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July 2, 6:45 AM
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Avignon off - Une sélection de spectacles 

Avignon off - Une sélection de spectacles  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Avignon - sélection du off 2026 par Alain Neddam

Important : cette sélection de spectacles est forcément subjective et incomplète. Elle se base sur une expérience personnelle de spectateur, comporte – nécessairement - des oublis et ne porte pas de jugement sur des artistes, des projets qui auraient échappé à ma vigilance. Mise à jour au 01/07/26

Cette sélection est un simple outil offert gratuitement aux professionnels présents à Avignon et aux festivaliers. Les artistes et les compagnies mentionnés ne doivent pas en faire état dans leur communication. Les compagnies et spectacles non mentionnés m'excuseront par avance de ne pas les connaître ou d'avoir oublié de les citer.

 

 

1 - Spectacles vus et aimés

 

 

 

10H00

 

10h15 La Factory (Salle Tomasi) du 4 au 25 juillet (sauf les 9, 16 et 23)

L'ENTREMONDES ou le lac de l'oubli, texte et mise en scène Charles van de Vyver

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8941-l-entremondes-ou-le-lac-de-l-oubli

https://cult.news/scenes/theatre/lentremondes-charles-van-de-vyver-met-son-pere-en-garde/

 

 

10h15 Le Train bleu du 4 au 23 juillet (sauf 10 et 17)

FORCENES, de Philippe Bordas, mise en scène Jacques Vincey

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8106-forcenes

https://www.envotrecompagnie.fr/accompagnement-administration-production/jacques-vincey/forcen%C3%A9s/

 

 

 

10h15 Le 11 du 6 au 23 juillet (sauf les 10 et 17)

L'ART D'ETRE MON PERE de et par Julie Timmermann

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8666-l-art-d-tre-mon-pre

https://www.idiomecanictheatre.com/l-art-d-etre-mon-pere

 

 

11h00

11h05 Le Train Bleu (du 4 au 23 sauf 10 et 17)

LE PROJET BARTHES, cours de R. Barthes, mise en scène Sylvain Maurice, avec Vincent Dissez

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9077-le-projet-barthes

https://sylvainmaurice.fr/spectacles/le-projet-barthes

 

 

 

11h15 Présence Pasteur du 4 au 25 juillet (sauf les 9, 16 et 23)

J'AI SAIGNE de Blaise Cendrars, par Jean-Yves Ruf, mise en scène J-Chr. Cochard

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9336-j-ai-saign

https://www.journal-laterrasse.fr/jean-yves-ruf-porte-a-la-scene-jai-saigne-de-blaise-cendrars-un-temoignage-douloureux-de-la-premiere-guerre-mondiale/

https://www.youtube.com/watch?v=ccz__msqi5k

 

 

11h30 Le 11 – du 6 au 23 (sauf les 10 et 17)

[poíēsis] de Florian Goetz et Jérémie Sonntag

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8243-posis

https://sceneweb.fr/poiesis-florian-goetz-jordan-sajous-jeremie-sonntag/

 

11h30 La Factory - les, 3, 5, 7, 10, 12, 14, 17, 19, 21 et 24 juillet

DANS TES REVES de et par Matthieu Lemeunier, mise en scène Alexandre Philip

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8122-dans-tes-rves

https://www.grandioseetordinaire.fr/artistes/dans-tes-reves/

 

 

11h35 La Manufacture du 4 au 12 juillet (sauf le 9)

AU BON PASTEUR (Peines mineures) de Sonia Chiambretto, mise en scène Marcial di Fonzo Bo

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8818-au-bon-pasteur-peines-mineures-2

https://sceneweb.fr/ines-quaireau-dans-au-bon-pasteur-peines-mineurs-2-de-sonia-chiambretto/

https://vimeo.com/1182913352

 

 

11h55 Théâtre des Carmes du 4 au 25 juillet (sauf le 8, 15 et 22)

HCHOUMA BLUES texte et mise en scène Hicham Boutahar 

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9902-hchouma-blues

https://www.youtube.com/watch?v=PUU9aCEDseQ

https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/12/05/avec-hchouma-blues-hicham-boutahar-place-les-violences-policieres-au-c-ur-de-son-amphitheatre-politique_6656141_3246.html

 

12H00

 

12h30 Théâtre du Chêne Noir du 4 au 25 juillet (sauf les 6, 13 et 20)

LE CONTE D'HIVER, de W. Shakespeare, nouvelle traduction de Clément Camar-Mercier,

mise en scène Sandrine Anglade

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8233-le-conte-d-hiver

 

12h35 Le Train Bleu, du 4 au 23 juillet (sauf 10 et 17)

NOS ASSEMBLEES d'Elise Chatauret et Thomas Pondevie

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8748-nos-assembles

https://sceneweb.fr/nos-assemblees-delise-chatauret-thomas-pondevie/

 

 

12h40 La Manufacture, du 4 au 21 juillet (sauf 9 et 16)

5 SECONDES de Catherine Benhamou, mise en scène Hélène Soulié

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9523-5-secondes

https://sceneweb.fr/maxime-taffanel-dans-5-secondes-de-catherine-benhamou-une-mise-en-scene-dhelen/

 

 

13h00

14h00

 

14H00 Théâtre Transversal du 4 au 25 juillet (sauf les 8, 15 et 22)

KATSUJIN KEN Le sabre qui donne la vie, conception Stéphane Facco et Yan Allegret

(ancien titre : SOLO ARTS MARTIAUX)

Direction d’acteur Stéphane Facco - Jeu Yan Allegret

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9617-katsujin-ken-le-sabre-qui-donne-la-vie

https://unfauteuilpourlorchestre.com/solo-arts-martiaux-texte-et-mise-en-scene-de-yan-allegret-au-theatre-de-belleville/

 

 

14h20 Le Train bleu - du 4 au 23 juillet (sauf 10 et 17)

DOLEANCES (La Fable de l'écoute), mise en scène Stanislas Roquette

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9426-dolances

https://www.journal-laterrasse.fr/stanislas-roquette-adapte-et-met-en-scene-les-cahiers-de-doleances-du-grand-debat-national-de-2019-avec-doleances/

 

 

14h40 Reine blanche du 4 au 22 (sauf 9 et 16)

L'AFFAIRE ROSALIND FRANKLIN d'Elisabeth Bouchaud, mise en scène Julie Timmerman

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8861-l-affaire-rosalind-franklin

 

 

14h45 Le Train Bleu du 5 au 23 juillet (jours impairs)

GARCON FIEVRE de Jeanne Lazar et Timothée Lerolle

https://theatredutrainbleu.fr/festival-2026/garcon-fievre/

https://www.journal-laterrasse.fr/dans-garcon-fievre-jeanne-lazar-et-timothee-lerolle-interrogent-la-nature-de-la-passion-en-racontant-les-annees-sida-dapres-un-entretien-avec-tim-joanny-madesclaire/

 

15h00

 

15h05 Le 11 du 4 au 23 (sauf les 10 et 17)

MAINTENANT JE N'ECRIS PLUS QU'EN FRANCAIS, de et par Viktor Kyrylov

https://www.11avignon.com/fr/maintenant-je-necris-plus-quen-francais

https://mlascene-blog-theatre.fr/critiques/theatre/critique-maintenant-je-necris-plus-quen-francais-viktor-kyrylov/

 

 

16h00

 

16h20 Reine blanche du 4 au 22 (sauf 9 et 16)

LA DECOUVREUSE OUBLIEE d'Elisabeth Bouchaud, mise en scène Julie Timmerman

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8860-la-dcouvreuse-oublie

https://sceneweb.fr/marie-christine-barrault-dans-la-decouvreuse-oubliee-delisabeth-bouchaud/

 

16h40  Théâtre des Halles du 4 au 25 juillet (sauf 8, 15, 22)

Là PERSONNE, de et par Geoffrey Rouge-Carrassat

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9559-l-personne

https://coupsdoeil.fr/2025/12/la-personne-geoffrey-rouge-carrassat-critique/

 

16h50  Train Bleu (au jardin de l'ancien Carmel) du 5 au 23 juillet (sauf 8, 15, 22)

SILLAGES de Léo Ricordel et Quentin Beaufils (cirque de création)

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9431-sillages

https://www.journal-laterrasse.fr/sillages-de-leo-ricordel-et-quentin-beaufils-croise-documentaire-musique-cirque-danse-theatre/

 

17h00

 

17h10 Le 11 du 4 au 23 (sauf les 10 et 17)

VOYAGE EN ATAXIE de Gilles Ostrowsky, mise en scène Sophie Cusset et Gilles Ostrowsky

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9295-voyage-en-ataxie

https://www.journal-laterrasse.fr/voyage-en-ataxie-du-regrette-gilles-ostrowsky-un-spectacle-ou-malgre-le-tragique-le-rire-deploie-sa-force/

 

 

17h45 La Manufacture du 4 au 29 juillet (sauf les 9 et 16)

QUAND ON DORT ON N'A PAS FAIM de et par Anthony Martine

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8548-quand-on-dort-on-n-a-pas-faim

https://sceneweb.fr/anthony-martine-dans-quand-on-dort-on-na-pas-faim/

 

18h00

 

18H00 Reine Blanche du 4 au 22 juillet (sauf 9 et 16)

ENQUETE DE FAMILLE d'après Jacques Attali, mise en scène Elisabeth Bouchaud et Benoit di Marco

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8858-enqute-de-famille

https://www.reineblanche.com/calendrier/avignon/enquete-de-famille

 

 

19h00

 

19h10 Reine Blanche du 4 au 22 juillet (sauf 9 et 16)

LA TRILOGIE DU TROISIEME TYPE (trois spectacles de et par Mickaël Délis)

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9010-la-trilogie-du-troisime-type

https://sceneweb.fr/les-paillettes-de-leur-vie-ou-la-paix-demenage-de-mickael-delis/

 

20h00

 

20H25 Le Train Bleu du 4 au 23 juillet (sauf 10 et 17)

NOTRE HISTOIRE (se répète) de Jana Klein, mise en scène et jeu Jana Klein et Stéphane Schoukroun

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9671-notre-histoire-se-rpte

https://s-vrai.com/spectacles/notre-histoire-se-repete/

 

 

20h50 Le 11 du 4 au 23 juillet (sauf les 10 et 17)

BARBARA (PAR BARBARA) d'après les entretiens de Barbara, par Marie-Sophie Ferdane,

mise en scène Emmanuel Noblet

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8110-barbara-par-barbara

https://www.journal-laterrasse.fr/emmanuel-noblet-dirige-marie-sophie-ferdane-et-olivier-marguerit-dans-barbara-par-barbara-un-petit-bijou/

 

20h50 Théâtre Transversal du 4 au 24 juillet (sauf 8 et 22) Jours pairs

ET SI JE N'AVAIS JAMAIS RENCONTRE JACQUES HIGELIN, écriture Zoon Besse et Guillaume Barbot

Mise en scène Guillaume Barbot

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8709-et-si-je-n-avais-jamais-rencontr-jacques-higelin

https://www.journal-laterrasse.fr/et-si-je-navais-jamais-rencontre-jacques-higelin-un-temoignage-intime-du-comedien-zoon-besse-accompagne-par-la-poesie-de-guillaume-barbot/

 

 

20h50 Théâtre Transversal du 5 au 25 juillet (sauf le 15) Jours impairs

ON A FORT MAL DORMI, d'après le livre de Patrick Declerck

Mise en scène Guillaume Barbot

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8708-on-a-fort-mal-dormi

https://www.journal-laterrasse.fr/on-a-fort-mal-dormi-2/

 

20H50 Au Vieux Balancier du 3 au 25 juillet (sauf 8, 15 et 22)

EL MAESTRO d'Aziz Chouaki, par Mouss Zouheyri

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/10286-el-maestro

https://www.journal-laterrasse.fr/mouss-zouheyri-fait-resonner-la-langue-jouissive-et-bouillante-de-son-ami-aziz-chouaki-dans-el-maestro/

 

 

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Avignon Off 2026 - Sélection AN

Pas encore vu mais intéressant, inscrit sur mon programme

 

 

 

10H00

10h00 Le Train Bleu (Salle Maif par navette du théâtre) du 4 au 23 juillet sauf les 5, 12 et 19

REQUIN VELOURS texte et mise en scène Gaëlle Axelbrun

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8765-requin-velours

https://www.journal-laterrasse.fr/requin-velours-de-la-jeune-autrice-et-metteuse-en-scene-gaelle-axelbrun-une-revelation/

 

 

10h00 Le 11 du 4 au 23 juillet sauf les10 et 17

SPIRITUEUX de et par Laurent Cazanave, mise en scène Audrey Bertrand et Laurent Cazanave

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9292-spiritueux

https://www.journal-laterrasse.fr/avec-spiritueux-laurent-cazanave-aborde-sans-didactisme-un-sujet-essentiel-lalcool/

 

 

 

10h00 La Scala Provence du 4 au 25 (sauf le 6, 13 et 20)

LE TARTUFFE de Molière, par le Nouveau Théâtre populaire, mise en scène Léo Cohen – Paperman

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8449-le-tartuffe

https://nouveautheatrepopulaire.fr/le-tartuffe/

 

 

 

10h30 La Manufacture (du 4 au 21 juillet, sauf les 9 et 16)

LES AVEUGLES de Maeterlinck, spectacle en réalité virtuelle de Julien Dubuc

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9577-les-aveugles

https://www.youtube.com/watch?v=UGLzVY3RTFs

 

 

11h00

11h00 Le Train Bleu du 5 au 23, jours impairs

SOPRANE de David Gauchard

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9482-soprane

https://www.youtube.com/shorts/nKzB7xYN468

 

 

12H00

 

12h35 Le Train Bleu du 4 au 22 juillet (jours pairs)

FAKE de Claudine Galéa, mise en scène Emilie Lafarge

https://theatredutrainbleu.fr/festival-2026/fake/

https://www.tnn.fr/fr/spectacles/saison-2025-2026/fake

 

13h00

 

13h30 Le Train bleu - du 4 au 19 juillet (sauf 10 et 17)

UN SOUPCON (dégustation cinématographique à l'aveugle)

Texte et mise en scène Julien Fišera, interprétation Martin Nikonoff 

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8721-un-soupcon-degustation-cinematographique-a-l-aveugle

https://www.compagnieespacecommun.com/un-soupcon

 

 

 

13H50 La Scala Provence du 4 au 25 juillet (sauf les 6, 13 et 20)

PEU IMPORTE de Marius von Mayenburg, mise en scène Robin Ormond

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8181-peu-importe

https://lascala-provence.fr/programmation/peu-importe/

 

 

14h00

 

14h00 le 11 - du 4 au 23 juillet (sauf 10 et 17)

ALIF texte et mise en scène Abdelwaheb Sefsaf

https://www.11avignon.com/programmation/alif

https://coupsdoeil.fr/2026/04/alif-abdelwaheb-sefsaf-critique/

 

 

14h05 Le Train bleu - du 5 au 23 juillet (sauf le 5, 12, 19)

ROMANCE de Catherine Benhamou, mise en scène Heidi-Eva Clavier 

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9638-romance

https://sceneweb.fr/romance-catherine-benhamou-heidi-eva-clavier/

 

 

14h30 au Totem du 7 au 23 juillet (sauf le 12 et 19)

IMMOBILE ET REBONDI de et par Betty Bone et Sylvère Lamotte ( jeune public à partir de 3 ans)

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8136-immobile-rebondi-2

https://www.cie-lamento.fr/portfolio/immobile-rebondi-1/

 

 

15h00

15h00 à la Chartreuse du 7 au 13 juillet

TEEN PLAY de Marcos Carames Blanco, mise en scène Nathalie Bensard (jeune public à partir de 10 ans)

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8330-teen-play

https://compagnielarousse.fr/teen-play/

 

 

15h15 Le Totem du 7 au 23 juillet

ALLEZ, OLLIE ! A L'EAU ! De Mike Kenny, mise en scène Audrey Bonnefoy (jeune public de 6 à 10 ans)

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8738-allez-ollie-a-l-eau

https://vimeo.com/1119761090?fl=pl&fe=sh

 

16h00

17h00

18h00

 

18H00 - VILLENEUVE EN SCENE – Plaine de l'Abbaye du 9 au 21 juillet (sauf le 15)

PETIT QUELQU'UN de Catherine Monin, mise en scène Julien Duval (jeune public à partir de 8 ans)

https://www.festivalvilleneuveenscene.com/programmation/petit-quelquun/

https://lesyndicatdinitiative.fr/petit-quelquun

 

19h00

19h00 : Théâtre des Halles du 4 au 25 juillet (sauf 8, 15 et 22)

LE CLOWN COMME UN POEME, par François Cervantès et Catherine Germain

https://www.theatredeshalles.com/spectacles/le-clown-comme-un-poeme-2/

 

19h35 le 11 - du 6 au 23 juillet (sauf 10 et 17)

TANTO POCO de Marco Lodoli, mise en scène et interprétation Cécile Garcia-Fogel

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9286-tanto-poco

https://coupsdoeil.fr/2026/02/tanto-poco-marco-lodoli-cecile-garcia-fogel-critique/

 

 

19h45 : Théâtre des Doms du 4 au 25 juillet (sauf 8, 15 et 22)

RUMBA d'Ascanio Celestini, jeu David Murgia 

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9462-rumba

https://sceneweb.fr/rumba-dascanio-celestini-et-david-murgia/

 

20h00

 

20H30 - VILLENEUVE EN SCENE – Plaine de l'Abbaye du 8 au 21 juillet (sauf les 12, 15, et 19)

OSTINATO, par la Cie Akoreacro (cirque de création)

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9095-ostinato

 

 

20H30 - LA SCIERIE - du 5 au 25 juillet (jours impair)

LE SONGE D'UNE NUIT D'ETE de W. Shakespeare, mise en scène Arnaud Anckaert

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8272-le-songe-d-une-nuit-d-ete

https://www.theatreduprisme.com/le-songe-d-une-nuit-d-ete

 

 

21h00

22h00

 

22h00 VILLENEUVE EN SCENE – Plaine de l'Abbaye du 9 au 20 juillet (sauf le 15)

CARBONE DE Julien Duval, Carlos Martins et Bénédicte Simon, mise en scène Julien Duval

https://www.festivalvilleneuveenscene.com/programmation/carbone/

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9123-carbone

 

 

23h00

23H00 La Manufacture du 10 au 15 juillet

CHERE IJEAWELE, OU UN MANIFESTE POUR UNE EDUCATION FEMINISTE

Lecture musicale par Ludmilla Dabo

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/10044-chre-ijeawele-ou-un-manifeste-pour-une-ducation-fminist

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September 2, 2018 4:11 AM
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Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre

Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre | Revue de presse théâtre | Scoop.it

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Au fait, et ce tableau en trompe-l'oeil qui illustre le blog ? Il s'intitule  Escapando de la critica, il date de 1874 et c'est l'oeuvre du peintre catalan Pere Borrel del Caso

 

Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 9:31 AM

Peut être utile au lycée

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October 28, 9:49 AM
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A Evreux, le Tangram, poumon culturel de l’Eure, amputé de 40 % de son budget artistique et de sa directrice 

A Evreux, le Tangram, poumon culturel de l’Eure, amputé de 40 % de son budget artistique et de sa directrice  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne-Laure Pineau -  Libération -  Publié le 26 oct. 2026

 

Avec 354 000 euros en moins sur son budget, la structure normande devra réduire ses activités et sa programmation. Une baisse d’activité qui pénaliserait l’ensemble du département.

 

Evreux : au creux des vallons de l’Eure et au bout de la piste d’une importante base aérienne, la préfecture de moins de 50 000 habitants règne sur une mer de pâtures. Disséminés le long du petit canal de l’Iton, le théâtre Legendre estampillé scène nationale, la salle de musiques actuelles le Kubb et le centre des congrès du Cadran. Trois structures qui forment le poumon culturel du département, rassemblées sous une seule et même entité – le Tangram.

 

 

Mais celle-ci est en péril. Le 9 octobre dernier, lors de la réunion du conseil d’administration, deux annonces ont fait l’effet d’une bombe. Non seulement la directrice du Tangram Valérie Baran ne sera pas reconduite pour répondre à «un souhait de renouvellement du projet» venant de la mairie d’Evreux et suivie par les partenaires institutionnels, alors que son bilan venait d’être unanimement salué. Mais le lieu va de plus subir une baisse générale de toutes ses subventions : 354 300 euros au total soit 40 % de son budget artistique (moins 11 % pour la ville d’Evreux, moins 16,7 % pour la communauté d’agglomération, moins 10 % pour le département, moins 15,2 % pour la région et moins 11,5 % pour l’Etat).

 

Depuis 2019, Valérie Barran chapeautait cette institution qui forme la ligne de vie des actions culturelles sur le territoire, fait vivre de nombreux intermittents et tourner des commerces. Marionnette, danse, cirque, rap engagé ou théâtre documentaire, plus de 70 000 spectateurs et spectatrices ont profité cette année de 330 dates offrant une proposition diversifiée. Un agenda enrichi depuis cinq ans par le Festival Les Anthroposcènes, alliant écologie et arts vivants, et qui a permis à certains fans de sciences et de culture de mettre Evreux sur la carte de France…

 

«Tout le monde s’inquiète»

Même si la baisse des subventions du Tangram s’inscrit dans un contexte de coupes généralisées au niveau national, la situation à Evreux semble inextricable : comment maintenir les objectifs d’une scène nationale avec la moitié des moyens alloués et comment recruter une nouvelle direction dans ces conditions ? «Cette décision est incompréhensible et la seule solution qu’a trouvée la direction pour s’en sortir, c’est d’annuler Les Anthroposcènes et de fermer les trois établissements de juin 2027 à janvier 2028 : six mois de fermeture pour des équipements neufs», soutient Faustine Le Bras, personnalité qualifiée présente au CA. Du côté du personnel, qui fait corps derrière sa directrice, l’heure est à l’inquiétude : «L’avenir au Tangram semble compromis pour les salariés en poste ainsi que pour les 46 vacataires et les 97 intermittents (dont 66 techniciens). Sans compter les hôtels, restaurants, le brasseur et les acteurs de la médiation culturelle… Tout le monde s’inquiète pour la culture à Evreux», soutient Aline Villeneuve, représentante du personnel du Tangram. «Le Tangram, c’est 33 % de mon chiffre d’affaires, je venais d’embaucher en CDI en prévision de la prochaine saison… Je ne sais pas comment je vais m’en sortir», craint Jules Perlini à la tête du service traiteur et catering Marie Kurry.

 

 

A l’appel du Syndeac, une mobilisation nationale est prévue le 19 novembre prochain pour alerter sur une situation loin d’être locale. Selon Sandrine Mini, vice-présidente du premier syndicat des entreprises du spectacle vivant public, le sujet, à Evreux, n’est pas qu’économique : «Ce que l’on devine entre les lignes, c’est que la programmation – jugée trop «woke», trop écolo – sur la scène nationale et la salle de musiques actuelles a motivé la mairie, qui a obtenu le revirement de la Drac. Pourquoi prendre le risque de priver les habitants d’une programmation culturelle ? C’est très grave, dans l’histoire de la décentralisation jamais je n’ai vu une position aussi violente, un département entier n’aura plus rien à voir et à entendre et on s’en fout.»

 

 

Par la voix de son service communication, la région, présidée par Hervé Morin (Les Centristes), justifie un choix attentiste : «La région Normandie maintient avec force et volontarisme son soutien à l’écosystème culturel normand, elle ne peut cependant maintenir des financements à l’identique quand le retrait local de financements rend incertain les contours du projet. Elle prend donc acte par cette baisse du retrait des cofinanceurs et du redimensionnement du projet.» Sollicité à plusieurs reprises, le maire d’Evreux Guy Lefrand (ex-LR) également vice-président du conseil régional et président de la communauté d’agglomération, n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Mis à jour le 27 octobre à 11h54 avec la précision suivante : la baisse de 40% concerne le budget artistique du Tangram.
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October 25, 7:07 AM
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Alain Françon, metteur en scène : « Je voulais bouffer de la culture bourgeoise pour pouvoir prendre la parole »

Alain Françon, metteur en scène : « Je voulais bouffer de la culture bourgeoise pour pouvoir prendre la parole » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Sandrine Blanchard dans Le Monde - 25 octobre 2026

 

« Je ne serais pas arrivé là si… » Chaque semaine, « Le Monde » interroge une personnalité sur un moment décisif de son existence. Le metteur en scène issu d’un milieu populaire évoque une époque où « tout était plus facile ».

 

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/10/25/alain-francon-metteur-en-scene-je-voulais-bouffer-de-la-culture-bourgeoise-pour-pouvoir-prendre-la-parole_6800039_3246.html

Metteur en scène réputé, longtemps directeur d’institutions théâtrales, Alain Françon est toujours à l’affiche. En près de soixante ans de carrière, ce Stéphanois a créé plus d’une centaine de pièces mêlant auteurs classiques (Tchekhov, Ibsen, Feydeau, Marivaux…) et contemporains (Michel Vinaver, Edward Bond, Peter Handke…). A 81 ans, il continue de signer des mises en scène remarquées, à l’image de La Folle Journée, ou le Mariage de Figaro, de Beaumarchais, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, à Paris, jusqu’au 31 décembre.

Je ne serais pas arrivé là si…

Je n’avais pas appartenu à la classe populaire et si je n’avais pas pris la parole grâce au théâtre.

Dans quel milieu avez-vous grandi ?

Mon père était mineur et ma mère sténodactylo. J’ai été élevé par mes grands-parents paternels, qui tenaient un bistrot dans le quartier ouvrier Le Soleil, à Saint-Etienne. Je n’avais pas de chambre, j’étais tout le temps dans leur café au milieu des clients. Beaucoup étaient des habitués et avaient très peu d’argent. Quand je ne faisais pas mes devoirs, cela m’arrivait de jouer aux cartes ou de faire un billard avec eux. Lorsque ma grand-mère fermait les volets du bistrot, ils se mettaient à chanter. Je garde de cette période une humilité et le souvenir d’une grande gaieté. Mes parents étaient très soucieux de moi, mais pris par leur travail. Mon père passait le matin et ma mère le soir au bistrot. Le dimanche et le samedi, j’allais chez eux. C’était très bien organisé.

