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La classe préparatoire intégrée de l'Académie de l'Union, Limoges

La classe préparatoire intégrée de l'Académie de l'Union, Limoges | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié dans Culture Newstank le 17.10.2018

 

« Une pratique théâtrale possible dans les outre-mer, c’est un enjeu républicain » (J. Lambert-wild)

Paris - Publié le mercredi 17 octobre 2018 à 14 h 30 - Interview n° 131299

 

« Dans beaucoup de territoires, il n’existe pas de conservatoire qui propose les formations requises et les jeunes des outre-mer doivent passer leur année probatoire en France métropolitaine. (…) En mettant en place une classe préparatoire intégrée soutenue notamment par le ministère de la Culture, le ministère des Outre-mer et la Région Nouvelle-Aquitaine, nous pouvions relier toutes les bonnes volontés », déclare Jean Lambert-wild, directeur du théâtre de l’Union, CDN du Limousin, à propos de la classe préparatoire intégrée de L’Académie de l’Union dédiée aux outre-mer qui accueille sa première promotion depuis le 10/09/2018, dans un entretien à News Tank le 17/10/2018.

« C’est la première fois de l’Histoire que deux jeunes Kanaks intègrent une école d’art dramatique, c’est la première fois qu’une jeune fille d’origine polynésienne intègre ce type de formation. Quel moyen avaient-elles de l’espérer ? Qu’il y ait partout dans les outre-mer la possibilité d’une pratique théâtrale, c’est aussi un enjeu républicain », déclare encore Jean Lambert-wild. 

Articulation de cette classe préparatoire avec la création d’une plateforme pour la formation à l’art dramatique dédiée aux outre-mer, partenariats et financements, Jean Lambert-wild répond aux questions de News Tank.


La classe préparatoire intégrée
« La classe préparatoire intégrée de L’Académie de l’Union fait partie d’une plateforme conçue par L’Académie de l’Union et le Théâtre de l’Union en collaboration avec le Centre Dramatique National de l’Océan Indien à la Réunion pour favoriser le développement et la circulation d’artistes dramatiques ultra-marins. » 


 Mai-juin 2018 : auditions du concours d’entrée pour classe préparatoire intégrée
un jury pour les Ultramarins de métropole
4 jurys pour la zone Caraïbe-Atlantique (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Saint-Pierre et Miquelon)
2 jurys pour la zone Océan Indien (La Réunion, Mayotte)
2 jurys pour la zone Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Polynésie Française)


10/09/2018 : rentrée de la classe préparatoire intégrée



Est-ce la première fois qu’une telle initiative est prise pour les étudiants en théâtre des outre-mer ?
Il serait arrogant de dire que rien n’a été fait auparavant. Il y a eu des tentatives de gens de bonne volonté, soit dans l’outre-mer, soit en métropole, par exemple pour monter quelque chose avec le Conservatoire d’Avignon ou le travail d’Anaïs Hébrard à Saint-Pierre et Miquelon. Mais il n’y avait pas de réflexion institutionnelle : on essayait de trouver des solutions pour répondre à une demande mais en bricolant un peu. Or je pense que le hasard de tous ne fait pas la condition de chacun. Il faut une approche institutionnelle.

On peut profiter enfin de toute la richesse, de toute la poésie, de toute la fureur théâtrale présente dans ces territoires. Il y avait un double problème. D’une part, l’organisation des écoles supérieures d’art dramatique fait qu’il faut une année probatoire. Dans beaucoup de territoires, il n’existe pas de conservatoire qui propose les formations requises et les jeunes des outre-mer doivent passer cette année en France métropolitaine.

D’autre part, il n’est pas tenu compte de la réalité sociologique des outre-mer. Comment peut-on imaginer qu’un jeune d’une famille très modeste qui passe son bac en Guyane puisse payer l’avion et s’installer pendant un an en France pour tenter l’entrée d’un Conservatoire et d’autres écoles ?

En mettant en place une classe préparatoire intégrée soutenue notamment par le ministère de la Culture, le ministère des Outre-mer et la Région Nouvelle-Aquitaine, nous pouvions relier toutes les bonnes volontés tout en trouvant une pertinence pour que les élèves disposent d’une bourse, que la Fondation Culture et Diversité les soutienne et leur fournisse de réelles conditions d’égalité. Outre que ce dispositif leur permet d’exercer leur volonté d’être acteurs, actrices ou peut-être metteurs en scène, on peut profiter enfin de toute la richesse, de toute la poésie, de toute la fureur théâtrale présente dans ces territoires.

Si l’on rapporte le nombre de candidats à la population du territoire, les concours qui ont eu lieu dans ces outre-mer présentent un ratio largement au-dessus d’un concours d’une école supérieure en métropole. Si on a 800 candidats au premier tour d’une école supérieure en France pour 60 millions de personnes vivant, le ratio est d’un candidat pour 75 000 personnes. Avec 18 candidats à La Réunion pour une population de 850 000 personnes, c’est un pour 47 000 habitants. Et il y a eu 14 candidats à Mayotte (250 000 habitants), 8 en Guyane (260 000 habitants), etc. Cela traduit la réalité oubliée de la richesse théâtrale et poétique des outre-mer.

Votre conscience des besoins des jeunes des outre-mer est-elle liée au fait que vous êtes né à La Réunion ?
J’étais directeur de la Comédie de Caen et une des raisons de ma candidature au théâtre de l’Union était le fait qu’il comprend l’Académie de l’Union, école d’art dramatique singulière puisqu’elle est la seule à être installée en milieu rural. En outre, avec les Francophonies en Limousin, il y a une certaine curiosité artistique pour les outre-mer.

Or, pour des raisons complexes, on voit de moins en moins de circulation d’œuvres et d’artistes issus des outre-mer alors que, dans la musique, le théâtre, le jazz, la danse, ils offrent une incroyable richesse. C’est comme s’il y avait un lien distendu, et je pense que c’est souvent lié à un déficit institutionnel.

Cette classe préparatoire pour les outre-mer doit aussi changer la nature pédagogique de notre école en y intégrant le multiculturalisme. Bien sûr, je suis créole mais je ne peux pas imaginer, à mon âge, que tout cela ne soit pas offert à tout le monde. Je sais que, dans les conditions d’une vie normale, je n’aurais jamais pu faire ce métier et devenir directeur d’un centre dramatique national - cela était tout bonnement impossible. De même, c’est la première fois de l’Histoire que deux jeunes Kanaks intègrent une école d’art dramatique, c’est la première fois qu’une jeune fille d’origine polynésienne intègre ce type de formation. Quel moyen avaient-elles de l’espérer ?

Qu’il y ait partout dans les outre-mer la possibilité d’une pratique théâtrale, c’est aussi un enjeu républicain. Tout le monde me disait que ce n’était pas possible et j’ai dû batailler. Quelqu’un m’a même dit que j’étais en train de créer un ghetto des outre-mer. J’ai répondu : « Est-ce que l’on fait des ghettos de métropolitains en mettant ensemble des Bretons, des Parisiens et des Normands dans la même classe ? » Je n’ai jamais entendu les créoles dire ce genre de chose.

La classe préparatoire n’est qu’un aspect du projet. Notre ambition est plus forte, partagée avec beaucoup d’opérateurs sur l’ensemble des outre-mer : il s’agit de construire une plateforme pour l’enseignement de l’art dramatique dédiée à l’outre-mer.

Nous ne ferons pas une classe préparatoire chaque année mais tous les deux ans, en relayant sur les territoires des besoins de formation qui ne sont pas les mêmes en Guadeloupe, en Nouvelle-Calédonie ou en Guyane.

Cette classe préparatoire pour les outre-mer doit aussi changer la nature pédagogique de notre école en y intégrant le multiculturalisme. Les jeunes des outre-mer ne viennent pas se formater pour passer les concours des écoles d’art dramatique, il faut aussi qu’ils puissent défendre leurs réalités culturelles. C’est pourquoi il faut des enseignements et des enseignants issus des territoires : la comédienne guadeloupéenne Esther Myrtil, le dramaturge calédonien Pierre Gope, John Mairai qui vient travailler aussi avec le programme long de l’école sur l’art oratoire polynésien… Nous accueillons aussi Anaïs Hébrard pendant trois mois pour qu’elle puisse également se former, puisqu’elle est seule à œuvrer à Saint-Pierre et Miquelon. Il en sera régulièrement ainsi : des enseignants et des enseignements qui se croisent, et cela va changer la nature de l’école.

Je fais le pari qu’il y a une communauté ultramarine, et que cette communauté doit s’identifier autrement que dans un rapport bicéphale - mon territoire et la métropole. Notre force est que, malgré la diversité des outre-mer, malgré de petits antagonismes, il y a une énergie et une force incroyables quand on met en commun cette nature ultramarine - c’est-à-dire le monde.

C’est la grande victoire du Conservatoire artistique de la Polynésie française, par exemple : sur un territoire vaste comme l’Europe avec des différences importantes entre les arts traditionnels de chaque île, ils ont réussi à conserver une unité culturelle et à produire un travail remarquable. D’ailleurs, la danse polynésienne sera un passage obligatoire dans les exercices de nos élèves.

Cette classe n’a pas pour seul enjeu de passer les concours. J’ai pris la décision que, lorsque les cours seront terminés, nous puissions faire un spectacle de promotion, ce qui ne se fait pas en général dans une classe préparatoire. Paul Francesconi, jeune auteur réunionnais de 28 ans, écrit sur mesure pour la classe et ce spectacle, « Cargo », sera créé au théâtre de l’Union en juin 2019, puis au festival des écoles de théâtre public à l’Aquarium à Paris, grâce à la volonté de François Rancillac qui nous accueillera dans la seconde semaine de juillet. Puis nous espérons le reprendre à La Réunion et à Mayotte et, si on trouve des fonds, nous aimerions permettre à ces jeunes de présenter ce travail dans leur territoire d’origine, en Polynésie, en Nouvelle-Calédonie…

Du point de vue budgétaire et administratif, comment avez-vous construit ce projet ?
Il faut bien se souvenir qu’il ne sert à rien de former des gens si l’on ne crée pas des conditions d’emploi. Nous avons tout lancé en juin 2017. Le budget se construit en même temps que l’on avance parce que l’on ne pouvait plus tarder. Nous avons donc un soutien de 60 000 euros sur deux ans de la Fondation Culture et Diversité, car ce qui coûte le plus cher est de garantir aux jeunes de bonnes conditions d’études - le logement, les bourses, l’habillement d’hiver…

La Région Nouvelle-Aquitaine parraine vraiment ce projet, et nous en espérons 45 000 euros. Le soutien du ministère de la Culture se monte à 70 000 euros. Par plusieurs dispositifs, le ministère des Outre-mer prend en charge des billets d’avion ou des bourses d’étude mais les dotations ne sont pas encore complètement fixées. Il y a aussi des soutiens indirects par les DAC de Polynésie française ou de Mayotte, quelques aides privées comme Air Tahiti Nui…

Mais, au total, on ne dépassera pas la valeur d’un demi rond-point en métropole ! Un demi rond-point pour faire le tour du monde et permettre à une communauté ultramarine de se construire et de porter une vraie espérance sur tous ces territoires.

