboter le temps de la rencontre.» Koen Augustijnen poursuit : «Chacun des danseurs nous envoie par WeTransfer un solo filmé dans leur cuisine ou leur salle de bains. Mais notre projet n’est pas une suite de solos en cabine…» Lamenta n’a pas besoin d’intégrer le Covid-19 pour être d’actualité. Le titre désigne les chants et les danses qui aident à supporter la séparation lors d’un exil ou un deuil. «Si on peut répéter début mai, on y arrivera encore…» songe Rosalba Torres Guerrero qui, après avoir passé un an et demi avec Koen Augustijnen à recruter 14 coproducteurs, ne se résoudra pas à «bâcler» la création. Elle remarque : «Les danseurs grecs ont refusé d’être payés pour des répétitions qui n’ont pas lieu et touchent 390 euros mensuels de chômage. En Belgique, nos allocations s’élèvent à 1 200 euros chacun. Si on a un logement, de quoi manger, chacun prend conscience aujourd’hui combien il se nourrit de culture, qu’elle passe par la télé, la bande passante, les livres, la musique. Et c’est elle que le néolibéralisme attaque, tout en exigeant une production toujours plus rapide. On ne s’y résoudra pas.»

 

L’enthousiasmant Raoul Collectif devait entrer en répétition le 24 mars, avec une échéance dans un grand festival. Pour eux aussi, les répétitions via les applications Zoom ou Skype n’ont aucun sens. L’un des membres, David Murgia, qu’on surprend au téléphone, les doigts pleins de ciment en train de construire les conditions de son confinement, à savoir son propre logement, nous explique : «Notre prochain spectacle parle des funérailles dont on ne connaît pas les rituels, dans un monde qui s’écroule sans qu’on sache ce qu’il advient… On va avoir du mal à ne pas penser au Covid-19.» Comment vont-ils faire ? «On ne sait pas. Les salles ne vont pas être fermées à jamais… Si on ne joue pas cet été, la vie de la compagnie est en danger car la tournée tombera aussi.»

 

Aux calendes grecques

Faut-il ou non payer les sessions des spectacles annulés ? Ou doivent-ils tant que possible être reportés au risque de provoquer un effet domino ? les saisons et les lieux n’étant pas extensibles, cela supposerait que d’autres spectacles soient remis aux calendes grecques. Jacques Vincey, à la tête du Théâtre Olympia - le Centre dramatique national, CDN, de Tours -, a publié une tribune le 15 mars pour annoncer qu’il paierait les spectacles qu’il ne pouvait reporter. Un engagement collectif des CDN, mais d’autant plus crucial à Tours que ce théâtre organise depuis cinq ans le festival Wet - il aurait dû avoir lieu fin mars -, dédié à de tout jeunes artistes dont certains ne bénéficient pas de l’intermittence. Le rendez-vous est reporté à la mi-octobre, et tous les frais engagés par les compagnies ont été honorés. Jean-Marc Grangier, directeur de la Comédie de Clermont, scène nationale, opte de son côté pour le report en priorité, le remboursement des frais pour les petites compagnies, mais s’oppose à tout systématisme : «On ne peut pas traiter de la même façon la Collection de Pinter, monté par Ludovic Lagarde avec Mathieu Amalric, Micha Lescot et Laurent Poitrenaux, soit trois stars, et Une femme sous influence proposé par Maud Lefebvre, qui vient juste d’être créé. Ce qui me dérange avec le systématisme est qu’on traite de la même manière des situations très disparates. Au risque de s’empêcher de chercher des solutions pour maintenir les représentations. Car l’important, pour une compagnie, c’est quand même avant tout de jouer !»

 

 

A Rennes, Emilie Audren, codirige le CPPC, une structure polyvalente qui produit et diffuse des spectacles, gère également une salle privée, une autre subventionnée, et organise le fameux festival Mythos - qui vient d’être annulé. La jeune femme est bien placée pour éprouver les conséquences en cascade des fermetures de théâtre. La structure vient de perdre 120 dates en trois mois et 55 % de son activité annuelle. Elle raisonne différemment selon sa fonction ou casquette. Le festival Mythos s’autofinance à 80 % et il est très peu subventionné. Emilie Audren a choisi de payer les cachets des spectacles prévus dans la salle subventionnée, mais l’entreprise n’a pas les moyens de régler ceux programmés à Mythos : «Tant que c’est possible, on les retrouvera l’année suivante.» Au risque de retarder ou de supprimer d’autres productions envisagées sur la saison 2020-2021. Six des spectacles qui auraient dû être présentés à Mythos le seront dans le «off» d’Avignon, à la Manufacture, louée pendant le festival par une association dont elle est coresponsable. Avec des questionnements. Y aller ou pas ? Est-ce utile d’infliger une série de représentations éventuellement inabouties ? «Si Avignon est maintenu, il faut que tous les professionnels, artistes, directeurs de lieu, programmateurs, public soient solidaires et y aillent.» Emilie Audren a cependant calculé que, quoi qu’il en était, et même en cas d’immense succès, la structure perdrait à Avignon environ 50 000 euros en location de salle et frais divers. «Si le festival n’a pas lieu, on récupère cette somme, anticipe-t-elle. Mais dans le même temps disparaîtra la possibilité que nos spectacles soient achetés et vivent en tournée.»

«Poussés à la surproduction»

La jeune femme est certaine que la crise engendrera une manière de travailler plus équilibrée : «On est tous de plus en plus poussés à la surproduction, à jeter ce qui ne marche pas et à reproduire immédiatement.» En contre-exemple, elle se souvient du collectif Bajour, dont le spectacle Un homme qui fume c’est plus sain n’était pas sans fragilité quand il a été créé il y a trois ans. «On a pris le temps de comprendre ce qui n’allait pas, de le peaufiner, et on a pu le représenter sur vingt dates l’année dernière à la Manufacture. Ce qui lui a permis d’avoir une seconde vie. Les longues séries de représentations, c’est la force d’Avignon !»

 

Que les spectacles soient accompagnés de manière plus vertueuse serait un effet pour le moins inattendu de la vente d’animaux sauvages sur un marché en Chine. Mais les producteurs auront-ils le choix ? Les reports et les pertes financières vont inéluctablement rendre beaucoup plus ardu l’aboutissement des projets et les raréfier. Et, à terme, mettre en péril bon nombre de compagnies.

 

Anne Diatkine
 
Légende photo : Le montage de la scène et du plateau dans la cour d’honneur du Palais des papes commence obligatoirement deux mois avant le Festival d’Avignon. Photo Christian Bellavia. Divergence 
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April 2, 2020 11:27 AM
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La Comédie-Française ouvre en ligne sa malle aux trésors

La Comédie-Française ouvre en ligne sa malle aux trésors | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge  dans le Monde du 1er avril 2020

 

La Comédie-Française ouvre en ligne sa malle aux trésors
La maison de Molière propose, pendant le confinement, La Comédie continue !, accessible sur son site Internet et sur sa page Facebook.

Imaginez que la Comédie-Française ouvre ses malles remplies de trésors… En ces temps de confinement où les théâtres rivalisent d’initiatives pour garder le contact avec le public, c’est un peu ce que fait la Maison de Molière, qui a lancé, lundi 16 mars, La Comédie continue !, une chaîne en ligne accessible sur son site Internet (comedie-francaise.fr) et sur sa page Facebook (comedie.francaise.officiel).

 

 

Le premier trésor de la maison, c’est d’abord sa troupe de comédiens, qui s’est mobilisée pour offrir des rendez-vous variés, poétiques et pédagogiques, tout au long de l’après-midi à partir de 16 heures chaque jour, avant que ne soit diffusée, dans la soirée, l’une des innombrables créations du « Français », lesquelles ont toutes fait l’objet d’une captation depuis quarante ans.

 

Lundi 30 mars à 16 heures et des poussières, c’est donc le 521e sociétaire de la troupe, l’impérial Serge Bagdassarian, qui est apparu en gros plan sur l’écran pour annoncer le menu du jour, tandis que le lendemain officiait la jeune et charmante pensionnaire Claire de la Rüe du Can. Le premier rendez-vous du jour, intitulé « Le 4 h de Ragueneau », soit cinq minutes de poésie, a donné lieu à un moment de grâce : la comédienne Anne Kessler, qui est aussi metteuse en scène et peintre, a offert deux petits dessins animés artisanaux et délicats, sur les poèmes Sensation, d’Arthur Rimbaud, et L’Age héroïque, d’Henri Michaux.

70 métiers différents

Le deuxième rendez-vous est, paraît-il, « celui qui fait trembler tous les membres de la troupe ». Intitulé « Les comédiens repassent le bac français », il a vu Coraly Zahonero et Véronique Vella s’en tirer brillamment, la première, qui n’a jamais eu son bac, avec Les Liaisons dangereuses de Laclos, la seconde, dûment diplômée, avec Une charogne, de Baudelaire.

 

L’administrateur général de la Comédie-Française, Eric Ruf, est ensuite venu parler de son métier, remplacé le lendemain par Agathe Sanjuan, conservatrice-archiviste de la maison, qui règne sur un fonds exceptionnel, la Comédie-Française étant le seul théâtre au monde à avoir aussi bien conservé ses archives depuis sa création, en 1680. La maison comptabilisant 70 métiers différents, il y aura de quoi faire en cas de prolongement du confinement.

 

Aux environs de 17 heures, place aux enfants, avec des lectures de contes, qui peuvent être réécoutées à l’heure du coucher. Florence Viala, un des piliers de la troupe, a ainsi offert un moment magique, avec Fleur de lupin, de Binette Schroeder, et Le Petit Soldat de plomb, d’Andersen.

De nombreuses surprises

Vient ensuite le moment du « Foyer des comédiens », qui se décline en plusieurs pastilles : « Mon alexandrin préféré », « L’enfance de l’art » et « Ma cuisine d’acteur ». Pour inaugurer le premier, Denis Podalydès a été brillant, forcément brillant, en évoquant « Le printemps adorable a perdu son odeur », un vers tiré du Goût du néant de Baudelaire, et fort troublant à entendre, dans les temps que nous vivons. Tandis que le lendemain c’était la jeune comédienne Jennifer Decker qui livrait avec flamme sa passion pour Hugo en général et pour ce vers en particulier, tiré d’Hernani : « Il vaudrait mieux pour vous aller aux tigres même/Arracher leurs petits qu’à moi celui que j’aime ! »

Dans « Ma cuisine d’acteur », le sociétaire Christian Gonon racontait sa rencontre avec un maître du kathakali indien, et le secret qu’il lui avait livré sous forme d’acrostiche : « ACTOR = A comme action, C comme concentration, T comme timing, O comme originalité et R comme rythme ».

 

Au vu de ces deux premières journées, les surprises devraient donc être nombreuses au fil des jours et des rendez-vous, avant que ne démarre la soirée proprement dite, à 18 h 30, avec un portrait d’acteur, un spectacle jeune public ou un seul en scène, suivis par la captation d’un spectacle. Après La Double Inconstance de Marivaux mise en scène par Anne Kessler et Les Trois Sœurs de Tchekhov par Alain Françon, on pourra voir, d’ici au dimanche 5 avril, Le Misanthrope de Molière par Clément Hervieu-Léger, Trois hommes dans un salon, le spectacle Brel-Brassens-Ferré créé par Anne Kessler, L’Hôtel du libre-échange de Feydeau par Isabelle Nanty, Peer Gynt d’Ibsen par Eric Ruf ou encore La Forêt, le film réalisé par Arnaud Desplechin d’après la pièce d’Alexandre Ostrovski.

 

On nous promet aussi la diffusion de spectacles historiques de la maison, comme la Bérénice de Racine signée par Klaus Michael Grüber, ou La Vie de Galilée de Brecht par Antoine Vitez. La Comédie continue, oui, même dans les temps difficiles.

La Comédie continue !, tous les jours à partir de 16 heures sur le site de la Comédie-Française (comedie-francaise.fr) et sur sa page Facebook (comedie.francaise.officiel).

 

 

Fabienne Darge

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April 1, 2020 12:57 PM
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Restez chez vous… avec nous ! • Théâtre Sorano à Toulouse 

Restez chez vous… avec nous ! • Théâtre Sorano à Toulouse  | Revue de presse théâtre | Scoop.it



« Et parfois, je me sens impuissant. Inutile, dans l’incapacité de tout, restant là à ne plus rien pouvoir faire, faire ou dire. Être aveugle et sourd et imbécile encore, silencieux de ma propre imbécillité. Attendre et subir mon impuissance. Être immobile dans l’incapacité de prendre la parole, de prolonger le discours, de répondre, de dire deux ou trois choses imaginées dans la solitude et qu’on pensait essentielles. »

Jean-Luc Lagarce – Du Luxe et de l’Impuissance.


Chers spectateurs, chères spectatrices,

Tout d’abord, je voulais prendre de vos nouvelles.
Vous nous manquez.
Et j’espère que là où vous êtes, vous allez pour le mieux, que le vivant en vous est pugnace, et que vous trouvez force et courage pour faire face et résister à la catastrophe qui s’est viralement abattue sur nous.


J’ai une pensée forte, émue, solidaire pour les personnes fragiles et démunies dans cette épreuve, pour tous ceux qui souffrent de la maladie, aussi – surtout – pour tous ceux qui luttent jour et nuit pour endiguer et soigner cette épidémie terrifiante et sidérante. C’est là qu’est le grave.

Voilà deux semaines, le temps est sorti de ses gonds. Les théâtres sont fermés, les représentations annulées… TOUT s’est brutalement arrêté, et en deux temps, trois mouvements, nous voilà confiné.e.s chez nous, perdu.e.s, sans repères, sans rythmes et seul.e.s.
Merci à tous ceux et celles qui nous ont écrit ou adressé des pensées amicales et leur soutien. Ça fait chaud au cœur.

Car nous voilà sidérés, en effet.

À la page 57 de notre cahier de saison 19/20, on trouve cette petite mirlitonnade poétique de Samuel Beckett dont les mots résonnent terriblement aujourd’hui…
Imagine si ceci
Un jour ceci
Un beau jour
Imagine
Si un jour
Un beau jour ceci
Cessait
Imagine
Nous ne la pensions pas si programmatique et visionnaire ! LOL

Nous voilà condamné.e.s à traverser ensemble mais séparé.e.s un moment suspendu de notre histoire sans trop savoir combien de temps tout cela va durer ni exactement ce que demain seront nos vies, nos métiers, nos activités une fois sorti.e.s du tunnel…
À nous interroger, dans cette expérience de privations, sur ce qui fait sens pour nous, sur notre commun, ce qui nous relie, sur l’espace public, sur nos droits privés dans l’espace public (!), sur l’essentiel, ce qui est indispensable, sur la proximité et le lointain, sur nos besoins les plus élémentaires…

Nous voilà contraint.e.s à réorganiser notre travail, à déployer autrement nos ambitions, à réévaluer les priorités, à composer avec les incertitudes de l’avenir…
Nous voilà contraint.e.s chacun.e à devoir nous réinventer et repenser profondément le quotidien de nos vies.

Alors bien sûr nous préparons le temps de l’après, de l’À-VENIR.
Mais rien ne sera plus pareil…
Réagencer le programme, reporter le plus possible les spectacles annulés car nous les aimons beaucoup…
Et puis aussi IMAGINER une fin de saison insolite et joyeuse… Y CROIRE encore un peu !
Car nous aurons bien besoin de nous retrouver, d’être ensemble et de fêter la fin de l’isolement… On vous en dit plus dès qu’on sera sûr…
Et puis aussi la suivante ! car il y aura bien une SAISON SUIVANTE, la 20/21, elle est presque prête… Rendez-vous (nous l’espérons) le mardi 9 juin pour son dévoilement au SORANO…et nous la voudrons plus nécessaire, plus intense, plus vivante et encore plus rassembleuse !

Mais que peuvent les artistes dans le temps de l’épidémie et de la peste ?


ATTENDRE… PENSER CE QUI ARRIVE…
Face au vide, nous nous agitons pourtant comme des pantins désespérés et obstinés à vouloir faire comme si ; nous faisons semblant d’exister, sans plus pouvoir être pleinement nous-mêmes.
Certes ça et là naissent de belles initiatives.
Nous ne manquerons pas de les relayer sur nos réseaux.
Mais nous faisons seulement semblant d’exister. Je le sais bien.

Et puis parce que le théâtre est un art de regarder et de vivre le présent, nous avons le désir nous-aussi malgré tout, avec les outils (électroniques) qui sont les nôtres, aujourd’hui d’accompagner votre confinement de toutes les ressources numériques dont nous disposons…
Bien sûr ça ne remplace pas.
Mais nous faisons semblant d’exister, jusqu’aux limites de la tricherie, et elles sont fort lointaines ces limites-là, écrirait Jean-Luc Lagarce… C’est humain.
Et aussi, parce que le théâtre est un art de la relation entre les artistes et les spectateurs. trices, nous nous devons d’inventer de nouveaux liens et de nouvelles manières de partager pour garder le contact avec vous ces prochaines semaines…C’est presque une injonction !
Bien sûr ça ne remplace pas.
Mais nous ne faisons encore une fois que semblant d’exister… Je le sais bien.
ATTENDRE DE NOUVEAUX POSSIBLES… PENSER À CE QUI VIENT…

« Dans le silence des yeux levés
C’est la lumière qu’on cherche maintenant à rétablir.
Mais autre chose nous a claqué
Entre les doigts pendant ce temps.
Il reste à savoir quoi. »

François de Cornière – Quand une ampoule grille

Et pourtant nous sommes toujours là.

N’hésitez pas à nous laisser de petits messages sur nos boites électroniques ou à nous contacter au 07 67 89 64 26 en cas d’urgence.

En attendant la joie d’être rassemblé.e.s à nouveau, prenez soin de vous.
Pensées bien amicales.

Sébastien Bournac et toute l’équipe du Sorano.

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March 31, 2020 10:37 AM
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Spécial confinement : une liste de captations de spectacles et de concerts, de films rares et de documentaires libres d'accès.