Quel était votre rapport à l’école ? Aviez-vous une idée de ce que vous vouliez faire plus tard ?

L’école primaire était attenante au café. Les instituteurs y venaient souvent. Donc si je faisais une connerie, tout le monde le savait ! A l’époque, j’étais plutôt préoccupé par le foot. Jusqu’à l’âge de 13 ou 14 ans, j’allais tous les dimanches avec mon père au stade Geoffroy-Guichard. J’ai joué dans le club Sainte-Barbe du Soleil. Je n’étais pas au collège-lycée huppé de Saint-Etienne. Dans la section de mon collège, nous avions chaque semaine quatre heures de travail manuel. Nous ne faisions ni de latin ni de grec. Petit à petit, j’ai commencé à comprendre ce qu’était la différence de classe. Je me suis dit qu’il ne fallait pas se laisser impressionner.

 

 

 

J’ai passé le bac, j’ai fait une année de propédeutique puis une licence et une maîtrise en histoire de l’art à la faculté de lettres de Lyon. Lors de son premier cours, un professeur nous avait posé une vingtaine de questions sur des tableaux. La seule à laquelle j’ai répondu, c’est lorsqu’il nous a montré La Joconde, de Léonard de Vinci. C’est tout ce que je savais ! Cette unité d’histoire de l’art était récente, nous n’étions que douze étudiants. Mais, à chaque cours, des dizaines de femmes d’avocat, de dentiste, etc. venaient en auditrices libres pour faire leur culture de salon.

Pourquoi avoir choisi histoire de l’art ?

Justement parce que c’est le vernis de la classe bourgeoise. Donc autant aller dans le vernis ! Dans le bistrot où j’ai grandi, il n’y avait pas de livre. Je voulais bouffer de la culture bourgeoise pour pouvoir prendre la parole. Si quelqu’un me parlait d’un tableau du XVIIIe, je voulais pouvoir lui répondre.

Quand avez-vous commencé le théâtre ?

A Saint-Etienne, on disait « les Dasté » pour le théâtre, comme on disait « les Verts » pour le football. Les deux étaient presque aussi importants pour la ville. La troupe de [Jean] Dasté passait dans toutes les écoles. Je me souviens les avoir vus au lycée venir réciter les lettres du ghetto de Varsovie. Dasté, grâce à son idée géniale du chapiteau, allait aussi dans tous les quartiers. C’est comme cela que je suis devenu spectateur de théâtre. C’était une effervescence incroyable.

 
Au lycée, j’avais des copains, dont André Marcon, qui suivaient des cours à La Comédie de Saint-Etienne, alors dirigée par Jean Dasté. On a commencé à constituer un groupe. Dasté nous disait : « Si vous montez des pièces d’avant-garde, Beckett, Ionesco, Arrabal, etc., je vous mets au programme de l’abonnement. » C’est ainsi qu’à 20 ans, j’ai monté Fin de partie [de Samuel Beckett].

Après votre maîtrise d’histoire de l’art, vous allez cofonder en 1971 le Théâtre éclaté…

Les spectacles de notre groupe avaient un peu circulé dans la région. Le directeur de la MJC [Maison des jeunes et de la culture] Novel, à Annecy, mandaté par le ministère de la culture pour préfigurer une scène nationale, m’a appelé pour me proposer un poste d’animateur théâtre. J’ai refusé et lui ai proposé une autre idée : créer une compagnie et monter ainsi une unité de création au sein de la MJC. Il a accepté. J’ai appelé mes amis de Saint-Etienne, André Marcon, Evelyne Didi, Christiane Cohendy, etc., on est partis à Annecy et on a créé le Théâtre éclaté.

Pourquoi ce nom ?

Parce qu’il s’agissait d’un théâtre éclaté dans les lieux et dans les formes, pour reprendre la formule du dramaturge Armand Gatti, avec qui on était un peu potes. On a joué partout, dans les foyers, dans la rue, sur les places, dans les manifs.

 

Quant aux formes, nous étions dans un théâtre d’agit-prop. On a créé La Farce de Burgos [1972] avec l’aide de Gisèle Halimi [1927-2020], qui nous avait passé les minutes du procès ayant opposé des militants basques à l’Espagne du dictateur Franco, ou encore Soldats, de Carlos Reyes [1973], inspiré de la répression par l’armée d’une grève des travailleurs colombiens de la multinationale américaine United Fruit.

Combien de temps l’aventure militante du Théâtre éclaté a-t-elle duré ?

Nous avons vécu quatre années formidables pendant lesquelles nous avons tout appris. Nous logions tous ensemble dans une maison au bord du lac d’Annecy, prêtée par des amis. C’était vraiment un collectif. Mais au sein du conseil d’administration de la Scène nationale, des gens ont commencé à dire : « Les gauchistes ça suffit, il faudrait un peu les calmer. » Poussés par le maire de la ville de l’époque [Charles Bosson, centre droit], ils ont essayé de nous éjecter.

 

Pour trouver une issue, le directeur de la Scène nationale a proposé de maintenir au moins une aide à la création. On répétait alors dans une immense baraque, et un jour, on a vu arriver une grosse boule pour abattre les murs. Furieux, on a occupé le lieu, des soutiens venaient y dormir.

 

Une nuit, on a couvert Annecy d’affiches noires faites en sérigraphie pour dénoncer la mort du Théâtre éclaté ! Un autre jour, on a lâché des ballons « liberté de création » devant la mairie, pendant que se tenait un conseil municipal. Et puis, un matin, à 5 heures, le maire est arrivé avec les CRS. Le lieu a été démoli. Le maire nous avait reçus pour nous dire : « Messieurs, dans mon conseil municipal, nous avons tous fait la Résistance, vous ne nous faites pas peur. »

Qu’est devenue la compagnie ?

André Marcon est parti au Théâtre de Gennevilliers, Evelyne Didi et Christiane Cohendy au Théâtre de Strasbourg. Moi, j’avais des bouquins à lire, je suis resté à Annecy. J’avais la chance immense d’être logé chez le dramaturge Michel Vinaver. Il avait été un supporteur du Théâtre éclaté. J’étais devenu très ami avec lui. Il m’a très généreusement laissé le bas de sa maison. Pendant près de deux ans, je n’ai fait que lire, notamment les ouvrages de Jean-François Lyotard et Gilles Deleuze.

Quelles sont les rencontres qui ont contribué à faire de vous le metteur en scène que vous êtes ?

D’abord, Michel Vinaver. On a souvent travaillé ensemble, j’ai monté plusieurs de ses pièces. Il m’a appris à lire. J’ai l’impression qu’avant lui, je lisais trop vite ou trop en surface. Il a été à l’origine d’une formidable collection d’analyse de textes dramatiques.

 

 

L’autre rencontre fascinante a été avec Edward Bond. A l’époque, je cherchais ce que voulait dire le mot « politique » au théâtre. Je ne voulais pas être dans le déclaratif. J’ai eu la chance de découvrir sa pièce La Compagnie des hommes [1990]. Nous avons beaucoup discuté. Un jour, je lui ai dit que j’allais monter La Mouette [Anton Tchekhov, 1896]. Il m’a écrit quinze pages sur la dramaturgie de cette pièce, c’était incroyable et une merveille pour le travail des comédiens. Et puis, il y a Peter Handke, autre rencontre magnifique avec un immense auteur. Quand j’avais 30 ans, je lisais tous ses livres.

Comment avez-vous été amené à diriger le Théâtre du Huitième à Lyon (de 1989 à  1992) puis le Centre dramatique national de Savoie (de 1992 à 1995) et le Théâtre national de la Colline à Paris pendant quatorze ans (de 1996 à 2010) ?

Le ministère de la culture voulait que je dirige un centre dramatique. Je n’étais pas pour. Je trouvais que ces institutions étaient lourdes. J’ai refusé à trois reprises. A la quatrième proposition, Robert Abirached, alors directeur du théâtre et des spectacles au ministère, m’a dit que si je n’allais pas au Théâtre du Huitième, on ne me proposerait plus jamais rien. C’était le moment de se décider !

 

J’ai succédé à Jérôme Savary. Il devait y avoir 12 000 abonnés, la première année, j’en ai fait 3 000… Heureusement, il y a le succès de La Dame de chez Maxim, de Feydeau. Tout a été compliqué au Théâtre du Huitième. J’ai dirigé ce lieu comme un pirate. J’ai très vite compris que je n’étais pas la personne que voulait la municipalité. J’avais prévenu Jack Lang [alors ministre de la culture] que j’en avais marre. Mais j’avais pris mes précautions pour partir à Annecy avec le titre de « centre dramatique » et la subvention. J’avais rencontré les maires d’Annecy et de Chambéry, ils étaient tous les deux d’accord. C’est ainsi qu’on a créé le Centre dramatique de Savoie. Ce fut une structure formidable. Quant au Théâtre de la Colline, on est parvenu à donner une identité au lieu. A mon départ, il y avait plus de 10 000 abonnés et aucune dette.

Comment votre formation initiale en histoire de l’art a-t-elle nourri votre théâtre ?

Quand je monte Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais, par exemple, pendant un an, je lis cinquante bouquins autour de ce sujet. Et je vais toujours regarder des tableaux. J’ai eu la chance, durant mes études en histoire de l’art, d’avoir Henri Maldiney comme professeur d’esthétique. Cet auteur m’a appris ce qu’est le rythme et ce qu’est de commencer un travail en ayant le moins d’intentionnalité possible pour ne pas, par exemple, être dans les clichés.

Du bistrot de Saint-Etienne aux grandes scènes nationales, un parcours comme le vôtre est-il encore possible aujourd’hui ?

J’ai eu la chance de faire les bonnes rencontres. Et pour toute ma génération et celle qui a suivi, les choses étaient plus faciles. On était moins nombreux et dans un contexte économique moins difficile. Quand Jack Lang a nommé Robert Abirached à la direction du théâtre au ministère de la culture [en 1981], le budget du Théâtre éclaté a doublé, sans qu’on ait rien demandé.

A 81 ans, vous continuez à créer. Quel rapport entretenez-vous avec le temps qui passe ?

J’ai fait beaucoup de transmission pour des générations d’acteurs. J’ai passé ma vie à monter des spectacles de sortie de promotion au Conservatoire et dans plusieurs écoles supérieures d’art dramatique à Lyon, Strasbourg, Montpellier. Ça a été des moments rêvés. On apprend beaucoup de choses aux côtés des jeunes. Pour l’heure, j’ai encore quelques projets.

En mars 2021, à Montpellier, vous avez été violemment agressé au cutter dans la rue, sans raison. Y a-t-il eu un avant et après ?

Ce jour-là, le réel m’a rattrapé au sens où il est ce qu’on n’attend pas. Le réel dans son idiotie brutale et insurmontable en apparence. On se promène dans la rue, il y a quelqu’un qui arrive par-derrière, j’ai l’impression qu’il me bouscule, je le vois partir devant, et c’est tout. Il n’y a rien, il n’y a pas de visage, pas de mots. Tout l’inverse du théâtre.

 

Le problème, c’est ce qui s’est passé dans ma tête. La vague dégueulasse du ressentiment et de la vengeance m’a habité un moment. Je ne pouvais pas le supporter parce que j’ai passé ma vie à combattre la haine de l’autre. Petit à petit, la rancœur s’est dissipée grâce à mon retour à la psychanalyse, à la création, quelques mois après, de La Seconde Surprise de l’amour, de Marivaux, et grâce à la lecture de Ci-gît, l’amer, de Cynthia Fleury [Gallimard, 2020]. Etre allé au procès d’assises m’a aussi beaucoup aidé. J’avais besoin de parler. Ma femme, Dominique Valadié, m’a dit que je n’avais jamais parlé si fort.

 

 

 

« La Folle Journée, ou le Mariage de Figaro », de Beaumarchais. Mise en scène : Alain Françon. Avec Vincent Dedienne, Micha Lescot, Noémie Lvovsky, Alix Poisson. Théâtre de la Porte-Saint-Martin, Paris 10e. Jusqu’au 31 décembre.

 

Propos recueillis par Sandrine Blanchard /Le Monde

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October 22, 12:21 PM
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La permanence des rêves : Un manifeste poétiquement fort

La permanence des rêves : Un manifeste poétiquement fort | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par  Marie-Céline Nivière dans "Coups d'oeil", le 20 octobre 2026
 

 

Partant de ce cri de colère qui ne cesse de gronder et de ces femmes qui ont entrepris depuis des siècles une marche vers leur liberté, Catherine Morlot signe un spectacle surprenant, parfois ardu, mais incontestablement marqué d’un lyrisme puissant.

Depuis trois jours une femme, vêtue de haillons tissés dans les costumes de toutes les époques, harangue le vide. Elle déverse, dans une parole fleuve, un chant de douleur, digne d’une tragédie grecque. Son nom est Paradis. Si elle apostrophe la terre entière, injurie les hommes, c’est pour mieux « déterrer la peur » que les femmes vivent au quotidien dans l’espace public, depuis la nuit des temps. Son invocation en appelle à la création d’une permanence des rêves, « un endroit douillet où tu serais accueillie par le regard bienveillant d’une personne qui ne comprendrait pas ta langue. »

Des maux ancestraux

Parcourant les strates de l’histoire de l’humanité, fort peu humaine pour les femmes, les mots de Catherine Morlot claquent. S’il arrive qu’ils nous échappent par instants, ils volent dans l’espace théâtral et impressionnent. Formée à l’école de clown du Samovar puis à L’ERCAM (École régionale d’acteurs de Cannes et Marseille), ayant travaillé pour Ludovic Lagarde et Rémy Braché au CDN de Reims, Louise Dupuis incarne de tout son corps cette femme blessée dans sa chair. La jeune comédienne s’est emparée de cette langue poétique avec une belle sensibilité. Sa performance est remarquable.

Un chœur au diapason


Pour casser le rythme de cette rhétorique du ras-le-bol, Catherine Morlot a injecté quatre personnages représentant le quotidien. Ils sont les membres d’un groupe de musique qui répète dans l’entrepôt situé là où Paradis s’est posée. Il y a Sien (sensible Anthony Audoux), l’homme qui s’arrête pour écouter. Merry (impeccable Félicité Chaton), la femme qui ne veut plus entendre les cris. Astrid (Sarah Taradach), celle qui veut trouver la paix. Et Valence (exceptionnel Samy Zerrouki), qui questionne cette masculinité imposée par les pères. Ce personnage bouleverse par le regard qu’il pose sur les autres.

Cherchant leur place, tous les quatre se débattent avec leurs défaillances. Si leurs dialogues sont écrits dans une langue plus familière. Leur monologue retrouve, d’une manière moins lyrique, cette musicalité poétique. Grâce à cette femme venue des abîmes du passé, regardant ce vol d’étourneaux, écoutant cette murmuration, symbole de la colère des femmes, ils vont se fédérer pour enfin aborder l’avenir.

Une poétique visuelle

Ce texte est porté par la très belle mise en scène de l’autrice. Un plateau vide sur lequel est posé, à jardin, un cercle de terre. Cette matrice qui nous nourrit. Au fond un long rideau de tulle, derrière lequel se situe l’extérieur, le quotidien, mais aussi l’endroit où les comédien·nes vont se poser. Il permet également de réfléchir la lumière. Ce magnifique travail de Laurent Bénard sculpte sans cesse l’espace. Les personnages s’y déploient comme dans un rêve, survolant l’espace, s’y arrêtant, souvent en adresse directe avec le public, se regardant ou se croisant, pour terminer en faisant corps. Ce spectacle audacieux, qui peut dérouter par sa densité et sa forme, a le mérite de ne pas laisser de marbre.

La permanence des rêves de Catherine Morlot
Spectacle vu le 16 octobre en sortie de résidence au Théâtre Hublot – Colombes
Théâtre La Reine Blanche – Paris
Du 21 octobre au 14 novembre 2026
Durée 1h40.
Texte et mise en scène de Catherine Morlot
Avec Anthony Audoux, Félicité Chaton, Louise Dupuis, Samy Zerrouki, Sarah Taradach
Assistante mise en scène et dramaturgie : Anne de Queiroz
Création Lumières : Laurent Bénard
Musique originale : Sylvain Jacques.

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October 19, 12:11 PM
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A la Comédie-Française, Julie Duclos ou l’art du théâtre qui va de soi

A la Comédie-Française, Julie Duclos ou l’art du théâtre qui va de soi | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 18 octobre 2026

 

La metteuse en scène de « Ruy Blas » de Victor Hugo se penche au chevet de la démocratie sur des scènes de théâtre qu’elle ne cesse d’humaniser.

 

Lire l'article sur le site du Monde : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/10/18/a-la-comedie-francaise-julie-duclos-ou-l-art-du-theatre-qui-va-de-soi_6797064_3246.html

 

« Petite fille, si je disais à ma mère “je m’ennuie”, elle me répondait : “Ennuie-toi, tu trouveras bien quelque chose à faire”. » Julie Duclos, qui présente à la Comédie-Française Ruy Blas, de Victor Hugo, n’a pas oublié les mots de Geneviève Schwoebel, metteuse en scène aujourd’hui à la retraite. Une phrase comme ça, ajoute sa fille, « est magnifique et fondatrice ». On ne doute pas que son père approuve : le comédien Philippe Duclos est l’autre courroie d’une transmission familiale réussie. A telle enseigne que l’ex-juge Roban de la série Engrenages fait désormais régulièrement l’acteur pour sa fille. Dans la famille Duclos, le théâtre coule de source.

Née le 10 juillet 1985, entrée en 2007 au Conservatoire national supérieur d’art dramatique (promotion 2010), Julie Duclos a-t-elle vraiment eu le choix des armes en matière de destin ? Dès l’enfance, son imaginaire a été tapissé de théâtre par les conversations de ses parents. Elle aurait pu, concède-t-elle, s’orienter vers la psychanalyse, un temps envisagée. Mais le désir de jouer (« je me pensais actrice ») et l’envie de faire du cinéma (« j’ai tourné un court-métrage et je travaille à la réalisation de mon premier film ») ont été les plus forts.

 

Ce qu’elle n’avait pas prévu, en revanche, c’est sa bascule vers la mise en scène. Un atelier mené en troisième année d’école à partir des Fragments d’un discours amoureux, de Roland Barthes, sera suivi en 2014 par la création à Besançon de Nos serments, variation remarquée autour de La Maman et la Putain, le film de Jean Eustache sorti en 1973. Le pli est pris. Son futur ne s’écrira pas sur les planches mais juste en face, dans les gradins. Là où, le temps que durent les répétitions, se trouve le cœur du réacteur : la table de régie d’où fusent les consignes de jeu, de lumière, de rythme, de musique, de décor. C’est sa place. Elle ne la partage pas.

Œuvres actuelles

Julie Duclos entraîne à sa suite des équipes au complet. Acteurs et techniciens : elle tient ses ensembles sous sa coupe. « Je peux plier sur beaucoup de choses mais jamais sur ce que je veux faire au plateau. C’est l’endroit de mes rêves. L’art demande du courage pour rester entier et fidèle à ses visions. En ce qui concerne mon travail, je suis intraitable. » Main de fer et gant de velours, elle fuit les conflits mais elle ne lâche rien. « Je suis très directive avec les comédiens mais j’essaie d’avoir une forme de sagesse. Si je suis effondrée par ce que je vois, je me tais. Je prends dix minutes pour moi avant de parler. Je ne suis colérique ni au théâtre ni dans la vie. »

Elle ne fait pas carrière, ne postule à aucune direction, mais chemine vers ses absolus. « Impose ta chance, sers ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront » : les mots du poète René Char semblent taillés pour elle. Depuis douze ans, elle signe des représentations singulières dont pas une ne ressemble à la précédente. Toutes racontent où elle en est de son rapport au monde au jour J de la création. Sans jamais se dupliquer, elle étire sur les scènes une ligne esthétique subjective qui progresse de dérèglements en dérèglements : ceux de l’amour avec Barthes, ceux des liens avec Eustache, du réel avec Maeterlinck (Pelléas et Mélisande, 2019), de la normalité lorsqu’elle crée Kliniken, de Lars Noren (2021). Avec Brecht (Grand-peur et misère du IIIe Reich, 2024), elle révèle les désordres d’individus gangrenés par le fascisme. Ce spectacle fulgurant n’a pas cessé d’être talonné par l’actualité. « La vibration du réel avec la pièce est vertigineuse », souligne-t-elle en annonçant sa reprise sur les scènes françaises de mars à mai 2027, soit au moment précis de l’élection présidentielle.

 

Pour Ruy Blas, elle s’entoure de cadors (les sociétaires Thierry Hancisse, Sébastien Pouderoux, Stéphane Varupenne ou encore Laurent Stocker sont de sa distribution). La pièce, affirme-t-elle, est « poétique, romanesque, sociale et politique ». Sous les dorures d’une salle Richelieu réouverte après neuf mois de travaux (le plancher de scène est flambant neuf), elle veut que tonne l’acuité d’une pensée visionnaire. Brecht hier, Hugo aujourd’hui, Henrik Ibsen dans un avenir proche (elle va monter Un ennemi du peuple), les créations de Julie Duclos parlent moins du passé que de l’ici et maintenant : « J’ai l’impression que mes spectacles enveloppent toujours les précédents. »

Création méditative

Mais c’est quoi, un spectacle ? A quelle nécessité intime répond cette fabrication d’univers éphémères et artificiels qui cloître les artistes des journées entières sous la lumière de projecteurs ? Lorsqu’elle décide de monter un texte (soit un à deux ans avant qu’il n’existe au plateau), Julie Duclos laisse son inconscient prendre l’ascendant sur son cartésianisme. Elle entre en création comme en méditation : « Je m’abandonne à une sorte de vacance intérieure. Je recherche le calme pour laisser les visions me parvenir. Je place et déplace mes figurines dans la maquette du décor qui ne quitte pas mon appartement. J’essaye des configurations. Je prépare la représentation. » Le processus arrive de loin. Enfant, elle réagençait constamment le mobilier de sa chambre. Cette préparation se paye en heures de solitude. Le « dilettantisme » assumé permet au vide de se remplir et à l’informe de prendre forme. D’où le sentiment, lorsqu’on assiste à ses représentations, qu’elles procèdent d’un arrière-pays invisible venu toquer à la surface du visible. Quelque chose y palpite qui n’est pas juste l’exécution d’une technique.

 

Dans la famille du théâtre, Julie Duclos se tient loin des faiseurs et près des alchimistes. Ceux qui transforment le plomb en or et prennent le risque de déstabiliser le public parce qu’ils ne cèdent pas au divertissement. Elle a de qui tenir. L’une de ses professeurs au Conservatoire était Dominique Valadié, « actrice aussi animale qu’intuitive ». Plus tard, le metteur en scène polonais Krystian Lupa l’a initiée aux puissances du monologue intérieur. Elle sait, depuis, la valeur et le poids des silences.

 

 

Ruy Blas, de Victor Hugo. Mise en scène de Julie Duclos. Comédie-Française. Salle Richelieu (Paris). Jusqu’au 27 janvier.

 

Joëlle Gayot / Le Monde 

 

Légende photo : Julie Duclos, lors de répétitions à la Comédie-Française, à Paris, en septembre 2026. JULIEN BENHAMOU/COLLECTION COMÉDIE-FRANÇAISE

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October 14, 7:09 AM
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Benjamin Lavernhe : « Le cinéma me ramène à ce qui m’a fait rêver enfant »

Benjamin Lavernhe : « Le cinéma me ramène à ce qui m’a fait rêver enfant » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Vanessa Schneider
Publié le 11 octobre 2026 

 

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/10/11/benjamin-lavernhe-le-cinema-me-ramene-a-ce-qui-m-a-fait-rever-enfant_6791272_3246.html

Entretien« Je ne serais pas arrivé là si… » Chaque semaine, « Le Monde » interroge une personnalité sur un moment décisif de son existence. Le comédien revient sur le soutien inconditionnel d’une famille aimante et privilégiée.

 

Benjamin Lavernhe s’est imposé dans la petite liste des acteurs les plus demandés du moment. A la fois sur les planches de la Comédie-Française et au cinéma, il s’est fait remarquer par sa présentation unanimement saluée de la cérémonie des Césars en février. A 42 ans, il incarne l’affreux Thénardier dans Les Misérables, de Fred Cavayé, en salle mercredi 14 octobre.

 

 

Lire la rencontre (en 2018) : Article réservé à nos abonnés « Je suis devenu acteur comme s’il me fallait obéir à mon destin »

Je ne serais pas arrivé là si…

… Je ne m’étais pas autorisé à accéder à mes rêves. Cela me ramène à Poitiers, où j’ai grandi, et à ce carrefour de vie : oser ou pas essayer d’être acteur et tirer le fil de l’obsession que j’avais pour ce métier.

Cette obsession venait-elle de loin  ?

Je dirais depuis l’âge de 11-12 ans. J’étais fasciné par le métier d’acteur, j’allais beaucoup au cinéma, mais je ne me sentais pas assez légitime pour tenter de le devenir. Je me posais toutes sortes de questions : « Est-ce que j’ai envie de ça pour de bonnes raisons ? » Je ne lisais pas les textes, je n’allais pas au théâtre, je n’avais pas une cinéphilie très développée, alors je me disais : « Pourquoi moi je serais acteur ? » C’est un métier extrêmement difficile avec très peu d’élus. De Poitiers, cela me semblait être une montagne à gravir qui me paraissait réservée aux plus passionnés des passionnés. Or, je voyais bien que ce n’était pas mon oxygène : si je ne joue pas, je ne meurs pas. Je prenais des cours de théâtre à Poitiers, j’adorais ça, mais si je m’interrompais pendant un ou deux ans, ce n’était pas très grave. Ça ne me dévorait pas.

