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April 20, 2023 9:01 AM
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Le cheval, ce formateur singulier

Le cheval, ce formateur singulier | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Situé à Virson (Charente-Maritime), l’organisme de formation Amazines présente une caractéristique bien particulière, celle de proposer des formations de coaching et de développement personnel par la médiation équine. Sa fondatrice, Joëlle Guasch, a créé cette structure après 35 ans d’expérience professionnelle en tant que cadre au sein de diverses entreprises et de conseillère en chambre consulaire. Elle propose, entre autres, une formation intitulée « retrouver son estime de soi pour mieux propulser sa vie personnelle et professionnelle », financée par l’appel à projets régional « mobilisation vers la formation » (PACTE).

 

En quoi consiste la médiation équine ?

On connaît davantage l’équithérapie pour les personnes en situation de handicap par exemple. Dans la médiation équine, on rajoute à ces pratiques de base tout ce qui est coaching et accompagnement au changement. Dans le principe, on met la personne au contact du cheval, on travaille beaucoup par métaphore pour bien intégrer la vraie vie, ses situations personnelles ou professionnelles. La personne comprend ce qui se passe, acquiert des outils d'autogestion pour se sentir mieux et nous l’accompagnons dans son changement. En fait, la médiation équine s'adapte à tout public de 7 à 77 ans. On va toucher des thèmes comme la confiance en soi, la communication, le management, le travail en équipe, le leadership, la créativité, etc.

 

En quoi consiste votre approche ?

La particularité d'Amazines, c'est de proposer des formations dont la pédagogie passe par la mise en situation avec l’animal. Un apprentissage par l’expérience sensorielle et émotionnelle, pour être en phase avec soi-même et avec les autres. Le cheval est un animal grégaire qui a besoin du groupe pour évoluer en sécurité. Comme il n’a ni crocs, ni griffe, ni venin, son système sensoriel lui permet de fuir en cas de danger. Il est tellement sensible qu'il est capable de ressentir une variation du rythme cardiaque, par exemple chez l'humain. Cela oblige la personne à être totalement authentique à son contact pour que ça fonctionne. Et comme c'est un animal sans jugement, ça ouvre le champ des possibles pour se réaliser.

 

Face à l'animal on peut apprendre le bon comportement, pour le dupliquer ensuite avec l'humain. C’est pour ça que je suis allée chercher le cheval et que je l'ai intégré dans la pédagogie, qui comprend la PNL, l'approche neurocognitive, et les approches classiques de formation avec évaluations, mesures, indicateurs etc. Nous avons deux axes de formation, les relations interpersonnelles et la santé au travail. Dans le domaine de la santé au travail, on aborde  la gestion du stress et des émotions.

 

Dans l’éventail de vos actions, vous proposez une action de mobilisation ?

Dans le cadre de cette action, nous intervenons auprès de personnes en rupture sociale, très éloignées de l'emploi, de 20 ans à 50 ans. On leur explique rapidement que nos formations se déroulent en pleine nature, pas sur des bancs d’école, qui est souvent un mauvais souvenir pour elles. L’objectif est de leur permettre de reprendre confiance et développer l'estime de soi, pour qu'elles se sentent capable d'engager une formation et favoriser leur retour à l'emploi. La mise en œuvre se fait en partenariat avec les structures d'insertion, les missions locales, Pôle emploi, etc. On fait régulièrement des points pour voir ce qui a fonctionné, et ce qui est à améliorer, en présence du bénéficiaire.

 

Nous effectuons des évaluations de départ, et nous utilisons des indicateurs de mesure en cours de route. Le principe, c’est de mettre la personne en situation, on débriefe sur ce qu'elle a vécu, et on transforme l'expérience en pédagogie avant de la formaliser. Autre chose importante, c’est que les participants font de la formation sans le savoir.

 

En pratique, cette formation se déroule comment ?

Nous avons des groupes de 6 personnes encadrées par 2 intervenants, on est vraiment dans une formation individualisée, même s'il y a du collectif.  Le parcours comprend 11 journées réparties sur un peu plus d’un mois et demi. On affine la pédagogie au fur et à mesure, puisqu’elle est étroitement liée à l'évolution des bénéficiaires. Avec tout de même un fil rouge. Par exemple, on intègre de la nutrition parce qu'on s'est rendu compte qu’ils mangeaient très mal, et que ça avait des effets sur leur santé et sur leur situation financière. Donc on observe ce que mange le cheval, dans le but de leur faire prendre conscience en quoi l'alimentation est importante.

  

Que comprend votre pédagogie ?

On part de ce qui se passe dans la vraie vie pour conceptualiser. On amène les gens à comprendre ce dont ils ont besoin dans leur vie personnelle et professionnelle, et comment ils peuvent prendre leur place dans le groupe. Ils se rendent compte qu’ils peuvent être eux-mêmes libres et force de proposition. C'est la base du management des organisations transversales, sortir du pyramidal pour entrer dans du transversal et de l'intelligence collective. Prendre conscience qu'il existe différentes formes d'intelligence, et que chacun a sa place, ça change le regard sur soi.

 

Quand le cheval a décidé de brouter et que l'objectif pour la personne est de l'emmener dans le manège, elle est obligée de s'affirmer pour lui imposer de se déplacer. Mais elle ne se rend pas compte qu'elle est en train de s'affirmer quand elle le fait, son objectif c'est déplacer le cheval.

 

Autre exemple, au lieu de faire des mathématiques derrière un bureau, on leur fait calculer des rations de nourriture pour le cheval, des distances à parcourir. En fait tout est ludique, tout est pédagogie, tout passe par le jeu, l'expérience et la transformation.


Comment se déroule une séance ?

En séance, on commence par observer le troupeau. On explique les règles de sécurité, ainsi que les règles déontologiques de respect, de bienveillance, de non-jugement etc. Selon la capacité des gens, on entre dans le troupeau ou on reste à l‘extérieur. Et on observe ce qui se passe. S’ils en ont peur, c’est normal, ils peuvent rester à distance voire très loin du cheval, ça fonctionne quand même. 

 

Là déjà on travaille sur les hiérarchies dans le groupe, les interrelations, les rapports de force. Qu’est-ce qu’un dominant ? Quel est son rôle dans le groupe ? Qu'est-ce qu'un leader ? On travaille par métaphore, on compare les organisations familiales, les organisations professionnelles et les organisations grégaires du cheval. Assez vite les participants se rendent compte que les chevaux fonctionnent comme nous, selon une organisation hiérarchique, avec des besoins essentiels.

 

Une fois qu'on a abordé le rôle du cheval dans le groupe, on s’approche de lui pour travailler le sensoriel par le pansage. On aborde les sens, à quoi ils servent, le lien entre le sensoriel et l'émotionnel. C’est important pour tous ceux qui sont coupés de leurs émotions. On ajoute des outils d'autogestion basés sur la sophrologie, l’auto-hypnose, la relaxation, pour que la personne puisse se gérer elle-même, lorsqu’elle se trouve dans une situation inconfortable.

 

Que se passe-t-il après la formation ?

A l'issue des 11 jours, les apprenants ont la possibilité de passer le CLEA équin, une première reconnaissance accessible à ceux qui le désirent. On leur propose aussi les open badges de notre partenaire Diagonales, la régie de quartiers de La Rochelle. Avec les open badges, ils se reconnaissent aussi dans leur savoir être, c'est important pour l'estime de soi.

 

Mais l'objectif de l’action, c'est de leur permettre d'engager une formation en rapport avec les compétences nécessaires à leur projet professionnel. Le travail sur le projet professionnel se fait graduellement. Il est variable d'une personne à l’autre, il n’y a pas de règles. Pour moi, le changement s’opère dès le début de la formation. S’il ne s'opère pas de suite, c'est que quelque chose ne fonctionne pas. Il faut que ce soit court, efficace et opérationnel.

 

L’organisme de formation est certifié Qualiopi et fait partie du réseau international EAHAE dont la particularité est l’éthique dans les pratiques d’équicoaching. Les formations sont éligibles auprès des Organismes Collecteurs de financement dont certaines au CPF.

 

Amazines.fr

Contact : Joëlle GUASCH - 0624649610

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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April 6, 2023 7:23 AM
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Des salariées mises à l'honneur

Des salariées mises à l'honneur | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Nadège Alexandre est en charge du pôle ville local et solidarités de la communauté de communes de Montesquieu (sud de Bordeaux). Avec Carine Naffetat, Responsable du service emploi et insertion de la CDC voisine, Jalle-Eau-Bourde, une action de valorisation des salariées des services à la personne, baptisée « Dans les coulisses, des femmes ordinaires…extraordinaires » a été menée. Cette action est lauréate du Fonds Régional pour l’Innovation dans la Formation.

 

D’où vient votre projet ?

En 2020, nous avons mené une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences territoriales (GPECT) copilotée par la communauté de communes de Montesquieu et celle de Jalle-Eau-Bourde. Lors du séminaire de restitution au printemps, nous avons présenté un plan d’action qui incluait la volonté de travailler sur les métiers des secteurs de la propreté et des services d'aide à la personne. Et sur des collectifs autour de l'organisation de services RH et des conditions de travail. Une des actions préalables consistait à valoriser ces métiers par une action à dimension culturelle et artistique.

 

En parallèle, nous avons travaillé avec le réseau des bibliothèques sur un projet qui s'appelle « les Simone », consistant à identifier et valoriser toutes les femmes « extraordinaires » qui ont contribué à écrire notre histoire mais sont un peu oubliées. Dans le même esprit, et pour faire un peu différemment des forums emploi et des ateliers participatifs habituels, nous avons imaginé une action de mise en avant de ces femmes ordinaires, ces salariées invisibles des services à la personne, qui font l'histoire au quotidien. Parce qu’elles exercent des métiers essentiels pour maintenir le lien social et sortir des personnes de l'isolement.

 

Comment vous avez abordé cette action ?

On s’est dit que pour parler des services d'aide à la personne, ce qui pouvait être intéressant c'est d'aller toucher l'émotion des gens. On peut avoir un plan d'action très structuré, très organisé, avec des organismes de formation, le soutien de la Région, etc. Mais finalement on est un peu dans un entre-soi et on n’arrive pas forcément à aboutir à des prises de décision qui permettraient vraiment de changer en profondeur les conditions de travail et le regard qu'on peut porter sur ces salariées et ces métiers. Notre volonté c’était de toucher ce qui peut interpeller chacun d'entre nous, la maladie, la vieillesse, la dépendance, auxquelles nous sommes tous confrontés d'une manière ou d'une autre. 

 

Quelle a été votre approche ?

Notre idée était de faire intervenir une compagnie théâtrale que nous connaissions déjà, la compagnie des Volets Rouges avec pour objectifs de parler de ces métiers et des salariées qui les occupent sur nos territoires. C’est un collectif d'artistes très en prise avec les sujets de société. Ils nous ont proposé de rencontrer ces salariées, d’aller les observer dans le cadre de leur travail, faire des entretiens et les restituer sous forme de portraits sonores d’une dizaine de minutes. Nous voulions entendre les salariées parler de leur métier, de leurs conditions de travail un peu particulières, des amplitudes horaires importantes, des relations humaines, de leur implication pleine et entière dans ce travail. En résumé, avoir une meilleure connaissance de ces métiers. Et peut-être susciter des vocations, des envies chez certaines personnes qui s'interrogent aujourd'hui sur le sens donné à leur travail, leur place dans la société, un besoin de reconnaissance et d'utilité sociale.

 

Nous voulions aussi mettre en évidence le fait que ce sont des vrais métiers, qui requièrent de la formation, des temps de préparation, des temps de régulation. Nous ne sommes pas tous confrontés au deuil dans notre travail, à des formes d'agressivité qui peuvent être avérées chez des personnes atteintes de maladies Alzheimer. On est face à l'humain cela nécessite d’avoir des compétences. Aujourd'hui, certaines salariées nous disent ne jamais avoir suivi de formation, alors qu’elles travaillent depuis 20 ans.

 

Comment avez-vous procédé pour trouver les salariées ?

Nous nous sommes adressées aux employeurs, ça nous paraissait important qu'on ait leur aval. On avait évalué à 8 heures le temps nécessaire à consacrer à ce projet.  Donc nous avons présenté la démarche à des structures type CCAS, à des structures d'insertion. Certaines d'entre elles avaient participé à la GPECT, donc ça n’était pas une surprise. Elles ont à leur tour présenté le projet aux salariées. Certaines s'en sont saisies, d'autres non. Nous avons proposé une réunion à toutes celles qui étaient intéressés, pour leur expliquer dans quoi on s'engageait tous collectivement. Finalement nous avons pu trouver 8 salariées bien réparties sur nos collectivités, donc c'était parfait.

Quelles ont été les réactions des salariées ?

Nous voulions vraiment entendre leurs réserves éventuelles. Ce qui a été assez drôle, c'est qu’elles ne voulaient pas qu'on raconte une belle histoire. On s'est rendu compte que « valorisation des métiers » fait partie des expressions qu'on utilise dans notre jargon professionnel. Mais qu’en fait, l’enjeu était bien plus de valoriser les salariées. Et aussi de mieux faire connaître tout ce qu’implique l’exercice de ces métiers. Ça nous a obligé à effectuer un exercice de précision et d'explicitation de ce qu'on attendait de ce projet.

 

Avez-vous rencontré des obstacles ?

On se posait des questions sur l’aspect artistique, parce qu'en fait, ce n’est pas anodin d’être observé, de donner un entretien enregistré, d’être prise en photo pour une exposition. Nous avons beaucoup échangé avec les salariées, pour leur dire qu’à toutes les étapes du projet, elles auraient leur mot à dire et qu’elles valideraient les supports diffusés, qu’on ne les mettrait pas en difficulté, qu'on resterait à leur écoute. Nous leur avons dit que si elles préféraient, les photos pouvaient être prises de profil, de dos, légèrement floutées. Nous avons aussi pris des précautions en prenant contact avec les familles des bénéficiaires. Leurs réactions ont été très variables. La compagnie a dû s’adapter aux attentes et contraintes des salariés, ainsi qu’aux familles des bénéficiaires. Ça a été un travail de dentelle.

 

Dans l’idéal, quels seraient les effets espérés ?

Ce sont des sujets qui sont abordés au niveau national, mais finalement on a toujours l'impression que ça ne nous concerne pas directement. Je pense que localement, il y a des réflexions à mener. Et peut-être que notre action peut contribuer à une prise de conscience pour agir à notre échelle, dans la proximité. Par exemple, on pourrait imaginer une structure intercommunale employeuse qui offrirait des conditions de travail plus satisfaisantes, des horaires moins morcelés et plus en concordance avec les attentes des salariées. Nous faisons notre part du travail pour essayer de faire bouger les choses localement, provoquer une prise de conscience et peut être déclencher une envie d'agir.

 

Il faudrait que des acteurs se sentent concernés et prennent la suite pour travailler de manière plus concrète sur ces questions. Dans la démarche GPECT, nous avons évoqué, par exemple, la question des équipes autonomes, qui s’autogèrent avec plus de souplesse dans l’organisation de leur planning. Il faudrait travailler avec les services RH des communes et/ou des structures employeur, partager les bonnes expériences pour améliorer les conditions de travail. Peut-être que ce travail de visibilité des salariées facilitera la mobilisation des organismes, que des actions pourront être inscrites à l’agenda de cette année.

 

Vous organisez un évènement de restitution le 29 avril, de quel ordre est-il ?

Nous allons nous retrouver dans l’espace culturel Georges Brassens à Léognan. On pourra y écouter les podcasts et voir la galerie de portraits, rencontrer les salariées participantes et la Compagnie Les Volets Rouges, puis regarder le documentaire Debout les Femmes qui sera projeté à la suite. Tout ce travail sera disponible sur nos sites internet et sur celui de la compagnie. J'aimerais que les salariées prennent la parole si elles se sentent à l'aise. L’idée, c'est que ce ne soit pas une restitution trop formelle. Nous voulons vraiment que ce soit un temps fort, et que les salariées viennent avec leurs enfants. Je pense qu'elles seront contentes de partager ce moment avec leur famille.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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March 23, 2023 12:34 PM
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Illettrisme, une histoire individuelle

Illettrisme, une histoire individuelle | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

A Limoges, Hélène Merigoux et Maïder Echeverria sont codirectrices de l'association Lutter pour l’Inclusion et le Respect par l’Ecriture (LIRE). La principale action portée par LIRE est l’accompagnement individuel des personnes en situation d'illettrisme. Elle est soutenue par la Région dans le cadre de l’appel à projets régional « Innover contre l’Illettrisme. »

 

En quoi consiste votre projet ?

A la base du projet nous sommes 3 éducateurs spécialisés, dont les deux codirectrices actuelles. On travaillait dans la protection de l'enfance, dans un foyer avec des mineurs qui n'avaient pas le niveau nécessaire pour être autonomes dans leur vie quotidienne. Nous avons essayé de faire intervenir des associations de soutien scolaire, mais le fait que ce soit un « simple » soutien scolaire ne suffisait pas. Il manquait un accompagnement global qui tienne compte des réalités sociales de ces jeunes.

 

Nous avons pris deux ans pour réfléchir à un projet qui réponde à des besoins individuels, dont l’apprentissage du français pour accéder à l'autonomie et l'insertion. Comme il n’existait rien de similaire sur le département, nous avons rencontré beaucoup de futurs partenaires, présenté le projet aux institutions publiques et privées qui pouvaient nous aider à le monter et le financer. En 2020, nous avons commencé des accompagnements à la Bibliothèque francophone multimédia de Limoges, ensuite nous avons pu louer nos propres locaux.

 

Quel est votre public aujourd’hui ?

On s'adresse à toute personne en situation d'illettrisme. Cette année il y a une forte demande de la part de jeunes en apprentissage qui ont des problèmes de maitrise de la langue. D’autres ont connu des échecs scolaires et se rendent compte que leur niveau de lecture et d'écriture est trop bas pour accéder à une formation qualifiante. Les personnes ne sont pas forcément illettrées au sens officiel du terme, mais en pratique, elles le sont dans leur vie quotidienne, parce que leurs carences les empêchent de s'insérer, de trouver de l'emploi, ou même d’avoir des relations sociales normées. Au point que certaines ne sortent plus de chez elles, ne font plus leurs courses, ne savent pas prendre le bus. Notre objectif, c’est qu’elles soient autonomes et qu'elles trouvent du travail ou une formation à leur niveau.

 

Quelle est la particularité de votre action ?

Ce qui est innovant dans notre façon de faire, c’est l’accompagnement individuel, sur le principe un formateur, un apprenant. Nous tenons à ce que nos formateurs bénévoles suivent au moins une formation dans l'année au Centre Ressources Illettrisme Analphabétisme (CRIA Nouvelle-Aquitaine) et participent à nos formations internes sur la relation éducative. Il nous paraît important qu’ils sachent éviter les écueils de la relation avec notre public, qu’ils ne soient pas trop dans l'affect et gardent la bonne distance.

 

La deuxième particularité de notre méthode, c’est qu’elle consiste à répondre à un besoin immédiat. Nous accueillons les personnes qui nous sont adressées avec un premier entretien pendant lequel on discute de leur situation, des raisons de leur venue, de leurs attentes. En fonction de ses réponses, on adapte nos méthodes pédagogiques. Par exemple, si une personne nous dit vouloir passer le code de la route, on va focaliser son apprentissage là-dessus. Elle aura la sensation qu'on répond tout de suite à ses besoins.

 

Comment se déroule ce premier entretien ?

Nous utilisons un support avec les renseignements classiques, la situation sociale de la personne, son travail, si elle cherche un emploi, est-ce qu'elle a des enfants, si elle est isolée, si elle prend les transports en commun, etc. Nous lui faisons remplir la partie administrative, ce qui nous donne déjà un premier niveau d'informations : comment elle tient son stylo ? Est- ce qu'elle tremble quand elle écrit ? Est-ce qu’elle a besoin de sa carte d'identité pour écrire son nom de famille ? etc. Ensuite, on lui demande ce qu’elle attend de nous, ça nous permet aussi de voir quelle est sa posture, et si elle est à l'aise à l'oral. On lui explique bien ce qu'on peut proposer, qu'on ne pourra pas forcément lui apprendre à lire et écrire, car il faut 1 500 heures pour ça, mais que nous sommes une première marche vers des formations plus longues.

 

La première demande peut être juste « je veux apprendre à lire et écrire. » D'autres personnes vont venir dans un but précis, parce qu'elles veulent trouver un travail ou passer une qualification, mais qu’elles n’ont pas le niveau suffisant. On leur propose un accompagnement sur la recherche d'emploi. On leur apprend à se présenter, à savoir faire une phrase appropriée lors d'un entretien professionnel, comment ne pas faire d'énormes erreurs.

 

Comment procédez-vous ?

Notre méthode et nos outils sont entièrement personnalisés. Aucun accompagnement ne ressemble à un autre. Les personnes viennent pour des séances d’une heure, une ou deux fois par semaine, toujours avec le même formateur. Avec nos apprenants, tout peut servir de support d’apprentissage. On fait des simulations d'appels téléphoniques, des sorties, on va prendre le bus, faire des courses, on ne s’interdit rien. L’accompagnement se termine quand le besoin est satisfait. Mais il peut reprendre plus tard dans l’année, par exemple pour des personnes qui sont entrées en formation, mais qui ont besoin d’un petit coup de main pour leurs examens.

 

En tant qu’éducateur spécialisé, avez-vous une approche particulière ?

Le métier d'éducateur a pleinement son rôle dans le champ de l’illettrisme, parce que c'est un métier du lien. Nous avons l’expérience du travail en foyer avec des adolescents récalcitrants, nous avons l’habitude de nous adapter. Nous disons à nos formateurs qu’ils sont là pour l'apprentissage du français et que pour tout ce qui relève du social, c’est nous qui intervenons. Nos publics sont le plus souvent dans des situations administratives assez complexes, ils n’ont pas besoin de nous réexpliquer tout leur parcours. Comme nous sommes des travailleurs sociaux, nous savons à peu près où ils en sont. Je pense que c'est pour ça que ça fonctionne bien.

 

Quel est le profil de vos formateurs bénévoles ?

Nous avons tous les profils. Beaucoup de retraités, mais aussi de plus en plus de jeunes en quête de sens. Nous sommes attentifs à ce que ça reste un plaisir pour eux de venir. Nous faisons des parcours individualisés aussi pour chaque formateur bénévole, c'est-à-dire qu’on respecte le temps qu’il veut donner à l'association. On essaie de créer des binômes formateur/apprenant sur la base de leurs centres d'intérêts communs. Et notre collègue Grégory Salles organise des temps de regroupement de formateurs trois fois dans l’année pour parler des outils pédagogiques, des pratiques, des formations…

 

Quels sont vos projets ?