Je le répète : c’est un projet qui se construit toujours. Les dix élèves préparent les concours de l’ensemble des écoles d’art dramatique. Nous sommes en train de construire un partenariat très vivifiant avec le CNSAD de Paris grâce à la volonté de sa directrice Claire Lasne-Darcueil.

Et je suis en train de préparer la suite avec l’ensemble des référents locaux, de voir quelles actions sont nécessaires sur les territoires et comment les construire, comme le besoin de Mayotte de disposer d’une troupe universitaire.

En même temps, il faut bien se souvenir qu’il ne sert à rien de former des gens si l’on ne crée pas des conditions d’emploi. Cela implique de réfléchir à des programmes de production et de diffusion de certains spectacles - je pense par exemple à une production autour d’un texte de Pierre Gope qui aura lieu en Nouvelle-Calédonie et que nous serons heureux de présenter au théâtre de l’Union.

Est-ce un projet difficile à monter ?
Pourquoi, lorsque l’on parle de diversité aujourd’hui en France, on oublie systématiquement les outre-mer ? Quand on voit les difficultés des jeunes qui veulent faire du théâtre dans ces territoires, va-t-on toujours trouver une excuse pour ne pas agir ? On peut en avoir, évidemment - le temps, l’argent. Mais il faut créer les nécessités de l’action.

France 3 Nouvelle-Aquitaine, France Ô et les Chaînes Première se sont associées à ce programme pour réaliser un documentaire et un programme court qui seront diffusés à l’automne 2019. C’est la première fois, historiquement, qu’une station France 3 de métropole s’associe aux télévisions de l’outre-mer ! Et, puisque les auteurs dramatiques d’outre-mer sont de moins en moins édités, le Centre dramatique de l’Océan Indien, en collaboration avec les Solitaires Intempestifs, va éditer trois ou quatre auteurs par an pendant au moins cinq ans. Voici ce qu’apporte déjà ce projet.

Au début, on m’a dit que je n’arriverai jamais à fédérer tous les outre-mer autour d’un même projet. Preuve est faite que non. Et l’émotion de ces jeunes quand ils travaillent fait que l’on est mille fois récompensé.

Cela bouleverse aussi la représentation que les jeunes de la Séquence 9 de l’Académie de l’Union se font du monde. Et on se rend compte alors combien il est nécessaire que les jeunes que l’on forme n’aient pas seulement une représentation du monde guidée par la vision qu’ils ont d’eux-mêmes mais par une vision d’une communauté un peu plus large !

La question qu’il faut se poser est aussi pourquoi, lorsque l’on parle de diversité aujourd’hui en France, on oublie systématiquement les outre-mer. La chance unique que nous ayons en France est cette diversité. Elle est liée à une histoire qui n’est pas la plus simple au monde et dont nous ne pouvons pas toujours être entièrement fiers, mais qui est quand même une diversité totale - géographique, linguistique, culturelle, religieuse, sociale, poétique. Et cette incroyable diversité est encore trop souvent déniée.

 

 

Légende photo : Les élèves de la classe préparatoire intégrée dédiée aux outre-mer avec la Séquence 9 de l’Académie de l’Union. - © Thierry Laporte

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Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 9:31 AM

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Mort de l’actrice Catherine Samie, flamme vive de la Comédie-Française 

Mort de l’actrice Catherine Samie, flamme vive de la Comédie-Française  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération - 12/01/2026

 

Pendant plus de cinquante ans passés sur les plateaux de l’institution, la grande comédienne au regard perçant et à la diction parfaite s’est illustrée dans des mises en scène qui firent date. Elle avait 92 ans.


C’est une actrice d’un autre temps qui s’est éteinte ce dimanche 11 janvier, à 92 ans, et le mot lui va bien, elle dont le visage avait l’allure d’une flamme vive et indomptable, fine et dansante, une chandelle dans la nuit. Une actrice qui aura passé plus de cinquante ans sur les différents plateaux de sa «maison», la Comédie-Française, dont elle aura été aussi la vénérable doyenne pendant une quinzaine d’années. Cette maison, Catherine Samie y était entrée toute jeune, à 23 ans, en 1956, après avoir suivi des cours à la rue Blanche et au Conservatoire. Elle parlait de hasard : «Une porte s’est ouverte, et puis une autre. Et je les ai prises. Ça a été le hasard, et puis plus le hasard mais l’exercice de toute une vie», expliquait-elle en 1989 au micro de Fabienne Pascaud pendant des répétitions de la Cagnotte de Labiche.

Pourtant, à son époque, il n’y avait pas de hasard pour entrer au Français : il fallait réussir le concours de sortie du Conservatoire, on devenait alors pensionnaire, et dans l’illustre bâtiment de la place Colette où régnait une hiérarchie sévère, on n’avait pas l’autorisation de prendre les mêmes ascenseurs que les sociétaires. C’est le temps des emplois, et dans un premier temps Catherine Samie, grande tragédienne, fut non pas «jeune première», comme on disait, mais «servante». Donc pour la jeune actrice, ce fut d’abord Dorine, Zerbinette, Lisette, Mathurine avant d’incarner, chez Feydeau, toutes sortes de «cocottes», autre vocabulaire suranné. «Où elle fit preuve de capacités d’excentricités extraordinaires», se souvient avec émotion l’acteur, metteur en scène et ancien administrateur de la maison Marcel Bozonnet. Qui remarque : «Alors que dans Oh les beaux jours de Beckett, elle tenait une forme de minimalisme. Catherine avait une immense culture du mouvement et une amplitude de jeu exceptionnelle.»

«Sa voix inimitable»
Comme d’autres comédiennes aujourd’hui disparues dont Christine Fersen dont elle fut proche, Catherine Samie donnait le sentiment d’incarner la Comédie-Française, de donner sa vie à la maison vue comme un abri protecteur, loin des compromissions, dans lequel il était possible d’exercer son art aux antipodes de toute médiatisation. Du reste, Clément Hervieu-Léger, administrateur général de la maison, évoque «une histoire qui s’en va avec elle» avant de dresser son portrait : «Nous nous souviendrons avec émotion de son regard bleu à l’œil rieur, si acéré et pourtant toujours un peu lointain […], de sa voix inimitable et de sa diction parfaite. Nous nous souviendrons de ses bras grands ouverts et de ses mains tendues vers l’avant, comme si elle embrassait en un même élan nous tous, notre avenir et nos fantômes.»

Catherine Samie parlait de la chance d’entrer sur un plateau régulièrement afin de «muscler son cœur», en jouant les travers et les petites mesquineries qu’elle observait chez les autres et elle-même, et de sa voix formidablement articulée, elle se questionnait : «Qu’est-ce qui ne va pas en nous ? Pourquoi on crie autant ?»

«Je vis étrangement»
La comédienne a travaillé avec les metteurs en scène de son temps et de la maison : Jacques Charon, Jean-Pierre Miquel, Jean-Paul Roussillon. Et parfois dans des mises en scène qui firent date et effraction : elle fut de la partie dans Bérénice de Gruber en 1984, notamment. D’autres grands noms du théâtre jalonnent son parcours : Jean-Pierre Vincent, Jean-Luc Boutté. Et même Eric Ruf pour qui elle fut Ase, son dernier rôle, dans Peer Gynt en 2012.

L’une de ses vraies rencontres artistiques fut avec le cinéaste Frederick Wiseman, dans la Dernière Lettre de Vassili Grossmann, en 2000, rare seule en scène qu’elle tint, puis dans Oh les beaux jours de Beckett donc.

Toujours dans son entretien télévisé avec Fabienne Pascaud, elle explique : «On a l’impression qu’on nous fait répéter cette vie. Je vis étrangement. Avec une sensation de monde d’ailleurs.» Elle conclut : «On joue avec les mondes d’ailleurs.»

 

Anne Diatkine / Libération

 

Légende photo :  Catherine Samie dans «la Dernière Lettre» de Frederick Wiseman (2002). (Arte France Cinéma/Collection ChristopheL. AFP)

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Réouverture du théâtre Nanterre-Amandiers : soupçons autour de l’attribution du chantier de rénovation 

Réouverture du théâtre Nanterre-Amandiers : soupçons autour de l’attribution du chantier de rénovation  | Revue de presse théâtre | Scoop.it
ParAnne Diatkine dans Libération publié le 8 janvier 2026 La longue et coûteuse rénovation du bâtiment s’achève sur une inauguration officielle ce vendredi 9 janvier et la mise en évidence de potentielles graves irrégularités dans le choix du cabinet d’architectes, comme le montre notre enquête. Des procédures judiciaires sont en cours.
 

Donc, il a bien fini par ouvrir ce théâtre tant attendu depuis 2018, monumental et vitré, qui révèle ses atours et atouts, lorsqu’on le visite une première fois le 9 décembre dans le bruit des derniers ponçages et tours d’écrou et qui est inauguré officiellement ce vendredi 9 janvier. Nanterre-Amandiers, un théâtre mythique s’il en est qui étrenne sa grande salle de 800 places, avec les Petites Filles modernes (titre provisoire), dernière création de Joël Pommerat. Nul doute que la pièce sait attirer le public pour faire vivre le gigantisme de ce nouveau théâtre conçu par les stars internationales de Snohetta, cabinet d’architecture norvégien à qui l’on doit notamment l’opéra d’Oslo, le siège du groupe le Monde, ou encore le mémorial du 11 Septembre à New York. Que le théâtre marche et remplisse ses multiples lieux de représentation, il le faut. Par sa taille, ses trois salles de spectacles, ses studios de répétition, ses cinq chambres avec salle de bains pour les artistes en résidence, sa trentaine de bureaux, son immense foyer vitré, le nouveau bâtiment des Amandiers est un pari sur l’avenir à l’heure où les théâtres restreignent leur programmation en raison des coupes budgétaires. Mais aussi, par son coût : prévue dans une enveloppe de 34,2 millions dont 28 millions dédiés au projet de l’architecte, l’opération a finalement coûté 58,35 millions d’euros en 2025, une explosion du budget en six ans de 70,5%.