Spécial confinement : une liste de captations de spectacles et de concerts, de films rares et de documentaires libres d'accès. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Les Palmiers sauvages, d’après W. Faulkner, adaptation et mise en scène Séverine Chavrier (création en 2014, captation en 2018 https://vimeo.com/261655328

 

 - Le pays lointain (un arrangement)  d'après Jean-Luc Lagarce mis en scène par Christophe Rauck - 2018 Théâtre du Nord
Mot de passe : cdipayslointain  (en minuscule cette fois)

 

Cie XY - Rachid Ouramdane  :   Möbius    (2019)   https://www.france.tv/spectacles-et-culture/1313259-mobius-par-la-cie-xy-et-rachid-ouramdane-a-la-maison-de-la-danse.html

 

28 mars : Cie XY : Domino, tourné dans la nature (film, 2015, 19 mn) : https://www.youtube.com/watch?v=hKXUhBwUUTk

 

Ogres, de Yann Verburgh, mise en scène Eugen Jebeleanu  https://vimeo.com/209836645/20030759d5

 

- Einstein on the Beach, opéra de Philip Glass et Bob Wilson, captation à Paris en 2014, 4h30 https://www.operaonvideo.com/einstein-on-the-beach-paris-2014/?fbclid=IwAR31QXXL30nJvke2V7pH64oJ9g2-itCSa5z1K3CmrNcNe1oUlwe1h0XU7gc

 

-  En route, Kaddish, texte et mise en scène David Geselson (2018) https://vimeo.com/128392869

 

- Traviata, vous méritez un avenir meilleur, opéra d’après Verdi, conception Judith Schéma, Benjamin Lazar et Florent Hubert (2016) https://vimeo.com/263537425?ref=fb-share&fbclid=IwAR1F55d63uhv49irt27OrIp-Uf9Nj-91MffboVWDMI-YlAYzExjfnm71E-g 

 

-  Molière d’Ariane Mnouchkine (film en version intégrale, 1978, 4h)   https://vimeo.com/374604317?ref=fb-share&1&fbclid=IwAR2n1WXwNAYgn4ohOZqaQFQwwKBDfOdz0mqeT7wzeGm-eKLK91YQSSpLs14

 

Macbeth Underworld, opéra de Pascal Dusapin, mise en scène Thomas Jolly, production Théâtre de la Monnaie et Opéra-Comique (2019) https://www.youtube.com/watch?v=XwCo7VARZlQ&feature=emb_share&fbclid=IwAR1BK-Ieqv2ZRXFp8nlrq-glVHF1zyitAyYV76wcSfZKLx7ggj0n_7AzNvE

 

- La Symphonie du Hanneton (James Thierrée) création en 1998, captation en 2005     https://www.youtube.com/watch?v=QjykYSfW-Bw&feature=share&fbclid=IwAR0t78bivZH4SSIphHiED89t2M7oqe-dyVkIjL_Oq_yI8SJxtIE9MFW52hU 

 

- film Un homme qui dort (Georges Pérec)  1966     https://www.youtube.com/watch?v=UaIXUXdYthA&feature=share&fbclid=IwAR2ViYPr-YWKFueFtxo19DhWxY4fit-ngnHYBF2zyi6z187UGOoWUf8n-ZI 

 

-  By heart de Tiago Rodrigues (podcast France Culture)  https://www.franceculture.fr/emissions/latelier-fiction/heart-de-tiago-rodrigues-0?fbclid=IwAR0pN9HmXORtemJBAq1sq1ELn8PS21TbeYufnIJ0aAmxl5apFfOfaxLRMEM 

 

- Masterclass Valérie Dréville  (reportage)   https://www.youtube.com/watch?v=rmx8-YjsR08&feature=share&fbclid=IwAR2u-zWa-SYFyOOuKj_Rn8x9cC39oTxE6ruDdFvVgDGtSgO6-CRbrEJ8aWY

 

- L’amour existe, court-métrage de Maurice Pialat (1966, 19 minutes) https://vimeo.com/200049162?ref=fb-share&1&fbclid=IwAR0W1NJoKiV_AH8Uxnt1HzMFQayRw7GHP0NK7LR97q1BKgFT8UHMtn3xwi0 

 

- Le Misanthrope, de Molière, mise en scène Stéphane Braunschweig (2004) https://www.youtube.com/watch?v=12twXcL58YA&feature=share&fbclid=IwAR2qmd1lhkzngif-PtTxTzS0dz5IHVwUTmjA-n-_OvDUbozadAuhutcfFxw 

 

- Hate de Laetitia Dosch (2018)

 https://vimeo.com/286471233?ref=fb-share&1&fbclid=IwAR0Xt8svvebJJfLp49tDLZu83yLeEvNbPS6lauh58x0WHEMFabjLjVBu5MI 

 

Vera de Petr Zelenka, mise en scène Marcial di Fonzo Bo / Elise Vigier, avec Karine Viard (captation 2016)   https://vimeo.com/399934741?fbclid=IwAR0n8i48LgG19pJixJ203wYxtyvpQZVV5ci4ddtSjE1T0h5jIoDhmlj6ZyU

 

- Un jour Pina a demandé documentaire de Chantal Akerman sur Pina Bausch (1983) https://www.youtube.com/watch?v=JsxpLQ-VKaA&fbclid=IwAR1o1DePrZejY3MWqR4bU4oMD4sYl23p9hBXubXc6ipGeNqGP0wHGtFl0fo 

 

-  Daddy, vidéo d’une chanson nouvelle de Yaël Naïm (2020)  https://www.youtube.com/watch?v=uNzp5eMAtmc&feature=share&fbclid=IwAR3tjm-1fzUZEwTGJiKv2_deRVqkOj6YNQB01WwRnxH6nMM5ekPvH9xLsUY 

 

- Barbara, chansons pour une absente, documentaire (2020) https://www.arte.tv/fr/videos/073088-000-A/barbara-chansons-pour-une-absente/

 

-  Inside performance de Dimitris Papaioannou (2011)   https://vimeo.com/papaioannou/inside?ref=fb-share&1&fbclid=IwAR3fhTHVEbtE7IxzM-KQsDInvst_laERB3DwWcopIK_e5pmG7NNtAK5KjbU 

 

-  Since she de Dimitris Papaioannou (2018), trailer 4 mn    https://www.youtube.com/watch?v=Is1iWYNxfAo&feature=share&fbclid=IwAR17kZ6VJkZyJa2A0LDL3daHaMU1dDkDgSj2qvN823O3lNHVn08zp4n9RyQ

 

-  Bande annonce de The Great Tamer chorégraphie de Dimitris Papaioannou (2017) https://www.youtube.com/watch?v=fRcuwLK4YE8&feature=share&fbclid=IwAR3ruj0Pa9fFQF_ss1k3nld_fXsz9UDhg9tMyqJWjRJ9LbBhYsj4lE-ykyE 

 

-  Clair de Lune : Alexandre Tharaud Joue Debussy, Yoann Bourgeois au Trampoline (2018, 5 mn)   https://www.youtube.com/watch?v=SFRiHQ-Lwzk&feature=share&fbclid=IwAR3x7oucXcwn4AAkiPP8fDnKaA9iVwQpyzggdjF53BuQH4n4ZVOBanLDV1s 

 

- Démons de Lars Norén, mise en scène Lorraine de Sagazan (2018) https://vimeo.com/398790891

 

-  Concert de Jakub Jozef Orlinski (chant baroque) 2018 https://www.youtube.com/watch?v=8WDdVvrCZIY&fbclid=IwAR1qCYb29AziK_qx-4SbomQ-xCVs5RMBci_mTsf4VRArT9VbetwskVxBZy4 

 

Peter Brook invité de l’émission « 28 minutes », 2020 https://www.arte.tv/fr/videos/088472-124-A/28-minutes/

 

-  Festival d’Avignon - Mesdames, messieurs et le reste du monde, dirigé par David Bobée : Carte blanche à Virginie Despentes     https://www.festival-avignon.com/fr/webtv/Mesdames-Messieurs-et-le-reste-du-monde-jour-7-Carte-blanche-a-Virginie-Despentes-72e-Festival-d-Avignon

 

-  Trois oeuvres de la compagnie Peeping Tom : Le Jardin (film, 2002) Le Salon (spectacle filmé, 2005), Le Sous-Sol (spectacle filmé, 2007) https://vimeo.com/showcase/peepingtom/ 

 

-  Pierre Guillois / Rébecca Chaillon au Festival d’Avignon 2019 « Sa bouche ne connaît pas le dimanche »    https://www.france.tv/spectacles-et-culture/theatre-et-danse/1048171-festival-d-avignon-2019-sa-bouche-ne-connait-pas-de-dimanche.html

 

- Kontakthof, Pina Bausch (1979, captation vers 2005)    https://www.youtube.com/watch?v=pA2WGonbkA8&feature=share&fbclid=IwAR37KDa-2R--JnWpCvywJy78TNPg3dazoH_KiNnlZZZFagWDZz_98prukn0 

 

-  Les contes d’Hoffmann, opéra d'Offenbach mise en scène Kr. Warlikowski https://www.arte.tv/fr/videos/094264-000-A/les-contes-d-hoffmann-de-jacques-offenbach-a-la-monnaie/?fbclid=IwAR1uBuY4rjOvXtkMlljhtRRXr4E2lwvNR0B8FJh2nsRHIbsQkKMWsk_2rjE 

 

-  Comment s’en sortir sans sortir, récital du poète Gherasim Luca, réal. Raoul Sangla (1988) https://www.youtube.com/watch?v=jIX0xqFxvcw&feature=share&fbclid=IwAR21Pd12hxkbONai14Lo8p57RFCOeS_vSRcBWNKpMRSF3MdIn8fcYC5BwcY 

 

-  Stabat mater de Pergolèse concert avec Ph Jarrousky , direction Nathalie Stutzmann https://www.youtube.com/watch?v=qzOmPUu-F_M

 

-  L’Ecole des femmes, Molière, mise en scène Stéphane Braunschweig, Production de l'Odéon-Théâtre de l'Europe (2018)   https://vimeo.com/327310297

 

-  Concert de Nina Simone, live in Antibes (1969) https://www.facebook.com/nina.simone/videos/757434251346152/UzpfSTE3OTA3NTMxNDY6MTAyMTMwNDgzNDIzMjE4MjA/

 

-  Conférence des choses, Pierre Mifsud, et François Gremaud    www.2bcompany.ch

 

-  Les Indes Galantes, opéra de Rameau, mise en scène Clément Cogitore, 2019 Production de l'Opéra national de Paris    https://www.arte.tv/fr/videos/091145-000-A/les-indes-galantes-de-rameau-a-l-opera-de-paris/?fbclid=IwAR2S6cnqpNcTIXx5Si2VXki38sOY_lVslRml2-9GqRO4rQbi3gE6BDtd7mA 

 

 

-  l’Orfeo de Monteverdi (opéra)  direction Jordi Savall, captation de 2002 https://www.youtube.com/watch?v=0mD16EVxNOM&feature=share&fbclid=IwAR3Aio-RqXpxH8Irg-tkLleRbtAIZp46D3KRuhnU81bK_pRuhBJEig0qN1I 

 

-  Elvire Jouvet 40 de Brigitte Jaques, réalisation de Benoit Jacquot (1987) https://www.youtube.com/watch?v=E-3csrQu5yI

 

-  Festival mondial du cirque de demain     https://www.arte.tv/fr/videos/094969-000-A/41eme-festival-mondial-du-cirque-de-demain/?fbclid=IwAR2zo5zRaNU5claedEfpyf6f3QUTDNd-zBvDm4rFt4_ZXmqYv6jaF90tYG0

 

Cinéma

Andrei Roublev, d’Andreï Tarkovski (1966) :   https://www.youtube.com/watch?v=0cIn7_feQyA 

 

La société du spectacle de Guy Debord (1973) : https://www.youtube.com/watch?feature=share&v=xGN5N3vrbLE&fbclid=IwAR3z7tbeexOeEBsTGbnY2dphX9X1PsnhJakQwSQEoN1D8F8xTq5qJrTIapE&app=desktop


 

 
 
 
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March 30, 2020 2:59 PM
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Confinement : chorégraphes attendent danseurs, désespérément

Confinement : chorégraphes attendent danseurs, désespérément | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosita Boisseau dans Le Monde 30-03-2020


Pendant l’arrêt des spectacles, les créateurs tentent de continuer leur travail, à distance et sans le recours au corps de leurs interprètes.

« J’ai d’abord vécu l’arrêt brutal des répétitions avec une profonde tristesse. Nous étions dans un moment d’effervescence, d’extrême concentration à cinq semaines de la création. Les danseurs étaient au mieux de leur forme physique, sensible, imaginative… » Le chorégraphe José Montalvo, confiné à Créteil où il dirige la Maison des arts, se souvient du vendredi 13 mars. Il a fermé le studio et fait une réunion improvisée avec les seize interprètes de son futur spectacle Gloria, prévu à partir du 24 avril au Théâtre national de Chaillot, à Paris. « Il a fallu apaiser leurs désillusions, leurs déceptions », ajoute-t-il.

Nombreux sont les chorégraphes en cours d’élaboration d’une nouvelle pièce qui ont dû plier bagage. Parallèlement à la gestion des contrats et de l’intermittence, celle des tournées annulées qui vont impacter la diffusion de la saison 2020-2021, se replier chez soi est une autre épreuve. « J’ai de la chance d’une certaine façon, s’exclame Emanuel Gat. Je venais de terminer une deuxième période de répétitions de Lovetrain2020, qui doit ouvrir le 20 juin le festival Montpellier Danse. La prochaine session devrait démarrer mi-mai. On verra bien. »

Invité pour la première fois à l’Opéra national de Paris, Alan Lucien Oyen est de retour à Bergen, en Norvège. Après cinq semaines de répétitions, il a mis entre parenthèses sa création pour une trentaine d’interprètes, attendue du 11 avril au 11 mai, au Palais Garnier. « J’ai vu les danseurs pour la dernière fois jeudi 12 mars sans savoir que je ne les reverrai plus, se souvient-il. Je me sens actuellement comme “gelé”. Mon travail se fait d’abord avec eux dans le studio dans un lien journalier et progresse au fil du temps. Créer ensemble est un processus très intime qui demande beaucoup de confiance. Continuer sans eux en ce moment, sans cette relation quotidienne, me semble presque une trahison. » En attendant de reprendre les répétitions de cette production dont le report n’est pas encore annoncé, Alan Lucien Oyen a envoyé une lettre à la troupe pour évoquer la situation.

« Rendre l’attente féconde »
Si les danseurs peuvent peu ou prou conserver leur forme physique chez eux, les chorégraphes se retrouvent dépourvus sans interprètes. Concevoir une pièce de danse contemporaine se tisse au plus près des corps, de leurs techniques, de leur imaginaire, se surfilant à la peau même de chacun. « Je prépare beaucoup à la table comme on dit mais je ne deviens véritablement chorégraphe que lorsque je suis en studio avec les danseurs, en prise avec leur caractère et leur singularité, affirme Thomas Lebrun, directeur du Centre chorégraphique national de Tours. Cloîtré et seul, je ne sais pas trop comment je vais avancer… »


La question de l’écriture chorégraphique contemporaine, dont le vocabulaire et la grammaire s’inventent et se cisèlent avec et sur les danseurs, est au cœur du métier de chorégraphe. En préparation du Lac des cygnes, prévu le 12 septembre au Grand Théâtre de Provence, à Aix-en-Provence, Angelin Preljocaj, directeur du Ballet Preljocaj d’Aix-en-Provence, qui avait déjà programmé des ateliers avec sa troupe en avril, intensifie ses recherches préalables. « Ce n’est qu’avec l’ossature dramaturgique du spectacle, en particulier dans le cas d’un ballet narratif comme Le Lac, que je peux passer au travail avec les danseurs car il va falloir déployer une gestuelle qui s’accorde à cette dramaturgie », précise Preljocaj.

Par quels moyens alors tailler sa route dans un spectacle en gestation ? « Cela va m’obliger à m’adapter dans un très court laps de temps, constate Montalvo. Je vais essayer de trouver la manière de travailler la plus joyeuse possible et la perfectionner en action. Grâce aux multiples possibilités du numérique, je vais tenter de poursuivre ma méthode basée sur le dialogue, échanger des questions autour de la création, partager des lectures. J’aimerais ainsi rester dans la dynamique du désir de cette pièce et rendre l’attente féconde. » Avec les danseurs, José Montalvo va ainsi imaginer des performances en ligne à réaliser chez soi.

Rendez-vous inédits sur Internet
Ultra-réactifs, le chorégraphe indépendant Rafael Smadja et son complice musicien Alexandre Dai Castaing, respectivement installés à Bienne et à Genève (Suisse), ont riposté dès le 22 mars en présentant leur performance ElGed(j)i sur le Facebook de l’Institut du monde arabe où elle était à l’affiche. « Zéro activité, zéro rentrée d’argent, il faut bien rester actif, dit le chorégraphe. Malgré des petits problèmes techniques, on a eu près de 160 personnes qui nous ont regardés. » Rafael Smadja, qui tente de « trouver de nouveaux moyens de réorienter son corps », entend « respecter ses contrats », même à distance, en inventant des rendez-vous inédits sur Internet.

Egalement programmé au Printemps de la danse arabe, le Marocain Khalid Benghrib, qui était en résidence au Centquatre, à Paris, est resté en France avec deux de ses interprètes, Yassine Khyar et Nabil Najihi. Il réglait les derniers ajustements de son spectacle Q-a/Quotidien aliéné, une « méditation sur la perte de soi et l’aliénation contemporaine à travers la figure d’un errant, Hachimo, que l’on retrouve dans les rituels gnawas ». Installé à Montreuil, il profite de 6 mètres carrés de jardin pour peaufiner sa recherche. « C’est bizarre de le dire comme ça mais mon sujet colle à ce moment de confinement, commente-t-il. Hachimo vit avec peu et soigne tout le monde. Je travaille sur l’errance aliénée dans la ville contemporaine et la métaphore de la dynamique microbienne. Je me sens comme un microbe qui ramasse les résidus de la société. J’erre souvent dans les rues de Casablanca comme d’ailleurs aujourd’hui je marche dans Montreuil devenue une ville fantôme pour aller chercher mon tabac. »

Même persistance tranquille dans l’action chez le danseur, chorégraphe et chercheur brésilien Volmir Cordeiro. Dans son appartement parisien, celui qui « aime bien être enfermé pour travailler » conserve sa forme physique tout en lisant des philosophes comme Jacques Rancière et Donna Haraway. Il met surtout à profit ce repli obligatoire pour écrire. « Je reviens mentalement sur chacune de mes pièces – une dizaine à ce jour – et je les décris, les autoanalyse pour en extraire une sorte de grand poème, explique-t-il. Ce sont comme des carnets de création qui m’aident à redécouvrir les affects qui ont entraîné tel ou tel moment. C’est vital pour moi de réveiller mon imaginaire sur chacun de mes choix. » En attendant de réactiver ses intentions à haute voix en coulisses, Volmir Cordeiro, qui a déjà publié en 2019 Ex-corpo, aux éditions du Centre national de la danse, engrange tranquillement les pages d’un nouveau livre. Cette émulation paradoxale d’une suspension forcée en train d’aiguiser de nouvelles armes de création peut-elle durer et jusqu’à quand ?

