Revue de presse théâtre
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LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE  :   L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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October 21, 2023 8:34 AM
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Avec son « Chapeau de paille d’Italie », Alain Françon fait rire jaune

Avec son « Chapeau de paille d’Italie », Alain Françon fait rire jaune | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot / Le Monde du 20 oct.2023

 

Au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, à Paris, la pièce de Labiche est portée par une distribution éblouissante, où se distinguent notamment Vincent Dedienne, Suzanne de Baecque et Anne Benoît.

 


Lire l'article sur le site du "Monde" :
https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/10/20/avec-son-chapeau-de-paille-d-italie-alain-francon-fait-rire-jaune_6195669_3246.html

 

Dans Un chapeau de paille d’Italie, présenté au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, à Paris, il y a l’histoire que raconte le texte d’Eugène Labiche (1815-1888) et celle que fabrique la mise en scène d’Alain Françon. Soit deux récits qui cohabitent comme deux faces d’une même pièce. Côté pile, on assiste à la cavalcade effrénée de Fadinard, fringant Parisien qui court à la recherche d’un chapeau au lieu de faire ce qu’il est censé faire ce jour-là : épouser sa promise, qui vient d’arriver dans la capitale, flanquée de sa noce familiale, depuis Charentonneau. Côté face, on se coule dans un spectacle qui, sous couvert d’adopter les codes du vaudeville (rapidité, absurdité, quiproquos, comique de situation), propage un salutaire malaise.

 

 

 

Dans des décors de Jacques Gabel, qui se dépouillent d’acte en acte pour laisser place à une nuit crépusculaire, Alain Françon dirige en cadence vingt-deux interprètes. Leurs gestes, leurs mimiques et leurs galopades relèvent d’une chorégraphie haut de gamme. Dix-neuf acteurs sur le plateau, trois musiciens dans les corbeilles latérales : le groupe Feu ! Chatterton a signé les partitions. Elles perturbent le cours de dialogues secs, qui sont le carburant de l’action. Cette intrusion d’un groupe de rock dans une fable du XIXe siècle est un anachronisme réjouissant. Car si les costumes sont d’époque, la portée de cette mise en scène est, pour sa part, contemporaine. Elle vient percuter une société dont les tropismes, surgis en filigrane, racontent du monde une tendance actuelle et fâcheuse à radicaliser les différences plutôt que de les apaiser.

Représentation au cordeau

Ces différences d’origines sociales, géographiques, sexuelles ou intellectuelles s’exposent et s’affrontent dans Un chapeau de paille d’Italie. Elles se rappellent à nous grâce à Fadinard, qui, loin d’être le trait d’union attendu, attise les motifs de division. Il suffit de tendre l’oreille pour entendre la dureté méprisante du héros avec ses subalternes lorsqu’il menace de les battre (voire de les tuer) pour peu qu’ils le contrarient. Il suffit de l’observer lorsque, enfin marié, il délaisse son épouse et dévore d’un œil concupiscent la femme pour qui il s’est échiné à chercher un chapeau toute la sainte journée.

 

 

Lire l’entretien de 2020 : Article réservé à nos abonnés Vincent Dedienne : « Etre un enfant adopté a toujours été un détail »
 

Ces signes ne trompent pas : il y a quelque chose de pourri au royaume du vaudeville et Alain Françon, qui a pour habitude de prendre les mots au pied de la lettre, a su saisir de Labiche une vérité pas uniquement distrayante. L’auteur n’excelle dans la légèreté que pour mieux traduire l’angoisse de l’homme et de la femme, l’individu et le groupe, le citadin et le campagnard, le riche et le pauvre, etc. Le spectacle lui emboîte le pas. Ce qui fait qu’on rit, oui, mais jaune face à une représentation dirigée au cordeau. Ni flou ni bavure : le jeu de la troupe est un modèle de netteté, où chaque comédien est un repère. Vincent Dedienne au premier chef, impérial dans le rôle de Fadinard. Suzanne de Baecque, éblouissante dans celui de la fiancée. Anne Benoît, qui abdique toute féminité pour se transformer en Nonencourt, le beau-père, pépiniériste charentonnais dont le leitmotiv – « Mon gendre ! Tout est rompu ! » – est un appel au secours perdu dans le néant.

 

 

Un chapeau de paille d’Italie, d’Eugène Labiche, mise en scène d’Alain Françon. Théâtre de la Porte-Saint-Martin, Paris 10e. Jusqu’au 31 décembre. Portestmartin.com

 

Joëlle Gayot / Le Monde 

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October 20, 2023 9:41 AM
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« Et si c’était eux ? » : à la Comédie-Française, les vieux comédiens sauvent leur peau

« Et si c’était eux ? » : à la Comédie-Française, les vieux comédiens sauvent leur peau | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Gérald Rossi / L'Humanité le 15 oct. 2023

 

 

Et si c’était eux ?, à la Comédie-Française, pose avec beaucoup de talent, d’humour et de tendresse un regard acéré sur le grand âge, sur fond de délires de l’ultralibéralisme.

 

Ils ont troqué leur tenue habituelle de la Comédie-Française au profit de tee-shirts noirs, arborant en grosses lettres dorées le titre de l’émission diffusée ce soir en direct : Et si c’était eux ? Les placeurs et placeuses de la salle du Vieux-Colombier jouent le jeu tout sourire. En attendant que la chaîne impots.gouv prenne le relais.

Sur le plateau, devant le décor tape à l’œil fait d’un gradin et de lourds rideaux dorés, certains patientent en somnolant, d’autres entrent à petits pas, tordus comme de vieilles branches noueuses, le regard tourné vers le passé, même si c’est d’avenir qu’il s’agit ce soir. Ils ont vécu leurs heures de gloire, sous les projecteurs et les paillettes du drame et de la comédie, et maintenant ils finissent leurs jours à la Maison de retraite des artistes à Pont-aux-Dames, nichée en Seine-et-Marne, dans la région francilienne.

 

 

La pièce (car, il s’agit bien de théâtre, soyons rassurés), écrite et mise en scène par Christophe Montenez et Jules Sagot, imagine une sorte de loterie absolument écœurante, aux saveurs du libéralisme le plus dégradant. Résumons l’affaire : Pour des raisons de diète budgétaire, des trois Ehpad accueillant d’anciens artistes, un seul pourra être sauvegardé (pendant dix ans) dans le secteur public, alors que les autres seront immédiatement offerts au marché du profit.

 

Dans cette fable, il appartient aux vieux et très vieux artistes du Français de défendre leur peau devant les caméras ce soir. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Les téléspectateurs votent, en direct eux aussi, pour attribuer des points après chaque prestation artistique. Voilà pour le cadre.

 

Alban Vauqueur, autrement dit Laurent Stocker (tous les vrais noms des comédiens ont été trafiqués), est l’animateur. Il rame et tente de rendre palpitante son émission affligeante. Il est drôle tant il surjoue son rôle de bateleur, si proche d’une certaine réalité télévisée. Il est assisté par la malicieuse Lisa Oulala (Élissa Alloula).

 

Très vite, son scénario s’effrite. Et le jeu tourne au pugilat, au propre comme au figuré. « Nous sommes tous des vieux en devenir », peut affirmer Jules Sagot, comme aurait pu le faire monsieur de La Palice. Mais des vieux qui refusent de jouer aux moutons suiveurs.

L’insipide télévisuel remplacé par la vie du théâtre

Ainsi Martin Lallemand (Alain Lenglet) et Francine Valia (Florence Viala) sont-ils d’éternels amoureux fauchés par un Alzheimer bouleversant. Et ils résistent, à leur façon. Judith Siquaire (Julie Sicard), qui participe malgré elle à cette mascarade télévisée, finit par dire sa sourde colère devant ces abandons des pouvoirs publics, et les dramatiques répercussions que subiront tous les « perdants ». Séraphin Bouderoux (Sébastien Pouderoux) comme Patrick Darent (Dominique Parent) n’en pensent pas moins. Sans oublier Armand Tresson (Clément Bresson), la voix de la régie.

Autant cette aventure télévisuelle est-elle à la limite du farfelu, fort bien imaginé et formidablement interprété, autant la réalité est-elle proche, palpable, et commentée au jour le jour. On se souvient forcément des scandales qui ont secoué le petit monde des maisons de retraite. En vérité, la maison de retraite des artistes existe bel et bien, depuis son inauguration le 27 mai 1905.

Seule différence, toujours sans but lucratif, elle n’est plus réservée aux seuls artistes. Mais cette « farce pathétique », comme le dit encore Jules Sagot, a nécessité un beau travail de la part de Cécile Kretschmar, réalisatrice des perruques et maquillages. Saluons aussi la scénographie et les lumières de Florent Jacob, les costumes de Gwladys Duthil et l’ambiance sonore et musicale de John Kaced.

 

Dans Et si c’était eux ?, plus que de la vieillesse, « nous parlons de l’angoisse de la vieillesse », explique Christophe Montenez, et « grimer les comédiens rend visible l’aspect spéculatif de nos questionnements ». Tout en restant au théâtre. Sur le plateau, donc, rien ne va plus. Mais chacun est bluffé, les pseudo-téléspectateurs, qui changent le vote final, tout comme, reconnaissons-le, le public dans la salle.

 

Notamment quand ces formidables vieux, comme dans un délire, jouent en vrai décalé mais avec une vérité inouïe la dernière scène de Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand. L’insipide concours est submergé alors par le vrai spectacle vivant. Transposé dans cet univers de tisane, l’amour de Cyrano pour Roxane n’en est que plus vibrant, à l’aube du baisser de rideau final. C’est beau et émouvant. Avec panache.

 

Gérald Rossi / L'Humanité 

 

Jusqu’au 5 novembre, théâtre du Vieux-Colombier, Comédie-Française, Paris 6e, téléphone : 01 44 58 15 15.

 
 
Légende photo : La scène du Vieux Colombier se transforme en un talk-show glauque ou de très vieux artistes tentent par tous les moyens de sauver leur peau.
© Vincent PONTET
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October 20, 2023 8:18 AM
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Au festival Fragments, du théâtre «work in progress» plein de promesses –

Au festival Fragments, du théâtre «work in progress» plein de promesses – | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Gilles Renault dans Libération - 19 octobre 2023

 

Créé en 2013, la 11e édition du dynamique festival, qui regroupe douze structures, moitié parisiennes, moitié régionales, présente au public les étapes de travail d’œuvres encore en gestation.

 

 

A-t-on jamais vu un cinéaste sortir en salles des extraits de son film, avant que celui-ci ne soit monté voire fini de tourner ? Ou un musicien commercialiser des maquettes de son futur album, toujours en cours d’enregistrement ? Ainsi, dans le secteur culturel, mais sur le versant théâtral, le festival Fragments s’accomplit-il en notable exception, qui, accessible en conditions réelles (salles, public, billetterie, et foyer pour débriefer), nous entraîne au cœur de la matrice du spectacle vivant. Le postulat est simple : permettant à «des équipes de présenter une première étape de leur création en devenir», Fragments se mire en «laboratoire», car à la fois «temps de repérage d’artistes et de compagnies, et tremplin d’expérimentations ambitieuses et audacieuses».

 

Et ça marche puisque, à l’ombre des rendez-vous balisés, la petite entreprise, coordonnée par Alice Vivier, cofondatrice et directrice de la Loge (antre parisien aux dimensions aussi modestes que ses initiatives ravissent souvent), célèbre ses dix ans, le temps de quelques après-midi (implicitement, plus destinées aux professionnels en prospection) et soirées. Un déploiement qui fédère six lieux de la capitale, auxquels s’associent autant de structures provinciales qui, dans les semaines et mois à venir vont relayer le projet en fonction de leurs agendas respectifs. Ce qui, si on suit bien, nous amène au total de douze hôtes qui, par le biais d’un parrainage, cautionnent autant de pièces dont on peut découvrir des extraits, sous la forme de scènes entières, ou pas, qui, dans le meilleur des cas, laisseront un goût de reviens-y.

 

« Bande-annonce intensive »

 

Une approche qui «rend vulnérable et joyeux», posait, de la sorte, l’autrice et metteuse en scène Marion Pellissier en présentant une relecture très libre des Trois Petits Cochons (sous-titrée les Monstres courent toujours), telle qu’imaginée par la compagnie occitane, la Raffinerie, dont six interprètes incarnent avec verve les protagonistes d’un psychodrame familial volontiers foutraque qui, au vu de cette «bande-annonce intensive», ne manque ni d’idée ni d’ambition. Tout comme, dans un registre différent, le seul-en-scène le Papier peint jaune qui, par l’intermédiaire d’Alix Riemer, prend appui sur une nouvelle de l’Américaine Charlotte Perkins Gilman, lointaine égérie féministe au tournant des XIXe et XXe siècle, pour accoucher d’un monologue intime, à la fois douloureux, cocasse et troublant.

 

Deux mises en bouche a priori fiables (la première durant en l’état 40 minutes et la seconde, 30, ce qui laisse le temps de se faire une idée), qui demanderont confirmation au moment de leurs créations à l’automne 2024, respectivement au théâtre de Châtillon et au Monfort à Paris. D’ici là, la 11e édition de Fragments continue d’arroser ses boutures jusqu’à ce vendredi 20 octobre, à Paris et en Ile-de-France, avant d’essaimer le territoire.

 

11e édition de Fragments, jusqu’au 20 octobre en Ile-de-France et tout au long de la saison à Toulouse, Epernay, Rennes, Carros, Pont-Audemer et Le Havre.

 

Légende photo : L’autrice et metteuse en scène Marion Pellissier présente une relecture très libre des «Trois Petits Cochons» (sous-titrée «les Monstres courent toujours»). (La Raffinerie)

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October 19, 2023 11:43 AM
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«I’m Deranged» : Mina Kavani, l’être persane 

«I’m Deranged» : Mina Kavani, l’être persane  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération - 19 oct. 2023

 

 

Dans le monologue qu’elle a tout à la fois écrit, mis en scène et interprété, l’actrice iranienne installée en France évoque son enfance à Téhéran et son parcours d’exil. Une performance aux allures d’incantation.

