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Théâtre : Natalie Dessay mise à nu

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Publié par Fabienne Darge dans Le Monde :

 

Elle l’avait dit et redit sur tous les tons, depuis déjà quelques années, Natalie Dessay : arrivée au milieu du chemin de sa vie, elle arrêterait de chanter à l’Opéra. Mais elle n’arrêterait pas le théâtre. Voilà aujourd’hui la soprano française dans toute la splendeur d’une reconversion réussie, du théâtre chanté au théâtre parlé : l’ex-Reine de la nuit est tout simplement magnifique dans Und, un texte de l’Anglais Howard Barker, mis en scène par Jacques Vincey au centre dramatique régional de Tours, où le spectacle a été créé le 26 mai, avant de commencer une longue tournée.

Jacques Vincey et son collaborateur, Vanasay Khamphommala, qui est aussi le traducteur du texte de Barker, semblent lui avoir ciselé sur mesure cette partition textuelle, visuelle et sonore dans laquelle elle brille comme un diamant noir. Seule au milieu de la scène, comme seule une diva peut l’être. Une sirène en longue robe rouge théâtre, juchée, au sens strict du terme, sur un piédestal, et qui peu à peu va se défaire de ses oripeaux d’artifice pour aller vers une nudité qui est l’autre nom de la mort.

Und (« et », en allemand) est un long monologue pour une femme seule, qui attend un homme qui ne viendra pas. Elle joue pour elle-même ce théâtre de la solitude et de la dépossession, qui n’est pas sans rappeler la Winnie d’Oh les beaux jours, de Samuel Beckett. Elle parle comme pour conjurer la mort, la folie, le néant, l’égarement. Und est un flux mental, psychique, qui charrie dans son cours les bribes à peine perceptibles d’une histoire plus ou moins ancienne, les héros du temps d’Homère ou les fantômes de la Shoah.

Beauté saisissante

Howard Barker est, à bientôt 70 ans, un auteur singulier, à la fois poète, dramaturge, peintre, théoricien… qui a rejeté avec la radicalité la plus résolue le réalisme social qui fait la réputation du théâtre britannique. En France, on l’a réellement découvert en 2009, quand Olivier Py, qui dirigeait alors le théâtre de l’Odéon, a consacré un cycle à cette œuvre où tout tourne autour du sexe et de la mort, et de figures féminines transgressives, à la fois déchues, libres et somptueuses.

Jacques Vincey trouve là de quoi déployer avec maestria son théâtre raffiné, qui est lui aussi, toujours, un théâtre du désir, de la mort et de l’artifice. Et sa mise en scène est d’une beauté saisissante. Natalie Dessay, dans sa longue robe rouge, méconnaissable sous une perruque rousse choucroutée, est donc seule au centre de la scène, sur un petit carré blanc.

L’urgence, le passage du temps, le danger, la glaciation psychique, la déréliction sont matérialisés de la façon la plus fascinante qui soit par le dispositif imaginé par le scénographe Mathieu Lorry-Dupuy. Au-dessus de Natalie Dessay est en effet suspendu une sorte d’immense lustre, composé… de longues lamelles de glace. A mesure que la représentation avance, la glace fond à grosses gouttes sonores sur le sol bâché, des pans entiers se détachent et se brisent avec fracas, et la femme qui parle, seule, et se dénude peu à peu de tous ses artifices, semble à la fois de plus en plus enfermée dans sa prison de verre et de fantasmes, et de plus en plus libre.

On ne révélera pas ce qu’il advient à la fin, mais il paraît qu’il faut 500 kg de glace par soir pour reconstituer le dispositif, au milieu duquel Natalie Dessay sautille comme une gamine joueuse, à l’heure des saluts et des bravos, qui ont été plus que chaleureux, lors de cette première du mardi 26 mai.

Jacques Vincey aime les actrices qui n’ont pas peur de jouer avec la théâtralité, comme Hélène Alexandridis ou Marilu Marini, à qui il a régulièrement offert de vrais morceaux de bravoure. Natalie Dessay s’inscrit avec évidence dans cette lignée, et sa musicalité fait merveille dans ce travail également très sophistiqué sur le plan sonore, mené avec le musicien Alexandre Meyer.

On peut, une fois de plus – et c’est le seul bémol qu’on pourra émettre –, ne pas être totalement convaincu par le texte d’Howard Barker, qui s’aventure dans des zones passionnantes mais laisse un peu sur sa faim – la langue n’a pas la force de celle de Genet, ou la beauté musicale de celle de Beckett.

Pourtant Und envoûte, grâce à son interprète, qui, à la fin, libère une émotion longtemps contenue en chantant mezza voce le Kaddish de Ravel.

Il paraît que Natalie Dessay rêverait de jouer Feydeau. Elle l’aurait bien mérité.

 

 

Fabienne Darge

 


Und, d’Howard Barker (traduit de l’anglais par Vanasay Khamphommala, éditions Théâtrales). Mise en scène : Jacques Vincey. Théâtre Olympia-centre dramatique régional de Tours, 7, rue de Lucé, Tours. Tél. : 02-47-64-50-50. Jusqu’au 5 juin. Puis à Paris, au Théâtre de l’Athénée, du 21 au 24 juillet, et, en 2016, au Théâtre des Abbesses ; à Marseille, Valence et Orléans.

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La jeune fille au cinéma ou les ravages d’un mythe

La jeune fille au cinéma ou les ravages d’un mythe | Revue de presse théâtre | Scoop.it

ENQUÊTE par Zineb Dryef dans M le magazine du Monde - le 23 février 2024

 

 

En accusant Benoît Jacquot et Jacques Doillon d’agressions sexuelles, l’actrice Judith Godrèche a mis en lumière un mythe tenace dans la culture contemporaine : celui de la jeune fille modelée par son pygmalion. Depuis le film « Lolita », de Stanley Kubrick, cette relation a irrigué de multiples œuvres, ouvrant la porte à de nombreux abus de la part de réalisateurs vus comme des créateurs tout-puissants.

Lire l'article sur le site du "Monde" : 

https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2024/02/23/la-jeune-fille-au-cinema-ou-les-ravages-d-un-mythe_6218004_4500055.html?lmd_medium=al&lmd_campaign=envoye-par-appli&lmd_creation=ios&lmd_source=twitter

Elles étaient belles et jeunes à l’écran. Elles semblaient heureuses, affranchies et libres. Elles avaient 13 ans, 14 ans, 15 ans, 17 ans, 22 ans. Elles incarnaient la jeunesse, le désir, l’indépendance. Et voilà que certaines, devenues adultes, racontent un piège. Flavie Flament, Vanessa Springora, Adèle Haenel, Charlotte Arnould, Judith Godrèche, Isild Le Besco n’appartiennent pas aux mêmes mondes, elles n’avaient pas le même âge, elles ne se connaissaient pas ou si peu, mais elles racontent une même histoire, celle d’un mensonge et d’une jeunesse mise en pièces.

 

 

 

Ces femmes ont, chacune à leur manière, disséqué ce qui leur est arrivé. Vanessa Springora, dans Le Consentement (Grasset, 2020), décrivait le piège du pédocriminel (ici, Gabriel Matzneff) qui fait de sa victime une complice – « Tu m’aimais ». La journaliste Hélène Devynck dépeint dans Impunité (Seuil, 2022), sur l’affaire PPDA, un système qui fait des jeunes femmes des poupées et les réduit au silence, dont elle a été elle-même victime. Judith Godrèche, en réalisant en 2023 sa série Icon of French Cinema (Arte), revient sur son cheminement d’enfant-objet dans les mains du cinéaste Benoît Jacquot à femme qui reprend les rênes du récit.

 

Toutes mettent en lumière la solidarité de ces « familles » – du cinéma, des médias, de l’art – qui protègent leurs grands hommes. « Ce n’est pas ce à quoi on nous oblige qui nous détruit, mais ce à quoi nous consentons qui nous ébrèche ; ces hontes minuscules, de consentir journellement à renforcer ce qu’on dénonce », écrivait Lola Lafon dans Chavirer (Actes Sud, 2020), une autre histoire de jeune fille abusée.

L’ingénue en quête de liberté

Depuis les débuts de #metoo en France, beaucoup de femmes qui s’expriment racontent un roman d’apprentissage à l’issue tragique : celui d’une fille, de la prépubère à la jeune adulte, qui croise le chemin d’un homme beaucoup plus âgé qui, au prétexte de l’initier à un art ou à un métier, la possède contre son gré. Ce fantasme s’est décliné dans toute la littérature et le cinéma jusqu’à la caricature de la gamine nubile en veste de velours, frange dans les yeux et roman de Sade dans la poche. Aujourd’hui, ces filles, devenues adultes, le dénoncent. Elles n’ont pas consenti. Elles n’ont pas eu le choix.

 

 

C’est ce qu’écrivait en 2017, dans The Atlantic, l’actrice et réalisatrice américaine Brit Marling, 41 ans, qui a fait partie des nombreuses comédiennes à accuser le producteur Harvey Weinstein d’agressions sexuelles : « Ce qui vous incite en partie à rester assise sur cette chaise, dans cette pièce, à endurer le harcèlement ou les abus d’un homme en position de pouvoir est que, en tant que femme, vous vous êtes rarement imaginé connaître un autre sort. Dans la plupart des romans que vous avez lus, des films que vous avez regardés, des histoires qu’on vous a racontées depuis votre naissance, les femmes connaissent une fin tragique. » Car la figure de la jeune fille est un pilier de la culture et irrigue nos imaginaires.

 

A quoi ressemble-t-elle cette figure qui traverse les arts ? Elle a toujours « ce visage de la jeune fille à qui on n’a pas encore volé son ciel », comme l’écrivait Henri Michaux à partir du Portrait de Mademoiselle Irène Cahen d’Anvers (1880), d’Auguste Renoir. Une fille à peine nubile, vierge. C’est la raison pour laquelle elle est si précieuse : « Son apparence est éphémère, elle va disparaître à jamais. C’est ce qui la rend si désirable. Elle est décrite comme un trésor », explique Pierre Péju, romancier et philosophe qui, dans Métamorphoses de la jeune fille (Robert Laffont, 2023), étudie ce mythe.

Des romans de chevalerie aux descriptions contemporaines, les canons varient et évoluent, explique le philosophe, mais l’idée de sa perfection est constante : « Le corps et le visage sont beaux, la peau est lisse, la chevelure abondante. La petite fille a achevé sa croissance, elle est pubère, elle a atteint la perfection. » Cet idéal de féminité défini par les adultes a d’abord consacré la vierge, l’enfant pure au Moyen Age, avant l’ingénue en quête de liberté. La seconde moitié du XXe siècle invente la femme-enfant fatale. Elle est la petite fille offerte de Balthus, l’adolescente vaporeuse d’Eric Rohmer, la blonde floutée aux seins naissants de David Hamilton – photographe accusé de viols et d’agressions sexuelles par ­plusieurs de ses anciens modèles.

Une conception au cœur de la Nouvelle Vague

« Ces mille et une façons de “raconter” la jeune fille ont toujours été structurées par les fantasmes patriarcaux et par la conception exclusivement machiste du monde qui se sont inscrits dans les lois, installés dans les coutumes, qui étaient exigés par la patrilinéarité, et se sont gravés dans les inconscients des deux sexes », poursuit Pierre Péju. Il désigne cette figure « produite par des milliers d’histoires », ce mythe devenu « indestructible » comme une « clé et un symptôme du viriarcat ». Un mot cousin de « patriarcat », construit sur le latin vir, « homme », qui définit un système dans lequel on proclame la supériorité du mâle, mais où ce dernier « n’est plus forcément père ou patriarche ».

 

Dans ce mythe, la jeune fille n’est jamais seule. Il lui faut toujours un homme. Rien n’est plus banal que de voir cette créature au bras d’un individu de l’âge de son père. Ce motif récurrent raconte une fable : celle de la muse. L’amour et la créativité se confondent. L’artiste, en Pygmalion, se fabrique sa propre jeune fille. « Il ne la voit pas, il la sculpte. Le miracle, c’est que cette sculpture devient vivante », écrit encore Pierre Péju.

 

Dans le cinéma français, le mythe de l’adolescente façonnée par l’homme tout-­puissant a été, non pas inventé, mais permis par la Nouvelle Vague. Quand, au tournant des années 1960, une bande de jeunes gens, quasiment tous des hommes (François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Jacques Rivette, Eric Rohmer), veulent réinventer le cinéma, « ils plaquent sur l’industrie du cinéma une logique qui est celle de la littérature : le cinéaste, réalisateur, est le seul auteur de son œuvre », explique Geneviève Sellier, professeure émérite en études cinématographiques à l’université Bordeaux-Montaigne. « Le mythe de Pygmalion est au cœur de la Nouvelle Vague, poursuit l’universitaire. On fait jouer des inconnues, on les crée, on les fabrique, on les façonne. »

 

 

Lire l’enquête | Article réservé à nos abonnés Benoît Jacquot, un système de prédation sous couvert de cinéma
 

Le cinéma, c’est « l’art de faire faire de jolies choses à de jolies femmes », selon l’expression du critique et scénariste Jean George Auriol (1907-1950) reprise par François Truffaut. C’est ainsi que se justifiaient encore récemment Benoît Jacquot dans les colonnes du Monde mais aussi Philippe Garrel – mis en cause par plusieurs comédiennes pour des actes pouvant relever de l’agression sexuelle – dans Mediapart : « Comme beaucoup de réalisateurs de la Nouvelle Vague, j’aimais tourner avec la femme dont j’étais amoureux et la filmer. »

Confusion entre l’amour et la possession

Accusé par l’actrice Adèle Haenel d’agressions sexuelles quand elle était mineure, le réalisateur Christophe Ruggia a précisément invoqué ce rôle de mentor pour se défendre : « J’ai commis l’erreur de jouer les pygmalions avec les malentendus et les entraves qu’une telle posture suscite », a-t-il déclaré dans Mediapart, le 6 novembre 2019, quelques jours après les révélations de la comédienne.

 

« Le cinéma est une bonne couverture pour des mœurs de ce type-là, confessait ouvertement Benoît Jacquot en 2011 dans un documentaire de Gérard Miller (lui aussi accusé d’agressions sexuelles et de viols). Dans le Landerneau cinématographique, cela force même l’admiration. On se dit : lui est cinéaste, il est en train de fabriquer une actrice. » « Il faut nommer les choses : ces faits relèvent de la pédocriminalité, dénonce l’universitaire Geneviève Sellier. Ces comportements s’ancrent dans le ressort le plus archaïque de la domination masculine : la confusion entre le lien amoureux et la possession, la confusion entre aimer quelqu’un et le contrôler. »

 

 

 

Certaines ont parlé. Deux jeunes comédiennes ont porté plainte contre Jean-Claude Brisseau dès 2001, rejointes par deux autres en 2003, pour des faits de harcèlement sexuel. Une vingtaine de femmes ont témoigné contre le réalisateur, pourtant massivement soutenu par la « grande famille du cinéma français », au cours d’un procès, en 2005. Brisseau a été condamné à un an de prison avec sursis et à 15 000 euros d’amende pour « harcèlement sexuel » sur deux actrices lors d’auditions et, un an plus tard, en appel, pour « agression sexuelle » sur une troisième.

 

 

Parmi les témoins, la mère de Vanessa Paradis évoquait un « incident » survenu pendant le tournage de Noce blanche (1989). Sa fille avait alors 16 ans, c’était son premier film. La jeune chanteuse jouait le rôle d’une adolescente ensorcelante qui faisait succomber son professeur de philosophie vieillissant. Le long-métrage, présenté comme une histoire d’amour impossible, fut un énorme succès.

 

Brisseau ne fut pas une exception sulfureuse. Au cours des années 1980, le cinéma connaît une « déferlante » de petites filles amoureuses de quadragénaires. Les succès de Diabolo menthe (1977), de La Boum (1981) inspirent les réalisateurs et réalisatrices qui mettent en scène des gamines confrontées à leurs désirs. Mais c’est le personnage de Charlotte Gainsbourg dans L’Effrontée (1985) qui fixe à jamais dans le cinéma français l’image de l’adolescente tourmentée.

Bientôt, elles deviennent des aguicheuses d’hommes adultes. Des films oubliables – La Petite Allumeuse (1987), de Danièle Dubroux, dont le titre résume le propos –, mais aussi des succès comme Beau-père (1981), de Bertrand Blier, Noce blanche, ou La Fille de 15 ans (1989), de Jacques Doillon – visé par une plainte de l’actrice principale, Judith Godrèche, pour un viol qui aurait eu lieu à l’époque du tournage –, représentent tous, dans un procédé romantique, l’amour tragique d’un couple déchiré par l’écart d’âge et la morale.

Le malentendu autour de la Lolita de Nabokov

« Le tournant a été l’adaptation filmique de Lolita, le roman de Nabokov », estime Brigitte Rollet, chercheuse habilitée en études cinématographiques au centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (université Paris-Saclay). Le film de Stanley Kubrick, sorti en salle en 1962, précipite le malentendu autour de cette œuvre publiée en 1955 en imposant l’image de la femme-enfant fatale, de la gamine aguicheuse aux lunettes en forme de cœur, une sucette à la bouche.

 

Enorme succès en librairie, Lolita échappe totalement à son créateur lorsque le cinéma s’en empare. Stanley Kubrick ne retient pas l’histoire d’une fillette violée par son beau-père mais représente une histoire d’amour impossible. « Nabokov ne raconte pas cette histoire, souligne Olivia Mokiejewski, réalisatrice de Lolita, méprise sur un fantasme (2021). Il raconte l’histoire d’une fillette – Lolita a 12 ans – décrite à travers le regard d’un homme. » Ses attraits sont fantasmés par une libido adulte, mais le contresens s’est installé, durablement.

 

Lorsque, en 1975, sur le plateau d’« Apostrophes », Bernard Pivot présente le roman comme l’histoire d’une petite fille « un peu perverse », Nabokov le reprend fermement : « Lolita n’est pas une jeune fille perverse. C’est une pauvre enfant. Une pauvre enfant que l’on débauche et dont les sens ne s’éveillent jamais sous les caresses de l’immonde M. Humbert. » Il insiste : « En dehors du regard maniaque de M. Humbert, il n’y a pas de nymphette. »

En réalité, Lolita ne séduit pas son beau-père, elle en est prisonnière. « C’est le regard masculin qui en fait un objet de désir déviant », poursuit Olivia Mokiejewski, qui a été troublée, en lisant Le Consentement, de Vanessa Springora, d’y retrouver le récit de cette même confusion : celle d’une gamine qui se croit amoureuse d’un homme mûr abusant de son pouvoir et celle d’une société complaisante à l’égard des messieurs qui succombent aux charmes des petites tentatrices. L’indulgence, là aussi, s’exprime à la télévision, sur le même plateau d’« Apostrophes », où Gabriel Matzneff exprime librement ses goûts pédophiles. « On regarde des personnes cultivées discuter tranquillement de tout cela, sans réprobation, dénonce Olivia Mokiejewski. Ce n’est pas qu’un homme qu’il faut juger, c’est un système. »

Un comportement tyrannique valorisé

Ce système a détruit des jeunes filles. A commencer par Lolita, dont tout le monde semble avoir oublié le destin tragique. Spoiler : elle meurt. Comme si Nabokov avait su qu’une vie n’était plus possible après ça. Là encore, la réalité rattrape la fiction. Sue Lyon, l’interprète de Lolita dans le film de Kubrick, déclarait, amère, en 1997 : « Lolita m’a exposée à des écueils qu’aucune fille de cet âge ne devrait affronter. Je défie n’importe quelle fille de 14 ans jetée sous les projecteurs pour son rôle de nymphette de rester sur ses deux jambes. »

 

 

Elles sont nombreuses ces jeunes premières découragées qui ont jeté l’éponge, abandonnant leur passion et leur carrière ou qui ont choisi l’exil. Elles sont nombreuses, celles qui ont relaté l’anorexie, la boulimie, l’alcoolisme, le sexe à outrance, l’immense solitude, avant, parfois, la reconstruction.

 

Ce comportement des réalisateurs tyranniques a longtemps été excusé, voire valorisé. « En France, l’artiste est au-dessus des lois qui régissent nos vies. Il est le démiurge, le créateur, analyse l’universitaire Brigitte Rollet. C’est comme si l’on admettait que le cinéma devait être le résultat de la souffrance. » C’est Henri-Georges Clouzot qui assène une gifle à Brigitte Bardot sur le tournage de La Vérité (1960) – avant qu’elle ne la lui retourne –, Maurice Pialat qui exige de Gérard Depardieu qu’il mette de vraies claques à Sophie Marceau sur le tournage de Police (1985)…

Le cinéma regorge de ces histoires de violences subies par les acteurs et surtout par les actrices au nom de l’art. Les femmes les ont pourtant dénoncées. Après le tournage de Mouchette (1967), de Robert Bresson, Marie Cardinal, qui jouait la mère de l’héroïne interprétée par Nadine Nortier, 14 ans, se souvint dans son récit autobiographique, Cet été-là (Nouvelles Éditions Oswald, 1967), qu’elle avait dû répéter une scène de gifle vingt-quatre fois d’affilée. Bresson avait coutume de travailler avec des non-professionnels, à qui il imposait des règles strictes. « Plus vous frapperez fort, meilleure sera la prise », justifiait-il. Marie Cardinal, dans son livre, n’a pas de mots assez durs : c’est un « négrier ».

