Initiatives locales et paroles d'acteurs
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Etudier près de chez soi, la solution campus connecté

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Autrefois, c’était l’ancienne maison du garde champêtre. Après restauration par la mairie de Saint Macaire (Gironde), elle héberge depuis 2 ans le « campus connecté » porté et animé par la mission emploi formation du Pôle Territorial Sud Gironde, un syndicat mixte réunissant plusieurs communautés de communes.

 

Le bâtiment comporte une salle spacieuse avec une grande table de travail, un équipement de visioconférence, une salle informatique, des espaces de travail. « C’est un lieu que nous avons voulu plaisant, accueillant et convivial », décrit Fiona Joseph, coordinatrice-tutrice. « Cette maison a vraiment une âme. Ce n'est pas juste une salle fonctionnelle et un peu impersonnelle. Les étudiants s’y sentent bien, c'est un peu leur deuxième maison. »

 

Les Campus Connectés sont des lieux d'études labellisés à l'échelle nationale par le ministère de l'Enseignement supérieur de la recherche et de l'innovation. La France en compte aujourd’hui 86, dont 9 implantés en Nouvelle-Aquitaine. Ils sont majoritairement portés par des collectivités territoriales, mais peuvent aussi l’être par des structures associatives.

 

Leur rôle est d'accueillir et d'accompagner des étudiants de tous âges, aussi bien des jeunes en formation initiale, des primo étudiants qui viennent d'obtenir le bac, que des actifs en reprise d'études qui entament un nouveau parcours de formation à distance. Ils doivent respecter un cahier des charges, ainsi qu’établir un partenariat avec un établissement universitaire dit de proximité, qui n'est pas nécessairement celui auprès duquel les étudiants suivent leur formation. Pour le Campus Connecté du Sud Gironde, il s’agit de l’université de Bordeaux qui est partenaire de six Campus Connectés de la région.

 

Une autre vie étudiante

 

« Notre campus comporte 15 places, donc on est plutôt sur des micros effectifs. Bien évidemment, il s'agit d'une autre expérience étudiante que celle qu'on peut connaître sur un grand campus universitaire. Au sein d’un de nos groupes, il y a vraiment des profils très variés en âge, en parcours de vie, en formations suivies. Tout au long de l'année il peut y avoir des entrées et des sorties du dispositif, qui se veut très souple. Je pense que c'est ce qui fait son charme auprès des bénéficiaires, à savoir qu’il convient autant aux formations courtes, aux formations longues, qu'à celles qui se déroulent à cheval sur deux années universitaires, etc. »

 

Plusieurs éléments essentiels caractérisent un campus connecté. Il s’agit avant tout d’un site équipé et connecté, ouvert aux étudiants du territoire qui disposent ainsi d’un lieu où se rendre pour progresser dans leur formation à distance. Autre élément important, ils offrent un accompagnement individuel des étudiants, un tutorat qui peut prendre plusieurs formes, du coaching au conseil. Il ne s’agit pas nécessairement d’un accompagnement pédagogique, mais plutôt d'un soutien à l'étudiant et d'un accompagnement dans ses démarches tout au long de sa formation.

 

« La dernière dimension est la dynamique collective qui s’opère au sein des campus, et qui contribue à motiver les étudiants inscrits. On ne leur demande qu’une chose, être présents sur le site 12 heures minimum par semaine. Les étudiants n'arrivent pas toujours à respecter ces conditions, mais c'est l'engagement de départ. C’est nécessaire pour que je puisse faire mon travail de tutrice, que je puisse assurer le suivi individuel et que la notion de dynamique et d'animation collectives du campus prenne tout son sens. »

 

Les animations prennent des formes diverses, sur la base de thématiques. Par exemple, « bien s'informer, bien raisonner, bien parler, dans le monde d'aujourd'hui et de demain ». A cette occasion, des animateurs de Cap Sciences et l’association « les Débatteurs » ont effectué un travail avec les étudiants sur la prise de parole en public, l'éloquence, les présentations orales, etc. Pour sa part, l’association « IMS Project » (Informations pour le Monde Suivant) est venue inciter les étudiants à s’interroger sur la qualité de leurs sources d’informations.

 

Autre exemple avec un projet qui portait sur le thème « cultiver son bien-être ». Dans ce cadre, ont été organisés des ateliers yoga, des séances de basket, une randonnée culturelle pour aller à la découverte de Toulouse-Lautrec, enfant du pays, et une formation aux premiers secours dispensée par l'union départementale des sapeurs-pompiers. Ont également été organisées des visites d'entreprises, des rencontres avec des professionnels, avec le sous-préfet de l'arrondissement de Langon venu présenter l'organisation des compétences sur le territoire.

 

Répondre à un véritable besoin

 

Au regard des deux premières années du campus, il s’avère que la formation à distance répond effectivement à un besoin. « Je pense que beaucoup n'auraient pas envisagé de suivre des études s’ils ne pouvaient pas bénéficier de cette solution à distance. Pour certains, notamment les plus jeunes, les primo étudiants qui viennent d'obtenir le bac, il s'agit souvent d'un choix par défaut. Parfois, ils ne trouvent pas de place en présentiel à l'issue de la campagne Parcoursup. La limite, c’est que la formation à distance est une formule exigeante. Il faut être organisé, autonome, discipliné et régulier. C'est difficile à faire si on est tout seul. Le campus connecté offre justement ce cadre qui aide beaucoup à ne pas décrocher. »

 

Le Pôle Territorial Sud Gironde met à disposition une quinzaine d’ordinateurs portables financés par la Région Nouvelle-Aquitaine. Si la plupart des étudiants sont déjà bien équipés, ils peuvent s’en servir pour des besoins ponctuels, ou faire un emprunt pour la durée de leur formation. Le campus dispose également de moniteurs, de claviers et de souris, si les étudiants veulent se créer un poste de travail un peu plus confortable.

 

« Très tôt il y a eu un dialogue qui s'est mis en place avec les établissements, les lycées du territoire, publics et privés. Ce dialogue perdure. Chaque année, j'interviens dans les lycées pour faire connaître le dispositif. En revanche, nous sommes un peu surpris d’avoir relativement peu de primo étudiants, et plus d'actifs en reprise d'étude que ce à quoi on s'attendait. Ces derniers représentent presque 50% des adhésions. »

 

Pour la suite, le campus connecté aimerait accueillir davantage de personnes en formation professionnelle, pas seulement sur des formations diplômantes, mais aussi des formations certifiantes et professionnalisantes. Il pourrait accueillir des demandeurs d’emploi qui suivent une formation à distance dans le cadre de leur accompagnement par Pôle Emploi. Ce n’est pas le public envisagé au départ, mais qui pourrait être plus nombreux dans les années à venir.

 

En Sud Gironde, le Pôle Territorial envisage de déployer le dispositif. Une nouvelle antenne ouvrira ses portes à La Réole en septembre prochain. A terme, une troisième antenne devrait voir le jour à Bazas. La volonté est de multiplier les lieux pour que les résidents du Sud Gironde puissent avoir accès au dispositif au plus près de chez eux.

 

« Ce qui est formidable avec le campus connecté, c'est qu’il suscite tout un maillage autour de lui, un réseau d'intervenants vers lesquels il est facile de se tourner pour parler mobilité, service civique, travail à temps partiel… Au-delà de la mission d'accompagnement en termes de tutorat, ce qu'on apporte aux étudiants est bien plus large. Nous créons les conditions de mise en relation avec tout un ensemble d'acteurs du territoire, un accompagnement qui va bien plus loin que celui d’un tuteur dans l'enseignement supérieur. »

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Entreposage en mode virtuel

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Quelle est l’innovation que vous avez expérimentée en Nouvelle-Aquitaine ?

Le projet a démarré initialement fin 2021, et son développement a pris environ 2 ans avec des équipes d'ingénierie pédagogique et des experts-métiers. Nous en sommes à la 3e phase, celle du déploiement national. En Nouvelle-Aquitaine, l’idée était d’expérimenter progressivement avec nos apprentis la création d’un environnement logistique en réalité virtuelle sur les 14 sites AFTRAL de la Région. Ce nouvel outil se destine aux formations logistiques accessibles en apprentissage mais nous avons la volonté de le déployer aussi pour nos publics en formation continue, notamment inscrits sur les parcours PRF et/ou HSP.

 

Ce projet s’inscrit dans le champ de la transformation et de l'hybridation des formations. Nous disposons déjà de simulateurs pour les métiers de la conduite (voir article…). Nous voulions ouvrir le champ de l’innovation pédagogique à destination de nos apprenants en logistique, en intégrant de la réalité virtuelle sur des modules travaillés à partir des référentiels des titres professionnels. Nos équipes ont ainsi répertorié l'ensemble des champs de compétences transversaux et plus particulièrement ceux concernant la sécurité.

 

En quoi consiste l’outil ?

Le dispositif de réalité virtuelle développé permet à plusieurs personnes, chacune avec un casque, d’interagir dans une halle logistique modélisée à partir d’un site d'une entreprise du territoire. Généralement, dans nos centres AFTRAL, ces espaces font 500 à 1000 m². Ici, nous pouvons avoir 7 à 8 000 m² de terrain de jeu, nous sommes immergés totalement dans une entreprise logistique que l’on peut visualiser. Les métiers de la logistique sont associés à environnements très contraints, par la sécurité, le matériel, parfois pour des raisons de place tout simplement. Donc il nous faut trouver des solutions et l’expérience virtuelle en fait partie. En plus cela désengorge les plateaux techniques dans nos centres.

 

C’est vraiment un outil pédagogique utilisé en présentiel qui vient compléter les outils de nos équipes de formateurs. Nous avons besoin d’être à proximité des apprentis pour ancrer les savoirs et travailler les situations qu'ils n’ont pas encore rencontrées en entreprise. Par exemple, un apprenant en bac pro logistique qui n'est pas encore allé en entreprise, cela lui permet de vraiment s'immerger dans un hall logistique avant de se confronter à la réalité.

 

Quels sont les métiers concernés ?

Le préparateur de commande, l'agent magasinier, le cariste, pour les niveaux infra bac, et le bac pro logistique. Nous sommes vraiment partis de l'identification des compétences de ces formations et nous sommes allés chercher la prise en compte de la sécurité pour l'utilisation des chariots, comment on prépare et emballe des commandes, le stockage et le déstockage, le réapprovisionnement et l’inventaire. C’est un outil techniquement accessible, et il nous permet d’aborder les premiers niveaux de compétences des référentiels concernés.

 

Comment sont abordées les compétences ?

A partir de ces compétences, l'équipe d'ingénierie a identifié dix scénarios, qui incluent la découverte de l’entreprise, les différentes opérations et les flux logistiques. Les scénarios sont déployés au fur et à mesure du parcours pour chaque typologie de compétence. Nous sommes vraiment dans un serious game, qui utilise tous les codes du gaming. Les utilisateurs se testent, se chronomètrent, s'orientent dans les espaces. Nous insistons beaucoup sur l’aspect sécurité, sur le contrôle et l’utilisation d’un chariot élévateur, les indicateurs de sécurité. Nous pouvons aussi intégrer des anomalies comme un marquage qui n'a pas été fait. L’utilisateur ne peut pas rentrer dans la halle virtuelle sans avoir mis ses équipements de sécurité, c’est vraiment une simulation.

 

L’outil apporte quoi de nouveau ?

La nouveauté sur cet outil, c'est que nous voulions aller chercher la coactivité. Aujourd’hui, sur un plateau technique logistique AFTRAL, pour des raisons de sécurité, nous ne pouvons pas faire évoluer en même temps des chauffeurs, des préparateurs de commandes, des agents magasiniers et des caristes. Le dispositif permet de les faire travailler ensemble, leur montrer les répercussions que peut avoir une action sur celles des autres dans l'environnement professionnel. Avec les scénarios, les formateurs ont la possibilité de déclencher des aléas, des incidents, qu’il faut résoudre à 2 ou 3 dans le même espace virtuel.

 

Combien d’heures les apprenants passent-ils sur le simulateur ?

En fonction des organisations, c’est de l’ordre de 4 à 5 heures sur l'ensemble d’un parcours, ce qui représente environ 30 minutes par séance. L’utilisateur vit une situation avec le casque, puis va débriefer avec le formateur et le groupe. Nous l'utilisons vraiment en complément du reste de la formation. C’est un outil qui permet de prendre le temps, de revenir sur des situations professionnelles particulières, de vérifier l’acquisition des compétences, de les approfondir, ce qui n’est pas toujours possible directement sur les plateaux techniques. Mettre ses équipements de protection individuelle, se diriger dans la halle, organiser sa tournée avec son chariot. Tout cela, ce sont des gestes professionnels qui prennent du temps. Et qui prennent du temps aussi dans la réalité.

 

Quelle est selon vous la juste place de la simulation dans un processus d’apprentissage ?

Pour nous, l'immersif n'est pas un gadget. Nous vérifions à chaque fois qu’il apporte un plus à nos apprenants, quels qu'ils soient. Cela doit les aider à ancrer les savoirs parce qu’ils vont pouvoir répéter les exercices. Aujourd’hui, nous n’apprenons plus de la même manière. Les personnes qui viennent dans nos centres, ont besoin de se tester, elles ont besoin d'acquérir des gestes métiers en situation, ce que nous pouvons faire sur nos plateaux techniques de mise en situation. En plus du savoir livré par le formateur, ils viennent chercher de la pratique. Mais pour les raisons évoquées précédemment, contraintes d’espace ou de sécurité, nos plateaux ne sont pas disponibles en permanence. Grâce à la halle logistique virtuelle, les apprenants vont pouvoir mettre encore plus en pratique. Cet outil en réalité virtuelle, vient compléter nos pratiques pédagogiques et devient indispensable pour nos apprenants, à la fois pour accompagner leur montée en compétence, et augmenter leur engagement en formation. Cela fait partie des méthodes que nous essayons de déployer au maximum.

 

Quels sont les effets sur les apprenants ?

Nous avons constaté que les apprenants sont plus motivés parce qu’ils vivent une expérience avec des interactions différentes pendant leur formation. Ils partagent leurs idées, l'organisation de la session, etc. Avec ce dispositif, nous pouvons plus facilement adapter et individualiser les parcours. Un jeune qui rencontre des difficultés dans la spatialisation va pouvoir répéter un scénario. Nous pouvons aussi travailler sur les soft skills comme la gestion du temps avec les flux logistiques, la résolution de problèmes comme les retards, des produits manquants, la prise de décision immédiate, la gestion du stress…

 

Qu’en pensent les formateurs ?

Je pense qu'il y a un vrai changement qui est en train de s'opérer au niveau de l'approche pédagogique. Même si à AFTRAL, nous sommes plutôt reconnus sur la partie immersive, il y a toujours une phase d’appropriation à mener avec nos équipes pédagogiques. Certains formateurs étaient réticents au départ, notamment sur la performance de l'outil ou sa prise en main technique. Aujourd'hui, ils l’utilisent au quotidien en complément de leurs supports de cours « classiques », dans chacun de nos sites en Nouvelle-Aquitaine. Et ils en sont vraiment très satisfaits.

 

Pour le moment, je pense qu'il y a encore des disparités de pratique. C'est aujourd'hui le rôle des équipes d'ingénierie de guider les formateurs dans la prise en main de ces outils. C’était important qu’Evol’Job, un cabinet bordelais de conception d’ingénierie pédagogique, accompagne les équipes et leur explique comment elles peuvent intégrer de l’immersif dans leur formation.

 

La pédagogie immersive devient incontournable pour AFTRAL, c'est vraiment une transformation dans la construction de nos parcours pédagogiques. Cela nous donne la possibilité d’intégrer des méthodes qui permettent d'engager autrement les jeunes, de les motiver différemment et puis, au-delà, d’améliorer leur projection dans un environnement professionnel en perpétuel évolution.

 

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :

https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

 

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A l'écoute des situations d'illettrisme

A l'écoute des situations d'illettrisme | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Le centre social « Lo Solan » de Mourenx propose depuis des années des modules de formation de base à destination des publics Français Langue Etrangère (FLE) ou en situation d’illettrisme. Après s’être doté d’un « bus numérique » pour porter son offre de services sur l’ensemble de son territoire (voir notre article https://sco.lt/7eJR1U), « Lo Solan » a mis en place l’action « Tendre l’O.RE.ILLE », financée par l'appel à projets régional « innover contre l'illettrisme ».

 

En quoi consiste « Tendre l’O.RE.ILLE »?

Avec « Tendre l’O.RE.ILLE », notre but était surtout de capter et de mieux accompagner les publics en situation d'illettrisme, souvent invisibles, de les rendre plus autonomes. Il fait suite à un premier projet «#inclusion numérique mobilisation et programme Lo Solan» de 2021, avec notre bus numérique qui existe toujours. À l’époque nous avions pu compter sur l'implication et la forte mobilisation de nos partenaires, auxquels nous avions notamment proposé des journées de sensibilisation au repérage des personnes en situation d’illettrisme.

 

Quel bilan avez-vous tiré de votre première action ?

Lors du premier appel à projets, en tant qu’organisme de formation, nous avons accueilli des personnes sur le parcours 1 de l’HSP (Habilitation de Service Public) sur l’illettrisme et l’illectronisme. Et on s'est rendu compte que certains partenaires pouvaient faire des amalgames entre le FLE et l’illettrisme et par conséquent avaient besoin d’être formés pour mieux repérer les publics en situation d’illettrisme. Nous avions une dizaine de personnes sur l'année, ce qui était très peu alors qu’on se doute bien que sur notre territoire, il y a de nombreuses personnes en situation d’illettrisme qui passent au travers des mailles du filet.

 

Qui sont vos partenaires ?

Le centre social de la Pépinière à Pau a répondu aux mêmes appels à projet. Nous avons mis en évidence des actions communes, notamment autour de la formation des acteurs, puisqu'on a proposé des formations similaires auprès des professionnels, des partenaires, conseillers en insertion professionnelle, sous forme d’actions de sensibilisation et des échanges de pratiques. Cela nous a permis d'intervenir sur un territoire élargi et de façon concertée entre les deux territoires. On a également mis en place des séances destinées aux bénévoles, parce qu'il y en a beaucoup qui interviennent auprès des publics en proposant de l'accompagnement individualisé.

 

« Tendre l’O.RE.ILLE » est un projet de formation ou un projet d'accompagnement ?

C’est surtout un projet d'animation du réseau auprès de tous les acteurs, de formation et de sensibilisation des partenaires, ainsi que de repérage et d’accompagnement des publics en situation d’illettrisme. Le but est de maintenir une dynamique partenariale et une animation de réseau pour que la thématique de l’illettrisme reste toujours attrayante. C'est pour ça que, pour ce projet, nous avons voulu partir de la base constituée avec les acteurs socioprofessionnels, Pôle emploi, le PLIE, la mission locale, le Département des Pyrénées-Atlantiques avec le SDSEI « Pays des Gaves », les acteurs du monde associatif et du social, tout le réseau France services, les conseillers numériques avec la Fibre 64, ainsi que la fédération départementale des centres sociaux. Bien entendu, il y a également un accompagnement individuel de réapprentissage qui se réalise avec des bénévoles, le repérage des publics et la mise en place d'actions innovantes en matière de formation (accès aux droits, renforcement des compétences professionnelles en lien avec le numérique…).

 

Quel type de parcours suit une personne avec « Tendre l’O.RE.ILLE » ?

Les actions de formation première marche nécessite de travailler en amont avec les structures partenaires et les publics repérés. Concernant la personne, on la prévient, on travaille avec elle sur le fait qu’elle peut être accompagnée. Pour cela, nous avons mis en place un groupe de bénévoles qui a été formé et sensibilisé à l'illettrisme, en partenariat avec le Centre Ressources Illettrisme Analphabétisme Nouvelle-Aquitaine (CRIA-NA). C’est le CRIA-NA qui a assuré cette sensibilisation en lien avec nous, qui dispense la formation et opère les échanges de pratiques avec les partenaires. Ainsi les personnes sont accueillies et accompagnées en individuel ; tout leur parcours s’établit au contact des bénévoles qui apportent une écoute différente et proche des situations vécues. Donc, dès le départ, on met en place ce principe, on voit comment ça fonctionne et ça évolue vraiment avec la personne et son accompagnateur. Et finalement on leur propose d’entrer dans un groupe, mais pour cela, il faut nécessairement du temps.  

 

Quel rôle jouent exactement ces bénévoles ?

La particularité des personnes en situation d’illettrisme, c'est qu'elles ont quasi toutes été en situation d'échec scolaire et ont eu un rapport douloureux avec l’école. Repartir dans un dispositif classique, avec un tableau où suivre des cours est souvent impossible pour elles. Donc on leur propose de commencer par rencontrer un(e) bénévole avec qui elles peuvent parler des sujets qui les intéressent. Le fait d’installer une relation de confiance permet d’engager un travail avec elles. C’est un préalable nécessaire.  Progressivement, il y a un lien affectif qui se crée. On fait plusieurs mois d’accompagnement en individuel, et on peut leur proposer ensuite, pour les valoriser, de les associer à une autre personne pour lui expliquer comment elles ont démarré, leur donner des astuces, etc.

 

Sur l’aspect repérage avez-vous mis en place des actions particulières ?

Les personnes en situation d'illettrisme, c'est un public particulier qui a été scolarisé en France jusqu'à l'âge de 16 ans. Il n’est pas évident pour des professionnels, qui ne sont pas formés à l'illettrisme, de se dire qu'une personne qui a été scolarisée, qui peut même avoir un CAP BEP, qui a souvent son permis de conduire, a des difficultés avec la lecture et l'écriture. Surtout que les personnes en situation d'illettrisme développent beaucoup d'autres compétences à côté et savent masquer leurs difficultés.  

 

Donc l'idée c'est de les aborder par des biais indirects, des thèmes comme la santé, l'accès aux droits, des voies de contournement pour essayer de recréer une relation. La culture numérique est un très bon support, c'est moins compliqué de dire qu’on a du mal à se servir de l’informatique que d’avouer qu’on ne sait pas lire. Donc on se sert beaucoup du numérique pour repérer et accompagner les publics.

 

On sait aussi qu’il y a un travail à effectuer pour optimiser des passerelles entre nos structures, SIAE, organismes de formation, centres sociaux. Nous pouvons nous appuyer sur les outils du CRIA et nous construisons aussi des outils spécifiques. Par exemple, nos collègues conseillers France services disposent de petits indicateurs autour des pièces administratives qui leur permettent de détecter les situations d’illettrisme dans les différents publics qu’elles accueillent au quotidien.

 

Que considérez-vous comme une sortie positive ?

À partir du moment où l’on a répondu à la demande d’une personne, à son projet de départ, par exemple d'arriver à être plus à l'aise avec l'écriture, d'arriver à lire le journal, de trouver un emploi, c’est pour nous très positif… Sur l’HSP socle de compétences, nous avons des objectifs et il faut un nombre minimum de stagiaires pour engager des sessions. Mais sur le projet illettrisme, ça ne fonctionne pas comme ça, même si nous devons renseigner des données quantitatives et qualitatives.

 

Pour donner un ordre d'idée, la première année où nous avons répondu sur le parcours 1, on a reçu 7 personnes sur l’année. 3 ans après, et le déploiement de « Tendre l’O.RE.ILLE », nous en sommes à 24 personnes, dont 18 qui sur l’HSP et 4 qui sont suivies par des bénévoles. Pour avoir ces résultats, c'est un travail de longue haleine.

 

Selon vous, que faudrait-il améliorer ?

Nous pensons qu’aujourd’hui, les professionnels font bien mieux la différence entre une personne en situation d'illettrisme et une personne FLE même si certains partenaires sont encore dans la confusion des publics. Les prescripteurs orientent mieux, connaissent mieux les caractéristiques de ce public, son isolement, et la honte que certaines personnes ressentent par rapport à leur situation, ainsi que leurs stratégies de contournement.

 

Cela dit, il est important de poursuivre la formation des acteurs et des bénévoles, ça reste un travail qui s’établit sur du long terme. Si l’on veut continuer à agir de façon efficace pour ce public, il faut poursuivre notre effort de sensibilisation et de formation des acteurs. Et puis trouver les moyens de répercuter cette dynamique sur les zones blanches du département. Dans nos perspectives de travail, il y a également le développement de notre réseau. La lutte contre l’illettrisme ne peut pas rester le souci de spécialistes, cela doit être l'affaire de tous. L’offre de dispositifs et de formations adaptés est conséquente et nécessaire, mais ce que l'on constate sur l'ensemble des territoires, c’est que toutes les personnes concernées ne s'en saisissent pas forcément. L’enjeu reste la mise en adéquation entre l'offre et les besoins.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :

https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

 

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La prévention spécialisée au service de l'insertion professionnelle

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L’Association Départementale pour la Sauvegarde de l’Enfant à l’Adulte de la Vienne (ADSEA 86) intervient dans le champ de la protection de l’enfance et dans celui de l’insertion sociale et professionnelle. Son pôle Prévention, dont Emmanuel Delestre est directeur, anime depuis 2020 une action baptisée "De l’oisiveté de la rue au travail », lauréate du PIC Repérer et Mobiliser les Publics Invisibles (RMPI).

 

Comment avez-vous créé « De l’oisiveté de la rue au travail » ?

C'est en 2019 que nous avons entamé un travail avec la mission locale de Châtellerault et de Poitiers. Nous avons commencé à monter un dossier ensemble, avant que l’Association Régionale des Missions Locales ne dépose son propre projet. De notre côté, nous avons présenté le nôtre, puisqu’il n'était pas interdit de partir seul. Et nous avons été retenus. Notre proposition était de travailler à partir des quartiers pour accrocher et remobiliser les jeunes, en renforçant la prévention spécialisée sur les territoires de Poitiers, de Châtellerault et d’Angoulême.