Rosita Boisseau

 

 


Légende photo :Le chorégraphe José Montalvo, en septembre 2016, à la Maison des arts de Créteil. LIONEL BONAVENTURE/AFP

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March 29, 2020 7:22 AM
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Normalito ou l'apprentissage de la différence 

Normalito ou l'apprentissage de la différence  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Guillaume Lasserre dans son blog de Mediapart "Un certain regard sur la culture", 26 mars 2020

 

Dans une société où chacun cherche à se singulariser, Lucas, dix ans, s'invente un alter-ego, Normalito, le super-héros qui rend tout le monde « normaux ». Pauline Sales compose une pièce pour jeune public en forme de voyage initiatique, interrogeant l'être ordinaire à l'heure où chacun revendique le droit à son quart d'heure de célébrité.

 

La pièce s'ouvre sur un décor de latrines. Celles-ci sont celles de l'école de Lucas, dix ans, élève de CM2, qui s'y est enfermé après avoir piqué une grosse colère contre la maitresse au sujet d'un devoir pour lequel ils n'ont pas tout à fait le même point de vue. Pour traiter la question « inventez votre super héros », Lucas a imaginé Normalito, dont le superpouvoir est de rendre les gens normaux. C'est bien là le début du point de discorde, la maitresse arguant du fait qu'il ne s'agit pas un superpouvoir, qu'il doit s'agir d'un atout extraordinaire à utiliser dans un moment extraordinaire. Au cri de « Je suis Normalito, je rends tout le monde normaux », Lucas n'en démord pas. Vivant avec ses deux parents qui appartiennent à la classe moyenne, c'est un garçon « normal », ni beau, ni laid, avec un QI dans la moyenne, en même temps, il incarne une position spécifique, celle d’un petit male blanc occidental. Sa position d'enfant ordinaire le fait se sentir médiocre, lui donne l'impression de ne susciter aucun intérêt, d'être insignifiant. « Nous les normaux on va disparaitre ! » affirme-t-il, jugeant que dans sa classe, ils sont de moins en moins. La maitresse le gronde, affirmant qu'il ne faut pas penser comme ça. Enfermé dans les toilettes, Lucas défend son opinion à voix haute quand arrive Iris, la fille la plus ennuyeuse de la classe, décrochant toujours les meilleures notes, sachant tout, raisonnable en tout, bref déjà adulte. Iris est ce que l’on appelle un Zèbre, terme forgé il y a une quinzaine d’années pour désigner les enfants à haut potentiel, autrefois appelés surdoués. Bien décidée à devenir normale, elle l'interroge: « C'est vrai que tu peux rendre les gens normaux ? Tu peux essayer avec moi. » Après une phase de rejet, les deux enfants vont finir par s’apprivoiser. La maman de Lucas, venue le chercher à l’école, invite Iris à se rendre chez eux le lendemain, rendez-vous qui va devenir  hebdomadaire. Lucas bientôt découvre à son tour les parents d’Iris. Ils réalisent vite tous deux que l’autre famille correspond mieux à leurs espérances. Iris, subjuguée par les parents de Lucas, leur intérieur subtilement aménagé où tout, mobilier et objets de déco, paraît imaginé spécifiquement pour le lieu – la maman de Lucas est architecte d’intérieur –, ne comprend pas ce que ce dernier trouve à ses parents à elle, qu’elle tient pour inintéressants, irresponsables, ennuyeux. « Pour toi être normal, c'est être bête ? » lui rétorque-t-elle lorsque, se délectant de pouvoir faire n’importe quoi chez eux, il lui fait remarquer que sa famille à l’air normale. Il passe de plus en plus de temps chez Iris, même si elle n'est pas là, ce qui pour lui revient au même. La plupart du temps, elle est chez ses parents à lui.

 

Si, dans un premier temps, Lucas tente de se débarrasser d’Iris, ils vont fuguer ensemble, se réfugiant dans les toilettes de la gare, domaine sur lequel règne Lina. On la découvre dans un époustouflant numéro de danse, un ballet sexy des balais digne du solo de Jennifer Beals dans le film Flashdance. Elle aussi a un secret. Quand des parents inquiets se pointent lui demandant si elle n'a pas vu deux enfants de dix ans trainer par ici, elle comprend que le jeu de cache-cache des gamins n’en est pas tout à fait un. Devant les remarques déplacées du père d'Iris, elle répond que les seuls enfants qu'elle a vus sont repartis avec leurs deux papas. « Une famille dans laquelle on aurait voulu naître » leur affirme-t-elle, avant de préciser aux enfants sortis de leur cachette « Je dénonce pas moi », pas moins en colère contre eux de s’être fait duper. Après les avoir dûment réprimandés, elle se laisse aller, malgré sa carapace qui semble indiquer qu’elle a connu son lot de chagrin, à évoquer son frère. Lina souhaite aller vers plus de transparence. « J'ai le bon métier pour ça » dit-elle avec un brin d’humour. Elle n’est pas tout à fait une femme comme les autres. Elle est née dans un corps d’homme qui ne lui correspondait pas. Dame pipi dans les toilettes de la gare lui semblait le meilleur endroit pour passer inaperçue, se sentir normale. Une femme invisible à qui l’on laisse quelques pièces jaunes sans même la regarder. C'est à Lina qu'Iris se confie lorsqu'elle découvre horrifiée du sang dans sa culotte. A ce moment précis débarque Alain. Il se présente à Lucas comme étant le frère de Lina, la cherche. Il vient lui annoncer que son fils (à elle) se marie mais qu'elle n'est pas invitée. Iris, métamorphosée, va servir d'intermédiaire entre cet homme et Lina, lui expliquant que son frère ne reviendra pas, mais qu’il a gagné une sœur.

 

 

« Normalito » est une commande passée à Pauline Sales par Fabrice Melquiot pour le Théâtre Am Stram Gram de Genève qu’il dirige depuis 2012. Dans ce théâtre dédié à l’enfance et à la jeunesse, elle est invitée à réfléchir sur les supers normaux à l’heure où les singularités sont mises en avant, où chaque parent espère son enfant surdoué, unique, à l’image d’Iris qui à la question que veux tu faire comme métier quand tu seras grand·e, répond Président de la République. « Est-ce donc si compliqué de s’avouer normal? De mener son existence de femme et d’homme ? De ne pas posséder de dons particuliers ? De supers pouvoirs ? », s’interroge l’autrice dans sa note d’intention. Comment rendre désirable la normalité ? Assumer sa non singularité ? D’autant que l’idée de normalité n’est pas universelle. Elle varie selon l’époque, la culture, l’individu même. Pauline Sales imagine une pièce pour trois comédiens, un conte sur la normalité et la différence qui porte en lui les notions de tolérance et d’altruisme. A travers l’histoire de ces deux enfants que tout oppose : deux mondes, deux classes sociales, deux attentes bien différentes de la vie, elle désamorce les peurs que peuvent nous inspirer l’autre, celui que l’on juge différent car on ne le connaît pas. Ainsi, le personnage trans de Lina tient un rôle pivot dans la pièce. Bienveillante envers les enfants qui la considère normale, elle demeure invisible pour la plupart des gens qu’elle croise, ce qui lui va bien à elle qui précisément recherche l’anonymat des gens ordinaires. Surtout, elle est jugée anormale par sa propre famille, son fils particulièrement, qui a du mal à accepter son changement de sexe. C’est portés par le courage de ce troisième personnage que Lucas et Iris vont pouvoir dépasser leurs différences et grandir, se respecter, s’aimer. Car au bout du compte, comme le dit Pauline Sales, ne sommes nous pas tous semblables et tous différents ? 

 

 

Bande annonce, Normalito, m.e.s. et écriture de Pauline Sales, pièce créée en février 2020 au Théâtre Am Stram Gran, Genève © Les Plateaux Sauvages

 

« Normalito » texte et mise en scène de Pauline Sales, avec Antoine Courvoisier, Anthony Poupard et Pauline Belle. Spectacle vu lors de sa création au Théâtre Am  Stram Gram de Genève en février 2020.

Théâtre Am Stram Gram du 17 février au 3 mars 2020
Route de Frontenex, 56 CH - 1207 Genève

Le Carreau du Temple (Les Plateaux Sauvages hors les murs) du 13 au 15 mars 2020 (dans le cadre du parcours enfance et Jeunesse du Théâtre de la ville)
4, rue Eugène Spuller 75 003 Paris

Le Quai des rêves, Lamballe, 19 - 20 mars 2020 (annulé)

La Maison du ThéâtreBrest, 26 - 27 mars 2020 (annulé)

Les Scènes du Jura - Scène nationale, Lons-le-Sonnier, du 30 au 31 mars 2020 (annulé)

Théâtre du Champ du Roy, Guingamp, 3 avril 2020 (annulé)

Le 11, Avignon, du 3 au 26 juillet 2020

 

 

Légende photo : Normalito, m.e.s. et écriture de Pauline Sales, pièce créée en février 2020 au Théâtre Am Stram Gran, Genève © Ariane Catton

 

 

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April 12, 2020 3:35 PM
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Coronavirus : le Festival d'Avignon maintenu (pour le moment), les compagnies régionales dans l'incertitude

Coronavirus : le Festival d'Avignon maintenu (pour le moment), les compagnies régionales dans l'incertitude | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marianne Mas pour France3 Hauts-de-France 12/04/2020

 

 

Annulé, décalé ou redimensionné ? Malgré les déclarations du directeur du Festival d'Avignon, l'incertitude demeure sur le maintien du rendez-vous incontournable du théâtre mondial en juillet prochain.L'inquiétude aussi chez les compagnies, obligées de faire comme si, jusqu'à la prochaine décision.

Olivier Py assurait jeudi dernier sur France Inter qu'« à ce jour, sur les 45 spectacles, dont 30 créations, aucun des artistes ne m'a dit qu'il était impossible de venir cet été ». Comment les compagnies font-elles pour répéter en plein confinement, pour construire les décors en virtuel, pour adapter la scénographie par visioconférence ? Alors que tout peut être remis en cause...

Entretien avec Sabrina Fuchs, administratrice de la compagnie « La femme coupée en deux » de Tiphaine Raffier. Alors que l'auteure, est en plein travail d'écriture. Sa pièce, « La réponse des hommes », est sélectionnée dans la programmation « In » et doit (devait?) se jouer à partir du 16 juillet.
 
Comment avez-vous réagi à la déclaration d'Olivier Py sur le maintien du festival d'Avignon ?
Sabrina Fuchs : On comprend son envie que le festival ait lieu. Mais ça plonge les compagnies dans l'incertitude et c'est très inconfortable pour tout le monde parce qu'on nous demande de travailler pour être prêts en juillet, alors qu'une annulation est très possible. Depuis cette annonce d'Olivier Py, on reçoit des mails de l'organisation du festival pour caler des rendez-vous, fixer des dates de conférence de presse, c'est totalement schyzophrénique. Mais ils sont cohérents vis-à-vis de la décision qu'ils ont prise.
On est très conscients qu'il y a des enjeux politiques et financiers très importants, pour le festival qui vit en grosse partie sur les recettes, pour la ville d'Avignon, pour la région PACA. Alors c'est très inconfortable pour toutes les troupes, mais je pense que par rapport à ça nous devons rester humbles et dignes. Même si on est en plein paradoxe des conséquences.
 
Comment la compagnie s'organise t-elle pour travailler avec les contraintes du confinement ?
"On est en lien régulier avec les équipes par Skype, par Zoom, et on reste très soudés. L'équipe technique est la plus mobilisée en ce moment. Le décor devait se construire dans les ateliers du Théâtre du Nord, mais tout est fermé. Et à la reprise, il y aura forcément embouteillage à la construction de décors, donc besoin de main d'oeuvre, donc surcoûts...sans parler des livraisons de matériaux qui seront peut-être compliquées. Donc on anticipe, et on envisage plusieurs scenarios. Comme on ne veut pas revoir notre exigence artistique à la baisse, on cherche des solutions à la fois moins lourdes, avec une scénographie plus dépouillée, à faire de la récup dans des stocks d'autres théâtres...
De son côté, Tiphaine Raffier continue à écrire et à peaufiner son texte à distance avec le dramaturge. Nous avions eu cette chance de pouvoir organiser 2 sessions de répétitions en septembre et en janvier. La prochaine session avec les comédiens est prévue en juin au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis, pour peaufiner le spectacle. J'espère que nous pourrons la tenir comme prévu.
 

 
Comment faites-vous pour rester mobilisés alors que tout peut être remis en cause ?

C'est vrai que c'est une situation très inconfortable pour tout le monde mais on n'a pas vraiment le choix. Je ne sais pas si je dois utiliser le présent ou le passé, mais la pièce est programmée du 16 au 23 juillet à « l'Autre scène » de Vedène dans le grand Avignon. Et Pour le moment, on doit être en mesure de répondre à l'hypothèse d'un festival. De toutes façons le spectacle doit être prêt fin juillet : notre tournée commence en novembre.
J'espère qu'une décision sera prise pas trop tard. Si le festival devait être annulé, ce sera terrible, mais ça permettra à tout le monde de se repositionner. Là, on gère l'incertitude de juillet, et on anticipe la saison suivante. Ça nous demande deux fois plus d'énergie.
 
Avant Avignon, vous aviez d'autres représentations prévues à l'Odéon à Paris. Vous avez dû annuler, repousser ?


Effectivement, nous avions deux spectacles qui étaient programmés à l'Odéon. « Dans le nom » du 22 avril au 7 mai, qui a été annulé, et « France-fantôme »du 14 au 28 mai, qui lui ne l'est pas encore officiellement. L'Odéon s'est déjà engagé à verser le montant intégral de la session annulée. On a des comédiens qui comptaient sur ces représentations pour leur statut d'intermittent, et c'est une bonne nouvelle. Ce qui nous inquiète plus, c'est la question de la diffusion future de ces spectacles. S'ils ne sont pas joués, à Avignon ou ailleurs, ils ne sont pas vus par des responsables de salles ou des tourneurs, donc on n'aura pas de diffusion en 2021/2022. C'est là qu'on se rend compte de l'impact que cette crise aura pour nous dans 2 ans. Et c'est une réalité économique très importante. Le secteur va payer cette crise pendant plusieurs années.

 

 

 

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La Réponse des Hommes, spectacle pour 10 comédiens et 4 musiciens. Ecriture et mise en scène : Tiphaine Raffier
Tiphaine Raffier est une comédienne, auteure, metteur en scène formée à l'Ecole de Théâtre du Nord. Elle a monté sa compagnie « La femme coupée en deux » et la dirige depuis 2015. Elle est artiste associée au Centre dramatique de Lille et à La Rose des Vents de Villeneuve d'Ascq. « La Réponse des Hommes » est sa quatrième création.

 

 

 

 

 


 Actualité des Hauts-de-France
La Région en Avignon ? 21 compagnies dans l’expectative
"Tant que le festival n'est pas annulé, on continue" , veut croire Anne Pinon, conseillère régionale chargée de la commission rayonnement des Hauts-de- France. Depuis plusieurs années, le Conseil Régional soutient des compagnies de théâtre de la région dans le cadre du festival Off d'Avignon.
Pour l'édition 2020 (*), il a validé l'accompagnement de 21 troupes, et voté un budget de 520 000€.
Des subventions qui permettent notamment de prendre en charge la coûteuse location de créneaux dans les lieux de diffusion du « Off », ainsi que les dépenses logistiques, salaires, communication... La Région s'est donc engagée à maintenir l'enveloppe : « Ça nous permettait une vraie montée en puissance par rapport à l'édition précédente, des ambitions de communication aussi. Avignon, c'est vraiment une vitrine pour nos compagnies et pour la création régionale. »

Le 21 avril prochain, un conseil d'administration du festival doit avoir lieu en présence notamment du ministre de la culture. Des décisions pourraient être prises à l'issue.


(*)Le thème de l'appel à candidatures pour l'édition 2020 était « se distraire et s'aérer »...

Une délibération pour rassurer les acteurs culturels

Dans une délibération spécifique prise le 10 avril, le Conseil Régional a voulu rassurer les acteurs culturels sur les engagements pris : maintien des subventions déjà actées, dans la limite des frais engagés par les structures, soutien à la trésorerie des associations culturelles grâce à une avance de 50% sur l'ensemble des subventions. Un acompte de 30% sera versé dès que possible, assouplissement de la gestion administrative des dossiers grâce à la prolongation à titre exceptionnel de 6 mois des instructions en cours.

OFF : Les compagnies sélectionnées par la Région

Sélection Emergence: 7   
- L’impatiente pour Cramé-Nord/Théâtre 
- LaCavale pour Jo&Léo -Nord/Théâtre 
- Catsandsnails pour Plubel-Nord/Danse 
- Les Chiennes savantes pour L’homme qui plantait des arbres-Nord/Jeune public 
- Le Kollectif Singulier pour Les Mars Brothers - Sud/Théâtre 
- Voulez-vous ? pour Frigide- Nord/Théâtre 
- Infra pour Die Verwandlung- Sud/Jeune Public

Sélection Hors Emergence : 14  
- L’Arcade pour Je ne marcherai plus dans les traces de tes pas -Sud/Théâtre 
- Superamas pour L’homme qui tua Mouammar Kadhafi- Sud/Théâtre documentaire 
- Barbaque compagnie pour La princesse qui n’aimait pas…- Nord/Jeune public -Diptyque Théâtre pour Poétique ensemble- Sud/Théâtre musical 
- La Langue Pendue pour Braslavie Bye bye- Nord/Théâtre 
- Correspondances pour Où tu vas- Sud/Théâtre 
- De Fil et d’Os pour Mangeuse de terre-Nord/Théâtre d’objets 
- Les Nouveaux Ballets du NPDC pour Dadaaa- Nord/Jeune public 
- Anima motrix pour Histoire de la violence Nord/Théâtre 
- Théâtre de Paille pour Les carnets du sous-sol- Sud/Théâtre 
- Révâges pour Heroes (we can be) Nord/Jeune public 
- Zahrbat pour Usure Nord/Danse 
- Art Tout Chaud pour La clé des choses- Sud/Jeune public 
- Franche Connexion pour J’aurais préféré que nous fassions obscurité ensemble-Nord/Théâtre musical

 

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April 10, 2020 7:14 AM
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Confiné chez… André Dussollier : “J’ai l’impression d’être à la campagne, dans un grand silence extraordinaire” 

Confiné chez… André Dussollier : “J’ai l’impression d’être à la campagne, dans un grand silence extraordinaire”  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Joëlle Gayot / Télérama - 10 avril 2020

 

Et vous, vous êtes où ? Comment vivez-vous le confinement ? En lisant, écoutant et regardant quoi ? Réponses du comédien André Dussollier, en direct de son balcon parisien.

Cinéaste, musicien, comédien, écrivain, philosophe… Chaque jour, Télérama prend des nouvelles d’un créateur qui vous livre ses recommandations de lecture, de musique, de films, de séries… Aujourd’hui, André Dussolier, qui apprécie être ramené à sa « vie d’origine ».