 

 

Elle dit qu’elle n’a jamais voulu être actrice par désir de notoriété, mais par soif des textes et amour du cinéma. Yeux d’un bleu limpide qu’il est impossible de ne pas remarquer, longs et libres cheveux noirs, Mina Kavani est à un point de bascule. Nul doute que le nom de l’actrice iranienne, en France depuis douze ans et interdite de retour dans son pays depuis 2013, va résonner de plus en plus fort et loin. On l’a vue l’an dernier dans Aucun Ours, le dernier film de Jafar Panahi. On la verra demain dans Reading Lolita in Tehran du cinéaste israélien Eran Riklis, avec Golshifteh Farahani et Zar Amir Ebrahimi – toutes deux également bannies d’Iran et qu’elle croisait de loin en loin à Téhéran, il y a si longtemps. Et elle s’apprête à tourner en Turquie, dans un film au budget minuscule, qui la réjouit. Mais ces jours-ci, c’est dans une toute petite salle que l’intensité de Mina Kavani emporte le public. Dans I’m deranged, l’actrice adresse un monologue proche de l’incantation sur son enfance à Téhéran et son parcours d’exil.

 

«J’évite tout sentimentalisme»

 

Vêtue de sombre dans une tenue ample, la jeune femme exprime avec simplicité son sentiment de n’être jamais à sa place, de rêver une culture française à Téhéran, mirage lorsqu’elle étudie au Conservatoire d’art dramatique à Paris. Premières années glaciales et sombres, si ce n’était la rencontre avec Jean-Damien Barbin, qui y enseigne et qui la «transforme». Sinon, il y a l’étonnement sans fin d’être désignée comme l’«Etrangère» dans un pays dont elle choie la culture, qu’elle connaît mieux que ses camarades. Au café, Mina Kavani laisse s’embrumer ses yeux. «Sur scène, j’évite tout sentimentalisme. La fête, je ne l’ai plus jamais faite à Paris. C’est à Téhéran, jusqu’à 19 ans, que j’ai vécu ma jeunesse.» Sur un plateau vide, Mina Kavani rend perceptible une enfance en partie magique et en tout cas scindée, dans une grande maison où vivent encore aujourd’hui ses parents. Dès le seuil passé, elle se débarrassait de son foulard et de l’uniforme de la République islamique pour entrer dans un autre monde, où retentissaient les Pink Floyd et Bob Dylan, où se pressaient des artistes underground, et où la vie était régie par des principes inverses à ceux qui régissaient l’extérieur. La jeune fille lit, voit des films, tous interdits, s’émerveille d’actrices telles Hanna Schygulla, Gena Rowlands, Bulle Ogier dans la Salamandre, revoit inlassablement Isabelle Adjani dans Camille Claudel, et sait très bien qu’elle n’a aucune chance d’épouser ces destins de révolte si elle reste en Iran. «Au théâtre, c’est un peu plus simple. On doit porter le foulard, mais on peut laisser des mèches folles s’échapper. Et surtout, il y a Shakespeare, Tchekhov, les grands textes du répertoire.»

 

 

Dans cette maison magique, un étage l’est encore plus, habité par son oncle, Ali Raffi, ancien directeur du Théâtre de la ville de Téhéran sous le chah, acteur chez Varda dans l’Une chante, l’autre pas, et dont la bibliothèque pleine de revues théâtrales en français lui paraît sans fin. C’est cet oncle maternel qui lui lance les noms de Chéreau ou Duras. Une culture infuse, éloignée de plusieurs décennies de l’année de sa naissance, mais qu’elle éprouve comme contemporaine. Les photos de sa mère en minijupe la choquent presque. S’agit-il du passé ou du futur ? La maison est une machine à remonter le temps et à vaincre les frontières. De ses murs exhalent des vapeurs d’opium – qu’elle n’a jamais fumé. L’actrice sourit : «C’était doux, ça me calmait, je l’associe à la lecture.»

 

 

« Faire sortir le fou de soi »

 

 

Peut-être parce qu’elle a déjà vécu à Paris entre ses 2 ans et 5 ans avec sa mère, sa sœur aînée, son frère jumeau et son oncle, Mina Kavani n’a aucune difficulté à apprendre le français. En revanche, il lui fallut une rencontre fondatrice pour que son monologue prenne corps. «Je suis une enfant de Krystian Lupa, affirme-t-elle. C’est lors d’un stage qu’il organisait à Toulouse que les mots sont sortis comme dans une transe, selon sa méthode qui consiste à faire sortir le fou de soi.» Il lui enjoint de poursuivre l’écriture. Hubert Colas, à Actoral, lui offre la possibilité matérielle de le faire grâce à une résidence au couvent de la Cômerie à Montévideo – aventure marseillaise aujourd’hui malheureusement terminée. Puis le spectacle, coproduit par le Manège Maubeuge, emballe le off d’Avignon sous la bannière du Pavillon du futur Iran, au Théâtre de la manufacture de Nancy.

 

 

Mina Kavani ne retournera plus dans son pays natal, du moins sous le régime actuel. Les mollahs qui découvrent avant sa sortie Red Rose, de Sepideh Farsi, qualifient l’actrice de «première actrice pornographique iranienne». En toute connaissance de cause, et avec une certaine insouciance, elle a accepté de tourner des scènes dénudées. Lorsqu’elle revient à l’été 2013 dans sa maison de famille, c’est avec une caméra. Elle filme tout ce qu’elle peut, les objets, les rues, la maison, «tout ce que je ne reverrai jamais». Et cache à ses parents que c’est sa dernière venue.

 

 

Elle les revoit cependant, en rêve. Ils discutent. Les couleurs se sont éteintes. Comment ne pas craindre qu’ils disparaissent sans qu’il soit possible de retourner en Iran les honorer ? Sur le plateau, elle fait en sorte de ne pas laisser l’actualité l’envahir. Récemment, elle n’y est pas parvenue Elle venait d’apprendre dans le métro que «le cher, le merveilleux Dariush Mehrjui» et son épouse venaient d’être poignardés à mort dans leur maison.

 

Anne Diatkine / Libération

 

I’m deranged, de et avec Mina Kavani au Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet jusqu’au 22 octobre.

 

Légende photo : Mina Kavani, à Paris, en novembre 2022. (Laura Stevens /Modds)


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October 18, 2023 11:39 AM
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Baisses de subventions de la Région Nouvelle Aquitaine : les compagnies alertent

Baisses de subventions de la Région Nouvelle Aquitaine : les compagnies alertent | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié dans Sceneweb le 18 oct. 2023

 

Les équipes artistiques de Nouvelle Aquitaine sonnent l’alarme auprès de la région Nouvelle Aquitaine. Une cinquantaine d’équipes artistiques, réparties sur l’ensemble de la région Nouvelle Aquitaine, signent une lettre ouverte adressée à Alain Rousset, président de la région, s’inquiétant des baisses annoncées de subventions en 2024 et en 2025.

 

Alors que plusieurs consultations ont eu lieu entre tous les acteurs culturels du territoire entre 2022 et 2023 pour définir les nouvelles règles de soutien de la région, de nombreuses associations culturelles ont fait l’amère découverte que la région prévoyait une diminution importante de son soutien, des diminutions pouvant aller jusqu’à -50%. Ces baisses de subvention vont les fragiliser durablement.

 

Or, dans un contexte déjà très tendu, entre une inflation pénalisante et la prochaine renégociation du régime d’assurance chômage qui risque d’être très défavorable aux intermittents du spectacle, il est nécessaire de différemment poser les enjeux de la politique culturelle régionale. Plutôt que ces mesures discriminantes, il est nécessaire de conforter et de mieux accompagner celles et ceux qui tentent de porter un regard sensible sur un monde qui en a besoin, aujourd’hui plus que jamais.

 

Ces acteurs culturels régionaux sont un maillon essentiel de l’emploi et de l’activité économique en région et contribuent à l’attractivité, au dynamisme et à la vitalité des territoires de la plus grande région de France. Ils sont un pilier du service public de la culture en région. S’en désengager de façon aussi drastique c’est nier leur importance économique et sociale à un moment où justement le champ culturel et l’ensemble des services publics ont un rôle crucial à jouer pour maintenir la cohésion sociale au sein des territoires.

Ces équipes artistiques demandent à la Région Nouvelle Aquitaine de reconsidérer cette décision pour que personne ne soit fragilisée sous couvert de nouvelle politique culturelle régionale.

Les signataires

Association Lapas Nouvelle Aquitaine :
Aurélie Favre, Fabienne Signat, Nicolas Rosset, Emmanuelle Paoletti, Laure Félix, Marina Betz, Capucine Clary-Devos, Julie Lacoue-Labarthe, Marjorie Dubosc, Le bureau des filles/Annabelle Couto, Adeline Eymard, Karine Hernandez, Kristina Deboudt, Benjamin Lavigne, Céline Cinelli, Charlotte Dubosq, Hélène Marin…
Le Collectif OS’O / Roxane Brumachon, Bess Davies, Mathieu Ehrhard, Baptiste Girard, Tom Linton, Eric Chevance
Cie l’Oubliée / Raphaëlle Boitel
Le Collectif les Bâtards Dorés / Romain Grard, Lisa Hours, Christophe Montenez, Ferdinand Niquet-Rioux, Violaine Noël, Jules Sagot, Manuel Severi
Le Collectif Crypsum / Alexandre Cardin
Cie la Boîte à sel / Céline Garnavault
Cie Bivouac / Maryka Hassi, Benjamin Lissardy
Cie Ever / Camille Rocailleux
Cie Volubilis / Agnès Pelletier
La Coma / Michel Schweizer
Cie Origami / Gilles Baron
Compagnie Tutti / Caroline Rosoor
Compagnie De Chair et d’Os / Myriam Pasco
Les Clowns Stéthoscopes / Yannick Journo
L’Agence de Géographie Affective / Olivier Villanove
Compagnie La Petite Fabrique / Betty Heurtebise
Cie Choc Trio / Priscille EYSMAN
Compagnie Cirque et scène / Muriel Grelier
Groupe Anamorphose / Laurent Rogero
Compagnie Le Bruit du silence / Isabelle Florido
Adéquat Compagnie / Lucie Augeai et David Gernez
Compagnie Jeanne Simone / Laure Terrier
Compagnie Les Lubies / Vincent Nadal et Sonia Millot
Collectif Pampa / Matthieu Dessertine, Loyse Delhomme, Marion Lambert, Florent Hu, Anthony Boullonnois
Compagnie Le Piston Errant / Valentin Hirondelle, Mathilde Idelot, Charlie Dufau
Compagnie La Sœur de Shakespeare / Marilyne Lagrafeuil
Association Balast
Opéra Pagaï / Cyril Jaubert et Philippe Ruffini
Compagnie Sons de Toile
Compagnie La Chaloupe / Adeline Errien
Collectif Fearless Rabbits / Rémi Boissy
Compagnie Bougrelas
Compagnie Carabosse
Pasoa/Alcoléa&cie / Jean François Alcoléa
Association La Gnak / Projet Baraka
Compagnie Caus’toujours / Titus
Compagnie Sylex / Sylvie Balestra
Compagnie du Tout Vivant / Thomas Visonneau, Margaux Germain, Manon Tassan
Compagnie des Figures / Matthieu Luro
O.p.U.S / Aurore Giraud
Compagnie L’Aurore / Frédéric Vern
Compagnie La Cavale / Julie Coutant et Eric Fessenmeyer
Collectif Gonzo
Compagnie du Dagor / Marie Blondel, Julien Bonnet, Thomas Gornet
Crazy’R
La Flambée / Pauline Blais, Laurine Clochard, Hélène Godet, Gaëtan Ranson
Adieu Panurge /
Du Chien dans les dents / Bergamote Claus et Thomas Groulade
Le Syndicat d’Initiative/Julien Duval et Carlos Martins

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October 18, 2023 9:07 AM
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LUNDI DE L'INA-BPI / Carte blanche à Reine Prat le lundi 13 novembre à 18h00

LUNDI DE L'INA-BPI / Carte blanche à Reine Prat le lundi 13 novembre à 18h00 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Lundi 13 novembre à 19h00

LUNDI DE L'INA-BPI

Reine PRAT / Dans ma boîte à théâtre  

Bibliothèque publique d'information 

Centre Pompidou
Place Georges Pompidou - 75004 Paris
Niveau-1 :  Petite salle
 
Reine Prat « J’ai découvert le théâtre par la télévision, une télévision de service public qui, à travers ses missions – recherche, création, information, éducation – assurait aussi une fonction de lien social. Plus tard, à la tête de l’association Arcanal, engagée dans la production de documentaires liés aux arts du spectacle, j’ai été confrontée à la question aujourd’hui encore rarement résolue : comment filmer le théâtre ? »
 
Fil rouge de cette soirée, le matrimoine sera exploré à travers les archives de femmes de théâtre.
 
 
 
Séance animée par :
 
Reine Prat, agrégée de lettres, elle a occupé différentes responsabilités dans le domaine des politiques culturelles, au ministère de la Culture, à la mairie de Marseille, aux Affaires étrangères. Elle a dirigé l'association Arcanal, l'institut français de Marrakech et a été chargée d'une mission sur le multilinguisme en Guyane puis nommée  DRAC de Martinique. Autrice de deux rapports ministériels Pour l'égalité entre les femmes et les hommes dans les arts du spectacle (2006, 2009), elle a publié en 2021 Exploser le plafond. Précis de féminisme à l'usage du monde de la culture (Rue de l'échiquier). 
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October 17, 2023 5:54 PM
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Homère et les Palestiniens - Chronique de Jean-Pierre Thibaudat 

Homère et les Palestiniens - Chronique de Jean-Pierre Thibaudat  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan - 17 oct. 2023 

 

Longuement préparée, bien avant les tueries du Hamas et les ravages des bombardements de Gaza par l’armée israélienne, une tournée de spectacles palestiniens se déroule actuellement en France. Après une escale à Bordeaux, Lyon. Le Festival Sens Interdits propose un focus palestinien autour de trois spectacles et des rencontres. Pendant ce temps, Mahmoud Darwich continue de dialoguer avec Homère.

