Initiatives locales et paroles d'acteurs
44.7K views | +0 today
Follow
Initiatives locales et paroles d'acteurs
Your new post is loading...
Your new post is loading...

Popular Tags

Scooped by Cap Métiers NA
December 14, 2023 3:53 AM
Scoop.it!

Découvrir l’entreprise micro à la main

Découvrir l’entreprise micro à la main | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Proposer à des jeunes de « désacraliser » la rencontre avec des employeurs en les transformant un temps en petits reporters, c’est la proposition de « réalise ton parcours », une action menée en 2021 par le pôle vie sociale et engagement de la mission locale de la Creuse. Public concerné, les jeunes de 16 à 25 ans, résidents de QPV, sans autre prérequis particulier.

 

Le principe de cette action est notamment de leur apprendre à mener une interview et à s'intéresser aux entreprises du territoire, puis de prendre contact avec les elles, de convenir d'un rendez-vous et de réaliser une interview filmée. Interviennent ensuite les étapes de montage vidéo, de diffusion et de communication. « Tout au long du projet nous nous sommes appuyés sur 2 partenaires médias et culturels, » précise Rébecca Rolland, responsable du pôle vie sociale et engagement. « L’association Radio Pays de Guéret, qui est intervenue sur la partie initiation à l’interview, la recherche d’information sur Internet. Et l’association Télé Guéret Vision (TGV) qui a formé nos jeunes sur la partie technique audiovisuelle, la captation, le son, les réglages lumière, le montage. »

 

À partir d’un panel d’une dizaine de portraits de recruteurs, les jeunes ont procédé à une sélection de 3 entreprises, sur la base de leur appétence et de leurs affinités. Ils ont été accompagnés dans les entreprises pour réaliser les interviews, à chaque fois consacrées à un métier en particulier. Les interviews sont programmées en fonction de la disponibilité des entreprises, ainsi que des intervenants numériques associatifs et des jeunes. Les questions sont communiquées à l’avance aux professionnels. Ils rejoignaient ensuite les locaux de la mission locale pour s’occuper de la partie montage, toujours avec l'appui de TGV, afin d’aboutir à des vidéos type reportage de 4 à 5 minutes.

 

Acte 2

 

Devant la mobilisation et l’implication des participants, la mission locale a décidé de poursuivre l’action pour un acte 2. « En lien avec la déléguée à la préfecture de la Creuse sur les questions politiques de la ville, nous nous sommes dit que nous touchions du doigt quelque chose. La vidéo fonctionne bien avec ce public-là. Nous avons alors proposé à la Région sur le volet politique de la ville et à l'Etat en local, de reconduire l'action sous sa forme « réalise ton parcours -acte 2 » ».

 

Dans ce cas, il était question de se tourner vers des entreprises signataires du pacte du contrat de ville, et de réduire la durée de la deuxième version de l’action de 4 mois à 3 semaines, en raison de la volatilité du public pour lequel l'urgence absolue est la formation et l'emploi. À l’occasion d’une réunion d’information collective, le projet a été présenté dans ses grandes lignes. Il se voulait ouvert aux suggestions des jeunes, ajusté le cas échéant aux besoins qu’ils expriment, afin que les jeunes en soient pleinement parties prenantes. L’information collective permet de lister les candidats potentiellement intéressés, de lever certaines réticences et doutes, mais surtout d’aborder les questions d’organisation, ou comment se rendre disponible pendant 3 semaines, comment se déplacer, etc.

 

« Au pôle vie sociale, nous avons vraiment à cœur de confirmer qu’aucun détail logistique ne vienne entraver les rendez-vous et ateliers programmés. Par SMS, réseaux sociaux, disponibilité jusque très tard en soirée, on recadre vraiment tout en proposant des solutions alternatives, du covoiturage, etc. Ce sont des heures de travail mais c'est ce qui fait qu'entre un nombre d’inscrits à un projet et un nombre de jeunes présents, nous avons très peu d'écart. Nous faisons du cousu main, du cas par cas, ce qui implique aussi qu'on n’adresse pas seulement un message générique aux jeunes, sinon ça ne fonctionnerait pas. »

 

L’acte 2 a été mis place début 2023, avec un groupe d’une dizaine de jeunes identifiés par les conseillers de la mission locale ou d’autres partenaires. Les jeunes étaient encadrés pendant des journées entières, ce qui nécessitait de recourir à des techniques d'animation particulières pour les garder concentrés sur des choses assez techniques.

 

« Les entreprises signataires du pacte ne sont pas si nombreuses que cela en Creuse. Nous avons bien affiné le nombre de celles vers lesquelles on se tournerait. Notre mission principale était de faire découvrir le territoire, le bassin économique et son tissu d'entreprises, pour que les jeunes fassent le lien avec leur recherche d'emploi en cours ou à venir. Ensuite, ils ont fait leur choix en fonction de leur projets professionnel et personnel. »  Les entreprises retenues étaient accessibles sans formation, proposaient des contrats d'intérim qui pouvaient éventuellement être des portes d'entrée vers l’emploi. Une située en centre-ville de Guéret, une en bordure de la commune limitrophe, la dernière à une quinzaine de kilomètres. À l’issue de l’action, l’objectif n’était pas une sortie immédiate vers l’emploi pour tous les jeunes. Mais plutôt qu’ils retiennent l’idée que les entreprises visitées pourraient les accueillir dès que leur projet professionnel est plus avancé.

 

La nécessaire implication des jeunes

 

La mission locale a pris également soin de se tourner vers des recruteurs bienveillants, qui feraient bon accueil aux candidats. Pour le reste, l’acte 2 s’est déroulé sur le même schéma que l’acte 1, avec les mêmes partenaires : initiation à la réalisation d’interviews, prise de contact avec les entreprises, tournages, montage et diffusion. « Sur les deux sessions, nous avons eu pas mal de jeunes bénéficiant d'un contrat d'intégration républicaine. Et beaucoup de femmes. La féminisation des groupes était une de nos volontés, mais je pensais qu'il serait plus difficile que ça de les attirer. Il s’avère qu’elles sont très craintives s’il s’agit d’être devant la caméra, mais très volontaires pour être derrière. »

 

Plus généralement, les actions proposées par le pôle vie sociale nécessitent une forte adhésion de la part des jeunes. Ses outils principaux sont l'accès à la culture, au sport, aux chantiers participatifs ou encore la mobilité européenne, sous forme de séjours individuels ou collectifs. En majorité, ils viennent par curiosité, parce qu’ils ont confiance dans le fait qu'ils vont apprendre quelque chose. Il est parfois la meilleure porte d'entrée pour ceux qui ne sont pas sortis de leur domicile depuis des mois. C’est un bon moyen de les accrocher avec « l'institution ». Pour assurer le succès de « réalise ton parcours », il est également nécessaire d’entretenir une très bonne communication interne auprès des conseillers qui sont les principaux prescripteurs. C'est leur expertise qui prime dans le choix des participants.

 

C’est pourquoi la première présentation du projet s’adresse aux conseillers de la mission locale. « Les actions de remobilisation ne suffisent pas toujours pour entrer en formation ou en emploi. Nos collègues s'appuient sur nous pour que nous trouvions le moyen de faire sortir un jeune de chez lui. Ils nous signalent le cas échéant les points de vigilance sur lesquels nous devons faire porter notre attention. »

 

« Pour la suite, nous tenons à conserver l'intervention de professionnels. Nous souhaitons que les jeunes travaillent à leurs côtés. Donc nous sommes toujours en recherche de financement, ne serait-ce que pour payer les factures correspondantes. Cette année nous sommes plutôt sur un projet au long cours, autour d’un club photo, toujours avec différents intervenants extérieurs. Le thème de cet hiver ne sera pas la vidéo mais la photo. »

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
November 30, 2023 10:21 AM
Scoop.it!

Les ateliers de l’avenir, la nouvelle formule Ikigai

Les ateliers de l’avenir, la nouvelle formule Ikigai | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Depuis plusieurs années, l’association Ikigai anime « l’école du samedi » (voir notre article du 8 juillet 2021 - https://sco.lt/6N80I4 ), à destination de jeunes issus de réseau d’éducation prioritaire. Son principe, découvrir des métiers sous forme ludique, chaque samedi matin, grâce à la rencontre avec des professionnels. En 2022, cette action a connu un véritable changement, puisque « les ateliers de l'avenir » se déroulent désormais sur le temps scolaire, directement dans des classes de primaire et de collège. Mêmes publics, même principe de découverte des métiers par le jeu, mais dix fois plus de jeunes impliqués.

 

Pour Florian Machayekhi, directeur d’Ikigai, le changement permet un meilleur ciblage des jeunes accompagnés puisque si l’école du samedi fonctionnait sur le principe du volontarisme, aujourd’hui tous les élèves touchés évoluent forcément en REP, alors qu’auparavant, certains à leur entrée en 6e partaient vers des collèges hors secteur. « C’est la cité éducative de Cenon qui nous a contacté pour voir ce qu'on pouvait faire avec eux sur temps scolaire. Elle était intéressée pour renforcer ses activités un peu différentes, ainsi que pour agir sur cette question de l’évitement du collège de secteur. Il y avait aussi le fait que l'on ne touchait pas forcément les jeunes en risque de décrochage, puisque ce n’était pas forcément ceux qui s’inscrivaient volontairement pour venir régulièrement le samedi matin. »

 

Pendant un temps les deux formules ont été menées en parallèle, le samedi matin sur Bordeaux et les classes de CM2 à Cenon. Mais en 2023, l’association a décidé de passer entièrement sur le temps scolaire. « Nous avons abandonné la formule du samedi un peu à contre cœur, mais on ne pouvait pas jouer sur tous les tableaux. Donc on se concentre maintenant sur les interventions en classe, qui ont montré toute leur pertinence, avec un très bon retour de la part de la Cité, des enseignants, des intervenants et des élèves. » 

 

Un accompagnement sur plusieurs années

 

Une expérimentation s’est déroulée au premier semestre 2023, dans les classes de CM2 des six écoles de la Cité éducative. Depuis la rentrée, l’action concerne aussi les 6e de ses deux collèges, dans une logique d’accompagnement sur plusieurs années, du CM2 à la terminale via différentes méthodes. Les ateliers d’une durée d’environ deux heures, se déroulent le plus souvent le vendredi après-midi. L’idée générale est que chaque élève participe à six ateliers par an en CM2, 6e et 5e, et qu’ensuite il se concentre sur son stage à venir.  Pour l’aider, Ikigai a mis en place un module pour entamer sa réflexion dès la classe de 4e et trouver son stage sans attendre sa rentrée en 3e. 

 

A Cenon, les ateliers de l’avenir vont concerner 500 jeunes en 2023, la moitié de CM2, l’autre moitié dans ses deux collèges. Si l'orientation reste la finalité, l’objectif premier d’Ikigai est l’accrochage scolaire et la motivation d’aller à l'école. Derrière la découverte des métiers, il y a la construction de confiance en soi et dans l'avenir, qu’il est important de réaliser dès les « petites » classes. Car l’association constate une sorte d’auto censure de la part des élèves. Certains veulent devenir médecin, mais dès leur entrée en collège se disent qu’ils n’y arriveront pas, parce que personne n'a été médecin dans leur famille ou qu’ils n’auront pas le niveau.

 

Plus les années passent, plus cette autocensure est importante, et se vérifie lors du stage de 3e, souvent choisi par défaut. « Notre rôle c’est de garder les portes très ouvertes, pour ne pas qu'elles se referment comme c’est le cas actuellement. Nous voulons leur montrer que le champ des possibles est très large, c'est aussi pour ça que nous agissons avant que les questions d’orientation « pure » entrent en ligne de compte. » Si les ateliers sont consacrés à la présentation des métiers, on y aborde des questions plus profondes : c'est quoi réussir sa vie ? réussir ses études ? Quel est l'objectif des études ?

 

« Nous essayons d’impliquer les équipes éducatives autant que possible. Certains enseignants étaient très demandeurs dentrée, d’autres plus sceptiques sur la formule, considérant notamment que leurs élèves étaient trop jeunes. Mais ils se sont laissé convaincre par le fait que les ateliers ne sont pas axés orientation, mais plutôt sur les compétences, et les connaissances. » Pour les mobiliser, Ikigai a élaboré des kits pédagogiques de manière à faire des liens entre les ateliers et les notions abordées dans le programme scolaire. Et pour faire en sorte que les intervenants soient le cas échéant choisis en fonction des projets pédagogiques prévus en cours d’année. D’où le principe de créer une sorte de petit comité de pilotage associant les différentes parties prenantes, afin de ne pas leur imposer une solution toute faite, dont ils ne s’empareraient pas. 

 

La venue des professionnels permet de faire le lien entre théorie et pratique, et d’aider les professeurs dans leurs enseignements quotidiens. Ainsi la venue d’une infirmière est prétexte à parler des dosages de produits et des conversions, ou celle d’un architecte pour aborder les échelles, notions importantes dans beaucoup d’activités.

 

Susciter les échanges et la curiosité

 

Les intervenants viennent bénévolement, 2 à 3 fois par an, pour présenter les réalités de leur métier, dans le cadre d’un atelier construit avec l’association qui s’occupe de la dimension ludique. Tous les métiers sont potentiellement présentés, manuels ou plus intellectuels, valorisés ou pas. Tout est dans la manière de les présenter. « La nouvelle formule leur plaît, ils sont contents de venir dans les classes de primaire et de collège. Nous n’attendions pas un tel engouement de leur part. Les professionnels ressentent une nouvelle dynamique en classe, avec la présence de l’enseignant et le fait que les élèves se connaissent. Cela facilite l’interaction et la curiosité, même si les rencontres sont moins fréquentes quavant. Initialement on pensait justement qu'on allait peut-être avoir des soucis avec des jeunes qui n’avaient pas choisi de venir. Mais il y a vraiment cet effet de groupe que nous n’attendions pas du tout à vrai dire. »

 

Après l’expérimentation, la volonté d’Ikigai est de poursuivre l’accompagnement sur le long terme, d’assurer une continuité qui permet de construire chaque parcours de découverte métiers et de découverte de soi, afin que le jeune arrive au moment des grandes décisions d'orientation avec une bonne idée de ce qui est possible et de ce qu’il peut envisager. « En CM2 et 6e on plante des graines, c'est très bien. Mais ce qui est important ce sont les résultats concrets sur plusieurs années. Cette dimension de long terme a toujours été au cœur de l'association donc on a vraiment comme objectif de le poursuivre malgré cette formule sur le temps scolaire. On ne veut pas perdre cette qualité en termes d'accompagnement. »

 

Dans ses projets en cours, Ikigai est en phase de développement d’une plateforme numérique qui permettra de relier les jeunes avec l'association mais aussi entre eux. L’augmentation des effectifs change nécessairement la nature du suivi. Les contacts individuels seront maintenus, mais de façon moins personnalisée. La plateforme fournira aux jeunes des outils pour qu’ils soient en partie autonomes sur les questions d'orientation et la découverte des métiers.

 

« On aimait beaucoup la formule du samedi, elle avait du sens, mais les places étaient limitées. Il était dommage de refuser des jeunes motivés. Les élèves des réseaux d'éducation prioritaire sont en très grand nombre et ils ont souvent des caractéristiques communes en termes de difficultés à s'orienter ou à trouver du sens à l'école. Nous essayons d'apporter notre part de solutions à leurs problèmes. Tous les accompagner, c'est une question de temps et de moyens. » 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
November 16, 2023 7:32 AM
Scoop.it!

Opération métiers du « prendre soin »

Opération métiers du « prendre soin » | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

L’idée d’organiser un rallye des métiers de l'aide à domicile remonte à 2016. Le Gérontopôle Nouvelle Aquitaine, à l’époque sous le nom d’Autonom’Lab, a initialement lancé ce principe en Haute-Vienne, avant de l’essaimer dans plusieurs départements. C’est en s’inspirant de ce modèle et de sa méthodologie, que l’association bordelaise 3ie organise depuis 2019 un rallye des métiers de l’aide à la personne avec le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine. Les premières éditions se sont déroulées en Charente, en Dordogne, puis sur Bordeaux Métropole. La prochaine aura lieu en Sud Gironde fin novembre.

 

« Nous nous basons sur un socle similaire, sur lequel nous avons ajouté notre touche, » précise Florence Connangle, directrice de 3ie. « Nous sommes partis de la problématique qui concerne particulièrement la ruralité, celle de la difficulté de recrutement dans le secteur du médicosocial et des métiers de l'aide à la personne. C’est pour ça que nous avons d’abord choisi d’intervenir en Charente et en Dordogne. »

 

L’approche initiale de l’association consistait à organiser des ateliers en fédérant un certain nombre d'acteurs locaux, organismes de formation, structures d'emploi, prescripteurs, etc. Elle voulait également mener elle-même des actions de valorisation des métiers. Elle a ainsi développé plusieurs outils, à commencer par un escape game, en collaboration avec le Gérontopôle NA, l’AG2R La Mondiale et Cap Métiers, une mise en situation qui propose à des demandeurs d'emploi ou des jeunes d’enquêter au domicile d'une personne âgée disparue, qu’ils doivent retrouver en 45 minutes à l’aide d’un certain nombre d’indices. Tout au long du jeu, les participants découvrent les différentes facettes des métiers du « prendre soin ».

 

Montrer les parcours

 

Autre support, un film qui raconte l'histoire d'une personne arrivant par hasard dans le secteur. En 8 minutes, on la voit débuter en tant qu’agent de service hospitalier en ehpad, suivre une formation d’accompagnant éducatif et social, devenir aide-soignante et référente santé qualité de vie au travail. A la fin du film, la personne, devenue âgée, est accompagnée par un auxiliaire de vie auquel elle raconte son parcours professionnel. « L'idée, c'était aussi de faire valoir qu’on est tous à la veille d'être une personne qui aura besoin d’aide. Pour moi, cette sensibilisation sociale est indispensable, dire qu’il faut qu'on se mobilise sur le fait que le prendre soin c'est aussi nous, demain. »

 

Dans un autre registre, un simulateur de vieillissement pour que les publics comprennent mieux la problématique de dépendance sensorielle et fonctionnelle. Et puis un casque 3D qui permet des visites virtuelles de domiciles, ou de structures médico-sociales et de soins. Dans tous les supports, il y a au moins un professionnel masculin. Car même si les hommes sont plus nombreux qu’avant, les métiers restent très majoritairement féminins. « Si on arrêtait de caricaturer le soin comme essentiellement une sorte de valeur maternelle, et qu’on faisait valoir qu'on est sur des vraies compétences professionnelles, cela motivera plus de messieurs à rejoindre notre secteur. » 

 

Tous ces ateliers, construits progressivement, sont animés par l’association au cours du rallye. Ils viennent compléter les témoignages de professionnels, les visites d'établissement, les circuits de découverte des métiers. « En décembre dernier, nous avons aussi écrit une chanson. Pour l’écrire, nous avons travaillé avec des jeunes de l’EPIDE, des professionnels et des personnes âgées de l'ehpad de Terre-Nègre, où nos locaux sont situés. Elle est aujourd'hui utilisée pour briser la glace avec les groupes, pour libérer la parole et favoriser l'expression des préjugés que nous pouvons tous avoir. C’est un moyen de créer du lien et de favoriser l'échange avant les ateliers. »

 

Les ateliers proposés présentent l’intérêt de faire travailler ensemble des gens qui ne se connaissent pas, le travail en équipe étant une caractéristique majeure des métiers de la santé et du prendre soin. Ils font également découvrir l’importance de l’observation, celle de savoir déceler chez une personne ce qui a changé d’un jour à l’autre. Ce sont des compétences, des savoir-être, qui passent inaperçus mais qui démontrent la polyvalence nécessaire à la pratique professionnelle.  

 

L’édition en Sud-Gironde se déroulera pendant une semaine, du 27 novembre au 01 décembre, avec les communautés de communes du Réolais en Sud-Gironde, du Bazadais, de Convergence Garonne (Podensac) et du Sud Gironde (Langon). La manifestation, voulue par le Pôle Sud Gironde avec le soutien de BAAM (plateforme girondine des métiers de l’autonomie) et de 3ie, s’organise autour d’une action centrale et des ateliers dans les locaux de différentes structures d’aide à domicile, d’organismes de formation, d’ehpad.  « On travaille beaucoup avec le Pôle Sud Gironde qui fédère les acteurs de son réseau. On est sur une logique qui évolue vers de la co construction avec les intervenants locaux. Et nous sommes dans l'optique d'aller plutôt vers les demandeurs d'emploi, c’est pour ça qu’il est important d’avoir des actions délocalisées, au plus proche des publics, sinon ils ne se déplacent pas. »

 

« Pour nous, c’est un véritable avantage de s’appuyer sur des structures qui fédèrent autour d'elles les acteurs du territoire, sans que nous devions faire des démarches auprès de chacun d’eux. C'est plus efficace. En Charente et en Dordogne, nous avons déployé beaucoup d’énergie pour les mobiliser parce qu’il s’agissait de territoires que nous connaissions mal. Je pense qu’il est indispensable de faire avec des professionnels locaux, qui disposent du réseau et des contacts. Et de se rendre au plus proche des publics et des employeurs. Aujourd'hui nous sommes plus dans une logique de co portage, de soutien aux actions territoriales plutôt que d’en être à l’initiative. »

 

Attirer les adultes et les plus jeunes

 

L’association veut également dépasser la démarche du rallye, afin de répondre ponctuellement aux sollicitations de partenaires. Elle estime n’avoir aucune véritable vocation à faire de l'événementiel, et préfère jouer son rôle de laboratoire d’innovations, d’élaboration de propositions créatives et de valorisation de ses retours d'expérience. Elle entend désormais privilégier l'animation de ses ateliers et multiplier les démarches de transfert de ses outils.

 

Au départ, les animations s’adressaient plutôt à un public adulte, des demandeurs d'emploi qui ont besoin d'accéder à un travail rapidement avec des formations assez courtes, et qui préfèrent découvrir les choses de façon ludique plutôt que lors de réunions d'information rébarbatives. Mais ils restent difficiles à toucher, y compris par les prescripteurs. Les forums ont aussi montré l’intérêt porté par les collégiens et lycéens. Ainsi, 3ie a été sollicité par un collège en Dordogne. « L'escape game plaît aussi au public jeune, évidemment. A cet âge, ils ne sont pas employables directement, mais c'est pour nous l’occasion de planter une petite graine pour alimenter leurs projets professionnels à terme. »

 

Pour l’association, un des enjeux est désormais de redonner de la fierté aux professionnels et l’envie de parler en bien de ce qu'ils font, afin d’améliorer l'image du secteur et de motiver des candidats pour y venir et y rester. Mais la crise sanitaire est passée par là. Au regard des nouveaux arbitrages faits par les gens entre vie privée et vie professionnelle, les métiers qui impliquent de travailler un week-end sur deux, les jours fériés, en horaires décalés, ne font pas rêver a priori. Surtout sans les compensations financières qui pourraient attirer des candidats. Et puis subsistent les problèmes de mobilité, de garde d’enfants, etc. Tout cela n’aide pas à susciter des vocations.

 

« Pour la suite, on peut toujours améliorer nos outils, en créer de nouveaux, mais si les professionnels ne créent pas le bouche-à-oreille positif qu'on peut escompter, nous prenons le risque de vendre du rêve aux gens qui vont ensuite découvrir des réalités de terrain qui peuvent être parfois tout autres. Pour dépasser la notion d'attractivité, il reste un vrai travail à effectuer en interne dans les structures pour une reconnaissance des fonctions, des rôles, des difficultés. Ça relève du domaine managérial, qui fera que les équipes actuelles se sentiront bien et adopteront cette attitude de présentation de leurs activités sous un jour favorable. »

 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
October 26, 2023 8:11 AM
Scoop.it!

