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Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre
Quelques astuces pour tirer profit de tous les services de la Revue de presse théâtre Les publications les plus récentes se trouvent sur la première page, mais en pages suivantes vous retrouverez d’autres posts qui correspondent aussi à l’actualité artistique ou à vos centres d’intérêt. (Navigation vers les pages suivantes au bas de la page) Les auteurs des articles et les publications avec la date de parution sont systématiquement indiqués. Les articles sont le plus souvent repris intégralement. Chaque « post » est un lien vers le site d’où il est extrait. D’où la possibilité de cliquer sur le titre ou la photo pour lire l’article entier dans son site d’origine . Vous retrouverez la présentation originale de l'article : les titres, les photographies et les vidéos voulues par le site du journal ou l’auteur du blog d’où l’article est cité. Pour suivre régulièrement l’activité de la Revue de presse : vous pouvez vous abonner (bouton bleu turquoise INSCRIPTION GRATUITE ) et, en inscrivant votre adresse e-mail ou votre profil Facebook, recevoir des nouvelles par mail des publications les plus récentes de la Revue de presse Vous pouvez aussi, si vous êtes inscrits sur Facebook, aller sur la page de la revue de presse théâtre à cette adresse : https://www.facebook.com/revuedepressetheatre et vous abonner à cette page pour être tenu à jour des nouvelles publications. sur X (anciennement Twitter), il y a un compte "Revue de presse théâtre" qui propose un lien avec tous ces posts, plus d'autres articles, brèves et nouvelles glanés sur ce réseau social : @PresseTheatre https://x.com/PresseTheatre Vous pouvez faire une recherche par mot sur 12 ans de publications de presse et de blogs théâtre, soit en utilisant la liste affichée ci-dessus des mots-clés les plus récurrents , soit en cliquant sur le signe en forme d’étiquette à droite de la barre d’outils - qui est le moteur de recherche de ce blog ("Search in topic") . Cliquer sur le dessin de l'entonnoir (Filtres) et ensuite taper un mot lié à votre recherche. Exemples : « intermittents » (plus d’une centaine d’articles de presse comportant ce mot) « Olivier Py» ( plus de cinquante articles ), Jean-Pierre Thibaudat (plus de cent articles), Comédie-Française (plus de cent articles), Nicolas Bouchaud (plus de cinquante articles), etc. Nous ne lisons pas les "Suggestions" (qui sont le plus souvent jusqu'à présent des invitations, des communiqués de presse ou des blogs auto-promotionnels), donc inutile d'en envoyer, merci ! Bonne navigation sur la Revue de presse théâtre ! Au fait, et ce tableau en trompe-l'oeil qui illustre le blog ? Il s'intitule Escapando de la critica, il date de 1874 et c'est l'oeuvre du peintre catalan Pere Borrel del Caso
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Le spectateur de Belleville
August 28, 2:58 PM
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Par Olivier Tonneau dans son blog - Publié le 25 août 2026 Le 2 Août 1914, Franz Kafka écrit dans son journal: « Déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie. Après midi, piscine. » Il fallait l'humour et l'intelligence de Bernard Bloch pour trouver dans ces mots le titre d'un spectacle stupéfiant.
Bernard Bloch trouve dans Kafka des ressources pour "être ce que je suis dans le monde tel qu'il devient". Kafka n'aidera pourtant que ceux que la vérité nourrit, dont le premier besoin humain est d'être de plain-pied dans le monde, hors de toute illusion - même celles qui pourraient offrir d'éphémères échappatoires. Car ce qui saisit tout au long des récits de Kafka ici arrangés, mis en scène et incarnés, c'est l'effet de réel.
C'est le mystère de l'oeuvre de Kafka que de susciter chez le lecteur les sentiments simultanés de la perplexité, de l'étrangeté mais aussi du dévoilement, de l'évidence que ce monde dont nous ne saisissons jamais que la surface est bien tel qu'il nous est montré. Le réel, qui par définition ne peut se laisser comprendre, par Kafka s'appréhende. Mais que faire de cette expérience paradoxale de l'intime contact avec l'opacité du monde?
La tentation est forte de prolonger Kafka par l'exégèse. C'est pourtant presque peine perdue. Faire l'analyse du matériau constitué par Kafka, c'est implicitement le remettre à la place de la fiction, refaire de ses textes une image du réel alors qu'ils en sont l'énigme. A la rigueur, le bon usage de Kafka est celui qu'en fait Diane Scott dans S'Adresser à tous; ne pas partir de Kafka pour en dire quelque chose, mais venir à Kafka pour y trouver le chiffre de nos problématisations.
Si Kafka ne se laisse pas comprendre, alors il faut le laisser nous comprendre. Il faut retrouver toutes nos dimensions dans les plis et les replis des textes. C'est ici que Bernard Bloch accomplit un travail proprement miraculeux. Je n'étais pas certain que les textes de Kafka se prêtaient à être dits: j'aurais cru que leurs ambivalences, leurs voies labyrinthiques ne se prêtaient qu'à l'expérience de la lecture. Au contraire: Bernard Bloch m'a révélé des textes dont j'ai aujourd'hui le sentiment de n'avoir auparavant qu'effleuré la surface. C'est que son art s'appuie sur l'immense intelligence du lecteur et sur le génie d'un acteur dont la voix, les yeux, le moindre geste savent receler, irréductibles, toutes les émotions chargées comme des pistolets par toutes les situations: le désarroi, la cruauté, le désir et l'impuissance décuplés par la solitude et la puissance, le privilège et la médiocrité. Chaque personnage devient un prisme projetant mille couleurs, chacune saisissante, leur réunion bouleversante.
Les personnages de Kafka sont monstrueux. Tous pourtant recèlent cette chose mystérieuse entre toutes, la conscience, ce besoin vital de vérité, paradoxal si le savoir qui pourrait le satisfaire est insupportable. Insupportable auquel nous tentons d’échapper par la fausse conscience, la conscience cruelle ou l’impossible inconscience. Kafka, intolérable par l’intransigeance de sa lucidité, est l’homme qui sait que la vérité donne plus de force que le réel n’en détruit - la force qui vient du sentiment, pour reprendre un titre de Jean-Paul, d'être là dans l'existence. Ou peut-être face à l'existence.
Trouver dans la présence au monde un bonheur qui résiste à sa destruction, c’est le travail auquel nous sommes tous confrontés. Savoir que la guerre est déclarée. Aller quand même à la piscine. Olivier Tonneau Enseignant-chercheur à l'Université de Cambridge
https://essaion-theatre.com/spectacle/apres-midi-piscine/
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Le spectateur de Belleville
August 20, 5:11 AM
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Par Joëlle Gayot dans Le Monde, le 20 août 2026 « Anatomie d’un monologue » (4/7). En 1998, la comédienne, alors âgée de 36 ans, a incarné, sous la direction de Luc Bondy, la reine d’Athènes, épouse de Thésée, en proie aux affres d’un amour fou et interdit pour son beau-fils Hippolyte.
Lire l'article sur le site du Monde : https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2026/08/20/la-declaration-d-amour-de-phedre-jouee-par-valerie-dreville-la-parole-creuse-le-mal-le-desir-la-folie_6750476_3451060.html
Acte II, scène 5 : « Eh bien ! Connais donc Phèdre et toute sa fureur./ J’aime. Ne pense pas qu’au moment que je t’aime,/ Innocente à mes yeux, je m’approuve moi-même,/ Ni que du fol amour qui trouble ma raison/Ma lâche complaisance ait nourri le poison./ Objet infortuné des vengeances célestes,/ Je m’abhorre encor plus que tu ne me détestes. » Si Valérie Dréville devait revivre les affres de Phèdre, amoureuse d’Hippolyte, le fils de son époux Thésée, elle aborderait le rôle autrement. La vie qui a passé depuis 1998, année de création du spectacle par le metteur en scène Luc Bondy (1948-2015) à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, à Paris, a changé la comédienne. A l’époque, elle se souvient d’avoir été littéralement « amoureuse » d’une pièce qui la touchait au-delà de tout. Souvenir vif de l’étreinte avec l’absolu d’une passion, souvenir ému face au don de soi sublime d’une femme qui consent à ne pas être aimée. Phèdre, rappelle-t-elle, ne dit pas « Je suis aimée » mais « J’aime ». La formulation pèse de tout son poids. C’est le propre de l’amour fou que d’accepter la souffrance qui, souvent, lui fait escorte : « On sait qu’on ne peut rien y faire. On n’est maître de rien. On est terrassé. » Les mots de l’héroïne chantent encore dans sa mémoire : « C’est une musique, je pourrais retrouver le texte en deux jours. » Le vers racinien s’inscrit dans la chair de ses interprètes. Il agit sur le souffle et accélère le rythme du cœur, siège des émotions. Qu’elle s’adresse à Œnone, sa confidente, ou à Hippolyte, son aimé, Phèdre se libère d’un sentiment qui la consume. « Le cœur chaud et les lèvres froides » : la remarque de Klaus Michael Grüber (1941-2008), metteur en scène allemand en 1984 d’une Bérénice devenue légendaire, a marqué l’actrice à jamais. C’est en pensant à lui qu’elle a cherché sa Phèdre. En 1998, la comédienne jouait pour la première fois sous la direction de Luc Bondy. « Dans le travail, j’ai découvert quelqu’un de très humble, expliquait alors le metteur en scène, un médium, captant tout, travaillant énormément avec l’inconscient, assez poétique pour prendre les choses en elle, une énorme innocence. Sa présence physique m’a permis de réaliser Phèdre. Dès que j’ai su que c’était elle, j’ai vu le décor. » « Un monde relié au sacré » Colonnes laquées de noir, langue de sable fin, glaive fiché dans le sol, sur une scène magnifiée se dressait le corps de Valérie Dreville. Un corps d’une éloquence folle : sensuel, convulsif, enfantin, ployé, arqué ou rompu. « Le jeu est très physique », explique la comédienne, pour qui l’espace était alors habité par plus grand et plus haut que les personnages : « Les pièces de Racine déploient un monde relié au sacré. Un monde où Dieu est toujours présent, d’autant plus lorsqu’il est un ennemi, ce qui est le cas pour Phèdre. Elle est maudite. Il faut toujours l’avoir à l’esprit lorsqu’on joue le rôle. » Quand elle le travaillait, elle lisait Pendant la matière (POL, 1991), un texte théorique de Valère Novarina (1942-2026) dans lequel l’auteur explique que la parole ne nomme pas mais appelle. « Ça m’aidait. L’espace est vertical mais la parole creuse le mal, le désir, la folie. » Cette parole prise pour dire la vérité précipite Phèdre vers sa perte. « Elle brave l’interdit. Son aveu est en avant d’elle, comme une vanne ouverte qu’il lui sera impossible de fermer jusqu’à son dernier souffle. » Ses confidences propulsent l’héroïne vers un point de non-retour. La mort l’attend. Chacune de ses tirades la rapproche du suicide. « Tu montes l’escalier jusqu’au moment attendu de ton texte, tu vises ce moment, il est ta perspective, tu chauffes la machine et le vers t’y aide », détaille Valérie Dréville. Sarah Bernhardt (1844-1923), poursuit-elle, interprétait la scène opposant Phèdre à Hippolyte dans une sorte de tourbillon, « comme un derviche. Elle parlait vite, éludait plein de pieds, disait mal les vers, elle avançait à une vitesse vertigineuse ». Transe verbale pour traduire l’état d’abandon d’une femme à qui tout échappe et de qui tout s’échappe : la déraison de Phèdre, son égarement, son sacrifice dépassent le sens commun. « Ça sort malgré elle », murmure la comédienne, encore saisie par la consomption d’une femme qu’obsède une idée fixe : ne faire qu’un avec le jeune homme adoré. « Il est tout ce qu’elle n’est pas, un homme de bois, l’incarnation d’une pureté absolue. Elle, elle est idéaliste. En rencontrant Hippolyte, elle rencontre Eros en personne, le dieu de l’amour. » L’actrice n’est pas le personnage. Et pourtant, avoue-t-elle, « plus je la vois loin de moi, plus elle résonne intimement en moi ». Joëlle Gayot / Le Monde Légende photo : Sylvain Jacques et Valérie Dréville, dans « Phèdre », de Racine, mis en scène par Luc Bondy, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, à Paris, en octobre 1998. PASCAL VICTOR/ARTCOMPRESS VIA OPALE.PHOTO
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Le spectateur de Belleville
August 11, 6:18 AM
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Par Marie Sauvion dans Télérama - Le 9 août 2026 La sœur de Catherine Frot s’est éteinte vendredi 7 août, à 68 ans, au terme d’une longue carrière de “second rôle” mêlant théâtre, télé et cinéma.
Enfants, les sœurs Frot se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Ce week-end, c’est à Catherine, ainsi qu’à leur frère, Jacques, qu’est revenue la triste tâche d’annoncer la mort de Dominique, à seulement 68 ans, survenue vendredi 7 août, à Paris, des suites de maladie. Née le 23 août 1957 à Rochefort (Charente-Maritime), Dominique Frot avait embrassé la même carrière que son aînée, alternant durant quarante-cinq ans théâtre, télé et cinéma, sans atteindre cependant la même célébrité, ni décrocher le jackpot du grand rôle qui change tout — en l’occurrence, pour Catherine, celui d’Un air de famille (Cédric Klapisch, 1997) avec son César à la clé. « Pour ma sœur, ça a été un peu difficile. La notoriété d’un des membres d’une famille n’est pas toujours une bonne nouvelle pour les autres », confiait la vedette à Paris Match en 2020. Cette année-là, l’hebdomadaire réunissait les Frot sisters à l’occasion de la sortie d’un film, le tout premier à les associer à l’écran : Sous les étoiles de Paris. Catherine y jouait une SDF et Dominique, une prostituée. « Le fait d’être totalement grimées et déguisées faisait écho à nos jeux d’enfants », se réjouissait alors la première. Jusqu’à ce conte poético-politique ancré dans la misère, réalisé par Claus Drexel, c’était chacune sa voie, quand bien même Dominique, douée pour les sciences, pianiste virtuose, avait suivi les pas de sa frangine en choisissant finalement le théâtre, à l’orée des années 1980. De “Mortelle randonnée” à “Titane” Sur les planches, la « petite » a pratiqué son art sous la direction de Jacques Lassalle, Claude Régy, Catherine Marnas ou Luc Bondy, tandis que sa filmographie s’étend de Mortelle randonnée (Claude Miller, 1983) à Titane (Julia Ducournau, 2021), en passant par La Cérémonie (Claude Chabrol, 1995), The Smell of Us de l’Américain Larry Clark (2015), Les Pires (Lise Akoka et Romane Guéret, 2022) ou, tout récemment, Dites-lui que je l’aime, de Romane Bohringer. Une apparition par ci (God Save the Tuche), une série par là — elle fut la proviseure acariâtre de la série Soda avec Kev Adams —, une voix dans un beau dessin animé (Louise en hiver, de Jean-François Laguionie, en 2016)… Un inventaire auquel il faut absolument ajouter Captives, d’Arnaud des Pallières, il y a deux ans, sur les « folles » internées à la Salpêtrière à la fin du XIXᵉ siècle. Sa présence éraillée et sa drôle de bobine, plus aiguisée, plus douloureuse que la bouille familière de Catherine, lui valaient souvent des propositions de drames. Le 21 octobre, Karma, de Guillaume Canet, viendra encore confirmer la puissance émotionnelle de Dominique Frot, quelle que soit la taille du rôle. Marie Sauvion / Télérama ------------------------------------------ Article de Sceneweb La comédienne Dominique Frot, soeur cadette de l’actrice Catherine Frot, est décédée vendredi à 68 ans à Paris, selon sa famille et son agent. « C’est avec beaucoup de tristesse que nous vous faisons part du décès, survenu le 7 août, de Dominique », ont annoncé Catherine et son frère Jacques Frot sur le compte Instagram de la comédienne. L’agent de Catherine Frot, Jean-François Gabard, a confirmé dimanche à l’AFP son décès à l’hôpital Tenon à Paris des suites d’une maladie. Née le 23 août 1957 à Rochefort, Dominique Frot a suivi une double formation au conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris et à l’École normale de musique de Paris. Elle débute sa carrière au théâtre en 1982 dans Les Rustres de Carlo Goldoni, une mise en scène de Claude Santelli, puis en 1984 dans L’Heureux Stratagème de Marivaux, dans la mise en scène de Jacques Lassalle au Théâtre national de Strasbourg avec Claude Degliame, Dominique Reymond et André Marcon. En 1986 Claude Régy la met en scène dans Le Parc de Botho Strauss. Et elle rencontre ensuite le tout jeune Pascal Rambert, en 1989, qui présente au Festival d’Avignon, sur l’Île de la Barthelasse, Les Parisiens ou l’été de la mémoire des abeilles, avec en tête distribution, Jean-Paul Roussillon dans le rôle de Camille Caron. Dans les années 2000, Dominique Frot, joue sous la direction d’Hubert Colas dans La Fin de l’amour de Christine Angot, puis dans 12 sœurs slovaques de Sonia Chiambretto. Sa dernière apparition au théâtre remonte à 2023 dans Joyeuses Pâques de Jean Poiret, dans la mise en scène de Nicolas Briançon, au théâtre Marigny. Elle a joué de nombreux rôles dans des séries télévisées, dont Soda, et dans des longs métrages, où elle a été dirigée par Claude Miller (Mortelle randonnée), Gérard Oury (La vengeance du serpent à plume), Cédric Klapisch (Peut être) ou Julia Ducournau (Titane, Palme d’or à Cannes en 2021). Isabelle Adjani, qui avait tourné avec elle dans Mortelle randonnée, lui a adressé un message posthume sur Instagram: « À toi adieu, Dominique. Souvenir de ta fraîcheur dans ces moments filmés par un vrai cinéaste, actrice de cette randonnée ensemble un jour passé, mortelle pour toi un jour présent. Tu resteras une actrice à part dans le vortex de notre sort ». Elle s’était réjouie au printemps d’avoir tourné dans le nouveau film de Guillaume Canet, Karma, qui doit sortir en salles le 21 octobre.