Le « jeu pervers » de Robert Bresson

Amoureux des jeunes filles, Robert Bresson jouait l’ambiguïté. Anne Wiazemsky, dans Jeune fille (Gallimard, 2007), un roman qui retrace le tournage d’Au hasard Balthazar (1966), se remémore sur un ton badin le « jeu pervers » qu’établit le réalisateur de 64 ans avec l’adolescente de 17 ans qu’elle était. Avant même le tournage, il l’encercle, choisissant des vêtements pour elle, lui téléphonant sous mille prétextes pour, en réalité, tester sa voix, la promenant de café en cinéma où, dans l’obscurité, il caresse ses mains, ses bras. Bresson la voit comme une ingénue prête à s’offrir, elle prend son « travail » au sérieux et vit comme une chance cette découverte du cinéma.

 

 

« D’emblée, j’ai été sa chose. Je ne devais me lier à personne d’autre que lui », écrit-elle. Sur le tournage, l’homme, relativement tendre, se mue en tyran. Il tente de l’embrasser, elle le repousse et le voilà qui devient tranchant, sec comme avec tous les autres. L’éconduit, la force à rejouer une scène, une fois, deux fois, quinze fois, ça n’est jamais assez. De quoi la punissait-il ? Elle ne le sait que trop bien.

 

Les mots d’aujourd’hui qualifieraient cette conduite de harcèlement. Ce n’était pas le propos d’Anne Wiazemsky, qui a gardé de la tendresse et de l’amitié pour le cinéaste. Les tournages de Bresson ont été décrits dans leurs moindres détails dans nombre d’études, d’articles et de livres de souvenirs sans que la souffrance de ses actrices soit jamais prise en compte. Parce que le cinéaste a fait de grands films, de beaux films – au prix de l’obéissance, voire du sacrifice de ceux et celles qu’il n’appelait pas des acteurs et actrices mais des « modèles » –, seule l’admiration pour le perfectionnisme maniaque de Robert Bresson transparaît dans ces textes. Il ne voulait pas de jeu, mais de l’émotion et de la spontanéité. Un geste pur.

Procès en puritanisme

Devenues adultes, face aux images de certains de leurs premiers films, des actrices disent éprouver un malaise. Jodie Foster, qui a joué une vamp prépubère dans Bugsy Malone (1976), d’Alan Parker, une adolescente prostituée dans Taxi Driver (1976), de Martin Scorsese, une enfant allumeuse dans Moi, fleur bleue (1977), d’Eric Le Hung, a récemment regretté, au micro de France Inter, que, dans le monde où elle a grandi, « les femmes avaient l’impression de ne pas pouvoir dire non à quoi que ce soit ».

 

 

Natalie Portman, qui a joué à l’âge de 12 ans dans Léon (1994), de Luc Besson, a confié, en mai 2023 au Hollywood Reporter qu’il était « compliqué [pour elle] d’en parler », le film traitant d’une relation ambiguë entre un homme adulte et une très jeune adolescente : « Il m’a offert ma carrière, mais, oui, quand vous le voyez aujourd’hui, il contient définitivement des éléments gênants, qui mettent mal à l’aise. C’est le moins qu’on puisse dire. »

En 1981, les parents d’Ariel Besse, actrice principale de Beau-père, tentèrent en vain de faire interdire l’affiche du film de Bertrand Blier : on y voit l’adolescente de 15 ans, seins nus, à califourchon sur les genoux de Patrick Dewaere, 34 ans. Le réalisateur dira, plus tard, regretter ce choix d’image qu’il n’avait pas validé.

La dénonciation de cette sexualisation des jeunes actrices n’est pas nouvelle, mais elle s’est heurtée, jusqu’à aujourd’hui, au procès en puritanisme de celles et ceux qui s’y risquaient. « Je détestais ma condition de jeune fille actrice, ce rôle de muse, de nymphe, confiait Julie Delpy, en 2021 à Télérama, au sujet de ses débuts dans les années 1980 dans le cinéma d’auteur français (Détective, de Jean-Luc Godard, Mauvais Sang, de Leos Carax…). Des journalistes m’ont traitée de moralisatrice parce que j’avais osé dire que c’était dégueulasse que des mecs de 50 ans se tapent des gamines de 14. »

La Sainte Trinité des amateurs de nymphettes

Dès 1979, la Franco-Canadienne Nancy Huston dénonce la transformation des petites filles en objets sexuels dans son premier essai Jouer au papa et à l’amant (Ramsay, 1979). Elle y dépeint sa relation, à l’âge de 15 ans, avec un professeur d’anglais de dix ans son aîné qui la maltraite. Son texte est mal reçu par la critique, notamment par Roland Jaccard, dans Le Monde.

Le critique, proche de Gabriel Matzneff, qui a lui-même publié des pages et des pages sur son amour des jeunes filles, écrivait, assassin : « Ne comptez pas, amateurs de nymphettes, sur l’indulgence de Nancy Huston. Cette jeune journaliste canadienne n’a pas craint pour son premier livre de s’attaquer à l’un des mythes les plus tenaces de l’après-guerre : celui de Lolita, adolescente ensorceleuse aux charmes équivoques et au regard canaille, décrite par Nabokov, peinte par Balthus, photographiée par Hamilton et convoitée par la plupart des hommes. » Nabokov, Balthus, Hamilton, la Sainte Trinité convoquée par ceux qui esthétisent les jeunes filles.

 

Comme Gabriel Matzneff, le futur académicien Alain Robbe-Grillet n’a jamais tu ses préférences pour les adolescentes. En 2001, lorsqu’il publie La Reprise (Minuit), où il étale ses fantasmes de « jolies gamines naïves » et de « fillettes prépubères », les critiques soupirent. Encore des gamines délurées soumises aux vieux messieurs ? Cela ne choque pas, ne dérange pas. Cela ennuie juste. Pas une ligne de condamnation, même lorsqu’il persiste, dans une interview donnée la même année au magazine Lire. « Le consentement a-t-il une limite d’âge ? », interroge le journaliste. Le grand écrivain répond : « Quand j’ai connu Balthus, il vivait avec Laurence Bataille, la fille de Georges et de Sylvia Bataille. Laurence avait 12 ans et cela ne choquait ni la petite fille, ni ses parents, ni Balthus. » Laurence Bataille, sa muse, avait en réalité 16 ans, ce qui expliquerait que Balthus n’ait jamais été inquiété.

Réprobation envers celles qui parlent

Cette fable de la muse a régulièrement été démontée par celles qu’on a installées sur un piédestal. En 1964, la peintre Françoise Gilot publie Vivre avec Picasso (Calmann-Lévy), dans lequel elle étrille la méchanceté de l’artiste et son comportement destructeur avec les femmes. Elle s’était installée avec le peintre à l’âge de 20 ans. « J’étais un peu comme la septième femme de Barbe-Bleue… », écrit-elle. Le peintre fait tout pour interdire la publication du livre, en vain, et la presse y voit un ramassis de commérages.

Elle n’a pas été la seule. Le romancier Pierre Péju rappelle l’histoire tragique de Marie-Thérèse Walter, l’une des muses de Picasso, « si jeune et si blonde », qu’il faisait poser des heures, sans repos, « en une sorte de frénésie érotique et en se dessinant lui-même, avec délectation, sous les traits d’un Minotaure violeur ». Lorsqu’il la rencontre, elle a 17 ans. Leur relation durera une dizaine d’années. Un amour fou, selon beaucoup – Marie-Thérèse Walter se suicida quatre ans après la mort de Picasso. « Certains préféreraient appeler emprise cette dépendance consentie d’un personnage qui écrase par sa force, son esprit ou son statut des êtres plus faibles », note Pierre Péju.

De l’autre côté de l’Atlantique, en 1998, Joyce Maynard, dans son récit autobiographique Et devant moi, le monde (Philippe Rey, 2010), raconte sa relation avec J. D. Salinger. L’écrivain avait 53 ans, elle en avait 18. Son récit de ses mois passés auprès d’un homme tyrannique, jaloux et destructeur lui vaut la désapprobation de toute la critique américaine. Longtemps, elle est restée la « nymphe opportuniste » qui avait couché avec le grand écrivain et en avait fait un livre. En 2018, l’autrice a publié un long article dans le New York Times qui, à l’époque de son témoignage, l’avait qualifiée de « prédatrice ». Elle écrivait : « Il y avait peut-être bien un prédateur dans cette histoire. Je laisse les lecteurs décider de qui il s’agissait. »

On ne pourrait plus regarder « Les Valseuses » ?

Si la figure du pygmalion, si prisée des arts, est tellement difficile à déboulonner, c’est parce que porter un regard critique sur les œuvres de nos grands hommes expose immanquablement à l’accusation de censure. Ainsi on ne pourrait plus regarder Les Valseuses ?

En 2017, l’historienne Laure Murat pousse l’audace jusqu’à revisiter Blow-Up, de Michelangelo Antonioni, dans un texte publié dans Libération. Elle n’avait pas revu le « chef-d’œuvre » depuis vingt-cinq ans et, en le revisionnant, elle est frappée par son « étalage d’une misogynie et d’un sexisme insupportables ». Elle s’interroge : pourquoi n’en a-t-elle pas gardé ce souvenir ? Comment a-t-elle pu oublier la violence ? « La réponse est contenue dans le film : l’esthétisme. La perfection formelle de Blow-Up écrase et étouffe le scandale qu’il recèle », écrit-elle. L’historienne en tire un impératif : « une relecture des œuvres, à partir du moment présent ». Elle précise « sans anachronisme, ni logique de tribunal ».

Las. Une polémique enfiévrée accompagne la publication de cette tribune : son autrice est accusée de vouloir brûler des pellicules – une posture que les critiques révisent aujourd’hui. De Télérama aux Cahiers du cinéma, la presse spécialisée a entamé un travail d’introspection. Ont-ils été aveuglés ?

 

 

 

Un regard tragique porté sur les jeunes filles

Un viol ou une gifle au cinéma, c’est de la fiction. Le pacte est clair avec le spectateur. Lorsque Eric Rohmer (1920-2010), dans Le Monde, en 1998, est interrogé sur sa relation avec les jeunes actrices qui peuplent ses films, il précise : « Je refuse de les manipuler comme le font beaucoup de réalisateurs, je ne leur cache rien de ce que je sais du film. Le cinéma est déjà suffisamment manipulateur par lui-même. »

Les actrices, tout juste sorties de l’adolescence, qui ont incarné ces héroïnes « rohmériennes » ont certes pour la plupart décrit un homme habité de fantasmes de jeunes filles en fleur mais aussi un professionnel qui ne mélangeait pas tout. Laurence de Monaghan, l’interprète principale du Genou de Claire (1970), raconte dans Au travail avec Eric Rohmer (Capricci, 2024) : « Certes, il y a manipulation, mais pas de harcèlement, pas d’atteinte à l’image de la femme. Elle est un sujet de désir, ce qui la met plutôt en valeur. J’espère que les féministes d’aujourd’hui ne critiqueraient pas le film ! Le Genou de Claire reste dans un registre cérébral et a plusieurs degrés de lecture. On peut y voir une analyse quasi psychanalytique du désir, mais aussi un conflit entre celui-ci et la notion d’interdit lié à l’infidélité, voire de péché. Eric Rohmer était un fervent catholique qui avait certainement des désirs pour les jeunes femmes. » Mais qui s’en tenait là.

 

 

 

Que nous fait la fiction ? Elle nous formate. Elle rend désirable ce qui se passe à l’écran ou dans les livres, lorsque cela est amené sans ironie ni distance critique. La chercheuse Brigitte Rollet s’interroge sur la fameuse scène du mambo dans le film de Roger Vadim Et Dieu… créa la femme (1956) dans laquelle l’actrice danse de façon suggestive, comme déchaînée. Cette séquence, devenue l’image de la liberté, a été célébrée par Simone de Beauvoir elle-même dans un long texte publié, en anglais, dans Esquire, en 1959.

Ce film, certes, « renversait les tables », note Brigitte Rollet, et raconte une « femme libre », mais une « femme libre de quoi ? » : une femme qui se marie avec celui qui n’est pas son premier choix. Sur ces jeunes héroïnes, le regard porté est non seulement sexuel mais tragique. « La mort d’une belle femme est, incontestablement, le plus poétique sujet du monde », écrivait le poète américain du XIXe siècle Edgar Allan Poe, ce à quoi l’essayiste américaine Rebecca Solnit rétorque aujourd’hui sans ironie : « J’essayais de ne pas être le sujet poétique d’un autre et de ne pas me faire tuer », dans son essai Souvenir de mon inexistence (L’Olivier, 2022), consacré à ses années de jeunesse.

Une autre histoire, portée par des réalisatrices

Toutes les jeunes filles ne meurent pas au cinéma. Une autre histoire, portée par des réalisatrices, existe : celle de jeunes femmes qui ne sont pas sculptées, modifiées, abusées par des hommes. Celle-ci a longtemps été plus confidentielle, mais elle n’en a pas moins existé. Agnès Varda filme Sandrine Bonnaire dans Sans toit ni loi (1985). Chantal Akerman filme Lio dans Golden Eighties (1986) et propose un Portrait d’une jeune fille de la fin des années 60 à Bruxelles à la télévision française en 1994.

L’âge adulte qui pointe et le désir désordonné sont explorés par Catherine Breillat dans Une vraie jeune fille (1976), 36 Fillette (1988), ou encore Une vieille maîtresse (2007). Ce sont des personnages féminins qui ne sont ni des partenaires ni des objets de désir mais des sujets désirants. Elles ne sont plus des figures éthérées ou des proies : elles existent. Des dizaines et des dizaines de longs-métrages proposent un autre regard sur cette figure pour la nuancer, la libérer.

 

 

Au fil des années, ce cinéma-là a pris de l’ampleur, gagné de la reconnaissance. Si bien qu’existent aujourd’hui des rôles de jeunes filles qui n’obéissent pas au regard des hommes. Dans cette cinématographie, Brigitte Rollet distingue Portrait de la jeune fille en feu (2019). Dans ce long-métrage, consacré à la relation entre une peintre et son modèle, et qui ne comporte aucun rôle masculin, Céline Sciamma s’attache à des figures féminines émancipées chez qui la soif d’indépendance guide chacune des actions. Dans ce film, la jeune fille est libre.

 
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#MeToo dans le cinéma français : le silence assourdissant des hommes face à la parole des femmes

#MeToo dans le cinéma français : le silence assourdissant des hommes face à la parole des femmes | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marie Sauvion dans Télérama - 23 février 2024

 

 

Si les témoignages d’actrices dénonçant un système de prédation intolérable se multiplient, on n’a en revanche pas beaucoup entendu de soutien du côté des acteurs. Les César de ce soir se feront-il enfin l’écho de leur solidarité ?


Vous le sentez monter, le suspense, à quelques heures de la cérémonie des César 2024 ? On ne parle pas de la distribution de compressions dorées par les professionnels de la profession, dont on peut se moquer éperdument ou s’amuser, au choix, entre bingo annuel et satisfaction de voir ses chouchous récompensés. Ni même du duel au sommet entre Anatomie d’une chute et Le Règne animal, deux triomphes tant critique que public, qui mettent, quoi qu’il arrive, du rose aux joues du cinéma français. C’est autre chose, en l’occurrence, qui se jouera ce vendredi soir 23 février sur la scène de l’Olympia. Une histoire de parole et, peut-être, de solidarité masculine.

Les actrices se sont courageusement exprimées ces dernières semaines (et ces derniers mois, et ces dernières années, en réalité) sur les abus de pouvoir qu’elles subissent dans l’exercice de leur profession. À commencer par Judith Godrèche, qui vient de porter plainte pour viols sur mineure contre les cinéastes Benoît Jacquot et Jacques Doillon, et dont on a appris, jeudi 22 février, qu’elle était poursuivie en diffamation par ce dernier. Il se dit qu’un micro sera tendu à l’autrice de la série Icon of French Cinema au cours de la cérémonie. Il se sait qu’Agnès Jaoui, honorée pour l’ensemble de son œuvre, prononcera un discours. Mais quid des hommes ? Où sont-ils, dans cette révolution qu’espèrent leurs partenaires et amies ?

 

« Le cinéma, c’est surtout des acteurs », soulignait récemment Anna Mouglalis, membre fondatrice de l’Association des acteur.rices (l’ADA), dans un débat diffusé sur Mediapart. « C’est eux qui occupent le devant de la scène, c’est eux qui sont mieux payés et qui ne vivent pas du tout cette pression-là. […] Et c’est terrible qu’ils ne prennent pas la parole et ne nous soutiennent pas, parce que pour l’instant, je les trouve assez silencieux, c’est incroyable ! » Le voilà, le suspense inédit des César 2024 : ce soir, peut-être, des hommes en smoking prendront le parti de leurs partenaires et amies. Sans effacer les génies ni assassiner la présomption d’innocence, juste avec des mots simples : « On vous croit, on est avec vous. »

 

 

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Avec Isabelle Huppert, aux répétitions de la «Bérénice» solitaire de Castellucci 

Avec Isabelle Huppert, aux répétitions de la «Bérénice» solitaire de Castellucci  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération -  23 février 2024

 

 

Au théâtre Jean-Claude-Carrière, le metteur en scène italien Romeo Castellucci propose une adaptation dépouillée de Racine, portée par une comédienne irradiante. «Libération» a assisté aux ultimes répétitions.

 

 

Le grand metteur en scène Claude Régy disait qu’il travaillait au fil du temps à rendre son théâtre de plus en plus rétif à toute photographie. On entrait dans un rêve, on le quittait à pas retenus, pour retourner dans une dimension quotidienne, celle où, la plupart du temps, ni les mots, ni les objets, ni les gestes, ni les usages, ne se dérobent. Béréniceimaginée par Roméo Castellucci et portée par Isabelle Huppert, irradiante et solitaire, baigne elle aussi dans un crépuscule dont la matière ne se laisse pas saisir par une photo, une image, résumer par une formule. Dans le luxurieux domaine d’O, le centre d’art qui produit le spectacle, on se glisse dans la salle du théâtre Jean-Claude Carrière à Montpellier, on pénètre dans une intériorité, songe, cauchemar, esprit, cela se précisera plus tard. La scène est dénudée, bordée de lourds rideaux anthracite. Aride ? Non, pas vraiment. Mais en tout cas, au grand jamais illustratif.

 

 

A une poignée de jours des premières représentations, on sait bien qu’on dérange durant ces heures si précieuses où le temps ne fait que manquer. Pourtant, Romeo Castellucci tout comme Isabelle Huppert, en baskets et survêtement, sont d’un calme royal, bien que cette Bérénice évoque moins une reine, que tout un

chacun abandonné, privé non de l’amour, mais de son existence charnelle, la présence de Titus. L’actrice et le metteur en scène forent. Ils creusent le cauchemar de l’absence, qui se matérialise par une stridence, une amplification de la voix jusqu’au déraillement, la sensation d’une fraiseuse sur la dent. Puis soudainement, le calme. La voix est pure, la langue surgit comme privée de l’armature de l’alexandrin, étoile filante si naturelle qu’on l’utilise immédiatement dans un texto : «Mais de mon amitié, le silence est un gage.»

 

Ombre chinoise

 

Attention, ne pas se méprendre. Ici, les mots sont bien ceux de Racine, mais cousus en monologue sans les répliques de Titus et d’Anthiotus. L’effet est celui d’une scène intérieure. Du coup, la référence à Régy et 4.48 Psychose de Sarah Kane qu’incarnait Isabelle Huppert il y a deux décennies se superpose dans la mémoire. Parfois, des répliques des autres personnages raciniens surgissent projetées par bribes en hauteur et différentes strates se mêlent comme lorsque l’œil peine à accommoder. Des mots se nichent dans les plis de tissus grèges. A propos des alexandrins, et la difficulté de les faire entendre comme lavée de leur musicalité, ou sortis de leur «cage» comme le dit Castellucci, le metteur en scène nous livre : «La langue de Racine, cache autant qu’elle dit. Il y a une obscurité dissimulée par la perfection de la forme. C’est une trappe, un piège. La beauté cache l’abîme, Bérénice marche sur un voile de glaçons.» Au loin, dissimulés par des rideaux, derrière Bérénice, un groupe d’hommes, les sénateurs, menaçants, devise en ombre chinoise. Bérénice n’en paraît que plus vulnérable. Repli du coude et du poing gauche quand des phrases s’échappent, comme si l’actrice boxait avec ou contre elle. D’elle, le metteur en scène italien dit sans détour : «Il faut une actrice radicale comme Isabelle pour aborder l’un des textes les plus radicaux de l’histoire occidentale. La radicalité, au sens propre du terme, que je n’ai pas peur d’utiliser, est un point d’entrée dans la pièce. Avec Isabelle Huppert, feu central du théâtre, pour incarner Bérénice, l’enjeu est d’exprimer avec elle l’hardcore du théâtre.»

 

A une poignée de jours du début des représentations, quand rien n’est encore tout à fait fixé et encore moins rodé, la mise en scène et l’actrice laissent voir cette recherche du plus grand dépouillement, écrin à l’immense solitude sans issue ni subterfuge d’une Bérénice-Isabelle, dans une pièce dépourvue de péripéties ou d’anecdotes : «Il ne s’y passe presque rien, c’est quasi déjà du Beckett. Il y a trois personnages, mais le texte est un monument à la solitude, causé par la parole. Plus les personnages parlent, plus ils s’éloignent l’un de l’autre. C’est une invention dramaturgique extraordinaire : «Je l’aime et je le fuis. Il m’aime, il m’abandonne»», analyse le metteur en scène.

 

Intemporalité

 

Souplement et sans courir, il monte sur le plateau. Défait un mouvement, en propose un autre, suggère un déplacement de la tête, dans l’épaisseur ouatée de cette nuit intérieure. Peu d’indications directes sur le texte, et pourtant, tout mouvement du corps en réveille le sens. «C’est très beau, Isabelle, lorsque tu dis ce mot tourné vers le miroir, devant le radiateur.» Ou encore : «Là, il faut absolument que tu prennes un temps.»