Quand l’entreprise franchit les portes du collège

Quand l’entreprise franchit les portes du collège | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

« Les Entreprises Pour la Cité » (LEPC) existe depuis près de 40 ans. L’association a été fondée par Claude Bébéar, PDG d’AXA, sur le postulat que le monde n’irait pas mieux si les entreprises ne menaient pas une véritable politique d’engagement social et sociétal. Elle fédère aujourd’hui environ 150 entreprises dans toute la France, et compte une trentaine de salariés basés à Paris et dans 7 antennes situées sur tout le territoire.

 

Chaque antenne a pour mission d’animer un réseau d’entreprises sur son territoire et d’y déployer l’approche nationale en tenant compte des enjeux et besoins locaux. « A Bordeaux, nous avons environ 25 entreprises actives dans le réseau », précise Julia Wasykula, directrice de l’antenne Nouvelle-Aquitaine. « Nous les accompagnons en organisant des temps d’échanges et de témoignages sur nos thématiques, des cafés de rentrée, des webinaires, des conférences, dans le cadre de ce qu’on appelle notre « vie de réseau ». Nous les mobilisons aussi sur des actions concrètes, pour engager leurs collaborateurs dans la ligne de leur politique de mécénat de compétences. Nous sommes également organisme de formation, nous leur proposons quelques formations sur des sujets comme « recruter sans discriminer », « manager la diversité », etc. »

 

L’association travaille sur 3 thématiques principales, à savoir l’égalité des chances dans l’éducation et l’inclusion numérique, l’accès à l’emploi et la diversité dans l’entreprise, le mécénat et les engagements citoyens. Parmi les actions menées tout au long de l'année, l’association a développé le programme Innov’Avenir en 2016, financé entre autres par la Région Nouvelle-Aquitaine en « soutien aux actions de développement en QPV ». Il a été conçu pour faire découvrir aux jeunes le monde du travail de demain, avec une attention particulière accordée au numérique.

 

Les métiers en classe

 

« En Nouvelle-Aquitaine, nous développons surtout la dimension de découverte professionnelle du programme. Nous avons plusieurs formats d'actions en classes de collège principalement sur les 4e et 3e, où nous mettons en place des séances de 2 heures avec trois professionnels d'entreprises différentes, pour parler des codes de l'entreprise avec les élèves de classes de 3e générale et 4e SEGPA avant leur stage, ou pour évoquer le poids des stéréotypes de genre dans l'orientation et de la mixité des métiers auprès des classes de 4e. »

 

Dans le réseau LEPC, l’équipe de Bordeaux, constituée de deux salariées, intervient dans les classes avec des collaborateurs et collaboratrices des entreprises membres du réseau. Chaque entreprise reçoit le calendrier de la vingtaine d’interventions annuelles, charge à elles d’y inscrire les salariés participants, qui seront contactés en amont pour leur présenter le déroulé et leur rôle sur la séance. Les classes concernées sont des 4e et 3e de collèges de Pessac et de Mérignac, établissements situés en QPV.

 

Autre modalité introduite plus récemment, l’action « Des pros dans ta classe » Le principe cette fois est de constituer des binômes de collaborateurs issus d’une même entreprise ou de deux entreprises différentes, et les associer à une classe et un professeur, afin qu’ils puissent intervenir en toute autonomie dans les classes Ce « trinôme » choisit deux ou trois thématiques, auxquelles seront formées les salariés par les équipes de LEPC, qui seront abordées avec les élèves à travers plusieurs interventions durant de l’année scolaire. Certains peuvent aussi se saisir d’un seul thème, qu’ils iront animer dans plusieurs classes d’un même niveau.

 

« Cette formule nous permet de ne plus être physiquement présents avec les professionnels, et donc de proposer plus d’actions. Cela va nous permettre aussi de sortir de notre territoire habituel. L’année dernière, nous avons constitué huit binômes que nous avons mis en relation avec les collèges. Nous les avons formés en visio au contenu de la séance, aux techniques d'animation, aux thématiques retenues, aux choses à savoir quand on intervient devant des collégiens. Nous sommes vigilants sur ce point, afin que les salariés, dont ça n’est pas le métier, maitrisent les messages à diffuser et n’utilisent pas un langage trop technique. Le bilan est extrêmement positif. Ça demande du temps de préparation et de coordination, mais en termes de volume d'actions déployées, on y gagne beaucoup. »

 

« Avec ce projet « Des pros dans ta classe » nous avons voulu vraiment mettre les professeurs au cœur du dispositif. Parce que plus ils sont engagés sur l'action, plus les élèves sont impliqués et contents de voir revenir les professionnels. C’est un vrai lien qui se crée et les jeunes s’attachent à eux, progressivement ils osent plus se livrer, profitent vraiment du moment pour leur poser des questions, se nourrir de leur parcours, les découvrir en tant que personne. » L'objectif en Nouvelle-Aquitaine est de doubler le nombre de binômes pour l’année scolaire 2023-2024, de mobiliser plus d'entreprises et de nouveaux établissements en cherchant à s'étendre, d’abord sur la métropole, mais également dans la région. Quatre binômes devraient intervenir cette année sur les villes de Limoges, Poitiers, Angoulême et Pau.

 

L’association fait aussi en sorte que les salariés valorisent leur engagement, qu’ils passent un moment agréable et qui fasse sens. Elle veut jouer ce rôle d’intermédiaire entre les entreprises, les élèves et les équipes éducatives. Elle ambitionne de permettre à deux mondes, qui ne se connaissent pas toujours, de se rencontrer et de communiquer avec la garantie d’un contenu de qualité, une pédagogie, une approche ludique. Et puis les professionnels ont aussi l’occasion de déconstruire leur stéréotype sur le lieu d'habitation, sur le niveau social, sur l'origine des élèves. Face à eux, ils ont des classes très mixtes.

 

L’objectif des entreprises membres, est de transmettre certains messages aux jeunes qui en seraient le plus éloignés. Le but est de permettre aux jeunes de se projeter dans le monde du travail, de leur montrer qu'ils y ont leur place, et que d’avoir un projet professionnel ne consiste pas juste à « trouver du boulot ». Afin de présenter l'orientation professionnelle et le monde du travail comme quelque chose de positif, l’association s’appuie sur des salariés en tant que « rôles modèles », pour dire aux jeunes l'importance d'avoir une orientation choisie et pas subie. Des ateliers sur « la connaissance de soi » sont également proposés, qui permettent de questionner les élèves sur ce qu’ils aiment, ce qui les anime, une démarche parfois nouvelle pour des élèves à qui la question n’a jamais été posée.

 

Apprendre l'égalité filles-garçons

 

« Les entreprises nous disent aussi qu'elles sont heureuses de rencontrer les salariés de demain, de comprendre leurs aspirations.  Certains jeunes n'ont pas les codes de l'entreprise parce qu’ils n’ont pas forcément « d'adulte référence » autour d'eux. Pour beaucoup, le stage de 3e est le premier contact avec l’entreprise. Notre rôle est de répondre à leurs interrogations et à leurs inquiétudes, et de les aider à ce que cette première expérience se passe bien. Sur les sujets qu'on aborde, on sait que les choix se font dès la sortie du collège, en particulier sur les orientations en voie professionnelle ou technologique. En première, c’est parfois trop tard, les élèves ont déjà écarté des secteurs d’activité entiers de leur réflexion. »

 

Exemple avec les sujets autour de l’égalité filles-garçons. Pour essayer de faire découvrir des métiers techniques aux jeunes filles, et plus largement de déconstruire les représentations des élèves sur les métiers, l’association aborde le sujet par les catalogues de jouets et les représentations qu’ils véhiculent. Elle cherche à faire prendre conscience aux élèves que, dès l'enfance, la société attribue des rôles, les filles plutôt dans le soin et des activités « d'intérieur », les garçons dans des activités d'extérieur, concrètes. Avec de telles représentations, les jeunes ne s’autorisent pas à s’intéresser à des choses qu’ils aiment, parce qu’elles seraient un peu différentes de la norme, et cela influence leurs projections professionnelles.

 

Il y a aussi l'influence de l’entourage, même des professeurs. « On leur explique qu'en fait, ils ont l'impression de faire des choix qui sont les leurs, mais qu’ils sont parfois conditionnés par des stéréotypes et des représentations. On s'appuie beaucoup sur les rôles modèles des professionnels, des femmes qui ont fait des choix en première intention qu'elles ont regretté ensuite. Ces témoignages-là sont importants. Voire une femme développeuse en informatique, ça leur montre que c'est possible, que le numérique n’est pas juste un truc de geeks. »

 

« Nous sommes conscients que ce n’est pas en deux heures qu'on va faire évoluer les choses, le discours des parents est quand même la clé et le guide de ces décisions. Mais je suis convaincue que nos séances permettent de planter une petite graine.  Je constate une évolution globale quand même, et une meilleure connaissance des métiers du digital par les filles par exemple. »

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
October 11, 2023 5:29 AM
Scoop.it!

La voiture, vecteur de mobilité et de solidarité

La voiture, vecteur de mobilité et de solidarité | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

APREVA 47 est à la fois garage et loueur social. L’association fait de la location et de la réparation de véhicules pour toute personne vivant en dessous du seuil de pauvreté, dans le cadre d'un maintien ou retour à l'emploi. Pour 2 euros par jour, un bénéficiaire peut emprunter une voiture, assurance comprise et kilométrage illimité, pour se rendre sur son lieu de travail ou de formation. Il peut aussi l’utiliser pour tous ses besoins quotidiens, à l’exception d’éventuels départs en vacances.

 

« Nous sommes le premier loueur social de France » précise Thomas Pinet, directeur général. « Entre le Lot-et-Garonne et la Gironde, nous réalisons 30 000 journées de location par an, pour une centaine de véhicules qui sillonnent les départements quotidiennement. » Autre particularité, les véhicules, uniquement des voitures thermiques, qui constituent le parc disponible sont tous issus de dons. Dons faits par les entreprises comme ENEDIS au début, aujourd’hui plutôt par des particuliers, à raison d’une trentaine par an.  

 

Parmi ses projets, l’association, qui possède deux garages en Lot-et-Garonne (Aiguillon, Agen) et un en Gironde (Lormont), avait eu l’idée de créer des « unités mobiles de garage » pour aller au contact de la population, développer du « aller vers », offrir une solution de mécanique légère de proximité sur des territoires reculés. Trois unités ont été déployées dans les Quartiers Politique de la Ville du Libournais et de Bordeaux métropole.  

 

Mécanique à domicile

 

Dans la pratique, un mécanicien intervenait pour effectuer des réparations de mécanique légère « en pied d’immeuble » : échange de pneus, plaquettes, vidange, etc.  Mais il est très vite apparu que les besoins étaient beaucoup plus poussés. « En réalité, les publics les plus précaires, ne se rendent pas chez le garagiste pour faire une simple vidange. C’est qu’ils ont attendu, attendu, trop attendu, au point que leur véhicule a subi des dégâts parfois importants. Ils n’ont pas toujours la capacité à financer les réparations. »  

 

Problème, un mécanicien « volant » n'est pas équipé pour réaliser des opérations « lourdes » sur un parking ou dans un petit local improvisé. Avec un coût annuel de 40 000 euros par garage mobile, le modèle n’a pas été facile à mettre en place. Et pour en assurer la pérennité, il était impossible de se reposer uniquement sur la prestation mécanique. Seul moyen de le faire perdurer, que le salaire du mécanicien soit pris en charge à 100% par des aides publiques. Autrement dit, accepter que cet outil ait avant tout une vocation sociale.

 

Illustration des problèmes de financement, les devis gratuits étaient établis pour les personnes qui devaient ensuite prendre en charge le coût de l’intervention. Mais l’association s’est rendu compte qu’elle faisait beaucoup de diagnostics et peu de réparations sur les véhicules, tout simplement parce qu’il était ensuite moins cher de les faire réaliser par un ami ou une connaissance, au noir, plutôt que de les régler à l’association. « Nous avons pris le parti d'arrêter ces garages mobiles, et de réfléchir différemment, à une échelle plus raisonnable. D’autant que notre offre ne pouvait pas s’aligner économiquement sur les grandes surfaces automobiles, par exemple pour les vidanges. Aujourd’hui, nous sommes toujours sur le modèle du mécanicien mobile, mais qui se déplace pour faire de la prévention et de la pédagogie plutôt que de la réparation. »

 

La nouvelle approche consiste à travailler en amont des problématiques, au lieu d’intervenir pour réparer les dégâts, sur la base de trois grandes thématiques : l'entretien quotidien de son véhicule (usure des pneus, des plaquettes, niveau d'huile, etc.), les pièges à éviter quand j'achète mon véhicule, parce que les escroqueries sont nombreuses pour des véhicules proposés à 1 500 euros sans contrôle technique. Le troisième sujet est lié au projet de Zone à Faibles Emissions à Bordeaux. Il s’agit de faire de la prévention, afin d’éviter que des gens s'endettent en achetant une voiture qui ne pourra plus, à terme, circuler sur une grande partie de la métropole.

 

« Là où c'est toujours un peu compliqué, c'est que nos actions s'adressent à une minorité. Les solutions qu'il faudrait mettre en place ne sont financièrement pas rentables, par exemple des modes de transport en commun durables et pérennes. Dans nos territoires, la plupart des gens n’ont aucun moyen de mobilité à l'exception de la voiture. Nous devons apporter des solutions sur mesure, de la dentelle, mais elles engendrent quand même des coûts. Il faut arriver à jongler, trouver des équilibres en permanence. » 

 

L’accès aux services d’APREVA se fait sur prescription d’un acteur du social ou de l'emploi qui oriente les demandeurs sur le site Internet de l’association, que ce soit pour une location ou une réparation. Pour louer un véhicule, il faut produire un contrat de travail ou une convocation en formation, et un justificatif de ressources. Un outil de suivi permet de répertorier toutes les demandes, les prescripteurs, le profil des bénéficiaires, leur situation, etc. ce qui permet d’établir des statistiques précises. Prochaine étape, implémenter une enquête post location pour savoir comment les personnes auraient pu faire sans la location, afin de disposer d’une sorte d’observatoire de l’activité.

 

APREVA est également atelier et chantier d'insertion. Elle forme ainsi des personnes au métier de mécanicien. La volonté initiale était de créer le cercle plus vertueux possible. Quand une voiture est donnée à l’association, elle est retapée dans ses ateliers, par des personnes en cours de formation, sur un parcours de 2 ans en AFEST. Pour effectuer des périodes de mise en situation professionnelle, elles sont accueillies au sein d’un réseau de partenaires.

 

Pérenniser l'action 

 

L’association limite son parc à une centaine de véhicules, dans le but de sécuriser son renouvellement et de ne pas se mettre en difficulté. Car plus de véhicules, c’est aussi plus de personnel pour les gérer, sans la garantie que le flux de dons se maintienne. « Notre mission, avant même d'aider les gens, c'est de pouvoir se maintenir aussi longtemps que le besoin existe. Si nous aidons 2 000 personnes mais que dans 3 ans, nous mettons la clé sous la porte, cela voudrait dire que notre modèle n’est pas pérenne et efficace pour le territoire. Parfois il nous faut refuser des offres, n’accepter que ce que nous avons la capacité de traiter. »

 

Parmi les solutions envisageables, récupérer des voitures tout juste éligibles à la prime à la conversion, ce qui permettrait d’écarter les véhicules les plus polluants au profit de plus récents. Mais la législation ne le prévoit pas. Pourtant, cette formule présenterait plusieurs vertus, notamment en matière de sécurité routière et d’impact environnemental.

 

« Notre prochain projet consiste à devenir une entreprise d’insertion de « rétrofit », de transformation de véhicule thermique en électrique. Pour moi, l'électrique va être la fracture sociale de demain. Dans les groupes de concertation sur les ZFE, j’ai constaté que la dimension sociale était totalement exclue du débat. L’analyse est très froide et mathématique : les véhicules les plus polluants, c’est 3% du parc. Donc l’interdiction ne concernera que 3% d’utilisateurs, ce qui est considéré comme peu. » 

 

« J’ai rappelé que si les gens utilisent des voitures très polluantes ce n’est pas par militantisme anti écologique, mais leur en retirer l’usage revient à leur mettre la tête sous l’eau, alors qu’ils ont déjà des problématiques d’emploi, de logement, de santé, de malnutrition, etc. Si on veut un système plus solidaire, une société plus juste, il faut faire des compromis. Nos publics ne sont pas ceux qui polluent le plus, tout simplement parce qu’ils se déplacent moins. Mais le risque c’est qu’ils soient tout de même les plus pénalisés par les ZFE. »

 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
September 28, 2023 6:42 AM
Scoop.it!

Sud-Gironde, la piste GEIQ

Sud-Gironde, la piste GEIQ | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Le projet CLIQ SG, pour "Comité local insertion qualification Sud Gironde", tient son origine d'une reconversion professionnelle. En 2021, Nicolas Jaudard était alors travailleur social. Il avait choisi de s’orienter vers un master de sociologie en « Intervention et innovation sociale », dans la perspective de développer des initiatives de coopération entre acteurs à l’échelle d’un territoire. « J’ai proposé à quelques structures du Sud-Gironde de travailler éventuellement sur un projet dans le cadre de ce master pendant 2 ans. J’ai tout de suite été contacté par la mission locale de Langon. »

 

A l’époque, la mission locale faisait le constat que beaucoup de jeunes accompagnés vers l'emploi, dans le cadre de dispositifs existants ou de structures d’insertion, n’arrivaient pas jusqu'aux entreprises. Et ce, malgré les besoins. « On m’a proposé d’aller « faire le tour des popotes » et d’établir un diagnostic. On m’a demandé d'étudier un peu plus particulièrement les territoires Zéro chômeurs longue durée, et quelle serait leur pertinence pour le Sud-Gironde. Ou une régie territoriale, qui fait partie des réponses envisageables en milieu rural. Ou encore, un Groupement d'Employeurs pour l'Insertion et la Qualification (GEIQ), sachant qu’il en existait un à la Réole, le GEIQ Val de Garonne, un des plus anciens de France, mais qui a fermé quand son directeur est parti à la retraite. La mission locale travaillait en partenariat avec lui, et sa disparition a laissé un vide. »

 

Pourquoi ce lien avec les entreprises ne se fait pas ? Quel est le chaînon manquant ? Y-a-t-il besoin de valoriser les métiers ? Quelles relations entre, d’un côté, les différents acteurs qui accompagnent les publics, et les entreprises de l’autre ? Malgré la présence de SIAE, des missions locales, Pôle emploi, la rencontre ne se fait pas, ou pas suffisamment. Ce qui aboutit à des jeunes qui vivent des problématiques d'isolement, d’addictions, de manque de mobilité, etc. Alors que des entreprises, à proximité, sont prêtes à les embaucher et à les former. « J’ai passé la première année de mon master à rencontrer l'ensemble des acteurs, les conseillers Pôle emploi et mission locale, les SIAE, le Département, la DEETS, les ESAT, tous ceux qui, de près ou de loin, travaillent sur l'insertion professionnelle. Ainsi que les clubs d'entreprises, afin d’aller chercher le point de vue des entrepreneurs sur ces questions. »

 

Le choix entre trois options

 

Ce travail de prospection a débouché au printemps 2022, sur un rapport évoquant les problématiques du territoire, les secteurs en tension, sur les différents acteurs locaux et leurs relations. Au chapitre des hypothèses, trois options étaient présentées : le territoire zéro chômeurs, la régie territoriale, le groupement d’employeurs. « Les différences portaient sur le fait qu’un territoire zéro chômeurs ou une régie territoriale nécessitent une mobilisation politique extrêmement forte sur le long terme. Après réflexion, la solution la plus pertinente semblait être la constitution d’un nouveau GEIQ notamment parce que c'est un modèle porté par les entreprises. »

 

Le territoire de Sud Gironde est marqué par des freins à l’emploi relativement classiques mais très présents. Santé mobilité, isolement, logement, des publics plus exclus que sur d'autres secteurs. L’offre de formation, pourtant relativement riche pour un milieu rural, ne couvre pas tous les besoins. Beaucoup d'orientations se font par défaut mais ne correspondent pas forcément aux attentes des entreprises locales. De fait, les jeunes sont nombreux à partir faire des études mais ne reviennent pas, ou se détournent des études pour différentes raisons (distance, offre pas adaptée à leur projet, etc.) Côté entreprise, le territoire possède un tissu relativement important de TPE/PME notamment industrielles, avec des besoins assez spécifiques : techniciens de maintenance, soudeurs, chaudronniers, opérateurs de machines à commande numérique, etc.

 

Depuis la disparition du GEIQ Val de Garonne, le paysage des GEIQ a bien changé. En Gironde il en existe désormais une dizaine, et beaucoup souhaitent se développer. Plutôt que d’en créer un nouveau, le Comité Régional des GEIQ de Nouvelle-Aquitaine proposait d’étudier les conditions pour que des groupements existants viennent déployer leur offre de services sur ce territoire. Nicolas Jaudard a été chargé de jouer ce rôle d’émulation entre les acteurs locaux, afin qu’ils se familiarisent avec les GEIQ de Gironde et que, finalement, des relations s’établissent et que les entreprises soient intégrées dans la boucle.

 

Deux groupements ont exprimé leur volonté de s’engager dans une initiative commune en Sud-Gironde, le GEIQ BTP de Libourne et le GEIQ des industries technologiques d'Aquitaine. Ils avaient les entreprises, et l’envie de se développer sur place en lien avec les acteurs locaux.  « Donc on avait cette sorte de conjonction avec un territoire qui a la volonté qu’il se passe quelque chose, et des structures qui se disent intéressées, mais avec toutes les difficultés de pouvoir créer un réseau, de pouvoir le faire vivre, d’être sur place, de matérialiser le projet en quelque sorte… »

 

Développer les relations entre acteurs locaux

 

« Ce qui m'a beaucoup interpellé, ce sont les rapports entretenus par les différents acteurs avec les entreprises. Dans chaque structure, ESAT, SIAE, agence Pôle emploi, mission locale, il y avait une personne dédiée qui démarchait les entreprises, chacune individuellement avec ses moyens. Tous ces acteurs de l'emploi et de l'insertion ont pour mission d'emmener les personnes qu'ils accompagnent vers l'entreprise. Malgré l'engagement de chacun, à l'échelle du territoire, le lien avec le tissu de PME reste embryonnaire. Une raison de plus qui explique que les parcours n'aboutissent pas jusqu'aux entreprises. » Autre ambition, celle de faire venir les entreprises dans les instances des structures d’accompagnement, de créer des événements, de l'animation, de rassembler les gens avec lesquels elles pourraient créer des passerelles. Sans oublier la dimension formation.

 

« Aujourd’hui, les GEIQ sont présents en Sud-Gironde et sont des acteurs complètement intégrés à l'écosystème. Ils apportent ce lien avec les entreprises et vont le faire de plus en plus. Leurs actions sont planifiées toute l'année avec Pôle emploi, avec les missions locales. Ils y tiennent des permanences et se rendent, grâce aux structures partenaires (Espace services jeunesse, MDSI, SIAE, tiers lieu) à la rencontre des demandeurs d'emploi. Là, les Geiq représentent et convient les entreprises à certaines instances, des liens ont été tissés et les choses sont en train de se développer. Concrètement il y a également eu de nouvelles entreprises qui ont adhéré aux différents GEIQ.  