Ce qui vous fascinait était moins le métier que l’image que vous en aviez ?

J’étais abonné à une revue de cinéma, j’adorais regarder les making of des films, les reportages sur les coulisses des tournages, je regardais les Césars, les Oscars. Le glamour me faisait rêver, mais ça ne suffit pas pour devenir acteur ! Je me souviens qu’en sortant des grands films populaires comme Titanic, Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain ou Le Seigneur des anneaux, je trouvais ma vie assez petite, un peu triste. J’avais envie de passer derrière l’écran et de provoquer, moi aussi, cette magie chez les gens, ne pas être seulement celui qui regarde, mais celui qui joue, qui agit. Alors, un jour, je me suis dit : « Il faut que je m’y colle. » Et j’ai fait ce stage au cours Florent, l’été de mon bac. J’ai été accepté en première année, mais, encore une fois, je n’étais pas sûr de mon coup, alors je me suis inscrit en hypokhâgne, puis en fac d’histoire.

Y avait-il des artistes dans votre famille ?

J’ai grandi dans une famille classique de la bourgeoisie de province, on peut dire ça comme ça. J’ai eu une enfance heureuse, privilégiée, on ne manquait de rien. J’ai eu la chance de partir en vacances, d’avoir un grand jardin qu’on partageait avec les autres locataires de la maison. Mon père était directeur d’une usine qui fabriquait des structures grillagées en acier inoxydable pour une boîte américaine installée à Châtellerault [Vienne]. Il est resté quarante ans dans la même entreprise. Ma mère nous a élevés et elle peignait et sculptait une fois qu’on était couchés. Je revois ses tubes de peinture qu’elle étalait alors sur la table de la salle à manger. Il y avait chez nous un piano et une guitare, des cassettes vidéo, mais nous n’avons pas reçu d’éducation artistique particulière. Pourtant ma sœur, mes deux frères et moi avons tous un métier artistique, c’est assez mystérieux. Mes deux frères sont musiciens, ma sœur est danseuse et également comédienne.

Une ambiance harmonieuse donc…

Mes parents sont restés unis, et on a cette chance de bien s’entendre, de toujours communiquer beaucoup, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas des désaccords. Dans ma famille, on n’aime pas s’engueuler. Moi aussi, je préfère toujours essayer de trouver des circonstances atténuantes aux gens, parce que la rancœur me fait souffrir, je déteste ruminer. Je leur trouve des excuses… jusqu’à ce que je n’en trouve plus et, là, je me dis : « C’est un gros connard ! » Mais je n’ai pas beaucoup d’ennemis, les conflits ne m’intéressent pas. Je n’ai pas la rancune et la colère faciles. On partage ça dans ma famille, il n’est jamais arrivé qu’on ne se parle plus pendant une semaine. Il n’y a pas de cris ou de grosses ruptures chez nous.

Quel genre d’enfant étiez-vous ?

J’étais le deuxième, j’avais tout le temps besoin de copains pour m’occuper, je n’arrivais pas à être tout seul alors que mon frère aîné savait s’occuper des heures tout seul. Ma grand-mère disait que, lorsque je voyais que je faisais rire, j’en rajoutais une couche et je faisais le clown. Mon père nous filmait beaucoup avec un caméscope. Je suis retombé sur des extraits où on me voit me mettre sans cesse devant la caméra alors qu’il filme autre chose. Faire rire, c’est séduire. Etre au centre de l’attention, c’est un petit superpouvoir. On ne comprend pas toujours ce qui fait rire l’autre, mais, du coup, on en joue. Plus tard, j’ai compris que c’était un métier assez injuste, ce qui se dégage de nous nous dépasse. Faire rire est un cadeau, mais il faut savoir s’en servir. Quand je monte sur scène et qu’il se passe quelque chose dans le regard des autres, c’est assez jubilatoire. Aujourd’hui encore, je suis un peu ahuri, émerveillé que ça marche.

Après la fac d’histoire, vous vous inscrivez dans une formation de journaliste à Paris, pourquoi ?

J’avais fait mon stage de classe de 3ᵉ à France 3 Poitou-Charentes et ça m’avait plu. Mais j’ai vite compris que ce que j’aimais, c’était surtout de jouer au journaliste, de parler dans un faux micro, de faire semblant de présenter le journal télévisé de 20 heures. Déjà enfant, avec mon frère, on faisait des faux reportages avec la caméra de mon père. On mettait en scène des arrestations de trafiquants de drogue avec des pochons de farine et des pistolets à billes, on floutait les visages, on prenait des voix tremblantes, on s’amusait beaucoup. Mais la méthodologie, écrire un article, etc., ce n’était pas du tout mon truc… Alors j’ai fait ce saut dans le vide en m’inscrivant en première année au cours Florent.

Vos parents ont-ils vu ça d’un bon œil ?

Je pourrais dire que je ne serais pas arrivé là si mes parents ne m’avaient pas soutenu. Je me sens assez gâté. Je suis resté huit ans en colocation, parce qu’après le cours Florent, je suis entré au Conservatoire, et ce sont eux qui m’ont soutenu financièrement, je n’ai pas eu besoin d’être serveur. Oser, c’est bien, mais encore faut-il avoir le luxe d’oser. J’ai eu la chance d’être aidé, aimé, ça donne des ailes, une confiance en soi, un toupet qui fait se dire : « Et pourquoi pas moi ? »

Tout s’est-il enchaîné facilement ?

Quand je suis arrivé au cours Florent, j’ai compris qu’il fallait essayer de décrocher la classe libre, le concours interne de l’école, le Graal. Je l’ai passé deux fois, puis j’ai fini par être pris. Et puis j’ai postulé aux écoles nationales. Les deux premières fois, je n’ai même pas eu le premier tour du Conservatoire, que j’ai finalement décroché à la troisième tentative. Ça calme. Je suis davantage un laborieux qu’un génie à qui tout tombe dans le bec. En sortant du Conservatoire, tout s’enchaîne. Je joue dans mon premier long-métrage Radiostars [film de Romain Lévy sorti en 2012] et Olivier Py me prend dans la pièce Roméo et Juliette. On joue à l’Odéon et on part un an en tournée. C’est en rentrant de la tournée en juin que j’ai reçu un coup de fil de Muriel Mayette, qui m’a proposé d’entrer à la Comédie-Française en 2012. Au même moment, je tourne avec Nicole Garcia. Le cinéma a toujours été en parallèle de ma vie d’acteur au Français.

Est-ce si facile de mener les deux de front ?

Il faut s’autodiscipliner, ne pas accepter trop de choses si on veut continuer à faire le job correctement. Ça a un côté sportif, il est nécessaire d’avoir une hygiène de vie, de compartimenter son cerveau, d’avoir des petits moments de récupération pour passer d’un masque à l’autre. Je me rends compte à quel point l’expérience du théâtre me sert au cinéma. Je l’ai constaté aussi plus récemment avec la présentation de la cérémonie des Césars. La scène, ça muscle, ça arme. L’expérience du plateau, de l’imprévu, le fait de se connaître de la tête aux pieds, de maîtriser son corps dans l’espace, de naviguer dans des répertoires très différents donnent beaucoup de liberté et d’aisance.

 
Et puis le théâtre me ramène sans cesse à l’artisanat, au métier, à l’humilité aussi. Le fait, par exemple, d’aller immédiatement en répétition pour Le Cid après la cérémonie des Césars, de se remettre tout de suite au travail, aide à rester ancré. A la Comédie-Française, on loge tous à la même enseigne et on est tout de suite dans le texte. Il n’y a pas de star, il n’y a pas quelqu’un qui est mieux traité qu’un autre. C’est vraiment une chance inouïe de faire les deux, et je m’épanouis très bien comme ça. Et si, un jour, je devais quitter la Comédie-Française, je ne voudrais surtout pas arrêter le théâtre.
 

Et que vous apporte le cinéma ?

Le cinéma me ramène à ce qui m’a fait rêver enfant. Quand je suis sur le plateau des Misérables sur les barricades avec mes favoris et ma perruque filasse, je suis comme un môme. Au cinéma, il y a le tournage, puis la promotion, on est exposé à la question de la célébrité. Il y a davantage de superlatifs, de faux-semblants, quelque chose d’un peu factice, et, en même temps, on ne peut pas se louper. On peut refaire des prises, mais après, une fois que c’est fait, c’est fait. On ne peut plus revenir sur un film. C’est pour cela que j’essaye de préparer au maximum mes rôles pour essayer de donner le meilleur parce qu’après, ça reste.

Il y a un rôle que vous avez beaucoup préparé, c’est celui de l’abbé Pierre…

Apparemment pas assez… [Sourire]. Le film ne se voulait pas hagiographique, il montrait que l’homme avait des zones d’ombre, il était assez caractériel, se perdait dans l’euphorie de la célébrité, était égoïste parfois. Mais, évidemment, lorsqu’on a appris le nombre de crimes dont les témoignages se font aujourd’hui l’écho, ça a été la sidération. Comment peut-on être à ce point-là en empathie avec l’autre, mettre son existence au service des autres et en parallèle détruire autant de vies ? Je me doutais qu’il n’était pas un saint, mais pas un criminel et un agresseur en série. J’ai été effaré aussi par la puissance du secret, car beaucoup de gens savaient visiblement. C’est très triste en fait. Quand on se prépare pour un tel rôle, c’est une forme de compagnonnage qui se crée : on le lit, on apprend à l’aimer, on rêve de lui, on entre en communion avec lui. D’une certaine manière, je le considérais comme un ami. Et encore, moi, je ne l’ai « fréquenté » que pendant quatre mois, Frédéric Tellier, le réalisateur, ça a été cinq ans de sa vie. J’ai beaucoup pensé aussi à tous les travailleurs sociaux qui avaient son portrait accroché dans les bureaux… La bonne nouvelle, c’est que Emmaüs a survécu à la statue du commandeur.

Est-ce que la politique entre dans vos choix de rôle ?

On se pose toujours la question de la place de l’acteur dans la société, même sans signer de pétitions, on fait des choix en fonction de valeurs ou de ce qu’un film raconte au fond. Il est important d’avoir de vraies discussions avec les metteurs en scène sur leurs intentions. Pourquoi faire ce film à ce moment-là du débat public, pourquoi porter ce sujet à l’écran ? C’est essentiel de se poser ce genre de questions. Le cinéma peut être extrêmement politique, mais ça ne veut pas dire que les acteurs soient les mieux placés pour trouver les bons mots sur un plateau de télévision. Certains sont à l’aise pour parler politique et pour s’engager, d’autres moins. Aujourd’hui, tout est scruté, une phrase mal tournée qui part en vrille sur les réseaux, une maladresse de langage due à la fatigue peut vous coller à la peau.

Comment vous voyez-vous dans dix ans, qu’est-ce que vous souhaitez ?

Je ne me vois pas faire autre chose. Je trouve ce métier bouleversant, un peu mystique. J’ai l’impression d’avoir encore mille aventures à vivre. J’ai eu 42 ans, ça m’a fait un électrochoc, comme une urgence à accomplir mes rêves : chanter, danser, faire de la comédie musicale, jouer en anglais, aller tourner à l’étranger, écrire aussi, peut-être monter un seul-en-scène. A 40 ans, on se dit qu’on a le droit de se planter et qu’on n’a plus d’excuses pour ne pas se lancer.

 

 

Retrouvez ici tous les entretiens de la série « Je ne serais pas arrivé là si… »

 Propos recueillis par Vanessa Schneider / Le Monde 

 

Portrait de Benjamin Lavernhe  : © JEAN-FRANCOIS ROBERT/MODDS

 
Le spectateur de Belleville's insight:

https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/10/11/benjamin-lavernhe-le-cinema-me-ramene-a-ce-qui-m-a-fait-rever-enfant_6791272_3246.html

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October 14, 6:55 AM
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«Derrière», le joyau bazar de la compagnie PJPP au théâtre de l’Atelier . Critique de Gilles Renault - Libération 

«Derrière», le joyau bazar de la compagnie PJPP au théâtre de l’Atelier . Critique de Gilles Renault - Libération  | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Singulièrement barrée, la création qui mérite d’être découverte sans en savoir trop impose sa drôlerie entre théâtre, danse et mime au théâtre de l’Atelier.

 

Dans l’hypothèse où ce journal conserverait un minimum de pouvoir de prescription, grande serait la tentation de réclamer au lecteur un chèque en blanc, en réduisant le présent article au strict minimum : conseiller vivement d’aller voir Derrière, inscrit jusqu’à mi-novembre à Paris, au théâtre de l’Atelier (la salle se révélant ici surdimensionnée, on trouvera toujours de la place), tout en se gardant bien de fournir pour autant le moindre argument incitatif. Et basta. Un postulat qui, par surcroît, ferait écho à un angle artistique aussi hardi que singulier, car arc-bouté sur une gageure : l’éloge du vide. D’où cette idée, hélas irréaliste, de laisser un espace critique vierge de tout mot. Ce qui, tant qu’on y est, présenterait enfin un autre intérêt corrélé : Derrière appartient à cette catégorie de spectacle qui gagne à être le moins possible défloré, afin de saisir une assistance qui, de toute façon, ne saura jamais vraiment sur quel pied danser.

 

Justement, pour qui en voudra pour son argent de syllabes explicatives : tout débute sur le bégaiement d’une chorégraphie, durant laquelle un interprète peine à ne pas envoyer valser une comparse, infoutue de lancer un extrait musical à l’instant souhaité. Un comique branque de répétition, sur lequel se greffe une bizarrerie dramaturgique optimisée par le binôme : si dialogue il y a, les voix sont enregistrées, de sorte que le jeu ne passera «que» par les attitudes, gestes et autres mimiques.

 

Que dire d’autre, qui pourrait mettre l’eau à la bouche (cousue, insiste-t-on) ? Qu’à un moment, tout le monde dans la salle se mettra à chercher un certain Sacha, spectateur imaginaire, pourtant convié à monter lui aussi sur scène, avec la délicate mission de départager les interprètes Nicolas et Claire – qui, eux, dans la «vraie» vie, s’appellent bien Nicolas (Chaigneau) et Claire (Laureau). Ou encore que l’Atelier, alcôve des XVIIIe (arrondissement) et XIXe (siècle), se transformera, cinq minutes durant, en Stade de France, dans le sillage contagieux d’une Mylène Farmer Désenchantée.

 

 

«C’est pas clair», s’entend-on dire à un moment. Eh, oui, on avait prévenu. Mais c’est précisément là que s’épanouit l’alchimie de la compagnie normande PJPP qui, entre performance, danse et mime, ravive cette «capacité d’imagination» aujourd’hui trop souvent étiolée d’un public qui n’a qu’à suspendre ses repères, pour vivre l’aventure sans doute la plus nonsensique et subtile de la saison.

 

Une aubaine ubique, au demeurant, puisque, bonne pioche du Off 2025 d’Avignon, Derrière est le second volet d’un diptyque initié par Les galets au Tilleul sont plus petits qu’au Havre, que PJPP propose également ces jours-ci au même endroit, mais pas à la même heure. Histoire de ne pas brouiller définitivement tous les repères.

 

Gilles Renault /Libération

Derrière de la compagnie PJPP au théâtre de l’Atelier (75018), jusqu’au 12 novembre.
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October 8, 6:33 AM
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TEMOIGNAGES. Dix comédiens racontent comment Molière a changé leur vie : "J'ai appris la langue française avec ses pièces" 

TEMOIGNAGES. Dix comédiens racontent comment Molière a changé leur vie : "J'ai appris la langue française avec ses pièces"  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Robin Prudent, pour le site de France Info le 15/01/2022

 

Ces amateurs et professionnels du théâtre décrivent leur relation avec l'illustre dramaturge français, à l'occasion du 400e anniversaire de sa naissance.

 

C'est l'histoire de dix rencontres. Celles de Fidel, Patricia, Philippe, Raoul, Isabelle, Francis, Nadia, Rémy, Claire et Adil avec un dramaturge du XVIIe siècle : Molière. A l'occasion du 400e anniversaire de la naissance du célébrissime auteur, samedi 15 janvier, franceinfo a donné la parole à ces comédiens d'un jour ou d'une vie qui ont été bouleversés par leur rôle dans une pièce écrite par Jean-Baptiste Poquelin.

Fidel Nwosu : "Tout a changé pour moi avec 'Le Malade imaginaire'"

Fidel Nwosu, 26 ans, professeur de théâtre, Bobigny (Seine-Saint-Denis).

"Au lycée, à Bobigny, je faisais du foot le mercredi après-midi. Mais un jour je suis tombé sous le charme d'une fille et je l'ai suivie à l'atelier théâtre. Pour moi, de base, le théâtre c'est une corvée, des longs textes… Mais dès que j'ai mis les pieds dans ce cours, c'est devenu la priorité numéro un dans ma tête. Tout a changé pour moi avec Le Malade imaginaire.

Au début, c'étaient beaucoup d'improvisations. On rigolait beaucoup. Il y avait tous les cas les plus bordéliques du lycée qui venaient. Moi aussi, à ce moment-là, j'étais le clown de l'école. Et puis, on n'était pas dans des conditions très faciles. On n'avait pas d'amphithéâtre. On faisait les répétitions dans la cantine. Mais pour nous le théâtre ce n'était pas un lieu, c'était un moment.

Un jour, la professeure est venue me voir et m'a dit : "Tu seras Argan". J'étais excité. Je voulais le premier rôle. Avec le théâtre, j'ai découvert une autre façon de m'exprimer. Il faut la voir, madame Vlavianou. Elle fait peut-être 1,60 mètre et moi 1,98 mètre. Elle arrivait à me canaliser sans aller au clash. La confiance qu'elle donne en regardant les élèves dans les yeux et en disant : "Tu peux le faire" ! Cette dame m'a montré la voix de la liberté, le théâtre. Elle a trouvé un moyen de canaliser toute la bêtise et l'énergie que j'avais, au point qu'aujourd'hui je suis devenu professeur de théâtre."

Patricia Margot : "Ça m'a un peu révélée à moi-même et sur scène"

Patricia Margot, 52 ans, professeure documentaliste, Le Chesnay (Yvelines).

"En 2017, la compagnie dans laquelle je joue monte Tartuffe. Le rôle de Dorine est tenu par une amie, Sylvie. Mais cette amie est gravement malade depuis plus d'un an et le théâtr la maintient debout. Le metteur en scène envisage donc de doubler le rôle, au cas où... Et Sylvie pose une condition : celle qui reprendra son rôle, ce sera moi, et personne d'autre ! C'est un cadeau prodigieux qu'elle me fait alors.

Quelques années auparavant, lors d'un stage, Jean-Laurent Cochet [célèbre professeur d'art dramatique] avait déclaré, après m'avoir vue à peine deux minutes sur scène : "Vous, vous êtes Dorine !". Ces paroles sont restées dans un coin de ma tête. Et ces représentations sont des moments de grâce ! Je découvre ce qu'est la fusion avec un personnage, comme une osmose, une entente parfaite. C'est un rôle qui m'a envahie. Cela peut sembler idiot, c'est un ressenti étrange et difficilement descriptible. C'est très enivrant de pouvoir jouer un personnage qui a une telle force. Ça m'a un peu révélée à moi-même et sur scène.

Sylvie nous a quittés en février 2019 et il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à elle ; elle avec qui j'ai partagé de formidables moments de théâtre et elle qui m'a fait ce beau cadeau en me permettant de rencontrer Dorine."

 

Philippe Torreton : "Molière, c'est un best of de punchlines"

 

Philippe Torreton, 56 ans, comédien, Paris.

"J'ai commencé le théâtre en travaillant Les Fourberies de Scapin en classe de 5e. Puis, c'est avec Scapin que je suis entré au Conservatoire. Et c'est encore avec Scapin que j'ai eu un triomphe à la Comédie-Française. C'était en 1997 et on a tous été subjugués par le succès qu'a rencontré la pièce, mise en scène par Jean-Louis Benoît. On le ressentait par les rires et par l'écoute du public.

Molière est emblématique pour moi. C'est un best of de punchlines, comme on dirait aujourd'hui. Ce qui l'intéresse, c'est la méchanceté et la cruauté de son époque. Il s'arrange pour que ça se termine bien, mais en attendant l'humanité a morflé pendant le spectacle. On rit de nous en voyant Molière. C'est un rire profond et le grand public lui en sait gré.

Quand j'ai été élu sociétaire de la Comédie-Française, une personne de l'administration m'a dit dans un couloir : "Voilà, vous êtes le 489e sociétaire". Et d'un coup, je lui ai demandé : "Mais qui est le premier ?" Cette personne m'a répondu : "Le premier, c'est Molière". Ça m'a touché. Je me suis dit : "En fait, ce n'est pas beaucoup. Entre Molière et moi, il y a 487 personnes.""

Raoul Fernandez : "Je l'ai joué partout ! Jusque dans une prison de Caen"

 

Raoul Fernandez, 65 ans, comédien, Caen (Calvados).

"Je suis né en Amérique latine, au Salvador. Je suis arrivé en France à 19 ans pour apprendre le théâtre, mais je ne parlais pas français. Alors, je me suis mis à apprendre par cœur toutes les pièces de Molière. A l'université, tout le monde était surpris car je parlais le français d'il y a quatre siècles ! Un jour, par exemple, j'achetais du pain… mais avec des mots de Molière, comme "Morbleu !" Tout le monde rigolait autour de moi. Je ne comprenais pas. Pour moi, le français, c'était Molière ! Je n'avais pas conscience que la langue avait évolué.

Plus tard, j'ai joué Dorine dans Tartuffe, mis en scène par Stanislas Nordey, l'actuel directeur du Théâtre national de Strasbourg. C'était une passion, Dorine, pour moi. Elle était impertinente. Et puis un jour, Philippe Minyana a écrit un texte sur mon histoire : Portrait de Raoul. Un long monologue avec un extrait du Misanthrope, déclamé à toute vitesse. Je l'ai joué partout ! Jusque dans une prison de Caen, face aux condamnés à la perpétuité. Il y avait 45 mecs avec des visages durs, des armoires à glace. A la fin, trois d'entre eux pleuraient. Là, je reviens tout juste d'une grande tournée en Amérique du Sud. On a joué en espagnol. Aujourd'hui, je parle sept langues."

Isabelle Taillandier : "Au bout de trois mois, je n'avais toujours pas réussi à me défaire du personnage"

Isabelle Taillandier, 53 ans, professeure de français, Mont-de-Marsan (Landes).

 

"En classe de terminale, au lycée, on a décidé de monter une troupe de théâtre avec des amis à la MJC de La Ferté-Bernard, dans la Sarthe. Un garçon plus âgé, qui menait un peu la troupe, avait décidé que l'on ferait Le Malade imaginaire et qu'il jouerait le rôle principal. Mais un beau jour, le garçon en question a annoncé qu'il renonçait. A ce moment-là, j'ai vu l'ensemble de mes camarades se tourner vers moi et dire : "On a décidé, le Malade imaginaire, ce sera toi".

J'avais 18 ans. Je faisais à peine 1,60 mètre et 45 kilos toute mouillée. M'imaginer en Argan, ce n'est pas ce qui vient tout de suite à l'esprit. Il a vraiment fallu que j'observe les personnes un peu plus vieilles, plus enveloppées, plus acariâtres. Ça a été un vrai défi et une vraie histoire d'amour car je me suis totalement investie dans le personnage.

La fin d'année approchant, on décide d'arrêter un peu le théâtre et de se concentrer sur le bac. Mais trois mois après la dernière représentation, j'arrive un jour à pied en EPS et je vois mes camarades morts de rire. Je leur dis : "Qu'est-ce qu'il se passe ?" Une de mes amies me répond : "Isabelle, tu marches encore comme lui !" Au bout de trois mois, je n'avais toujours pas réussi à me défaire du personnage, à retirer le costume que j'avais réussi à créer."

Francis Perrin : "C'est un véritable amour que j'ai pour cet homme et il me l'a bien rendu"

Francis Perrin, 74 ans, comédien, Paris.

"Les Fourberies de Scapin, je les ai jouées 333 fois, dans trois mises en scène différentes. Une fois à 30 ans, une fois à 40 ans et une fois à 55 ans. C'est un rôle fétiche. Mais ce qui a marqué ma vie, c'est d'avoir pu jouer Le Médecin volant à Pézenas (Hérault), au logis du Bât d'Argent où Molière logeait avec sa troupe. On était vraiment dans les pas de Molière. Il y avait un supplément d'âme. On se dit que là-haut, il doit être fier de nous.

C'est un véritable amour que j'ai pour cet homme, et il me l'a bien rendu. J'ai joué 17 pièces de Molière et j'en ai mis en scène encore d'autres. Je l'ai vu joué en Italie, au Maroc, en Russie ; c'est pareil. Molière, c'est du génie. On sent que c'est un comédien qui a écrit ces pièces. C'est fait pour être joué, chaque petit rôle a quelque chose à faire. Alors, jouer des rôles comme Scapin, c'est un cadeau. Merci Molière !"

 

 

Nadia Ourouh : "C'est l'école républicaine qui m'a mis Molière dans les mains"

Nadia Ourouh, 43 ans, cheffe de projet, Mulhouse (Haut-Rhin).

"J'ai découvert Molière au collège Anne-Frank de Mulhouse. Je jouais des passages d'Harpagon dans L'Avare. C'était ma première connexion avec la littérature française. Et c'était aussi la possibilité d'expliquer la culture populaire française à mes parents marocains. Molière rendait les choses très accessibles.

Après cette première expérience, j'ai décidé de m'inscrire dans un lycée avec l'option théâtre. C'était l'occasion de casser les classes sociales. Avec le théâtre, il n'y a plus de limites. C'est grâce à cette passion que j'ai pu rencontrer des gens qui n'étaient pas dans mon réseau ou dans mon environnement. Il y avait des enfants de médecins et de professeurs. C'est vraiment l'école républicaine qui m'a mis Molière dans les mains."

 

 

Rémy Riflade : "Molière a ce pouvoir de traverser les siècles et de rassembler l'humanité"

Rémy Riflade, 59 ans, comédien, Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées).