 

Quel est le profil de votre public ?

Dans ces villes, les éducateurs de prévention spécialisée sont implantés sur tous les quartiers prioritaires. Ils s’adressent aux 16-25 ans. Avec le PIC, le public est celui des 16-29 ans, sans formation, sans emploi, sans stage (les NEET) sortis des radars. Etant donné que nous étions déjà en lien avec des publics sur ces territoires, disposer d’un poste de plus nous permettait d'aller plus loin et de mettre un focus sur ce public en rupture.

 

Quel était votre objectif de départ ?

Notre parti pris était de nous appuyer sur notre dispositif existant. Nous ne voulions pas créer un poste spécifique PIC qui aurait rencontré l’incompréhension des jeunes et risquait de dénaturer l’action des éducateurs déjà en place. Concrètement, nous voulions éviter de faire une distinction entre ces professionnels. Les jeunes sont extrêmement prudents vis-à-vis de l'adulte et en défiance par rapport aux institutions. Je pense qu’ils n’auraient pas compris pourquoi un troisième éducateur arrivait avec une mission différente. Donc nous avons constitué une équipe de 3 éducateurs en leur demandant d’élargir leur champ d’intervention jusqu’à 29 ans.

 

Quelle est votre approche ?

Les jeunes en rupture, les décrocheurs en voie de marginalisation, les gens qui ont connu une succession d'échecs, sont dans une forme de rejet des intervenants. L'idée de monter un groupe, par exemple, c'est déjà toute une affaire. Pour arriver à les remobiliser, il faut créer un lien de confiance. Et pour ça, il faut avoir des éducateurs en poste sur ces quartiers. Le nouvel intervenant PIC a pu s’appuyer sur ce lien de confiance ce qui lui a fait gagner plusieurs mois représentant une forte plus-value. Notre action passe ensuite par des petits riens, par les centres d’intérêt des jeunes afin de les amener là où on veut. On parle de leur quotidien, de leurs difficultés, c'est vraiment un art de l'ordinaire. C'est un travail qui prend énormément de temps. Pour ça, nous disposons de quelques outils.

 

Quels sont ces outils ?

En premier lieu, nous avons les chantiers éducatifs, qui sont un très bon support de remobilisation. Dans ce cadre, on propose un travail aux jeunes, qui va d'une demi-journée à plusieurs jours. Nous travaillons en partenariat avec des associations intermédiaires, la SATE 86 à Poitiers, Action Emploi à Châtellerault ou AISD’EMPLOI à Angoulême, qui se chargent d’éditer les contrats à durée déterminée d’usage, des déclarations URSSAF et de verser le salaire aux jeunes.  L’encadrement est assuré par les éducateurs de la prévention spécialisée qui travaillant aux côtés des jeunes. C'est un dispositif que nous avons beaucoup utilisé dans le cadre du PIC. Petit à petit, en fonction de ce qu'ils nous disent de leurs difficultés, de ce qu'ils veulent faire, on les éprouve à partir du chantier éducatif qu’on peut ouvrir à partir de 16 ans.

 

Nous avons aussi eu recours à « Explore l'Europe » à Angoulême, un dispositif qui permet à des groupes de monter un projet pour faire un séjour dans un pays de l’UEE. Quand on fait des projets européens avec les jeunes, ils passent physiquement des frontières géographiques mais aussi psychologiquement par le fait de s’ouvrir sur le monde et d’autres cultures, favorisant l’altérité. Pour finir, ils bénéficient également des accompagnements des missions locales, ou d’autres structures en fonction de leurs problématiques.

 

Selon vous, quels effets ont les chantiers éducatifs ?

Avant de rejoindre un chantier, il faut que l’éducateur sente que le jeune est prêt, ne serait-ce que pour y travailler une demi-journée.  Avant ça, il faut souvent qu’il refasse ses papiers, son cv, sa carte vitale, avoir un RIB pour se faire payer, etc. Avec ces éléments, on peut voir si le jeune est déjà dans une dynamique de remobilisation. Une fois qu'il est inscrit à l'association intermédiaire, encore faut-il qu’il vienne. Pour que ça marche, il y a tout le lien de confiance à créer entre lui et l'éducateur, ça prend de nombreuses semaines. L'avantage des éducateurs qui étaient déjà sur le terrain c'est que parfois ils ont vécu des séjours ou des sorties avec ces jeunes, ce qui leur a permis d’en repérer certains en amont. Le chantier éducatif est aussi un bon outil pour ceux qui vivent des parcours extrêmement chaotiques, y compris avec de la prison.

 

Au démarrage, vous étiez-vous fixé un objectif en nombre de jeunes accompagnés ?

Un peu moins de 300 sur 4 ans. Fin 2023, on en était à environ 140 jeunes. Nous avions misé sur 110 la première année, mais comme l’action a commencé début 2020, nous ne sommes arrivés qu’à la moitié. Compte tenu de la situation sanitaire, les sorties à la journée, les activités en petits groupes, tout cela a été très compliqué. Nous avons gardé des liens avec eux pendant toute cette période.  C'est un suivi souvent sur des mois parce qu'ils partent de loin, et il y a un travail à faire sur leurs papiers, leur vie quotidienne, leur remobilisation, etc.  Tout cela est très chronophage.

 

Nous avions mal anticipé ce côté chronophage. En fait, pour travailler auprès des invisibles, 4 ans c'est court. Il faut créer un lien avec eux, il ne suffit pas de leur proposer un dispositif. Cela prend des semaines, des mois, il faut arriver à se faire accepter sur le territoire. C’est l’avantage de la prévention spécialisée, elle évite d’être trop intrusif.

 

Vous savez quand un parcours commence, mais en moyenne combien de temps dure-t-il ?

C'est un peu le système des tamis. Le premier, ce sont les maisons de quartier, l’éducation nationale, etc.  Nous sommes le deuxième tamis, avec un maillage un peu plus serré. Il y a toute une partie des jeunes que l'on connaît vers 11-12 ans, plus on intervient tôt, plus on arrive à agir sur leurs problématiques. Et puis le troisième tamis, ce sont tous les jeunes qui sont passés à travers. C'est ceux-là qui vont demander le plus de temps de mobilisation, pour les amener à faire des démarches un peu autonomes, par exemple appeler un médecin, s’inscrire pour passer leur permis de conduire, trouver les ressources pour le financer. A un moment donné les choses s'enclenchent, permis, santé, prendre plus soin de soi. Petit à petit, ces jeunes s’autonomisent et reprennent leur place dans le jeu social. Mais les parcours peuvent durer 10 ans. Certains jeunes passent par la case prison, et quand ils sortent, ils reviennent nous voir pour participer à un chantier par exemple. C'est très aléatoire. Mais il y a toute la partie où on va devoir le soutenir, le tirer, et cette dernière est très chronophage.

 

Vous semblez insister sur l’importance du temps dans le cadre de vos actions, qu’en est-il ?

On ne mesure pas assez le temps nécessaire pour accompagner ces jeunes. En matière de dispositifs tout existe aujourd’hui. Le vrai problème, ce sont les marches qu'il faut gravir pour que les jeunes se sentent suffisamment autonomes, qu’ils aient envie de progresser. C'est notre métier d’effectuer ce travail. Le principe de « l’aller vers » est un peu galvaudé en ce moment. Mais aller vers des gens n'est déjà pas simple, aller vers des jeunes en rupture, ça demande un vrai savoir-faire pour être accepté.

 

Selon moi, le métier est devenu plus difficile avec la dématérialisation, la situation des jeunes qui est plus compliquée sur le plan administratif. Et puis il y a des diminutions de moyens partout. Le métier est devenu plus dur aussi au niveau éthique et personnel, on se fatigue plus vite. Je suis content que nous arrivions à garder les éducateurs. Nous connaissons des problèmes de recrutement comme tout le secteur social et médico-social, problème d’attractivité des métiers, même si nous sommes pour le moment encore quelque peu épargnés. Le milieu ouvert attire toujours, mais nous arrivons à la limite.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :

https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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Des envies aux projets

Des envies aux projets | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Le CPA Lathus est un Centre de Plein Air et de formations situé à Lathus-Saint-Rémy (Sud Vienne). Parmi ses nombreuses activités, il propose le dispositif « Osez, lancez-vous », dont Alice Polo est la coordinatrice. « Osez, lancez-vous » a été retenu fin 2022 par l’appel à projets régional « Mobilisation vers la formation. »

 

Pouvez-vous nous présenter votre action ?

« Osez, lancez-vous » est le prolongement de l’action « dynamisons les résignés ruraux » (voir notre article du 25 novembre 2021 https://sco.lt/7eJR1U), qui était déjà une aide pour sortir de l'isolement et aller vers l'emploi, destinée à des personnes qui ont besoin d'un accompagnement spécifique avant d'intégrer un emploi. On a souhaité garder le même cap en faisant des améliorations sur certains axes, notamment la mobilité et la santé, pour que ça corresponde au mieux au public espéré. Nous avons aussi souhaité faire plus d’accompagnements individuels. Pour Osez lancez-vous, on est sur une logique progressive. Comme les personnes avaient du mal à reprendre un rythme très important dès le début de l’action, on est parti sur le principe de 5 semaines à 2 jours de présence, puis 5 semaines à 3 jours, enfin 5 semaines à 4 jours.

 

Quel est son objet ?

Pendant environ 3 mois, l’idée est d'appréhender et d’explorer les acteurs du territoire, dans les domaines de la santé, de la mobilité, du travail. C’est aussi créer des projets comme intégrer une association (par exemple un club de couture, de sport…), ou se lancer dans une formation, voire rejoindre un chantier d'insertion pour ceux qui sont prêts à reprendre petit à petit une activité. Le tout est fait de manière très progressive, pour avoir le temps de réaliser ces projets. Et surtout l’équipe vise l’individualisation de chaque parcours.

 

Quel est votre public ?

Le public très large, de 16 à 67 ans. Ce sont des personnes très isolées et très éloignées de l'emploi et de la formation, notamment à cause du Covid. On a aussi un public qui a connu des traumatismes importants (violences conjugales, harcèlement, etc.) ou qui souffrent de certaines phobies sociales, la peur de foule, des troubles psychologiques, et qui n'arrivent pas à vivre en collectif.

 

Avec les réformes des retraites, des personnes ont besoin d’échanger ou de travailler encore quelques semestres, ne serait-ce que pour toucher une retraite convenable. À partir de 16 ans, on touche des décrocheurs qui ne peuvent pas, ou ne veulent absolument pas, retourner dans le système scolaire. Nous essayons de leur redonner l'envie de se réinsérer professionnellement et socialement. Géographiquement, ce sont des personnes de la Communauté de Communes Vienne et Gartempe (CCVG).

 

Comment trouvez-vous vos participants ?

Des personnes candidatent sur notre chantier d’insertion pour travailler, mais lors du premier entretien nous constatons qu’elles ne sont pas encore prêtes, donc nous leur proposons ce dispositif. Nous avons également nos partenaires (la mission locale Centre et Sud Vienne, Pôle Emploi de Montmorillon, Le Centre d’Information et d’Orientation), qui nous orientent des personnes pour les positionner sur l’action. Et le bouche-à-oreille fonctionne bien. Mais la plupart du temps c’est notre service qui trouve les personnes, par la pratique de ces différentes activités, des ateliers sur les savoirs de base par exemple.

 

Comment vous leur présentez l’action ?

La première question c'est, de quoi avez-vous envie ? Puis quels sont vos besoins ? Le plus souvent la réponse est la suivante : je veux retrouver une vie sociale, une vie professionnelle. Je leur décris le dispositif, leur explique que tout sera basé sur leurs besoins. Ça donne une projection positive de la suite. Mais je n’utilise pas de discours type. Tenir le même discours pour toutes les personnes ça aurait moins d'effet parce que les traumatismes, les causes d'isolement, les vécus ne sont pas les mêmes. En tout cas j’écoute, et après j’adapte mon discours.

 

Comment sont vos groupes ?   

On aurait aimé accueillir 16 personnes sur nos deux sessions, on est un peu en deçà de ce qu'on avait visé. On a une grande mixité en âge. Ça favorise énormément les échanges et les partages d’expériences. Du coup, les savoir-faire et les expériences de chacun sont valorisés. C’est très important qu'ils s'écoutent sans se juger. Les plus âgés sont poussés à apporter leur expérience aux plus jeunes, et inversement on attend d’un jeune de 18 ans qu’il aide les plus âgés à utiliser les réseaux sociaux par exemple.

 

Quelle est globalement votre approche ?

On met un point d’honneur à ce que ça ne soit pas scolaire, parce que c’est souvent ça qui fait peur. On essaie de ne pas rester enfermés dans une salle. Nous proposons des activités variées, motivantes et enrichissantes. Les bénéficiaires pratiquent des activités sportives comme l’escalade (pour vaincre des peurs et apporter de l’aide à l’autre) ou d’aller visiter un musée. En fait, sans s’en rendre compte, les personnes reprennent confiance en eux et travaillent sur leur employabilité. Elles vont s’apercevoir qu’elles sont capables de réaliser telle ou telle chose, d’échanger avec la personne qui leur a organisé la visite, de poser des questions, de s’intéresser.

 

Le premier module de 5 semaines est basée sur la découverte du groupe, sur les prémices des différents projets individuels et collectifs et sur la confiance en soi principalement. Pour le deuxième, on va plutôt être sur des activités d'expression c'est-à-dire oser parler et écrire, et sur les visites nécessaires, (par exemple à l’AFPA ou dans d’autres organismes de formation). Le dernier module est consacré aux immersions parce que les personnes sont un peu plus capables d'appeler ou de démarcher elles-mêmes. On organise différentes visites, à la CCVG, à la Maison Départementale des Solidarités, au CCAS, au tribunal, dans des associations socio-culturelles comme les MJC… Tout simplement pour leur faire découvrir ce qui les entoure.

 

À quel moment commencez-vous à parler de projet professionnel ?

On n'a aucun tabou, on en parle dès le début. Mais le mot professionnel fait peur, c'est certain. On est très transparent en leur disant que l'objectif de ce dispositif c'est d’abord de faire naître un projet, qu'il soit professionnel ou pas. L’idée c'est de dédramatiser, d'expliquer qu’on peut avoir plusieurs projets professionnels dans une vie, qu’on peut en changer. On l’aborde sous l’angle des appétences, des goûts de chaque personne. Est-ce que j'aime les animaux ? Est-ce que j'aime travailler avec mes mains ? Faire de la peinture ou plutôt du bois ? En fait, on cherche à dégager un projet par le biais des envies des gens, sans qu’ils s’en rendent vraiment compte.

 

Que se passe-t-il à la fin des 4 mois ?

Notre objectif, c'est que la personne sorte en emploi, en formation ou qu’elle ait réalisé un des objectifs qu’elle s’était fixée. On ne veut pas se focaliser sur l’emploi ou la formation, parce qu'une personne peut simplement avoir comme but de reprendre une vie sociale, ça c’est aussi une sortie positive. Parfois, on a des sorties négatives, avec aucun objectif réalisé et des abandons. Dans ce cas, on essaye de maintenir quand même un contact assez régulier par téléphone, on réoriente vers un autre partenaire. On essaie en tout cas de ne pas les laisser seuls dans la nature. C’est la personne qui est actrice de sa vie.

 

Pour la suite, que faudrait-il améliorer selon vous ?

Nous rencontrons des difficultés à mobiliser des personnes qui auraient pourtant besoin de cet accompagnement. Il faudrait arriver à mettre tous les acteurs locaux ensemble pour aller les chercher, donc je dirais une mobilisation territoriale plus importante. On s’est amélioré, je pense qu'une fois qu'on aura réalisé les deux sessions (la dernière se termine en mars), on pourra faire un bilan un peu plus précis de ce qui a marché ou pas en fonction des types de personnalités et des activités proposées.

 

Pour nous, la thématique principale reste la reprise de confiance. C'est vraiment notre ligne de conduite et ce qu'on a envie de produire sur le territoire, tout en sachant qu'on a déjà au sein du CPA Lathus des actions très thématiques, notamment nos formations en animation. Avec « Osez, lancez-vous », on avait envie de cette ouverture qui laisse place à plein de possibilités. On y met ce qui nous semble pertinent pour les individus, c'est un choix de notre association d’éducation populaire.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :

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La coopérative des coopains

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KPA LA Rochelle est une association qui fait partie du réseau national KPA-Cité. Elle accompagne les jeunes de 16 à 25 ans à construire leur avenir par l'exploration entrepreneuriale et l’entrepreneuriat collectif. C’est dans le cadre d’un consortium que le réseau KPA-Cité a répondu à l'appel à projet du PIC 100% inclusion.

 

Présentez-nous KPA La Rochelle.

KPA La Rochelle c’est une association qui porte différents parcours. Le parcours la Fusée, un parcours destiné aux porteurs de tous types de projets, qui est comme une pré incubation. Pendant quelques semaines, les participants se retrouvent chaque mercredi soir pour faire avancer leur projet. Nous avons aussi le parcours Osmose, de janvier à juin, qui est une formation de 6 mois pendant laquelle des jeunes de 16 à 25 ans vont apprendre à gérer une entreprise, à faire des devis, des factures et réalisent des prestations. Pendant cette période, ils font également des stages en entreprise, et travaillent sur leur projet de vie au CFA de Lagord, pour mieux se découvrir.

 

Plus récemment, RestoKoop, ouvert en septembre, qui est co porté par Horizon habitat jeunes et par l'URHAJ. L'idée c'est que 5 jeunes participent, pendant 6 mois, à tous les aspects de la gestion d’un restaurant. Ils n’ont pas forcément vocation à devenir cuisinier, l’activité leur permet surtout d’acquérir certaines compétences, un rythme, des horaires, une posture professionnelle et une plus grande confiance. Et puis la coopérative « Les Coopains à bord » issue du programme Kpa-cité qui est le parcours qui a donné naissance à l’association il y a 5 ans, et par lequel nous avons répondu à l’appel à projet du PIC  100 % inclusion.

 

En quoi consiste Les Coopains à Bord ?

Les Coopains à bord est une coopérative jeunesse de services. Le programme vient du Canada. Son principe est de regrouper des jeunes pendant les vacances d’été, afin qu’ils proposent des services aux habitants des quartiers. Ils apprennent à gérer ensemble une entreprise coopérative et à proposer des prestations rémunérées. Après une première expérience menée ici, les jeunes et les accompagnateurs se sont dit que ce serait une bonne idée de continuer toute l'année. C’est comme ça qu’est née la coopérative les Coopains à Bord.

 

La particularité de KPA La Rochelle, c'est que nous nous adressons aux 16-25 ans, principalement des jeunes déscolarisés des quartiers prioritaires. Alors qu’ailleurs dans le réseau KPA-cité, notamment à Lille, c’est plutôt pour un public adulte. Soit ils sont déjà inscrits à la mission locale, soit nous faisons en sorte qu’ils les soient. Pour participer, ils signent un Contrat d'Appui au Projet d'Entreprise (CAPE) porté par l’association KPA La Rochelle.

  

Comment trouvez-vous les jeunes ?

Nous mobilisons tous nos partenaires, et nous allons à la rencontre des jeunes sur le territoire. On organise plusieurs réunions d'informations pour les jeunes, qui peuvent s’engager sur la base du volontariat. Nos partenaires connaissent le programme et nous les informons régulièrement. De toute façon, rien ne peut se faire sans les partenaires.

 

Nous accueillons une douzaine de candidats par groupe. En tout cas on a la capacité d’en accompagner une douzaine en même temps. Après, au cours de l’année, on en accompagne beaucoup plus. Aux Coopains à bord, ils viennent le mercredi après-midi donc ça permet aux jeunes scolarisés d’être là, ainsi que pendant toutes les vacances scolaires.

 

A quoi les jeunes s’engagent-ils ?

À tout moment les jeunes peuvent rejoindre la coopérative Les Coopains à Bord. L'idée c'est qu'ils viennent découvrir si elle correspond à leurs besoins. Ensuite on leur demande de prendre un véritable investissement, on veut leur inculquer cette notion d'engagement. Quand un jeune décide que c’est le bon moment, on signe un CAPE d’une durée de 2 mois à un an, renouvelable. C'est aussi une façon pour que les jeunes se sentent impliqués dans un projet. Nous on souhaite qu'ils s'engagent de 6 mois à un an, mais on ne les garde pas à tout prix.

 

Comment trouvez-vous vos clients ?

L'association a 5 ans d'existence maintenant, nous avons beaucoup de clients fidèles qui nous connaissent. Je pense notamment à la ville, à la SCIC TEO, aux Francofolies avec qui nous avons un partenariat depuis longtemps. Il y a toujours un moment dans l'année où nous menons plusieurs de démarchages, ça aussi c'est un apprentissage pour les jeunes. Les groupes évoluent, ils ont des capacités, des envies, des appétences différentes. Si on identifie que, par exemple, dans le groupe il y a beaucoup de d'intérêt pour l'audiovisuel, peut être que nous allons va prendre un temps pour aller démarcher des clients dans ce secteur.

 

De quel type sont vos prestations ?

Les prestations proposées par les Coopains sont multiservices. Notre objectif c'est que les jeunes découvrent des activités différentes, avec des entreprises et des partenaires différents. C’est pour eux une façon de mieux se connaître, découvrirent ce qu'ils aiment faire. On veut conserver cette ouverture, donc on ne se spécialise pas. Aux Francofolies par exemple c'était l'accueil et l’orientation des flux des publics, de la distribution de goodies, du ramassage des gobelets pour les mettre dans les bons bacs à tri, etc. A la guinguette du Gabut, c'était l’installation et la désinstallation du site, des tables des chaises, le tri des poubelles.

 

On ne s’interdit pas d'intervenir dans des domaines très différents. Il y en a plein que nous n’avons pas encore exploré. Par exemple les vêtements de seconde main. J'ai récemment rencontré une entrepreneuse qui travaille dans ce domaine-là, et qui aurait peut-être des besoins ponctuels pour du tri.  A voir si peut intéresser les jeunes.

 

En pratique, ça se passe comment ?

Le mercredi après-midi, il y a un temps collectif. Ensemble, les Coopains prennent connaissance des courriels reçus, regardent s'il y a des demandes de prestation. Ils vérifient qu’il y a tous les détails nécessaires pour répondre, dates, horaires, nature de la demande, etc. Sinon, on appelle le client. Ensuite ils décident d’y aller ou pas. Si tout est calé, ils envoient un devis et organisent la prestation. Ce ne sont pas forcément les mêmes qui contactent le client, établissent le devis, font la prestation ou préparent les factures. Ça dépend des disponibilités et des envies des uns et des autres. L’important c’est qu’ils soient tous au courant, qu’ils aient tous la même information. Potentiellement toutes les personnes qui ont participé à la réunion du mercredi peuvent intervenir d'une manière ou d'une autre sur la même prestation.

 

Quel est le rôle des accompagnateurs ?

Nous faisons le lien dans le sens où on s'assure auprès du client qu'il a bien compris le cadre d'intervention, le public qui va venir.  Evidemment on s’assure que les jeunes soient en sécurité, pas que physiquement, mais aussi dans le sens du cadre dans lequel ils vont évoluer, pour qu'ils se sentent en assurance et en autonomie. C’est nous qui définissons ce cadre, surtout quand il y a des mineurs. Notre règle, c’est que les jeunes n’agissent pas seuls. Ils sont toujours au minimum en binôme. C’est important pour la prise de confiance. Parfois les clients ont besoin de plusieurs personnes, la prestation dépend du besoin et de la demande.

 

Vous effectuez un suivi après la sortie de l’action ?

C’est quelque chose qu'on aimerait bien mettre en place. Pour l’instant nous préparons la sortie des jeunes, c’est très important. On les aide à prendre conscience des compétences qu'ils ont acquises, avec des temps d'entretien individuel, des ateliers CV, etc. Et surtout, comme nous sommes très ancrés dans un maillage local, nous sommes en lien avec les conseillers de la mission locale, pour essayer de s’assurer qu’il y aura une suite pour eux. En revanche il n’y a pas de suivi à 6 mois.

 

On a pour projet de créer une communauté des anciens, parce qu'il y a une vraie fierté d'appartenance et beaucoup de liens qui se créent entre les différents parcours. En général, au-delà d'un an, on sent qu'ils ont appris ce qu'ils avaient à apprendre. Les derniers mois de leur présence, ils peuvent jouer le rôle des plus anciens qui vont former les nouveaux arrivants. C'est intéressant en termes de transmission entre eux. Et puis souvent au bout d'un an, ils partent vers d'autres horizons, nous souhaitons que ce soit un tremplin vers de nouveaux projets.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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Handi Num, le numérique pour tous

Handi Num, le numérique pour tous | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Le 400 est un tiers lieu numérique basé à Brive, qui a bénéficié du label « fabrique de territoires". »  Il comprend notamment un pôle coworking de location de bureaux partagés, et une activité de médiation numérique et de formation à laquelle est attaché le projet Handi Num. Handi Num est notamment financé par le Fonds Régional d'Innovation pour la Formation (FRIF), l’Etat, et l’Agefiph.

 

D’où vient le projet Handi Num ?

L’idée centrale du 400 est de recevoir toute personne qui le souhaite. C’est ce que nous appelons l'accueil inconditionnel. C'est dans cet esprit qu'est né le projet Handi Num, qui se situe entre le monde du handicap et le monde du numérique. En fait, dans le cadre de notre activité de médiation numérique, nous avons été sollicités par des personnes en situation de handicap, notamment qui présentaient des troubles du spectre autistique. Comme nous n’avions pas vraiment de connaissance sur ce type de handicap, il nous a semblé qu’il était important d’acquérir certaines compétences, afin d’assurer notre objectif d’un accueil pour tous les publics.