 

Exemple d’action avec un groupe de jeunes en CEJ, qui ont réalisé des films sur les métiers de l’industrie dans les entreprises du Bazadais *. C’était l’occasion pour eux de découvrir ces métiers, et pour la mission locale, le GEIQ Industrie et les autres acteurs, de disposer de supports de présentation sur les métiers d’opérateur sur machine à commande numérique ou de conducteur de ligne de fabrication. Les entreprises s’y retrouvent car ces films, qui seront diffusés pendant la semaine de l’industrie, représentent bien leurs réalités. « Ce genre de projet représente bien les liens qui ont été créés entre le GEIQ, les entreprises, les intervenants locaux et les collectivités, qui ne se parlaient pas nécessairement avant. Ces liens ne vont pas retomber du jour au lendemain, ce sont des personnes qui ont travaillé ensemble sur quelque chose de concret, qui leur plaît à toutes, et tout au long de l'année. »

 

« Je crois que les GEIQ n’avaient pas forcément besoin du Sud-Gironde pour exister. En revanche, pour la mission locale l'agence Pôle emploi, les structures d'insertion par l'activité économique, le Département avec ses bénéficiaires RSA, il était nécessaire de disposer de ce type de dispositif qui ouvre les portes des entreprises aux jeunes, aux personnes en reconversion, à tous ceux qui veulent se former en travaillant. Alors certes, pour l’instant cela ne concerne que les entreprises adhérentes des GEIQ, mais les actions sont accessibles à toutes celles qui veulent s’y associer. »

 

 

*Ces films seront présentés le 24 novembre lors d’un évènement public.

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
September 14, 2023 3:46 AM
Scoop.it!

La Fabricothèque, la boîte à outils rochelaise pour la création d’entreprise

La Fabricothèque, la boîte à outils rochelaise pour la création d’entreprise | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Depuis 2016, elle s’appelait « La Fabrique à Entreprendre La Rochelle ». Depuis le début de l’année 2023, elle est devenue « La Fabricothèque », tout en conservant les mêmes attributions. Portée par la Mission Locale La Rochelle Ré Pays d’Aunis, elle s’adresse à tous les publics en lien avec la création et la reprise d’entreprise.

 

 « Aujourd'hui, nos financeurs sont la communauté d'agglomération de La Rochelle et la communauté de communes Aunis Atlantique," précise Anaïs Thibaud, coordinatrice du dispositif. « Notre action, c'est vraiment être la porte d'entrée pour tout porteur de projet en création ou reprise d'entreprise sur le territoire. Nous travaillons avec un réseau de 18 partenaires techniques véritablement opérationnels, que nous réunissons en plénière, tous les deux mois, pour évoquer les actions, dresser des bilans. Nos financeurs sont présents à nos rencontres, ce qui leur permet d’avoir une remontée de situation sur le plan économique. Entre chaque réunion plénière, les techniciens sont invités à participer aux groupes de travail sur lesquels ils souhaitent s’investir. »

 

Premier outil de sensibilisation de La Fabricothèque, la réunion « Etes-vous prêts à entreprendre ? », un passage obligé pour toute personne qui souhaite s'installer sur le territoire, qu’elle porte un projet, ou qu’elle ait une simple idée mais qu’elle ignore par où démarrer. Au cours de ces réunions d’information collective, une quarantaine par an, on lui présente les étapes du parcours du créateur type, les partenaires qui prendront en charge son accompagnement, le montage de son modèle et les questions financières.

 

Le deuxième axe de La Fabricothèque, c’est son agenda événementiel. Une à deux fois par mois, elle organise des ateliers spécifiques, pour 10 à 15 participants en présentiel, en fonction des besoins exprimés par les accompagnateurs. Créer son activité dans l'économie sociale et solidaire, comment convaincre un financeur ? Bien démarrer en vendeur ambulant, entreprendre autrement… autant de sujets abordés au cours d’une quinzaine de séances annuelles.

 

Un programme évolutif

 

Le programme est défini en novembre pour l'année suivante. C’est le bilan de l’année en cours qui détermine s’il est pertinent de reconduire une action.  « Un des avantages de La Fabricothèque c'est que, d'une année sur l'autre, on peut proposer des événements récurrents, comme on peut en abandonner certains pour en créer d'autres. Par exemple, nous avions un atelier qui s'appelait « comment démarrer en livreur coursier » que nous avions créé suite à la crise sanitaire. Mais on s'est rendu compte qu’il ne correspondait pas aux besoins du public. Nous avons simplement décidé de l’arrêter. »

 

Les ateliers sont complétés par des forums de tailles diverses, sur l'entrepreneuriat féminin, ou sur le thème « financer son projet autrement ». Ils offrent l’occasion aux participants d’entendre les témoignages de chefs d'entreprise, d’échanger avec eux, de participer à des activités ludiques. « Lors du forum « Financer son projet Autrement », nous avons proposé un « serious game » aux visiteurs. Nous les avons regroupés autour d’entités fictives pour qu’ils travaillent sur les solutions de financement. Ils devaient aller chercher des « Radisols », des billets fictifs, puis aller solliciter les partenaires sur leur stand. Chaque événement est complètement différent. »

 

Autre dimension importante, la sensibilisation des collégiens et lycéens à l'entrepreneuriat et à l'esprit d'entreprendre, en fonction des sollicitations des établissements scolaires. « Pour moi, les actions auprès des scolaires sont essentielles. Nous devons sensibiliser les jeunes, notamment quand leur cadre familial n’est pas propice. Plus tôt on leur parle d’entrepreneuriat, plus tôt on leur fait rencontrer des chefs d’entreprise, mieux c’est. On peut aussi utiliser des outils ludiques, des casques virtuels, des visites sur nos forums. L’idéal serait de pouvoir intervenir dans toutes les classes dès la 4e, au lycée et au lycée pro, même si c’est juste une demi-journée dans l'année. »

 

En matière d’accompagnement, La Fabricothèque porte une attention particulière aux publics issus des QPV, sans pour autant se focaliser uniquement sur eux, ce qui risquerait d’aboutir à l’effet inverse de ce qui est attendu. Elle fait également la promotion de l'entrepreneuriat féminin, avec la participation de réseaux comme Trajectoire d'entreprise au féminin, afin de casser certaines idées reçues qui font que, encore trop souvent, les femmes ne se sentent pas autorisées à créer leur activité.

 

Convaincre de l'importance de l'accompagnement à la création

 

Problème, les publics ne sont majoritairement pas convaincus qu’il soit important de se faire accompagner. Il y a quelques années existaient des dispositifs, notamment régionaux, qui proposaient un accompagnement assorti d’une petite aide financière. Les porteurs de projet venaient pour l’aide et découvraient l’importance de l’accompagnement. Aujourd'hui, les incitations financières sont moins nombreuses. Trop souvent, l’accompagnement est compris comme une perte de temps. Il faut convaincre les candidats que c’est la meilleure façon d’assurer la pérennité de leur affaire.

 

Au besoin, le « Fabricochèque » peut constituer une incitation. Il s’agit d’une aide de 500 euros, destinée à tout porteur de projet qui réside en QPV ou qui souhaite s'y implanter. « Nous avons ouvert un peu nos critères d’attribution, du fait qu’il y a de plus en plus de personnes qui ont du mal à se faire accompagner avant création. Nous pouvons mobiliser le chèque pour celles qui ont besoin de retravailler leur modèle économique, 6 à 12 mois après le lancement de leur activité, sous réserve qu’elles acceptent notre accompagnement. »

 

« Parfois il arrive que nous soyons dans la dynamique d’aider les gens à faire le deuil de leur projet, de les amener à se rendre compte de manière concrète et opérationnelle que leur modèle économique ne tient pas la route. C’est important de ne pas pousser quelqu'un à créer à tout prix, qu’il en vienne à connaître un échec, et qu’il y laisse des plumes. Pas tant sur le plan financier que du point de vue de l'estime de soi. »

 

Au cours du premier semestre 2023, plus de 450 personnes sont passées par La Fabricothèque, entre la participation aux événements, les réunions d'information collective, l’attribution de chèques.  Pour aider les porteurs de projet à mieux se repérer, La Fabricothèque a élaboré un guide des partenaires qui présente leurs actions et champs d’intervention en détail. Pour chacun de ces partenaires, des pictogrammes indiquent à quelle étape ils peuvent intervenir, quel est leur champ de compétence, ce qu’ils peuvent faire en matière de construction du projet, de constitution d’un réseau, de montage financier, etc. 

 

« Nous adaptons nos outils en fonction des publics que nous rencontrons. Je pense que plus de porteurs de projets solliciteraient notre accompagnement s’ils étaient sensibilisés en amont, si on leur disait qu’il faut se méfier de ce qu’ils entendent parfois, que la création d’activité n’est pas inaccessible. Plus de 50% des entrepreneurs démarrent avec moins de 5 000€, et n'ont pas forcément de diplôme, il faut le faire savoir. Pour 2024, l’objectif de La Fabricothèque est d’étendre son territoire d’intervention à la communauté de communes de l’Ile de Ré et d’Aunis Sud, afin d’avoir exactement le même périmètre d’intervention que l’Espace Régional d'Information de Proximité (ERIP), porté lui aussi par la Mission Locale La Rochelle Ré Pays d’Aunis »

 

 

Pour consulter le programme, le guide et connaître tous les partenaires de La Fabricothèque :

www.lafabricotheque.com

 

 

 

 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
July 13, 2023 4:52 AM
Scoop.it!

Prévenir le décrochage, raccrocher les décrocheurs

Prévenir le décrochage, raccrocher les décrocheurs | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

L’Union Pour l’Enfance est une association qui possède deux organismes sur les Deux-Sèvres, en charge de la protection de l’enfance. L’Union pour l’Enfance 79, constituée de plusieurs structures d'hébergement et de prise en charge de jeunes confiés soit par le juge, soit par les parents. Les « Ateliers Agapè », qui comprennent un plateau technique grâce auquel les jeunes sont accompagnés dans le cadre de l’action RAIDS, le réseau d'accrochage et d'insertion des Deux-Sèvres, financé par l’appel à projets régional « Appui aux parcours d’orientation. »

 

Ces ateliers existent depuis 1994. Ils ont été créés pour permettre à des jeunes issus de la protection de l'enfance, décrocheurs, de bénéficier de formations au sein d'ateliers professionnels. Initialement, seule l’activité « espaces verts » était présente. « Notre volonté était de proposer une prise en charge globale de jeunes qui nécessitaient une remobilisation sociale, scolaire, voire professionnelle, » précise Nadège Coillier, directrice des Ateliers Agapè. « Sachant que ces jeunes présentaient plusieurs problématiques, familiale, de posture d'élève, souvent d'addiction et de délinquance. Au début, c’étaient plutôt les départements autour des Deux-Sèvres qui nous les orientaient, afin de les éloigner de leur territoire d'origine. »

 

Après 2009, les ateliers ont pris de l’ampleur. Installés dans de nouveaux locaux, un ancien garage complètement transformé pour accueillir un restaurant et l’atelier professionnel espaces verts. Aujourd’hui, seul ce dernier subsiste. Deux moniteurs qualifiés encadrent des jeunes de 14 ans et plus pour, dans un premier temps, leur faire découvrir ce secteur professionnel au rythme de trois matinées par semaine, sans objectif de production. Ceux qui montrent un intérêt particulier sont accompagnés le temps de leur trouver un lycée professionnel, un CFA ou une Maison Familiale et Rurale (MFR) pouvant les accueillir. Dans cette attente, ils continuent à perfectionner leur formation de base, avec une montée progressive en compétences.

 

Priorité remobilisation

 

« Les publics sont très volatils. Il suffit qu'un jeune retrouve un sens à sa journée au quotidien, c'est-à-dire se lever, sortir de chez lui. Pour certains c'est déjà énorme. Puis, il va pouvoir côtoyer ses pairs, bénéficier d'acquisitions. Cela améliore le climat familial, qui reste parfois fluctuant, mais qui est nettement moins tendu et dégradé que lorsqu’il arrive. Dans le cadre de leur accompagnement éducatif, on est sur la mobilisation de savoir-être, de savoir-faire, de savoirs tout court. Lorsque la base est acquise, l'objectif est de leur permettre d'effectuer des stages en entreprises et de les orienter sur toute structure de droit commun, scolaire ou de formation, telle que les missions locales, les CFA, les MFR. »

 

Les Ateliers Agapè comprennent également un atelier sportif et un atelier de remobilisation scolaire et d'aide à la scolarité. Pour l’atelier cuisine, il ne s’agit pas de professionnalisation, mais de permettre à certains jeunes de découvrir ce domaine professionnel. Et pour les autres, accueillis au sein des structures d'hébergement, d'acquérir une certaine autonomie dans la gestion de leur repas, comment faire leurs achats, ce qu’on peut faire avec ce qui reste dans les placards, une sorte de pédagogie de la gestion quotidienne.

 

Dans le cadre de RAIDS, les jeunes sont orientés par l'éducation nationale, plus précisément par les chefs d'établissement.  Il n'y a pas de différence de prise en charge entre ce public et celui de l’Aide Sociale à l’Enfance. Ils se côtoient, sont mélangés dans les animations, et ils passent systématiquement les 15 premiers jours sur tous les ateliers. « A l’issue, on fait un bilan avec eux. On leur donne la parole pour nous expliquer comment ils ont vécu la période d'intégration, quels sont les ateliers dans lesquels se ont sentis les plus à l'aise, ceux qui les attirent le moins. Avec la remobilisation scolaire et l'aide à la scolarité, on est vraiment dans le fait de redonner envie, de leur redonner du sens, d’expérimenter pour repartir sur un centre de formation ou à l'école. Ça peut aider des jeunes qui fréquentent les ateliers à temps plein, c'est-à-dire du lundi au vendredi, mais aussi qui viennent sur des temps plus ponctuels, sur des demi-journées parce qu’il y a un maintien partiel de la scolarité. » 

 

Des profils parfois compliqués

 

Les participants au RAIDS présentent de multiples problématiques d'acquisition scolaire, parfois de handicap, de soins physiques et psychologiques. Certains sont en situation de déscolarisation depuis plusieurs années, depuis le CM2 ou la 6e. Ils peuvent être toujours affectés à un établissement mais ne le fréquentent plus, ou de façon très ponctuelle.  « C’est vraiment quelque chose qui m'a particulièrement interpellée. J’ai souvent vu des parents qui étaient désemparés face à leurs enfants en décrochage, sans aucun dispositif pour les accueillir, qui restaient à temps plein à domicile. Le climat familial s’en ressent forcément, et il y a des effets sur les autres enfants de la maison. »

 

Les chefs d'établissement se disent démunis face à certains profils qu'ils n'arrivent pas à raccrocher, qui présentent parfois des troubles du comportement, qui ne sont pas traités ou dont la prise en charge est insuffisante pour permettre de les maintenir au sein des établissements. Ces jeunes devraient bénéficier d'une scolarité adaptée, mais les places sont très limitées.

 

Entre fin 2002 et aujourd’hui, une quinzaine de jeunes issus d’établissements de Parthenay et Thouars ont été pris en charge, plus que le nombre prévu dans la convention avec la Région. « Ça a été vraiment une volonté de ma part de n’évincer aucun jeune. 6 filles, 8 garçons, 3 jeunes également pris en charge dans le cadre des dispositifs relais du Département. Donc avec un co portage, voire un triple portage pour certains, quand il y avait le dispositif relais, le collège et nous qui étions en accompagnement. »

 

« L’appel à projet régional vise les plus de 16 ans. Mais nous n’avons absolument pas accroché ce public, parce qu’il existe déjà beaucoup de dispositifs pour lui, que ce soit à l'intérieur des établissements scolaires ou à la mission locale avec la promo 16-18 et le CEJ.  Ces dispositifs s’adressent à des jeunes qui savent se mobiliser et ont envie de le faire. Le gros souci, ce sont les jeunes en déscolarisation, quel que soit leur âge, qui n'arrivent pas à se mobiliser. La moyenne d’âge des jeunes accueillis est de 13 ans et demi, allant de 11 à 15 ans. »

 

L’objectif de l’association est de ramener les jeunes dans le droit commun. Notamment, pendant le dernier mois de leur accompagnement, en travaillant à leur réintégration au collège. Notre lien avec l’établissement d’affectation est quotidien. C’est là que les Ateliers Agapè montrent leur utilité, en permettant le maintien de la scolarité à temps partiel, tout en travaillant sur plusieurs axes, à commencer par les savoir-être, particulièrement importants avec ce public.

 

« On est vraiment perçus comme une bulle, un passage où les jeunes vivent des expériences positives. Nous entretenons un dialogue permanent avec eux. Dans le domaine de la protection de l'enfance, l'accompagnement a énormément évolué. Quand j'ai commencé à exercer, on était dans une configuration où on imposait un cadre et un parcours aux jeunes, ça n’est plus le cas maintenant. Même si ce n’est pas le jeune qui décide en dernier recours, nous essayons vraiment de le considérer en tant qu'acteur à part entière. »

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
June 29, 2023 6:42 AM
Scoop.it!

L’art comme révélateur de compétences

L’art comme révélateur de compétences | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Yoann Roch est médiateur emploi et culture à la Régie de Territoire du Bassin de Brive. Il coordonne le projet Arts et Compétences, mené en partenariat avec deux autres associations, l’ASEAC 19, structure de protection de l'enfance, et « À tout venant Ressourcerie » de Brive-la-Gaillarde et Naves. Arts et Compétences est financé par l’appel à projets régional « Mobilisation vers la formation ».  

 

Pourquoi et pour quel public avez-vous lancé Arts et Compétences ?

Avec ce projet, nous voulions essayer de voir, en passant par l’activité culturelle, si on pouvait révéler des compétences qu'on ne voit pas au quotidien. C’est un projet qui nous permet d'évoluer dans nos accompagnements, et qui est totalement neuf pour nous. Le premier public visé, ce sont nos salariés en transition professionnelle, et les salariés en insertion de la ressourcerie. Ils viennent de partout sur la communauté d'agglomération, qui compte 48 communes. Pour l’instant nous en sommes à la première session, qui a duré 4 mois à raison d’une demi-journée par semaine. Son but était de réaliser un film documentaire. Nous en organiserons une autre plus tard, qui sera plus tournée sur les jeunes. Je ne sais pas encore sous quelle forme.

 

Combien de participants ?  

Le groupe était constitué de 9 de nos salariés en transition. J’ai une place un peu particulière, puisque je suis médiateur et que, en tant que tel, je fais l'étude et l'analyse des compétences qui peuvent être révélées et acquises pendant les activités proposées. Et en même temps, j’étais partie intégrante du projet. Ce qui fait que nous avions un petit groupe composé de gens qui ne se connaissaient pas, qui se sont rencontrés à cette occasion.

 

Comment avez-vous fait la sélection ?  

Nous avons réuni tous les salariés de toutes les structures, lors d’une réunion où on a proposé le projet et présenté une trame. Après, c'est sur du volontariat que les gens se sont inscrits à cet événement. On a choisi une limite de 12 à 15 personnes pour qu’on puisse les accueillir sur les ateliers. Au cas où certaines se désistaient, nous voulions être sûr de disposer d’une dizaine de participants pour qu'on ait quelque chose d'intéressant.

 

Quelle était la finalité du projet ?

Le 21 juin, nous avons fait une projection dans un cinéma, en présence de tous les salariés, y compris ceux qui n’avaient pas participé. L’intérêt était de les inciter aussi à plus s’intéresser à la culture, de casser certaines idées reçues. Surtout en ce qui concerne le théâtre. Je pense que les gens restent sur une image classique comme Molière, alors qu'au final ça a énormément évolué. Il y a beaucoup de pièces contemporaines, de concerts, de spectacles vivants. Donc c'était intéressant de leur montrer qu’ils pouvaient y avoir accès et y aller en famille.

 

*      *      *

 

Nicolas, vous êtes salarié de la régie, que vous a apporté le projet Arts et Compétences ?

Au niveau du travail, ça fait une grosse coupure. Ça nous a permis de rencontrer de nouvelles personnes. On a travaillé sur nos compétences et la confiance en soi. J’avais déjà eu une expérience dans le cadre du retour progressif à l'emploi, le dispositif expérimental qui a lieu à Brive depuis 2021, avec des sociologues qui nous ont fait faire le « théâtre des opprimés. »

 

Dans Arts et compétences, on a été accompagnés par une chorégraphe qui nous a appris à nous exprimer avec notre corps, comment faire passer les sentiments, l'envie, le non, le oui. C'était très intéressant de travailler là-dessus, sur notre expression, sur le rapport aux autres. C’était une première étape. La deuxième étape c'était de filmer et réaliser un documentaire. On était à la fois devant et derrière la caméra, on a appris la technique et on s’est aussi filmé. C’est pour ça que c'était important d'avoir travaillé avant sur l'estime de soi, sur le rapprochement corporel avec les autres.

 

Tom, vous travaillez à la « Ressourcerie Gaillarde », pourquoi avez-vous décidé de participer ?

J’ai voulu participer à l’expérience pace qu’elle sort un peu de l'ordinaire. Pouvoir être accompagné pendant 4 mois par une chorégraphe, un réalisateur, ce n’est pas tous les jours qu'on vous le propose. Et ça m'a motivé. En participant aux ateliers, on a pu voir ce que ça nous apportait, comme se rendre compte qu'on peut créer avec son corps, bouger dans l’espace, avec des gens qu'on ne connaissait pas avant. Ça peut surprendre parce qu'au début on se dit, je ne vais pas être capable, je ne vais pas y arriver, et finalement ça se fait tout seul. Et puis après, il y a eu le documentaire. Ce n’est pas simplement prendre une caméra, la poser et tourner. Il y a toute une réflexion, qu'est-ce qu'on fait ? Comment on le fait ? Pourquoi ? Comment on s'organise ? A l'étape deux, on a mis en pratique tout ce qu’on a appris au niveau de notre corps dans l'espace, de comment gérer la machine pour filmer.

 

Pour moi cette action est essentiellement basée sur l'estime de soi, la confiance en soi, la valorisation de soi. J’imagine que c'est déjà en nous. On a tous un parcours, une histoire qui fait que peut-être on l'a un peu oubliée, ou on s’est fait un peu marcher sur cette confiance en nous. Du coup, ça a permis de remettre ce sentiment à flots. On s'en rend compte tous les jours, que ce soit au boulot ou dans la vie quotidienne. Je me sens plus affirmé dans le rapport à l'autre, à mes chefs. Ça m'a aidé par rapport à la relation que je peux avoir avec l'autre, peu importe qui c'est. Comme j’ai pris confiance en moi, je peux plus facilement exprimer ce que je ressens ou ce que je veux exprimer.

 

Florence, vous venez aussi d’une ressourcerie, celle du Carnyx à Naves. Que retenez-vous de cette expérience ?

Faire des exercices avec la chorégraphe nous a permis de prendre confiance en nous et de faire confiance aux autres. On a tous des parcours plus ou moins différents. On ne s’était jamais rencontré parce qu’on travaille dans trois structures séparées. Mais on s'est mis dans le bain direct parce que nous avions le même but. Et la chorégraphe nous a tout de suite mis à l’aise. En peu de temps, ça nous a permis d'avoir une cohésion de groupe.

 

Pour le documentaire « De vous à nous », le réalisateur a gardé tout le long une part de mystère. Il n’y a pas eu de scénario imposé, il s'écrivait au fur et à mesure des ateliers, en fonction de ce qui venait de chaque participant. Ça s’est fait aussi par rapport à ce que le réalisateur a pu ressentir de chacun de nous. Nous n’avons participé qu’un petit peu au montage, parce que c’est la partie professionnelle, très technique. Il nous a montré quelques images, pour vérifier si ça nous convenait ou pas. Mais nous n’avons découvert le résultat qu’au moment de la projection. Jusque-là, nous étions un peu dans le flou.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
June 15, 2023 6:05 AM
Scoop.it!