"J'ai eu un coup de bol terrible. Je venais de quitter Pau, ma ville natale. J'ai fait deux ans et demi de Cours Simon, à Paris, et je me suis retrouvé à jouer dans Le Misanthrope avec la Comédie-Française. C'était en 1984, je n'avais même pas 25 ans et je n'avais pratiquement rien fait avant. J'ai commencé les répétitions. C'était un petit rôle, le "Basque", avec seulement une dizaine de vers. Ça a été un triomphe au Français. J'étais sur une sorte de nuage. Il y avait toujours des personnalités qui venaient nous voir. Je n'avais pas l'habitude de cela. Des prix Nobel, des ministres… On leur serrait la main. Je ne réalisais pas.

Un jour, on nous a annoncé qu'on devait partir en Russie pour jouer la pièce. C'était l'époque de Gorbatchev et de la perestroïka. On a joué à Moscou, à Saint-Pétersbourg et à Kiev. Les théâtres étaient gigantesques. Il faisait très froid dehors et les salles étaient surchauffées. On jouait en français et le public avait des oreillettes. Quand on disait quelque chose, il y avait des rires deux minutes après. Mais Molière a ce pouvoir de traverser les siècles et de rassembler l'humanité."

 

 

Claire Poirson : "Je me suis fait tatouer la signature de Molière dans le dos"

Claire Poirson, 33 ans, comédienne, metteuse en scène et autrice de théâtre, Bordeaux (Gironde).

"Je suis tombée amoureuse de Molière à 11 ans. Au collège, en cinquième, on nous a donné à lire Le Médecin malgré lui pendant les vacances. Ça a été comme découvrir un ami, une sensation de familiarité. J'ai essayé de lire toutes les œuvres majeures de Molière cette année-là. J'étais à la campagne, je dénichais ce que je pouvais dans les librairies. Il y a une simplicité de la langue qui fait qu'on arrive à comprendre, même quand on a 11 ans et qu'on n'est pas du XVIIe siècle.

Plus tard, j'ai fait des études de lettres avec un parcours doublé de théâtre. En première année, je me suis fait tatouer la signature de Molière dans le dos. Je me posais des questions sur mon parcours. Je me suis dit : "Je vais me le tatouer pour me rappeler ce que je fais là"." 

 

 

Adil Lkssiba : "Molière m'a donné le goût de lire"

Adil Lkssiba, 48 ans, éducateur, Armentières (Nord).

"J'ai grandi dans un quartier très populaire d'Armentières, dans le Nord. A l'époque, la devise de la ville était "Pauvre mais fière". Mes parents sont marocains. Ils sont arrivés en France en 1965. Mon père travaillait à la mine et ma mère comme femme de ménage. Aucun des deux ne savait lire ou écrire le français. Ils étaient musulmans pratiquants mais m'ont inscrit dans une école privée très catholique. On leur avait dit que l'éducation était un peu plus dure que dans les écoles publiques, qu'il y avait un peu plus de discipline.

J'ai découvert Molière en CM2. On faisait un atelier de théâtre avec le directeur dans une petite salle à côté de la paroisse. On a joué quelques scènes du Tartuffe. J'ai eu du mal à apprendre le texte au début, c'était difficile. Mes amis étaient de toutes nationalités, français, italiens, portugais… on parlait l'argot de la rue. Alors pour moi, Molière c'était un poète. Ses vers étaient des poésies. J'ai appris la langue française avec ses pièces. A l'époque, j'étais un élément assez perturbateur et Molière m'a donné le goût de lire. J'ai appris des mots que je ne connaissais pas, que je n'entendais pas. Et j'ai pu aider mes parents à remplir les formulaires de la Sécurité sociale."

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September 30, 12:46 PM
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Pour un théâtre de guerre, trois metteuses en scène lèvent des armées de mots

Pour un théâtre de guerre, trois metteuses en scène lèvent des armées de mots | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde / 30 sept. 2026

 

Chacune à sa façon, Audrey Bonnet, Ruth Rosenthal et Elina Kulikova évoquent les drames subis par les victimes du terrorisme sur le sol français, la Russie de Vladimir Poutine envahissant l’Ukraine et le conflit israélo-palestinien.


Lire l'article sur le site du Monde :
https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/09/30/pour-un-theatre-de-guerre-audrey-bonnet-ruth-rosenthal-elina-kulikova-levent-des-armees-de-mots_6786029_3246.html

Ni 100 % documentaires, ni purement fictionnelles, mises en scène par des femmes, trois représentations d’un théâtre de guerre percent l’épaisseur du silence et permettent la circulation de paroles complexes. Ces spectacles signés par la Française Audrey Bonnet, l’Israélienne Ruth Rosenthal et la Russe Elina Kulikova laissent de côté les artifices technologiques. Leurs armes sont les mots et ces mots forment une armée.

 

 

A la MC93 de Bobigny (Seine-Saint-Denis), la parole prise est née du deuil impossible de Sabine Garrigues, autrice d’un texte poignant sur sa fille, assassinée au Bataclan lors des attentats de 2015. Sur un plateau nu, encadré par trois gradins de spectateurs, Audrey Bonnet déplie les phrases de Rien n’est su (Le Tripode, 2023) dans les corps de huit jeunes acteurs tout juste sortis d’école. La scène est vide : seules comptent les voix qui s’élèvent, se relaient ou s’agrègent. Elles forment un chœur puissant, prenant, voire hypnotique.

 

Dans un compte à rebours patient et titubant, se repliant dans l’évocation poétique lorsque le réel est impossible à nommer, Sabine Garrigues fait de la littérature son filet qui ramènera à elle sa fillette, son ado, son enfant. Les acteurs deviennent des Orphée partis chercher leur Eurydice. Missionnaires solidaires, ils prennent soin les uns des autres. Ils s’enlacent et se réconfortent. Audrey Bonnet, qui signe ici sa première mise en scène, a compris un fait essentiel : être sur scène n’est jamais neutre, si le théâtre répare, il sait aussi blesser.

 

Spectateurs comme acteurs, personne ne sortira indemne des charniers, des cimetières et des ruines qu’éclairent les théâtres de guerre. Du terrorisme frappant le sol français, à la Russie de Vladimir Poutine envahissant l’Ukraine, en passant par le conflit israélo-palestinien, les balles font leur boulot. Elles tuent.

Regard furieux de l’artiste

La rage que suscite en elle la pensée de jeunes soldats et soldates embrigadés tient Ruth Rosenthal debout. Cette artiste israélienne fondatrice, avec Xavier Klaine, du duo Winter Family, raconte dans Taglit – Droit du Sang une histoire de son pays qui est pure propagande, ce contre quoi s’insurge son spectacle. Créée au Théâtre Vidy-Lausanne, en Suisse, sa représentation clôt une trilogie consacrée à la question israélo-palestinienne. Plus rude et déprimante que les deux premiers volets, cette partie finale a le goût des défaites.

 

Sur une scène bricolée de peu qu’elle arpente de long en large, gonflant un bateau pneumatique, plantant le drapeau israélien, distribuant des boissons à un public qu’elle sollicite trop (ce qui dessert même la performance), Ruth Rosenthal fait entendre le récit sioniste officiel destiné à la jeunesse juive mondiale. Un exercice de communication qui a pour contrepoint les drames vécus par les Palestiniens et que rappelle, méthodiquement, une comédienne libano-palestinienne, Mayya Sanbar.

 

Le tressage documentaire réalisé par Ruth Rosenthal qui utilise la vidéo, la musique, le texte, le chant donne un relief grinçant à l’ultranationalisme israélien. Taglit – Droit du Sang a été créé après le 7 octobre 2023. Ruth Rosenthal déroule les éléments de langage du gouvernement de Benyamin Nétanyahou et ce patriotisme triomphant qui gangrène les esprits. Le regard furieux de l’artiste est plus éloquent qu’un discours.

Une traversée intime et politique

L’espoir est une denrée rare qu’il faut aller chercher loin de sa terre natale. Elina Kulikova et son partenaire, le pianiste Dima Efremov, ont fui la Russie après l’invasion de l’Ukraine. Elle, parce qu’elle était surveillée à cause de son militantisme féministe, lui, parce qu’il est homosexuel. Les deux, parce qu’ils s’opposent à la guerre. Dans leur spectacle, La Trilogie de la guerre – le titre est un hommage au cinéaste Roberto Rossellini (1906-1977) et à sa trilogie néoréaliste –, ils effectuent une traversée intime et politique de cette Russie où ils ne retourneront plus.

Les trois séquences, évolutives, montent en puissance émotionnelle. Basculant d’un faux concert classique à la lecture sidérante d’une lettre de soldat russe envoyé sur le front ukrainien, ils terminent par l’histoire de Dima. Cet activiste de l’ombre aide à l’évasion de ses compatriotes. Les deux partenaires sont d’une jeunesse bouleversante. Elina a 29 ans et Dima juste 25. Elle chante faux, elle danse mal, peu importe. Elle boit de la vodka, qu’elle soit ivre ou fasse mine de l’être, peu importe. Son ivresse la libère. Elle assume son mal-être comme ses excès de pathos.

Dima Efrimov, quant à lui, prend des bêtabloquants quarante  minutes avant de jouer et croit reconnaître sa « maman » dans le public. La peur est là, le manque aussi. Ils parlent en russe, ils disent et redisent « je », ils imposent au public des flots de lectures en français sur écran. Ils sont maladroits, sincères, ils en font trop, ils sont magnifiques. Ils arrivent d’un lieu de terreur, d’un terrain de guerre, d’une zone de non-droit dont eux seuls savent la férocité. Leur don de soi dans ce spectacle turbulent qui ne triche jamais n’appelle qu’une réaction : le respect.

 

 

La Trilogie de la guerre. Conception : Elina Kulikova. Avec Elina Kulikova et Dima Efrimov. Théâtre Paris-Villette, Paris 19e. Dans le cadre du Festival d’automne. Jusqu’au 2 octobre.

 

 

Taglit – Droit du Sang. Conception : Winter Family. Avec Ruth Rosenthal et Mayya Sanbar. Théâtre Vidy-Lausanne (Suisse), jusqu’au 30 septembre. Puis au Théâtre national de Bretagne, à Rennes, les 19 et 20 novembre.

 

 

Rien n’est su. Texte : Sabine Garrigues. Mise en scène : Audrey Bonnet. MC93 de Bobigny (Seine-Saint-Denis), jusqu’au 3 octobre. Puis au Tandem à Douai (Nord), les 3 et 4 novembre ; au Quartz à Brest (Finistère), les 20 et 21 novembre ; au Théâtre national de Bretagne à Rennes, du 25 au 28 novembre.

 

 

Joëlle Gayot / Le Monde 

 

 

Légende photo : « Un endroit perdu », dans la deuxième partie de « La Trilogie de la guerre », mise en scène par Elina Kulikova, en 2024. EKATERINA ROMANOVA

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September 16, 11:18 AM
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“Pourquoi les gens qui sèment”, une pièce bien menée sur la place de l’engagement citoyen

“Pourquoi les gens qui sèment”, une pièce bien menée sur la place de l’engagement citoyen | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Kilian Orain dans Télérama - 16 sept. 2026

 

Elle est militante écologiste, il est préfet. Ils s’aiment, mais leurs convictions s’opposent. Jusqu’où peut-on aller lorsqu’on est persuadé que sa cause est juste ? Sébastien Bizeau revisite le mythe d’Antigone, dans un spectacle engagé et plaisant, au Théâtre Lepic.

 

TT

 

La politique est un théâtre et chacun y joue un rôle. Matière à films et séries en tous genres, à des spectacles aussi, ce mantra, Sébastien Bizeau le creuse à son tour avec Pourquoi les gens qui sèment, créé à Avignon en 2025 en résonance aux événements de Sainte-Soline. L’élection présidentielle de 2027 se profilant à l’horizon, avec son lot de mensonges, de contradictions et — on l’espère — de convictions, la pièce tombe à pic. Les personnages principaux ? Un maire, un préfet et une militante écolo, chacun tiraillé entre son devoir et d’incontrôlables sentiments qui viennent tout questionner.

 
Ainsi Chloé et Antoine, qui s’aiment. Elle est la figure de proue d’un mouvement anti-mégabassines, ces retenues d’eau pensées comme une (fausse) solution pour pallier la sécheresse en été et permettre aux agriculteurs d’irriguer leurs cultures. Lui est préfet, garant de l’ordre public et des consignes gouvernementales. Ils se sont rencontrés à un cours de théâtre et semblent aujourd’hui engagés sur deux chemins irréconciliables. Antigone des temps modernes, Chloé se livre corps et âme à une lutte vitale pour elle. Que vit difficilement Antoine, fidèle à son pays et aux mesures sécuritaires qu’il pourrait appliquer contre sa dulcinée.

Moins fouillée et subtile que d’autres productions du même genre (ne pas penser à l’extraordinaire série Baron noir), la pièce se déroule néanmoins sans temps mort. Et sonde les tensions entre les mondes d’hier et de demain pour façonner celui d’aujourd’hui. On y rit, on y réfléchit, avec le plaisir d’un théâtre bien ficelé et généreux.

 

Kilian Orain / Télérama

 

  • Titre

    Pourquoi les gens qui sèment

  • Genre

    Théâtre

  • Auteur

    Sébastien Bizeau

  • Lieux

    Théâtre Lepic, 1 avenue Junot, 75018 Paris

  • Dates

    Du 09/09/2026 au 01/11/2026

 
 
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September 8, 10:58 AM
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Par le théâtre, Sébastien Bizeau veut revitaliser l’engagement citoyen

Par le théâtre, Sébastien Bizeau veut revitaliser l’engagement citoyen | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard dans Le Monde - 8 septembre 2026

 

 

L’auteur et metteur en scène présente, au Théâtre Lepic à Paris, « Pourquoi les gens qui sèment », spectacle qui, en fil rouge, pose la question : jusqu’où faut-il aller pour défendre une cause que l’on croit juste ?

Lire l'article sur le site du Monde : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/09/08/par-le-theatre-sebastien-bizeau-veut-revitaliser-l-engagement-citoyen_6768101_3246.html

Sébastien Bizeau appartient à cette nouvelle génération d’auteurs-metteurs en scène qui, à l’instar de Samuel Valensi (Made in France, Coupures) et Mélody Mourey (Big Mother, La Zone indigo), font souffler un vent nouveau sur le théâtre privé en s’emparant de sujets d’actualité à teneur politique pour susciter le débat. Avec Pourquoi les gens qui sèment, dernière création de sa compagnie, Hors du temps, qui a remporté un joli succès cet été au « off » du Festival d’Avignon, Sébastien Bizeau s’appuie sur l’exemple de Sainte-Soline pour s’interroger sur les tensions entre l’action citoyenne, la désobéissance civile, le devoir d’ordre et l’exercice du pouvoir. La commune des Deux-Sèvres avait été l’épicentre, en mars 2023, d’un affrontement violent entre militants écologistes et forces de l’ordre lors d’une manifestation contre l’installation de mégabassines.

 

« Je voulais un spectacle qui parle d’engagement et de démocratie, dit-il, raconter une histoire avec l’ambition d’amener à un sujet politico-écologique comme Sainte-Soline des personnes qui n’y seraient jamais venues. » Pour y parvenir, Sébastien Bizeau s’est beaucoup documenté sur cet événement relevant, selon Gérald Darmanin, alors ministre de l’intérieur, d’« écoterrorisme » et a discuté avec les deux « camps », rencontrant militants, préfet, etc. Il en a tissé un récit d’une grande acuité avec des scènes bluffantes de réalisme.

 

D’une réunion de concertation sur les « retenues d’eau de substitution » (trouvaille de langage administratif pour désigner les mégabassines) au procès d’une militante écologiste pour désobéissance civile en passant par une conférence de presse verrouillée d’un préfet ou encore un pathétique talk-show, Pourquoi les gens qui sèment offre une réflexion fouillée sur le dilemme entre légalité et légitimité.

L’humour comme outil de respiration

« J’ai toujours été intéressé par la chose publique », explique ce diplômé de Sciences Po Paris, amateur d’écriture. A 39 ans, après une formation au cours d’art dramatique Le Foyer, Sébastien Bizeau conserve une double vie : auteur-metteur en scène et cadre dans une entreprise mutualiste (dont il ne souhaite pas donner le nom).

 

« Chaque sphère irrigue l’autre. Je nourris mon théâtre de ce que j’observe dans mon autre métier, où je suis en prise avec des questions politiques et des enjeux de société. » Dans « un monde idéal », il s’imagine garder ses deux activités et « prendre un nom d’auteur, comme l’avait fait Michel Vinaver [1927-2022] – même si je n’oserais jamais me comparer à lui – qui a longtemps été PDG de Gillette tout en écrivant des pièces ».

 

Etonnant de voir ces diplômés de grandes écoles, Samuel Valensi (34 ans, HEC), Mélody Mourey (37 ans, Sciences Po Aix-en-Provence), bifurquer vers le théâtre citoyen, se saisir de thématiques très contemporaines à travers des créations engagées, accessibles à tous et dans lesquelles l’humour est utilisé comme outil de respiration et de réflexion. Leurs spectacles sont rythmés et étayés par de solides recherches. Dans une société de plus en plus polarisée, ils se font fort, chacun dans son style (dystopie, satire politique, débat théâtralisé) d’oser une part de pédagogie pour redonner goût au dialogue et revitaliser l’engagement citoyen.

Spectacles « à impact »

« En allant au théâtre, on sort de sa bulle numérique. On peut être d’accord ou pas d’accord mais on voit tous la même chose et, après, peut s’ouvrir la discussion, défend Sébastien Bizeau. Le théâtre peut permettre de remettre du lien, de l’empathie et de l’humanité vis-à-vis de l’autre, quelle que soit son opinion. »

 

Dans Pourquoi les gens qui sèment, tous les points de vue s’expriment avec, en fil rouge, une question : jusqu’où faut-il aller pour défendre une cause que l’on croit juste ? Au centre de cette histoire, dans laquelle les spectateurs deviennent les témoins directs d’enjeux sociétaux, il y a notamment les personnages de Chloé, militante écologique, Antigone des temps modernes, et d’Antoine, préfet légaliste mais tourmenté. Les prises de parole éclairant les motivations et contradictions de chaque camp s’enchaînent dans une mise en scène d’une habile simplicité.

En témoin de son époque, Sébastien Bizeau (déjà auteur d’Heureux les orphelins, sur le pouvoir de manipulation du langage politique, et de Sucrer les fraises, un tendre spectacle jeune public mettant en scène un enfant confronté à la perte de mémoire de sa grand-mère) revendique des spectacles « à impact », pour sensibiliser le public aux enjeux à venir. Dans Pourquoi les gens qui sèment, il fait dire à l’avocat de la militante : « Les faits ne sont pas écoutés, la science n’est pas entendue, les canaux démocratiques sont bouchés. »

 

 

« Pourquoi les gens qui sèment », texte et mise en scène de Sébastien Bizeau, avec Gaspard Cuillé ou Paul Martin, Matthieu Le Goaster, Sana Puis et Nastassia Silve. Jusqu’au 1er novembre au Théâtre Lepic, Paris 18e.

 

Sandrine Blanchard / Le Monde 

 
 
Légende photo : Sébastien Bizeau, le 21 mai 2026. ROXANA ALBU-MERCIE

 

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August 30, 1:14 PM
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Rentrée théâtrale Ile-de-France :  Une sélection de spectacles  pour commencer la saison 2026-27

Rentrée théâtrale Ile-de-France :  Une sélection de spectacles  pour commencer la saison 2026-27 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

NOTE : Cette sélection n'a pas de prétention à l'exhaustivité. Nous nous permettrons de la compléter au fil des jours.  


 


 


 


AOÛT


A partir du 20 août 


THÉÂTRE TRISTAN BERNARD 


L’ART D’AVOIR TOUJOURS RAISON (reprise)


de Sébastien Valignat 


https://www.theatretristanbernard.fr/lart-davoir-toujours-raison/


https://youtu.be/tdAX8_yyD5o?si=Ej28th5BC9L9b2aG


 


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A partir du 24 août, les lundis et mardis


ESSAÏON


APRES-MIDI, PISCINE


A partir des récits de Franz Kafka, par Bernard Bloch


https://essaion-theatre.com/spectacle/apres-midi-piscine/


https://blogs.mediapart.fr/olivier-tonneau/blog/250826/etre-la-dans-lexistence-bernard-bloch-joue-kafka


 


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A partir du 31 août, les lundis et mardis


PETIT MONTPARNASSE


ON NE JOUAIT PAS A LA PETANQUE DANS LE GHETTO DE VARSOVIE


De et par Eric Feldman (reprise)


https://www.theatremontparnasse.com/spectacle/on-ne-jouait-pas-a-la-petanque-dans-le-ghetto-de-varsovie/


 


https://www.journal-laterrasse.fr/eric-feldman-a-ecrit-et-interprete-on-ne-jouait-pas-a-la-petanque-dans-le-ghetto-de-varsovie-bouleversant-recit-de-soi-autour-du-traumatisme-de-la-shoah-3/


 


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SEPTEMBRE


Du 2 au 30 septembre


THEATRE DE BELLEVILLE


FRANCE-FICTION


De Nicolas Robinet, mise en scène Tudual Gallic


 


https://www.theatredebelleville.com/france-fiction


 


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Du 3 septembre au 20 décembre (jeudi à dimanche) 


THEATRE DE L'OEUVRE


HITCHCOCK ET MARY-ROSE


de Michael Sadler, mise en scène Christophe Lidon


https://www.theatredeloeuvre.com/spectacles/hitchcock-et-mary-rose/


 


https://www.journal-laterrasse.fr/christophe-lidon-presente-le-texte-hitchcock-et-mary-rose-de-michael-sadler-sous-la-forme-dun-tournage-entre-reve-et-reglement-de-comptes/


 


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Du 5 septembre au 5 décembre


samedis, dimanches et mardis


LA PEPINIERE


LES GROS PATINENT BIEN (reprise)


de Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan


https://theatrelapepiniere.com/les_gros_patinent_bien.html


 


https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/02/16/les-gros-patinent-bien-un-spectacle-de-bouts-de-ficelle-qui-fait-carton-plein_6162002_3246.html?srsltid=AfmBOorQbQ9Ec2aGGDKLn9-mKPqMtD2Rnpg_8Nnk8ZPsf_MbDf8jwCnQ


 


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Du 5 au 12 septembre


THEATRE DE LA VILLE -PARIS (Châtelet)


APRES MOI, LE DELUGE


Par le Ballet national de Marseille (LA) HORDE


https://www.theatredelaville-paris.com/fr/spectacles/saison-26-27/danse/ballet-national-de-marseille-la-horde-apres-moi-le-deluge


 


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A partir du 7 septembre, les lundis et mardis


ESSAÏON


DOUBLE FRACTURE


Seul-en-scène de Jean-Baptiste Darosey


https://essaion-theatre.com/spectacle/double-fracture/


 


https://www.telerama.fr/theatre-spectacles/double-fracture-un-joli-spectacle-sur-la-quete-de-soi-a-la-campagne_cri-7044359.ph


 


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Les 7 et 8 septembre


THÉÂTRE PARIS-VILLETTE


LA DISPARITION DE JOSEF MENGELE


D’après David Guez, mise en scène Benoit Giros, par Michaël Chirinian


Festival Spot#13


https://www.theatre-paris-villette.fr/spectacle/spot-13/


 


 


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Du 10 au 18 septembre


THEATRE DE LA VILLE -PARIS (Les Abbesses)


CASTING LEAR d'Andrea Jiménez


https://www.theatredelaville-paris.com/fr/spectacles/saison-26-27/theatre/casting-lear-andrea-jimenez


 


https://sceneweb.fr/casting-lear-dandrea-jimenez/


 


 


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Du 10 au 26 septembre


BOUFFES DU NORD


LES SOEURS HILTON (reprise)


Mise en scène Valérie Lesort et Christian Hecq


https://www.bouffesdunord.com/fr/les-soeurs-hilton


 


https://www.journal-laterrasse.fr/les-soeurs-hilton-de-christian-hecq-et-valerie-lesort-freaks-inseparables/


 


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Du 11 septembre au 18 octobre


THEATRE DE LA TEMPÊTE (Cartoucherie)


JOSEF K.


d'après Franz Kafka, mise en scène Clément Poirée


 


https://www.la-tempete.fr/josef-k


 


https://www.journal-laterrasse.fr/a-partir-du-proces-clement-poiree-propose-josef-k-une-plongee-dans-loeuvre-de-kafka-entre-thriller-existentiel-et-visions-oniriques/


 


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15 et 16 septembre


 


 


 


 


 


 


 


THÉÂTRE PARIS-VILLETTE


 


 


 


 


 


 


 


SUMMERTIME


 


 


 


 


 


 


 


Texte et mise en scène Céline Ohrel


 


 


 


 


 


 


 


Festival Spot#13


 


 


 


 


 


 


 


https://www.theatre-paris-villette.fr/spectacle/spot-13-summertime/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 15 au 26 septembre


 


 


 


 


 


 


 


LES PLATEAUX SAUVAGES


 


 


 


 


 


 


 


PEER GYNT d'Ibsen


 


 


 


 


 


 


 


Mise en scène Matthieu Roy, avec la promotion sortante de l'ESAD-Paris


 


 


 


 


 


 


 


https://lesplateauxsauvages.fr/26-27-matthieu-roy-esad/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 15 septembre au 2 octobre


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE DE LA CONCORDE


 


 


 


 


 


 


 


NE ME LIBEREZ PAS, JE M'EN CHARGE


 


 


 


 


 


 


 


D'après Michel Vaujour, adaptation et mise en scène Zabou Breitman, avec Yannick Choirat


 


 


 


 


 


 


 


https://theatredelaconcorde.paris/evenements/ne-me-liberez-pas-je-men-charge/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 16 au 30 septembre


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE DE LA BASTILLE


 


 


 


 


 


 


 


« JE MEURS DE NE PAS MOURIR »