 

 

Un récent rapport de la Cour des comptes qui a rendu ses conclusions définitives le 15 juin étrille la gestion du chantier, attribuant une partie des dépassements à une gouvernance déficiente et au refus de la municipalité de Nanterre d’engager une assistance à maîtrise d’ouvrage spécialisée. Dans sa réponse au rapport du 12 septembre, l’actuel maire de Nanterre assure «que la ville n’a pas eu charge de l’exécution technique et opérationnelle et n’a commis aucune faute dans le suivi du chantier.» Autre type de dommage, le rapport constate une «fragilité» de la procédure de passation. En clair : le cabinet d’architecture Snohetta qui a remporté le marché est-il le véritable lauréat ? Et s’il ne l’est pas, que dissimule ce passage en force au détriment de l’agence Blond et Roux, qui selon une trentaine de témoins était sortie gagnante le 5 octobre 2018, après un vote du comité décisionnaire qui comprenait des représentants de l’Etat, de la municipalité, de la région, et du département, c’est-à-dire l’ensemble des parties qui subventionnent Nanterre-Amandiers ?

Océan de verdure

Les Amandiers, c’est l’histoire d’un théâtre phare de la décentralisation qu’il est question de raser en 2016. Un théâtre un peu usé et énergivore comme le sont la majorité des scènes construites il y a des décennies dont un grand nombre est en rénovation aujourd’hui. La notoriété du théâtre date de la période des fastes années Lang quand, en 1982, Catherine Tasca et Patrice Chéreau fondent la SARL Nanterre-Amandiers, qui développe alors une exigence artistique au sommet, avec une école d’acteurs et un atelier de décor unique, dans lequel fut tournée une partie de la Reine Margot.

 

 

Aujourd’hui, l’imposant bâtiment de Snohetta trône à la lisière du vaste et agréable parc André-Malraux, tel un château qui s’apprête à accueillir les riverains. Mais l’accès au parc a curieusement été obstrué par décision conjointe du département et de la ville. Ce qui n’est pas un détail pour ce projet architectural qui misait sur une transparence du lieu dans un océan de verdure où les passants entreraient naturellement, aimantés par le restaurant dont les tables se déploient au printemps sur un parvis, et le foyer du théâtre.

 

Quand le metteur en scène Philippe Quesne et Nathalie Vimeux sont nommés en 2014 à la tête du Centre dramatique national, le bâtiment n’a quasiment pas évolué depuis les années Chéreau. Ils ont sur leur bureau des études pour casser ce théâtre et en construire un autre. Selon Philippe Quesne, Patrick Devedjian, disparu en 2020, et alors président du département des Hauts-de-Seine, lui propose même de le reconstruire à la sortie du RER, «ce serait plus pratique pour les Parisiens !» Mais Philippe Quesne aime beaucoup ce bâtiment qui ne la ramène pas, est fonctionnel, et porte en lui la densité de son histoire. Il aime aussi sa position géographique étrange devant un parc et dos à la ville.

Procédure de dialogue compétitif

Quesne et Vimeux plaident pour étudier une rénovation douce qu’ils commandent au bureau d’étude Café programmation et réunissent tous les partenaires, la municipalité, l’Etat, la région et le département. Une procédure de dialogue compétitif composée de deux comités – l’un décisionnaire, l’autre technique – mais aussi de l’équipe du théâtre est lancée pour sélectionner le meilleur des projets. Le comité technique a charge d’analyser avec les différents architectes retenus leur travail jusqu’à l’étape finale. A l’inverse d’un concours d’architecture, où les membres du jury découvrent les différents projets souvent le jour même, le dialogue compétitif, «procédure idéale», selon nos différents interlocuteurs, permet une analyse beaucoup plus objective de tous les critères. Pour les Amandiers, le protocole, mis en place par la maîtrise d’ouvrage, c’est-à-dire la municipalité à qui appartient le bâtiment, est constitué de sept critères qu’elle a déterminés. C’est un point technique fondamental, car la ville ne peut pas déroger à son propre protocole, elle n’a pas légalement la possibilité de modifier les critères qu’elle a elle-même instaurés avec l’accord et la collaboration de toutes les parties.

Une étude préparatoire du projet de Blond et Roux.

Lors de l’étape intermédiaire de sélection dont Libération a pu consulter les notes, deux projets se dégagent : en tête, celui de l’agence d’architecture Blond et Roux, modeste en taille mais réputée pour avoir réhabilité ou construit de nombreux théâtres – on leur doit depuis la rénovation très réussie du Théâtre de la Ville - Sarah-Bernhardt –, se révèle plus performant ou égal à Snohetta sur tous les points. En ce qui concerne le critère le plus subjectif, celui de la «qualité architecturale et paysagère», Blond et Roux obtiennent la même note que Snohetta : 35 sur 40. Logiquement, le 5 octobre 2018, après une dernière présentation du projet de chaque finaliste devant le comité décisionnaire, le comité technique et des membres de l’équipe du théâtre de Nanterre-Amandiers, c’est bien l’agence Blond et Roux qui recueille les suffrages, devant une trentaine de témoins. Durant cette réunion, un grand absent, le président du département des Hauts-de-Seine Patrick Devedjian, requis par l’hommage national à Aznavour aux Invalides.

«Tout le monde a pu entendre ce jour-là que le projet Blond et Roux était vainqueur»

Libération a interrogé certaines des personnes présentes. «Un déjeuner était organisé après les délibérations et on a trinqué à leur projet, se félicitant que la longue procédure de dialogue compétitif ait enfin abouti», se souvient notamment François Fressoz de l’agence Café programmationassistant à la maîtrise d’ouvrage. Souvenirs corroborés par l’ancien directeur technique du théâtre des Amandiers, Michaël Petit, qui malgré la mauvaise humeur du maire d’alors, Patrick Jarry, visiblement contrarié, porte un toast avec lui au projet retenu. Michèle Kergosien, qui était à l’époque cheffe de la mission du conseil architectural à la Direction générale de la création artistique, confirme d’une voix égale à Libération : «Tout le monde a pu entendre ce jour-là que le projet Blond et Roux, plus économique et mieux disant, était vainqueur. Il y a eu un vote, qui a permis de désigner un lauréat. Le projet de Blond et Roux a été adopté.» Témoin capitale, elle poursuit : «Patrick Jarry, était curieusement tendu et peu amène à l’égard des architectes [cette agence]. Il est possible qu’il n’aimait pas leur projet et leur préférait le geste plus voyant de Snohetta. Celui de Blond et Roux s’intégrait au contraire à l’environnement et au parc. Il n’était pas ostentatoire.» Elle prévoit de rédiger un compte rendu pour son équipe. «Mais je n’en ai pas eu le temps…» Car dès le vendredi soir, la ville fait savoir que l’agence Blond et Roux ne sera pas retenue. Et dès le lundi, elle entérine sa décision auprès de la commission d’appel d’offres.

 

Pendant le week-end et les jours qui suivent, c’est le choc. «C’était tellement grave qu’on était persuadé que rien n’allait démarrer, que la réhabilitation était suspendue», explique François Fressoz. Des membres de l’équipe municipale présentent oralement leurs excuses et un début d’explication : «Le choix de Snohetta, c’est Patrick Devedjian qui a appelé Patrick Jarry.» Le président des Hauts-de-Seine est très mécontent. Il n’a jamais imaginé que Snohetta, marque reconnue dans le monde entier, puisse ne pas obtenir le marché. Ni moins caché qu’il lui fallait un geste, fort, visible, qui flatte l’ego des élus et laisse une trace dans l’histoire. Selon une source proche du dossier, le département menace alors de se retirer, et avec lui sa contribution de 10 millions d’euros, si Snohetta n’emporte pas le marché. Selon la même source, Patrick Jarry dément aujourd’hui avoir été joint par Patrick Devedjian.

«Passage en force»

L’entièreté de l’équipe conduite par Café programmation préfère démissionner de l’assistance en maîtrise d’ouvrage. A la tête de l’établissement, François Fressoz explique : «On ne pouvait pas rester. La procédure de passation était selon nous irrégulière.» Ils ne seront jamais remplacés. Michèle Kergosien, quant à elle, alerte qui de droit, et notamment sa supérieure hiérarchique à la Direction régionale des affaires culturelles, Nicole da Costa, qui a charge de signaler au ministère de la Culture l’étrangeté de ce qui est en train de se produire. Mais l’affaire se déroule au moment d’un changement rue de Valois : Françoise Nyssen est sur le départ, Franck Riester vient d’arriver, et les deux ont d’autres chats à fouetter. Contacté par Libération, le second ne nous a pas répondu. L’Etat se manifeste tout de même sous forme d’une lettre tardive du préfet à la municipalité le 25 février suivant où il formule de nombreuses réserves citées dans le rapport de la Cour des comptes régional au sujet de «la fonctionnalité du projet», et de sa «soutenabilité économique», le risque de dépassement étant «déjà avéré» et ayant de plus été détaillé par l’économiste de Café programmation. Prudent, l’Etat informe qu’il n’engagera pas un centime supplémentaire dans le chantier Snohetta. Il a tenu parole. Philippe Quesne alors directeur du théâtre des Amandiers annonce son départ prochain des Amandiers dans Libération. La cause déterminante ? «La décision architecturale et ce passage en force contre beaucoup d’expertises», nous confirme-t-il aujourd’hui.

De son côté, l’agence Blond et Roux n’obtient aucune explication. Il faut l’intervention de la Commission d’accès aux documents administratifs pour que quelques rares pièces administratives lui soient transmises deux ans plus tard, en dépit de l’obligation légale de les adresser au bout d’un mois. Curieusement, la ville déclare qu’elle ne peut produire le procès-verbal de la journée du vendredi 5 octobre 2018 car… il n’existerait pas. A Libération qui cherche également ce document probant, la ville assure pourtant qu’il faut s’adresser au théâtre Nanterre-Amandiers. Chou blanc ! Le théâtre n’a jamais eu ce document qui désigne l’agence Blond et Roux lauréate. Le PV finira-t-il par réapparaître ?

Longues démarches devant les tribunaux

Contrairement à ce qui se pratique d’ordinaire, Marie-Agnès Blond et Stéphane Roux reçoivent un courrier de la municipalité pour leur signifier leur échec après que le conseil municipal du 16 octobre 2018 a ratifié le choix de Snohetta. Stupeur : ils découvrent qu’ils n’ont que 7/20 en qualité architecturale et paysagère alors même que leur projet s’est enrichi, depuis l’évaluation intermédiaire qui leur avait valu 35/40. Leur note a été dégradée mais par qui ?