A La Rochelle, les Spielberg en herbe

A La Rochelle, les Spielberg en herbe | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Traditionnellement, le Festival International du Film de La Rochelle qui se tient début juillet, accueille des artistes en résidence durant toute l'année pour réaliser des projets de courts métrages, écrits et tournés dans l’agglomération rochelaise. Selon ses termes, il entend contribuer à la sensibilisation des jeunes spectateurs. Il veut aussi offrir un accès privilégié aux pratiques cinématographiques à différents publics, notamment ceux qui se trouvent souvent éloignés de la culture.

 

C’est dans le cadre de son dispositif « FEMA – Action ! », que le festival a pris contact avec la mission locale La Rochelle Ré Pays d'Aunis, afin qu’elle mobilise un groupe des jeunes et leur propose de créer un court-métrage en compagnie d’une réalisatrice bordelaise. La première rencontre s’est déroulée en 2022. Elle vient d’être reconduite cette année, avec la même réalisatrice qui a souhaité renouveler l’expérience.

 

« Le but c'est que les participants prennent vraiment part au projet, que les jeunes en soient acteurs de A à Z » précise Bénédicte Maurin, conseillère référente des actions culturelles. « Que ce soit au niveau de l'écriture, des dialogues et du scénario, même si la réalisatrice avait déjà son idée en tête, ainsi qu’au niveau de tous les aspects techniques du tournage, la prise de vue, la prise de son, l’acting. » A l’issue, le résultat de ce travail sera projeté lors du festival, à l’occasion d’un après-midi dédié à la diffusion de tous les courts métrages réalisés pendant la résidence.  

 

Plus généralement, la mission locale est très axée sur l'accompagnement, la recherche d'emploi, la formation, l'insertion. Depuis quelques années, elle cherche à s’ouvrir à d’autres actions, notamment à dimension culturelle. Dans cet esprit, elle entretient notamment un partenariat avec les Francofolies et avec les Escales documentaires, le festival international de la création documentaire. L’objectif est double. Ouvrir les jeunes sur ce qui se passe sur le territoire de La Rochelle, culturellement assez dynamique. Ainsi que mener un travail sur des nouvelles compétences et capacités, et sur la confiance en soi.

 

La valorisation par la culture

 

« Nous essayons vraiment de nous positionner un peu plus sur ce type d'actions, qui sont tout aussi valorisantes que de faire de la recherche d'emploi pure. C’est l’occasion pour les jeunes de démontrer leurs talents et de réelles capacités. C'est dans ce but que la coopération s'est faite avec le festival du film. Globalement, nos publics semblent très éloignés de tout ça. Le monde de la culture leur paraît assez inaccessible en fait. Pour nous, c’est l’occasion de leur dire qu’il existe des choses, parfois gratuites, auxquelles ils peuvent accéder facilement. On peut vraiment valoriser le jeune, compléter son CV, parce que la participation à un court métrage est un élément intéressant à y faire figurer. »

 

La mission locale devait réunir une demi-douzaine de jeunes, accompagnés par Anne-charlotte Giraud, une coordinatrice du festival. Une première réunion d'information s’est tenue en mars, en présence de la réalisatrice. Elle est venue présenter le projet, ainsi que le travail effectué l’année précédente, pour qu'ils se rendent compte en quoi il consiste réellement. Pas de sélection à l’issue. Le choix des participants s’est fait naturellement par libre adhésion. Il faut qu’ils soient en mesure de se rendre disponibles pendant une semaine, de plus à une période où beaucoup d’entre eux commencent à occuper des emplois saisonniers.

 

Les jeunes retenus ne correspondent pas à un profil particulier. « Quand on propose des actions de ce genre, nous les ouvrons vraiment à tout le monde. Nous savons qu'il y a des jeunes qui sont plus tournés vers les métiers du spectacle et de la culture. Ceux-là ont une plus grande appétence et vont peut-être venir plus facilement. D’autres ne se projettent pas du tout dans ce secteur mais, par curiosité, ils prennent ça comme une vraie occasion d’enrichir leur parcours. »

 

Pour les conseillers, c’est l’occasion de leur parler découverte des métiers et des emplois liés à la réalisation, dans tous ses aspects techniques. Certains des jeunes qui ont participé l'année dernière sont revenus pour la deuxième édition. « Pendant la semaine, mon rôle est d’accueillir les participants. Je fais un point dans la journée pour savoir si tout se passe bien. Nous n’avons pas l'obligation d'être présents, la réalisatrice et la coordinatrice du festival du film gèrent très bien les groupes sans nous. En plus les jeunes ont un travail à faire, ils partent filmer à l'extérieur, notre présence n’est pas forcément utile. »

 

On peut constater l’effet de ce type d’actions dans le parcours d'un jeune lors des entretiens individuels. Chaque conseiller fait un bilan avec le jeune qu’il accompagne. Elles peuvent également permettre de reprendre contact avec des jeunes qui n’étaient plus forcément en lien régulier avec leur conseiller. Cependant, il s’avère que dans leur majorité, ils ne sont pas particulièrement centrés sur les activités culturelles. Ils connaissent les Francofolies car elles sont très médiatisées, c’est beaucoup moins vrai pour un rendez-vous comme le festival du film.

 

Casser les représentations 

 

« Un de mes objectifs lorsque je veux développer des actions comme celle-là, c'est vraiment de leur faire découvrir tout ce qui peut se passer ici, parce qu'on sent qu'il y a une certaine distance entre les jeunes et la culture au sens large. Soit ils ne connaissent pas, soit ils ne cherchent pas à savoir, ou encore ils pensent que ça n’est pas fait pour eux. Ils peuvent avoir une image élitiste de certaines choses qui se passent sur La Rochelle. »

 

« Mon but est vraiment de leur montrer qu’ils y ont droit, que ça fait partie de la richesse de leur territoire. Et que des perspectives professionnelles leur sont ouvertes. Pas seulement à celles et ceux qui ont vraiment un intérêt pour ce secteur, qui voudraient évoluer vers tout ce qui est événementiel, culturel. Cette action leur permet d'avoir une petite porte d'entrée, de commencer à constituer un peu leur réseau. »

 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’engouement des jeunes n’est pas plus fort pour les activités culturelles que pour d'autres actions. Ceux qui participent le plus, le font généralement parce que cela fait partie de leur projet. Finalement, ce sont des profils bien particuliers qui se lancent. Cela dit, les conseillers sont parfois très surpris par les capacités des jeunes à s’engager, à se dépasser, à progresser et à évoluer.

 

La valeur ajoutée de « FEMA – Action ! », c’est que les participants sont vraiment acteurs du projet, véritablement en immersion, au sein d’une équipe de tournage encadrée par des professionnels. Ils sont dans le « faire » plutôt que de se contenter d’être spectateurs. Pour autant, faire un court métrage, réaliser des petites capsules vidéo, nécessite un certain engagement.

 

« Quand on propose des projets qui sortent un peu de l'ordinaire au-delà du CV, des lettres de motivation, de la recherche d'offres d'emploi, les jeunes ont du mal à s’emparer les choses. Je pense que leurs préoccupations liées au contexte familial, social et professionnel peuvent freiner leur envie et leur curiosité. D’où l’importance de proposer des actions visant à la découverte de nouveaux univers. »

 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
June 1, 2023 8:30 AM
Scoop.it!

Création d'entreprise, un levier pour la mobilisation

Création d'entreprise, un levier pour la mobilisation | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Barbara Valbonesi est responsable de secteur Emploi et activités collectives à la Mission Locale de l'Agenais, de l'Albret et du Confluent. Elle coordonne le projet « J’entreprends mon projet d’avenir » qui est lauréat du PIC 100% inclusion.

 

Qu’est-ce que le projet « j'entreprends mon projet d'avenir » ?

C'est un projet porté par un consortium dirigé par l'association nationale des groupements de créateurs (ANGC), qui pilote un réseau de 49 groupements portés essentiellement par des missions locales, des Maisons de l’emploi et des PLIE. Elle est à l'origine de la création d'une démarche d'accompagnement vers l'entrepreneuriat, qu’elle diffuse depuis une vingtaine d’années. La singularité de leur méthodologie, c’est qu’elle peut s’appliquer à des publics éloignés de l'emploi.

 

Pourquoi avez-vous rejoint cette démarche ?  

La Mission Locale de l'Agenais, de l'Albret et du Confluent a rejoint le réseau en 2018, nous étions les seuls en Nouvelle-Aquitaine. Plus récemment, la Mission Locale de Saintonge Romane et celle de Limoges ont suivi. Depuis des années, on souhaitait proposer à notre public une réponse aux besoins d’aide à la création d'activité sur notre territoire, mais ça ne fonctionnait pas. Nous arrivions seulement à orienter vers les structures d'accompagnement à la création, mais rien ne se passait. Il y avait un trou dans la raquette entre l'orientation et l'arrivée. Quand l’ANGC nous a présenté sa démarche, on a été séduits parce qu’elle était fondée sur la pédagogie de l'action, c'est à dire que nous utilisons le levier de l'entrepreneuriat comme prétexte à l'insertion.

 

Quels sont vos publics ?

Nous nous adressons à des publics peu ou pas qualifiés, de tous âges, parfois complètement décrocheurs de toute proposition d'insertion. Ce sont des gens qui vont plutôt essayer de construire un emploi qui leur ressemble. Dans le cadre de « j'entreprends mon projet d’avenir », nous proposons des parcours d’une durée maximum de 15 mois. A la fin de ce parcours, soit la personne fait le deuil de son projet, soit elle le poursuit, par exemple en suivant une formation. Elle peut aussi simplement le mettre entre parenthèses, le temps de trouver des solutions financières.  

 

Nous allons chercher les invisibles, les personnes qui sont peu demandeuses d'aide, mais qui ont tout de même une envie de faire. Nous saisissons cette envie, qui n'est pas forcément un projet au départ, parce que souvent elles n’osent pas en parler de peur d’être jugées. Nous les accompagnons d'un point de vue général, global. On travaille sur la confiance en soi, c'est ce que nous faisons toujours en tant que mission locale. Le plus souvent, nous les aidons à faire le deuil de leur projet, notamment quand on constate que la création est un prétexte à ne pas accepter la difficulté d'un poste de salarié, ou parce qu'elles ont été abîmées par une expérience professionnelle et qu’elles pensent que la solution est de créer leur propre emploi. Nous essayons éventuellement de les réconcilier avec leur métier d'origine ou un autre métier.

 

Est-ce que l’approche par la création d'activité vous permet plus facilement de toucher les « invisibles » ?  
Je pense que c'est intéressant d'aller chercher ces publics invisibles ou sortis de l'accompagnement, parce qu'on s'intéresse spécifiquement à la personne et à ses projets. On ne lui propose pas une offre de services clés en main. On part de cette personne et on va d'abord l'écouter. Le PIC c'est avant tout aller vers. Quand on parle d'aller vers nous, c'est aussi aller sensibiliser des structures pour qu'elles nous envoient des publics. Ça peut être des éducateurs de rue, des mairies, des associations sportives, des commerces des zones rurales ou des quartiers politiques de la ville, des structures IAE, dans les épiceries solidaires. On va dans ces lieux faire de la sensibilisation, pour donner envie d’aller plus loin à ceux qui veulent rêver.

 

Comment les abordez-vous ?

Nous leur expliquons qu’on ne va pas leur donner des réponses techniques, mais les aider à prendre de la distance avec leur projet. Et surtout les aider à l’écrire. La méthodologie comporte trois étapes. La première consiste pour le porteur de projet à se concentrer sur lui-même, apprendre à se connaître. C’est une sorte de bilan de compétences, avec valorisation de son parcours, de ses savoir-faire et savoir-être, les formations qui pourraient compléter ses compétences. On aide la personne à se fixer elle-même des objectifs. La deuxième étape, c’est la description du projet et sa faisabilité. On les aide à comprendre ce qu’est une étude de marché, ils cherchent à en savoir plus sur le métier visé, sur la concurrence éventuelle, sur le secteur. La dernière étape consiste à faire un lien avec la réalité, par des rencontres avec les professionnels, des enquêtes métiers, des stages, ou même une expérience en emploi.

 

Faut-il comprendre que la création d’activité est surtout un prétexte ?

Nous avons entre 6 à 10% de projets qui débouchent sur une création. C'est peu, mais ce n’est pas le premier objectif visé. Nous avons en revanche plus de 50% de taux de sortie en emploi ou en formation, et ce sont des chiffres à peu près similaires à d’autres dispositifs d'insertion. Notre approche, c'est d’apprendre aux gens à faire seul, à comprendre et décrypter le panorama de la création d'activité. Nous continuons à faire notre métier historique, à être un carrefour d'information, d'orientation et de relations avec les partenaires du territoire. Avec cette action, nous restons dans la même logique, mais sur la partie entrepreneuriale. Nous intervenons comme un préalable à l'accompagnement, nous préparons les personnes à pouvoir comprendre les réponses techniques en matière de garantie financière ou de fiscalité qui leurs seront données plus tard par d’autres partenaires.

 

Quelles sont les différences avec vos approches habituelles ?

Le PIC nous a permis d'expérimenter de nouveaux outils. En revanche, ça demande des moyens qui ne sont pas évidents à mettre en place. Aujourd’hui, nous avons deux conseillères entièrement dédiées au groupement de créateurs, et un local conçu comme un espace de coworking. Il est commun avec l’ERIP, puisqu’il s’adresse au même public et que les ateliers correspondent tout à fait à ce qu'on propose pendant la première phase de l'accompagnement.

 

Ce qui est prégnant, c'est le besoin de se rassembler. Les gens travaillent ensemble. Pourtant ce sont des profils entrepreneuriaux qui disent vouloir créer leur propre entreprise seuls. Sauf qu’ils ont besoin de se rassembler et de collaborer, au point parfois de créer des projets ensemble. Ces publics ont avant tout besoin d’écoute et de réponses adaptées, donc personnalisées. Notre travail c'est aussi de les orienter vers les bons interlocuteurs. Ce travail autour d'un projet, que ce soit de manière individuelle ou collective, a complètement révolutionné notre manière d'aborder les choses au sein de notre structure. On s'est inspiré de cette méthode pour modifier notre manière d'accompagner les publics.

 

Combien de personnes avez-vous accompagné depuis le début ?

Notre objectif initial était de quatre-vingts personnes par vague de 18 mois. Depuis septembre 2020, nous en sommes à 181, il nous reste du temps puisque nous finissons le 31 août. En fait, toutes les structures qui ont rejoint le projet ont dépassé les objectifs, nous comptons 920 participants pour l’ensemble des 10 structures qui ont intégré le PIC. Certaines personnes sont déjà sorties, d’autres ont créé leur entreprise, d'autres encore ont repris un emploi ou une formation.

 

Quelle suite envisagez-vous de donner à ce projet ?

Nous savons que nous répondons vraiment à une demande. Notre objectif c'est d'arriver à stabiliser le projet, et ça n’est pas évident. Pour la suite, notre idée est de former l'ensemble des conseillers de la mission locale à la méthodologie du groupement de créateurs, de manière que chacun d’entre eux, quand il accueille un jeune, soit dans la logique de l’inscrire dans une dynamique de projet. Peut-être que nous devrons être moins ambitieux qu’aujourd’hui en termes d'outillage. Fin 2023, nous projetons de créer une « Flashcoop ». C'est une coopérative éphémère labélisée, qui dure une semaine, et qui permettrait de vivre l'expérience de l'entrepreneuriat de A à Z, de la création de l’idée à la commercialisation d’un produit avec des publics féminins des Quartiers Politique de la Ville. Nous avons obtenu un financement du Fonds Régional PAREF financé par l’Etat, la Région et BPI France.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
May 11, 2023 7:58 AM
Scoop.it!

Etudier près de chez soi, la solution campus connecté

Etudier près de chez soi, la solution campus connecté | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Autrefois, c’était l’ancienne maison du garde champêtre. Après restauration par la mairie de Saint Macaire (Gironde), elle héberge depuis 2 ans le « campus connecté » porté et animé par la mission emploi formation du Pôle Territorial Sud Gironde, un syndicat mixte réunissant plusieurs communautés de communes.

 

Le bâtiment comporte une salle spacieuse avec une grande table de travail, un équipement de visioconférence, une salle informatique, des espaces de travail. « C’est un lieu que nous avons voulu plaisant, accueillant et convivial », décrit Fiona Joseph, coordinatrice-tutrice. « Cette maison a vraiment une âme. Ce n'est pas juste une salle fonctionnelle et un peu impersonnelle. Les étudiants s’y sentent bien, c'est un peu leur deuxième maison. »

 

Les Campus Connectés sont des lieux d'études labellisés à l'échelle nationale par le ministère de l'Enseignement supérieur de la recherche et de l'innovation. La France en compte aujourd’hui 86, dont 9 implantés en Nouvelle-Aquitaine. Ils sont majoritairement portés par des collectivités territoriales, mais peuvent aussi l’être par des structures associatives.

 

Leur rôle est d'accueillir et d'accompagner des étudiants de tous âges, aussi bien des jeunes en formation initiale, des primo étudiants qui viennent d'obtenir le bac, que des actifs en reprise d'études qui entament un nouveau parcours de formation à distance. Ils doivent respecter un cahier des charges, ainsi qu’établir un partenariat avec un établissement universitaire dit de proximité, qui n'est pas nécessairement celui auprès duquel les étudiants suivent leur formation. Pour le Campus Connecté du Sud Gironde, il s’agit de l’université de Bordeaux qui est partenaire de six Campus Connectés de la région.

 

Une autre vie étudiante

 

« Notre campus comporte 15 places, donc on est plutôt sur des micros effectifs. Bien évidemment, il s'agit d'une autre expérience étudiante que celle qu'on peut connaître sur un grand campus universitaire. Au sein d’un de nos groupes, il y a vraiment des profils très variés en âge, en parcours de vie, en formations suivies. Tout au long de l'année il peut y avoir des entrées et des sorties du dispositif, qui se veut très souple. Je pense que c'est ce qui fait son charme auprès des bénéficiaires, à savoir qu’il convient autant aux formations courtes, aux formations longues, qu'à celles qui se déroulent à cheval sur deux années universitaires, etc. »

 

Plusieurs éléments essentiels caractérisent un campus connecté. Il s’agit avant tout d’un site équipé et connecté, ouvert aux étudiants du territoire qui disposent ainsi d’un lieu où se rendre pour progresser dans leur formation à distance. Autre élément important, ils offrent un accompagnement individuel des étudiants, un tutorat qui peut prendre plusieurs formes, du coaching au conseil. Il ne s’agit pas nécessairement d’un accompagnement pédagogique, mais plutôt d'un soutien à l'étudiant et d'un accompagnement dans ses démarches tout au long de sa formation.

 

« La dernière dimension est la dynamique collective qui s’opère au sein des campus, et qui contribue à motiver les étudiants inscrits. On ne leur demande qu’une chose, être présents sur le site 12 heures minimum par semaine. Les étudiants n'arrivent pas toujours à respecter ces conditions, mais c'est l'engagement de départ. C’est nécessaire pour que je puisse faire mon travail de tutrice, que je puisse assurer le suivi individuel et que la notion de dynamique et d'animation collectives du campus prenne tout son sens. »

 

Les animations prennent des formes diverses, sur la base de thématiques. Par exemple, « bien s'informer, bien raisonner, bien parler, dans le monde d'aujourd'hui et de demain ». A cette occasion, des animateurs de Cap Sciences et l’association « les Débatteurs » ont effectué un travail avec les étudiants sur la prise de parole en public, l'éloquence, les présentations orales, etc. Pour sa part, l’association « IMS Project » (Informations pour le Monde Suivant) est venue inciter les étudiants à s’interroger sur la qualité de leurs sources d’informations.

 

Autre exemple avec un projet qui portait sur le thème « cultiver son bien-être ». Dans ce cadre, ont été organisés des ateliers yoga, des séances de basket, une randonnée culturelle pour aller à la découverte de Toulouse-Lautrec, enfant du pays, et une formation aux premiers secours dispensée par l'union départementale des sapeurs-pompiers. Ont également été organisées des visites d'entreprises, des rencontres avec des professionnels, avec le sous-préfet de l'arrondissement de Langon venu présenter l'organisation des compétences sur le territoire.

 

Répondre à un véritable besoin

 

Au regard des deux premières années du campus, il s’avère que la formation à distance répond effectivement à un besoin. « Je pense que beaucoup n'auraient pas envisagé de suivre des études s’ils ne pouvaient pas bénéficier de cette solution à distance. Pour certains, notamment les plus jeunes, les primo étudiants qui viennent d'obtenir le bac, il s'agit souvent d'un choix par défaut. Parfois, ils ne trouvent pas de place en présentiel à l'issue de la campagne Parcoursup. La limite, c’est que la formation à distance est une formule exigeante. Il faut être organisé, autonome, discipliné et régulier. C'est difficile à faire si on est tout seul. Le campus connecté offre justement ce cadre qui aide beaucoup à ne pas décrocher. »

 

Le Pôle Territorial Sud Gironde met à disposition une quinzaine d’ordinateurs portables financés par la Région Nouvelle-Aquitaine. Si la plupart des étudiants sont déjà bien équipés, ils peuvent s’en servir pour des besoins ponctuels, ou faire un emprunt pour la durée de leur formation. Le campus dispose également de moniteurs, de claviers et de souris, si les étudiants veulent se créer un poste de travail un peu plus confortable.

 

« Très tôt il y a eu un dialogue qui s'est mis en place avec les établissements, les lycées du territoire, publics et privés. Ce dialogue perdure. Chaque année, j'interviens dans les lycées pour faire connaître le dispositif. En revanche, nous sommes un peu surpris d’avoir relativement peu de primo étudiants, et plus d'actifs en reprise d'étude que ce à quoi on s'attendait. Ces derniers représentent presque 50% des adhésions. »

 

Pour la suite, le campus connecté aimerait accueillir davantage de personnes en formation professionnelle, pas seulement sur des formations diplômantes, mais aussi des formations certifiantes et professionnalisantes. Il pourrait accueillir des demandeurs d’emploi qui suivent une formation à distance dans le cadre de leur accompagnement par Pôle Emploi. Ce n’est pas le public envisagé au départ, mais qui pourrait être plus nombreux dans les années à venir.

 

En Sud Gironde, le Pôle Territorial envisage de déployer le dispositif. Une nouvelle antenne ouvrira ses portes à La Réole en septembre prochain. A terme, une troisième antenne devrait voir le jour à Bazas. La volonté est de multiplier les lieux pour que les résidents du Sud Gironde puissent avoir accès au dispositif au plus près de chez eux.

 

« Ce qui est formidable avec le campus connecté, c'est qu’il suscite tout un maillage autour de lui, un réseau d'intervenants vers lesquels il est facile de se tourner pour parler mobilité, service civique, travail à temps partiel… Au-delà de la mission d'accompagnement en termes de tutorat, ce qu'on apporte aux étudiants est bien plus large. Nous créons les conditions de mise en relation avec tout un ensemble d'acteurs du territoire, un accompagnement qui va bien plus loin que celui d’un tuteur dans l'enseignement supérieur. »

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
April 27, 2023 8:11 AM
Scoop.it!

Le travail au bout du voyage

Le travail au bout du voyage | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

L’action de formation « Des clés pour l’emploi » relève d’un constat partagé il y a plus de 10 ans par tous les acteurs de la métropole bordelaise, selon lequel beaucoup de femmes résidentes des quartiers de la politique de la ville étaient écartées et rejetées des dispositifs existants, faute d'actions adaptées. A l’époque, l’organisme AIM formation (Actions Inter Médiation), qui possède une expertise sur ces publics, a lancé l’idée de ce programme pour impulser et favoriser l'émancipation des femmes sans solution.