 

Nous avons échangé avec différentes structures et constaté qu’il n’existait pas vraiment de formation destinée aux conseillers et médiateurs numériques avec un volet sensibilisation au handicap. D’ailleurs, de l’avis général de ceux que nous avons interviewés, très peu de temps est consacré aux publics spécifiques dans le cadre de leur formation.

 

En quoi consiste-t-il ?

Nous avons présenté au FRIF une feuille de route en quatre étapes : analyse de l'existant et recueil des besoins, création de modules, expérimentation et ajustement, diffusion. Notre but premier était d’élaborer des modules de formation, puis de les tester et de les ajuster auprès des conseillers et médiateurs numériques, et peut-être plus largement pour les formateurs, les référents handicaps, etc.

 

L’objectif global, c'est vraiment de favoriser l'accès à l’autonomie numérique à tous publics. Donc aussi aux personnes en situation de handicap. Pour ça, nous avons mis en en place des ateliers numériques inclusifs expérimentaux. Mais avant, nous avons produit des modules de formation pour les conseillers et les médiateurs numériques, de manière qu'ils soient équipés, sensibilisés, qu'ils aient quelques repères, parce que leur travail ne consiste pas à être expert du handicap. C’est une acculturation à l'écosystème de la personne en situation de handicap que l’on vise, parce que beaucoup ne savent pas ce qu’est la MDPH, quel est le rôle de Cap emploi, etc. Il nous semblait important de donner cette connaissance aux conseillers, afin qu’ils puissent faire appel à ces acteurs ou leur passer le relais si nécessaire.

 

Comment se déroule la formation ? 

Elle commence par un module socle d’une journée sur la sensibilisation au handicap en général. Elle se poursuit par 4 modules thématiques, un par demi-journée et par type de handicap (auditif, visuel, cognitif, troubles du spectre autistique), avec chaque fois un expert, une association ou une structure reconnue pour ce handicap particulier. On a longtemps débattu sur ce point, notamment sur le risque qui pouvait exister de discriminer ou stigmatiser en procédant ainsi. Mais sur le plan pédagogique, il était plus simple d’utiliser cette clé d'entrée.

 

Quelle a été votre approche dans la mise en place ?

Très vite nous avons travaillé avec un comité de pilotage et un comité technique, en commençant par diffuser des questionnaires auprès de toutes les parties prenantes. Notre approche consiste plutôt à renforcer ce que font les conseillers dans leur activité quotidienne, avec n'importe quel public, pour y injecter de la sensibilisation aux handicaps et de la connaissance des acteurs. Au départ, nous avons décidé de dédier la formation aux conseillers numériques. Les formations sont facilement transférables à des formateurs ou des référents handicap.

 

Selon vous, qu’est-ce qui manque le plus à un médiateur numérique ?

Notre état des lieux a montré qu’il n’existait pas vraiment de solutions spécifiques adaptées, en dehors du matériel du stagiaire et de la sollicitation au cas par cas pour adapter son parcours, dans les organismes pour l'accès à l'emploi et à la formation. Notre but était de renforcer la confiance que les médiateurs ont dans leurs compétences pour s'adapter à tous publics. Nous avons aussi travaillé avec eux, en organisant des groupes de concertation entre eux et les publics. D’ailleurs ceux qui ont participé à Handi Num n'avaient pas forcément, au départ, une idée très précise de ce qu'ils venaient chercher. Au fur et à mesure de nos échanges, ils ont contribué à mieux structurer le contenu. Ce qu’ils ont tous dit, c’est combien ils se sentaient seuls pour accompagner les personnes en situation de handicap et combien cette formation les a aidés.

 

Et pour les publics ?

Pour les personnes en situation de handicap le numérique a été une révolution, par exemple pour les sourds parce que grâce à lui ils peuvent communiquer en langue des signes. Il participe à la fois de la lutte contre l'isolement, de la capacité pour tout citoyen de disposer d’un droit à l'information et à gérer ses espaces personnels, faire ses déclarations d'impôts, ses démarches administratives. C’est aussi un des prérequis pour suivre une formation et accéder à un emploi de nos jours. Certaines personnes en situation de handicap nous ont dit que les approches spécialisées par rapport au handicap ne leur convenaient pas toujours, elles veulent évoluer dans un monde où il y a des gens de toutes sortes, handicapés ou pas. Elles veulent pouvoir faire les mêmes choses que tout le monde.

 

Avez-rencontré des difficultés et si oui, de quelle nature ?

Nous avons passé 6 mois à essayer de nous comprendre avec les partenaires. En fait, le monde du handicap n’est pas différent des autres. Il y a des prés carrés, des peurs, de la concurrence, ça a pris beaucoup de temps pour lever ces difficultés de dialogue et pour concrétiser quelque chose d'opérationnel, se mettre d'accord sur la ligne de conduite qu'on allait adopter collectivement. Certaines structures n'étaient pas forcément prêtes ou n'avaient pas de réponse en local. Les conseillers avaient aussi un peu peur de poser des questions dérangeantes ou qui pouvaient être perçues comme inquisitrices. Notre enjeu c’était de les libérer, de faciliter le dialogue, pour qu’ils adoptent une posture naturelle au regard de la relation humaine.

 

Maintenant nous devons travailler sur la suite, peut-être dans le cadre d’un consortium. Il nous faut un financement, mais nous avons envie d’élargir, nous pensons qu’un budget plus global nous aidera à poursuivre et développer Handi Num, nous donner des capacités d’attractivité supplémentaires.

 

 

 

 

Le projet Handi Num rassemble différents types d'acteurs, les institutionnels avec l’Etat, la Région, le Département de la Corrèze, l'agglomération et la ville de Brive, des services publics comme la CAF et la CPAM, et des prescripteurs, Pôle emploi, Cap emploi, mission locale. Il y a aussi le Greta, Hubikoop (le Hub territorial pour un numérique inclusif en Nouvelle-Aquitaine), le CRFH (centre régional de ressources pour la formation) et des associations représentatives des différents types de de handicap (AUTONOMIA, APF, ADAPEI, APAJH UNADEV, URAPEDA). Le 400 pilote Handi Num en lien avec l'ensemble de ces partenaires.

 

Pour en savoir plus, consultez la chaîne Youtube du 400 ICI.

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Un projet pour apprendre les projets

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Marine Raffini est depuis peu directrice de la mission locale des Landes. Avant cela, elle était responsable du projet Territoires 100% solutions, lauréat du PIC Repérer et Mobiliser les Publics Invisibles (RMPI).

 

En quoi consiste Territoires 100% solutions ?

Nous avons démarré cette action en septembre 2020 de manière expérimentale, et nous avons souhaité la poursuivre. L’interrogation de départ était, est-ce que les dispositifs proposés aux jeunes sont réellement adaptés à leurs besoins et difficultés ? Nous avons pensé qu’il pouvait être intéressant de monter une action ayant pour objectif de créer un collectif à l'échelle d'un bassin de vie. Nous avons choisi les communautés de communes comme échelle. Notre idée c’était aussi d’intégrer les jeunes dans une démarche de projet pour imaginer des actions et ensuite les mettre en place. L’objectif est de leur faire découvrir leur environnement socioculturel et socio-économique, les ancrer sur le territoire et les faire monter en compétences pour que ça leur serve dans leurs projets personnels.

 

Quel est son principe ?

Territoire 100% solutions, c’est vraiment apprendre sans avoir l'impression d'apprendre. C’est travailler sur la conception d’un réseau d’entraide, entre jeunes, mais aussi avec les décideurs locaux. Le but c’est d’apprendre à élaborer un projet, apprendre à gérer le budget, à chercher les partenaires utiles, etc.

 

Comment avez-vous procédé pour le mettre en place ?

Nous sommes partis à la rencontre des associations sportives, des comités des fêtes, des acteurs de terrain qui pouvaient nous indiquer des jeunes potentiellement intéressés. Lors de la première étape du projet, nous avons réalisé un diagnostic approfondi du territoire, pour évaluer les réalités vécues par les jeunes et leurs perceptions. Nous avons élaboré un questionnaire et nous sommes allés à leur rencontre. C’est dans ce cadre-là que nous avons rencontré les premiers candidats qui, ensuite, en ont contacté d’autres avec notre accompagnement.

 

Une fois le premier groupe constitué, nous avons fait une réunion collective. Les participants se sont mis d'accord sur la manière dont ils voulaient s’organiser et arriver à l’objectif de faciliter leur insertion. Par exemple, pour la première expérimentation qui se déroulait sur un territoire très rural, ils ont décidé de se voir toutes les semaines avec une alternance présentiel/visio. Ils ont aussi convenu que les rencontres se feraient à chaque fois dans des communes différentes et que j’irais chercher ceux qui n'était pas mobiles. Ils n’étaient tout de même pas en autonomie totale. J'étais là pour les orienter et les alerter sur la faisabilité de leurs idées.

 

Quel est le profil des participants ?

Nous n’avons pas ciblé des profils particuliers, nous voulions surtout trouver des complémentarités entre chacun pour constituer un groupe pertinent d’une douzaine de jeunes, qui puisse aller le plus loin possible. On souhaitait qu’il soit représentatif et composé d’individus qui pouvaient s’apporter mutuellement des choses, qu’ils soient déjà impliqués dans l’associatif ou en retrait de la vie sociale. Notre objectif était de faire se rencontrer des jeunes qui parfois habitent près les uns des autres mais ne se seraient pas nécessairement rencontrés sans le projet.

 

Comment se déroule le projet ?

Nous avons mené l'expérience sur un premier territoire, qui s'est avérée plutôt concluante. Ensuite, nous avons décidé de répondre à l'appel à projet RMPI pour la déployer sur trois nouveaux territoires. A chaque fois, l’action durait entre 10 et 14 mois, découpés en quatre temps. D’abord, le diagnostic et le repérage des premiers jeunes. Le deuxième, l’élaboration des actions. Et le troisième temps, l’expérimentation des actions. Ce sont les deux temps forts, où les jeunes allaient notamment à la rencontre des acteurs locaux et des partenaires. Enfin le dernier, le bilan et l'évaluation, que ce soit collectif ou individuel, le territoire, les actions.

 

A quoi s’engageaient les jeunes ?

Nous avons demandé aux jeunes s’ils souhaitaient formaliser leur engagement, par exemple pour leur employeur. A l'unanimité, ils ont souhaité qu’il n’y ait pas de formalisation de leur implication. Cela nous a permis d’avoir une certaine souplesse, qui permettait à certains jeunes de rejoindre le projet alors qu'il était déjà entamé. Il y avait aussi des passerelles avec les dispositifs les plus classiques de la mission locale, comme le CEJ.

 

En ce qui concerne les sorties, pour nous le plus important c’est que le jeune ait gagné confiance en lui, qu’il soit monté en compétence et devenu plus à l'aise pour poursuivre sa démarche professionnelle. Certains ont continué à être accompagnés de manière individuelle à l'issue du projet, d'autres ont trouvé un emploi grâce au partenariat et à la rencontre avec les acteurs locaux. D’autres encore ont poursuivi leurs études.

 

De quelle nature étaient les actions ?

Nous avons été assez étonnés par le pragmatisme des jeunes, qui savaient bien faire la part entre ce qui était possible et ce qui ne l’était pas. Et surtout par la cohérence entre ce qu’ils souhaitaient, et ce que les élus de territoire avaient pu imaginer. Très souvent ça se recoupait, ça a été une vraie surprise pour les élus. Ce qui nous a marqué également, c’est que dans chaque groupe, les jeunes ont eu le réflexe d'aller regarder ce qui faisait dans des territoires similaires, de chercher des bonnes idées et des bonnes pratiques plutôt que de partir du principe d’inventer quelque chose de nouveau.

 

Quelques exemples ?

Il y a eu beaucoup de propositions sur le logement et la mobilité qui sont ressorties, notamment dans les territoires. Par exemple, pouvoir aller habiter chez des personnes âgées seules. Ou encore d'avoir chacun leur habitation dans un même bâtiment avec tous les services à proximité. On avait conscience que c'était compliqué, que nous n’allions pas construire comme ça un bâtiment avec des appartements, mais on s’est dit qu’il faudrait aller voir un bailleur social pour des logements en rénovation. Aujourd'hui, ce qu'on teste de manière expérimentale, c'est d'avoir 3 logements fléchés pour les jeunes, situés à 200 mètres de la maison France services, avec une voiture partagée à disposition. Comme une sorte d’espace de répit et de tremplin pour l'insertion des jeunes qui y résident, avec un accompagnement renforcé à la mission locale répondant à tous les freins qu’ils peuvent rencontrer. C’est quelque chose qu’on teste sur le premier territoire et qu'on aimerait développer sur l'ensemble des départements si ça fonctionne.

 

Quel rôle jouent les élus et décideurs locaux ?

Nous les avons informés depuis le début, on leur présentait territoires 100% solution comme une offre de service complémentaire. Nous sommes intervenus sur leur territoire en concertation avec eux, parce que proposer de actions c'est très bien, mais il faut qu’elles soient suivies d'effets, dans une dynamique commune avec les décisionnaires locaux. Donc les actions se sont faites sur chaque territoire avec un engagement de leur part à réaliser celles qui relèveraient de leurs compétences. C’est vrai qu’ils partaient d’une page blanche, et que nous leur demandions de s’engager à mener des actions dont ils n'avaient pas encore connaissance. C’était forcément un peu déboussolant. En revanche, ce qui les intéressait, c'était d’avoir un contact direct avec les membres du groupe, et de disposer d’un état des lieux approfondi de la situation des jeunes sur leur territoire et de leurs attentes. Particulièrement là où il y a un véritable exode de ce public.

 

Est-ce que le projet a fait évoluer vos pratiques habituelles ?

Derrière ce projet, notre idée était d'interroger les pratiques de la mission locale, et de renforcer nos actions hors les murs, d'aller à la rencontre des jeunes et de créer vraiment une dynamique collective à la fois pour eux et pour les territoires. Aujourd’hui la question c’est, est-ce qu’on poursuit le projet de la même manière sur d'autres territoires, ou d’une manière différente avec ce que nous avons appris de ce projet ?

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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Parcool, le « journal fait par vous et pour vous »

Parcool, le « journal fait par vous et pour vous » | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Marilyn Bissat est coordinatrice et formatrice à l’association 3s (Périgueux). Elle est à l’origine de l’action Parcool, financée par l’appel à projets régional « Mobilisation vers la formation ».

 

D’où vient votre action Parcool ?

En tant que structure d'insertion par l'activité économique nous constatons que, avant l'emploi, l’étape formation est souvent manquante. On s’est demandé comment donner de l’appétence pour l'apprentissage. Nous avons imaginé Parcool, comme « parcours-cool », sous la forme d’ateliers dont le but est de créer un journal.  Cette idée du journal, je l'avais déjà eue par ailleurs, je me suis dit qu’on pourrait la transposer. Tout s’est fait en équipe, je ne pouvais pas mener cette action toute seule. Notre idée, c’était aussi d’évaluer les compétences au niveau du français, sur la présentation quand on va interviewer les personnes, la mobilité. En fait toutes les problématiques auxquelles des personnes éloignées de l'emploi sont confrontées.

 

Pourquoi avoir choisi la forme papier pour ce support ?

Je voulais qu’il y ait un travail de réflexion effectué en salle, qu’il y ait comme une corrélation avec la formation. Ecrire, ça veut dire qu’on se réunit, on se regroupe autour d’une table, on échange, on s’entraide. En fait, tout ce qui se pratique en formation. Et pour nous, il était important de pouvoir toucher un objet, posséder quelque chose de tangible. Un blog c'est très bien, mais on ne l'a pas entre les mains. Et puis l'idée, c'était aussi d'aller à la rencontre des gens pour le distribuer dans la boîte aux lettres. Le premier exemplaire a été tiré à 1500 exemplaires, puis distribué aux partenaires et sur les QPV de Périgueux.

 

Comment se déroulent vos ateliers ?

Le rythme c’est tous les mardis après-midi, pendant environ 3 mois. Entre 12 et 14 séances pour aboutir à un produit prêt à partir en impression. Pour les articles, nous avons 4 thématiques :  emploi, société, « bon pour la planète » et sports-loisirs-culture. Dans un groupe de 8, ça fait un binôme par rubrique. A la fin de chaque atelier, mes deux consœurs et moi, on les félicite sur tout ce qu’ils ont mis en œuvre. Nous faisons en sorte qu’à chaque fois ils pensent être à 100% à l’origine de tout. On surjoue un peu la valorisation des compétences. Mais l’important, c’est le regard des autres participants. La prise de confiance, elle se fait au sein du groupe, en fonction de la façon dont ils se positionnent les uns par rapport aux autres. Finalement, chacun a réussi à trouver une place importante à chaque fois. Ils ont donné autant qu'ils ont reçu.

 

Combien de participants par groupe ? 

Dans l’idéal, ce sont des groupes entre 8 et 10 personnes. Même si notre premier groupe ne comptait que deux participants. Entre la première information et le début de l’action, on essaie d'aller vite, parce qu’avec les personnes susceptibles de rentrer sur le dispositif, c'est à l'instant T. Sinon on les perd. Elles viennent vers nous parce qu’elles ont entendu parler de l’action, après avoir vu nos affiches ou notre site internet. Notre but est de vérifier si on peut aller chercher des gens sans forcément qu’ils soient orientés. Pour l’instant, nous avons eu des profils très différents, de 24 à 52 ans, une majorité de femmes.

 

Avez-vous établi des prérequis ?

Aucun prérequis. Il faut juste qu’on arrive à se comprendre un minimum, même si c’est en anglais. Après il peut y avoir des traducteurs. Par exemple, un jeune homme a écrit un texte en arabe, qu’il a fait traduire en anglais par un ami, que nous avons repassé ensuite en français. On se rend bien compte qu’il peut y avoir de l’appréhension, parce que les gens ne sont pas forcément à l’aise avec la rédaction, avec le français, certains ont beaucoup de difficultés à s’exprimer. Ils arrivent à compenser, à trouver des subterfuges plus qu’ingénieux. Pour le premier numéro, nous n’avions que deux participants avec un faible niveau scolaire.  A la fin du dispositif, l’un est parti en remise à niveau en français, l’autre en cours de FLE. Plusieurs autres veulent aller se former sur le numérique, la mise en pages, etc. Donc on a la preuve que ça a marché.

 

Quel rôle jouez-vous dans les ateliers ?

Notre rôle c’est d’essayer de les faire réfléchir. Plus ils sont nombreux, plus c’est simple, c’est l'intelligence collective qui fait le travail. Sur le deuxième numéro, ça s'est fait assez naturellement par rapport à leur personnalité et à leurs goûts. Le journal ressemble à ce qu’ils veulent en faire. Les participants du premier numéro ont rajouté un sous-titre : « le journal fait par vous et pour vous ». Ils choisissent le format, dépliant 3 volets ou un 8 pages en A5. Tout ça, ils l’ont réfléchi ensemble. Nous sommes des facilitateurs de réflexion. On organise des votes aussi, pour choisir la mise en pages, la présentation, les couleurs, de manière que tout le monde valide le projet.

 

Quels sont vos objectifs ? 

La participation aux ateliers permet de créer du lien social, de redonner aux participants un peu de confiance en eux. Souvent c’est ça qui leur manque. Et sans confiance on ne va nulle part. Les compétences, ils en ont énormément, mais ils ne s'en rendent pas compte. Leur objectif personnel, c'est d'aller au bout de leur article. Et si possible jusqu’à la distribution, qui est l’aboutissement de la démarche. J’étais présente à la distribution dans les QPV, les participants ont étaient très fiers de montrer le journal aux habitants, expliquer la démarche. On a même pu évaluer leurs capacités relationnelles, au point qu’une personne s’est découvert un intérêt pour le contact, et elle va entrer en formation d'accueil et secrétariat.

 

Quand on présente le dispositif à de nouvelles personnes, on leur rappelle le cadre, en précisant qu’il n’y a pas d’obligation pour elles de partir en formation à l’issue. Lors des ateliers, on évalue leurs compétences, on parle de leurs   difficultés, et on leur fait passer le message qu’elles pourraient les combler par une formation ou par d'autres moyens. On le fait vraiment de manière progressive, et on commence toujours par les qualités, ce qu’ils sont capables de faire. Parfois c’est juste le fait d’avoir été assidu, d’être venu à chaque atelier.

 

Avez-vous rencontré des difficultés, des surprises ?

Dans nos premiers ateliers, on s'est rendu compte que les gens ne s'écoutaient pas les uns les autres. Donc pour la suite, mon objectif est de proposer des petits ateliers sur la communication et l’écoute active, sous forme de séances de 30 à 45 minutes. Sinon, je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi chronophage. On a beau être trois animatrices, ça revient vite, il faut prendre le temps de se concerter. Autre chose que je n’avais pas mesuré, c'est la richesse des échanges entre personnes qui viennent d'horizons très différents, qui arrivent à s'entendre, à s'écouter, à se comprendre, et finalement à faire un groupe. Certains participants du numéro 2 veulent continuer sur le 3e numéro. Ils disent que ça leur apporte beaucoup. Un autre a créé le blog de Parcool, ça fait aussi partie des choses surprenantes.

 

Est-ce que vous allez transférer certaines choses dans vos pratiques habituelles ?

Avec ces ateliers, on se rend bien compte que l'accompagnement dans un bureau, en face à face, c'est complètement dépassé. Il y a deux mois, on a commencé à essayer le collectif dans le cadre de l’accompagnement. On va continuer l'année prochaine, parce que les échanges entre les salariés, c’est extraordinaire. On aimerait garder ce principe de petit journal pour l’association, même si on ne fait qu’un semestriel, parce que l’effet sur l'estime et la confiance que les personnes prennent en elles c'est spectaculaire. Si c'était à refaire, je le referais avec grand plaisir, même en sachant les difficultés auxquelles on a été confrontés.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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La Prépa compétences de l’IRFREP

La Prépa compétences de l’IRFREP | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Philippe Rondinaud est chargé de relations entreprises à l’IRFREP, organisme de formation professionnelle présent sur toute la Nouvelle-Aquitaine. Début 2022, le réseau a mis en place des Prépas apprentissage dans chaque centre, un dispositif porté par la Ligue de l’Enseignement.

 

Quelle est l’approche IRFREP pour ce dispositif ?

Pour cette prépa apprentissage, chaque IRFREP, chaque établissement, était dans l'obligation d'accompagner un certain nombre de jeunes, avec un concept un peu novateur puisque nous avons travaillé avec des open badges. Présenter cette application aux jeunes nous a aidé à capter notre public. 

 

Notre idée c'était de mettre en avant l'individu, c'est à dire faire émerger les compétences de chacun et s'appuyer dessus pour l’orienter. Nous n’avions pas d'idées préconçues par rapport à l'objectif. Avant la Prépa, nous animions un dispositif régional baptisé « passerelle vers l'emploi », qui avait bien fonctionné pour un public un peu similaire. On s'est dit qu’on allait repartir dans le même esprit.

 

Qu’avez-vous fait pour promouvoir le dispositif ?

Au début, il a vraiment fallu prendre mon bâton de pèlerin. Je suis allé voir tous les comités de quartier, les centres d’action sociale, les CIJ, les MJC, le comité olympique, Pôle emploi. Aujourd’hui j'ai une permanence une fois par mois à la mission locale. On envoie un courriel à tous les conseillers pour les informer du démarrage d’une session, avec la fiche produit, et je me déplace pour faire des informations collectives. Aujourd'hui, je peux dire que ça fonctionne bien, mais ça n'a pas toujours été le cas. J’ai fait également une campagne d'affichage dans toutes les mairies et publié des communiqués dans les journaux municipaux.

 

Comment identifiez-vous vos candidats ?

Nos partenaires nous envoient des jeunes, et je mets un point d'honneur à les recevoir un par un. Mais il n’y a pas de prescription au sens réglementaire du terme. Ils passent tous par une réunion d’information collective où on leur explique l’ensemble du dispositif. Je leur parle aussi de laïcité, de handicap, parce qu’il faut qu’ils s'attendent à croiser des gens de toutes origines, de toutes conditions. Je les préviens qu’on ne veut pas de grossophobie, d'homophobie, etc. C'est une phase d'approche obligatoire. On finit toujours les réunions par un temps d’échange, parfois avec des anciens stagiaires qui viennent témoigner. Et je leur donne un petit flyer à remplir pour ceux qui le veulent. Une fois qu'ils ont validé leur candidature, je leur envoie un courriel pour confirmer leur inscription.

 

Notre public QPV de 16 à 29 ans est très éloigné de l'emploi et de l'apprentissage, même pour certains de toute scolarité de base. Je pense que ces jeunes n’ont pas été informés des possibilités qui s’offrent à eux, tout simplement. Lorsqu’on leur présente le dispositif, quand on leur parle simplement de la Prépa apprentissage et de ce qu'ils peuvent faire après, ils boivent littéralement nos paroles.

 

Les groupes sont constitués de quelle manière ? 

On avait 3 groupes en même temps sur des départements différents, 10 jeunes au maximum. En moyenne, ils sont plutôt 8 participants. On a toujours un seul groupe par centre de formation au même moment. Actuellement on a un groupe sur la Charente, un en Charente-Maritime, un en Deux-Sèvres. Une fois qu'ils sont en centre, les jeunes font preuve d’une bonne assiduité, on en perd très peu. S’ils arrêtent, c'est parce qu’ils ont été « captés » lors d'un stage et qu’ils sont embauchés en CDD ou en CDI. Pour nous, c’est une sortie positive. L’essentiel c’est vraiment que ces jeunes trouvent leur voie.