Ou êtes-vous ?
Je suis chez moi, à Paris, confiné comme tout le monde. J’arrose mes fleurs. Je m’étonnais qu’elles n’aient pas fleuri autant que je l’espérais, mais il paraît que les pauvres sont surmenées car en surrégime. Les saisons n’étant plus ce qu’elles étaient, elles sont totalement désorientées.


Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Ce qui se passe est tellement violent et nouveau que j’ai des réactions opposées. J’avance au jour le jour, je suis les actualités et les débats entre médecins. C’est la première fois qu’on voit le personnel médical au premier plan. J’aime bien que la télé lui donne cette place et qu’on puisse entendre des paroles compétentes, même si les médecins n’ont guère de certitude. Leur humilité et leur générosité sont frappantes. Je suis inquiet de la faiblesse du monde occidental face au séisme. On avait mis les priorités ailleurs. Quel étonnement de voir que nous ne sommes pas équipés face à des nécessités de base.

Enfin, sur un plan plus intime, j’aime le fait d’être renvoyé à moi-même dans cet état particulier. J’ai l’impression d’être à la campagne, dans un grand silence extraordinaire. Je ne me sens pas émietté comme lorsque je cours d’un bout à l’autre de Paris. Ça me ramène à ma vie d’origine. Mais je sais bien que ceux qui sont en première ligne n’ont pas cette perception.

Quel film/série/vidéo recommanderiez-vous ?
La Vie d’un honnête homme, de Sacha Guitry, avec Michel Simon. L’histoire de deux frères que tout oppose. L’un est fantaisiste (plus ou moins SDF), l’autre un patron, très froid. Le premier meurt et le second découvre que le monde est autre que ce qu’il croyait. Il y a aussi une vidéo m’a touché. Elle est liée à ce que nous traversons. Ce sont les instrumentistes de l’Orchestre national de France qui jouent, séparés mais ensemble, via Internet, le Boléro de Ravel.


Quel livre ?
Némésis, le dernier livre de Philip Roth, le destin d’un garçon qui, en 1944, à cause de sa vue défaillante, puis de la polio qui le frappe, ne peut pas faire la guerre. Il en conçoit une culpabilité terrible, car il n’accepte pas le hasard qui le frappe. C’est totalement en rapport avec ce que nous vivons.

Quelle chanson ?
Je suis de la génération qui écoutait Brel, Ferré, Brassens. Mais j’aime ceux qui ont suivi : Souchon, Jonasz, France Gall. Pour tout vous dire, je regarde parfois à la télé l’émission de Nagui, N’oubliez pas les paroles (elle pourrait être rebaptisée : On connaît la chanson !, titre d’un film d’Alain Resnais) et je ne déteste pas y réentendre des chansons de Gilbert Bécaud !


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April 7, 2020 12:44 PM
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Jean-Laurent Cochet: Le maître des grands

Jean-Laurent Cochet: Le maître des grands | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Philibert Humm dans Le Figaro 7 avril 2020


DISPARITION - Le comédien et metteur en scène est décédé mardi des suites du Covid-19 à l’âge de 85 ans. Cet amoureux des textes classiques avait formé, dans son cours, les plus célèbres acteurs français.



Le rideau vient de tomber sur un pan du théâtre français. Il serait vain de dresser ici la liste des anciens élèves de Jean-Laurent Cochet tant ils sont nombreux. Gérard Depardieu, Daniel Auteuil, Isabelle Huppert, Fabrice Luchini, Carole Bouquet, Michèle Laroque, Claude Jade, Bernard Giraudeau et tant d’autres. Chacun d’eux, Jean-Laurent Cochet les a formés, façonnés à sa manière. Sans lui, la scène française n’aurait pas tout à fait la même mine.

À lire aussi : Fabrice Luchini: «Hommage à mon maître Jean-Laurent Cochet»
Né en le 28 janvier 1935 à Romainville (93), Jean-Laurent Cochet contracte très tôt le goût des planches. Irrémédiablement attiré par les arts d’interprétation il entre en 1956 au Conservatoire dans les classes de René Simon et Jean Meyer et obtient avant ses 25 ans deux premiers prix, à l’unanimité, de comédie classique et moderne. Cochet est engagé dans la foulée comme pensionnaire à la Comédie-Française où il interprétera jusqu’en 1963 près d’une centaine de rôles. Cette année-là, il prend la direction des matinées classiques au Théâtre de l’Ambigu mais brûle déjà de s’installer à son compte. L’année suivante, alors qu’il n’a pas 30 ans il démissionne de la Comédie-Française et ouvre au Théâtre Édouard-VII son propre cours d’art dramatique.

Dès les premiers temps, sa méthode ne fait pas de mystère. Le texte, le texte avant tout, et la fable comme outil principal de son apprentissage. Cochet faisait travailler les fables à ses élèves comme on ferait faire leurs gammes à des musiciens. Dans le français le plus pur, celui de La Fontaine, sont selon lui contenues toutes les subtilités du verbe. La note ouverte, la «réaccentuation», ces techniques infimes et primordiales qui échappent bien souvent au spectateur mais font le virtuose.

Hallucinant de précision, de rigueur et d’imagination
Maxime d’Aboville, élève du «Maître» à la fin des années 2000, se souvient du premier cours auquel il lui fut donné d’assister: «Je l’ai immédiatement trouvé odieux! Odieux et tout à fait passionnant… Si l’un d’entre nous avait le malheur de se racler la gorge pendant qu’il dispensait son cours, il était sommé de sortir. Mais grâce à lui nous avons été un certain nombre à comprendre que nous jouions là nos vies.» Hallucinant de précision, de rigueur et d’imagination, l’enseignement de Cochet confine quelque fois au masochisme. Une exigence folle qui lui fait remettre cent fois sur le métier les ouvrages imparfaits.

Personnalité incontournable, et accoucheur de si nombreux talents, Jean-Laurent Cochet n’en reste pas moins en marge du paysage théâtral. Notamment parce que, selon sa conception du métier, l’art dramatique reposait avant tout sur le travail du comédien. Cochet goûte assez peu la prévalence des metteurs en scène et leur prise de pouvoir à partir des années 1980. Moins encore l’évolution de l’art dramatique comme un moyen d’expression corporelle. Pour lui, tout l’art du comédien consiste au contraire à s’effacer, et à puiser dans le texte de quoi faire oublier la brochure. Sois toi-même, et autres injonctions de l’époque, très peu pour lui… Cochet n’est pas à la mode et ne s’en cachera jamais. Il nourrit une passion pour les auteurs délaissés et cultive des références à contretemps: Montherlant, Giraudoux, Guitry, Anouilh, Achard et Bourdet sont pour lui les «six grands qui contiennent tout ce qu’on fait de plus varié, de plus riche, de plus profond, de plus complet, au théâtre».

Quitter Cochet, c’était extrêmement difficile. Il était tellement affectif qu’il vivait comme un abandon le départ de ses élèves

Maxime d’Aboville
Doué d’une mémoire hallucinante, d’une articulation sans pareille, ceux qui l’ont côtoyé de près ou de loin vantent aujourd’hui son érudition, son esprit et ses mémorables colères. «Quitter Cochet, c’était extrêmement difficile, confirme Maxime d’Aboville. Il était tellement affectif qu’il vivait comme un abandon le départ de ses élèves. Je crois savoir qu’il m’a longtemps considéré comme le dernier des pestiférés.» Ce qui ne l’empêche pas, après un temps, d’entretenir les meilleurs rapports avec nombre de ses anciens élèves.


En 2003, approchant les quarante années d’exercice, Jean-Laurent Cochet, selon qui «rien n’augmente tant le talent d’un interprète que lorsqu’il enseigne», adoube l’un de ses anciens protégés, Pierre Delavène, qu’il nomme professeur avant de lui confier la direction du cours en 2006. Le maître dit avoir trouvé son double et progressivement passe la main. «Un jour, écrivait-il dans son dernier livre, un jour, je ne ferai plus qu’associer mon nom à la façon qu’on aura de dispenser mon enseignement. Et c’est lui qui prendra le relais.» Il semblerait que ce jour-là soit venu.

Chrono
28 janvier 1935. Naissance à Romainville (Seine-Saint-Denis).

1956. Entre au Conservatoire de Paris.

1963. Démissionne de la Comédie-Française pour donner des cours de théâtre.

1965. Ouverture du Cours Cochet.

1971. Première mise en scène pour l’émission «Au théâtre ce soir».

1984. Joue dans le film Fort Saganne aux côtés de ses élèves Gérard Depardieu et Michel Duchaussoy.

2010. Publie L’Art et la Technique du comédien (Pygmalion)

2013. Son cours devient le cours Cochet-Delavène. Il y enseignera jusqu’en 2O17.

7 avril 2020. Décède à l’hôpital Bichat, à Paris, du Covid-19.

Crédit photo Jean-Laurent Cochet en 2007. Marc Soyez / ALAMO

 

À lire aussi : «Son enseignement était prodigieux»: le monde du théâtre pleure Jean-Laurent Cochet

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April 6, 2020 12:41 PM
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Entretien avec Dominique Delorme, directeur des Nuits de Fourvière 

Entretien avec Dominique Delorme, directeur des Nuits de Fourvière  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

« Nous sommes les soutiers »
Par Trina Mounier pour le site Les Trois coups - 6 avril 2020


À moins de deux mois du lancement, et alors que le festival se construit sur un an, les conséquences de la pandémie, en termes de distanciation sociale et de confinement, donnent du fil à retordre à l’équipe d’organisation, son directeur en tête.

J’imagine que pour vous, 2020 est une année particulière et difficile à appréhender !

Nous n’avons jamais autant travaillé. D’un seul coup, nous voilà occupés à chercher une multitude d’informations, tandis que nous devons répondre à beaucoup de questions. Cela représente plusieurs dizaines de coups de téléphone par jour, des heures et des heures sur Skype.

Au programme de cette édition, 150 représentations, une soixantaine de spectacles différents, c’est-à-dire une centaine de créations différentes, car certains comportent plusieurs productions. Voici quelques exemples qui vont vous donner une idée de la complexité.

Cent productions, cent sujets

Pour un soir et sur le même plateau (le 23 juillet), nous avons réuni la franco-malienne Rokia Traoré, la marocaine Oum et Sona Jobarteh qui vient de Gambie. Cette soirée n’existe pas en tant que telle, car c’est nous qui l’avons combinée. Donc un spectacle : trois concerts, trois productions. Or, chaque production mobilise dix à cinquante personnes. Soit une cinquantaine de nationalités.

Autre exemple : la création de Joseph Nadj, dont l’atelier est actuellement à Budapest, où il est actuellement coincé car Viktor Orbàn a fermé ses frontières. Le spectacle qu’on produit, dont la première est prévue aux Nuits de Fourvière, Omma, est une chorégraphie pour huit danseurs africains répartis un peu partout en Europe et en Afrique. Les répétitions doivent commencer en avril à Bobigny. Sauf que nous ne sommes pas en mesure de les réunir le premier jour des répétitions.

Dernier exemple avec le spectacle d’ouverture, Message in a bottle, de la chorégraphe Kate Prince (danse hip hop). Le Saddler’s Wells Theatre de Londres, qui en est le producteur, a décidé de fermer ses deux théâtres jusqu’au 8 juin. Nos représentations commencent le 2 juin. Les répétitions devaient se dérouler dans un des deux théâtres du Slader’s Wells. Comment fait-on ?

Cent productions, cent sujets. Mais tout cela n’est que la face artistique. Côté technique, il faut aussi compter avec la centaine d’intermittents mobilisés sur le festival. Autant de personnes qui s’inquiètent, veulent en savoir plus. Voilà pourquoi on travaille beaucoup. Notre équipe (technique, administration, communication) est en télétravail. Et il y a de quoi faire !

Même si ça fait froid dans le dos, imaginez-vous une éventuelle annulation ?

Pour l’instant, non. Mon métier n’est pas d’annuler un festival, mais de le créer. Il faut travailler dans l’ordre. On sait que le début du montage est planifié les derniers jours d’avril. La fin du confinement est prévue le 15 avril. Même s’il risque d’être prolongé, je suis comme le capitaine sur un bateau dans une tempête. Mon travail n’est pas de couler le bateau, mais de le mener à bon port.

L’art est un élément essentiel de la reconstruction sociale

Nous sommes décidés à tenir notre place, car le public en aura besoin après le confinement. Les gens auront soif de rendez-vous publics où l’on se retrouve. Quoi de mieux que de se rassembler autour d’un spectacle, d’une oeuvre d’art ? L’art est un élément essentiel de la reconstruction sociale. Sous quelle forme, je l’ignore ! On verra en fonction de la situation, mais nous devrons être au service du besoin que les gens exprimeront à ce moment-là.

Nous avons aussi une responsabilité sociale vis-à-vis de tous ceux qui vivent grâce au festival. Cela représente entre 450 et 500 salariés. Les Nuits de Fourvière durent deux mois, plus un mois de montage, 15 jours de démontage, sans compter toute la préparation. Si ça s’arrête, ça laisse 500 personnes en plan.

Les gens n’imaginent pas : sur un bateau, les passagers regardent le paysage sans savoir qui est aux machines et comment sont préparés les repas. Nous sommes les soutiers. ¶

Trina Mounier

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April 6, 2020 7:33 AM
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Dominique Blanc : “Le monde d'après devra absolument être paritaire”

Dominique Blanc : “Le monde d'après devra absolument être paritaire” | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Fabienne Arvers / Les Inrocks 6/04/2020

[Le monde de demain #16] Pensionnaire de la Comédie-Française, Dominique Blanc était à l’affiche d’Angels in America de Tony Kushner mis en scène par Arnaud Desplechin et répétait Du côté de Guermantes de Marcel Proust avec Christophe Honoré quand le confinement a démarré.

 

Comment avez-vous vécu l’annonce de la fermeture des théâtres avant celle du confinement ?

 

Dominique Blanc - C’était le jeudi 12 mars, on avait une représentation d’Angels in America et on devait jouer tous les soirs la dernière semaine de mars (la Comédie-Française joue habituellement ses spectacles en alternance, ndlr). Moi, j’étais assez fatiguée parce qu’en même temps, il y avait les répétitions de Marcel Proust avec Christophe Honoré. Et ce soir-là, au lieu d’aller boire un verre, et je m’en suis beaucoup voulu, je suis rentrée pour dormir en pensant que ça irait mieux le lendemain. En fait, ça a été terriblement frustrant parce que les autres sont allés boire un verre jusqu’à 2 heures du matin et le samedi, tout a été fermé et annulé. Donc, j’ai eu le sentiment que c’était en plein mouvement, comme un arrêt sur image en fait.

Angels in America, c’est un spectacle qui nous demande depuis le début un rapport au temps très particulier, parce qu’en fait il était programmé il y a deux ans et il y a eu une grève de machinistes. Il a alors été reporté d’une année. Cette année-là, il devait faire la rentrée de la saison en septembre et il a finalement été reporté en janvier. En janvier, il y a eu des grèves contre la réforme des retraites, ce qui fait qu’on ne pouvait pas répéter tous les jours, ni faire de filages. Mais on croisait les doigts et on se disait que tout ça allait nous unir encore plus fort. Le jour de la première, l’équipe technique s’est mise en grève. Donc, on n’a pas eu de première et on n’aura pas de dernière puisque c’est fini… Mon seul bonheur, c’est de savoir que le spectacle sera repris l’année prochaine. Mais j’ai vraiment eu l’impression d’être arrêtée en plein mouvement.

 

 

C’est d’autant plus frappant et touchant qu’il s’agit d’un spectacle qui parle d’une autre épidémie, le sida, dans les années 80.

 

Exactement. Vous l’avez vu ?

 

Oui, bien sûr, le jour de la première pour la presse.

 

Vous savez, quand je faisais la scène du médecin qui annonce à Roy Kohn qu’il est malade, au fur et à mesure que les jours passaient, il y avait une écoute très particulière dans la salle, une intensité de silence très forte. Tout le monde se disant : voilà, c’est une autre épidémie qui nous touche maintenant.

 

 

Comment ça se passe pour le projet Proust avec Christophe Honoré qui devait être créé fin avril ?

On a également été arrêtés en plein mouvement et il faudrait qu’on puisse à nouveau répéter. Sera-t-il programmé au théâtre Marigny comme il était prévu ou à la Salle Richelieu ? En fait, on n’en sait rien, on attend la fin du confinement.

 

Le vendredi 27 Mars, Eric Ruf a fait l'annonce du lancement de la première chaîne web de la Comédie Française, La Comédie continue ! Comment s’est prise cette décision de ne pas s’arrêter ?

 

Je pense qu’Eric était en visio-conférence avec toute l’administration et il nous a ensuite envoyé un mail disant qu’il voulait réagir, ne savait pas encore comment, mais que ça allait donner ! (rires) Sur un plan technique, c’est sûrement assez compliqué, donc ça a pris un peu de temps, mais ça y est, on a lancé notre programme. Il est génial ! Chacun de nous doit faire œuvre et nous avons à enregistrer des poèmes, des textes. On a toute une gamme de travaux ! Et en plus, sur France 5, tous les dimanches soirs, il va y avoir une pièce de théâtre du Français. C’est vachement bien aussi. J’aurais adoré qu’ils programment Britannicus pour avoir cette vieille Agrippine ! Mais je pense qu’ils se sont détournés de la tragédie pour des raisons de divertissement, j’imagine. Et Angels in America n’a pas encore été filmé. Il y a certainement une trace pour les archives qui s’est faite un soir, mais il n’y a pas eu de tournage.

 

Votre occupation principale du moment consiste donc à chercher des textes ?

 

Exactement ! C’est passionnant parce que je me suis dit que j’allais ranger ma bibliothèque qui est dans un état de mélange assez invraisemblable (rires) et c’est sympathique parce que, sous la poussière, on découvre des petits livres de poésie qui étaient cachés ou des livres importants. Moi, je marque beaucoup au crayon de papier dans mes bouquins et je retrouve des choses que j’ai mises de côté il y a quelques années. C’est un voyage de mémoire.

 

Pensez-vous que le moment qu’on vit est tout à fait inédit ?

 

C’est inédit et historique et, à la lumière de l’interview d’Edgar Morin dans Libération ce matin (le 28 mars, ndlr), je pense que ça donne un sentiment d’humanité universel que je n’avais encore jamais ressenti à ce point-là. Presque toute la planète est à l’arrêt et on vit tous exactement la même chose en étant dans des cultures et des pays extrêmement différents. Il y a un sentiment d’universel qui apparaît tout d’un coup.

 

Et d’interdépendance aussi.

 

Enormément. Et ce que ça renvoie aussi : tout ce qui a été fait de façon absolument criminelle par rapport à la planète, dans le domaine de la mondialisation. Moi, j’espère beaucoup que de cette période sortira infiniment de solidarité, de connaissances nouvelles et que le néo-libéralisme ne reprendra pas forcément tout de suite… Mais peut-être que je rêve un peu.