 

Il y a deux ans, l’ONDA (Office National de Diffusion Artistique) organisait une voyage de prospection, conviant des directeurs de théâtre et de festivals à aller voir ce qu’il en était du théâtre palestinien. Aujourd’hui, le festival Sens interdits à Lyon pilote une tournée de plusieurs spectacles vus alors et qui arrivent en France, après les massacres du Hamas et les bombardements meurtriers de Gaza par l’armée israélienne. La tournée devait commencer à Choisy-le-Roi le 11 octobre par le spectacle And here I am (et ici je suis) passablement autobiographique, du palestinien Ahmed Tobasi. Cette ville du Val de Marne a décidé « le report du spectacle » (mais jusqu’à quand ?) « en regard de la situation internationale et de l’émotion qui étreint toutes les communautés touchées par les événement en Israël et dans la bande de Gaza, en signe d’apaisement et de respect pour toutes les victimes ».

 

Telle n’a pas été la position du festival FAB (Festival international des Arts de Bordeaux métropole) qui, après deux grosses semaines de festivités, s’est achevé ce week-end, avec force, par ce spectacle palestinien précédé par le non moins troublant, Losing it, un spectacle palestinien chorégraphique de Samaa Kakin et Samar Haddad King. Les deux spectacles présentés l’un à la suite de l’autre au Glob théâtre, ont été ovationnés. Sylvie Violan, directrice du FAB et le sa Scène nationale Carré-Colonnes était du voyage de l’ONDA.

 

 

Ces deux spectacles arriveront prochainement au Festival Sens interdits à Lyon dans le cadre d’un « focus palestinien ». Ce festival, dirigé par Patrick Penot, par la voix et le choix des artistes étrangers invités, demeure à la pointe des conflits, luttes, censures et désastres internationaux via les forces des arts scéniques , bras armé de pensée de la résistance civique.

 

Un fil vert, une poutre traversent en biais le plateau et coupent en deux l’espace de Losing it comme une frontière. Où vivre ? Sur la poutre-frontière, en équilibre instable ? D’un côté ? De l’autre ? Des deux côtés à la fois ? Et comment faire avec les bruits de balles et les bombardements qui lézardent le ciel jusqu’à l’horizon ? Et comment le corps réagit-il à cela ? Ces interrogations traversent, parmi d’autres, le corps de la danseuse Samaa Wakim, diplômée de la faculté des théâtre de l’université d’Haïfa et membre du Yaa Samar Dance Theatre (YSDT) fondé par Samar Haddad King à New York en 2005 puis en Palestine cinq ans plus tard. C’est elle qui signe et interprète la musique prenante du spectacle.

 

Losing it est le premier solo de Samaa Wakim, et l’un des nombreux spectacles du YSDT, nombre d’entre eux se heurtent à des problèmes de visas, de violences, etc., et doivent être annulés. Losing it a été créé au Khahabi theatre, une structure créée en 2011 à Haïfa et qui entend « promouvoir la culture indépendante comme renouvellement de l’identité palestinienne ». Samaa Wakin faisait partie des danseuses du formidable Milk de Bashar Murkus vu au Festival d 'Avignon en 2022.

 

Dans And I am here, bien mis en scène par Zoé Lafferty, au milieu d’un fatras très organisé d’accessoires, l’acteur palestinien Ahmed Tobasi raconte sa propre histoire mise en mots par Hassan Abdul Razzak. Tout depuis le début. Comment, à la création de l’état d’Israël, ses parents ont dû quitter leur maison pour venir au camp de Jénine. Un camp riche en « montagnes d’ordures », en trottoirs défoncés et en coupures d’électricité. Le futur acteur avait trois-quatre ans lors de la première Intifada. Son père est arrêté, « c’était la première fois que j’entendais le mot arrestation ». Il n’allait pas cesser de l’entendre. Très jeune il fréquente le Stone théâtre fondé par une femme juive qui a épousé un palestinien.

 

Lors de la deuxième Intifada qui aboutira à la destruction partielle du camp, Ahmed Tobasi s’engage dans la lutte armée. Arrêté, il croupit dans les geôles israéliennes durant quatre ans. Son amour pour la belle Saana s’éloigne. A sa sortie de prison, il s’exile en Norvège et y parfait sa connaissance du théâtre. Il reviendra au camp de Jénine en 2013 et, quatre ans plus tard, crée And here I am, spectacle qu’il promène depuis dans le monde entier. Un spectacle rôdé jusqu’à atteindre une belle souplesse de jeu, l’acteur jouant avec des tas d’objets comme avec des partenaires et donnant à son histoire, celle d’« un réfugié palestinien sur un territoire occupé », une portée universelle. «  Il y a des millions de réfugiés à travers le monde, et j’ai décidé de partager mon histoire avec eux et le reste du monde pour illustrer la complexité de ce que cela représente d’être réfugié ». Il le fait et avec l’élégance de l’humour.

 

Au camp de Jénine, Ahmed Tobasi dirige aujourd’hui le Freedom theatre créé en 2006. Un lieu de transmission et de formation , fier d’avoir su favoriser de nouvelles générations d’artistes. Et le formidable acteur qu’est Ahmed Tobasi d’ajouter : « jouer ce spectacle devant mes compatriotes palestiniens et pour ma communauté du camp de Jénine me permet de leur rappeler que nous ne vivons pas une vie normale, et que notre destin n’est pas de continuer ainsi ».

 

Le festival Sens Interdits présentera également Les monologues de Gaza, des paroles de trente trois adolescents recueillis par le Théâtre Ashtar, deux ans après l'opération « plomb durci » qui en 2008-2009 ravagea Gaza et fit mille quatre cents morts côté palestinien.

 

« Et la terre se transmet comme la langue » chantait Mahmoud Darwich .

 

Dans son livre d’entretiens (La Palestine comme métaphore, poche Babel), le poète palestinien s’interroge : « Le drapeau est-il plus important qu’Homère ? Laissons l’Histoire répondre à la question ». Dans son recueil La terre nous est étroite (Poésie Gallimard), le même Mahmoud Darwich a écrit un poème titré D’autres barbares viendront qui s’achève par ces mots : «  Homère naîtra-t-il après nous...Et les épopées ouvriront-elle leurs portes à tous ? »

 

 

Festival Sens Interdits, focus Palestine: And here I am, les mer 18, jeudi 19 et vend 20 à 19h aux Subsistances , Losing it du 24 au 26 à 19h30, aux Subsistances. Les Monologues de Gaza les 27 à 19h et 28 oct à 17h au Ciel.

le spectacle Losing it sera ce soir à l'agora  de Boulazac du 18 au 20 oct  au Théâtre d"Union à Limoges pour un workshop,  le 23 nov au théâtre de la Joliette àMarseille, le 26 nov au théâtre d' Aire à Bastia et le 30 nov au Safran d'Amiens

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October 17, 2023 11:49 AM
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«Quartett», les liaisons délicieuses.  Critique du spectacle de Jacques Vincey, article d'Anne Diatkine publié dans Libération

«Quartett», les liaisons délicieuses.  Critique du spectacle de Jacques Vincey, article d'Anne Diatkine publié dans Libération | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération, le 17 octobre 2023

 

 

Jacques Vincey met en scène avec brio la pièce de Heiner Müller adaptée de Laclos, dans toute sa concision.

 

 

 

Il y a la magnificence blanche et funèbre du décor, un salon vide et bâché de fin du monde et les costumes et perruques chantilly assortis aux visages crème fouettée de Merteuil et Valmont (Hélène Alexandridis et Stanislas Nordey). Et la sensation d’assister à une cérémonie vouée à se répéter sans usure à travers les siècles. «Période : un salon d’avant la Révolution Française, un bunker d’après la troisième guerre mondiale» note Heiner Müller en didascalie de sa pièce Quartett. Nous y sommes, exactement, en équilibre entre un temps pré-révolutionnaire et un présent apocalyptique. Ce qui frappe en premier, dans cette palpitante mise en scène de Jacques Vincey, ce sont les deux voix et comment elles portent ce texte acéré, condensé et lumineux. Cette courte pièce d’après les Liaisons dangereuses fut écrite rapidement, peut-être même en deux nuits dit la légende, à Rome, en 1980, mais elle habitait le dramaturge depuis les années 50. «J’ai lu le roman de Laclos en diagonale. Si je l’avais lu dans les détails, j’aurais perdu l’impact, la puissance du texte», disait Heiner Müller qui prétendait que la pièce prouvait son optimisme puisqu’il imaginait des survivants à une prochaine guerre.

 

Le texte n’a rien perdu de sa beauté incisive, il s’est même amplifié de résonances, en prise avec notre présent, sur la fluidité des genres, les jeux de pouvoir et leur renversement. Merteuil et Valmont vont échanger leurs rôles, puis glisser vers la jeune fille Volanges, «légume tout frais sorti de la serre du couvent». Hélène Alexandridis et Stanislas Nordey font leur miel de ces entrelacs qui pourraient être triviaux, ne parlant que de vieillesse, d’impuissance et de simulation, si n’était la sophistication du langage. La jouissance est dans la joute verbale tandis qu’au fond de la scène le musicien Alexandre Meyer crée un environnement hypnotique sous forme de goutte à goutte sonore. Parfois, la concision se fait haïkus, et on ne peut s’empêcher d’isoler une phrase de son contexte, trésor à déplier plus tard.

 

Anne Diatkine / Libération

 

 

Quartett de Heiner Müller, mise en scène de Jacques Vincey, à Saintes le 17 octobre, à Blois, le 22 février, à Bordeaux le 8 mars, à Colmar le 17 avril, à Bourges le 17 mai. Atterrissage à Paris en 24 /25. Tournée en cours

 

 

 

Légende photo : Merteuil et Valmont (Hélène Alexandridis et Stanislas Nordey) et le musicien Alexandre Meyer. (Christophe Raynaud de Lage)

 

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October 15, 2023 7:43 PM
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Et si c’étaient eux?  Texte et mise en scène de Christophe Montenez et Jules Sagot

Et si c’étaient eux?  Texte et mise en scène de Christophe Montenez et Jules Sagot | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean Couturier dans Théâtre du blog - 3 oct. 2023

 

 

Et si c’étaient eux? texte et mise en scène de Christophe Montenez et Jules Sagot

Un voyage troublant vers le vieillissement inéluctable de notre corps et de notre esprit. «Cette pièce est née, dit Christophe Montenez, de nos échanges sur le théâtre mais aussi du fait que nous avons tous les deux récemment perdu nos grands-pères et avons donc été en prise avec l’accompagnement de la fin de vie.
D’où notre envie de nous lancer dans une comédie sur un E.P.H.AD. Puis nous avons découvert le film de Julien Duvivier La Fin du jour, inspiré par la vie à la maison de Pont-aux-Dames (Seine-et-Marne) fondé en 1902 par l’acteur Coquelin aîné pour les artistes à la retraite. Nous nous sommes intéressés à l’histoire de ce lieu, notre désir de comédie se mâtinant de réflexions sur l’art et le patrimoine.»

Coquelin aîné (1841-1919), acteur mythique, avait créé le rôle de Cyrano de Bergerac au théâtre de la Porte-Saint-Martin dont il était le directeur. Sociétaire de la Comédie-Française pendant vingt-cinq ans, il avait vu que la plupart des comédiens finissaient leur vie dans la misère et avait fait construire cette maison de retraite pour les artistes à Couilly-Pont-aux-Dames (Seine-et-Marne). Elle s’est aussi progressivement ouverte aussi aux habitants de la vallée du Grand-Morin…


Bien avant, comme les auteurs de la pièce d’avoir découvert de La Fin du jour, cet E.H.P.A.D. nous fascinait. Il comporte un musée du théâtre avec costumes de scène tableaux, et objets personnels laissés par les acteurs qui ont séjourné là.


Trois corps de bâtiment, un hôtel particulier, des dépendances et un immense parc ont accueilli pendant un siècle et continuent à accueillir des personnes âgées affiliées à la Mutuelle des artistes mais pas seulement. Sans subvention de l’État, cette Maison, propriété du groupe M.N.A. Taylor, est financée par les cotisations des artistes mais aussi par des dons et legs.


Le baron Isidore Taylor et Coquelin aîné créèrent le fameux Sabot de Noël: une quête dans les théâtres privés au profit de la mutuelle des artistes… La maison a accueilli entre autres, le chanteur Graeme Allwright, Génica Athanasiou l’amie d’Antonin Artaud, l’actrice Edwige Feuillère…

Et si c’étaient eux? est le titre d’une émission de télé-réalité où les animateurs viennent au secours de cette fameuse maison, en la mettant en concurrence avec la maison de retraite pour les comédiens du théâtre privé et celle… du fameux Théâtre du Soleil à la Cartoucherie de Vincennes.


Les acteurs de la Comédie-Français jouent leur personnage mais en se projetant au quatrième âge. Alain Lenglet, Florence Viala, Julie Sicard, Sébastien Pouderoux, Clément Bresson et Dominique Parent, maquillés de façon exceptionnelle par Cécile Kretschmar, sont tous d’une grande vérité et réalisent une véritable performance devant les caméras. Laurent Stocker incarne un présentateur de télévision égocentrique et Elisa Alloula, une régisseuse, et une chauffeuse de salle.

Le public applaudit à ce jeu de massacre cruel avec quelques scènes d’anthologie. Comme celle où Clément Bresson joue la dernière tirade de Cyrano, ou quand il craque, tel Antonin Artaud dans ce même Vieux-Colombier en 47: « Je ne suis pas un serviteur du théâtre, je déteste le théâtre, je voulais juste que vous m’aimiez! »

 


Julie Sicard se lance, elle, dans une critique virulente des profits des actuels E.H.P.A.D. à but lucratif qu’a récemment dénoncés Victor Castanet dans son livre Les Fossoyeurs. Les retraités, on le sait bien, à moins d’avoir des moyens financiers importants, sont les laissés pour compte de notre société censée être démocratique mais qui spécule sans retenue sur la vieillesse.
Christophe Montenez et Jules Sagot dénoncent tout cela et, à la fin, adressent une formidable déclaration d’amour aux acteurs et à l’art du théâtre: «Je t’aime mon comédien, je t’aime ma comédienne.»


Allez absolument voir cette pièce.