 

Quel est le principe de fonctionnement de votre Prépa ?

Nous avons opté pour des parcours de 3 mois et demi, qui incluent deux périodes de stage en entreprise. Les participants commencent par 3 semaines en centre. Ensuite, ils partent pour 15 jours de stage, puis encore 3 semaines en centre. A leur retour, on effectue un débrief sur ce qu’ils ont fait en entreprise, on ajuste leur CV.  Ce qu’on veut surtout, c’est qu’ils échangent entre eux, qu’ils parlent de ce qui a fonctionné ou pas, ce qui leur a plu ou pas. Ensuite ils repartent pour une deuxième période de stage de 15 jours, et puis ils reviennent au centre jusqu'au bilan final.

 

Notre programme comprend aussi tout ce qui est technique de recherche d'emploi, des ateliers d'éloquence pour leur redonner un peu confiance. Nous avons également un parcours urbain encadré par la formatrice. C’est l’occasion de détecter des compétences comportementales, de voir qui va prendre le leadership. En fait aujourd'hui vous dites à quelqu'un « tu es intelligent », il ne vous croit pas. Mais si vous lui dites « tu as beaucoup de compétences », ça lui parle un petit peu plus. Parce que, autant on va pouvoir mettre des mots sur les compétences, autant on ne pourra pas en mettre sur l'intelligence.

 

Comment se fait le choix des stages ?

L’idéal c’est que les jeunes découvrent des choses nouvelles. Certains préfèrent aller vers un milieu qu’ils connaissent déjà, ça les rassure. Sinon, pour l’essentiel, ce sont des stages d’observation. Mais il faut que ce soit de l'observation active, ce n’est pas un stage de 3e. Si le contact est bon avec le jeune, et que pour l’entreprise il y a possibilité d'un emploi ou d'un apprentissage, on y retourne et on valide.

 

Quelle est la nature de votre intervention ?

Nous laissons chaque jeune choisir ce qu'il a envie de faire. Même si on est malgré tout obligés de lui dire qu’il ne peut pas tout envisager, surtout s’il est mineur. On l’accompagne dans son projet, mais il faut que ça vienne de lui. Si on veut le mobiliser sur quelque chose, il ne faut rien lui imposer. Ça c'est l'idée première.

 

La question que je leur pose c'est « qu'est-ce que tu aimes ? Tu préfères la musique ? La cuisine ? Le foot ? »  Je ne leur parle pas projet, parce que souvent ils s'interdisent de réfléchir dans ces termes, parfois à cause de leur environnement familial. On leur dit toujours de ne pas se mettre d’obstacles eux-mêmes, et que s’ils veulent être marionnettiste, on fera en sorte de leur trouver un stage de marionnettiste.

 

Que se passe-t-il après la Prépa ?

J’effectue un suivi de chaque jeune pendant 6 mois. Tous les mois je les appelle, d’abord pour prendre des nouvelles, ensuite pour savoir s'ils ont bien intégré leur formation, ou pour leur faire passer des propositions d’emploi. Eventuellement, si ça s'est mal passé avec leur tuteur ou leur maître d'apprentissage, je les réoriente sur autre chose. Le plus souvent, ils poursuivent leur projet. Et même s’ils ont changé de voie, ils restent en contact entre eux et ils se passent des informations. Je pense qu’ils adhèrent maintenant à la vie professionnelle. Après les avoir mis sur une rampe de lancement, je suis là pour les redynamiser, faire une petite piqûre de rappel pour leur confirmer qu’on est toujours derrière eux.

 

Qu’envisagez-vous pour la suite ?

C'est un dispositif qui fonctionne, et qui devrait être reconduit en 2024. Quand tout le monde est satisfait, que ce soient les jeunes, les prescripteurs, les formateurs, la structure, c'est qu’il répond bien à un besoin.

 

Dans les pistes d’amélioration, je pense qu’on devrait plus communiquer autour de l'intérêt que peut avoir une entreprise à accepter un stagiaire.  C'est vrai pour la Prépa, c'est vrai pour les titres professionnels, c'est vrai pour tout en réalité. Je pense qu'il y a vraiment un travail de promotion à engager. On fait beaucoup pour l’apprentissage, mais sur la Prépa on est un peu en deçà. On est face à une situation paradoxale, parce qu'aujourd'hui les entreprises viennent quasiment directement en centre de formation pour recruter mais, d'un autre côté, elles ne veulent pas prendre des jeunes en stage.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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Reprendre confiance pour se remettre en mouvement

Reprendre confiance pour se remettre en mouvement | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Sandrine Toudic, Valérie Jourdan et Séverine Ménard sont conseillères en insertion professionnelle à l’Espace Mosaïque, le centre socio-culturel de Courçon (Charente-Maritime). Elles animent le dispositif Mobilis’action, un parcours de remobilisation destiné à tous les publics qui ont besoin de reprendre confiance en eux. Mobilis’action est financé par l’appel à projets régional « Mobilisation vers la formation ».

 

D’où vient Mobilis’action ?

Nous avions une action précédente qui s’appelait ODAS (voir notre article ), et nous avons souhaité reprendre une partie de son contenu en y apportant certaines modifications. C'est comme ça qu'est né Mobilis’action. L'idée principale est qu’il fallait proposer un parcours d'ateliers, plutôt que de faire tous les ateliers en même temps et au même moment, de les mobiliser progressivement.

 

Quel est son principe ?

Pendant le premier mois, on s'appuie sur des ateliers pour enclencher des changements. On fait appel à des supports comme les jeux de rôle, l'activité physique, la gestion des émotions et du stress. Et puis de l'art thérapie, qui consiste à créer une sorte de carnet de bord à base de collages, de textes, un support de développement personnel. Dans une deuxième phase, on est sur « j'expérimente », avec des ateliers autour de l'image de soi, le numérique et puis toujours l'art thérapie et le sport. Et la dernière phase, c’est plutôt « j'ose aller vers » avec de la création musicale, des visites d'entreprises et de plateaux de formation, des immersions, du bénévolat.

 

Les trois phases sont réparties sur 4 mois, à raison d'environ 2 jours et demi par semaine. Nous intervenons pour introduire de la réflexion sur le projet professionnel, sur les compétences, sur la valorisation de parcours, la connaissance de soi, les différents domaines d’activité, etc. Au démarrage, nous proposons aux participants de réfléchir ensemble sur des règles de vie du groupe : prévenir en cas d’absence, respecter la parole des autres, oser parler sans être jugé. Les règles sont coconstruites, elles ne sont pas imposées. Le but est de former un collectif qui prenne en compte l'individualité de chacun.

 

Quel est votre public ?

Notre public présente des vulnérabilités en matière de santé, d'isolement, de confiance en soi. C’est pour ça que l’objectif du projet est vraiment de restaurer l'estime de soi. Dans le premier groupe, constitué en début d'année, nous avons eu 8 personnes de 26 à plus de 50 ans, sur une quinzaine orientées par nos partenaires, qui ont assisté à notre réunion d’information collective.

 

8 personnes, c’est le bon format pour qu'il y ait de l’écoute, des échanges et la mise en confiance nécessaires. Puisqu’on travaille sur l'estime de soi, les émotions, ça nécessite qu'on puisse être assez disponibles et que l’effectif soit assez réduit pour permettre de se livrer plus facilement. Nous avons constitué un deuxième groupe en septembre.

 

En matière de public, vous constatez des spécificités sur votre territoire ? 

Depuis quelques années, nous avons un public qui a subi de l'épuisement professionnel et qui se retrouve complètement démuni dans sa recherche d'emploi, de formation ou de réorientation. L'isolement et le manque de mobilité ajoutent à sa détresse professionnelle. Nous sommes en secteur rural, et les principaux bassins d'emploi sont à plus d'une demi-heure de route. Après 20 ans d’activité de notre association, on découvre toujours des profils différents, des nouvelles personnes qui n'avaient jamais franchi la porte du centre social.

 

Quel est le travail que vous effectuez sur le projet professionnel ?

Nous avons des ateliers autour de la recherche de projets, l'emploi, dès le début du parcours. On aborde la question sous l’angle des centres d'intérêt, des valeurs de la personne, leurs compétences et leurs qualités. Dans le groupe, nous avons des questionnements du genre « qu'est-ce que je peux faire de ma vie ? », « je n’ai plus forcément confiance à l'entreprise, car j’y ai vécu des expériences et des moments très difficiles, allant jusqu’à un burn-out », ou « je n’ai pas d'expérience du tout. » Le sujet central est toujours « qu'est-ce que je peux faire de ma vie professionnelle ? ». C’est un problème que se posent même les diplômés que nous avons, qui interrogent le sens et l’utilité de leur formation.

 

Nous travaillons autour de la connaissance de soi, du territoire, de leur bassin de vie. Petit à petit, on aborde des notions d'emploi, de formation et de compétences. Le jeu de rôle, par exemple, consiste à se créer un personnage fictif avec lequel ils font des choses qu’ils n’arrivent pas forcément encore à réaliser dans la vie.

 

Quel est l’objectif à l’issue des 4 mois ?

L’objectif final, c’est déjà se sentir mieux, de lever leurs peurs et leurs freins face aux réalités de l’emploi et de la formation. C’est important d’être dans l'accueil et la bienveillance. Même si on parle tout de suite de projets professionnels, on ne leur met pas de pression pour ne pas engendrer de peurs supplémentaires. La pression, ils se la mettent suffisamment tout seuls. Pour eux, c’est déjà difficile de faire ce pas, de venir régulièrement, de respecter des horaires, de jouer le jeu et de faire confiance. Mais ils ont un objectif et face au groupe, ils sentent qu’ils se doivent d'être présents.

 

Pour nous, ce qui est positif c'est aussi de voir leur transformation ne serait-ce que physique, c’est-à-dire s’apprêter, prendre soin de soi et faire attention à son image, oser prendre la parole en groupe, sortir de son domicile, se socialiser.

 

Qu’avez-vous constaté que vous n’aviez pas anticipé ?

Beaucoup de personnes nous disent que grâce à cette action, elles ont repris confiance, elles ont pu oser faire des choses. C’est toujours étonnant qu’un projet comme celui-ci puisse avoir autant d'impact psychologique chez les gens. Et des résultats sur leur socialisation. Il y a vraiment une émulation dès le départ, une solidarité au quotidien, et c'est ce qui les a maintenus tout le long, parce qu’en dehors ils continuent à vivre leurs difficultés propres.

 

Les participants ne se seraient probablement pas rencontrés dans d'autres contextes. Ils ont vraiment créé quelque chose de l'ordre d'un soutien collectif. En passant par Mobilis’action, les publics sont prêts à se poser des questions sur leur avenir professionnel, tenter de nouvelles expériences en allant faire des enquêtes métier, des immersions dans des secteurs d'activité auxquels ils n’auraient pas pensé. Avant, ils ne le faisaient pas, peut-être par méconnaissance.

 

Pensez-vous qu’il faudrait apporter des améliorations à votre dispositif, et si oui lesquelles ?

Il faudrait peut-être, après l’action, organiser un atelier avec le groupe tous les mois, peut-être pendant 6 mois, pour continuer à animer leur temps collectif. C’est une source d'angoisse pour eux, surtout les plus fragiles, parce que tant qu’ils sont dans le dispositif, ils suivent un certain rythme, ils sont redynamisés, ils ont envie d'aller de l'avant, et la dynamique retombe brutalement. Ils seraient partants pour que nous organisions des temps réguliers après l’action, pour que sa fin soit moins brusque.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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Le sport au service de l’apprentissage des savoir-être

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Hugo Lanvers est directeur de Sport Emploi, association créée en 2005 à Floirac par Jean Trillo, ancien international du XV de France, qui voulait s’appuyer sur les valeurs du sport pour mobiliser les jeunes en difficulté d'insertion. Aujourd’hui, Sport Emploi travaille sur l'impact social du sport. Son cœur d'action reste l'insertion professionnelle, mais elle intervient aussi sur d'autres champs comme l'éducation, la cohésion sociale, la santé, le bien-être. Son projet Mobi’Sport est financé par l’appel à projets régional « Mobilisation vers la formation ».

 

D’où vient le programme Mobi’Sport ?

Mobi’Sport a été créé en s'appuyant sur la pédagogie que nous avions mise en place il y a 10 ans pour le dispositif « AVI passeport », en partenariat avec l'IUT de Bordeaux. AVI passeport fonctionne bien, sa pédagogie est pertinente, elle a vraiment un impact sur le public. Mais son accès est un peu restrictif, puisqu'il impose des prérequis scolaires, au moins un niveau terminale. Nous avons réfléchi à un programme qui puisse répondre aux besoins d'un public plus étendu. Nous avons créé Mobi’sport en 2021, comme un parcours de remobilisation du public, d’une durée d’un mois. Nous en sommes à la troisième année, à raison de 3 sessions par an pour des groupes jusqu'à 20 participants.

 

En quoi consiste-t-il ?

Mobi’Sport est un programme de remobilisation par le sport et de travail sur les savoir-être. L'idée c'est qu'ensuite, les personnes puissent trouver un projet, quel qu'il soit, pas seulement un projet professionnel. Et on ne cible pas de secteurs en particulier. Le sport est notre support principal, mais nous proposons différents types d'ateliers d'accompagnement socioprofessionnel. Par exemple sur la prise de parole, du théâtre, du conseil en image, la connaissance de soi ou les techniques de recherche d'emploi.

 

A quels publics est-il ouvert ?

On ne ferme la porte à personne. Il y a toujours une problématique de départ, ce sont des gens éloignés de l'emploi ou de la formation, à des degrés divers. Nous avons surtout des participants de 16 à 30 ans, quelques-uns plus âgés. Le côté intergénérationnel est intéressant pour la remobilisation, en particulier pour les plus jeunes. Il a un vrai impact sur leur façon de se comporter. Les profils sont assez variés, nous avons des personnes très isolées qui ont juste envie de retrouver des interactions sociales, d’autres qui ont déjà une idée précise de leur projet professionnel, mais qui ont encore quelques freins sur lesquels il faut travailler, des questions d’addiction parfois. Souvent, c’est un problème au niveau de la posture, et ça ne passe pas toujours avec les employeurs.

 

Comment trouvez-vous les participants ?

Certains nous sont envoyés sur prescription. Nous travaillons beaucoup avec la mission locale des Hauts de Garonne, Pôle emploi, des partenaires associatifs, les CCAS, la Maison Départementale des Solidarités. A côté de ça, nous faisons des réunions d'information collective. Et nous avons développé des actions de proximité, notamment le projet « sport impact » qui consiste à organiser des séances de sport gratuites en pied d’immeuble. Cela nous permet de nous ancrer sur le territoire et d'être identifiés par les habitants. Le bouche-à-oreille fonctionne bien, les gens savent ce qu'on propose, ils viennent aussi par ce biais-là.

 

Avant l’entrée dans le programme, nous faisons toujours des entretiens individuels, pour vérifier si Mobi’Sport est pertinent pour la personne, si c’est adapté à sa problématique. On évite d’accepter des gens qui viennent juste pour se défouler, mais qui n’ont pas de besoins par ailleurs. Pour nous, le projet professionnel est un véritable objectif, même si le parcours ne dure qu’un mois.

 

Quel est l’apport particulier de l’approche par le sport ?

Le sport c'est le respect des règles, une notion de cadre qui est très importante et dont les jeunes ont vraiment besoin.  Pendant un mois, ils viennent tous les jours à 9 heures, du lundi au vendredi, ce qui nous permet d'installer ce cadre. On insiste beaucoup sur la ponctualité. La différence par rapport à un dispositif classique, c’est l'utilisation du sport, qui se fait moins à la mission locale, et la densité du programme qui crée une vraie dynamique. L'équipe est différente aussi, puisque nous avons surtout des éducateurs sportifs, ainsi qu’une conseillère en insertion professionnelle.

 

Exigez-vous des prérequis en sport ?

On va avoir tout type de profil, il y en a qui ne font que très peu de sport et ça se passe très bien, puisque les ateliers sont aménagés pour intégrer tout le monde. Le seul prérequis, c’est d’avoir un certificat médical d’aptitude à la pratique sportive. Certains nous disent que le sport, ça n’est pas trop leur truc. Le programme les attire, mais ils se demandent s’ils vont être au niveau. On leur explique qu’on ne cherche pas la performance.  

 

Comment s’organise une journée type ?

D’abord le sport le matin. Chaque jour, nous travaillons sur une compétence, des savoir être attendus par les entreprises, indispensables pour un emploi ou une formation. Par exemple, on va faire une séance de foot-communication avec des ateliers construits pour que les groupes abordent les différentes formes de communication et progressent presque de façon inconsciente. Nous travaillons aussi sur l'autonomie, la persévérance, le respect des règles, la proactivité, etc. L'après-midi, les différentes activités sont en lien avec ce qui a été travaillé le matin.

 

Dans notre équipe pédagogique, les éducateurs sportifs font le lien avec la conseillère en insertion sur le parcours de chaque participant, en signalant ce qu’ils ont observé le matin. Par exemple un jeune un peu renfermé, qui a tendance à ne pas trop s’exprimer en entretien, mais qui pendant les séances de sport va révéler des qualités de leader, qui va aider les membres de son équipe. Nous travaillons avec ces éléments, on cherche à faire prendre conscience au jeune que c’est quelque chose qu’il peut valoriser.

 

Que faites-vous spécifiquement par rapport au projet professionnel ?

Nous abordons le sujet tout de suite parce que c'est une réalité, on n’a pas peur de leur faire peur. Quand la confiance est instaurée, les jeunes arrivent à en parler assez librement. Le sport a aussi ce côté cohésion de groupe qui permet de créer un lien de confiance. Je trouve qu'on arrive assez bien à parler avec eux de projet professionnel. Les participants sont très bienveillants entre eux, ils se livrent plus facilement, ils arrivent à dire des choses très personnelles.

 

Tout au long du mois nous leur proposons des découvertes métiers et des visites d'entreprises, dans plein de secteurs différents, parfois des secteurs vers lesquels ils ne se tourneraient pas. Mais c'est important de les ouvrir sur ce qu’ils ne connaissent pas. On fait en sorte que le jeune se pose des questions sur lui-même, sur ses caractéristiques, sur ce qui lui plaît. En face, on regarde ce qu'il y a sur le marché, quel secteur, quelles possibilités, il faut prendre le temps. Notre slogan cette année, c’est « du temps pour moi et mes projets ».

 

Que considérez-vous comme une sortie positive ?

Une sortie positive se traduit principalement par l’intégration en emploi, en formation ou dans un parcours d’accompagnement. Pour autant, nous attachons aussi beaucoup d’importance à l’évolution des comportements lors de la remobilisation. Certains jeunes peuvent être particulièrement renfermés au début, difficiles d’accès. Si nous les voyons évoluer dans leur posture professionnelle, leur rapport aux autres, leur capacité à se conformer au cadre mis en place, c’est gagné. Ça a d'autant plus de valeur que nous en accueillons certains qui, non seulement sont très éloignés de l'emploi, mais aussi du système de manière générale.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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Savoir être, à la carte

Savoir être, à la carte | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

David Métais est cofondateur de la société MySkillz, créée en 2020.  Geoffrey Klein, en est le « product manager. »  Les outils développés par MySkillz visent à démocratiser le développement des soft skills, les savoir être. Grâce au Fonds Régional d’Innovation pour la Formation (FRIF), Myskillz a élaboré un parcours pour des publics éloignés de l’emploi, en lien avec deux organismes de formation.

 

Pouvez-vous nous décrire ce qu’est le programme MySkillz ?

Ce que nous proposons, c’est une application et un catalogue de formation en format micro learning sur des thématiques de soft skills, de savoir-être, et des thématiques professionnelles. Nos programmes sont personnalisés. Les apprenants se perfectionnent à raison de 5 minutes par jour via la plateforme, grâce à des vidéos, des exercices pratiques. Ce sont des temps très courts, que les utilisateurs peuvent consulter à leur rythme, quand ils peuvent et où ils veulent. En complément, ils assistent à des ateliers en présentiel pour renforcer la mise en pratique de ces compétences. Un parcours, c'est une dizaine d'heures en autonomie. Les contenus sont accessibles pendant un an. Un des intérêts du micro learning, c’est qu’il est assez facile de revenir sur les capsules qui sont faites pour être visionnées plusieurs fois, en fonction des besoins. Ce ne sont pas des vidéos que l’on regarde une seule fois et qu'on connaît à vie.

 

Sur quoi avez-vous basé votre réflexion ?

Au cours de mes expériences professionnelles dans diverses entreprises, je me suis interrogé sur ce que je faisais au quotidien. J’ai rencontré des dirigeants, des DRH des formateurs, des doctorants, des coachs. J’ai constaté qu’il y a une corrélation directe entre soft skills et performance. En gros, plus un manager a des soft skills solides, plus l'équipe est performante, épanouie, et meilleure est la qualité de vie au travail. Il y a aussi moins de problématiques de burn-out, ou de personnes qui se réorientent parce qu’elles ont été déçues d'un métier ou d'une entreprise. Deuxième constat, c'est que les managers ou les DRH manquent de temps pour se former. L'idée était de travailler sur un outil de formation efficace, à distance, utilisable en parallèle du quotidien personnel ou professionnel.

 

Comment avez-vous débuté ?

Nous avons commencé à travailler sur l’ingénierie pédagogique avec des chercheurs et experts en neurosciences de l’ENS et l’Université de Bordeaux. Ensuite, nous avons très vite accompagné des organismes de formation puis des écoles, les universités de Bordeaux et de Pau, ainsi que l'académie de Poitiers. En parallèle, nous avons accompagné quelques entreprises. Nous sommes toujours reliés à un organisme de formation qui assure le présentiel pour nos accompagnements, soit une école, une université pour les étudiants, un organisme de formation dédiée aux demandeurs d'emploi ou à la formation continue pour les autres professionnels.

 

Pourquoi le FRIF ?

Avec le FRIF, nous expérimentons un parcours hybride axé sur les compétences comportementales, avec une pédagogie qui alterne les cours et le e-learning. L'idée est d'améliorer le lien entre la fin de la formation et le début de la vie professionnelle. Aujourd'hui, les entreprises recrutent essentiellement sur des notions de savoir-être et de posture, principalement sur des bas niveaux de qualification. L’idée d'accompagner le développement de ces compétences avec des personnes éloignées de l'emploi, c'était de voir quel impact cela pourrait avoir dans leur insertion professionnelle. On est vraiment sur de la formation.

 

Qu’y-at-il de spécifique avec les demandeurs d’emploi ?

Avec ce public, on est plutôt sur la prise en mains des soft skills dans le cadre de l'insertion professionnelle. Notre expérimentation est menée avec deux publics différents. Des apprenants qui suivent une formation en Agent de Propreté Hygiène (APH) avec Insup Formation, et d’autres sur l’anglais appliqué au tourisme avec le Greta. Pour eux, nous avons spécifiquement développé 4 formations liées à la reprise d'emploi : développer et maintenir sa motivation, la confiance et l'estime de soi, l'organisation de la recherche d'emploi, enfin la posture, comment se comporter en entretien. C’est un peu la boîte à outils d'un demandeur d'emploi qui sort avec un diplôme, de quelle manière on recherche un emploi aujourd'hui.

 

Quel est le rôle des formateurs ?

Nous avons travaillé directement avec les formateurs, on leur a présenté l'outil et comment le prendre en main, on a défini ensemble les parcours, sélectionné certains éléments. Nous leur avons fourni la pédagogie clé en main, qui comprend l'application, les contenus de formation, et toutes les fiches pour animer les ateliers. Pour les ateliers, nous les avons accompagnés sur certaines séances, pour qu'ils puissent organiser la mise en pratique des notions que les apprenants ont abordées à distance. Pour que ça fonctionne, il faut qu’il se prépare en amont, au besoin en échangeant avec nous.  C’est essentiel d’avoir un lien fort avec les formateurs, de personnaliser l'accompagnement en fonction des typologies métiers qu’ils maitrisent mieux que nous. Ce sont eux qui font vivre les savoirs par le biais d'ateliers.

 

Avez-vous connu des surprises ?

Il y a un point auquel nous n’avions pas été trop confrontés jusqu'à présent, c'est la fracture numérique. Quand on accompagne des publics comme sur la formation APH et qu’on leur propose notre application de formation, nous constatons que regarder des vidéos toutes simples sur leur téléphone n’est pas toujours possible, parce qu’ils ne sont pas équipés ou qu’ils ne savent pas s’en servir. Les formateurs nous disent qu’ils voudraient pouvoir consulter les vidéos tous ensemble, les visionner sur grand écran afin que tout le monde puisse les regarder en même temps et avancer au même rythme. Nous n’avons connu ça, ni avec les publics étudiants, ni en entreprise, parce que cette fracture numérique n’existe pas.

 

Le deuxième problème que nous avons rencontré, était de trouver des créneaux pour travailler avec les formateurs et caler les périodes de formation en atelier et sur l'application en fonction de leur planning. En pratique, cela a été très compliqué de les mettre en place, de trouver ces créneaux et de prendre le temps de leur présenter les formations. Les formateurs assurent la formation mais aussi tout le suivi administratif, ce qui fait qu’ils ont assez peu de disponibilités. Nous en avons même perdu en cours de route, parce qu'ils n’avaient pas le temps. Cela a été une surprise, on ne pensait pas que ce serait aussi difficile. Si nous devons le refaire, il faut vraiment que nous trouvions un moyen avec les structures pour assurer la disponibilité des formateurs.