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July 25, 5:30 PM
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Article d'Alice Babin dans Libération, le 23 juillet 2026 Aujourd’hui, l’actrice se remémore la prédiction d’une femme croisée dans un train, qui l’a libérée après deux ruptures douloureuses. «Je viens de sortir du Conservatoire. J’ai 25 ans. Je viens de vivre une rupture amoureuse importante, quelques mois plus tôt. C’est l’été 2010, le premier été de cette séparation, je suis à Avignon pour une pièce et je tombe folle amoureuse d’un homme. Il a 50 ans. Je lui fais une décla incroyable, nous vivons un amour fou, je le rejoins en Corse, c’est l’été de feu. «Quelques jours après, il m’appelle, et me dit que c’est fini. Je suis dans un état de désespoir total. Les deux ruptures font bam-bam, me prennent tout le corps, et j’ai un vertige : j’ai 25 ans, tout est ouvert, vaste, l’avenir m’appartient mais cela me paraît trop grand. Trop-plein de possibles. Je prends le train pour rejoindre mes parents en Alsace, dans un état lamentable, épuisée, le teint bleu… «Bref, au bout du scotch. A côté de moi, dans le carré à quatre, des femmes parlent fort. Elles sont très vivantes. Elles ont les cheveux longs. Elles me fatiguent, leurs voix m’agacent. Je mets mes cheveux sur mes yeux, comme un bandeau, et je m’endors. Je me réveille quelques minutes avant Strasbourg et là, je ne sais pas comment le dire autrement, c’est comme un nouveau jour. Je revois les femmes, nous nous sourions, nous papotons, c’est joyeux, et, soudain, l’une d’entre elles me lance : “Tu as souffert en amour, deux fois cette année. Ne t’inquiète pas. Tu vas rencontrer quelqu’un de bien pour toi. Mais avant, il faut que tu te laves les yeux, et que tu trouves le talisman.” Je la regarde un peu amusée, hébétée, et nous nous quittons. «Je passe quelques jours avec mes parents et la famille de mon père. La veille de mon départ, mon père nous propose d’aller au mont Sainte-Odile, dans le Bas-Rhin, sur une petite montagne qui surplombe la région. «Je connais le mont Sainte-Odile, j’y ai été mille fois dans mon enfance, je connais l’histoire, mais ce jour-là j’ai tout oublié. Mon père m’explique qu’Odile est une petite fille, née aveugle, dont le père, furieux que sa fille soit malvoyante, ordonne de la tuer. Pour la protéger, sa mère la cache dans un couvent et, le jour de son baptême, lorsque l’eau bénite coule sur son visage, elle recouvre la vue. Elle est aujourd’hui considérée comme la sainte patronne de l’Alsace, des non-voyants et des malvoyants. «Avec mon père, nous visitons la très jolie petite chapelle juchée en haut du mont, et en sortant, je passe devant une femme assise sur une petite marche ; elle fait la manche, elle a les cheveux longs. Je m’assois à ses côtés en attendant ma famille et nous parlons. Au moment où je la quitte, elle me tend la main et me dit : “Tiens, c’est pour toi ; un talisman.” C’était une petite médaille de Sainte Odile… «Cette histoire est pleine de clés. J’ai senti qu’elle avait rebondi, ricoché, à plein de moments de ma vie. En fait, c’est comme si elle avait ouvert pour moi un chemin sacré, sur lequel je marche encore aujourd’hui. Je la vois comme un conte, qui marque le début de mes yeux ouverts. Elle est la fin de ma cécité à la fécondité du monde. Aux choses, aux signes et aux gens, qui prennent soin. Oui, cette histoire est comme une porte. L’entrée vers la sororité, vers les femmes sacrées, vers ces femmes-phrases aussi, dont les mots m’accompagnent. Comme Gisèle [Halimi] par exemple, et sa “farouche liberté”. Toutes ces phrases, tous ces signifiants croisés sur mon chemin, qui irradient mes brûlures, me guident, me soignent. Cette histoire est le début de ça. Je l’aime beaucoup.» Par Alice Babin / Libération Légende photo : France, Paris, 12 août 2024. Estelle Meyer, compositrice, autrice, chanteuse et actrice française. (Julien Pebrel/MYOP)
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July 25, 3:59 AM
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Critique de Fanny Imbert dans Sceneweb - Publié le 24 juillet 2026 Le comédien Mathias Zakhar présente son premier seul en scène et revient sur les traces de sa famille en suivant les rives du Danube pour prendre le pouls de l’Europe. Poétique et puissant. Tremblant, une veste en jean jetée sur ses épaules malgré la chaleur, Mathias Zakhar allume maladroitement une cigarette. Les épaules voûtées, ce jeune poète en herbe va bientôt s’élancer, plein de vigueur, dans un voyage à travers l’Europe, sur les traces de sa famille disséminée, issue des communautés hongroises de Slovaquie. Tiré de ses « Croquis de voyage » initiés en 2017 par l’École du Nord lorsqu’il y était encore comédien, le texte est le premier seul en scène écrit par ce comédien hors pair, que l’on a notamment remarqué dans Le Nid de Cendres de Simon Falguières, et qui fait depuis partie de la galaxie du Moulin de l’Hydre, ce lieu créé par le metteur en scène. Plein d’entrain, le jeune homme débute son périple à la source du Danube, en Allemagne, bien décidé à remonter les 2 882 kilomètres qui le séparent de l’embouchure du fleuve. En train, à pied, en stop, les aventures et les rencontres se multiplient. Autriche, Hongrie, Serbie, Roumanie : les langues et les frontières se mêlent, entre beuveries et envolées philosophiques. Il est né l’année où le mur de Berlin est tombé et, enfant de l’Europe, il part à la rencontre de cette identité multiple, de ses promesses et de ses désillusions, entre la mémoire de ces pays balafrés par les nationalismes et les souvenirs de l’ancien bloc soviétique. Accompagné en chemin par Cendrars, Céline et Adorno, il tente d’y voir un peu plus clair dans les contradictions qui composent les identités européennes d’aujourd’hui. Et finalement, puisque tout est vrai, et donc que tout est mensonge, la vérité semble bien inaccessible, comme un « feu follet pour guider les oiseaux ». Entre vaste mélancolie et fête ininterrompue, dans sa chasse aux souvenirs, Mathias Zakhar nous parle aussi de son désarroi face aux bégaiements de l’histoire, de son désespoir à la vue des tourbières identitaires qui ne se sont jamais éteintes. Le comédien et auteur parvient avec justesse à contourner la narration de soi pour plonger plus avant dans la poésie de l’errance, non sans nous imposer, par ailleurs, quelques obsessions christiques sous couvert de montée de LSD. C’est un comédien habité qui déploie une langue riche et qui nous emporte par son dévouement et sa générosité scénique peu commune. Fanny Imbert – www.sceneweb.fr Danube, au kilomètre zéro Texte, mise en scène et interprétation Mathias Zakhar Collaboratrice artistique Anne Duverneuil Créateur son et régisseur général Hippolyte Leblanc Créateur lumières Léandre Gans Production Kilomètre Zéro Coproduction Centre Dramatique National de Nanterre-Amandiers Partenaires et soutiens Théâtre d’Angoulême – Scène Nationale, Université de Lille, SARTR – Sarajevo War Theatre (BA), Le Moulin de l’Hydre – Fabrique théâtrale et Festival Pampa (Sainte-Foy-La-Grande) La compagnie Kilomètre Zéro est implantée en région Haut-de-France. Durée : 1h15 Vu en juillet 2026 au Théâtre du Train Bleu, dans le cadre du Festival Off d’Avignon Festival Pampa, Sainte-Foy-La-Grande les 25 et 27 août
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July 24, 5:40 PM
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July 23, 4:06 AM
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Par Anne Diatkine dans Libération Publié le 17/07/2026 à 18h42, mis à jour le 22/07/2026 Au jeu des sept familles des gels, surgels et coupes annoncées ces dernières semaines aux salles de théâtre, opéras et orchestres, il y a des institutions qu’on pensait à tort, préservées, ne serait-ce que parce qu’elles émanent, à leur origine, d’une volonté de l’Etat. Le Festival d’automne a appris il y a quelques jours par le ministère de la Culture qu’il allait subir une baisse de 14 % de sa subvention en 2026, soit 200 000 euros. Pas de conditionnel : le ministère de la Culture l’a confirmé à Libération. L’institution parisienne se situe donc parmi les plus touchés par les récentes coupes budgétaires, et selon sa direction, est dès lors structurellement en péril. Les spectacles programmés à l’automne 2026, déjà annoncés et dont une partie des billets ont été vendus, risquent d’être affectés, tout comme, et bien plus encore, les parts de coproduction et soutien à la création de l’édition 2027. «Si on ne peut plus accompagner les artistes, qu’est-ce qu’on va pouvoir faire ? Cette baisse attaque de front tous les projets français et internationaux. C’est catastrophique», nous dit l’un des salariés de cette toute petite équipe d’une douzaine de personnes, qui multiplient les réunions de crise. «On a le sentiment d’être punis» Un risque : que les mécènes, éprouvant la pression, se retirent également, car ils ne peuvent ni ne veulent, «ni ne doivent» précise une salariée, remédier au désengagement de l’Etat. Beaucoup en effet dans l’équipe redoutent l’effet boule de neige à partir du moment où le fondateur historique et premier financeur du festival réduit sa part jusqu’à devenir minoritaire par rapport au mécénat. Par essence précaire. Il suffit que la direction d’une entreprise change pour que sa politique philanthropique ou artistique soit modifiée ou disparaisse, alors même que l’Etat est supposé garantir la stabilité et une force historique. «On a le sentiment d’être punis, soupire-t-on au sein du festival. On n’a pas cessé par tous les moyens d’augmenter nos recettes propres qui représentent aujourd’hui 59 % de notre budget alors que la participation de l’Etat n’a cessé de se recroqueviller au fil des ans.» Contrairement à une idée reçue, le festival n’est pas qu’un label, un tampon sur une affiche : il coproduit des créations, il vend des billets, il a un public. Et donc des recettes. Qui sont passées de 11,3 % des ressources en 2012 à 19 % en 2025. Rappelons que le Festival d’automne, voulu par le président Pompidou qui souhaitait créer à Paris un festival d’art pluridisciplinaire et international capable de rivaliser avec ceux de Berlin, d’Amsterdam, de Vienne ou de Venise, a été conçu par Michel Guy en 1972, avec le soutien du ministère des Affaires culturelles. Et tout de suite, c’est un feu d’artifice de découvertes alliées à des artistes déjà reconnus. Bob Wilson, Peter Brook, Patrice Chéreau, Lucinda Childs, et tant d’autres. L’idée paraît, cinquante ans plus tard, presque révolutionnaire : rendre la culture la plus pointue accessible à tous. Et depuis ses débuts, le festival, qui ne dispose pas de lieu propre, construit ses éditions en partenariat avec des établissements en région parisienne : «On compte beaucoup sur les structures mais c’est réciproque, les théâtres comptent sur nous. Quand on coupe le budget du Festival d’automne, on touche par ricochet l’Odéon, la MC 93, la Ménagerie de verre et tant d’autres. Dont certains qui subissent déjà des gels immédiats de leurs subventions», poursuit ce salarié. Le Festival d’automne, c’est 180 000 spectateurs par édition, 75 spectacles en 2026, et 60 partenaires. Incompréhension, consternation, sidération : tous dans l’équipe s’étonnent de l’agenda à moins d’un an d’une présidentielle à haut risque. «Si on perd ces 200 000 euros maintenant, on ne les récupérera jamais.» Et à bas mot cette question : «Pourquoi prémâcher cette liquidation au RN si jamais il entre à l’Elysée en 2027 ?» Mis à jour mercredi 22 juillet avec des précisions sur les risques de retrait du soutien des mécènes. Légende photo : La Parabole du Seum de Rébecca Chaillon est programmé à partir du 26 novembre au Théâtre Public Montreuil dans le cadre du Festival d’Automne. (Marikel Lahana/Theatre Public Montreuil)
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Le spectateur de Belleville
July 22, 3:45 AM
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Critique de Boris Bastide, dans Le Monde du 22 juillet 2026 Le film, truffé d’idées et de dialogues savoureux, met en scène les préparatifs compliqués de la troupe et du personnel du théâtre parisien avant une représentation cruciale. Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/07/22/de-la-comedie-francaise-dans-les-coulisses-d-une-premiere-dejantee_6729919_3246.html
L’AVIS DU « MONDE » - A VOIR La Comédie-Française s’offre une belle vitrine. Le nouveau film signé Martin Darondeau et Bertrand Usclat, deux des cocréateurs de la série Broute, met en valeur quelques-uns des talents de l’institution théâtrale fondée en 1680. Si un certain nombre de sociétaires et de pensionnaires – Denis Podalydès, Laurent Stocker, Guillaume Gallienne, Marina Hands, Benjamin Lavernhe ou Julien Frison pour en nommer quelques-uns – s’illustrent aussi bien sur les planches que dans les salles obscures, les projets cinématographiques directement liés à la Comédie-Française sont plus rares. Outre les captations régulières de spectacles diffusées au cinéma, le réalisateur Christophe Honoré avait profité des confinements et de l’annulation des représentations d’une des pièces qu’il devait mettre en scène au Français pour filmer ses comédiens à l’arrêt dans Guermantes (2021), comédie méta jouant du trouble entre fiction et documentaire. De la Comédie-Française, Prix du public et Prix spécial du jury au dernier Festival de l’Alpe d’Huez, renoue avec ce même esprit de troupe. Le film de fiction est né au départ d’un heureux concours de circonstances : le projet de long-métrage s’est concrétisé à la faveur de travaux qui ont permis exceptionnellement de laisser libre quelques jours la salle Richelieu, ce théâtre à l’italienne situé dans le Palais-Royal à Paris. Le film permet ainsi de s’immerger dans ce lieu chargé d’histoire, de l’entrée jusqu’à la scène en passant par les coulisses, les loges, la cantine… La caméra déambule en plan-séquence dans les couloirs, suivant les déplacements des personnages. Gags réussis Construite autour d’une unité d’espace donc mais aussi de temps, la comédie est menée tambour battant, fourmillant d’idées et de dialogues savoureux. L’action se situe sur quelques heures le soir de la première de Macbeth, la toute première mise en scène de Nina Cardi (Pauline Clément) pour la Comédie-Française. On suit les préparatifs jusqu’au début de la représentation, à laquelle doit assister la ministre de la culture, marqués par une série d’incidents. Ceux-ci sont à la fois d’ordre humain et techniques. De quoi souligner le monceau de tâches que le metteur en scène doit superviser et le nombre de gens qui œuvrent derrière les rideaux pour les décors, les costumes, la lumière, le maquillage, tous propices à quelques gags réussis. Sans oublier les comédiens, sources intarissables de rebondissements. Une des interprètes principales doit être remplacée au pied levé à cause d’un retard de train ; l’ancienne gloire de la maison, Nadine Guimard (Danièle Lebrun), se prépare en fumant sa propre herbe « faite maison » ; l’acteur Antoine (Julien Frison), superstitieux, refuse que l’on prononce le nom de la pièce ou de porter du vert sur scène tandis que sa partenaire, Emilie Hamel (Marina Hands), ne cesse de lui demander de « faire une italienne » – comprendre répéter à deux, situation prétexte à des ébats clandestins… De Laurent Stocker en mari trompé à Christian Hecq en régisseur aux explications intarissables, tous les acteurs s’en donnent à cœur joie, avec beaucoup d’autodérision, pour moquer les tares humaines dans l’esprit de Molière. Mais le film met aussi en valeur l’abnégation des gens de théâtre à continuer coûte que coûte sans se soucier des drames et des peines personnelles. Ce sont ici d’abord les femmes qui ont le beau rôle. Quand le personnage de Marina Hands propose un beau plaidoyer pour la liberté d’explorer ses désirs sans remettre en cause son couple, celui de Pauline Clément incarne la difficulté de mener de front vie de mère et vie professionnelle, alternant avec brio les registres comique et dramatique. Au-delà du rire, De la Comédie-Française n’oublie jamais que le théâtre est le lieu de toutes les émotions. « De la Comédie-Française », comédie française de Martin Darondeau et Bertrand Usclat. Avec Pauline Clément, Laurent Stocker, Julien Frison et Marina Hands (1 h 12). Boris Bastide / Le Monde Légende photo : Adeline d’Hermy (Suzanne), Florence Viala (Fabienne), Pauline Clément (Nina Cardi), Marina Hands (Emilie) et Julien Frison (Antoine) dans « De la Comédie-Française », de Martin Darondeau et Bertrand Usclat. ZINC FILMS
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Le spectateur de Belleville
July 22, 3:27 AM
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Par Le Monde avec AFP - Publié le 21 juillet 2026 A la veille de l’ouverture du Festival d’Avignon, l’annonce du gel d’une partie des subventions de 28 théâtres, centres dramatiques ou encore orchestres nationaux avait provoqué l’inquiétude du monde théâtral et une forte mobilisation.
Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/07/21/spectacle-vivant-l-etat-debloque-les-credits-de-28-structures-culturelles_6728863_3246.html La somme de 10 millions d’euros de crédits de l’Etat, qui avait été gelée pour 28 structures du spectacle vivant – comme des théâtres nationaux ou des orchestres –, va finalement pouvoir « être versée au second semestre » de 2026, a fait savoir, mardi 21 juillet, l’entourage de Catherine Pégard, ministre de la culture. Ces crédits correspondent aux seconds versements d’une subvention de l’Etat qui avaient été gelés dans le cadre des efforts budgétaires demandés à chaque ministère pour 2026. Le 3 juillet, l’annonce du gel de la subvention, à hauteur d’environ 13 %, de ces 28 structures, sur tout le territoire, avait été une douche froide, à la veille de l’ouverture du Festival d’Avignon. D’après le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac), parmi les 28 établissements touchés se trouvaient douze centres dramatiques nationaux (Caen, Bordeaux, Marseille, Nanterre, Reims, Rennes, Saint-Denis, Saint-Etienne, Toulouse, Montpellier, Aubervilliers, Villeurbanne), trois scènes nationales (MC2 de Grenoble, MC93 de Bobigny, MAC de Créteil), deux théâtres parisiens (le Rond-Point et l’Athénée), sept opéras (Lyon, Strasbourg, Toulouse, Bordeaux, Nancy, Montpellier, Lyon) et quatre orchestres nationaux (Ile-de-France, Pays de la Loire, Lyon, Lille). Six milliards d’euros d’économie Une forte mobilisation s’en était suivie pour demander un « moratoire sur les coupes budgétaires » dans le spectacle vivant subventionné : interpellations d’Emmanuel Macron par de grands noms de la mise en scène dans la cour d’honneur du Palais des papes, rassemblements, assemblées générales, et pétition. La CGT Spectacle avait appelé, il y a quatre jours, à une semaine d’actions à la rentrée, avec un appel à la grève à partir du 26 septembre. « La ministre verra prochainement les acteurs du secteur culturel, les collectivités locales et les élus ainsi que les artistes pour établir ensemble une trajectoire pour l’année 2027 », a ajouté l’entourage de Catherine Pégard, interrogé par l’Agence France-Presse. En avril, le gouvernement avait annoncé que 6 milliards d’euros d’économies sur les dépenses seraient réalisés en 2026 pour compenser le coût de la guerre au Moyen-Orient lors d’un comité d’alerte des finances publiques à Bercy. Il avait ensuite détaillé les gels et les annulations de crédits. Le Monde avec AFP Légende photo : La ministre de la culture, Catherine Pegard, arrive à l’Elysée, à Paris, le 20 juillet 2026. LUDOVIC MARIN / AFP
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July 22, 3:14 AM
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Publié par Sceneweb le 21 juillet 2026 Alexis Joly et Mounir Margoum ont été engagés par Clément Hervieu-Léger, l’administrateur général de la Comédie-Française, et rejoignent la troupe. Si Alexis Joly, tout juste sorti du Conservatoire, est au début de son parcours professionnel, Mounir Margoum, qui a été son professeur, mène une solide carrière depuis plus de vingt ans. Alexis Joly est engagé à partir du 1er septembre 2026. Il jouera notamment dans Le Legs de Marivaux mis en scène par Aurélien Hamard-Padis au Studio-Théâtre à partir du 24 septembre, et dans La vie est un songe de Pedro Calderón de la Barca mise en scène par Benjamin Lazar, Salle Richelieu, à partir du 11 mars. Diplômé du Conservatoire national supérieur d’art dramatique en 2026, il se forme d’abord à Rhinocéros et au Cours Florent. Au Conservatoire il suit notamment les cours de Nada Strancar et justement de Mounir Margoum. Récemment, il a participé à la lecture de Cinna de Pierre Corneille, présentée par la Comédie-Française au Studio 104 de la Maison de la Radio et de la Musique, sous la direction artistique de Loïc Corbery, en vue d’une retransmission sur France Culture. Mounir Margoum est engagé à partir du 1er janvier 2027. Il participera à deux créations : Berlin mon garçon de Marie NDiaye mis en scène par Mariame Clément au Théâtre du Vieux-Colombier à partir du 24 février, et Les Fausses Confidences de Marivaux mises en scène par Christophe Honoré, Salle Richelieu, à partir du 3 juin. Formé au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, Mounir Margoum débute son parcours de comédien dans Titus Andronicus de William Shakespeare mis en scène en 2003 par Lukas Hemleb et Les Sacrifiées de Laurent Gaudé par Jean-Louis Martinelli. Une longue collaboration se développe avec ce dernier qui comprend plus de six spectacles dont récemment, un seul en scène, Un homme sans titre d’après Xavier Leclerc. Il travaille avec un grand nombre de metteurs et metteuses en scène, parmi lesquels, à plusieurs reprises, Arthur Nauzyciel, Nicolas Stemann, Laurent Pelly, Célie Pauthe, Justine Heynemann, Christophe Rauck, pour des spectacles présentés au Théâtre Nanterre-Amandiers, à l’Odéon Théâtre de l’Europe, dans la Cour d’honneur du palais des Papes, au Théâtre Vidy-Lausanne. 21 JUILLET 2026 D'APRÈS DOSSIER DE PRESSE ET SITE DE LA STRUCTURE
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July 16, 11:28 AM
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Par Hélène Kuttner dans Artistik Rezo, publié le 14 juillet 2026 Une histoire d’amour passion entre une concierge d’un lycée et un enseignant, un serial killer échappé de prison, un Ubu étourdi de pouvoir et de haine, un couple réfrigéré par la domination masculine ou une résidence soumise à l’avancée inquiétante de la forêt environnante et des invisibles qui y habitent ? Notre petite sélection dans le Festival Off se poursuit, faites vos choix ! Tanto Poco La comédienne Cécile Garcia-Fogel se glisse dans la peau d’une héroïne invisibilisée, une concierge en poste dans un lycée à Rome, qui soudain tombe passionnément amoureuse d’un jeune professeur de lettres. Ce qu’elle nous raconte, à la première personne, remonte à quarante ans. Aujourd’hui, la soixantaine encore fébrile, l’amoureuse reprend le fil de cette histoire incroyable, totalement platonique et secrète, qui a rempli sa vie entière. « Pourquoi m’attacher à ce garçon ? » s’interroge-t-elle, lorsque le jeune enseignant arrive pour son premier poste, sous la pluie et les cheveux trempés, son casque de scooter à la main. Elle ne fait que lui indiquer où se trouve sa salle de classe. « Dès cet instant, je me suis mise à l’aimer. » Cecile Garcia-Fogel, robe noire fluide et escarpins rétro, porte ce texte avec une délicatesse aristocratique, d’une totale simplicité et d’un naturel confondant. Elle parle et danse parfois, les chansons de Giovanna Marini, de Barbara et les comptines siciliennes emportent les cœurs avec une infinie tendresse. La comédienne nous embarque dans cette histoire écrite par le romancier Marco Lodoli, professeur lui aussi, à la manière d’une magicienne : une vie rêvée comme un fantasme, une fidélité passionnelle à toute épreuve, une existence où le sentiment amoureux, même à sens unique, a permis à une femme d’exister, d’être présente au monde qui l’entoure. C’est magnifique. Le 11. Avignon, 19h35 (relâches les vendredis) Ubu Roi Jamais la pièce de Jarry, une farce grivoise qui fit scandale à sa création en 1886, ne fut autant jouée qu’aujourd’hui. Ubu inspire les artistes, car ses clones sont légion parmi les dictateurs sans vergogne du monde entier. Jean-Marie Galey, acteur et metteur en scène, s’empare du mythe burlesque en le transposant à l’époque actuelle, faisant de ce « cloporte » au ventre bedonnant un vieillard corrompu et féroce semblable à Donald Trump, la casquette MAGA vissée sur le crâne et le rire gargantuesque. Sa femme, jouée par Teresa Ovidio, lady Macbeth, se trémousse en l’insultant grossièrement, en robe disco et en semelles à étages. Dans une boite à jeu enfantine, ces deux-là rivalisent de méchanceté et de haine, diffusant la xénophobie, le repli sur soi et la haine de l’autre sur les réseaux sociaux et célébrant en fanfare et flatulences le pouvoir surdimensionnée de l’argent. Dans cet Ubu frénétique et déjanté, le Capitaine Bordure trempe sa flagornerie stupide dans un nuage de cocaïne, le Csar de toutes les Russies, alter ego de Ras(Poutine), chasse l’ours blanc en chantant Nathalie sur la place rouge avec Gilbert Bécaud et son fils Bougrelas, geek surdoué de la toile, manipule les fake news en se défoulant comme un ado sur Fortnite. Les scènes s’enchaînent, le père de Macbeth apparaît en se trompant d’acte, les acteurs rivalisent de malice et l’esprit frondeur, enfantin et provocant de Jarry est revivifié ici grâce à cette adaptation caustique. On rit jaune ! Théâtre du Chêne Noir, 14h15 (relâches les lundis) Cold Cuts Nous sommes dans une cuisine. Ian, le mari, est assis à la table et semble préoccupé. Molly, debout et dans un état de sidération muette, est collée au réfrigérateur. Qu’a-t-elle fait pour mettre Ian dans une colère si froide ? Que lui reproche-t-il, alors qu’il l’interroge sans jamais expliquer la faute qu’elle a commise ? Dans ce dialogue vertigineux, époustouflant de vérité et de précision, l’Ecossaise Linda McLean décrit la progression et les étapes de l’emprise masculine, la domination totale, traversée d’éclats de séduction, que le mari impose en permanence à son épouse. Dans cet interrogatoire où la victime ne peut plus rien dire, le bourreau ne cesse de s’inventer des raisons de l’écraser, l’époux faisant de sa femme un objet sans vie à la merci de violences et et d’humiliation. Amandine du Rivau et Régis Lux interprètent ces deux conjoints, dans une mise en scène au cordeau, limpide comme une eau qui glace. Les scènes courtes s’enchaînent et le comédien passe d’un personnage à l’autre, le grand fils, le médecin que Molly consulte finalement, le psychothérapeute qui recueille sa parole et ses silences. Aucune violence physique n’apparait sur le plateau, mais la violence psychique, l’asservissement par le traumatisme sont sans cesse présents, grâce aux comédiens éblouissants. Lumineux et indispensable ! Le 11. Avignon, 10h45 (relâches les vendredis) La Clairière Entre conte fantastique et dystopie inquiétante, voici La Clairière, fable extralucide signée Stéphane Jaubertie et mise en scène par Jérôme Wacquiez. Dans une scénographie lumineuse de vie et de couleurs, Luce et Pierre prennent le temps de savourer leur situation de jeunes retraités dans une résidence hautement sécurisée, au milieu d’une clairière bordée par une forêt. « On est du bon côté du soleil », roucoulent-ils, comme pour signifier leur satisfaction de propriétaires nantis. Leur fille habite un appartement voisin, les relations avec les autres copropriétaires sont cordiales. Mais un matin, plus de mur ! La protection bétonnée contre la forêt, immense et inquiétante, n’est plus garantie. Pire, le chien de Perrine, la jeune fille, a disparu. Dès lors, la panique saisit tout le monde, on alerte, on s’organise, on achète des armes. Pierre se met à parler en japonais, le fantôme d’une jeune soeur réapparait, un ouvrier slovaque semble opérer une mue végétale. Depuis Shakespeare et Tchekhov, de nombreux murs se sont érigés partout dans le monde et autour de nos lieux de vie. Grâce aux sept épatants comédiens de la Compagnie Les Lucioles, ces murs se fissurent, tombent, entraînant ainsi une nouvelle attention aux autres et au monde qui nous entoure. Les secrets explosent, les langues se délient, les regards se décillent. Drôle, étrange et insaisissable, c’est une comédie très réussie sur le besoin que nous avons d’abattre nos murs intérieurs. La Factory, Théâtre de l’Oulle, 15h30 (relâches les jeudis) Roberto Zucco C’est la dernière pièce de Jean-Marie Koltès, achevée quelques mois avant sa mort, en 1989. L’auteur à l’écriture prodigieuse y raconte la folle épopée d’un prisonnier, Roberto Zucco, tueur en série italien, qui s’échappe par le toit de sa prison, commet d’autres crimes, avant d’être rattrapé et capturé par la police. Belle gueule, serial killer effronté mais doux comme un agneau, le véritable Roberto Succo, qui fit la une scandaleuse des journaux de l’époque, fascina Koltès qui en dessina une figure tutélaire, identitaire et mythique. La jeune metteuse en scène Rose Noël s’en empare avec un immense talent, entraînant dans un espace ouvert au public, sans quatrième mur, une bande de comédiens et de musiciens habités. La première scène est exemplaire, où Roberto jeune prisonnier en fuite, beau comme un ange, déboule chez sa mère en train de plier du linge. Devant nous, comme chien et chat, à même la terre, deux êtres perdus s’agrippent l’un à l’autre, comme pour mieux se retrouver et se fuir. Au fond du plateau, un choeur musical, constitué de Natalia Bacalov, voix céleste et violoncelle, et Martin Sevrin, à la guitare et comme elle à la percussion. Ils chantent en italien et en calabrais, langue et musique irriguent avec une puissance magistrale le spectacle. Zucco le schizophrène, Zucco le démon pasolinien est interprété de manière fulgurante par un comédien acrobate, animal et magnétique, Axel Granberger, qui ne cesse de se suspendre aux murs, de fuir par les coursives ou de se fondre parmi le public, le visage ensanglanté. La dernière scène, véritable lion décharné dans une cage en suspension, est poignante. Mais il faudrait tous les citer, les acteurs de ce spectacle qui portent haut la prose magnifique et violente de Koltès : Laurence Côte (la mère), Suzanne Dauthieux (la gamine), Lola Blanchard (la grande sœur), Maxime Gleizes ou Thomas Rio (le grand frère), Simon Cohen et Akrem Hamdi (les policiers), alors que Rose Noël campe la dame élégante. Un spectacle qui fera date. Théâtre du Girasole, 18h50 (relâche les mercredis) Hélène Kuttner / Artistik Rezo
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July 4, 11:40 AM
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Propos recueillis par Joëlle Gayot dans Le Monde - Publié le 4 juillet 2026 L’artiste brésilienne livre au Festival d’Avignon le troisième épisode de sa trilogie, « Uma Luz Cordial », qui explore les rapports entre l’écriture et la sexualité.
