Traduction. L’écrivaine autrichienne Valerie Fritsch face au tabou de la violence maternelle | Metaglossia: The Translation World | Scoop.it
Dans son nouveau roman, désormais traduit en français, l’écrivaine autrichienne met en scène la lutte d’un jeune homme pour quitter le carcan d’une enfance faite de maltraitances.

"...Paru en 2024 sous le titre de Zitronen, désormais traduit en français, L’invention de la douleur vient d’être récompensé du Prix du livre autrichien remis par l’ambassade d’Autriche en France, dont le jury a salué «un roman saisissant qui aborde un sujet très difficile dans l’une des plus belles langues». C’est que, nous explique Valérie Fritsch, autrice née en 1989 à Graz, «la violence m’était tellement étrangère et lointaine que je voulais mieux la comprendre». Elle a fait de nombreuses recherches pour écrire ce roman. «J’ai commencé par lire beaucoup d’ouvrages spécialisés et quand j’ai eu le sentiment d’en savoir assez sur le plan scientifique, je suis allée à la rencontre des gens pour les observer concrètement.»


 


« Restons-nous prisonniers de l’identité forgée par l’enfance? »


Valerie Fritsch


Dans la deuxième partie du roman, August est adulte, ou du moins tente de vivre une vie d’adulte. Car le jeune homme est «capable de trébucher et de tomber sur un obstacle inexistant, tant il était habitué à en rencontrer depuis sa plus tendre enfance». Comment sortir d’une enfance qui est pourtant encore partout en nous? Comment conjurer cette souffrance, qui reste «inaccessible, enfermée dans une chambre, dans un corps»?


 


August tombe follement amoureux d’Ava, goûte au miracle d’être aimé et d’aimer sans que cela fasse mal, mais les blessures restent à vif. Le temps n’a rien pansé, il a enfoui, mais cet amour fait tout resurgir. Possessif, August sent Ava se lasser de ses insécurités et s’éloigner de lui, alors il tombe malade. «Sans hésiter, il donn(e) son corps en offrande, se crucifi(e) lui-même dans l’espoir d’obtenir le grand pardon.» La logique connue dans l’enfance se perpétue ainsi dans l’âge adulte, qui n’apparaît que comme une répétition, avec variations, de l’enfance.


 


Prison de l’identité


«Détermination et autodétermination» s’affrontent dans sa vie, comme dans celle de tout un chacun. C’est ce qui intéresse l’autrice autrichienne: «Le passé et l’enfance forgent notre identité, façonnent notre personnalité. Puis vient ce moment passionnant où l’on devient adulte: restons-nous prisonniers de cette identité? Est-ce qu’elle nous retient? Ou s’en échappe-t-on?»


 


Yaleo


C’est dans une langue calme, attentive, «précise et condensée», rendue de manière admirable par la traduction de Tatjana Marwinski, que Valerie Fritsch creuse cette question. L’autrice varie sans cesse le plan large, où l’on observe les personnages de loin, et les plans serrés où, l’espace d’un instant, le lecteur est au plus près de leurs sensations et ressentis. C’est ainsi que le roman nous conduit, pas à pas, vers une fin inéluctable, dont le tragique nimbait déjà les premières pages.


 


Valerie Fritsch, L’invention de la douleur, trad. Tatjana Marwinski, Ed. Plon, 224 pp."


https://www.laliberte.ch/articles/culture/livres/lecrivaine-autrichienne-valerie-fritsch-face-au-tabou-de-la-violence-maternelle-1275839


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