 

Quels enseignements avez-vous tiré de cette expérimentation ?

Nous avons fait évoluer notre offre en cours de route. Par exemple, la capsule « gérer ses émotions », que nous ne voulions pas proposer au début mais qu’on nous a demandé d'intégrer dans le parcours APH. Nous nous sommes rendu compte qu'elle n’était pas pertinente. En revanche, les parties « dompter sa colère » et « tromper son ennui » ont mieux fonctionné. Typiquement, c’est l'expérimentation qui nous a permis de tester certaines séquences et d’en vérifier l’intérêt sur ces publics.

 

Nous ne sommes pas là pour imposer le présentiel et le digital, mais plutôt pour bien tirer parti des deux modalités.

Le présentiel présente un grand intérêt sur la prise de conscience et la mise en pratique. Alors que le digital offre plus de personnalisation, et permet de se former sur des temps très courts au moment où la personne est le mieux disposée. De plus, on peut facilement mesurer sa progression, c'est tout l'intérêt du digital. Marier le meilleur des deux mondes, c’est la manière la plus sûre d’accompagner efficacement les bénéficiaires.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

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La gastronomie au service de l’emploi

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« Des étoiles et des femmes » résulte d’une idée originale du chef étoilé Alain Ducasse. Son but est de mettre « l’excellence de la gastronomie » au service des femmes éloignées de l'emploi. En pratique, cette action propose à un public exclusivement féminin la possibilité d’obtenir un CAP de cuisine en un an, assorti d’un accompagnement socioprofessionnel. Pourquoi un public féminin ? D’une part en raison du fait que le personnel de cuisine est majoritairement masculin, d’autre part parce que le taux de chômage est plus important chez les femmes que chez les hommes. Enfin, à cause de la pénurie de profils qualifiés que connait le secteur.

 

« Notre sélection se fait sur la base de la motivation de la personne à intégrer ce dispositif. 10 mois de septembre à juin, 2 semaines de vacances sur l'année, avec un rythme d'alternance d’un mois de cours, 3 semaines de stage. C'est très intense, particulièrement pour des femmes qui ont souvent quitté l'école il y a plusieurs années, » précise Sonia Josefowicz, chargée de projet de l’association bayonnaise Céleste. « Deuxième chose importante, c'est que nous choisissons des femmes majeures, quel que soit leur âge, qui ne pourraient pas accéder à un CAP classique sans notre aide. Pour l’instant, on est sur une moyenne d'âge de 35 - 40 ans »

 

L'association Céleste existe depuis plus de 50 ans. Son domaine d’expertise est la petite enfance. C'est la première fois qu’elle porte ce type de dispositif. Elle fait partie des 13 structures qui animent ce projet un peu partout en France. Céleste a pris un tournant il y a 2 ans, parce que les familles sollicitaient de l’aide pour leurs enfants, mais qu’elles venaient aussi avec des difficultés familiales plus globales. « Avec ce projet, nous avons voulu aider l'ensemble de la famille. En soutenant les femmes éloignées de l'emploi à se former, à retrouver un emploi. C’est notre volonté de nous positionner de plus en plus sur des projets d'économie sociale et solidaire, par exemple sur la prévention sanitaire, la justice alimentaire et sur les inégalités. »

 

Formation et accompagnement socioprofessionnel

 

« Concrètement, c'est notre organisme de formation « Défi » qui porte « Des étoiles et des femmes », mais c'est le Greta qui dispense la formation au lycée de Navarre à Saint-Jean-Pied-de-Port. Il définit le contenu, la répartition des cours, les emplois du temps. De notre côté, nous nous chargeons de la partie administrative et de tout l’accompagnement socioprofessionnel. » Pour que les candidates suivent cette formation le plus sereinement possible, on les aide à lever certains freins comme la garde d'enfants, les remises à niveau en français, en mathématiques, la mobilité, l'achat de tenues professionnelles. La plupart sont hébergées en internat, les autres reçoivent une aide à la mobilité.

 

Pour trouver les participantes de la première promotion, qui a débuté en septembre 2022, tous les prescripteurs ont été sollicités. Service Départemental de la Solidarité et de l'Insertion, Pôle emploi, missions locales, PLIE, le GIP DSU à Bayonne, toutes les structures qui ont vocation à rencontrer des femmes éloignées de l'emploi ont été informées du lancement du dispositif.

 

Afin d’être retenues, les candidates doivent suivre plusieurs étapes, à commencer par un premier entretien individuel avec l’accompagnatrice socioprofessionnelle de l’association. Il est suivi d’un deuxième entretien pour répondre à des questions sur leur motivation, passer des tests de positionnement, des tests de compétences dans les savoirs de base, de manière à vérifier qu’elles aient un niveau suffisant pour le CAP.  Ainsi que des tests dans le domaine de la vie collective. « Notre but c'est que le groupe reste ensemble jusqu'à la fin de l'année. On étudie toutes ces évaluations pour effectuer une première sélection. Ensuite un jury se réunit, composé de restaurants partenaires, du Greta, d'une personne du lycée de Navarre. C'est à l'issue de ce jury que l’on sélectionne 12 personnes. »

 

Céleste travaille également en partenariat avec l’organisme de formation « Carrières & insertion » sur l’accompagnement social renforcé. Le programme comporte des ateliers sur la communication, sur la posture professionnelle, sur le sexisme au travail, le CV, la lettre de motivation. Ainsi que des ateliers bien-être, de réflexologie et de sophrologie. Il inclut également des visites d’entreprises, des vignobles, des fromagers, des agriculteurs, toujours liées à la cuisine, à l’alimentation et aux produits du terroir. Celles qui rencontrent plus de difficultés en cours peuvent bénéficier d’un soutien scolaire.

 

L’accompagnatrice socioprofessionnelle intervient quasi quotidiennement. Pour chaque problème, elle essaie de trouver une solution, qu’il s’agisse de questions de santé, de logement, d'addiction, de garde d'enfants… « les participantes arrivent avec tous leurs passifs et toutes leurs problématiques. C’est pour ça qu’il nous faut une personne au quotidien qui prenne en charge ces problèmes et trouve des issues. Nous faisons aussi des entretiens individuels tous les mois, pour faire le point sur leur progression, leurs problématiques, etc.. »

 

Une expérience valorisante

 

C’est l’association qui choisit les restaurateurs et place les stagiaires dans les différents établissements. La plupart d’entre eux souhaitent rencontrer la stagiaire avant de l’accueillir. Ils s’engagent à lui transmettre leur savoir, à lui apprendre le métier de cuisinier. Seule véritable condition, qu’ils adhèrent aux valeurs du dispositif. « Nous travaillons avec des restaurants étoilés et gastronomiques, la concurrence est un petit peu rude mais il arrive qu’ils proposent des contrats pour la saison, ou du temps partiel sur du long terme. La particularité du dispositif, c’est de viser l'excellence de la gastronomie. Cela permet aux stagiaires d’ajouter une belle référence à leur CV. »

 

La deuxième promotion est en cours de recrutement, pour un démarrage de la formation en septembre. « Même si on reçoit 30 personnes, mais qu’il n’y en a que 8 qui ont le profil, nous n’en retiendrons que 8. Il arrive que nous en écartions certaines lors du premier jury parce qu’elles sont trop diplômées. Ça n’est pas spécialement facile de dire à quelqu'un qu’on ne peut pas la prendre à cause de ses diplômes. En revanche, on les oriente vers d’autres formations. Dans un groupe, s’il existe une différence de niveau trop importante, ça se ressent dans la dynamique collective. »

 

« Notre première promotion fut une réussite et tous nos partenaires, professeurs compris, sont très surpris que nous ayons conservé 12 personnes jusqu’à la fin de la formation. Nous ne les avons pas lâchées. Pour ma part, ce que je retiens, c’est leur motivation. Je suis ravie de les voir aussi motivées, compte tenu de tous les problèmes auxquels elles doivent faire face. »

 

 

* "Des étoiles et de femmes" a reçu le soutien financier de la Région par l'appel à projets "soutien aux actions de développement dans les quartiers "politique de la ville".

 

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Mécanique au féminin, l'outil AFEST

Mécanique au féminin, l'outil AFEST | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

EVOLPRO est un laboratoire d’innovation sociale pas comme les autres, ne serait-ce que parce qu’il ne se positionne pas dans le champ concurrentiel. Son crédo est le développement du pouvoir d'agir, l'éducation populaire, l’accès de tous aux dispositifs de droit commun. « Notre cœur d'activité, c'est d'accompagner les professionnels, tous les acteurs dont l'activité a un impact sur d'autres, » précise Olivier Chabot, secrétaire général d’EVOLPRO. « Parmi eux, il y a les structures d'insertion, les organismes de formation, les métiers du conseil et de l'accompagnement, les métiers du sport, le métier du soin, les syndicalistes, les ressources humaines. »

 

C’est dans ce cadre que l’organisme a été contacté en 2023 par une structure d’insertion, Apreva 47, qui envisageait de mettre en place une Action de Formation en Situation de Travail (AFEST) au sein d’un de ses garages solidaires. Avec dans l’idée de développer la mixité, d’accueillir des femmes dans un milieu très masculin, celui de la mécanique. La réponse d’EVOLPRO, architecte de cette action, s’est faite à plusieurs niveaux. D’abord sur le principe de démontrer que tout est possible avec un accompagnement de qualité.

 

Et puisque le garage solidaire est situé en QPV, l’action s’adresse à des femmes issues de ces quartiers. Ce sera l’occasion de sensibiliser le garage à la question de la neutralité de genre. De plus, comme le métier évolue avec les enjeux de transition énergétique, ce sujet sera également pris en compte. « Notre plus-value, elle est là-dessus. Cette vision holistique des choses, très large. On ne s’enferme pas dans une catégorie, dans une case comme c’est trop souvent le cas. »

 

Parier sur un potentiel

 

EVOLPRO travaille étroitement avec le GPV rive droite dans le cadre de la cité de l'emploi, à Bassens, Cenon, Floirac et Lormont où est situé le garage. Aller chercher des femmes issues des QPV pour les accompagner dans une structure d'insertion, c’est une façon de démontrer le potentiel des habitants et des habitantes de ces territoires. « On ne peut pas réduire les gens à des catégories et à des cases liées aux politiques de la ville. On ne nie pas les difficultés, au contraire. On a affaire à des personnes qui ont des parcours singuliers, qu’il faut prendre en compte à partir de leur potentialité. »

 

La formation baptisée « Femmes et mécanique » se déroulera entre début mars et début juillet. Elle mobilisera un groupe d’une dizaine de femmes qui rencontrent des obstacles en matière de mobilité et de garde d’enfants. Leur profil, être demandeuse d'emploi de longue durée issues des QPV de la métropole de Bordeaux, savoir s’exprimer et comprendre oralement le français, idéalement être titulaire du permis B, ne pas avoir de contre-indication médicale liées aux métiers de la mécanique, être disponible, volontaire et capable de s’engager dans une action collective. Le système sera adapté à leurs besoins et contraintes.

 

« Nous ne sommes pas des consultants, ce qui nous intéresse c'est vraiment de faire bouger les choses. Il faut expérimenter de nouvelles pratiques, de nouvelles façons de penser le monde. On s'est beaucoup intéressé aux tiers lieux, qui défendent une façon de travailler autrement. Nous, on défend une façon d'accompagner autrement, pour démontrer que d'autres modèles sont possibles. C’est pour ça que nous menons tous nos projets en partenariat, on essaie d'aller chercher des structures qui partagent nos valeurs, ce qui ne se résume pas à gagner de l'argent. »

 

La mise en place d’une AFEST réclame une ingénierie pédagogique très structurée. Son principal intérêt étant de faciliter des parcours, notamment pour des personnes éloignées de l'emploi à qui la formation peut faire peur. EVOLPRO aurait pu s'en tenir à simplement appliquer le référentiel de mécanicien polyvalent, mais il a décidé d’y intégrer la certification Cléa. « Il existe un enjeu autour de la lutte contre l'illettrisme, et dans la reprise de confiance en soi. Avec Cléa c’est l’assurance de sortir de l’action avec au moins un diplôme, d’identifier certaines difficultés comme la maitrise du français, le travail en équipe, la posture d'apprendre à apprendre, etc. C'est redonner de l'espoir et se projeter dans l’avenir. » 

 

« De manière globale, nous n’avons pas une vision adéquationniste de la formation. Les compétences ne sont pas juste un verre vide à remplir. Nous privilégions plutôt l’image du silex sur un fétu de paille. Je fais partir un feu, et après je souffle dessus. On commence par faire des étincelles, l'accompagnement consiste ensuite à entretenir ces feux. »

 

L’accompagnement concerne également les hommes qui travaillent déjà dans le garage, qui n’ont pas forcément l'habitude de côtoyer des femmes dans leur quotidien professionnel. Travailler sur la mixité dans un métier traditionnellement masculin est un chantier en soi, qui nécessite un acte volontariste. EVOLPRO a fait appel au CIDFF Gironde pour animer des ateliers de sensibilisation. De plus, lorsqu’il s’agit de convaincre un public de partir en formation, on multiplie les difficultés. « Le fait de découvrir un métier en l’apprenant dans une situation de travail, d’évoluer au quotidien dans un environnement de travail, optimise les chances de réussite. En même temps, ça permet de dédramatiser, de démystifier tout l'aspect formation. L’AFEST peut être sécurisante et facilitante justement parce qu’elle ne se déroule pas dans un organisme de formation. »

 

Un programme adapté 

 

Le programme « Femmes et mécanique » dure 14 semaines, à l’exception du mercredi. Il comprend une phase de découverte des métiers et l’apprentissage des compétences techniques nécessaires pour réaliser toutes les actions de préparation d’un véhicule, diagnostiquer une panne, être capable de communiquer en situation professionnelle auprès des fournisseurs, etc. S'agissant de Cléa, les sessions, animées par l’organisme Retravailler Sud-Ouest, seront délocalisées dans un organisme de formation, afin d’habituer progressivement les participantes à entrer dans un cadre de formation plus classique.

 

« Pour nous l’insertion, c’est vraiment accéder au droit commun, mais pas de force. Il y a deux façons de faire rentrer un cube dans un trou rond, soit on gomme les coins du cube et on en fait une boule, soit on agrandit le trou. Ce que nous voulons c’est arriver petit à petit à ce que la formation s'adapte aux besoins des gens. Nous travaillons beaucoup sur la notion d'appétence, qu’il nous semble importante à valoriser. Mais on ne veut pas se limiter à la projection vers un métier, on veut ouvrir les possibles. Quelqu’un qui vient faire cette formation peut reprendre confiance, retrouver de l’espoir en l’avenir personnel et professionnel, valoriser des compétences sur son CV, etc. »

 

A l’issue de la formation, les participantes pourront envisager de continuer sur un parcours d'insertion, de formation, ou un emploi dans les métiers où les connaissances et compétences en mécanique peuvent être un plus, comme le transport ou la livraison. Plus largement, l’objectif est de leur donner les moyens de reprendre leur vie en main.

 

« Au-delà du modèle économique, nous voulons absolument démarrer l’action. Même s'il n’y avait que 2 ou 3 candidates, si ça répond à des appétences, que ça permet de redonner de l'espoir, il faut y aller. Notre ambition est de changer le monde. Mais on sait qu'on ne va pas le changer comme ça, que ça peut faire peur. Il faut s'autoriser à être utopique, sans être arrogant. On est plus nombreux qu’on le croit à partager cette approche mais, souvent, le système impose aux opérateurs de faire les choses chacun de leur côté. »

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L’AFEST comme solution de recrutement pour le secteur médico-social

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Le Groupement d'Employeurs Médico-social de la Creuse (GEMS 23) existe depuis 2016. Il compte aujourd’hui une cinquantaine de salariés et plus de 25 structures adhérentes représentant une soixantaine d'établissements de tailles diverses. Son cœur de métier est la mise à disposition d’accompagnants éducatifs et sociaux, d’aides-soignants, de surveillants de nuit, d’agents de nettoyage, dans le cadre de remplacements prévisibles ou d’urgence. En 2023, cela représente 66 000 heures de mise à disposition, environ 50 équivalents temps plein par mois.

 

Dans le cadre de ses différentes actions, dont la formation, le groupement fait face à des problématiques de repérage et de recrutement que connait l’ensemble du secteur médico-social. Ces difficultés ont été le point de départ d’une réflexion sur la recherche de dispositifs permettant de répondre à ces besoins. L’AFEST ((Action de Formation En Situation de Travail) faisait partie des hypothèses. D’autant qu’elle pouvait potentiellement apporter une réponse à la question du déficit de personnes diplômées ou certifiées pour alimenter les écoles. De ce fait, le GEMS a présenté un dossier à l’appel à projets régional sur l’AFEST, qui a été retenu fin 2022.

 

« L’AFEST nous plaisait de par sa proportion 70% en entreprise, 30% en actions de formation, » explique Fabien Devillechabrolle, chargé de développement. « Cet équilibre est intéressant pour les profils que nous visons, essentiellement des demandeurs d'emploi, que nous voulons amener vers un bloc de compétences assez large. » En l’occurrence, le bloc de compétences est celui de maîtresse de maison, qui permet d’inclure différents profils pour aller vers une certification, ou vers des métiers comme agent de nettoyage ou surveillant de nuit.

 

Capter les futurs salariés

 

Parmi d’autres dispositifs, l’AFEST a été retenue en raison du fait qu’elle permet de « capter » des personnes plus ou moins éloignées de l'emploi, de les rendre employables. Et le cas échéant de les emmener vers des formations certifiées et diplômantes, comme celles d’AES ou d’aide-soignant. Pour Nathalie Lefebvre, coordonnatrice du GEMS, « il fallait trouver un système qui nous permette de trouver des capitaux pour les former. Les autres dispositifs n’offrent pas cette possibilité d'aller immédiatement dans l'entreprise pour prendre la mesure des différentes tâches à réaliser. Ainsi qu’un apport théorique adapté aux publics dont beaucoup ne sont pas du métier, pas formés, et que nous pourrons amener au métier petit à petit, avec un accompagnement en doublon pour réapprendre le rythme du travail. Puis pour les mettre à disposition dans les établissements. »

 

Tous les CV réunis doivent être validés par la Région afin de vérifier leur compatibilité avec les critères d'éligibilité de l'action (niveau de formation infra bac, zone de revitalisation rurale ou QPV, éventuellement demandeurs d'emploi). Aucun prérequis sur l'origine sociale et socioprofessionnelle, contrairement aux établissements qui ont des exigences d'efficacité immédiate. « Sur le principe, nous recevons tout le monde, même des gens qui peuvent être extrêmement loin de nos apprenants habituels, ce qui permet d'ouvrir l’action à des profils inattendus. »

 

Les candidats se présentent parfois sur prescription, mais le groupement a effectué son propre repérage en participant à des événementiels, des salons organisés par ses partenaires. « Pour la détection des candidats nous fonctionnons assez différemment des collègues organismes de formation qui recrutent uniquement pour l’AFEST. Après avis de la Région, nous validons avec les candidats s'ils veulent suivre la formation. » Parmi les personnes rencontrées, beaucoup ne savent rien du secteur, sont en reconversion ou cherchent à travailler, quel que soit l’emploi.

 

De plus, le métier de maîtresse de maison est très peu connu. « Nous leur expliquons que ce métier se situe à la frontière entre l'entretien et l'éducatif, qu’il fait partie de l'équipe éducative de façon pleine et entière. Souvent ils sont intéressés. Autant surveillant de nuit ou accompagnant éducatif et social, ils ont une petite idée, autant maitresse de maison est pour eux une vraie découverte. »

 

Le déroulé pédagogique a été élaboré avec le CFA de la CCI de la Creuse. Il comporte plusieurs grandes phases en commençant par la prise en compte du contexte d'intervention, la présentation des établissements, des agents de service à domicile, de différents métiers, les types de handicaps, leurs causes et leurs effets possibles, le développement psychomoteur, etc. Suivent notamment la qualité et la sécurité du cadre de vie, ou encore l’élaboration de son identité professionnelle. Les enseignements théoriques alternent avec les périodes en entreprise, au sein des structures adhérentes du groupement.

 

Pousser à la découverte des métiers

 

Les structures d’accueil ont toutes signé une lettre d’engagement avant le dépôt du projet. Elles doivent disposer d’un référent AFEST et d’une personne compétente pour accompagner au plus près les stagiaires. La volonté du groupement est que chacun d’entre eux essaie au moins deux environnements professionnels. « Nous restons vigilants quant à la capacité de la personne à s’adapter à la structure, en tenant compte de leurs goûts, leurs appétences, leurs compétences. L’idée est d’éviter de perdre des gens s’ils n’arrivent pas à s’y adapter, parce que parfois ça ne fonctionne pas. Certains iront plus facilement vers le soin, d’autres vers l’éducatif. Cela dit, nous tenons vraiment à leur faire essayer des structures sur lesquelles ils n’ont pas envie d'aller au départ, pour les aider à sortir des représentations parfois faussées. »

 

A l’issue de la formation, en cas de réussite, les stagiaires obtiennent la certification de maître/maîtresse de maison et peuvent idéalement évoluer dans toutes les structures. Si les besoins sont plutôt sur des postes d'aide-soignante ou d’AES, ils peuvent être intégrés en tant que « faisant fonction », l'idée étant vraiment de les amener à ce qu’ils poursuivent leur formation et qu’ils travaillent en Creuse.

 

Avec la première promotion AFEST qui a commencé en janvier pour un groupe de 8 apprenants, 2024 est une année d’expérimentation. A terme, l'objectif est de mettre en place un pôle territorial de coopérations économique au niveau départemental, une organisation qui permettra de coordonner et répondre à des appels à projets de grande ampleur. Ses adhérents, le GEMS, le GIEQ en cours de création, les tiers lieux, la communauté 360 en Creuse, les instances institutionnelles, disposeraient d’un outil pour faciliter les échanges, mutualiser les services, et déployer plus facilement des actions de la filière médico-sociale à l’échelle du département.

 

« Concrètement, nous pourrons par exemple répondre à une AFEST de façon beaucoup plus importante, afin de la déployer dans plusieurs types de structures. C'est l'une des voies qui permettront peut-être de coordonner et de faciliter tout ce qui fonctionne déjà dans le territoire. On s'aperçoit qu'il y a pléthore de dispositifs, que chacun travaille à sa façon, à son rythme, réalise parfois des actions exceptionnelles, mais dans son propre établissement ou dans sa propre association, sans forcément partager, échanger et déployer chez les autres ce qui fonctionne. »

 

 

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Formation petite reine

Formation petite reine | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

L’Institut National du Cycle et du Motocycle (INCM) est un organisme de formation de branche, spécialisé dans les métiers du deux-roues, moto, vélo et mobilité électrique. Depuis une trentaine d'années, sa mission principale est d'accompagner les entreprises en répondant à leurs besoins en recrutement, par le biais de formations en alternance, de la formation de demandeurs d'emploi ou de personnes en reconversion. Son siège et site principal est situé au Bourget. L’INCM mène également des actions de promotion des métiers et des filières de formation.

 

« Après la crise COVID, on s'est rapidement rendu compte qu'il y avait des besoins exprimés sur le territoire national pour permettre le développement de la mobilité décarbonée. Tant sur la partie vente que la partie réparation entretien maintenance et location de vélo » explique Sabrina Kockenpoo, directrice. « Nous orientons notre stratégie en fonction de ce que les professionnels en activité ressentent sur le terrain et nous font remonter. »

 

Depuis 2019, l’organisme ouvre progressivement des antennes dans différentes régions, à commencer par l’Occitanie avec une implantation à Beauzelle, transférée depuis à Toulouse.  « On s'est rapidement rendu compte que la formation vélo doit être au cœur de la ville pour être pertinente, aussi bien pour les stagiaires que pour les entreprises. » Ont suivi les antennes de Lyon, Nantes et, fin 2022, La Rochelle. En Nouvelle-Aquitaine, une offre de formation existait à Bordeaux, mais trop éloignée pour répondre aux besoins du bassin de La Rochelle, la ville motrice en matière de développement du vélo depuis des années, notamment sur les flottes de deux-roues en libre-service.

 

Partir des besoins des entreprises

 

Chaque implantation est précédée d’un travail d’étude mené localement pour connaître le besoin des entreprises et s'assurer qu’il est bien réel. La Rochelle et les villes limitrophes comptent une soixantaine d'entreprises de location, d'entretien, de maintenance et de réparation vélo, qui ne disposaient pas de l'offre de formation nécessaire. « Nous avons travaillé avec le CFA de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Lagord qui a un grand projet de développement de pôle automobile. Nous avons ouvert en novembre 2022 une antenne à échelle humaine, un local de 175 m2 situé à proximité du port de plaisance, de l’université et de la vie étudiante. »

 

Objectif de la nouvelle structure, proposer des formations en entretien et maintenance réparation cycle. Sa caractéristique est d’être modulable pour permettre de dispenser des formations longues ou de plus courte durée, pour un public demandeur d'emploi ou en reconversion professionnelle qui a besoin de se former rapidement pour s'insérer. Sont également proposés des modules de 2 ou 3 jours destinés aux professionnels qui souhaitent se spécialiser dans telle ou telle compétence.