 

Au fil de la répétition, ce qui frappe n’est pas tant l’intemporalité du chef-d’œuvre, ce qui est la moindre des choses, que les strates temporelles qu’il projette, autant vers le futur qu’en direction des temps les plus anciens. Cette femme seule, dont on ne sait complètement à qui elle s’adresse, ni où, ce pourrait aussi être une actrice qui revoit sa vie, imagine Isabelle Huppert que l’on croise pendant une courte pause, où il s’agit d’essayer en même temps une couronne translucide. L’actrice poursuit comme pour elle-même : «C’est pas mal de prendre le théâtre non pour ce qu’il n’est pas quand il est une machine à faire croire, que pour ce qu’il est.» La comédienne a gardé l’image d’un bébé seul sur scène, pendant plusieurs minutes, sans aucune protection, récurrente dans plusieurs mises en scène de Castellucci. «Sur ce plateau, je peux me sentir aussi dépouillée que ce bébé. Castellucci nous fait toucher du doigt ce qu’est être réduit à sa présence pure, sans rien d’autre.»

 

Du 23 au 25 février au Domaine d’O, théâtre Jean-Claude-Carrière à Montpellier, puis du 5 au 28 mars au théâtre de la Ville à Paris.

 
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#MeToo dans le cinéma français : l’actrice Isild Le Besco envisage de porter plainte contre Jacques Doillon et Benoît Jacquot 

#MeToo dans le cinéma français : l’actrice Isild Le Besco envisage de porter plainte contre Jacques Doillon et Benoît Jacquot  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par Libération le 22 février 2024

 

 

L’actrice révélée par «Sade» en 2000 a confirmé dans une interview au Parisien mercredi 21 février qu’il est «probable» qu’elle porte plainte contre les réalisateurs Jacques Doillon et Benoît Jacquot. Dans le sillage du témoignage de Judith Godrèche, elle évoque une relation d’emprise et des violences psychiques et physiques.

 

La déflagration provoquée par le témoignage de Judith Godrèche continue à se propager. Dans une interview publiée mercredi 21 février dans les colonnes du Parisien, l’actrice Isild Le Besco a annoncé qu’elle envisageait de porter plainte contre Jacques Doillon et Benoît Jacquot. L’actrice révélée dans Sade, de Benoît Jacquot en 2000, y précise ses accusations qu’elle avait déjà formulées dans un article du Monde publié le 8 février. Elle aurait vécu une relation «destructrice» avec le réalisateur, alors qu’elle n’avait que 16 ans et lui 52, au moment des faits.

 

 

«Benoît Jacquot pensait savoir mieux que moi qui j’étais et ce que je pensais. Par exemple, il me disait perpétuellement que j’étais grosse. Il y a eu aussi des violences physiques, parfois, sous le coup de la colère. Contrairement à Judith, je n’ai pas vécu avec lui et cela m’a peut-être un peu protégée», livre dans l’article la comédienne de maintenant 41 ans. Aujourd’hui, elle constate les effets que cette relation a eu sur la construction de sa personnalité.

 

Quant au réalisateur Jacques Doillon, il aurait fait des avances à Isild Le Besco alors qu’elle était âgée de 17 ans à l’époque. Tous deux travaillaient sur un film, comme l’avait déjà dit l’actrice dans un second article du Monde, également daté de février. Après le refus d’Isild Le Besco, le réalisateur lui aurait retiré son rôle. Le cinéaste de 79 ans a démenti cette version des faits, dénonçant des «mensonges».

 

Au-delà des deux réalisateurs, c’est un système tout entier que dénonce l’actrice, celui du cinéma français. Ce milieu «s’est comporté exactement comme se comporte une famille quand l’un de ses membres est maltraité : en se taisant», explique-t-elle au Parisien. Dans le sillage du débat lancé par Judith Godrèche après ses accusations contre les deux réalisateurs, elle revient sur l’obsession de certains réalisateurs par les jeunes filles et sur la difficulté qu’elle a éprouvée dans la réalisation de ses différents films. Elle dépeint deux camps : l’ordre établi et la révolution.

 

 

Légende photo : Isild Le Besco à Montélimar en 2020. (Benoit Pavan/Hans Lucas.AFP)

 
 
L’avocate du cinéaste, contre lequel l’actrice a porté plainte au début du mois, a annoncé ce jeudi 22 février sa décision de porter plainte pour diffamation. Selon elle, la présomption d’innocence de son client «est violemment bafouée depuis des semaines».
 

Jacques Doillon contre-attaque. Mis en cause pour violences sexuelles par l’actrice Judith Godrèche, le cinéaste «a décidé de déposer plainte pour diffamation», a annoncé ce jeudi 22 février son avocate, Marie Dosé, par voie de communiqué. «Suite à l’avalanche de propos profondément attentatoires à la dignité et à la probité de Jacques Doillon tenus par Judith Godrèche, celui-ci a décidé de déposer plainte pour diffamation», écrit l’avocate. «Oser affirmer publiquement, comme elle l’a encore fait le 21 février dernier, que celui-ci aurait «couché avec des enfants» qui tournaient dans ses films est ignoble et dépasse l’entendement», poursuit-elle. L’avocate rappelle que «Jacques Doillon n’a toujours pas été entendu dans le cadre de l’enquête préliminaire» et affirme que «sa présomption d’innocence est violemment bafouée depuis des semaines».

 

Sur Instagram, mercredi soir, Judith Godrèche a publié une série de publications commentant un article de presse de Télérama en écrivant : «En 2022, ce journal écrit que la spécialité de Doillon est de tourner avec des enfants». «Il manque une phrase : “Avec qui il couche”», accuse-t-elle. Devenue une figure du mouvement #MeToo dans le cinéma français, la femme de 51 ans a porté plainte début février contre Jacques Doillon, mais aussi contre le réalisateur Benoît Jacquot pour des violences sexuelles et physiques qui remonteraient à son adolescence.

 
 

Une enquête préliminaire est ouverte à Paris à propos de ces accusations de viol sur mineur de 15 ans par personne ayant autorité, viol, violences par concubin, et agression sexuelle sur mineur de plus de 15 ans par personne ayant autorité. Au moment de l’ouverture de l’enquête, le parquet de Paris avait précisé que «l’ensemble des faits dénoncés ont eu lieu entre 1986 et 1992».

 

Judith Godrèche doit s’exprimer vendredi lors de la cérémonie des Césars d’après une information de Libération«Que j’aille aux césars ou pas, on s’en fiche bien», a toutefois lancé l’actrice sur Instagram mercredi. Par ailleurs, l’actrice Isild Le Besco, qui avait déjà pris la parole contre Benoît Jacquot et Jacques Doillon à la suite de Judith Godrèche, envisage désormais de porter plainte contre ces deux réalisateurs, dans une interview donnée dans Le Parisien de ce jeudi.

 

Libération avec AFP

 

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Après les accusations de Judith Godrèche, la sortie des nouveaux films de Jacques Doillon et Benoît Jacquot perturbée

Après les accusations de Judith Godrèche, la sortie des nouveaux films de Jacques Doillon et Benoît Jacquot perturbée | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Maroussia Dubreuil dans Le Monde - 13 février 2024

 

 

La distribution des prochains longs-métrages des réalisateurs se voit compromise, après la plainte pour viol déposée contre eux par l’actrice.

 

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/02/13/apres-les-revelations-de-judith-godreche-jacques-doillon-et-benoit-jacquot-voient-la-sortie-de-leurs-films-perturbee_6216273_3246.html

A 51 ans, Judith Godrèche a déposé une plainte contre les cinéastes Benoît Jacquot (son ancien compagnon) et Jacques Doillon pour viol sur mineure de 15 ans, entre 1986 et 1992 (accusations qu’ils rejettent). Depuis, l’actrice et réalisatrice a créé une adresse moiaussijudith@gmail.com, accompagnée de ce message sur sa page Instagram : « Je suis là. Derrière cette adresse e-mail (…) Quel que soit le milieu dans lequel vous avez été abusé(e). Partagez autant que possible. » Mediapart s’est demandé, dans une émission spéciale, si on n’avait pas enfin affaire au vrai #metoo du cinéma français.

 

 

 
 

En pareilles circonstances, l’avenir des prochains films des réalisateurs mis en cause est fortement compromis : Belle, de Benoît Jacquot, adaptation de La Mort de Belle (1952), de Georges Simenon, avec Charlotte Gainsbourg et Guillaume Canet, actuellement en postproduction, et CE2, de Jacques Doillon, drame sur le harcèlement scolaire, avec Nora Hamzawi, Alexis Manenti et l’humoriste Doully, dont la sortie était prévue le 27 mars. Plusieurs projections pour la presse ont d’ores et déjà eu lieu.

 

« Dans l’état actuel des choses, les producteurs et les productrices se retrouvent seuls à supporter les conséquences de situations dont ils ne sont en rien responsables, et qui découlent de faits possiblement même antérieurs à leur activité, décrit un producteur qui souhaite garder l’anonymat. Lorsqu’une société de production a réuni le financement de son film, elle contracte un emprunt auprès d’une banque ou d’un établissement de crédit en escomptant les contrats signés par les financiers. De telles opérations génèrent des intérêts bancaires, devenus très significatifs depuis la hausse des taux directeurs à la fin 2022… Compte tenu des montants en jeu, qui dépassent de beaucoup les fonds propres des entreprises concernées, il paraît clair que la plupart des sociétés indépendantes de production peuvent y voir leur pronostic vital engagé, comme on dit en d’autres circonstances. »

 

 

 

« Cinéaste de l’enfance »

Projeté pour la première fois au Festival du film francophone d’Angoulême, le 25 août 2021, CE2 avait reçu les éloges de Brigitte Macron, engagée depuis plusieurs années dans la lutte contre le harcèlement en milieu scolaire – « Je suis extrêmement touchée. Lui [Jacques Doillon], il a un œil, il sait extrêmement bien les filmer [les enfants] (…). C’est très important d’aller le voir [le film] si on veut comprendre certains mécanismes. » CE2 était aussi à l’origine d’un débat sur « l’enfance en danger » au tribunal d’Angoulême, ce qui présageait le meilleur quant à la carrière du film auprès des scolaires.

 

 

Aujourd’hui, alors que les organisateurs du festival Viva il cinema !, consacré au cinéma italien contemporain, à Tours, ont décidé d’écarter Jacques Doillon de la présidence du jury de la dixième édition, du 21 au 25 février, des questions restent en suspens. « Nous ne souhaitons prendre aucune décision dans la précipitation », explique l’attachée de presse. Difficile pourtant d’imaginer les exploitants se battre pour projeter le film et les comédiens participer à la promotion… « La justice décortiquera tout, dit une des actrices. Tout ce que je peux dire, c’est que concernant les enfants de 8-10 ans qui jouent dans CE2, Doillon a été un vrai pro, à l’écoute, et que ç’a été un bonheur de travailler et d’échanger avec lui. »

 
 

Au regard des accusations de Judith Godrèche, comment interpréter les propos cités dans le dossier de presse de celui qui est souvent présenté comme le « cinéaste de l’enfance » : « Ce que je recherche avec les enfants, c’est l’inattendu. Vous leur demandez des choses en termes d’interprétation que vous finissez la plupart du temps par obtenir. »

 

Depuis le 1er janvier 2021, le Centre national du cinéma et de l’image animée subordonne le versement des aides publiques à la validation d’une formation « violences sexuelles et sexistes » que le producteur doit suivre. « On remarquera, au passage, que nous seuls subissons cette contrainte et les conséquences d’un éventuel manquement, alors qu’à ma connaissance aucun producteur n’a été mis en cause dans une affaire de cette nature [à l’exception d’une productrice, relaxée depuis, et s’agissant de faits intervenus hors du contexte professionnel] », rappelle l’un d’eux. Une formation obligatoire sera bientôt dispensée à l’ensemble de l’équipe, au début de chaque tournage.

 

Maroussia Dubreuil / LE MONDE

 

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Légende photo : Judith Godrèche et Jacques Doillon dans « La Fille de 15 ans » (1989), de Jacques Doillon. ALAMY STOCK PHOTO

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Roland Bertin, comédien gargantuesque, est mort

Roland Bertin, comédien gargantuesque, est mort | Revue de presse théâtre | Scoop.it



Par Fabienne Darge dans Le Monde - 20 février 2024

 

Avec la disparition à l’âge de 93 ans de celui qui fut sociétaire de la Comédie-Française, la scène perd un de ses plus grands acteurs.

 

 

 Lire l'article sur le site du "Monde" : 

https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2024/02/20/roland-bertin-comedien-gargantuesque-est-mort_6217557_3382.html

« Je veux continuer à jouer jusqu’au bout comme on cherche l’ivresse, je veux mourir ivre de théâtre, ivre, ivre. Et mourir sur scène, ah oui, j’en rêve. » Le destin n’a pas exaucé Roland Bertin, qui s’est éteint doucement à Pont-L’Abbé (Finistère) le 19 février, à 93 ans, dans sa retraite bretonne, où il s’était réfugié depuis une bonne dizaine d’années, trop fatigué pour continuer à arpenter les plateaux.

 

Avec lui, le théâtre français perd un de ses plus grands acteurs, un des plus singuliers, chez qui l’alliance entre une gourmandise gargantuesque et une subtilité extrême formait un cocktail inédit. « Roland Bertin est comédien par toutes les fibres de son corps. Mais il est surtout l’un des très rares qui donnent accès à des gouffres métaphysiques », disait de lui Patrice Chéreau, dont il fut l’ami, et avec qui il joua dans plusieurs spectacles entrés dans la légende, de Peer Gynt (1981) à Quartett (1985).

 

Comme le pâtissier Ragueneau dans Cyrano de Bergerac – rôle qu’il interpréta dans le film de Jean-Paul Rappeneau, en 1990 –, il aurait pu dire : « C’est que je suis poète, aussi… » De cet ogre dansant, de ce Pantagruel en équilibre sur un fil de trapéziste, les amateurs de théâtre gardent au cœur nombre de souvenirs indélébiles, qu’il s’agisse de La Vie de Galilée, de Brecht, mise en scène par Antoine Vitez (1989), de son mémorable Sganarelle dans le Dom Juan mis en scène par Jacques Lassalle (1993), de ses arpentages shakespeariens – Titus Andronicus, Coriolan… –, ou de son long compagnonnage avec l’autrice Nathalie Sarraute.

 

 

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Roland Bertin, l'ogre dévoré de mots
 

Appétit pour la tradition comme pour l’aventure

Le théâtre fut son royaume, mais il a aussi traversé de sa présence étrange, malaisante ou écorchée, des films dont il épousait la quête : Maîtresse, de Barbet Schroeder (1975), La Chair de l’orchidée (1975) ou L’Homme blessé (1983) de Patrice Chéreau, Monsieur Klein (1976) ou La Truite (1982), de Joseph Losey. Roland Bertin avait autant d’appétit pour la tradition que pour l’aventure, et cet appétit lui était venu très tôt, après une enfance sauvageonne dans les petits chemins creux du Morvan, au sein d’une famille de paysans et de tailleurs de pierre.

 

 

Né le 16 novembre 1930, le théâtre lui était tombé dessus à l’âge de 11 ans, comme une évidence : « Ma sœur aînée m’a emmené voir Polyeucte, de Corneille, à l’Odéon, et Le Malade imaginaire, de Molière, à la Comédie-Française, se souvenait-il lors d’une rencontre en 2004. C’est étrange, je me suis tout de suite senti chez moi. Le mystère du rideau rouge, d’abord… Et la musique des mots. Les mots, je me suis plongé dedans, j’ai passé ma vie avec eux… »

Il faudra quelques détours, pourtant, avant que Roland Bertin ne se lance à corps perdu dans le théâtre. « J’ai su tout de suite que le théâtre allait dévorer ma vie, et j’ai voulu d’abord que la vie me dévore », disait-il. Au tout début des années 1950, il part au Sénégal, où il « découvre le racisme – celui des petits blancs, terrifiant – et la poésie ». Fin 1955, il rentre en France où il entame sa première grande aventure artistique avec le Théâtre de Bourgogne, que vient de fonder le metteur en scène Jacques Fornier.

Les équipées les plus osées

Il y restera dix ans, avant que la scène parisienne, en la personne de Jorge Lavelli, ne s’avise qu’il y avait là un comédien de première grandeur, et partant pour les équipées les plus osées. Avec le metteur en scène argentin, Roland Bertin va poursuivre un chemin de quinze ans, en compagnie d’auteurs contemporains aux univers étranges voire déjantés, d’Yvonne, princesse de Bourgogne, de Gombrowicz (1965), à La Journée d’une rêveuse, de Copi (1967), en passant par Le Cosmonaute agricole, de René de Obaldia (1966). Quand il est infidèle à Lavelli, c’est pour aller jouer avec Patrice Chéreau, dès 1968, ou avec Claude Régy, dès 1976.

En 1982, Jean-Pierre Vincent, devenu administrateur de la Comédie-Française, l’engage dans la troupe. Il y joue le grand répertoire sous la direction de Bernard Sobel, Antoine Vitez, Jacques Lassalle ou Klaus Michael Grüber, et y reste jusqu’à sa retraite, en 2000, continuant ensuite à y jouer en tant que sociétaire honoraire, notamment dans On ne badine pas avec l’amour, de Musset, en 2011.

 

Roland Bertin y peaufine un talent de comédien unique, consistant à « respirer les textes comme si les mots eux-mêmes étaient saisis de l’effroi d’exister », et à les exhaler et les exalter de sa voix au legato bien particulier dans sa forme de phrasé-chanté. Tonitruante puis chuchotante, profonde, enveloppante, la voix du comédien ensorcelait littéralement.

 

Roland Bertin aimait la bonne chère et les bons vins, et sa truculence et son physique hors normes l’ont largement cantonné, dans ses dernières années de théâtre, aux rôles de vieilles badernes à la Falstaff : il les jouait merveilleusement bien, mais il s’agissait d’un masque, qui a fait oublier le goût et le talent du comédien pour tous les « continents noirs ». Comme le grand Michel Simon, qu’il admirait, Roland Bertin n’avait pas peur de s’approcher des monstres. C’était même, selon lui, l’essence du métier d’acteur.

 

 

 

Roland Bertin en quelques dates
 

16 novembre 1930 : naissance à Paris

1955 : arrivée au Théâtre de Bourgogne

1973 : La Dispute, de Marivaux, mise en scène de Patrice Chéreau

1982 : entrée à la Comédie-Française

1989 : La Vie de Galilée, de Brecht, mise en scène d’Antoine Vitez

19 février 2024 : mort à Pont-L’Abbé (Finistère)

 

 

Fabienne Darge

 

 

L'hommage du journal Les Echos :

 

Décès du comédien Roland Bertin, figure de la Comédie-Française

 

Le comédien Roland Bertin est mort à l'âge de 93 ans, a annoncé Eric Ruf, l'administrateur général de la Comédie-Française dans un communiqué mardi. « Je viens d'apprendre le décès la nuit dernière de Roland Bertin, sociétaire et immense figure de notre Maison », écrit Eric Ruf. Il s'est « éteint doucement dans sa maison de retraite de Pont-l'Abbé en Bretagne ».

 

Entré à la Comédie-Française en 1982, Roland Bertin est sociétaire de 1983 à 2001. Durant ces années, « il joue, entre autres, sous la direction de Jorge Lavelli, Jean-Paul Roussillon, Jean-Luc Boutté, Jacques Lassalle, Klaus Michael Grüber, Claude Régy, Antoine Vitez, Jean-Louis Benoit, ou encore Philippe Adrien ».

Molière du second rôle en 2009

Il interprète alors de nombreux grands rôles, dont le rôle-titre d'Ivanov de Tchekhov, l'Evêque dans « Le Balcon » de Jean Genet , Monsieur Jourdain dans « Le Bourgeois gentilhomme » de Molière, ou Christophe dans « La Tragédie du roi Christophe » d'Aimé Césaire . « Antoine Vitez le dirige dans sa dernière mise en scène et l'un de ses rôles favoris, Galilée dans « La Vie de Galilée » de Bertolt Brecht , en 1990 », rappelle la Comédie-Française.

 

Roland Bertin, fondateur du Centre dramatique national de Bourgogne , se frotte aussi « à des textes plus contemporains comme 'Fin de partie' de Samuel Beckett ». En 2009, il reçoit le Molière du Comédien dans un second rôle « pour sa prestance monumentale » dans « Coriolan » de Shakespeare au TNP Villeurbanne.

 

La comédie tourne également au cinéma, « plus de cinquante films », souligne la Comédie-Française. On le voit notamment chez André Téchiné (« Les Soeurs Brontë »), Patrice Chéreau (« La Chair de l'Orchidée » et « L'Homme blessé »), ou encore Jean-Paul Rappeneau ( « Cyrano de Bergerac » ). À la télévision, il joue dans « Les Misérables » de Marcel Bluwal.

 

 

Avec AFP  /Les Echos

 

Légende photo : L’acteur Roland Bertin lors de la remise du Molière du second rôle pour la pièce « Coriolan », le 26 avril 2009 à Paris. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

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Marina Hands, mère courage dans Le Silence

Marina Hands, mère courage dans Le Silence | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Nathalie Simon dans Le Figaro - 18 février 2024

 

CRITIQUE - La comédienne bouleverse le public du théâtre du Vieux-Colombier avec Le Silence, la pièce singulière de Guillaume Poix et Lorraine de Sagazan. On sort du théâtre troublé et bouleversé.