 

Etes-vous confiante quant à la façon dont les pouvoirs publics gèrent la crise ?

 

Non. Sans être paranoïaque, j’ai l’impression que les politiques, en France particulièrement, n’ont pas pris la mesure de la catastrophe chinoise. Vous vous rappelez quand on parlait d’une grippette ? Malheureusement, je crois qu’ils ne se sont pas rendu compte de la gravité de la situation et par rapport aux hôpitaux, leur position n’était quand même pas formidable.

Quand on voit les manifestations du corps médical qui démissionnaient juste avant l’arrivée de la pandémie et puis maintenant, on voit Macron chanter les louanges du corps médical, il y a quelque chose qui ne va pas là-dedans. Je pense que ce qui serait merveilleux, ce serait de rêver un pays où le personnel soignant, les hôpitaux, le personnel enseignant, tous ces gens qui sont essentiels à la société puisque c’est eux qui la soudent et qui la sauvent, soient rémunérés à la hauteur de leur talent. Qu’on arrête de les sous-payer, de les maltraiter comme ils le sont. A 20 heures, je sors sur le trottoir et j’applaudis. Je suis en banlieue et il n’y a pas beaucoup de monde, mais quand même j’applaudis.

 

Avez-vous peur de la maladie, sur laquelle on entend des choses très contradictoires ?

 

Non, je n’ai pas peur parce que je pense, et c’est totalement inconscient, que je suis invincible physiquement. Ce qui est un leurre parce que j’ai eu un gros pépin en 2012 où j’ai failli y passer, c’était une septicémie et je suis revenue de loin, mais néanmoins, je me sens toujours invincible. C’est totalement crétin. Par contre je suis très angoissée pour mon compagnon et pour mes enfants. Je pense qu’à Paris, il y a beaucoup de familles entières confinées ou des personnes très seules dans de petits espaces et ça doit être infernal.

 

Est-ce que la nouvelle disposition de son temps qu’impose le confinement ouvre pour vous des possibilités nouvelles ? Que faites-vous de ce temps ?

 

Au début, ça a démarré par une période intense de sommeil (rires) et de récupération. J’avais l’impression d’être en vacances et puis, assez vite, je me suis dit qu’il fallait que je m’organise. Ce qui n’est pas encore tout à fait le cas, néanmoins, j’essaye de voir un film par jour. J’ai pas mal de DVD à rattraper et je procède par auteur. J’ai vu des films de Robert Bresson que je ne connaissais pas et que j’ai trouvés absolument splendides : Mouchette, Pickpocket, Au hasard Balthazar. C’est des films qu’on peut voir et revoir sans cesse, c’est des œuvres considérables. Après, j’ai enchaîné avec Ingmar Bergman. J’ai revu Sonate d’automne, Cris et chuchotements. Ces DVD comportent des interviews de Liv Ullmann qui racontent des anecdotes toujours assez formidables.

A la fin de Sonate d’automne par exemple, il y a une scène de rupture assez violente. Liv Ullmann raconte le tournage en disant qu’Ingrid Bergman n’était pas du tout d’accord avec ce que voulait Ingmar Bergman. Ils ont commencé à discuter, puis à se disputer, sont sortis du plateau de tournage pour s’expliquer et s’en est suivie une longue période d’attente pendant laquelle l’équipe se demandait si le tournage allait continuer ou pas. En fait, Ingrid Bergman ne voulait pas jouer ce que suggérait le “génie” comme elle l’appelle et elle a tenu tête. Quand on revoit le film après cette interview, on se rend compte qu’effectivement, elle joue comme elle veut et comme elle l’entend, et non pas comme le grand maître le souhaitait. En tant que comédienne, j’ai trouvé que c’était une anecdote magnifique ! La non docilité, la rébellion (rires) et tout d’un coup, s’accorder avec soi-même et jouer avec sa propre intuition sans s’en laisser conter.

J’ai aussi fait une chose très concrète. J’étais abonnée à Médiapart et je viens de m’abonner au Monde et à Libération parce que je me suis dit que la presse allait beaucoup souffrir. Mes filles m’ont envoyé une application de yoga et j’ai commencé lundi (rires) ! Je fais aussi beaucoup de méditation, alors je continue et réalise à quel point c’est précieux. J’utilise beaucoup une application qui s’appelle Mind. Maintenant, je m’en sers dans le travail. Pour Angels in America, je me prépare, je m’habille, mon maquillage est fait par une maquilleuse et après je remonte dans ma loge et pendant un quart d’heure, avant de descendre rejoindre la troupe, je fais 15 minutes de méditation. Je me suis rendu compte que ça m’aide considérablement pour le jeu aussi. D’abord, parce que je joue des personnages très différents et ça m’aide à changer très vite, et pour l’équilibre intérieur que ça apporte.

J’ai une dernière chose que je voudrais entreprendre. Je voudrais me lancer dans la lecture d’un grand roman russe, ce que je n’ai pas encore fait. J’aimerais lire Guerre et paix ou bien Anne Karénine de Tolstoï ou bien Les Possédés de Dostoïevski. Je n’ai pas peur ! (rires) C’est un peu prétentieux et je ne sais pas si je vais y arriver… Je vous tiendrai au courant ! Je me dis : à chaque vacances, tu les emportes, tu te dis je vais le faire, tu ne le fais jamais ! Te voilà au pied du mur de ta bibliothèque et voilà, c’est à toi de choisir !

 

Pensez-vous que cette crise est un marqueur historique ? Qu’on ne reviendra pas au monde d'avant ? Qu’on entre dans une nouvelle séquence ?

J’en suis persuadée. Il n’y aura pas de retour en arrière, c’est évident et quoi qu’il arrive, il y aura métamorphose de chaque individu et puis, je l’espère, beaucoup de projets de société enthousiasmants. Ça a développé beaucoup de solidarité. Nous, par exemple, dans la troupe, on a un groupe WhatsApp pour chaque distribution de pièce, mais les premiers jours du confinement, un autre groupe s’est créé. Il s’appelle 1680 et ça n’arrête pas, ça fuse de tous les côtés. Ça n’a rien à voir avec le projet de chaîne web d’Eric Ruf, c’est en plus et j’ai trouvé ça formidable. Et il y a un autre groupe que j’aime beaucoup qui est le groupe Pensionnaires, auquel j’appartiens et il y a beaucoup de jeunes. Et nous avons parmi nous une grande aînée que j’admire énormément qui est Danièle Lebrun et qui a une pêche extraordinaire (rires) ! Je ne sais pas si vous aviez vu le spectacle Poussière (de Lars Noren, mis en scène par l’auteur en 2018 à la Comédie Française, ndlr). Juste avant qu’on ne démarre le spectacle, elle poussait des grands cris de rockeuse en délire ; j’adore cette femme, j’adore son amour de la vie. Je pense qu’il va y avoir des modifications profondes, c’est sûr. Ce qu’il y a de négatif, c’est que l’addition, comme toujours, se reporte sur les gens les plus fragiles et les plus démunis. Economiquement, ça risque de se passer comme ça.

 

Mais si on devait en tirer des enseignements positifs à tirer ?

Ce serait l’ouverture aux autres. Le fait de rester chez soi nous fait prendre conscience à quel point les autres sont précieux, indispensables, à quel point on a besoin du collectif nuit et jour, en incluant la Comédie-Française. Finalement, dans mon travail, j’ai d'abord fait une carrière de solitaire et je suis rentrée au Français au moment où le collectif prend véritablement sa valeur. Je pense que cette période sera marquée de ça, du goût des autres.

Et aussi de l’impact de nos décisions individuelles sur les autres.

Oui et je pense qu’elle va nous concerner encore davantage sur le plan écologique et biologique. Tous les gens qui pensaient que ce qu’on racontait sur la préservation de la planète, c’était du délire et de la fake news de baba cool, se rendent compte que nos actes ont une incidence.

 

Comment imaginez-vous le monde d’après ?

Je pense qu’il faudrait absolument que ce soit un monde paritaire, mais alors vraiment, du plus profond de mon cœur… Il y a eu une vague de féminisme avec #Metoo qui a été très importante et il faut qu’elle rentre maintenant dans les faits économiques de la société. Et pour le reste, se détacher le plus possible de tout ce qui est matériel. Mais est-ce qu’on en est capable ? Je n’en suis pas sûre et je parle de moi, là… La mode, tout ce qu’on accumule, tout ce qui est consommation pure, si on pouvait s’en défaire, ce serait merveilleux.

 

De ce point de vue là, il y a aussi un retournement de génération. Les jeunes s’inquiètent davantage que leurs parents, d’une façon générale.

C’est vrai.

 

Qu’en espérez-vous ?

Que notre société laisse la place à la jeunesse. Ils ont un mal fou à y rentrer. Oui, ouvrir grand les portes à la jeunesse.

 

Propos recueillis par Fabienne Arvers

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April 4, 2020 4:29 PM
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Pour Stanislas Nordey, le directeur du TNS, pas question de répéter par Skype ! - Arts et scènes

Pour Stanislas Nordey, le directeur du TNS, pas question de répéter par Skype ! - Arts et scènes | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Emmanuelle Bouchez - Télérama 4 avril 2020

 

En cette période si troublée, les priorités du patron du Théâtre national de Strasbourg vont à (tenter de) prévoir une reprise, protéger les artistes et assurer la formation des élèves. Et si, finalement, on s’en sort sans trop de casse de cette crise, sans doute de fureter davantage : “lire en liberté et créer ainsi de nouveaux désirs”.

 

Il lui a fallu, avec son équipe, freiner la vitesse de croisière d’un énorme bateau, le Théâtre national de Strasbourg — le comédien et metteur en scène Stanislas Nordey le dirige depuis 2014. Un théâtre, en plein cœur de la région alsacienne durement touchée par la pandémie, qui est aussi le siège d’une école supérieure des arts de la scène, accueillant apprentis comédiens, metteurs en scène, dramaturges et scénographes. La grande maison aux trois salles est fermée au public depuis le 16 mars, mais l’interdiction des assemblées au-delà de cinquante personnes, dans cette ville située au nord des épicentres de Colmar et Mulhouse, lui est tombée dessus bien avant.

Les étudiants ont donc déserté les studios et sont désormais derrière leur ordinateur, comme Nordey lui-même, également contraint d’abandonner, au bout de trois jours, les répétitions de sa création prévue fin avril de Berlin mon garçon, texte de Marie Ndiaye, écrivaine associée au TNS. Au téléphone, il souffle et revient sur les derniers jours. Lui d’habitude « suractif », n’hésitant pas à jouer pour d’autres metteurs en scène tout en montant ses propres spectacles, est confiné dans son immeuble d’un quartier excentré de Strasbourg. Pas un chat ne rôde alentour, précise-t-il : « Je m’aventure sans risque jusqu’au deuxième pâté de maisons. » Il va enfin prendre le temps de rédiger son édito pour le site web, et corriger la brochure de la prochaine saison. Se projeter dans l’avenir est essentiel.

Des plans sur la comète…

Un tiers des quatre-vingt-douze permanents du TNS, seulement, travaillent à distance : les comptables comme les chefs de service qui gèrent les conséquences des annulations ou des reports. « Le plus complexe est d’établir un calendrier de la reprise. On part du 27 avril (hypothèse optimiste) et l’on décale cette échéance de semaine en semaine, en imaginant à chaque fois toutes les conséquences en cascade. Heureusement, la fin de saison approchant, la “casse” est moins sévère. » Entre avril et juin, il reste cependant quatre spectacles au programme – le sien et ceux des metteurs en scène Wajdi Mouawad, Pascal Rambert et Mathilde Delahaye. Si le confinement se prolonge, la maison a de quoi tenir le coup soixante et onze jours au moins sans aide supplémentaire, car chaque théâtre national a l’obligation d’avoir un fonds de réserve.

Protéger les artistes

Le TNS assure le salaire des permanents comme celui des artistes et des intermittents, les plus gravement touchés par cette crise. Face à l’angoisse légitime de tous, il a pris cette décision dès le 16 mars, date de fermeture totale du théâtre, avant que ne tombe, deux jours plus tard, le communiqué de presse du ministère de la Culture encourageant de telles mesures. D’ici à la fin de saison, tous les contrats signés comme les simples engagements moraux seront honorés. Qu’il s’agisse de spectacles, de répétitions, d’ateliers à l’école ou d’actions de démocratisation culturelle. « Nos maisons vivent grâce aux artistes. Il faut donc les protéger comme on protège les permanents. » Cela concerne environ cent cinquante personnes.

Nourrir les élèves

« Je me suis mis à Skype ! » confie Stanislas Nordey, qui n’aimait pourtant pas trop cela… L’outil indispensable pour garder le lien – mission de continuité pédagogique oblige. Tous les trois jours, il donne à lire aux étudiants des livres de sa bibliothèque numérique (Falk Richter ou Claudine Galea) et attend des fiches de lecture en retour. Le metteur en scène Rémi Barché va mener l’atelier déjà prévu avec cinq étudiants grâce au même procédé, quand le scénographe Emmanuel Clolus échange, par le Net, les croquis des décors et des costumes d’une future Cerisaie… La plus grande inquiétude concerne cependant le spectacle final de la promotion sortante. Le metteur en scène Julien Gosselin devait commencer le 14 mai les répétitions du Dekalog (« Décalogue »), le fameux cycle du cinéaste polonais Krzysztof Kieslowski, tourné en 1988. La création devrait avoir lieu au Printemps des comédiens, à Montpellier, puis être présentée à l’automne au TNS, avant de partir en tournée. Si tout s’arrête, l’économie d’un spectacle produit dans le cadre du cursus, avec douze acteurs, quatre scénographes, un dramaturge, deux assistants metteurs en scène et six créateurs son, lumière et vidéo – vingt-cinq personnes au total – s’effondre. « Cette promotion se retrouverait sans visibilité professionnelle. Cela ne serait pas équitable et je serais contraint de solliciter l’aide du ministère. » En revanche, le recrutement de la promotion suivante est bien avancé pour les acteurs… Ne reste que le stage probatoire avec quarante candidats, que le TNS espère organiser avant le 25 juillet, date de fermeture estivale… Pour les régisseurs et les scénographes, en revanche, tout reste à faire !

Le lien au public

Une vingtaine d’artistes associés au TNS, comme Christine Letailleur, Emmanuelle Béart, Laurent Poitrenaux, Nicolas Bouchaud, enregistrent des vignettes de cinq minutes avec leur texte préféré, publiées sur le site. « On crée des contenus neufs mais on ne souhaite pas de sur-offre. Cette crise met cependant en lumière notre manque criant d’archives vidéo. » Le public, de son côté, manifeste sa solidarité : certains ont proposé de ne pas se faire rembourser leurs billets avant même que le théâtre ne leur propose de faire, s’ils le peuvent, ce choix généreux.

Sa vie d’artiste ?

Réduite à la portion congrue… Pas question de répéter par Skype ! Annie Mercier, Hélène Alexandridis, Claude Duparfait et Laurent Sauvage, ses acteurs complices réunis sur le projet Berlin mon garçon, s’imprègnent des livres de Marie Ndiaye en attendant des jours meilleurs. Pas sûr néanmoins que Stanislas Nordey retrouve de si tôt un créneau auprès de ces comédiens très demandés. Cette plage temporelle, si elle devait durer, lui laissera en revanche le loisir d’apprendre ses propres textes « plus tranquillement ». Car il sera Mithridate, dans la pièce éponyme de Racine, montée par Éric Vigner durant la prochaine saison du TNS. Et participera à La Question, une mise en scène du Nantais Laurent Meininger, d’après le livre d’Henri Alleg dénonçant (dès 1958) la torture en Algérie. Si la crise est traversée sans trop de dégâts, si son travail au TNS le lui permet, il espère fureter davantage : « Lire en liberté et créer ainsi de nouveaux désirs. »

 

Que nous apprend cette crise sanitaire ?

« Je suis malheureux pour ceux qui sont touchés dans leur chair, et solidaire de toutes les décisions gouvernementales qui permettent de passer le pic de l’épidémie au mieux. Y a-t-il une prise de conscience de l’ensemble de la société et des médias, et plus précisément de nous tous, plus privilégiés que d’autres, des situations familiales compliquées, sans oublier les mal logés et les sans-abri, ou encore les gens âgés ? À cette date, elle ne me semble pas assez rapide… Au vu de ce qui nous tombe dessus, il y aura sûrement beaucoup de dégâts sociaux collatéraux auxquels on n’avait pas d’abord pensé. Cette crise nous interroge tous : que signifie d’être soudain confinés avec nos proches, ou au contraire brutalement éloignés d’eux ? J’ai moi-même perdu mes vieux parents au terme de longues maladies, et je compatis à toutes ces séparations forcées d’avec nos aînés en fin de vie. »

Mais sa fibre « développement durable » vibre d’entendre à nouveau les oiseaux en ville, de voir l’électricité tourner à bas régime. « Croire pourtant que rien ne sera plus comme avant me semble vain. Bien au contraire, la société risque de se jeter ensuite à corps perdu dans un rythme effréné. Ce type de réflexe s’observe après toutes les guerres… Les avancées seront ponctuelles. L’expérience du télétravail à grande échelle pourrait faire bouger les lignes. Les élus politiques de tous bords vont prendre conscience de la nécessité de réarmer notre système de santé. À ces deux endroits-là, cela changera sûrement. Quant à parler d’une prise de conscience de l’humanité tout entière, non… »

Son grand espoir, au vu des témoignages de sympathie que le TNS reçoit de la part du public ? « Retrouver, lors de notre réouverture, des spectateurs très motivés ! »

 
 
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April 3, 2020 2:24 PM
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Disney joue un tour infernal à ses intermittents du spectacle

Disney joue un tour infernal à ses intermittents du spectacle | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Guy Dutheil dans Le Monde - 3 avril 2020 

 

En raison de la pandémie liée au coronavirus, la direction des parcs de Disneyland Paris cherche à se défaire à moindres frais de centaines d’intermittents.

 

Cela ne sourit plus chez Mickey. La pandémie de Covid-19 provoque un différend entre les personnels et la direction des parcs de Disneyland Paris. Cette dernière cherche à se défaire à moindres frais des centaines d’intermittents qu’elle avait recrutés début 2020 pour les quatre spectacles qui devaient être proposés aux visiteurs jusqu’en juin.

Des productions des studios Disney ou Marvel, telles « Mickey et le Magicien », « Frozen (« La Reine des neiges »), ainsi que « Marvel : L’Alliance des super héros » et « Stark expo », qui ont dû être annulées après l’instauration du confinement général de la population. Quatre shows pour lesquels, selon nos informations, plus de 350 intermittents du spectacle – comédiens, danseurs, cascadeurs, mais aussi personnels techniques –, avaient été recrutés. Des centaines d’intermittents, dont Disney ne sait plus que faire aujourd’hui. Contactée, la direction du parc de loisirs n’a pas souhaité répondre.