Lire l'article sur le site du "Monde" https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/07/04/carolina-bianchi-metteuse-en-scene-le-theatre-a-besoin-d-etre-l-enfer-et-le-chaos_6720677_3246.html Découverte au Festival d’Avignon en 2024, Carolina Bianchi, autrice, metteuse en scène et performeuse brésilienne, achève cet été dans la cité des Papes son exceptionnelle trilogie Cadela Força (« trilogie des chiennes ») consacrée, notamment, aux violences de genre. Après avoir abordé le viol (A Noiva e o Boa Noite Cinderela – « la mariée et bonne nuit Cendrillon »), puis la place des femmes dans l’art (The Brotherhood – « la fraternité »), la directrice du collectif Cara de Cavalo crée Uma Luz Cordial (« une lumière cordiale »). Cet ultime volet se penche sur les relations complexes entre littérature et sexualité et sur les possibles de la fiction. Vous auriez pu enchaîner les chapitres sur le thème des violences de genre. Pourquoi vous limiter à trois ? L’idée d’imaginer une histoire sans fin me plaît. Mais je suis entrée dans la forêt sombre de la création en pressentant que le dernier temps de ma trilogie serait une plongée dans la question de l’écriture. Les deux premiers volets ont mis en évidence un besoin de conclure par la révélation du grand chaos qu’est l’écriture. De quelle manière votre corps, très sollicité dans la trilogie, sera-t-il en jeu dans cette dernière partie ? Ce corps disparaît du premier volet, puisque je prends la drogue du violeur et m’endors. Puis il se réveille, tel un fantôme, dans le deuxième, pour tenter de se situer dans une histoire de l’art. Dans la dernière partie, il explose de l’intérieur. Pour écrire et exister à part entière, il a besoin d’alter ego, c’est-à-dire d’écrivaines. La poétesse américaine Emily Dickinson et la romancière brésilienne Hilda Hilst, qui seront présentes à travers leurs textes, vont permettre à mon corps de vivre l’expérience de la création. Que cherchez-vous dans leurs récits ? Ils révèlent le potentiel de violence du processus de création. La poésie est une déflagration. Elle est illumination mais aussi descente dans les profondeurs. Dans le spectacle, je veux essayer de donner la parole à quelque chose qui n’a pas de forme en suscitant une double rencontre : avec l’écriture et la sexualité. Lorsqu’elle est objet de littérature, que provoque la sexualité dans notre imaginaire ? La sexualité est un phénomène complexe pour tout le monde. On se trompe si on pense la connaître. En s’y plongeant, certains écrivains côtoient le mal de près. Ils savent restituer des obscurités que nous ne parvenons pas à déceler. La littérature est puissante et cette puissance agissante m’émeut terriblement. Finir la trilogie en mettant un pied dans la fiction était fondamental. Les traces que je veux laisser, ce sont les seuls mots de la littérature. Comment la littérature quitte-t-elle la page pour accéder à la scène ? Dans cette dernière partie, la parole est le protagoniste. Sur le plateau, le corps tremble dans un frisson de mots. Il accueille des résidus d’autres pièces, des fragments, des brouillons, des carnets, des notes. Constitué d’histoires réelles ou fictives, d’écrivains vivants ou morts, de désirs, il devient une sorte de « décharge » de forces. C’est depuis cette « décharge » que je crée. Ecrivez-vous dans l’onde de choc infinie qui semble avoir suivi le viol que vous avez subi ? La violence ne me quittera jamais. La façon dont j’énonce ce problème va s’arrêter, mais le problème ne s’arrête pas. Je suis enfant de la violence. Elle est inscrite en moi. Je suis plongée dans sa nuit. Mais je ne suis pas seulement quelqu’un qui vient du viol. Je suis née au Brésil, je vis en Europe, je suis passionnée par la littérature et la poésie, passionnée par ce que le corps peut performer au théâtre. Je veux comprendre le processus de création à partir des traumatismes, mais aussi des expériences multiples du vivant. Je ne fais pas un spectacle pour raconter uniquement mon histoire mais toutes les histoires. Mon écriture n’est pas autobiographique. Pour reprendre une définition de l’écrivaine Clarice Lispector, elle est personnelle. « Fuck Catharsis » était le mantra du premier chapitre de la trilogie. Le théâtre n’a donc, à vos yeux, pas la moindre fonction de réparation ou de consolation ? Non, non et non ! Il n’est pas là pour ça. Le théâtre ne civilise rien, ne répare rien, ne soigne rien. Il est l’antithèse de la consolation ou la réparation. Il a besoin d’être l’enfer et le chaos. Il est le lieu d’une profonde instabilité à laquelle on doit se confronter. Il est là, parmi nous, pour déstabiliser nos âmes. La création nous met à une place transformatrice. Les mots ne sont pas neutres et cette dernière partie, qui sera la plus mystique et mystérieuse, sera probablement, aussi, la plus proche de la mort. Sarah Kane, autrice anglaise que vous citiez dans « The Brotherhood », affirmait écrire pour les morts, ceux qui ne sont pas encore nés. Et vous ? A-t-on besoin d’accepter d’être mort pour écrire ? Est-ce qu’écrire, c’est regarder ce qu’un mort peut voir ? « Remonter à la surface les yeux injectés de sang », comme le disait Melville ? J’ai l’impression que j’écris avec les morts et avec ceux qui ne sont pas encore nés. Vous allez jouer, à deux reprises, l’intégrale de la trilogie. Vous resterez environ dix heures sur le plateau. Comment vous préparez-vous ? Je me prépare depuis plusieurs années en essayant de comprendre comment va se comporter mon corps. Il y aura des conséquences dues au sommeil dont je suis la proie dans la première partie. Le deuxième volet, The Brotherhood, émergera d’une fatigue qui sera une forme de résurrection. Aujourd’hui, je suis prête à aller au bout de l’aventure en sachant que l’inconnu nous attend, moi, mon équipe, le public. J’ignore ce qui va se passer. Nous le découvrirons ensemble. C’est une expérience. Une fois que je l’aurai vécue, j’aurai les mots justes pour la décrire. On vous compare souvent à l’artiste espagnole Angélica Liddell. Vous sentez-vous proche d’elle ? Je l’admire. Elle est très importante dans ma vie comme dans celle de beaucoup d’autres. Je trouve beau le fait qu’on nous compare. Il y a encore quelques années, on isolait les créatrices en ne reconnaissant pas les dynamiques qui les connectaient. Penser la proximité d’artistes femmes entre elles est une façon de penser leur généalogie. Je peux me situer dans une lignée de performeuses ou d’écrivaines sans que ça altère la personnalité de mes propres travaux. Même si nous composons nos univers avec nos propres idées, nos outils, nos expériences, nous nous sentons moins seules lorsqu’un fil nous relie. Uma Luz Cordial. Texte et mise en scène de Carolina Bianchi. Avec Rodrigo Andreolli, Larissa Ballarotti, Carolina Bianchi, Lucas Delfino, Joana Ferraz, Flow Kountouriotis, Fernanda Libman, Amanda Lyra, Danielli Mendes, Carolina Mendonça. Opéra Grand Avignon, les 4, 5, 6 juillet à 17 heures, le 7 juillet à 17 heures et 22 heures. Durée : 2 h 30. Propos recueillis par Joëlle Gayot / Le Monde Légende photo : Carolina Bianchi dans « The Brotherhood », deuxième volet de la trilogie, en 2025. MAYRA AZZI
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Critique de Jean-Pierre Han pour le site de la revue Frictions, publié le 28 août 2026 Chapeau vissé sur le crâne, costume noir cintré sur le corps, cravate serrée au cou, regard perdu vers on ne sait quel horizon, les photos de Kafka ne manquent pas – elles finiraient presque par ressembler aux dessins, tracés en noir eux aussi – qu’il a pu réaliser, détaillant des personnages dans des postures quasi acrobatiques. Toutes ces images avalisent le sentiment que le commun des mortels semble avoir de l’auteur pragois, un sentiment qui colle à la définition que l’adjectif – kafkaïen – tiré de son nom semble induire, et qui en fait réduit considérablement le spectre de son œuvre. Bernard Bloch qui, lui, connaît bien son Kafka a décidé de nous faire un portrait quelque peu décalé de l’auteur, le sortant avec grand plaisir de sa gangue purement et uniquement « kafkaïenne » ! Le voici donc, seul en scène, en costume beige rayé, chemise, pochette et chaussures rouges, maquillé, yeux faits, lèvres peintes pour nous emmener – on l’en remercie vivement – vers un autre aspect trop souvent négligé du cher Franz. Pas de doute : nous sommes dans une sorte de cabaret, Bernard Bloch nous y invite allègrement, et déjà à ce stade il y a une réelle pertinence de son propos : quelques cubes de différentes tailles, une grosse caisse à cour dont il usera avec délicatesse, comme en passant, mais néanmoins en ponctuant certains propos, et quelques petites figures de personnages mécaniques, voilà pour tout décor et accessoires. Au noir des thèmes de Kafka, Bernard Bloch oppose délibérément la lumière et les couleurs. Il a été chercher dans les nombreux textes, récits et autres « fragments narratifs » sept petites merveilles de subtilité et de délicatesse, le tout teinté d’un humour discret mais réel, de quoi nous rappeler que même dans sa trilogie romanesque ou ses plus longues nouvelles Kafka sait faire preuve d’un certain humour voire d’un réel comique. De quoi rendre son rapport au monde (le nôtre aussi pour le coup) beaucoup plus riche et complexe qu’il n’y paraît.
Chef d’orchestre, bateleur, Bernard Bloch, mène le voyage, quasiment mezzo voce, une sorte de discrétion de bon aloi. Pas besoin de grands discours ou de grandes déclarations, et d’ailleurs, en matière de prologue il a lui-même mis la main à la pâte, dans la même tonalité, pour nous déclarer qu’il fait partie de cette humanité « à l’envers », tête en bas, de l’autre côté de la planète… Et ça a beau être drôle comme dans Le grand nageur, où le protagoniste, médaillé olympique, nous explique qu’il ne sait pas nager et se confesse dans une langue que son auditoire de saurait comprendre, lui-même ne comprenant rien à la cérémonie organisée en son honneur. Délicate douceur comme le personnage du Virtuose de la faim en discrète extinction de vie… Le choix même des courtes nouvelles, parfois entrecoupées de chansons populaires et de Der König von Thule de Goethe, se révèle… parlant et dit bien le registre dans lequel se glisse Bernard Bloch qui réalise là une belle et forte performance. Jean-Pierre Han / Frictions Photo : © DR
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Le spectateur de Belleville
August 25, 9:09 AM
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Par Mathieu Macheret dans Le Monde - le 24 août 2026 « Duos de cinéma » (1/5). Depuis le film « Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait » (2020), le comédien éruptif injecte sa verve éraillée dans les fines combinaisons sentimentales du réalisateur. Lire l'article sur le site du Monde : https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2026/08/24/entre-le-cineaste-emmanuel-mouret-et-l-acteur-vincent-macaigne-l-amour-de-la-langue-en-partage_6754850_3451060.html
On peut dire qu’ils se sont trouvés en cours de route. Quand Vincent Macaigne fait irruption dans le cinéma d’Emmanuel Mouret, avec Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait (2020), leurs trajectoires sont déjà bien engagées – le premier a alors 42 ans, le second 50, tous deux sont nés dans les années 1970. Le compagnonnage s’est poursuivi avec Chronique d’une liaison passagère (2022), puis Trois amies (2024). Le comédien éruptif est venu injecter sa verve éraillée dans ces fines combinaisons sentimentales, tandis que le cinéaste amorçait avec lui un virage plus sombre. On profite d’une brève escale de l’acteur à Paris, en juin, pour les réunir dans un café central, non loin du lieu où Emmanuel Mouret fignole le montage de son dernier film. Sous la chaleur galopante du début d’été parisien, les deux hommes semblent reprendre la conversation là où ils l’avaient laissée. Leur première rencontre, qui remonte à 2018, au festival Cinemania à Montréal (Québec), a déjà une couleur rocambolesque. « C’est ce fameux voyage où j’ai perdu 12 000 euros dans un taxi !, s’exclame Vincent Macaigne. Il y a eu une erreur, j’étais hyper mal. » Emmanuel Mouret rebondit : « Je me rappelle que tu ratais pas mal d’événements pour mener ton enquête et retrouver la trace du taxi. Tu avais même failli écrire un scénario sur le sujet ! » Comme souvent chez eux, le réel trébuche déjà vers la fiction. « Je rencontrais Vincent pour une lecture en vue de Chronique d’une liaison passagère, recontextualise le cinéaste. Finalement, le film ne s’est pas fait tout de suite, mais j’ai gardé le souvenir de cette lecture. Quelque chose m’avait frappé : je n’ai jamais eu une indication ou une direction de jeu à donner à Vincent, qui restitue de lui-même bien plus que le texte. » Vincent Macaigne, lui, se souvient parfaitement de ce qu’il a ressenti lors de ses premiers pas chez Mouret. « Arriver sur un plateau d’Emmanuel, c’est arriver dans une famille déjà constituée, pose-t-il. Ce sont des gens qui se connaissent très bien. Mais ce n’est pas une famille qualifiée par le travail – c’est presque l’inverse. Quand on est acteur, on va de film en film, et la famille d’Emmanuel est comme un monde, un village accueillant, dans lequel on se sent immédiatement en sécurité. » Mouret reconnaît l’aisance qu’a l’acteur à se fondre dans son dispositif, et même une capacité d’abandon. « C’est vrai qu’il faut avoir cette confiance, reconnaît le réalisateur, se laisser aller dans les indications, dans l’ambiance, dans quelque chose qui se découvre au fur et à mesure. D’autres acteurs, et de très grands, présentent plus de résistance. Le cinéaste est comme un sculpteur : les comédiens lui offrent une matière plus ou moins malléable. » Dialogues millimétrés Tandis que Vincent Macaigne, entré au Conservatoire en 1999, imposait au théâtre ses mises en scène furieuses – Idiot ! (Parce que nous aurions dû nous aimer) créé en 2009 et repris en 2014 ; Au moins j’aurai laissé un beau cadavre en 2011 –, Emmanuel Mouret, passé par la Fémis, poursuivait au cinéma son patient travail de réinvention de la comédie classique (Laissons Lucie faire !, 2000). « Tu m’avais dit ceci, rappelle le cinéaste au comédien : “Ce qui est drôle, c’est que moi je fais des mises en scène très violentes, mais, au fond, c’est quelque chose de doux qui est raconté. Et toi, tes films sont très doux en surface, mais, au fond, ont toujours quelque chose de violent.” » Les deux artistes se sont rejoints à l’endroit du paradoxe. Vincent Macaigne s’est donc familiarisé avec un cinéma de la parole, cette langue « mouretienne » aux dialogues millimétrés. « Travailler avec Emmanuel, c’est une expérience qui a ceci en commun avec le théâtre : il faut d’abord apprendre son texte, affirme-t-il. Je me souviens d’une expression qui m’avait marqué au Conservatoire. Après un travail sur Peter Handke, un ami me dit : “Vous avez mangé Peter Handke !” dans le sens où l’on parlait sa langue. Ça m’est resté, et c’est ce qu’il faut faire chez Emmanuel : manger la langue. Plus on apprend, plus on répète le texte, plus on comprend l’émotion. » Le réalisateur abonde. « Savoir son texte, c’est plus que le savoir, résume-t-il. Dire le texte, c’est presque déjà tout. Je trouve que ce n’est pas assez enseigné. On insiste parfois trop sur la volonté de jouer, sur les intentions, alors qu’à les dire, les choses viennent presque toutes seules. » « On reproche parfois à mes films d’être bavards, rebondit de lui-même le cinéaste. Mais dire, c’est faire. La parole, c’est de l’action. » « Tu peux rendre fou quelqu’un, déclencher une guerre, simplement en disant quelque chose », remarque, à son tour, le comédien. « Il y a toujours des fantômes » Pour Emmanuel Mouret, le cinéma se joue dans les interstices : dans ce que l’image ne montre pas, ou ce que les êtres taisent. « Ce qui me touche, c’est la retenue, confie-t-il. Notre drame, en tant qu’animaux sociaux, c’est de devoir nous retenir. Au cinéma, il y a parfois cette idée de vouloir exprimer, mettre ses tripes sur la table. Mais, pour moi, c’est presque le contraire d’une tension dramatique. Ce qui est beau, c’est ce qui se contient. » Vincent Macaigne, qui jouait le rôle d’un mort dans Trois amies, reconnaît le ferment de mélancolie qui le touche tant dans ses films. « Il y a toujours des fantômes chez Emmanuel, dit-il. Des amours passées, des rêves, ou des choses qui auraient pu être. Des possibilités perdues. » Plus la conversation avance, plus les relances ou les questions deviennent inutiles. L’acteur et le réalisateur se livrent à une sorte de retour sur leurs expériences respectives. « Au théâtre, l’enjeu n’est pas seulement de bien jouer, mais de le reproduire tous les soirs. Au cinéma, il faut enregistrer rapidement un maximum d’informations pour réussir ensuite à en dégager du réel », théorise Macaigne. « Ce qui est intéressant chez nous nous échappe, lui répond Mouret. Finalement, c’est la mécanique qui permet la grâce. » Macaigne acquiesce : « Etre mécanisé n’enlève pas la liberté. Et l’inverse aussi : être dégagé de toute contrainte ne rend pas forcément libre. » Comment dire ? Comment taire ? Entre le cinéaste et son interprète, la langue est davantage qu’un texte à réciter : le lieu d’une conversation ininterrompue qui tend naturellement vers le prochain film. Légende photo : Vincent Macaigne et Emmanuel Mouret sur le tournage de « Chronique d’une liaison passagère », en 2022. PASCAL CHANTIER
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Le spectateur de Belleville
August 19, 1:30 PM
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Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 19 août 2026 « Anatomie d’un monologue » (3/7). A 80 ans, le sociétaire de la Comédie-Française a incarné, au printemps, le père de Rodrigue dans une mise en scène de Denis Podalydès.
Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2026/08/19/la-plainte-de-don-diegue-dans-le-cid-jouee-par-didier-sandre-il-est-affaibli-mais-il-se-tient-droit_6749461_3451060.html
Acte I, scène 4 : « Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie !/ N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?/ Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers,/ Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?/ Mon bras, qu’avec respect toute l’Espagne admire,/ Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire,/ Tant de fois affermi le trône de son roi,/ Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ? » : plus les consonnes claquent, plus la plainte de Don Diègue gagne de l’altitude. Au printemps, Denis Podalydès met en scène avec la troupe de la Comédie-Française Le Cid, tragi-comédie de Corneille, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, à Paris. Le visage blême, Didier Sandre a la mine défaite des vaincus. Le comédien incarne le père de Rodrigue et gouverneur du prince de Castille qu’un duel à l’épée vient de jeter à terre. Humilié par son rival, Don Gomès, comte de Gormas, le père de Chimène, Don Diègue n’a plus la force de combattre. C’est à son fils que va échoir le soin de le venger. A 80 ans (il est né le 17 août 1946), Didier Sandre savoure son plaisir : « J’arrive dans un temps de ma vie où je peux avoir affaire, comme Don Diègue, à l’usure du corps. Il existe peu de rôles d’hommes vieillissants qui ont une telle envergure. » En vérité, rien ne dit que le personnage soit un octogénaire, Corneille ne le précise pas, et, en 1637 (année de la première représentation de la pièce), même un quinquagénaire pouvait avoir l’air cacochyme. « Les autres personnages décrivent Don Diègue comme s’il s’agissait d’un homme à la ramasse. J’en ai ri. J’ai proposé de le jouer en fauteuil roulant ! » « Un homme blessé » Le gouverneur, quel que soit son âge, est celui qui doit passer la main à la génération suivante. Quitte, pour ce faire, à sacrifier son fils Rodrigue à l’unique bien qu’il possède encore : l’honneur. « Pour me préparer, j’ai beaucoup regardé Robert De Niro et Al Pacino dans Le Parrain, le film de Coppola, raconte Didier Sandre, je me suis aussi inspiré de ces militaires retraités que l’on peut voir à la télévision. Ils sont tirés à quatre épingles. Mon héros leur ressemble. Il est affaibli mais il se tient droit. » Le comédien, sociétaire de la Comédie-Française, entretient sa forme physique. Il court sur un tapis pour ne pas perdre sa capacité respiratoire. Regard bleu pétillant, mèches blanches en bataille, silhouette d’adolescent, il n’a pas vraiment composé pour les besoins du rôle. « Si j’avais quinze ans de moins, j’aurais sans doute accentué les signes de la décrépitude. Aujourd’hui, je n’ai pas besoin de les mimer. Je peux jouer tel que je suis. » A son metteur en scène qui lui suggérait : « Marche de long en large », il a opposé une fin de non-recevoir. Il se méfie des numéros d’acteur : « J’avais envie de rester un homme blessé. Je n’ai jamais aimé les grandes envolées, je n’en ai ni le goût ni le talent. » « Je me parle à moi-même » Didier Sandre a de la bouteille. Cinquante ans de vie théâtrale derrière lui. Une expérience qui lui permet d’éviter les pièges tendus par Le Cid : la mélodie des vers, la charge fédératrice d’un monologue espéré par le public sont autant d’appels à se faire valoir. Même si sa tirade est une « petite pièce » dans la « grande pièce », l’acteur ne cabotine pas. Pas question, assure-t-il, de se laisser embarquer par la musique de l’alexandrin ou de céder à une diction ronflante. « Don Diègue vient de subir un choc. En tant que comédien, je n’ai pas le temps de me ronger les sangs. Je dois basculer de la puissance à la reddition, de la colère au renoncement. » Le père de Rodrigue lui est proche. C’est un double. Un frère d’armes dont il connaît les tourments. « Lorsque je prononce ses mots, “Ô cruel souvenir de ma gloire passée,/ Œuvre de tant de jours en un jour effacée”, je me parle à moi-même. Je touche du doigt le fait que j’ai beaucoup travaillé mais que mon travail est une construction qui peut s’écrouler du jour au lendemain. Je n’essaie pas de raconter ma vie à travers les rôles mais j’engage des émotions personnelles qui permettent d’établir le lien avec le spectateur. » Sur la scène de la Porte-Saint-Martin, face au fougueux Rodrigue incarné par Benjamin Lavernhe, Didier Sandre n’a pu s’empêcher de penser à un autre Rodrigue. Celui qu’il avait joué, en 1987, sous la direction d’Antoine Vitez (1930-1990). Le héros du Soulier de satin (1929), de Paul Claudel. Ce personnage démesuré, « le rôle de ma vie », avoue-t-il, a traversé, fantôme parmi les fantômes, l’espace où Don Diègue proférait l’une des plus somptueuses, définitives et inoubliables répliques du Cid : « Va, cours, vole et nous venge. » Joëlle Gayot / Le Monde Légende photo : Christian Gonon (Don Gomès) et Didier Sandre (Don Diègue) dans « Le Cid », de Corneille, mis en scène par Denis Podalydès, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, à Paris, le 21 mars 2026. JEAN-LOUIS FERNANDEZ/COMÉDIE-FRANÇAISE
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Le spectateur de Belleville
August 6, 12:37 PM
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Par Sandrine Blanchard (Avignon, envoyée spéciale) du Monde, publié le 6 juillet 2026 Thriller psychologique, le spectacle de la dramaturge, présenté lors de la journée d’ouverture du Festival, interroge le regard de notre société sur la mort.
Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/07/06/festival-d-avignon-l-hors-presence-de-tiphaine-raffier-un-huis-clos-puissant-sur-la-fin-de-vie_6721198_3246.html?srsltid=AfmBOopNweHEnseJZGEAkXI8639pmBsu031pV43PpVj8zDDKxeubCbxa
Dans sa maison près d’un petit village, Laure est en phase terminale de cancer. Elle n’a pas l’âge de mourir, mais une méchante mutation génétique familiale a fait son œuvre. Autour de cette passionnée de fossiles qui tient au fond de sa main, tel un talisman, une ammonite, ses deux frères et sa sœur tentent d’organiser sa fin de vie. A priori, tout semble planifié. Cette enseignante a refusé de rester en chambre d’hôpital pour finir ses jours chez elle, a rédigé ses directives anticipées, a établi un « calendrier » et a même commandé deux urnes funéraires. Mais peut-on, en toute indépendance, établir un plan pour mourir ? Comment la famille peut-elle accompagner au mieux une proche mourante ? Comment, comme le résume Laure à son entourage, « supporter ces douleurs et vous, ce spectacle » ? Avec L’Hors-présence ou Chimères du pays de Morsan, Tiphaine Raffier a offert, lors de la journée d’ouverture du Festival d’Avignon, samedi 4 juillet, une nouvelle création d’une humanité puissante et d’une actualité brûlante : après un très long parcours parlementaire, un vote final de l’Assemblée nationale en faveur d’une loi créant un droit à l’aide à mourir pour des patients atteints d’une affection grave et incurable est prévu le 15 juillet. « L’idée de cette pièce est née d’une colère. Mais, à mesure que je me suis informée sur ce sujet, que j’ai lu, écouté, cette colère s’est patinée de doutes, de nuances et de questionnements, explique l’autrice et metteuse en scène dans la feuille de salle. Pour ma part, je suis favorable à l’aide active à mourir, mais je comprends parfaitement que cela fasse débat, compte tenu de la complexité de chaque situation. » C’est là toute la force de ce spectacle : questionner les différents points de vue, interroger le regard de notre société sur la mort, décrire comment les derniers instants mettent « hors présence » au monde les mourants, mais aussi les vivants qui les entourent. Pour raconter l’histoire de Laure et de sa famille, Tiphaine Raffier nous plonge dans le huis clos d’un salon-cuisine fermé par une grande baie vitrée. Dans cet intérieur où les photos des jours heureux recouvrent la porte du frigo, la malade navigue entre sa chaise roulante et son lit médicalisé. Face à l’inéluctable, chacun réagit à sa manière : Suzanna, la sœur aînée (interprétée avec une sincérité bluffante par Catherine Mestoussis), se fait aide à domicile, prépare les repas familiaux et s’inquiète sans cesse du manque d’appétit de Laure. Parfaite sonorisation Soren, le grand frère (lumineux Thomas Gonzalez, les nerfs à fleur de peau), lui lit chaque soir, chronomètre autour du cou, des pages de La Montagne magique, de Thomas Mann. Il refuse les faux-semblants et s’accroche aux problèmes concrets. Simon, le plus jeune frère (touchant Adrien Rouyard), semble d’abord dépassé par la situation, avant de s’opposer au choix de sa sœur – accepté par Suzanna et Soren – d’être euthanasiée. Grâce à une parfaite sonorisation, le spectateur est comme un voyeur qui capte tout ce qui se dit, se crie ou se murmure. Au-dessus du salon-cuisine, le toit de la maison est un large écran projetant, en gros plans, l’histoire en direct. Tout le quotidien et toutes les étapes physiques, psychiques et médicales de la fin de vie sont abordés. Mais aussi toutes les disputes, les erreurs, les peurs et les rires qu’elle engendre. Pour autant, il ne s’agit ni d’un spectacle documentaire, ni d’un plaidoyer pour une cause. L’Hors-présence relève davantage d’un thriller psychologique éclairant les contradictions, les dilemmes et les vulnérabilités de chacun des personnages face à la complexité de la « phase terminale ». Tiphaine Raffier a ajouté, comme pour transcender la tragédie, une touche de conte (le mythe d’Argos, géant aux cent yeux qui voit tout, ainsi que des références à l’ouvrage de 1932 La Fontaine des lunatiques, d’André de Richaud), pas forcément nécessaire car insuffisamment lisible. Les deux heures trente de spectacle sont d’une rare densité. Sur scène et dans la salle, le temps est comme suspendu. En trois chapitres (« L’hors-champ », « L’hors-la-loi », « L’hors-jeu »), l’émotion pousse sans cesse à la réflexion. Certaines scènes, comme la dispute entre les frères et sœurs sur ce qui relève ou pas de l’invivable, ou le contenu de la lettre de Laure sur sa volonté de maîtriser sa mort, prennent aux tripes. « Qu’est-ce qu’il y a à comprendre dans le spectacle d’une cancéreuse ? », rétorque Laure (remarquable Edith Mérieau) à une voisine qui épie ses faits et gestes depuis des semaines. Son œil, c’est notre œil à tous face au tabou de la mort. Après France-fantôme (2017) et La Réponse des hommes (2020), Tiphaine Raffier signe un nouveau spectacle passionnant et poignant, qui met avec justesse et précision une affaire privée dans le domaine public. Et dont le final (que nous ne dévoilerons pas) est inoubliable. L’Hors-présence ou Chimères du pays de Morsan, écrit et mis en scène par Tiphaine Raffier, avec Emma Bolcato, Teddy Chawa, Thomas Gonzalez, Paula Luna, Edith Mérieau, Catherine Mestoussis, Thierry Paret et Adrien Rouyard. A La FabricA, à Avignon, jusqu’au 10 juillet à 11 heures. Puis en tournée du 23 septembre au 10 octobre au Théâtre des Amandiers, à Nanterre ; le 14 octobre à Châteauroux ; du 3 au 5 novembre à La Comédie de Saint-Etienne ; les 17 et 18 novembre à La Comédie de Clermont-Ferrand ; les 25 et 26 novembre à La Comédie de Valence ; du 1er au 5 décembre au TNP de Villeurbanne (Métropole de Lyon). Sandrine Blanchard (Avignon, envoyée spéciale) Légende photo : « L’Hors-présence ou Chimères du pays de Morsan », mis en scène par Tiphaine Raffier, à La FabricA, au Festival d’Avignon, le 3 juillet 2026. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE/FESTIVAL D’AVIGNON
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July 25, 4:26 AM
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Par Sandrine Blanchard (Avignon, envoyée spéciale), Rosita Boisseau (Avignon, envoyée spéciale) et Joëlle Gayot (Avignon, envoyée spéciale) - Publié dans Le Monde le 25 juillet 2026 La 80e édition de la manifestation, qui s’est distinguée par des créations à la tonalité anxiogène et des formats audacieux, a traversé la canicule et la mobilisation sociale contre les coupes budgétaires, affichant un taux de remplissage de 92 %.
Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/07/25/le-festival-d-avignon-malgre-son-affiche-sombre-se-clot-sur-une-note-optimiste_6731751_3246.html
Le 80e Festival d’Avignon s’achève samedi 25 juillet sous une température normalement estivale, avec une bonne nouvelle pour le service public (le ministère de la culture ayant finalement renoncé au gel de certaines subventions) et des chiffres encourageants. Ainsi, malgré l’éprouvante canicule des premières semaines, malgré la Coupe du monde de football, et parce que la mobilisation contre les restrictions budgétaires n’a pas entraîné de grève (elle a pris la forme de rassemblements et de pétitions), le Festival a tenu bon. Les 47 spectacles à l’affiche (dont 30 créations) ont cumulé, à la date du 23 juillet, 123 000 billets, et le taux de remplissage s’établit à environ 92 % (contre 98 % en 2025). Si le Festival attire un public venu de la France entière, il compte 30 % de spectateurs issus du territoire local et 15 % en provenance de l’international. Parmi les questions placardées dans chaque lieu de cette édition, l’une d’elles s’est très vite imposée dans les rues surchauffées de la cité des Papes : la crise climatique empêchera-t-elle, dans un futur proche, la tenue des festivals d’été ? La rumeur s’est propagée d’un rendez-vous avignonnais décalé à Pâques ou à la Toussaint. A tel point qu’elle a nécessité un démenti de la direction. « Pour l’heure, le déplacement des dates n’est pas d’actualité », a répondu Tiago Rodrigues. Pour lui, l’héritage de Jean Vilar (1912-1971), attaché à un festival pendant les congés payés et les vacances scolaires d’été, afin d’être accessible au plus grand nombre, doit impérativement perdurer. Signe des temps, son équipe comporte désormais un groupe « chaleur ». Clémentine Aubry, directrice déléguée, a détaillé les mesures prises : des salles climatisées, des représentations programmées aux heures les moins chaudes et des horaires de travail adaptés pour protéger les équipes techniques qui montent et démontent décors et projecteurs. Peu de légèreté à l’horizon Mais les risques d’incendie sont venus compliquer l’équation. Trois représentations ont dû être annulées à la Carrière de Boulbon sur ordre préfectoral. Là encore, pas question de remettre en cause ce lieu emblématique situé à 15 kilomètres des remparts et pouvant accueillir 1 200 spectateurs. « Boulbon est dans le code génétique du Festival », résume Tiago Rodrigues, qui s’est battu pour sa réouverture en 2023. Sur le plan artistique, la tonalité de cette 80e édition a parfois été si anxiogène que le Festival a pu ressembler à un requiem crépusculaire. Le dérèglement climatique, l’essor de l’Intelligence artificielle, les tentations individuelles et/ou collectives pour le fascisme ou encore les violences infligées aux minorités : de salle en salle, les créateurs ont tendu une corde inquiète au-dessus d’un monde préoccupant, où les raisons de se réjouir deviennent rares. Peu de légèreté à l’horizon : excepté la cavalcade moliéresque du groupe belge tg STAN (1,2,3 Poquelin) dans une Carrière de Boulbon surdimensionnée pour le projet, et le récit plein de tendresse et d’humour des frères Gremaud (Mon frère), la joie de vivre et les occasions de rire se sont comptées sur les doigts d’une main. En revanche, une génération d’autrices et de metteuses en scène (majoritaires cette année, a spécifié Tiago Rodrigues) a donné de l’ampleur aux angoisses du présent et aux incertitudes de l’avenir. Les thèmes abordés ? La fin de vie, avec Tiphaine Raffier (L’Hors-Présence), les victimes de grossophobie avec Rébecca Chaillon (La Parabole du Seum), les sexualités déviantes avec Carolina Bianchi (Uma Luz Cordial), l’homme augmenté et déshumanisé avec Marion Siéfert (Bunker), l’éthique soumise à rude épreuve avec Christiane Jatahy (Un procès). Mises en scène avec des bonheurs inégaux, ces représentations se sont inscrites dans l’ombre portée du spectacle d’ouverture de la Cour d’honneur. Conçu par Julien Gosselin, Maldoror, adapté de Lautréamont et de Roberto Bolaño, a déployé avec puissance et démesure une vision noire des écrivains qui pactisent avec les forces du mal. Sensation forte du Festival d’Avignon 2026, Maldoror et son impressionnant dispositif scénique répondent à un désir louable de Tiago Rodrigues : soutenir la liberté de création à grande échelle. La vitalité du théâtre exige, selon lui, de ne pas se replier sur des formats passe-partout et des propos consensuels. Pari en partie relevé grâce à l’irrévérence de certains artistes qui, délaissant les narrations classiques, ont pris le risque de bousculer les formes orthodoxes des représentations. « Dissensus » Du fabuleux théâtre à l’os de Gwenaël Morin (Le deuil sied à Electre) à la mise en scène décoiffante et (ou) déroutante du collectif britannique Forced Entertainment (Everything Must Go), la radicalité a généré coups de cœur ou grandes déceptions. Entre les deux, peu de demi-mesures, peu de tiédeur. Avignon, c’est aussi le lieu où flambent les discussions