 Jean Couturier

 Jusqu’au 5 novembre, Comédie-Française,Théâtre du Vieux-Colombier, 21 rue du Vieux-Colombier, Paris (VI ème). T. : 01 44 58 15 15.

 

Crédit photo © Vincent Pontet

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October 15, 2023 6:11 PM
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Jacques Vincey réactive avec brio le mythique “Quartett” d’Heiner Müller

Jacques Vincey réactive avec brio le mythique “Quartett” d’Heiner Müller | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Patrick Sourd dans Les Inrocks - 10 oct. 2023

 

Jacques Vincey réactive avec brio le mythique “Quartett” d’Heiner Müller

 

  •  

Avec Hélène Alexandridis et Stanislas Nordey, cette réécriture bouleversante des Liaisons dangereuses est une joute oratoire où tous les coups sont permis

Pour celles et ceux qui seraient en quête de repères historiques sur sa pièce Quartett, Heiner Müller se contente de nous projeter dans un continuum temporel en précisant que l’action se déroule… dans un salon d’avant la Révolution française, un bunker d’après la Troisième Guerre mondiale.

 

S’inspirant des Liaisons dangereuses, le roman épistolaire écrit par Choderlos de Laclos en 1782, le dramaturge est-allemand s’amuse en 1980 à réactiver la guerre entre les sexes dans un texte à la poésie sulfureuse. Manière de mettre un point final à celle qui oppose les amants libertins que sont le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil.

Jeux envoûtants

Un drôle de jeu de rôle où les deux protagonistes ne cessent de changer de personnages pour se mettre en scène dans une partition à quatre voix, qui donne le tournis en offrant la parole aux deux autres héroïnes de l’histoire de Laclos, la jeune Cécile Volanges et la présidente de Tourvel. Manière d’éclaircir le chaos fascinant où nous plonge l’écriture d’Heiner Müller, Jacques Vincey se propose de résumer les méandres de ce parcours aussi pervers que totalement envoûtant : “Merteuil joue Valmont qui joue Tourvel, avant qu’elle ne devienne Volanges qui succombe sous les mains de Valmont. Puis Valmont prononce les dernières paroles de Tourvel empoisonnée par Merteuil jouant Valmont. Mais c’est bien Valmont qui meurt, tandis que Merteuil reste seule.” En guise d’absolution, Merteuil conclue la pièce d’une formule no future sans ambiguïté : “Mort d’une putain. À présent nous sommes seuls cancer mon amour.

 

 

L’exercice de style trouve avec Hélène Alexandridis et Stanislas Nordey deux artistes d’exception pour former le duo d’équilibristes capables de porter aux nues une séance de dévoration mutuelle qui flirte délicieusement avec la pornographie. Dans des costumes grand-siècle, ils ont le visage maquillé de blanc et portent des perruques poudrées pour apparaître tels des spectres. L’annonce d’un point de non retour entre les hommes et les femmes dont Heiner Müller est la plus visionnaire des pythies.

 

Patrick Sourd / Les Inrocks

 

 

Quartett d’Heiner Müller, mise en scène Jacques Vincey avec Hélène Alexandridis et Stanislas Nordey. Le 12 octobre, Equinoxe Scène nationale de Châteauroux, le 17 octobre Gallia Théâtre à Saintes. Tournée jusqu’au 17 mai 2024.

 
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October 14, 2023 4:13 PM
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Les coups de théâtre du comédien Birane Ba

Les coups de théâtre du comédien Birane Ba | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Valentin Pérez dans M le magazine du Monde - 13 oct. 2023

 

A 28 ans, le jeune pensionnaire de la Comédie-Française vient de décrocher son premier rôle principal dans « L’Opéra de quat’sous », mis en scène par Thomas Ostermeier. Quelques mois après avoir fait sensation au cinéma dans « Je verrai toujours vos visages », de Jeanne Herry.


 

Lire l'article sur le site du "Monde" :

https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2023/10/13/les-coups-de-theatre-du-comedien-birane-ba_6194213_4500055.html?utm_term=Autofeed&utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR2cTqEArFZKDD9jkauts2IWNFJEEmkX5wT4o9IK8GMtZjTnKbBIbLpUko8#Echobox=1697247903

Lorsqu’il a appris qu’il jouerait Macheath, dans L’Opéra de quat’sous (1928), de Bertolt Brecht et Kurt Weill – soit son premier rôle principal sur scène –, Birane Ba n’a pas demandé au metteur en scène allemand Thomas Ostermeier pourquoi il l’avait choisi. Pourtant, ce rôle de malfrat échoit souvent à des quadragénaires à l’air louche, quand lui, à 28 ans, dents du bonheur et regard tendre, a les traits d’un gentil garçon. « Je ne demande jamais : “Pourquoi moi ?”, assure Birane Ba. Mais il peut m’arriver de demander : “Tu es sûr” ? » Le jour de l’audition, face notamment au codirecteur du Festival d’Aix-en-Provence – où la pièce a été créée cet été dans le cadre d’un partenariat avec la Comédie-Française, où elle se donne jusqu’au 5 novembre –, le comédien avait choisi, pour prouver qu’il pouvait chanter juste, Tout fout le camp, d’Edith Piaf.

 

Un an de préparation auprès de maîtres de chant lui a été nécessaire pour façonner le rôle de ce magouilleur et voleur qui cherche à sceller son ascension sociale par un mariage avec une fille bien née. Placer la voix, glisser de la mélodie à la réplique, se couler dans des allures de gentleman… Dans cet emploi tout en dualité, Birane Ba impose son habituelle présence lumineuse dans une variation plus trouble.

Des personnages complexes

Au printemps, le grand public a pu le découvrir en détenu résilient dans le film à succès Je verrai toujours vos visages, de Jeanne Herry, ou à la Comédie-Française, incarnant une gueule d’ange bien élevé et canaille qui convertit toute une famille à la luxure, dans une libre adaptation du Théorème, de Pasolini. Comme si, après quelques années d’initiation, on lui réservait les personnages complexes qui permettent de déployer tout son art… Les critiques des journaux l’ont à l’œil. Ils peuvent se montrer louangeurs, et parfois tranchants, envers Birane Ba, qui quelquefois les lit (« Erreur à ne pas reproduire ! »), autant que leurs collègues reporters adorent raconter sa trajectoire aux allures de success story.

 

 

Fils d’un ouvrier reconverti en médiateur et d’une femme de ménage, tous deux d’origine sénégalaise, il grandit dans un appartement du quartier de la Poterie, à Vernon (Eure). Six sœurs, un frère, lits superposés, balles au prisonnier et parties de foot entre deux épisodes de la série d’animation Olive et Tom. La première suggestion vient de « madame Salomon » (les noms de ses professeurs sont des phares dans la mémoire de Birane Ba), après la récitation d’une poésie : « Tu devrais t’inscrire au club théâtre. »

 

Deux ans plus tard, encouragé cette fois par « monsieur Morio », il saute le pas et débute par du répertoire contemporain : Théâtre sans animaux, de Jean-Michel Ribes, ou Arnaque, cocaïne et bricolage, de Mohamed Rouabhi. Dix ans plus tard, il se liera d’amitié avec ce dernier en jouant un de ses textes à la MC93, à Bobigny : « Tu imagines ! La première pièce que j’ai jouée de ma vie, c’était la tienne ! »

 

Brille chez Birane Ba cette lueur rare de ceux qui rêvent très grand, flamme qui semble ne jamais faiblir sous la bourrasque. A 14 ans, il assiste, à la Comédie-Française, aiguillé par « monsieur Morio », à une représentation de La Grande Magie, d’Eduardo De Filippo, éloge doux-amer de l’illusion théâtrale. Le bâtiment est orné de bâches. « J’ai cru qu’il s’agissait de portraits de comédiens et j’ai pensé : “Un jour, ce sera moi !” » Il s’en donne les moyens.

Propulsé place du Palais-Royal

Classe théâtre, conservatoire municipal, régional… En parallèle, il entame un BTS commerce international, plus convenable aux yeux de ses parents. « Je ne leur ai pas dit, mais je ne me suis pas présenté aux épreuves du BTS blanc, relate-t-il. C’était le jour du concours de la classe libre du Cours Florent. Je me suis dit : “Mon rêve parisien de devenir comédien, c’est là et maintenant.” » Et il décroche son sésame, puis entre au Conservatoire national supérieur d’art dramatique.

 

Avant même son diplôme, Eric Ruf, administrateur général du « Français » depuis 2014, le repère dans un Dom Juan au Théâtre de la Tempête, à Paris. Birane Ba se pince de voir la Comédie-Française se rapprocher, mais rate son audition. « Je n’avais pas le bagage technique », convient-il. Il a fallu un second essai, quelques mois plus tard, des premiers pas en tournée en tant qu’auxiliaire (un statut non renouvelable d’apprenti), avant que, début 2019, Eric Ruf ne lui propose de l’engager comme pensionnaire en lui demandant de prendre le temps de réfléchir. Le jeune homme affecte de lui obéir. « Mais, bon, ma réponse était toute faite… »

 
 

Propulsé place du Palais-Royal, celui qui payait son loyer en étant vendeur chez Bouygues Telecom ou animateur en centre de loisirs, a dû se familiariser avec les codes de l’institution. Accepter les distributions, adopter l’esprit de troupe tout en se montrant autonome. Ce boxeur raconte s’isoler dans les salles de répétition et « se battre avec le texte, comme dans un combat physique », le déclamant afin d’en mémoriser les répliques, jusqu’à ce qu’elles puissent être prononcées sans effort, façon automate, en faisant la vaisselle ou en filant à scooter. « Ici, il ne faut pas avoir d’acquis, constate-t-il. Se faire à l’idée que l’on est toujours sur le fil, au travail. »

Des échappées belles sur grand et petit écran

Quand il le peut, Birane Ba s’autorise une échappée dans des séries (Sentinelles, de Jean-Philippe Amar, sur OCS) ou au cinéma, chez Cédric Kahn (La Prière, 2018), Jeanne Herry, donc, et bientôt chez son ami le comédien Anthony Bajon, qui tournera, en 2024, son premier film. « Sur grand écran, le personnage est intrinsèquement lié à ton identité de comédien, tandis qu’au théâtre le personnage est toujours là. Sitôt qu’on l’interprète, il se dit : “Tiens ! on m’appelle, j’arrive.” Puis il repart là-haut, comme un esprit avec sa propre vie. À partir de là, être comédien, pour moi, c’est faire surgir fidèlement un être, sans le trahir et surtout sans l’occulter. Tout acteur qui cabotine est une trahison du personnage. »

 

L’amateur de « rap conscient » (Kery James, Youssoupha, Dinos…), devenu seulement le cinquième comédien noir à être pensionnaire d’un théâtre public fondé en 1680, aimerait maintenant jouer du Victor Hugo, « parce qu’il est lyrique et surtout politique », ou se frotter à du Alfred de Musset. En attendant, après Brecht, on le verra cette saison se prêter à du Feydeau (La Puce à l’oreille), du Molière (Les Fourberies de Scapin), ou du Rostand (Cyrano de Bergerac).

 

« J’apprends à être patient », avoue-t-il, conscient qu’il lui faut canaliser son appétit. Que lui souhaiter, maintenant qu’il a atteint le Graal en entrant dans ce temple qu’il fantasmait adolescent et surnomme désormais « la maison » ? « Un rêve qui se réalise donne l’impression d’être irréel. Sitôt que c’est tangible, voilà, c’est fait, et il faut trouver un nouveau rêve auquel s’accrocher… » Si le prochain objectif n’est pas complètement défini, côté rêves, Birane Ba a de la ressource.

 

L’Opéra de quat’sous, de Brecht, mis en scène par Thomas Ostermeier, jusqu’au 5 novembre. La Puce à l’oreille, de Feydeau, mis en scène par Lilo Baur, jusqu’au 1er janvier 2024. comédie-francaise.fr

Valentin Pérez / Le Monde 

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October 13, 2023 10:49 AM
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A Marseille, Montévidéo, lieu de création contemporaine, est menacé de fermeture

A Marseille, Montévidéo, lieu de création contemporaine, est menacé de fermeture | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 10 oct. 2023

 

 

La plate-forme culturelle, QG du festival Actoral, est visée par une procédure d’expulsion.

 


Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/10/10/a-marseille-montevideo-lieu-de-creation-contemporaine-est-menace-de-fermeture_6193558_3246.html

 

L’expulsion d’une structure artistique hors des murs qu’elle occupe depuis vingt-quatre ans : cela ressemble à une mauvaise blague. C’est pourtant une réalité, qui ne fait rire personne à Marseille. Surtout pas la victime de cette sinistre farce, Hubert Colas, fondateur et patron de Montévidéo, une association transdisciplinaire qui est une hydre à trois têtes : à la fois salle de représentation, lieu où est implanté Diphtong, la compagnie d’Hubert Colas, et QG d’Actoral, un festival contemporain automnal.

 

Située au cœur du 6e arrondissement de la ville portuaire, dans 1 300 mètres carrés loués à la SCI Jame (le loyer mensuel est passé, en juillet, de 7 500 euros à 10 500 euros), cette plate-forme culturelle, cumulant salles de spectacle, librairie éphémère, résidences d’artistes et espace de restauration, est menacée du pire : la préfecture doit, sauf miracle, procéder à son expulsion entre le 15 et le 20 octobre. Telle est la triste résolution d’un scénario dicté par la spéculation immobilière.

 

 

La singularité de Montévidéo, repaire de l’émergence et d’une création tous azimuts qui expérimente et invente des écritures textuelles et scéniques, ne semble guère peser au regard des appétits fonciers. Depuis 2016, la SCI Jame veut vendre. Son prix s’élevait alors à 4,3 millions d’euros. Inenvisageable pour la structure artistique, qui n’a eu d’autre choix que d’entamer une longue procédure judiciaire à multiples rebondissements.

 

Sept ans plus tard, et malgré la protection de l’ordonnance de 1945 (qui interdit de changer la destination d’un lieu culturel sans l’accord du ministère), malgré le soutien de la municipalité, tentée de racheter elle-même l’espace avant de renoncer devant le coût probable des travaux, et malgré la mobilisation des artistes et la solidarité de lieux culturels marseillais, la messe est dite : Montévidéo va fermer.