 


 


 


 


 


 


 


de Paco Berreza, conception Aurélia Lüscher et Estelle Meyer, interprété par Estelle Meyer


 


 


 


 


 


 


 


https://www.theatre-bastille.com/saison-25-26/je-meurs-de-ne-pas-mourir-la-vie-double-de-therese


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 16 septembre au 25 octobre


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE DE PARIS


 


 


 


 


 


 


 


UBU ROI


 


 


 


 


 


 


 


d'Alfred Jarry, mise en scène Daniel Benoin, avec André Marcon


 


 


 


 


 


 


 


https://www.theatredeparis.com/evenement/ubu-roi/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


https://www.journal-laterrasse.fr/ubu-roi-daniel-benoin-cree-une-comedie-macabre-et-absurde-qui-evite-lecueil-de-la-caricature-avec-les-excellents-andre-marcon-et-melanie-page-2/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 17  au 28 septembre


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE DE GENNEVILLIERS T2G


 


 


 


 


 


 


 


 BUNKER


 


 


 


 


 


 


 


de Mathieu Bareyre et Marion Siéfert


 


 


 


 


 


 


 


Festival d’automne à Paris


 


 


 


 


 


 


 


https://theatredegennevilliers.fr/la-saison/programmation/bunker


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


Du 17 septembre au 18 octobre


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE DE LA TEMPÊTE (Cartoucherie)


 


 


 


 


 


 


 


LA MORT DE JEAN-MARIE DE BALMA


 


 


 


 


 


 


 


De Vincent Guédon, mise en scène Pascal Kirsch


 


 


 


 


 


 


 


https://www.la-tempete.fr/la-mort-de-jean-marie-de-balma


 


 


 


 


 


 


 


https://www.artcena.fr/projets-de-creation/la-mort-de-jean-marie-de-balma


 


 


 


 


 


 


 


https://esseque-editions.com/223-la-mort-de-jean-marie-de-balma-suivi-de-la-lettre-dadieu-au-theatre.html


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 17 septembre au 18 octobre


 


 


 


 


 


 


 


ATHENEE- Théâtre Louis-Jouvet


 


 


 


 


 


 


 


LES BONNES de Jean Genet


 


 


 


 


 


 


 


Par la Comédie-Française, mise en scène Carme Portaceli


 


 


 


 


 


 


 


https://www.comedie-francaise.fr/2026-2027/les-bonnes


 


 


 


 


 


 


 


https://sceneweb.fr/carme-portaceli-met-en-scene-les-bonnes-de-jean-genet/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 18 septembre au 11 octobre


 


 


 


 


 


 


 


LA COLLINE – Théâtre national


 


 


 


 


 


 


 


REDEMPTION SONG


 


 


 


 


 


 


 


Texte et mise en scène Léonora Miano


 


 


 


 


 


 


 


https://www.colline.fr/spectacles/redemption-song


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 18 septembre au 27 septembre


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE DU ROND-POINT


 


 


 


 


 


 


 


LES CHAMBRES CLOSES


 


 


 


 


 


 


 


d'après Germaine Aziz, par Elise Lhomeau


 


 


 


 


 


 


 


https://www.theatredurondpoint.fr/fr/programmation/saison-26-27/theatre/les-chambres-closes


 


 


 


 


 


 


 


https://mascaretproduction.com/content/5-elise-lhomeau/1-les-chambres-closes/les-chambres-closes-note-d-intention_compressed.pdf


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 18 septembre au 30 septembre


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE DU ROND-POINT


 


 


 


 


 


 


 


MON FRERE


 


 


 


 


 


 


 


Texte et mise en scène François Gremaud


 


 


 


 


 


 


 


https://www.theatredurondpoint.fr/fr/programmation/saison-26-27/theatre/mon-frere-1


 


 


 


 


 


 


 


https://sceneweb.fr/christian-gremaud-et-francois-gremaud-dans-mon-frere/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 19 au 26 septembre


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE DE LA VILLE – PARIS (Châtelet)


 


 


 


 


 


 


 


THE OTHER PLACE, AFTER ANTIGONE


 


 


 


 


 


 


 


Mise en scène Alexander Zeldin


 


 


 


 


 


 


 


https://www.theatredelaville-paris.com/fr/spectacles/saison-26-27/theatre/the-other-place-after-antigone-alexander-zeldin


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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A partir du 20 septembre à 21h


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE DE L'ATELIER


 


 


 


 


 


 


 


DERRIERE


 


 


 


 


 


 


 


par le pjpp. Nicolas Chaigneau et Claire Laureau


 


 


 


 


 


 


 


https://www.theatre-atelier.com/event/derriere-pjpp-2026/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 22 septembre au 24 octobre


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE PUBLIC DE MONTREUIL


 


 


 


 


 


 


 


MAHABHARATA, UNE HISTOIRE DE LA VIOLENCE


 


 


 


 


 


 


 


Adaptation et mise en scène Pauline Bayle


 


 


 


 


 


 


 


https://theatrepublicmontreuil.com/programme/spectacles/mahabharata-une-histoire-de-la-violence_pauline-bayle


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 22 septembre au 9 octobre


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE 13 / BIBLIOTHEQUE


 


 


 


 


 


 


 


MARASME


 


 


 


 


 


 


 


Collectif La Cabale


 


 


 


 


 


 


 


https://billetterie.theatre13.com/spectacle?id_spectacle=552&lng=1


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 23 septembre au 3 octobre


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE DE LA VILLE – Sarah Bernahardt (Studio)


 


 


 


 


 


 


 


TANTO POCO


 


 


 


 


 


 


 


D'après Marco Lodoli, par Cécile Garcia-Fogel


 


 


 


 


 


 


 


https://www.theatredelaville-paris.com/fr/spectacles/saison-26-27/theatre/tanto-poco-cecile-garcia-fogel


 


 


 


 


 


 


 


https://www.journal-laterrasse.fr/tanto-poco-au-11-avignon-cecile-garcia-fogel-magnifiquement-traversee-par-lexistence-dune-invisible-2/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 23 septembre au 3 octobre


 


THÉÂTRE L’ÉCHANGEUR


 


MRS DALLOWAY, C’EST NOUS


 


d’après Virginia Woolf


 


Adaptation, mise en scène et jeu Magali Montoya


 


 


 


https://lechangeur.org/programmation/spectacles/mrs-dalloway-c-est-nous


 


 


 


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Du 23 septembre au 17 octobre


 


 


 


 


 


 


 


LA COLLINE - Théâtre national 


 


 


 


 


 


 


 


ORSO ET MOI


 


 


 


de Géraldine Martineau, mise en scène Justine Heynemann


 


 


 


https://www.colline.fr/spectacles/orso-et-moi


 


 


 


https://www.journal-laterrasse.fr/geraldine-martineau-fait-avec-orso-et-moi-une-epopee-pirate-quelle-interprete-sous-la-direction-de-justine-heynemann/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 23 septembre au 10 octobre


 


 


 


 


 


 


 


NANTERRE – AMANDIERS


 


 


 


 


 


 


 


L'HORS-PRESENCE ou Chimère en pays de Morsan


 


 


 


 


 


 


 


Texte et mise en scène Tiphaine Raffier


 


 


 


 


 


 


 


https://www.nanterre-amandiers.com/saison/saison-2026-2027/l-hors-presence


 


 


 


 


 


 


 


https://www.journal-laterrasse.fr/tiphaine-raffier-signe-le-texte-et-la-mise-en-scene-de-lhors-presence-ou-chimeres-du-pays-de-morsan-une-remarquable-partition-2/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 23 septembre au 1er novembre


 


 


 


 


 


 


 


LES BOUFFES PARISIENS


 


 


 


 


 


 


 


OH LES BEAUX JOURS


 


 


 


 


 


 


 


de Samuel Beckett, mise en scène Marc Paquien, avec Catherine Frot


 


 


 


 


 


 


 


https://www.portestmartin.com/oh-les-beaux-jours


 


 


 


 


 


 


 


https://www.journal-laterrasse.fr/marc-paquien-recree-oh-les-beaux-jours-de-beckett-une-experience-de-redecouverte/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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NANTERRE – AMANDIERS


 


 


 


 


 


 


 


Du 22 au 26 septembre


 


 


 


 


 


 


 


ATHENEE-THEATRE LOUIS-JOUVET (petite salle)


 


 


 


 


 


 


 


CHANTAL AKERMAN PAR CHANTAL AKERMAN / LE DEMENAGEMENT


 


 


 


 


 


 


 


Textes de Chantal Akerman, par Stanislas Merhar


 


 


 


 


 


 


 


https://www.athenee-theatre.com/saison/spectacle/la-demenagement.htm


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 23 septembre au 3 octobre


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE 13 / GLACIERE


 


 


 


 


 


 


 


QUI POUR PROTEGER DES MONSTRES DES CAUCHEMARS ?


 


 


 


 


 


 


 


De et par Mélo Lauret et Elisa Monteil


 


 


 


 


 


 


 


https://theatre13.com/spectacle/qui-pour-proteger-les-monstres-des-cauchemars/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 24 septembre au 15 novembre


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE DE L'ATELIER


 


 


 


 


 


 


 


4:48 PSYCHOSE


 


 


 


 


 


 


 


de Sarah Kane, mise en scène Jacques Osinski, avec Sandrine Bonnaire


 


 


 


 


 


 


 


https://sceneweb.fr/sandrine-bonnaire-dans-4-48-psychose-de-sarah-kane/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 24 septembre au 1er novembre


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE DE LA PORTE SAINT-MARTIN


 


 


 


 


 


 


 


LA FOLLE JOURNEE ou LE MARIAGE DE FIGARO


 


 


 


 


 


 


 


de Beaumarchais, mise en scène Alain Françon,


 


 


 


 


 


 


 


avec Vincent Dedienne, Noémie Lvovsky, Micha Lescot, Alix Poisson....


 


 


 


 


 


 


 


https://www.portestmartin.com/le-mariage-de-figaro


 


 


 


 


 


 


 


https://www.journal-laterrasse.fr/alain-francon-monte-la-folle-journee-ou-le-mariage-de-figaro-avec-vincent-dedienne-dans-le-role-titre/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


A partir du 30 septembre


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE DU SOLEIL (Cartoucherie)


 


 


 


 


 


 


 


ICI SONT LES DRAGONS (reprise)


 


 


 


 


 


 


 


Un spectacle mis en scène par Ariane Mnouchkine


 


 


 


 


 


 


 


1ère et deuxième époque en alternance


 


 


 


 


 


 


 


intégrales les samedis


 


 


 


 


 


 


 


https://www.theatre-du-soleil.fr/fr/notre-theatre/les-spectacles/ici-sont-les-dragons-2024-2470


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 30 septembre au 4 octobre


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE GERARD-PHILIPE - SAINT-DENIS


 


 


 


 


 


 


 


BIENTOT LE JOUR par Julie Bertin – Le Birgit Ensemble


 


 


 


 


 


 


 


https://tgp.theatregerardphilipe.com/spectacle/bientot-le-jour/


 


 


 


 


 


 


 


https://www.journal-laterrasse.fr/julie-bertin-cree-bientot-le-jour-ou-des-recits-de-vie-interrogent-lorigine-de-nos-soulevements-individuels/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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                                        OCTOBRE 2026


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


Le 1er octobre


 


 


 


 


 


 


 


MAISON DES ARTS DE CRETEIL


 


 


 


 


 


 


 


PLUSIEURS (reprise)


 


 


 


 


 


 


 


De et par Bertrand Bossard avec le cheval Akira


 


 


 


 


 


 


 


https://www.maccreteil.com/evenement/1192/plusieurs


 


 


 


 


 


 


 


https://sceneweb.fr/plusieurs-de-bertrand-bossard-avec-le-cheval-akira/


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


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Du 7 au 17 octobre 


 


 


 


 


 


 


 


THEATRE DE LA VILLE  -  Abbesses 


 


 


 


 


 


 


 


L'ENFANT UNIQUE


 


 


 


 


 


 


 


Texte et mise en scène David Lescot


 


 


 


 


 


 


 


https://www.theatredelaville-paris.com/fr/spectacles/saison-26-27/theatre/david-lescot-lenfant-unique


 


 

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August 28, 2:58 PM
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Être là dans l'existence: Bernard Bloch joue Kafka  

Être là dans l'existence: Bernard Bloch joue Kafka   | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Olivier Tonneau dans son blog - Publié le 25 août 2026

 

 

Le 2 Août 1914, Franz Kafka écrit dans son journal: « Déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie. Après midi, piscine. » Il fallait l'humour et l'intelligence de Bernard Bloch pour trouver dans ces mots le titre d'un spectacle stupéfiant.





Bernard Bloch trouve dans Kafka des ressources pour "être ce que je suis dans le monde tel qu'il devient". Kafka n'aidera pourtant que ceux que la vérité nourrit, dont le premier besoin humain est d'être de plain-pied dans le monde, hors de toute illusion - même celles qui pourraient offrir d'éphémères échappatoires. Car ce qui saisit tout au long des récits de Kafka ici arrangés, mis en scène et incarnés, c'est l'effet de réel.

C'est le mystère de l'oeuvre de Kafka que de susciter chez le lecteur les sentiments simultanés de la perplexité, de l'étrangeté mais aussi du dévoilement, de l'évidence que ce monde dont nous ne saisissons jamais que la surface est bien tel qu'il nous est montré. Le réel, qui par définition ne peut se laisser comprendre, par Kafka s'appréhende. Mais que faire de cette expérience paradoxale de l'intime contact avec l'opacité du monde?

La tentation est forte de prolonger Kafka par l'exégèse. C'est pourtant presque peine perdue. Faire l'analyse du matériau constitué par Kafka, c'est implicitement le remettre à la place de la fiction, refaire de ses textes une image du réel alors qu'ils en sont l'énigme. A la rigueur, le bon usage de Kafka est celui qu'en fait Diane Scott dans S'Adresser à tous; ne pas partir de Kafka pour en dire quelque chose, mais venir à Kafka pour y trouver le chiffre de nos problématisations.

Si Kafka ne se laisse pas comprendre, alors il faut le laisser nous comprendre. Il faut retrouver toutes nos dimensions dans les plis et les replis des textes. C'est ici que Bernard Bloch accomplit un travail proprement miraculeux. Je n'étais pas certain que les textes de Kafka se prêtaient à être dits: j'aurais cru que leurs ambivalences, leurs voies labyrinthiques ne se prêtaient qu'à l'expérience de la lecture. Au contraire: Bernard Bloch m'a révélé des textes dont j'ai aujourd'hui le sentiment de n'avoir auparavant qu'effleuré la surface. C'est que son art s'appuie sur l'immense intelligence du lecteur et sur le génie d'un acteur dont la voix, les yeux, le moindre geste savent receler, irréductibles, toutes les émotions chargées comme des pistolets par toutes les situations: le désarroi, la cruauté, le désir et l'impuissance décuplés par la solitude et la puissance, le privilège et la médiocrité. Chaque personnage devient un prisme projetant mille couleurs, chacune saisissante, leur réunion bouleversante.

Les personnages de Kafka sont monstrueux. Tous pourtant recèlent cette chose mystérieuse entre toutes, la conscience, ce besoin vital de vérité, paradoxal si le savoir qui pourrait le satisfaire est insupportable. Insupportable auquel nous tentons d’échapper par la fausse conscience, la conscience cruelle ou l’impossible inconscience. Kafka, intolérable par l’intransigeance de sa lucidité, est l’homme qui sait que la vérité donne plus de force que le réel n’en détruit - la force qui vient du sentiment, pour reprendre un titre de Jean-Paul, d'être là dans l'existence. Ou peut-être face à l'existence.

Trouver dans la présence au monde un bonheur qui résiste à sa destruction, c’est le travail auquel nous sommes tous confrontés. Savoir que la guerre est déclarée. Aller quand même à la piscine.


Olivier Tonneau
Enseignant-chercheur à l'Université de Cambridge

https://essaion-theatre.com/spectacle/apres-midi-piscine/

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Tamara Al Saadi, comédienne : terre et faire taire 

Tamara Al Saadi, comédienne : terre et faire taire  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Balla Fofana dans Libération - 26 oct. 2026

 

La dramaturge a fait l’objet de pressions pour cesser de lire un texte sur Gaza à l’issue de représentations de sa pièce «Taire».

 

 

Toute de noir vêtue, Tamara Al Saadi nous ouvre la porte de son duplex lumineux en banlieue parisienne. Elle y vit seule. On ôte nos chaussures à l’entrée. La dramaturge, les yeux soulignés d’un khôl bleu océan, nous accueille avec une affabilité intemporelle. Pour elle, l’hospitalité relève presque du devoir ancestral. Sur le canapé, Frida, sa chienne, trône. Et se fait les chicos sur un bloc de fromage de yak. Sa maîtresse propose un gâteau. Nous déclinons. Elle se vexe. Refuser la nourriture, chez elle, confine à l’offense faite aux ancêtres. Sa défunte grand-mère, elle, aurait su nous le faire avaler.

 

La légèreté de la scène contraste avec la question lancinante qui l’habite depuis plusieurs mois. Que se passe-t-il quand on a passé sa vie à chercher sa voie et que, soudain, on vous somme de rester cois ? Créée en 2025, Taire, sa dernière pièce, revisite Antigone à travers deux jeunes filles, l’une bavarde, l’autre mutique. A l’issue des représentations, un texte consacré à Gaza est lu collectivement  par la troupe. Il dénonce un «génocide» et pointe les destructions et les violences subies par les Palestiniens. Et appelle à «continuer de faire entendre leurs voix». Cette lecture, distincte du spectacle, déclenche une polémique. Dans une lettre à Dominique Bluzet (actuel directeur d’un groupement de théâtres des Bouches-du-Rhône), Renaud Muselier, alors président Renaissance de la région Sud (aujourd’hui sénateur), qualifie ce texte d’«antisémite»  et annonce la suspension de toute contribution à ExtraPôle (plateforme de coproduction et d’aide à la diffusion théâtrale)  «jusqu’à clarification publique de sa position». «Ces prises de parole sont une tradition du théâtre français», se défend l’autrice, qui dénonce «une censure» et un «chantage direct» à la subvention. On lui demande de retirer le mot «génocide». La pièce se joue désormais ailleurs. Prochaine date : printemps 2027.

 

 

Ce qui la touche, c’est l’appel à un «compromis» qu’elle voit comme une «compromission». Passé traumatique familial ravivé. «J’ai été construite à l’encontre de mon intuition et de mon instinct», souffle-t-elle. Son histoire commence à Bagdad, en Irak, où elle naît en 1986, avant d’arriver en France à 5 ans, pendant la guerre du Golfe. Les frontières ferment. Les vacances se muent en installation. Elle grandit dans le XVe arrondissement de Paris, étudie les sciences politiques, se forme à la comédie, puis passe de l’autre côté. En 2018, Place reçoit les prix du jury et des lycéens au festival Impatience. La pièce raconte la vie d’une jeune femme irakienne qui fuit la guerre et cherche sa place en France. N’allez pas lui dire qu’elle fait du théâtre de réparation. «Réparer quoi ? Je n’ai rien cassé moi !» Son moteur ? Rendre justice à l’enfant qu’elle était. Lui dire : «Je te vois, et je t’entends.»

 

 

Chez la dramaturge, cette place passe aussi par la langue. Elle a longtemps perdu une partie de son arabe irakien. Celle qui a enterré ses deux parents (son père, gérant d’hôtel, est mort en 2006 et sa mère, peintre, en 2022) retrace le brouillard de son enfance sur fond de rupture de transmission. Côté religion, elle descend des mandéens (parfois appelés sabéens). Un courant gnostique ancestral persécuté notamment en Irak. Des persécutions, son entourage en a hélas vu d’autres : «Nous vivions sous la dictature de Saddam Hussein. Une partie de ma famille a été assassinée pour soupçon d’opposition au régime.» Un jour, son père lui a demandé : «Tu penses en quelle langue ?» Elle a répondu : «En français.» Il lui a dit : «Je t’ai perdue.» A sa mère, elle n’a jamais pu exprimer la finesse des arcs-en-ciel de ses émotions dans sa langue. Depuis un an, elle la réapprend. Dans une tribune intitulée «Tu me dois», adressée à la France et publiée dans Libé en 2025, elle écrivait : «Tu me dois d’avoir oublié ma langue pour la tienne.» Son travail se tient dans cet interstice.

 

Il y a aussi la môme, la plus petite des trois dans la fratrie, «en satellite». La gamine a connu la faim, le froid. Des années plus tard, le théâtre la fera travailler avec des mineurs, des femmes et des exilés. Elle aime voir surgir une pensée qu’ils ne soupçonnaient pas pouvoir formuler. Elle ne leur donne pas une voix : elle les aide à découvrir qu’ils en ont déjà une. Dans Brûlé·es, Istiqlal, Mer, Partie, puis Taire, elle revient toujours à la tyrannie des non-dits.

Quand on la dit engagée, elle se décrit comme «molle» et ne sait plus si elle peut se «duper» sur le fonctionnement du milieu théâtral. Le théâtre, elle l’aime «très très fort». Mais après Taire, elle se demande si elle peut continuer ce métier sans fermer les yeux sur ce qui entrave sa liberté de création.

 

 

Gaza déborde de la scène. Tamara Al Saadi voit dans deux affaires récentes le prolongement de ce qu’elle a vécu avec Taire. Elle dit avoir été sommée d’accepter un «débat contradictoire», au motif que sa prise de parole ne prendrait pas en compte la réalité des otages israéliens. Elle y voit une manière de réduire son propos à «un point de vue» et de faire du contradictoire un outil pour «faire taire». Elle évoque Adèle Haenel qui a connu à son tour une intervention institutionnelle : le replay de la Grande Librairie, où elle avait consacré une carte blanche notamment à Gaza et parlé de génocide, est retiré de france.tv au motif de l’absence de contradictoire. Puis, le 14 septembre, Macklemore est écarté de la tournée américaine d’Ed Sheeran après ses prises de position en faveur de la Palestine. Trois artistes, trois contextes, mais pour Al Saadi une même question : «Que devient la parole artistique libre lorsqu’on lui demande de se justifier, de se corriger ou de se contredire ?». «Aucune expression artistique n’est neutre», rappelle-t-elle.

 

 

Quand elle se retrouve seule, les histoires viennent remplir l’espace. Elle raconte avoir en tête depuis toujours des personnages, des âmes imaginaires avec lesquelles elle peuple sa solitude. Ça la renvoie à de grands moments d’anxiété. Son kif, à l’inverse, c’est d’être avec des proches. Voyager avec eux. Lire côte à côte sans rien dire. Partager un silence. «Quand tu es apaisé par des silences avec quelqu’un, c’est bien que cette personne est sécurisante.»

 

Que ferait-elle si on lui offrait une année sans bourbier, sans actualité anxiogène, sans obligation de prendre position ? «S’autoriser à profiter de la vie.» C’est-à-dire voyager. Apprendre le flamenco. Aller à Bagdad. Mater les aurores boréales. Scruter des baleines australes en Patagonie. Elle en parle avec le sérieux d’une enfant autorisée à désirer : «Il y a un avant et un après quand tu as croisé une baleine dans ta vie.»

Son prochain projet sera une adaptation de Notes pour une histoire de guerre, de Gipi (auteur de bande dessinée, illustrateur et cinéaste italien). Elle veut retrouver son instinct. Et puis, il y a le gâteau. A la fin de l’entretien, nous finissons par le manger. Elle nous regarde mordre dedans avec une jubilation espiègle. Elle a gagné.

 

 
 
 

Tamara Al Saadi, en quelques dates : 

 

8 août 1986 Naissance en Irak.

 

2 juillet 1991 Sortie d’Irak.

 

2 décembre 2018 Deux premiers prix du festival Impatience pour Place.

 

Avril 2027 Taire à Brest.

 
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October 26, 9:28 AM
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Agressions sexuelles, soumission chimique… Comment le directeur de l’école de clown Le Samovar a tenté d’étouffer une enquête sur les VSS

Agressions sexuelles, soumission chimique… Comment le directeur de l’école de clown Le Samovar a tenté d’étouffer une enquête sur les VSS | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Eugénie Barbezat  dans L'Humanité, publié le 25 oct. 2026

 

Longtemps considéré comme un lieu de référence pour l’enseignement du clown, le Samovar traverse la plus grave crise de son histoire, après une enquête indépendante sur les violences sexistes, sexuelles et morales mettant en cause son fondateur. Face à l’absence de sanctions et à une gestion qu’ils jugent défaillante, les enseignants ont choisi de démissionner en masse, suivis de certains membres du conseil d’administration.

 

Tout va bien ! Cette sentence, qui est le « premier commandement du clown », a longtemps été de mise au Samovar, la seule école exclusivement dédiée à l’enseignement de cette discipline. Fondé par Franck Dinet dans les années 1990, l’établissement est basé depuis vingt-six ans à Bagnolet (Seine-Saint-Denis) et dispense, d’une part, des ateliers, cours du soir et stages intensifs pour les amateurs (adultes et enfants) et accueille chaque année, d’autre part, une quinzaine d’élèves au titre de la formation professionnelle.

 

 

« C’est une école reconnue dans le milieu du clown. J’ai été heureuse de pouvoir y enseigner lors de stages et d’ateliers. Mais j’ai rapidement remarqué que l’ambiance était particulière, raconte Gabrielle* 1, une professeure ayant exercé ponctuellement au Samovar. Le directeur piquait régulièrement des colères aussi imprévisibles que violentes, et l’équipe salariée changeait très souvent… »

 

 

La clown professionnelle n’a donc été qu’à moitié surprise en apprenant la vague de démissions d’enseignants intervenue à la mi-septembre. À ce jour, vingt-deux professeurs ont envoyé des lettres à l’ensemble de l’équipe dirigeante, administrative et pédagogique, pour signifier leur refus de poursuivre toute collaboration avec le Samovar.

 

Tous évoquent l’inertie face aux résultats d’une enquête VHSSM (violences et harcèlement sexistes, sexuels et moraux) réalisée par un cabinet d’avocates spécialisé.