Pour faire place nette, Disney veut faire vite. Par un courriel daté du mercredi 1er avril, la direction des ressources humaines (DRH) de Disneyland Paris enjoint aux intermittents de procéder à « une rupture amiable [de leur] contrat de travail ». « Circonstances exceptionnelles » à l’appui, Disney propose « la rupture anticipée d’un commun accord [du] contrat de travail à compter du premier avril 2020 ». Et pas question de tergiverser : la DRH leur demande de « bien vouloir [lui] confirmer [leur] accord avant le 2 avril 2020 ».

 

Solidaires, les intermittents ont fait appel au « syndicat des artistes interprètes », raconte Jean (le prénom a été modifié), l’un des intermittents engagés pour l’un des quatre spectacles. « La CGT nous a recommandé de refuser cette rupture unilatérale », ajoute le jeune homme. Une recommandation suivie par la majorité des intermittents, qui ont massivement rejeté la proposition de la DRH de Disney.

 

Ce courriel de la direction n’est qu’une étape supplémentaire de la dégradation rapide du dialogue social au royaume de Mickey. « Avant ce mail, il y a quatre jours », souligne Jean, « plusieurs d’entre nous ont reçu des appels du service des castings de Disneyland Paris pour savoir s’ils étaient d’accord pour rompre leur contrat de leur propre chef ». Des coups de téléphone assortis « de menaces ». « Si vous refusez, vous serez blacklistés chez Disney ! », se désole Jean.

Changement de pied radical

Ces pressions marquent un changement de pied radical de la part de la direction. Au départ, se remémore Jean, « Disney nous avait proposé de nous mettre en chômage partiel à partir du 1er avril ». Un dispositif réclamé pour les 15 000 salariés du parc à l’occasion d’une réunion, dimanche 29 mars, du Conseil social et économique (CSE) de Disneyland Paris. Pris en charge par l’Etat, les salariés devaient percevoir 84 % de leur salaire net, le reliquat étant versé par Disney, mais seulement jusqu’au 19 avril.

Les artistes des quatre spectacles annulés étaient prêts à accepter ces mesures de chômage partiel, même si cela aurait eu pour conséquence de « faire baisser [leur] nombre d’heures ». Un point noir crucial pour les intermittents. Pour bénéficier de ce statut, assez avantageux, et des indemnités qui vont de pair, chaque artiste doit travailler au moins 507 heures sur une période d’un an.

 

Confronté à un large front du refus venant de ses artistes, Disney pourrait choisir de passer en force sans attendre. Il pourrait invoquer « un cas de force majeure ». Une disposition qui lui permettrait « de nous virer sans notre consentement », s’alarme Jean. Ils percevraient certes l’intégralité des sommes qui leur sont dues jusqu’à la fin de leur contrat, qui arrive à échéance en juin, mais ils ne valideraient pas d’heures et risqueraient donc de perdre leur statut d’intermittents du spectacle.

Outre leur travail, nombre d’artistes licenciés par Disney seraient aussi susceptibles d’y perdre leur logement. En effet, certains d’entre eux – surtout des étrangers ou des provinciaux « montés » à Paris – « sont logés dans des résidences Disney », conclut Jean.

 


Légende photo : A l’entrée du parc d’attractions de Disneyland Paris, à Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne), le 9 mars. Benoit Tessier / REUTERS

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April 3, 2020 5:45 AM
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Coronavirus : le festival d'Avignon pourrait vivre une tragédie bien réelle

Coronavirus : le festival d'Avignon pourrait vivre une tragédie bien réelle | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par  Martine Robert dans Les Echos, publié le 3 avr. 2020


Le « In » et le « Off » constituent un gigantesque marché pour des centaines de compagnies et de tourneurs. Une annulation serait fatale pour nombre d'entre eux.


L'annulation, mercredi, du festival d'Edimbourg, l'un des plus grands événements mondiaux de spectacle vivant - il attire plus de 4,5 millions d'entrées et 25.000 artistes de 70 pays dans la capitale écossaise -, qui devait se tenir du 7 au 31 août, semble signer l'arrêt de mort de son concurrent français, le festival d'Avignon, censé débuter le 3 juillet.

Pour l'instant, dans le « In » d'Avignon , on veut y croire encore : la programmation sera annoncée par vidéo le 8 avril. « Nous avons 45 spectacles prévus dans 37 lieux, dont la cour d'honneur du Palais des Papes, 400 rendez-vous sur 20 jours. On veut donner du rêve, sans fausse promesse », souligne Paul Rondin, directeur délégué. Si les comédiens peuvent apprendre leur rôle à distance, va se poser début mai la question du montage des sites.

Le Off toujours plus plébiscité mais toujours plus fragilisé

Edimbourg a inscrit les festivals dans son ADN

Si Paul Rondin ne veut pas démobiliser ses équipes, bien des inconnues demeurent, convient-il. « 60 % de nos programmes sont étrangers, quelles seront les autorisations d'entrées et sorties du territoire ? Comment réagira le public ? Et diminuer la jauge pour respecter une distance sanitaire entre les places, c'est intenable financièrement et déprimant », avoue-t-il. 


Océan d'incertitudes
Sur un budget de 13 millions, 55 % provient de subventions, mais 45 % de la billetterie (3 millions d'euros) et des partenaires ou mécènes (1 million), lesquels pourraient faire défaut. 

Du côté du festival « Off », qui est aussi un marché pour les 1.600 spectacles présentés dans 140 théâtres permanents ou éphémères , « c'est un océan d'incertitudes économiques pour les compagnies qui misent là leur activité à l'année : elles dépensent 10.000 à 20.000 euros pour se loger et louer un local où présenter leur pièce, avec l'espoir de vendre 40 à 50 dates de tournées. Ne pas y participer, c'est se condamner, mais y aller est très risqué », souligne le producteur Jean-Marc Dumontet, habitué du « Off ».

Quant au territoire, les enjeux sont énormes, avec des retombées du « In » et du « Off » estimées à 25 millions d'euros pour la ville et 100 pour la région. 

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April 1, 2020 5:18 PM
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THEATRE DES LUCIOLES : les 25 ans du collectif –  entretien paru dans Alternatives théâtrales

THEATRE DES LUCIOLES : les 25 ans du collectif –  entretien paru dans Alternatives théâtrales | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Sylvie Martin-Lahmani dans Alternatives Théâtrales  - 31 mars 2020

 


Nous vous proposons de lire ici la version intégrale de leur entretien, et de découvrir un extrait dans un dossier complet consacré aux collectifs du N° #139 : Nos Alternatives

« La vie organique du groupe c’est le souffle, l’air… ça entre et ça sort tout le temps, et ça ramène de l’oxygène et des vents nouveaux. »

Réponse d’un membre des Lucioles, lorsqu’en fin d’année 2019, on leur a demandé de parler de la vie organique du groupe.
Prochain spectacle prévu en mai (espérons-le !) : HARLEM QUARTET et LE BONHEUR (n’est pas toujours drôle)
(par ordre chronologique de réponses)

Que faites-vous ensemble ?

Philippe Marteau

Le collectif permet avant tout de se lancer. Comme un défi irrépressible, d’abord à soi-même et ensuite à l’ensemble : « j’ai envie d’essayer quelque chose avec ce texte, cet auteur. »

Et dans un premier temps, à la marge des institutions, sans disposer toujours de beaucoup de moyens, il est possible de faire exister un nouvel objet. Cela donne de l’encouragement et de la confiance. Et souvent ça marche!  Au-delà de nos espérances. Et c’est ça qui est beau.

Nous nous connaissons depuis 1991 et le regard que nous portons les uns sur les autres est nécessairement profond et complexe.

Il nous arrive parfois de ne pas être d’accord avec ce que fait l’autre. Nous agissons comme une démocratie, rarement avec des votes, mais le plus souvent empiriquement, toujours favorables au développement des projets.

La politique n’est pas au cœur de nos discussions, c’est ce qui se raconte, ce qui se fabrique dans les spectacles qui peut être politique, sociétal. Mais il s’agit principalement de trouver une réponse poétique.

Nous avons été influencés, en plus de nos expériences personnelles, par des maîtres qui la plupart du temps venaient enseigner à l’école du TNB (Matthias Langhoff, Claude Régy, le Théâtre du Radeau, des gens moins reconnus et des acteurs- actrices bien sûr aussi…) et avec le temps le cercle s’est élargi, allant du cinéma au champ littéraire, et plus particulièrement contemporain.

Le collectif permet surtout de prendre son temps, le développement personnel de chacun est primordial. C’est un accompagnement dans la durée, comme une épaule solide.

L’énergie circule. De nouvelles personnes entrent dans le groupe. Des amitiés fidèles se nouent. Des passions se font et se défont. Comme une famille.

C’est toujours aujourd’hui une forme de résistance.

 

Valérie Schwarcz

Qu’est-ce que vous faites ensemble ?

Quand deux personnes qui s’aiment, pour ne pas dire un couple, se posent cette question, ce n’est pas toujours bon signe ; je dirais qu’après vingt-cinq ans arrive le temps de se poser franchement la question.

 

Comment vous êtes-vous trouvés ?

Nous étions ensemble dans la première promotion de l’École du TNB et l’évidence a été de rester ensemble. La question du « pourquoi « était moins présente que celle du « comment ». Comment inventer une forme de collectif avec déjà des personnalités fortes et parfois antagonistes, comment résister à la pression et à la tentation de faire émerger tout de suite des individualités…à notre manière assez empirique et ludique, on a réussi cela, un certain temps.

Que refusez-vous ? qu’affirmez-vous ?

Nous avons toujours affirmé la liberté pour chacun d’aller et venir en dehors du collectif et de proposer des projets, de là découlait le fait que nous avons très vite eu plusieurs projets en même temps portés par un.e porteur(se) de projet différent, sans obligation aucune que tous y soient inclus, ce qui a créé du mouvement, mais aussi un mouvement vers la sortie… et parfois une difficulté à nous identifier.

Quels sont vos objectifs ?

Je crois que nous voulions ça, un théâtre en mouvement, une liberté de jeu, expérimenter les places

Comment se prend une décision ?

C’est là où réside notre contradiction, le peu de décisions prises en commun sont d’ordre administratives, ou logistiques…au niveau artistique de plus en plus chacun défend son projet et s’il a les arguments et les moyens de production, on ne discute pas ; ce n’était pas forcément le cas au début mais on a tendu vers ça au fur et à mesure que s’affirmaient les individualités et les choix individuels de faire de la mise en scène. Ainsi on se retrouve maintenant souvent avec plusieurs projets produits par le collectif mais avec des économies et une visibilité très différentes. On peut donc aussi se faire de la concurrence à nous-mêmes, ça peut créer des tensions et des incompréhensions….

Quelle est la vie organique du groupe ? Qui entre, qui sort ? (comment se vit la fidélité)

A partir du moment où le collectif est devenu un collectif de metteurs en scène (plus que d’acteurs) et que chacun est dans une logique de distribution, il arrive de plus en plus souvent à tous de travailler en dehors du collectif ; se pose bien sûr la question du désir, et de la fidélité …disons que nous sommes absolument volages mais que nos amitiés peuvent être fidèles…

Quelle est la durée de vie de cette association ?

25 ans c’est déjà formidable, je crois que personne n’est resté sur le bord de la route, chacun s’est affirmé dans ses choix, le collectif nous a rendus plus fort, nous en explorons encore les limites…

Quelle appellation/signature ? collectif, bande, groupe, troupe, ensemble…

Théâtre des Lucioles, collectif d’acteurs

 

Quelles sont vos influences (théâtrales et non théâtrales ?)

Nous avons rencontré des maîtres à l’école qui nous ont inspiré, des metteurs en scène (Régy, Langhoff, Gabily, Colin) des auteurs et autrices ont marqué nos premiers spectacles (Fassbinder, Copi, Noren, Leslie Kaplan)

Constatez-vous un retour du leader ?

La question du rapport au pouvoir est une question qui finit toujours par se poser au sein d’un collectif, sans parler des pressions de l’extérieur pour en effet identifier clairement un (ou plusieurs) « chef » pour nommer, se référer etc… 

Quand on est soi-même plutôt méfiant par rapport aux prises de pouvoir « l’imbécillité essentielle de l’exercice du pouvoir » disait Duras, il est important de se mettre en capacité de ne pas subir ; pour ma part je suis très partagée sur cette place dominante qu’a prise le « metteur en scène » dans le paysage, et ça n’a pas toujours été le cas d’ailleurs… Je pense que l’acteur agissant est responsable de ce qu’il fait et bien souvent au centre du processus de création mais ce n’est guère mis en avant.

Y-a-t-il une dimension politique à votre démarche collective, un projet politique à affirmer et défendre ?

Ce n’est pas ce qu’on remarque de premier abord, le projet politique, mais le choix des auteurs, autrices, artistes qui nous ont accompagnés raconte quelque chose de notre histoire. Le prisme du politique n’est pas le plus pertinent je pense pour définir notre collectif, parce que notre fonctionnement a toujours été très empirique, ce qui ne veut pas dire que nous n’ayons pas été à des moments très impliqués dans la cité, et auprès de populations très différentes (dans les quartiers, dans les prisons etc…)

Y-a-t-il une menace à travailler ensemble ?

La menace étymologiquement vient d’en haut, de ce qui fait saillie, comme une épée de Damoclès, le danger viendrait plus de l’intérieur, le danger serait de ne plus avoir de désir, il faut donc travailler à le renouveler sans cesse…

 

 

Pierre Maillet

Qu’est-ce que vous faites ensemble ? comment vous êtes-vous trouvés ?

Après l’École du TNB qui n’existait pas avant notre arrivée en 91, la question ne s’est pas posée elle était évidente. Après 3 ans passés ensemble, on ne voulait pas se quitter. Non pas d’un point de vue romantique ou communautaire, mais parce qu’ensemble on savait que quel que soit notre geste artistique il serait plus fort, plus atypique et plus puissant. Même si justement en créant les Lucioles en 94, nous n’avions pas de projet artistique clair à part celui de construire ensemble. La grande particularité de notre rencontre tient bien sûr du hasard puisqu’on ne s’est pas choisis, mais la grande réussite de Christian Colin (notre directeur d’études) dans le choix des élèves a été tout de suite de défendre l’idée qu’un groupe ne pouvait être constitué que d’individualités fortes. Nos différences étaient grandes tant au niveau des âges (les plus grands avaient 28 ans et les plus jeunes 18) que des expériences vécues par chacun. Nous n’avons jamais été considérés comme des élèves mais plutôt comme une troupe d’acteurs réunis pour 3 ans dans un grand théâtre où il fallait tout inventer et construire : une école, sa place dans un théâtre et bien sûr développer nos univers artistiques. Dès le début la notion de simple interprète a été non seulement évacuée mais presque bannie. Du coup en sortant nous étions plus des chiens fous que des acteurs en attente que quelque chose arrive. Nous avons choisi l’indépendance et la liberté sans pour autant vivre en vase clos.

Que refusez-vous ? qu’affirmez-vous ?

Justement je dirais que l’histoire des Lucioles s’est écrite à partir de ce que nous ne voulions pas. A savoir un metteur en scène extérieur qui mettrait en scène le « groupe » type Comédie Française. Ou une troupe avec un chef : à notre époque il n’y avait que ça : Stanislas Nordey, Didier-Georges Gabily, François Tanguy, bien sûr Ariane Mnouchkine… des bandes mais une seule vision artistique spectacle après spectacle. Paradoxalement nous ne croyions pas non plus à la mise en scène collective. Nous ne voulions surtout pas « fermer » le groupe : si nous travaillions ensemble de manière exclusive on se serait séparés au bout d’un ou deux ans (ce dont tout le monde était persuadé à part nous). Bref, encore une fois 25 ans plus tard je pense que de manière empirique, spectacle après spectacle, nous avons défendu et continuons d’affirmer que la confiance du groupe dans la construction individuelle de chacun lui donne une liberté qu’il n’aurait pas tout seul. C’est en tout cas mon cas. Si je dirigeais une compagnie à mon nom, je serais face à des contraintes dont le fonctionnement des Lucioles me libère. Nous sommes tous acteurs, et c’est ça qui nous met tous au même niveau ; mais pour ce qui est de la mise en scène ça me permet de mettre la nécessité au centre. Si je ne suis pas convaincu d’embarquer qui que ce soit dans une création, et bien je n’en fais pas. Je ne suis pas contraint d’en faire une chaque année pour assurer la vie de l’association. Marcial, Élise, Fred, Laurent Javaloyes et moi avons tout de suite été tentés par la mise en scène, les 15 premières années étaient surtout des créations venant de nous quatre, puis Mélanie Leray en a eu envie ; quant à David, Philippe et Valérie ils ont mené leurs premiers projets passé leurs 40 ans. Les Lucioles sont un cadre, un foyer, une « maison » qui permet tout ça. Être à l’écoute de ses propres nécessités, et pouvoir les concrétiser quand c’est le bon moment.

Quels sont vos objectifs ?

Que ça continue.

Comment travaillez-vous ?

Il n’y a pas de « méthode Lucioles ». Chacun invente et/ou développe son chemin. Contrairement à ce que nomme Valérie, je ne dirais pas que nous sommes passés du « collectif d’acteurs » à un « collectif de metteurs en scène ». Je dirais plutôt que rétrospectivement, et toujours aujourd’hui nous sommes un « collectif d’artistes ». C’est un terme un peu pompeux mais plus ouvert et plus juste. Si nous faisons des spectacles de façon pyramidale (metteur en scène, auteur, acteurs, etc…), il y a beaucoup de projets qui sont nés (et qui naissent toujours) de façon différente. Dont la fabrication même définit la particularité de la création, à savoir de très forts désirs d’acteurs qui essaient d’inventer une circulation dans le travail qui se passe de « regard extérieur ». Pour exemples « Copi un portrait » signé par Marcial, Élise et moi ; la longue et belle histoire qui unit Fred, Élise et l’auteur Leslie Kaplan avec pas moins de 4 spectacles à leur actif ; David Jeanne-Comello et le musicien Stéphane Fromentin pour jouer « Le discours aux animaux » de Novarina ; Valérie Schwarcz et Nathalie Pivain pour « Le reflet cannibale » de Nelly Arcan ; la prochaine création de Philippe Marteau sur Édouard Louis et récemment en ce qui me concerne « One Night With Holly Woodlawn » un cabaret réunissant sur le plateau 2 musiciens, 1 acteur/musicien et 1 régisseur général… Nous avons aussi beaucoup mis en scène en duos : personnellement avec Laurent Javaloyes et Mélanie Leray, Élise Vigier avec Marcial Di Fonzo Bo… Ce qui est sûr, c’est que quelles que soient les formes (et même celles apparemment plus classiques dans leur fabrication) elles mettent toujours l’acteur au centre. Qu’il se laisse regarder ou qu’il force le regard, c’est toujours de lui dont il est question. Et le plaisir de jouer. Le plaisir c’est important. Pour moi il est signe de générosité, d’empathie et tout simplement de vie. Là-dessus je pense qu’on est tous d’accord.