Fabrique de talents

« Nous avions un dernier espoir avec l’offre de rachat formulée en septembre par la Sogima, Société de gestion immobilière de la ville de Marseille. Mais le propriétaire l’a refusée. Ce qui est regrettable, car la Sogima s’apprêtait à nous faire une proposition de location », raconte Hubert Colas, qui ne veut cependant pas baisser les bras. « La solution, aujourd’hui, ne peut être que politique », martèle-t-il.

 

Pour l’auteur et metteur en scène, le péril qui menace est l’arbre qui cache la forêt. Au-delà de l’expulsion annoncée, il s’inquiète de la « fragilité croissante des structures qui soutiennent l’émergence » et dénonce la diminution des « aides aux compagnies subventionnées au profit des lieux labellisés, ce qui rend les premières dépendantes des seconds ». La disparition des trois activités (Actoral, la compagnie Diphtong et Montévidéo) est sur la table, et, avec elle, la fin d’une aventure à laquelle ont participé, bien avant leur reconnaissance internationale, des artistes tels que Gisèle Vienne ou Philippe Quesne. C’est dire si cette fabrique marseillaise de talents a eu (et a encore) son utilité.

 

En déplacement les 11 et 12 octobre à Marseille, la ministre de la culture, Rima Abdul Malak, n’envisagerait cependant pas, selon nos informations, de se rendre à Montévidéo. « Ce serait bien, pourtant. Elle prendrait la mesure artistique de ce que nous faisons », soupire Hubert Colas.

 

 

Joëlle Gayot

 

 

Légende photo : La cour du lieu de création Montévidéo, à Marseille, en juin 2020. MONTÉVIDÉO

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October 12, 2023 1:05 PM
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Christine Murillo, une comédienne habitée par le théâtre

Christine Murillo, une comédienne habitée par le théâtre | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 10 oct. 2023

 

L’actrice interprète seule « Pauline & Carton » à La Scala, à Paris, dans une mise en scène de Charles Tordjman.


Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/10/10/christine-murillo-une-comedienne-habitee-par-le-theatre_6193567_3246.html

 

« Plus vous me ferez passer pour bête, mieux ce sera » : jusque sur le trottoir, devant la brasserie où le temps passé en sa compagnie a filé à la vitesse d’une comète, la comédienne insiste. Christine Murillo ne veut pas avoir l’air d’une « grenouille qui se prend pour un bœuf ». Elle est, jure-t-elle, dénuée de tout « esprit d’analyse et de synthèse ». Cette « bêtise » qu’elle revendique la protège : c’est sa façon de « rester une page blanche » lorsqu’elle travaille un rôle. C’est aussi la raison pour laquelle ses apparitions au théâtre bouleversent. Qu’elle interprète une comédie ou un drame, elle est l’humanité faite femme.

 

 

 

Actuellement présente à La Scala, à Paris, elle se glisse dans la peau de Pauline Carton (1884-1974), actrice adulée par Sacha Guitry, soubrette préférée du cinéma d’antan, esprit vif qui croquait ses contemporains d’un joli coup de plume. Murillo s’expose crânement dans un monologue truculent et sensible, tramé d’après les écrits de Carton, dans lesquels elle a introduit des nuances de son cru. C’est la première fois que la comédienne joue seule, dans un spectacle qu’elle qualifie de « vide-grenier personnel ». « Je me sens chez moi dans les mots et sur le plateau », confie-t-elle.

 

Née le 1er août 1951, Christine Murillo, fille de l’acteur Robert Manuel et de la danseuse Léone Mail, est une spectatrice précoce qui fréquente l’Opéra et la Comédie-Française. Comment échapper à la scène lorsqu’elle vous cerne de tous les côtés ? Sa sœur aînée, Catherine Salviat, la précède dans le métier. Même son lycée parisien porte un nom prédestiné : Molière. Pourtant, l’adolescente explore des itinéraires bis : « Je pensais que pour faire du théâtre il fallait être belle et mince, or je n’étais ni l’un ni l’autre. » Elle tente des études de vétérinaire. Trime pendant trois ans sur l’anatomie animale – « Je peux encore dessiner la synthèse des protéines ou le poumon d’un oiseau » –, avant d’honorer la tradition familiale en empruntant la voie royale : cours privé Périmony, Conservatoire national supérieur d’art dramatique, de 1973 à 1976, puis Comédie-Française, de 1977 à 1988.

Gratin du théâtre subventionné

Au Conservatoire, elle rencontre – « dans l’ordre », dit-elletrois pédagogues dont les enseignements ne la quitteront plus : « Louis Seigner m’apprend qu’on n’est pas sur scène pour y faire l’imbécile, Jean-Paul Roussillon m’apprend à penser à ce que je dis, et Antoine Vitez à penser à autre chose. » Place Colette, elle joue sous les directions d’Alain Françon, de Claude Régy, de Jacques Lassalle, de Jean-Pierre Vincent, de Bruno Bayen et d’Alfredo Arias, soit le gratin du théâtre subventionné : « Ce n’est pas parce qu’on travaille avec un génie qu’on est géniale », dit-elle en soupirant avant de clore le chapitre Comédie-Française. « On ne me proposait que des rôles de bonne, et je n’en voulais plus. »

 

 

Après onze ans dans la Maison, la sociétaire est mise à la retraite. Joie, bonheur et béatitude : « Ils ne m’ont pas virée comme une malpropre, mais parce que j’étais, visiblement, bien plus heureuse dehors. » Elle rejoint Bérangère Bonvoisin, qui la dirige dans Pionniers à Ingolstadt, de Marieluise Fleisser. Abandonne les emplois de subalterne. Perd 20 kilos dans la foulée, puis se métamorphose en Macha, dans La Mouette, de Tchekhov, sous la houlette d’Andreï Kontchalovski (Odéon, 1988). Elle qui a appris le latin et le grec à l’école se met à déchiffrer le russe : « Ça m’énervait de ne pas savoir si ce que disait Kontchalovski à son assistant était positif ou négatif. »

 

Elle est comme ça, la Murillo : cash et tendre. Solide et friable. Terrienne et rêveuse. Elle peaufine ses rôles entre 5 et 8 heures du matin, dans cette demi-conscience où les idées flottent floues, puis se déposent avec la netteté de l’évidence. Aucun détail ne lui échappe. Si elle ne plisse pas le nez en entrant sur le plateau pour y camper Pauline Carton, rien ne va plus. « Sans cette mimique, je passe à côté de sa méchanceté. »

Rapport charnel

La vie d’une comédienne sur les planches est une somme de micro-événements que le public n’imagine pas. Qui aurait pu deviner qu’un soir, interprétant La Mouche, cet ovni comico-fantastique conçu par Christian Hecq et Valérie Lesort, en 2020, aux Bouffes du Nord, elle cherchait à remettre la main sur un lapin évadé de son clapier ? « Pas de lapin, pas de scène. Il fallait que je le retrouve. C’est un technicien qui me l’a tendu des coulisses, où il l’avait attrapé. » Qui aurait soupçonné, en la voyant quitter au ralenti Dom Juan, de Molière, qu’elle venait de se fracturer la cheville ? « Je devais partir en courant. Je suis sortie comme si j’étais investie d’une grande pensée triste. »

 

Jouer, c’est un métier sérieux. Il faut avoir de l’à-propos en toutes circonstances, histoire de ne pas être submergé par les incidents et ce « petit danger de mort » évoqué par Vitez, lorsque, jeune élève, elle s’invitait dans sa classe. Christine Murillo ne théorise pas, mais elle habite le théâtre. D’où son rapport charnel à un art qu’elle aborde aussi bien par sa face aride (elle a pratiqué les univers d’Heiner Müller, de Shakespeare ou de Lessing) que par son versant léger : depuis 2006, elle s’aventure aux marges de l’absurde en compagnie de Jean-Claude Leguay et Grégoire Œstermann.

 

Le trio de comédiens a pris l’habitude d’écrire des tracas pour les soumettre à la sagacité du public. Xu (objet bien rangé mais où ?) en 2006 ; Oxu (objet qu’on vient de retrouver et qu’on reperd aussitôt) en 2010 ; Ugzu, en 2013 : les titres sont ineptes, les représentations hilarantes. « En tant qu’auteurs, on travaille comme des bœufs », raconte-t-elle.

 

Auréolée de quatre Molières, Christine Murillo appartient au cercle restreint des actrices septuagénaires que sollicitent les metteurs en scène. Lorsque le téléphone ne sonne pas, elle retombe comme un « vieux sac de son », file dans sa maison en Bretagne, puis revient quand on l’appelle de nouveau. « Qu’on me choisisse m’émeut incroyablement, avoue-t-elle. J’ai de la chance. »

 

 

Voir la bande-annonce vidéo

 

 

Pauline & Carton. D’après les écrits de Pauline Carton. Adaptation : Virginie Berling, Charles Tordjman, Christine Murillo. Mise en scène : Charles Tordjman. La Scala, 13, boulevard de Strasbourg, Paris 10e. Jusqu’au 17 décembre.

Joëlle Gayot

 

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October 20, 2023 9:50 AM
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Directeur depuis sa création, Robert Bouvier quittera le Théâtre du Passage en 2025 - Le Temps

Directeur depuis sa création, Robert Bouvier quittera le Théâtre du Passage en 2025 - Le Temps | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié dans LeTemps.ch, avec ATS, le 19 octobre 2023

 

 

Le comédien et metteur en scène neuchâtelois annonce son départ pour janvier 2025. Il dirige le théâtre neuchâtelois depuis ses débuts et l’a fait rayonner

 

Robert Bouvier quittera la direction du Théâtre du Passage, à Neuchâtel, en janvier 2025. Le comédien et metteur en scène neuchâtelois, 62 ans, aura alors occupé le poste durant près d’un quart de siècle, soit depuis l’ouverture de l’institution en novembre 2000.

Robert Bouvier a informé le comité de direction et le Conseil intercommunal du Syndicat intercommunal du Théâtre régional de Neuchâtel (SITRN) de son souhait de quitter le Théâtre du Passage, selon un communiqué publié jeudi. Le processus de recrutement de son successeur est assuré par le comité de direction du SITRN.

 

Le directeur actuel est loué pour son engagement «indéfectible» en faveur des arts de la scène à Neuchâtel et dans toute la région. Sous sa conduite, le Théâtre du Passage est rapidement devenu l’un des hauts lieux des arts de la scène en Suisse romande, avec des «spectacles salués par la presse francophone et internationale».

Le rayonnement de sa compagnie

Le vœu de Robert Bouvier était que chaque habitant de la région franchisse au moins une fois les portes du théâtre. «Il y est certainement parvenu, du moins en grande partie, puisque ce sont à ce jour plus d’un million de spectateurs qui ont assisté à une représentation au Passage», relève le communiqué.

Enfin, avec sa compagnie, Robert Bouvier a porté le nom du Passage dans toute la francophonie, avec des créations telles que DouteCinq Hommes ou François d’Assise, joué près de 500 fois à ce jour et que l’on pourra voir ou revoir au Passage en mars prochain, à l’occasion des 30 ans de sa création.

 

En 2021: A Neuchâtel, le monde toujours réenchanté de Robert Bouvier

Une carrière pas finie

En 20 ans, la Compagnie du Passage a donné près de 2000 représentations dans 430 théâtres, devant 265 000 spectateurs. Quant à Robert Bouvier, il poursuivra son parcours de comédien et metteur en scène à la fin de son mandat. Une tournée avec une nouvelle création de sa compagnie est déjà prévue en effet dès février 2025.

 

 

En 2020 à Paris, Robert Bouvier a été fait officier de l’Ordre des arts et des lettres, venant ainsi étoffer la liste des Neuchâtelois au rayonnement culturel «remarquable», comme Le Corbusier. En 2006, il avait déjà été nommé chevalier des arts et des lettres, le premier des trois grades de l’ordre prestigieux instauré en 1957.

Une formation en France

Né en 1961 à Neuchâtel, Robert Bouvier a étudié à partir de 1981 l’art dramatique à Paris aux cours Jean-Louis Martin-Barbaz et Jacques Lecoq. Il a suivi parallèlement un double cursus de lettres et cinéma à l’Université de Paris III, avait-on appris au moment de sa nomination à la direction du Théâtre du Passage à fin 1999.

Après un passage à l’Ecole supérieure du théâtre national de Strasbourg, il a entamé une carrière jugée prometteuse en qualité de comédien et metteur en scène. L’opportunité de se consacrer à la mise en scène a été pour lui déterminante dans sa décision de postuler à l’époque à Neuchâtel.

 

 

 
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October 20, 2023 8:52 AM
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» Les quarante ans de la compagnie Generik Vapeur, à Marseille

» Les quarante ans de la compagnie Generik Vapeur, à Marseille | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Un texte de Jacques Livchine, co-fondateur du Théâtre de l'Unité

 

C’était une évidence. Je savais que je devais y aller mais je ne ne savais pas vraiment pourquoi. Cela s’est passé  à la Cité des Arts de la Rue dans les quartiers Nord.


A peine arrivé, je vois qu’ils sont tous là, ceux de mon époque… Tous bien érodés, bien ravinés par leur vie intense.


Philippe Foulquié, un de nos anciens administrateurs de notre Théâtre de l’Unité et le  fondateur de la Friche de la Belle de Mai à Marseille me dit : « Si on n’avait pas voulu être malade, il fallait mourir plus jeune. « Nous formons un petit cercle. Tous cancéreux. Celui qui manque: Michel Crespin  mort en 2014. Il avait fondé  le Centre national de création des arts de la rue à Marseille en 82, puis le festival d’Aurillac en 86 qu’il a dirigé jusqu’en 93 et il a été l’initiateur de la Cité des Arts de la rue à Marseille et de la FAI-AR. (Formation Avancée des Arts de la Rue).

 

Et c’est à son opiniâtreté de fils de résistant fusillé que nous devons tout cela. Ici, nous sommes au moins 3.000. Pas que des anciens. J’ai l’impression que nous sommes 10.000, 20.000, 100.000 !