Une pédagogie dénoncée comme humiliante

« J’attendais que des mesures soient prises pour assainir l’ambiance au Samovar. Très clairement, avec beaucoup d’autres professeurs, certains membres du conseil d’administration et la quasi-totalité de l’équipe administrative, nous souhaitions la mise en retrait du directeur », confie Louise*, professeure démissionnaire et ancienne élève du Samovar, qui raconte avoir elle-même subi « la violence verbale et l’humiliation publique » de la part du directeur lorsqu’il était son professeur.

 

« En tant qu’enseignante, et l’ayant moi-même subie, j’ai souvent dû faire tampon avec mes élèves qui avaient mal vécu un « cours » avec le directeur », explique Laura*, une autre enseignante présente au sein du Samovar depuis plus d’une décennie.

 
 

Des pratiques qui ont pour le moins surpris les spectateurs ayant assisté à un cours public donné par le directeur en février 2025. « Comment enseigner par l’humiliation, l’irrespect et l’installation d’une tension permanente chez les élèves ? » interroge l’un d’entre eux dans l’un des courriers que l’Humanité a consultés.

« Quel courage ont les clowns pour se faire sans cesse réprimander sans douceur aucune », pointe un autre. Interrogé à ce sujet, Franck Dinet assure avoir « déconné » ce jour-là, mais parle d’un « fait exceptionnel » et minoritaire au regard « de tous les élèves qui (le) remercient ».

« Peur d’être grillé dans le tout petit milieu du clown »

Il y a surtout toutes celles et tous ceux qui, depuis des décennies, se taisent. Les lettres de démission (que l’Humanité a consultées), arrivées en cascade fin septembre 2026, évoquent presque toutes cette parole trop longtemps retenue, par « peur d’être grillé dans le tout petit milieu qu’est le clown », pour « ne pas nuire à la seule école où notre art a sa place ».

Un silence que Louise dit regretter aujourd’hui : « Je n’aurais jamais dû accepter tout cela, j’aurais dû dénoncer les comportements de Franck Dinet plus tôt. Mais nous étions en quelque sorte sous l’emprise de ce directeur qui concentre tous les pouvoirs sans possibilité de contrôle… »

« Il y a plusieurs années, lors d’une séance d’exercices qu’il proposait à l’équipe enseignante, je me suis sentie mal à l’aise car les gestes étaient très sexualisés et les attouchements encouragés. Je n’en voyais pas l’intérêt, se rappelle Gabrielle. À l’issue de cette séance, Franck Dinet s’est lancé dans une tirade déplorant le fait qu’aujourd’hui les garçons ne se sentaient plus autorisés à exprimer leurs pulsions et que lui-même ne pouvait plus faire faire ce genre d’exercices aux élèves car ils étaient trop sensibles et risqueraient de s’offusquer. Du coup, j’ai ravalé mon malaise… »

Un message anonyme sur Instagram

Alors quand, en mai 2025, est publié sur le compte Instagram de recueil de témoignages Collectives (@__collectives) le message anonyme suivant : « Le directeur d’une école de clowns serait un violeur/agresseur », la publication fait l’effet d’une bombe.

« Franck Dinet l’a immédiatement pris pour lui puisque le Samovar est la seule école de clown en France. Son premier réflexe a été de chercher le ou la « coupable » de ce qu’il dénonce comme « une attaque personnelle », rapporte un ancien salarié. Il a même suggéré que quelqu’un de l’équipe réponde à cet appel à témoignage pour tenter de savoir qui l’avait posté. »

« Il a aussi appelé une enseignante ayant apposé un « like » sur ce message, en lui demandant de le retirer. Sachant cela, je n’ai pas osé liker ce post moi-même alors que j’aurais voulu le faire », se rappelle Louise.

 

 

Interrogé à ce sujet par l’Humanité, Franck Dinet affirme qu’il soupçonne « un ancien élève qui aurait été viré du Samovar pour y avoir commis des violences sexuelles » d’avoir posté ce message « pour se venger ».

 

Cet épisode a motivé la création d’une cellule VHSS. Un protocole est alors rédigé, s’ensuit l’envoi d’un questionnaire sur le sujet aux élèves et anciens élèves. « C’était très compliqué, car normalement les réponses à ce questionnaire devaient être confidentielles, mais le directeur voulait les consulter et il nous était difficile de nous opposer à lui », témoignent trois anciens salariés.

 

Au regard de la gravité des faits rapportés, et des difficultés rencontrées, sur conseil de la cellule VHSS, le bureau du conseil d’administration (CA) décide en urgence d’externaliser la suite de l’enquête. En février 2026, malgré l’opposition de Franck Dinet et de ses proches, le CA valide le recours à cabinet d’avocates spécialisées dans le droit du travail et dans les VHSS afin de mener une enquête indépendante et sérieuse.

 

Le président de l’association demande alors au salarié en charge de l’administration d’effectuer un premier virement de 5 000 euros au cabinet d’avocates pour qu’il enclenche l’enquête. « Franck Dinet a tenté de l’en empêcher. Ce salarié l’a fait quand même mais il a dû partir ensuite car il subissait les foudres du directeur », explique un de ses ex-collègues.

 

Concernant ces faits, qu’il ne nie pas, Franck Dinet affirme qu’il a tenté d’empêcher ce virement car « c’était beaucoup trop cher, on aurait pu faire faire ce travail à moindres frais ».

 

Une attention aux finances de l’association qu’il manifeste moins quand il s’agit de se servir des comptes de la structure pour financer l’avocat par lequel il a tenu à être accompagné lorsqu’il a été entendu, à sa demande, par le cabinet en charge de l’enquête.

Sur ce point, après avoir affirmé à l’Humanité qu’il payait son conseil sur ses propres deniers, Franck Dinet a reconnu avoir utilisé « dans l’urgence » ceux de l’association, assurant que « par la suite » il avait payé son avocat en puisant dans son compte personnel.

Une enquête indépendante entravée dès son lancement

« La mise en place de cette enquête a été très compliquée car nous étions très minoritaires au CA à exiger son externalisation. Ce n’était pas la première alerte concernant les VHSS. Par ailleurs, Franck est à la fois le directeur et le propriétaire du théâtre (qu’il loue à la structure via une SCI à l’association Le Samovar – NDLR). Celui-ci jouxte son habitation personnelle. C’est l’association qui paie les factures de chauffage, d’électricité et d’eau pour les deux… », témoigne un membre démissionnaire du CA du Samovar, composé en grande partie de proches, d’anciens collaborateurs ou de personnes ayant des intérêts croisés avec la structure. « C’était une grande famille, un peu comme une mafia », souffle-t-il.


 

Dès le démarrage de l’enquête externalisée, les relations se tendent : le directeur et ses amis proches entrent en conflit ouvert avec les salariés qui soutiennent la démarche et avec le bureau du Conseil d’administration qui maintient l’enquête.

Des réunions sont organisées entre le directeur et certains membres du Conseil d’administration, sans que le président et la trésorière, également membre de la cellule de lutte contre les VHSS, en soient informés.

Dans leur rapport (dont l’Humanité a consulté une version citant des témoins anonymisés), les avocates font état en préambule de « demandes insistantes du directeur pour avoir accès à certaines données confidentielles » et « de nombreuses tentatives de désorganisation » de leur enquête.

Harcèlement, agressions sexuelles, gouvernance contestée…

Elles ont néanmoins recueilli 39 témoignages parmi le personnel administratif, les enseignants, les élèves ou anciens élèves et les anciens membres de la structure. L’enquête couvre seize années de fonctionnement de l’école, soit entre 2010 et 2026.

Les accusations vont du harcèlement moral (cris, violences verbales, brutalité relationnelle) aux faits sexistes (remarques fondées sur le genre, discriminations sexistes). Elles portent sur du harcèlement et des agressions sexuelles.

 

Une accusation de viol et même une suspicion de soumission chimique sont mentionnées. Plusieurs agresseurs présumés sont cités dans cette enquête, mais c’est le directeur qui concentre 79 % des accusations (souvent graves et corroborées par plusieurs personnes).

 

« Il y a effectivement eu des cas de VSS au Samovar mais ils ont été très bien gérés. Quant à moi, il est vrai que je me mets parfois en colère et que j’ai pu lancer, par jeu, des objets sur des élèves lors de cours… » élude Franck Dinet en réponse aux questions de l’Humanité sur ce point.

 

En juin 2026, à l’issue de ce travail, les enquêtrices ont formulé des recommandations, dont la mise en place d’une cellule VHSS pérenne, la formation obligatoire des encadrants à la lutte contre les VHSS, une réforme de la gouvernance, la limitation du nombre de mandats des membres du CA, la prévention des conflits d’intérêts et l’élaboration d’une charte pédagogique pour mieux protéger les élèves, y compris mineurs, qui fréquentent l’établissement…

 

Quant aux sanctions proposées pour les auteurs présumés, elles concernent trois personnes en CDD dont il est conseillé de ne pas renouveler le contrat, et une personne en CDI, le directeur, pour lequel le rapport suggère trois options : un licenciement pour faute lourde, une mise à pied disciplinaire suivie d’un licenciement, ou encore un départ négocié, choix déconseillé par le cabinet d’avocates car tout accord financier pourrait se retourner contre l’association si les faits dénoncés dans le rapport étaient judiciarisés.

Aucune conséquence disciplinaire

Sans doute convaincu par le directeur qu’il s’agissait d’un complot monté de toutes pièces contre lui et qu’il ne fallait pas en tenir compte, le Conseil d’administration a choisi majoritairement de communiquer en minimisant les résultats de l’enquête.

« Les mesures d’éviction du directeur préconisées n’ont même pas été abordées », pointe la trésorière de l’époque. En conséquence, le président refuse de signer le communiqué où sont évoqués les résultats de l’enquête.

 

Quatre personnes, dont le directeur, seront finalement auditionnées par des membres du CA à propos des faits présumés. Et puis… rien ! Si ce n’est l’envoi de ce même communiqué, laconique, envoyé en septembre à l’équipe pédagogique.

 

Il stipule qu’« après analyse des signalements et l’entretien contradictoire de M. Dinet et des personnes concernées, aucune des plaintes ne semble susceptible d’entraîner une quelconque action pénale ou civile, (…) il n’y avait pas lieu de faire entrave aux missions de M. Franck Dinet… »

 

Le texte évoque « des souffrances liées à des méthodes d’encadrement ou à des procédés pédagogiques mal vécus ou mal interprétés » motivant des « mesures afin de mieux garantir les conditions de travail et d’apprentissage au sein du Samovar et d’éviter certaines tensions dommageables ».

La rupture avec les enseignants

La colère des professeurs et des membres du Conseil d’administration souhaitant se désolidariser de ce discours, très éloigné des conclusions de l’enquête indépendante, se traduit par une avalanche de démissions.

 

Au groupe d’enseignants qui a exprimé son indignation au directeur, celui-ci a tenu un discours stupéfiant : « Si je partais sachez que la structure financière ne serait plus tenable : il y a quelques années j’ai fait signer un avenant au bail, le jour où je pars de la direction le loyer devient au prix du marché », a déclaré le propriétaire des lieux. À l’une des professeures qui lui fait remarquer que « ce n’est pas dans l’intérêt de l’école » il répond : « Je m’en fous ! »

 

Tous attachés à l’enseignement et à la pratique du clown, et conscients de la valeur d’un tel lieu d’apprentissage, les enseignants et membres du conseil d’administration qui ont lancé l’alerte réfutent quant à eux « tout désir de vengeance ou intérêt personnel à la fermeture de l’école ». Ils souhaitent la poursuite de cet enseignement, mais dans un esprit plus collectif, bienveillant et démocratique.

 
  1. Les prénoms suivis d’un astérisque ont été changés. ↩︎
 
Eugénie Barbezat / L'Humanité 
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Des subventions publiques sous surveillance

 

Près de la moitié du budget de l’école de clown est abondé par de l’argent public. La mairie de Bagnolet subventionne le Samovar à hauteur de 86 000 euros annuels, la Région Île-de-France à hauteur de 80 000 euros, le département de Seine-Saint-Denis à hauteur de 55 000 euros, et l’État (Drac) à hauteur de 55 000 euros.

Or, alertés par l’annonce sur les réseaux sociaux du désistement de certains artistes qui devaient participer à un récent événement organisé en soutien au Samovar, les financeurs publics de l’établissement commencent à s’interroger.

En réponse aux questions de l’Humanité, le Conseil départemental de Seine-Saint-Denis annonce avoir « tenté de suspendre le deuxième versement de la subvention annuelle » à l’association et précise que « le renouvellement du conventionnement 2027 est pour l’instant suspendu à l’évolution de la situation interne du Samovar ».

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October 24, 6:11 AM
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Dans le secteur du cirque, techniciens et artistes sur le fil 

Dans le secteur du cirque, techniciens et artistes sur le fil  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Victor Inisan dans Libération, 23 oct. 2026

 

Alors que s’est tenu le festival Circa, grand rendez-vous du cirque de création dans le Gers, les professionnels lancent un appel aux élus pour demander plus de moyens et de soutien.

A Auch (Gers), les salles sont pleines, mais le calendrier rétrécit. Pour sa 39e édition, le festival Circa, grand rendez-vous du cirque de création, a amputé sa programmation d’une journée, quand bien même le taux de remplissage oscille, comme tous les ans, entre 97 % et 98 %. «Ce n’est pas un partenaire qui nous lâche, mais un grignotage venu d’un peu partout», explique sa directrice, Stéphanie Bulteau. Quitte à se tirer une balle dans le pied : «J’ai peur que le public se détourne du festival en se disant : “De toute manière, ce n’est pas la peine de venir, tout est déjà complet.” Il y a quelque chose de terrible : il y a de moins en moins d’argent, mais la demande est toujours au moins aussi forte.» A ce compte-là, Circa pourrait bientôt manquer de spectateurs à force d’en avoir trop.

 

Pas de quoi réjouir l’ensemble des professionnels du cirque qui se sont réunis à Auch grâce à Territoires de cirque, fédérant 57 structures, afin de lancer leur «Appel du cirque» à destination des élus. Avec l’idée qu’à chaque grand événement circassien, les artistes et techniciens, les compagnies, les écoles et lieux de création s’unissent dans un même «cri du cirque», symbole militant d’un secteur historiquement moins soutenu que le théâtre et la danse. «Il y a plus de compagnies de cirque soutenues qu’avant, mais chacune l’est moins», résume le président du Syndicat des cirques et compagnies de création, Maël Tortel, lors de l’«Appel du cirque». «Depuis 2019, l’Etat conventionne presque deux fois plus de compagnies de cirque, mais le montant médian de l’aide a chuté de 38 %. En deux ans, les compagnies adhérentes ont perdu 15 % de leurs emplois en CDI.» Même constat aberrant pour les lieux : «On a pendant des années protégé la ligne artistique, c’est-à-dire les moyens consacrés aux artistes par rapport au fonctionnement. Aujourd’hui, c’est le fonctionnement lui-même qui commence à être attaqué […] De sorte qu’on commence à se demander qui on garde dans l’équipe d’un théâtre, si l’on veut continuer à maintenir l’accompagnement des artistes !» complète le président de Territoires de cirque, Jean-Marie Songy, également directeur du Palc à Châlons-en-Champagne (Marne).

Une filière ambiguë

Alors, comment la filière peut-elle survivre si l’Etat se défile ? «Même si aujourd’hui, on est ensevelis sous les solos et sous les duos, il reste une appétence incroyable pour les grosses formes», explique Stéphanie Bulteau. Or le cirque s’amourache difficilement des logiques privées : «Le mécénat culturel en France se dirige quand même beaucoup vers des esthétiques bourgeoises. Nous, on est un art populaire. Et cet art populaire paye cette délégitimité autant institutionnelle qu’entrepreneuriale.» Quant à augmenter les prix des billets, c’est hors sujet : le cirque attire tant la jeunesse, «on ne va pas faire des billets à 45 euros !» Comme le rappelle Jean-Marie Songy, le cirque doit «nécessairement [être] soutenu par de l’argent public pour ne pas tomber dans une commercialisation, qui rendrait ce secteur totalement lisse et privé de sa capacité d’innovation».

 

Voilà toute l’ambiguïté d’une filière, à la reconnaissance amorcée il y a une cinquantaine d’années seulement, fulgurante mais encore fraîche : les Pôles nationaux du cirque (PNC) n’ont vu le jour qu’en 2010 ; à titre de comparaison, le premier Centre dramatique national est ouvert en 1947, et les premiers Centres chorégraphiques nationaux en 1984… Sans compter qu’ils n’étaient encore que quatorze PNC avant qu’UtoPistes, à Lyon, ne soit labellisé en 2025. Quant aux circassiens à la tête de théâtres généralistes, ils ne courent pas non plus les rues : Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel – disparu cet été –, cofondateurs des Arts Sauts dès 1993, font exception lorsqu’ils prennent la direction du Monfort en 2009 (on les traite alors de «voleurs de poules») puis du théâtre du Rond-Point en 2023. Et Marc Jeancourt, codirecteur de l’Azimut à Antony (Hauts-de-Seine), de plaisanter durant l’«Appel du cirque» en lançant hardiment à Laurence de Magalhaes, pionnière de la discipline : «J’ai l’impression de me tenir à côté de Jean Vilar.»

 

Une chose est sûre, les dotations de la filière en pâtissent de plus en plus : le soutien public au cirque ne représente que 29 centimes par habitant et par an ; Territoires de cirque réclame 1,50 euro. Sans quoi, «si on continue la régression budgétaire, c’est la porte qui s’ouvre vers la destruction d’un réseau culturel construit depuis cinquante ans», prévient Songy. Ce serait absurde, après des décennies d’efforts pour faire entrer le cirque dans les institutions, de finir par l’y enterrer.

 

Victor Inisan / Libération

 

 

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October 20, 8:22 AM
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Catherine Hiegel impériale dans le rôle de « Suzanne » Valadon, artiste peintre et mère de Maurice Utrillo

Catherine Hiegel impériale dans le rôle de « Suzanne » Valadon, artiste peintre et mère de Maurice Utrillo | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard dans Le Monde - 19 oct. 2026

 

La comédienne interprète, au Théâtre Montparnasse, cette figure libre de Montmartre, qui n’aura de cesse de se battre pour s’échapper de sa condition de femme dans le milieu masculin de la peinture, quitte à fragiliser sa relation avec son fils.

 

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/10/19/catherine-hiegel-imperiale-dans-le-role-de-suzanne-valadon-artiste-peintre-et-mere-de-maurice-utrillo_6797549_3246.html

Qui d’autre que Catherine Hiegel pour incarner Suzanne Valadon (1865-1938), la mère affranchie du peintre Maurice Utrillo (1883-1955), et raconter la relation tumultueuse entre ces deux artistes tourmentés ? Sur la scène du Théâtre Montparnasse, à Paris, la présence de cette comédienne hors pair agit dès les premières minutes de Suzanne, joute fiévreuse entre une mère et son fils.

Hospitalisée après une mauvaise chute, Suzanne Valadon, vêtue d’une chemise de nuit soyeuse et d’une blouse blanche, tourne en rond dans un dortoir oppressant où règne un médecin-chef (incarné par Marc Prin) professoral et misogyne. « J’ai une œuvre à finir, un fils à récupérer, un mari à châtier », résume-t-elle, peu encline à supporter l’autorité médicale. Femme au fort caractère, elle réclame son matériel, ses pinceaux, ses couleurs, menaçant, si ce n’est pas le cas, de perturber la tranquillité de l’hôpital. « Ma seule façon d’être en vie est de me noyer dans la peinture », clame la Valadon.

 

Nous sommes en 1935, trois ans avant la mort de cette artiste peintre, devenue une figure de Montmartre. L’itinéraire de cette femme indépendante a peu d’équivalents dans l’histoire de l’art. Fille de blanchisseuse, elle enchaîne les petits boulots dès l’âge de 11 ans pour aider sa mère, avant de devenir modèle pour Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898), Auguste Renoir (1841-1919), Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), etc. Autant de peintres auprès desquels elle observe les techniques de travail, perfectionne son goût pour le dessin, et dont elle devient, pour certains, la maîtresse.

Relation amour-haine

Son fils, Maurice, elle l’a eu à 18 ans. Mais pour Suzanne – plus occupée à se battre pour sortir de sa situation sociale et de sa condition de femme dans le milieu masculin de la peinture –, l’art passe avant la maternité. Confié à sa grand-mère, le garçon a une adolescence chaotique, fait des séjours en psychiatrie, et tombe dans l’alcoolisme. Pour le sauver de ses démons, sa mère le pousse à dessiner et à peindre. Témoin de son talent, elle l’encourage et Maurice acquiert une notoriété plus importante que la sienne. La mère en est fière mais l’artiste qu’elle est le vit mal.

Tiré du roman Utrillo, mon fils, mon désastre selon Suzanne Valadon (Editions Ateliers Henry Dougier, 2024), de Corinne Samama, qui a fait appel à Jean-Benoît Patricot pour en composer la dramaturgie, la pièce de théâtre s’attache à cette relation amour-haine. Elle n’est pas un récit biographique mais met en scène une confrontation au cours de laquelle se dévoile toute une histoire familiale et artistique mouvementée.

 

 

Lire aussi la critique (2023) | Article réservé à nos abonnés Suzanne Valadon, une vie de peintre après le modèle
 

Maurice (interprété par Christophe Paou) arrive dans le dortoir de l’hôpital pour régler ses comptes avec sa mère et dresse d’elle un portrait peu amène. Elle lui a « volé » son ami André Utter – se mariant avec lui malgré les vingt et un ans qui les séparent – et fait tout, désormais, pour empêcher son fils d’épouser sa meilleure amie.

 

L’allure chancelante mais la colère intacte, Maurice déverse ses récriminations : « Tu as fait de moi un gosse enfermé dans un corps de vieillard avant l’heure. » Mais sa mère sait se défendre et assumer ses choix : « Mourir pour toi oui, sacrifier ma vie non. » Suzanne Valadon est une femme impossible à vivre, excessive, mais d’une audace et d’une liberté indéfectibles. Son fils « juste fragile », se convainc-t-elle, est tout autant son désastre que sa fierté.

 

Catherine Hiegel se glisse avec une remarquable aisance dans ce personnage au tempérament aussi entier qu’anxieux. Tantôt provocante, tantôt fragilisée, elle en devient bouleversante. La qualité de son interprétation entraîne parfois un déséquilibre de jeu avec Christophe Paou, en manque de quelques nuances pour incarner ce fils à la fois accablé et exaspéré. Quant au décor, par trop triste et imposant, il finit par s’ouvrir sur une projection d’une peinture de Montmartre réalisé par Maurice Utrillo. On croit à une respiration après cette lutte âpre. Mais Suzanne a à peine le temps de s’installer devant son chevalet que la pièce se termine. Pourquoi tant d’effet pour si peu de temps ?

 

 

« Suzanne », de Corinne Samama et Jean-Benoît Patricot, mise en scène Dan Jemmett, avec Catherine Hiegel, Christophe Paou et Marc Prin. Jusqu’au 20 décembre au Théâtre Montparnasse, Paris 14e. Durée : 1 h 30. Tarifs : de 21 à 56 euros.

 

 

Sandrine Blanchard / Le Monde

 

Légende photo : Catherine Hiegel et Christophe Paou dans « Suzanne », au Théâtre Montparnasse, à Paris, le 23 septembre 2026. JEAN-LOUIS FERNANDEZ

 

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October 19, 4:56 AM
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Un « Ruy Blas » d’exception à la Comédie-Française : Julie Duclos magnifie la pièce de Victor Hugo

Un « Ruy Blas » d’exception à la Comédie-Française : Julie Duclos magnifie la pièce de Victor Hugo | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 19 oct. 2026

 

 

La metteuse en scène propulse les acteurs de la troupe à un niveau d’excellence exceptionnel et transforme une fiction située dans l’Espagne du XVIIᵉ siècle en une analyse lucide de sociétés contemporaines.

Lire l'article sur le site du Monde : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/10/19/un-ruy-blas-d-exception-a-la-comedie-francaise-julie-duclos-magnifie-la-piece-de-victor-hugo_6797482_3246.html

De l’art de mettre en scène Ruy Blas, de Victor Hugo, en faisant tout entendre de l’auteur, ses nuances et ses excès, son humour et son humanité, la modernité d’une forme qui associe la farce au drame, enfin l’actualité sidérante du propos : l’admirable représentation que signe Julie Duclos à la Comédie-Française inscrit cette pièce écrite en 1838 au cœur d’un XXIe siècle fissuré de part en part, sur les plans intime, social, politique ou géopolitique.

 

L’intelligence fait des étincelles : la metteuse en scène magnifie la langue de l’auteur, propulse les acteurs de la troupe à un rare niveau d’excellence et transforme une fiction située dans l’Espagne de 1699 en une analyse opportune et lucide de sociétés contemporaines tragiquement clivées. Avec ce spectacle essentiel, Julie Duclos entre en beauté dans l’histoire de la Comédie-Française.

 
Dans une scénographie épurée, un palais carcéral de ciment brut et de boiseries sombres, le machiavélisme et l’innocence se heurtent avec le fracas larvé des guerres pliées d’avance. Don Salluste (Thierry Hancisse, impeccable de cynisme), émanation d’un patriarcat conservateur, manipule son valet Ruy Blas (Stéphane Varupenne) pour se venger, à travers lui, d’avoir été banni par la reine d’Espagne (Morgane Real). Il fait endosser au laquais (fou amoureux de la dame) l’identité de Don César, un noble fauché qui préfère la bohème aux privilèges de l’aristocratie (et un rôle taillé sur mesure pour l’acteur Sébastien Pouderoux, ici à son meilleur).
 

La manœuvre produit ses effets : élevé au rang de ministre par la monarque séduite (« Où Dieu t’aurait dû mettre, une femme te met », lui dit-elle d’une remarque teintée du plus beau féminisme) Ruy Blas fait honneur à son poste. Gouvernant intègre et éclairé, il quitte sa livrée de domestique pour l’élégance des maîtres. Il impose son ordre, son éthique, sa vision.