Nous aimerions toucher beaucoup plus les salariés. Nous savons que dans les entreprises, il y a des personnes qui ne savent pas lire et écrire, qui sont en difficulté. En Haute-Vienne, l’illettrisme c’est 7%, soit 26000 personnes. Elles sont bien quelque part. Les entreprises en sont très conscientes, mais dès qu'on leur parle de payer pour mettre en place une formation auprès de leurs salariés, il y a moins de candidats. Nous voulons aussi devenir organisme de formation, on sait que l'avenir de l'association dépend aussi de ça.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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March 9, 2023 4:09 AM
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Les multiples dimensions de la mobilisation

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Parcours Expérience 3D est une action nationale de remobilisation du réseau des Maisons Familiales et Rurales. Elle est menée, entre autres, depuis fin 2020, par le Centre de Formation et Promotion (CFP) de Champcevinel, près de Périgueux. Maelle Périot, conseillère en insertion professionnelle et chargée de vie sociale, en est la coordinatrice. Parcours Expérience 3D est lauréate du PIC 100% Inclusion.

 

En quoi consiste Parcours Expérience 3D ?

C’est une action de remobilisation qui mixe des temps collectifs et des temps individuels. On ne voulait pas proposer que du collectif, parce que ça ne correspond pas forcément à tout le monde. 3D, c’est parce qu’on prend en compte les personnes dans toutes leurs dimensions. Sa durée est de 15 mois maximum, ce qui est très appréciable, on a assez de temps pour s'adapter au rythme de chacun. On n'a pas cette pression qui peut exister dans d'autres actions.

 

La première étape de Parcours 3D consiste à prendre le temps de bien identifier les besoins et les freins de la personne. En fonction de ça, on lui propose des temps collectifs, pas forcément les mêmes pour tous (ateliers confiance en soi, cuisine, etc.). Notre souhait, c'était vraiment d'individualiser, de cibler au maximum ce qui va correspondre à chaque participant, de ne pas les mettre en difficulté parce qu’on sait que la perspective de travailler en groupe peut en faire fuir certains.

 

Quelles différences avec une autre action du même type ?

La différence c’est que nous n’avons pas d’ateliers pérennes, réguliers, qui suivent un rythme fixe. Là ce n’est pas le cas. On met en place les ateliers en fonction des besoins des personnes. C’est là que réside la nouveauté, et en même temps ça représente une vraie complexité d’organisation. Je fais des ateliers individualisés pour travailler sur la recherche d'emploi ou sur l'orientation avec des outils comme Pass’Avenir.

 

Comment arrivent les candidats ?

Les publics peuvent être repérés par les prescripteurs, mais aussi par les assistantes sociales, ou par les associations pour ceux qui sont en attente de titres de séjour. Normalement, une personne arrive chez nous après un entretien tripartite. Ou seule si son référent estime que c’est possible. Selon les cas, je commence par lui présenter le cadre de l’action ou j’essaie d’en savoir plus sur sa situation, de connaitre ses questionnements, ses attentes. Et si elle est d’accord pour participer. On se revoit la semaine d'après pour reparler des objectifs. Je ne fais jamais signer l'accord de participation les premières fois, parce que je vois assez rapidement quelles sont les personnes qui ne vont pas adhérer, par exemple si elles ne viennent pas au deuxième rendez-vous.

 

Qu’entendez-vous par entretien tripartite ?

Un entretien tripartite ça veut dire qu’on fait un entretien à trois, avec la personne, son référent et moi. On définit ensemble les objectifs de l'accompagnement. Toujours dans le but d'être au plus proche de ses besoins et de sa situation. Et puis, surtout, pour lui montrer qu’on travaille en partenariat. Je tiens beaucoup à ces temps tripartites, parce que je trouve que ça rassure les gens et que ça les sécurise. Parfois, le temps ne permet pas de faire ce rendez-vous en présentiel, mais il y a toujours au moins un échange téléphonique avec son référent, en présence de la personne.

 

Quel est le public concerné ?

C'est un public plus éloigné de l'emploi que celui qui suit nos formations. Même pour la formation du premier niveau, assistante de vie aux familles, il faut à minima que les personnes aient la capacité de reprendre une formation, d'aller à l'emploi, de tenir sur la durée, de passer des évaluations, etc. Pour avoir été CIP pendant plusieurs années, et avoir travaillé sur des ateliers de remobilisation, c'est un public que je connais bien. Mais je constate que nous avons beaucoup de mal à l’accrocher maintenant. Nous recevons plus des femmes, plutôt des femmes isolées. Et environ pour moitié d'origine étrangère, avec les difficultés en français qui font que l’intégration à l’action n’est pas possible. Pour certaines, on est à la limite, elles cherchent surtout un soutien administratif.

 

Comment abordez-vous les participants ?

Je pars du principe que s’ils sont là, c'est qu'ils ont envie. Et que s’ils sont là, c'est bien parce qu'il y a des difficultés et des freins. Je ne vais pas attendre d'eux qu'ils respectent une régularité parfaite. Je sais que les premiers mois, ils vont manquer des rendez-vous, qu’ils ne feront pas toujours les démarches convenues, même si c'est quelque chose d'anodin. Le plus important, c'est de ne jamais couper le lien. S’ils sont absents, je les appelle, je dédramatise et je fixe un nouveau rendez-vous. Si on ne faisait que du collectif, on attendrait des participants une certaine rigueur, ne serait-ce que vis-à-vis du groupe. De toute façon, au fur et à mesure de l'avancée du parcours, la régularité s'installe. Après je m’adapte au rythme de chacun. La difficulté, c'est que les temps collectifs sont extrêmement importants, et si le nombre de participants est trop faible, ils n'ont plus lieu d'être.

 

A certains moments, si on constate des blocages par exemple, nous faisons de points de situation, si besoin avec les référents. Il arrive qu’on arrête un parcours, mais c'est rare. Même si on est obligé de l’interrompre, étant donné que les attentes sont vastes, la personne arrive toujours à avancer. Peut-être pas selon nos critères à nous mais pour elle, c’est toujours un progrès.

 

Quel est votre positionnement ?

Je suis un peu multi casquettes et je dois faire attention à ne pas me laisser déborder, on pourrait vite dériver vers le rôle de confidente. Je peux entendre toutes les situations, mais je ne peux pas tout traiter, alors je dois rapidement orienter vers d’autres intervenants. Il faut aussi dire que j’ai le beau rôle, je n’ai pas la charge de problèmes comme le RSA, j'ai beaucoup plus de temps à leur consacrer. Du coup je peux agir dans l'urgence. Si quelqu’un a besoin de me voir, je peux m'arranger pour le recevoir dans la journée. Ça c'est quelque chose d'important pour moi. Un conseiller pôle emploi ou une assistante sociale ne peut pas le faire. Quand c'est un public vraiment très en difficulté, très désocialisé, on sait que pour le tenir il faut être proche de lui. Il n’est pas autonome, il va avoir peur, il y a des tas de choses qui peuvent engendrer des ratés.

 

Combien avez-vous réalisé d’accompagnements ?

Pour l’instant, j'ai accompagné 15 personnes et j'en ai reçu 19 autres qui n'ont pas intégré l’action. On a eu beaucoup de personnes avec des difficultés de maîtrise de la langue française, pour lesquelles c'était un peu prématuré en termes d'accompagnement. J’ai eu aussi plusieurs personnes qui avaient été orientées sur nos formations, mais qui n’avaient pas les prérequis, donc elles ont été redirigées vers moi, mais n'ont pas voulu adhérer à Parcours 3D.

 

Et qu’avez-vous eu comme résultats ?  

Quatre personnes sont allées en formation et une personne est partie en emploi. J’ai aussi eu des personnes pour qui l'accompagnement se termine de façon prématurée, essentiellement à cause de problèmes de santé. Ça n’est pas forcément négatif non plus, parce que dans tous les cas il y a des choses qui ont avancé. Le pire c'est vraiment une personne que je perds ou qui n'a pas adhéré parce que ça ne correspondait pas à ses attentes, elle n’en voyait pas le sens, elle n’était pas prête. Mais tout le reste est positif parce que forcément il s'est passé des choses pour elle, une prise de conscience. La temporalité est différente pour chacun, mais c'est de toute façon toujours positif.

 

Quels sont selon vous les améliorations qu’il faudrait apporter à l’action ?  

Nous sommes partis à la rencontre de chaque partenaire, Pôle emploi, Cap emploi, le conseil départemental, la mission locale. On est allés leur expliquer quel était le but et le principe de cet accompagnement, ce qu'on pouvait proposer, comment on souhaitait que ça se passe et pour quel public. Malgré ça, la difficulté que nous rencontrons depuis le départ c'est le manque de prescriptions. Seul le conseil départemental nous a envoyé des personnes. C'est un superbe outil, mais dont les partenaires ont eu du mal à se à se saisir.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

RésoDoc''s curator insight, March 13, 2023 4:42 AM
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February 23, 2023 8:10 AM
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Le repérage, première étape de la lutte contre l'illettrisme

Le repérage, première étape de la lutte contre l'illettrisme | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Catherine Charlery et Delphine Le Parc sont respectivement directrice et chargée de mission de l’association agenaise Syllabe, une plateforme d'accueil, d'évaluation, d'orientation, de suivi de toute personne en difficulté avec les savoirs de base. Elle reçoit près de 1 900 personnes par an. L’association est lauréate de l’appel à projets régional « innover contre l’illettrisme ».

 

Quelles sont les actions concernées par ce nouvel appel à projets ?

Le nouvel appel à projets fait particulièrement référence à ce que nous faisons en direction des personnes scolarisées en France, mais ça n’est pas notre seul public. Il s'agit surtout de prolonger ce qu'on faisait déjà en 2020 et 2021. Nos actions précédentes ont porté leurs fruits, parce que nous recevons plus de public. C’est donc que les personnes sont mieux repérées. On constate également que chez celles qui ont été scolarisées en France, la proportion de personnes en grande difficulté est plus vaste. On est passé de 11 à 15%.

 

Le projet de cette année vise prioritairement les salariés de l’IAE. La nouveauté, c’est de travailler à leur repérage et surtout à l’entrée en formation de ceux qui seraient en situation d'illettrisme. Nous avons du mal à les recevoir.  Et quand c’est le cas, c'est difficile pour eux d'entrer en formation parce qu’ils ne sont pas forcément libérés sur leur temps de travail, voire pratiquement jamais. L’évaluation que nous faisons à Syllabe n’est pas suivie de formation, ça n'est pas satisfaisant. L’objectif étant de sécuriser leur parcours de manière qu’à la fin de leur contrat d'insertion ils puissent rebondir soit sur de la qualification, soit sur du travail.

 

Quels sont vos objectifs ?

Nous avons plusieurs objectifs, à commencer par celui de renforcer le rôle de Syllabe dans le département comme acteur central de la lutte contre l’illettrisme. Ensuite, de continuer le travail de repérage et de mobilisation, ainsi que d'assurer la sécurisation du parcours de formation en lien avec les prescripteurs, Cap emploi, missions locales, Pôle emploi et les organismes de formation. Par ailleurs, depuis la mise en place du CEJ, nous avons constaté une grande baisse de 30% des jeunes qui sont orientés vers nous par les missions locales. Nous voulons à nouveau arriver à toucher ce public.

 

Que faudrait-il pour améliorer le repérage ?

Ce n’est pas Syllabe qui effectue le repérage. Nous recevons des gens qui ont été repérés par d’autres. Même s’il y a eu des améliorations dans le repérage, il faut toujours poursuivre l’effort puisqu’il y a beaucoup de turn-over dans les structures. II y a de nouveaux conseillers Pôle emploi, de nouvelles assistantes sociales dans les centres médico-sociaux. Il faut continuellement expliquer notre rôle pour être efficace. Il y a également plus de structures qui font appel au CRI Aquitaine pour des séances de formation de leur personnel, ça c'est positif. S’ils sont mieux formés, ils repèrent mieux, et du coup ils les envoient plus vers la plateforme. Il faut continuer.

 

La lutte contre l'illettrisme, le repérage, la mobilisation, c'est un travail à long terme, puisque même le processus de réapprentissage pour les personnes concernées prend du temps. Nous les captons mieux, elles sont mieux orientées, il s’agit maintenant de transformer ça, qu’elles puissent entrer en formation de manière effective.

 

Quels sont les freins que vous constatez ?

Il y a les personnes elles-mêmes, avec lesquelles nous devons travailler sur le long terme pour les décider, pour qu’elles aient suffisamment confiance, en elles et en nous, pour accepter d'aller en formation. En ce qui concerne les SIAE, il faut arriver à les convaincre de libérer du temps à leurs salariés. Et il faut aussi que l’on arrive à travailler avec les organismes de formation dans le cadre de l’Habilitation de Service Public (HSP) socle de compétences pour qu'ils adaptent leurs temps de formation à des groupes de salariés de l’IAE.

 

En Lot-et-Garonne, à la différence d'autres départements de Nouvelle-Aquitaine, le fait qu'il y ait une plateforme facilite les choses. On arrive à avoir des gens qui entrent en formation sur ce parcours 1 de l’HSP*, et qui peuvent le renouveler. Ce n’est pas forcément le cas sur les autres départements.

 

Quand une personne se présente, que lui proposez-vous ?

En fait nous évaluons sa maîtrise des compétences de base en relation avec son projet. Et en fonction de ça, on va l'orienter soit vers un parcours 1, qui s’adresse aux personnes en situation d'illettrisme, soit vers un parcours 3 qui est un parcours de remise à niveau. Si c’est trop tôt pour elle, nous allons l’orienter vers une association de bénévoles. Pendant le Covid, nous avons eu moins de bénévoles, donc on a plus largement orienté sur l’HSP. Et on s'est rendu compte que ça marchait, alors qu’on pensait que ce serait une marche trop haute, que ça allait leur faire peur d’être en groupe, que plusieurs heures par semaine, ça pouvait être trop.  

 

Notre rôle est aussi de donner de l’information. Par exemple, si une personne rencontre des gros problèmes de mobilité et qu’elle a des droits, des aides qu'elle ne connaît pas, on va l'orienter vers la structure adhoc. Dans tous les cas, on fait le point sur tout ce qui est périphérique, tout ce qui a contribué à sa situation actuelle.  L’évaluation est réalisée à l'entrée et à la sortie. Nous restons en lien avec le prescripteur, on lui renvoie l'évaluation mais on ne lui communique pas tout ce qui s’est dit entre nous et la personne, son passé familial, son passé scolaire, sa situation… Et surtout, on préconise une formation. Ensuite, charge au prescripteur d’inscrire le candidat.

 

Pour les personnes en situation illettrisme, on se rend compte que certains trouvent du travail à l'issue de la formation. Ça les remet en route, c'est positif, ça les revalorise. Elles se sentent capables d'aller vers l'emploi par exemple, ou même de passer leur permis, alors qu’elles pouvaient avoir l'impression de ne pas en avoir les capacités.

 

Avez-vous constaté des améliorations ?

Nous sommes une des rares régions de France qui proposent une formation destinée spécifiquement aux personnes en situation d'illettrisme. C’est un grand progrès par rapport au dispositif compétences clés, où elles étaient plutôt mélangées avec d'autres. Là on a quand même la garantie que celles qui sont sur le parcours 1, ne seront qu'avec des personnes comme elles, ce qui est quand même primordial. Ça nous permet de créer quelque chose d'assez cohérent. Du coup on essaie d'embarquer tous les acteurs avec nous. Maintenant, il faut que les formateurs soient eux-mêmes formés.

 

Et selon vous, que faudrait-il faire évoluer ?

Aujourd'hui quand on fait un parcours 1 on peut en refaire un deuxième. Après, il faut s'arrêter pendant un certain nombre de mois. Avec ce type de public, dans l’idéal, il faudrait pouvoir continuer si la personne le souhaite, aussi longtemps que nécessaire. Il y a aussi le nombre de personnes en formation qu’il faudrait assouplir. On est sur des petits groupes, et s’il y a quelques absences, par exemple que seules deux personnes viennent, en général l'organisme de formation ne fait pas cours. Seulement, on a affaire à un public qu'il a fallu mobiliser. Et on ne peut pas dire à celles qui viennent à chaque séance, de retourner chez elles si les autres ne sont pas là.

 

 

* Voir fiche technique G1.08

www.cap-metiers.pro/Fiches-techniques/Formation-creation-entreprise-et-validation-des-acquis/921/Habilitation-service-public-HSP-Socle-competences/

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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February 9, 2023 8:51 AM
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L’entreprise inclusive, ou la diversité comme atout pour l’avenir

L’entreprise inclusive, ou la diversité comme atout pour l’avenir | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Une entreprise inclusive est une entreprise qui met en place tous les moyens pour que les personnes, aussi diverses soient elles, s'intègrent dans ses équipes et dans son fonctionnement. Et, de façon plus générale, qui permet à chaque citoyen, même ceux qui sont le plus en difficulté, de trouver sa place et de participer à la société.

 

« Chez Tous Tes Possibles, nous travaillons sur l’ensemble de la chaîne de retour à l'emploi, avec les bénéficiaires, les structures d'insertion et les entreprises, » explique Emeline Gonneau, cheffe de projet entreprises inclusives. « Nous travaillons en particulier avec les personnes qui cherchent à travailler, et les structures employeuses qui ont du mal à recruter.  En les accompagnant pour qu’elles se rendent plus inclusives envers les publics plus éloignés de l’emploi, nous leur permettons de mettre en place un cadre bénéfique pour la pérennité de l’emploi et l’épanouissement de tous leurs salariés.

 

Créée en 2016 à Nancy, l’association Tous tes possibles compte aujourd’hui une équipe de 30 personnes réparties partout en France. Initialement, elle avait pour mission de déployer le projet « tous repreneurs », destiné à accompagner les demandeurs d’emploi vers le « repreneuriat ». Aujourd’hui, parmi ses activités, un « numéro vers l’emploi », 8 collectifs emploi territoriaux, et des accompagnements vers les entreprises, notamment par le biais de son pôle laboratoire, un outil de recherche et développement de solutions innovantes.

 

Entreprises et société

 

« Nous pensons vraiment que les entreprises ont un rôle majeur à jouer dans la transformation de la société, surtout au moment où elles ont beaucoup de mal à recruter. Elles sont un peu déstabilisées par le changement de paradigme actuel. Nous leur proposons de faire des recrutements différents, sans CV, ni lettre de motivation. En faisant en sorte que les équipes terrain participent au recrutement, pas uniquement les RH. »

 

La méthode Tous Tes Possibles consiste à proposer un accompagnement direct aux entreprises, en suivant quelques étapes clés. D’abord rencontrer les équipes pour leur présenter la démarche. Ensuite, mener un diagnostic avec le service RH et, selon les cas, quelques salariés. Cette analyse se base véritablement sur l'existant et sur les dynamiques locales. Elle peut être complétée par un travail sur l'attractivité des métiers. Enfin, établir une feuille de route qui contient diverses propositions, comme la révision des offres d’emploi, la modification des entretiens, ou encore la création d’un événement pour attirer des candidats.

 

Le discours tenu par l’association invite les entreprises à être actrices du changement, à faire bouger les choses, pas seulement en matière de techniques RH. Certaines le font pour des raisons sociales, d’autres dans le but d’améliorer leur « marque employeur ». « Peu importe leur raison, ce que nous voulons, c'est qu'elles s’ouvrent à tous les profils et qu’elles déconstruisent certains a priori. Du moment qu’elles acceptent d'accueillir des nouveaux profils, c’est un changement positif autant pour l’interne que pour l'externe. »

 

Autre pilier de l’action, les « ambassadeurs », des salariés volontaires pour faire découvrir leur métier et qui vont participer activement au recrutement du futur collaborateur. Afin qu’ils soient capables de présenter leur activité à quelqu'un qui ne la connaît pas, il est nécessaire de prendre le temps de les former un minimum, à « pitcher » leur métier, à déterminer les savoir-être et savoir-faire nécessaires pour l’exercer, à détecter des soft skills. Une méthode de recrutement innovante, certes, mais aussi une belle marque de reconnaissance pour ces  ambassadeurs qui connaissent la réalité de leur poste, et qui peuvent définir quelles sont les compétences nécessaires pour l’occuper.

 

« Ce que nous faisons beaucoup en ce moment, c'est la mise en place de l'immersion professionnelle. Cela consiste à arrêter le recrutement classique, ou le compléter, en généralisant les PMSMP. Notre approche est expérimentale, elle repose sur l’intuition qu’il faut essayer avant d'acheter. L’objectif est de permettre à tous ceux qui veulent faire évoluer leur situation professionnelle d'y arriver même s’ils ont beaucoup de freins à lever. »

 

L'outil de l'immersion

 

"L'objectif est de proposer des immersions débouchant sur une embauche. Évidemment, au cours du processus, le candidat ou l'entreprise peuvent réaliser ou estimer que ce n'est pas le bon métier, la bonne entreprise ou la bonne personne. Dans ces cas, le processus permet aux deux d'ouvrir leurs horizons, de préciser leurs besoins, envies et critères." La démarche reste expérimentale et nécessite un vivier de candidats motivés permettant de garantir un flux de personnes participant à ces recrutements innovants. Pour cela, Tous Tes Possibles travaille avec tout l'écosystème de l'insertion local, et propose des événements et rencontres sur des formats différents des traditionnels salons de l'emploi qui attirent de moins en moins de monde.

 

La durée des immersions doit rester assez courte. Ce sont les ambassadeurs qui sont le plus à même de définir la durée nécessaire. Elles doivent permettre d’aborder toutes les facettes d’un métier, mais sans donner l’impression à la personne qu’elle vient travailler gratuitement.

 

Avec le recul, Tous Tes Possibles constate que nombre d’entreprises utilisent des process de recrutement trop longs et trop lourds, difficiles à faire évoluer. C’est une sorte de cercle vicieux : comme elles ont des problèmes de recrutement, elles travaillent en flux tendu, et donc peuvent consacrer moins de temps au recrutement… « C’est sûr qu’au départ il faut un certain investissement, de la motivation, parce que nous préconisons des changements majeurs. Cela peut paraître anodin, mais passer d’un bac +2 obligatoire pour accéder à un poste, à une situation où il n’y a plus de prérequis de diplôme, ça n’est pas facile. Finalement, tout le monde admet qu’on gagne beaucoup de temps à ne plus faire lettre de motivations, plusieurs entretiens, etc. »

 

Cette prise de conscience que le CV et la lettre de motivation peuvent constituer des freins pour des personnes qui, pour autant, pourraient très bien s’intégrer, dépend aussi de l’entreprise. Pour espérer tout changer, il faut savoir avancer petit à petit en fonction de ce que la structure peut mettre en place. Si elle n’est pas convaincue par les changements proposés, elle peut revenir à son processus de sélection précédent.