 

« Des clés pour l’emploi » s’adresse depuis le début à des femmes immigrées, qui n'avaient que peu ou pas travaillé, avec un faible niveau de maitrise de la langue française, à l'oral comme à l'écrit. « Nous avons retenu le secteur du nettoyage, » explique Lucie Martinez, consultante en insertion professionnelle, « parce qu’il offrait des possibilités d'emploi plus facilement accessibles à des personnes sans qualification et avec des difficultés de langue. Nous voulions répondre en priorité aux femmes qui souffraient de l'autorité patriarcale, particulièrement des femmes originaires d'Afrique du Nord. »

 

Au gré des vagues d'immigration successives, le public s’est progressivement étendu à des personnes venues d’Asie, du sous-continent indien, d’Europe de l’Est. Point commun de toutes ces femmes, leur difficulté à s'approprier les dispositifs et à trouver leur place en France, ainsi qu’à comprendre les injonctions qui leur étaient faites dans le cadre de leur accompagnement social.

 

Le français comme outil d'insertion

 

« A l'époque, c’était la seule formation non sélective du point de vue des difficultés de communication. Au tout début, elle incluait des cours de français. Aujourd’hui, c'est moins le cas, parce que la demande des femmes est avant tout d’accéder à l'emploi. Or l’apprentissage de la langue prend du temps. On privilégie plutôt l’acquisition de vocabulaire technique, des choses vraiment basiques pour se présenter, pour travailler. Cela dit, un des objectifs de cette formation, c'est de donner aux participantes l’envie de s'inscrire, par la suite, à des cours de français dans la durée, pour avoir la possibilité d’évoluer. »

 

La formation est proposée 4 fois par an. Chaque session dure 2 mois, pour des groupes de 10 à 12 femmes. Beaucoup sont en situation de monoparentalité, par conséquent le choix a été fait de fonctionner en demi-journées, afin de s'adapter aux contraintes diverses, familiales, de logement, de santé. L’après-midi ou le matin pour toute la durée de la session, pour garder une certaine stabilité et que les participantes puissent s'organiser en amont. Pas de formation non plus pendant les vacances scolaires, ni le mercredi. Seules exceptions, les journées aux techniques de nettoyage qui durent 2 jours entiers.

 

Après 5 semaines, à raison d’une douzaine d’heures hebdomadaires, la formation se poursuit sur un stage de 2 semaines en entreprise. Il prend place après que tous les modules ont été déroulés (gestes professionnels, techniques de nettoyage, les produits, les matériels). Les horaires de stage vont de 2 à 7 heures par jour, selon les contraintes, les attentes de chacune, leur état de santé, et le secteur qu’elles ont envie de découvrir. Pour beaucoup, ce stage est une première expérience professionnelle. C’est aussi très souvent le premier « diplôme » obtenu en France, une attestation de formation aux techniques de nettoyage dont elles sont très fières.

 

« Les entreprises qui nous proposent des terrains de stage viennent rencontrer les apprenantes chez nous, dans un milieu bienveillant. Ainsi, les femmes se confrontent à cet exercice, un peu intimidant, qui consiste à se présenter à des chefs d'équipe et des chargés de recrutement. Ma présence les sécurise. Les lieux de stage sont pensés pour que, à l’issue, elles aient la possibilité de signer un contrat de travail. D’abord un CDD, puis un CDI, c'est de l'insertion progressive. A ce stade, certaines femmes décident qu’elles ont envie de faire autre chose, de s'investir dans une formation intensive de français. Ou elles mettent entre parenthèses leur envie de travailler pour quelque temps, à cause de problèmes de santé. »

 

Los de ces rencontres, les entreprises parlent de leurs métiers et de leur activité. Les stagiaires prennent conscience petit à petit que, certes, on peut travailler dans le nettoyage sans vraiment bien parler français, mais que pour gagner en autonomie et en responsabilité, trouver un travail stable, ne pas se contenter de remplacements, il faut acquérir les codes de la société, à commencer par la langue. « Si les professionnels sont présents, alors que les personnes ont de nombreux freins et connaissent parfois des situations très compliquées, c’est qu’ils reconnaissent qu’elles ont réellement envie de travailler. Ce secteur a du mal à recruter actuellement, et c'est d’autant plus difficile de trouver des personnes avec cette motivation et cette envie-là. »

 

Créer une dynamique collective

 

Parmi les points forts de la formation, la mixité des participantes, mixité des âges (de 17 à 58 ans), des situations économiques, des cultures. Certaines n'ont jamais ou très peu travaillé, d’autres n’ont travaillé que dans leur pays d'origine. Les interactions entre participantes sont très porteuses. La confrontation aux pairs s’avère très efficace pour susciter des changements de comportement, des dynamiques de projection.

 

Du point de vue financier, l’action a été montée en co-construction sur la base du diagnostic commun. D’abord la commune de Bordeaux et l’Etat sur les enveloppes de la politique de la ville, puis le Département de la Gironde pour les bénéficiaires du RSA, la CAF, et la métropole afin d’élargir l’action aux communes autour de Bordeaux. « Notre action s’est réinventée, elle s'est adaptée à chaque fois aux besoins qui évoluaient. Le fond reste le même, une action pour les femmes qui veulent travailler et sont empêchées de le faire. Mais c'est vrai qu’elle a beaucoup évolué, pour répondre à chaque fois aux nouvelles attentes qui se sont présentées. »

 

Pour Lucie Martinez, l’idée principale de la formation « des clés pour l’emploi » est d’accueillir tout le monde. Y compris des publics qui ont été refusés de toutes parts, un peu laissés de côté par le système, et dont le quotidien est très compliqué. Des femmes de tous âges, de toutes conditions. Seule restriction, que les personnes soient autorisées à travailler en France. « La fierté de cette action, c'est d'être vraiment inclusive. On prend la personne à tout moment de son parcours. On crée un environnement bienveillant, dans lequel elle va pouvoir explorer et faire éclore ses possibilités, ses envies. C'est un espace de solidarité, d'échange, de rencontres, où des employeurs ont envie de vous tendre la main. Ce sont de très belles histoires à chaque fois. »

 

« Cette formation permet également aux participantes de se familiariser avec les valeurs de la République et le concept de laïcité, de développer l'exercice de leur citoyenneté. Elles acquièrent le sentiment de trouver leur place et de participer à la société. C’est pour elles l'occasion de se confronter aux autres femmes, aux entreprises, au monde du travail. Nous voyons bien qu’elles vivent des changements de perspective. Elles mettent en place différentes choses, elles trouvent des solutions qu'on n'aurait pas du tout imaginé au départ. »

 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
December 7, 2023 9:29 AM
Scoop.it!

Handi Num, le numérique pour tous

Handi Num, le numérique pour tous | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Le 400 est un tiers lieu numérique basé à Brive, qui a bénéficié du label « fabrique de territoires". »  Il comprend notamment un pôle coworking de location de bureaux partagés, et une activité de médiation numérique et de formation à laquelle est attaché le projet Handi Num. Handi Num est notamment financé par le Fonds Régional d'Innovation pour la Formation (FRIF), l’Etat, et l’Agefiph.

 

D’où vient le projet Handi Num ?

L’idée centrale du 400 est de recevoir toute personne qui le souhaite. C’est ce que nous appelons l'accueil inconditionnel. C'est dans cet esprit qu'est né le projet Handi Num, qui se situe entre le monde du handicap et le monde du numérique. En fait, dans le cadre de notre activité de médiation numérique, nous avons été sollicités par des personnes en situation de handicap, notamment qui présentaient des troubles du spectre autistique. Comme nous n’avions pas vraiment de connaissance sur ce type de handicap, il nous a semblé qu’il était important d’acquérir certaines compétences, afin d’assurer notre objectif d’un accueil pour tous les publics.

 

Nous avons échangé avec différentes structures et constaté qu’il n’existait pas vraiment de formation destinée aux conseillers et médiateurs numériques avec un volet sensibilisation au handicap. D’ailleurs, de l’avis général de ceux que nous avons interviewés, très peu de temps est consacré aux publics spécifiques dans le cadre de leur formation.

 

En quoi consiste-t-il ?

Nous avons présenté au FRIF une feuille de route en quatre étapes : analyse de l'existant et recueil des besoins, création de modules, expérimentation et ajustement, diffusion. Notre but premier était d’élaborer des modules de formation, puis de les tester et de les ajuster auprès des conseillers et médiateurs numériques, et peut-être plus largement pour les formateurs, les référents handicaps, etc.

 

L’objectif global, c'est vraiment de favoriser l'accès à l’autonomie numérique à tous publics. Donc aussi aux personnes en situation de handicap. Pour ça, nous avons mis en en place des ateliers numériques inclusifs expérimentaux. Mais avant, nous avons produit des modules de formation pour les conseillers et les médiateurs numériques, de manière qu'ils soient équipés, sensibilisés, qu'ils aient quelques repères, parce que leur travail ne consiste pas à être expert du handicap. C’est une acculturation à l'écosystème de la personne en situation de handicap que l’on vise, parce que beaucoup ne savent pas ce qu’est la MDPH, quel est le rôle de Cap emploi, etc. Il nous semblait important de donner cette connaissance aux conseillers, afin qu’ils puissent faire appel à ces acteurs ou leur passer le relais si nécessaire.

 

Comment se déroule la formation ? 

Elle commence par un module socle d’une journée sur la sensibilisation au handicap en général. Elle se poursuit par 4 modules thématiques, un par demi-journée et par type de handicap (auditif, visuel, cognitif, troubles du spectre autistique), avec chaque fois un expert, une association ou une structure reconnue pour ce handicap particulier. On a longtemps débattu sur ce point, notamment sur le risque qui pouvait exister de discriminer ou stigmatiser en procédant ainsi. Mais sur le plan pédagogique, il était plus simple d’utiliser cette clé d'entrée.

 

Quelle a été votre approche dans la mise en place ?

Très vite nous avons travaillé avec un comité de pilotage et un comité technique, en commençant par diffuser des questionnaires auprès de toutes les parties prenantes. Notre approche consiste plutôt à renforcer ce que font les conseillers dans leur activité quotidienne, avec n'importe quel public, pour y injecter de la sensibilisation aux handicaps et de la connaissance des acteurs. Au départ, nous avons décidé de dédier la formation aux conseillers numériques. Les formations sont facilement transférables à des formateurs ou des référents handicap.

 

Selon vous, qu’est-ce qui manque le plus à un médiateur numérique ?

Notre état des lieux a montré qu’il n’existait pas vraiment de solutions spécifiques adaptées, en dehors du matériel du stagiaire et de la sollicitation au cas par cas pour adapter son parcours, dans les organismes pour l'accès à l'emploi et à la formation. Notre but était de renforcer la confiance que les médiateurs ont dans leurs compétences pour s'adapter à tous publics. Nous avons aussi travaillé avec eux, en organisant des groupes de concertation entre eux et les publics. D’ailleurs ceux qui ont participé à Handi Num n'avaient pas forcément, au départ, une idée très précise de ce qu'ils venaient chercher. Au fur et à mesure de nos échanges, ils ont contribué à mieux structurer le contenu. Ce qu’ils ont tous dit, c’est combien ils se sentaient seuls pour accompagner les personnes en situation de handicap et combien cette formation les a aidés.

 

Et pour les publics ?

Pour les personnes en situation de handicap le numérique a été une révolution, par exemple pour les sourds parce que grâce à lui ils peuvent communiquer en langue des signes. Il participe à la fois de la lutte contre l'isolement, de la capacité pour tout citoyen de disposer d’un droit à l'information et à gérer ses espaces personnels, faire ses déclarations d'impôts, ses démarches administratives. C’est aussi un des prérequis pour suivre une formation et accéder à un emploi de nos jours. Certaines personnes en situation de handicap nous ont dit que les approches spécialisées par rapport au handicap ne leur convenaient pas toujours, elles veulent évoluer dans un monde où il y a des gens de toutes sortes, handicapés ou pas. Elles veulent pouvoir faire les mêmes choses que tout le monde.

 

Avez-rencontré des difficultés et si oui, de quelle nature ?

Nous avons passé 6 mois à essayer de nous comprendre avec les partenaires. En fait, le monde du handicap n’est pas différent des autres. Il y a des prés carrés, des peurs, de la concurrence, ça a pris beaucoup de temps pour lever ces difficultés de dialogue et pour concrétiser quelque chose d'opérationnel, se mettre d'accord sur la ligne de conduite qu'on allait adopter collectivement. Certaines structures n'étaient pas forcément prêtes ou n'avaient pas de réponse en local. Les conseillers avaient aussi un peu peur de poser des questions dérangeantes ou qui pouvaient être perçues comme inquisitrices. Notre enjeu c’était de les libérer, de faciliter le dialogue, pour qu’ils adoptent une posture naturelle au regard de la relation humaine.

 

Maintenant nous devons travailler sur la suite, peut-être dans le cadre d’un consortium. Il nous faut un financement, mais nous avons envie d’élargir, nous pensons qu’un budget plus global nous aidera à poursuivre et développer Handi Num, nous donner des capacités d’attractivité supplémentaires.

 

 

 

 

Le projet Handi Num rassemble différents types d'acteurs, les institutionnels avec l’Etat, la Région, le Département de la Corrèze, l'agglomération et la ville de Brive, des services publics comme la CAF et la CPAM, et des prescripteurs, Pôle emploi, Cap emploi, mission locale. Il y a aussi le Greta, Hubikoop (le Hub territorial pour un numérique inclusif en Nouvelle-Aquitaine), le CRFH (centre régional de ressources pour la formation) et des associations représentatives des différents types de de handicap (AUTONOMIA, APF, ADAPEI, APAJH UNADEV, URAPEDA). Le 400 pilote Handi Num en lien avec l'ensemble de ces partenaires.

 

Pour en savoir plus, consultez la chaîne Youtube du 400 ICI.

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
November 23, 2023 4:21 AM
Scoop.it!

Un projet pour apprendre les projets

Un projet pour apprendre les projets | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Marine Raffini est depuis peu directrice de la mission locale des Landes. Avant cela, elle était responsable du projet Territoires 100% solutions, lauréat du PIC Repérer et Mobiliser les Publics Invisibles (RMPI).

 

En quoi consiste Territoires 100% solutions ?

Nous avons démarré cette action en septembre 2020 de manière expérimentale, et nous avons souhaité la poursuivre. L’interrogation de départ était, est-ce que les dispositifs proposés aux jeunes sont réellement adaptés à leurs besoins et difficultés ? Nous avons pensé qu’il pouvait être intéressant de monter une action ayant pour objectif de créer un collectif à l'échelle d'un bassin de vie. Nous avons choisi les communautés de communes comme échelle. Notre idée c’était aussi d’intégrer les jeunes dans une démarche de projet pour imaginer des actions et ensuite les mettre en place. L’objectif est de leur faire découvrir leur environnement socioculturel et socio-économique, les ancrer sur le territoire et les faire monter en compétences pour que ça leur serve dans leurs projets personnels.

 

Quel est son principe ?

Territoire 100% solutions, c’est vraiment apprendre sans avoir l'impression d'apprendre. C’est travailler sur la conception d’un réseau d’entraide, entre jeunes, mais aussi avec les décideurs locaux. Le but c’est d’apprendre à élaborer un projet, apprendre à gérer le budget, à chercher les partenaires utiles, etc.

 

Comment avez-vous procédé pour le mettre en place ?

Nous sommes partis à la rencontre des associations sportives, des comités des fêtes, des acteurs de terrain qui pouvaient nous indiquer des jeunes potentiellement intéressés. Lors de la première étape du projet, nous avons réalisé un diagnostic approfondi du territoire, pour évaluer les réalités vécues par les jeunes et leurs perceptions. Nous avons élaboré un questionnaire et nous sommes allés à leur rencontre. C’est dans ce cadre-là que nous avons rencontré les premiers candidats qui, ensuite, en ont contacté d’autres avec notre accompagnement.

 

Une fois le premier groupe constitué, nous avons fait une réunion collective. Les participants se sont mis d'accord sur la manière dont ils voulaient s’organiser et arriver à l’objectif de faciliter leur insertion. Par exemple, pour la première expérimentation qui se déroulait sur un territoire très rural, ils ont décidé de se voir toutes les semaines avec une alternance présentiel/visio. Ils ont aussi convenu que les rencontres se feraient à chaque fois dans des communes différentes et que j’irais chercher ceux qui n'était pas mobiles. Ils n’étaient tout de même pas en autonomie totale. J'étais là pour les orienter et les alerter sur la faisabilité de leurs idées.

 

Quel est le profil des participants ?

Nous n’avons pas ciblé des profils particuliers, nous voulions surtout trouver des complémentarités entre chacun pour constituer un groupe pertinent d’une douzaine de jeunes, qui puisse aller le plus loin possible. On souhaitait qu’il soit représentatif et composé d’individus qui pouvaient s’apporter mutuellement des choses, qu’ils soient déjà impliqués dans l’associatif ou en retrait de la vie sociale. Notre objectif était de faire se rencontrer des jeunes qui parfois habitent près les uns des autres mais ne se seraient pas nécessairement rencontrés sans le projet.

 

Comment se déroule le projet ?

Nous avons mené l'expérience sur un premier territoire, qui s'est avérée plutôt concluante. Ensuite, nous avons décidé de répondre à l'appel à projet RMPI pour la déployer sur trois nouveaux territoires. A chaque fois, l’action durait entre 10 et 14 mois, découpés en quatre temps. D’abord, le diagnostic et le repérage des premiers jeunes. Le deuxième, l’élaboration des actions. Et le troisième temps, l’expérimentation des actions. Ce sont les deux temps forts, où les jeunes allaient notamment à la rencontre des acteurs locaux et des partenaires. Enfin le dernier, le bilan et l'évaluation, que ce soit collectif ou individuel, le territoire, les actions.

 

A quoi s’engageaient les jeunes ?

Nous avons demandé aux jeunes s’ils souhaitaient formaliser leur engagement, par exemple pour leur employeur. A l'unanimité, ils ont souhaité qu’il n’y ait pas de formalisation de leur implication. Cela nous a permis d’avoir une certaine souplesse, qui permettait à certains jeunes de rejoindre le projet alors qu'il était déjà entamé. Il y avait aussi des passerelles avec les dispositifs les plus classiques de la mission locale, comme le CEJ.

 

En ce qui concerne les sorties, pour nous le plus important c’est que le jeune ait gagné confiance en lui, qu’il soit monté en compétence et devenu plus à l'aise pour poursuivre sa démarche professionnelle. Certains ont continué à être accompagnés de manière individuelle à l'issue du projet, d'autres ont trouvé un emploi grâce au partenariat et à la rencontre avec les acteurs locaux. D’autres encore ont poursuivi leurs études.

 

De quelle nature étaient les actions ?

Nous avons été assez étonnés par le pragmatisme des jeunes, qui savaient bien faire la part entre ce qui était possible et ce qui ne l’était pas. Et surtout par la cohérence entre ce qu’ils souhaitaient, et ce que les élus de territoire avaient pu imaginer. Très souvent ça se recoupait, ça a été une vraie surprise pour les élus. Ce qui nous a marqué également, c’est que dans chaque groupe, les jeunes ont eu le réflexe d'aller regarder ce qui faisait dans des territoires similaires, de chercher des bonnes idées et des bonnes pratiques plutôt que de partir du principe d’inventer quelque chose de nouveau.

 

Quelques exemples ?

Il y a eu beaucoup de propositions sur le logement et la mobilité qui sont ressorties, notamment dans les territoires. Par exemple, pouvoir aller habiter chez des personnes âgées seules. Ou encore d'avoir chacun leur habitation dans un même bâtiment avec tous les services à proximité. On avait conscience que c'était compliqué, que nous n’allions pas construire comme ça un bâtiment avec des appartements, mais on s’est dit qu’il faudrait aller voir un bailleur social pour des logements en rénovation. Aujourd'hui, ce qu'on teste de manière expérimentale, c'est d'avoir 3 logements fléchés pour les jeunes, situés à 200 mètres de la maison France services, avec une voiture partagée à disposition. Comme une sorte d’espace de répit et de tremplin pour l'insertion des jeunes qui y résident, avec un accompagnement renforcé à la mission locale répondant à tous les freins qu’ils peuvent rencontrer. C’est quelque chose qu’on teste sur le premier territoire et qu'on aimerait développer sur l'ensemble des départements si ça fonctionne.

 

Quel rôle jouent les élus et décideurs locaux ?

Nous les avons informés depuis le début, on leur présentait territoires 100% solution comme une offre de service complémentaire. Nous sommes intervenus sur leur territoire en concertation avec eux, parce que proposer de actions c'est très bien, mais il faut qu’elles soient suivies d'effets, dans une dynamique commune avec les décisionnaires locaux. Donc les actions se sont faites sur chaque territoire avec un engagement de leur part à réaliser celles qui relèveraient de leurs compétences. C’est vrai qu’ils partaient d’une page blanche, et que nous leur demandions de s’engager à mener des actions dont ils n'avaient pas encore connaissance. C’était forcément un peu déboussolant. En revanche, ce qui les intéressait, c'était d’avoir un contact direct avec les membres du groupe, et de disposer d’un état des lieux approfondi de la situation des jeunes sur leur territoire et de leurs attentes. Particulièrement là où il y a un véritable exode de ce public.

 

Est-ce que le projet a fait évoluer vos pratiques habituelles ?

Derrière ce projet, notre idée était d'interroger les pratiques de la mission locale, et de renforcer nos actions hors les murs, d'aller à la rencontre des jeunes et de créer vraiment une dynamique collective à la fois pour eux et pour les territoires. Aujourd’hui la question c’est, est-ce qu’on poursuit le projet de la même manière sur d'autres territoires, ou d’une manière différente avec ce que nous avons appris de ce projet ?

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
November 9, 2023 8:24 AM
Scoop.it!

Parcool, le « journal fait par vous et pour vous »

Parcool, le « journal fait par vous et pour vous » | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Marilyn Bissat est coordinatrice et formatrice à l’association 3s (Périgueux). Elle est à l’origine de l’action Parcool, financée par l’appel à projets régional « Mobilisation vers la formation ».

 

D’où vient votre action Parcool ?

En tant que structure d'insertion par l'activité économique nous constatons que, avant l'emploi, l’étape formation est souvent manquante. On s’est demandé comment donner de l’appétence pour l'apprentissage. Nous avons imaginé Parcool, comme « parcours-cool », sous la forme d’ateliers dont le but est de créer un journal.  Cette idée du journal, je l'avais déjà eue par ailleurs, je me suis dit qu’on pourrait la transposer. Tout s’est fait en équipe, je ne pouvais pas mener cette action toute seule. Notre idée, c’était aussi d’évaluer les compétences au niveau du français, sur la présentation quand on va interviewer les personnes, la mobilité. En fait toutes les problématiques auxquelles des personnes éloignées de l'emploi sont confrontées.

 

Pourquoi avoir choisi la forme papier pour ce support ?

Je voulais qu’il y ait un travail de réflexion effectué en salle, qu’il y ait comme une corrélation avec la formation. Ecrire, ça veut dire qu’on se réunit, on se regroupe autour d’une table, on échange, on s’entraide. En fait, tout ce qui se pratique en formation. Et pour nous, il était important de pouvoir toucher un objet, posséder quelque chose de tangible. Un blog c'est très bien, mais on ne l'a pas entre les mains. Et puis l'idée, c'était aussi d'aller à la rencontre des gens pour le distribuer dans la boîte aux lettres. Le premier exemplaire a été tiré à 1500 exemplaires, puis distribué aux partenaires et sur les QPV de Périgueux.

 

Comment se déroulent vos ateliers ?

