Langue française : pourquoi l'imparfait porte ce nom si étrange | Metaglossia: The Translation World | Scoop.it

Imparfait, plus-que-parfait, passé composé… Muriel Gilbert révèle l'origine étonnante des noms de nos temps...


Pourquoi l'imparfait porte un nom si étrange
Ce samedi 18 avril, un Bonbon grammatical, amis des mots, sur une idée de Gilles, sur la page Facebook du Bonbon sur la langue : "Bonjour Muriel... Pourriez-vous consacrer un Bonbon à nous expliquer la signification (et l'origine) du nom des temps des verbes ? Ils m’ont toujours étonné. À part le présent, le futur et l'impératif, qui sont assez clairement compréhensibles, quid de l'imparfait, du passé composé, du plus-que-parfait ? Merci Mumu."


Eh bien, "Mumu" s'exécute. C’est vrai que ces noms sont bizarroïdes, et pas très parlants. On va se contenter de parler du mode indicatif, on gardera les autres pour une autre fois ! Je trouve que le passé composé, c’est quand même assez clair : "Antoine a préparé le petit déj", "Valérie est venue manger" : on est dans le passé, mais ce passé est composé parce qu’il faut deux mots pour l’exprimer : a + préparé, est + venue.


L'imparfait c'est : "Antoine préparait le petit déj". "Valérie venait manger". À l’origine, le mot "imparfait" était un adjectif : on parlait de prétérit imparfait. Le terme "prétérit", qui s’emploie encore pour l’anglais, n’est plus utilisé en grammaire du français. Il vient du latin praeteritum, à l’origine praeteritum tempus, qui désignait un "temps passé" (praeter c’est devant, et ire c’est aller, donc le praeteritum c’est "passé devant", comme qui dirait… "dépassé"). On parlait au XVIIe siècle de "prétérit imparfait", de "prétérit simple" et de "prétérit antérieur", qui sont devenus nos actuels "imparfait", "passé simple" et "passé antérieur".


Pourquoi le mot "imparfait" ?
Et donc pourquoi ce mot, "imparfait" ? Il faut revenir à l’étymologie : évidemment, imparfait découle de parfait, parfait venant du perfectum latin qui n’a pas du tout le sens d’aujourd’hui : il veut dire "achevé", "terminé", "accompli", c’est plus tard en français qu’il a glissé vers le sens de "idéal, excellent". Bref, l'imparfait, ce n’est pas un temps qui ne serait pas parfait dans le sens qu’il aurait un défaut, c’est un temps du passé qui est décrit comme non achevé. "Muriel lisait quand le livreur sonna." La lecture se fait sur une certaine durée, "sonna" en revanche est au passé simple, car c’est un fait ponctuel. Bref l’intéressant, c’est que "parfait" signifie “accompli”, et non pas "génial", donc "imparfait" signifie "non accompli", pas "un peu nase".


Et pour le plus-que-parfait ? Il se construit avec être ou avoir à l’imparfait suivi d’un participe passé. Le plus-que-parfait est censé désigner une action passée antérieure à une autre action passée. Exemple : "J’avais terminé ma chronique, donc je sortis du studio" (je sortis du studio, ça se produit dans le passé, mais avant cela encore, j’avais terminé ma chronique, plus-que-parfait). Quoi qu’il en soit, ces appellations mériteraient un bon coup de ménage, si vous voulez mon avis, parce qu’elles n’ont pas grand-chose de logique..."
Muriel Gilbert
https://www.rtl.fr/culture/culture-generale/langue-francaise-pourquoi-l-imparfait-porte-ce-nom-si-etrange-7900624484
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