 

Quelqu’un me glisse à l’oreille : « C’est vous aussi tout cela, vous avez engendré ce mouvement des Arts de la rue, vous avez quitté le confort des théâtres étriqués pour le grand air et la place publique, vous avez renoué avec les racines dionysiaques du théâtre et plus de 10.000 artistes vous ont suivi, telle est l’incontournable vérité. »

 

Que répondre ? Oui, peut-être! Mais nous n’étions pas seuls et, à l’époque, notre souci n’était pas tant de sortir le théâtre dans la rue, que d’attirer un nouveau public dans les théâtres. Incroyable, ce mouvement des Arts de la rue: une admirable solidarité, un élan, une passion.  Pas d’ego, pas de carrière, pas de cérémonie des Molières mais d’innombrables tournées dans le monde entier. C’est certain et c’est un oracle ce que je dis : nous ferons partie de l’Histoire du théâtre de la fin du vingtième siècle. Je suis à ma place, je me sens bien et sais pourquoi je suis venu.
 
Jacques Livchine, co-directeur avec Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité. 

 

Les quarante ans de la compagnie Générik Vapeur ont été célébrés le 13 octobre à Marseille.

Les quarante ans de la compagnie Générik Vapeur à Marseille de Bertrand Dicale et Michel Peraldi, est paru aux éditions Deuxième Epoque. 21 €.
 
Photo © Guillaume Castelot
 
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October 20, 2023 6:07 AM
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La parité hommes-femmes est en progression dans le théâtre public 

La parité hommes-femmes est en progression dans le théâtre public  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération - 19 octobre 2023

 

Dans les Centres dramatiques nationaux (CDN), la parité est quasi atteinte en termes de direction et de programmation. Et elle progresse sur les scènes nationales. On revient pourtant de loin.

 

Ne boudons pas, attrapons les bonnes nouvelles, même lorsqu’elles se présentent sous la forme d’une forêt touffue de chiffres. Longtemps, l’égalité des hommes et des femmes, dans et sur les scènes publiques labellisées, était un genre d’Himalaya supposé inaccessible. Pas assez d’autrices dramatiques, pas assez de metteuses en scène, pas assez d’artistes femmes ayant envie de diriger une structure, prétendait-on pour qu’il soit possible d’envisager des saisons théâtrales paritaires et une direction qui ne soit pas majoritairement masculine. Jusqu’à l’année dernière, les chiffres étaient impitoyables : lorsque les femmes étaient majoritaires, c’était parce que les spectacles dont elles se chargeaient avaient trait à la jeunesse ! Elles restent toujours surreprésentées dans cette catégorie. Pour le reste, ça s’arrange.

 

Deux études dont Libération a eu la primeure indiquent une inflexion, qui prouve que la volonté collective vers moins de discrimination sexuelle est payante. La première provient de l’Association des Centres dramatiques nationaux (ACDN), dont les 38 directions ont signé en 2022 pendant le festival d’Avignon une charte les engageant à œuvrer concrètement en faveur de l’égalité femmes-hommes dans la programmation, les budgets alloués, ainsi que les jauges offertes aux spectacles. L’ACDN s’est associée à une chercheuse doctorante, Inés Picaud Larrandart, qui mène à ses côtés un travail d’analyse sur la mise en œuvre de la parité et explore également les questions de diversité – où tout reste à faire. L’analyse fine de la saison 2022-2023 constitue donc une sorte d’année zéro. Elle montre que dans les Centres dramatiques nationaux, ces structures dont la spécificité est d’être dirigées par un artiste, la parité est quasi atteinte en termes de direction et de programmation. On revient pourtant de loin. En 2006, seulement trois femmes étaient à la tête d’un CDN. Aujourd’hui, elles sont 19, dont 3 co-directrices qui partagent leur mission avec un directeur, sur les 38 structures existantes. Toujours dans les CDN, en termes de programmation, de durée des séries, de jauges allouées, les nouvelles sont bonnes : 50,5% des spectacles ont été mis en scène par des femmes et ils sont programmés aussi longtemps que ceux proposées par des hommes, dans des jauges légèrement plus restreintes, mais légèrement plus remplies

 

Un seul théâtre national dirigé par une femme

 

La metteuse en scène Emilie Capliez, qui préside l’association, incite pourtant à ne pas faire sonner trop vite les youyous de la victoire. Notamment parce qu’une disproportion dans les moyens alloués, nerf de la guerre pour produire des spectacles, est criante. Tout se passe comme si les tutelles acceptaient de nommer des femmes dans des structures à condition qu’elles soient petites, circonscrites, modestes, et qu’elles ne fassent pas trop de bruit. Leur art séculaire de savoir accommoder les restes est-il censé déteindre sur leur pratique et leur permet-il de savoir mieux que leurs homologues masculins comment faire plus avec moins ? Les cinq CDN les mieux dotés sont dirigés par des hommes tandis que quatre des cinq les moins lotis le sont par des femmes !

 

Qu’en est-il dans les autres structures publiques ? Et bien indiquons déjà, ce n’est pas un scoop, que si quatre des cinq théâtres nationaux – la Comédie française, l’Odéon, le Théâtre national de la Colline et Chaillot – sont dirigés par des hommes, un seul – le théâtre national de Strasbourg – l’est par une femme, Caroline Guiela NGuyen, et depuis peu. Si l’on zoome sur le théâtre du Châtelet, joyau de la ville de Paris, rappelons que c’est un homme qui vient d’y être nommé, Olivier Py, alors que la short list était constituée de deux candidatures féminines fortes (Valérie Chevalier et Sandrina Martins).

 

Les 78 scènes nationales qui maillent le territoire français ne sont, sauf infime exception, pas dirigées par des artistes. Elles ont une mission davantage pluridisciplinaire que les CDN, au point que 23 d’entre elles intègrent un cinéma d’art et d’essai en plus de leurs salles de spectacles traditionnelles. Une autre différence de taille les distingue des CDN : la grande majorité des directions à la tête d’une scène nationale sont nommées en CDI, c’est à dire potentiellement pour la vie. Fabienne Loir , secrétaire générale de l’Association des Scènes nationales, observe elle aussi une progression nette des femmes à la tête des structures, qui passe de 26% en 2017 à 39% aujourd’hui – loin de la situation quasiment équilibrée des CDN. Et elle aussi note que les femmes, dernières arrivées, gèrent des structures plus petites et moins bien dotées que les hommes. «Plus les gens sont expérimentés, plus ils peuvent postuler à de grosses structures», constate Fabienne Loir.

 

Nomination attendue à la tête de la Commune, à Aubervilliers

 

On vous avait promis une forêt de chiffres, poursuivons notre promenade, armez-vous d’une machette. Les chiffres globaux de la saison 22-23 délivrés dans le nouveau rapport du Syndeac, principal syndicat des scènes subventionnées toutes catégories confondues, témoignent eux aussi d’une progression des femmes sur tous les terrains. Mais de moindre ampleur que dans les CDN, et ils sont tous en-deçà de la parité. Citons en deux : si 35% des spectacles étaient mis en scène par des femmes dans les structures adhérentes au syndicat en 2019-2020, ils sont 42% deux ans plus tard. Si elles n’étaient que 29% d’autrices représentées en 2019-2020, elles sont 35% en 2021-2022. Les pourcentages cachent de fortes disparités entre les structures, et le Syndeac promet «d’examiner, au cas par cas, la situation des adhérents dont les chiffres sont très éloignés des objectifs afin de trouver des soutions».

 

On peut s’en réjouir : les tutelles – l’Etat, les municipalités, les collectivités locales, la région – prennent garde de nommer des femmes à la tête des structures. Mais savent-elle les renommer ? Autrement dit, les directrices jeunes et moins jeunes peuvent-elle faire fructifier leur expérience ? Ou se retrouvent-elles fatalement «à la rue» après leurs bons et loyaux services ? Pour l’instant, seulement deux femmes metteuses en scène ont pu renouveler leur expérience de directrice de CDN. La salve de nominations récentes – Bérangère Vantusso à la tête du CDN de Tours, Fanny de Chaillé au CDN de Bordeaux, Marcial Di Fonzo Bo au Quai à Angers – ne modifie pas l’équilibre. Restent encore deux lieux à pourvoir : la Comédie de Caen et, de manière imminente, la Commune – CDN d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, lieu emblématique de la démocratisation culturelle. Et où figurent en dernière sélection Célie Pauthe et Laetitia Guedon, toutes deux en fin de mandat. La Commune va donc concentrer tous les regards.

 

Anne Diatkine / Libération

 

Légende photo : Fanny de Chaillé (CDN de Bordeaux), Caroline Guiela Nguyen (Théâtre national de Strasbourg) et Bérangère Vantusso (CDN de Tours). (Frédérick Florin/AFP)

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October 19, 2023 9:31 AM
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Théo Askolovitch, de plume et de coeur

Théo Askolovitch, de plume et de coeur | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot dans son blog, le 19 oct. 2023

 

 

Le jeune auteur et metteur en scène présente « Zoé (et maintenant les vivants) » à Théâtre Ouvert, avec lui, Marilou Aussiloux et Serge Avédikian.

 

Il ne reste que trois représentations de ce spectacle. Non que nous l’ayons négligé. Mais le foisonnement des créations nous a éloigné de Théâtre Ouvert.

 

La salle est pleine et salue les interprètes avec chaleur. Théo Askolovitch s’est inspiré de sa vie et de la tragédie qu’a été la mort de sa mère, des suites d’une opération qui aurait dû n’être qu’une formalité.

Un père, Serge Avédikian, ses enfants, Marilou Aussiloux, Théo Askolovitch. Un plateau complètement dégagé. Le texte, clair, direct. Des ombres, des sons, de la musique et à la fin le chant de la jeune femme. N’en disons pas plus car, ici, toute analyse ou description trop précise, écraseraient le « spectacle ». Il est vif et fluide d’apparence, mais il est âpre du point de vue de ce qu’il raconte et des affrontements qui, parfois, opposent les protagonistes.

 

La mort si violente déstabilise la cellule familiale. Chacun doit retrouver ses marques, un équilibre. Avant Zoé, Théo Askolovitch avait écrit 66 jours, monologue du combat d’un jeune homme confronté au cancer. Nous ne l’avions pas vu, mais nous avons lu le texte. Le jeune auteur a une voix, du style.

 

Ce texte sur Zoé, est beau, touchant, très bien joué et dirigé, avec des moments de danse, notamment une danse du père, qui bouleverse et les belles personnalités des trois comédiens.

 

Théâtre Ouvert, à 20h30 ce jeudi soir et demain soir et à 18h00 samedi 21 octobre. Durée : 1h15. Tél : 01 42 55 55 50.

 

http://www.theatre-ouvert.com/spectacle/zoe-et-maintenant-les-vivants-2/

 

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October 18, 2023 9:52 AM
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EN SOUVENIR D’ALEXANDRA LAZARESCOU 

EN SOUVENIR D’ALEXANDRA LAZARESCOU  | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Publié par Laurent Mulheisen, sur le site de la Maison Antoine Vitez - 18 oct. 2023

C’est avec une immense tristesse que nous avons appris, le 29 septembre dernier, la disparition à l’âge de 41 ans de notre collègue et amie Alexandra Lazarescou.

Alexandra avait rejoint le comité roumain de la Maison Antoine Vitez en 2010 et en assurait la coordination depuis 2017 ; durant des années, elle s’y est engagée avec toute la passion, toute la détermination qu’on lui connaissait. Elle avait choisi de défendre, au sein de notre association, de jeunes autrices roumaines et moldaves, presque toutes inconnues alors, et nous lui devons d’avoir contribué à faire connaître en France Nicoleta Esinencu, Mihaela Michailov, Elise Wilk, Alexa Băcanu, Elena Vladareanu… Sur son site personnel elle explique sa démarche par ces mots : « [Leurs] œuvres dissèquent l’Histoire au scalpel, pour montrer au grand jour ce qui a été récupéré, oublié, caché, déformé, dont la radicalité de la forme épouse la force du propos. »

Elle tenait à traduire un théâtre poélitique, féministe, dont le verbe, les motifs abordés – la dictature, l’Holocauste, l’identité sexuelle, l’esclavage moderne, le nationalisme, le racisme, la discrimination… – la happaient et dont la traduction en français lui semblait des plus urgente et nécessaire, pour reprendre ses propres termes.

Urgentes et nécessaires, ses traductions l’étaient. Nombre de metteurs et metteuses en scène ne s’y sont pas trompé, comme Matthieu Roy (qui lui a commandé la traduction de Ce silence entre nous, de Mihaela Michailov), Hélène Soulié, Michel Didym, Clotilde Moynot ou encore Lisa Wurmser. Elles ont été lues, mises en espaces ou jouées à Théâtre Ouvert, au théâtre du Rond-Point, au théâtre national de Toulouse, à la Faïencerie, à la Commune, à la Rose des Vents, à la Mousson d’été, à l’ENSATT. On les trouvera sur le site de la Maison Antoine Vitez, mais aussi chez des éditeurs tels que l’Arche, Actes Sud-Papiers, Les Solitaires Intempestifs, l’Avant-scène théâtre.

L’ENSATT, elle en avait été élève, au département d’écriture dramatique, de 2006 à 2009. Elle en a gardé le goût pour l’écriture dramatique : on lui doit plusieurs pièces : Bec Kosmos, Le Club Rosa (Fausse conférence), Lumière Noire, ainsi que le scénario d’une fiction radiophonique multilingue, Les Voisins du 12 bis, diffusée sur RFI à partir de 2020.

Des talents, elle en avait plusieurs, tous tournés vers le théâtre contemporain. Elle a tour à tour été critique, pour la presse et la radio, collaboratrice à la programmation et la communication de diverses structures culturelles ou encore dramaturge auprès de Christian Schiaretti et de Ludovic Lagarde.

Alexandra avait aussi enseigné les lettres modernes au sein de l’académie de Versailles, entre 2016 et 2021.

Ce que nous retenons d’elle, au plan personnel et humain, c’est son sourire, son rire si communicatif, son enthousiasme à toute épreuve, sa détermination, son goût du partage et de la transmission. Rien ne la réjouissait davantage que d’animer des ateliers d’écriture en milieu scolaire. Son engagement envers les autrices qu’elle traduisait était total.