 

On n'a jamais vu un spectacle aussi singulier que celui-ci. Un ouvreur demande aux spectateurs des premiers rangs de cacher leurs sacs sous le siège et de ne pas caresser le chien (Miki). Inspirée de l'œuvre et des écrits de Michelangelo Antonioni, la pièce de Guillaume Poix et Lorraine de Sagazan, (la cousine de la chanteuse Zaho de Sagazan) ne commence pas comme les autres.

 

 

La salle du Vieux-Colombier sert d'écrin à un confortable salon salle à manger installé au milieu d'un dispositif bifrontal. Le plateau recouvert d'une épaisse moquette verte est surmonté d'un écran géant qui projette des images de mer agitée, de terres qui s'effondrent et d'immenses étendues désertiques. Le Silence est une pièce qui sort de l'ordinaire, quasiment sans paroles et montée comme un long plan-séquence.

 

On a d'abord la vague impression d'assister à une scène de ménage. Ni la femme (Marina Hands prodigieuse), ni l'homme (parfait Noam Morgensztern) ne parlent. Pieds nus, elle fait mécaniquement rebondir une balle de tennis, essaie, sans insister, d'attirer l'attention du chien, avale des verres d'alcool fort comme David Hemmings dans Blow-Up d'Antonioni (1966).

 

Son mari range les commissions qu'il vient d'acheter, s'assied et regarde fixement devant lui. Abattu, prostré. Les larmes coulent sur leur visage, sans bruits. La sœur de l'homme (Julie Sicard) déplace des cartons de vêtements et de jouets. Des détonations brisent le silence, font sursauter les personnages et la salle. On ose à peine respirer.

La mère de l'homme (Nicole Garcia) laisse un message sur la boîte vocale. Elle peut aider, qu'ils n'hésitent pas à la solliciter. Un proche (Stéphane Varupenne) sonne à la porte, murmure un simple «bonjour» avant de retirer sa veste, serre l'homme dans ses bras sans prononcer d'autre mot, puis aspire une bouffée de cigarette électronique.

 

«J'aimerais que les spectateurs ne soient pas attentifs mais disponibles», a déclaré Antonioni. Comme le personnage de Baptiste Chabauty qui fixe le public des deux côtés, ces derniers sont les témoins impuissants d'une douleur qui pousse le couple aux frontières de la folie. On comprend que nous sommes face à un couple en deuil.

 

Elle gémit, se mord les lèvres, plante ses dents dans une balle de tennis. On se souvient de la scène de la partie de tennis imaginaire et mimée de Blow-up. Hagard, la tête dans les mains, son conjoint retient ses cris. Des éclats de vie surgissent trop rarement. À travers le chien qui suit sa maîtresse. Celle-ci va se changer. Son compagnon l'invite à se rapprocher de lui. Ils s'enlacent, mais la souffrance revient, insoutenable. Lourd de non-dits, le silence qu'instaurent Guillaume Poix et Lorraine de Sagazan tue à petit feu. On sort du théâtre troublé et bouleversé.

 

Le Silence, de Guillaume Poix et Lorraine de Sagazan

Par la Comédie-Française 

Jusqu'au 10 mars, théâtre du Vieux-Colombier Paris 6e. Loc. : 01 44 58 15 15

 

 

 
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L’affolante Stéphanie Aflalo 

L’affolante Stéphanie Aflalo  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan - 18/02/24

 

Dans son nouveau spectacle « Live », Stéphanie Aflalo continue d’affoler les règles et les genres. Après la visite étrangement commentée des musées et la fausse-vraie conférence philosophique autour de Wittgenstein, voici que s’arrête à Paris la tournée mondiale de la chanteuse star, Stéphanie Aflaaaaaalooooo !!!

« Bonjour Paris !!! ». Sur la scène de la Coupole (nouvelle et belle salle du Théâtre de la ville), la bande son enregistrée chauffe le public. Cependant, sur la scène devant nous, il n’y pas des tonnes de matos, des lumières chiadées aux tourbillons dévastateurs, il n’y a pas d’orchestre tapi dans l’ombre, non, il n’y a pas d’orchestre du tout, il n’y a rien. Sauf un micro ordinaire posé sur pied au centre de la scène et, plus tard, un modeste piano électrique portatif. On entend off la voix de la star, on l’entend longtemps avant qu’elle n’apparaisse enfin devant les fans que nous sommes, forcément, et qui l’attendons tous, gentiment invités à entrer dans son jeu. Elle se fait désirer comme toutes les stars et quand on est chaud, elle entre enfin.

 

 

Les codes de la star en tournée internationale sont là mais comme retournés, dépouillés, mis en vrille. Les chansons (originales, c’est le moins qu’on puisse dire) vont se succéder sur le plateau nu, seul accessoire indispensable et discret , la bouteille d’eau. Et entre deux chansons, la star se vautre en confessions pipi-caca-philo. Stéphanie est la star, autant qu’elle joue à l’être, nulle dérision ou moquerie mais un art affectueux du détournement. Philosophes de la déconstruction, vous en avez rêvé, Stéphanie Aflalo l’a fait, elle est votre égérie auto proclamée. Cela passe par un tourniquet de dédoublements dans lesquels l’artiste (chanteuse ? Actrice ? Performeuse ? Doublure?) nous entraîne avec entrain.

 

Les spectacles de Stéphanie Aflalo en cachent toujours un autre, mi virtuel mi secret. C‘était le cas de L’amour de l’Art et de Jusqu’à présent personne n’a ouvert mon crâne pour savoir s’il y avait un cerveau dedans (lire ici), ce dernier étant la première d’une série de « récréations philosophiques » à venir. Avant de créer ses spectacles et sa compagnie ( au nom de Johnny Stecchino) basée à Lille, elle avait servi à merveille des metteurs en scène comme Yuval Rozman, Hugo Mallon et Florian Pautasso. Avec ce dernier elle avait signé, seule en scène, une inoubliable version de Loretta song de Copi .

 

Créé à la POP, ce laboratoire flottant de formes nouvelles, ayant fait escale au Théâtre du Nord, le spectacle Live, on ne peut plus vivant, s’arrime pour quelques jours au Théâtre de la ville dans la nouvelle salle de la Coupole où il peut se déployer et jouer plus avant avec les codes du spectacle-show de la star pop en tournée internationale. De la star qui n’en est pas moins femme ayant soudain en scène envie de faire caca au cours accéléré d’anosognosie, l’arche de la nouée se dénoue devant nous, avec un humour constant, tempo de la soirée. Rien ne manque jusqu’aux larmes finales. On ne va pas se séparer comme ça. Stéphaniiiiiiie revient !!!

 

Jean-Pierre Thibaudat dans son blog de Mediapart

 

Créé à la Pop le spectacle Live conçu, écrit , mis en musique et interprété par Stéphanie Aflalo est au Théâtre de la ville, ce soir et demain à 19h, puis du 21 au 23 à 20h.

 

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Les ambitions culturelles du Printemps marseillais tardent à éclore

Les ambitions culturelles du Printemps marseillais tardent à éclore | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge (Marseille, envoyée spéciale) et Gilles Rof (Marseille, correspondant) dans Le Monde - 19/02/24

 

Plusieurs figures du spectacle vivant critiquent le manque d’ambition de la municipalité, limitée par les contraintes budgétaires.


Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/02/19/le-printemps-marseillais-tarde-a-eclore-sur-le-plan-culturel_6217237_3246.html

La soirée était magnifique. Le 11 juillet 2023, dans l’écrin des façades ocre du Vieux-Port, sur une scène flottante amarrée face à l’hôtel de ville, les danseurs du collectif (La) Horde, la compagnie qui dirige le Ballet national de Marseille depuis 2019, donnent Room With a View, spectacle chorégraphique en prise avec les révoltes actuelles. A leurs pieds, touristes étonnés, familles populaires venues chercher un brin de fraîcheur et amateurs de création contemporaine, ravis de l’occasion, leur font un triomphe. Deux semaines seulement après des émeutes urbaines qui, pour la première fois, ont touché Marseille, personne ne s’attendait à voir 20 000 personnes – selon l’estimation, invérifiable, de la municipalité – se presser là.

 

Surplombant la foule, sur le balcon de la mairie, Benoît Payan exulte. « C’est un défi de proposer de la danse contemporaine à tous les publics et, pourtant, le Vieux-Port est plein », se félicite le maire divers gauche. Room With a View est le clou de l’Eté marseillais, saison culturelle gratuite qu’il a souhaité créer pour animer la période estivale. Et y programmer (La) Horde est un choix personnel que l’élu de 46 ans revendique. Six mois plus tard, c’est encore cette nuit d’été qu’il convoque en exemple pour illustrer la politique culturelle du Printemps marseillais, la coalition de gauche, citoyenne et écologiste, qui dirige la ville depuis juin 2020.

 

Mais derrière la belle image, ce songe d’une nuit d’été, des interrogations, pour ne pas dire des grincements et des grognements, s’expriment désormais dans le milieu culturel, et singulièrement dans celui du spectacle vivant, après bientôt quatre ans de gestion municipale du Printemps marseillais.

Un gros couac a cristallisé ces interrogations : l’« accident industriel » subi par Montévidéo, lieu pionnier de la création contemporaine à Marseille, fondé en 2000 par l’auteur et metteur en scène Hubert Colas et par le musicien Jean-Marc Montera. Cette plate-forme s’est imposée au fil des années comme un foyer d’émergence d’artistes importants et a rendu visible à Marseille l’évolution interdisciplinaire des arts de la scène, notamment à travers un festival automnal, Actoral. L’association a été expulsée de son quartier général du 6e arrondissement le 7 février par son propriétaire privé, à la suite d’un feuilleton kafkaïen.

 

L’ensemble des acteurs ayant pris part à cette aventure ne s’est pas privé de faire savoir ce que ce crash révélait, selon eux, des fragilités de l’équipe municipale. A l’image de Jean-Marc Montera, artiste reconnu des musiques contemporaines, jadis partenaire du groupe Sonic Youth : « Il y a une déception du milieu culturel vis-à-vis de la politique de la municipalité, affirme le sexagénaire. Malgré toute la sympathie que l’on peut avoir pour cette équipe, on est obligé de constater une inertie qui, à mon sens, vient du plus haut niveau de la pyramide. La municipalité devrait surfer sur le potentiel artistique de cette ville, s’appuyer sur les forces vives qui ont déjà une ouverture sur le national et l’international. Mais on a l’impression d’être face à des acteurs qui n’ont pas fait le point sur l’existant et n’ont pas de vision à long terme. Un manque de vision qui, pour moi, correspond à un manque de désir. »

Insatisfaction et impatience

D’autres opérateurs culturels expriment leur insatisfaction ou leur « impatience », y compris quand ils ont été adoubés par l’actuelle équipe municipale, à l’image de Robin Renucci. Le directeur du Théâtre national de la Criée, dans son grand bureau donnant sur le Vieux-Port, s’étonne, deux ans après sa nomination, de ne pas avoir de réponses à nombre de ses questions : « J’ai été nommé sur ce désir, exprimé par la municipalité, de déployer “la culture pour toutes et tous” qui correspond à mon propre ADN, explique-t-il. Mais, comme d’autres, je suis dans l’attente d’une plus grande concrétisation de cet énoncé, et dans une forme d’impatience, face au blocage – budgétaire, entre autres – dans lequel je me trouve pour articuler la création et l’action culturelle. »

 

Cette articulation indispensable entre création et ouverture de l’art sur de nouveaux publics, Robin Renucci n’est pas le seul à la souligner comme un des maillons faibles de la municipalité. « Parler d’une humanité, d’une socialité communes, d’une individuation légitime, tout ce travail qui fait que nous sommes dans des lieux comme celui-ci, c’est profondément politique. Et c’est ensemble qu’on construit une politique. Y compris sur l’éducation artistique et la formation des enseignants, l’alambic culturel de la mairie de Marseille n’est pas très clair », conclut-il.

 

En première ligne face à une grogne qu’il perçoit, l’élu communiste Jean-Marc Coppola, adjoint à la culture depuis juillet 2020, défend son bilan et ses choix, mais reconnaît aussi que les promesses électorales du Printemps marseillais – doubler les subventions aux associations culturelles – étaient « trop ambitieuses ». « C’est ce qu’il faudrait, mais ce ne serait possible que dans un autre contexte », dit-il, en pointant la situation catastrophique dans laquelle la nouvelle majorité a trouvé la ville, et que plusieurs rapports de la chambre régionale des comptes ont minutieusement détaillée.

 

« Il a fallu remettre sur les rails deux services municipaux qui étaient dans un important état de fragilité : les musées, où on avait pris l’habitude de muter les agents des écoles déclarés invalides, et les bibliothèques, où j’ai découvert qu’il n’y avait plus eu de recrutement depuis 2017 », détaille l’adjoint.

Gestion de sujets sensibles

Gratuité des musées et des abonnements en bibliothèque, réouverture en avril 2023 du Musée d’art contemporain, fermé depuis 2019, nouvelles lignes budgétaires pour financer l’éducation artistique et culturelle des jeunes publics pour un total de 585 000 euros en 2024, remise à plat des subventions pour y intégrer des structures oubliées par la précédente mandature… Jean-Marc Coppola égrène les avancées et met en avant un budget « culture » sanctuarisé à hauteur de 73 millions d’euros, dont l’opéra municipal absorbe, à lui seul, 21 millions. Pour les autres structures culturelles, le montant des subventions atteint, lui, 28,8 millions d’euros en 2024, soit 1,5 million de plus qu’en 2020. La Criée, le Centre national des arts de la rue ou le Pôle national du cirque bénéficient d’une aide municipale augmentée.

Cette bonne volonté affichée n’a pas empêché la majorité actuelle d’encaisser des volées de bois vert dans la gestion de sujets sensibles, comme ceux du Théâtre Toursky ou du château de la Buzine. Deux dossiers habilement politisés par l’opposition de droite qui, pourtant, n’était pas étrangère aux dérives de ces deux lieux au moment où elle était aux affaires.

 

 

Marie Didier, directrice du Festival de Marseille, dévolu à la danse contemporaine, qui se tient tous les ans en juin, tempère les critiques essuyées par l’équipe municipale : « C’est clair que les attentes de la mairie en matière d’éducation artistique et culturelle sont fortes. Mais pour autant je pense que la place de l’art et de la création est quand même importante pour elle, en tout cas en termes symboliques. Après, il y a la question des moyens. Et les enjeux financiers sont compliqués dans cette ville, avec des chantiers colossaux et un sous-équipement structurel. Je ne pense pas qu’il y ait un désamour pour le théâtre à Marseille – pas plus qu’ailleurs, en tout cas. Il y a un contexte global, qui fait que le service public de l’art a compris qu’il n’était pas essentiel – ce qui s’est matérialisé par les décisions prises pendant la crise du Covid-19 –, et des défiances qui se sont cristallisées. »

 

Dans la jeune génération, Lou Colombani, fondatrice en 2007 d’un pôle de production-diffusion et d’un festival « des pratiques artistiques émergentes internationales » intitulé Parallèle, qu’elle s’épuise à faire fonctionner dans des conditions de sous-financement acrobatiques, émet elle aussi un avis nuancé. « Il est clair que la mairie s’inscrit dans un mouvement qui pense sa politique à partir des droits culturels et de l’éducation populaire, pose-t-elle. C’est par ailleurs une ville déficitaire, qui ne va pas trouver beaucoup de moyens supplémentaires pour la culture. Du coup, elle a du mal à assumer de faire des choix, là où on aurait envie d’entendre de vraies orientations. La question de l’émergence a longtemps été un impensé à Marseille, et elle le reste. Les jeunes artistes se construisent dans l’alternative. Comment penser des circulations, des régénérations, pour qu’un espace soit ouvert à ce qui advient ? Ici comme ailleurs, on est dans une logique un peu mortifère, où on sauve les meubles de l’existant, mais sans créer de place pour ce qui émerge. »

Manque de moyens

A Marseille, on s’interroge aussi sur les véritables pouvoirs de Jean-Marc Coppola, et sur les éventuelles tensions entre le maire et son adjoint. « Je me demande s’il a les coudées franches », glisse Jean-Marc Montera. « La seule personne qui peut bouger, c’est le maire, parce que l’adjoint n’a pas tous les arbitrages », assène Robin Renucci. La cérémonie des vœux au monde culturel, tenue le 24 janvier 2023, n’a pas effacé cette drôle d’impression. Après le discours de son adjoint, puissance invitante, Benoît Payan a pris la parole. « On a eu le sentiment d’un concours d’éloquence où chacun voulait donner sa vision de la culture sans apporter les éléments concrets qu’on attendait tous », note un directeur de structure, qui tient à garder l’anonymat.

 

 

Début 2024, c’est pourtant bien l’adjoint Coppola qui a lancé les Rencontres culturelles de la ville. Des rendez-vous mensuels sous forme de « petits déjeuners en comité restreint » où certains acteurs sont invités à débattre de plusieurs thèmes listés par la municipalité. Comme la « place de l’éducation populaire dans la création », ou l’« élaboration d’un nouveau schéma des musiques ». Autant de sujets qu’il sera difficile de traiter avant la fin du mandat en 2026.

 

Face à son manque de moyens, le monde de la culture vivante regarde aussi avec incompréhension les choix faits dans le cadre du plan « Marseille en grand ». Avec son budget de 5 milliards d’euros, le plan protéiforme lancé par Emmanuel Macron en septembre 2021 a décidé de privilégier le seul domaine du cinéma. Une exclusivité que la ville n’a eu d’autre choix que d’accepter.

 

 

« Après vingt-cinq ans de brejnévisme culturel, il était difficile de faire des miracles », ironise Dominique Bluzet, faisant allusion au long mandat de Jean-Claude Gaudin (Les Républicains). Le directeur de la structure Les Théâtres – qui regroupe le Gymnase et les Bernardines à Marseille, et le Jeu de paume et le Grand Théâtre de Provence à Aix-en-Provence – est réputé être plus proche de Martine Vassal, la présidente de la Métropole d’Aix-Marseille-Provence (ex-LR, ralliée à Emmanuel Macron en 2022), que de l’actuelle majorité municipale.

 

Cela ne l’a pas empêché d’obtenir que la mairie finance les 18 millions d’euros de travaux nécessaires à la rénovation du Théâtre du Gymnase. « L’équipe actuelle n’avait pas prévu de l’emporter, et est arrivée à la mairie sans avoir réalisé d’inventaire culturel, analyse-t-il. Elle a hérité de dossiers compliqués, il fallait sauver le Titanic. Cela dit, nous regrettons tous que Benoît Payan ne s’implique pas plus sur ce terrain. On sait depuis Louis XIV qu’en France, c’est le prince qui porte le discours culturel et le ministre qui le retranscrit. Or le dessein culturel du territoire n’est pas incarné par le maire actuel. »

Articulation entre art et social

D’autres sont beaucoup plus sévères, à l’image de Fabrice Lextrait, spécialiste des tiers-lieux culturels, et membre fondateur de la Friche, lieu emblématique du quartier de la Belle-de-Mai, au début des années 1990. Lui pointe le « manque d’audace » du Printemps marseillais, et regrette que cette nouvelle équipe municipale au logiciel de gauche ne se soit pas donné les moyens d’« une véritable refondation culturelle », avec une pensée plus poussée sur l’articulation entre l’art et le social. « A la Belle-de-Mai, qui est située dans un des quartiers les plus pauvres d’Europe, cela aurait du sens de créer un véritable “tiers-quartier”, par exemple. L’enjeu pour les années à venir est important, de savoir comment on utilise cette question culturelle comme un vrai territoire d’innovation politique. »

Est-ce une question de génération ? Christian Poitevin, ancien adjoint à la culture sous la mandature socialiste de Robert Vigouroux, de 1989 à 1995, et qui fut à l’origine de la création, entre autres, de la Friche la Belle-de-Mai ou du Musée des arts africains, océaniens et amérindiens, porte lui aussi un regard déçu sur l’action culturelle de l’équipe Payan. « J’étais assez optimiste quand le Printemps marseillais est arrivé au pouvoir, se souvient-il. Mais j’ai vite déchanté. Il est tout à fait possible de faire de la culture populaire et de l’élitisme culturel qui devient populaire, mais, pour cela, il faut marquer du désir. Et ce désir que nous avions de porter haut une culture mélangeant les disciplines et les origines, à l’image de ce qu’est Marseille, je ne le retrouve pas. Des erreurs ont été commises, notamment dans la gestion du cas Montévidéo. Où est l’avancée culturelle et artistique de ce début de mandat ? Ce n’est pas pire que sous Gaudin, mais, pour l’instant, ce n’est pas meilleur », conclut-il.

 

De vieux crocodiles issus des années Lang face à une nouvelle génération de politiques incarnant une gauche plurielle tiraillée entre l’éducation populaire et l’événementiel, et plombée par l’état de sa ville après vingt-cinq ans de gaudinisme ? Sur ce terrain comme sur d’autres, Marseille joue le rôle de laboratoire, et de loupe sur les contradictions de la gauche française. A deux ans, seulement, des prochaines municipales.

 

 

Fabienne Darge  (Marseille, envoyée spéciale) et Gilles Rof  (Marseille, correspondant) / LE MONDE

 

Légende photo : Le Ballet national de Marseille – (La)Horde lors d’une représentation de « Room With a View », au Vieux-Port de Marseille, le 11 juillet 2023. THIERRY HAUSWALD

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Pierre Beffeyte nommé à la direction du Théâtre Edwige Feuillère à Vesoul

Pierre Beffeyte nommé à la direction du Théâtre Edwige Feuillère à Vesoul | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par Sceneweb le 19 février 2024

 

Pierre Beffeyte est nommé à la direction du Théâtre Edwige Feuillère, Scène conventionnée d’intérêt national – Art en territoire. Il prendra ses fonctions le 15 avril prochain. Il succède à Charlotte Nessi.