Débutent de longues démarches devant les tribunaux. Après un référé perdu, l’agence Blond et Roux perd un premier procès mais gagne son recours devant la cour administratif d’appel de Versailles qui a jugé le 18 décembre 2024 que le projet Snohetta n’aurait pas dû être retenu en raison d’au moins une irrégularité grave : dès l’origine, son budget dépassait l’enveloppe initiale de 28 millions dédiée à la réhabilitation. La municipalité de Nanterre a saisi le Conseil d’Etat. Blond et Roux a également déposé une plainte au pénal en novembre 2020 que Libération a pu consulter pour «délit de favoritisme» et dont l’instruction a valu la mise en examen de l’ancien maire de Nanterre Patrick Jarry, après une nuit en garde à vue en mars 2025. Pierre Rojat, directeur des services de l’architecture à la mairie de Nanterre à l’époque des faits, a lui aussi été mis en examen. Selon nos informations, en janvier 2021, la ville de Nanterre propose d’offrir en toute discrétion de sérieuses indemnités qui se montent à plusieurs centaines de milliers d’euros si Blond et Roux retiraient tous les recours et leur plainte au pénal. Rencontrés dans leur agence, Marie-Agnès Blond et Stéphane Roux s’insurgent : «On a immédiatement et fermement refusé cette transaction. On s’est sentis insultés. Nous, ce qu’on veut avant tout, c’est comprendre ce qui s’est passé, donc on a besoin d’une enquête, on a besoin des pièces. On a quarante ans de métier, et c’est la première fois qu’on se lance dans des procédures.» Stéphane Roux précise : «On souhaite faire jurisprudence. Que ça ne se reproduise pas.» Leur conseil au pénal, maître Daoud, a cette parole conclusive qu’il adresse à Libération : «A l’évidence, le code des marchés public a été violé et le délit de favoritisme commis. L’instruction dira qui sont les auteurs et les complices.» Les investigations sont aujourd’hui terminées.

Ni Snohetta ni le maire actuel, Raphaël Adam, qui n’était pas élu au moment des faits, n’ont souhaité répondre aux questions de Libération sur la régularité de la procédure de passation.

«Retrouver une porosité architecturale»

Aujourd’hui, le bâtiment est là, il faut se réjouir de l’ouverture de cette entité performante, tout le monde en convient même si une gêne aux entournures est tangible et la perspective d’un procès au pénal entrave la fête et la fierté. Essentiellement en verre, mais sans la transparence totale annoncée, l’immeuble tiendra-t-il ses promesses écologiques ? L’architecte de Snohetta avec qui on effectue la visite l’assure. La façade, partiellement opacifiée par des petits ronds blancs qui contrent la pénétration du soleil, contient des couches de verre solaires antichaleur. Le siège du Monde, construit avec les mêmes techniques et inaugurés en décembre 2020 nécessite cependant de la climatisation dès que les degrés montent trop haut à l’extérieur.

L’architecture, un brin old school, a sans doute l’ampleur désirée par les deux élus, l’ancien maire communiste Jarry et le droitier Devedjian. Trop intimidante pour attirer celles et ceux qui n’entrent jamais dans un théâtre ? «Le défi pour l’équipe actuelle sera de retrouver une porosité architecturale, et le parc comme extension du théâtre. En faire un théâtre que l’on traverse, que l’on habite, que l’on reconnaît comme faisant partie du quotidien. Cette porosité architecturale deviendra le prolongement naturel d’une porosité artistique et sociale», estime Michèle Kergosien. L’insertion du théâtre dans le parc était effectivement au cœur de ce long dialogue compétitif. Pour l’instant, seule l’énergie des équipes conduites par le metteur en scène Christophe Rauck porte cette grande ouverture nécessaire. L’actuel directeur de Nanterre-Amandiers a démontré avec le théâtre éphémère – qui accueillait les spectacles pendant les travaux – que même un grand rectangle, il savait le transformer en espace accueillant et chaleureux.

 
 
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January 9, 12:02 PM
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Au théâtre du Rond-Point, «Toutes les petites choses que j’ai pu voir» cherche le non-sens de la vie 

Au théâtre du Rond-Point, «Toutes les petites choses que j’ai pu voir» cherche le non-sens de la vie  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

 

 

A Paris puis aux Célestins à Lyon, Olivia Corsini met délicatement en scène les personnages nébuleux et quasi fantastiques du nouvelliste Raymond Carver.

 

Un frigo apparaît et glisse, tout seul, jusqu’au milieu du plateau. C’est un peu absurde, un peu bricolé, aussi poétique qu’un vieux train fantôme. La scène désormais ne semble éclairée que par la lumière intérieure du réfrigérateur. Pourquoi cette vieille femme téléphone-t-elle à cet homme qu’elle ne connaît pas ? Pourquoi l’homme, d’abord réticent, finit-il par la rejoindre quand elle le lui demande ? Et ce jeune garçon qui vient de se piquer et de s’effondrer devant nous est-il mort ou quasi-vivant ? Les personnages des nouvelles de Raymond Carver agissent selon une logique énigmatique, non pas qu’ils manquent de volonté – ils veulent s’en sortir, ils veulent gagner de l’argent, réussir leur couple, trouver eux aussi leur place dans l’american way of life que la télévision posée au pied du lit leur vend, mais quelque chose d’autre les empêche, les attire (la drogue et l’alcool souvent) ou bien leur manque. Plus ou moins comme nous tous.

 

 

La comédienne Olivia Corsini (chez Cyril Teste notamment) signe sa première mise en scène avec Toutes les petites choses que j’ai pu voir, présentée au théâtre du Rond-Point à Paris, après être passée à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) et à Sénart (à Lieusaint, en Seine-et-Marne) et avant de débarquer à Lyon. Elle a adapté plusieurs nouvelles (et une poésie, Peur) de l’écrivain américain (1938-1988) qui fut lui-même pompiste et chauffeur de poids lourds, avant de se mettre à écrire sur les moments de vie de gens de rien ou de pas grand-chose, ouvriers, précaires, toxicos, dans des récits parfois bizarres, et souvent comme inachevés.

L’inachèvement est bien là, dans la mise en scène délicate d’Olivia Corsini, dans ces histoires suspendues, qui ne font lien entre elles que parce que chaque fois un personnage de l’une tend la main au suivant, dans une fraternité qui semble dire : personne n’est dupe, la vie n’est pas toujours aussi belle qu’on l’avait rêvée. Dans un décor où quelques meubles et néons renvoient les signes d’une Amérique des années 70, un couple énumère ce qu’il préfère au monde, ce qu’il a préféré, ce qu’il aurait aimé. Une femme en costume de gros fruit récite le discours avec lequel elle alpaguera les passants pour vendre ses pilules de vitamines. Un homme raconte, incrédule, comment sa femme l’a quitté dans une lettre «prétendument» écrite de sa main. Des situations qui tendent parfois au fantastique, que la pièce va assumer franchement et joyeusement dans sa scène finale.

 

Mais puisqu’il est beaucoup question d’addictions chez les cabossés de Carver, avouons nous aussi un manque : Corsini parvient à rendre la fragilité de minces instants, l’étrangeté d’un monde où l’on commence à rentrer doucement quand le spectacle finit déjà, nous laissant nous aussi suspendu. Il aurait fallu quelques pièces de plus au puzzle sans doute, pour non pas clore, mais approfondir et prolonger le mystère de Carver, pour que la suspension ne laisse pas une impression de flottement.

Toutes les petites choses que j’ai pu voir d’après des nouvelles de Raymond Carver, mise en scène d’Olivia Corsini. Au théâtre du Rond-Point (75008) jusqu’au 17 janvier. Puis aux Célestins à Lyon (69002) du 5 au 16 mai.

 

Sonya Faure / Libération

 

Légende photo : La comédienne Olivia Corsini signe ici sa première mise en scène. ( photo Christophe Hagnere)

 
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December 22, 2025 2:07 PM
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Paris prend des airs de « Broadway-sur-Seine »

Paris prend des airs de « Broadway-sur-Seine » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard et Rosita Boisseau

Publié dans Le Monde, le 21 déc. 2025

 

Longtemps mal-aimées par les Français, les comédies musicales prolifèrent dans la capitale, de « La Cage aux folles » à « Chicago », en passant par « Le Roi Lion », ou « Les Demoiselles de Rochefort ».

Lire l'article dans le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/12/21/paris-prend-des-airs-de-broadway-sur-seine_6658993_3246.html

La liste est impressionnante : La Cage aux folles au Châtelet, Les Demoiselles de Rochefort au Lido, Chicago au Casino de Paris, La Petite Boutique des horreurs au Théâtre de la Porte-Saint Martin, Cher Evan Hansen au Théâtre de la Madeleine, Le Fantôme de l’Opéra au Théâtre Antoine, sans compter la reprise des Producteurs au Théâtre de Paris, de La Haine à La Seine musicale, mais aussi le retour de Notre-Dame de Paris et pas moins de deux adaptations de Monte-Cristo en janvier et février 2026…

Rarement la capitale a-t-elle accueilli autant de comédies musicales. S’il serait abusif de dire que Paris devient le nouveau Broadway, force est de constater que l’offre n’a jamais été aussi diverse, mêlant adaptations ou copies anglo-saxonnes, nouvelles productions en langue originale et créations françaises. Avec quelques beaux succès à la clé.

 
Cette nouvelle tendance d’un « Broadway-sur-Seine » est confirmée par les chiffres. Selon les données du Centre national de la musique, la fréquentation de ces spectacles enregistre une hausse de 22 % en 2024, portée notamment par le 1,3 million de spectateurs de Starmania. Selon le Baromètre annuel du public du spectacle vivant, réalisé chaque année par Ekhoscènes (syndicat des entrepreneurs du spectacle vivant privé), la part des Français déclarant assister à une comédie musicale au moins une fois par an est passée de 6 % en 2014 à 19 % en 2025. Le retour, vingt ans après sa création, du Roi-Soleil dans la mise en scène et chorégraphie de Kamel Ouali, annonçait presque complet avant les représentations cette fin d’année, au Dôme de Paris. « Le phénomène nous dépasse, s’exclame le chorégraphe. On ne s’y attendait pas. »

« Une renaissance »

« Ce n’est pas encore l’âge d’or, mais c’est une renaissance », considère Laurent Bentata, directeur général de Stage Entertainment France. Sa société, qui possède le Théâtre Mogador, produit actuellement Le Roi Lion (à l’affiche depuis cinq ans avec 440 000 spectateurs en moyenne par an), Les Producteurs et Chicago. « Cela fait vingt ans qu’on adapte des grands classiques de Broadway pour le public hexagonal et aujourd’hui ça paie, constate-t-il. Les succès aiguisent les appétits. » Auteur du beau livre 42e Rue. La grande histoire des comédies musicales (nouvelle édition augmentée, Marabout, 304 pages, 42 euros), Laurent Valière estime que les succès du Roi Lion et de Starmania « ont permis un saut qualitatif et nourri le terrain ».