Elle nous manquera. Que la terre lui soit légère.

Laurent Muhleisen et l’équipe de la MAV.

18 octobre 2023

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October 17, 2023 6:34 PM
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Maintien d’une pièce de théâtre palestinienne au Festival des arts de Bordeaux : « Une manière de rassembler les gens »

Maintien d’une pièce de théâtre palestinienne au Festival des arts de Bordeaux : « Une manière de rassembler les gens » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Emmanuelle Debur - pour le quotidien SUd-Ouest du 15 octobre 2023

 


Alors que les annulations de la pièce de théâtre palestinienne « And Here I Am » tombent, le Festival des arts de Bordeaux Métropole a tenu à maintenir les représentations ces 13 et 14 octobre.

 

Conséquence de la tension au Proche-Orient, le focus palestinien (« And Here I Am » d’Ahmed Tobasi et « Losing It » de Samaa Wakim et Samar Haddad King) programmé au Festival des arts de Bordeaux Métropole (FAB) ces 13 et 14 octobre était particulièrement scruté. D’autant plus que les représentations de « And Here I Am » à Choisy-le-Roi avaient été annulées deux jours avant, « en signe d’apaisement et de respect pour toutes les victimes », selon la mairie, qui ne parle pour le moment que d’un report. En suivant, la tournée prévue en Suède a subi le même sort.

 
« Faire entendre cette parole, c’est faire la place à d’autres voies que celles des extrémismes et de la violence »

Dans ce contexte, la directrice du FAB, Sylvie Violan, le directeur du Glob Théâtre, Yoann Lavabre, et Marie-Pia Bureau, la directrice de l’Office national de diffusion artistique, ont pris la parole vendredi 13 octobre au soir, avant la représentation de « And Here I Am » au Glob Théâtre : « Faire entendre cette parole, c’est faire la place à d’autres voix que celles des extrémismes et de la violence. Comme le dit Ahmed Tobasi, ‘‘le langage théâtral, c’est une manière de rassembler les gens et de leur permettre de discuter de questions importantes à travers le théâtre et l’art’’. »

 

Sylvie Violan indique avoir « averti la préfecture et la Ville de Bordeaux de ce focus palestinien. Ce qui nous importe, c’est la capacité d’écouter des artistes, d’où qu’ils viennent. Il n’y a aucune prise de position derrière cette programmation. Nous avons fait deux rencontres avec les artistes à la fin du double plateau, avec Samaa Wakim, Ahmed Tobasi et Zoe Lafferty, pour recontextualiser la création. »

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October 17, 2023 1:22 PM
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Un message de Wajdi Mouawad, auteur dramatique, metteur en scène, acteur, directeur du Théâtre national de la Colline 

Un message de Wajdi Mouawad, auteur dramatique, metteur en scène, acteur, directeur du Théâtre national de la Colline  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Texte publié sur le site du Théâtre national de la Colline - 16 octobre 2023


 


Au cours des dernières années, La Colline a eu la chance d’accueillir régulièrement des artistes iraniens, israéliens, libanais, palestiniens, syriens, animés par l’amour des mots, la puissance de l’esprit, la volonté de partager et de témoigner du monde.


 


De Tous des oiseaux à House, de Salman Rushdie à Amos Gitaï, de Aïda Sabra, Leora Rivlin, Jalal Altawil à David Grossman, la question de l’Autre, de l’ « ennemi » et du dialogue nécessaire n’a eu de cesse d’être au centre de nos réflexions.


 


Une semaine après les massacres de civils israéliens, perpétrés par les miliciens du Hamas dont l’organisation ne cherche rien de moins que la destruction d’Israël, massacres qui renvoient, par leur cruauté, autant à ceux du Rwanda qu’à ceux de Sabra et Chatila, qu’à ceux des pires pogroms et qui s’inscrivent dans la longue liste des obscurités, celles des massacres des Amérindiens comme ceux de Srebrenica que ceux de mars 2022 de la ville de Boutcha par les militaires russes sur les civils ukrainiens, qu’à tant d’autres si longs à énumérer ici, massacres où, toujours, enfants, femmes, hommes, vieillards, sont assassinés, avec la préméditation et l’intention de les assassiner, une semaine donc après ces massacres que rien ne peut ni justifier, ni excuser, et que rien ne peut contextualiser - car aucun massacre de ce genre, jamais ne peut, ni ne doit se contextualiser - l’effort de réfléchir à la manière de rester humain dans une situation inhumaine s’impose à nous avec une violence folle. Nous voici face à ce que la barbarie exige de dépassement pour continuer à créer des espaces où les « ennemis » peuvent encore dialoguer et faire entendre ensemble une voie, même infiniment petite, qui ne soit pas celle de la haine.


 


Le théâtre peut en ce sens être cet espace.


 


Alors que les civils palestiniens de Gaza, aujourd’hui, à leur tour meurent et mourront sous les bombes israéliennes comme ils meurent déjà depuis trop longtemps dans le manque de dignité, d’espoir, de reconnaissance d’être un peuple, qu’ils meurent dans l’attente d’un État que bien des forces contraires s’entêtent à leur dénier, qui meurent depuis si longtemps dans l’impossibilité de rêver, de partager, d’être dans le monde, dans l’égarement de leur terre, spoliée par la colonisation meurtrière dans l’indifférence presque totale, aujourd’hui donc que la violence qui va s’exercer sur eux sera impitoyable par la volonté politique d’un gouvernement israélien d’extrême-droite aussi impitoyable que raciste, impitoyable parce que raciste, irresponsable devant l’avenir, face à cette vague immense de haine, La Colline, comme bien d’autres à travers le monde, goutte d’eau à contre-courant, tâchera de participer à recoudre la trame de l’espoir, mille fois déchirée, mille fois déchiquetée, mise en lambeaux. Participer en tentant de continuer à être un espace de rencontre et de dialogue, par l’art, entre acteurs, artistes, techniciens et spectateurs, participer, du moins en ne participant pas à ajouter haine et fragmentation à toute la haine et toute la fragmentation que le sang versé ne manquera pas de décupler, préparant à son tour d’autres massacres dans l’addition des malheurs.


 


 


 


Wajdi Mouawad


 


16 octobre 2023

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October 15, 2023 7:54 PM
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 L’art de se venger de soi-même : "John a-dreams" de Serge Valletti 

 L’art de se venger de soi-même : "John a-dreams" de Serge Valletti  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Léonardini dans L'Humanité -  15 oct. 2023

 

Une trinité laïque a présidé à la naissance d’un objet théâtral stupéfiant, intitulé John a-dreams 1 (1). Serge Valletti l’a écrit, Sylvie Orcier le met en scène, Patrick Pineau le joue. C’est à lui que l’auteur dédiait sa pièce, il y a plus de dix ans. L’acteur, alors, ne se voyait pas apte à s’emparer d’une partition aussi dense.

 

Aujourd’hui, de son propre aveu, il a pris de la bouteille. Il peut donc se jeter à corps perdu dans une entreprise quasi hallucinatoire, dans laquelle Serge Valletti a risqué son va-tout. C’est à partir d’un personnage subalterne de Hamlet, ce John a-dreams si bien nommé, qu’il a ourdi une tragédie-comédie de la vengeance pour un type tout seul.

De quoi, de qui doit-il se venger sinon de lui-même au fond, tout au malheur d’être né ? Meffi ! (comme l’on dit à Marseille pour faire gaffe), n’allez pas croire qu’il s’agit de ce que l’on définit, familièrement, comme une prise de tête. Il faut compter avec l’humour, cette fameuse politesse du désespoir, dans laquelle excelle Valletti. C’est de naissance.

 

 

« Le son du monde des autres qui ne vous touche plus. »

 

Patrick Pineau broie du noir dans un petit appartement où s’entasse la vaisselle sale. Il soliloque, se parle, délire, s’insurge contre tout (« derrière la cloison, le son du monde des autres qui ne vous touche plus »), rameute des bribes d’une enfance qu’on sent appartenir à l’auteur et met Shakespeare au défi. Vaste programme. Voilà du théâtre à cœur ouvert, magnifiquement orchestré par un acteur parfaitement maître de ses nerfs et du souffle, dont les adresses au public rehaussent encore un savoir-faire qui confine à l’ascèse.

 

Drôle et déchirante, cette grande parlerie, où le fantôme en robe de chambre de la femme chérie, partie on ne sait où, se glisse sous un rideau de tulle (création vidéo de Ludovic Lang) n’est pas sans rappeler la dramaturgie d’un Jean Vauthier (1910-1992) qu’illustra jadis Marcel Maréchal, sacré brûleur de planches. N’était-il pas dans une pièce de Vauthier, baptisée le Personnage combattant ? C’en est un autre qu’incarne Pineau en toute prodigalité.

Serge Valletti vient de publier un livre dont le titre, Mes débuts au théâtre, annonce la couleur sans ambages 2 (2). Ça commence à Marseille, avec des copains de lycée qu’il entraîne dans des aventures de scène pas piquées des vers. La première pièce, en 1968, a pour titre les Brosses et la troupe s’appelle les Immondices. Il a été réformé, après avoir devancé l’appel au service militaire, en simulant une violente allergie à la couleur kaki !

 

Jean-Pierre Léonardini / L'Humanité

 

  1. Jusqu’au 21 octobre au Théâtre des Bernardines, Marseille. Renseignements. : 08 20 13 20 13. Texte publié en 2010 par la Chamaille à Nantes, avec une autre pièce de Valletti, Sale août. ↩︎

 

  1. 101 pages, 12 euros, éditions Chez Walter à Avignon. ↩︎
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October 15, 2023 7:27 PM
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“Et si c’étaient eux ?”, quand les vieux du Français nous dérident

“Et si c’étaient eux ?”, quand les vieux du Français nous dérident | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Emmanuelle Bouchez dans Télérama -  13 oct. 2023

 

Les pensionnaires d’une maison de retraite pour artistes participent à un jeu télévisé absurde. Une farce acide qui rend hommage à la puissance du théâtre.

 

Sur la scène, des machinistes pressés installent des gradins ; sur sa chaise roulante, une vieille femme aux frisettes clairsemées reste impassible. Un homme en pyjama la rejoint, mutique lui aussi. Voilà Florence Viala et Alain Lenglet, dignes acteurs de la Comédie-Française, incarnant un couple de pensionnaires de la Maison de Pont-aux-Dames, qui abrite encore aujourd’hui des artistes à la retraite.

 

D’autres corps abîmés complètent la « galerie » de cette institution fondée en 1905 par Coquelin aîné – créateur du rôle de Cyrano de Bergerac huit ans plus tôt. Veste de tweed et jambes hésitantes, Sébastien Pouderoux avance sur scène sous le contrôle de la régisseuse affairée. Puis une comédienne arrive en grognant, chevelure flamboyante sur un visage plissé, enrobée de tissus moirés. Dans ce profil à la Sarah Bernhardt, Julie Sicard s’arc-boute avec aplomb sur une canne. Pour embrasser ces rôles de composition plutôt chargés, tous se sont abandonnés au maquillage spectaculaire de Cécile Kretschmar.

 

Téléréalité et bêtes de foire

 

Cosigné par Christophe Montenez (le Tartuffe inquiétant mis en scène par Ivo van Hove) et son complice Jules Sagot (alias Simon Ellenstein de la série du Bureau des légendes), ce miroir tendu à la vieillesse des comédiens est cruel. Quand les ovations du public ne sont plus que lointains souvenirs, voilà qu’il révèle leurs misères. Pire… Enrôlés dans un jeu-concours télévisuel – « Et si c’était eux ?  » –, les pensionnaires doivent sauver en direct la maison de retraite de la fermeture grâce au vote des téléspectateurs. Sous la pression du présentateur (Laurent Stocker), frémissant de la fausse gaîté des animateurs de téléréalité, ils deviennent des phénomènes de foire.

 

 

Pareille « épreuve » tourne à une fête du théâtre inversée : que reste-t-il quand le rideau tombe et que la mémoire s’en va ? Tous s’engagent à fond sur cette terre inconnue – risquant la caricature, mais ça passe toujours ! Au travers d’un geste suspendu, d’un regard vide, ou au contraire d’une attitude désinhibée dans laquelle excelle, par exemple, un Clément Bresson méconnaissable. Vedette déchue se prenant pour un rocker, il insulte puis s’abîme dans le silence, pour mieux mettre fin aux quiz dérisoires auxquels ses pairs sont soumis. Et retourner le jeu à son profit. Dans cette farce pas bégueule sur le grand âge – qui se fait aussi réquisitoire contre la façon dont la société l’ostracise – résonne malgré tout l’amour du théâtre.

 

Emmanuelle Bouchez / Télérama

 

TTT 

Et si c'était eux ? De Christophe Montenez et Jules Sagot. 2h. Jusqu’au 5 novembre, Vieux-Colombier, Paris 6e, tél . : 01 44 58 15 15.

 

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October 14, 2023 5:45 PM
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Marseille : l'association Montévidéo "sauvée" de l'expulsion par la ministre de la Culture | La Provence

Marseille : l'association Montévidéo "sauvée" de l'expulsion par la ministre de la Culture | La Provence | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié le 14 oct. dans La Provence 

Marseille

La ministre de la Culture et le préfet ont affirmé, ce vendredi, que l'association ne sera pas expulsée de son QG.


Coup de théâtre pour l'association Montévidéo, porteuse du festival Actoral, l'un des temps forts de la rentrée culturelle marseillaise, expulsable ce dimanche 15 octobre. Ce vendredi, Rima Abdul-Malak, ministre de la Culture, a déclaré, au côté du préfet Christophe Mirmand, que l'association Montévidéo ne sera pas expulsée, réaffirmant haut et fort son soutien à une association "qui a un magnifique ancrage à Marseille et rayonne à l'international". La Ministre a par ailleurs écrit aux propriétaires du lieu représentés par la SCI Jame, pour leur rappeler le texte de l'ordonnance de 1945 qui stipule "qu'aucune salle de spectacle (....) ne peut recevoir une autre affectation ou être démolie sans que le propriétaire ou l'usager ait obtenu l'autorisation du ministère de la Culture." Cette prise de position soulage évidemment l'association qui emploie une dizaine de salariés.