pour et contre. A l’heure du bilan, Tiago Rodrigues a prononcé à plusieurs reprises le mot « dissensus ». Il le défend et le revendique au nom de la nécessité du débat. Dans une société de plus en plus clivée, le Festival assume plus que jamais « une diversité de formes et d’esthétiques », à la fois reflet de la diversité des visions du monde et « fonction essentielle du service public de la culture pour permettre de faire naître les rêves des artistes et d’élargir les publics ». A Avignon, « on débat pour ne pas se battre », a résumé le directeur dans une formule efficace. L’invitation du Festival à une langue étrangère participe de l’élargissement des publics en lui permettant de rayonner au-delà des frontières hexagonales. Star de l’édition 2026, la Corée du Sud a su se frayer un chemin parmi la cinquantaine de propositions. Lee Jaram, chanteuse de pansori exceptionnelle, a impressionné. Jaha Koo, qui hybride vidéo, musique et robotique, a imposé sa singularité en trois spectacles mélancoliques mais percutants. Deux temps forts consacrés par Daria Deflorian et Julie Deliquet au récit Impossibles Adieux, de l’écrivaine Prix Nobel de littérature 2024 Han Kang, ont permis de découvrir les traumatismes encore vifs de la Corée du Sud. Apport majeur de l’art du cirque Le cirque en finale du festival dans la Cour d’honneur du Palais des papes a été l’un des coups d’éclat magnifique de cette 80e édition. Pour la première fois, une troupe de premier plan de ce mouvement de fond de la scène contemporaine, le Collectif XY, a été invitée dans le lieu emblématique avec son spectacle Le Pas du monde. Parallèlement, la présence d’une autre figure imparable, celle de Johann Le Guillerm, à travers une expo et un solo, a souligné l’apport majeur de l’art du cirque trop longtemps tenu dans la marge. Ce parti pris affirmé a néanmoins été tempéré par la présence de chorégraphes très repérés et souvent programmés à Avignon comme Mathilde Monnier, qui a signé avec Silence un concert dansé ajusté avec la musicienne Lucie Antunes, et Boris Charmatz en tournée avec son solo Muette. Le Britannique Ben Duke était présenté pour la première fois. La nouvelle génération, avec Madeleine Fournier et Katerina Andreou, a également profité de la surexposition qu’est Avignon. Etonnant d’optimisme, Tiago Rodrigues promet « un énorme festival » pour célébrer en 2027 le 80e anniversaire d’une manifestation fondée en 1947. Et ce, malgré l’incertitude du contexte économique et politique. Il dit « faire confiance à la lucidité démocratique des Français », vit dans l’espoir d’un échec de l’extrême droite et d’un budget culture sanctuarisé. En juillet 2027, Avignon multipliera les « cadeaux » pour offrir « une fête démocratique et de découvertes artistiques. Ce sera une preuve de vie du service public de la culture », martèle-t-il comme pour conjurer le mauvais sort. Rien n’a filtré de la future programmation, elle sera dévoilée en avril 2027. Avant ou après le premier tour de la présidentielle ? Sandrine Blanchard, Rosita Boisseau et Joëlle Gayot, envoyées spéciales du Monde Légende photo : Répétition de « Maldoror », mis en scène par Julien Gosselin, dans la Cour d’honneur du Palais des papes, au Festival d’Avignon, le 28 juin 2026. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE/FESTIVAL D’AVIGNON
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July 25, 3:54 AM
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Par les envoyés spéciaux de Libération : Sonya Faure - Nina Lacour - Elisabeth Franck-Dumas - Anne Diatkine Publié le 24 juillet 2026 Et enfin, ce vendredi : Trajal Harrell qui joue sa «Music Music» intérieure, un «Pas du monde» de toute portée et Dominique de Villepin qui ferme le rideau. C’est fou ce qu’on aura vu comme trous de mémoire cette année à Avignon. Pas de vrais oublis de texte – encore que dans l’excellent le Deuil sied à Electre de Gwenaël Morin, les acteurs se tournent parfois vers un camarade («Texte !») qui, la pièce à la main, leur souffle leur réplique au vu et au su du public. Non, on pense plutôt à toutes ces pièces comblant l’oubli collectif autour d’un massacre tu en Corée du Sud (Island Story, Che dolore terribile è l’amore, Oiseau), aux quêtes identitaires pour retrouver le fil d’Ariane des souvenirs familiaux enfouis (Thésée, sa vie nouvelle de Valérie Dréville). Mais aussi à tous ces personnages frappés de troubles de la parole, de démence et d’alzheimer – et qui parfois font semblant, comme cette vieille femme oubliant opportunément son admiration pour Hitler cinquante ans plus tôt dans Maldoror. Quand Laure, jeune femme atteinte d’un cancer dans l’Hors-Présence de Tiphaine Raffier, ne trouve plus le nom du fossile qui pourtant la passionnait tant, elle perd du même coup aux yeux des soignants le statut de personne en pleine possession de ses moyens et le droit de mourir comme elle l’entend. C’est aussi la grand-mère de Jaha Koo qui perd la mémoire comme le théâtre coréen a perdu la sienne en délaissant ses traditions au profit des textes occidentaux (The History of Korean Western Theatre). C’est encore cette jeune femme qui s’oblige à ranger ses souvenirs dans les pièces d’une maison imaginaire pour ne pas les perdre définitivement (Capra), c’est enfin cet ultrariche qui, à trop vouloir performer, en perd l’usage du langage (Bunker de Marion Siéfert). Alors pour ne rien oublier des moments forts (et des plus faibles) de cette 80e édition du festival d’Avignon, l’équipe théâtre de Libé vous livre un tout dernier journal de bord et le bilan de trois semaines de festival – chaudes, à tous les sens du terme. «Music Music» de Trajal Harrell. Entre voguing, fado et butô, le chorégraphe et danseur américain déploie toute sa vulnérabilité au cloître des Carmes dans une performance drôle et intime. L’un des spectacles les plus poignants de cette édition. Lire notre critique. On aime : «Le Pas du monde» du Collectif XY. Spécialistes du porté acrobatique, les circassiens présentent une formidable création qui questionne la relation de l’humain à la nature en un continuum de tableaux où, entre hybridations et métamorphoses, transparaissent, ici les ondulations de vagues, là, l’épanouissement de fleurs.Retrouver notre reportage. Le big bilan : Un festival dans les règles de l’ardent : au terme d’une 80e édition marquée par des spectacles sombres et parfois quelques joyeuses pépites, «Libé» fait le bilan : des budgets asséchés, des récits sous insolation, des spectateurs dans le feu de l’action. L’intégralité de notre article est à lire ici. L'interview fournaise : Francesca Corona : «On ne se rend pas assez compte à quel point la vitalité artistique d’un pays est fragile.» Croisée à Avignon, l’Italienne raconte son lien avec l’événement et le théâtre mais aussi ses craintes sur l’avenir de la culture, elle dont le pays natal, sous Meloni, procède à une destruction massive des espaces artistiques. Lire l’intégralité de notre interview. L’actu Dernière personnalité politique à se prêter au jeu, Dominique de Villepin a décliné ses propositions pour la culture face à la journaliste Marie Sorbier et à l’invitation du festival off d’Avignon, en tant que «candidat non déclaré» à l’élection présidentielle de 2027, mais «très déterminé» (malgré sa difficulté à réunir les 500 signatures nécessaires). Bien conscient de la crise de la diffusion qui touche le secteur du spectacle vivant, il a évoqué la possibilité de créer un fonds national de la diffusion sur le modèle de l’avance sur recette distribuée par le CNC. Il viserait à aider financièrement la tournée d’un spectacle et c’est seulement si cette dernière est bénéficiaire que la structure aurait à rembourser la somme avancée, si elle ne l’est pas, le montant devient une subvention. L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, qui s’est par ailleurs dit «très attaché au statut de l’intermittence», propose d’en élargir le système en créant un statut d’artiste plus global qui comprendrait notamment, en plus du statut d’intermittent, celui d’artiste émergent lui garantissant un revenu de 1 000 euros sous forme d’impôt négatif. L’aspirant candidat s’est toutefois montré plus réticent quant à une mesure phare, réclamée par l’intersyndicale du spectacle vivant et qui faisait jusque là l’unanimité parmi les autres politiques invités à Avignon : augmenter le budget de la culture. Certains proposant de le faire passer de 0,7 % du budget de l’Etat à 1 %, voire 3 % et d’autres envisageant d’investir 1 % du PIB dans ce poste de dépenses, Dominique de Villepin est, lui, convaincu, au nom du «redressement budgétaire» en cours et à venir, que la priorité est d’abord de faire en sorte que ce poste de dépenses ne baisse pas. Les chiffres du Off : L’heure du bilan a sonné. Le festival off a fait les comptes pour cette édition : 1 812 spectacles ont joué, un chiffre en hausse par rapport à l’année précédente, alors que les pièces jouent de moins en moins longtemps, du fait, notamment, de la fragilisation économique des compagnies, moins soutenues par l’Etat et les collectivités territoriales, mais toujours confrontées à des coûts incompressibles. Pour ces 27 000 levers de rideau, l’événement anticipe une recette de 22 millions d’euros avec près d’1,4 millions de billets vendus. Car malgré un «climat très anxiogène» selon les organisateurs (lié aux menaces de nouvelles coupes budgétaires, depuis levées pour l’année 2026), les spectateurs ont répondu présents et l’association qui cordonne l’événement revendique une fréquentation plutôt stable par rapport aux autres années, avec un taux de remplissage qui s’établit à 54 %. D’après les données du site de vente de billets Ticket’Off, une grande part (41 %) des festivaliers provient du quart sud-est, soit du Vaucluse, du Var, des Bouches-du-Rhône, du Gard, du Rhône, ou encore de l’Isère, et 18 % des acheteurs ont fait le déplacement d’Île-de-France, dont 12 % depuis Paris intra-muros. Le Fomo
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Le spectateur de Belleville
July 23, 4:44 AM
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Un événement déplacé au mois d’avril ? Sur la Côte d’Opale ? A voir depuis des véhicules climatisés ? Ou bien sacrifié ? Sous l’effet des fortes chaleurs et de l’éco-anxiété, des artistes présents cette année se risquent à l’anticipation et fantasment le futur utopique ou dystopique de leur grand raout de l’été. «L’an prochain : le Festival d’Avignon de Dunkerque ?» La «blague» tourne, ici, sur les visages en nage des programmateurs, dans les rues surchauffées d’Avignon, comme une façon de sourire de cette question mélancolique qui perle dans beaucoup d’esprits : quelle est la viabilité de ce modèle ? Celui d’un festival de prestige mondial mais situé dans un département particulièrement exposé à la sécheresse, aux incendies et aux fortes chaleurs du fait du réchauffement climatique, et dont la signature est la transformation de lieux de plein air époustouflants en scènes de théâtre (cour d’honneur, cloître des Célestins, carrière Boulbon…). Au Festival d’Avignon in s’active une cellule à l’intitulé sans ambiguïté : le groupe «Chaleur», à qui l’on doit pour cette 80e édition des salles climatisées à 100 %, des séances en plein air calées à 22 heures et des horaires aménagés pour les techniciens qui manipulent les gradins bouillants (de 5 heures à 13 heures). «On tente d’optimiser au maximum le confort des publics et des équipes, mais on est encore à la merci des orages et des averses sur les lieux de plein air, explique Clémentine Aubry, directrice déléguée. Ce pourquoi des clauses intempéries sont désormais insérées dans les contrats.» Après une annulation liée au risque incendie, la représentation de la pièce Silence a finalement pu être jouée à la carrière de Boulbon, lundi 6 juillet. Dans les instances des festivals d’été, on partage les bonnes pratiques sur le sujet non pas seulement du réchauffement mais plus largement du dérèglement climatique. Clémentine Aubry : «Dunkerque non plus ne sera pas épargné, vous savez…» Mais tout le monde le sent cette année en rasant les murs en pierre en quête d’un mince filet d’ombre : est-ce vraiment suffisant ? Quid d’un festival au mois d’avril plutôt qu’en juillet ? Ce serait tout un paradigme philosophique, touristique et économique à repenser, le festival étant né en 1947 de l’utopie de s’ouvrir au plus grand nombre, donc sur la période des vacances d’été, celles où les familles ont le temps de traverser la France, de s’immerger dans la ville avant de poursuivre les vacances. «Il faudrait qu’on nous impose, d’en haut, ce changement de date car nous sommes très attachés à ce legs». Pas pour tout de suite donc. Peut-être en 2050 ? Pour Libé, cinq artistes fantasment à quoi pourrait ressembler le festival d’Avignon du futur. Alice Carré, autrice et metteuse en scène Présente à Avignon «Ecorces, polar forestier» Avignon 2050, les cigales ne chantent plus, le célèbre pont ne recouvre maintenant qu’un mince liseré d’eau. Le festival a été décalé à mi-mars et au fil des années, réduit à une semaine. Le maire de la ville, nommé à vie sur proposition démocratique, a déclaré : «Une semaine de culture ça suffit, après on se fait chier, les Grandes Dionysies de la Grèce antique c’était pas plus de six jours !» A l’entrée des remparts, un aspirateur de particules fines accueille les spectateurs. Un dôme climatisé (offert par le Qatar à la France) recouvre la cour du palais des Papes. Un brumisateur géant dissémine ses précieuses gouttelettes de fraîcheur au-dessus de quelques points stratégiques comme la place de l’Horloge. Le reste de la ville et des alentours est rationné en eau. Les murs du palais des Papes sont recouverts des panneaux publicitaires Xing, la société chinoise de satellites qui domine le marché, et Baukraft, leader incontesté du bunker, tous deux principaux financeurs du festival. Un comité d’experts, composé des différents mécènes, a désormais un droit de regard sur la programmation. Le ministre du CSI (Culture, Sport, Information) y siège aussi à titre honorifique, même s’il ne finance plus l’événement qu’à hauteur de 0,5 %. Le festival off a quant à lui presque disparu, seules quelques salles restent actives, grâce au rachat par un investisseur philanthrope, ou aux locations de quelques héritiers. Les théâtres vacants ont été remplacés par des compagnies d’assurance ou des «digital data parks». Le festival amateur de Barneville-Carteret (Manche), monté par d’anciens artistes reconvertis dans l’événementiel (et financé sur fonds propres), est devenu un lieu en vogue, mais ses infrastructures sont menacées par la montée des eaux. Ecorces, polar forestier jusqu’au 23 juillet à 22h05 au 11, à Avignon (84). Joachim Maudet, danseur et chorégraphe A présenté «Gigi (à la suite de Nox)» dans le off Après la crise mondiale de 2042, la culture est devenue un bien de première nécessité. Le ministère de la Santé peut désormais s’appuyer sur des études scientifiques pour prouver qu’elle est aussi importante que se nourrir ou faire l’amour, qu’elle est un remède anti-dépression, et combat la solitude Elle devient le principal pilier de la société. Dans ce contexte la ville d’Avignon est devenue la municipalité ressource, un pôle avec ses salles de shoot rue des Teinturiers, ses prescriptions de balades chorégraphiques le long du Rhône, tout cela gratuit et sans ordonnance. François Gremaud, comédien et metteur en scène A présenté «Mon frère» dans le in En 2050, Avignon est devenu le plus grand festival nocturne d’Europe : on y circule à vélo sous la canopée, on se baigne entre deux spectacles dans les canaux remis en eau, les transports sont gratuits, les artistes correctement rémunéré·es et la culture accessible à touxstes. Le climat continue de se réchauffer, mais Avignon est devenue plus fraîche grâce aux millions d’arbres plantés après le Grand Tournant des communs (GTC) engagé à la fin des années 2020, peu après cet autre événement longtemps jugé par les spécialistes encore plus improbable que la transition écosociale elle-même : l’union durable des gauches françaises. Le plus grand succès de cette édition, dans la cour d’honneur, est une comédie qui résume le début du XXIe siècle : ce temps où tout le monde connaissait parfaitement les solutions permettant d’éviter le pire, mais passait l’essentiel de son temps à débattre de leur nécessité. Le spectacle dure quatre heures et fait rire tout le monde. Vanasay Khamphommala, dramaturge, performeuse et autrice Présente «Songs of Grief [Love Me Tender]» et «Je te chante une chanson toute nue en échange d’un verre» dans le in En 2076, ma performance Je te chante une chanson toute nue en échange d’un verre n’aura sans doute plus de sens : la chaleur nous aura contraint·es à renégocier notre rapport à la nudité. Le changement climatique placera au cœur du travail artistique les conditions et le sens mêmes de notre présence les un·es aux autres, les formes de sociabilité, les modalités de rassemblement, les écologies relationnelles qui conditionnent le fait d’être ensemble. Alors, les spectateurs du festival pourront participer, dans la Cour