Sur France Musique, où il est producteur, ce journaliste spécialisé anime chaque dimanche, depuis plus de quinze ans, l’émission « 42e Rue » consacrée à la comédie musicale. « Cette saison est un crash test, ça passe ou ça casse, poursuit-il. Il y a beaucoup de propositions, si le remplissage n’est pas au rendez-vous, ça retombera. Surtout, il a le sentiment que « les cloisons sautent. Des artistes comme Natalie Dessay (avec la fable musicale Gypsy à la Philharmonie) ou Laurent Lafitte, des metteurs en scène de théâtre comme Olivier Py ou Alexis Michalik osent la comédie musicale sans avoir peur des quolibets ».

 

Cette nouvelle ardeur du public pour la comédie musicale a mis du temps à jaillir. Les spectateurs français ne sont pas les Anglais, encore moins les Américains. Broadway, avec ses 41 salles à New York, et son correspondant West End à Londres, n’ont pas (encore) d’équivalent à Paris même si les adresses se multiplient dans la capitale.

 

« On attendait depuis longtemps cet engouement du public français, qui a peu à peu changé d’avis sur ce genre, souligne Luc Perin, président de l’association des Trophées de la comédie musicale. Les spectateurs français considéraient la comédie musicale comme un divertissement léger, manquant de sérieux, de fond, de sens. Mais cette vision a évolué grâce à l’attention des créateurs à la qualité du livret, à la création de personnages plus aboutis, avec des enjeux narratifs plus fouillés. » Comme le résume Kamel Ouali : « Le public est plus exigeant aujourd’hui mais on maîtrise beaucoup plus ce que l’on propose. On a pris de la bouteille ! »

Le succès de « Notre-Dame de Paris »

Au pays de Molière, la comédie musicale, considérée comme trop populaire, n’a pas toujours eu bonne presse. « Elle a longtemps été jugée comme un sous-art », constate Laurent Valière. Selon l’expert et auteur Patrick Niedo, qui a notamment écrit Hello, Broadway ! (Ed. Ipanema, 2017), « les Français ont commencé à aimer la comédie musicale dans les années 1970. Le phénomène a démarré avec des productions comme La Révolution française (1973), Mayflower (1975), de Guy Bontempelli et Eric Charden, et surtout Starmania (1978-1979). Les Américains, eux, qui se prennent moins au sérieux que les Européens du Vieux Continent, et dont la culture du spectacle est plus divertissante, sont les “inventeurs” de la comédie musicale qui s’est ensuite exportée en Angleterre, à partir des années 1930. »

 

Tout le monde s’accorde à dire que le virage historique remonte à 1998 et à Notre-Dame de Paris, de Luc Plamondon (parolier) et Richard Cocciante (compositeur), présentée au Palais des Congrès, à Paris. Enorme succès, adapté en dix langues et jouée dans vingt-quatre pays, ce best-seller, dont le tube Le Temps des cathédrales colonise les mémoires, campe en tête du palmarès. Il est de retour à partir du 19 décembre, toujours au Palais des Congrès.

 

Il est rejoint par Les Misérables, d’Alain Boublil et Claude-Michel Schönberg. Dans la mise en scène de Robert Hossein en 1980, repris en anglais par le producteur Cameron Mackintosh, la version anglophone tient l’affiche à Londres depuis 1985 ! Un carton qui se solde par une traduction en vingt-deux langues, des tournées dans le monde entier et 130 millions de spectateurs. C’est en accord avec le producteur britannique Cameron Mackintosh, avec Ladislas Chollat aux manettes, que la saga de Victor Hugo (1802-1885) a repris du galon en 2024, au Théâtre du Châtelet à Paris, où elle a fait salle comble.

« Etre traitée dignement en France »

Parallèlement, deux changements vont concourir à cette adhésion du public : le rachat en 2005 par Stage Entertainment du Théâtre Mogador et, un an après, l’arrivée de Jean-Luc Choplin à la tête du Théâtre du Châtelet. Entre les deux, le cœur des spectateurs balance. D’un côté, Cabaret, Chicago, Cats, Le Roi Lion… De l’autre, les tubes de Broadway (My Fair Lady, Kiss Me Kate, Show Boat, West Side Story…) et quelques œuvres de Stephen Sondheim.

« A l’époque, j’étais animé par deux choses, se souvient Jean-Luc Choplin. D’abord, casser les murs entre les catégories, qu’il s’agisse d’opéra, d’opérette ou de comédie musicale. Ensuite, permettre à la comédie musicale d’être traitée dignement en France, ce qui n’était alors pas encore le cas, les spectacles qui tournaient étant pauvres et ne pouvant convaincre le public. » Et d’inviter de belles équipes de production, des chanteurs lyriques fameux, des orchestres impeccables. « Il s’agissait aussi de faire découvrir au public français un répertoire d’œuvres qu’il ne connaissait pas et n’avait jamais eu l’occasion de voir sur scène », défend celui qui est désormais directeur artistique du Théâtre du Lido.

 

Pour revisiter Starmania en 2022, le metteur en scène Thomas Jolly a eu, dit-il « beaucoup de chance. Il y avait une vraie volonté des producteurs de créer un nouveau type de comédie musicale. Ils m’ont encouragé dans la prise de risque, ont eu l’audace de proposer une expérience spectaculaire pour créer du désir ». Ladislas Chollat partage le même type de constat. Le triomphe remporté, en 2024, par sa version des Misérables s’explique selon lui par un faisceau de paramètres. « Les propositions sont plus qualitatives et les producteurs donnent les moyens pour de beaux spectacles qui éblouissent le public, affirme le metteur en scène. Les écoles sont aussi de plus en plus nombreuses en France et forment des artistes de talent. »

 

 

 

A l’Académie internationale de comédie musicale, installée à Paris depuis 2004, est venue s’ajouter la classe libre de comédie musicale du Cours Florent, créée en partenariat avec Mogador en 2017. Les promotions de cette formation gratuite de perfectionnement varient de neuf à vingt élèves par an. « Antoine Le Provost, le premier rôle de Cher Evan Hansen, et Jacques Preiss, qui interprète Billy Flynn dans Chicago, sortent de cette classe », relève Laurent Bentata. « Il existe un vrai terreau d’artistes qu’il n’y avait pas il y a vingt ans », reconnaît Laurent Valière.

 

De plus en plus de jeunes gens tombent sous le charme de cet art complet, qui exige de savoir aussi bien danser que chanter et jouer la comédie. Fraîchement revenu du Canada où il a fait passer des auditions pour remonter Les Misérables – la production sera présentée à partir de juin 2026 au Théâtre Saint-Denis, à Montréal –, Ladislas Chollat souligne que « le niveau des Français vaut aujourd’hui celui de nos amis québécois ».

 

L’Ile-de-France compte actuellement onze écoles, selon l’association des Trophées de la comédie musicale. Pour leur huitième édition, en juin 2026, le show de remise des prix sera interprété notamment par des étudiants. « Nous les sélectionnons sur audition dans les onze centres de formation », précise Luc Perin. Ce sont au total une trentaine d’artistes sur environ 300 élèves qui participent au spectacle et décrochent ainsi leur premier contrat de travail.

 

Jean Robert-Charrier dirige le Théâtre de la Porte-Saint-Martin, où se produit actuellement La Petite Boutique des horreurs mise en scène par Valérie Lesort et Christian Hecq. Lui est beaucoup plus mesuré sur ce nouvel essor des comédies musicales. « Ça me déprime un peu d’en voir partout. C’est un genre que j’adore, je suis sidéré par ce que je peux voir à Londres ou à New York, mais on ne saura jamais aussi bien faire que les Anglo-Saxons. Ce qui distingue Paris, c’est l’exception théâtrale. Or, il y a actuellement un goût pour le divertissement musical qui se développe au détriment du théâtre », regrette-t-il.

 

Selon lui, la hausse des propositions relève d’une simple « mode qui s’était perdue, qui revient, et qui repartira. Quand on se penche sur l’historique du Théâtre de la Porte-Saint-Martin, on découvre que, dans les années 1970-1980, plusieurs grosses créations comme Hair, Mayflower, Chantons sous la pluie, et, déjà, La Petite Boutique des horreurs en 1987, y avaient été programmées ainsi que dans d’autres théâtres privés ».

Manque de salles

S’il a mis à l’affiche La Petite Boutique des horreurs, c’est « par fidélité » au travail du couple Lesort et Hecq et parce qu’il trouvait « insupportable que ce formidable spectacle n’ait été joué que neuf fois à l’Opéra-Comique ». Mais on ne l’y reprendra plus. Vingt techniciens, vingt artistes, un décor impressionnant, malgré le succès public et critique du spectacle, le théâtre enregistre une perte de 800 000 euros. Monter une comédie musicale coûte cher.

Par définition, le genre nécessite une troupe nombreuse, des musiciens, des costumes et une scénographie flamboyante. « On pourrait faire un lien avec l’opéra, tant il faut réunir de métiers », avance Thomas Jolly. Pour amortir une création, il faut qu’elle se joue longtemps. Mais les salles manquent, constate Laurent Bentata, à la recherche d’un deuxième Mogador dans la capitale. « Certaines comédies musicales, comme Le Roi Lion ou Chicago, ne peuvent pas tourner. Dans des Zénith, par exemple, conçus pour des concerts, on est obligé de construire des arcs de scène », dit-il en ajoutant : « Faute de lieux, j’ai plein de spectacles qui attendent dans des cartons : Aladdin, Mary Poppins, Michael Jackson. »

En aurait-on fini, comme l’appelle de ses vœux Thomas Jolly, avec le « complexe français » vis-à-vis des Anglo-Saxons et « une forme de mépris » vis-à-vis de la comédie musicale ? « Nous sommes à l’aube d’un décloisonnement des disciplines et des registres, un corset est en train de se desserrer », veut-il croire. Le directeur artistique des cérémonies des Jeux olympiques en 2024 rêve désormais d’adapter Sweeney Todd, de Stephen Sondheim. « Derrière ces spectacles, il y a une envie d’air. »

 

Sandrine Blanchard et Rosita Boisseau

 

Légende photo : Laurent Lafitte (Albin- Zaza) dans « La Cage aux folles », d’Olivier Py, au Théâtre du Châtelet, à Paris, en décembre 2025. THOMAS AMOUROUX/THÉÂTRE DU CHÂTELET

 

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December 20, 2025 5:49 AM
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«The Work», les traumas un peu trop méta de Susanne Kennedy 

«The Work», les traumas un peu trop méta de Susanne Kennedy  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Victor Inisan dans Libération - le 19 déc. 2025

 

La metteuse en scène, incontournable en Allemagne, clôt sa trilogie avec une déambulation collective dans sa psyché. Malgré des moments brillants, la pièce ne décolle pas vraiment.