 

« On est plutôt sur de la dentelle, notre objectif n'est pas d'inonder le marché parce que ça n'aurait pas de sens mais d’accompagner les entreprises dans le maintien et développement des compétences. L'aspect commercial est important, mais ce n’est pas la première demande sur le bassin, il s’agit essentiellement de réparation, en tous cas pour le moment. » Un formateur est présent en permanence, c’est le référent de l’INCM La Rochelle. Il est soutenu par les équipes administratives, éducatives et pédagogiques de l’IDF. Et un collègue, qui n’est pas toujours le même, est envoyé depuis Le Bourget quand il y a 2 groupes à accompagner.

 

« Il y a quelques années la formation vélo était liée à la moto. Les personnes se formaient en CAP ou en Bac avec une dominante moto, et quelques heures dédiées au vélo. Auparavant les besoins étaient assez confidentiels, néanmoins les entreprises de la branche des services d'automobiles et de la mobilité avaient tout de même un besoin. C’est pour ça que plusieurs certifications de branche ont été créées par l’ANFA qui répondent aux exigences des entreprises et qui intègrent les évolutions technologiques (VAE, connectivité, …), le service client et l’organisation atelier »

 

Les publics visés sont assez hétérogènes. Des jeunes sortant de classe de 3e, ainsi que des plus âgés qui ont déjà cherché une orientation et qui reviennent à un métier technique, des demandeurs d'emploi ou des adultes en reconversion professionnelle. Tous passent la même certification mécanicien cycle, mais avec des modalités différentes, soit en 12 mois pour un contrat en alternance, soit pendant 3 mois et demi de manière continue avec un stage en entreprise de 2 à 3 semaines. A l’issue de la formation, nombreux sont ceux qui ont des projets de création ou de reprise d'entreprise. Le centre de La Rochelle peut prendre en charge deux groupes de 12 apprenants de manière simultanée, avec chaque année une session en alternance, et deux sessions demandeurs d'emploi et reconversion professionnelle.

 

« L’objectif de la formation est d’accompagner les apprenants à intervenir sur une diversité de vélos qu’ils soient, musculaires, à assistance électrique, des VTC ou VTT, du vélo de ville, etc. Ils sont essentiellement préparés lors de leur formation au montage, préparation et l'assemblage d'un vélo et l’organisation et après-vente en atelier. »

 

Nouvelles technologies, nouvelles compétences

 

« Il est indispensable de disposer de la compétence technique pour intervenir, réparer et entretenir un vélo. Ils sont confrontés à différents matériaux, différentes technologies comme le changement de vitesse par Bluetooth par exemple, toutes ces nouvelles options qui sont plutôt attractives pour le cycliste nécessitent des connaissances très fines et une approche client adaptée et différente. Il est indispensable que le futur mécanicien cycles permette au client de circuler également en toute sécurité. »

 

Aujourd’hui les besoins sont réels, parce que les activités liées à la maintenance sur un vélo sont plus en plus complexes. En conséquence, il faut disposer des compétences adaptées aux matériels disponibles sur le marché. Mais le secteur connaît un tassement au niveau de la production et des ventes, après un engouement certain observé à la sortie de la crise sanitaire.  

 

Sur le secteur de La Rochelle, le caractère saisonnier de l’activité est assez poussé. Les loueurs sont nombreux, une spécificité que l’on retrouve sur la côte Ouest et la façade atlantique. Ces loueurs ont des besoins qui se renouvellent chaque année, l’activité est beaucoup plus réduite entre novembre et mars, ce qui n’est pas le cas sauf dans des villes qui connaissent un véritable dynamique autour du vélo, comme Lyon, Lille ou Paris.

 

Autre modalité d’intervention pour l’INCM, celle d'atelier éphémère. Une formation autour du vélo nécessite un certain nombre d'équipements, mais l’ensemble peut prendre place dans une salle classique, il n’y a aucune nécessité qu’il s’agisse d’un atelier spécialisé. Autrement dit, un espace d’une centaine de m2 est suffisant. « Nous arrivons en début de semaine avec l'ensemble du matériel, on installe six postes de travail, ce qui nous permet d'avoir une douzaine de stagiaires. Et on démonte tout à l’issue. Ce fonctionnement offre une souplesse certaine, de pouvoir aller là où le besoin est présent, sans forcément ouvrir une antenne. »

 

Le formateur entretient des contacts réguliers avec les entreprises par le biais d'une campagne téléphonique en début de formation, puis par des visites en entreprise au cours du cursus. Le rôle des entreprises est de former, mais elles participent également directement à l’évaluation et à l’accompagnement des apprenants, notamment lors de la période de stage.

 

Sur la Nouvelle-Aquitaine, la volonté est de proposer une offre de formation raisonnable et adaptée à la demande des entreprises du Vélo. « Notre stratégie est différente de celle de l’Ile-de-France où il y a un besoin très développé. Sur La Rochelle, on adapte notre offre à la demande. Aujourd’hui sur le vélo, 80% des candidats qui obtiennent leur certification sont en emploi à l'issue de la formation, mais pas forcément dans leur entreprise formatrice. L’autre particularité de ce public, c’est qu’il est assez volatile. L’INCM accompagne également les entreprises à proposer des actions de fidélisation de leurs collaborateurs. »

 

 

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La Forge, transformer ses acquis en compétences

La Forge, transformer ses acquis en compétences | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

« En 2019, j’étais adjointe de direction à la mission locale de Bordeaux » explique Marylène Costa. « Et je constatais que nous avions des actions pour lesquelles on avait beaucoup de mal à mobiliser des jeunes. A un moment, il faut admettre que quelque chose ne fonctionne pas. Et qu’il faut sûrement chercher de notre côté, que ça ne peut pas simplement être le manque de motivation des gens qui n’auraient pas envie de travailler. »

 

Certains citoyens ne poussent pas la porte de la mission locale ou de Pôle emploi. Plus généralement, nombreuses sont les personnes qui ne recourent pas au droit public auquel elles ont pourtant droit. Autre constatation, plus on s’approche des quartiers populaires, plus ces phénomènes grandissent. Taux de chômage élevé, déscolarisation, précarité des femmes au travail, dont beaucoup sont prises dans des schémas monoparentaux.

 

« Avec Yolande Panneels, du cabinet Axe et Cible, on se rendait compte qu'il y avait des personnes qui n'étaient pas informées, qui n'adhéraient pas du tout aux dispositifs, qui refusaient complètement le fait, par exemple, de bénéficier du RSA et de se faire contrôler par un système qu’elles ne connaissaient pas. Nous avons alors travaillé ensemble à un un projet que l’on a présenté à la Région Nouvelle-Aquitaine. En fait, une page blanche avec 3 idées fortes, que nous avons essayé de défendre en partant du principe que ce document devait être écrit par les bénéficiaires eux-mêmes. »

 

Première intention, l'idée d'être présent sur les territoires, de faire du « aller vers », d’intervenir sans trop avoir la volonté de vendre un produit d'insertion. Deuxième principe, inviter les personnes à participer à un collectif pour fabriquer un projet ensemble. « On leur disait, on prend votre besoin comme il est, ici et maintenant, on ne le tord pas, on ne le transforme pas. On a décidé d'accompagner les personnes comme elles le souhaitent, soit en individuel, soit en collectif, ou encore dans un café, sans se donner de limites quant aux modalités. » Troisième intention, travailler au développement des compétences de chacun en s’appuyant sur les notions d'entraide et de pair-aidance.

 

S'appuyer sur les pairs

 

« La pair-aidance, je suis allée la chercher du côté de la santé mentale, parce qu’aujourd’hui ça n'existe pas dans l'insertion professionnelle telle qu’elle est. J’ai voulu voir si ça pouvait marcher sur du vécu expérientiel, comment réparer des personnes en insertion. On y arrive aujourd'hui parce qu'on a une multi culturalité dans les projets. Et que nous utilisons l’outil de l’âge, un senior qui va presque accompagner un jeune, ça se fait un peu naturellement. Mais c'était véritablement ambitieux de se reposer sur le pouvoir d'agir et la pair-aidance. »

 

En pratique, le projet était de créer une association ou une entreprise solidaire basée sur un collectif, une sorte de tiers-lieu vivant, sans idée de refaire une structure de service public. Son but, recueillir le besoin, l'accompagner et le ramener vers le droit commun si nécessaire. Son démarrage remonte à début 2021, avec le recrutement de deux médiateurs développeurs. De mars à octobre, la nouvelle équipe a déambulé au sein des 21 quartiers politiques de la ville situés en Gironde. Elle est partie à la rencontre des habitants, des partenaires potentiels, des associations, etc. En fonction de l’accueil reçu, parfois des coups de cœur, elle a établi une cartographie des quartiers sur lesquels elle voulait intervenir.

 

 « Pour attirer les gens et leur proposer de nous rencontrer, on utilisait des brise-glace, comme un goûter en bas d'immeuble, un jeu de cartes, ou encore une invitation à participer à un atelier cuisine. On partait d'une proposition qui n’avait rien à voir avec le besoin d’emploi formation. Nous voulions d’abord échanger avec les personnes, leur demander comment elles trouvaient leur quartier, si elles avaient envie de changer. »

 

Pour choisir ses territoires d’action, l’équipe se donnait comme principal critère le besoin les habitants, sans jamais chercher à forcer sa présence. Si leur réponse, ou celle des acteurs locaux, était qu’ils n’avaient besoin de rien, elle n’insistait pas. Parfois les acteurs se sont dit partants pour tester quelque chose ensemble. «

À ce moment-là, nous n’avions pas de communication, on voulait rester nous-mêmes un peu invisibles, parce que nous voulions en quelque sorte rester à égalité avec les personnes rencontrées. Nous sommes restés là où on se sentait bien. Maintenant il y a des gens qui nous appellent depuis Coutras, Sainte-Foy-la-Grande, Villenave-d’Ornon, parce qu’un besoin s'est fait sentir. »

 

La Forge a été créée officiellement en septembre 2021 par un consortium coordonné par Axe et Cible*. Elle a ensuite pris ses quartiers au sein de la résidence Habitats Jeunes Le Levain à Bordeaux. Sa première action a été de constituer un collectif en sollicitant les 10 missions locales de la Gironde pour trouver de jeunes ambassadeurs qui iraient faire sa promotion. « Au départ, on a constitué un premier collectif d’une quinzaine de jeunes issus de mission locale, de service civique et de formation professionnelle « amorce de parcours. » Deux ans plus tard, certaines d’entre eux sont encore avec nous dans le collectif, à tricoter le programme. La logique du pair à pair c'était vraiment notre idée de départ, un jeune parle avec un jeune. »

 

Le collectif avant tout

 

Aujourd’hui, la Forge des compétences se présente toujours comme un collectif ouvert à tous, à partir de 16 ans. Elle propose un programme d’ateliers « animés pas toutes et tous » autour de l’écoute, de la cuisine, de l’image, du sport. Sa différence fondamentale avec d'autres accompagnants sociaux, c'est son accueil et le libre arbitre. Plutôt qu’un accueil classique, avec des questions, un diagnostic, tout un processus parfois un peu lourd, chaque personne est invitée à venir quand elle veut, à son rythme, pour donner autant qu’elle reçoit, dans l’entraide et le respect mutuel. Porte d’entrée idéale, tous les jeudis après-midi se tient la « fabrique à solutions », sorte d’outil révélateur des potentiels, qui fonctionne sur la base de l’intelligence collective.

 

« La notion de communauté, de collectif, de démocratie participative est très importante pour la transmission. Même si nous n’oublions pas de prendre en considération l’individu à l’intérieur du collectif. Il y a aussi la question du « non-sachant » qui peut se résumer ainsi : finalement qui suis-je pour penser à la place de l'autre ? Nous travaillons beaucoup la question de la représentation, ma vérité n'est pas la même que la tienne. »

 

Ce sont les premiers « forgeronnes et forgerons » qui ont baptisé eux-mêmes leur collectif, une forge où se fabriquent des compétences au regard du vécu expérientiel de chacun. Car chaque participant, à partir de ses expériences, de son parcours, peut y transformer ses acquis en compétences s’il le veut, les « forger », que ce soit un savoir, un savoir-être, un « soft skill ». « Ces compétences sont reconnues au fur et à mesure, donc on travaille sur une cartographie des compétences des personnes.

À partir de questions simples, en quoi es-tu compétent ? Si on part du principe que tu es très fort en quelque chose, ce serait quoi ? Quel super héros serais-tu ? A partir de cette cartographie, le prétexte est d’aller vers l'emploi ou la formation qui correspond le mieux. »

 

« Depuis le début, nous avons beaucoup évolué dans nos postures. Je crois qu'on a gagné en humilité, parce que le public est là, on est avec lui, on fait partie de ce public. Pour la suite, l'idée avec Axe et Cible, que j’ai rejoint en juin 2023 en tant que responsable de développement, c’est que la forge devienne une entreprise d'économie sociale et solidaire. J'aime bien travailler avec les bénéficiaires aussi sur leur emploi au sein de l’ESS. Mon modèle prochain pour 2024-25, c’est une réponse à appel à projet sur le Contrat Engagement Jeunes - Jeunes en Rupture (CEJ-JR), pour travailler sur des territoires sinistrés. »

 

 

 

 

* La "Forge des Compétences" est financée par la Région Nouvelle-Aquitaine (AAP « Mobilisation vers la formation ») et par le PIC 100% Inclusion (La Fabrique de remobilisation). Porté par le cabinet Axe-Et-Cible, le consortium rassemble la mission locale de Bordeaux, Habitats Jeunes Le Levain, le Pôle Territorial de Coopération Jeunesse de Bordeaux Nord, AKSIS et AFEC. Et pour la recherche action, Marie-Hélène Doublet, maitre de conférences associée, université de Tours et Nathalie Mondain, professeur agrégée, université d'Ottawa.

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Découvrir l’entreprise micro à la main

Découvrir l’entreprise micro à la main | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Proposer à des jeunes de « désacraliser » la rencontre avec des employeurs en les transformant un temps en petits reporters, c’est la proposition de « réalise ton parcours », une action menée en 2021 par le pôle vie sociale et engagement de la mission locale de la Creuse. Public concerné, les jeunes de 16 à 25 ans, résidents de QPV, sans autre prérequis particulier.

 

Le principe de cette action est notamment de leur apprendre à mener une interview et à s'intéresser aux entreprises du territoire, puis de prendre contact avec les elles, de convenir d'un rendez-vous et de réaliser une interview filmée. Interviennent ensuite les étapes de montage vidéo, de diffusion et de communication. « Tout au long du projet nous nous sommes appuyés sur 2 partenaires médias et culturels, » précise Rébecca Rolland, responsable du pôle vie sociale et engagement. « L’association Radio Pays de Guéret, qui est intervenue sur la partie initiation à l’interview, la recherche d’information sur Internet. Et l’association Télé Guéret Vision (TGV) qui a formé nos jeunes sur la partie technique audiovisuelle, la captation, le son, les réglages lumière, le montage. »

 

À partir d’un panel d’une dizaine de portraits de recruteurs, les jeunes ont procédé à une sélection de 3 entreprises, sur la base de leur appétence et de leurs affinités. Ils ont été accompagnés dans les entreprises pour réaliser les interviews, à chaque fois consacrées à un métier en particulier. Les interviews sont programmées en fonction de la disponibilité des entreprises, ainsi que des intervenants numériques associatifs et des jeunes. Les questions sont communiquées à l’avance aux professionnels. Ils rejoignaient ensuite les locaux de la mission locale pour s’occuper de la partie montage, toujours avec l'appui de TGV, afin d’aboutir à des vidéos type reportage de 4 à 5 minutes.

 

Acte 2

 

Devant la mobilisation et l’implication des participants, la mission locale a décidé de poursuivre l’action pour un acte 2. « En lien avec la déléguée à la préfecture de la Creuse sur les questions politiques de la ville, nous nous sommes dit que nous touchions du doigt quelque chose. La vidéo fonctionne bien avec ce public-là. Nous avons alors proposé à la Région sur le volet politique de la ville et à l'Etat en local, de reconduire l'action sous sa forme « réalise ton parcours -acte 2 » ».

 

Dans ce cas, il était question de se tourner vers des entreprises signataires du pacte du contrat de ville, et de réduire la durée de la deuxième version de l’action de 4 mois à 3 semaines, en raison de la volatilité du public pour lequel l'urgence absolue est la formation et l'emploi. À l’occasion d’une réunion d’information collective, le projet a été présenté dans ses grandes lignes. Il se voulait ouvert aux suggestions des jeunes, ajusté le cas échéant aux besoins qu’ils expriment, afin que les jeunes en soient pleinement parties prenantes. L’information collective permet de lister les candidats potentiellement intéressés, de lever certaines réticences et doutes, mais surtout d’aborder les questions d’organisation, ou comment se rendre disponible pendant 3 semaines, comment se déplacer, etc.

 

« Au pôle vie sociale, nous avons vraiment à cœur de confirmer qu’aucun détail logistique ne vienne entraver les rendez-vous et ateliers programmés. Par SMS, réseaux sociaux, disponibilité jusque très tard en soirée, on recadre vraiment tout en proposant des solutions alternatives, du covoiturage, etc. Ce sont des heures de travail mais c'est ce qui fait qu'entre un nombre d’inscrits à un projet et un nombre de jeunes présents, nous avons très peu d'écart. Nous faisons du cousu main, du cas par cas, ce qui implique aussi qu'on n’adresse pas seulement un message générique aux jeunes, sinon ça ne fonctionnerait pas. »

 

L’acte 2 a été mis place début 2023, avec un groupe d’une dizaine de jeunes identifiés par les conseillers de la mission locale ou d’autres partenaires. Les jeunes étaient encadrés pendant des journées entières, ce qui nécessitait de recourir à des techniques d'animation particulières pour les garder concentrés sur des choses assez techniques.

 

« Les entreprises signataires du pacte ne sont pas si nombreuses que cela en Creuse. Nous avons bien affiné le nombre de celles vers lesquelles on se tournerait. Notre mission principale était de faire découvrir le territoire, le bassin économique et son tissu d'entreprises, pour que les jeunes fassent le lien avec leur recherche d'emploi en cours ou à venir. Ensuite, ils ont fait leur choix en fonction de leur projets professionnel et personnel. »  Les entreprises retenues étaient accessibles sans formation, proposaient des contrats d'intérim qui pouvaient éventuellement être des portes d'entrée vers l’emploi. Une située en centre-ville de Guéret, une en bordure de la commune limitrophe, la dernière à une quinzaine de kilomètres. À l’issue de l’action, l’objectif n’était pas une sortie immédiate vers l’emploi pour tous les jeunes. Mais plutôt qu’ils retiennent l’idée que les entreprises visitées pourraient les accueillir dès que leur projet professionnel est plus avancé.

 

La nécessaire implication des jeunes

 

La mission locale a pris également soin de se tourner vers des recruteurs bienveillants, qui feraient bon accueil aux candidats. Pour le reste, l’acte 2 s’est déroulé sur le même schéma que l’acte 1, avec les mêmes partenaires : initiation à la réalisation d’interviews, prise de contact avec les entreprises, tournages, montage et diffusion. « Sur les deux sessions, nous avons eu pas mal de jeunes bénéficiant d'un contrat d'intégration républicaine. Et beaucoup de femmes. La féminisation des groupes était une de nos volontés, mais je pensais qu'il serait plus difficile que ça de les attirer. Il s’avère qu’elles sont très craintives s’il s’agit d’être devant la caméra, mais très volontaires pour être derrière. »

 

Plus généralement, les actions proposées par le pôle vie sociale nécessitent une forte adhésion de la part des jeunes. Ses outils principaux sont l'accès à la culture, au sport, aux chantiers participatifs ou encore la mobilité européenne, sous forme de séjours individuels ou collectifs. En majorité, ils viennent par curiosité, parce qu’ils ont confiance dans le fait qu'ils vont apprendre quelque chose. Il est parfois la meilleure porte d'entrée pour ceux qui ne sont pas sortis de leur domicile depuis des mois. C’est un bon moyen de les accrocher avec « l'institution ». Pour assurer le succès de « réalise ton parcours », il est également nécessaire d’entretenir une très bonne communication interne auprès des conseillers qui sont les principaux prescripteurs. C'est leur expertise qui prime dans le choix des participants.

 

C’est pourquoi la première présentation du projet s’adresse aux conseillers de la mission locale. « Les actions de remobilisation ne suffisent pas toujours pour entrer en formation ou en emploi. Nos collègues s'appuient sur nous pour que nous trouvions le moyen de faire sortir un jeune de chez lui. Ils nous signalent le cas échéant les points de vigilance sur lesquels nous devons faire porter notre attention. »

 

« Pour la suite, nous tenons à conserver l'intervention de professionnels. Nous souhaitons que les jeunes travaillent à leurs côtés. Donc nous sommes toujours en recherche de financement, ne serait-ce que pour payer les factures correspondantes. Cette année nous sommes plutôt sur un projet au long cours, autour d’un club photo, toujours avec différents intervenants extérieurs. Le thème de cet hiver ne sera pas la vidéo mais la photo. »

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Les ateliers de l’avenir, la nouvelle formule Ikigai

Les ateliers de l’avenir, la nouvelle formule Ikigai | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Depuis plusieurs années, l’association Ikigai anime « l’école du samedi » (voir notre article du 8 juillet 2021 - https://sco.lt/6N80I4 ), à destination de jeunes issus de réseau d’éducation prioritaire. Son principe, découvrir des métiers sous forme ludique, chaque samedi matin, grâce à la rencontre avec des professionnels. En 2022, cette action a connu un véritable changement, puisque « les ateliers de l'avenir » se déroulent désormais sur le temps scolaire, directement dans des classes de primaire et de collège. Mêmes publics, même principe de découverte des métiers par le jeu, mais dix fois plus de jeunes impliqués.

 

Pour Florian Machayekhi, directeur d’Ikigai, le changement permet un meilleur ciblage des jeunes accompagnés puisque si l’école du samedi fonctionnait sur le principe du volontarisme, aujourd’hui tous les élèves touchés évoluent forcément en REP, alors qu’auparavant, certains à leur entrée en 6e partaient vers des collèges hors secteur. « C’est la cité éducative de Cenon qui nous a contacté pour voir ce qu'on pouvait faire avec eux sur temps scolaire. Elle était intéressée pour renforcer ses activités un peu différentes, ainsi que pour agir sur cette question de l’évitement du collège de secteur. Il y avait aussi le fait que l'on ne touchait pas forcément les jeunes en risque de décrochage, puisque ce n’était pas forcément ceux qui s’inscrivaient volontairement pour venir régulièrement le samedi matin. »

 

Pendant un temps les deux formules ont été menées en parallèle, le samedi matin sur Bordeaux et les classes de CM2 à Cenon. Mais en 2023, l’association a décidé de passer entièrement sur le temps scolaire. « Nous avons abandonné la formule du samedi un peu à contre cœur, mais on ne pouvait pas jouer sur tous les tableaux. Donc on se concentre maintenant sur les interventions en classe, qui ont montré toute leur pertinence, avec un très bon retour de la part de la Cité, des enseignants, des intervenants et des élèves. » 

 

Un accompagnement sur plusieurs années

 

Une expérimentation s’est déroulée au premier semestre 2023, dans les classes de CM2 des six écoles de la Cité éducative. Depuis la rentrée, l’action concerne aussi les 6e de ses deux collèges, dans une logique d’accompagnement sur plusieurs années, du CM2 à la terminale via différentes méthodes. Les ateliers d’une durée d’environ deux heures, se déroulent le plus souvent le vendredi après-midi. L’idée générale est que chaque élève participe à six ateliers par an en CM2, 6e et 5e, et qu’ensuite il se concentre sur son stage à venir.  Pour l’aider, Ikigai a mis en place un module pour entamer sa réflexion dès la classe de 4e et trouver son stage sans attendre sa rentrée en 3e. 

 

A Cenon, les ateliers de l’avenir vont concerner 500 jeunes en 2023, la moitié de CM2, l’autre moitié dans ses deux collèges. Si l'orientation reste la finalité, l’objectif premier d’Ikigai est l’accrochage scolaire et la motivation d’aller à l'école. Derrière la découverte des métiers, il y a la construction de confiance en soi et dans l'avenir, qu’il est important de réaliser dès les « petites » classes. Car l’association constate une sorte d’auto censure de la part des élèves. Certains veulent devenir médecin, mais dès leur entrée en collège se disent qu’ils n’y arriveront pas, parce que personne n'a été médecin dans leur famille ou qu’ils n’auront pas le niveau.

 

Plus les années passent, plus cette autocensure est importante, et se vérifie lors du stage de 3e, souvent choisi par défaut. « Notre rôle c’est de garder les portes très ouvertes, pour ne pas qu'elles se referment comme c’est le cas actuellement. Nous voulons leur montrer que le champ des possibles est très large, c'est aussi pour ça que nous agissons avant que les questions d’orientation « pure » entrent en ligne de compte. » Si les ateliers sont consacrés à la présentation des métiers, on y aborde des questions plus profondes : c'est quoi réussir sa vie ? réussir ses études ? Quel est l'objectif des études ?

 

« Nous essayons d’impliquer les équipes éducatives autant que possible. Certains enseignants étaient très demandeurs dentrée, d’autres plus sceptiques sur la formule, considérant notamment que leurs élèves étaient trop jeunes. Mais ils se sont laissé convaincre par le fait que les ateliers ne sont pas axés orientation, mais plutôt sur les compétences, et les connaissances. » Pour les mobiliser, Ikigai a élaboré des kits pédagogiques de manière à faire des liens entre les ateliers et les notions abordées dans le programme scolaire. Et pour faire en sorte que les intervenants soient le cas échéant choisis en fonction des projets pédagogiques prévus en cours d’année. D’où le principe de créer une sorte de petit comité de pilotage associant les différentes parties prenantes, afin de ne pas leur imposer une solution toute faite, dont ils ne s’empareraient pas. 