Pierre Beffeyte a été producteur de spectacles et président du Festival Off d’Avignon. Auditeur du Cycle des Hautes Etudes de la Culture, il est également impliqué dans les organismes professionnels tels que le Centre National de la Musique ou la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.

Son parcours professionnel l’a amené à travailler dans les univers de la danse, de l’art lyrique, de la musique, de la marionnette et du théâtre. Très engagé dans le soutien des artistes et de la création, il s’est également beaucoup intéressé aux enjeux de développement des publics et d’éco-responsabilité des structures culturelles.

« Le projet que je souhaite porter avec l’équipe du Théâtre Edwige Feuillère repose avant tout sur des valeurs qui me tiennent à cœur : œuvrer à garantir les droits culturels de tous, défendre une parole artistique engagée dans les grands défis de notre monde et inscrire notre action dans une cohérence écologique et sociale. Projet artistique au service d’un territoire rural, résolument tourné vers l’élargissement des publics, il s’inscrira dans une dynamique joyeuse de création, où se côtoieront des œuvres de référence, des écritures nouvelles, des univers singuliers d’artistes confirmés ou émergents. Grande maison de culture rayonnant dans le paysage départemental, régional et national, le Théâtre Edwige Feuillère sera un lieu phare pour son territoire, un lieu inspirant pour les artistes et un lieu de croisement des cultures et des gens. »


Pierre Beffeyte

 

D'après le Dossier de presse

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Scènes imaginaires : Emmanuel Meirieu : épisode • 21/21 du podcast Scènes imaginaires

Scènes imaginaires : Emmanuel Meirieu : épisode • 21/21 du podcast Scènes imaginaires | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié sur le site de France Culture, dans l'émission d'Aurélie Charon "Tous en scène", le 17 février 2024

 

 

Le Festival Longueur d’Ondes fête ses vingt ans. À cette occasion, France Culture, pionnière des enregistrements de fictions en public à Brest, revient au Quartz avec la "Scène imaginaire d’Emmanuel Meirieu".

 

Ecouter le podcast (1h56)

 

Le Festival Longueur d’Ondes fête ses vingt ans. À cette occasion, France Culture, pionnière des enregistrements de fictions en public à Brest, revient au Quartz avec la "Scène imaginaire d’Emmanuel Meirieu".

Une scène imaginaire mêle étroitement plusieurs formes radiophoniques en particulier celle de l’entretien, celle de la lecture en public et celle de la carte blanche. C’est une forme hybride, libre, inventive, convoquant plusieurs spécificités radiophoniques et soulignant la richesse de l’alliance entre la fiction et le magazine. Chaque scène imaginaire est une manière d’entrer dans le monde intérieur d’un metteur en scène, en lui confiant le choix des textes, des comédiens, des archives, des musiciens.

À chacun des metteurs en scène invités pour cette série des "Scènes imaginaires", nous demandons de choisir et partager avec nous les œuvres qui ont fondé et jalonné sa vie d’artiste. Il s’agit finalement de s’interroger sur un "art d’hériter" et sur la nature d’une forme de transmission livresque pour des metteurs en scène qui ont choisi de mettre le texte au cœur de leur pratique artistique.

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Le service des fictions de France Culture accompagne depuis plusieurs années le metteur en scène Emmanuel Meirieu, à travers des captations ou reprises de ses spectacles, ou encore des coproductions. Ainsi Alexandre Plank a réalisé la version radiophonique de La fin de l’homme rouge, Sophie-Aude Picon celle des Naufragés, Louise Loubrieu a co-réalisé la création radiophonique de Dark was the night.
Emmanuel Meirieu est le plus "radiophonique" de tous les metteurs en scène en France. Chacun de ses spectacles privilégie la voix, le texte, le son, la musique. Cette scène imaginaire est l’occasion d’explorer les liens entre théâtre et radio, entre le son et le texte, la littérature et la création radiophonique.
 
 

Emmanuel Meirieu nous dira comment les œuvres qu’il a choisies ont façonné son imaginaire et son esthétique, comment il dialogue secrètement avec elles, quelle connaissance intime il en a aujourd’hui et de quelle manière ces textes ont contribué à constituer son imaginaire et sa pratique de metteur en scène.

 

 

À écouter : 
Fictions / Théâtre et Cie 1h 22
 
 

Réalisation : Sophie-Aude Picon
Entretien avec Emmanuel Meirieu par Arnaud Laporte
Textes, extraits sonores, comédiens, choisis par Emmanuel Meirieu
Enregistré en public au Festival Longueur d’ondes le 9 février 2024 dans la petite salle du Quartz à Brest
Lectures par Irène Jacob et François Cottrelle
Collaboratrice artistique : Pauline Thimonnier
Equipe technique : Ivan Charbit et Pierre Lemaire
Assistante à la réalisation : Claire Chaineaux**

 

Une production des fictions de France Culture.

La collection des Scènes imaginaires compte aujourd’hui une vingtaine de titres, disponibles sur le site de France Culture et l'appli Radio France. Toutes les scènes imaginaires ont été enregistrées en public : à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, au Théâtre de la Ville, au Vieux Colombier et ce 9 février 2024, à l’occasion du Festival Longueur d’Ondes, au Quartz de Brest.

 

 

Emmanuel Meirieu
Auteur - Metteur en scène – Adaptateur - Directeur artistique du Bloc Opératoire compagnie de théâtre conventionnée par la DRAC Auvergne Rhône Alpes, la Région Auvergne Rhône Alpes, et soutenue par la Ville de Lyon. Artiste associé à la MC2, Scène Nationale de Grenoble, et au Centre Dramatique National de Lorient.
Il mène des études de philosophie et de droit.
Qu'il travaille avec des interprètes confirmés ou révèle des talents bruts, sa direction d'acteur est unanimement saluée.
Avec notamment De Beaux Lendemains aux Bouffes du Nord en 2011, et Mon traître créé au théâtre Vidy-Lausanne en 2013, Les Naufragés présenté dans le cadre des Nuits de Fourvière en juin 2018, il a démontré son talent pour l'adaptation de romans à la scène.
En 2019, aux Gémeaux, Scène National de Sceaux, il crée La Fin de l’Homme Rouge d’après le roman de Svetlana Alexievitch. En 2022, il écrit et met en scène : Dark was the Night. Trois de ses spectacles sont devenus des fictions radiophoniques pour France Culture.

 

 

"Quand je fais du théâtre, je voudrais que les spectateurs oublient que c’est du théâtre. Je voudrais que, dès les premiers mots prononcés, ils croient que celui qui leur raconte l’histoire est celui qui l’a vraiment vécue. Et qu’ils croient que ses mots là sont prononcés pour la première fois pour eux ce soir. Il n’y a qu’au théâtre que le personnage d’une histoire est physiquement présent devant nous, vivant, dans le même endroit du monde et au même moment, séparé simplement de quelques mètres de nous. J’ai besoin d'un fait réel, toujours, je ne peux pas raconter de pure fiction. Je crois en la puissance, la densité, la complexité du réel, face à la pauvreté de la fiction, la force du concret plus que celle du fantasme. En art mes plus grands bouleversements sensuels et spirituels sont venus de documentaires : Werner Herzog, Patricio Guzmán. Aussi lorsque j’adapte ou que j’écris, je fictionne toujours le moins possible. Je veux être humble face au réel qui m'a inspiré. Pour moi l’écriture, la mise en scène, sont d’abord un travail concret d’immersion, de documentation, d’investigation. Je ne cherche pas pour autant à faire le récit exhaustif et complet du fait réel qui aura inspiré le spectacle, parce que cela doit devenir personnel, je veux vous donner à voir l'événement à travers mes yeux. J‘ai quelque chose de personnel à vous dire à travers l’histoire vraie que j’ai choisi de vous raconter : l’humilité face au vivant, la nécessité du soin perpétuel, la volonté de réparation, l’innocence martyrisée, nos impossibles guérisons.
Et je commence toujours par me poser la question, celle qui précède à tout, au théâtre, au cinéma, dans tous nos récits : qui allons-nous célébrer ? De qui ferons-nous nos héros ? 

 


A la télévision, au cinéma, au théâtre, comme sur l’espace public, et dans nos livres d’histoires, je crois que nous vivons au milieu de récits, de modèles, de figures et d’icônes toxiques, et qui agissent profondément sur nous, comme un empoissonnement lent de l’âme humaine, une intoxication indolore.

 


Aux tout puissants, aux voraces, super-héros, super-stars, généraux d’empires, aux mégalomaniaques de tous les genres dont on fait nos champions, je préfère toujours les discrets, les patients, ceux qui, secrètement, minutieusement, dans le silence de l’histoire, prennent soin de tout. Et les martyrs, les oubliés, les fracassés, ceux que la Grande Histoire comme l’actualité effacent." 

 

Emmanuel Meirieu

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Au théâtre du Vieux-Colombier, «le Silence» est d’or 

Au théâtre du Vieux-Colombier, «le Silence» est d’or  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Laurent Goumarre dans Libération - 18 février 2024

 

Lorraine de Sagazan, dont c’est la première mise en scène à la Comédie-Française, et Guillaume Poix instaurent un face-à-face avec le public dans une fascinante pièce coupée en deux, remplie d’énigmatiques déflagrations et d’images suspendues.

 

Est-ce qu’ils se taisent ? Est-ce qu’ils n’ont plus rien à se dire ? Ou peut-être que tout a déjà été dit ? Que plus rien ne peut se dire ? Autant de questions qui se posent face à ce qui ressemble encore à un couple. Elle, Marina Hands, semble hébétée dans son salon-salle à manger pas rangé, un cadavre de déjeuner sur la table pas débarrassée. Elle jette une balle devant son chien, sans mot dire, comme par réflexe : on trouve une balle, il y a un chien, on lance la balle. Lui, Noam Morgensztern, rentre des courses, parcourt la pièce comme une traversée en solitaire, droit devant toute, opaque. Ils sont deux sur le même plateau, mais ne le partagent pas, enfermés chacun en eux-mêmes. De notre côté, on tente de les réconcilier, au moins du regard. Impossible : quand on en regarde un, on perd l’autre de vue. La communication est rompue à tous les niveaux dans cette pièce littéralement coupée en deux par le dispositif bi frontal qui fait que personne n’est à la bonne place. Personne ne peut tout voir quand bien même on se tient au plus près des personnages.

Visage enfoui dans le sable

Un silence bourré à craquer : ils sont quatre maintenant, deux amis sont arrivés, qui tentent d’infiltrer le silence, mais pour ne rien dire. Julie Sicard peine à finir ses phrases, Stéphane Varupenne écourte une conversation au téléphone, «ce n’est pas le moment». Encore faut-il s’entendre sur ce silence rempli d’énigmatiques déflagrations, d’objets sonorisés, de peluche d’enfant – ou de chien ? – qui couine, un silence bourré à craquer, jusqu’à l’explosion de Marina Hands, impressionnante, hors d’elle-même, un silence qui épuise les mots quand ils arrivent. Et que pourraient-ils bien se raconter dans cet appartement plombé, surmonté d’un écran qui diffuse des images suspendues comme autant de sous-textes en noir et blanc – Marina à cheval, Noam immobile de dos dans les rayons d’un supermarché, un visage enfoui dans le sable, un manège d’enfants qui tourne à vide, gros plan sur un jeu d’échecs, focus sur un livre, la Révolution copernicienne édition les Belles Lettres.

 

Hantés par le texte

Bien vu, car c’est une fascinante révolution que mène Lorraine de Sagazan dans sa première mise en scène à la Comédie-Française. Alors qu’au théâtre, en principe, on voit ce qui se passe, ici on regarde ce qui a bien pu se passer, de quel drame ce silence étouffe le nom. Un enfant a-t-il disparu ? Chacun travaille sa propre histoire comme les comédiens ont dû le faire, hantés par le texte que leur a écrit Guillaume Poix, tous les quatre porteurs d’un récit qu’ils taisent, mais que la mise en scène donne à voir. La douleur ça doit être ça, regarder des gens en souffrance des mots pour le dire. A cet instant, il faut mentionner une cinquième présence, celle de Baptiste Chabauty, qui tourne intense et silencieux tout autour du plateau dans un jeu de face-à-face au public. Ce jeune pensionnaire vient d’intégrer la Comédie-Française, comme on entre dans les ordres : pour sa première pièce, il a fait vœu de «silence».

 

Laurent Goumarre / Libération 

 

 

Le Silence de Guillaume Poix et Lorraine de Sagazan, mise en scène de Lorraine de Sagazan, au théâtre du Vieux-Colombier, Paris, jusqu’au 10 mars.

 

 

Légende photo  : Marina Hands semble hébétée dans son salon-salle à manger pas rangé. (Crédit © Jean-Louis Fernandez)

 

 
 
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En direct, Césars 2024 : Judith Godrèche déclare que « depuis quelque temps, la parole se délie, l’image de nos pères idéalisés s’écorche »

En direct, Césars 2024 : Judith Godrèche déclare que « depuis quelque temps, la parole se délie, l’image de nos pères idéalisés s’écorche » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Compte-rendu du Monde, le 23 février 2024

 

Lire l'article sur le site du "Monde" :

https://www.lemonde.fr/culture/live/2024/02/23/en-direct-cesars-2024-suivez-la-49-ceremonie_6218213_3246.html

 

 

Judith Godrèche : « Depuis quelque temps, la parole se délie, l’image de nos pères idéalisés s’écorche »
Deux semaines après l’enquête du Monde sur la relation d’emprise exercée par le réalisateur Benoît Jacquot sur Judith Godrèche, alors âgée de 14 ans, l’actrice prend la parole pendant la cérémonie. « C’est compliqué de me trouver devant vous tous ce soir », débute Judith Godrèche. « C’est un drôle de moment pour nous, non ? Une revenante des Amériques vient donner des coups de pied dans la porte blindée. Qui l’eût cru ? », poursuit-elle. Avant de déclarer :

« Depuis quelque temps, la parole se délie, l’image de nos pères idéalisés s’écorche, le pouvoir semble presque tanguer. Serait-il possible que nous puissions regarder la vérité en face ? Prendre nos responsabilités ? Etre les acteurs, les actrices d’un univers qui se remet en question ? Depuis quelque temps, je parle, je parle, mais je ne vous entends pas, ou à peine. Où êtes-vous ? Que dites-vous ? »

 

 

« Nous sommes sur le devant de la scène. A l’aube d’un jour nouveau. Nous pouvons décider que des hommes accusés de viol ne puissent pas faire la pluie et le beau temps dans le cinéma », poursuit Judith Godrèche.

 

« Ça, ça donne le ton, comme on dit. On ne peut pas ignorer la vérité parce qu’il ne s’agit pas de notre enfant, de notre fils, notre fille. On ne peut pas être a un tel niveau d’impunité, de déni et de privilège qui fait que la morale nous passe par-dessus la tête. Nous devons donner l’exemple, nous aussi », continue l’actrice.

Judith Godrèche évoque également « les 2 000 personnes qui m’ont envoyé leur témoignage en quatre jours » . « Vous savez, pour se croire, faut-il encore être cru ».

 

L’actrice a poursuivi son discours, pour le conclure par un petit bout de dialogue d’un film de Jacques Rivette. « Il faut se méfier des petites filles. Elles touchent le fond de la piscine, elles se cognent, elles se blessent, mais elles rebondissent. Les petites filles sont des punks qui reviennent déguisées en hamster. Et, pour rêver à une possible révolution, elles aiment se repasser ce dialogue de Céline et Julie vont en bateau [film de Jacques Rivette, sorti en 1974] :

Céline. « Il était une fois.
Julie. — Il était deux fois. Il était trois fois.
Céline. —  Il était que, cette fois, ça ne se passera pas comme ça, pas comme les autres fois. »

 
 
___________________________
 
 
 
 

Elle n’avait ni infirmé, ni confirmé son intervention sur la scène de l’Olympia ce vendredi soir. Introduite par Ariane Ascaride, elle est arrivée devant une standing ovation et repartie dans les mêmes conditions, émue face à ses pairs qui l’applaudissent debout.

Nul ne voyait comment la cérémonie des Césars pouvait se passer d’une prise de parole de Judith Godrèche, sous l’impulsion de laquelle le #MeToo du cinéma français a pris une envergure radicalement inédite ces dernières semaines. En déposant plainte pour viol sur mineure de moins de 15 ans contre les cinéastes Benoît Jacquot et Jacques Doillon début février, et donnant à reconsidérer sous un jour sinistre les fétiches du cinéma d’auteur post-Nouvelle Vague des années 80-90, l’actrice et réalisatrice, c’est peu de le dire, a jeté un pavé dans la mare, entraînant avec elle une nouvelle série de témoignages sur les violences sexistes et sexuelles dans l’industrie.

 

«Beaucoup de vous m’ont vue grandir», a déclaré l’actrice et réalisatrice, qui a rappelé n’avoir jamais «rien connu d’autre que le cinéma», et s’est décrite comme «une revenante des Amériques qui vient donner des coups de pieds dans la porte blindée». Evoquant dans un poème les «petites filles dans le silence», «les jeunes hommes qui n’ont pas su se défendre», Judith Godrèche a dédié ses mots aux victimes de violences encore terrées dans le silence, s’émouvant de l’omerta qui sévit encore au-delà du milieu du cinéma, en dépit d’une parole qui commence à se délier.

 

«Serait-il possible que nous puissions regarder la vérité en face, prendre nos responsabilités, être les actrices et acteurs d’un univers qui se remet en question ? Depuis quelque temps je parle, je parle mais je ne vous entends pas, ou à peine. Où êtes-vous, que dites-vous ? […] Je sais que ça fait peur de perdre des subventions perdre des rôles perdre son travail. Moi aussi j’ai peur.»

 

A cette «curieuse famille» du cinéma qui l’aura vu errer en costume de hamster dans sa série autofictive, Icon of French Cinema, où elle revient sur sa jeunesse d’actrice sous la coupe d’un cinéaste Pygmalion, Judith Godrèche a déclaré, en écho à cette formule de plateau «Silence, moteur demandé» : «Ça fait maintenant 30 ans que le silence est mon moteur. J’imagine pourtant l’incroyable mélodie qu’on pourrait composer ensemble faite de vérité. Ça ne ferait pas mal, je vous promets. […] C’est tellement rien comparé à un coup de poing dans le nez, à une enfant prise d’assaut comme une ville assiégée, assiégée par un adulte tout-puissant sous le regard silencieux d’une équipe. Un réalisateur qui, tout en chuchotant, m’entraîne sur son lit sous prétexte de devoir comprendre qui je suis vraiment. C’est tellement rien comparé à 45 prises avec deux mains dégueulasses sur mes seins de quinze ans.»

 

Alors que le cinéaste Jacques Doillon annonçait jeudi son intention de porter plainte pour diffamation, Judith Godrèche concluait son discours en exhortant à avoir «le courage de dire tout haut ce que nous savons tout bas, n’incarnons pas des héroïnes à l’écran pour rester cachées dans les bois dans la vraie vie.», reprenant les termes de «trafic illicite» utilisés par Benoît Jacquot, dans un documentaire de Gérard Miller détonateur de sa prise de conscience, pour demander : «Pourquoi accepter que cet art que nous aimons tant, cet art qui nous lie soit utilisé comme une couverture pour un trafic illicite de jeunes filles ?» «Parce que vous savez que cette solitude, c’est la mienne mais également celle de milliers dans notre société. Elle est entre vos mains. Nous sommes sur le devant de la scène. A l’aube d’un jour nouveau. Nous pouvons décider que des hommes accusés de viol ne puissent pas faire la pluie et le beau temps dans le cinéma.»

 

 

L’espoir d’une « possible révolution », «l’aube d’un jour nouveau» a fait figure d’horizon. «Ne croyez pas que je vous parle de mon passé, de mon passé qui ne passe pas. Mon passé, c’est aussi le présent des 2000 personnes qui m’ont envoyé leur témoignage en quatre jours.» a déclaré celle qui ouvrait récemment une boîte mail dédiée aux témoignages des autres victimes.

 

«Merci de m’avoir donné la possibilité de mettre ma cape ce soir et vous envahir un peu. […] Il faut se méfier des petites filles, elles touchent le fond de la piscine, se cognent, blessent mais rebondissent.» concluait l’actrice avant de terminer sur une référence au film Céline et Julie vont en bateau de Rivette : «Il était une fois. Il était deux fois il était trois fois. Il était que cette fois ça ne se passera pas comme ça pas comme les autres fois».

 

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Adama Diop, une migration poétique pour sa première création scénique

Adama Diop, une migration poétique pour sa première création scénique | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Valentin Pérez dans M le magazine du Monde - 23 février 2024

 

Dans « Fajar ou l’odyssée de l’homme qui rêvait d’être poète », écrit après s’être rendu au camp de réfugiés de Lesbos, en Grèce, le comédien franco-sénégalais de 42 ans explore la douleur de l’exil. Un spectacle hybride, qui mêle musique live, conte et images vidéo.


Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2024/02/23/adama-diop-une-migration-poetique-pour-sa-premiere-creation-scenique_6218192_4500055.html

 

Koltès et Shakespeare, Bolaño et Tchekhov, Rambert et Racine : en vingt ans d’une trajectoire dans le théâtre public, Adama Diop, 42 ans, a servi des répertoires variés. En 2020, la pandémie de Covid-19 l’a délogé des planches et réduit au silence : « J’ai tout à coup décéléré et me suis mis à réfléchir à mon désir profond », se souvient le comédien. L’écriture, pratiquée notamment à coups de poèmes en vers lorsqu’il était ado à Dakar, l’attirait. « Écrire vous oblige à tendre l’oreille, à regarder autour de vous. Or, je ne comprends mon métier que lorsque je suis connecté au monde », dit-il.