d’honneur revégétalisée, à une exploration participative de nouvelles formes d’intimité écoérotique en inclusivité radicale. Mais aussi à une épopée mondiale des migrations, portée par des artistes et personnes déplacé·es par le changement climatique. Ou encore à une réécriture radicale de Pirandello : «Rafraîchir celleux qui brûlent». Une chorégraphie proche du bain rituel sera créée en collaboration avec le Rhône — ce qu’il en restera — : chaque représentation serait augmentée des larmes du public, comme si notre deuil du vivant devenait lui aussi une ressource à partager. Je te chante une chanson toute nue en échange d’un verre, 12 min., jusqu’au 23 juillet et Songs of Grief, 30 min., jusqu’au 24 juillet au Bar du Festival. Laura Vazquez, poète et romancière Elle présente «Vive le sujet ! Tentatives - série 3» avec le duo MazelFreten LA TERREUR A FINI PAR PRODUIRE LE REFUS COMPLET DE SE VOIR NOUS VIVRONS LE CORPS COUVERT D’UN TISSU BLANC QUI NOUS PROTÈGERA DE L’AIR POURRI LES CORPS QU’ON ENTERRERA SI BIEN QUE LES MORT·E·S CIRCULERONT ET ILS PUERONT TERRIBLEMENT SACHEZ BIEN QUE LA TERREUR LA TERREUR GÉNÉRALE DONNERA LE PLUS BEAU PROJET POUR UN INDIVIDU LE MEILLEUR MOMENT POUR UN INDIVIDU SERA SON ABSENCE PROLONGÉE LE POÈME SERA LA SEULE ANOMALIE DE NOTRE MONDE LES SPECTATEURS FABRIQUERONT L’AVEUGLEMENT QUI LES PROTÈGE APPARAÎTRA ILS TREMBLERONT COMME AUJOURD’HUI C’EST LA NATURE CACHÉ·E·S COMME DES RATS DES VERS DES STRATES SOUS LES ROCHES LE SEUL DÉBORDEMENT SERA SECRET AU THÉÂTRE NOUS RECEVRONS PAR UN SYSTÈME DE RÉFLEXES LES PERSONNES PLEURERONT ET RIRONT LA PLUPART DES ŒUVRES SERONT DES SCÈNES DÉJÀ JOUÉES DES SÉQUENCES SAINTES DES SITUATIONS D’APRÈS LA MORT EN FONCTION DE NOS COMPORTEMENTS ON EMPLOIERA BEAUCOUP LES ANIMAUX CAR LES MACHINES AURONT CRAMÉ DES CHEVAUX MAIGRES DANS LES RUES TIRERONT LE MATÉRIEL OU LES MORT·E·S ET NOUS SERONS PLONGÉ·E·S DANS UNE ODEUR PRIMAIRE LOURDE LES GENS RIRONT ET ILS S’HYDRATERONT LA CHALEUR SERA CONSIDÉRÉE COMME UN ÊTRE VIVANT QU’ON AURA BAPTISÉ D’UN PRÉNOM REMÂCHÉ DANS UN TIC DE LANGAGE LES ADULTES MOURRONT BEAUCOUP LES ENFANTS MOURRONT BEAUCOUP IL N’Y AURA PAS D’OISEAUX L’HIVER L’ÉTÉ DÉSIGNERONT DES ÉTATS NOUS IMAGINERONS BEAUCOUP LES OBJETS DE NOS IMAGINATIONS SERONT SANS EFFET SUR LE DESTIN DE LA PLANÈTE DE NOTRE ESPÈCE VENUE D’UNE PLUS GRANDE OBSCURITÉ APPARAÎTRA SUR LES SCÈNES COMME SI LES PENSÉES HUMAINES ET ENTRAIENT DANS LES EAUX CE SERA LE NOUVEAU THÉÂTRE Vive le sujet ! Tentatives - série 3, 1 h 30, au Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph, du 22 au 25 juillet. Ève Beauvallet - Libération
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Le spectateur de Belleville
July 23, 3:50 AM
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Par Lucile Commeaux•Anne Diatkine•Sonya Faure•Nina Lacour•Aïnhoa Jean-Calmettes•Victor Inisan•Ève Beauvallet•Elisabeth Franck-Dumas dans Libération - Publié le 22 juillet 2026 Le Saint-Siège. Celui qui a le pouvoir de nous faire passer un terrible spectacle s’il n’est pas confortable ou adapté. «C’est bien mais pour des personnes avec de petites fesses», s’indigne, hilare, un spectateur coincé dans son fauteuil plastique du gymnase Mistral. Sur Instagram, une internaute se plaignait, début juillet, que le sien se soit cassé en pleine représentation de la Parabole du seum – la pièce de Rebecca Chaillon porte précisément un discours sur la grossophobie et les corps minorés. Le festival propose d’ailleurs dans deux lieux – le cloître des Célestins et la Fabrica, des assises de différentes dimensions taillées pour plusieurs morphologies, dans un souci d’inclusivité. Qu’il flirte avec le tabouret, le pouf ou le trône, le siège a son rôle à jouer dans l’appréciation d’une pièce. Assis, on se sent tantôt petit écolier, tantôt roi. Et peu importe si ce que l’on voit sur scène est mémorable ou pas, le corps, lui, se souviendra – de la chic assise en cuir de la cour d’honneur, des fauteuils de l’opéra, propices à nous faire piquer du nez (sauf pour Lee Jaram), des larges banquettes de la Fabrica, des coques en plastoc’ de gradins finalement aussi attachantes que collantes à la peau. Sacré jeu de chaises théâtrales. Les spectacles du jour «On adore» «Capra» de Jeanne Candel. Dans son dernier spectacle, la metteuse en scène nous plonge dans les pensées fourmillantes d’une poétesse, matérialisées par un enchaînement de saynètes fantasques si foisonnantes qu’on ne sait où donner de la tête. Comme toujours chez Candel et sa petite troupe, c’est le bordel. L’enchaînement de saynètes hilarantes, funambules, oulipiennes, fonctionne comme un carambolage mental. Lire notre critique. «On aime» : «Bâtir» de Salim Djaferi et Clément Papachristou. Bâtir est une pièce-enquête. A l’aide d’archives et d’une scénographie habile, le comédien retrace, avec douceur, par les mots et les gestes chorégraphiés, le passé discriminatoire des banlieues depuis les années 50. Dont celle de Sevran où il est né. Retrouver notre critique. «Allez y sans nous» : «Bunker» de Marion Siéfert et Matthieu Bareyre. La metteuse en scène signe avec Matthieu Bareyre une uchronie bien vide sur la dislocation du langage sous le coup de l’ultralibéralisme et de la technologie débridée. Lire notre critique en intégralité. On court le voir dans le Off «Le dernier jour de Pierre», de Baptiste Zsilina. Véritable petit écran scénique, l’espace de jeu du castelet restreint le champ de vision. Par tableaux successifs, on découvre Pierre qui semble traîner sa solitude partout où il va, même lorsqu’il joue quelques airs dans une fête de village. Tenues par des fils, les marionnettes sont bouleversantes de vie, parmi elles, un petit chat qui offre quelques miaulements au protagoniste, à la fois si triste et de marbre, en guise de consolation. A ces moments de douceur nostalgique se mêlent des scènes (hors castelet cette fois) de pénombre, déroutantes, macabres. Un magnifique spectacle crève-cœur. N.L. «Le dernier jour de Pierre», de Baptiste Zsilina, par la compagnie DERAÏDENZ au théâtre du Train bleu, Sauveterre - pole culturel Jean-Ferrat. Jusqu’au 25 juillet (relâche le 24 juillet). Tarif : de 15 à 22 euros. A retrouver le 27 février à l’espace Michel-Simon, Noisy-le-Grand. L’actu L’Etat dégèle des crédits. Rebondissement dans le feuilleton qui oppose, depuis le 3 juillet, 28 lieux de spectacle vivant, soutenus par l’intersyndicale, au ministère de la Culture. La tutelle a annoncé à l’AFP, ce mardi 21 juillet, que toutes les subventions, alors menacées d’un gel, leur seront versées au second semestre. Si les professionnels se réjouissent de la nouvelle, ils appellent toutefois à maintenir la mobilisation et à continuer à politiser la question du financement de la culture. Retrouver notre article. A chaud L’analyse A Avignon, cette année, le cirque est bien en cour. La programmation de la pièce chorale et acrobatique le Pas du monde du collectif XY, à la cour d’honneur du palais des Papes marque un tournant dans la reconnaissance institutionnelle d’un art autrefois marginalisé. Lire notre enquête. L’affiche L’outil IA s’est peu à peu immiscé au festival de théâtre, que ce soit en débridant le travail graphique ou en s’insinuant dans certains processus de création, où l’artifice nourrit l’art. Retrouver notre article.
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Le spectateur de Belleville
July 22, 3:31 AM
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Propos recueillis par Charlotte Bozonnet et Nathalie Brafman Publié le 18 juillet 2026 dans Le Monde « J’avais 20 ans ». « Le Monde » interroge une personnalité sur ses années d’études et son passage à l’âge adulte. Ce mois-ci, la comédienne de 39 ans, raconte une jeunesse marquée par les difficultés scolaires et la révélation du théâtre.
Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/campus/article/2026/07/18/pauline-clement-societaire-a-la-comedie-francaise-je-suis-exactement-la-meme-que-l-eleve-qui-galerait-a-l-ecole-j-ai-simplement-trouve-ma-place_6724431_4401467.html
Nommée sociétaire de la Comédie-Française en janvier, dix ans après y être entrée, Pauline Clément est à l’affiche du film De la Comédie-Française (sortie le 22 juillet), aux côtés des autres membres de la troupe. Réalisé par Martin Darondeau et Bertrand Usclat, le film a été l’un des grands gagnants du dernier Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez, où il a remporté quatre prix, dont celui du jury et du public. Elle sera également dans le prochain film d’Emmanuel Mouret, Le Cabinet du docteur Albertini, face à Laure Calamy et Valeria Bruni-Tedeschi. A la Comédie-Française, on la verra dans la reprise de L’Ecole de danse et de L’Avare. Dans quel milieu avez-vous grandi ? Dans une famille aimante et joyeuse. On vivait dans une maison à Brunoy [Essonne]. Mon père était médecin, ma mère professeure de français ; elle avait aussi étudié la philosophie. J’étais l’enfant du milieu, avec deux frères. Quel enfant étiez-vous ? A l’école, j’étais très timide, on peut même dire maladivement timide. Je n’osais rien, même pas demander à la maîtresse d’aller aux toilettes. A la maison, en revanche, j’avais un tempérament un peu explosif, je libérais toute l’énergie retenue pendant la journée. Vous n’aimiez pas l’école ? J’ai adoré la maternelle, j’y étais très heureuse. Puis, quand je suis entrée au CP, les difficultés ont commencé. J’avais du mal avec la lecture et l’écriture. Je m’en fichais un peu, je me disais : « Tant pis, ce n’est pas très grave, je n’apprendrai pas à lire ni à écrire. » J’avais tout un monde imaginaire dans ma chambre. J’inventais des personnages, je jouais avec mes Playmobil et mes Polly Pocket, et je me demandais : « Pourquoi l’école, c’est si ennuyeux ? Pourquoi est-on assis toute la journée avec des cahiers et des stylos ? Pourquoi on ne joue plus ? » En CE1, mes difficultés se sont accentuées et j’ai redoublé. Puis j’ai eu du soutien scolaire, c’était un vrai calvaire… Comment ont réagi vos parents ? Ils étaient très étonnés. Dans ma famille, il y a beaucoup de médecins, des avocats… Mon grand frère était très doué pour les études. Le petit est plutôt comme moi. D’ailleurs, je me souviens que mon père nous emmenait tous les deux faire des balades en forêt avant d’aller à l’école pour nous déstresser. Je voyais de l’inquiétude dans les yeux des adultes, sans bien comprendre pourquoi. Finalement, on a mis des mots sur vos difficultés… Oui. En CM1, je suis allée faire un bilan à l’hôpital. Je faisais des exercices devant des gens en blouse blanche, je trouvais ça plutôt amusant. Ils ont fini par dire à mes parents que j’étais un peu dyslexique, dysorthographique et dyscalculique. A la fin de la 5e, je me suis retrouvée en section menuiserie. C’était assez compliqué pour une adolescente. Il n’y avait que des garçons… Je ne mettais plus que des joggings et, scolairement, je n’y arrivais toujours pas. Ça s’est terminé par une véritable crise d’angoisse. Pendant un an, je n’ai plus réussi à sortir de chez moi. Vous avez alors changé de voie ? Oui. J’ai décidé de faire un CAP d’esthétique. J’aimais beaucoup ça : prendre soin des autres, maquiller, faire les ongles… J’ai complètement changé de look, j’ai jeté mes joggings et je suis devenue très girly. En parallèle, chaque vendredi, je suivais des cours de théâtre amateurs avec Irène de Crozefon. J’étais totalement passionnée. Et surtout, j’étais moi ! Et vous avez eu votre CAP ? Oui, et j’en étais très fière. C’était la première réussite de ma vie. Ensuite, je me suis inscrite pour passer un BEP en alternance. Sauf que je ne voulais pas arrêter mes cours de théâtre. Mon père a appelé l’école pour que je puisse sortir plus tôt le lundi. La direction a refusé, et il m’a dit : « N’y va plus et fais du théâtre. » J’ai demandé à mes parents si je pouvais prendre une année sabbatique : faire une année au Cours Florent, puis passer mon BEP. Ils m’ont soutenue et m’ont vraiment aidée. Comment le théâtre était-il entré dans votre vie ? A la maison, il y avait beaucoup de livres mais on allait peu au théâtre et peu au cinéma. A 15 ans, je suis partie en colo de théâtre à Avignon. Un soir, nous sommes allés voir une pièce. J’étais totalement fascinée. Ce qui se passait sur scène me bouleversait. Ça a été une révélation. Vous entrez au Cours Florent à 18 ans. Comment avez-vous vécu cette première année ? C’était compliqué. Dans les cours amateurs, on jouait des textes légers. Là, il fallait interpréter des textes plus sombres. Il y avait les exercices de diction, le placement de la voix… Je me suis accrochée. Trois ans plus tard, j’ai passé le concours du conservatoire du 8ᵉ arrondissement et j’ai été admise. En deuxième année, j’ai rencontré Bertrand Usclat. A la fin d’une scène en cours, il est venu me voir et m’a dit : « Il faut que tu passes des concours. » Comment vous y êtes-vous prise ? J’ai suivi son conseil et je me suis inscrite à une vingtaine de concours. Je me suis beaucoup éparpillée et j’ai tout raté. L’année d’après, en 2011, je me suis concentrée sur deux concours dont celui du Conservatoire national d’art dramatique de Paris. J’ai tout donné et je l’ai eu ! J’avais 25 ans. J’étais persuadée qu’en sortant, je travaillerais sans difficulté. Mais il ne s’est rien passé. Personne ne m’attendait. Je suis tombée des nues ! Je me suis inscrite à Pôle emploi Spectacle et je peux vous dire que je n’étais pas la seule à faire la queue. Quelques années plus tard en 2014, avec Bertrand, on a monté un seul-en-scène, Comme la lune, que l’on jouait le samedi soir. On louait la salle, on collait nous-même les affiches, mais comme personne ne connaissait nos têtes, personne ne venait. En parallèle, on a commencé à faire des sketchs dans une émission de télévision. Je cherchais aussi de la figuration. J’étais prête à animer des goûters d’anniversaire pour gagner ma vie… J’ai également passé une audition pour la Comédie-Française, mais je n’avais pas été retenue. Ils m’ont dit « On vous a beaucoup aimée, on vous rappellera ». Six mois plus tard, ils m’ont appelée pour jouer dans Les Derniers Jours de l’humanité de Karl Kraus. J’avais 29 ans, j’avais enfin un travail. Quelles ont été vos premières impressions lorsque vous avez intégré cette grande maison ? J’étais un peu inquiète, je me demandais si j’allais réussir à entrer dans ce cadre. Je n’avais pas l’habitude de travailler avec des gens plus âgés. En réalité, je me suis très vite attachée et sentie fière d’appartenir à ce groupe. Lorsque je les entends parler en réunion, lorsque je les vois jouer, je suis hyper admirative. Comment apprenez-vous vos rôles ? J’appelle ma mère. Je prends deux exemplaires du texte : un pour moi, un pour elle. Et je l’apprends avec elle, phrase par phrase. Elle est très patiente. J’ai besoin de dire le texte à voix haute avec quelqu’un. Parfois, on fait ça par téléphone. Quand le texte est très compliqué, je dessine les phrases comme un rébus pour les retenir. Je l’ai fait dernièrement pour L’Ecole de danse que je reprends en novembre. Après votre irrésistible apparition lors de la cérémonie des César, empêtrée dans un costume d’époque, on repense à vos rôles dans « La Puce à l’oreille », « Le Sens de la fête » ou encore dans la mini-série « Broute », avez-vous toujours eu conscience de votre veine comique ? Quand j’étais petite, je faisais beaucoup d’imitations. En cours d’improvisation, j’ai toujours fait des rôles un peu comiques. Je n’étais pas du tout comme d’autres filles qui jouaient des scènes très sombres. J’adore la comédie même si j’aime aussi les rôles sérieux. Entre la petite fille très timide, l’élève médiocre, la titulaire d’un CAP d’esthétique et aujourd’hui la sociétaire de la Comédie-Française, comment vous voyez-vous ? Je crois que je suis exactement la même. J’ai simplement trouvé ma place. Le fait d’avoir galéré à l’école m’a laissé un profond manque de confiance en moi. Je doute encore beaucoup, même si je progresse. Je m’accepte mieux. Avant, je trouvais formidables les gens un peu « grande gueule » qui croient tout savoir, je pensais que ceux qui doutent étaient moins bien. Je me trompais. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui rencontrent des difficultés ? Se dire qu’il y a forcément quelque chose dans lequel on est fort. Il faut aller vers ce qu’on aime et nourrir cette passion plutôt que de s’acharner dans une voie que l’on déteste jusqu’à se détruire. Vous allez avoir 40 ans en 2026. Diriez-vous que 20 ans est le plus bel âge ? Avoir 20 ans, je trouvais ça très beau. J’aimais dire que j’avais 20 ans. Même si j’étais perdue et que c’était une période très stressante, c’était aussi une grande période de liberté. Propos recueillis par Charlotte Bozonnet et Nathalie Brafman / Le Monde
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Le spectateur de Belleville
July 22, 3:21 AM