Le rythme c’est tous les mardis après-midi, pendant environ 3 mois. Entre 12 et 14 séances pour aboutir à un produit prêt à partir en impression. Pour les articles, nous avons 4 thématiques :  emploi, société, « bon pour la planète » et sports-loisirs-culture. Dans un groupe de 8, ça fait un binôme par rubrique. A la fin de chaque atelier, mes deux consœurs et moi, on les félicite sur tout ce qu’ils ont mis en œuvre. Nous faisons en sorte qu’à chaque fois ils pensent être à 100% à l’origine de tout. On surjoue un peu la valorisation des compétences. Mais l’important, c’est le regard des autres participants. La prise de confiance, elle se fait au sein du groupe, en fonction de la façon dont ils se positionnent les uns par rapport aux autres. Finalement, chacun a réussi à trouver une place importante à chaque fois. Ils ont donné autant qu'ils ont reçu.

 

Combien de participants par groupe ? 

Dans l’idéal, ce sont des groupes entre 8 et 10 personnes. Même si notre premier groupe ne comptait que deux participants. Entre la première information et le début de l’action, on essaie d'aller vite, parce qu’avec les personnes susceptibles de rentrer sur le dispositif, c'est à l'instant T. Sinon on les perd. Elles viennent vers nous parce qu’elles ont entendu parler de l’action, après avoir vu nos affiches ou notre site internet. Notre but est de vérifier si on peut aller chercher des gens sans forcément qu’ils soient orientés. Pour l’instant, nous avons eu des profils très différents, de 24 à 52 ans, une majorité de femmes.

 

Avez-vous établi des prérequis ?

Aucun prérequis. Il faut juste qu’on arrive à se comprendre un minimum, même si c’est en anglais. Après il peut y avoir des traducteurs. Par exemple, un jeune homme a écrit un texte en arabe, qu’il a fait traduire en anglais par un ami, que nous avons repassé ensuite en français. On se rend bien compte qu’il peut y avoir de l’appréhension, parce que les gens ne sont pas forcément à l’aise avec la rédaction, avec le français, certains ont beaucoup de difficultés à s’exprimer. Ils arrivent à compenser, à trouver des subterfuges plus qu’ingénieux. Pour le premier numéro, nous n’avions que deux participants avec un faible niveau scolaire.  A la fin du dispositif, l’un est parti en remise à niveau en français, l’autre en cours de FLE. Plusieurs autres veulent aller se former sur le numérique, la mise en pages, etc. Donc on a la preuve que ça a marché.

 

Quel rôle jouez-vous dans les ateliers ?

Notre rôle c’est d’essayer de les faire réfléchir. Plus ils sont nombreux, plus c’est simple, c’est l'intelligence collective qui fait le travail. Sur le deuxième numéro, ça s'est fait assez naturellement par rapport à leur personnalité et à leurs goûts. Le journal ressemble à ce qu’ils veulent en faire. Les participants du premier numéro ont rajouté un sous-titre : « le journal fait par vous et pour vous ». Ils choisissent le format, dépliant 3 volets ou un 8 pages en A5. Tout ça, ils l’ont réfléchi ensemble. Nous sommes des facilitateurs de réflexion. On organise des votes aussi, pour choisir la mise en pages, la présentation, les couleurs, de manière que tout le monde valide le projet.

 

Quels sont vos objectifs ? 

La participation aux ateliers permet de créer du lien social, de redonner aux participants un peu de confiance en eux. Souvent c’est ça qui leur manque. Et sans confiance on ne va nulle part. Les compétences, ils en ont énormément, mais ils ne s'en rendent pas compte. Leur objectif personnel, c'est d'aller au bout de leur article. Et si possible jusqu’à la distribution, qui est l’aboutissement de la démarche. J’étais présente à la distribution dans les QPV, les participants ont étaient très fiers de montrer le journal aux habitants, expliquer la démarche. On a même pu évaluer leurs capacités relationnelles, au point qu’une personne s’est découvert un intérêt pour le contact, et elle va entrer en formation d'accueil et secrétariat.

 

Quand on présente le dispositif à de nouvelles personnes, on leur rappelle le cadre, en précisant qu’il n’y a pas d’obligation pour elles de partir en formation à l’issue. Lors des ateliers, on évalue leurs compétences, on parle de leurs   difficultés, et on leur fait passer le message qu’elles pourraient les combler par une formation ou par d'autres moyens. On le fait vraiment de manière progressive, et on commence toujours par les qualités, ce qu’ils sont capables de faire. Parfois c’est juste le fait d’avoir été assidu, d’être venu à chaque atelier.

 

Avez-vous rencontré des difficultés, des surprises ?

Dans nos premiers ateliers, on s'est rendu compte que les gens ne s'écoutaient pas les uns les autres. Donc pour la suite, mon objectif est de proposer des petits ateliers sur la communication et l’écoute active, sous forme de séances de 30 à 45 minutes. Sinon, je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi chronophage. On a beau être trois animatrices, ça revient vite, il faut prendre le temps de se concerter. Autre chose que je n’avais pas mesuré, c'est la richesse des échanges entre personnes qui viennent d'horizons très différents, qui arrivent à s'entendre, à s'écouter, à se comprendre, et finalement à faire un groupe. Certains participants du numéro 2 veulent continuer sur le 3e numéro. Ils disent que ça leur apporte beaucoup. Un autre a créé le blog de Parcool, ça fait aussi partie des choses surprenantes.

 

Est-ce que vous allez transférer certaines choses dans vos pratiques habituelles ?

Avec ces ateliers, on se rend bien compte que l'accompagnement dans un bureau, en face à face, c'est complètement dépassé. Il y a deux mois, on a commencé à essayer le collectif dans le cadre de l’accompagnement. On va continuer l'année prochaine, parce que les échanges entre les salariés, c’est extraordinaire. On aimerait garder ce principe de petit journal pour l’association, même si on ne fait qu’un semestriel, parce que l’effet sur l'estime et la confiance que les personnes prennent en elles c'est spectaculaire. Si c'était à refaire, je le referais avec grand plaisir, même en sachant les difficultés auxquelles on a été confrontés.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
October 19, 2023 5:17 AM
Scoop.it!

La Prépa compétences de l’IRFREP

La Prépa compétences de l’IRFREP | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Philippe Rondinaud est chargé de relations entreprises à l’IRFREP, organisme de formation professionnelle présent sur toute la Nouvelle-Aquitaine. Début 2022, le réseau a mis en place des Prépas apprentissage dans chaque centre, un dispositif porté par la Ligue de l’Enseignement.

 

Quelle est l’approche IRFREP pour ce dispositif ?

Pour cette prépa apprentissage, chaque IRFREP, chaque établissement, était dans l'obligation d'accompagner un certain nombre de jeunes, avec un concept un peu novateur puisque nous avons travaillé avec des open badges. Présenter cette application aux jeunes nous a aidé à capter notre public. 

 

Notre idée c'était de mettre en avant l'individu, c'est à dire faire émerger les compétences de chacun et s'appuyer dessus pour l’orienter. Nous n’avions pas d'idées préconçues par rapport à l'objectif. Avant la Prépa, nous animions un dispositif régional baptisé « passerelle vers l'emploi », qui avait bien fonctionné pour un public un peu similaire. On s'est dit qu’on allait repartir dans le même esprit.

 

Qu’avez-vous fait pour promouvoir le dispositif ?

Au début, il a vraiment fallu prendre mon bâton de pèlerin. Je suis allé voir tous les comités de quartier, les centres d’action sociale, les CIJ, les MJC, le comité olympique, Pôle emploi. Aujourd’hui j'ai une permanence une fois par mois à la mission locale. On envoie un courriel à tous les conseillers pour les informer du démarrage d’une session, avec la fiche produit, et je me déplace pour faire des informations collectives. Aujourd'hui, je peux dire que ça fonctionne bien, mais ça n'a pas toujours été le cas. J’ai fait également une campagne d'affichage dans toutes les mairies et publié des communiqués dans les journaux municipaux.

 

Comment identifiez-vous vos candidats ?

Nos partenaires nous envoient des jeunes, et je mets un point d'honneur à les recevoir un par un. Mais il n’y a pas de prescription au sens réglementaire du terme. Ils passent tous par une réunion d’information collective où on leur explique l’ensemble du dispositif. Je leur parle aussi de laïcité, de handicap, parce qu’il faut qu’ils s'attendent à croiser des gens de toutes origines, de toutes conditions. Je les préviens qu’on ne veut pas de grossophobie, d'homophobie, etc. C'est une phase d'approche obligatoire. On finit toujours les réunions par un temps d’échange, parfois avec des anciens stagiaires qui viennent témoigner. Et je leur donne un petit flyer à remplir pour ceux qui le veulent. Une fois qu'ils ont validé leur candidature, je leur envoie un courriel pour confirmer leur inscription.

 

Notre public QPV de 16 à 29 ans est très éloigné de l'emploi et de l'apprentissage, même pour certains de toute scolarité de base. Je pense que ces jeunes n’ont pas été informés des possibilités qui s’offrent à eux, tout simplement. Lorsqu’on leur présente le dispositif, quand on leur parle simplement de la Prépa apprentissage et de ce qu'ils peuvent faire après, ils boivent littéralement nos paroles.

 

Les groupes sont constitués de quelle manière ? 

On avait 3 groupes en même temps sur des départements différents, 10 jeunes au maximum. En moyenne, ils sont plutôt 8 participants. On a toujours un seul groupe par centre de formation au même moment. Actuellement on a un groupe sur la Charente, un en Charente-Maritime, un en Deux-Sèvres. Une fois qu'ils sont en centre, les jeunes font preuve d’une bonne assiduité, on en perd très peu. S’ils arrêtent, c'est parce qu’ils ont été « captés » lors d'un stage et qu’ils sont embauchés en CDD ou en CDI. Pour nous, c’est une sortie positive. L’essentiel c’est vraiment que ces jeunes trouvent leur voie.

 

Quel est le principe de fonctionnement de votre Prépa ?

Nous avons opté pour des parcours de 3 mois et demi, qui incluent deux périodes de stage en entreprise. Les participants commencent par 3 semaines en centre. Ensuite, ils partent pour 15 jours de stage, puis encore 3 semaines en centre. A leur retour, on effectue un débrief sur ce qu’ils ont fait en entreprise, on ajuste leur CV.  Ce qu’on veut surtout, c’est qu’ils échangent entre eux, qu’ils parlent de ce qui a fonctionné ou pas, ce qui leur a plu ou pas. Ensuite ils repartent pour une deuxième période de stage de 15 jours, et puis ils reviennent au centre jusqu'au bilan final.

 

Notre programme comprend aussi tout ce qui est technique de recherche d'emploi, des ateliers d'éloquence pour leur redonner un peu confiance. Nous avons également un parcours urbain encadré par la formatrice. C’est l’occasion de détecter des compétences comportementales, de voir qui va prendre le leadership. En fait aujourd'hui vous dites à quelqu'un « tu es intelligent », il ne vous croit pas. Mais si vous lui dites « tu as beaucoup de compétences », ça lui parle un petit peu plus. Parce que, autant on va pouvoir mettre des mots sur les compétences, autant on ne pourra pas en mettre sur l'intelligence.

 

Comment se fait le choix des stages ?

L’idéal c’est que les jeunes découvrent des choses nouvelles. Certains préfèrent aller vers un milieu qu’ils connaissent déjà, ça les rassure. Sinon, pour l’essentiel, ce sont des stages d’observation. Mais il faut que ce soit de l'observation active, ce n’est pas un stage de 3e. Si le contact est bon avec le jeune, et que pour l’entreprise il y a possibilité d'un emploi ou d'un apprentissage, on y retourne et on valide.

 

Quelle est la nature de votre intervention ?

Nous laissons chaque jeune choisir ce qu'il a envie de faire. Même si on est malgré tout obligés de lui dire qu’il ne peut pas tout envisager, surtout s’il est mineur. On l’accompagne dans son projet, mais il faut que ça vienne de lui. Si on veut le mobiliser sur quelque chose, il ne faut rien lui imposer. Ça c'est l'idée première.

 

La question que je leur pose c'est « qu'est-ce que tu aimes ? Tu préfères la musique ? La cuisine ? Le foot ? »  Je ne leur parle pas projet, parce que souvent ils s'interdisent de réfléchir dans ces termes, parfois à cause de leur environnement familial. On leur dit toujours de ne pas se mettre d’obstacles eux-mêmes, et que s’ils veulent être marionnettiste, on fera en sorte de leur trouver un stage de marionnettiste.

 

Que se passe-t-il après la Prépa ?

J’effectue un suivi de chaque jeune pendant 6 mois. Tous les mois je les appelle, d’abord pour prendre des nouvelles, ensuite pour savoir s'ils ont bien intégré leur formation, ou pour leur faire passer des propositions d’emploi. Eventuellement, si ça s'est mal passé avec leur tuteur ou leur maître d'apprentissage, je les réoriente sur autre chose. Le plus souvent, ils poursuivent leur projet. Et même s’ils ont changé de voie, ils restent en contact entre eux et ils se passent des informations. Je pense qu’ils adhèrent maintenant à la vie professionnelle. Après les avoir mis sur une rampe de lancement, je suis là pour les redynamiser, faire une petite piqûre de rappel pour leur confirmer qu’on est toujours derrière eux.

 

Qu’envisagez-vous pour la suite ?

C'est un dispositif qui fonctionne, et qui devrait être reconduit en 2024. Quand tout le monde est satisfait, que ce soient les jeunes, les prescripteurs, les formateurs, la structure, c'est qu’il répond bien à un besoin.

 

Dans les pistes d’amélioration, je pense qu’on devrait plus communiquer autour de l'intérêt que peut avoir une entreprise à accepter un stagiaire.  C'est vrai pour la Prépa, c'est vrai pour les titres professionnels, c'est vrai pour tout en réalité. Je pense qu'il y a vraiment un travail de promotion à engager. On fait beaucoup pour l’apprentissage, mais sur la Prépa on est un peu en deçà. On est face à une situation paradoxale, parce qu'aujourd'hui les entreprises viennent quasiment directement en centre de formation pour recruter mais, d'un autre côté, elles ne veulent pas prendre des jeunes en stage.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
October 5, 2023 5:25 AM
Scoop.it!

Reprendre confiance pour se remettre en mouvement

Reprendre confiance pour se remettre en mouvement | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Sandrine Toudic, Valérie Jourdan et Séverine Ménard sont conseillères en insertion professionnelle à l’Espace Mosaïque, le centre socio-culturel de Courçon (Charente-Maritime). Elles animent le dispositif Mobilis’action, un parcours de remobilisation destiné à tous les publics qui ont besoin de reprendre confiance en eux. Mobilis’action est financé par l’appel à projets régional « Mobilisation vers la formation ».

 

D’où vient Mobilis’action ?

Nous avions une action précédente qui s’appelait ODAS (voir notre article ), et nous avons souhaité reprendre une partie de son contenu en y apportant certaines modifications. C'est comme ça qu'est né Mobilis’action. L'idée principale est qu’il fallait proposer un parcours d'ateliers, plutôt que de faire tous les ateliers en même temps et au même moment, de les mobiliser progressivement.

 

Quel est son principe ?

Pendant le premier mois, on s'appuie sur des ateliers pour enclencher des changements. On fait appel à des supports comme les jeux de rôle, l'activité physique, la gestion des émotions et du stress. Et puis de l'art thérapie, qui consiste à créer une sorte de carnet de bord à base de collages, de textes, un support de développement personnel. Dans une deuxième phase, on est sur « j'expérimente », avec des ateliers autour de l'image de soi, le numérique et puis toujours l'art thérapie et le sport. Et la dernière phase, c’est plutôt « j'ose aller vers » avec de la création musicale, des visites d'entreprises et de plateaux de formation, des immersions, du bénévolat.

 

Les trois phases sont réparties sur 4 mois, à raison d'environ 2 jours et demi par semaine. Nous intervenons pour introduire de la réflexion sur le projet professionnel, sur les compétences, sur la valorisation de parcours, la connaissance de soi, les différents domaines d’activité, etc. Au démarrage, nous proposons aux participants de réfléchir ensemble sur des règles de vie du groupe : prévenir en cas d’absence, respecter la parole des autres, oser parler sans être jugé. Les règles sont coconstruites, elles ne sont pas imposées. Le but est de former un collectif qui prenne en compte l'individualité de chacun.

 

Quel est votre public ?

Notre public présente des vulnérabilités en matière de santé, d'isolement, de confiance en soi. C’est pour ça que l’objectif du projet est vraiment de restaurer l'estime de soi. Dans le premier groupe, constitué en début d'année, nous avons eu 8 personnes de 26 à plus de 50 ans, sur une quinzaine orientées par nos partenaires, qui ont assisté à notre réunion d’information collective.

 

8 personnes, c’est le bon format pour qu'il y ait de l’écoute, des échanges et la mise en confiance nécessaires. Puisqu’on travaille sur l'estime de soi, les émotions, ça nécessite qu'on puisse être assez disponibles et que l’effectif soit assez réduit pour permettre de se livrer plus facilement. Nous avons constitué un deuxième groupe en septembre.

 

En matière de public, vous constatez des spécificités sur votre territoire ? 

Depuis quelques années, nous avons un public qui a subi de l'épuisement professionnel et qui se retrouve complètement démuni dans sa recherche d'emploi, de formation ou de réorientation. L'isolement et le manque de mobilité ajoutent à sa détresse professionnelle. Nous sommes en secteur rural, et les principaux bassins d'emploi sont à plus d'une demi-heure de route. Après 20 ans d’activité de notre association, on découvre toujours des profils différents, des nouvelles personnes qui n'avaient jamais franchi la porte du centre social.

 

Quel est le travail que vous effectuez sur le projet professionnel ?

Nous avons des ateliers autour de la recherche de projets, l'emploi, dès le début du parcours. On aborde la question sous l’angle des centres d'intérêt, des valeurs de la personne, leurs compétences et leurs qualités. Dans le groupe, nous avons des questionnements du genre « qu'est-ce que je peux faire de ma vie ? », « je n’ai plus forcément confiance à l'entreprise, car j’y ai vécu des expériences et des moments très difficiles, allant jusqu’à un burn-out », ou « je n’ai pas d'expérience du tout. » Le sujet central est toujours « qu'est-ce que je peux faire de ma vie professionnelle ? ». C’est un problème que se posent même les diplômés que nous avons, qui interrogent le sens et l’utilité de leur formation.

 

Nous travaillons autour de la connaissance de soi, du territoire, de leur bassin de vie. Petit à petit, on aborde des notions d'emploi, de formation et de compétences. Le jeu de rôle, par exemple, consiste à se créer un personnage fictif avec lequel ils font des choses qu’ils n’arrivent pas forcément encore à réaliser dans la vie.

 

Quel est l’objectif à l’issue des 4 mois ?

L’objectif final, c’est déjà se sentir mieux, de lever leurs peurs et leurs freins face aux réalités de l’emploi et de la formation. C’est important d’être dans l'accueil et la bienveillance. Même si on parle tout de suite de projets professionnels, on ne leur met pas de pression pour ne pas engendrer de peurs supplémentaires. La pression, ils se la mettent suffisamment tout seuls. Pour eux, c’est déjà difficile de faire ce pas, de venir régulièrement, de respecter des horaires, de jouer le jeu et de faire confiance. Mais ils ont un objectif et face au groupe, ils sentent qu’ils se doivent d'être présents.

 

Pour nous, ce qui est positif c'est aussi de voir leur transformation ne serait-ce que physique, c’est-à-dire s’apprêter, prendre soin de soi et faire attention à son image, oser prendre la parole en groupe, sortir de son domicile, se socialiser.

 

Qu’avez-vous constaté que vous n’aviez pas anticipé ?

Beaucoup de personnes nous disent que grâce à cette action, elles ont repris confiance, elles ont pu oser faire des choses. C’est toujours étonnant qu’un projet comme celui-ci puisse avoir autant d'impact psychologique chez les gens. Et des résultats sur leur socialisation. Il y a vraiment une émulation dès le départ, une solidarité au quotidien, et c'est ce qui les a maintenus tout le long, parce qu’en dehors ils continuent à vivre leurs difficultés propres.

 

Les participants ne se seraient probablement pas rencontrés dans d'autres contextes. Ils ont vraiment créé quelque chose de l'ordre d'un soutien collectif. En passant par Mobilis’action, les publics sont prêts à se poser des questions sur leur avenir professionnel, tenter de nouvelles expériences en allant faire des enquêtes métier, des immersions dans des secteurs d'activité auxquels ils n’auraient pas pensé. Avant, ils ne le faisaient pas, peut-être par méconnaissance.

 

Pensez-vous qu’il faudrait apporter des améliorations à votre dispositif, et si oui lesquelles ?

Il faudrait peut-être, après l’action, organiser un atelier avec le groupe tous les mois, peut-être pendant 6 mois, pour continuer à animer leur temps collectif. C’est une source d'angoisse pour eux, surtout les plus fragiles, parce que tant qu’ils sont dans le dispositif, ils suivent un certain rythme, ils sont redynamisés, ils ont envie d'aller de l'avant, et la dynamique retombe brutalement. Ils seraient partants pour que nous organisions des temps réguliers après l’action, pour que sa fin soit moins brusque.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
September 21, 2023 7:39 AM
Scoop.it!

Le sport au service de l’apprentissage des savoir-être

Le sport au service de l’apprentissage des savoir-être | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Hugo Lanvers est directeur de Sport Emploi, association créée en 2005 à Floirac par Jean Trillo, ancien international du XV de France, qui voulait s’appuyer sur les valeurs du sport pour mobiliser les jeunes en difficulté d'insertion. Aujourd’hui, Sport Emploi travaille sur l'impact social du sport. Son cœur d'action reste l'insertion professionnelle, mais elle intervient aussi sur d'autres champs comme l'éducation, la cohésion sociale, la santé, le bien-être. Son projet Mobi’Sport est financé par l’appel à projets régional « Mobilisation vers la formation ».

 

D’où vient le programme Mobi’Sport ?

Mobi’Sport a été créé en s'appuyant sur la pédagogie que nous avions mise en place il y a 10 ans pour le dispositif « AVI passeport », en partenariat avec l'IUT de Bordeaux. AVI passeport fonctionne bien, sa pédagogie est pertinente, elle a vraiment un impact sur le public. Mais son accès est un peu restrictif, puisqu'il impose des prérequis scolaires, au moins un niveau terminale. Nous avons réfléchi à un programme qui puisse répondre aux besoins d'un public plus étendu. Nous avons créé Mobi’sport en 2021, comme un parcours de remobilisation du public, d’une durée d’un mois. Nous en sommes à la troisième année, à raison de 3 sessions par an pour des groupes jusqu'à 20 participants.

 

En quoi consiste-t-il ?

Mobi’Sport est un programme de remobilisation par le sport et de travail sur les savoir-être. L'idée c'est qu'ensuite, les personnes puissent trouver un projet, quel qu'il soit, pas seulement un projet professionnel. Et on ne cible pas de secteurs en particulier. Le sport est notre support principal, mais nous proposons différents types d'ateliers d'accompagnement socioprofessionnel. Par exemple sur la prise de parole, du théâtre, du conseil en image, la connaissance de soi ou les techniques de recherche d'emploi.

 

A quels publics est-il ouvert ?

On ne ferme la porte à personne. Il y a toujours une problématique de départ, ce sont des gens éloignés de l'emploi ou de la formation, à des degrés divers. Nous avons surtout des participants de 16 à 30 ans, quelques-uns plus âgés. Le côté intergénérationnel est intéressant pour la remobilisation, en particulier pour les plus jeunes. Il a un vrai impact sur leur façon de se comporter. Les profils sont assez variés, nous avons des personnes très isolées qui ont juste envie de retrouver des interactions sociales, d’autres qui ont déjà une idée précise de leur projet professionnel, mais qui ont encore quelques freins sur lesquels il faut travailler, des questions d’addiction parfois. Souvent, c’est un problème au niveau de la posture, et ça ne passe pas toujours avec les employeurs.