 

Sur deux chaises rétro, une plasticienne et un critique d’art conversent : a priori, rien de bien surréaliste. A deux anomalies près (si on oublie la yourte aux couleurs arc-en-ciel trônant côté jardin) : leurs visages sont couverts par des masques en latex identiques, et ils font du playback. «Tout est préenregistré», annonce même le critique : typique de l’inquiétante étrangeté chère à Susanne Kennedy, incontournable de la scène allemande, découverte en France en 2018 avec Warum läuft Herr R.Amok ? puis revue au Festival d’Avignon avec le passionnant Angela [a strange loop], second opus d’une trilogie que The Work clôt sous la forme d’une rétrospective d’artiste : à travers Xenia, sorte d’alter ego de Kennedy, la metteuse en scène revient aussi sur dix ans de collaboration avec son binôme vidéaste et scénographe Markus Selg.

 

 

Rétrospective d’artiste certes, rétrospective de vie surtout : six avatars, mêmes masques en latex et mêmes voix en lip-sync, sortent du public et des coulisses pour interpréter Xenia-Susanne et son entourage (entendre ses parents et sa psy surtout). Avec un objectif ésotérique : exorciser ses traumas avant que Xenia ne meure. Et après un casting express, le faux mur en béton en fond de scène se lève : un décor monumental se cachait derrière, dont la yourte n’était qu’une infime partie. Sur l’immense moquette psychédélique, le cabinet de la psy, un salon panoramique, une chambre option frigo américain… Finie la séparation scène-salle, le spectateur peut se balader sur le plateau : on comprend mieux pourquoi au début du spectacle, l’ouvreuse annonce que les «photos et les vidéos sont autorisées».

Diablement frustrant

Magique intuition que d’errer en collectif dans un musée psychique – sauf que la fascination de Kennedy pour le métadiscours l’emporte largement sur la réminiscence du trauma du personnage. Car Xenia prend toute la place à force de diriger le jeu des avatars… Et si son omniprésence n’est pas dénuée de trouvailles visuelles (ils s’habillent peu à peu comme elle ; l’un d’entre eux accouche même d’une mini-Xenia), ce commentaire permanent du récit par lui-même empêche The Work de prendre vie. D’ailleurs Xenia, trop obnubilée par elle-même, échoue à se guérir par l’art. Pas grave, dira-t-on, tout ceci est cynique ou un prétexte pour les marottes théoriques de Kennedy : les boucles spatio-temporelles et les bugs, la simulation du réel, etc. Sauf que sans véritable exploration du trauma, cette déambulation dans le refoulé prend des airs de flânerie inoffensive…

 

Le spectacle est ainsi diablement frustrant. Tant de moments, écrasés par les tartines de méta, sont pourtant brillants : ici, un acteur observé par un poste de radio ; là, un autre agonisant dans les bras d’une Parque, sa voix en playback à deux mètres de lui ; là encore, le scan 3D anxiogène d’un foyer dysfonctionnel… Tous parlent à merveille du trauma refoulé : dommage qu’ils ne servent que de décorum.

 

Victor Inisan / Libération 

The Work de Suzanne Kennedy, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Ateliers Berthier, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, jusqu’au 21 décembre.

 

Légende photo : «The Work» clôt une trilogie sous la forme d’une rétrospective d’artiste. (Moritz Haase)

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December 19, 2025 5:46 PM
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Au festival du théâtre émergent Impatience, les pièces documentaires grandes gagnantes du palmarès

Au festival du théâtre émergent Impatience, les pièces documentaires grandes gagnantes du palmarès | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Pascaud dans Télérama - 19 déc. 2025

 

Jeudi, pour clôturer sa 17ᵉ édition, le public et le jury ont récompensé “Erdal est parti” de Simon Roth, récit d’un réfugié kurde. Les pièces “Ma nuit à Beyrouth” et “Ce Soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid” ont aussi été distinguées.

 

Parce qu’il a révélé bien des metteurs en scène d’aujourd’hui – de Thomas Jolly à Séverine Chavrier, de Tommy Milliot à Julie Deliquet - on attendait avec curiosité la 17e édition d’un Festival Impatience qui a toujours eu du nez, coordonné par le Centquatre-Paris avec la complicité de Télérama qui l’a créé. Forcément, les neuf spectacles sélectionnés y ont reflété la scène actuelle : nombre de pièces documentaires (4), de seuls en scène (3), écritures souvent « faites maison » par les metteurs en scène. Peu de grands textes.

 

Les créateurs émergents veulent se faire entendre eux-mêmes dans des sociétés qui n’écoutent plus guère. Ainsi le Prix des Lycéens est-il allé à Ma nuit à Beyrouth, de Mona El Yafi, autour des confidences chorégraphiées — dans un onirique et sombre espace — d’un danseur libanais après l’explosion du port de 2022. Il échoue à faire refaire son passeport, et témoigne avec émotion d’un monde dévasté.

 

On imaginait naïvement que les lycéens seraient davantage scotchés par Ce soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid, emprunté à l’irrésistible Alexandrie-Alexandra (1978) du défunt Claude François. Mais sont-ils devenus plus prudes que bien des sexas (et plus) à leur âge ? Récompensé par le Prix de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, ce spectacle délirant et funèbre retrace la destinée chaotique et provocatrice de Lune de fiel, émission de conseils sexuels de Fréquence Gaie, la première radio libre homosexuelle autorisée à émettre en continu, de 1981 à 1998.

 

On est d’abord abasourdi, voire agacé par la liberté verbale d’animateurs gays insolentissimes, tout en laissant peu de place à leurs collaboratrices lesbiennes… Tous époustouflants, les comédiens jouent à la fois à l’oreillette, selon d’authentiques enregistrements d’archives, et « à l’ancienne », dans de tristes solos évoquant les années sida. Nourri de vrai, ce théâtre documentaire imaginé par Julien Lewkowicz nous fait alors basculer en un temps pas si lointain où le rapport au sexe, à l’autre, à la vie, se nourrissait de drames comme de fêtes, de courage comme de défi. Un temps de combats et de tolérances que la compagnie Tous les jours de la vie ressuscite superbement.

 

Comme Simon Roth le cheminement d’un exilé dans l’inspiré Erdal est parti, Prix du jury comme du public. Réfugié kurde rencontré par hasard, Erdal aime à raconter sa vie cabossée de Turquie à la France, via la Suisse. Sans être jamais allé au théâtre, il demande à Simon d’en tirer spectacle. Pour laisser trace de ses tourments. Mais il veut un acteur français pour l’incarner, histoire d’avoir une « meilleure image » auprès du public. Même au théâtre, la représentation de soi n’en finit pas d’être un problème… Simon filme ses confidences, qui apparaissent sur de multiples écrans. À tour de rôle, en play-back ou pas, quatre comédiens virtuoses portent chacun sa parole, tel un chœur antique. Qui donc est finalement Erdal, démultiplié dans ce poignant parcours d’images, de sons, de verbe, de danse ? De quoi sommes-nous faits, individuellement, collectivement ? Avec délicatesse, Simon Roth met en scène « l’identité ». Et comment elle se révèle davantage par l’autre. Une troublante histoire de secret familial le relie ainsi mystérieusement à Erdal. Comme lui, son aïeul n’a avoué sa tragédie — sa déportation à Auschwitz — qu’à un inconnu. Du besoin de l’étranger pour nous accepter. Et aussi, peut-être, de ce nouveau théâtre documentaire enfin sans didactisme, sans complaisance, mais mûri, et entêtant de poésie.

 

Fabienne Pascaud / Télérama

 

TT Ma nuit à Beyrouth, le 14 janvier à Saint-Quentin, 17 et 18 janvier à Guyancourt, 31 janvier à Pont-Sainte-Maxence, 6 et 7 mars à l’Institut du monde arabe, Paris 5e
 

TTCe Soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid, du 19 mars au 4 mars Paris-Villette, Paris 19e
 

TTT Erdal est parti, du 11 au 13 mars à Grenoble, le 22 avril à Marseille.
 
 
Légende photo : La pièce « Erdal est parti » de Simon Roth est née de la vraie rencontre entre le metteur en scène et un réfugié venu de Turquie. Photo Christophe Raynaud De Lage
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December 18, 2025 3:27 PM
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Le comédien Philippe Caubère mis en examen pour proxénétisme

Le comédien Philippe Caubère mis en examen pour proxénétisme | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Télérama, avec AFP - Publié le 11 décembre 2025

 

Déjà poursuivi pour viols, agressions sexuelles et corruption de mineurs, l’acteur connu pour ses rôles au théâtre et dans “La Gloire de mon père” et “Le Château de ma mère” est cette fois soupçonné de proxénétisme.

 

Le comédien Philippe Caubère, déjà poursuivi pour viols, agressions sexuelles et corruption de mineurs sur trois mineures, a été mis en examen pour proxénétisme, a indiqué jeudi le parquet de Créteil à l’AFP, confirmant une information de BFMTV. Philippe Caubère, âgé de 75 ans, a été mis en examen le 24 novembre. Il est soupçonné d’avoir contraint sa victime à avoir des relations sexuelles tarifées avec des centaines d’hommes, selon la chaîne d’information. Contactée par l’AFP, l’avocate du comédien, Mᵉ Fanny Colin, n’a pas souhaité faire de commentaire.

 

Dans une interview au quotidien Libération en janvier, la comédienne Agathe Pujol, à l’origine d’une des plaintes, avait déjà affirmé avoir été victime de viols « organisés plusieurs fois par semaine » entre 2011 et 2018 par Philippe Caubère au cours desquels ce dernier « regarde et prend des photos ».

Figure de la scène théâtrale, Philippe Caubère a été mis en examen en février 2024 pour des faits s’étant déroulés, selon les victimes, en 2012 pour une première, et entre 2010 et 2019 pour une deuxième. Philippe Caubère a reconnu avoir eu une relation intime pendant quatre mois en 2012 avec une mineure âgée de 16 ans, une relation selon lui consentie. Il est aussi mis en examen pour corruption de mineure de plus de 15 ans sur une troisième victime, des faits ayant eu lieu entre 2019 et 2021.