 

Franco-Sénégalais, Diop est « ce que l’on appelle en France un immigré, mais que l’on nomme expatrié lorsqu’il s’agit de Français à l’étranger ». Un exilé, en somme, statut partagé par tant d’autres et qu’il explore à sa façon dans Fajar ou l’odyssée de l’homme qui rêvait d’être poète, sa première création scénique, à découvrir du 28 février au 9 mars à la MC93 de Bobigny et en tournée dans toute la France.

 

Pour raconter le déracinement et l’arrivée dans un nouveau pays sans tout ramener à son expérience personnelle, Adama Diop a construit, durant plusieurs mois, un spectacle hybride qui entremêle vidéo, musique live, poésie, conte et dialogues. Il retrace l’histoire de Malal (qu’il incarne), dont la terre d’origine n’est pas plus précisée que son pays d’accueil – simplement sait-on qu’il effectue une « traversée ».

En français et en wolof

Au fil de la représentation, en français et en wolof, le spectateur croisera les parents ou la femme de Malal, représentés à l’écran, mais aussi des figures nébuleuses réchappées de ses rêveries : Marianne, une allégorie de la liberté, ou « le vieil homme aveugle » qui lit l’avenir. « Comme si on était projeté dans le cerveau du héros », le récit avance par fragments. « Les “migrants”, comme on entend parfois à la télé, est une dénomination qui n’existe pas, souligne Adama Diop. Chacun a bien sûr une histoire à lui, mais je voulais que l’on s’attache à un humain qui partage avec d’autres humains le même parcours : on va dans le village voisin, puis dans le pays voisin, puis au bout du monde. »

 

 

En août 2020, désireux d’écouter des témoignages, il est parti sur l’île de Lesbos, en Grèce, dans le camp de Moria, un campement de plus de 20 000 réfugiés ouvert en 2013, dans lequel il a pu entrer sans difficultés et qui sera incendié peu de temps après sa visite. Des échanges avec des Afghans ou des Congolais, dont certains vivent là depuis parfois un an dans des conditions insalubres, il conservera « une atmosphère » qu’il tente de réinjecter dans des épisodes de l’écriture de sa pièce, et le souvenir de sons ou d’images qu’il convoque sur scène. « Le chant des grillons, le soleil couchant sur les larges étendues d’oliviers, et surtout les cris des enfants qui jouaient », décrit par exemple le conteur lors de la représentation de Fajar.

 

 

Lire aussi :Article réservé à nos abonnésLe comédien Adama Diop, l’Othello des temps nouveaux
 

Développée durant deux résidences artistiques, la création inclut finalement quatre écrans qui diffusent des extraits d’un film tourné au Sénégal en août 2023, un décor composé d’une table, un masque, une pirogue, un brasero… Aux « cordes vocales » du comédien se mêlent celles de trois musiciens, jouant de l’alto, du violoncelle et de la n’goni, une guitare malienne traditionnelle, alternant compositions contemporaines, morceaux traditionnels ouest-africains ou extraits de Rameau.

Antidote à la xénophobie

Après des mois d’écriture et des heures de répétition, Fajar a trouvé une forme finale de deux heures et quarante-cinq minutes auxquelles il s’agit de « se laisser aller », suggère l’acteur, auteur et metteur en scène. « Je le vois comme une invitation à déconstruire nos préjugés, à nous mettre face à nous-mêmes. Pour cela, il m’a fallu trouver la bonne distance, ne pas me laisser envahir par ma colère, exprimer ce qu’être exilé peut vouloir dire comme une odyssée universelle », souffle-t-il pudiquement, brandissant la poésie comme un antidote à la xénophobie.

 

Face au public, son héros clame ainsi : « Suspendus aux lèvres de mère Europe/Si elle daigne tourner son visage vers nous/Et nous regarder […] Nous sourire/Pour nous rendre la fierté qu’ils nous ont volée/Nous sourire/Pour oser ouvrir nos abîmes/Nos blessures béantes/Chimères hurlantes/Nous sourire/Pour tout sublimer. »

 

 

Fajar ou l’odyssée de l’homme qui rêvait d’être poète, d’Adama Diop, à la MC93 de Bobigny, du 28 février au 9 mars. Puis en tournée à Grenoble, Dijon, Valence, Strasbourg, Évry, Tourcoing, Malakoff et Antony. Le texte de la pièce est chez  Actes Sud (80 p., 13 €).

 

 

Valentin Pérez / LE MONDE 

 

Légende photo : Adama Diop dans « Fajar ou l’odyssée de l’homme qui rêvait d’être poète », au MC93, à Bobigny (Seine-Saint-Denis). SIMON GOSSELIN

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« On m’a proposé des rôles en échange de faveurs » : le comédien Aurélien Wiik lance un #MeToogarçons - Le Parisien

« On m’a proposé des rôles en échange de faveurs » : le comédien Aurélien Wiik lance un #MeToogarçons - Le Parisien | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Emeline Collet dans Le Parisien le 22 février 2024

 

Sur Instagram, l’acteur vu dans « Munch » révèle avoir été abusé, de ses 11 ans à ses 15 ans, par son agent et d’autres membres de son entourage. Il encourage toutes les victimes à parler afin d’envoyer les coupables en prison.

Un visage d’enfant illustre la publication d’Aurélien Wiik, qui révèle ce jeudi 22 février avoir été abusé par son agent et d’autres membres de son entourage, entre ses 11 et ses 15 ans. Sur Instagram, le comédien, aujourd’hui âgé de 43 ans et connu notamment pour son rôle de détective privé dans la série «Munch», diffusée sur TF1 depuis 2016, encourage toutes les victimes à porter plainte, comme il l’a fait à 16 ans, car son agresseur « le faisait à d’autres ». Ce dernier a été condamné, explique-t-il. « On était plusieurs gamins au procès. Il a pris cinq ans. C’est possible.»

Alors que les accusations de violences sexuelles se multiplient dans le monde du cinéma, l’acteur, qui a joué dans la saga de France 2 « Tout cela je te le donnerai », met également en cause des « producteurs et réalisateurs », parle d’« agressions, harcèlements, tentatives de viol ».



Il évoque aussi du « chantage contre des rôles (qu’il n’a) pas eu du coup », dénonce des « dîners piégés organisés par des vieux avec plusieurs mineurs ». « Jusqu’à 25 ans, on m’a proposé des rôles en échange de faveurs. On a tenté de me droguer souvent. »

« Les garçons du cinéma se réveillent »


« Tremblez, votre tour viendra. Vous savez qui vous êtes. Les garçons du cinéma se réveillent », met-il en garde, encourageant l’émergence d’un #Metoogarçons. « La douleur est plus dure que la honte », assure encore Aurélien Wiik. Qui poursuit : « Le procès et la reconnaissance du statut de victime est importante. Ça aide à se reconstruire. »

Joint par téléphone, le comédien qui a commencé sa carrière au cinéma dans « Cache cash » de Claude Pinoteau, à l’âge de 12 ans, explique : « Je me suis exprimé sur les réseaux pour encourager les autres à signaler leurs histoires ». Il dit attendre d’avoir rassemblé d’autres témoignages avant de prendre plus amplement la parole.

 

Emeline Collet / Le Parisien

 

Voir tous les articles de la Revue de presse théâtre associés au mot-clé "#MeToo Théâtre et cinéma"

Légende photo : «Je me suis exprimé sur les réseaux pour encourager les autres à signaler leurs histoires», explique Aurélien Wiik (ici en 2014 au festival de Cannes). Il a lui-même porté plainte à 16 ans et son agresseur a été condamné. AFP/Loïc Venance

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Dans « L’Evénement », au Théâtre de l’Atelier, Marianne Basler au diapason des mots d’Annie Ernaux

Dans « L’Evénement », au Théâtre de l’Atelier, Marianne Basler au diapason des mots d’Annie Ernaux | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 22 février 2024

 

 

La comédienne s’empare avec une grande justesse du récit fulgurant de la Prix Nobel de littérature 2022 sur son avortement en 1963.


Lire l'article sur le site du "Monde" : 

https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/02/22/dans-l-evenement-au-theatre-de-l-atelier-marianne-basler-au-diapason-des-mots-d-annie-ernaux_6217952_3246.html

En 1963, Annie Ernaux a 23 ans. Elle est étudiante à Rouen. Elle tombe enceinte de P., un amant de passage. Elle veut avorter et elle avortera. Mais à quel prix… Entre le choix assumé en conscience et son accomplissement, le chemin de croix exige une volonté de fer. L’écrivaine explore le gouffre qu’elle a dû franchir dans L’Evénement, un récit terrible publié en 2000, chez Gallimard. Son texte est fulgurant, sec et clinique. Il ne dramatise rien, il nomme la vérité. Trente-sept ans après l’épreuve, les souvenirs lui reviennent avec une précision diabolique. Que veut dire avorter en 1963, en dehors de tout cadre légal et sécurisé ?

 

 

Lire le portrait (en 2022) : Article réservé à nos abonnés Annie Ernaux, une Nobel dont le « je » dit l’expérience commune
 

Aucune loi ne protège alors les femmes qui veulent interrompre leur grossesse. Seule solution : les faiseuses d’anges. Celle que trouve Annie Ernaux la reçoit, passage Cardinet, à Paris, dans un appartement miteux. Pour 400 francs, elle introduit une sonde dans le vagin de la jeune femme. Puis la renvoie chez elle. Le cauchemar ne fait que commencer.

 

Cet écrit autobiographique, cet insoutenable joyau noir, est porté sur scène par Marianne Basler. L’actrice retrouve pour la deuxième fois l’œuvre de l’autrice, Prix Nobel de littérature 2022, dont elle avait, en 2021, brillamment adapté et incarné L’Autre Fille (NiL, 2011). La comédienne ressemble trait pour trait (c’en est d’ailleurs troublant) à Ernaux jeune : même silhouette, même allure, même port de tête.

Jeu serré

Vêtue de noir, les cheveux détachés, l’actrice se tient seule sur un plateau plongé dans l’obscurité. Elle en habite chaque recoin, marche lentement d’un bout à l’autre de la scène, ne séjourne jamais trop longtemps sous les faisceaux de lumière. Elle semble pousser les mots devant elle. Elle les dépose dans l’espace à l’intention du public, puis elle s’éloigne d’eux, fuyant, sans doute, leur dimension radioactive. Quelques mètres plus loin, à bonne distance de ce qui vient d’être dit, elle reprend le cours de sa narration. Elle prend soin de détacher chaque syllabe, retient le flux des phrases pour qu’aucune des réalités racontées n’échappe à la vigilance de l’assemblée.

 

 

Impossible d’esquiver l’impact d’un témoignage rude et cru où la réminiscence brute des actes et leur nature agressive heurtent le spectateur dans sa chair. On dit parfois du théâtre qu’il doit passer par le corps pour être pleinement reçu et perçu. L’expression prend ici tout son sens. C’est au point que, à l’écoute des violences infligées à la femme, certaines, dans la salle, frôlent le malaise. Des aiguilles à tricoter de couleur bleu électrique, des cotons trempés de sang, un fœtus jeté dans l’eau des toilettes : l’atteinte à l’intégrité féminine n’est qu’à peine supportable. Le jeu serré de Marianne Basler décuple la force de frappe du texte.

 

Avorter en 1963, c’était mettre sa vie en danger dans la clandestinité et la solitude. Avec ou sans la pénicilline concédée par des médecins effrayés, le cocktail était vénéneux. L’Evénement expose les faits. Ils sont corrosifs et font mal, à dessein. Il faudra attendre 1975 pour que Simone Veil dépénalise l’avortement. Proposé au Théâtre de l’Atelier, alors que, mercredi 28 février, le Sénat doit examiner le projet de loi visant à inscrire dans la Constitution de 1958 la liberté des femmes de recourir à l’interruption volontaire de grossesse, ce spectacle est de ceux qu’il faut aller voir. Sans hésiter. Quitte à en partir la tête à l’envers et le cœur retourné.

 

Voir le teaser vidéo

 

L’Evénement, d’Annie Ernaux. Mise en scène et jeu : Marianne Basler. Collaboration artistique : Jean-Philippe Puymartin. Théâtre de l’Atelier, Paris 18e. Jusqu’au 27 mars.

 

 

Joëlle Gayot / Le Monde

 

Légende photo : Marianne Basler dans « L’Evénement », d’Annie Ernaux, au Théâtre de l’Atelier, à Paris, le 12 février 2024. PASCAL GELY/HANS LUCAS

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Mort de Micheline Presle, le paradis perdu du cinéma

Mort de Micheline Presle, le paradis perdu du cinéma | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Alexandra Schwartzbrod dans Libération  21/02/24

 

Grande star du cinéma français des années 40, elle n’était jamais parvenue à reconquérir son statut après un exil américain décevant. Jusqu’au succès des «Saintes Chéries», série télé populaire à la fin des années 1960. Elle est morte ce mercredi à 101 ans.

 

 

Micheline Presle, née Micheline Chassagne, morte ce mercredi 21 février à plus de 101 ans (comme avant elle Suzy Delair, Gisèle Casadesus ou Olivia de Havilland), était la dernière représentante de ce cinéma des années 40 qui, malgré la guerre, ne s’est pas si mal porté. Elle a en effet 17 ans quand elle tourne en 1939 Jeunes filles en détresse avec le cinéaste allemand Georg Wilhelm Pabst. Un film dans lequel elle incarne une certaine Jacqueline Presle dont elle gardera le nom, son père ayant toujours refusé qu’elle devienne comédienne. Après ce film, sa carrière est lancée. Avec sa mère, séparée de son père, elle part s’installer en zone libre, à Cannes, où une grande partie de la production française loge au Carlton (l’autre continuera à travailler pour la Continentale sous contrôle allemand). Et là, elle enchaîne les films, aidée par un certain Arnold Misrach, un directeur de production juif russe qui lui servira d’agent à titre bénévole tant il croit en elle.

 

Micheline Presle est une vraie Parisienne («quand je traverse la Seine, j’ai toujours le même battement de cœur»,, confiera-t-elle à Serge Toubiana sur France Culture), née en 1922 dans le Ve arrondissement de la capitale, comme ses parents avant elle, et résidant la plus grande partie de sa vie non loin du Ve, à Saint-Germain-des- Prés. Sa mère est peintre, passionnée d’art et de cinéma, et son père travaille à la Bourse, «un type intelligent mais mythomane et difficile à vivre». Dès l’âge de dix ans, elle rêve d’être comédienne, improvisant des saynètes avec son petit frère qu’elle déguise et qui lui sert de cobaye. C’est une enfant vive, curieuse et pleine d’imagination, surtout la nuit quand elle rêve («la nuit, c’est comme quand je vais dans une salle obscure voir un film»).

 

«Un peu comme Scarlett O’Hara…»

 

Elle tourne donc beaucoup pendant la guerre (avec Marc Allégret, Jacques Becker ou Abel Gance qui la dirigera en 1940 dans Paradis perdu) avant de recevoir en 1945 un télégramme d’un certain Paul Graetz, un producteur américain qui l’a vue dans Falbalas et Boule de suif et qui lui propose un contrat pour tourner en Amérique ce qu’elle veut et avec qui elle veut. Micheline Presle le met en contact avec l’équipe de Claude Autant-Lara et part améliorer son anglais à Londres afin de préparer sa carrière américaine. C’est dans la capitale britannique qu’elle reçoit un appel d’Arnold Misrach lui demandant si elle connaît le Diable au corps, le sulfureux roman de Raymond Radiguet. «Je le connaissais car, pendant la guerre, Cocteau m’avait donné ce livre en me disant de le lire absolument, je l’avais lu et trouvé magnifique.» Claude Autant-Lara s’empare du sujet et se met en quête d’un personnage masculin. C’est là que Micheline Presle aura un instinct de génie. En zone libre, elle avait assisté aux débuts d’un jeune comédien qu’elle avait trouvé très prometteur, un certain… Gérard Philipe. Pour elle, le Diable au corps ne peut se faire qu’avec lui. Elle parvient à l’imposer comme plus tard elle imposera Jean Gabin quand il reviendra de la guerre avec les cheveux blancs, totalement démonétisé et remplacé par des jeunes premiers tel Jean Marais. Le Diable au corps, à sa sortie, fait scandale. On est en 1947, le souvenir de la guerre est encore vivace et cette histoire de femme qui prend un amant alors que son mari est au front choque la France entière.

 

On peine aujourd’hui à imaginer le statut qu’a alors Micheline Presle. C’est une immense star. «J’avais à ce moment-là tous les pouvoirs, tous les choix possibles», confiera-t-elle en 2005 à Serge Toubiana. C’est l’amour qui lui fera remettre les compteurs à zéro. Car l’amour lui tombe dessus en la personne de Bill Marshall, cet acteur, réalisateur et producteur américain qui vient tout juste de divorcer de Michèle Morgan avec qui il a eu un fils, Mike. Elle le rencontre et ne pense plus qu’à vivre à ses côtés, le reste importe peu. «Ce sont des choix qu’on fait comme ça sans réfléchir. Je suis un peu comme Scarlett O’Hara, demain est un autre jour. Je fais les choses instinctivement. Mon instinct a toujours été bon mais je ne l’ai pas toujours suivi. C’est ainsi que j’ai renoncé à une carrière française qui s’annonçait magnifique pour partir en Amérique faire des films pas très intéressants.»

 

 

 

Elle signe un contrat avec la Fox, tourne la Belle de Paris en 1950 d’après une nouvelle d’Ernest Hemingway mais le rôle n’a aucun intérêt. Puis Guérillas de Fritz Lang avec Tyrone Power. Après avoir tourné ce film, elle demande un entretien avec Darryl Zanuck, le grand patron de la Fox, et lui dit : «Je ne comprends pas qu’on me paie de tels cachets pour faire des films aussi peu intéressants.» Il l’écoute et lui demande ce qu’elle aimerait faire. Elle évoque notamment les films d’Ingrid Bergman. Un peu plus tard, son imprésario l’appelle et lui annonce qu’elle est pressentie pour le prochain film de Joseph Mankiewicz, l’Affaire Cicéron. Manque de chance, elle est enceinte de quatre mois. C’est Danièle Darrieux qui récupère le rôle, ce qui contribuera largement à asseoir le début de sa carrière.

 

La bourgeoise écervelée des «Saintes Chéries»

 

Micheline Presle regagne très vite la France, sa fille Tonie sous le bras. La vie avec Bill Marshall (qui se consolera avec Ginger Rogers) est impossible, il rêve de l’enfermer à double tour. Mais la France l’a oubliée. «Je suis partie deux ans en Amérique et, quand je suis revenue, je n’existais plus, se désolera-t-elle en 2005 au micro de France Culture. Il y a réellement dans ma vie un avant et un après l’Amérique. J’ai toujours comparé ça à une femme qui laisse tomber un homme qui l’aime, et qui, quand elle revient vers lui, n’en veut plus. Quand je suis partie, j’avais la main, quand je suis rentrée je l’avais perdue, on ne voulait plus de moi.»

 

C’est le théâtre et surtout une série qui va la remettre en selle. Une série qui fut, dans les années 60, l’équivalent de Un gars, une fille au début des années 2000. Un immense succès populaire. Sur une idée de Nicole de Buron et réalisé par Jean Becker (le frère de Jacques), les Saintes Chéries met en scène un couple (Micheline Presle joue Eve, une bourgeoise écervelée, et Daniel Gélin, Pierre, un mari dépassé par les événements) confronté à des situations improbables et souvent très drôles. La série fait très vite souffler un vent de fraîcheur sur des programmes télévisés alors très sérieux et compassés. Initialement, Jean Becker et Nicole de Buron pensaient changer de couple à chaque épisode mais c’est Micheline Presle qui insistera pour tout miser sur un seul couple. Pari une fois de plus gagnant.

 

Malgré tout, elle n’aura plus de grand rôle au cinéma et se consacrera beaucoup au théâtre. Sa fille Tonie, qui avait la hantise de reproduire le schéma maternel d’une fille élevée par sa mère, vivra toute sa vie l’expérience difficile de lui être comparée. Cela ne l’empêchera pas de devenir une excellente cinéaste, la première femme réalisatrice à recevoir, en 2000, le César du meilleur réalisateur pour Vénus Beauté (Institut). Tonie Marshall mourra en 2020 d’un cancer du poumon et Micheline Presle terminera sa vie dans un Ehpad pour artistes à Nogent-sur-Marne. «Je n’ai pas le sens du temps. Si vous dites votre âge, ça vous donne un âge. Le formuler c’est comme si je lui donnais de l’importance, disait-elle. La mort, je la crains mais pour ceux qui me sont proches, la mienne ne m’intéresse pas. Parce que dans le fond, ce qui m’intéresse, tant que j’ai de la curiosité, du plaisir dans les rencontres, c’est la vie.»

 

Stéphanie Schwartzbrod / Libération

 

 

 

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Nora Hamzawi s’oppose à la sortie du dernier film de Jacques Doillon, mis en cause pour des violences sexuelles par plusieurs actrices

Nora Hamzawi s’oppose à la sortie du dernier film de Jacques Doillon, mis en cause pour des violences sexuelles par plusieurs actrices | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par Le Monde avec AFP - 21 février 2024

 

L’actrice, qui tient un des rôles principaux du film « CE2 », estime que la sortie du film, prévue le 27 mars, « représente un mépris vis-à-vis de la parole des femmes ». Jacques Doillon est visé dans une enquête aux côtés de Benoît Jacquot, à la suite d’une plainte de Judith Godrèche.