L' ordonnance de 1945 ne protège cependant pas d'une expulsion l'association Montévidéo, dont le bail s'est terminé en 2016. Le 7 septembre dernier, elle a reçu un courrier de la préfecture de police l'informant qu'elle était saisie d'une demande de réquisition de la force publique, conformément au jugement du tribunal de Grande instance d'octobre 2020, confirmée par un arrêt de la Cour de cassation le 20 avril 2023, épilogue d'un long bras de fer entre l'association Montévidéo et son bailleur, la SCI Jame, qui souhaite vendre les murs.


Nouveau rebondissement ce vendredi donc, puisque le préfet, aux côtés du ministre de la Culture, a exclu une expulsion. "Tant que le préfet me dit 'vous restez où vous êtes', nous resterons là", indique Hélène Lunetta, présidente de l'association. Elle précise aussi que Montévidéo s'acquitte chaque mois d'une indemnité de 10 000 euros au propriétaire depuis le jugement de première instance.

Les discussions reprennent donc entre la SCI Jame, la Direction régionale des affaires culturelles et la Ville de Marseille. La situation n'en est pas moins précaire pour Montévidéo, dont le bâtiment nécessite de surcroît des travaux. Alors que le festival Actoral, l'un des plus brillants de la rentrée, se termine ce samedi 14 octobre, une lettre ouverte "URGENCE - soutien à Montévidéo !" a été signée par une centaine d'artistes, de Christine Angot à Vincent Macaigne ou Nicolas Bouchaud.

 

Légende photo :

La cour de Montévidéo (6e), QG du festival Actoral au rayonnement local et international. Une dizaine de salariés

PHOTO MONTÉVIDÉO

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October 13, 2023 12:30 PM
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« Phèdre », un spectacle qui regarde les hommes tomber, sur la scène de l’Athénée

« Phèdre », un spectacle qui regarde les hommes tomber, sur la scène de l’Athénée | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 13 octobre 2023

 

 

A Paris, jusqu’au 22 octobre, Georges Lavaudant met en scène de façon stylisée la tragédie de Sénèque, montrant des colosses aux pieds d’argile.


Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/10/13/phedre-un-spectacle-qui-regarde-les-hommes-tomber-sur-la-scene-de-l-athenee_6194218_3246.html

Une Phèdre peut en cacher une autre. Celle écrite par Racine en 1677 occulte souvent, sur les scènes contemporaines, la Phèdre de Sénèque. Datant de 50 environ, cette tragédie romaine vénéneuse déplie le mythe originel (Phèdre aime Hippolyte, fils de son époux, Thésée, qu’elle croit disparu à jamais) en évitant, dans sa version donnée à l’Athénée, à Paris, toute forme de superflu.

A la périphérie de ce drame familial, ne demeurent que deux figures de taille : la nourrice et le messager. La morale de la première (jouée par Bénédicte Guilbert) est à géométrie variable. A Phèdre qui lui avoue sa passion incestueuse, elle rétorque en prélude : « C’est un sale amour. » Puis, faute d’avoir dissuadé sa maîtresse de déclarer sa flamme, elle se transforme en avocate zélée d’un amour interdit face à un Hippolyte célibataire (et qui entend le rester).

 

 

 

Quant au messager (incarné par Mathurin Voltz), il fait à Thésée le récit insoutenable de la mise à mort d’Hippolyte. Pas un détail ne manque et rien n’est épargné au père infanticide. La traduction de Frédéric Boyer est un travelling impitoyable sur la sauvagerie de la scène. La peau en lambeaux, le corps déchiqueté : Sénèque a inventé le cinéma d’horreur.

Images antithétiques

Contrepied absolu au déchaînement des sentiments et au débordement des pulsions, la mise en scène de Georges Lavaudant est stylisée et stylée. Un décor réduit au minimum, qui accroît l’écoute et aiguise le regard. Au début du spectacle, une chaise longue, où est allongée, jambes nues, une Phèdre (Astrid Bas) presque hollywoodienne. A la fin, un linceul, où repose, sous un plastique transparent, ce qui reste du cadavre : des moignons et une chair sanguinolente. Entre ces deux images antithétiques, l’histoire se tend et fait entendre sa dissonance dans un contexte post-#metoo, où la parole des femmes cherche par tous les moyens à briser le silence.

 

A l’Athénée, cette femme n’est pas une victime, elle est le bourreau. Celle dont le désir, puis le mensonge, entraîne le sacrifice d’un innocent. Car Thésée ne doute pas de la sincérité de Phèdre. Elle veut se tuer parce qu’Hippolyte l’a violée ? Il la croit. C’est aussi simple que cela. Ce n’est pas Lavaudant qui le dit, mais Sénèque qui l’écrit.

 

Ce spectacle est pourtant celui d’un metteur en scène qui regarde les hommes tomber, un par un, du trône où les a installés un patriarcat en bout de course. Derrière un tulle, surgissent des ombres chinoises, parmi lesquelles une silhouette surdimensionnée arborant des cornes de cerf. Aux enfers, même cocu, Thésée est un géant. Sur terre, c’est l’inverse : vêtu d’un manteau noir et d’une robe de quasi-nonne, le comédien Aurélien Recoing est tremblant, manipulable, défait.

 

Quant à Hippolyte (Maxime Taffanel), avant d’être réduit en bouillie par la malédiction paternelle, il exhibe un discours, un short et des muscles qui n’ont rien à envier à ceux de Johnny Weissmuller dans Tarzan. La virilité a vécu, les colosses ont des pieds d’argile, et une Phèdre peut en cacher mille autres.

 

Joëlle Gayot / Le Monde 

 

 

Phèdre, de Sénèque (traduction de Frédéric Boyer), mise en scène de Georges Lavaudant. Avec Astrid Bas, Bénédicte Guilbert, Aurélien Recoing, Maxime Taffanel, Mathurin Voltz. L’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, Paris 9e. Jusqu’au 22 octobre. Athenee-theatre.com

 

 

Joëlle Gayot / Le Monde 

 

 

Légende photo : Hippolyte (Maxime Taffanel) dans « Phèdre », mis en scène par Georges Lavaudant. MARIE CLAUZADE

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October 13, 2023 9:46 AM
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Serge Valletti offre un mirifique monologue au magnifique Patrick Pineau 

Serge Valletti offre un mirifique monologue au magnifique Patrick Pineau  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan - 13 oct. 2023

 

 

Serge Valletti offre un mirifique monologue au magnifique Patrick Pineau
Il y a treize ans, Serge Valletti publiait « John a-dreams », un texte dédié l’acteur Patrick Pineau. Un ébouriffant monologue. Les années ont passé, l’heure est venue pour l’acteur d’habiter ce texte vagabond, de l’embrasser, de l’embraser. Prodigieux !

Il y a longtemps (un demi-siècle , à vue de pays), venu de Marseille, Serge Valletti commença le théâtre par des solos. Écriture et interprétation. Puis il rencontra l’actrice Jacqueline Darrigade et ce fut le début de ses duos. Et puis arriva le temps des pièces plus amples avec un nombre respectable de personnages comme Le jour se lève Léopold magnifiquement créé par Chantal Morel en 1988. Et cela continua. Sur tous les fronts. L’acteur conseillant l’auteur, lui évitant écueils et bévues. L’œuvre devint aussi fournie que conséquente, associant drôlerie et tendresse. Le solo resta son jardin secret.

Un jour, je me suis retrouvé seul dans sa cave. Valletti proposait un spectacle pour un, au plus deux spectateurs. On prenait place sur une chaise, lui en face sur un autre chaise, sur le cageot à bouteilles, entre l’acteur et le spectateur, une bougie. Par pudeur peut-être ou par hommage, le texte dit n’était pas de lui mais de Samuel Beckett. Un bon quart d’heure plus tard, on remontait à la surface du monde et, sur le pas de porte, on se disait au revoir. Ainsi va Valletti.

 

 

Il y a douze ans paraissait ensemble chez L’Atalante, Sale août une pièce avec de nombreux personnages et John a-dreams, un solo. Un solo écrit pour un acteur : Patrick Pineau. Sous la dédicace « à Patrick Pineau », une citation de Shakespeare qui n’est pas des plus célèbres : «  Ye,I, /A dull and muddy-mettled rascal, peak, / Like John a-dreams, unpregnant of my cause,/ And can say nothing ».

Des mots que dit Hamlet à la fin de la scène II de l’acte II. Le Prince du Danemark a parlé avec Rozencrantz et Guildenstern, puis avec son ami Polonius, il s’est mis d’accord avec la troupe des comédiens, tous sont sortis, il reste seul. Et c’est là dans le monologue qui clôt l’acte que Shakespeare mentionne un certain John a-dreams, personnage on ne peut plus éphémère du grand Williams puisqu’il n’apparaît que dans cette phrase dans le texte original. Car il disparaît dans les traductions françaises, chacune le traduisant par ce qui apparaît comme un équivalent en langue française.

 

 

« Moi, cependant, morne et misérable comparse Pierrot lunaire, défaillant à ma cause, je reste sans voix » propose André Gide. « « Mais moi, mais moi, inerte, obtus et pleutre, je lanterne comme un Jean de la lune, insoucieux de ma course et ne sais rien dire » propose Yves Bonnefoy. Et Jean-Michel Desprats : Or moi, canaille engourdie pétrie de boue, je languis comme un Jean de la lune, insensible à ma cause et ne dis rien ».

 

 

Foin des Jean de la lune, Valletti préfère s’en tenir à l’original au mystérieux John a-dreams. Et, à partir de ce nom intriguant et inspirant, il écrit un long monologue et l’offre à l’acteur, son ami Patrick Pineau. Ce dernier, après avoir lu le texte qui lui est dédié juge qu’il n’est pas prêt à le jouer, à figurer, à incarner John a-dreams. Trop frêle, trop jeune. Il manque de bouteille. Sans doute alerté par les mots qu’écrit Valletti dès la première page : « C’est le temps qui est passé sur mon corps et l’a ravagé peu à peu, l’a déconstruit, l’a rendu poreux ». Pineau juge qu’il pas encore l’épaisseur, le cuir, le vécu nécessaires pour affronter la bête. Le temps passe. Dix années et plus. Aujourd’hui, comédien considérable et charnu, il sent qu’il est prêt. Il s’y met, tache ardue, car mémoriser un tel texte aux mille ramifications et chausses trappes, est une gageure.

 

Sylvie Orcier dont il est proche, le guide en le mettant en scène et en signant le décor (éclairé par Christian Pinaud). Elle le soutient dans l’approche titanesque de ce texte, l’aide à chalouper ses déplacements et corseter ses humeurs Discrète, efficace, elle lui adjoint des apparitions suggérées, des silhouettes fantomatiques et des ombres projetées. Et le fait évoluer dans un décor double propre à ce personnage du dédoublement ; au fond le lit sommaire, à la face l’intérieur un peu fouillis d’un homme qui vit seul, seul avec son remugle de mots qui nous arrive par bourrasques. Un jeu capteur d’apparitions, un soliloque à tiroirs et à double fond : « Qu’est ce que je fais ? C’est ça ? Tu demandes ce que je fais ? Çà se voit pas que je suis en train d’écrire ? A qui ?Tu demandes à qui ? A qui j’écris?A moi ! Je m’écris à moi-même ».

John a-dreams erre dans son intérieur, divague, projette, rêve de « devenir neuf » ou bien « au bout de la nuit » faire sa valise  et « sortir sans se retourner », aller « là où il y a le sable mouillé, entre deux parapets, le long de l’autostrade, sur une aire de repos ». Lui « le déperdeur ». Il fut un temps, raconte-t-il, où il était acteur. « Je rayonnais sur les scènes d’Europe ». « Tous ces  gens » qui lui avaient dit « Toi tu devrais faire du théâtre ».

 

 

Bientôt tout se mêle, s’enchaîne, l’enfance, « le vieux chauve » qui lui caresse la queue. « C’est pas du théâtre, là ! C‘est la vie Ils appellent ça comme ça ! Ils te sucent la queue et après ils te trimballent dans les ordures ! ». Et puis Rome l’été 1961,  la via Veneo en pente. Il y retourne quarante ans plus tard « l’odeur était restée la même ». Ici l ’ombre prégnante du « paternel». Là les vautours de la production qui lui volent tout « ses personnages , ses histoires, ses idées, ses gags et sa santé »

 

 

Et ça voyage . Florence, Istanbul, Lisbonne « sur le Tage, tartines de fado à la milanaise ». Sortir par le haut , « gagner ! Devenir un gagnant ! Imposer aux autres, leur tordre la vie, les mettre à leur niveau, leur éclater la tronche ! » Et aussi « Ne plus écouter les sales raconteurs d’histoires à la noix. Non. S’appliquer à dérouler sa vie d’un seul jet avec la sûreté du samouraï ».

 

 

Shakespeare, reviendra par la fenêtre : « Il est temps à présent de me venger ». Il est fait pour le rôle, mieux que d’autres « Mais le mieux , ils ne savent pas ce que c’est. Ce qu’ils veulent, c’est ceux qui ânonnent:Ah!na,na,na,na, ». Une dernière ruade : « Coquins! Filous! Faussaires de massepain ! Cambrioleurs d’amygdales ! Pourquoi j’hurle ? Ils me demandent pourquoi j’hurle? Ils la voient pas, alors ? Ils ne voient rien ? Il la voient pas la pourriture ? »

L’amour aura le dernier mot. John a Dreams revient vers le lit. Elle dort. « Lueur nocturne, elle est belle, simple, douce, je suis gagné par l’émotion ». Nous aussi. Quel texte ! Quel acteur !

Patrick Pineau a eu raison d’attendre que ce texte le rejoigne. Il est tout simplement prodigieux.

 

Jean-Pierre Thibaudat

 

Voir le teaser vidéo

 

 

Théâtre des Bernardines à Marseille du mar au sam jusqu’au 21 oct à 20h, sf mer 11 et 18 à 19h.

 

https://www.lestheatres.net/fr/a/4270-john-a-dreams

 

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