 

« Souvent c'est parce que les entreprises sont au pied du mur qu’elles acceptent de tout changer. Quand elles n’y arrivent plus et qu'elles ont besoin de monde. Pour que ça fonctionne, il faut vraiment des équipes qui y croient, prêtes à y consacrer du temps, de l’énergie, embarquer les collaborateurs. Ça doit vraiment toucher tout le monde dans l’entreprise. »

 

 

https://majrh.fr/

 

 

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January 26, 2023 9:18 AM
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Une passerelle numérique vers l'emploi

Une passerelle numérique vers l'emploi | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

« C’est le numérique qui nous a interpellés au départ parce que c'est une source importante de notre offre de formation, sur tous les parcours que nous proposons ». Kelly Guillemain, chargée de communication et de développement au sein de « Hommes et Savoirs » (H&S), explique ainsi la volonté de cet organisme de formation royannais, de porter l’action Numériqu’elles sur son territoire, après qu’elle a été déployée à Saintes par l’APEJ, partenaire et mandataire de l’opération.

 

Cette action, dont l’objectif  initial est de faire découvrir les métiers du numérique aux femmes, s’adresse à un public exclusivement féminin. Mais pourquoi pas à un public mixte ? « A l'heure de la parité au sein des organismes de formation, nous nous sommes interrogés sur la valeur ajoutée d’une action qui ne porte qu'un groupe de femmes. Mais à la réflexion, le premier principe de Numériqu’elles, c’est la remise en confiance. Et il se trouve qu’au sein des formations, les femmes échangent, se font des confidences, créent du lien et du réseau entre elles. Ce ne serait pas forcément la même chose dans un groupe mixte. »

 

Numériqu’elles mêle numérique, insertion et retour en entreprise. H&S se retrouve entièrement dans cette approche, puisque ses actions traditionnelles sont tournées vers la réinsertion professionnelle et les compétences transversales. L’organisme entend outiller les personnes de façon qu'elles soient en capacité de retourner en emploi avec des valeurs ajoutées. Ainsi que des compétences qu'elles maîtrisent, mais dont elles n'ont pas toujours conscience.

 

Numériqu’elles est avant tout une action de remobilisation et d'insertion professionnelle. La volonté est vraiment le retour à l’emploi, dans l’idéal en CDI. Le numérique est pour l’essentiel un élément attractif pour un public qui n’est pas toujours à l’aise avec l'informatique, et qui voudrait en apprendre les bases. Dans ce domaine, aucun prérequis n’est imposé. Chacun arrive avec ce qu'il sait faire, avec ou sans équipement. Des ordinateurs sont mis à disposition pour mettre en place des ateliers en sous-groupes de niveaux : traitement de texte, création de CV, découverte de différents moyens de communication, utilisation de sites comme Pôle emploi ou Emploi Store…

 

Un rythme adapté

 

En pratique, l’action se déroule sur 3 mois à raison de 30 heures par semaine, pour une douzaine de personnes entre 25 et 50 ans. Le mercredi est libre afin de tenir compte des contraintes de certaines stagiaires. Quatre semaines de stage en entreprise sont incluses dans le programme. Les intervenantes, volontairement toutes des femmes, se répartissent les différentes séances hebdomadaires. Une formatrice de l’APEJ s’occupe des compétences transversales et des Open badges. Les deux autres, formatrices d’H&S, abordent respectivement les techniques de recherche d’emploi, et la dimension numérique.  

 

Elles partagent un outil en ligne dans lequel elles inscrivent chaque jour ce qu'elles font avec le groupe. Ainsi les stagiaires n'ont pas à répéter ce qui a déjà été vu avec l'une ou l'autre des formatrices. Une socio-esthéticienne et une coiffeuse apportent un complément destiné à créer une dynamique positive avant les présentations aux entreprises. A l’issue de la formation, les stagiaires sortent avec une attestation de réalisation, les open badges qu'elles auront validé sur un espace personnel, et le verdict de la certification Cléa numérique.

 

« L'avantage de cette action, c’est qu’on ne cherche pas à faire de course à la certification. On propose le Cléa numérique mais il n'y a pas de de pression là-dessus. Du coup, nous n’avons pas eu de personnes qui se sont senties contraintes parce qu’elles n’avaient pas le choix. Elles sont venues vraiment pour trouver du sens, parce qu’elles ne savaient pas quoi faire, et qu’elles pensaient que notre accompagnement pouvait leur apporter quelque chose. »

 

L’ensemble du groupe suit le même programme, mais les formatrices constituent des « îlots » le cas échéant puisque les stagiaires n’ont pas toutes le même niveau au départ. « Cette manière de fonctionner est une première pour nous. Nous n’avons pas l’habitude de faire intervenir, tout au long d’une action, des formateurs partenaires de manière aussi lissée. Que ce soit de façon ponctuelle, oui. Mais là, sur toute la durée de l’action, on ne l'avait pour ainsi dire jamais fait. »

 

Attirer tous les profils

 

Le public concerné par Numériqu’elles sont des femmes demandeuses d'emploi avec un besoin de remise à niveau en numérique et une réelle volonté de retrouver une activité. A l’origine, la prescription posait des critères assez précis. Mais ils ont rapidement été assouplis afin d’accueillir une plus grande variété de profils. Beaucoup de personnes en reconversion, ou qui sont arrivées dans la région récemment, qui n'ont pas de réseau, voire qui n'ont jamais travaillé.

 

Pour mobiliser les participantes, l’organisme a travaillé en partenariat avec des conseillers entreprises de l’agence Pôle emploi de Royan. « Ils n'ont pas tout à fait le même prisme que les conseillers qui rencontrent des demandeurs d'emploi toute la journée. Ils ont également joué un grand rôle dans la sécurisation des parcours en termes financiers. C'était essentiel puisque dans ce public, il y a des femmes isolées, avec des enfants ou des situations délicates. Pôle emploi a notamment, de manière dérogatoire, accepté une prise en charge de chaque repas tout le long de la formation. »

 

Les entreprises qui accueillent les stagiaires sont connues de l’organisme ou identifiées par les conseillers entreprises de Pôle emploi. Les conseillers ont pris en compte les branches dans lesquelles les participantes avaient déjà travaillé, mais ça n’a pas été un critère pour le choix du stage. L’Opco EP (entreprises de proximité), partenaire de l’action, n’a pas non plus cherché à influencer les choix. Tout en faisant passer le message que leurs adhérents, qui ont besoin de main d’œuvre, ouvrent leurs portes à tous les candidats, sans considération de certifications.

 

L’action a débuté en novembre 2022. Elle se termine en février. Si des besoins sont constatés, elle pourra être renouvelée à Royan ou sur des territoires proches, à un rythme qui reste à déterminer.  « Cette expérimentation nous sort de notre principale action sur des habilitations de service public, sur des formations certifiantes. Nous avons cassé tous nos codes. On explore là d’autres publics, d'autres financements.

 

« Ce genre d’action courte, valorisée à l’emploi, nous permet de travailler avec d'autres profils que ceux que nous avons l’habitude de voir. C’'est vraiment dynamisant pour les équipes de formateurs, ainsi que pour les stagiaires. C’est un parcours qui vise à éviter le retour à Pôle emploi pour 2 ans. Si ça fonctionne, nous aurons forcément envie d'y retourner. »

 

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January 12, 2023 8:57 AM
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Bouger pour s'insérer

Bouger pour s'insérer | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Dans le cadre de ses missions, l’Ufolep aborde des problématiques de société comme la santé, la prévention des conduites addictives, la parentalité, le maintien de l'autonomie des seniors, etc. Son support principal, celui des activités physiques. Plus récemment, l’Ufolep 64 a décidé de s’occuper d’insertion professionnelle des jeunes, en déployant son projet « bouger pour son avenir » en territoire prioritaire à Bayonne, avec le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine et son appel à projets « Expérimentations en matière d'orientation".

 

A l’origine du projet, un certain nombre d’actions qui étaient déjà menées dans ce même QPV, en lien avec le GIP DSU de l’agglomération bayonnaise, avec des jeunes en difficulté ou qui pouvaient être amenés à se questionner sur leurs projets ou leur orientation. A l’occasion des activités sportives, des séances collectives ponctuelles, les animateurs percevaient différentes problématiques relatives à l’insertion ou à la mobilité, qui constituaient autant de freins à l’épanouissement de ces jeunes. A l’époque, l’Ufolep réfléchissait à la mise en place d’un parcours coordonné, avec un accompagnement régulier sur la durée.

 

« Nous n’avions pas de parcours complet mais des bouts de parcours », précise Bertrand Bedin, agent de développement sport et société à l’Ufolep 64. « Nous sommes agréés pour la formation premiers secours, on forme aussi aux métiers du sport, et nous avons pensé qu’un accompagnement des jeunes pouvait être intéressant au regard de leurs questionnements, sur une tranche d’âge qui est difficile à capter pour les structures du territoire. Surtout dans une période où les perspectives ne sont pas très positives, qui vient se rajouter pour certains à des difficultés familiales ou de perte de repères. » Par ses dispositifs ludiques et activités existants, l’association ambitionnait notamment de toucher des publics de 16 à 25 ans orientés par Pôle emploi et la mission locale, mais également de s’adresser à ceux totalement sortis du circuit d'accompagnement.

 

Education, sport et insertion

 

« Bouger pour son avenir » repose sur le triptyque éducation, sport et insertion-emploi. La dimension sportive s’appuie sur des activités physiques attractives, susceptibles de créer du lien avec des jeunes en difficulté, voire en rupture. En matière d’éducation, l'idée était de partir des objectifs éducatifs de l'éducation populaire. La partie insertion emploi consiste, à la suite des temps collectifs, de faire un point de situation individuellement.

 

En résumé, le projet comporte plusieurs phases, une phase de mobilisation, une phase d'accompagnement collectif pendant laquelle tous les jeunes pratiquent ensemble différentes activités, ce qui permet de repérer ceux qui ont besoin d'être épaulés, par rapport à leurs projets ou leurs problématiques. Puis en phase d’accompagnement individuel, l’association identifie les points de blocage et trouve une manière de les lever à terme, par exemple l'accès au permis. Les jeunes sont également informés des dispositifs de droit commun dont ils n’ont pas forcément connaissance.

 

Les participants s’engagent à être présents régulièrement pendant au moins 6 mois. Aucune obligation contractuelle, cet engagement est volontaire. « Au-delà c'est un peu plus compliqué, parce que leur parcours évolue rapidement. Ils sont à un âge où leur situation bouge beaucoup. Et si on leur propose un accompagnement trop long, on prend le risque de les perdre. L’idée c'est qu’ils utilisent ce laps de temps avec nous pour construire leur projet, même s‘ils peuvent partir à tout moment. Sur une année, on fait 2 groupes d’une douzaine de jeunes, un par semestre.

 

Sur la deuxième période, on ne lâche pas totalement le premier groupe, puisque nous avons amorcé quelque chose, nous voulons préserver ce lien. La charnière se fait pendant l'été parce que, pendant cette période, beaucoup de jeunes se positionnent sur des offres d'emploi. À partir de la fin août, c'est important de réenclencher une dynamique, que l'on puisse les mobiliser plutôt par semestre. Fin 2022 nous avons eu notre quatrième « promotion ». »

 

Répondre aux besoins des jeunes

 

Lors de la première rencontre, les animateurs essaient de déterminer les projets de chacun, s’ils en ont un, et dans ce cas, ce qu'ils aimeraient faire comme activité. C’est là qu’ils évaluent les besoins de chaque jeune et que, en fonction de leur situation et des freins éventuels, ils envisagent un accompagnement complémentaire. Dans l’idéal, le rythme des temps collectif est mensuel. En individuel, des contacts réguliers pour savoir comment leur situation évolue, s’ils ont des besoins particuliers et pour leur proposer d'autres initiatives.

 

Par temps collectifs, il faut comprendre une activité sportive, karting, pirogue hawaïenne, randonnée, vélo ou autre, à laquelle sont conviées des entreprises, une auto-école, un organisme de formation, etc. Le but étant de créer la rencontre avec différents acteurs, faire circuler son CV. La découverte de milieux professionnels fait aussi partie du programme, au besoin en scindant le groupe pour proposer un choix, autant dans la nature de l’activité que dans le secteur considéré (BTP, services à la personne…) afin que chacun s’y retrouve. Sachant que les effectifs comptent environ 40% de filles.

 

La crise Covid a plus que jamais mis en lumière l’importance de la notion de lien chez les jeunes. L’association savait qu’il existait des disparités importantes dans ce public, mais peut-être pas au point de rencontrer quelques jeunes complètement perdus. Elle a dû intégrer le fait que, pour certains jeunes en perte de repères, des activités à priori simples comme se rendre à un rendez-vous peuvent représenter une difficulté ou un effort. D’autres savent au contraire très bien ce qu’ils veulent, et ce qu’ils ne veulent pas en termes d’horaires et de conditions de travail. Selon les profils, la démarche d’accompagnement est dès lors très différente.  

 

« Les jeunes qui ne connaissent pas de difficultés particulières, qui ont un projet, sont importants pour nous au sein de l’action. Parce que même si l'accompagnement ne va pas être, pour eux, directement lié à l'emploi, ils sont très utiles en termes de mobilisation et de dynamique pour les autres jeunes. Leur participation peut créer des effets d'entraînement. Pour des jeunes qui sont isolés et en galère, c'est très important. »

 

« Au départ, nous pensions nous concentrer sur la partie insertion professionnelle, mais on a constaté que c’est l'accompagnement global qui est un déclencheur pour tout le reste. On l’avait peut-être un peu sous-estimé. Dans la période, même s'il y a des secteurs qui connaissent des difficultés et de la précarité chez les jeunes, le milieu de l'emploi n’est pas totalement bouché. Le taux de chômage est relativement bas et il y a des propositions. Dans ce contexte, le plus important c'est d'amorcer une démarche active, et de multiplier les apports de positivité. Pour ça, l'activité physique est un bon support. »

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December 15, 2022 9:55 AM
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Les métiers de l'industrie, entre découverte et attirance

Les métiers de l'industrie, entre découverte et attirance | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Pascale Servant est directrice pédagogique du CFAI Aquitaine, et Corinne Favarel, chargée de développement de l’apprentissage industriel. Le centre anime depuis 2019 une PAI (Prépa apprentissage industrie) élaborée par le réseau national des Pôles Formation UIMM (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie).

 

D’où vient votre projet de prépa apprentissage industriel ?

Le projet a été préparé par le Pôle Formation Lorraine, et déposé au nom de l'ensemble des Pôles Formation. Nous avons décliné ces orientations nationales au niveau régional. Nous avons démarré une première session en 2019, dont l'objectif était de faciliter l’accès à l’apprentissage à des jeunes en difficulté, ou qui ne connaissaient pas bien les métiers de l'industrie.

 

En moyenne nous organisons 2 sessions par an sur nos sites de Bruges et de Périgueux, pour des groupes d’une dizaine de jeunes. Je ne suis pas sûre que nous pourrions faire plus, compte tenu de la difficulté à trouver les publics intéressés et qui répondent aux critères attendus.

 

En quoi consiste-t-elle ?

Notre PAI est déclinée sur 350 heures qui se déroulent dans le centre de formation, en 2 parties distinctes. La première partie s'appelle DEFI pour « découverte des formations de l'industrie ». Elle s'adresse à des jeunes, en priorité non-bacheliers, qui n'ont aucune idée de ce qu'ils veulent faire, mais qui aimeraient bien voir ce qui se passe dans l'industrie. Donc aucun prérequis. DEFI est constitué de 200 heures en centre de formation et 2 semaines de stage d’immersion dans une entreprise.

 

Ensuite, on invite le jeune à poursuivre sur un autre module, « objectif contrat ». Il ne s’agit plus de découvrir la diversité des métiers comme dans le précédent, mais de se concentrer sur un seul métier et construire son projet professionnel. Son principe est de suivre 150 h en centre de formation et 3 semaines de stage dans une entreprise. A la fin du dispositif l'objectif pour nous est que cette personne passe de l'idée générale « je veux faire quelque chose dans l'industrie », à « je veux faire une formation en alternance », au CFAI Aquitaine en priorité ou dans un autre établissement de la région.

 

Un jeune qui a déjà un projet construit peut intégrer directement le deuxième module. Mais, il est préférable d’'orienter les candidats sur la première partie DEFI parce qu’ils ne savent pas trop quoi dire sur les métiers de l’industrie. Leur projet n’est pas véritablement construit.

 

Pour un jeune, ça veut dire quoi « l'industrie » ?

Ce que l'on veut leur faire toucher du doigt, c'est d'abord leur montrer concrètement à quels métiers correspond l’industrie, ce qu'on fait dans les ateliers, dans une entreprise. A cet effet, nous avons des plateaux techniques sur lesquels on va positionner les jeunes, de façon qu'ils touchent la matière, se rendent compte de ce que c'est de produire. On essaie aussi de montrer comment les métiers ont une complémentarité entre eux. Il y a une certaine fierté de leur part quand ils réalisent quelque chose de concret, ça leur parle beaucoup plus. C’est ça qu’ils viennent chercher souvent.

 

Comment repérez-vous vos participants ?

Nous travaillons avec des partenaires comme la mission locale, des associations, des éducateurs, des établissements scolaires, le centre EPIDE de Bordeaux. Pôle emploi aussi, même si ce n’est pas le dispositif qui va le plus correspondre à leur public. Nous sommes également présents sur des salons, des portes ouvertes qui nous permettent de repérer des candidats potentiels.

 

Quelle est la journée type d’un jeune en prépa apprentissage ?

Il passe la première journée avec nous pour qu'on apprenne à se connaître, pour régler les formalités administratives, faire des petits jeux pour se présenter et « briser la glace ». On fait aussi intervenir le responsable sécurité qui présente un module ludique sur la sécurité, puis on a une séance d'essayage des équipements de protection individuelle.

 

Ensuite, tous les autres jours, le jeune arrive au centre le matin, il se met en tenue et rejoint le plateau technique où l'attend le formateur. Il est parrainé par un autre apprenant, plutôt des gens qui sont en titre pro, souvent en reconversion, que nous avons choisis parce qu’ils sont assez clairs sur leur métier. On donne au jeune une petite réalisation à faire, ainsi que des temps d’observation, des temps d'échange avec son parrain sur des questions liées au geste, au métier. On propose également d’autres activités comme des visites en entreprise, un module avec la psychologue sur la gestion du stress, une courte remise à niveau en maths et en français. Également des ateliers de technique de recherche de stage, un atelier bureautique pour se familiariser à l'utilisation d'Internet et des réseaux sociaux.

 

On les rencontre très régulièrement les participants pour des bilans individuels, pour savoir où ils en sont, ce qu'ils aiment ou pas. Ce que nous essayons de faire, c'est d'être d'abord dans la prévention. Lorsqu’on voit que quelque chose ne va pas avec un jeune, tout de suite on le reçoit et on lui explique les constats qu'on a fait et pourquoi ça ne convient pas.

 

Quels résultats avez-vous ?

80% des jeunes poursuivent sur le 2e module. Pour la très grande majorité, ils réalisent la totalité du dispositif dans ses deux dimensions. 45% d’entre eux poursuivent sur un contrat de formation, soit d'apprentissage, soit en formation qualifiante en accédant à un titre pro. L’accès à une formation, que ce soit dans notre centre ou ailleurs, est considéré comme une sortie positive.

 

Que changeriez dans le dispositif ?

Sans doute revoir la durée, pour qu’elle soit plus courte. Également avoir la possibilité de laisser les jeunes toucher un peu plus certaines machines-outils, tout en travaillant sur la sécurité bien sûr. Et puis ne pas avoir de restrictions sur le niveau de diplôme, parce que certains jeunes qui ont un bac ou un BTS, qui sortent de fac, peuvent avoir un intérêt à se porter sur les métiers industriels. Surtout quand ils sont en tension. A l'heure actuelle, je crois qu'il faut lever tous les obstacles, parce que les besoins existent et ils sont nombreux. Il faudrait être plus ouvert sur les publics.

 

Quel est l’avenir de votre prépa ?

Dans le cadre de notre réseau, nous avons eu des ateliers d’échanges de pratiques et nous avons déposé un nouveau projet pour 2023. La PAI tel qu'elle existe aujourd'hui serait présentée en 3 dispositifs différents, d’une durée de 2 à 6 mois. Le premier, sur lequel nous allons nous positionner, s’appelle « booster ». Il s’adresse à des jeunes qui ont déjà un projet et qui veulent intégrer rapidement un groupe en alternance, apprentissage ou titre pro. Certains pôles formation poursuivront sur le modèle actuel, de 4 mois, parce qu'il leur convient mieux et qu’ils n’ont pas de problème de sourcing. Le dernier dispositif, de 6 mois, va consister à accoler celui de 4 mois à un titre pro transverse, avec des blocs de compétences qui seraient validés sur des sujets comme tenir un poste de travail ou communiquer.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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November 24, 2022 8:50 AM
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Provoquer la rencontre hors les murs 

Provoquer la rencontre hors les murs  | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Romain Brémaud est conseiller à la mission locale de Bressuire (Deux-Sèvres). Il est en charge de plusieurs actions de repérage et de mobilisation, qui sont lauréates du PIC Repérer et Mobiliser les Publics Invisibles (RMPI). Ces actions s’inscrivent dans la continuité du projet « In système », porté par la Région Nouvelle-Aquitaine entre 2019 et 2021.

 

Pour quelle raison avez-vous monté votre projet ?

Les jeunes du Bocage Bressuirais n’ont pas trop de difficultés à se rendre à la mission locale, mais nous sommes dans une région sur un territoire majoritairement rurale, avec de nombreuses petites communes aux alentours, plutôt isolées, mal desservies par les transports. D’autre part, le territoire est également composé d’un quartier QPV « politique de la Ville » avec d’autres caractéristiques (populations primo arrivantes, intégration, …). Sur ces deux types de territoire, quartier et zones rurales, nous voulions nous rendre au plus près de ces jeunes. Nous avons déjà quelques permanences délocalisées, mais notre idée était d'aller encore au-delà, en termes de repérage et de raccrochage à travers un « conseiller hors les murs ». Et proposer autre chose à ces jeunes qui ont des difficultés à trouver une solution, en leur permettant d’accéder à un stage de 3 semaines pour les sortir de leur isolement, les mettre en mouvement et entrer dans une nouvelle dynamique en vue d'une formation ou d’un emploi.

 

En quoi consiste votre démarche ?