 


Lire l'article sur le site du "Monde" :
https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/02/21/nora-hamzawi-s-oppose-a-la-sortie-du-dernier-film-de-jacques-doillon-mis-en-cause-pour-des-violences-sexuelles-par-plusieurs-actrices_6217712_3246.html

Dans un message publié sur son compte Instagram, mercredi 21 février, l’actrice Nora Hamzawi a affiché son opposition à la sortie du dernier film de Jacques Doillon, CE2, dont elle tient l’un des rôles principaux, après la mise en cause du cinéaste pour des violences sexuelles par plusieurs actrices. Le producteur du film, Bruno Pesery, avait confirmé vendredi la sortie du film, prévue le 27 mars.

 

 

 
 

« Je ne soutiens pas cette décision qui, d’après moi, représente un mépris vis-à-vis de la parole des femmes », a-t-elle affirmé dans une « story ». Pour l’actrice, « ce qui se passe dans le milieu du cinéma, et qui je l’espère s’étend à d’autres milieux, est essentiel et important. C’est la chose à soutenir en priorité aujourd’hui ».

 

Aux côtés du réalisateur Benoît Jacquot, Jacques Doillon est visé dans une enquête pour « viol sur mineur de 15 ans par personne ayant autorité, viol, violences par concubin, et agression sexuelle sur mineur de plus de 15 ans par personne ayant autorité », à la suite d’une plainte de Judith Godrèche, qui a tourné avec lui pour La Fille de 15 ans, sortie en 1989. Le comportement de Jacques Doillon est aussi dénoncé par les actrices Isild Le Besco et Anna Mouglalis, qui ont confié leurs témoignages au Monde. Le réalisateur a répliqué en dénonçant « les dénonciations arbitraires, les fausses accusations et les mensonges », de la part des trois actrices.

 

 

 

« Une invitation à une prise de conscience »

Pour M. Pesery, il importe que la décision de sortir le long-métrage « ne soit pas accueillie comme l’expression d’une surdité ou d’une indifférence à l’égard des accusations portées à l’encontre de son auteur : elles sont graves, nous en avons pris la mesure dès la première heure », a-t-il écrit dans un communiqué, estimant qu’il n’est pas pour autant possible d’adapter une sortie « à un calendrier judiciaire ».

 

La maison de production, Arena Films, justifie son choix par le travail d’équipe qui a permis au film – tourné il y a quatre ans – de voir le jour, « qu’il s’agisse des comédiens, des techniciens, des prestataires, des producteurs, des distributeurs, des attachés de presse ou des exploitants ». C’est « une invitation à une prise de conscience, au dialogue et à la vigilance », a souligné le producteur, insistant sur les « près de quarante années » séparant la production du film des faits dont Jacques Doillon est accusé.

 

Le film a été montré au festival d’Angoulême en 2021 et a été présenté à des journalistes en ce début d’année. Aucune information n’a été donnée sur sa promotion, à sa sortie.

 

 

 

 

Article publié par Libération :

 

La comédienne a exprimé sur Instagram son mécontentement quant au maintien de la sortie le 27 mars de «CE2», nouveau film du cinéaste de 79 ans, accusé de viol par Judith Godrèche. A «Libération», l’acteur Alexis Manenti répond qu’il n’en assurera pas la promotion.

Lire l'article : 

https://www.liberation.fr/culture/cinema/nora-hamzawi-se-desolidarise-de-la-sortie-du-film-de-jacques-doillon-alexis-manenti-nen-assurera-pas-la-promotion-non-plus-20240221_LSMYMY5USVGQ5NTKNF4VCNG6SU/

 

Voir tous les articles de la Revue de presse théâtre associés au mot-clé "#MeToo Théâtre et cinéma"

 

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Le décès de Roland Bertin 

Du milieu des années 50 jusqu'à 2015, plus de cent cinquante rôles et des metteurs en scène qui s'appellent Lavelli, Régy, Lassalle, Chéreau, Grüber, Vitez, Sobel, Vincent, Planchon, et tant d'autres.
 
Retour en vidéo sur le départ en retraite de la Comédie-Française. 
Entré comme pensionnaire en 1981, sociétaire un an plus tard, il devient sociétaire honoraire au 1er janvier 2002.
 
On apprend son décès le 19 février 2024, à 94 ans.
 
 
Extrait du journal télévisé de France 27  mai 2001
 

27 mai 2001[Source : Prompteur France 2] Il y a 20 ans, Roland BERTIN rentrait comme "petit nouveau" à la Comédie Française... Aujourd'hui, c'est l'heure de la retraite.. A 70 ans, il joue son dernier rôle dans la maison de Molière.. Gerard DALMAZ et Michel LEVASSEUR

 

Images d'archive INA Institut National de l'Audiovisuel

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« Black Label » : JoeyStarr au défi des poètes

« Black Label » : JoeyStarr au défi des poètes | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marie-José Sirach dans L'Humanité - 18 février 2024

Lille (Nord), envoyée spéciale.

 

 

Black Label, la nouvelle création du directeur du Théâtre du Nord, David Bobée, convoque la poésie pour raconter le racisme au fil des siècles. Une tentative sincère mais inaboutie.

 

Black Label est constitué d’un patchwork de textes dont le fil d’Ariane serait la colère racontée au gré de l’histoire, depuis l’esclavage jusqu’au mouvement Black Lives Matter.
© Arnaud Bertereau

 

David Bobée emprunte le titre de sa nouvelle pièce, Black Label, au poète guyanais Léon-Gontran Damas. Il fut, aux côtés du Martiniquais Aimé Césaire et du Sénégalais Léopold Sédar Senghor, l’un des chantres de la négritude, ce mouvement poétique et politique brandi comme un « drapeau de combat », selon les mots du poète et indépendantiste malgache Jacques Rabemananjara.

 

 

Face à l’oppression, au colonialisme, le Black Label de Damas est plus qu’un cri de colère. Il est le cri d’un poète qui redonne aux hommes, qu’ils soient noirs ou blancs, leur dignité de frères humains. « Nous les gueux » revient en boucle, tel un leitmotiv, une adresse à tous ceux qui souffrent, hier comme aujourd’hui.

Le spectacle de David Bobée est ainsi constitué d’un patchwork de textes dont le fil d’Ariane serait la colère racontée au gré de l’histoire, depuis l’esclavage jusqu’au mouvement Black Lives Matter. Une colère qui emprunte les mots de Sonny Rupaire, David DiopEva DoumbiaJames Baldwin, George Jackson, Gérald BloncourtMalcolm X, Souleymane Diamanka, Assa Traoré, Lisette Lombé, Lyonel Trouillot ou Aimé Césaire, pour ne citer que ceux-là. Des mots dont la puissance poétique est mille fois plus efficiente que certains discours bien intentionnés. La poésie n’est-elle pas une « arme de construction massive », comme l’écrit Souleymane Diamanka ?

Un vaste cimetière à ciel ouvert

On sait l’engagement tenace et sincère de David Bobée contre toutes formes de discriminations. Un engagement qui se traduit en actes forts, sur la scène, dans son souci de monter autrices et auteurs à parts égales, de distribuer artistes de tous horizons et origines, comme dans le recrutement des plus ouverts des élèves de l’école du Théâtre du Nord, qu’il dirige aussi. On retrouve dans Black Label cette même volonté de montrer, de raconter, de dénoncer ce système qui, depuis l’esclavage, la colonisation et jusqu’à nos jours, s’est construit sur un racisme endémique.

La France a toujours mal à son Histoire, à son passé esclavagiste, colonial. Et si le vent de l’Histoire avait jusqu’à peu encore soufflé dans le sens de l’émancipation humaine, depuis le mouvement de la négritude en passant par les luttes pour les droits civiques aux États-Unis ou la marche pour l’égalité en France, force est de constater que le racisme s’affiche désormais sans complexe, dans toutes les strates de notre société.

 

 

À l’écoute attentive de la pièce, on finit par se demander si cette colère qui nous parvient par à-coups, portée par deux acteurs (JoeyStarr et Jules Turlet), un danseur (Nicolas Moumbounou) et une musicienne (Sélène Saint-Aimé), si les images projetées en bandeau, sans indication notoire, ne seraient pas, contre toute attente, contre-productives.

 

La liste des victimes tuées au cours de ces dernières années, énoncée nom par nom tandis que leurs silhouettes de carton-pâte sont posées sur le plateau, le transformant en un vaste cimetière à ciel ouvert, est un geste théâtral puissant, aussitôt balayé par une question qui revient en boucle tout au long de cette énumération  : « Qui sera le prochain ? » Ce « qui sera le prochain ? » remet le combat antiraciste dans le seul champ victimaire, renvoyant le spectateur à un sentiment d’impuissance insupportable.

La colère ne suffit plus

La colère s’efface devant un mur de douleur alors qu’on attendait des étincelles de révolte. Car, aujourd’hui comme hier, à l’heure où les idées de l’extrême droite parasitent sans complexe le paysage politique et dynamitent ainsi les fondements fragiles de notre démocratie, c’est la révolte qui est nécessaire. Celle des poètes, celle d’un Manouchian, celle d’une Angela Davis ou d’un Nelson Mandela, d’un Paul Robeson ou d’une Billie Holiday.

Ils ont combattu pied à pied le racisme, l’apartheid, le fascisme, créé des liens de solidarité de par le monde et su redonner dignité et courage à leurs frères humains, à « Nous les peu / Nous les rien / Nous les chiens / Nous les maigres / Nous les nègres / Nous les gueux ». La colère ne suffit pas, ne suffit plus. Les électeurs tentés par l’extrême droite ne sont-ils pas, eux aussi, en colère ?

 

 

Si l’intention est louable et sincère, le résultat ne parvient pas à nous convaincre. Le spectacle souffre d’un jeu encore trop approximatif, de déplacements inutiles. La présence incroyable de Jules Turlet, chansigneur qui traduit en langue des signes chacun des mots prononcés, produit un effet hypnotique tant il semble, de ses mains, faire chanter et danser les mots.

 

 

JoeyStarr est standing ovationné, même s’il passe trop souvent en force sa partition, alors qu’il n’est jamais meilleur que lorsqu’il joue mezzo voce. « Je suis venu enfreindre le silence (…). Profession poète cracheur de feu / Lointain descendant d’un griot dragon », souffle-t-il au tout début de la pièce. Du haut de ce corps massif, à ce moment-là, les murs du théâtre tremblent…

 

Marie-José Sirach / L'Humanité

 

 

Le spectacle s’est joué au Théâtre du Nord du 13 au 17 février. Prochaines dates : le 6 avril au festival Mythos, Rennes ; le 31 mai à la Friche de la Belle de Mai, Marseille ; le 2 juin aux Nuits de Fourvière, Lyon. La tournée se poursuit jusqu’en 2025.

 
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Le Théâtre de la Concorde, cœur battant de la démocratie

Le Théâtre de la Concorde, cœur battant de la démocratie | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié sur le site d'Artcena - 15 février 2024

 

NOUVEAU LIEU
L’Espace Cardin laissera bientôt place à un lieu qui associera étroitement création artistique et débats sur les enjeux politiques et sociétaux.

Le suspense n’aura duré que quelques mois. Après que le Théâtre de la Ville eut définitivement quitté fin septembre 2023 L’Espace Cardinl’avenir promis à la salle de spectacle de l’Avenue Gabriel (Paris, 8e arrondissement) est désormais connu. Face aux nombreuses sollicitations émanant de producteurs privés, la maire de Paris a décidé de bâtir un nouveau projet, concrétisé par la création du Théâtre de la Concorde géré en régie directe et placé sous l’égide, non pas de la Direction des affaires culturelles, mais de celle de la Démocratie, des citoyen.ne.s et des territoires. « Lieu de débat, de réflexion, de contradictions et de création artistique » pensé sur le modèle des universités populaires, l’établissement se veut également, selon Anne Hidalgo, « un rempart contre l’obscurantisme ». Des termes forts, à la hauteur des enjeux démocratiques qui traversent aujourd’hui la France et l’Europe. « L’art est capable de poser les grandes questions qui agitent notre époque, sans violence, par métaphores et allégories, et en même temps avec la force qui lui est propre. C’est ce supplément d’âme que nous recherchons », souligne la directrice, Elsa Boublil.

 

 

Pour définir la ligne artistique et culturelle du Théâtre de la Concorde – dont le nom constitue en soi une promesse – l’ancienne conseillère culture et patrimoine au cabinet d’Anne Hidalgo sera secondée par un Comité d’orientation présidé par Patrick Boucheron, historien et professeur au Collège de France, et composé de personnalités issues d’horizons très différents, dont le dramaturge et metteur en scène Mohamed El Khatib, la comédienne et animatrice de radio Sophia Aram, la philosophe Corine Pelluchon, le syndicaliste Philippe Martinez, le peintre et sculpteur Gérard Garouste. Pluridisciplinaire, la programmation des spectacles s’inscrira en résonance avec les thématiques – politiques, sociétales, mémorielles, environnementales… – abordées et épousera un rythme mensuel. « Cette souplesse nous permettra d’être en prise directe avec l’actualité, de pouvoir nous y adapter et y répondre », fait valoir Elsa Boublil. Celle-ci souhaite, par ailleurs, collaborer avec des structures qui promeuvent   l’accessibilité de tous à la culture. Afin précisément de favoriser son appropriation par un large public, le Théâtre de la Concorde sera ouvert toute la journée. S’y succéderont des ateliers, des conférences et rencontres puis, le soir, des représentations. Des actions culturelles seront également menées, transformant le quartier des Champs-Élysées en un territoire à part entière. « J’ai envie qu’il devienne un lieu, non plus de passage, mais où l’on s’arrête. C’est pourquoi nous travaillerons avec les établissements scolaires, et les habitants des quartiers populaires de la ville, qui doivent s’y sentir à leur place », confie la directrice du théâtre. Un travail qu’entreprend depuis plusieurs années son voisin, le Théâtre du Rond-Point, avec lequel des liens seront tissés. Situés de même à proximité, le Grand Palais et le Petit Palais compteront sans doute, eux aussi, parmi les partenaires du théâtre.  

 

 

Entrée en fonctions le 12 février, Elsa Boublil aura d’abord pour mission d’évaluer les besoins financiers et en ressources humaines, qui détermineront le montant du budget voté cet été par le Conseil de Paris. Parallèlement, elle s’attelle d’ores et déjà à l’élaboration de la saison 2024/2025, dont les premiers contours seront dévoilés début octobre lors de l’inauguration de la salle.   

 

Publication sur le site d'Artcena

 

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Théâtre Olympia à Tours : Bérangère Vantusso détaille sa feuille de route

Théâtre Olympia à Tours : Bérangère Vantusso détaille sa feuille de route | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Olivier Collet  dans 37 degrés - Mag - 19 février 2024

 

 

 

Après dix ans sous la direction de Jacques Vincey, le Théâtre Olympia de Tours a changé de tête en janvier 2024. C’est désormais la metteuse en scène Bérangère Vantusso qui en pilote la programmation et la politique. Déjà venue au T° en tant qu’artiste associée, elle y a également présenté la moitié de ses créations théâtrales. L’artiste connait donc très bien la maison et ne manque pas d’idées pour la développer. Entretien long format.

 

« Je suis tombée dedans quand j’étais enfant » répond Bérangère Vantusso quand on lui demande comment le théâtre est arrivé dans sa vie. Elle développe : « Je viens d’une famille d’artistes : mon père a eu une carrière de musicien de blues puis de peintre. Ma maman faisait du théâtre en amateur. J’ai grandi avec les répétitions pendant les vacances scolaires : d’abord elle m’emmenait aux spectacles puis j’ai intégré la troupe à 14 ans. » Tout cela se passait dans la vallée minière du nord de la Lorraine, du côté de la ville de Longwy. Ensuite, la jeune femme a rejoint Nancy pour ses études, en choisissant assez logiquement le théâtre : « C’est là que je me sens heureuse et libre » résume-t-elle.

 

 

Au départ, Bérangère Vantusso était actrice. C’est plus tard qu’elle s’est dirigée vers la mise en scène. Plus tard, mais assez rapidement quand même. « Je me suis assez vite rendu compte que ma créativité s’exprimait plus dans mon travail de mise en scène et, progressivement, je n’ai plus joué. Cela ne me manque pas du tout. C’était peut-être une erreur d’aiguillage au départ mais cette formation me sert beaucoup dans la mise en œuvre de mes projets. Cela me permet de mieux communiquer avec les acteurs en ayant moi-même vécu cela de l’intérieur » développe l’artiste.

 

L’encadrement, la mise en forme, sont donc assez naturels chez Bérangère Vantusso. « J’ai un grand plaisir à la synergie, à la convergence des créativités autour d’un projet » glisse-t-elle. Et cela vaut autant pour le montage d’une pièce que pour son rôle au Théâtre Olympia. D’ailleurs, ce poste de directrice n’est pas le premier : avant de rejoindre la Touraine, elle était à la tête du Studio Théâtre de Vitry-sur-Seine en région parisienne. Une aventure qui a duré 7 ans, dans un lieu programmant exclusivement des spectacles jamais montrés ailleurs auparavant. Elle avait également candidaté par deux fois dans d’autres Centres Dramatiques Nationaux avant de voir son dossier retenu à Tours.

« Dans ma lettre de motivation il y avait l’idée de déployer un projet artistique en lien avec un public plus large sur le territoire. Il faut avoir cette question en soi : comment est-ce qu’on partage l’art avec le plus grand nombre » nous explique Bérangère Vantusso. « C’est un travail de fourmi. Cela passe par les artistes que l’on choisit d’accueillir, et leur propre envie de partager. Et puis c’est un travail d’équipe au CDN pour soutenir la création artistique contemporaine, être capable de prendre des risques. Pour moi le propre des artistes est d’amener de l’inattendu, de réveiller des sensibilités et de déranger dans le sens de remettre en question, bousculer. »

 

Si elle ne sera pas complètement dans la ligne tracée par Jacques Vincey ces dix dernières années, la nouvelle directrice du Théâtre Olympia de Tours va tout de même s’appuyer sur son travail, notamment le festival WET° qui consacre un week-end aux créations émergentes au début du printemps (l’édition 2024 aura lieu du 22 au 24 mars). Ce sera d’ailleurs l’un des 4 temps forts de l’année dramatique qu’elle envisage d’articuler autour des 4 saisons, avec des week-ends événementiels au moment des équinoxes et des solstices : lancement de saison à l’automne, un week-end de théâtre bien au chaud pour l’hiver, l’éclosion créative du WET° au printemps et du théâtre hors les murs et en itinérance pour l’été.

 

« Je veux une nouvelle manière d’aller vers le public, que l’on puisse profiter de moments de convivialité, manger au restaurant du théâtre, faire une sieste sonore, venir en famille ou pratiquer un atelier » explique Bérangère Vantusso qui travaille également à multiplier les passerelles avec les autres institutions culturelles locales. Ainsi, elle nous dévoilé en exclusivité la construction d’un cycle artistique italien sur plusieurs mois entre l’automne 2024 et le printemps 2025 avec deux pièces au T°, une expo au Centre de Création Contemporaine Olivier Debré, des soirées jazz italien au Petit Faucheux, un concert italien au Temps Machine à Joué, les films du festival Viva il Cinema, des rencontres et tables ronds avec l’Université, de la danse italienne au CCNT et enfin un événement autour d’un fleuve italien à la guinguette de Tours.

« Ce sera le contraire d’un festival » explique Bérangère Vantusso qui veut renouveler l’expérience de manière annuelle en s’ouvrant à chaque fois aux horizons d’un pays européen différent. Si elle commence avec l’Italie c’est en écho à des racines familiales, à l’envie de faire découvrir une autre langue et en lien avec la situation politique italienne depuis que le pays est dirigé par une première ministre d’extrême droite. « Je suis une Européenne convaincue et je suis persuadée que l’Europe politique passe aussi par la culture. Je veux que l’on observe comment la création est traversée par les changements politiques du moment » nous détaille l’artiste.

 

Ces passerelles entre l’Olympia et d’autres lieux culturels tourangeaux se fera également sur d’autres temps forts de l’année. Ainsi, dès l’ouverture de la saison 2024, le musicien Antonin Leymarie qui signe la bande originale du spectacle Rhinocéros de Bérangère Vantusso sera accueilli en parallèle au Petit Faucheux pour un concert de batterie. « Il vient de la scène jazz électro et un solo » nous détaille la directrice dont la ligne éditoriale globale de programmation nous est présentée comme celle « de l’imaginaire, de la poésie et de l’hybridation des formes. Un théâtre à la fois ancré sur le texte, mais qui a une dimension plastique forte. » Il faut donc s’attendre à des propositions très contemporaines, sans pour autant occulter la présentation de textes classiques « car j’ai conscience que le T° doit assumer cette mission et rester relié au répertoire, notamment pour la jeunesse ».

 

 

Des ambitions que la directrice va devoir mener avec un budget de 3 millions d’€. Une enveloppe stable du point de vue de la somme mais de plus en plus contrainte en raison de la hausse des coûts des spectacles, du transport, des décors… « Tout augmente, sauf les subventions » résumé la directrice qui n’entend pas pour autant réduire la volume annuel de représentations. En revanche, elle compte sur plusieurs leviers pour serrer les budgets comme l’accueil d’artistes pour des cycles de deux représentations, afin de réduire les coûts de déplacements. Mais aussi une meilleure organisation des tournées (qu’un spectacle présenté à Tours poursuive plutôt sa route à Angers qu’à Marseille).