En octobre, son ancienne avocate, Mᵉ Marie Dosé, a elle-même été mise en examen pour soustraction ou altération de document dans une enquête visant son ex-client suite à une première plainte pour viols déposée en 2018. Le parquet avait classé cette plainte sans suite en 2019, « aucun élément » ne permettant « de corroborer les déclarations de la plaignante sur l’absence de consentement ». Selon le quotidien Le Monde, Mᵉ Dosé est soupçonnée d’avoir fait disparaître un ordinateur personnel de Philippe Caubère, dont les contenus auraient pu se révéler compromettants pour le septuagénaire.

 

Télérama, avec AFP

 

Légende :  Philippe Caubère. Photo Julien Pebrel/MYOP

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December 18, 2025 3:18 PM
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Dominique Blanc quitte la Comédie-Française 

Dominique Blanc quitte la Comédie-Française  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sonya Faure / Libération   -  Publié le 11/12/2025

 

L’actrice, qui a incarné la Marquise de Villeparisis proustienne ou la Dorine du «Tartuffe» au Français, annonce dans une interview à «Télérama» mettre fin à une aventure de près de dix ans.

 

 
 
 

Quoiqu’elle fasse, sur scène ou dans la vie, Dominique Blanc le fait avec classe. Récemment encore, dans Contre, jouée dans la salle du Vieux-Colombier, elle était une géniale critique de cinéma Pauline Kael. Pour la Comédie-Française elle avait aussi été Varvara Pétrovna Stavroguina dans les Démons de Guy Cassiers ou Helena Ekdhal dans Fanny et Alexandre de Julie Deliquet. Elle quitte l’institution avec élégance, en expliquant, dans une interview parue ce mercredi dans Télérama, qu’à bientôt 70 ans, elle doit se consacrer à son «amoureux» dont l’état de santé se dégrade et dont elle doit s’occuper. Comment le faire quand on répète l’après-midi avant de jouer le soir, et souvent le week-end, explique-t-elle ? Simplement et sans pathos, l’actrice pose la question des aidants et du soin qu’on doit apporter à l’autre dans un couple qui vieillit.

 

 

Comme tous ceux qui quittent la fameuse institution, Dominique Blanc invoque aussi sa volonté de prendre du champ : «A la veille de mes 70 ans, en 2026, j’ai besoin de liberté, je n’ai plus envie qu’on décide de mon temps à ma place. Le temps à venir doit être celui de mon propre désir.» Franche, elle confie qu’elle a pu être isolée au sein de la troupe : «Je m’y suis sentie très seule à mon arrivée, en 2016, et pendant longtemps. Mes rôles au cinéma, à la télévision rendaient peut-être mes camarades suspicieux.» Et griffe Ivo Van Hove, qui a été son pire souvenir au Français quand il a fallu jouer son Tartuffe : «Il ne sait pas communiquer avec les femmes.» On souhaite bon courage aux actrices qui préparent  son  Hamlet  programmé à l’Odéon dans le cadre de la saison de la Comédie-Française hors les murs, à partir de janvier.

 

 

Enfin, bien sûr, le départ d’Eric Ruf de la tête de la Comédie française cet été, lui qui l’avait engagée en 2016, a joué lui aussi dans sa décision de la quitter à son tour : «C’est lui qui m’a embauchée et notre relation était privilégiée […]. Il aura été un administrateur qui a véritablement fait “œuvre” au Français, par ses choix artistiques et par l’apaisement qu’il a apporté.»

 

 

Il y a quelques semaines, Dominique Blanc rendait sa légion d’honneur pour contester contre l’éternel retour de Rachida Dati, et de ses casseroles judiciaires, au ministère de la Culture. Elle prenait également la parole dans l’Humanité sur les actes sexistes qu’elle avait affrontés dans le cinéma et au théâtre. A la Comédie française ou au-dehors, la liberté a l’air d’être son affaire.

 

Sonya Faure / Libération 

 

Légende photo  : Dominique Blanc lors du 78e Festival annuel de Cannes, le 13 mai. (Pascal Le Segretain/Getty Images. AFP)

 
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December 18, 2025 2:59 PM
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“Fusées”, une conquête spatiale pleine d’humour et de magie au Théâtre des Célestins à Lyon

“Fusées”, une conquête spatiale pleine d’humour et de magie au Théâtre des Célestins à Lyon | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Kilian Orain dans Télérama - 17 déc. 2025

 

Boris et Kiril, deux cosmonautes soviétiques, se retrouvent coincés dans l’espace. S’ensuit un voyage à travers l’histoire de l’Univers, dans une simplicité savoureuse. À voir jusqu’au 21 décembre à Lyon, puis en tournée. Dès 6 ans.

 

Réservé aux abonnés - lire sur le site de Télérama

 

Un piano poussé par sa musicienne (Claudine Simon) déboule, suivi de trois personnages accidentés portant bandages, plâtres et pansements. Rires dans la salle. Cette truculente entrée en matière donne le ton de ce spectacle tout public où fourmillent d’ingénieuses trouvailles. Créé en 2024 par l’autrice-metteuse en scène Jeanne Candel et son équipe, Fusées s’arrime à l’histoire vraie de deux cosmonautes soviétiques coincés dans l’espace, qu’a reprise le réalisateur roumain Andrei Ujica dans Out of the Present (1995). La pièce enjambe des échelles, grandes et petites, pour déplier l’histoire de la naissance du monde jusqu’à celle, particulière, de Boris et Kiril, prisonniers de la conquête spatiale. Sur la scène d’un petit castelet se rejoue d’abord la naissance de l’Univers façon Guignol. Puis vient le tour des deux habitants de l’espace.

 
Respectivement incarnés par les excellents Vladislav Galard et Jan Peters, le prudent et réservé Boris et le téméraire et solaire Kiril n’ont pour seule compagnie que celle de Viviane (éclatante Sarah Le Picard), l’ordinateur de bord de la station spatiale, terrain fertile de gags insensés. Sans technologie sophistiquée, Fusées puise dans la tradition du texte et de l’oralité. Les décors y sont réduits à l’essentiel et les bruits de décollage, des déplacements ou les effets de l’apesanteur mimés par les corps et voix des comédiens. En un peu plus d’une heure, ce spectacle nous aura fait côtoyer une magie que seul le théâtre permet.
 
 
55 mn. Mise en scène Jeanne Candel. Avec Vladislav Galard, Sarah Le Picard, Jan Peters et Claudine Simon. Du 17 au 21 décembre, Théâtre des Célestins (Lyon). Puis en 2026 à Vanves, Colmar, Clermont-Ferrand, Nice, Paris, Le Creusot, La Roche-sur-Yon, Lorient, Saint-Denis, Bordeaux

Plus d'infos

  •  
  • Théâtre Gérard Philipe, 59 boulevard Jules-Guesde, 93200 Saint-Denis

  •  
  • Théâtre Jean-François Voguet, 18 allée Maxime-Gorki, 94120 Fontenay-sous-Bois

  •  
  •  
  • Théâtre des Deux-Rives, 107 rue de Paris, 94220 Charenton-le-Pont

  •  
  •  
  • Maison des arts, place Salvador-Allende, 94000 Créteil

  • Dates

    Du 25/03/2026 au 28/03/2026
    Le 18/04/2026
    Le 09/04/2026
    Le 14/04/2026

 

Légende photo : Sans emploi de technologie particulière pour les décors, « Fusées » revient à l’origine même du théâtre : le texte et l’oralité. Photo Jean-Louis Fernandez

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December 16, 2025 5:52 PM
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Jean-Marc Dumontet, ses affinités électives 

Jean-Marc Dumontet, ses affinités électives  | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Marie-Dominique Lelièvre dans Libération 
Publié le 15/12/2025 


Le producteur de spectacles et propriétaire de théâtres est un des derniers inconditionnels du couple Macron.

 


Derrière une porte du salon Ravel, Marc Lavoine répète Qui a peur de Virginia Woolf ? qu’il interprétera avec Béatrice Dalle au Théâtre Antoine, dans le Xe arrondissement de Paris, à partir du 29 janvier. Dans les loges, les Ukrainiens du chœur Homin décortiquent des pistaches avant le récital du soir. Sur les tables du nouveau restaurant, on distribue le menu. Comme s’il déballait une boîte de Lego, Jean-Marc Dumontet (JMD) ouvre des portes, ferme des portes, heureux de montrer la salle prestigieuse qu’il vient d’investir, grand orgue surplombant la scène et 800 fauteuils. «75 000 euros par mois», souffle-t-il. Le loyer.

 

Salle historique de la musique de chambre, Gaveau est classée monument historique, comme la salle Pleyel, autre joyau de la musique classique convoité par Dumontet, dont la concession est revenue finalement à l’entrepreneur Marc Ladreit de Lacharrière. Son banquier historique, la Société bordelaise, qui lui a fourni de quoi racheter tous ses théâtres, lui a prêté les 8 millions d’euros demandés par les propriétaires pour céder la marque et le fonds de commerce. «Il me fait confiance. Je suis hypercarré, j’aime les chiffres. Je me demande quelles seront mes charges, mes recettes…» Une banque qui lui a permis de reprendre le Théâtre Antoine, Bobino, le Théâtre libre, le Grand et le Petit Point Virgule… «En rachetant Bobino, en 2010, j’empruntais 100 % du montant. Heureusement, Canteloup a explosé et Alex Lutz commencé à se développer.» Parce qu’en plus, il est leur producteur.

 

Plus passe-muraille que Dumontet, difficile, pense-t-on au premier regard. Costume maussade, boutons de manchette sans éclat, silhouette sans âge, voix chuchotante, le tout si gris que même les yeux bleus semblent de cette couleur. «La discrétion bordelaise», dit son ami, l’animateur Bernard Montiel, Bordelais comme lui. Une élégance muette qui soulignerait le dédain de Bordeaux pour l’argent et l’ostentation ? Le costume est taillé dans du prince-de-galles, un Holland & Sherry, comme James Bond dans Goldfinger. Dumontet trompe son monde…

 

Montiel : «L’été, au Pyla, Jean-Marc fait ses courses au supermarché dans une voiture banale. C’est pas le genre à rouler en Ferrari», Dumontet y possède une jolie, une très jolie maison, mais rien de bling-bling. Les deux hommes, qui se connaissent depuis bientôt quarante ans, partagent, quoi qu’il en coûte, un gros crush pour le couple Macron.