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Par Caroline Châtelet dans Sceneweb Publié le 21 juillet 2026 Spectacle touffu et modeste, inventif et débordant, CAPRA (une chèvre) de Jeanne Candel met sur l’établi l’imagination et l’acte d’écriture – un enjeu cheminant dans d’autres spectacles de ce Festival d’Avignon –, offrant une pérégrination sensible et profonde. Au commencement, il y a la musique. Après… après il y aura tout le reste, à tel point qu’à vouloir évoquer CAPRA (une chèvre) l’on risque de se retrouver à inventorier un aussi loufoque qu’interminable bazar. Pour leur nouvelle création, la metteuse en scène Jeanne Candel et son équipe – les virtuoses comédien·nes et musicien·nes Vladislav Galard, Pauline Huruguen, Sarah Le Picard, Léo-Antonin Lutinier, Laure Mathis, Matthieu Naulleau et Thibault Perriard – continuent de creuser leur sillon, celui d’un théâtre composite articulant musique et théâtre, burlesque et mélancolie, tragique et poésie. En entrelaçant également références et histoires – sans que les premières n’étouffent par une position de surplomb, ni que les secondes ne livrent tous leurs mystères –, la compagnie la vie brève invente à chaque fois un autre chose singulièrement enraciné dans les spectacles qui l’ont précédé. Au sujet de ce CAPRA (une chèvre) l’on ne saura que conseiller d’aller y voir. De passer outre le léger ennui que l’on risque parfois de ressentir face à quelques longueurs, de ne pas s’en tenir à une tendance à la joliesse, à un souci de la séduction parfois trop volontariste et aimable, tant les spectacles aussi fantaisistes et ouverts, permettant de cheminer librement, sont rares. Cette pérégrination, donc, débute par la musique. Arrivant le premier sur scène – alors uniquement occupée par des instruments de musique à jardin –, le personnage de Pauline Huruguen s’installe à l’un des pianos. Cette autrice, qui nous expliquera ensuite avoir choisi pour pseudo « Capra » (symbole de Dinoysos, dieu considéré comme étant à l’origine du théâtre), est alors enceinte jusqu’au cou. C’est de sa propre histoire qu’elle va accoucher, et c’est d’elle, littéralement, que naît le spectacle, dans une première séquence forte visuellement, où sur un voile est inscrit : « Nous allons nous servir du théâtre pour regarder à l’intérieur de cette femme ». Dont acte, et après avoir expliqué son pseudo – lié au rapprochement pour elle entre le travail d’écriture (à l’accouchement laborieux, sic) et le comportement d’une chèvre, qui passe 23 heures à essayer de savoir comment s’échapper et une heure à le faire – l’exploration des mondes de Capra débute. Au fil des fragments soutenus par des compositions allant du free jazz à la fanfare funéraire, l’on croise le strip-tease d’un chevalier en armure, une séquence de bowling humain, des nonnes grecques préparant patiemment leur suicide collectif, les visites fréquentes d’une amie morte, les (autres) passages fréquents d’un troubadour errant, les évocations d’œuvres picturales comme littéraires, la cuisson d’un cœur au fer à repasser, le transport d’une maquette de maison pour ancrer ses souvenirs dans des lieux, etc. Réunissant – comme c’est le cas dans chacune des créations de Jeanne Candel depuis 2012 – théâtre et musique, CAPRA (une chèvre) compose un puzzle ample et intime, dont le·a spectateur·rice peut en toute liberté agencer les pièces éparses. Ce spectacle qui ne recourt qu’à quelques modestes accessoires et objets (brouette, seaux, théière) met au travail, plus ou moins en sourdine selon les séquences, ce que la poésie fait, permet, transmet, conserve ; ainsi que la nécessité de la mémoire comme carburant à l’imaginaire et à la création. Parmi ses sources, Jeanne Candel cite volontiers L’art de la mémoire, où l’historienne Frances Yates étudie les différentes conceptualisations de la mnémotechnie, et La peinture à Dora de François Le Lionnais, livre dans lequel cet ingénieur, mathématicien et co-fondateur de l’Oulipo raconte, entre autres, comment il décrivit quotidiennement à un ami des peintures lors de leur internement dans un camp de prisonniers en Allemagne en 1944. Mais le spectacle excède ces seuls écrits et d’autres textes – citons Au bonheur des morts de la philosophe Vinciane Despret – infusent largement le spectacle, les signes et évocations s’entrechoquant, se sédimentant. La forme sensible et articulée, balançant entre trivial et philosophie, porte en son cœur des dialogues fertiles. Il y a le rapport entre morts et vivants, ce que les premiers font (faire) aux seconds. Il y a les conversations avec des spectacles antérieurs, comme BAÙBO, avec le retour du mur-page blanche, sorte de fond de scène à nu où les femmes attendent ensemble. Il y a l’importance des lieux et des images, des silences et des mots, pour se souvenir et, donc, imaginer. Il y a la place de la poésie orale, chantée, du conte – et, à ce titre, la récurrence du troubadour, clownesque Léo-Antonin Lutinier, dépasse la galéjade – et celle de l’écriture. Il y a cette façon de tricoter ensemble dans un jeu de pistes fertile et sensible toutes ces données – sans grandiloquence, comme l’on partirait au milieu d’une phrase – et de rappeler que, quelle que soit la forme choisie, le récit oral ou l’écriture – tous deux au cœur de l’ouvrage de Le Lionnais –, tous deux permettent de (sur)vivre et transmettre les œuvres, de partager des histoires à plusieurs, et donc en plus grand. caroline châtelet – www.sceneweb.fr CAPRA (une chèvre) de et avec Jeanne Candel, Vladislav Galard, Pauline Huruguen, Sarah Le Picard, Léo-Antonin Lutinier, Laure Mathis, Matthieu Naulleau, Thibault Perriard Mise en scène Jeanne Candel Direction musicale Thibault Perriard Collaboration artistique Marion Bois
Production la vie brève – Théâtre de l’Aquarium Coproduction Théâtre Garonne, Scène européenne – Toulouse, La Comédie de Saint-Étienne – CDN, Scène nationale d’Albi-Tarn, Mixt – Terrain d’Arts en Loire Atlantique, TGP – Théâtre Gérard Philipe – Saint-Denis, La Criée – Théâtre National Marseille, Théâtre des 13 vents, CDN, Montpellier, Malraux, Scène nationale Chambéry-Savoie, TNBA, Théâtre National Bordeaux Aquitaine, Bonlieu, Scène nationale d’Annecy, Festival d’Avignon, Théâtre National de Strasbourg, CCAS – les Activités Sociales de l’Énergie Soutien Onassis Air dans le cadre de la plateforme Prospero, cofinancée par le programme Creative Europe ; Spedidam Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National Soutien pour le 80e Festival d’Avignon Activités Sociales de l’énergie, Spedidam Durée : 1h55 Festival d’Avignon, Gymnase du lycée Mistral du 19 au 25 juillet 2026, à 18h (relâche le 22) Bonlieu Scène nationale, Annecy les 4 et 5 novembre Théâtre Gérard Philipe, CDN de Saint-Denis du 2 au 13 décembre Mixt terrain d’arts en Loire-Atlantique, Nantes du 16 au 18 décembre Théâtre national de Strasbourg du 6 au 16 janvier 2027 Théâtre de l’Aquarium, Paris, dans le cadre de BRUIT – Festival théâtre et musique du 20 janvier au 7 février Malraux, Scène nationale Chambéry-Savoie les 10 et 11 février La Comédie de Saint-Étienne – CDN du 2 au 4 mars tnba, Théâtre national Bordeaux Aquitaine du 9 au 12 mars Scène nationale d’Albi-Tarn les 21 et 22 avril Théâtre des 13 vents, CDN de Montpellier du 27 au 29 avril
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Le spectateur de Belleville
July 16, 11:33 AM
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Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog de Mediapart - Publié le 15 juillet 2026 La troupe flamande tg STAN fricote et joue merveilleusement avec Molière depuis un quart de siècle. La voici avec « 1, 2, 3 Poquelin » - comme les enfants disent I, 2, 3 Soleil. Ils jouent à jouer pistant toujours la proximité et la complicité avec le public. Un poil coton à Boulbon.
On ne compte plus le nombre de fois que l’on a vu un spectacle du tg STAN au Théâtre de la Batille (leur port d’attache parisien) ou ailleurs. Avec toujours cette inimitable façon de jouer sans jouer, d’improviser sans improviser, de rendre simple la complexité et le tout, sans décor imposant sans costumes compliqués. Le jeu d’abord, le jeu toujours. Jamais dans l’entre soi mais toujours en convoquant la complicité du public, là à deux pas. Difficile de ne pas entretenir un rapport affectif de fraternité avec cette troupe flamande qui, lorsqu’elle se produit en France, joue dans un français pétri d’écorchures, d’épluchures et de ruades, ce qui contribue à leur attrait. Et donc les voici investissant la carrière Boulbon célèbre depuis le Mahabharata de feu Peter Brook.. Chaque artiste invité à s’y produite dont choisit un emplacement, une orientation. C’est un challenge avec lequel on ne peut pas tricher sauf à s’y ratatiner. Le choix pour 1,2,3 Poquelin n’a rien à voir avec l’option choisi par Tiago Rodrigues il y a deux pour Hécube ,et ainsi de suite. Leur idée, tg stanienne, est d’installer devant cette imposante corbeille de roches, un immense théâtre de tréteaux. Une grande scène surélevée dépourvue de rideaux et de coulisses à laquelle on accède par des escaliers sommaires de deux ou trois marches . Le public devant et sur les cotés, est assis sur des bancs et des gradins . Au fond de la scène posée devant la roche, premier geste du spectacle : on hisse deux imposant lustres, comme dans un théâtre. Les changements de costumes ( on ne peut plus légers) se font à vue. Bref, comme toujours, la troupe du tg STAN joue cartes et corps sur table, semblant improviser des phrases apprises par cœur en flamand et régurgitées en français avec l’accent flamand lequel donne un supplément de piquant aux vers et répliques de Molière devenu pour la troupe comme un compagnon de route. « Nous relisons, nous coupons, nous ajoutons « dit Jolente de Keersmaeker, pilier de la troupe et formidable comédienne. « Pas de secret, nous ne cachons rien, nous nous déguisons à vue, et un souffleur (également à vue) nous reprend quand nous nous trompons » complète Damiaan de Schrijver autre pilier historique Et c’est parti. On reconnaît telle scène, on est surpris par telle autre, certaines pièces de Molière familières brillent par leur absence, un montage titré Les égotistes pioche dans cinq pièces de Molière dont Les femmes savantes et Les précieuses ridicules. Bref, on ne s’ennuie pas, l’énergie de la troupe est phénoménale et nous tient à l’affut 4h30 durant (avec un entracte) Toutefois, la complicité avec la public qui fait partie de l’ADN de la troupe est cependant mise à mal par l’énormité du lieu et celle du dispositif. C’est écrasant, c’est trop loin. Sauf quand, tout à coup, ça sort de scène, ça monte dans les travées, ça nous côtoie de près , alors on les retrouve comme on les aime, proches. Festival d’Avignon, 1, 2, 3 Poquelin par le tg STAN, 21H à la Carrière Boulbon, jusqu’au 19 puis du 21 au 25 juillet. Tournée française à la rentrée : du 2 au 4 oct à Draguignan, les 6 et 7 oct à la Passerelle de Saint-Brieuc, du 8 au 10 oct à la Comédie de Caen, du 14 au 17 oct au théâtre Garonne de Toulouse, du 4 au 6 nov au Quartz de Brest, le 13 nov au Manège de Maubeuge, les 21 et 22 nov à Annecy ( Bonlieu), du 2 au 6 déc au Théâtre du Rond-Point, Paris.
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Le spectateur de Belleville
July 11, 12:41 PM
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Le spectateur de Belleville
June 25, 4:50 PM
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Un article de Tiphaine Samoyault publié dans Le Monde - 25 juin 2026 Le feuilleton littéraire de Tiphaine Samoyault, à propos de « Brecht et les mauvais temps nouveaux », d’Olivier Neveux. Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/livres/article/2026/06/25/revenir-a-bertolt-brecht-pour-olivier-neveux-est-une-facon-d-explorer-la-tension-qui-existe-entre-l-art-et-la-politique_6715436_3260.html
« Brecht et les mauvais temps nouveaux », d’Olivier Neveux, La Fabrique, 314 p., 20 €. Brecht et les mauvais temps nouveaux est la suite logique de Contre le théâtre politique, qu’Olivier Neveux, professeur d’esthétique du théâtre à l’université Lyon-II et directeur de la revue Théâtre/Public, avait fait paraître à La Fabrique en 2019 : il s’y élevait contre « l’alliance presque labellisée de l’art et de la politique », qui conduisait à produire un théâtre à sujet politique mais qui n’avait rien de politique, ni dans sa forme ni dans ses effets. Revenir à Bertolt Brecht (1898-1956), presque un siècle après la création de L’Opéra de quat’ sous, en 1928, à Berlin, est une façon d’explorer la tension qui existe entre les deux termes, dont l’association n’est en rien naturelle : il ne suffit pas d’évoquer des luttes sociales ou de placer sur scène des tentes de migrants pour être politique, mais de comprendre que l’action du théâtre ne peut être qu’indirecte et prendre conscience, « plus ou moins douloureusement, de l’irréductibilité de l’action politique et de l’action artistique ». Revenir à Brecht, c’est aussi raconter sa participation décisive à l’histoire du théâtre politique, ce que fait Olivier Neveux dans ce livre lorsqu’il expose avec méthode ses grands principes théoriques (le réalisme, la distanciation, la pédagogie…), mais aussi lorsqu’il évoque les engagements de Brecht dans son temps. « Je ne l’aborde pas, d’ailleurs, pour lui-même, écrit-il, mais à partir des enjeux politiques contemporains qui se posent au théâtre, dans la supposition que les façons dont il s’est saisi des “mauvais temps nouveaux” qui furent les siens peuvent éclairer les manières d’appréhender les “mauvais temps nouveaux” qui sont les nôtres. » Cette reprise est à la fois un diagnostic et un espoir : diagnostic d’un monde qui va mal et espoir qu’il existe une voie de sortie. Si le théâtre ne peut pas tout – le livre s’ouvre sur une question qui n’a rien de rhétorique : « A quoi bon le théâtre ? » –, il faut faire confiance à ses puissances de clarté et de résistance. Voilà le legs de Brecht, dont Olivier Neveux suit la portée jusqu’à aujourd’hui en rappelant sa réception tour à tour suiviste, idolâtre, critique ou rejetante. Le livre, malgré son caractère compact et par moments un peu indigeste, n’est en rien une explication du théâtre de Brecht, mais une histoire de ses reprises, par les metteurs en scène (Vitez, Jourdheuil, Müller et bien d’autres), les critiques de théâtre (Barthes, Dort, Sarrazac, Ivernel…), les philosophes (Arendt, Fortini, Benjamin, Rancière, Makaremi…) Quatre pratiques brechtiennes Afin de montrer l’effet transformateur de ce théâtre, Neveux organise son livre autour de quatre pratiques qui émergent de la pensée de Brecht sur le théâtre : « tenir la distance », « former le savoir », « jouer le jeu », « rendre le monde amical ». Surtout, il donne des exemples d’œuvres récentes, jouées entre 2020 et 2025, qui lui paraissent les mettre en acte : Catarina et la beauté de tuer des fascistes, de Tiago Rodrigues (2020) ; Entre chien et loup, de Christiane Jatahy (2021) ; Une cérémonie, du Raoul Collectif (2020) ; Avril à Saint-Etienne, de Maguy Marin (2023). Je m’arrête sur un seul de ses exemples : Quatre murs et un toit, de Lina Majdalanie et Rabih Mroué (2024). La pièce revient explicitement à Brecht (ce qui n’est pas le cas des autres, qui ne le manifestent que de façon oblique) en représentant l’audition du dramaturge allemand devant la commission des activités antiaméricaines de la Chambre des représentants, en 1947, au cours de laquelle, il faut le rappeler, il s’était désolidarisé des dix premiers témoins convoqués, qui s’étaient protégés derrière le premier amendement de la Constitution américaine (qui assure notamment la liberté d’expression), et c’est ce geste qui lui avait permis de rentrer en Europe. Les réponses de Brecht aux questions de la commission ne sont pas données. L’action et la réflexion sont centrées sur la condition d’exilé, qui relie Brecht à l’écrivain palestinien Mahmoud Darwich (1941-2008) et, au-delà d’eux, à tous les émigrants – elle est jouée en pleine guerre à Gaza. Les personnages méditent sur la censure, sur tout ce qui empêche de penser. La représentation est tâtonnante, « elle échoue à se constituer en thèse et en thème, elle représente ce que c’est que d’essayer de représenter, par esquisses, déformations et approximations », et ainsi elle donne une forme à des tensions, des aveuglements, des embarras de l’histoire en cours. Les époques ne sont pas superposables et l’actualité de Brecht ne vient pas de ce qu’il pourrait empêcher quoi que ce soit. Il faut le lire en décalé, comme un classique, c’est-à-dire comme point d’appui et sans forcément le prendre à la lettre. Son exigence politique a pu être perçue comme idéologiquement fermée, bloquant les issues. Mais l’action reste envisageable avec l’aide de ce qui est infiniment roboratif chez Brecht : une méfiance à l’égard de la sentimentalité et de la résilience, une attention aux signes, des manières politiques d’être amical. Je laisse le dernier mot au poète italien Franco Fortini (1917-1994), qui écrivait ceci lorsqu’il traduisait Brecht : « Ecris, me dis-je, hais ceux qui avec douceur conduisent au néant les hommes et les femmes qui marchent à tes côtés et croient ne pas savoir. Parmi les noms des ennemis écris aussi le tien./ La poésie ne change rien. Rien n’est sûr, mais écris. » Lire un extrait sur le site des éditions La Fabrique. Tiphaine Samoyault (Ecrivaine et essayiste)
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