 

 

Autres projets potentiellement rémunérateurs : faire tourner au maximum les créations de la directrice qui rapportent des revenus au théâtre et développer l’atelier de construction de décors, en le rendant encore plus écoresponsable ou en le dotant d’une ressourcerie culturelle (comment recycler les décors ? Comment les réaliser avec des matériaux écoconçus ?) : « Il y a toute une dynamique, toute une réflexion à avoir dans le secteur culturel et il faut que Tours soit moteur dans ce processus » plaide Bérangère Vantusso qui se fixe une ligne : « On va tout faire pour ne pas augmenter le prix des billets. »

 

Propos recueillis par Olivier Collet pour 37 degrés le magazine

 
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Benoît Payan, maire de Marseille : « Nous menons une bataille culturelle »

Benoît Payan, maire de Marseille : « Nous menons une bataille culturelle » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Gilles Rof (Marseille, correspondant) et Fabienne Darge (Marseille, envoyée spéciale) le 19/02/24

 

 

 

Dans un entretien au « Monde », le maire de Marseille insiste sur sa volonté de favoriser à la fois la création et l’accès de tous à la culture.

Lire l'article sur le site du "Monde" :


https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/02/19/benoit-payan-maire-de-marseille-nous-menons-une-bataille-culturelle_6217341_3246.html

Dans son bureau envahi de livres, où une œuvre de Vasarely côtoie un tableau provençal de François Reynaud, Benoît Payan, 46 ans, maire de Marseille, détaille les axes de sa politique culturelle.

 

 

Lire aussi l’enquête | Article réservé à nos abonnés Les ambitions culturelles du Printemps marseillais tardent à éclore
 

Beaucoup d’acteurs du terrain expriment un manque de visibilité de la politique culturelle de la ville. Quelle est votre vision ?

La culture fait partie de ce que je ressens de manière intime. Je dois avoir un regard qui n’est pas celui d’un prescripteur, mais de quelqu’un qui, avec mon adjoint, fabrique un rapport du politique à la culture. En donnant les moyens aux acteurs de ce que je considère être le principal : la création. Il y a aussi, évidemment, l’aide à la diffusion, aux associations, aux objets culturels comme les musées, les bibliothèques. Ici, on essaie de ne pas réduire les budgets de la culture, contrairement à ce qui se fait presque partout ailleurs. C’est un préalable essentiel, dans une ville qui a tout pour réussir une forme d’exploit culturel, par sa position géographique, son histoire, son corps social, la relation qu’elle entretient avec l’acte de créer.

Comment envisagez-vous cette aide à la création ?

Tout part de la compréhension de ce qu’est un acte artistique, et du fait que tout commence à l’école. Il s’agit de promouvoir le plus possible l’accès à la culture, de dire à tout le monde que ce n’est pas un acte interdit. Cet été, on a fait le choix de mettre une scène flottante sur le Vieux-Port, et (La)Horde a présenté Room With a View devant vingt mille personnes. Ce soir-là, je vois des gens qui ne connaissent pas le Ballet national, Rone ou la danse contemporaine, et qui sont pris par des émotions. On a eu devant nos yeux la symbiose entre l’acte créatif et celui qui le reçoit. Pour moi, c’est une victoire. On fait sortir la danse contemporaine du cercle des amateurs pour la rendre populaire.

Que mettez-vous derrière cet objectif affiché de « la culture pour toutes et tous » ?

Envoyer des élèves au musée, constater leur envie de dessiner, de créer, de s’exprimer, c’est fondamental. On doit donner les moyens de créer à ceux qui n’ont pas accès à la culture, à ceux qui n’osent pas. Avoir accès aux théâtres, aux musées, aux livres. Il faut soutenir les associations, mais surtout l’acte de création. Le rapport à la culture est complexe dans l’intime. Au regard de ses fréquentations, des lieux où on a grandi, de savoir si on a une âme créative… Il faut multiplier tous les vecteurs qui permettent la rencontre. Pour l’année prochaine, on a demandé au Musée d’Orsay, à Paris, de nous prêter une quarantaine d’œuvres, et on va mener une opération de médiation pour faire savoir qu’elles sont là.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées en arrivant à la mairie ?

Il a fallu d’abord s’attaquer au fonctionnement des institutions municipales, qui avaient vieilli et s’étaient sédimentées. On recrute, on rouvre, on fabrique. Je veux remplir, remplir, remplir. Rendre les musées gratuits les a ouverts vers un public qui n’y allait pas.

 

Je ne veux pas trop me mêler de l’opéra, parce que c’est ma passion. Je pousse au niveau national pour qu’on puisse être aidés, et obtenir le label « Opéra national en région ». Aujourd’hui, Marseille est la seule ville en France qui apporte 21 millions d’euros pour son seul opéra. Je veux que l’art lyrique redevienne populaire. Nous menons, au sens gramscien du terme, une « bataille culturelle ».

Le budget de l’opéra ne mange-t-il pas une bonne partie des fonds pour la culture ?

Peut-être que l’Etat pourrait se porter en soutien de l’Opéra de Marseille comme il le fait avec l’Opéra de Paris. Si j’avais la moitié des aides – pas en chiffre, en pourcentage – de ce que fait l’Etat à Paris, je me porterais très bien. Il serait temps que l’Etat prenne conscience que mettre 60 % du financement de la culture à Paris est un aveuglement, une hémiplégie. J’ai 400 000 euros par an de subventions du ministère pour l’opéra, là où l’Opéra de Montpellier touche 3,3 millions.

Le milieu culturel s’étonne du fait que le vrai mouvement ne commence que maintenant…

Mieux vaut tard que jamais. J’entends la critique. Personne ici ne nous aide à élaborer une politique culturelle. Il a fallu d’abord nettoyer les écuries d’Augias. On a un passif technique, administratif, juridique et financier qui forme un handicap qu’aucune autre ville ne rencontre.

Pourquoi la culture a-t-elle été quasiment exclue (à part le cinéma) du plan gouvernemental Marseille en grand ?

J’en suis déçu, mais ce n’est pas de mon fait. Je rêvais d’une salle philharmonique à Marseille, sur l’hippodrome de Borély. (La)Horde n’a pas de scène pour jouer. Le cinéma, c’est formidable, mais on aurait dû aller plus loin. La culture coûte beaucoup mais rapporte plus qu’elle ne coûte. Il y a aujourd’hui un affrontement général dans le corps social, et les reculs sur la culture sont des coups de canif dans ce contrat social. C’est un élément stabilisant, un pilier qui nous permet de fabriquer de l’altérité.

 

 

Gilles Rof (Marseille, correspondant) et Fabienne Darge  (Marseille, envoyée spéciale)

 

 

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Denis Llorca, artiste flamboyant

Denis Llorca, artiste flamboyant | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot dans son blog - 17 février 2024

 

Metteur en scène, réalisateur, comédien, il s’est éteint le 15 février. Il aura été, depuis les années 70 et jusqu’à l’an 2000, un homme de théâtre exceptionnel, audacieux poète de la scène.

 

On ne l’oubliait pas. On n’oublie pas les artistes qui vous ont étonné, enthousiasmé, les artistes qui vous ont procuré des émotions profondes et qui ont éclairé pour jamais des œuvres.

Denis Llorca s’est éteint le 15 février. Il aurait eu 75 ans le 16 juillet prochain. Denis Llorca a été l’un des jeunes metteurs en scène les plus étonnants des années 70. Il n’aimait que la haute poésie, à commencer par Shakespeare et Claudel. Il venait d’une famille de comédiens, Son père, René Llorca, dit Serge Lhorca a été surtout un très prolifique acteur de doublage qui est mort il y a plus de dix ans. Sa mère, elle aussi, était comédienne. Geneviève Rhuis joua sous la direction de son fils dans Oh les beaux jours de Samuel Beckett et aussi avec la belle compagnie d’Alain Enjary et Arlette Bonnard. Pour ne citer que quelques étapes. Elle dessinait aussi des costumes et fut longtemps, à Besançon, un professeur excellent.

 

Denis Llorca a trois enfants.  Juan Lorca, travaille dans la danse, la musique, le doublage. Mais on l’a aussi applaudi dans des spectacles, parfois sous la direction de son père, à Alba-la-Romaine ou aux Arènes de Lutèce. Denis Llorca est aussi le père de deux filles, deux artistes aux grands tempéraments et qui sont, comme leurs parents, libres et audacieuses. Odja Llorca est la fille d’Anne Alvaro qui fut l’une des hautes flammes des premières créations de Denis Llorca. Chanteuse à très belle voix, comédienne,   Odja ressemble à sa mère et on a souvent l’occasion de l’applaudir. Sara Llorca, elle, est la fille de Catherine Rétoré. Comédienne, metteuse en scène, fondatrice de compagnies, une très belle artiste, elle aussi. Et entreprenante.

On ne veut pas donner une couleur trop mondaine à cet hommage, mais la galaxie Llorca est lumineuse et on l’admire. Et on pense à toute cette famille rare.

 

Le jeune Denis avait réussi le concours du Conservatoire national supérieur d’art dramatique. Il appartient à la promotion 1969. Une génération très fertile, très sensible, des personnalités qui sont curieuses de tout et passionnées par la littérature. On ne refera pas ici tout le parcours de Denis Llorca, mais il signe ses premiers spectacles avec une fougue inoubliable. Llorca c’est le cœur, c’est la flamme, c’est l’intelligence d’un homme de troupe. Anne Alvaro est de toutes les aventures shakespeariennes engagées à l’orée des années 70. Dès 1969, il monte et joue Roméo et Juliette. Dès cette époqueil va vers le jeune Claudel de Tête d’Or. Là aussi, il joue et met en scène. Un lyrique, Denis Llorca. Qui dès ses premières mises en scène parvient à donner une idée magnifique des poètes, mais sans décors extravagants. En donnant quelques signes, en s’appuyant sur la langue et les interprètes.

 

Tous ses spectacles seront marqués par cette esthétique et par l’engagement des comédiens. A la toute fin de son chemin de metteur en scène, il signera une autre mise en scène de Roméo et Juliette, en 2007, dans le cadre du théâtre que Jean-Luc Jeener fait vivre avec force et cœur, avec le même amour du théâtre et des grands textes et des comédiens, au Théâtre du Nord-Ouest, à Paris.

 

 

On l’avait retrouvé, plusieurs saisons auparavant aux Arènes du Lutèce, au cœur du 5ème arrondissement, déployant dans ce bel espace de grands romans et notamment Les Misérables de Victor Hugo. Ce fut superbe et si l’on se souvient bien il y avait dans la distribution son fils et l’une de ses filles.

Après son Tête d’Or qu’il aimait depuis l’adolescence, il monta surtout son très cher Shakespeare, La Nuit des rois, Henri IV, Falstaff, Hamlet, et plus tard Kings qu’il nommait son « adieu à Shakespeare » en 1988/ Mais il mit en scène pourtant encore la version lyrique, par Verdi, de Falstaff, en 1982, à l’Opéra de Lyon. Et monta plus tard d’autres pièces du grand Will.

 

En cette année-là, il est nommé directeur du centre dramatique national de Besançon et de Franche-Comté. En été 1982, il met en scène une adaptation superbe, longue, en deux parties, des  Possédés de Dostoïevski. Le décor, une grande et splendide verrière, lui joue un mauvais tour : le mistral, une nuit, abat la haute paroi…Mais l’essentiel est dans nos mémoires : Maria Casarès, qui aimait profondément Denis Llorca et la distribution, avec des comédiennes et comédiens dont certains ne diront rien aujourd’hui aux plus jeunes, même les apprentis comédiens qui ne cultivent pas les mémoires.  Lui-même joue Stavroguine), et il y a Michel Vitold, Nada Strancar, Françoise Thuriès, Catherine Rétoré, Jean-Paul Farré, Bernard Ballet. De grandes voix lyriques comme l’était Alain Cuny qui l’aimait aussi beaucoup et travailla avec le jeune voyant que fut Llorca.

 

 

Dans ce grand parcours des planches, il trouve l’énergie de signer des films. Et il y avait en lui un très grand réalisateur, Un héritier des grands réalisateurs des débuts de cet art.

 

Denis Llorca aimait les épopées. Qui s’étonnera qu’il ait monté une adaptation des Chevaliers de la Table Ronde. Et puis, évidemment, il a abordé, Cyrano de Bergerac comme Les Mille et une nuits, mais aussi Sophocle et Mozart. Bref, un immense homme de culture aux curiosités immenses, pétri de savoir mais aussi sachant briser avec les convenances, un inventeur, un innovateur. Comédien, il a toujours gardé le fluide d’un jeune romanesque, un jeune premier. Et même plus « vieux », mais jamais résigné, il gardait un enthousiasme, un désir de partager.

Quelqu’un que les tutelles auraient dû soutenir sa vie durant. Ce fut loin d’être le cas.

 

 

Sa famille, ses amis, lui diront adieu au crématorium de Vernouillet, mercredi 21 février, à 17h30.

 

Armelle Héliot 

 

Lire l'hommage de Gilles Costaz dans Webthéâtre 

 

 

Né en 1949, Denis Llorca est mort ce 15 février. Il était étrangement oublié, comme s’il avait choisi de rester dans l’ombre après une carrière fracassante dans les années 70-90. Pourtant il faisait encore quelques mises en scène, mais en des lieux moins repérés comme le théâtre antique d’Alba-la-Romaine – dont il fut une sorte de directeur artistique - ou le théâtre du Nord-Ouest à Paris. Il tenait aussi beaucoup de rôles à l’écran. Dans cette deuxième partie de sa vie, plus obscure, Daniel Benoin lui fit jouer Arnolphe dans L’Ecole des femmes de Molière à Saint-Etienne en 1996 : sa composition fut remarquable, faite d’énergie, de violence et de douleur.


Il fut une grande figure de la mise en scène à partir de son Roméo et Juliette au théâtre de l’Ouest parisien en 1969 et tout au long de son éclatante direction du Centre théâtral de Franche-Comté à Besançon. D’une part, il créa des spectacles mémorables qui vinrent à Paris et dans les festivals, tels ses cycles Kings d’après Shakespeare en 1979 et Quatre saisons pour les chevaliers de la Table ronde en 1986 ou son adaptation des Démons de Dostoïevski, en deux soirs, avec Maria Casarès, en 1982 : ce diptyque fut repris avec succès à Avignon et Paris en 1982. D’autre part, il forma toute une génération d’acteurs : Anne Alvaro, avec qui il vécut, s’imposa d’abord sur la scène de Besançon.
II mit aussi en scène, brillamment, des opéras : Falstaff (1982),  Cosi fan tutte au festival d’Aix-en-Provence (1988).

 


Il était le fils d’un acteur et il fut le père d’acteurs qui comptent aujourd’hui : Sarah Llorca (sa mère est Catherine Rétoré), Odja Llorca (sa mère est Anne Alvaro) et Juan Llorca. Il aimait les poètes, Claudel, Shakespeare, le lyrisme et la démesure. Rien que la liste complète des œuvres dont il se chargea avec une passion sans prudence constitue la bibliothèque des plus hauts esprits du théâtre mondial.

 

Gilles Costaz / Webthéâtre

 

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A l’Athénée-Théâtre Louis-Jouvet, à Paris, un « Pelléas et Mélisande » en forme de fait divers, intimiste et violent

A l’Athénée-Théâtre Louis-Jouvet, à Paris, un « Pelléas et Mélisande » en forme de fait divers, intimiste et violent | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marie-Aude Roux dans Le Monde - 17 février 2024

 

L’unique opéra de Debussy, dans sa version pour piano réalisée par le compositeur, est présenté, jusqu’au 25 février, dans une mise en scène signée Moshe Leiser et Patrice Caurier.


Lire l'article sur le site du "Monde : 

https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/02/17/a-l-athenee-theatre-louis-jouvet-a-paris-un-pelleas-et-melisande-en-forme-de-fait-divers-intimiste-et-violent_6217105_3246.html

Lancée par la Fondation Royaumont et créée il y a plus d’un an à Toulon, avant Orléans et Clermont-Ferrand, cette production de Pelléas et Mélisande, de Debussy (1862-1918), dans sa version pour piano, est enfin accueillie à Paris, à l’Athénée-Théâtre Louis-Jouvet, jusqu’au dimanche 25 février. Le compositeur tenait beaucoup à cette transcription pour clavier de son unique opéra, réalisée et amendée de sa main à mesure que les répétitions et représentations lui imposaient réécritures et corrections, dont témoignent les partitions publiées en 1902 chez Fromont, puis chez Durand en 1905 et en 1907. La bibliothèque musicale François-Lang possède d’ailleurs deux exemplaires de la première édition pour piano, ainsi que celui d’une partition d’orchestre (1904) bourrée de notations autographes à l’encre et au crayon. C’est dire si la quête debussyste s’inscrit au cœur de la Fondation Royaumont, qui célèbre son soixantième anniversaire.

 

A jardin, un grand piano à queue, un petit canapé à cour, et en fond de scène, une palissade en bois percée d’une porte : les metteurs en scène Moshe Leiser et Patrice Caurier possèdent parfaitement leur Pelléas, déjà monté dans les grandes largeurs au Grand Théâtre de Genève il y a vingt ans, avec rien de moins dans les rôles-titres que Simon Keenlyside et Alexia Cousin, avec le Golaud de José Van Dam. Ils ont cependant trouvé un intérêt majeur à remettre l’ouvrage sur le métier, comme si leur était offerte, à l’instar de Debussy contenant l’efflorescence orchestrale aux seules touches du piano, l’expérimentation d’une excitante ascèse scénique.

 

Car réduction ne rime pas avec appauvrissement, bien au contraire. Il en va parfois de la musique comme de ces brouets dont les parfums et les saveurs se concentrent au fur et à mesure de l’évaporation. C’est ainsi que, rejoignant une forme de symbolisme propre à la poésie de Maeterlinck (auteur du livret), ils ont réduit l’espace à quelques objets. Ainsi le canapé, sur lequel se love d’abord une Mélisande en fuite et en pleurs, se fait tour à tour fontaine de la rencontre amoureuse avec Pelléas, grotte sombre où s’affrontent les demi-frères rivaux, puis lieu de rendez-vous meurtrier du dernier soir, et enfin lit de mort de Mélisande. Le petit Yniold y pleure aussi sa balle perdue, les moutons qu’on emmène à la mort et le bonheur enfui.

 

Le piano constitue bien sûr un pôle d’attraction. Personnage à part entière qui ordonnance le jeu subtil entre commentaire, ambiance et narration, semblant modeler une parole chantée dont la prosodie jaillit d’une façon fraîche et naturelle. Tout à la fois paysage, décor, dramaturge, il mène le tragique à son terme, construisant également sur le plan visuel une sorte de second plateau. Dès l’entrée, Golaud, visiblement ivre, y prend appui, une bouteille à la main. C’est assise en hauteur sur le large couvercle noir que Mélisande arrange ses cheveux à la fenêtre de la tour, avant de se coucher, demi-nue, pour une érotique scène qui voit Pelléas se fondre dans sa chevelure.

Une force d’incarnation

La direction d’acteurs, d’une justesse, d’une précision et d’une violence inouïes, tient court la bride du drame. Que ce soit dans le quasi-enlèvement de Mélisande par Golaud, la jalousie qui l’oppose à son jeune demi-frère, Pelléas, tué d’une balle dans la tête, ou les violences conjugales qu’il inflige à sa femme enceinte, d’autant plus saisissantes que Mélisande est battue à moitié cachée derrière le cadre de l’instrument. Le fauteuil roulant du vieil Arkel passera à Golaud, blessé par une chute de cheval, puis à Mélisande mourant dans un dernier soleil couchant avant les grands froids de l’hiver.

 

Loin de l’imagerie symboliste souvent associée au texte de Maeterlinck, Moshe Leiser et Patrice Caurier ont privilégié l’intimité pragmatique de ce qui pourrait être un simple fait divers, poussant même quelques détails à une vraisemblance quasi incongrue. Ainsi le nourrisson noir mis au monde par Mélisande : son mari, Golaud, est effectivement interprété par Halidou Nombre, baryton originaire du Burkina Faso dont l’imposante présence physique, l’engagement scénique et le talent d’acteur impressionnent, même si le soutien de la ligne de chant et de l’intonation restait perfectible en ce soir de première.

 

Ce n’est pas le cas de Marthe Davost, dont la Mélisande de grâce et de chair confère à l’héroïne une force d’incarnation loin des évanescences dont se voit parfois parée la mystérieuse héroïne de Debussy. Non plus que du Pelléas tendre et véhément de Jean-Christophe Lanièce, amoureux tout sauf évanescent, et d’une grande musicalité. Entre innocence et gravité, le petit Yniold torturé de Cécile Madelin est un régal de jouvence, tandis que Marie-Laure Garnier campe une Geneviève voluptueuse, d’une noblesse et d’une clarté prosodique exceptionnelles, le vieil Arkel de Cyril Costanzo se révélant d’autant plus compassionnel et touchant qu’il se voit dépassé par les événements. Il aura ce beau geste final, roulant vers le piano assis dans son fauteuil, de lever les mains en une esquisse de direction d’orchestre, bénédiction apportée bien sûr à la partition mais aussi à son superbe interprète, le pianiste Martin Surot, dont les doigts de magicien semblent réveiller la musique au fur et à mesure qu’elle avance.

 

 

Pelléas et Mélisande, de Debussy. Avec Jean-Christophe Lanièce, Marthe Davost, Halidou Nombre, Cyril Costanzo, Marie-Laure Garnier, Cécile Madelin, Moshe Leiser et Patrice Caurier (mise en scène), Christophe Forey (lumière), Sandrine Dubois (costumes), Martin Surot (piano, en alternance avec Jean-Paul Pruna).

 

Athénée-Théâtre Louis-Jouvet, Paris 9e. Jusqu’au 25 février.

 

Marie-Aude Roux / LE MONDE

 

 

Légende photo : Mélisande (Marthe Davost) et Pelléas (Jean-Christophe Lanièce), dans « Pelléas et Mélisande », à l’Athénée-Théâtre Louis-Jouvet, à Paris, en février 2024. GUILLAUME CASTELLOT

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