Nos axes majeurs s’articulent autour des démarches de « repérage », « raccrochage » et de « remobilisation ». Il s’agit dans un 1er temps de travailler avec des nouveaux partenaires tels que les assistantes sociales, les associations caritatives … et également, d’investir des territoires où nous n’étions encore jamais allés. Les actions de repérage sont plutôt ponctuelles, en fonction des retours des partenaires. Les actions de raccrochage et de remobilisation sont beaucoup plus cadrées, régulières, avec un planning déjà défini à l'avance. En ma qualité de « conseiller hors les murs », je suis de plus en plus à l'extérieur, soit sur les chantiers, soit sur des actions de de repérage et de raccrochage. Cet appel à un projet nous a permis de se donner le temps de créer les partenariats et de développer ces démarches de repérage, raccrochage et remobilisation en direction des jeunes dits invisibles ou perdus de vue.

 

En quoi consistent vos actions ?

La première action est à la fois du repérage et du raccrochage. Elle s’appuie sur des « chantiers de découverte des métiers » en lien avec la Colporteuse, une association présente sur le territoire. Au lieu d’essayer de raccrocher les jeunes de façon traditionnelle avec des entretiens individuels dans les locaux de la mission locale. On leur propose des stages de 3 semaines dans un cadre bienveillant, sur une thématique et un environnement professionnel original et valorisant, telle que la fabrication de mobiliers en métal et en bois, ou le maraichage, la permaculture. On les remobilise avec des petits ateliers qui ont pour objectif de leur permettre de reprendre un rythme de vie adapté, de reprendre confiance en soi, de révéler leur potentiels …  Souvent ces jeunes sont isolés, sans lien et vie sociale et ne font pas grand-chose de leur journée. Pour certains, l'objectif vise juste à tenir les 3 semaines, d'arriver à se lever le matin et d'être là le lendemain et à s’inscrire dans un cadre collectif. Lors de ces chantiers mon rôle consiste à « faire avec » les jeunes et d’être à leur côté lors des moments d’activités et de travaux. Nous ne sommes pas dans la posture classique « face à face » dans un bureau.

 

L’autre action notable, consiste en la mise en place en 2022 d'une permanence au sein d’une épicerie solidaire portée par le centre socioculturel à Cerizay. Je m’y rends de manière assez régulière pour faire du repérage et du lien avec les usagers. Des jeunes, mais aussi des familles, des voisins, des amis. Je leur parle des actions et de l’offre de service de la mission locale, et ils me signalent parfois des jeunes qui auraient besoin de nous. Le bouche à oreille fonctionne bien avec les pairs, les familles et les partenaires.

 

Vous avez d’autres moyens pour les repérer ?

Le centre socioculturel a une liste de bénéficiaires prescrits par les assistantes sociales et les travailleurs sociaux du secteur. Sur ces listes, j'ai identifié les 16 25 ans qu’on n’a jamais vus, ou qui avaient déjà été accompagnés mais qui n'avaient pas rencontré leur conseiller depuis un ou deux ans. Pour une bonne part, on est plus sur du raccrochage que du repérage. Quand je les rencontre à l'épicerie, je leur propose de faire le point sur leur situation. Après, soit on met en place un accompagnement un peu plus régulier, soit on fait juste une mise à jour des informations et de leur dossier. C'est vraiment au cas par cas.

 

Selon vous, pourquoi certains publics sont qualifiés d’invisibles ?  

Je pense que c’est un tout. Même si les partenaires connaissent la mission locale, cela peut leur être difficile d’orienter les jeunes parce que les dispositifs changent rapidement. L’idée c'est de remettre à jour notre offre de service auprès des partenaires, leur rappeler nos actions, comme le « point santé » qui est récent, ou notre accompagnement sur la mobilité. On compte sur eux pour faire passer l’information quand ils rassemblent des familles, lors des groupes de parole pour des parents en difficulté. On essaie aussi de travailler régulièrement avec les éducateurs de prévention ou l’Aide Sociale à l’Enfance, en fonction des situations dont ils assurent l’accompagnement.

 

Aujourd’hui les nouveaux invisibles, ce sont les décrocheurs scolaires, qui ne connaissent pas forcément la mission locale alors qu'ils pourraient bénéficier d’un dispositif. Grâce au partenariat avec les assistantes sociales, le CIO, les différents collèges, on reçoit ces jeunes. Le maillage et le réseau des acteurs jeunesse permet de repérer ces jeunes et de faire rapidement le lien avec les services de la mission locale. C’est plutôt positif qu’on ne laisse pas ces jeunes dans une période de non prise en charge et d’incertitudes pendant plusieurs mois, ce qui rend le raccrochage plus difficile.

 

D’ailleurs, nous travaillons sur une autre problématique, celle des « hikikomori », ces jeunes qui, notamment depuis la période de COVID, sont très isolés, en rupture avec le monde extérieur et qui ne sortent pratiquement pas de chez eux. Notre idée, c’est d'aller le voir à domicile, pour ceux qui sont d’accord, afin de mener des entretiens tripartites avec l’assistante sociale et la famille. C'est un public que je prends vraiment le temps de rencontrer avant de lui proposer de venir à la mission locale.

 

Quelles sont vos actions de remobilisation ?

La majorité des jeunes intègrent assez facilement un dispositif d’insertion. Pour autant en parallèle, on propose quand même, à certains, des stages découvertes où on fait de l'accompagnement individuel, sur des actions concrètes de découverte des métiers. Une fois que ces 3 semaines sont effectuées, ils peuvent intégrer un contrat engagement jeune ou un accompagnement Pacea, en y voyant déjà un peu plus clair sur leur projet. Pendant ces actions de remobilisation, pour 80% des jeunes que j’accompagne, on travaille à la fois sur les savoir-être professionnels et les savoir être dans la vie de tous les jours. C'est à dire se lever, arriver à mettre son réveil. On est vraiment sur des règles de base et sur du savoir-être global.

 

Comment voyez-vous la suite ?  

Je pense que l'information est passée auprès des différents partenaires. Pour moi, ils sont une source de repérage importante. On n'est pas à l'abri de devoir continuer à diversifier nos actions pour toucher un public qui va continuer d’évoluer dans les prochains mois. Même sans appel à projets, notre volonté c’est de poursuivre les actions engagées. Les actions de raccrochage via les chantiers jeunes devraient continuer à se développer, sans forcément que ce soit la mission locale qui les porte, mais plutôt un autre partenaire. Par rapport aux autres missions locales, nous avons fait le choix de mener plusieurs petites actions que l’on fait évoluer en fonction de leur réussite, et que nous n’hésitons pas à arrêter si on constate qu’elles ne sont pas véritablement adaptées.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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November 9, 2022 9:51 AM
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A Royan, le repérage à la plage

A Royan, le repérage à la plage | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Yoni Pitcho est conseiller à la mission locale de l’agglomération Royan Atlantique. Le projet “In Real Life”, mené conjointement avec la mission locale de Rochefort-Marennes-Oléron, est lauréat du PIC RMPI.

 

C’est quoi In Real Life ?

Il s’inscrit dans la continuité d’un autre projet qui a duré 2 ans, appelé « In system », dont l’objectif était déjà le repérage des invisibles. Au début de cette année, nous avons enchainé sur « In Real Life », qui est globalement le même projet, parce que nous avons trouvé la démarche intéressante et utile. L’idée principale, c'est de repérer les invisibles en menant des actions atypiques, hors de nos murs. Pour certaines actions, nous travaillons avec la mission locale de Rochefort. Chacun garde aussi ses projets spécifiques. Notre objectif est de repérer une centaine de jeunes par an et par structure.

 

Quelles sont les actions communes ?

La mission locale de Rochefort a une webradio qui s’appelle « On’R ». Cet été ils ont délocalisé leur studio pour faire des émissions en direct, liées ou pas à un évènement, afin de proposer à des jeunes de prendre la parole à l’antenne, éventuellement faire des chroniques.

 

En quoi consistent vos actions de repérage ?

Le principe c’est de sortir de nos locaux, parfois sur des horaires décalés, le samedi ou en soirée. On fait aussi ce qu'on appelle des « pieds d'immeuble ». On va dans les différents quartiers de Royan, avec les centres sociaux. Pour organiser des animations ludiques, sportives ou culturelles. Pour l'instant, on y va plutôt sur le temps des vacances. Autour d’un café ou d’un thé, on se fait faire connaître des habitants du quartier.

 

Même si on ne s’adresse pas qu’à des jeunes de 16 à 25 ans, on rencontre les familles, les cousins, les grands-mères, les copains, qui peuvent transmettre notre message. C'est du repérage indirect. Le centre social possède un camping-car aménagé dans lequel on peut recevoir. Si quelqu'un veut faire un entretien tout de suite, parler de sa situation au calme. C’est en quelque sorte notre bureau mobile.

 

Comment procédez-vous ?

Nous ne faisons pas la même chose l'hiver et l'été. Notre équipe de prévention tourne sur toutes les villes autour de Royan. Pas tous les jours, mais une fois par semaine ou tous les quinze jours, pour qu’il y ait une récurrence. On ne peut pas se rendre partout, on se concentre sur les points de rassemblement potentiels où on sait que les jeunes se rassemblent, ou ceux qui nous sont signalés. Avec l'expérience, on arrive à mieux cibler les endroits intéressants, les plages et les parcs où les jeunes se trouvent.

 

En hiver, nous tenons des permanences au centre social, on organise à la mission locale des ateliers cuisine, des forums emploi ou apprentissage, des découvertes métiers dans les entreprises… Ce sont des événements ouverts à tout public. Un jeune peut y participer, même s’il n’est pas encore inscrit chez nous.

 

Quel est le rythme de vos sorties ?

On a constaté qu’un rythme d’une fois par semaine n'était pas suffisant. Et qu'en été, avant 22 ou 23 heures, les jeunes ne sont pas là. Donc on a aussi adapté nos horaires. Particulièrement dès le début des vacances, avec des sorties quasiment tous les soirs, parce qu’il y a plus de fêtes. L’équipe de prévention, plutôt que de travailler la journée, va tourner le soir et un peu au début de la nuit.

 

Comment abordez-vous les jeunes ? 

Avec l'expérience on s'est rendu compte que venir les mains dans les poches et se présenter comme conseiller de la mission locale, ça ne marche pas. Alors pour faciliter la prise de contact, entamer la discussion, on leur propose des petits cendriers de plage, des casquettes, des lunettes ou des briquets. Si on dit bonjour à un jeune, ça ne suffira pas à le faire venir tout de suite à la mission locale. Il faut prendre le temps de créer un climat de confiance, apprendre à se connaître avant qu’il nous rende visite.

 

Et puis les discussions ne s'axent pas toujours autour du projet professionnel ou de ce qu’ils font dans la vie. On va les aborder en parlant d’une musique qu’ils écoutent, d’un jeu de cartes qu’ils sont en train de faire. C’est comme ça qu’on essaie de leur laisser quelques infos. On ne les aborde pas frontalement en leur posant des questions sur leur situation. Nous avons très rarement des réactions négatives.

 

Pour être mieux identifiés, que ça ait un effet, on sait qu’il faut être présent souvent mais pas forcément longtemps. Sinon les jeunes oublient notre message. On multiplie les opérations un peu spécifiques, un tournoi de foot, un événement culturel. En été, on va aussi participer aux soirées, organiser le bal de promo du lycée, participer à la nuit du bac. On est dans une petite ville, l’idée c’est de semer des petites graines. A force, on croise régulièrement les mêmes têtes, et ça fait son effet puisqu’ils se confient. 

 

Ensuite, ce sont les jeunes qui prennent contact avec vous ?

Nous avons toujours des cartes de visite sur nous. S’ils sont d’accord, on prend leur numéro et on essaie de rester en contact. Pour ça, le SMS fonctionne pas mal. L’idéal, c'est qu’ils nous rappellent dès le lendemain pour prendre rendez-vous, mais ça ne marche pas à tous les coups.

 

Selon vous, qu’est-ce qui peut les inciter à venir fréquenter la mission locale ?

En fait il y a 2 types de jeunes. Ceux que nous n’avons jamais vus, qui ne savent pas trop ce qu'on fait. Leur connaissance de la mission locale est très limitée. S’ils n’ont pas un copain ou quelqu'un de la famille qui a déjà eu affaire à nous, ils ne nous connaissent pas. Et il y a ceux qu'on n’a pas vu depuis très longtemps et qu'on redécouvre. Ils ne savent pas forcément qu'on peut aussi les aider sur le logement, l'apprentissage, la santé, la mobilité… 

 

Une fois qu'on a « accroché » un jeune, il entre en relation avec une personne, un conseiller, plutôt qu'avec la structure. Quand ce climat de confiance est installé, on essaie de leur montrer qu’on a des solutions pour lui. A commencer par nos actions de remobilisation, comme Jump ou « Reste deter ».

 

Vous arrivez à évaluer votre taux de réussite ?

Le taux de réussite n'est pas toujours évident à calculer parce que certains jeunes vont réagir tout de suite. D’autres, à qui on va délivrer notre message, ne vont venir que plusieurs semaines plus tard, par exemple en septembre quand ils se rendent compte qu'ils n’ont rien pour la rentrée. On sait que c'est un travail un peu long. Mais c'est la caractéristique de ce public qui n’est pas facile à récupérer. Les jeunes ne viennent pas pour nous faire plaisir, mais quand ils ont besoin.

 

 

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October 20, 2022 7:53 AM
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La Prépa des Compagnons

La Prépa des Compagnons | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Maud Vignaud est responsable ingénierie et innovation pédagogique de la Fédération Compagnonnique Nationale. Dans le cadre du consortium, les fédérations compagnonniques, le CFA des 13 vents à Tulle et la maison de l'Europe à Limoges ont mis en place une Prépa apprentissage début 2021, dans 5 CFA répartis à Tulle, Limoges, Anglet, Agen et Bordeaux.

 

Quelle a été votre approche en matière de Prépa apprentissage ?

Nous sommes sur un parcours personnalisé d'orientation et de préparation à l'apprentissage, 300 heures sur 2 mois et demi. Il peut être plus long si nécessaire. Nous avons plusieurs modules, à commencer par la formation en situation de travail qui fait vraiment la force du projet. A l’arrivée d’un jeune, on fait une sorte de positionnement qui va nous permettre de vérifier s’il présente quelques difficultés notamment sur les savoirs de base. Si besoin est, on inclut les modules de la certificat CléA dans le parcours.

 

On est dans une sorte d’orientation action, où il s’agit pour l'apprenant d’adopter la bonne posture face aux situations de travail qui lui seront présentées. Notre Prépa comporte aussi une dimension de mobilité géographique, c’est la culture des Compagnons du Tour de France. Ainsi que le développement d'un sentiment d'appartenance à l'Union européenne au travers des modules de la Maison de l'Europe, pour préparer les futurs apprentis à une mobilité de type Erasmus.

 

Quel est le profil de votre public ?

Ils ont entre 16 et 30 ans, majoritairement 18-19 ans, issus des quartiers prioritaires de la ville ou des zones de revitalisation rurale. Plus de garçons que de filles, peu ou pas qualifiés, qui ont fini leur cursus scolaire en classe de 5e ou 4E. Nous accueillons aussi des publics migrants, ce que nous n’avions peut-être pas forcément anticipé. Mais on s’est adapté, en proposant des cours de remise à niveau en français, plus de Français Langue Professionnelle que de Français Langue Etrangère. Notre recrutement est très local, on travaille beaucoup avec les acteurs de proximité comme les missions locales. Nous avons quand même eu beaucoup de difficultés à identifier des publics parfois très invisibles. Cette Prépa souffre d’un vrai problème de sourcing.

 

Avez-vous des prérequis ?

Nous avons des jeunes qui savent ce qu’ils souhaitent faire, parce qu’ils ont été accompagnés en amont par la mission locale. Ils ont déjà travaillé sur leur projet professionnel, du coup on peut aller très vite dans notre cursus de formation, avec juste une semaine en centre de formation pour travailler la confiance en soi, la posture, toutes ces petites choses avant qu'ils partent véritablement en entreprise pour 4 semaines. Quand ils reviennent, on débriefe on retravaille sur les compétences acquises. Et puis on va travailler la mobilité, ils vont repartir une semaine en entreprise, on arrive très vite à la fin du parcours.  Ça c'est dans le meilleur des cas.

 

L’autre partie de nos jeunes arrivent par différents biais, et n'ont pas forcément un projet professionnel établi. Les métiers du bâtiment ne leur déplaisent pas, mais ils n’en savent pas plus. Là, nous faisons vraiment de l'individualisation. On les fait tourner pendant 15 jours dans nos ateliers, en immersion, avant de partir deux semaines en entreprise en fonction de ce qu’ils pensent être le métier dans lequel ils voudraient s'orienter. Ils ont le droit à l’erreur, et dans ce cas-là on recommence le processus sur d'autres métiers. Notre objectif c’est véritablement de sécuriser le parcours apprentissage en fonction du profil de l'apprenant

 

Vous semblez accorder une grande importance à l’aspect mobilité ?

Effectivement, parce qu’on observe que ce public reste très attaché à son microcosme familial, à son quartier. On demande à nos jeunes de prendre le train ou le bus. On veut qu'ils prennent leur billet tout seuls pour aller à tel endroit, sans rien réserver, sans trop les guider, pour voir s'ils sont suffisamment autonomes. Ce n’est pas forcément pour une mobilité lointaine, mais c’est pour se rendre à une manifestation, par exemple les Olympiades des métiers. L'idée c'est de les ouvrir à leur environnement métier, les déplacements qu’on leur propose sont en lien avec leur orientation. Le parcours comporte une semaine consacrée à la mobilité, afin qu’ils acquièrent plus de confiance en en eux. C’est nécessaire, parce que pour certains jeunes, il n’était pas, au départ, question qu’ils bougent de chez eux.

 

 Utilisez-vous des outils particuliers ?

Chaque jeune a un carnet de compétences, une sorte de carnet de voyage sur lequel vont apparaître les compétences acquises. Au début de son parcours, on fait un point sur les compétences transverses qu'il a pu acquérir dans tel ou tel contexte d'apprentissage, en situation professionnelle ou en centre de formation tout simplement. On essaie de dégrossir tout ça, et d’effectuer un travail de remise en confiance de soi. Ce petit livret permet de mesurer l'écart entre le moment de son arrivée et son départ, en termes de compétences acquises. C'est comme un portfolio qui valorise le futur apprenti et qui lui apprend à se vendre, parce que c'est bien là aussi la problématique, trouver l'employeur qui va correspondre à son profil et à ses attentes.

 

Combien de sessions avez-vous mis en place ?

C’est vrai que ça n’est pas un dispositif qui a permis de développer le nombre de contrats d’apprentissage. En un an et demi, nous avons eu assez peu de sessions, une dizaine sur le plan national pour la fédération compagnonnique, principalement à cause du sourcing. Et les effectifs restent faibles, au maximum 4 ou 5 apprenants. Cela dit, si on veut vraiment accompagner chaque jeune sur son projet, c'est mieux de gérer des petits groupes.

 

Même avec peu de participants, on peut créer une certaine émulation avec ce public. À mon sens, c'est mieux que de le traiter individuellement. Avec un collectif, on arrive à construire, parce que les jeunes peuvent s'identifier et on les fait grandir ensemble. Le problème, c’est que ça fait beaucoup d'énergie pour peu de publics, ça fait partie de notre questionnement par rapport à la Prépa apprentissage.

 

Pour l’instant, quels résultats avez-vous enregistré ?

Nous avons observé que, pour les publics fragilisés, l’accompagnement en amont, le positionnement initial et le repérage des difficultés d’apprentissage, a permis de sécuriser l’entrée vers l’apprentissage, même si 3 mois c’est rapide. Je pense que sans la Prépa, on aurait perdu ces publics. Même pour un public différent, avec un projet plus abouti mais qui connait des difficultés à trouver des entreprises, on pourrait aider à finaliser les contrats en se servant de Prépa apprentissage grâce aux outils qu’on a mis en place. Ce serait un sas d’accompagnement à l’apprentissage. C’est en tout cas la question qui se pose aujourd’hui dans notre réseau.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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October 6, 2022 3:23 AM
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La Prépa comme première étape d'un projet professionnel

La Prépa comme première étape d'un projet professionnel | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Sylvie Rideau est conseillère formation au centre de formation des apprentis de la chambre de métiers (Lagord- Charente-Maritime). Le centre est titulaire du PIC « Prépa apprentissage ».

 

Pourquoi avoir choisi de mettre en place une Prépa apprentissage ?

Pour nous, la Prépa apprentissage est la continuité du DIMA (dispositif d'initiation aux métiers en alternance). Lorsque nous avons mis en place la Prépa-apprentissage au sein de notre centre de formation, notre objectif était de donner du sens à l’entrée dans la vie active, parce qu’on demande à ces jeunes d'aller rapidement vers un métier, mais ça n’a rien d’évident. Devenir apprenti, c'est devenir salarié. Nous sommes partis de l’idée de définir un projet personnel et professionnel, de faire connaître des métiers et de faire découvrir le monde de l’entreprise.

 

Quelle en est la forme ?

Notre Prépa apprentissage évolue en permanence, en fonction des retours des jeunes. Elle n’est plus la même qu’à ses débuts en 2020. Elle est construite sur le modèle de l’alternance avec des temps en centre de formation et des stages en entreprise. L’objectif est de les préparer au mieux à la vie sociale et professionnelle tout en prenant en compte leur situation et leurs problématiques. Et puis on propose aussi aux jeunes de participer à des actions citoyennes parce qu'on s'est rendu compte que c'est la rencontre, le temps d'échange avec l'adulte, qui est très important. Dans le cadre de l’entreprise, il y a toujours un côté hiérarchique. Alors que quand on participe à des événements citoyens, les jeunes échangent avec des adultes bénévoles, sans hiérarchie, sans casquette. Ça permet de créer beaucoup de liens et de réseau.

 

En quoi consiste votre approche ?

Nous avons pris le parti d'accompagner le jeune dans sa globalité et sur son projet. Pas forcément sur les métiers préparés dans notre CFA. L’objectif de la prépa apprentissage, c'est avant tout de sécuriser le parcours et d'éviter la rupture. Ce qui ressort de ce que nous disent les jeunes, c'est qu'ils ont besoin de retrouver un rythme, de reprendre confiance en eux et de mieux connaître le monde de l'entreprise.

 

Quel est votre public ?

On s’adresse à tous les jeunes qui peuvent prétendre à l'apprentissage, de 16 à 29 ans, mais en réalité, la plupart a moins de 20 ans. Beaucoup sont « décrocheurs ». Si je trouve qu'un jeune n’est pas encore prêt, quelle qu’en soit la raison, je vais lui conseiller de passer par un autre dispositif, comme la Promo 16.18, la Garantie jeune… avant de nous rejoindre.