 

Comment trouvez-vous les participants ?

Certains nous sont envoyés sur prescription. Nous travaillons beaucoup avec la mission locale des Hauts de Garonne, Pôle emploi, des partenaires associatifs, les CCAS, la Maison Départementale des Solidarités. A côté de ça, nous faisons des réunions d'information collective. Et nous avons développé des actions de proximité, notamment le projet « sport impact » qui consiste à organiser des séances de sport gratuites en pied d’immeuble. Cela nous permet de nous ancrer sur le territoire et d'être identifiés par les habitants. Le bouche-à-oreille fonctionne bien, les gens savent ce qu'on propose, ils viennent aussi par ce biais-là.

 

Avant l’entrée dans le programme, nous faisons toujours des entretiens individuels, pour vérifier si Mobi’Sport est pertinent pour la personne, si c’est adapté à sa problématique. On évite d’accepter des gens qui viennent juste pour se défouler, mais qui n’ont pas de besoins par ailleurs. Pour nous, le projet professionnel est un véritable objectif, même si le parcours ne dure qu’un mois.

 

Quel est l’apport particulier de l’approche par le sport ?

Le sport c'est le respect des règles, une notion de cadre qui est très importante et dont les jeunes ont vraiment besoin.  Pendant un mois, ils viennent tous les jours à 9 heures, du lundi au vendredi, ce qui nous permet d'installer ce cadre. On insiste beaucoup sur la ponctualité. La différence par rapport à un dispositif classique, c’est l'utilisation du sport, qui se fait moins à la mission locale, et la densité du programme qui crée une vraie dynamique. L'équipe est différente aussi, puisque nous avons surtout des éducateurs sportifs, ainsi qu’une conseillère en insertion professionnelle.

 

Exigez-vous des prérequis en sport ?

On va avoir tout type de profil, il y en a qui ne font que très peu de sport et ça se passe très bien, puisque les ateliers sont aménagés pour intégrer tout le monde. Le seul prérequis, c’est d’avoir un certificat médical d’aptitude à la pratique sportive. Certains nous disent que le sport, ça n’est pas trop leur truc. Le programme les attire, mais ils se demandent s’ils vont être au niveau. On leur explique qu’on ne cherche pas la performance.  

 

Comment s’organise une journée type ?

D’abord le sport le matin. Chaque jour, nous travaillons sur une compétence, des savoir être attendus par les entreprises, indispensables pour un emploi ou une formation. Par exemple, on va faire une séance de foot-communication avec des ateliers construits pour que les groupes abordent les différentes formes de communication et progressent presque de façon inconsciente. Nous travaillons aussi sur l'autonomie, la persévérance, le respect des règles, la proactivité, etc. L'après-midi, les différentes activités sont en lien avec ce qui a été travaillé le matin.

 

Dans notre équipe pédagogique, les éducateurs sportifs font le lien avec la conseillère en insertion sur le parcours de chaque participant, en signalant ce qu’ils ont observé le matin. Par exemple un jeune un peu renfermé, qui a tendance à ne pas trop s’exprimer en entretien, mais qui pendant les séances de sport va révéler des qualités de leader, qui va aider les membres de son équipe. Nous travaillons avec ces éléments, on cherche à faire prendre conscience au jeune que c’est quelque chose qu’il peut valoriser.

 

Que faites-vous spécifiquement par rapport au projet professionnel ?

Nous abordons le sujet tout de suite parce que c'est une réalité, on n’a pas peur de leur faire peur. Quand la confiance est instaurée, les jeunes arrivent à en parler assez librement. Le sport a aussi ce côté cohésion de groupe qui permet de créer un lien de confiance. Je trouve qu'on arrive assez bien à parler avec eux de projet professionnel. Les participants sont très bienveillants entre eux, ils se livrent plus facilement, ils arrivent à dire des choses très personnelles.

 

Tout au long du mois nous leur proposons des découvertes métiers et des visites d'entreprises, dans plein de secteurs différents, parfois des secteurs vers lesquels ils ne se tourneraient pas. Mais c'est important de les ouvrir sur ce qu’ils ne connaissent pas. On fait en sorte que le jeune se pose des questions sur lui-même, sur ses caractéristiques, sur ce qui lui plaît. En face, on regarde ce qu'il y a sur le marché, quel secteur, quelles possibilités, il faut prendre le temps. Notre slogan cette année, c’est « du temps pour moi et mes projets ».

 

Que considérez-vous comme une sortie positive ?

Une sortie positive se traduit principalement par l’intégration en emploi, en formation ou dans un parcours d’accompagnement. Pour autant, nous attachons aussi beaucoup d’importance à l’évolution des comportements lors de la remobilisation. Certains jeunes peuvent être particulièrement renfermés au début, difficiles d’accès. Si nous les voyons évoluer dans leur posture professionnelle, leur rapport aux autres, leur capacité à se conformer au cadre mis en place, c’est gagné. Ça a d'autant plus de valeur que nous en accueillons certains qui, non seulement sont très éloignés de l'emploi, mais aussi du système de manière générale.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
September 7, 2023 7:59 AM
Scoop.it!

Savoir être, à la carte

Savoir être, à la carte | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

David Métais est cofondateur de la société MySkillz, créée en 2020.  Geoffrey Klein, en est le « product manager. »  Les outils développés par MySkillz visent à démocratiser le développement des soft skills, les savoir être. Grâce au Fonds Régional d’Innovation pour la Formation (FRIF), Myskillz a élaboré un parcours pour des publics éloignés de l’emploi, en lien avec deux organismes de formation.

 

Pouvez-vous nous décrire ce qu’est le programme MySkillz ?

Ce que nous proposons, c’est une application et un catalogue de formation en format micro learning sur des thématiques de soft skills, de savoir-être, et des thématiques professionnelles. Nos programmes sont personnalisés. Les apprenants se perfectionnent à raison de 5 minutes par jour via la plateforme, grâce à des vidéos, des exercices pratiques. Ce sont des temps très courts, que les utilisateurs peuvent consulter à leur rythme, quand ils peuvent et où ils veulent. En complément, ils assistent à des ateliers en présentiel pour renforcer la mise en pratique de ces compétences. Un parcours, c'est une dizaine d'heures en autonomie. Les contenus sont accessibles pendant un an. Un des intérêts du micro learning, c’est qu’il est assez facile de revenir sur les capsules qui sont faites pour être visionnées plusieurs fois, en fonction des besoins. Ce ne sont pas des vidéos que l’on regarde une seule fois et qu'on connaît à vie.

 

Sur quoi avez-vous basé votre réflexion ?

Au cours de mes expériences professionnelles dans diverses entreprises, je me suis interrogé sur ce que je faisais au quotidien. J’ai rencontré des dirigeants, des DRH des formateurs, des doctorants, des coachs. J’ai constaté qu’il y a une corrélation directe entre soft skills et performance. En gros, plus un manager a des soft skills solides, plus l'équipe est performante, épanouie, et meilleure est la qualité de vie au travail. Il y a aussi moins de problématiques de burn-out, ou de personnes qui se réorientent parce qu’elles ont été déçues d'un métier ou d'une entreprise. Deuxième constat, c'est que les managers ou les DRH manquent de temps pour se former. L'idée était de travailler sur un outil de formation efficace, à distance, utilisable en parallèle du quotidien personnel ou professionnel.

 

Comment avez-vous débuté ?

Nous avons commencé à travailler sur l’ingénierie pédagogique avec des chercheurs et experts en neurosciences de l’ENS et l’Université de Bordeaux. Ensuite, nous avons très vite accompagné des organismes de formation puis des écoles, les universités de Bordeaux et de Pau, ainsi que l'académie de Poitiers. En parallèle, nous avons accompagné quelques entreprises. Nous sommes toujours reliés à un organisme de formation qui assure le présentiel pour nos accompagnements, soit une école, une université pour les étudiants, un organisme de formation dédiée aux demandeurs d'emploi ou à la formation continue pour les autres professionnels.

 

Pourquoi le FRIF ?

Avec le FRIF, nous expérimentons un parcours hybride axé sur les compétences comportementales, avec une pédagogie qui alterne les cours et le e-learning. L'idée est d'améliorer le lien entre la fin de la formation et le début de la vie professionnelle. Aujourd'hui, les entreprises recrutent essentiellement sur des notions de savoir-être et de posture, principalement sur des bas niveaux de qualification. L’idée d'accompagner le développement de ces compétences avec des personnes éloignées de l'emploi, c'était de voir quel impact cela pourrait avoir dans leur insertion professionnelle. On est vraiment sur de la formation.

 

Qu’y-at-il de spécifique avec les demandeurs d’emploi ?

Avec ce public, on est plutôt sur la prise en mains des soft skills dans le cadre de l'insertion professionnelle. Notre expérimentation est menée avec deux publics différents. Des apprenants qui suivent une formation en Agent de Propreté Hygiène (APH) avec Insup Formation, et d’autres sur l’anglais appliqué au tourisme avec le Greta. Pour eux, nous avons spécifiquement développé 4 formations liées à la reprise d'emploi : développer et maintenir sa motivation, la confiance et l'estime de soi, l'organisation de la recherche d'emploi, enfin la posture, comment se comporter en entretien. C’est un peu la boîte à outils d'un demandeur d'emploi qui sort avec un diplôme, de quelle manière on recherche un emploi aujourd'hui.

 

Quel est le rôle des formateurs ?

Nous avons travaillé directement avec les formateurs, on leur a présenté l'outil et comment le prendre en main, on a défini ensemble les parcours, sélectionné certains éléments. Nous leur avons fourni la pédagogie clé en main, qui comprend l'application, les contenus de formation, et toutes les fiches pour animer les ateliers. Pour les ateliers, nous les avons accompagnés sur certaines séances, pour qu'ils puissent organiser la mise en pratique des notions que les apprenants ont abordées à distance. Pour que ça fonctionne, il faut qu’il se prépare en amont, au besoin en échangeant avec nous.  C’est essentiel d’avoir un lien fort avec les formateurs, de personnaliser l'accompagnement en fonction des typologies métiers qu’ils maitrisent mieux que nous. Ce sont eux qui font vivre les savoirs par le biais d'ateliers.

 

Avez-vous connu des surprises ?

Il y a un point auquel nous n’avions pas été trop confrontés jusqu'à présent, c'est la fracture numérique. Quand on accompagne des publics comme sur la formation APH et qu’on leur propose notre application de formation, nous constatons que regarder des vidéos toutes simples sur leur téléphone n’est pas toujours possible, parce qu’ils ne sont pas équipés ou qu’ils ne savent pas s’en servir. Les formateurs nous disent qu’ils voudraient pouvoir consulter les vidéos tous ensemble, les visionner sur grand écran afin que tout le monde puisse les regarder en même temps et avancer au même rythme. Nous n’avons connu ça, ni avec les publics étudiants, ni en entreprise, parce que cette fracture numérique n’existe pas.

 

Le deuxième problème que nous avons rencontré, était de trouver des créneaux pour travailler avec les formateurs et caler les périodes de formation en atelier et sur l'application en fonction de leur planning. En pratique, cela a été très compliqué de les mettre en place, de trouver ces créneaux et de prendre le temps de leur présenter les formations. Les formateurs assurent la formation mais aussi tout le suivi administratif, ce qui fait qu’ils ont assez peu de disponibilités. Nous en avons même perdu en cours de route, parce qu'ils n’avaient pas le temps. Cela a été une surprise, on ne pensait pas que ce serait aussi difficile. Si nous devons le refaire, il faut vraiment que nous trouvions un moyen avec les structures pour assurer la disponibilité des formateurs.

 

Quels enseignements avez-vous tiré de cette expérimentation ?

Nous avons fait évoluer notre offre en cours de route. Par exemple, la capsule « gérer ses émotions », que nous ne voulions pas proposer au début mais qu’on nous a demandé d'intégrer dans le parcours APH. Nous nous sommes rendu compte qu'elle n’était pas pertinente. En revanche, les parties « dompter sa colère » et « tromper son ennui » ont mieux fonctionné. Typiquement, c’est l'expérimentation qui nous a permis de tester certaines séquences et d’en vérifier l’intérêt sur ces publics.

 

Nous ne sommes pas là pour imposer le présentiel et le digital, mais plutôt pour bien tirer parti des deux modalités.

Le présentiel présente un grand intérêt sur la prise de conscience et la mise en pratique. Alors que le digital offre plus de personnalisation, et permet de se former sur des temps très courts au moment où la personne est le mieux disposée. De plus, on peut facilement mesurer sa progression, c'est tout l'intérêt du digital. Marier le meilleur des deux mondes, c’est la manière la plus sûre d’accompagner efficacement les bénéficiaires.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
July 6, 2023 8:32 AM
Scoop.it!

La gastronomie au service de l’emploi

La gastronomie au service de l’emploi | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

« Des étoiles et des femmes » résulte d’une idée originale du chef étoilé Alain Ducasse. Son but est de mettre « l’excellence de la gastronomie » au service des femmes éloignées de l'emploi. En pratique, cette action propose à un public exclusivement féminin la possibilité d’obtenir un CAP de cuisine en un an, assorti d’un accompagnement socioprofessionnel. Pourquoi un public féminin ? D’une part en raison du fait que le personnel de cuisine est majoritairement masculin, d’autre part parce que le taux de chômage est plus important chez les femmes que chez les hommes. Enfin, à cause de la pénurie de profils qualifiés que connait le secteur.

 

« Notre sélection se fait sur la base de la motivation de la personne à intégrer ce dispositif. 10 mois de septembre à juin, 2 semaines de vacances sur l'année, avec un rythme d'alternance d’un mois de cours, 3 semaines de stage. C'est très intense, particulièrement pour des femmes qui ont souvent quitté l'école il y a plusieurs années, » précise Sonia Josefowicz, chargée de projet de l’association bayonnaise Céleste. « Deuxième chose importante, c'est que nous choisissons des femmes majeures, quel que soit leur âge, qui ne pourraient pas accéder à un CAP classique sans notre aide. Pour l’instant, on est sur une moyenne d'âge de 35 - 40 ans »

 

L'association Céleste existe depuis plus de 50 ans. Son domaine d’expertise est la petite enfance. C'est la première fois qu’elle porte ce type de dispositif. Elle fait partie des 13 structures qui animent ce projet un peu partout en France. Céleste a pris un tournant il y a 2 ans, parce que les familles sollicitaient de l’aide pour leurs enfants, mais qu’elles venaient aussi avec des difficultés familiales plus globales. « Avec ce projet, nous avons voulu aider l'ensemble de la famille. En soutenant les femmes éloignées de l'emploi à se former, à retrouver un emploi. C’est notre volonté de nous positionner de plus en plus sur des projets d'économie sociale et solidaire, par exemple sur la prévention sanitaire, la justice alimentaire et sur les inégalités. »

 

Formation et accompagnement socioprofessionnel

 

« Concrètement, c'est notre organisme de formation « Défi » qui porte « Des étoiles et des femmes », mais c'est le Greta qui dispense la formation au lycée de Navarre à Saint-Jean-Pied-de-Port. Il définit le contenu, la répartition des cours, les emplois du temps. De notre côté, nous nous chargeons de la partie administrative et de tout l’accompagnement socioprofessionnel. » Pour que les candidates suivent cette formation le plus sereinement possible, on les aide à lever certains freins comme la garde d'enfants, les remises à niveau en français, en mathématiques, la mobilité, l'achat de tenues professionnelles. La plupart sont hébergées en internat, les autres reçoivent une aide à la mobilité.

 

Pour trouver les participantes de la première promotion, qui a débuté en septembre 2022, tous les prescripteurs ont été sollicités. Service Départemental de la Solidarité et de l'Insertion, Pôle emploi, missions locales, PLIE, le GIP DSU à Bayonne, toutes les structures qui ont vocation à rencontrer des femmes éloignées de l'emploi ont été informées du lancement du dispositif.

 

Afin d’être retenues, les candidates doivent suivre plusieurs étapes, à commencer par un premier entretien individuel avec l’accompagnatrice socioprofessionnelle de l’association. Il est suivi d’un deuxième entretien pour répondre à des questions sur leur motivation, passer des tests de positionnement, des tests de compétences dans les savoirs de base, de manière à vérifier qu’elles aient un niveau suffisant pour le CAP.  Ainsi que des tests dans le domaine de la vie collective. « Notre but c'est que le groupe reste ensemble jusqu'à la fin de l'année. On étudie toutes ces évaluations pour effectuer une première sélection. Ensuite un jury se réunit, composé de restaurants partenaires, du Greta, d'une personne du lycée de Navarre. C'est à l'issue de ce jury que l’on sélectionne 12 personnes. »

 

Céleste travaille également en partenariat avec l’organisme de formation « Carrières & insertion » sur l’accompagnement social renforcé. Le programme comporte des ateliers sur la communication, sur la posture professionnelle, sur le sexisme au travail, le CV, la lettre de motivation. Ainsi que des ateliers bien-être, de réflexologie et de sophrologie. Il inclut également des visites d’entreprises, des vignobles, des fromagers, des agriculteurs, toujours liées à la cuisine, à l’alimentation et aux produits du terroir. Celles qui rencontrent plus de difficultés en cours peuvent bénéficier d’un soutien scolaire.

 

L’accompagnatrice socioprofessionnelle intervient quasi quotidiennement. Pour chaque problème, elle essaie de trouver une solution, qu’il s’agisse de questions de santé, de logement, d'addiction, de garde d'enfants… « les participantes arrivent avec tous leurs passifs et toutes leurs problématiques. C’est pour ça qu’il nous faut une personne au quotidien qui prenne en charge ces problèmes et trouve des issues. Nous faisons aussi des entretiens individuels tous les mois, pour faire le point sur leur progression, leurs problématiques, etc.. »

 

Une expérience valorisante

 

C’est l’association qui choisit les restaurateurs et place les stagiaires dans les différents établissements. La plupart d’entre eux souhaitent rencontrer la stagiaire avant de l’accueillir. Ils s’engagent à lui transmettre leur savoir, à lui apprendre le métier de cuisinier. Seule véritable condition, qu’ils adhèrent aux valeurs du dispositif. « Nous travaillons avec des restaurants étoilés et gastronomiques, la concurrence est un petit peu rude mais il arrive qu’ils proposent des contrats pour la saison, ou du temps partiel sur du long terme. La particularité du dispositif, c’est de viser l'excellence de la gastronomie. Cela permet aux stagiaires d’ajouter une belle référence à leur CV. »

 

La deuxième promotion est en cours de recrutement, pour un démarrage de la formation en septembre. « Même si on reçoit 30 personnes, mais qu’il n’y en a que 8 qui ont le profil, nous n’en retiendrons que 8. Il arrive que nous en écartions certaines lors du premier jury parce qu’elles sont trop diplômées. Ça n’est pas spécialement facile de dire à quelqu'un qu’on ne peut pas la prendre à cause de ses diplômes. En revanche, on les oriente vers d’autres formations. Dans un groupe, s’il existe une différence de niveau trop importante, ça se ressent dans la dynamique collective. »

 

« Notre première promotion fut une réussite et tous nos partenaires, professeurs compris, sont très surpris que nous ayons conservé 12 personnes jusqu’à la fin de la formation. Nous ne les avons pas lâchées. Pour ma part, ce que je retiens, c’est leur motivation. Je suis ravie de les voir aussi motivées, compte tenu de tous les problèmes auxquels elles doivent faire face. »

 

 

* "Des étoiles et de femmes" a reçu le soutien financier de la Région par l'appel à projets "soutien aux actions de développement dans les quartiers "politique de la ville".

 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
June 22, 2023 8:01 AM
Scoop.it!

Parcours professionnels par l’exemple

Parcours professionnels par l’exemple | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

« Combi Job est parti d’un constat que j’ai fait en 2020. Les jeunes que j'accompagnais, à peu près 70 par an, venaient beaucoup plus souvent qu’avant avec des questions sur la construction du projet professionnel, » décrit Séverine Biettlot, référente jeunes diplômés à La Boutique Club Emploi de Limoges (BCE). « Ils venaient moins pour chercher un emploi précis, parler de tel métier. Ils étaient beaucoup plus perdus, ils ne savaient pas trop quelle direction prendre. »

 

Pour répondre à ces besoins identifiés, le projet Combi job a été pensé comme une étape destinée à aider les jeunes qui stagnent un peu dans leur réflexion, qui ont besoin de retrouver de l’énergie, de la motivation, une nouvelle impulsion. Il consiste à ajouter une nouvelle dimension à l’accompagnement, à leur permettre de changer leur regard sur le projet professionnel. Et de se sentir en quelque sorte autorisés à changer d'orientation et de direction.   

 

Le principe de cette action est d’aller à la rencontre de salariés volontaires, au sein de leur entreprise. Il ne s’agit pas d’organiser une session de recrutement, mais de créer des moments un peu privilégiés, où les professionnels témoignent de leur parcours et démontrent qu’une carrière n’est pas une ligne droite et toute tracée. Les jeunes peuvent leur poser spontanément toutes sortes de question.

 

« Nous voulions sortir de la visite d’entreprise classique, vivre en quelque sorte une expérience en petit groupe. À la base c'était vraiment pour apporter un plus à l'accompagnement de certains volontaires. Au départ, il y avait un critère d’âge qui a été rapidement éliminé, parce qu'on se rendait compte que l’on pouvait proposer cette action à toute personne, pas uniquement à celles accompagnées par la BCE. Le seul critère qui subsiste, c’est d’habiter l’un des 9 quartiers de la politique de la ville, peu importe le niveau, peu importe l'âge. »

 

Echanges et découvertes

 

Côté entreprises, la volonté de la BCE est de sortir de Limoges, de solliciter des sociétés et des secteurs d’activités peu ou pas connus du grand public. En cherchant celles qui montrent un intérêt à faire partager leurs valeurs et leurs savoir-faire. « Je ne cherche pas à mettre en adéquation les profils des participants avec les entreprises. Ils ne savent qu’à la fin du dernier jour d'atelier où ils vont se rendre, parce qu’ils ne sont pas dans une relation de recrutement, mais dans une logique d’échange, de découverte de nouveaux métiers et secteurs. Nous voulons déconstruire la vision qu’ils ont de la relation avec les professionnels, leur montrer qu’ils sont accessibles. »

 

En général, les professionnels sont très enthousiastes à l'idée de parler d’eux. Au point que la durée des rencontres est progressivement passée de 1 à 2 heures. Contrairement à un entretien, les échanges se font sur un pied d’égalité, sans enjeu. C’est aussi l’occasion pour les jeunes d’interpeller les professionnels qui n'ont pas toujours l'habitude qu'on leur pose des questions sur leur parcours. La seule « exigence » de la BCE, c'est que les salariés hôtes exercent des métiers différents, pour plus de variété dans les témoignages. « Plus j'avance, plus j'augmente la durée des rencontres, incluant un temps de visite de l’entreprise, parfois pour aller voir directement les salariés sur leur poste de travail. C'est une organisation qui se fait au cas par cas, selon les entreprises. »

 

Pour ne pas mettre en difficulté les participants, la visite est précédée d’ateliers de préparation pendant lesquels ils apprennent à se présenter. Ils réalisent également une carte de présentation qui contient leurs coordonnées, leurs compétences et leurs diplômes. Un outil entre CV et carte de visite, qui sert de premier lien avec les professionnels. Dans le même esprit, une photo du groupe est envoyée à l’entreprise avant le jour J. Pour faciliter le processus et les déplacements, des ateliers sont parfois organisés directement dans les quartiers, comme à la cité de l'emploi à Beaubreuil ou au centre social municipal de La Bastide.