Coup de génie

C’est là, à l’Acte III scène II, que Julie Duclos opère un coup de génie en substituant au fameux discours de Ruy Blas (« Bon appétit Messieurs ! ô Ministres intègres ! Conseillers vertueux ! »), un plaidoyer insensé pour l’Europe écrit par Hugo en 1876. Moment de grâce absolue qui surgit après une empoignade des ministres se partageant le monde comme s’ils tranchaient un camembert (jusqu’à réclamer le « Groenland », hurle d’une voix stridente Serge Bagdassarian). Cette séquence théâtrale hilarante est emportée par la verve de Stéphane Varupenne, exceptionnel interprète d’un Ruy Blas dont il restitue chaque tremblé.

Homme de peu qui se prend à rêver en couleur parce qu’il est aimé d’une reine, tour à tour victorieux, fier, heureux, le héros est d’une sauvagerie animale lorsque Salluste le ramène à sa condition de petit, d’obscur et de sans-grade. Une fois, deux fois, trois fois, il poignarde son bourreau. Puis il se suicide. La pâleur de Stéphane Varupenne n’est pas feinte. Avec sa mort, Hugo semble enterrer le concept même d’émancipation. Le temps n’est pas encore venu.

 

En cinq actes, l’écrivain aura exposé des destins contraires sur un terrain allégorique. Le pouvoir d’un côté (Salluste), le peuple de l’autre (Ruy Blas) et puis, allant de l’un à l’autre, Don César, figure rimbaldienne qui s’enivre de mots et ne sert aucune cause, sinon son épicurisme.

 

 

Lire aussi le portrait | Article réservé à nos abonnés A la Comédie-Française, Julie Duclos ou l’art du théâtre qui va de soi
 

Sans jamais lâcher la main de l’auteur, honorant son goût du drame et célébrant son sens du comique (par l’entremise, surtout, d’un Laurent Stocker phénoménal), Julie Duclos enveloppe le spectacle dans des musiques grandioses (Mozart, Beethoven, Vivaldi). Plus elles exaltent le sentiment, plus les phrases y résonnent avec un éclat net : « Vertu, foi, probité, c’est du clinquant déteint » s’exclame le sinistre Salluste. Des répliques de cet ordre, édifiantes ou ravageuses, il y en a des dizaines. Pas une n’échappe à l’oreille du public. De même, il n’y aura pas un rire, une sidération, un émoi, un enthousiasme, une indignation dont le spectateur ne sera la proie au cours de cette représentation remarquable qui replace l’humain au centre du jeu, l’acteur au centre du plateau, Victor Hugo au centre du XXIe siècle et le théâtre au centre de nos vies.

 

 

Ruy Blas. Victor Hugo. Mise en scène : Julie Duclos. Comédie Française. Salle Richelieu (Paris). Jusqu’au 27 janvier. Ruy Blas de Victor Hugo/Mise scène Julie Duclos. En direct au cinéma partout en France le 3 décembre à 20 h 10. Réservations sur lacomediefrancaiseaucinema.com

 

Légende photo : Laurent Stocker et Sébastien Pouderoux dans « Ruy Blas », salle Richelieu, à la Comédie-Française, à Paris, le 7 octobre 2026. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE/COLLECTION COMÉDIE-FRANÇAISE

 

 

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October 14, 7:01 AM
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Avec «l’Enfant unique», David Lescot arrose la fleur de l’âge 

Avec «l’Enfant unique», David Lescot arrose la fleur de l’âge  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération - Publié le 2 oct. 2026

 

 

Dans sa dernière pièce multi-instrumentale, le metteur en scène invente un genre qui s’ancre sur la musicalité des mots, à travers l’histoire quotidienne et miraculeuse de la venue au monde d’un enfant. 

 

Non, l’Enfant unique, la dernière création de David Lescot, qui arrive ces jours-ci au théâtre de la Ville à Paris, n’est pas une comédie musicale et n’est pas destinée aux enfants. Et pourtant, elle ne parle que de l’enfance, et appréhende chaque mot dans sa texture sonore. Peu ou pas de chansons, mais un parlé-rythmé, où chaque phrase prononcée est susceptible de devenir ritournelle, où la musique surgit des mots ou bribes de phrases répétées jusqu’à en perdre leur sens, puis accompagnées en live par une multitude d’instruments jusque-là invisibles – un piano planqué dans une marche du décor par exemple –, maniés par des acteurs par ailleurs excellents musiciens.

 

Tout commence par une rencontre de rue, une conversation un peu musclée entre Clotilde qui ne tient pas à être suivie, et Abel qui ne peut s’empêcher de la croiser «par hasard» à tout bout de champ. Les histoires d’amour finissent mal en général, on le sait. Mais elles peuvent aussi commencer de manière un peu boiteuse, et se poursuivre fabuleusement… Car Myrto, ce sera son prénom, s’annonce, et elle sera l’enfant unique, dans tous les sens du terme, du titre. Pour l’instant, elle est «encore comme une planète où personne ne serait jamais allé» évoque à sa naissance son père, un brin lyrique (formidable Antoine Sarrazin), rêveur à souhait, dans un personnage d’adulte encore en devenir, masculinité non toxique.

Passage des années

Avant la rencontre entre Clotilde et Abel, il y a le chœur : sept acteurs fabuleux dont quatre d’entre eux jouent une dizaine de rôles si bien qu’on peut avoir le sentiment qu’ils sont une quarantaine. Un chœur antique comme Abel, féru de mythologies grecques, les aime ? Le chœur forme le temps, celui «qui patine, qui patine, qui patine, qui patine tout». Et toute la pièce s’articule sur le passage des années en différents moments clés que David Lescot condense, désigne, fait éprouver, à travers de courtes scènes de groupe, réunions de famille, anniversaires. Tout à fait novatrice est la façon dont David Lescot parvient à restituer le brouhaha d’une conversation, en rendant audibles chaque voix, chaque énoncé, qui pourtant se superposent les uns aux autres. Pour tester la faisabilité, le metteur en scène a travaillé comme un compositeur en enregistrant son texte sur diverses pistes, qu’il a ensuite mixées.

 

Les reines de ce spectacle ultra-démocratique sont deux : la mère protectrice et solidaire aux pouvoirs infinis et la fille, interprétées par les actrices Ludmilla Dabo et Sarah Brannens. Ludmilla Dabo, on la connaît depuis son spectacle à succès «Nina Simone», une force qui ravage tout, une puissance qui émane d’elle, qu’elle accouche vraiment sur scène – car on y croit – ou qu’elle aille récupérer sa fille au poste, en expliquant aux agents que «voler» fait partie du développement normal d’un ado. Sarah Brannens rampe, fait ses premiers pas, dit ses premiers mots, apprend à nager. La performance de l’actrice est d’autant plus exceptionnelle qu’elle traverse tous les âges de l’enfance, pour devenir une jeune adulte en 1 h 45. Une piscine sur le plateau ? Rien de plus simple. Pas de vidéo, une conception artisanale et bricolée, pour une leçon de natation d’anthologie, où le père et la fille nagent, battent des pieds et des mains à plat ventre, en se déplaçant allongés sur une planche à roulettes dans une lumière bleue.

En suspens, comme la vie

Des scènes d’anthologies, il y en a à profusion mais ce qui est encore mieux, c’est qu’elles ne forment pas des «morceaux de bravoure», et se tuilent les unes sur les autres avec fluidité. Entre toutes, il y en a une qu’on a hallucinée car on voyait pour de vrai le restoroute où Abel s’est arrêté avec sa fille, tandis que son enfant s’aperçoit que non seulement son père, désormais seul, «n’a rien prévu, rien réservé» pour les vacances, mais qu’il «n’a pas une thune» pour payer la junk food hors de prix.

Une pièce sans dénouement, en suspens, comme la vie, c’est rare. Au grand dam de ses parents, Myrto s’émancipe en se séparant de toutes les protections et projections qu’ils portent sur elle, qu’elle tronque pour un regard impitoyable sur la famille et le monde qui s’offre à elle. Ils ne la reconnaissent pas. L’aventure de tous les parents, de tous les enfants. Terminer une pièce sur la noirceur : cela aussi, c’est peu commun.

 

Anne Diatkine Libération

 
L’enfant unique de David Lescot, au Théâtre de la Ville, les Abbesses, à Paris, du 7 au 17 octobre puis en grande tournée.

 

Légende photo :  «L'Enfant unique», de David Lescot. ( © Christophe Raynaud De Lage)

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October 14, 6:03 AM
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Une enfance à voix haute – sur L’Enfant unique de David Lescot

Une enfance à voix haute – sur L’Enfant unique de David Lescot | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Guillaume Lasserre, critique publiée dans AOC le 13 oct. 2026

 



CRITIQUE
Aimer son enfant, c’est accepter qu’il s’échappe. Dans L’Enfant unique, créé au Théâtre de Cornouaille à Quimper puis présenté au Théâtre des Abbesses à Paris, David Lescot fait le portrait d’une fille unique vue par ceux qui l’ont mise au monde. Dans cette polyphonie scandée, l’angoisse parentale fait d’abord rire, puis l’adolescente devient une « voix terrible » qui met à nu les failles des adultes. Le monde menaçant reste pourtant à l’horizon.


La rencontre entre Abel et Clotilde donne bientôt naissance à une fille, Myrto, enfant attendue et entourée. Ses parents, qui veulent la prémunir des maux du monde, finissent par l’étouffer de précautions. Elle grandit, leur échappe un peu plus chaque jour, résiste, se rebelle. Lorsque son père et sa mère se séparent, elle vit tantôt avec l’un, tantôt avec l’autre.

Plus les années passent, plus elle devient « la voix terrible » qui dit « tous les mensonges, tous les arrangements, tous les renoncements et toutes les failles » de ceux qui l’ont mise au monde. On ne sait plus comment lui parler, ni même qui elle est. Le récit procède par ellipses, de l’attente de l’enfant jusqu’à ses quatorze ans.

L’enfance traverse le théâtre de David Lescot depuis longtemps, à l’instar de la trilogie à destination du jeune public J’ai trop peur, J’ai trop d’amis et Je suis trop vert, l’autobiographie d’un enfant de six ans dans Depuis que je suis né, mais aussi des pièces pour adultes comme La Commission centrale de l’enfance ou Ceux qui restent. Le metteur en scène la qualifie lui-même de « motif central et récurrent[1] » de son écriture. L’Enfant unique change cependant de point de vue. On ne suit plus l’enfant seul face au monde, mais vu par ceux qui l’ont fait, ce qu’ils projettent sur elle d’espoirs et de peurs, et la manière dont elle déjoue tout cela.

Une « comédie musicale parlée »
David Lescot a conçu l’œuvre comme une affaire de langages. Il y a, dit-il, autant de langues qu’il y a de relations, à commencer par celle de la famille, qui change à mesure que l’enfant apprend à parler. Il y a aussi celles de l’école, celle qu’on utilise en classe et celle qu’on parle dans la cour, celles des amitiés et des amours, et puis celle qu’on se dit à soi-même. Les mots tressent des lignes mélodiques et des motifs rythmiques. Si les instruments sont parfois présents, à l’image du piano, le vrai plaisir de l’oreille tient au rythme des dialogues, aux « intonations étirées jusqu’à la lisière du chant », à une sorte de slam enjoué et polyphonique. La forme est une nouveauté par son ampleur, occupant pour la première fois la totalité d’un spectacle. Bien qu’elle s’inscrive dans une lignée déjà explorée par Lescot, dans laquelle musique et théâtre se contaminent l’un l’autre, elle se retrouvait jusque-là de manière ponctuelle dans ses précédents spectacles, du Portrait de Ludmilla en Nina Simone (2017) à la Force qui ravage tout (2023), en passant par Une femme se déplace (2019).

En 2023, pour l’ouverture du festival ManiFeste de l’IRCAM, Lescot met en scène Laborintus II (1965) de Luciano Berio (1925-2003), confié à l’ensemble Ars Nova. Cette pièce scénique pour voix, instruments et bande magnétique, commandée en son temps par l’ORTF pour le sept centième anniversaire de la naissance de Dante sur un texte d’Edoardo Sanguineti[2], traite la voix, parlée autant que chantée, comme un matériau musical à part entière. Sans être revendiqué[3], le rapprochement est éclairant.

Sept voix, un noyau et un chœur
Les interprètes, tous musiciens ou instrumentistes, incarnent cette hybridité avec une aisance qui traduit leur parfaite complicité. Tous sont des habitués des partitions de Lescot, maîtrisant parfaitement les codes de son univers. Trois interprètes forment le noyau familial. Ludmilla Dabo, artiste totale et solaire, incarne Clotilde, la mère, avec une puissance vocale et une justesse dramatique qui naviguent sans effort entre la parole théâtrale et le chant. Elle prolonge la complicité qui la lie à Lescot depuis le Portrait de Ludmilla en Nina Simone et apporte une présence vocale et scénique qui ancre l’émotion. Sarah Brannens est aussi une collaboratrice fidèle de l’auteur [4]. Elle prête ses traits et sa voix à Myrto, l’enfant unique, figure centrale et complémentaire de la mère. Elle devient cette voix implacable et déroutante qui met en lumière les failles du couple, et passe avec fluidité du jeu aux partitions chantées.

Pianiste de formation, elle donne aussi à l’apprentissage du piano, fil du récit, une vérité singulière [5]. Et Antoine Sarrazin, qui retrouve Dabo après Une femme se déplace [6], compose en Abel, un père rêveur, adulte encore en devenir, antihéros touchant, dont la musicalité porte l’amour fusionnel puis le vertige devant une enfant qui grandit. Un quatuor d’acteurs-chanteurs-musiciens, dont Lescot lui-même, se répartit tous les autres rôles, ceux des proches et des figures extérieures. Il constitue le chœur du spectacle, qui se fait et se défait dans un va-et-vient entre l’individu et le collectif.

Le dispositif scénique imaginé par Alwyne de Dardel s’articule autour d’une imposante structure centrale en bois qui domine la scène, un espace en constante évolution qui se transforme, s’ouvre, se referme ou se déploie pour figurer les différents lieux de l’histoire. La structure devient un terrain de jeu et d’enfermement, illustrant la frontière poreuse entre le monde réel et le monde intérieur de l’enfance. Les lumières de Juliette Besançon et les costumes de Marianne Delayre accompagnent ce tempo de la vie.

Protéger jusqu’à étouffer
Lescot joue de l’équilibre et du contraste entre le comique latent de l’angoisse, autant parentale que médicale, écologique, économique, sociale ou géopolitique, et le tragique de l’éphémère. Protéger devient étouffer, alors qu’aimer, c’est accepter l’échappée. L’enfance cesse d’être un âge d’or nostalgique, si tant est qu’elle ne l’ait jamais été, pour devenir un processus de dépossession progressive. La pièce est centrée sur la relation d’une enfant avec ses parents, « ce qu’ils projettent sur elle d’espoirs et de peurs, et comment cet être dans sa réalité déjoue tout cela », précise Lescot dans sa note d’intention. Cette évidence vertigineuse d’une enfant qui finit toujours par vous échapper est partagée avec humour et tendresse. Sa force est de tenir ensemble le particulier et l’universel sans sombrer dans le sentimentalisme.

On pourrait croire que le piano, seul objet fixe de la scène, rappelle qu’elle se déroule dans un milieu où l’on peut offrir douze ans de leçons à une enfant. L’universel proclamé repose ainsi sur un détail très situé, et c’est dans cet écart, ce frottement involontaire entre une vérité humaine générale et les privilèges d’une classe sociale spécifique que la pièce est la plus intéressante. Si elle réussit à nous toucher en parlant d’un sentiment que tout le monde connaît – l’amour des parents –, tout en montrant la vie d’un milieu social favorisé, c’est que, pour Lescot, le piano est surtout là pour montrer à quel point l’art et la musique construisent et sauvent une vie.

Pour lui, le langage n’est pas transparent. L’apprentissage de la parole devient ici métaphore de toute relation : les premières inventions verbales, libres et joueuses, cèdent peu à peu la place à des langues codifiées et conflictuelles depuis lesquelles l’adolescente révèle les failles des adultes. C’est beau, parfois douloureux. La séparation des parents, traitée sans pathos, rappelle que la cellule familiale n’est jamais stable, et l’enfant unique devient le révélateur de cette instabilité.

Les risques de la séduction
Le danger est celui de la séduction formelle. Le plaisir rythmique, la virtuosité des interprètes, la fluidité des transitions peuvent parfois lisser les aspérités. L’angoisse parentale, projetée sur l’enfant comme cible de toutes les menaces, porte un fort potentiel critique. On peut y lire une société qui transforme la protection en contrôle et l’amour en anticipation anxieuse. Mais le spectacle, dans sa légèreté assumée, choisit parfois de ne pas appuyer.

Le chœur, qui pourrait amplifier la polyphonie des langages et des regards extérieurs, ceux de l’école, des amis et de la société, reste parfois trop fonctionnel, orchestrant le récit plus qu’il ne le dérange. David Lescot lui assigne, il est vrai, ce rôle d’ordonner « les transitions, les accélérations du temps », avec des membres qui « sortent pour devenir des individus, puis retournent au chœur ». Reste que la partition de Lescot, musicien autant qu’auteur, trouve ses plus belles ressources dans le silence, les non-dits et les changements de tempo, qui disent autant que les mots scandés. Enfin, Lescot écrit le texte, signe la composition et la mise en scène, et se joint au chœur pour le « diriger de l’intérieur[7] ». Ce cumul garantit une rare unité de ton, mais il prive le dispositif d’un regard extérieur au moment où la partition aurait besoin d’être contrariée.

Un monde en horizon
On pourrait regretter que le contexte politique et social, ce « monde menaçant » évoqué, reste un horizon plus qu’un terrain d’investigation. L’écologie, les inégalités, les peurs contemporaines sont nommées, mais rarement incarnées dans leur violence concrète. Le spectacle préfère la mélodie de l’intime à la dissonance du collectif. Lescot assume ce choix. Il s’agit de raconter non le monde qui menace l’enfant, mais le regard parental qui le constitue comme cible. Dans une époque où la parentalité semble saturée de discours normatifs et de culpabilisation, ce recentrage a quelque chose de libérateur.

L’Enfant unique, celle sur qui tout se concentre, n’est pas un manifeste. C’est un théâtre de l’écoute dans lequel on entend le temps passer dans le corps des mots. Lescot y prolonge sa réflexion sur l’enfance, non comme territoire à conquérir ou à préserver, mais comme processus d’arrachement nécessaire. L’enfant unique n’est unique que le temps d’une illusion parentale. Ensuite, elle s’envole, et c’est tant mieux.

L’Enfant unique, David Lescot, présenté au Théâtre des Abbesses à Paris jusqu’au 17 octobre.

Guillaume Lasserre / AOC
Photo © Christophe Raynaud de Lage

 

 

Notes :

[1] Sauf mention contraire, les citations sont extraites de : David Lescot, Note d’intention L’enfant unique, juin 2026.

 

[2] Centro Studi Luciano Berio, « Laborintus II (note de l’auteur) ».

 

[3] Berio n’est pas mentionné dans la note d’intention du spectacle.

 

[4] Elle est l’un des piliers des comédies à succès de Lescot à destination du jeune public, jouant en alternance dans J’ai trop peur, J’ai trop d’amis et Je suis trop vert.

 

[5] La note d’intention prévoit qu’on suit « les progrès de l’enfant qui en joue ».

 

[6] Il incarnait avec Ludmilla Dabo le couple marquant dans la comédie musicale de Lescot Une femme se déplace. il a également fait partie de la distribution de La Force qui ravage tout (2023).

 

[7] Dans sa note d’intention, Lescot se fait « le quatrième élément de cet orchestre », pour le « diriger de l’intérieur ».

 
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September 30, 12:55 PM
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Pascal Kirsch, metteur en scène de nos énigmes existentielles

Pascal Kirsch, metteur en scène de nos énigmes existentielles | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marie Plantin – www.sceneweb.fr le 20 septembre 2026

 

C’est une enquête aussi concrète que philosophique qu’orchestre Pascal Kirsch autour de la figure d’un frère disparu. Au plateau, dans une grande porosité avec le public, les trois interprètes endossent dans des présences contrastées et lumineuses le texte composite et vertigineux de Vincent Guédon.

Il est rare d’approcher de si près le mystère de nos existences, la force de nos liens et leur possible évanouissement. Il est rare de rendre palpable à ce point l’absence d’un être cher et l’état de béance dans lequel sa disparition nous laisse. La Mort de Jean-Marie de Balma y parvient sans jamais chercher une quelconque psychologisation des motivations ou des actes. Sur un texte protéiforme de Vincent Guédon, alternant missive épistolaire comme une bouteille à la mer, échanges imaginaires, dialogues concrets, rapports psychiatriques et médicaux, comme autant de matériaux hétérogènes opérant des rapports au langage extrêmement différents, Pascal Kirsch met en scène un cheminement, la tentative vaine mais vivante de raviver un fantôme, un portrait en creux qui exhale ses mystères, son impossibilité même et pourtant, quand le processus qu’est ce spectacle touche à sa fin, quand la dernière phrase prononcée en suspens advient, c’est tout le poids qu’il charrie qui se dépose en nous et nous laisse muet. Car dans le revers de la parole dont nous sommes les témoins, c’est le silence abyssal d’une solitude parmi tant d’autres qui crie en nous.

Dans un dispositif tri-frontal où le public au plus près enveloppe le plateau, la scénographie proposée révèle au fur et à mesure sa pertinence et sa subtilité. Au centre, un carré de moquette sombre délimite l’infranchissable à pénétrer précautionneusement, chambre mortuaire et chambre d’échos des autres, dernier appartement où vécu l’évaporé, cet homme, Jean-Marie, qui un jour s’est volatilisé. Autour, comme des coursives, c’est une zone circulatoire et transformable au gré des étapes de l’enquête, le lieu des hypothèses et reconstitutions. Un grand bureau chargé des éléments épars d’une vie envolée et de part et d’autre du plateau la source de l’environnement sonore et musical. A jardin, un instrument étonnant, sorte de cithare à l’horizontal rehaussée de cordes qui viennent s’accrocher au décor ; à cour une machine à bandes magnétiques, comme un vieux magnétophone d’antan. En fond de scène, une porte de taule vient fonder une triangulation sonore, une zone vibratoire magnétique et inouïe, un vortex musical qui nimbe le récit autant que les affects. Un musicien (Alvise Sinivia) passe d’un bord à l’autre, concentré et discret, il active cet environnement musical oscillatoire, ce bain de textures sonores, propice à l’écoute attentive, au recueillement quasiment.

C’est l’histoire d’un vide que la fiction comble, le récit d’une désertion qui confine sans suspense à la mort puisque celle-ci est annoncée par le titre. C’est une fuite en avant sans motif, une sortie de route, une fugue d’adulte, un non-retour. Peut-on s’échapper de sa propre vie ? C’est le lent glissement dans l’isolement le plus sordide que l’alcool et la maladie accompagnent. Jonathan Genet incarne le disparu avec l’étrangeté impénétrable qui sied à ce rôle de fantôme errant. Il hante littéralement la représentation de sa présence insaisissable qui contraste avec les deux autres interprètes, vivants dans leur moindre tremblement, l’émotion à fleur de visage pour Yann Boudaud, homme-mystère à la recherche de son frère, l’œil pétillant de Catherine Vinatier, inénarrable dans les rôles qu’elle endosse de tout son corps et de toute sa voix dont elle module à l’infini chaque geste, chaque tonalité. Sa vivacité, sa drôlerie, ce mélange de malice et de fantaisie viennent alléger un climat de tristesse et de deuil. Pascal Kirsch a le don de faire apparaître l’invisible, de faire de la représentation une expérience sensible, presque tactile, qui nous tient en haleine et nous donne des frissons. Dosant à merveille la lutte de l’ombre et de la lumière, il traque la trace de nos passages éphémères et d’une histoire singulière lui confère une résonance profonde et vaste comme la somme de nos inavouables et de nos mystères.

 


Marie Plantin – www.sceneweb.fr


La Mort de Jean-Marie de Balma
texte Vincent Guédon
mise en scène Pascal Kirsch

avec Yann Boudaud, Jonathan Genet, Catherine Vinatier et le musicien Alvise Sinivia
musique Alvise Sinivia
lumières, régie générale Nicolas Ameil
scénographie Pascal Kirsch accompagnement à la scénographie et aux costumes Virginie Gervaise

production Compagnie Rosebud ; en coproduction avec La Comédie de Valence – CDN Drôme-Ardèche, la Comédie de Béthune – CDN Hauts-de-France ; avec le soutien du Fonds SACD Théâtre ; avec l’aide de la Spedidam ; en coréalisation avec le Théâtre de la Tempête. Remerciements à Théâtre Ouvert – Centre national des dramaturgies contemporaines, à La Commune – CDN d’Aubervilliers. La compagnie Rosebud est conventionnée par la DRAC Ile-de-France.

Le texte du spectacle est lauréat de l’aide nationale à la création de textes dramatiques – Artcena. Il est publié aux éditions :esse que. administration Réjane Michel.
production/diffusion Jean-Luc Weinich – Bureau Rustine
presse ZEF – Isabelle Muraour

du 17 septembre au 18 octobre
Théâtre de La Tempête, Paris

du 3 au 5 novembre
La Comédie de Béthune

du 5 au 9 janvier 2027
La Comédie de Valence

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September 25, 9:42 AM
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« Je ne suis pas Céline Dion » : avec Les murmures de l’âme, Isabelle Adjani se dévoile dans les mots des autres

« Je ne suis pas Céline Dion » : avec Les murmures de l’âme, Isabelle Adjani se dévoile dans les mots des autres | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Nathalie Simon dans Le Figaro 

 

NOUS Y ÉTIONS - L’actrice s’approprie des textes de Marguerite Duras, Gisèle Halimi, Neige Sinno ou Camille Laurens. De l’art et de l’émotion au Studio Raspail.