 

Comment arrivent-ils dans votre prépa ?

Nos jeunes arrivent principalement par le biais des missions locales. Certains s’adressent à nous directement, parfois ils ne sont connus ni d’une mission locale ni de Pôle emploi. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes veulent sortir du système scolaire parce qu'il ne fait plus sens pour eux, ou bien ils ont décroché parce qu’ils ont rencontré des difficultés dans leur établissement, comme du harcèlement. D’office nous leur suggérons d'aller s'inscrire en mission locale et à Pôle emploi. Ce sont des partenaires avec lesquels nous travaillons en collaboration et en complémentarité sur le projet professionnel du jeune. C'est ensemble qu'on avance bien.

 

Globalement, comment se déroule votre Prépa apprentissage ?

Les sessions sont assez courtes, elles durent 3 mois. On est directement dans le rythme de l'alternance, avec 2 semaines au centre, 2 semaines en entreprise. C’est un accompagnement collectif et individuel à la définition d’un projet professionnel et à la signature d’un contrat d’apprentissage. Au centre, ils ont une remise à niveau en maths et en français, des cours de communication, gestion, une découverte des techniques de recherche d’emploi et des séances de sport. On leur dit tout de suite qu’ils doivent reprendre une certaine scolarité, parce que l’apprentissage comprend une partie enseignement général. Chacun bénéficie également d’immersions en ateliers ou laboratoires professionnels. L’idée est de les préparer au mieux au monde de l’entreprise et à la formation.

 

Comment se passent les stages ?

Pour le premier stage, c'est vraiment libre cours. On dit aux jeunes d’aller où ils ont envie, même s’ils n’ont pas encore de projet. Cette première expérience nous sert à les situer, à révéler leurs appétences, leurs capacités. On fait un suivi de chaque stage, on prend un temps avec chaque entreprise pour débriefer, ces retours sont très importants. Ça nous permet de donner des éléments au jeune, qu'on puisse lui expliquer ce qui va, ce qui ne va pas. On pousse l’entreprise à nous donner des réponses très claires, par exemple quand elles nous disent ne pas vouloir prendre tel ou tel jeune en apprentissage. On cherche à creuser les raisons.

 

Quelles sont les entreprises où vont les jeunes ?

Ils ne vont pas forcément dans des entreprises que nous connaissons déjà. On en découvre toujours de nouvelles, puisqu’on les laisse vraiment faire leur choix. Le premier conseil qu'on leur donne, c'est de chercher d’abord autour de chez eux. C’est pour ça qu’on travaille tout de suite la question de la mobilité. Nous avons des intervenants qui viennent leur présenter tous les moyens de mobilité à La Rochelle et alentours, de façon qu’ils y pensent tout de suite. J'ai choisi telle entreprise, comment je fais pour m'y rendre ? En fonction de ses horaires, est-ce que ça va être possible d'y aller ? On travaille tout ça parce que l'objectif n'est pas de les emmener à une déception c'est justement bien de tout valider avant. Cette phase-là prend beaucoup de temps dans l'accompagnement.

 

Pour le deuxième stage, on va essayer d’orienter les jeunes vers une entreprise recruteuse. Mais parfois, ils vont dans une entreprise qui ne recherche pas et on se rend compte que le stage provoque un déclic chez l’employeur. Si le jeune leur convient, il n’est pas rare que des entreprises qui n’avaient pas envisagé de prendre un apprenti, ou qui n’avaient pas de place, se décident à le garder. 

 

Depuis 18 mois, qu’avez-vous observé ?

Aujourd’hui, chez les jeunes, ce qui est très important c'est l'affinité, la relation, la confiance en l’autre, en soi et en son avenir social et professionnel. C’est ce qu’ils trouvent dans notre Prépa apprentissage. Mais il ne faut surtout pas qu’ils se trompent entre « j'aime bien le cadre de l'entreprise » et « j'aime le métier ». Parce que le jour où, pour une raison ou pour une autre, quelque chose ne va plus dans l’entreprise, ils risquent de se rendre compte que ça n’est pas le métier qu’ils voulaient faire, parce qu'ils ne se sont pas posé la question avant. Certaines entreprises comprennent cette problématique et nous disent, après le premier stage, qu’elles veulent bien prendre le jeune en contrat, mais qu’elles voudraient qu’il fasse un autre stage ailleurs pour valider le métier. C'est super quand on arrive à ce que l'entreprise soit tout à fait dans la même démarche que nous.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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April 13, 2023 9:25 AM
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La réalité virtuelle, du patrimoine à la formation

La réalité virtuelle, du patrimoine à la formation | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Une tablette, un boitier qui est à la fois ordinateur et disque dur, une dizaine de casques de réalité virtuelle. En quelques mots, voici « Timepods », un dispositif créé par la société Angoumoise « Novo 3D », soutenu par l’appel à projet régional « expérimentations de solutions numériques innovantes pour la formation et l’éducation ». Grâce à lui, les visiteurs du site archéologique « Cassinomagus » (Charente) peuvent évoluer dans un environnement recréé de toutes pièces, un univers en trois dimensions, complètement interactif. Ils y découvrent en temps réel les thermes antiques aujourd’hui à l’état de ruines. Un médiateur culturel est aux commandes de la tablette et définit le rythme de la visite virtuelle, ainsi que tout ce que les utilisateurs voient au travers de leur casque.

 

« Cassinomagus est la première utilisation concrète de Timepods, sur un lieu qui avait un vrai besoin de visualisation du site et de gestion d’un flux de visiteurs, » explique Dominique Lyoen, dirigeant de Novo3D. « Son avantage est qu’il est autonome, très portable et très simple d’utilisation. » Le système est utilisable partout puisqu’il est complètement indépendant de tout réseau électrique ou de connexion 4 ou 5 G.  Le boîtier génère son propre réseau wifi et reconnait automatiquement les casques. Pour l’animateur, la prise en main est rapide. Il a juste besoin d’appuyer sur une touche pour que les utilisateurs soient propulsés dans l’antiquité romaine. Ils sont parfois conviés à participer à des moments d'interaction, par exemple des ateliers de taille de pierre pour aider les ouvriers à construire le temple.

 

Un matériel en évolution

 

« Les premiers casques étaient lourds, difficiles à paramétrer, et on ne voyait pas grand-chose. En 2019, sont arrivés les premiers casques de réalité virtuelle autonomes, qui avaient la particularité d’embarquer toute l’électronique. Donc ils n’avaient plus besoin d’ordinateur pour fonctionner. En plus, ils avaient la capacité de détecter la position de l’utilisateur dans l’espace. Ce qui nous permettait d'imaginer un déplacement sur site, l’utilisateur évoluant librement comme s'il avait voyagé dans le temps. C'est à partir de là que nous avons pu faire décoller le projet que j'avais envisagé dès 2012. »

 

L'ensemble tablette boitier casque reste toujours le même, mais le contenu est entièrement personnalisable. Il peut être modifié au fur et à mesure, complété pour raffiner l’expérience utilisateur. La durée de développement d’un projet est de l'ordre de quelques mois, à un an maximum. Il faut d’abord « traduire » les données disponibles, surtout quand il s’agit de reconstitutions. Puis vient la création et l’animation de personnages, qui prennent beaucoup de temps si l’on veut aboutir à un résultat réaliste.

 

En 2022, Novo 3D a travaillé sur la possibilité d’utiliser Timepods dans le cadre scolaire. Pour résoudre le problème de de l’achat et de la gestion du matériel, qui ne peut pas être géré par les enseignants, les sites historiques déjà équipés du système ont été sollicités pour se rendre dans les établissements. Les professeurs n’ont plus qu'à passer commande auprès d’eux pour faire vivre à leurs élèves une expérience de réalité virtuelle en classe. « Notre projet était de trouver la meilleure façon de faire tourner correctement, auprès des élèves, les expériences créées initialement pour des touristes. Nous sommes partis du principe d’effectuer 2 séries de tests sur 5 classes, soit environ 200 élèves, de manière à recueillir assez de données probantes à présenter. »

 

L’idée générale de ces deux séries de tests en classe était de confronter l'outil existant et recueillir les retours des élèves, sans pour autant se contenter de leur enthousiasme naturel pour les outils de réalité virtuelle. La question était plutôt de s’assurer que Timepods soit pertinent en tant que support pédagogique. « Ça a soulevé beaucoup plus d’interrogations qu'on ne le pensait. Je pense que nous avons trouvé une bonne manière pour s'adresser à des élèves qui sont entre le collège et le lycée, ce qui suppose déjà un bel écart en termes de mentalité, de perception. Vu de l'extérieur, ça n’est pas si facile à appréhender. »

 

Pour l'instant le système est limité à 10 casques. Pour occuper une classe entière, la solution est de constituer des binômes. Un élève s’équipe du casque, l’autre s’assure que son camarade n’entre pas en collision avec un mur ou un autre élève. Il a un livret en mains et pose des questions dont les réponses sont à rechercher au sein de l’environnement virtuel. « C'est donc un jeu collaboratif en binôme que nous avons mis au point. Le livret comporte des questions précises qui s'appuient sur ce que l’enseignant ou l’animateur disent, sur ce que les gens voient dans le casque. A la fin, il y a un quadrillage et si la réponse est bonne, cela indique un mot. Ce système est tout simple, il n’a pas été facile à trouver, mais il fonctionne très bien et permet de passer 20 élèves d’un coup. »

 

Des applications multiples

 

« Sur un type de formation, les gens sont regroupés autour d’un animateur, qui gère le déroulement de l'expérience. En aucun cas Timepods ne se substitue à lui. Pour moi l’intervention humaine est toujours importante. On est vraiment sur un système avec interactivité multiple, interactivité de la personne qui fait la visite et qui interagit avec ses visiteurs, et une interactivité propre à chaque utilisateur. »

 

Le système a démontré son efficacité en termes d’immersion historique, mais il peut être décliné dans beaucoup d’autres domaines, pour des formations en chaudronnerie, en sécurité, en machinerie, etc. C’est une question d’informations à traiter, de scénarios à élaborer. « Les perspectives en termes de formation professionnelle sont ouvertes, maintenant que nous avons développé le système. C'est vrai que notre savoir-faire se situe principalement dans le champ historique, mais si on avait une entreprise ou un organisme de formation qui nous sollicitait pour adapter leurs contenus sur des casques autonomes, nous serions prêts à intervenir. »

 

« Il faut vraiment que le virtuel commence là où finissent les solutions de formation traditionnelles. L’outil doit avoir une vraie justification. Il nous serait tout à fait possible de vendre nos systèmes un peu partout, mais le risque serait de faire dans le gadget. Cela dit, les applications sont multiples. Par exemple, nous avons travaillé avec une société de gardiennage pour entraîner les gens à divers scénarios incendie, un cambriolage, etc. C’est difficile de mettre les apprenants au milieu d’un incendie, mais en virtuel c'est possible. Il existe plein de possibilités de mise en place. »

 

 

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March 30, 2023 10:37 AM
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CitésLab, soutenir l’envie d’entreprendre en QPV

CitésLab, soutenir l’envie d’entreprendre en QPV | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

BGE Limousin-Poitou-Charentes fait partie d’un réseau national dont l’objet principal est d'accompagner à la création d'entreprise, sans condition de profil, de diplôme ou de revenus. Les porteurs de projets sont accompagnés depuis le stade de l'émergence, leur idée de départ, jusqu'au « post-création », avec éventuellement une intégration de l’accompagnement en couveuse, une solution qui permet de tester son activité en toute sérénité. Pour ce faire, l’association porte plusieurs dispositifs pour un accompagnement à 360 degrés.

 

Parmi eux, CitésLab est un dispositif national déployé dans près de 800 quartiers. A Limoges, il s'adresse spécifiquement aux habitants des 9 quartiers prioritaires de la ville. Soutenu en Nouvelle-Aquitaine par le dispositif "Entreprendre, la Région à vos côtés",l est parti du constat que dans ces zones urbaines, les envies de création existent, mais qu’elles se heurtent à un certain nombre de freins périphériques : difficultés de maîtrise de la langue française, défiance vis-à-vis des démarches administratives, carence en informations sur les démarches… Difficile dans ces conditions d’oser se lancer ou d’assurer la pérennité d’un projet.

 

Pour Aymeric Chassin, chargé  de projet CitésLab, la première étape de la démarche est la phase de détection. Elle consiste à partir à la rencontre des habitants pour leur présenter le dispositif et leur proposer des rendez-vous d'accompagnement. Autant de publics qui ne vont pas naturellement pousser d’eux-mêmes la porte d’un acteur de l’accompagnement. « On leur explique qui on est, on leur pose des questions, pour savoir s’ils ont un jour envisagé d'entreprendre. Parfois je rencontre des personnes qui le veulent, mais qui ne savent pas forcément dans quoi elles souhaitent entreprendre, ni comment. L'idée c'est de leur fournir toutes les ressources et informations nécessaires pour qu’elles puissent avancer sereinement dans leur projet. On parle de projet de vie, pas forcément de création d’entreprise. L’essentiel étant que la personne soit en phase avec le projet qu'elle souhaite mener à l'instant T, que ce soit créer une activité, prendre un emploi, partir en formation… »

 

Le pari de l'entrepreneuriat

 

Cette phase de prospection est complétée par des actions de sensibilisation, des ateliers d’éveil à l'entrepreneuriat où sont abordés les grandes étapes, les freins, les motivations. Et des questions plus transverses sur l’utilisation des outils numériques et des réseaux sociaux. L'accompagnement en tant que tel se fait au long cours. « J’ai la chance de ne pas être astreint à un volume horaire précis. La durée de l’accompagnement, de 5 à 10 heures réparties sur plusieurs mois, dépend de la maturité du projet, de ce qu’on perçoit de la personne, de ce qu’elle veut faire après. Une autre partie de ma mission consiste à orienter les personnes vers les acteurs et financeurs qui pourront l'aider. L’idée, c'est vraiment d'être au centre de l'écosystème, d'avoir une vision globale sur celui-ciet de pouvoir le mettre à disposition du porteur au bénéfice de son projet. »

 

Certains publics vont envisager la création d'entreprise parce qu’ils se trouvent à un moment de leur parcours professionnel où ils manquent de perspectives. C’est dans ces moments qu’un projet de création peut émerger, sans forcément qu’ils aient l'âme d'un entrepreneur. « J’ai un rôle à jouer sur ce qu'on appelle l'amorçage du projet. Mais aussi dans le « désamorçage ». Il faut pouvoir dire à tout porteur de projet que ce qu’il veut faire, compte tenu de sa situation, n'est peut-être pas forcément la meilleure option et que d’autres solutions peuvent être envisagées, comme une entrée en formation, ou le retour à l'emploi. »

 

Il peut aussi exister des inadéquations franches entre le porteur et son projet. Par exemple une personne qui veut ouvrir un restaurant mais n’a jamais cuisiné. « Notre travail, et celui des acteurs de l'accompagnement, c'est de lui faire comprendre, en douceur, qu’il ne suffit pas de voir un chef étoilé à la télévision pour envisager de monter un restaurant. On lui dit que ce serait bien de se former, de passer par une PMSMP. Cuisiner chez soi, c’est différent que de se projeter sur une activité professionnelle qui doit être rentable. »

 

Le cœur de métier de CitésLab est d’expliquer aux porteurs de projets que BGE Limousin Poitou Charentes n’est pas là pour faire à leur place, mais pour faire avec eux.  Le rôle de l’accompagnateur est de les mettre sur les bons rails, leur présenter les démarches à réaliser, identifier leurs besoins. A eux de contacter tous les acteurs autour de leur projet, d’acquérir un début de posture entrepreneuriale, de se poser les bonnes questions, de raisonner pragmatiquement.

 

D'abord répondre aux besoins

 

Beaucoup d’entre eux veulent que les choses aillent vite. Il est parfois difficile de mettre en place une démarche de structuration approfondie avec des personnes qui ont des besoins économiques urgents.  Avec un public aussi volatil, l’accompagnement peut ne peut pas dépasser quelques mois. Dans tous les cas, CitésLab existe pour déclencher une prise de conscience. Son défi principal, comme celui de tous les accompagnants, c’est de répondre de manière complète et efficace aux attentes de ce public, en un laps de temps assez réduit. « Au départ c’est une chose qui m’a un peu désarçonné. Je voyais des gens avec un bon profil, et les accompagnements n’allaient pas au bout. En échangeant avec d’autres intervenants, je découvrais qu’ils ne comprenaient pas forcément que monter un projet demande du temps, alors qu’ils avaient des impératifs immédiats. »

 

« Souvent, nos publics ont du mal à saisir qu’il ne suffit pas d’aller à l’Urssaf et créer une entreprise pour qu’elle génère du chiffre d’affaires. La phase de préparation et de réflexion n’est pas une évidence pour eux, alors qu’ils possèdent le savoir-faire. Ils ont aussi beaucoup d’idées reçues sur la posture, l’image du patron. Ils veulent créer pour ne plus avoir de chef, gagner de l’argent, trouver un équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle. Et ils s’illusionnent parfois sur les aides disponibles. Pour moi, un projet doit pouvoir être créé et se pérenniser sans aide extérieure. S’il est conditionné au fait de recevoir sur des aides, c’est que le modèle économique est à revoir. »

 

En complément, BGE Limousin Poitou Charentes s'est vu confier l'organisation du concours régional « Talents des cités », soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine, initié par le ministère chargé de la Ville et Bpifrance. Ce concours offre un coup de projecteur aux acteurs de l’accompagnement, et valorise le parcours des porteurs de projet et entrepreneurs en QPV. 18 candidats sélectionnéssur 25 dossiers présents en 2022) se présentent dans 2 catégories. « Emergence » pour ceux qui sont dans la phase de création, « Création » pour ceux qui ont lancé leur activité depuis moins de 3 ans. Ces deux catégories englobent une grande diversité d’approches. Le jury nomme également 3 coups de cœur, pour récompenser des projets très qualitatifs qui méritent d’être encouragés. L’intérêt pour les candidats, outre un coup de pouce financier pour les lauréats, est de se faire connaître, de créer un effet d’entrainement et développer leur réseau.

 

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March 15, 2023 10:28 AM
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Quand les étudiants parlent aux collégiens

Quand les étudiants parlent aux collégiens | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

La mission principale de L’AFEV est de permettre à des jeunes étudiants de s'investir dans la lutte contre les inégalités éducatives. Depuis 30 ans, l’association mène diverses actions comme le mentorat par des étudiants qui consacrent bénévolement 2 heures par semaine auprès d'un enfant pour ouvrir ses perspectives culturelles, ou les colocations solidaires dans les quartiers afin d’y développer le lien social. Autre aspect, permettre à des jeunes de s'engager, notamment en service civique et de participer à son projet associatif.

 

Le projet Démocampus, qui a débuté à Bordeaux en 2019, s’inscrit dans cette logique de lutte contre le déterminisme social. « Sur cette thématique, travailler autour de l'orientation nous a paru très important », explique Hélène Bananas, chargée de développement. « On sait que seuls 10% des enfants d'ouvriers vont à l'université. On voit vraiment clairement qu'il y a un phénomène de reproduction sociale. C'est difficile de se projeter dans des études supérieures pour quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler, qui n'a pas d'exemples dans son environnement socio familial. L'origine sociale d'un jeune, demeure un facteur déterminant de son parcours d'orientation. »

 

La démarche consiste à mobiliser des jeunes volontaires en service civique pour qu’ils témoignent auprès d'enfants issus de quartiers prioritaires, dans le but d’élever le niveau de leurs aspirations. Des binômes de volontaires interviennent dans les classes de 4e et 3e d’une dizaine de collèges de la métropole bordelaise, pour leur parler du lycée, des études supérieures, de la vie étudiante. « Nous ne sommes pas conseiller d'orientation et ça n’est pas notre métier, » précise Elina Burlot, étudiante volontaire. « Mais on peut quand même leur donner le vocabulaire, leur ouvrir un peu la porte pour leur dire ce qui existe. Et que s’ils sont intéressés, il y a plein de manières d'avoir des infos. »

 

Matière études supérieures

 

Ces interventions ne sont pas optionnelles pour les collégiens afin de donner à tous et toutes le même niveau d'information. Tous les élèves participent à 4 ateliers d’une durée de 2 heures à une demi-journée, sur les heures de classe. Pour les établissements et les enseignants, cela représente un certain investissement, 6 heures et une demi-journée prises sur les cours.

 

Le premier atelier est celui de la prise de contact avec les collégiens. Les animateurs leur proposent un questionnaire pour évaluer leurs connaissances, faire l'état des lieux de leurs préjugés et les pousser à les questionner.  On leur parle du lycée, des études supérieures, des filières. Le débat qui suit porte sur des questions générales « est-ce qu'il faut être un bon élève pour réussir dans la vie ? » « Faut-il faire des études pour être heureux ? ». Le but est de montrer que l'orientation n'est pas seulement un choix de filières, et même de métier, mais que d'autres facteurs doivent être pris en compte, comme la famille, l'endroit où l’on vit, etc. « On ne veut pas se positionner en profs, on n'est pas là pour leur dire asseyez-vous et écoutez, nous on connaît plein de choses et on va tout vous dire. Simplement, on leur apporte un vocabulaire, des connaissances qu’ils n’ont pas, parce que on est un peu plus loin dans les études. On témoigne de notre expérience qui pourra éventuellement se révéler inspirante, éclairante ou rassurante pour les collégiens. » 

 

Le 2e atelier est centré sur les témoignages d’autres étudiants qui viennent leur présenter leur parcours du collège à l'université, y compris les difficultés qu’ils ont rencontrées, les doutes. Ils leur parlent également de questions pratiques, la gestion d’un budget, les courses, les lessives, tous éléments qui peuvent être sources d’inquiétude. On essaie de dédramatiser, de leur montrer qu'il y a plein de champs possibles. Et qu'on peut changer d'avis, il y a plein de passerelles, pas que des parcours linéaires.

 

Le 3e atelier, c’est la découverte de l’environnement universitaire, avec visite du campus de l’Université Bordeaux Montaigne. Ils assistent à un cours en amphithéâtre, visitent la bibliothèque, le restaurant. Tous les éléments qu'ils connaissent au collège, on les retrouve sur le campus, mais en plus grands.

 

Le 4e et dernier atelier est consacré au lycée, à ce qui est le plus proche d'eux. Dans le cadre d’un jeu, ils reçoivent une carte avec un personnage qui a un projet professionnel. Leur but est de créer le parcours de ce personnage à partir de la classe de 3e, en choisissant ses études, ses activités extra-scolaires. « On veut leur montrer que tous les parcours sont possibles, que deux personnes qui suivent le même parcours n’auront pas forcément les mêmes compétences. On veut aussi casser les hiérarchies entre les filières. Si on a une idée de métier en tête, peut être que c’est la filière professionnelle qui est la meilleure voie à emprunter. Certains préjugés sont portés autant par les familles que par le système scolaire.»