 

Un Combi Job est très court, un temps fort réparti sur une semaine comprenant les deux jours d'atelier, la rencontre et le debrief. « Le debrief est très important parce qu’il ne faut pas que ça s'arrête brutalement sur la rencontre. Nous avons mis en place un questionnaire de ressenti à chaud des personnes. A ce stade, on se pose des questions de l’ordre de « qu'est-ce qu'on fait de cette expérience ? Est-ce que je veux en savoir plus ? Est-ce que je reprends contact ? Quelle suite quand on a fait un premier pas vers un professionnel ? Quelles sont les autres possibilités ? ».

 

La BCE constitue des groupes de 5 ou 6, un nombre limité parce certaines personnes craignent le collectif, et qu’Il faut également s’adapter aux capacités d’accueil des entreprises. Plus les profils sont diversifiés en matière d’âge, de niveau de formation et d’expérience, plus les échanges sont riches. Par ailleurs, la durée d’une session, relativement courte, permet à une personne de participer alors qu’elle se trouve déjà en CEJ, en accompagnement PLIE, Pôle emploi, Mission Locale ou BCE. Pour elle, c’est une sorte de pause, un pas de côté pendant une semaine. Avec pour objectif de lui redonner de l’énergie, une véritable impulsion.

 

Ouvrir des nouvelles perspectives

 

Pour autant, l’action combi job ne prétend pas faire de miracle. Ce n’est pas le lendemain de la rencontre que les participants trouvent un emploi. Mais les mettre en situation de voir les professionnels d’un autre œil, se rendre compte que ce sont des personnes accessibles, constitue un véritable changement. En complément, ils découvrent des environnements professionnels qu'ils ne connaissent pas, auxquels ils ne songeraient pas, des métiers dont ils ignoraient même l’existence. « Ces déclics-là sont très importants. Ils leur ouvrent des perspectives qu’ils n'avaient pas. Ils poussent les participants à s’engager dans une réflexion, à trouver de nouvelles idées, pour éventuellement, plus tard, chercher un stage, faire une formation. Les résultats de l’action se voient à plus long terme, progressivement, en fonction de leurs démarches et de leur évolution. »

 

Avec 5 ou 6 sessions par an, la BCE n’envisage pas d’augmenter le rythme des Combi Job, ne serait-ce que pour éviter une sorte de traitement à la chaîne. Cette action n’a de sens que si elle est bien préparée en amont. Sans compter qu’il faut trouver les entreprises et les salariés qui acceptent de prendre de leur temps pour accueillir des groupes et partager les différentes étapes de leur parcours, les difficultés rencontrées et leurs questionnements.

 

Le projet professionnel est un terme qui est couramment utilisé, qui peut paraître simple de prime abord. Mais il est en réalité plus complexe. « Quand j’aborde cette question avec les jeunes je leur dis bien que ce n’est pas parce qu’on ne sait pas ce que l'on veut faire, qu’on n'a pas de projet professionnel. Ça les interpelle, ils se rendent compte, grâce à nos échanges, qu'ils ont déjà fait beaucoup de choses et que ça constitue déjà une ambition, ou en tout cas une direction. »

 

« La confiance en soi est vraiment renforcée par les échanges, notamment lors des ateliers de préparation. Cela nous permet aussi de démystifier ce qu’est un objectif professionnel, ce qu’est une compétence. On déconstruit vraiment les idées préconçues des participants, et on enlève la pression opérée par la fameuse question « c'est quoi ton projet professionnel ? ». Avec Combi Job, nous faisons prendre conscience aux participants qu’ils sont légitimes à en avoir un. »

 

 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
June 8, 2023 5:43 AM
Scoop.it!

Nouvelle dynamique pour le GARF

Nouvelle dynamique pour le GARF | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Cécile Gouspy est responsable de l’organisme de formation continue de l’Institut des Métiers de la Santé (IMS Académie) du CHU de Bordeaux. Elle a récemment repris la présidence du Groupement des Acteurs et Responsables de Formation (GARF) de Nouvelle-Aquitaine. Son objectif est de relancer la dynamique collective du groupe régional, après qu’il a connu un ralentissement important de ses activités lors de la crise sanitaire.  

 

Que pouvez-vous nous dire sur le GARF ?

Depuis l’origine, le GARF a pour objectif de rassembler, dans une communauté de pairs, des gens qui ont tous le même point commun, celui d'agir sur la formation professionnelle. Le GARF s’adresse aux responsables formation, aux directeurs formation en entreprise, qu'ils soient dans le public ou dans le privé. Plus largement, à tous les acteurs de la compétence, ainsi qu’aux acteurs du monde institutionnel de la formation professionnelle.

 

Qu’est-ce qui différencie le GARF d’une autre association de responsables RH ?

Le secteur de la formation professionnelle évolue très rapidement. Même s'il appartient au monde des ressources humaines, il existe une spécificité via le cœur de métier qu’est l'ingénierie de formation : l'analyse du besoin pour trouver la meilleure solution. Les responsables formation exercent beaucoup de responsabilités au sein d'une entreprise. Nous devons être multi compétences, c'est-à-dire que nous devons être autant sur l’ingénierie de formation, que sur le droit de la formation, l’ingénierie financière, etc. Cela reste donc vraiment une nécessité d'avoir une association dédiée, parce que le domaine est vaste et les évolutions constantes.

 

Quels sont vos projets pour 2023 ?

Nous avons souhaité organiser 4 événements pour 2023, afin de relancer la dynamique du groupe. Le premier a eu lieu le 21 mars dernier, au siège Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine à Pessac, autour de l'actualité de la formation professionnelle à destination des responsables formation en entreprise. Nous avons souhaité démarrer par une action en partenariat avec Cap Métiers, parce que c’est une collaboration historique avec un acteur institutionnel régional important.

 

Un deuxième événement s'est tenu le 6 juin sur la thématique du « design thinking ». En quoi cette méthode interroge l'ingénierie de formation ? Quelle plus-value apporte-t-elle ? L’ingénierie constitue le cœur de métier des responsables formation mais également le point sensible. C’est là que nous avons le plus de difficultés, c'est à dire à mobiliser et sensibiliser les partenaires internes pour définir les besoins de formation et ne pas se contenter de demandes ou de commandes.

 

En septembre, nous aurons un atelier sur le coaching. Les acteurs RH connaissent bien le coaching individuel, mais le coaching collectif, le coaching d’organisation, c’est encore autre chose. Lorsqu’une équipe rencontre des difficultés de performances ou a du mal à travailler ensemble, on peut utiliser les techniques du coaching pour la faire mieux collaborer ou collectivement trouver des solutions. Nous voulons consacrer le dernier rendez-vous de l’année à l'organisation apprenante avec SOL France, via un évènement national en distanciel.

 

Quelles sont les perspectives du GARF régional ?

En Nouvelle-Aquitaine, nous avons une dynamique particulière parce que le GARF national nous laisse une grande marge de manœuvre en matière d’organisation. Notre priorité est vraiment de recréer une dynamique de rencontre, d’ouvrir un espace de coopération. C’est pour cette raison que nous ne proposons pas nos événements qu’aux seuls adhérents. Nous voulons avant tout faire connaître le GARF, attirer les nouveaux responsables formation du tissu économique local que nous ne connaissons pas, toujours dans le but d'enrichir notre communauté de pairs.

 

Aujourd’hui, notre bureau compte une dizaine de personnes, et autant de sympathisants, qui essaient de faire vivre le GARF au niveau local. Nous sommes ouverts à toute demande de responsable formation pour nous rejoindre et apporter des idées d'autres formats. Je souhaite également que nous ayons du plaisir à être ensemble, à se rencontrer, à échanger. Je pense que c'est important.

 

Quel public espérez-vous toucher par vos actions ?

Nous voulons rassembler de nouvelles énergies, des gens qui ont envie de s'investir. Notre ambition est d’organiser des évènements qui attirent du monde, qui soient visibles, afin que l’on puisse rencontrer des gens, créer des réseaux, faire venir des personnalités locales ou nationales… Aujourd’hui, le secteur bouge vite, les gens ne restent pas en poste. Nous avons besoin de renouvellement.  

 

Nous avions surtout envie de nous rencontrer, en présentiel. En commençant par Bordeaux. Nous verrons ensuite pour nous développer progressivement à la Nouvelle-Aquitaine. Je pense que nous sommes déjà ambitieux en organisant 4 événements de qualité.

 

Quels sont aujourd'hui les besoins ou les enjeux principaux exprimés par vos confrères ?

Les interrogations les plus prégnantes concernent les métiers en tension, la fidélisation et le rôle de la formation dans l’attractivité. La question des financements est toujours présente également. Mais c'est une dimension qui sera toujours présente, parce que même si le législateur a voulu simplifier le système, il reste complexe pour les acteurs de la formation.

 

Parmi nos futurs projets, nous voulons reprendre le partenariat avec l'université de Bordeaux, et son département des sciences de l'éducation, pour la mise en place d'un colloque annuel coconstruit avec les étudiants. La fidélisation et l’attractivité sont des thèmes que nous leur proposerons d'aborder. Je pense que ça mérite un temps fort.  

 

 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
May 25, 2023 7:17 AM
Scoop.it!

Le panier formation des Restos du Coeur

Le panier formation des Restos du Coeur | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Marie France HUGON est présidente des Tremplins des Restos du Cœur, qui est l’organisme de formation des Restos du Cœur. Leur projet "Les tremplins 100% mobilisés" est lauréat du PIC 100% inclusion.

 

Que représentent aujourd’hui les Restos du Cœur ?

Les Restos du Cœur, c’est un siège national à Paris et, dans chaque département, au moins une association départementale. En tout il y en a 117. Chacune a un contrat d'agrément avec l'association nationale, tout en gardant une certaine autonomie. L'aide alimentaire reste le socle des Restos, mais aujourd'hui « l’aide globale à la personne » fait partie du Projet Associatif National des Restos. Un accompagnement sur les problématiques de santé, de langue, d’accès au droit à la justice, au travail, est proposé aux personnes accueillies dans les centres d’activité des Restos.

 

Quel est le rôle des Tremplins dans cet ensemble ?

Les Tremplins sont uniques aux Restos. Ils ne sont pas comparables aux associations départementales, dans la mesure où ils n’assurent pas d'aide alimentaire. Nous sommes un organisme de formation, une association juridiquement indépendante sous contrat d'agrément avec les Restos du cœur. Nous proposons des parcours d’insertion professionnelles aux personnes accueillies dans toutes les structures Restos (Centres d’Activité, Ateliers Chantiers d’Insertion et structures logements) de toutes les Associations Départementales. 

 

Quels sont les formations que vous proposez ?

Nous proposons deux types de parcours. D’abord un parcours de Mobilisation Renforcée vers l'Emploi, pour les gens très éloignés de l'emploi. Ensuite un parcours de professionnalisation construit avec des entreprises partenaires, sur des métiers en tension pour lesquels les entreprises peinent à recruter

 

Nos parcours de formation s’adressent aux personnes accueillies par les centres d'activité, autrefois appelés « centres de distribution », qui leur proposent toute une variété d’aides et d’activités. Les centres nous envoient des personnes rencontrées par des bénévoles, ou par les travailleurs sociaux des Ateliers Chantiers d'Insertion et des quelques structures d'hébergement que compte le réseau. Elles sont orientées vers nous parce qu’elles ont passé la porte des restos à un moment donné et ont partagé leur problématique emploi avec un bénévole ou salarié.

 

Comment intervenez-vous ?

Nous n’intervenons sur France entière que depuis le conventionnement avec la CDC dans le cadre du programme 100% Inclusion. Pendant longtemps, nous n’avons travaillé qu’en Île-de-France par manque de ressources. Jusqu’à récemment, certaines associations départementales ne connaissaient pas notre existence, justement parce que nous étions très Franciliens. Il y a déjà eu tout un travail de communication interne à faire. Le plus difficile, c'est d'arriver à convaincre, informer correctement, pour que les bénévoles et salariés dans les ateliers chantiers d'insertion s'emparent de cet outil d’insertion que sont les Tremplins.

 

Et en pratique ?

Nous formons des groupes de 10 et 15 personnes, après avoir déterminé un territoire pertinent pour nos publics. La mobilisation est très longue, il nous faut d’abord commencer par les bénévoles et les salariés sur le projet. Une fois qu’ils sont convaincus, on peut démarrer. Charge à eux de convaincre les publics qui sont très éloignés de l’emploi et rencontrent souvent des problèmes de mobilité. Nous essayons de lever les freins, en facilitant les transports, en prenant en charge les frais de déplacement et de restauration, éventuellement des moyens de garde pour les femmes qui ont des enfants à charge. Quelqu’un qui a envie de se rapprocher du monde du travail va rencontrer un bénévole, échanger avec lui. Parfois, c’est long à se mettre en place, mais le bénévole pourra lui parler des Tremplins et de ses parcours. Si la personne est intéressée, un premier échange diagnostic peut être fait.

 

Quelles sont les conditions pour participer à une formation ?

Il faut respecter trois conditions pour intégrer un de nos parcours. Être majeur, avoir une autorisation administrative de travailler sur le territoire national, comprendre et se faire comprendre en français. Nous n’avons pas de grosses exigences linguistiques, mais nous ne faisons pas appel à des interprètes. Par ailleurs pour rejoindre un parcours de mobilisation renforcé vers l'emploi, il faut en avoir l'envie et la motivation.

 

Dans la pratique, comment se déroule un Parcours de Mobilisation Renforcée vers l’Emploi ?

Lors des parcours, une partie des ateliers est assurée par des bénévoles volontaires, notamment les savoirs de base, le numérique. L’autre partie par des prestataires que l'on rémunère. A Paris, nous avons une équipe de bénévoles qui peut se déplacer pour animer les sessions. On fait aussi intervenir une psychologue du travail pour tout ce qui relève des codes de l'entreprise, et une association qui travaille sur l'image de soi, des choses aussi simples que les questions de présentation, d'hygiène, de code vestimentaire. Nous faisons également beaucoup d’entraînements aux entretiens d'embauche.

 

Nous proposons des visites d’entreprises qui acceptent de nous ouvrir leurs portes, même si elles n’ont pas d’emplois à proposer. C'est l’occasion pour certains d’entrer pour la première fois dans une entreprise, de découvrir un secteur d'activité, un site industriel, un hôtel, un café restaurant, une grande surface… Quand on dit visite, on fait en sorte qu'il y ait des échanges avec les salariés, pour que nos stagiaires prennent vraiment la mesure de ce qui se fait dans l'entreprise et des métiers envisageables pour eux.

 

En matière de formation professionnelle, nous avons des partenaires historiques des Restos, par exemple Carrefour avec lequel nous organisons un parcours pour le métier de boucher, avec un contrat de professionnalisation à la clé. Nous faisons quelque chose d'un peu semblable avec Sodexo, pour des Employés Techniques de Restauration. Nous travaillons à quelque chose d'un peu semblable avec la branche de la propreté, c'est un long processus. 

 

Que se passe-t-il à l’issue des formations ?

Dans le cadre des Parcours de Mobilisation Renforcée vers l’Emploi on ne garantit pas une sortie à l'emploi. Notre engagement, c'est de valider un projet professionnel, de leur faire découvrir le monde de l'entreprise et du travail. Une fois que le parcours est terminé, nous effectuons un suivi à 6 mois avec un conseiller d'insertion professionnel et des bénévoles. Souvent, une personne garde le contact avec le bénévole qui l'a orientée dans le centre qu’elle continue à fréquenter, ne serait-ce que pour l'aide alimentaire. Il peut aussi y avoir un accompagnement sous forme de parrainage ou de coaching par d’autres bénévoles. Un réseau, ça peut apporter beaucoup de choses. Dans le cadre des parcours de professionnalisation, Carrefour proposent un contrat de professionnalisation d’un an, Sodexo propose aux personnes formées et ayant acquis un premier niveau de qualification, un emploi sur l’un de leurs sites.

 

Quelles sont les perspectives pour les Tremplins ?

Avec l'expérience, nous constatons qu’il est plus facile de mobiliser bénévoles et salariés sur cet outil dans des villes moyennes comme Alençon ou Montauban. Nos propositions sont mieux accueillies, probablement parce que les dispositifs y sont moins nombreux. Nous avons cependant déjà travaillé sur Bordeaux, Toulouse, Lyon…

 

Notre force, est l’accompagnement de grande proximité que nous assurons. Quand une personne passe la porte d'un centre d'activité des restos, on lui réserve un accueil « inconditionnel ». Elle repartira forcément avec quelque chose à manger, mais ça ne s'arrête pas là. On l’informe aussi, au besoin lors d’un deuxième entretien, de toutes les autres aides dont elle va pouvoir bénéficier dans son centre. Notre objectif est que toutes les personnes salariées et bénévoles des Restos connaissent les parcours Tremplins, et que nous puissions ainsi former des équipes qui localement seront mobilisées sur l’organisation de nombreux parcours.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

No comment yet.
Scooped by Cap Métiers NA
May 4, 2023 7:54 AM
Scoop.it!

Hope, un espoir pour l’intégration

Hope, un espoir pour l’intégration | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Caroline DANET est chargée d’études à la direction régionale de l’AFPA Nouvelle-Aquitaine. Elle est responsable d’un programme d’accompagnement des publics réfugiés baptisé HOPE. HOPE est lauréat national du PIC Intégration Professionnelle des Réfugiés (IPR).

 

Pouvez-vous nous présenter HOPE ?

Hope ça veut dire espoir, mais c'est surtout Hébergement Orientation Parcours vers l'Emploi. C'est un programme national financé depuis 2017 par les ministères du Travail et de l'Intérieur, qui a pour objectif de répondre aux besoins de main-d'œuvre dans certains secteurs d'activité, ainsi que d’aider les personnes étrangères à s'insérer dans notre pays. En région Nouvelle-Aquitaine, nous travaillons avec plusieurs Opcos comme Constructys pour le bâtiment, Akto pour les agences d'emploi. Plus récemment, OPCO EP pour le titre assistant de vie aux familles et l'Afdas pour l'hôtellerie de plein air.

 

Quel est le public concerné ?

HOPE est destiné aux bénéficiaires de la protection internationale et aux réfugiés ukrainiens qui bénéficient de la protection temporaire. En ce qui concerne les prérequis, il faut avoir un niveau A1 en français (niveau d'utilisateur élémentaire), signer le contrat d'intégration républicaine et recevoir l'aval de l'Office Français de l'Immigration et de l’Intégration (OFII). Au départ, on avait beaucoup de jeunes hommes isolés de moins de 26 ans, mais aujourd’hui on s'ouvre à tout profil adulte et célibataire, parce qu’on ne peut pas accompagner des mineurs ni accueillir des familles.

 

Comment identifiez-vous les bénéficiaires ?

C’est l’OFII et Pôle emploi qui sont chargés du sourcing. Il se fait beaucoup dans les structures d'hébergement, les Centres d'Accueil de Demandeurs d'Asile (CADA), les Hébergement d’Urgence des Demandeurs d’Asile (HUDA), et auprès de toute association en lien direct avec les personnes réfugiées. Il nous arrive aussi de présenter le dispositif aux structures avec lesquelles on travaille. De son côté, les Opcos s’occupent du volet entreprise, qu’il faut mobiliser avant de lancer une Préparation Opérationnelle à l'Emploi Collective (POEC).

 

Pendant la POEC, les bénéficiaires touchent une allocation formation par Pôle emploi. Ensuite, ils sont en contrat de pro, c’est un CDD, un vrai emploi à visée professionnelle. Pour AKTO, c’est de l'intérim. On leur parle rémunération, pour les rassurer, parce ils ont des besoins immédiats. A l’AFPA, ils bénéficient aussi d’un accompagnement social, de l’hébergement et de la restauration, qui sécurisent leur parcours de formation et d’intégration.

 

Comment se déroule un HOPE ?

En fait Hope, c'est 2 blocs. D’abord un bloc POEC, puis un bloc formation sur le titre. Pour lancer une session, il faut commencer par constituer un groupe de 12 personnes. La POEC est financée par Pôle emploi, elle inclut l’hébergement et de la restauration, qui sont pris en charge. Pendant cette période, les personnes suivent des cours de français à visée professionnelle. Ensuite on enchaîne, en fonction de l’Opco, soit par un contrat de professionnalisation et un parcours d’un an et plus, soit par un CDPI, un contrat de développement professionnel intérimaire, avec Akto.

 

Les sessions se déroulent uniquement dans les centres AFPA disposant d'un hébergement. De leur côté, les Opcos identifient des besoins auprès de leurs adhérents, sur un métier en tension et sur un territoire. On ne lance pas une session sans entreprises identifiées, sinon on prend le risque de mettre en difficulté les bénéficiaires. Tout le long du parcours, il y a aussi un accompagnement social pour répondre aux problématiques administratives, sociales, de logement, etc. En Nouvelle-Aquitaine, c’est un accompagnateur social de l’AFPA qui intervient.

 

Les participants à HOPE sont toujours ensemble ou mélangés avec d’autres apprenants de l’AFPA ?

Pour la formation en FLE, les stagiaires HOPE bénéficie d’une formation de français spécifique au programme HOPE. Durant la formation qualifiante, les réfugiés signent un contrat de professionnalisation et deviennent donc alternants, ainsi ils peuvent se retrouver sur les plateaux techniques avec d’autres alternants du centre, chose appréciable car cela accélère leur apprentissage en français.

 

 

Quel rôle jouent les entreprises ?

Le programme a été créé pour répondre aux métiers en tension. C’est dans l’intérêt des entreprises de participer au programme. Certaines voudraient bien en faire partie, mais ne peuvent pas, en raison de la barrière de la langue. Par exemple, dans l'industrie, les normes de sécurité doivent impérativement être comprises, sinon il y a un risque de mise en danger de la personne et des salariés. Je préfère une entreprise qui me dit non de suite, qu'une entreprise qui va s’engager mais qui n’ira pas au bout et nous laissera sans solution à l’issue de la POEC. L’Opco doit bien sensibiliser ses adhérents au public réfugié, leur faire comprendre que ça nécessite un suivi plus important qu’un stagiaire ou un salarié qui maîtrise la langue.

 

Cela dit, les réfugiés sont tellement motivés et impliqués, ils savent pourquoi ils sont là. Ils restent concentrés sur leur objectif. Même s'ils ont des lourdes contraintes privées ou personnelles, ils restent très motivés et très sérieux en entreprise. C’est ça qui est apprécié. 

 

Vous leur parlez de tutorat renforcé ?

Le tutorat est essentiel. On attend des entreprises qu’elles mettent un véritable parrain à disposition de la personne, qui va l'appuyer même au-delà du cadre professionnel. On lui demande si cela lui est possible, de prendre des nouvelles de sa situation, de lui faire découvrir la ville, le territoire, lui faire découvrir des choses en dehors de l’entreprise. Finalement c’est, en quelque sorte, un appui social que nous voulons de la part de l'entreprise. Chaque entreprise le fera à sa façon. HOPE, est un enjeu social et éthique qui intègrent la responsabilité sociétale des entreprises.

 

Est-ce que vous étiez fixé un objectif en termes numériques ?

Chaque région doit ouvrir 10 sessions par an, 10 à 12 personnes à chaque fois. Cette année, je pense qu'on sera plutôt sur 4 à 6 sessions. La priorité de l’OPCO et de l’Afpa est la même, apporter des solutions et un emploi aux bénéficiaires, c’est pourquoi, sans engagement des entreprises adhérentes, des sessions HOPE ne peuvent s’ouvrir.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

No comment yet.