 


« Mon ami espère qu’elle lui donnera un autographe », confie un homme en tee-shirt et jean devant l’entrée du Studio Raspail fraîchement rénové dans le style Art déco, dans le XIVe  arrondissement de Paris. L’ami septuagénaire guette l’arrivée d’Isabelle Adjani qui s’apprête à faire sa première lecture intitulée Les Murmures de l’âme dans la capitale. « Mon copain a eu une histoire avec elle, mais c’était il y a trente ans, se targue un musicien. Adjani, c’est toute ma jeunesse… ». François Marthouret se glisse dans la file d’attente. Il interprète, dans ce même lieu, Bernardo Soares, dans le Livre de l’intranquillité de Fernando Pessoa mis en scène par Anne Kessler (30 octobre). Laure Adler s’assied au fond. Les 250 places sont numérotées. «Isabelle a eu un coup de cœur pour cet endroit et sa directrice, Florence Méaux qui s’investit dans la culture », explique sa productrice Valérie Six. L’actrice s’est déjà produite notamment à Carcassonne, Nancy, Lausanne et en Roumanie.

Les représentations de ce vendredi et samedi soir ont été annulées en raison de la visite du pape Léon XIV. « Zut ! », s’étonne le fan de la comédienne. La salle est pleine et bruyante de conversations. « Chut ! », entend-on tandis qu’un air de musique classique envahit la salle. En longue robe noire, cheveux cachant ses pendentifs, lunettes sur le nez, ongles vernis rouges, Isabelle Adjani entre en scène et se place devant le pupitre agrémenté de trois micros. Un canapé rouge trône côté jardin, un fauteuil en bois est posé côté cour. La lumière d’un projecteur l’enveloppe dans un halo de lumière pâle. Le silence se fait. « Marguerite Duras, Écrire », commence l’inoubliable Marguerite Gautier de la Dame aux Camélias en rajustant ses lunettes. D’une voix à la fois douce et déterminée, concentrée, investie, elle enchaîne avec un extrait de L’Amour, roman de Camille Laurens.

Malgré les toux intempestives d’un spectateur, elle livre un morceau de bravoure, d’humour et même de chant lors de la lecture de Lettre d'adieu de Françoise Sagan qu’elle a rencontrée : « Puisque nous ne nous aimons plus, puisque tu ne m’aimes plus en tout cas, je dois prendre des dispositions pour les funérailles de notre amour ». Plus grave, Isabelle Adjani prête sa voix à Neige Sinno (Triste Tigre) - adossée à une chaise, elle tourne le dos au public -, Gisèle Halimi avec Annick Cojean (Une farouche liberté) et Cynthia Fleury (La Fin du courage). Évoque les femmes qui aiment, sont aimées ou pas, quittent les hommes, sont soumises, fortes et violentées, toujours courageuses et en avance sur leur temps. Puis, se lance dans un plaidoyer sur la préservation de la nature signé par George Sand, en 1873, avec A l’ombre des bois.

Tout à trac, l’actrice nous prévient. « Ce soir, je suis particulièrement émue, à un moment de ma vie, révéler quelque chose de privé peut avoir la force du partage. » Et Isabelle Adjani, à la demande de son fils, Gabriel-Kane, né de son union avec Daniel Day-Lewis, d’expliquer qu’elle va rendre hommage à Presley Gerber, le fils de Cindy Crawford, mort il y a quelques jours, à l’âge de 27 ans dans un centre de désintoxication de Santa Monica. « Mon fils a eu de la chance, il n’est plus sur les réseaux sociaux », dit-elle. Les larmes au bord des yeux, la comédienne lit un texte tiré des Battements de cœur du colibri, l’ouvrage de Roselyne Febvre qui livre son combat face à l’addiction de son fils (Éditions du Rocher, 2021). Après sa lecture, Adjani va s’affaler sur le fauteuil sur fond de notes de violon et dans le noir.

L’émotion est tangible. On s’attend à ce que ce soit la fin, mais la star revient, lit un poème. La lumière s’éteint, les spectateurs se lèvent au fur et à mesure des applaudissements. Isabelle Adjani revient, attrape une veste de costume qu’elle enfile prestement et sourit presque timidement : « D’habitude, je reste avec vous, ce n’est pas une relation unilatérale, mais là non… », soupire-t-elle en levant les bras vers les cintres et avant de chausser une paire de lunettes aux verres fumés. Elle reprend : « C’est incroyable que vous soyez là, je ne suis pas Céline Dion, quand même ! ».

Le 27 septembre et les 10, 11 et 27 octobre, Studio Raspail, 216 boulevard Raspail (Paris 14e) https://studioraspail.com

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September 16, 11:13 AM
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L’Anomalie, théâtre éphémère dans le 6ᵉ arrondissement de Paris, rouvre ses portes

L’Anomalie, théâtre éphémère dans le 6ᵉ arrondissement de Paris, rouvre ses portes | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 12 septembre 2026

 

L’auteur, acteur et metteur en scène Bertrand de Roffignac a créé, avec ce lieu, un laboratoire d’expérimentations qui fait souffler un vent turbulent et dynamique sur la capitale.

 

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/09/12/l-anomalie-theatre-ephemere-dans-le-6-arrondissement-de-paris-rouvre-ses-portes_6770986_3246.html

Il faut savoir accompagner les grandes et petites révolutions par la création sur mesure de mots qui actent le changement. Avec un sens aigu de la stratégie communicationnelle, Bertrand de Roffignac, auteur, acteur et metteur en scène, a décidé de nommer « théâtre autonome exstitutionnel » son projet artistique éphémère. Il l’expérimente au cœur du 6e arrondissement de Paris, dans l’ancienne Académie de la Grande-Chaumière où étudiaient peintres et sculpteurs. Une Grande-Chaumière qu’il a rebaptisée L’Anomalie.

 

 

« Exstitutionnel » : pourquoi ce néologisme ? Parce que, répond l’artiste, « nous tentons de réinventer le théâtre public en dehors du théâtre public ». Ce qui veut dire un théâtre qui se passe de subventions sans se vendre au libéralisme. « Je me suis inspiré des coopératives ouvrières », précise le créateur reconverti en gestionnaire moins empirique qu’il n’y paraît.

 
Son théâtre, donc, multiplie les collaborations sous forme de coréalisations avec partage des recettes. Les bénéfices servent à sécuriser le plateau, rémunérer les membres de la coopérative et rembourser la dette contractée par l’artiste. Pour mener à bien son aventure, il a emprunté environ 100 000 euros. Négocié avec le propriétaire (le groupe Etsem, présidé par François Esperet) pour ne payer aucune charge et aucun loyer. Obtenu la mise à disposition d’agents de sécurité. Et promis de vider les lieux fin novembre, date à laquelle l’immeuble devrait être réhabilité.

« Un projet très égocentré »

Directeur artistique d’une troupe pluridisciplinaire (le Théâtre de la Suspension), comédien fétiche d’Olivier Py, Bertrand de Roffignac, 31 ans, rêvait depuis deux ans « d’un outil fonctionnel » où jouer ses spectacles sans dépendre de tutelles dont l’inertie et la lourdeur peuvent décourager. « C’était un projet très égocentré » : il l’avoue d’autant plus volontiers qu’à la Grande-Chaumière les décors volumineux de son « répertoire » qui ne rentraient pas dans les murs l’ont contraint à créer sur site. Son Grand peur et misère de la Ve République ouvre ainsi le bal en septembre.

Il y a pourtant une belle hauteur sous plafond lorsqu’on pousse la porte qui ouvre sur un volume de près de 800 mètres carrés. Un long couloir dessert deux salles de représentation, les casiers des anciens académiciens sont toujours dans la place et, au fond du vestibule, se trouvent un bar et une cour.

 

Le bâtiment est resté dans son jus. Quelques coups de peinture passés à la hâte lui ont redonné des couleurs. Un gril, des pendrillons, une console de régie : le matériel technique (pour la plupart prêté) a été posé en urgence. « En janvier, François Esperet, qui avait entendu parler de mon désir d’un lieu alternatif, m’a appelé pour me proposer d’occuper l’espace. Je pense qu’avec nous son groupe modélise un schéma d’aides aux artistes. Nous avons inauguré L’Anomalie le 24 avril. On a eu deux mois pour rendre le lieu habitable. »

 

S’installer dans un arrondissement à un chiffre ? Le comédien n’y croyait pas. Il n’avait ni le temps ni l’intention d’attendre l’aval sonnant et trébuchant des pouvoirs publics. Ce trentenaire est, dans la vie, ce qu’il est sur la scène : un Zébulon qui marche, parle et agit vite, quitte, pour ce faire, à bousculer l’ordre des choses. « Nous avons fait des demandes d’aides car je ne suis évidemment pas fermé aux collaborations avec l’institution, surtout la Mairie de Paris, que je sais attentive et plutôt bienveillante. Mais vient un moment où il faut passer à l’action. »

C’est peu dire qu’il a enclenché le turbo : ouverture de L’Anomalie de 10 heures à minuit du mercredi au dimanche avec des représentations chaque soir. Résidences le reste de la semaine. « Il faut de l’activité permanente, c’est ça qui nous fait vivre. » Théâtre, cabaret, cinéma, concerts, performances, fêtes, lectures, rencontres : de mai à juin, 35 artistes et 70 levers de rideaux ont allumé la mèche : « L’évènementialisation a aidé à nous faire connaître. » Un excellent bouche-à-oreille a fait le reste. Au mois de juillet, des cinéastes ont tourné des films sur place. En août, c’était repos pour l’équipe de direction.

 

Mais, du 12 septembre au 27 novembre, une cinquantaine de rendez-vous publics sont d’ores et déjà calés. Olivier Py, Jean Lambert-wild, Karelle Prugnaud, Hugues Jourdain, Stanislas Nordey et Emmanuelle Béart, des textes de Lydie Dattas ou de Neige Sinno, des pièces inédites, des débutants, des inconnus : le choix ne se fait pas sur dossier mais autour d’un café. Si cette quantité n’est pas forcément gage de qualité, elle permet que souffle, sur la capitale, un vent turbulent et dynamique.

« Je veux un endroit où l’artiste se sente libre de faire quelque chose qu’il ne fait pas ailleurs », assure Bertrand de Roffignac. Laboratoire d’expérimentations, vivier de gestes neufs, fragiles, ratés ou prometteurs, rampe de lancement, prototype d’avenir, L’Anomalie a su mettre les gaz quand, où et comme il le fallait.

 

L’Anomalie, 14, rue de la Grande-Chaumière, Paris 6e. Soirée de réouverture, le 12 septembre. Grand peur et misère de la Ve République, texte et mise en scène : Bertrand de Roffignac, du 16 au 25 septembre.

 

 

Joëlle Gayot / Le Monde 

 

 

Légende photo : L’entrée de L’Anomalie, théâtre éphémère, à Paris, le 12 juillet 2026. JEANNE FRANK/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
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September 1, 10:22 AM
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Marc Paquien recrée « Oh les beaux jours » de Beckett

Marc Paquien recrée « Oh les beaux jours » de Beckett | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Agnès Santi pour La Terrasse - publié le 29 août 2026

 

 

Après une première version créée en 2012, le metteur en scène Marc Paquien recrée la pièce de Beckett. Un nouveau regard, une expérience de redécouverte, pour les artistes autant que pour le public. Avec à nouveau l’excellente comédienne Catherine Frot dans le rôle de Winnie.

 

Pour quelles raisons avez-vous voulu recréer cette pièce ?

 

Marc Paquien : C’est un texte qui ne m’a jamais quitté. Une fois qu’on a entendu Beckett, qu’on l’a expérimenté, je crois qu’on a toujours envie d’y revenir, parce qu’il y a dans son écriture quelque chose qui est, profondément, de l’ordre du vivant. Et comme les chefs d’orchestre qui abordent infiniment la même œuvre, les metteurs en scène peuvent imaginer une nouvelle interprétation. Je remets donc l’ouvrage sur l’établi, nourri par le travail précédent, mais avec un regard autre. Comme l’exprime Italo Calvino, « un classique est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire ». Dans la pleine force du présent Catherine Frot reprend le rôle de Winnie, joyeuse, mélancolique, implacablement lucide. À ses côtés Pierre Banderet incarne à nouveau Willie.

 

« La pièce est un extraordinaire manifeste de la puissance de la vie. »

 

Quelle scénographie avez-vous envisagée pour cette nouvelle mise en scène ?

 M.P. : : J’aimais beaucoup le décor réalisé en 2012 par Gérard Didier, comme une roche rongée par les vagues. Nous avons connu tant de versions du mamelon de terre qui enserre Winnie, que j’ai voulu pour cette recréation proposer un geste radicalement autre, un geste qui surprenne. J’ai appelé Richard Peduzzi, peintre, designer, scénographe de théâtre et d’opéra, qui a travaillé pour Patrice Chéreau, Luc Bondy, et qui n’avait pas créé pour la scène depuis des années. Il a accepté pour ce projet de concevoir à nouveau un décor pour le théâtre. L’univers de Richard, c’est un univers de rêves, de secrets, de mystères. Il a inventé un décor abstrait, poétique, plus doux, plus flottant que la première fois, où ciel et terre se confondent. Avec Dominique Bruguière pour les lumières, déjà présente dans la version précédente, nous avons fabriqué un rêve commun.

 Quel est votre regard sur le rôle de Winnie ?  A-t-il changé ?

M.P. : La pièce est un extraordinaire manifeste de la puissance de la vie. Il est très émouvant que Beckett ait choisi un personnage féminin pour incarner ce désir du vivant. Lors de ma première mise en scène, je n’avais pas à ce point conscience de cette présence absolue du féminin. « J’ai pensé qu’il n’y avait qu’une femme pour faire face à cette situation et sombrer en chantant» remarqua Beckett. On sait d’ailleurs que le modèle du sac de Winnie est celui de sa femme, partenaire d’une vie. Winnie est au centre de la scène, prisonnière de son immobilité, et jusqu’au dernier instant, elle veut vivre, elle fait face, elle se tient. Ce qu’elle exprime, c’est notre manière d’être au monde, entre une joie indescriptible, instantanée, et des bouffées de désespoir. À travers son flot de paroles, soliloque obstiné qui s’élève contre la peur de la mort, contre le silence final qui fige le temps, Beckett nous transmet de façon sidérante ce que signifie notre humaine condition. Je suis émerveillé de cette matière poétique, si touchante, où se mêlent drôlerie, accents tragiques et vertige du sens.

 

Propos recueillis par Agnès Santi / La Terrasse

 
Oh les beaux jours
du mercredi 23 septembre 2026 au dimanche 1 novembre 2026
Les Bouffes Parisiens
4 rue Monsigny, 75002 Paris

mercredi et jeudi à 20h, vendredi à 21h, samedi à 16h et 21h (selon calendrier), dimanche à 15h. Tél : 01 42 96 92 32.

 

https://www.portestmartin.com/oh-les-beaux-jours

 

 
 
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August 29, 4:47 PM
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Un autre monde de Kafka : Après-midi, piscine, par Bernard Bloch

Un autre monde de Kafka : Après-midi, piscine, par Bernard Bloch | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Critique de Jean-Pierre Han pour le site de la revue Frictions, publié le 28 août 2026

 

 

Chapeau vissé sur le crâne, costume noir cintré sur le corps, cravate serrée au cou, regard perdu vers on ne sait quel horizon, les photos de Kafka ne manquent pas – elles finiraient presque par ressembler aux dessins, tracés en noir eux aussi – qu’il a pu réaliser, détaillant des personnages dans des postures quasi acrobatiques. Toutes ces images avalisent le sentiment que le commun des mortels semble avoir de l’auteur pragois, un sentiment qui colle à la définition que l’adjectif – kafkaïen – tiré de son nom semble induire, et qui en fait réduit considérablement le spectre de son œuvre. Bernard Bloch qui, lui, connaît bien son Kafka a décidé de nous faire un portrait quelque peu décalé de l’auteur, le sortant avec grand plaisir de sa gangue purement et uniquement « kafkaïenne » ! Le voici donc, seul en scène, en costume beige rayé, chemise, pochette et chaussures rouges, maquillé, yeux faits, lèvres peintes pour nous emmener – on l’en remercie vivement – vers un autre aspect trop souvent négligé du cher Franz. Pas de doute : nous sommes dans une sorte de cabaret, Bernard Bloch nous y invite allègrement, et déjà à ce stade il y a une réelle pertinence de son propos : quelques cubes de différentes tailles, une grosse caisse à cour dont il usera avec délicatesse, comme en passant, mais néanmoins en ponctuant certains propos, et quelques petites figures de personnages mécaniques, voilà pour tout décor et accessoires. Au noir des thèmes de Kafka, Bernard Bloch oppose délibérément la lumière et les couleurs. Il a été chercher dans les nombreux textes, récits et autres « fragments narratifs » sept petites merveilles de subtilité et de délicatesse, le tout teinté d’un humour discret mais réel, de quoi nous rappeler que même dans sa trilogie romanesque ou ses plus longues nouvelles Kafka sait faire preuve d’un certain humour voire d’un réel comique. De quoi rendre son rapport au monde (le nôtre aussi pour le coup) beaucoup plus riche et complexe qu’il n’y paraît.

Chef d’orchestre, bateleur, Bernard Bloch, mène le voyage, quasiment mezzo voce, une sorte de discrétion de bon aloi. Pas besoin de grands discours ou de grandes déclarations, et d’ailleurs, en matière de prologue il a lui-même mis la main à la pâte, dans la même tonalité, pour nous déclarer qu’il fait partie de cette humanité « à l’envers », tête en bas, de l’autre côté de la planète… Et ça a beau être drôle comme dans Le grand nageur, où le protagoniste, médaillé olympique, nous explique qu’il ne sait pas nager et se confesse dans une langue que son auditoire de saurait comprendre, lui-même ne comprenant rien à la cérémonie organisée en son honneur. Délicate douceur comme le personnage du Virtuose de la faim en discrète extinction de vie… Le choix même des courtes nouvelles, parfois entrecoupées de chansons populaires et de Der König von Thule de Goethe, se révèle… parlant et dit bien le registre dans lequel se glisse Bernard Bloch qui réalise là une belle et forte performance.

 

Jean-Pierre Han / Frictions

Photo : © DR

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August 25, 9:09 AM
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Entre le cinéaste Emmanuel Mouret et l’acteur Vincent Macaigne, l’amour de la langue en partage

Entre le cinéaste Emmanuel Mouret et l’acteur Vincent Macaigne, l’amour de la langue en partage | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Mathieu  Macheret   dans Le Monde - le 24 août 2026

 

« Duos de cinéma » (1/5). Depuis le film « Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait » (2020), le comédien éruptif injecte sa verve éraillée dans les fines combinaisons sentimentales du réalisateur.

 

Lire l'article sur le site du Monde : 
https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2026/08/24/entre-le-cineaste-emmanuel-mouret-et-l-acteur-vincent-macaigne-l-amour-de-la-langue-en-partage_6754850_3451060.html

On peut dire qu’ils se sont trouvés en cours de route. Quand Vincent Macaigne fait irruption dans le cinéma d’Emmanuel Mouret, avec Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait (2020), leurs trajectoires sont déjà bien engagées – le premier a alors 42 ans, le second 50, tous deux sont nés dans les années 1970. Le compagnonnage s’est poursuivi avec Chronique d’une liaison passagère (2022), puis Trois amies (2024). Le comédien éruptif est venu injecter sa verve éraillée dans ces fines combinaisons sentimentales, tandis que le cinéaste amorçait avec lui un virage plus sombre.

On profite d’une brève escale de l’acteur à Paris, en juin, pour les réunir dans un café central, non loin du lieu où Emmanuel Mouret fignole le montage de son dernier film. Sous la chaleur galopante du début d’été parisien, les deux hommes semblent reprendre la conversation là où ils l’avaient laissée.

 

Leur première rencontre, qui remonte à 2018, au festival Cinemania à Montréal (Québec), a déjà une couleur rocambolesque. « C’est ce fameux voyage où j’ai perdu 12 000 euros dans un taxi !, s’exclame Vincent Macaigne. Il y a eu une erreur, j’étais hyper mal. » Emmanuel Mouret rebondit : « Je me rappelle que tu ratais pas mal d’événements pour mener ton enquête et retrouver la trace du taxi. Tu avais même failli écrire un scénario sur le sujet ! » Comme souvent chez eux, le réel trébuche déjà vers la fiction. « Je rencontrais Vincent pour une lecture en vue de Chronique d’une liaison passagère, recontextualise le cinéaste. Finalement, le film ne s’est pas fait tout de suite, mais j’ai gardé le souvenir de cette lecture. Quelque chose m’avait frappé : je n’ai jamais eu une indication ou une direction de jeu à donner à Vincent, qui restitue de lui-même bien plus que le texte. »

 

 

 

Lire la rencontre avec Emmanuel Mouret (en 2020) : Article réservé à nos abonnés « Mes films sont des autobiographies de mes rêveries »
 

Vincent Macaigne, lui, se souvient parfaitement de ce qu’il a ressenti lors de ses premiers pas chez Mouret. « Arriver sur un plateau d’Emmanuel, c’est arriver dans une famille déjà constituée, pose-t-il. Ce sont des gens qui se connaissent très bien. Mais ce n’est pas une famille qualifiée par le travail – c’est presque l’inverse. Quand on est acteur, on va de film en film, et la famille d’Emmanuel est comme un monde, un village accueillant, dans lequel on se sent immédiatement en sécurité. »

 

Mouret reconnaît l’aisance qu’a l’acteur à se fondre dans son dispositif, et même une capacité d’abandon. « C’est vrai qu’il faut avoir cette confiance, reconnaît le réalisateur, se laisser aller dans les indications, dans l’ambiance, dans quelque chose qui se découvre au fur et à mesure. D’autres acteurs, et de très grands, présentent plus de résistance. Le cinéaste est comme un sculpteur : les comédiens lui offrent une matière plus ou moins malléable. »

Dialogues millimétrés

Tandis que Vincent Macaigne, entré au Conservatoire en 1999, imposait au théâtre ses mises en scène furieuses – Idiot ! (Parce que nous aurions dû nous aimer) créé en 2009 et repris en 2014 ; Au moins j’aurai laissé un beau cadavre en 2011 –, Emmanuel Mouret, passé par la Fémis, poursuivait au cinéma son patient travail de réinvention de la comédie classique (Laissons Lucie faire !, 2000). « Tu m’avais dit ceci, rappelle le cinéaste au comédien : “Ce qui est drôle, c’est que moi je fais des mises en scène très violentes, mais, au fond, c’est quelque chose de doux qui est raconté. Et toi, tes films sont très doux en surface, mais, au fond, ont toujours quelque chose de violent.” » Les deux artistes se sont rejoints à l’endroit du paradoxe.

Vincent Macaigne s’est donc familiarisé avec un cinéma de la parole, cette langue « mouretienne » aux dialogues millimétrés. « Travailler avec Emmanuel, c’est une expérience qui a ceci en commun avec le théâtre : il faut d’abord apprendre son texte, affirme-t-il. Je me souviens d’une expression qui m’avait marqué au Conservatoire. Après un travail sur Peter Handke, un ami me dit : “Vous avez mangé Peter Handke !” dans le sens où l’on parlait sa langue. Ça m’est resté, et c’est ce qu’il faut faire chez Emmanuel : manger la langue. Plus on apprend, plus on répète le texte, plus on comprend l’émotion. » Le réalisateur abonde. « Savoir son texte, c’est plus que le savoir, résume-t-il. Dire le texte, c’est presque déjà tout. Je trouve que ce n’est pas assez enseigné. On insiste parfois trop sur la volonté de jouer, sur les intentions, alors qu’à les dire, les choses viennent presque toutes seules. »

« On reproche parfois à mes films d’être bavards, rebondit de lui-même le cinéaste. Mais dire, c’est faire. La parole, c’est de l’action. » « Tu peux rendre fou quelqu’un, déclencher une guerre, simplement en disant quelque chose », remarque, à son tour, le comédien.

« Il y a toujours des fantômes »

Pour Emmanuel Mouret, le cinéma se joue dans les interstices : dans ce que l’image ne montre pas, ou ce que les êtres taisent. « Ce qui me touche, c’est la retenue, confie-t-il. Notre drame, en tant qu’animaux sociaux, c’est de devoir nous retenir. Au cinéma, il y a parfois cette idée de vouloir exprimer, mettre ses tripes sur la table. Mais, pour moi, c’est presque le contraire d’une tension dramatique. Ce qui est beau, c’est ce qui se contient. »

Vincent Macaigne, qui jouait le rôle d’un mort dans Trois amies, reconnaît le ferment de mélancolie qui le touche tant dans ses films. « Il y a toujours des fantômes chez Emmanuel, dit-il. Des amours passées, des rêves, ou des choses qui auraient pu être. Des possibilités perdues. »

Plus la conversation avance, plus les relances ou les questions deviennent inutiles. L’acteur et le réalisateur se livrent à une sorte de retour sur leurs expériences respectives. « Au théâtre, l’enjeu n’est pas seulement de bien jouer, mais de le reproduire tous les soirs. Au cinéma, il faut enregistrer rapidement un maximum d’informations pour réussir ensuite à en dégager du réel », théorise Macaigne. « Ce qui est intéressant chez nous nous échappe, lui répond Mouret. Finalement, c’est la mécanique qui permet la grâce. » Macaigne acquiesce : « Etre mécanisé n’enlève pas la liberté. Et l’inverse aussi : être dégagé de toute contrainte ne rend pas forcément libre. »

 

Comment dire ? Comment taire ? Entre le cinéaste et son interprète, la langue est davantage qu’un texte à réciter : le lieu d’une conversation ininterrompue qui tend naturellement vers le prochain film.

Légende photo : Vincent Macaigne et Emmanuel Mouret sur le tournage de « Chronique d’une liaison passagère », en 2022. PASCAL CHANTIER

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