 

Démocampus ne cherche pas à se substituer aux professionnels de l’orientation, mais cherche à ouvrir le champ des possibles aux jeunes. Selon Elina, « au début de l'atelier ils nous voient comme des adultes. À la fin de l'atelier, ils nous voient beaucoup plus comme des pairs. C’est quelque chose qui nous permet d'aller beaucoup plus profondément dans le témoignage. On n'a pas oublié ce que c'était d’être collégien, on l’était il n’y a pas si longtemps. Du coup, le contact passe bien. »

 

Se poser les bonnes questions

 

En résumé, les ateliers visent à lever les freins d’autocensure, à informer les collégiens de ce qui existe, à leur dire que tout leur est accessible. Et que si, à 22 ans, un étudiant ne sait pas forcément encore ce qu’il veut faire, qu’il peut changer d’avis, passer d’une filière à une autre, à 14 ans, eux ont tout leur temps pour se décider. "Mais l'important est de démarrer les réflexions et les recherches dès maintenant, car un projet d'orientation et d'insertion professionnelle se construit patiemment et sur le long terme. Souvent, quand on leur parle d'orientation, ils pensent métier. Mais les autres questions à se poser c'est aussi qui vous voulez être ? Qu'est-ce que vous voulez devenir ? Où voulez-vous habiter ? Est-ce que vous voulez aller étudier à l'étranger ? ça leur parle beaucoup. »

 

« Ce qui continue à me surprendre, alors que voilà 10 ans que je travaille dans l'éducation populaire, c'est la force de ces outils. Quand on leur donne la parole, les élèves débattent de manière passionnée, sur ce que veut dire « faire des études » et même sur ce qu’est le bonheur. Souvent ils arrivent à la conclusion que dès qu'on s'investit dans l'apprentissage de quelque chose, on étudie. Que la vie n'est qu’apprentissages, et que chacun trouvera la réponse qui lui convient. »

 

Chaque année, les volontaires sont encouragés à enrichir le projet, apporter de nouveaux outils ou les faire évoluer. Démocampus repose également sur la confiance faite aux volontaires que l’AFEV considère comme des experts de ces thématiques, de par leur expérience. Pour Elina, « l’image du passage de flambeau plaît bien à l’équipe. On entretient la flamme, puis on la passe à d’autres volontaires, d'année en année. Avec la petite graine que nous on a mise. »

 

Pour l’avenir, l’ambition de Démocampus est de toucher plus de collégiens. Et à court terme, de s’adresser plus aux familles, qui jouent un véritable rôle dans l’orientation. Pour les parents, les interventions se font aussi en collège, le soir, sur le même modèle qu’avec les jeunes : informations, travail en petits groupes, échanges avec les volontaires étudiants. L'idée générale est de faire parler les parents entre eux parce que, eux aussi, peuvent être assez stressés par rapport à l’orientation, et notamment aux réformes.

 

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March 2, 2023 8:39 AM
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Métier, constructeur de frégate

Métier, constructeur de frégate | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Le début de l’aventure de l’Hermione et de son association remonte aux années 90. Cette dernière exprimait, dès son origine, la volonté que le chantier soit ouvert au public. Ses statuts incluaient également un volet autour de l'insertion destiné aux publics éloignés de l'emploi. La phase d'élaboration du projet et de construction de la frégate a duré plus d'une vingtaine d'années. Puis est venue la phase de navigation, les voyages aux États-Unis et en Méditerranée.

 

« En 2021 nous avons constaté, au cours des travaux de maintenance, qu’il y avait une avarie majeure sur le bateau. Sa coque était attaquée par des champignons », décrit Yann Binot, responsable formation. « Il fallait trouver une forme qui puisse l’accueillir pour une durée de quelques mois. » C’est à Anglet que l’Hermione a jeté l’ancre mais son exil, initialement provisoire, durera jusque fin 2024.

 

Dès son arrivée au Pays basque en septembre, l’objectif de l’association a été d’ouvrir le site au public, suivant le même principe que ce qui se faisait à Rochefort. Même si les conditions n’étaient pas initialement favorables, puisqu’il est situé dans une zone industrielle. Les aménagements nécessaires ont été effectués avec le soutien de la CCI. Et puisque la demoiselle de Rochefort allait rester plusieurs années, l’association a décidé de profiter de ce repos forcé pour monter des projets autour de l'orientation et de la découverte des métiers, en allant plus loin que ses actions d’insertion habituelles.

 

Pour mener ce projet baptisé « la frégate des métiers », l’association Hermione a sollicité de nombreux partenaires comme la Région, propriétaire de la forme d’Anglet, le CINAV, les établissements scolaires dont le lycée maritime de Ciboure, le Campus des Métiers et des Qualifications (CMQ) Forêt Bois, la FFB, la fédération compagnonnique des métiers du bâtiment, le Département, les missions locales, la CCI, Pôle emploi, les organismes de formation. Le principe étant de mettre en avant les industries de la mer d'une part, les métiers de la croissance bleue, notion assez large qui inclut le secteur du tourisme, et la filière forêt bois d'autre part.

 

L'appel de l'Hermione

 

« Lorsque nous sommes arrivés, on ne connaissait pas bien le territoire. On ne voulait pas être enfermés sur nous-mêmes en ne faisant que de la réparation, mais véritablement ouvrir le projet localement. Nous sommes allés à la rencontre de l'ensemble de ces acteurs pour leur signaler notre présence. Notre message consistait à leur présenter l’Hermione comme un support exceptionnel dont ils pouvaient profiter, à chacun de se l'approprier. Car même si nous sommes une petite association, l’Hermione c’est un projet atypique, unique, qui entraîne les volontés. »

 

Les différents partenaires ont proposé des animations orientées métiers, exemple avec le conteneur du CINAV et une fresque métiers de la Région. Beaucoup d’actions ont été menées auprès des établissements scolaires et les centres de loisirs. En 2022, plus de 1 000 jeunes sont ainsi venus visiter l’Hermione. Un animateur dédié est également chargé de s’adresser au grand public, et de leur parler métiers dans le cadre des visites libres. L’association participe aussi à des évènements comme la semaine de l'emploi maritime, la nuit de l’orientation, la semaine de l'alternance.

 

« On cherche souvent à faire des actions qui permettent d'attirer les jeunes éloignés de l'emploi et de la formation, qui ne vont pas dans des forums ou qui ne franchissent pas la porte d'un lycée. On peut leur parler métiers, orientation, emploi de manière différenciée. Les visiteurs viennent avant tout voir le bateau, ils ne cherchent pas d’information sur l'emploi. Mais on en profite tout de même pour leur parler des métiers et des filières. L’année dernière nous avons reçu 50 000 personnes sur le site. Avec tout ce public, ajouter la dimension métiers, ce n’est pas rien. »

 

« L’essentiel pour nous, c’est le contact humain. Le plus important, ce sont les témoignages des professionnels. Des hommes et des femmes qui vont parler métier aux visiteurs, qui partagent leur vécu, le transmettent et donnent envie. L'idée est de présenter les choses de la manière la plus véridique possible, en montrant les contraintes mais aussi les avantages.»

 

Des métiers, du chantier au grand large

 

Les métiers de la mer connaissent des difficultés similaires à celles de toutes les autres filières d’activité. Tous sont en tension, même si les métiers du bois s'en tirent un peu mieux que les autres, parce que le matériau attire beaucoup de candidats, notamment des personnes en reconversion. « Quand on touche aux métiers maritimes au sens propre, on est plutôt sur un public jeune, de moins de 30 ans. Pour les métiers du bois, on élargit très fortement, on touche plus un public en reconversion, entre 40 ans et 45 ans. Dans ces formations, on essaie de s’assurer de la possibilité de faire des transferts de compétences, du nautisme vers le bâtiment, parce que c'est une activité qui est très sujette aux crises. Pas pour tous les métiers mais dans certains, c’est tout à fait possible de faire des ponts, comme carrossier, peintre, stratifieur. »

 

« Tout est vraiment lié au type de métier, au parcours professionnel de chacun. On se rend compte évidemment qu’à partir d’un certain âge, les gens sont plus stables, plus ancrés dans un lieu avec leur famille, ce qui fait qu’ils vont moins vers les métiers maritimes qui imposent des contraintes des déplacements incessants. Quand on vieillit, on est moins prêt à les accepter. »

 

A chacun de ses voyages, composé de plusieurs étapes, l’Hermione embarque environ 250 gabiers par roulement. L’équipe a constaté que beaucoup de ces marins volontaires, amateurs, sont le plus souvent dans une phase de réflexion par rapport à leur projet professionnel. Leur expérience sur l’Hermione leur donne des pistes, voire fait naître des vocations.

 

L’association a voulu aller plus loin en créant son propre organisme de formation, reconnu et certifié depuis décembre 2021. A terme, elle veut en faire un lieu où on parlera métier et orientation, se situer plus en amont, proposer un parcours à ces jeunes gabiers. Et au-delà, à tous ceux qui viendront voir l’Hermione sur site.  Quand elle sera réparée et capable de voguer vers d’autres horizons, « la frégate des métiers » poursuivra ses activités avec les partenaires locaux de son port d’attache.

 

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February 16, 2023 7:52 AM
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Si tu ne vas pas à la science...

Si tu ne vas pas à la science... | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Une tente gonflable jaune, bien visible au pied des immeubles. Cette tente, c’est le laboratoire des Petits Débrouillards qui y déploient leurs expériences, sous forme de petits défis scientifiques : des machines infernales avec des parcours de billes, des animations en « stop motion », de la pâte à modeler qu’il faut s’efforcer de faire flotter…

 

Mission des Petits Débrouillards, association créée en France en 1986 : la découverte et la transmission de la culture scientifique et technique. Parmi ses actions, la « science en bas de chez toi »* consiste à installer ce laboratoire mobile au milieu des tours, pendant la période estivale, sur un espace fréquenté par les jeunes. Ils sont invités à venir échanger avec les animateurs, découvrir, expérimenter.

 

« Pour nous la base c’est l’éducation populaire, toucher le maximum de jeunes qui n’ont pas forcément accès à la culture scientifique, » explique Kevin Guénée, coordinateur d’activité. « Et cette action-là correspond complètement à nos idées et valeurs. On va dans les quartiers, c’est gratuit pour les enfants, sans inscription. C’est assez libre et flexible pour eux. Ça permet d’avoir une grande partie des enfants du quartier qui ne viendraient pas si on faisait des ateliers payants. »

 

Les sciences, toutes les sciences

 

La culture scientifique est un terme qui peut faire peur. L’association conçoit les sciences au sens large : numérique, sciences et vie de la terre, sciences sociales… Son objectif principal, c’est l’éveil à la curiosité, l’envie d’apprendre. « Chez nous il n’y a pas forcément de scientifiques. Certains animateurs ont un bagage scientifique, mais pas tous. On n’est pas des spécialistes, mais on a un regard curieux sur tout. Et on essaie d’attirer l’attention, de donner envie d’approfondir les choses, faire des expériences en physique et en chimie, mais aussi des sciences sociales en abordant les questions de différence homme femme, les stéréotypes, etc. Mais ça reste les vacances, on n’est pas des professeurs.»

 

A La Rochelle, deux ou trois animateurs interviennent chaque après-midi, parfois le matin, pour 4 heures d’animation avec le public. Un QPV (quartier politique de la ville) par semaine, du début à la fin des vacances scolaires. En organisant ce rendez-vous quotidien pendant une semaine, les enfants découvrent cette sorte de « stage sciences » et reviennent les jours suivants. Le but est de les fidéliser, les faire suivre une dynamique, proposer des nouvelles expériences, s’adapter à leurs demandes.

 

Le public est majoritairement composé de jeunes qui ne partent pas en vacances et dont les parents travaillent. Ils ne ne sont pas inscrits au centre de loisirs, par manque d’envie, ou de moyens. La « science en bas de chez toi » comporte une dimension animation, autour de la proposition de découverte et d’amusement. Les interventions sont annoncées par affiches et flyers distribuées aux commerçants, par réseaux sociaux. « Il y a des jeunes qui viennent parce qu’ils ont vu l’info, et certains qui viennent tous les ans, qui nous connaissent. On commence aussi à voir des jeunes parents qui ont connu le laboratoire il y a des années, puisque ça fait plus de 15 ans que nous faisons cette action. »

 

L’objectif d’amener le maximum de jeunes vers la science n’est pas affiché frontalement. Certains veulent juste s’amuser, d’autres vont aller plus loin, poser des questions, qui déboucheront sur d’autres tests. On veut les mettre dans cette dynamique de curiosité, dans un format ouvert. S’il y a échec, on recommence. C’est une façon de mettre en valeur, ceux qui peuvent être en difficulté à l’école.

 

« La manipulation et le jeu, c’est la meilleure façon d’apprendre. C’est la meilleure façon d’accrocher les enfants. A partir du moment où ils commencent à jouer, découvrir, manipuler, sans s’en rendre compte ils apprennent des concepts scientifiques. On commence par des choses simples, faire de la pâte à modeler, fabriquer des voitures avec des ballons, créer du gaz avec du bicarbonate et du vinaigre pour propulser des petites fusées. Des choses qui leur parlent directement. »

 

« Ensuite, quand on les a accrochés par deux ou trois expériences, on peut aller plus loin sur d’autres phénomènes. On va parler de Co2, de pression, de forces centrifuges. Ils apprennent parce qu’ils sont dans une dynamique, ils sont investis dans un projet. Tout ce qu’on fait, ils peuvent le refaire chez eux. »

 

Faire des jeunes de futurs scientifiques n’est pas le but. Ce que veulent les Petits Débrouillards, c’est toucher le maximum d’enfants. Si à la fin de la semaine, certains disent vouloir continuer sur la voie scientifique, que leur regard a un peu évolué, qu’ils ont trouvé des expériences à faire sur les réseaux sociaux, c’est un plus. Aucune évaluation, à part quelques quizz, mais toujours sous forme de jeu.

 

L'influence des fake news

 

Les enfants ont tous les mêmes besoins et les mêmes lacunes, qu’importe le quartier. Ce que constatent les animateurs, c’est qu’ils sont souvent influencés par les fausses informations qui circulent sur Internet, les vidéos qu’ils regardent, qui vont du meilleur au pire. « Beaucoup de jeunes nous disent qu’ils connaissent un sujet parce qu’ils ont visionné certaines expériences en ligne sur Youtube. Parfois il suffit juste d’essayer d’en reproduire une, pour leur montrer que ça ne fonctionne pas. »

 

« Quand ils testent en réalité, ils se rendent compte qu’il y a une grosse différence. S’ils effectuent la manipulation avec nous, ça rentre. Et s’ils veulent la reproduire, ils comprendront pourquoi ça marche. C’est peut-être une des raisons d’un niveau scientifique un peu faible… C’est ça aussi qu’on essaie de mettre en place : tu as vu une vidéo, mais essaye par toi-même. Manipule, vérifie que c’est vrai, essaie de comprendre pourquoi ça marche.

 

En 2022, « la science en bas de chez toi » a touché 300 participants à la Rochelle, 40% de filles et 60% de garçons. La moyenne d’âge est d’environ 8-9 ans. « C’est très compliqué de toucher les pré-ados, les 13-15 ans, on ne les voit pas. De temps en temps, on capte des petits groupes. Une fois qu’on a réussi à communiquer, ils sont intéressés, mais ils ont plus envie d’aller se promener avec leurs amis. Donc ça reste très compliqué d’avoir ces publics. Le plus gros, ce sont les plus jeunes, avec ou sans leurs parents. »

 

« Les enfants se souviennent de nous quand on intervient dans les écoles. Mais tant qu’on ne peut pas leur proposer une animation régulière, c’est difficile de les capter à l’année. Notre objectif, ce serait de monter un club scientifique les mercredis après-midi, dans un centre social ou dans une médiathèque. Pour que ça fonctionne, il faudrait que cette activité soit accessible à tous. Parce qu’il y a aussi des jeunes qui n’aiment pas faire de foot ou de la danse. Il y en a plein qui seraient intéressés, on sait qu’il y a de la demande. »

 

 

* « La science en bas de chez moi » est une action soutenue par la Région Nouvelle Aquitaine dans le cadre de l’appel à projets de soutien aux actions de développement dans les quartiers "politique de la ville".

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February 2, 2023 12:09 PM
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Du quartier au clavier

Du quartier au clavier | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Valentin Nicolas est Référent Pédagogique & Entreprises de la Régie de Quartiers DIAGONALES à la Rochelle. Avec l’organisme de formation WebForce3, la Régie de Quartiers DIAGONALES a créé une « École Numérique de Territoire » qui propose notamment la prépa apprentissage « #FabrikTonParcours ».

 

D’où vient l’idée de #FabrikTonParcours ?

Aujourd'hui pour les populations jeunes ou en rupture de parcours, on a une vraie difficulté de lisibilité et d’accessibilité concernant les formations numériques. Les métiers sont émergents, souvent récents dans les entreprises, et dont le besoin est de plus en plus important. En fait, l’idée de #FabrikTonParcours c'est de proposer chaque année à 15 participants de réaliser une « prépa formation » pour découvrir les différentes filières et métiers du numérique. On leur propose aussi une partie remobilisation pour les mettre dans un rythme actif d'apprentissage. Au terme des 3 mois, nous voulons qu’ils aient développé leur posture professionnelle, une vision plus précise de ce qu'est le numérique et qu’ils puissent se positionner sur une formation en connaissance de cause.

 

Pour cette action, la Régie de Quartiers DIAGONALES s’est associée à l’organisme de formation « WebForce3 » ?

Oui, c’est une belle histoire parce que notre « École Numérique de Territoire » est issue de la rencontre entre la Régie de Quartiers DIAGONALES et le réseau d’écoles numériques WebForce3. En constatant de nombreuses valeurs communes telles que l’inclusion ou l’égalité des chances, nous avons eu envie de créer une école en partenariat qui s’appuie à la fois sur l’expérience de l’accompagnement social par Diagonales au sein des quartiers depuis 30 ans, ce qui a tissé une relation privilégiée avec les habitants, et sur l’expertise pédagogique de WebForce3, qui à travers ses 50 écoles en France et à l’étranger est un acteur incontournable côté innovation comme par la pertinence des parcours proposés aux apprenants.

 

Quelle est la plus-value de cette école ?

On a très vite compris que notre partenariat allait offrir des parcours plus sécurisés côté apprenants et des recrutements plus sûrs côté entreprise. Avec nos deux structures et leurs savoirs faire en un seul lieu, on a la capacité de concrétiser des rêves de carrière dans le numérique avec des formations qu’on peut suivre en étant mieux accompagné, en étant plus compétent techniquement à la sortie que sur des formations plus générales, avec au final des recrutements plus pérennes pour les entreprises locales. Tout cela qu’on soit issu des quartiers prioritaires, perdu dans son orientation, ou en situation de handicap. Parce que le dispositif a aussi pour objectif de sortir un peu des parcours « élitistes » et de ne plus passer à côté de talents qui ne se seraient pas révélés par voie de formation habituelle. Aujourd’hui, quand on veut travailler dans le numérique, il faut minimum avoir le bac, voire un bac +2. Un jeune qui veut devenir Développeur Web et qui n’a pas le bac ne trouvera pas de formation pour ce métier s’il se présente dans un organisme de formation classique.

 

Notre école propose de la formation inclusive, qui n’exige aucun prérequis de diplôme à l’entrée. On cherche plus à cultiver le talent, l’implication et les savoir-être, en construisant sur les bases que le candidat a pu construire seul avant de nous rencontrer. Donc une personne qui souhaite se réorienter ou entamer un parcours à nos côtés, même sans le bac, va passer un test de positionnement pour vérifier qu’il choisit la formation adaptée à son projet. 

 

En quoi consiste ce test ?

Pour nous, c’est une aide à la décision. En fonction des réponses du candidat, on détermine quelle est l’orientation la plus judicieuse. Soit on l'oriente vers une formation (parfois avec une phase de remise à niveau), soit sur « #FabrikTonParcours ». On peut également le positionner sur une formation que nous ne proposons pas à La Rochelle, mais qui est proposée en distanciel ou dans un autre organisme de formation du réseau WebForce3. Dans ce cas, on peut les accompagner à la mobilité, et dans la réalisation de leur projet.

 

Quand avez-vous commencé ?

L'école a démarré à l'été 2021 par une première édition « #FabrikTonParcours » que nous avons animé dans une salle de la gare SNCF de La Rochelle. Ensuite, nous avons eu la chance de pouvoir nous implanter à côté de l’aquarium et nous avons ouvert l’école et ses salles de formations au printemps 2022. Aussitôt, nous avons ouvert la formation diplômante Technicien Supérieur Systèmes et Réseaux (TSSR) en partenariat avec Pôle emploi, qui a été suivie d’une deuxième session de #FabrikTonParcours. Maintenant, la planification se fait à mesure, toujours en fonction des besoins des entreprises locales et des potentiels participants, parce que notre but n’est pas d’ouvrir à tout prix en fonction d’un catalogue de formation mais d’apporter une solution en mettant en relation ceux qui emploient et ceux qui souhaitent se former.

 

Quel est le profil type des participants ?

Nous n’avons pas forcément de profil type. Nous avons des décrocheurs scolaires, des personnes éloignées de l'emploi, d’autres en réorientation professionnelle. Ça peut être un jeune qui était en contrat d'apprentissage et qui n’a pas été embauché par son entreprise comme d’autres qui n’ont pas trouvé leur place dans les parcours de formation dits « classiques ».

 

On a beaucoup de jeunes en début de vie qui sont déjà en réorientation professionnelle. Certains ont fait un BP, par exemple en électricité, et d’autres des études plus générales sans arriver à s’orienter par la suite. Au terme de leur formation, ils réalisent qu’ils ont pris la mauvaise voie. Ils vont jusqu’à la validation de leur diplôme mais cherchent à faire autre chose. Il faut dire qu’ils connaissent souvent mal le monde de l'entreprise, qu’ils ont fait peu de stages, mais l’informatique les intéresse et ils jouent aux jeux vidéo. Alors quand ils arrivent, on leur dit que les métiers du numérique, ça va bien plus loin que ça. Notre objectif c'est de leur montrer les coulisses, de leur expliquer comment ça fonctionne pour qu’ils puissent au final avoir un regard plus précis sur les différents métiers qui existent.

 

Qu’est-ce que leur apporte « #FabrikTonParcours » ?