Comment se prend une décision ?

« Il faut qu’on se voie, qu’on en parle et qu’on décide ». Souvenir d’une phrase que j’ai dite un jour un peu tendu à Élise, et du fou rire commun qui s’en est suivi… Ceci dit ce n’est pas tout à fait faux.

Quelle est la vie organique du groupe ? Qui entre, qui sort ? (comment se vit la fidélité)

La question de la fidélité à l’intérieur des Lucioles est proche de celle qu’on peut ressentir en famille. Le fait de rester ensemble, même si on travaille moins « tous ensemble » que les premières années, en dit suffisamment long sur l’attention portée à chacun, mais c’est une attention pudique. Respectueuse. Une chose tacite entre nous dont on ne parle jamais ouvertement, peut-être à tort d’ailleurs. Car il y a certainement, comme le dit Valérie des frustrations d’en être ou pas, mais ce n’est jamais clairement dit. En tout cas en réunion. Ce qui est indéfectible par contre c’est l’encouragement commun à « faire » coûte que coûte. Que tout le monde ait du travail, et puisse en vivre…  Quant à ceux qui y entrent, disons que le cercle s’est considérablement agrandi depuis 25 ans, au gré de nos différentes rencontres « en dehors » : acteurs, auteurs, musiciens et surtout techniciens : créateurs à part entière et avec qui pour le coup une grande fidélité s’est écrite au fil des années. Le noyau dur d’origine lui, n’a jamais vraiment bougé. Deux seules personnes en sont sorties : Marcial Di Fonzo Bo parce qu’il a pris la direction de la Comédie de Caen mais son lien avec la compagnie n’a jamais été rompu. Bien au contraire, c’est même une évidente continuité avec certains d’entre nous. Quant à Mélanie Leray, malgré plusieurs projets personnels dans le cadre des Lucioles elle a eu besoin de s’affranchir du groupe pour faire ses créations, donc elle est volontairement partie créer sa propre compagnie.

Quelle est la durée de vie de cette association ?

Vingt-cinq ans donc.

Quelle appellation/signature ? collectif, bande, groupe, troupe, ensemble…

« Le Théâtre des Lucioles » est récemment devenu « Les Lucioles ». On s’est dit que c’était mieux parce que nous sommes des individus, pas une institution. Et puis on s’est fait piquer l’appellation « Théâtre des Lucioles » par une salle du Festival Off en Avignon.

Quelles sont vos influences (théâtrales et non théâtrales ?)

De manière générale nos influences ne sont pas directement liées au théâtre en soi. Nous avons beaucoup fait d’adaptations : romans, films. Beaucoup de montages. La musique tient aussi très souvent une place importante… Certains auteurs sont assez récurrents (Fassbinder pour moi, Copi pour Marcial, Leslie Kaplan, Peter Handke, Rafael Spregelburd, Lars Noren…) Quand un auteur nous plaît, on ne le lâche pas facilement, on fait un vrai chemin avec. Les années 70 reviennent souvent aussi. Peut-être parce que nous y avons grandi, et que le dialogue entre les auteurs de cette époque et notre actualité nous semble toujours pertinente. D’un point de vue politique, sur la question de la liberté, la considération des marges, la gestion des utopies…

Constatez-vous un retour du leader ?

Pourquoi un retour ? Ils ne sont jamais partis. Comme je le disais plus haut, même les bandes les plus communautaires en ont un ou une… C’est comme ça. Se réunir autour d’une forte figure artistique n’est d’ailleurs pas forcément un mal, c’est un choix. Le plus bel exemple pour moi restera Fassbinder. Qui aurait envie de lui reprocher aujourd’hui d’avoir été un leader ? C’est en politique que les leaders sont dangereux, pas dans l’art. Maintenant pour en revenir aux Lucioles, notre fonctionnement est tel que cette question ne se pose pas. Nous sommes les leaders de nos créations, pas du groupe.

Y-a-t-il une dimension politique à votre démarche collective, un projet politique à affirmer et défendre ?

« Je ne suis pas pour le fait de faire des films politiques en brandissant un drapeau rouge, et je ne trouve pas que les films de Godard soient politiques, parce qu’ils n’ont, je ne sais pas, aucun effet, ils n’ont aucune répercussion, parce qu’ils n’atteignent que très peu de gens, parce que la manière dont ils sont faits les rend inaccessibles au plus grand nombre. Et je trouve qu’il faut faire des films politiques qui soient accessibles au grand public sinon, ils n’ont aucun sens, et sont politiques au mauvais sens du terme. » C’est Fassbinder qui le dit et je me (nous) reconnais bien là-dedans.

Y-a-t-il une menace à travailler ensemble ?

Pour moi c’est l’inverse absolu. Être ensemble nous protège au contraire de toute menace éventuelle. C’est un rempart solide. Et de toute manière, je pense qu’il n’y a pas de menace possible à l’intérieur d’un geste artistique quel qu’il soit. Pour moi elle viendra toujours d’ailleurs, jamais du dedans.

 

 

Elise Vigier

Que refusez-vous ? qu’affirmez-vous ?

On « s’est fait ensemble », on a fait l’école ensemble, et on a commencé notre vie de théâtre ensemble.  Au début on a « Tout » fait ensemble : créé des spectacles, pensé comment vivre, comment avoir une force et une liberté dans ce métier, donc on s’est organisé …

Nous avons décidé d’être un collectif d’acteurs, et pas de metteurs en scène. C’était une décision très importante car au moment où nous l’avons créé c’était justement l’ère des metteurs en scènes, des maitres.

Et nous, nous n’avions pas envie d’avoir de maitres, nous n’avions pas envie de dépendre du choix des maitres, nous avions envie de jouer, envie de travailler, et envie de travailler ensemble.

Je crois que pour nous c’était une façon très forte de dire et d’affirmer ni Dieu ni maitre en essayant d’inventer un groupe et une manière de faire du théâtre où le pouvoir (ou la question du pouvoir) serait organisé autrement.

L’idée première était de se dire que les acteurs étaient actifs, désirants et pas uniquement choisis ou élus, désirés ou non désirés par les metteurs en scènes. L’idée était aussi de ne rien empêcher, d’accompagner et de favoriser tous les désirs, donc si quelqu’un ou quelqu’une d’entre nous avait le désir de mettre en scène un texte, de créer une forme, il le faisait, et d’ailleurs cela continue, il ou elle le fait ! Il n’y a aucune censure …l’idée première était de créer une autonomie.

Un groupe autonome. Un outil de production, même si au départ on ne l’a pas formulé comme ça.

Nous étions au départ tous acteurs actrices et justement l’idée était de ne pas dépendre du désir des autres pour au contraire pouvoir initier des projets. La seule contrainte que nous nous étions donnée était de monter des spectacles avec d’autres membres de collectifs, d’autres lucioles.

On s’est appelé Les Lucioles en référence au texte de Pasolini dans les écrits corsaires, où il dit que les lucioles sont en voie de disparition à cause des multinationales et de l’arrivée du néolibéralisme.  Donc dès la naissance du groupe nous savions que nous voulions préserver une liberté, une poésie, un mode de fonctionnement solidaire, et que nous avions envie de remettre en question le pouvoir en permanence. Je crois que l’on a créé un collectif qui nous permettait non seulement de monter des textes insolents (dans le sens profond du terme), des auteurs non consensuels comme Fassbinder, Copi, pour n’en citer que deux, et de fabriquer un mode de résistance contre la machine à broyer du marché du spectacle (et du monde !).

Monter des textes contemporains, et surtout rester un groupe hétérogène où on ne se ressemble pas, où on ne pense pas tous pareil, essayer de garder et de travailler les différences.

Essayer aussi qu’il n’y ait pas un leader … un Chef … mais Des leaders … Des porteurs de projets. Que cela tourne… qu’il y ait un mouvement constant. Jamais quelque chose de fixe.

Nous avons créé les Lucioles en 94, nous sommes en 2019, et maintenant les choses ont bougé, évolué selon la vie intime et artistique de chacun.

Le premier texte que le collectif a monté c’était « Preparadise sorry now » de Fassbinder mis en scène par Pierre Maillet, qui nous a marqué car Fassbinder était aussi en bande.  Le deuxième spectacle était de Laurent Javaloyes. Il avait écrit une fiction à partir de chacun de nous qui s’appelait « Comme ça » ….

Et dès le début des Lucioles, on s’est donné la possibilité d’inviter des metteurs en scènes extérieurs, d’aller travailler ailleurs… Marcial, Fred et Philippe travaillait sur « Richard III » avec Langhoff à la création des Lucioles…

Quelle est la vie organique du groupe ? Qui entre, qui sort ? Quelle est la durée de vie de cette association ? Quelle appellation/signature ? collectif, bande, groupe, troupe, ensemble…

Pour nous, il a toujours été question de préserver le mouvement, donc on entre et on sort comme on veut !

On a toujours voulu être un groupe ouvert, en invitant des acteurs, actrices, musiciens, vidéastes…à travailler avec nous suivant les spectacles. On dit en rigolant : « il a y a les amis et les amants des Lucioles ! » Car on fait des spectacles avec les gens que l’on aime (c’est Vitez qui le dit ! et il a raison)

On a toujours fonctionné de manière empirique, donc on ne fait pas de grandes discussions ou de votes pour choisir un projet. C’est le porteur ou la porteuse de projet qui le propose, et qui met en place tout le travail de recherche de financement. Avec Odile Massart notre administratrice pilier de ce mouvement permanent. En collaboration avec Coralie Barthélémy chargée de production et de diffusion pendant une longue période, et aujourd’hui avec Emmanuelle Ossena…

C’est important de dire que nous avons une règle financière très égalitaire. On finance avec les subventions de la Cie les grands plateaux à une certaine hauteur, les petits plateaux à une autre, et ensuite le metteur ou la metteure en scène cherche les financements pour que les projets se créent. L’argent du collectif est toujours partagé de la manière la plus égalitaire possible. Ce qui fait même qu’au final, les projets qui tournent beaucoup et qui ont une grande visibilité permettent de financer les projets plus petits, ou qui sont peu visibles.

Nous avons produit par exemple la première mise en scène de Bruno Geslin, ami des Lucioles qui nous a proposé son projet sur Pierre Molinier « Mes jambes si vous saviez quelle fumée ». Ce spectacle une fois créé a connu une très belle vie et un grand succès mais au départ il était quasi inmontable…

Les Lucioles c’est aussi ça : un outil de production fort et concret.

Puis au fur et à mesure de la vie, les choix artistiques se sont dessinés et affirmés, des directions se sont prises, des univers particuliers, des choix d’écritures, des metteurs en scènes sont apparus …

Des sous-groupes, des duos, qui selon qu’ils mettent en scène seuls ou à deux travaillent différemment :

Pierre Maillet, Laurent Javaloyes, Mélanie Leray

Marcial Di Fonzo Bo et moi. Avec Pierre aussi

Moi et Frédérique Loliée notamment sur le travail avec l’auteur Leslie Kaplan

Nous avons toujours été très clairs sur la signature de la mise en scène. Pas de signature collective. Mais parfois, et d’ailleurs assez souvent des signatures en duo.

Nous avons toujours eu, et nous l’avons encore, un réel plaisir à rentrer dans l’univers de l’autre, à le découvrir, à s’y fondre.

Je dis : « nous avons eu » car après vingt ans de vie commune, évidemment les choses se sont transformées. Nous travaillons moins tous ensemble. D’autres familles d’acteurs, actrices nous ont rejoints et les univers de chacun se sont affirmés.

Quelles sont vos influences (théâtrales et non théâtrales ?)

Nous avons été, et sommes encore très influencés par le cinéma : Fassbinder, Buñuel, Cassavetes… Les écritures contemporaines : Copi, Spregelburg, Crimp, Kaplan, Baldwin …

Constatez-vous un retour du leader ?

Nous avons toujours lutté pour qu’il n’y ait pas de leader, mais il est évident que la société et le milieu du spectacle aime les leaders et la désignation d’un chef.

On ne peut bien sûr pas nier que des gens sont plus moteurs que d’autres, qu’il y a des « metteurs en scènes », donc des gens qui travaillent cet art-là, l’art de la mise en scène. Alors que d’autres n’en ont pas envie et préfèrent être ce qu’ils sont à la base : « acteurs ».

On ne peut pas nier non plus qu’il y a parfois des fatigues, parfois des lassitudes, parfois des difficultés, des blocages mais je crois que nous savons tous maintenant que nous ne nous voulons que du bien. Que les Lucioles permettent d’avoir un espace, une respiration, un outil de production, une liberté et donc une force.

Y-a-t-il une dimension politique à votre démarche collective, un projet politique à affirmer et défendre ?

Je crois que toute mes réponses répondent à cette question, OUI c’est politique, c’est une forme de coopérative, une forme de système autonome, une affirmation que le théâtre est un art du groupe, que le groupe de théâtre que nous sommes est une mini-société et que cette société (cette organisation sociétale) doit accompagner, pas piétiner.

C’est une forme de résistance

Y-a-t-il une menace à travailler ensemble ?

On est passé par plein de phases, il y a eu l’enthousiasme, le désir, le foisonnement, le plaisir des questions et des remises en cause…

Puis certainement des phases de « menace »… Je ne sais pas si c’est le mot exact, mais c’est sûr que celui ou celle qui portait le projet et mettait en scène pouvait éprouver un danger ou un ras le bol car il (ou elle) était trop remis en cause, trop bousculé par des contradictions ou des contestations

Maintenant je crois qu’il n’y aurait plus de menaces mais nous n’avons plus forcément le désir de travailler tous ensemble. Nous avons plutôt choisi de travailler à quelques-uns, et avec des gens extérieurs. Cela suit le mouvement de la vie, d’aller vers d’autres rencontres.

Forcément le choix « des Lucioles » est un projet politique, un projet de vie : les lucioles sont éphémères, lumineuses, en mouvement constant, et elles sont en voie de disparition (comme le dit Pasolini). C’est un choix et un acte à recommencer chaque jour que d’essayer de préserver cet « état de lucioles ».  C’est fragile, et c’est déjà une écriture finalement.

Voici une phrase d’Hemingway que James Baldwin cite dans ses notes autobiographiques. Je trouve qu’elle va bien aux Lucioles, à notre travail d’acteurs et de metteurs en scène…

Je la laisse en anglais car j’ai peur de mal la traduire, je vous laisse le faire si elle vous semble intéressante : « The great thing is to last and get your work done and see and hear and learn and understand ; and write when there is something that you know ; and not before ; and not too damned much after » (Death in the afternoon –Hemingway  )

 

Frédérique Loliée

Qu’est-ce que vous faites ensemble ?

On fête nos 20 ans, nos 30, nos 40 et arrivent les anniversaires des 50 ! On se voit grandir humainement et théâtralement. On aime bien boire des coups, monter des projets qui ne se ressemblent pas, creuser des endroits qu’on ne connait pas, penser le monde par questions, observer les tentatives de démocratie chez les autres et « chez nous »

Comment vous êtes-vous trouvés ?

On nous a assemblés ! A l’Ecole du TNB à Rennes, c’était la 1ère première promotion d’une école qu’ils inventaient, liée au théâtre dont Emmanuel de Véricourt venait de prendre la direction. Maintenant il y en a plein, mais à l’époque ce n’était pas courant, il y avait le Conservatoire à Paris, Strasbourg, Blanche… Dans le jury il y avait Alain Neddam, Sylvie Mongin Algan, Christiane Cohendy, Benoit Régent, Marc Liebens… et Christian Colin et Claire-Ingrid Cottanceau et de Véricourt. Ils avaient la volonté de former un groupe de citoyens/acteurs composé de gens différents, hétérogènes, qui pourraient s’assembler. On était différents, de cultures, d’âges, de parcours. Ca créait une énergie assez violente, brute, mouvante, et l’opposition ou les divergences produisaient des choses… des lumières… Du coup, en cours de troisième année, on a décidé de maintenir ce collectif d’acteurs, et on a commencé à inventer un mode de fonctionnement.

Que refusez-vous ?

Le pessimisme

Qu’affirmez-vous ?

La joie, même désespérée, les chemins de traverse et toutes les possibilités de pouvoir penser autrement.

Quels sont vos objectifs ?

Créer des objets ludiques, drôles et dérangeants qui font penser autrement justement.

Créer des groupes de travail en fonction du projet, qui confrontent des arts et des techniques différentes,  et qui vont questionner des types de narration nouvelles et comment « être ensemble »

Comment travaillez-vous ?

On s’appuie sur l’expérience des projets précédents, ce qu’on a appris, ce qu’on a envie de poursuivre, de modifier… On s’appuie sur son expérience et celle de l’autre

Comment se prend une décision ?

On accepte tous les projets en fait. Parce qu’il n’y a personne qui a plus de pouvoir que l’autre dans la prise décisionnaire. Chacun peut monter son projet, les Lucioles assurent une base de la production et la recherche de subvention mais chaque porteur de projet doit trouver sa coproduction. Un projet Lucioles doit avoir au moins 2 lucioles. La part de production s’établit en fonction du budget du projet. Comme il y a plus d’un projet par saison, on décide aussi comment on se répartit les théâtres auxquels on s’adresse.

Quelle est la vie organique du groupe ? Qui entre, qui sort ? (comment se vit la fidélité)

La vie organique du groupe c’est le souffle, l’air… ça entre et ça sort tout le temps, et ça ramène de l’oxygène et des vents nouveaux. On travaille tous ailleurs et avec. Avec toujours des divergences et des affinités ! C’est un peu la vie qui décide de la vie organique du groupe… certains se voient beaucoup, d’autres moins, un est parti parce que le groupe lui pesait, un parce qu’il allait diriger un théâtre… On se retrouve 2 fois par an au moins en réunion avec Odile, l’administratrice qui fait le lien de tout. La fidélité chez les Lucioles est très exigeante et j’aime beaucoup penser qu’aimer quelqu’un c’est être exigeant avec lui, percevoir ce qu’il peut, là où il pourrait aller, être… le tenter ! Moi je suis plutôt papillon en esprit, j’aime bien voleter, butiner… et j’ai appris avec les lucioles la grande valeur de la durée. On a demandé à Giacometti pourquoi ses dessins étaient composés d’autant de traits de crayons, et il a répondu (de mémoire) « parce que je regarde mon modèle tous les jours et il est tous les jours différent, je n’arrive pas à le fixer dans un seul trait ». Etre et travailler avec des gens depuis 25 ans c’est voir les gens toujours dans un possible, s’étonner de leur(s) possible(s), tenter toujours de ne pas écraser la différence mais qu’elle agisse comme un rebond. La fidélité c’est l’inverse de la stagnation, c’est stimuler l’autre, faire des essais ensemble, des chemins. C’est voir le temps se déposer sur les visages, les corps. C’est être exigeant avec la mémoire. C’est des rapports de force. C’est délicat et violent. Moi je vois la fidélité des Lucioles comme ça. Et ça a à voir avec le théâtre, avec la représentation des hommes entre eux.