 

La venue des professionnels permet de faire le lien entre théorie et pratique, et d’aider les professeurs dans leurs enseignements quotidiens. Ainsi la venue d’une infirmière est prétexte à parler des dosages de produits et des conversions, ou celle d’un architecte pour aborder les échelles, notions importantes dans beaucoup d’activités.

 

Susciter les échanges et la curiosité

 

Les intervenants viennent bénévolement, 2 à 3 fois par an, pour présenter les réalités de leur métier, dans le cadre d’un atelier construit avec l’association qui s’occupe de la dimension ludique. Tous les métiers sont potentiellement présentés, manuels ou plus intellectuels, valorisés ou pas. Tout est dans la manière de les présenter. « La nouvelle formule leur plaît, ils sont contents de venir dans les classes de primaire et de collège. Nous n’attendions pas un tel engouement de leur part. Les professionnels ressentent une nouvelle dynamique en classe, avec la présence de l’enseignant et le fait que les élèves se connaissent. Cela facilite l’interaction et la curiosité, même si les rencontres sont moins fréquentes quavant. Initialement on pensait justement qu'on allait peut-être avoir des soucis avec des jeunes qui n’avaient pas choisi de venir. Mais il y a vraiment cet effet de groupe que nous n’attendions pas du tout à vrai dire. »

 

Après l’expérimentation, la volonté d’Ikigai est de poursuivre l’accompagnement sur le long terme, d’assurer une continuité qui permet de construire chaque parcours de découverte métiers et de découverte de soi, afin que le jeune arrive au moment des grandes décisions d'orientation avec une bonne idée de ce qui est possible et de ce qu’il peut envisager. « En CM2 et 6e on plante des graines, c'est très bien. Mais ce qui est important ce sont les résultats concrets sur plusieurs années. Cette dimension de long terme a toujours été au cœur de l'association donc on a vraiment comme objectif de le poursuivre malgré cette formule sur le temps scolaire. On ne veut pas perdre cette qualité en termes d'accompagnement. »

 

Dans ses projets en cours, Ikigai est en phase de développement d’une plateforme numérique qui permettra de relier les jeunes avec l'association mais aussi entre eux. L’augmentation des effectifs change nécessairement la nature du suivi. Les contacts individuels seront maintenus, mais de façon moins personnalisée. La plateforme fournira aux jeunes des outils pour qu’ils soient en partie autonomes sur les questions d'orientation et la découverte des métiers.

 

« On aimait beaucoup la formule du samedi, elle avait du sens, mais les places étaient limitées. Il était dommage de refuser des jeunes motivés. Les élèves des réseaux d'éducation prioritaire sont en très grand nombre et ils ont souvent des caractéristiques communes en termes de difficultés à s'orienter ou à trouver du sens à l'école. Nous essayons d'apporter notre part de solutions à leurs problèmes. Tous les accompagner, c'est une question de temps et de moyens. » 

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Opération métiers du « prendre soin »

Opération métiers du « prendre soin » | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

L’idée d’organiser un rallye des métiers de l'aide à domicile remonte à 2016. Le Gérontopôle Nouvelle Aquitaine, à l’époque sous le nom d’Autonom’Lab, a initialement lancé ce principe en Haute-Vienne, avant de l’essaimer dans plusieurs départements. C’est en s’inspirant de ce modèle et de sa méthodologie, que l’association bordelaise 3ie organise depuis 2019 un rallye des métiers de l’aide à la personne avec le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine. Les premières éditions se sont déroulées en Charente, en Dordogne, puis sur Bordeaux Métropole. La prochaine aura lieu en Sud Gironde fin novembre.

 

« Nous nous basons sur un socle similaire, sur lequel nous avons ajouté notre touche, » précise Florence Connangle, directrice de 3ie. « Nous sommes partis de la problématique qui concerne particulièrement la ruralité, celle de la difficulté de recrutement dans le secteur du médicosocial et des métiers de l'aide à la personne. C’est pour ça que nous avons d’abord choisi d’intervenir en Charente et en Dordogne. »

 

L’approche initiale de l’association consistait à organiser des ateliers en fédérant un certain nombre d'acteurs locaux, organismes de formation, structures d'emploi, prescripteurs, etc. Elle voulait également mener elle-même des actions de valorisation des métiers. Elle a ainsi développé plusieurs outils, à commencer par un escape game, en collaboration avec le Gérontopôle NA, l’AG2R La Mondiale et Cap Métiers, une mise en situation qui propose à des demandeurs d'emploi ou des jeunes d’enquêter au domicile d'une personne âgée disparue, qu’ils doivent retrouver en 45 minutes à l’aide d’un certain nombre d’indices. Tout au long du jeu, les participants découvrent les différentes facettes des métiers du « prendre soin ».

 

Montrer les parcours

 

Autre support, un film qui raconte l'histoire d'une personne arrivant par hasard dans le secteur. En 8 minutes, on la voit débuter en tant qu’agent de service hospitalier en ehpad, suivre une formation d’accompagnant éducatif et social, devenir aide-soignante et référente santé qualité de vie au travail. A la fin du film, la personne, devenue âgée, est accompagnée par un auxiliaire de vie auquel elle raconte son parcours professionnel. « L'idée, c'était aussi de faire valoir qu’on est tous à la veille d'être une personne qui aura besoin d’aide. Pour moi, cette sensibilisation sociale est indispensable, dire qu’il faut qu'on se mobilise sur le fait que le prendre soin c'est aussi nous, demain. »

 

Dans un autre registre, un simulateur de vieillissement pour que les publics comprennent mieux la problématique de dépendance sensorielle et fonctionnelle. Et puis un casque 3D qui permet des visites virtuelles de domiciles, ou de structures médico-sociales et de soins. Dans tous les supports, il y a au moins un professionnel masculin. Car même si les hommes sont plus nombreux qu’avant, les métiers restent très majoritairement féminins. « Si on arrêtait de caricaturer le soin comme essentiellement une sorte de valeur maternelle, et qu’on faisait valoir qu'on est sur des vraies compétences professionnelles, cela motivera plus de messieurs à rejoindre notre secteur. » 

 

Tous ces ateliers, construits progressivement, sont animés par l’association au cours du rallye. Ils viennent compléter les témoignages de professionnels, les visites d'établissement, les circuits de découverte des métiers. « En décembre dernier, nous avons aussi écrit une chanson. Pour l’écrire, nous avons travaillé avec des jeunes de l’EPIDE, des professionnels et des personnes âgées de l'ehpad de Terre-Nègre, où nos locaux sont situés. Elle est aujourd'hui utilisée pour briser la glace avec les groupes, pour libérer la parole et favoriser l'expression des préjugés que nous pouvons tous avoir. C’est un moyen de créer du lien et de favoriser l'échange avant les ateliers. »

 

Les ateliers proposés présentent l’intérêt de faire travailler ensemble des gens qui ne se connaissent pas, le travail en équipe étant une caractéristique majeure des métiers de la santé et du prendre soin. Ils font également découvrir l’importance de l’observation, celle de savoir déceler chez une personne ce qui a changé d’un jour à l’autre. Ce sont des compétences, des savoir-être, qui passent inaperçus mais qui démontrent la polyvalence nécessaire à la pratique professionnelle.  

 

L’édition en Sud-Gironde se déroulera pendant une semaine, du 27 novembre au 01 décembre, avec les communautés de communes du Réolais en Sud-Gironde, du Bazadais, de Convergence Garonne (Podensac) et du Sud Gironde (Langon). La manifestation, voulue par le Pôle Sud Gironde avec le soutien de BAAM (plateforme girondine des métiers de l’autonomie) et de 3ie, s’organise autour d’une action centrale et des ateliers dans les locaux de différentes structures d’aide à domicile, d’organismes de formation, d’ehpad.  « On travaille beaucoup avec le Pôle Sud Gironde qui fédère les acteurs de son réseau. On est sur une logique qui évolue vers de la co construction avec les intervenants locaux. Et nous sommes dans l'optique d'aller plutôt vers les demandeurs d'emploi, c’est pour ça qu’il est important d’avoir des actions délocalisées, au plus proche des publics, sinon ils ne se déplacent pas. »

 

« Pour nous, c’est un véritable avantage de s’appuyer sur des structures qui fédèrent autour d'elles les acteurs du territoire, sans que nous devions faire des démarches auprès de chacun d’eux. C'est plus efficace. En Charente et en Dordogne, nous avons déployé beaucoup d’énergie pour les mobiliser parce qu’il s’agissait de territoires que nous connaissions mal. Je pense qu’il est indispensable de faire avec des professionnels locaux, qui disposent du réseau et des contacts. Et de se rendre au plus proche des publics et des employeurs. Aujourd'hui nous sommes plus dans une logique de co portage, de soutien aux actions territoriales plutôt que d’en être à l’initiative. »

 

Attirer les adultes et les plus jeunes

 

L’association veut également dépasser la démarche du rallye, afin de répondre ponctuellement aux sollicitations de partenaires. Elle estime n’avoir aucune véritable vocation à faire de l'événementiel, et préfère jouer son rôle de laboratoire d’innovations, d’élaboration de propositions créatives et de valorisation de ses retours d'expérience. Elle entend désormais privilégier l'animation de ses ateliers et multiplier les démarches de transfert de ses outils.

 

Au départ, les animations s’adressaient plutôt à un public adulte, des demandeurs d'emploi qui ont besoin d'accéder à un travail rapidement avec des formations assez courtes, et qui préfèrent découvrir les choses de façon ludique plutôt que lors de réunions d'information rébarbatives. Mais ils restent difficiles à toucher, y compris par les prescripteurs. Les forums ont aussi montré l’intérêt porté par les collégiens et lycéens. Ainsi, 3ie a été sollicité par un collège en Dordogne. « L'escape game plaît aussi au public jeune, évidemment. A cet âge, ils ne sont pas employables directement, mais c'est pour nous l’occasion de planter une petite graine pour alimenter leurs projets professionnels à terme. »

 

Pour l’association, un des enjeux est désormais de redonner de la fierté aux professionnels et l’envie de parler en bien de ce qu'ils font, afin d’améliorer l'image du secteur et de motiver des candidats pour y venir et y rester. Mais la crise sanitaire est passée par là. Au regard des nouveaux arbitrages faits par les gens entre vie privée et vie professionnelle, les métiers qui impliquent de travailler un week-end sur deux, les jours fériés, en horaires décalés, ne font pas rêver a priori. Surtout sans les compensations financières qui pourraient attirer des candidats. Et puis subsistent les problèmes de mobilité, de garde d’enfants, etc. Tout cela n’aide pas à susciter des vocations.

 

« Pour la suite, on peut toujours améliorer nos outils, en créer de nouveaux, mais si les professionnels ne créent pas le bouche-à-oreille positif qu'on peut escompter, nous prenons le risque de vendre du rêve aux gens qui vont ensuite découvrir des réalités de terrain qui peuvent être parfois tout autres. Pour dépasser la notion d'attractivité, il reste un vrai travail à effectuer en interne dans les structures pour une reconnaissance des fonctions, des rôles, des difficultés. Ça relève du domaine managérial, qui fera que les équipes actuelles se sentiront bien et adopteront cette attitude de présentation de leurs activités sous un jour favorable. »

 

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Quand l’entreprise franchit les portes du collège

Quand l’entreprise franchit les portes du collège | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

« Les Entreprises Pour la Cité » (LEPC) existe depuis près de 40 ans. L’association a été fondée par Claude Bébéar, PDG d’AXA, sur le postulat que le monde n’irait pas mieux si les entreprises ne menaient pas une véritable politique d’engagement social et sociétal. Elle fédère aujourd’hui environ 150 entreprises dans toute la France, et compte une trentaine de salariés basés à Paris et dans 7 antennes situées sur tout le territoire.

 

Chaque antenne a pour mission d’animer un réseau d’entreprises sur son territoire et d’y déployer l’approche nationale en tenant compte des enjeux et besoins locaux. « A Bordeaux, nous avons environ 25 entreprises actives dans le réseau », précise Julia Wasykula, directrice de l’antenne Nouvelle-Aquitaine. « Nous les accompagnons en organisant des temps d’échanges et de témoignages sur nos thématiques, des cafés de rentrée, des webinaires, des conférences, dans le cadre de ce qu’on appelle notre « vie de réseau ». Nous les mobilisons aussi sur des actions concrètes, pour engager leurs collaborateurs dans la ligne de leur politique de mécénat de compétences. Nous sommes également organisme de formation, nous leur proposons quelques formations sur des sujets comme « recruter sans discriminer », « manager la diversité », etc. »

 

L’association travaille sur 3 thématiques principales, à savoir l’égalité des chances dans l’éducation et l’inclusion numérique, l’accès à l’emploi et la diversité dans l’entreprise, le mécénat et les engagements citoyens. Parmi les actions menées tout au long de l'année, l’association a développé le programme Innov’Avenir en 2016, financé entre autres par la Région Nouvelle-Aquitaine en « soutien aux actions de développement en QPV ». Il a été conçu pour faire découvrir aux jeunes le monde du travail de demain, avec une attention particulière accordée au numérique.

 

Les métiers en classe

 

« En Nouvelle-Aquitaine, nous développons surtout la dimension de découverte professionnelle du programme. Nous avons plusieurs formats d'actions en classes de collège principalement sur les 4e et 3e, où nous mettons en place des séances de 2 heures avec trois professionnels d'entreprises différentes, pour parler des codes de l'entreprise avec les élèves de classes de 3e générale et 4e SEGPA avant leur stage, ou pour évoquer le poids des stéréotypes de genre dans l'orientation et de la mixité des métiers auprès des classes de 4e. »

 

Dans le réseau LEPC, l’équipe de Bordeaux, constituée de deux salariées, intervient dans les classes avec des collaborateurs et collaboratrices des entreprises membres du réseau. Chaque entreprise reçoit le calendrier de la vingtaine d’interventions annuelles, charge à elles d’y inscrire les salariés participants, qui seront contactés en amont pour leur présenter le déroulé et leur rôle sur la séance. Les classes concernées sont des 4e et 3e de collèges de Pessac et de Mérignac, établissements situés en QPV.

 

Autre modalité introduite plus récemment, l’action « Des pros dans ta classe » Le principe cette fois est de constituer des binômes de collaborateurs issus d’une même entreprise ou de deux entreprises différentes, et les associer à une classe et un professeur, afin qu’ils puissent intervenir en toute autonomie dans les classes Ce « trinôme » choisit deux ou trois thématiques, auxquelles seront formées les salariés par les équipes de LEPC, qui seront abordées avec les élèves à travers plusieurs interventions durant de l’année scolaire. Certains peuvent aussi se saisir d’un seul thème, qu’ils iront animer dans plusieurs classes d’un même niveau.

 

« Cette formule nous permet de ne plus être physiquement présents avec les professionnels, et donc de proposer plus d’actions. Cela va nous permettre aussi de sortir de notre territoire habituel. L’année dernière, nous avons constitué huit binômes que nous avons mis en relation avec les collèges. Nous les avons formés en visio au contenu de la séance, aux techniques d'animation, aux thématiques retenues, aux choses à savoir quand on intervient devant des collégiens. Nous sommes vigilants sur ce point, afin que les salariés, dont ça n’est pas le métier, maitrisent les messages à diffuser et n’utilisent pas un langage trop technique. Le bilan est extrêmement positif. Ça demande du temps de préparation et de coordination, mais en termes de volume d'actions déployées, on y gagne beaucoup. »

 

« Avec ce projet « Des pros dans ta classe » nous avons voulu vraiment mettre les professeurs au cœur du dispositif. Parce que plus ils sont engagés sur l'action, plus les élèves sont impliqués et contents de voir revenir les professionnels. C’est un vrai lien qui se crée et les jeunes s’attachent à eux, progressivement ils osent plus se livrer, profitent vraiment du moment pour leur poser des questions, se nourrir de leur parcours, les découvrir en tant que personne. » L'objectif en Nouvelle-Aquitaine est de doubler le nombre de binômes pour l’année scolaire 2023-2024, de mobiliser plus d'entreprises et de nouveaux établissements en cherchant à s'étendre, d’abord sur la métropole, mais également dans la région. Quatre binômes devraient intervenir cette année sur les villes de Limoges, Poitiers, Angoulême et Pau.

 

L’association fait aussi en sorte que les salariés valorisent leur engagement, qu’ils passent un moment agréable et qui fasse sens. Elle veut jouer ce rôle d’intermédiaire entre les entreprises, les élèves et les équipes éducatives. Elle ambitionne de permettre à deux mondes, qui ne se connaissent pas toujours, de se rencontrer et de communiquer avec la garantie d’un contenu de qualité, une pédagogie, une approche ludique. Et puis les professionnels ont aussi l’occasion de déconstruire leur stéréotype sur le lieu d'habitation, sur le niveau social, sur l'origine des élèves. Face à eux, ils ont des classes très mixtes.

 

L’objectif des entreprises membres, est de transmettre certains messages aux jeunes qui en seraient le plus éloignés. Le but est de permettre aux jeunes de se projeter dans le monde du travail, de leur montrer qu'ils y ont leur place, et que d’avoir un projet professionnel ne consiste pas juste à « trouver du boulot ». Afin de présenter l'orientation professionnelle et le monde du travail comme quelque chose de positif, l’association s’appuie sur des salariés en tant que « rôles modèles », pour dire aux jeunes l'importance d'avoir une orientation choisie et pas subie. Des ateliers sur « la connaissance de soi » sont également proposés, qui permettent de questionner les élèves sur ce qu’ils aiment, ce qui les anime, une démarche parfois nouvelle pour des élèves à qui la question n’a jamais été posée.

 

Apprendre l'égalité filles-garçons

 

« Les entreprises nous disent aussi qu'elles sont heureuses de rencontrer les salariés de demain, de comprendre leurs aspirations.  Certains jeunes n'ont pas les codes de l'entreprise parce qu’ils n’ont pas forcément « d'adulte référence » autour d'eux. Pour beaucoup, le stage de 3e est le premier contact avec l’entreprise. Notre rôle est de répondre à leurs interrogations et à leurs inquiétudes, et de les aider à ce que cette première expérience se passe bien. Sur les sujets qu'on aborde, on sait que les choix se font dès la sortie du collège, en particulier sur les orientations en voie professionnelle ou technologique. En première, c’est parfois trop tard, les élèves ont déjà écarté des secteurs d’activité entiers de leur réflexion. »

 

Exemple avec les sujets autour de l’égalité filles-garçons. Pour essayer de faire découvrir des métiers techniques aux jeunes filles, et plus largement de déconstruire les représentations des élèves sur les métiers, l’association aborde le sujet par les catalogues de jouets et les représentations qu’ils véhiculent. Elle cherche à faire prendre conscience aux élèves que, dès l'enfance, la société attribue des rôles, les filles plutôt dans le soin et des activités « d'intérieur », les garçons dans des activités d'extérieur, concrètes. Avec de telles représentations, les jeunes ne s’autorisent pas à s’intéresser à des choses qu’ils aiment, parce qu’elles seraient un peu différentes de la norme, et cela influence leurs projections professionnelles.

 

Il y a aussi l'influence de l’entourage, même des professeurs. « On leur explique qu'en fait, ils ont l'impression de faire des choix qui sont les leurs, mais qu’ils sont parfois conditionnés par des stéréotypes et des représentations. On s'appuie beaucoup sur les rôles modèles des professionnels, des femmes qui ont fait des choix en première intention qu'elles ont regretté ensuite. Ces témoignages-là sont importants. Voire une femme développeuse en informatique, ça leur montre que c'est possible, que le numérique n’est pas juste un truc de geeks. »

 

« Nous sommes conscients que ce n’est pas en deux heures qu'on va faire évoluer les choses, le discours des parents est quand même la clé et le guide de ces décisions. Mais je suis convaincue que nos séances permettent de planter une petite graine.  Je constate une évolution globale quand même, et une meilleure connaissance des métiers du digital par les filles par exemple. »

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La voiture, vecteur de mobilité et de solidarité

La voiture, vecteur de mobilité et de solidarité | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

APREVA 47 est à la fois garage et loueur social. L’association fait de la location et de la réparation de véhicules pour toute personne vivant en dessous du seuil de pauvreté, dans le cadre d'un maintien ou retour à l'emploi. Pour 2 euros par jour, un bénéficiaire peut emprunter une voiture, assurance comprise et kilométrage illimité, pour se rendre sur son lieu de travail ou de formation. Il peut aussi l’utiliser pour tous ses besoins quotidiens, à l’exception d’éventuels départs en vacances.

 

« Nous sommes le premier loueur social de France » précise Thomas Pinet, directeur général. « Entre le Lot-et-Garonne et la Gironde, nous réalisons 30 000 journées de location par an, pour une centaine de véhicules qui sillonnent les départements quotidiennement. » Autre particularité, les véhicules, uniquement des voitures thermiques, qui constituent le parc disponible sont tous issus de dons. Dons faits par les entreprises comme ENEDIS au début, aujourd’hui plutôt par des particuliers, à raison d’une trentaine par an.  

 

Parmi ses projets, l’association, qui possède deux garages en Lot-et-Garonne (Aiguillon, Agen) et un en Gironde (Lormont), avait eu l’idée de créer des « unités mobiles de garage » pour aller au contact de la population, développer du « aller vers », offrir une solution de mécanique légère de proximité sur des territoires reculés. Trois unités ont été déployées dans les Quartiers Politique de la Ville du Libournais et de Bordeaux métropole.  

 

Mécanique à domicile

 

Dans la pratique, un mécanicien intervenait pour effectuer des réparations de mécanique légère « en pied d’immeuble » : échange de pneus, plaquettes, vidange, etc.  Mais il est très vite apparu que les besoins étaient beaucoup plus poussés. « En réalité, les publics les plus précaires, ne se rendent pas chez le garagiste pour faire une simple vidange. C’est qu’ils ont attendu, attendu, trop attendu, au point que leur véhicule a subi des dégâts parfois importants. Ils n’ont pas toujours la capacité à financer les réparations. »  

 

Problème, un mécanicien « volant » n'est pas équipé pour réaliser des opérations « lourdes » sur un parking ou dans un petit local improvisé. Avec un coût annuel de 40 000 euros par garage mobile, le modèle n’a pas été facile à mettre en place. Et pour en assurer la pérennité, il était impossible de se reposer uniquement sur la prestation mécanique. Seul moyen de le faire perdurer, que le salaire du mécanicien soit pris en charge à 100% par des aides publiques. Autrement dit, accepter que cet outil ait avant tout une vocation sociale.

 

Illustration des problèmes de financement, les devis gratuits étaient établis pour les personnes qui devaient ensuite prendre en charge le coût de l’intervention. Mais l’association s’est rendu compte qu’elle faisait beaucoup de diagnostics et peu de réparations sur les véhicules, tout simplement parce qu’il était ensuite moins cher de les faire réaliser par un ami ou une connaissance, au noir, plutôt que de les régler à l’association. « Nous avons pris le parti d'arrêter ces garages mobiles, et de réfléchir différemment, à une échelle plus raisonnable. D’autant que notre offre ne pouvait pas s’aligner économiquement sur les grandes surfaces automobiles, par exemple pour les vidanges. Aujourd’hui, nous sommes toujours sur le modèle du mécanicien mobile, mais qui se déplace pour faire de la prévention et de la pédagogie plutôt que de la réparation. »

 

La nouvelle approche consiste à travailler en amont des problématiques, au lieu d’intervenir pour réparer les dégâts, sur la base de trois grandes thématiques : l'entretien quotidien de son véhicule (usure des pneus, des plaquettes, niveau d'huile, etc.), les pièges à éviter quand j'achète mon véhicule, parce que les escroqueries sont nombreuses pour des véhicules proposés à 1 500 euros sans contrôle technique. Le troisième sujet est lié au projet de Zone à Faibles Emissions à Bordeaux. Il s’agit de faire de la prévention, afin d’éviter que des gens s'endettent en achetant une voiture qui ne pourra plus, à terme, circuler sur une grande partie de la métropole.

 

« Là où c'est toujours un peu compliqué, c'est que nos actions s'adressent à une minorité. Les solutions qu'il faudrait mettre en place ne sont financièrement pas rentables, par exemple des modes de transport en commun durables et pérennes. Dans nos territoires, la plupart des gens n’ont aucun moyen de mobilité à l'exception de la voiture. Nous devons apporter des solutions sur mesure, de la dentelle, mais elles engendrent quand même des coûts. Il faut arriver à jongler, trouver des équilibres en permanence. » 

 

L’accès aux services d’APREVA se fait sur prescription d’un acteur du social ou de l'emploi qui oriente les demandeurs sur le site Internet de l’association, que ce soit pour une location ou une réparation. Pour louer un véhicule, il faut produire un contrat de travail ou une convocation en formation, et un justificatif de ressources. Un outil de suivi permet de répertorier toutes les demandes, les prescripteurs, le profil des bénéficiaires, leur situation, etc. ce qui permet d’établir des statistiques précises. Prochaine étape, implémenter une enquête post location pour savoir comment les personnes auraient pu faire sans la location, afin de disposer d’une sorte d’observatoire de l’activité.

 

APREVA est également atelier et chantier d'insertion. Elle forme ainsi des personnes au métier de mécanicien. La volonté initiale était de créer le cercle plus vertueux possible. Quand une voiture est donnée à l’association, elle est retapée dans ses ateliers, par des personnes en cours de formation, sur un parcours de 2 ans en AFEST. Pour effectuer des périodes de mise en situation professionnelle, elles sont accueillies au sein d’un réseau de partenaires.