Pour nous, « #FabrikTonParcours » est une prépa remobilisation plus qu’une prépa apprentissage. Ce terme est important parce que dans le référentiel de l’action, la première phase, et celle à laquelle on accorde beaucoup de temps, c'est la phase de remobilisation. On travaille sur la confiance et l’estime de soi, sur le savoir-être, mais aussi sur la communication écrite et orale, toutes ces choses qui vont aussi leur permettre de modifier leur posture professionnelle.

 

La découverte des métiers repose sur le principe du « Learning by Doing », l’apprentissage par la pratique. On est à chaque fois sur une pédagogie en mode projets. Les intervenants ne sont pas forcément des formateurs, ce sont aussi des salariés ou des chefs d'entreprises dans le domaine du numérique qui peuvent répondre à toutes les questions techniques. Certains viennent une demi-journée pour apporter leur témoignage. Nous faisons en sorte que ce ne soit que des intervenants locaux, qui connaissent bien le bassin Rochelais. Ils arrivent chacun avec un projet pour le travailler avec les participants. Même si les jeunes n’ont aucune connaissance dans le projet qui leur est proposé, ils vont apprendre en le menant du début à la fin. Par exemple, la construction d’un jukebox numérique, avec tout ce que ça implique, la configuration, les raccordements, l’installation d’un système d’exploitation, etc.

 

Comment se déroule la partie remobilisation ?

La remobilisation se fait tout au long de la période de 3 mois. Si on faisait toute la remobilisation au début, et qu’on obligeait les jeunes à passer leurs 3 premières semaines à travailler uniquement la communication, cela pourrait provoquer des ruptures de parcours. Donc dans une semaine type, on fait un peu de tout, des demi-journées projets, des demi-journées sur la remobilisation, ainsi qu’une demi-journée d'activités physiques et sportives avec un coach. Nous voulons sortir les stagiaires de l’école, les emmener en extérieur. Quand on dit activité physique et sportive, on ne cherche pas la performance mais simplement à s’aérer, apprendre à perdre et gagner en équipe, et éviter de rester sur son ordinateur toute la journée. Ça peut aller du géocaching (course au trésor avec GPS) à l’Ultimate (frisbee en équipes), en passant par une sortie vélo pour favoriser et encourager la mobilité responsable, ou encore par une initiation à la boxe pour gérer ses émotions en osant être combatif. C’est très agréable parce qu’on observe de vrais changements à mesure du parcours et les premiers surpris sont souvent les participants que ça rend d’autant plus enthousiastes.

 

Les activités annexes nous permettent aussi de renforcer la cohésion d'équipe, parce qu’il est important de cultiver un vrai esprit de groupe. C’est ce qui permet aussi de limiter les abandons en milieu de parcours. Il arrive que certains jeunes se rendent compte très rapidement qu'ils veulent devenir développeur web alors quand la journée est dédiée au marketing digital, nous pourrions craindre un désintérêt et par conséquent une démotivation. C’est là que cette cohésion au sein du groupe est précieuse parce qu’ils se soutiennent et se donnent envie de poursuivre ce dispositif, d’autant plus s’ils sont entre copains. #FabrikTonParcours, au-delà d'une aventure professionnelle dans le cadre d'une formation, c'est aussi une aventure humaine.

 

Vous arrivez à toucher un public féminin ?  

Les femmes sont trop peu représentées dans les métiers du numérique. Nous n’atteignons pas encore notre objectif de parité dans les participants de #FabrikTonParcours malgré le fait que nous portions fort le message de l’appétence des entreprises à accueillir plus de femmes dans leurs équipes numériques. Cependant, notre discours semble porter ses fruits puisqu’il y a quelques jours, dans le cadre de la semaine des métiers du numérique à laquelle nous avons pris part avec Pôle emploi, nous avons eu le plaisir de constater que sur 39 demandeurs d’emploi venus découvrir les formations et filières du numérique à travers des ateliers que nous animions à l’école, 17 femmes étaient présentes. C’est très encourageant et nous allons continuer de communiquer afin qu’on cesse de croire que seuls les hommes ont leur place dans ces filières. C’est tout à fait faux, et il y a de beaux parcours à réaliser pour les femmes ayant de l’intérêt pour le numérique.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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January 19, 2023 9:07 AM
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Ma Réussite, le coaching de proximité

Ma Réussite, le coaching de proximité | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Laetitia Debliqui est coordinatrice du programme « Ma Réussite » au sein de L’Association pour la Formation et l’Education Permanente à Tivoli (AFEPT). L’AFEPT porte également l’Ecole de la deuxième chance de Bordeaux. « Ma Réussite » est lauréat du PIC RMPI.

 

Comment a débuté le projet « Ma Réussite » ?

Le projet est parti du constat qu’il y avait beaucoup de dispositifs censés aider les jeunes en rupture à se réinsérer, mais qu’ils étaient tous assez lourds, souvent avec des obligations quotidiennes. Certains jeunes n’y sont pas prêts, c’est déjà trop pour eux. On a voulu proposer un accompagnement qui soit très souple, qui propose du temps d’écoute bienveillante, et des outils pour se construire.

 

En quoi consiste-t-il ?

Notre approche est essentiellement basée sur des entretiens individuels. Le jeune vient vers nous avec ses problématiques, soit qu’il est perdu, qu’il manque d’envie, qu’il veuille chercher du travail mais ne sait pas comment s’y prendre. Ou encore qu’il rencontre des problèmes administratifs, qu’il envisage de reprendre ses études. Nous lui offrons du temps pour discuter et construire quelque chose ensemble.

 

On précise d’abord avec lui son projet, on « diagnostique » ses atouts et ses freins et on recherche la meilleure façon, pour lui, de parvenir à son objectif. Dans la mise en place de ce projet, on en profite pour lui expliquer qu’il faut qu’il aille s’inscrire à la mission locale, à Pôle emploi, avoir sa carte vitale et sa propre déclaration d’impôts. Que s’il ne le fait pas, il sera bloqué dans sa démarche.

 

L’idée, c’est qu’il se réapproprie le droit commun et qu’il comprenne que ce ne sont pas que des obligations, mais que c’est aussi quelque chose qui va lui servir. On va se centrer autour du jeune, de ses envies, de ses capacités et de ses freins. On va l’aider à construire un objectif qui lui convient. On le conseille mais c’est lui qui prend la décision.

 

Quelle est la nature de votre accompagnement ?

On ne fait pas d'accompagnement à proprement parler. On établit un diagnostic en termes de projet professionnel, de niveau de formation, de posture, de disponibilité. Ensuite, charge à nous de lui faire des préconisations, de l’envoyer vers les partenaires les plus adaptés, la mission locale, un parcours santé, des parcours sociaux. Notre objectif c'est toujours de trouver une solution. La majorité du temps elle est professionnelle, un accompagnement spécialisé, une formation, un emploi direct. Mais il y a des cas où c’est un suivi social ou médical.

 

Qui effectue ce travail sur les 5 départements que vous couvrez ?

Nous avons 7 coachs sur 5 départements. Un en Deux-Sèvres, un dans la Vienne, un en Charente, deux en Gironde et deux dans les Pyrénées Atlantiques. Ils portent entièrement le dispositif, établissent les partenariats, tiennent des permanences. Ils sont en contact direct avec les jeunes pour faire les accompagnements et les bilans. C'est d'abord un rapport humain. Ensuite, petit à petit, on construit une réinsertion dans ce qu’elle comporte de plus global.

 

Ce qui fait la force de « Ma réussite », c’est que nos coachs se déplacent. Ils reçoivent dans leur bureau, mais surtout ils vont dans des cafés, à domicile, dans un parc, là où se trouve le jeune. Le premier contact se fait comme le jeune le souhaite. En tant que coordinatrice, j'ai la vision d'ensemble sur les 5 départements. Chaque territoire a sa propre façon de fonctionner. Les dispositifs sont les mêmes, mais pas les interactions.

 

Comment se passe le repérage ?

Nous avons fait le choix de privilégier le « pair à pair solidaire », en s’inspirant de nos expériences. Même les jeunes les plus isolés gardent au moins un ou deux liens, avec leur famille, avec les camarades de leur dernière année de scolarité. On a fait le choix de sensibiliser leur entourage plutôt que les jeunes directement.

 

En 2022, nous avons établi près de 1 800 contacts avec des « partenaires relais », avec les MFR, les SIAE, dans les mairies, notamment en zone rurale parce qu’elles connaissent très bien les difficultés de leurs habitants. Nous faisons aussi équipe avec des éducateurs de rue, des animateurs, des assistantes sociales. On est très bien reçu par tout le monde. Chaque personne que l'on rencontre nous dit qu’elle connait dans sa famille, dans son entourage, un jeune qui s’est arrêté et qui ne sait pas comment redémarrer.

 

Vous arrivez à identifier tous les jeunes en besoin ?

Ce que l’on a mis en place nous permet d'en détecter un certain nombre. Pour faire plus, je pense que le partenariat est indispensable. Par exemple, on est allés aux pieds des immeubles avec des équipes de rue, pour créer des liens. En tant que coach, on n’est pas capables de faire leur métier et à contrario ils ne sont pas forcément capables de faire le nôtre. Pour moi l’avenir c'est d’être ensemble sur le terrain. Même si parfois le partenariat peut s’avérer compliqué à lancer.

 

Depuis septembre, nous avons également mis en place une communication complémentaire vers les entreprises. Dans le cadre de leur démarche RSE, certaines souhaitent proposer des choses à leurs salariés pour leur faciliter la vie. Leurs salariés ont des proches, des enfants, des cousins, qui sont en rupture de parcours. Nous leur présentons « Ma Réussite », comme une solution qu’ils pourraient faire connaître. Intervenir comme ça dans les entreprises, c'est quelque chose d'assez innovant. Depuis novembre, on fait aussi paraître une newsletter avec tout ce qui se passe sur notre territoire et tout ce qu'on met en place.

 

Quelles sont vos observations sur la situation des jeunes ?

Nous faisons toujours un peu les mêmes constats. Les jeunes les plus précaires sont fragilisés par la ruralité, par leur environnement familial, etc. Sur des autres dispositifs comme l’E2C, on observe aussi des jeunes qui sont en difficulté psychique, beaucoup de victimes de harcèlement, et des troubles « dys » qui n’ont pas été repérés, d’où leur mise à l’écart. Plus de la moitié ont tenté, à un moment donné, de passer un diplôme que ce soit CAP, BEP ou BAC et qui ont échoué. Je trouve que c'est énorme.

 

Vous effectuez un suivi ?

Pendant un an, on appelle les jeunes environ tous les 3 mois, pour savoir ce qu’ils deviennent. Certaines fois, nous n’avons plus de nouvelles, mais c’est plutôt rare. Dans tous les cas, nous avons passé le relais à un autre professionnel. A terme, notre objectif c’est qu’ils deviennent autonomes. On essaie de faire en sorte qu’ils ne connaissent pas d’autres difficultés, qu’ils bénéficient d’un accompagnement adapté.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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January 5, 2023 7:51 AM
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Partenaires pour les jeunes

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Emilie Guérin Grazide est chargée de projet et conseillère en insertion à la mission locale du Libournais. La structure a mis en place le projet R’accord, lauréat du PIC RMPI (Repérer et Mobiliser les Publics Invisibles) dans la continuité du PIC « IN système »*.

 

Comment avez-vous élaboré le projet R’accord ?

Après l‘expérimentation « IN système », nous avions vraiment pris conscience que le repérage des jeunes demande énormément de temps et de présence sur le terrain, et que nous n’aurions pas, à nous seuls, cette capacité à se déployer sur tout notre territoire. Donc on s'est appuyés sur les structures et on a construit R’accord en partenariat.

 

Nous avons aussi réfléchi aux besoins des jeunes et aux solutions pour introduire de la fluidité et du suivi entre les différents acteurs qui gravitent autour de ce public. L’important, c’est de se tenir régulièrement informés entre nous. C'est déjà ce qu'on fait plus ou moins, mais là, nous y avons porté une attention particulière parce que ce sont des jeunes plus fragiles qui peuvent facilement décrocher.

 

Quels types de partenaires ?

Nous avons formé un consortium avec l’association Alter Ego pour la mobilité, « Le lien » pour le logement, « Les Cygnes de vie » à Castillon la bataille. Et deux partenaires qui ne sont pas membres du consortium, LEPI (Libournais Equipe Prévention Insertion), association de prévention, et Habitat Jeunes en Pays Libournais. Au fur et à mesure, se sont agrégés des partenaires auxquels on n’avait pas pensé dans un premier temps. Ainsi, nous travaillons depuis un an avec l’ADAV 33, l'association des gens du voyage. Notre démarche est très opportuniste, on est aussi en lien avec toutes les collectivités locales, et dès qu’un partenaire organise un événement ou des actions qui mobilisent potentiellement des jeunes, on essaie d'être présent, de proposer une animation, de se rendre visible.

 

Que comporte le projet ?

Opérationnellement, nous avons plusieurs axes de travail. Le premier consiste à conforter et renforcer le partenariat. Concrètement nous organisons des rencontres régulières avec nos partenaires et nous maintenons la proximité avec eux, de personne à personne, de professionnel à professionnel. Sinon, en pratique, environ une fois par mois, nous participons aux maraudes que font déjà les intervenants sur différents territoires. L'idée, c'est de pouvoir entrer en relation directe avec des jeunes, leur parler de la mission locale.

 

Quels sont les deux autres axes ?

Le deuxième axe de travail, c’est la mise en place de nouvelles modalités de repérage en allant au plus proche des lieux de vie des jeunes. Pour ça, nous avons créé des temps forts, par exemple une journée autour des questions de mobilité ou autour des jeux vidéo. Nous proposons des animations de présentation des métiers avec des casques de réalité virtuelle, on utilise des simulateurs de conduite pour donner envie aux jeunes de venir nous rencontrer. Notre objectif est de créer des événements pour nous rendre visibles, en utilisant des supports attractifs.

 

Notre troisième axe de travail vise à permettre aux jeunes de se remobiliser. Nous avons choisi la mobilité comme support. On leur propose, par exemple, de passer le code de la route, un prétexte pour leur donner envie d'entrer dans une dynamique d'insertion. Notre but caché, sans leur dire, c'est de travailler leur projet professionnel et de leur proposer ensuite d'aller sur un accompagnement. Avoir le permis, c’est un vrai facteur d’insertion professionnelle. Chez nous, la plupart des jeunes n'accèdent pas à la formation ou à l'emploi, principalement à cause des problèmes de mobilité.

 

Comment faire adhérer un jeune au principe d’un accompagnement ?

Il faut d’abord lever les difficultés qui relèvent de sa subsistance. Si sa première préoccupation est de savoir où il va dormir, ce qu’il va pouvoir manger, c'est sûr qu'il ne sera pas en capacité de s'engager dans l'accompagnement. Nous devons très rapidement mobiliser des aides financières en s’appuyant sur les dispositifs de droit commun, sur les associations caritatives pour l'aide alimentaire, et trouver des solutions de mobilité quand elles existent. R’accord a permis de financer des places sur un dispositif d'hébergement d'urgence, des colocations avec l’association Le lien, qui peut les accueillir pour une période de 3 à 6 mois, jusqu'à ce qu'ils trouvent une solution plus pérenne.

 

Quel est le public que vous visez ?

Notre cible, c'était les jeunes 16-25 ans qui ne nous connaissent pas, ou qui ne veulent plus venir à la mission locale. Mais on avait aussi envie de cibler les jeunes parents au RSA qui ont un peu de mal à se projeter dans des projets d'insertion professionnelle.

 

Au départ, nous avions pour objectif de toucher 100 jeunes. Par toucher, il ne faut pas forcément comprendre accompagnement. Un rendez-vous à la mission locale est déjà une réussite. Pour l’instant nous en sommes à une cinquantaine, mais nous avons une obligation de moyens, pas de résultats. Sur une de mes journées, si je reviens avec deux jeunes à suivre, c'est déjà énorme. On savait déjà que c’est un travail de fourmi qui demande beaucoup d'énergie pour des résultats très modestes. En plus, on se rend compte que plupart des jeunes de notre territoire connaissent la mission locale, sont déjà suivis par elle ou d’autres partenaires, ou ont été suivis par le passé. En fait, les vrais invisibles, il y en a très peu.

 

A la mission locale, qui participe à R’accord ?

R’accord est un projet d’équipe, même si nous avons un animateur recruté pour ce projet. Tous les conseillers sont partie prenante. Dans la mesure du possible, ils participent aux actions de maraude, parce que nous voulons rassurer au maximum le jeune et qu’il n’ait pas à raconter quinze fois son histoire.  Le principe est aussi de faire en sorte que son premier interlocuteur soit la personne qui va assurer son accompagnement.

 

Quel bilan tirez-vous de l’action?

L’intérêt et la plus-value qu'on voit dans ce projet ce sont les partenariats, ça nous incite vraiment à travailler en complémentarité. Cela nous oblige aussi à sortir de nos bureaux, à réfléchir à des manières d’évoluer pour mieux répondre aux attentes de la jeunesse, comment nous rendre attractifs. R’accord nous a poussés à rentrer dans cette réflexion et à sortir d'une logique institutionnelle, purement administrative. Pour les conseillers c’est un exercice qui s’apprend, ça nous demande de construire une nouvelle approche des jeunes. Pour la mission locale, l’enjeu de visibilité marche dans les deux sens.

 

 

* IN Système est le projet de 37 Missions Locales, porté en consortium par l’Association Régionale des Missions Locales de Nouvelle-Aquitaine, en 2020 et 2021. Il visait l’accompagnement vers le droit commun de jeunes particulièrement éloignés de l’insertion socioprofessionnelle 

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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December 8, 2022 3:09 AM
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La citoyenneté, un jeu comme les autres ?

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En 2020, deux anciens managers du groupe La Poste décident de créer « Les Autrement Dit ». But de la structure, accompagner des managers par le biais de solutions ludiques. Le premier outil développé dans cet esprit concernait l’entretien professionnel : « Kiparle de Demain », pensé comme un parcours ludique entre manager et collaborateur Puis sont venus d’autres jeux à destination des entreprises, en fonction de leurs besoins en termes de gestion de projet, gestion de conflits. La structure a aussi abordé le monde de l’éducation, initialement à la demande d’un lycée poitevin pour préparer des étudiants de BTS à leur entretien de recrutement en stage ou en premier emploi.

 

C’est avec les équipes de Sciences Po Poitiers, que « Les Autrement Dit » ont imaginé un projet sur l’engagement citoyen. A l’origine, il s’agissait d’accompagner les étudiants dans leur parcours civique de 3 ans, pendant lequel ils sont censés mener un projet citoyen en s’engageant auprès de structures diverses. Son nom, « Kisengage », pensé comme un produit hybride, à la fois jeu de société et application numérique, afin de toucher tous les publics.

 

« Ce qui était intéressant, c'était de révéler l'engagement citoyen avec des jeux collaboratifs en mode physique, » explique Manuel Duperthuis, co-dirigeant. « Donc un jeu de plateau avec des cartes, et une application numérique pour effectuer un suivi du parcours d'engagement citoyen pendant leurs 3 ans. Elle permet de visualiser la progression de chaque utilisateur, ses connaissances des différentes thématiques citoyennes grâce à des quiz, des échanges en communauté, des propositions d'articles. »

 

Privilégier les échanges entre joueurs

 

La volonté de départ était que les joueurs échangent sur des thématiques aussi diverses que l'environnement, le droit du vivant, la sexualité, la lutte contre l'exclusion, la liberté et la justice, ou encore la démocratie, la coopération, l'éducation, les médias. « Kisengage, c'est avant tout une méthodologie, par la mise en place d'outils ludiques. Son principe est de pousser les participants à endosser des rôles différents, même si leur opinion est à l’inverse de celle qu’on leur demande de défendre. On voulait vraiment créer un jeu d'échange des visions de chacun et on voulait créer une application pour qu’ils suivent leur parcours personnel sur ces différents sujets. Le travail de conception a été mené à l’origine avec un groupe pilote d'étudiants de Sciences Po pour déterminer les thématiques pertinentes, parce que « l'engagement citoyen » reste une notion un peu vague. »

 

Le jeu se déroule en plusieurs phases, à commencer par une première réflexion sur les thématiques. Les participants sont invités à en choisir une, ou la tirer au hasard, y réfléchir collectivement, chacun faisant part de sa perception. La phase suivante est consacrée à la conception du discours, ainsi qu’au débat. C’est l’occasion d’aborder les fake news, apprendre à identifier les mauvaises informations ou celles qui ne sont pas forcément vérifiées. Une autre est consacrée à l'évolution des thématiques dans le temps, une sorte de frise chronologique dans laquelle il faut replacer telle loi ou événement, les replacer dans leur contexte et en comprendre la progression.

 

L’accès à l’application est individuel. L’utilisateur avance au fur et à mesure de ses réponses à différents quiz. Il déverrouille progressivement les étapes les unes à la suite des autres. A terme, cet outil permettra d’organiser des moments de jeu à distance avec d’autres joueurs. Il inclut les règles des différents jeux physiques, afin que les utilisateurs soient le plus autonomes possible. « Dans nos jeux, on se rend compte que si on laisse une plus grosse place à l'autonomie, les échanges se font plus facilement. Dès qu'un référent est présent, c'est un peu plus compliqué à d’obtenir de la matière. »

 

« Nous essayons d’élaborer des règles du jeu accessibles, sinon on prend le risque de perdre beaucoup de monde. Ce qui est intéressant, c’est de réfléchir autrement par rapport à ces grandes thématiques citoyennes, d’aboutir à des prises de conscience et de croiser les différentes visions. Quel que soient les utilisateurs, on peut leur faire prendre conscience qu’un sujet de société n’est pas juste pompeux et descendant, qu’ils peuvent aussi agir dessus. »

 

Si le jeu a été initialement développé avec des étudiants en Sciences Po, il est utilisable avec n'importe quel public. Il a été proposé à différentes structures comme les missions locales, les maisons de quartier, qui ont besoin de donner un peu de sens à la question de l'engagement citoyen, qui ne peut se résumer à quelques cours d'instruction civique, mais qui concerne la vie de tous les jours. L’outil est assez souple pour faire du sur-mesure par rapport aux besoins d'un partenaire. 