Quelle est la durée de vie de cette association ?

Tant qu’il y aura du désir, tant qu’on en créera aussi. Moi je suis admirative de gens comme Claude Degliame, Rabeux, Evelyne Didi qui restent dans l’étonnement, le désir, la folie des aventures. Je ne sais pas s’il existe des collectifs d’acteurs de 70 ans… ?! mais ce serait drôle…

Quelle appellation/signature ? collectif, bande, groupe, troupe, ensemble…

Collectif ou groupe

Quelles sont vos influences (théâtrales et non théâtrales ?)

Les groupes, les années 70, Fassbinder et tous ses acteurs, Cassavetes et tous ses acteurs, Bergman et tous ses acteurs, Dromesko, le théâtre du Radeau, Copi, Pasolini, les fous, les associations libres, les inventions, la Factory, ce qui est en marge. En ce qui me concerne beaucoup la peinture, la photo… tout ce qui a trait au point de vue, d’où on regarde.

Constatez-vous un retour du leader ?

Il y a des leaders et il y a aussi la recherche du leader de la part des institutions, du nom, du metteur en scène. Et dans les dossiers, les programmes, il y a des cases et il faut mettre des noms. Au début, et on le voit chez tous les collectifs, il y a le nom du collectif et très très vite les noms se mettent dans les cases. Institution, presse…. on se laisse influencer, on laisse passer…  

Au départ, nous on savait la force du groupe, et on mettait la création de l’acteur au même niveau que celle du metteur en scène. Il était un être pensant, actif, créateur, on haïssait l’idée de l’acteur-interprète qui fait ce qu’on lui dit de faire. Faire un spectacle c’était arroser de la terre avec une écriture, la vision d’un acteur et la vision d’un metteur en scène, et la plante qui poussait avait la forme de cette rencontre (cf Vitez). Ca, je pense qu’on est d’accord là-dessus. Alors, bien sûr parmi nous il y avait des gens qui avaient plus une énergie de meneur que d’autres, des forces de propositions qui des fois pouvaient étouffer d’ailleurs, mais on arrivait toujours à rebondir. Des fois en s’éloignant un temps ! Mais concrètement dans les Lucioles, il y avait le soin de laisser l’autre monter son projet, donc lui laisser l’espace de sa recherche artistique, intervenir en respectant sa recherche. Donc il était normal qu’il signe la mise en scène pour affirmer son geste. Il était leader de son projet, pas du collectif. Et puis petit à petit, monter un projet, chercher des subventions, des coproductions, monter une équipe… c’était le porteur du projet qui le faisait, et de moins en moins le groupe, du coup cette force de travail a été prise en compte. Avec le temps aussi les choix et les directives artistiques se sont affirmées chez chacun, les liens particuliers avec des lieux… et donc les Lucioles c’est 6 leadeuses qui éclairent des bouts de nuit, chacun à sa manière, et qui ont une maison où elles viennent parler de leur expérience de la nuit, se donner des conseils, s’entraider, chercher des issues, et elles repartent à l’aventure, dans la nuit.

Y-a-t-il une dimension politique à votre démarche collective, un projet politique à affirmer et défendre ?

La politique c’est : comment vivre ensemble. Donc oui la démarche collective est politique.

Elle résiste. A la politique qui pense pour d’autres et impose. Aux systèmes fermés, unilatéraux.

Il me semble que dans les Lucioles on a toujours cherché tout ce qui est ouvert, en mouvement et peut produire des effets enthousiastes, vivants. En jouant avec l’économique, la technique et l’artistique. C’est archi politique de rêver et faire rêver… de I have a dream à Yes we can… alors eux c’est des leaders ! ce que serait un grand politique : un visionnaire et qui travaille des perspectives dans le temps, au-delà de lui. Et qui soulève.

Le problème du politique c’est qu’il réagit à des effets, de mode, de presse, c’est sinistre. C’est résoudre des problèmes. Mais en fait le chemin est beaucoup plus intéressant que la solution (qui n’en est pas une en plus !). Le fameux « intérêt pour le déroulement et non pour le dénouement » de Brecht. Il y a toujours une force propositionnelle du « bas » à écouter parce qu’elle est souvent inventive, inédite. Drôle aussi.

En 68, les gens parlaient du dimanche de la vie, ils avaient l’impression de pouvoir toucher leur vie, prendre position, acter.

Quand on conduit on oublie qu’on est dans un espace commun, on est dans sa bagnole et on oublie que la route n’est pas à nous! Je ne sais pas… peut-être les Lucioles c’est être un à plusieurs.

Y-a-t-il une menace à travailler ensemble ?

Travailler ensemble est et reste un ilot de résistance.

 

 

Auteur : Sylvie Martin-Lahmani

Professeure associée à la Sorbonne Nouvelle, Sylvie Martin-Lahmani s’intéresse à toutes les formes scéniques contemporaines. Particulièrement attentive aux formes d’arts dits mineurs (marionnette, cirque, rue), intéressée par les artistes qui ont « le souci du monde », elle est codirectrice de publication de la revue Alternatives théâtrales depuis janvier 2016

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March 31, 2020 12:25 PM
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« Notre Grande Evasion » au Théâtre de la Comédie de Valence : récit du nouveau directeur, le metteur en scène et scénographe Marc Lainé.

« Notre Grande Evasion » au Théâtre de la Comédie de Valence : récit du nouveau directeur, le metteur en scène et scénographe Marc Lainé. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello,  28 mars 2020



« Notre Grande Evasion » au Théâtre de la Comédie de Valence – Centre dramatique national Drôme-Ardèche. Récit de son tout nouveau directeur depuis janvier 2020, le metteur en scène et scénographe Marc Lainé, artiste talentueux tenu d’apprendre en vitesse accélérée son métier de capitaine de vaisseau.

 

« Distanciation sociale » oblige, la crise sanitaire travaille à l’invention de créations artistiques inédites en ligne sur les comptes Facebook et Instragram de la Comédie, tels sont les gestes de résistance de son Nouvel Ensemble artistique.

 Les débuts ont été difficiles pour l’artiste transdisciplinaire très impliqué Marc Lainé, pilote de la Comédie de Valence, sollicité sur tous les fronts, non seulement depuis la crise sanitaire du 13 mars dernier, mais auparavant encore, par les travaux initiés par ses prédécesseurs et pleinement engagés sur le site du théâtre depuis janvier 2020.

La situation est déjà complexe puisque la saison s’organise de fait hors-les-murs, exigeant de se mettre en contact avec les partenaires de la région pour aménager des espaces qui puissent accueillir la saison théâtrale. En outre, depuis le confinement, les travaux se sont interrompus, de même que beaucoup de dossiers ont été arrêtés.

Dessins : Stephan Zimmerli.



Heureusement, raconte Marc Lainé qui tient la barre au plus fort de la tempête, l’équipe de la Comédie de Valence est à la fois professionnelle et enthousiaste, favorable aux nouveaux projets, joyeuse et pleine d’humour, répondant d’emblée aux propositions.

Le metteur en scène – secondé par la directrice-ajointe Claire Roussarie – connaissait déjà l’équipe pour avoir travaillé les saisons passées à la Comédie de Valence : tous absorbent les chocs successifs et se confrontent à la situation nouvelle, au jour le jour.

Les méthodes sont à réinventer, au-delà du théâtre car ni le télétravail ni la visioconférence ne font bon ménage avec cet art scénique, des moyens qui sont plutôt antinomiques au théâtre qui rassemble les gens ici et maintenant, en créant du lien.

 Mais les choses avancent : il a fallu parer au plus pressé, et rémunérer ainsi toutes les équipes auprès desquelles le théâtre s’était engagé. Au moment de se quitter, après l’urgence des premières initiatives, s’est imposée au chef de la Comédie une intuition :

celle de maintenir une activité de création pendant ces temps d’exception et fédérer l’équipe du théâtre autour d’un projet créatif, la raison d’être de toutes ces Maisons.

« Ce lieu artistique de créations transdisciplinaires doit rester au service du théâtre, en croisant tous les champs disciplinaires – la littérature, la musique, le cinéma et les arts plastiques », précise Marc Lainé. Le message est envoyé, le partage sur les réseaux sociaux est aussitôt réactif, ouvert aux créations sur le Facebook de la Comédie.

La proposition consiste à donner la possibilité aux artistes de pouvoir s’exprimer, sans obligation, en maintenant un lien avec le public. D’où la naissance du projet : « Notre Grande Evasion », c’est-à-dire une invitation aux spectateurs, « à l’arrêt », à s’évader à travers des projets contextuels qui s’improvisent et dont certains sont participatifs.

Soit la marque même de l‘ADN du projet pour la Comédie de Valence, en phase avec les missions d’éducation artistique et culturelle, au plus près des amateurs et du public.

Soit la traduction encore des actions menées et des gestes entamés qui iront jusqu’à l’aboutissement artistique et la création de véritables œuvres d’art. Ces projets participatifs annoncés sont de facto anticipés sur la programmation à venir.

Une première occasion de rencontrer les artistes qui vont travailler à la Comédie.

En deux jours, les projets participatifs d’écriture ont obtenu une soixantaine de réponses, les participants sont divers – artistes, techniciens du théâtre, et spectateurs.

L’enjeu artistique tient ses exigences : on peut être deux heures au téléphone ou par mail avec chacun des participants. Pour un atelier d’écriture, sans la présence des corps, ce qui implique davantage de précaution dans la fluidité des échanges.

Notre Grande Evasion : « L’Echappée intérieure », « Carnet d’un voyage immobile », « Je suis dedans. Etre ce qui est à l’intérieur du trait. »

Les propositions s’inventent au fil du temps, et trois premiers projets participatifs  se dessinent : le premier est L’Echappée intérieure, un projet littéraire et participatif de Marc Lainé et Tünde Deak, soit une chaîne narrative littéraire nouée avec le public.

Le metteur en scène a initié la chaîne, demandant chaque jour « à qui le veut bien » de poursuivre le chapitre d’un voyage mental et imaginaire. Le spectateur inscrit ajoute une étape à ce périple intérieur, écrivant sous deux contraintes, la reprise initiale de la dernière phrase du texte qui précède, l’utilisation du « tu » de la deuxième personne.

L’exigence revient à « se recentrer sur l’acte d’écrire, se reporter sur cet acte réflexif et introspectif » qui s’oppose à la saturation actuelle des propositions visuelles où chacun se met en scène. Artiste transdisciplinaire,  Marc Lainé est attentif au décalage littéraire de l’écriture et la fiction – le texte et la fable -, matrice qui génère  la transdisciplinarité.

 Le deuxième projet s’intitule « Carnet d’un voyage immobile », un projet de Stephan Zimmerli, architecte et scénographe, dessinateur et musicien, complice de longue date de Marc Lainé. Il pose la question : «  Si vous pouviez à l’instant précis vous téléporter dans un lieu idéal, réel ou imaginaire, à quoi ressemblerait-il ? » Par Skype, Stephan Zimmerli, guidé par les mots du participant, dessine en temps réel son paysage idéal.

L’expérience est émouvante car la première participante à ce projet était une artiste italienne, confinée à Milan depuis quelque temps déjà. Nulle démesure, mais seule, la profusion du geste, selon Marc Lainé ; de la pudeur, de la modestie, de la sensibilité.

Enfin, le troisième projet, « Je suis dedans. Etre ce qui est à l’intérieur du trait », revient à Silvia Costa, metteuse en scène et performeuse. Celle-ci propose aux participants de lui écrire pour témoigner de leurs bribes de pensées nocturnes – un carnet de nuit tenu au bord de l’endormissement.

Silvia Costa souhaite écouter les voix, sensations et pensées qui émergent en ce moment particulier, leur donnant quotidiennement une forme muette à travers ses dessins – une traduction en poèmes et en dessins. Vivant à Venise, elle avait entamé un projet sur d’autres thématiques pour la saison, celui-ci prendra ainsi une autre forme.

Adviennent aussi, au fur et à mesure, d’autres projets plus personnels, comme celui de Marie-Sophie Ferdane, une actrice fidèle aux créations de Marc Lainé, héroïne de son Hunter, et qui était en train de lire, quand la crise sanitaire s’est imposée, « J’ai oublié », le récit autobiographique de l’actrice Bulle Ogier, coécrit avec Anne Diatkine.

Ce livre qu’elle lit en ce moment témoigne, à sa façon, d’un monde qui ne reviendra pas, d’un passé culturel et artistique disparu : ses icônes s’en sont envolées. Et Marie-Sophie Ferdane met en résonance les mots de Bulle Ogier avec « notre » réalité, révolue aussi.

La vidéo, tout en retenue, donne à voir seuls, les toits parisiens et les rues de la ville, perçus depuis la fenêtre de la comédienne dont on entend la belle voix significative.

Une autre proposition plus politique se dessine encore, portée par un même élan d’enthousiasme solidaire, projet de l’auteure et comédienne Penda Diouf. Installée à Aubervilliers, elle lit des textes de penseurs – philosophiques, politiques et critiques -, qui font écho à la crise sociétale, des mots dont les ondes frappent cette actualité inouïe.

L’idée, note Le directeur de la Comédie de Valence, est de lancer des pistes, de tirer des fils et de voir l’évolution de ce mouvement d’enthousiasme et de solidarité. L’enjeu symbolique revient à travailler ensemble, faire chaîne, ce qui active d’autres curseurs.



Véronique Hotte

La Comédie de Valence Place Charles Huguenel 26000 Valence. Tél : 04 75 78 41 70.  FACEBOOK, TWITTER, LINKEDIN, EMAIL. 

Crédit photo : Pascale Cholette.

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March 31, 2020 6:20 AM
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le n° 21 du magazine Théâtre(s), printemps 2020, en téléchargement gratuit 

le n° 21 du magazine Théâtre(s), printemps 2020, en téléchargement gratuit  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Le groupe éditorial La Scène, qui publie notamment La Lettre du spectacle, a décidé pour la période de confinement, de mettre gratuitement en ligne TOUTES ses publications, et notamment le magazine trimestriel passionnant Théâtre(s) (156 pages d'enquêtes, d'entretiens, de portraits, de critiques de spectacles).

 

Lien de téléchargement du n°21 de Théâtre(s), printemps 2020

 

Dans le n°21 (printemps 2020) vous pourrez lire, entre autres :
- Un dossier sur l'engagement au théâtre (Krystian Lupa, Rébecca Chaillon, Le Birgit ensemble...)
- Un extrait de la pièce "Neuf mouvements pour une cavale" de Guillaume Cayet
- un reportage sur la création par Christophe Rauck de "La Faculté des rêves"
- un reportage en images sur "l'Heure bleue" de David Clavel avec Daniel Martin et Emmanuelle Devos, photos de Jean-Louis Fernandez
- un grand entretien avec Philippe Torreton
- Un entretien avec Yasmina Reza
- un portrait de Dimitri Jourde
- un souvenir du "Soulier de satin" par Didier Sandre
- un reportage sur les binômes de direction dans les centres dramatiques nationaux (Colmar, avec Emilie Capliez et Matthieu Cruciani, et Montpellier avec Nathalie Garraud et Olivier Saccomano)
- Des portraits d'Estelle Savasta, de Lisa Guez , d'Anne-Cécile Vandalem, de Sandy Ouvrier...
- une chronique d'Olivier Neveux
- les témoignages de trois artistes sur Claude Régy : Valérie Dreville, Alexandre Barry, Laurent Cazanave
- Un cahier de critiques des spectacles

 

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March 29, 2020 9:51 AM
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La Comédie de Valence réinvente une forme d'art participatif… à distance !

La Comédie de Valence réinvente une forme d'art participatif… à distance ! | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié dans L'impartial, 28 mars 2020

 

 

Alors que la Comédie de Valence a dû fermer ses portes à la mi-mars et ce jusqu’au 18 avril minimum, les équipes et les artistes du nouvel Ensemble artistique de la Comédie ont trouvé le moyen de garder le contact avec les spectateurs. Le centre dramatique national valentinois, lieu de création entend maintenir une activité artistique à partager via les réseaux sociaux. « Des gestes de résistance et de solidarité, qui pourront prendre de multiples formes et qui nous permettront d’affirmer la nécessité de partager l’art malgré tout » affirmait Marc Lainé, le nouveau directeur lors du lancement de cette « grande évasion ».

 

Pas de confinement à la créativité

Depuis le 18 mars, des créations artistiques inédites sont dévoilées sur la page Facebook de la Comédie. Parmi elles, un projet littéraire participatif, de type « cadavre exquis » qui a démarré le 23 mars par un texte de Marc Lainé. « Il s’agit de créer avec le public une chaîne narrative infinie. Chaque jour, nous invitons un spectateur à écrire une étape, un épisode du voyage imaginaire d’un double fictif. Ce voyage devra être ponctué de rencontres extraordinaires ou décalées et de découvertes de paysages inconnus que chacun aura à inventer et à décrire avec ses mots… »

 

Stephan Zimmerli, plus connu comme musicien (membre du groupe Moriarty) a quant à lui, lancé un projet graphique totalement participatif lui aussi. Ce dessinateur met son crayon au service de l’imaginaire, via Skype, sur la base d’une question simple : « Si vous pouviez à l’instant précis vous téléporter dans un lieu idéal, réel ou imaginaire, à quoi ressemblerait-il ? » Guidé par les mots du participant, Stephan Zimmerli dessine alors, en temps réel ce paysage idéal. Le dessin s’arrêtera quand le participant le reconnaîtra. Un « carnet de voyage immobile » que l’artiste livre ainsi chaque jour.

 

Vidéo de présentation 

 

Silvia Costa, elle, recueille les pensées du jour, les phrases qui passent, les mots qui reviennent pendant ce confinement, qu’elle transformera en dessin, et qui constitueront un carnet de la quarantaine. Vous pouvez envoyer vos pensées par mail à ssilviacostaa@gmail.com.

Des lectures et des escapades musicales sont aussi proposées régulièrement. De quoi s’occuper et se divertir l’esprit encore quelques semaines… Pour connaître toutes les modalités d’inscription aux différents projets artistiques, contactez la Comédie de Valence par mail : notregrandeevasion@comediedevalence.com

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