 

Pérenniser l'action 

 

L’association limite son parc à une centaine de véhicules, dans le but de sécuriser son renouvellement et de ne pas se mettre en difficulté. Car plus de véhicules, c’est aussi plus de personnel pour les gérer, sans la garantie que le flux de dons se maintienne. « Notre mission, avant même d'aider les gens, c'est de pouvoir se maintenir aussi longtemps que le besoin existe. Si nous aidons 2 000 personnes mais que dans 3 ans, nous mettons la clé sous la porte, cela voudrait dire que notre modèle n’est pas pérenne et efficace pour le territoire. Parfois il nous faut refuser des offres, n’accepter que ce que nous avons la capacité de traiter. »

 

Parmi les solutions envisageables, récupérer des voitures tout juste éligibles à la prime à la conversion, ce qui permettrait d’écarter les véhicules les plus polluants au profit de plus récents. Mais la législation ne le prévoit pas. Pourtant, cette formule présenterait plusieurs vertus, notamment en matière de sécurité routière et d’impact environnemental.

 

« Notre prochain projet consiste à devenir une entreprise d’insertion de « rétrofit », de transformation de véhicule thermique en électrique. Pour moi, l'électrique va être la fracture sociale de demain. Dans les groupes de concertation sur les ZFE, j’ai constaté que la dimension sociale était totalement exclue du débat. L’analyse est très froide et mathématique : les véhicules les plus polluants, c’est 3% du parc. Donc l’interdiction ne concernera que 3% d’utilisateurs, ce qui est considéré comme peu. » 

 

« J’ai rappelé que si les gens utilisent des voitures très polluantes ce n’est pas par militantisme anti écologique, mais leur en retirer l’usage revient à leur mettre la tête sous l’eau, alors qu’ils ont déjà des problématiques d’emploi, de logement, de santé, de malnutrition, etc. Si on veut un système plus solidaire, une société plus juste, il faut faire des compromis. Nos publics ne sont pas ceux qui polluent le plus, tout simplement parce qu’ils se déplacent moins. Mais le risque c’est qu’ils soient tout de même les plus pénalisés par les ZFE. »

 

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Sud-Gironde, la piste GEIQ

Sud-Gironde, la piste GEIQ | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Le projet CLIQ SG, pour "Comité local insertion qualification Sud Gironde", tient son origine d'une reconversion professionnelle. En 2021, Nicolas Jaudard était alors travailleur social. Il avait choisi de s’orienter vers un master de sociologie en « Intervention et innovation sociale », dans la perspective de développer des initiatives de coopération entre acteurs à l’échelle d’un territoire. « J’ai proposé à quelques structures du Sud-Gironde de travailler éventuellement sur un projet dans le cadre de ce master pendant 2 ans. J’ai tout de suite été contacté par la mission locale de Langon. »

 

A l’époque, la mission locale faisait le constat que beaucoup de jeunes accompagnés vers l'emploi, dans le cadre de dispositifs existants ou de structures d’insertion, n’arrivaient pas jusqu'aux entreprises. Et ce, malgré les besoins. « On m’a proposé d’aller « faire le tour des popotes » et d’établir un diagnostic. On m’a demandé d'étudier un peu plus particulièrement les territoires Zéro chômeurs longue durée, et quelle serait leur pertinence pour le Sud-Gironde. Ou une régie territoriale, qui fait partie des réponses envisageables en milieu rural. Ou encore, un Groupement d'Employeurs pour l'Insertion et la Qualification (GEIQ), sachant qu’il en existait un à la Réole, le GEIQ Val de Garonne, un des plus anciens de France, mais qui a fermé quand son directeur est parti à la retraite. La mission locale travaillait en partenariat avec lui, et sa disparition a laissé un vide. »

 

Pourquoi ce lien avec les entreprises ne se fait pas ? Quel est le chaînon manquant ? Y-a-t-il besoin de valoriser les métiers ? Quelles relations entre, d’un côté, les différents acteurs qui accompagnent les publics, et les entreprises de l’autre ? Malgré la présence de SIAE, des missions locales, Pôle emploi, la rencontre ne se fait pas, ou pas suffisamment. Ce qui aboutit à des jeunes qui vivent des problématiques d'isolement, d’addictions, de manque de mobilité, etc. Alors que des entreprises, à proximité, sont prêtes à les embaucher et à les former. « J’ai passé la première année de mon master à rencontrer l'ensemble des acteurs, les conseillers Pôle emploi et mission locale, les SIAE, le Département, la DEETS, les ESAT, tous ceux qui, de près ou de loin, travaillent sur l'insertion professionnelle. Ainsi que les clubs d'entreprises, afin d’aller chercher le point de vue des entrepreneurs sur ces questions. »

 

Le choix entre trois options

 

Ce travail de prospection a débouché au printemps 2022, sur un rapport évoquant les problématiques du territoire, les secteurs en tension, sur les différents acteurs locaux et leurs relations. Au chapitre des hypothèses, trois options étaient présentées : le territoire zéro chômeurs, la régie territoriale, le groupement d’employeurs. « Les différences portaient sur le fait qu’un territoire zéro chômeurs ou une régie territoriale nécessitent une mobilisation politique extrêmement forte sur le long terme. Après réflexion, la solution la plus pertinente semblait être la constitution d’un nouveau GEIQ notamment parce que c'est un modèle porté par les entreprises. »

 

Le territoire de Sud Gironde est marqué par des freins à l’emploi relativement classiques mais très présents. Santé mobilité, isolement, logement, des publics plus exclus que sur d'autres secteurs. L’offre de formation, pourtant relativement riche pour un milieu rural, ne couvre pas tous les besoins. Beaucoup d'orientations se font par défaut mais ne correspondent pas forcément aux attentes des entreprises locales. De fait, les jeunes sont nombreux à partir faire des études mais ne reviennent pas, ou se détournent des études pour différentes raisons (distance, offre pas adaptée à leur projet, etc.) Côté entreprise, le territoire possède un tissu relativement important de TPE/PME notamment industrielles, avec des besoins assez spécifiques : techniciens de maintenance, soudeurs, chaudronniers, opérateurs de machines à commande numérique, etc.

 

Depuis la disparition du GEIQ Val de Garonne, le paysage des GEIQ a bien changé. En Gironde il en existe désormais une dizaine, et beaucoup souhaitent se développer. Plutôt que d’en créer un nouveau, le Comité Régional des GEIQ de Nouvelle-Aquitaine proposait d’étudier les conditions pour que des groupements existants viennent déployer leur offre de services sur ce territoire. Nicolas Jaudard a été chargé de jouer ce rôle d’émulation entre les acteurs locaux, afin qu’ils se familiarisent avec les GEIQ de Gironde et que, finalement, des relations s’établissent et que les entreprises soient intégrées dans la boucle.

 

Deux groupements ont exprimé leur volonté de s’engager dans une initiative commune en Sud-Gironde, le GEIQ BTP de Libourne et le GEIQ des industries technologiques d'Aquitaine. Ils avaient les entreprises, et l’envie de se développer sur place en lien avec les acteurs locaux.  « Donc on avait cette sorte de conjonction avec un territoire qui a la volonté qu’il se passe quelque chose, et des structures qui se disent intéressées, mais avec toutes les difficultés de pouvoir créer un réseau, de pouvoir le faire vivre, d’être sur place, de matérialiser le projet en quelque sorte… »

 

Développer les relations entre acteurs locaux

 

« Ce qui m'a beaucoup interpellé, ce sont les rapports entretenus par les différents acteurs avec les entreprises. Dans chaque structure, ESAT, SIAE, agence Pôle emploi, mission locale, il y avait une personne dédiée qui démarchait les entreprises, chacune individuellement avec ses moyens. Tous ces acteurs de l'emploi et de l'insertion ont pour mission d'emmener les personnes qu'ils accompagnent vers l'entreprise. Malgré l'engagement de chacun, à l'échelle du territoire, le lien avec le tissu de PME reste embryonnaire. Une raison de plus qui explique que les parcours n'aboutissent pas jusqu'aux entreprises. » Autre ambition, celle de faire venir les entreprises dans les instances des structures d’accompagnement, de créer des événements, de l'animation, de rassembler les gens avec lesquels elles pourraient créer des passerelles. Sans oublier la dimension formation.

 

« Aujourd’hui, les GEIQ sont présents en Sud-Gironde et sont des acteurs complètement intégrés à l'écosystème. Ils apportent ce lien avec les entreprises et vont le faire de plus en plus. Leurs actions sont planifiées toute l'année avec Pôle emploi, avec les missions locales. Ils y tiennent des permanences et se rendent, grâce aux structures partenaires (Espace services jeunesse, MDSI, SIAE, tiers lieu) à la rencontre des demandeurs d'emploi. Là, les Geiq représentent et convient les entreprises à certaines instances, des liens ont été tissés et les choses sont en train de se développer. Concrètement il y a également eu de nouvelles entreprises qui ont adhéré aux différents GEIQ.  

 

Exemple d’action avec un groupe de jeunes en CEJ, qui ont réalisé des films sur les métiers de l’industrie dans les entreprises du Bazadais *. C’était l’occasion pour eux de découvrir ces métiers, et pour la mission locale, le GEIQ Industrie et les autres acteurs, de disposer de supports de présentation sur les métiers d’opérateur sur machine à commande numérique ou de conducteur de ligne de fabrication. Les entreprises s’y retrouvent car ces films, qui seront diffusés pendant la semaine de l’industrie, représentent bien leurs réalités. « Ce genre de projet représente bien les liens qui ont été créés entre le GEIQ, les entreprises, les intervenants locaux et les collectivités, qui ne se parlaient pas nécessairement avant. Ces liens ne vont pas retomber du jour au lendemain, ce sont des personnes qui ont travaillé ensemble sur quelque chose de concret, qui leur plaît à toutes, et tout au long de l'année. »

 

« Je crois que les GEIQ n’avaient pas forcément besoin du Sud-Gironde pour exister. En revanche, pour la mission locale l'agence Pôle emploi, les structures d'insertion par l'activité économique, le Département avec ses bénéficiaires RSA, il était nécessaire de disposer de ce type de dispositif qui ouvre les portes des entreprises aux jeunes, aux personnes en reconversion, à tous ceux qui veulent se former en travaillant. Alors certes, pour l’instant cela ne concerne que les entreprises adhérentes des GEIQ, mais les actions sont accessibles à toutes celles qui veulent s’y associer. »

 

 

*Ces films seront présentés le 24 novembre lors d’un évènement public.

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La Fabricothèque, la boîte à outils rochelaise pour la création d’entreprise

La Fabricothèque, la boîte à outils rochelaise pour la création d’entreprise | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Depuis 2016, elle s’appelait « La Fabrique à Entreprendre La Rochelle ». Depuis le début de l’année 2023, elle est devenue « La Fabricothèque », tout en conservant les mêmes attributions. Portée par la Mission Locale La Rochelle Ré Pays d’Aunis, elle s’adresse à tous les publics en lien avec la création et la reprise d’entreprise.

 

 « Aujourd'hui, nos financeurs sont la communauté d'agglomération de La Rochelle et la communauté de communes Aunis Atlantique," précise Anaïs Thibaud, coordinatrice du dispositif. « Notre action, c'est vraiment être la porte d'entrée pour tout porteur de projet en création ou reprise d'entreprise sur le territoire. Nous travaillons avec un réseau de 18 partenaires techniques véritablement opérationnels, que nous réunissons en plénière, tous les deux mois, pour évoquer les actions, dresser des bilans. Nos financeurs sont présents à nos rencontres, ce qui leur permet d’avoir une remontée de situation sur le plan économique. Entre chaque réunion plénière, les techniciens sont invités à participer aux groupes de travail sur lesquels ils souhaitent s’investir. »

 

Premier outil de sensibilisation de La Fabricothèque, la réunion « Etes-vous prêts à entreprendre ? », un passage obligé pour toute personne qui souhaite s'installer sur le territoire, qu’elle porte un projet, ou qu’elle ait une simple idée mais qu’elle ignore par où démarrer. Au cours de ces réunions d’information collective, une quarantaine par an, on lui présente les étapes du parcours du créateur type, les partenaires qui prendront en charge son accompagnement, le montage de son modèle et les questions financières.

 

Le deuxième axe de La Fabricothèque, c’est son agenda événementiel. Une à deux fois par mois, elle organise des ateliers spécifiques, pour 10 à 15 participants en présentiel, en fonction des besoins exprimés par les accompagnateurs. Créer son activité dans l'économie sociale et solidaire, comment convaincre un financeur ? Bien démarrer en vendeur ambulant, entreprendre autrement… autant de sujets abordés au cours d’une quinzaine de séances annuelles.

 

Un programme évolutif

 

Le programme est défini en novembre pour l'année suivante. C’est le bilan de l’année en cours qui détermine s’il est pertinent de reconduire une action.  « Un des avantages de La Fabricothèque c'est que, d'une année sur l'autre, on peut proposer des événements récurrents, comme on peut en abandonner certains pour en créer d'autres. Par exemple, nous avions un atelier qui s'appelait « comment démarrer en livreur coursier » que nous avions créé suite à la crise sanitaire. Mais on s'est rendu compte qu’il ne correspondait pas aux besoins du public. Nous avons simplement décidé de l’arrêter. »

 

Les ateliers sont complétés par des forums de tailles diverses, sur l'entrepreneuriat féminin, ou sur le thème « financer son projet autrement ». Ils offrent l’occasion aux participants d’entendre les témoignages de chefs d'entreprise, d’échanger avec eux, de participer à des activités ludiques. « Lors du forum « Financer son projet Autrement », nous avons proposé un « serious game » aux visiteurs. Nous les avons regroupés autour d’entités fictives pour qu’ils travaillent sur les solutions de financement. Ils devaient aller chercher des « Radisols », des billets fictifs, puis aller solliciter les partenaires sur leur stand. Chaque événement est complètement différent. »

 

Autre dimension importante, la sensibilisation des collégiens et lycéens à l'entrepreneuriat et à l'esprit d'entreprendre, en fonction des sollicitations des établissements scolaires. « Pour moi, les actions auprès des scolaires sont essentielles. Nous devons sensibiliser les jeunes, notamment quand leur cadre familial n’est pas propice. Plus tôt on leur parle d’entrepreneuriat, plus tôt on leur fait rencontrer des chefs d’entreprise, mieux c’est. On peut aussi utiliser des outils ludiques, des casques virtuels, des visites sur nos forums. L’idéal serait de pouvoir intervenir dans toutes les classes dès la 4e, au lycée et au lycée pro, même si c’est juste une demi-journée dans l'année. »

 

En matière d’accompagnement, La Fabricothèque porte une attention particulière aux publics issus des QPV, sans pour autant se focaliser uniquement sur eux, ce qui risquerait d’aboutir à l’effet inverse de ce qui est attendu. Elle fait également la promotion de l'entrepreneuriat féminin, avec la participation de réseaux comme Trajectoire d'entreprise au féminin, afin de casser certaines idées reçues qui font que, encore trop souvent, les femmes ne se sentent pas autorisées à créer leur activité.

 

Convaincre de l'importance de l'accompagnement à la création

 

Problème, les publics ne sont majoritairement pas convaincus qu’il soit important de se faire accompagner. Il y a quelques années existaient des dispositifs, notamment régionaux, qui proposaient un accompagnement assorti d’une petite aide financière. Les porteurs de projet venaient pour l’aide et découvraient l’importance de l’accompagnement. Aujourd'hui, les incitations financières sont moins nombreuses. Trop souvent, l’accompagnement est compris comme une perte de temps. Il faut convaincre les candidats que c’est la meilleure façon d’assurer la pérennité de leur affaire.

 

Au besoin, le « Fabricochèque » peut constituer une incitation. Il s’agit d’une aide de 500 euros, destinée à tout porteur de projet qui réside en QPV ou qui souhaite s'y implanter. « Nous avons ouvert un peu nos critères d’attribution, du fait qu’il y a de plus en plus de personnes qui ont du mal à se faire accompagner avant création. Nous pouvons mobiliser le chèque pour celles qui ont besoin de retravailler leur modèle économique, 6 à 12 mois après le lancement de leur activité, sous réserve qu’elles acceptent notre accompagnement. »

 

« Parfois il arrive que nous soyons dans la dynamique d’aider les gens à faire le deuil de leur projet, de les amener à se rendre compte de manière concrète et opérationnelle que leur modèle économique ne tient pas la route. C’est important de ne pas pousser quelqu'un à créer à tout prix, qu’il en vienne à connaître un échec, et qu’il y laisse des plumes. Pas tant sur le plan financier que du point de vue de l'estime de soi. »

 

Au cours du premier semestre 2023, plus de 450 personnes sont passées par La Fabricothèque, entre la participation aux événements, les réunions d'information collective, l’attribution de chèques.  Pour aider les porteurs de projet à mieux se repérer, La Fabricothèque a élaboré un guide des partenaires qui présente leurs actions et champs d’intervention en détail. Pour chacun de ces partenaires, des pictogrammes indiquent à quelle étape ils peuvent intervenir, quel est leur champ de compétence, ce qu’ils peuvent faire en matière de construction du projet, de constitution d’un réseau, de montage financier, etc. 

 

« Nous adaptons nos outils en fonction des publics que nous rencontrons. Je pense que plus de porteurs de projets solliciteraient notre accompagnement s’ils étaient sensibilisés en amont, si on leur disait qu’il faut se méfier de ce qu’ils entendent parfois, que la création d’activité n’est pas inaccessible. Plus de 50% des entrepreneurs démarrent avec moins de 5 000€, et n'ont pas forcément de diplôme, il faut le faire savoir. Pour 2024, l’objectif de La Fabricothèque est d’étendre son territoire d’intervention à la communauté de communes de l’Ile de Ré et d’Aunis Sud, afin d’avoir exactement le même périmètre d’intervention que l’Espace Régional d'Information de Proximité (ERIP), porté lui aussi par la Mission Locale La Rochelle Ré Pays d’Aunis »

 

 

Pour consulter le programme, le guide et connaître tous les partenaires de La Fabricothèque :

www.lafabricotheque.com

 

 

 

 

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Prévenir le décrochage, raccrocher les décrocheurs

Prévenir le décrochage, raccrocher les décrocheurs | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

L’Union Pour l’Enfance est une association qui possède deux organismes sur les Deux-Sèvres, en charge de la protection de l’enfance. L’Union pour l’Enfance 79, constituée de plusieurs structures d'hébergement et de prise en charge de jeunes confiés soit par le juge, soit par les parents. Les « Ateliers Agapè », qui comprennent un plateau technique grâce auquel les jeunes sont accompagnés dans le cadre de l’action RAIDS, le réseau d'accrochage et d'insertion des Deux-Sèvres, financé par l’appel à projets régional « Appui aux parcours d’orientation. »

 

Ces ateliers existent depuis 1994. Ils ont été créés pour permettre à des jeunes issus de la protection de l'enfance, décrocheurs, de bénéficier de formations au sein d'ateliers professionnels. Initialement, seule l’activité « espaces verts » était présente. « Notre volonté était de proposer une prise en charge globale de jeunes qui nécessitaient une remobilisation sociale, scolaire, voire professionnelle, » précise Nadège Coillier, directrice des Ateliers Agapè. « Sachant que ces jeunes présentaient plusieurs problématiques, familiale, de posture d'élève, souvent d'addiction et de délinquance. Au début, c’étaient plutôt les départements autour des Deux-Sèvres qui nous les orientaient, afin de les éloigner de leur territoire d'origine. »

 

Après 2009, les ateliers ont pris de l’ampleur. Installés dans de nouveaux locaux, un ancien garage complètement transformé pour accueillir un restaurant et l’atelier professionnel espaces verts. Aujourd’hui, seul ce dernier subsiste. Deux moniteurs qualifiés encadrent des jeunes de 14 ans et plus pour, dans un premier temps, leur faire découvrir ce secteur professionnel au rythme de trois matinées par semaine, sans objectif de production. Ceux qui montrent un intérêt particulier sont accompagnés le temps de leur trouver un lycée professionnel, un CFA ou une Maison Familiale et Rurale (MFR) pouvant les accueillir. Dans cette attente, ils continuent à perfectionner leur formation de base, avec une montée progressive en compétences.

 

Priorité remobilisation

 

« Les publics sont très volatils. Il suffit qu'un jeune retrouve un sens à sa journée au quotidien, c'est-à-dire se lever, sortir de chez lui. Pour certains c'est déjà énorme. Puis, il va pouvoir côtoyer ses pairs, bénéficier d'acquisitions. Cela améliore le climat familial, qui reste parfois fluctuant, mais qui est nettement moins tendu et dégradé que lorsqu’il arrive. Dans le cadre de leur accompagnement éducatif, on est sur la mobilisation de savoir-être, de savoir-faire, de savoirs tout court. Lorsque la base est acquise, l'objectif est de leur permettre d'effectuer des stages en entreprises et de les orienter sur toute structure de droit commun, scolaire ou de formation, telle que les missions locales, les CFA, les MFR. »

 

Les Ateliers Agapè comprennent également un atelier sportif et un atelier de remobilisation scolaire et d'aide à la scolarité. Pour l’atelier cuisine, il ne s’agit pas de professionnalisation, mais de permettre à certains jeunes de découvrir ce domaine professionnel. Et pour les autres, accueillis au sein des structures d'hébergement, d'acquérir une certaine autonomie dans la gestion de leur repas, comment faire leurs achats, ce qu’on peut faire avec ce qui reste dans les placards, une sorte de pédagogie de la gestion quotidienne.

 

Dans le cadre de RAIDS, les jeunes sont orientés par l'éducation nationale, plus précisément par les chefs d'établissement.  Il n'y a pas de différence de prise en charge entre ce public et celui de l’Aide Sociale à l’Enfance. Ils se côtoient, sont mélangés dans les animations, et ils passent systématiquement les 15 premiers jours sur tous les ateliers. « A l’issue, on fait un bilan avec eux. On leur donne la parole pour nous expliquer comment ils ont vécu la période d'intégration, quels sont les ateliers dans lesquels se ont sentis les plus à l'aise, ceux qui les attirent le moins. Avec la remobilisation scolaire et l'aide à la scolarité, on est vraiment dans le fait de redonner envie, de leur redonner du sens, d’expérimenter pour repartir sur un centre de formation ou à l'école. Ça peut aider des jeunes qui fréquentent les ateliers à temps plein, c'est-à-dire du lundi au vendredi, mais aussi qui viennent sur des temps plus ponctuels, sur des demi-journées parce qu’il y a un maintien partiel de la scolarité. » 

 

Des profils parfois compliqués

 

Les participants au RAIDS présentent de multiples problématiques d'acquisition scolaire, parfois de handicap, de soins physiques et psychologiques. Certains sont en situation de déscolarisation depuis plusieurs années, depuis le CM2 ou la 6e. Ils peuvent être toujours affectés à un établissement mais ne le fréquentent plus, ou de façon très ponctuelle.  « C’est vraiment quelque chose qui m'a particulièrement interpellée. J’ai souvent vu des parents qui étaient désemparés face à leurs enfants en décrochage, sans aucun dispositif pour les accueillir, qui restaient à temps plein à domicile. Le climat familial s’en ressent forcément, et il y a des effets sur les autres enfants de la maison. »

 

Les chefs d'établissement se disent démunis face à certains profils qu'ils n'arrivent pas à raccrocher, qui présentent parfois des troubles du comportement, qui ne sont pas traités ou dont la prise en charge est insuffisante pour permettre de les maintenir au sein des établissements. Ces jeunes devraient bénéficier d'une scolarité adaptée, mais les places sont très limitées.

 

Entre fin 2002 et aujourd’hui, une quinzaine de jeunes issus d’établissements de Parthenay et Thouars ont été pris en charge, plus que le nombre prévu dans la convention avec la Région. « Ça a été vraiment une volonté de ma part de n’évincer aucun jeune. 6 filles, 8 garçons, 3 jeunes également pris en charge dans le cadre des dispositifs relais du Département. Donc avec un co portage, voire un triple portage pour certains, quand il y avait le dispositif relais, le collège et nous qui étions en accompagnement. »

 

« L’appel à projet régional vise les plus de 16 ans. Mais nous n’avons absolument pas accroché ce public, parce qu’il existe déjà beaucoup de dispositifs pour lui, que ce soit à l'intérieur des établissements scolaires ou à la mission locale avec la promo 16-18 et le CEJ.  Ces dispositifs s’adressent à des jeunes qui savent se mobiliser et ont envie de le faire. Le gros souci, ce sont les jeunes en déscolarisation, quel que soit leur âge, qui n'arrivent pas à se mobiliser. La moyenne d’âge des jeunes accueillis est de 13 ans et demi, allant de 11 à 15 ans. »

 

L’objectif de l’association est de ramener les jeunes dans le droit commun. Notamment, pendant le dernier mois de leur accompagnement, en travaillant à leur réintégration au collège. Notre lien avec l’établissement d’affectation est quotidien. C’est là que les Ateliers Agapè montrent leur utilité, en permettant le maintien de la scolarité à temps partiel, tout en travaillant sur plusieurs axes, à commencer par les savoir-être, particulièrement importants avec ce public.

 

« On est vraiment perçus comme une bulle, un passage où les jeunes vivent des expériences positives. Nous entretenons un dialogue permanent avec eux. Dans le domaine de la protection de l'enfance, l'accompagnement a énormément évolué. Quand j'ai commencé à exercer, on était dans une configuration où on imposait un cadre et un parcours aux jeunes, ça n’est plus le cas maintenant. Même si ce n’est pas le jeune qui décide en dernier recours, nous essayons vraiment de le considérer en tant qu'acteur à part entière. »

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