 

La pratique au-delà de la théorie

 

« Une fois que l’on intègre une structure pour faire son parcours civique, la théorie ne suffit pas. C’est la mise en pratique, la mise en action via le jeu, qui fait que les joueurs vont se révéler. On organise des sessions d'une heure à une demi-journée. Plus, ce serait trop long, et c'est compliqué à mette en place pour les structures. Les phases de jeu peuvent se faire en 1 heure, on peut les interrompre et les reprendre pendant une autre séance, organiser une autre phase la semaine d’après. Les animateurs ne sont pas bloqués par rapport à un atelier. »

 

L’accompagnateur, l'encadrant ou le professeur joue un rôle d'impulsion et de suivi, qui est assez différent de sa posture habituelle. Il ne s’agit pas d'enseignement en tant que tel, il faut l’aborder plutôt comme un complément ludique de groupe en mode collaboratif. Dans les collèges et les lycées, les enseignants doivent consacrer du temps aux questions de citoyenneté. « Kisengage » leur propose de le faire par d’autres moyens que ceux dont ils disposent, de façon autonome puisqu’ils peuvent l’utiliser quand ils le veulent, en fonction de leur emploi du temps et de leur programme.

 

« De toute façon, ce qui est contraint ne fonctionne pas pour les professeurs, les élèves, les étudiants.  Donc il faut proposer une solution à laquelle consacrer une heure ou plus, sur une telle ou telle thématique. Cette souplesse, dans notre réflexion initiale et dans notre cahier de charges, c'était obligatoire. »

 

La méthode a été testée fin 2021, avec des groupes pilotes d'étudiants, des associations étudiantes, des groupes d’élèves, des maisons de quartier. Le contenu existe, mais il n’est pas encore pleinement opérationnel. L’appel à projets régional "Expérimentations de solutions numériques innovantes" a permis de faire l'expérimentation. L'application est quasiment terminée, mais demande encore du travail en termes de développement, de serveurs, etc. « Après cette période d'expérimentation, nous sommes dans la phase de développement des contacts dans différentes autres structures, d’organisation des tests. Nous avons des points d'échange prévus avec quelques établissements scolaires, par exemple avec un collège de la région qui est intéressé pour la partie égalité fille garçon. »

 

« De fait il y a un grand phénomène en cours autour de l'engagement citoyen. On constate bien que l'engagement dans l'associatif est de plus en plus en perdition, alors qu'il y a des gros besoins. Notre enjeu c'est, comment faire prendre conscience de ces besoins grâce à notre approche ludique. »

 

 

https://latribulad.com

https://lesautrementdit.fr

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November 17, 2022 8:47 AM
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Les métiers se donnent en spectacle

Les métiers se donnent en spectacle | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Les activités artistiques sont assez peu pratiquées au sein des lycées. Parmi elles, la danse fait encore plus figure de parent pauvre. Pourtant, les académies ne renoncent pas à mener des actions de diffusion. A Limoges, Séverine Dahler, professeur d’éducation physique et sportive est chargée, au sein de l’académie, de développer ces activités pour des jeunes qui ont très peu accès à ce domaine, particulièrement dans l’enseignement professionnel.

 

En 2021, une de ses collègues lui signale une action menée dans un lycée professionnel de Vendôme (Loir-et-Cher). Un petit film de 10 minutes réalisé par un chorégraphe et un vidéaste, sans paroles, en noir et blanc, montrant les jeunes danser leurs différents métiers en quelques gestes.

 

« On s’est inspirés de cet exemple pour monter une formation de proximité sur laquelle j’ai travaillé avec Caroline Delage, une autre enseignante spécialisée danse en lycée général. Nous avons pris en compte les points forts du lycée pro, c'est à dire des groupes de jeunes qui ont un même projet professionnel, en partant de leur quotidien pour les amener petit à petit, au fil des séances, vers une activité de plus en plus artistique. » Une première expérience a été menée à la rentrée 2021, avec un section carrosserie, sur des métiers assez typés masculins.

 

Pour ce qui concerne les professeurs d’EPS, la démarche consistait à monter une séquence accessible, qu’ils puissent mener dans leurs établissements, sans pour autant avoir de connaissances particulières dans la discipline. « Pour nous formateurs, c’est un défi de simplifier la séquence, pour que je n'ai pas besoin de passer par la démonstration afin de ne pas les mettre en difficulté. On leur donne un jeu de consignes pour amener les élèves à réaliser une chorégraphie. ».

 

8 heures pour les enseignants

 

Ce nouveau format de formation, ouvert aux professeurs et aux étudiants, comporte 4 séances de 2 heures. Les participants sont mis en situation comme s’ils étaient des élèves pour comprendre les difficultés que les consignes engendrent. On ne leur demande pas de prouver leur expertise de danseur, ils n’ont aucune démonstration à faire. On leur présente des situations progressives et des supports musicaux pour qu’ils n'aient pas à les rechercher eux-mêmes. L’objectif est de leur fournir une séquence clé en main.

 

« Notre enjeu c'est de rassurer les collègues, qu'ils se sentent capables de faire progresser des élèves dans des activités de création. Par rapport à de la gymnastique, il y a vraiment un projet de construction collective. » Parmi les arguments présentés, le fait que les activités artistiques mettent particulièrement en avant les compétences qui permettent aux élèves de vivre ensemble un processus de création. « C’est important dans le développement du jeune parce que on a besoin de le confronter à sa créativité, à son imaginaire. Et puis surtout de lui apprendre à travailler avec les autres, négocier des choix, proposer des choses sans les imposer. »

 

Les activités sportives traditionnelles impliquent un regard essentiellement technique. Avec la danse, c’est en présence d’un public qu’il faut assumer ce qu’on fait. La mise en jeu du corps n'est pas du tout la même, avec des questions de posture, de communication entre danseurs, le jugement dans le regard des autres qu’il faut accepter. « Nos consignes sont extrêmement précises. Avec les élèves, on va parler d'espace, de gestion du temps, de rythme, mais on est soucieux de ne pas être dans le jugement. Dans notre population quotidienne en EPS, nous avons plein de jeunes qui ne savent pas gérer leur corps. C'est très intéressant et très riche de les amener à mieux se connaître, à mieux maîtriser leur schéma corporel, d'arriver à se reconnaître comme étant singulier et à accepter que les autres ne sont pas comme eux. »

 

Les élèves suivent 8 à 10 séances de 2 heures par an, au cours desquelles ils vont mettre en place des « tableaux », au minimum deux. La durée des chorégraphies n'est pas un indicateur pour les évaluer, c’est la qualité de la production qui est recherchée avant tout, et le plaisir à le faire ensemble. Pour ne pas les perdre, le choix a été fait de travailler avec des classes entières plutôt qu’en sous-groupes, afin qu’aucun élève ne reste spectateur. Les chorégraphies reposent sur la force du groupe, afin d’entraîner ceux qui auraient des réticences. Les élèves n'ont pas besoin, du moins au début, d'être force de proposition.

 

« Les premiers essais ont complètement conforté ce choix de démarrer avec des classes entières. On crée des sous-groupes dans la deuxième partie des cours. On n'est pas sur une production longue parce qu'il y a des difficultés de mémorisation et d'attention. Il faut beaucoup de concentration et d'écoute de l'autre pour être synchronisés. Quand ils ont vraiment construit quelque chose de précis, il y a une vraie fierté chez les élèves. »

 

Acquérir des compétences transverses

 

« Le plus de l'activité, c'est vraiment que les élèves créent des mouvements avec leur corps, dans l'idée de communiquer un message autour de leurs métiers. Et ça on ne le retrouve nulle part, parce que dans les activités sportives, on reproduit plus ou moins bien un geste technique identifié comme étant le plus performant. Ce n’est pas la difficulté technique qui importe, mais la capacité à se mettre au service d'un groupe, à faire des choix ensemble et d'arriver à les mettre en œuvre. »

 

La démarche ne repose pas sur un style de danse particulier, surtout pas la danse classique qui nécessite un niveau technique élevé. On parle ici de « pratique sociale de référence », le modèle est plutôt celui de la compagnie que de l'école de danse notre modèle. Le professeur définit un thème à partir des pratiques professionnelles, pour ne pas perdre de temps à le faire choisir aux élèves. Ensuite il met en place le processus de création avec eux. On constate qu’avec des consignes identiques, chaque élève et chaque sous-groupe arrive à construire des éléments différents. A la fin d'une séquence chaque production est singulière.

 

« Le minimum obligatoire c'est de nous présenter le travail dans la classe pour être évalué en EPS. Dans notre projet, et je pense que ça se mettra en place cette année, il y avait l'idée que, quand un bout de chorégraphie est prêt, on l'amène dans l'atelier de travail, donc un espace différent qui donne un autre sens à la danse, pour le danser et le filmer.  Ça sera l’occasion pour les professeurs d'atelier de voir que leurs élèves peuvent se comporter différemment. C'est à la fois un autre regard porté sur l'élève et un autre regard sur le métier. »

 

En fin d’année, cette expérimentation devrait déboucher sur une formation à public désigné, donc obligatoire, pour tous les enseignants d’EPS de l'académie qui enseignent en lycée professionnel. « Beaucoup de mes collègues se sont reconnus dans cette idée que, au-delà du choix d'un support particulier comme la danse, l'idée est bien de redonner confiance en soi, de s'assumer, d'écouter les autres, de partager des choses sans jugement. C’est vraiment un enjeu de développement des compétences transversales. »

 

 

Séverine Dahler est intervenue dans le cadre des "Innovantes 2022", où elle a été sollicitée par différents professionnels présents intéressés par sa démarche et ses effets sur l'apprentissage des compétences transverses. 

 

 

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October 27, 2022 12:49 PM
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Pour les idées, rendez-vous à la Caserne

Pour les idées, rendez-vous à la Caserne | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Au début était une caserne. Une caserne à Poitiers, libérée par les pompiers en fin d’année 2020, après plus de 50 ans de bons et loyaux services. Mais son histoire ne s’arrête pas là. En quelque sorte, elle ne fait que commencer, puisqu’elle débute une nouvelle carrière en tant que tiers lieu, un projet collectif porté par l’association « La Caserne ». Elle est pour l’instant entrée dans une période « d’urbanisme transitoire » pendant laquelle de nombreux acteurs locaux réfléchissent à sa future configuration.

 

Parmi eux, plusieurs représentants de l’économie sociale et solidaire emmenés par la Chambre Régionale de l'Economie Sociale et Solidaire de Nouvelle-Aquitaine (CRESS), qui ont lancé fin 2021 le concept de la « Gare à idées ». « Nous nous sommes retrouvés pour essayer de définir ce que nous voulions, ce que l’ESS pouvait apporter et ce que nous pourrions faire ensemble autour de ce nouveau lieu, » explique Laurence Fouin, directrice opérationnelle de France Active Nouvelle-Aquitaine. « Nous n'avons pas la prétention de regrouper aujourd’hui tous les acteurs de l’ESS qui pourraient intervenir, parce que le projet est très récent. L'idée générale, c'est de mettre en place un collectif pour accueillir les porteurs de projets sur le territoire de Grand Poitiers. »

 

Pour Virginie Charron, chargée de développement au sein de coopérative d'activité et d'emploi (CAE) Aceascop, « c'est aussi l'idée que cette chaîne propose aux créateurs d’activité, quels qu'ils soient, pas forcément ceux qui se destinent à l’ESS, d'avoir une seule et même porte d'entrée. On pourrait parler de guichet unique, un lieu d’accueil où ils peuvent venir faire un point de situation avec une personne qualifiée, et déterminer leurs besoins en termes d'accompagnement. Il faut surtout éviter d’envoyer les gens faire le tour des popotes, frapper aux portes les unes après les autres. »

 

Un travail commun

 

En début d’année, les partenaires ont investi collectivement un bureau partagé. Ils se répartissent les permanences, communiquent sur leur présence à l’intention des porteurs de projets. C’est également un moyen d’apprendre à se connaître, à mieux travailler ensemble, à développer quelques réflexes communs. Si les structures se connaissaient déjà, ont l’occasion de se croiser et de se rencontrer plus ou moins régulièrement, voire pour certaines de travailler ensemble, elles ne le faisaient pas jusqu’ici sur un même lieu et pour les mêmes projets. La Caserne leur offre l’occasion de donner une nouvelle dimension à leurs collaborations.

 

A ce stade, le collectif reste assez informel. Chaque structure a pris en charge un aspect du projet, la communication, la gestion des plannings, etc. Mais chacun est conscient que la gouvernance est un vrai sujet, et qu’il va falloir assez rapidement définir un pilotage, si ce n’est désigner un pilote principal. Ou encore créer une structure ad hoc, qui nécessitera des moyens dédiés. Selon Pauline Bonnaud-Deborde, chargée de communication de la CAE Consortium Coopérative, « a priori le ou les pilotes seront parmi les initiateurs du projet. Pour le moment, c'est un peu la CRESS qui impulse, en tout cas à qui on s'adresse en premier. Cela dit, sur certains groupes de travail, il y a des structures qui sont arrivées plus tard, qui n’étaient pas là à la naissance de la Gare, et qui sont assez actives. »

 

Les partenaires se sont donné un an pour mener la phase d'expérimentation, en alignant leur calendrier sur celui de la Caserne qui entre dans sa une longue phase de travaux. A terme, à l’horizon 2024, le lieu pourrait comporter un pôle restauration, un pôle logement, avec de l'hébergement social et une auberge de jeunesse, peut-être un cinéma, un bar associatif, etc.

 

« On s'est dit, profitons de cette expérimentation du projet caserne pour expérimenter cette Gare à idées, en poser les contours. Effectivement c'est en train de se construire, on veut utiliser cette année pour évaluer les moyens à mobiliser pour mettre en œuvre et articuler notre idée, et voir comment elle pourrait être transférée sur d’autres territoires. C’est aussi l’occasion de gagner en interconnaissance, parce que la grande famille de l’ESS compte beaucoup de membres qui ne se connaissent pas, qui n’ont pas les mêmes méthodes. La gare à idées pourrait avoir le potentiel de créer des connexions entre toutes ces structures, ainsi qu’avec les autres acteurs. »

 

Répondre collectivement aux besoins

 

Pour l’instant, la Gare à idées ne dispose pas de financement particulier. Le projet est parti d’une envie de travailler ensemble. « Si demain nous constatons certaines limites, qu’il faut coordonner ou développer des actions, on ira en chercher, mais ça n’était pas notre porte d'entrée. On est plutôt partis du porteur de projet ou du bénéficiaire, et de comment à travers nos différentes offres, on peut encore mieux lui répondre ensemble. Il n’y a jamais eu de concurrence entre nous. »

 

Parmi les perspectives que se donnent les partenaires, aboutir à la création d'offres communes, notamment sur la partie sensibilisation. Exemple, chacune des structures peut être sollicitée par une mission locale pour intervenir et parler entrepreneuriat auprès d'un public jeune. « Très concrètement il pourrait être intéressant de faire de l'ingénierie commune, coordonner nos approches et rassembler nos moyens sur ce type d'intervention, où finalement tout le monde dit à peu près les mêmes choses. On ne prêche pas chacun pour notre paroisse, on œuvre tous pour le même objectif, notamment celui de faire connaître l’ESS et ses différents statuts.»

 

Pour construire une offre de services, mieux accompagner les porteurs de projets, la gare à idées doit avant tout répondre à un enjeu de visibilité. Vis-à-vis des publics, mais aussi vers les collectivités et tous les prescripteurs potentiels. C’est pourquoi elle a besoin d’un lieu pour matérialiser son existence.

 

« Si nous arrivons à rendre visible notre concept, on peut le proposer partout. Même s’il est très récent, il suscite déjà l'intérêt des collectivités. Nous sommes sollicités par des EPCI comme Grand Angoulême, qui entendent parler de la Gare à idée, qui veulent voir ce qui se passe. Ils ont l'habitude de nous voir indépendamment les uns des autres, là ils se disent qu’il il y a peut-être quelque chose à faire avec ce collectif et que ça peut être intéressant pour les porteurs de projet. Reste maintenant à relever le défi ».

 

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October 13, 2022 9:24 AM
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Revenir à l’emploi par l’AFEST

Revenir à l’emploi par l’AFEST | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

« Nous sommes partis sur quelque chose qu'on ne connaissait pas sous l'appellation d’AFEST. Mais avec notre offre de formation continue, qui inclut systématiquement des périodes en entreprise, nous avions déjà cette culture de l'entreprise et du rattachement au stage. » Kelly Guillemain Laurent, chargée de communication et de développement, au sein de l’organisme de formation « Hommes et Savoirs » (Royan) présente ainsi l’expérimentation menée en 2020 en réponse à un appel à projets régional.

 

L’action a porté sur le titre assistant(e) de vie aux familles (ADVF), pour 4 stagiaires plutôt éloignés de l'emploi, dont deux avaient déjà une connaissance du secteur sanitaire et social. Un parcours d’environ 800 heures comprenant une semaine de positionnement suivie d’une immersion en entreprise. Puis, un rythme d’alternance de 4 jours en centre, une journée en entreprise, pour progressivement inverser la logique et aboutir à un jour en centre et 4 en entreprise.

 

« Notre fer de lance est toujours de travailler sur des métiers en tension sur le bassin d'emploi. Donc nous avons choisi l'aide à la personne qui nous semblait être un des métiers où la pratique et la découverte en entreprise étaient les plus appropriées, que ce soit les gestes auprès d'une personne âgée, en structure ou à domicile, ou pour la petite enfance. »

 

En raison de la forte activité estivale sur son territoire, Hommes et Savoirs a négocié une suspension de parcours à mi-chemin, afin de permettre aux stagiaires de prendre un emploi saisonnier. Ceux qui rencontraient des difficultés en français et dans la constitution de leur dossier numérique, ont été rattachés à l’Habilitation de Service Public (HSP) socle de compétences pendant 2 mois, afin de suivre une mise à niveau accélérée.

 

Une formation multi terrains

 

Les stagiaires sont passés par plusieurs types de structures, comme le requiert le titre ADVF : ehpad, aide à domicile, crèche ou périscolaire en école. Ce qui a impliqué trois protocoles, trois suivis tuteurs, trois sortes d'apprentissage. Donc nécessairement un suivi administratif et un accompagnement spécifiques.  Les stagiaires doivent acquérir, en un temps très restreint passé au centre, les compétences qu'ils n'auraient pas vues en entreprise. De plus, il leur faut constituer un dossier professionnel à présenter au jury de validation en fin de parcours.

 

« Le stagiaire doit être un minimum autonome, avoir un peu d'expérience à l'emploi, de mobilité, de capacité à agir seul. Dès la réunion collective, concernant le jury, on leur explique très simplement qu'on n'est pas dans une méthode scolaire et que les professionnels sont bienveillants, qu'ils sont là pour les accompagner, évaluer la pertinence de leur apprentissage. Néanmoins, ce qui peut effrayer les candidats, c'est le travail en amont, la constitution du dossier professionnel, la réflexion sur le travail. S’ils ont des freins ne serait-ce qu'à l'écriture, à la concentration, à la digitalisation de ce dossier, c'est très compliqué de les faire entrer en mode AFEST. »

 

Au départ, l’organisme ne savait pas comment il allait aiguiller les parcours, tant du côté du formateur que du tuteur. Il a pris contact avec l’Institut Régional du Travail Social (IRTS) pour des formations de tuteurs en entreprise, pas spécifiquement fléchées AFEST. Il a également mis en place un appui conseil pour les tuteurs, des temps réservés soit dans leur structures respectives, soit en les rassemblant pour leur présenter le cadre réglementaire de l’AFEST, le rôle du tuteur, comment identifier des situations apprenantes et comment amener à la réflexivité. Pendant l’action, ils bénéficiaient, si besoin, d’un appui par téléphone, par courriel ou sur site, ainsi que des réunions mensuelles.

 

« Les tuteurs manquent cruellement de disponibilité, c'était compliqué pour eux de sacrifier du temps en dehors, sur leur jour de congé, pour suivre les formations. C’était important pour nous d’interpeller les directions de ces établissements, pour qu’elles valorisent ce rôle. Sur ce point, il y a encore beaucoup de travail à faire. Pour autant, l’action a été bien accueillie, mais je pense que nous aurions eu le même accueil avec un autre dispositif. Je crois que les structures étaient surtout en demande de formation métier, d'avoir des stagiaires à modeler selon leurs attentes, à leur éthique, pour pouvoir les embaucher à terme. »

 

Autre difficulté importante, la mise en adéquation des situations apprenantes à construire avec un référentiel métier. Il y avait également nécessité de tenir compte de l’identité de chaque structure, qui fonctionne selon ses propres process, avec ses propres équipements. Il a fallu les accompagner, ce qui a demandé à Hommes et Savoirs une présence régulière, et d’effectuer certains réajustements. « Ce qu'on a réajusté, finalement, c'est surtout du papier. Par exemple, les émargements pour les alléger parce que on ne peut pas attendre des tuteurs qu’ils deviennent formateurs. Ils apportent leur expertise métier, les bonnes pratiques, on ne peut pas leur demander de se concentrer sur le référentiel.»

 

La disponibilité des tuteurs

 

 « Les structures d'aide à domicile sont toujours à flux tendu au niveau du personnel. Or, pour une AFEST, Il faut détacher un tuteur et un stagiaire pour aller chez les clients. On n’avait pas forcément anticipé ce genre de problématique. Dans ces métiers, le temps qu'on passe chez une personne est chronométré. Comment faire pour respecter le droit à l’erreur d’un stagiaire à qui on demande de la réflexivité ? On s’est attelé à une tâche ardue sur cette formation précise. Elle a mis en exergue toutes les choses auxquelles nous devions être attentifs, ça s'est avéré très formateur. »

 

Même si la mise en place d’une AFEST reste un processus assez lourd, l’expérimentation a été productive, tant sur le plan administratif que sur le plan pédagogique, ou encore en matière d’accompagnement. L’organisme de formation, les tuteurs, ainsi que les stagiaires, ont avancé au fur et à mesure dans cet axe de formation qui représentait un véritable défi. Les intervenants ont dû s’adapter, penser différemment l'approche de la formation, d’autant que la même certification est également proposée par Hommes et Savoirs dans le cadre de la formation continue classique.

 

« En interne, ce que cette expérience nous a apporté, c'est une grosse réflexion sur le livret de suivi stagiaire et la contractualisation du parcours. Nous avons élaboré des outils de traçabilité intéressants, par exemple des grilles de faisabilité en entreprise, que nous pouvons très bien utiliser pour l'ensemble de nos formations. Ils sont aussi pertinents pour les structures qui nous accompagnent et qui accueillent nos stagiaires. »

 

Reste la question des raisons de rendre « festable » une formation ? Pourquoi celle-ci et pas une autre ? Pourquoi serait-ce plus pertinent sur cet axe de formation ? « En fait on se prend vite au jeu de l’AFEST parce qu’il y a cette idée d'individualisation, et que nous devons penser notre offre en termes de modularisation. Il y a beaucoup de suivi, donc forcément on suit la progression de chaque parcours, on accompagne chaque questionnement, tant des tuteurs que des apprenants. »

 

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