 

 

C’est du reste dans une loge, en septembre 2015, au Théâtre du Vieux Colombier (VIe), que JMD a rencontré Brigitte et Emmanuel Macron venus, comme lui, voir 20 000 lieues sous les mers. Coup de foudre. Pour les revoir, Dumontet demande à son amie Line Renaud d’organiser chez elle un dîner avec le couple d’Amiénois. Avec Line, il a monté Harold et Maude en janvier 2012. «Line me parlait d’Emmanuel Macron, j’aimais bien son côté libre, iconoclaste, disruptif.»

 

Fasciné par sa «densité intellectuelle, il sait tout sur tout», Dumontet décide de suivre la campagne électorale. Le 6 janvier 2017, Emmanuel Macron est attendu pour un meeting à la MJC de Nevers (Nièvre). «Ne venez pas, vous allez vous emmerder, c’est un truc sur la médecine.» Mille personnes dedans, deux cents dehors. Refuser des spectateurs, un truc qui d’emblée heurte le patron de théâtre. Celui qui se produit est le Macron des débuts, gringalet mal fagoté, qui se plie en deux pour attraper au sol sa bouteille d’eau, avec une voix de fausset, qui entonne tout seul la Marseillaise à la fin du show.

 

 

«Je lui ai fait une note de 4-5 pages. Sévère. Son discours était monocorde, un exposé aride sans la moindre rupture, le pupitre était étroit, son costume gris triste à pleurer.» Bah justement, à propos de costume gris, bon, nous y reviendrons. Il a suivi 25 meetings, assis à côté de Brigitte Macron, surveillant les progrès de son stagiaire. «Lui, il a toujours cru en sa bonne étoile»…

 

Il reste un des derniers inconditionnels du président de la République, au point que l’hebdomadaire Marianne le surnomme «le dernier macroniste». Dumontet juge même topissime le bilan du petit : «Il a créé 2 millions d’emplois» (1,7 million d’emplois salariés durant le premier mandat, selon l’Insee). Le chiffre stagne depuis. «Et puis il a favorisé l’apprentissage», totem macronien fortement critiqué pour ses dérives et effets d’aubaine, «offert une grande lisibilité aux entreprises», etc.

 

Les Français semblent dubitatifs ? «En fin de mandat, on se démonétise toujours»… La DZ Mafia elle-même ne tirerait pas une critique anti-Macron au producteur. Aujourd’hui, les deux hommes se côtoient surtout au spectacle. Les siens et ceux des autres. Le Président se glisse dans les salles par l’entrée des artistes bien sûr.

 

Dumontet continue à collectionner les théâtres comme d’autres les pin’s, le petit badge équipé d’une punaise qui fut la cryptomonnaie des années 90. A propos de pin’s, ils ont fait la fortune de Jean-Marc Dumontet. A 24 ans, il lance la Boîte à pin’s après un accord avec un fabricant de Taiwan déniché dans l’annuaire de la chambre de commerce. Et voilà l’Aquitaine inondée de ses badges. En deux ans, il rafle 20 millions de francs de chiffre d’affaires et en empoche 4. Il est riche. (Et vous aussi, si vous possédez un pin’s McDonald - 10 ans de la Boîte à pin’s Bordeaux, qui clôture à 59,94 euros cette semaine sur Ebay.) Que faire de cette petite fortune ? Louer un théâtre à Bordeaux et programmer pendant six semaines la Java des mémoires, un spectacle musical monté par Roger Louret que Dumontet a vu sur les conseils de sa sœur. Peut-on gagner de l’argent en vendant des places de théâtre ? Oui, sans doute, puisqu’il n’a jamais cessé depuis et qu’il sait compter. Et même si l’argent n’est pas tout, l’argent compte beaucoup.

 

Il a grandi dans le vieux Bordeaux, 20, rue du Palais-de-l’Ombrière. Son père Bernard et son grand-père Louis-Antoine étaient notaires au 12-14, rue du Palais-de-l’Ombrière, à l’ombre de l’ancienne résidence médiévale des ducs d’Aquitaine. Scolarité au lycée Saint-Genès, à Bordeaux, sous la tutelle des Frères des écoles chrétiennes. Aujourd’hui, il n’est plus catho, dit-il. «J’ai été élevé dans cette foi, mais je ne crois pas du tout.» Il se sent plus proche de la religion juive, «qui n’est pas prosélyte et questionne tout le temps».

 

 

Sciences-Po Bordeaux, droit des affaires, école de notariat, il devait être notaire. C’était sans compter sur sa fibre entrepreneuriale l’Institut du leadership. Car boum, il découvre le journalisme avec Philippe Tesson, au Quotidien de Paris, dont il devient le correspondant en Aquitaine avant de lancer un journal, puis Pin’s Bordeaux, et Pizza Coyote, livraison à domicile. «Il était entreprenant, brillant, malin, ambitieux», dit Bernard Montiel. «L’argent, c’est une boussole, un combustible que je ne peux jamais oublier.» Pas pour acheter un yacht, mais sans doute d’autres salles… Il est marié à Isabelle Barbot depuis vingt-sept ans, ils ont quatre enfants. Chaque matin, il se lève tôt pour lire le Monde et Libération.

 

Jean-Marc Dumontet en quelques dates

 

17 février 1966 Naissance à Bordeaux.

 

1991 La Boîte à pin’s Bordeaux (Gironde).

 

2010 Rachète Bobino.

 

2014 Directeur des Molières.

 

Automne 2015 Rencontre des Macron.

 

2024 Rachat de la salle Gaveau.

 

Légende photo : Jean-Marc Dumontet à Paris, le 19 novembre 2025. (Boby/Libération)

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December 11, 2025 6:37 AM
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Avec « I Will Survive », spectacle sur les violences conjugales, la troupe des Chiens de Navarre mord fort

Avec « I Will Survive », spectacle sur les violences conjugales, la troupe des Chiens de Navarre mord fort | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard dans Le Monde - 10 déc. 2025

 

La compagnie dirigée par Jean-Christophe Meurisse redouble d’impertinence et d’intelligence avec sa nouvelle création, qui s’inspire de l’affaire Jacqueline Sauvage et du licenciement par France 2 de l’humoriste Tex.

 


Lire l'article sur le site du "Monde" :
https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/12/10/avec-i-will-survive-spectacle-sur-les-violences-conjugales-la-troupe-des-chiens-de-navarre-mord-fort_6656780_3246.html?fbclid=IwY2xjawOniyJleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEed851Rj6qitIVT9jGglBhNiiB86X1a-F69tulEAiSj_gmVmIYzaj0CMgEfp4_aem_be2H7367xZSG19moW_ID1w

 

Les Chiens de Navarre gardent le cap de l’actualité et frappent à nouveau les esprits avec leur dernière création, I Will Survive. Comme à chaque charge de cette troupe radicale et explosive, l’humour féroce se mêle à la gravité. S’emparant de deux sujets de société en apparence sans lien – les violences conjugales et la liberté de rire de tout –, la meute de Jean-Christophe Meurisse livre une tragi-comédie grinçante, avec la justice pour fil rouge.

Après s’être attaquée à l’identité nationale (Jusque dans vos bras, 2017), aux névroses familiales (Tout le monde ne peut pas être orphelin, 2019) et à l’impact de l’état du monde sur la santé mentale (La vie est une fête, 2023), la compagnie s’inspire de deux faits réels : l’affaire Jacqueline Sauvage (1947-2020), femme violentée et abusée sexuellement et condamnée à dix ans d’emprisonnement en 2014 pour avoir tué son mari avant d’être graciée, en 2016, par le président de la République François Hollande. Et le licenciement par France 2 de l’humoriste Tex, en décembre 2017, après une « blague » sur les femmes battues (« Tu sais ce qu’on dit à une femme qui a déjà les deux yeux au beurre noir ? On ne lui dit plus rien, on vient déjà de lui expliquer deux fois »).

 

L’histoire débute dans une école primaire où la directrice (Lula Hugot) reçoit, tout en bienveillance, une mère d’élève (Delphine Baril) pour lui parler de son fils Lucas, dont l’attitude triste et renfermée inquiète l’équipe pédagogique. La scène, interprétée avec une justesse remarquable, pose le premier sujet : si Lucas va mal, c’est parce que sa mère, Cécile Gallot, est battue par son mari et tétanisée à l’idée d’en parler. Fondu au noir. Le rideau s’ouvre sur le studio d’une émission de radio, « Le Grand Midi ». Dans cette parodie de « La Bande originale » sur France Inter, une animatrice, entourée de chroniqueurs, a invité un scientifique. Auteur de Droit dans le mur, un traité sur l’écologie, sa parole est sans cesse coupée par les interventions blagueuses de la petite équipe qui ne cesse de glousser.

 

Lire l’entretien avec Jean-Christophe Meurisse (en 2014) : Article réservé à nos abonnés « Si je ne ris pas, je crève »
 

Vient alors le tour de la chronique de Didier Moreau (Fred Tousch). L’humoriste, utilisant le « contexte » des cinq fruits et légumes par jour, sort sa blague : « Une femme, quand elle ramène sa fraise, on lui met une pêche dans la poire, elle tombe dans les pommes mais elle garde la banane. » Eclats de rire dans le studio mais réactions outrées sur les réseaux sociaux. Mis en cause par les associations féministes, Didier Moreau est convoqué par sa direction pleutre, écarté de l’antenne et poursuivi pour incitation à la haine et à la discrimination. Le second sujet d’I Will Survive, celui de la liberté d’expression, est énoncé.

Bêtise crasse et vulgarité

Deux récits vont alors se superposer dans lesquels le collectif mené par Jean-Christophe Meurisse fait des étincelles dans la qualité du jeu, maniant aussi bien le grotesque et la tragédie que l’outrance et l’émotion. Un dispositif scénique à étages et de différentes profondeurs permet de passer du commissariat au salon du couple Gallot, d’un bureau de l’Elysée au tribunal, et offre différents niveaux de lecture visuelle à plusieurs scènes. Certaines – comme celle où un policier tente de recueillir la plainte de la femme battue pendant que ses collègues, au-dessus, boivent et dansent à l’occasion d’un pot de départ – fonctionnent de manière quasi cinématographique.

 

Fidèles à leur marque de fabrique, Les Chiens de Navarre ne nous épargnent rien : ni la bêtise crasse et la vulgarité de certains personnages, ni le calvaire vécu par Cécile Gallot avant son geste définitif, ni le sang et la violence. Le spectacle est d’ailleurs « fortement déconseillé aux moins de 16 ans, certaines scènes [pouvant] heurter la sensibilité des spectateurs », préviennent les programmateurs. Mais l’impertinence de cette troupe procure aussi un rire terriblement cathartique. Malgré quelques maladresses – l’impudeur sans limite d’un prisonnier, une participation inutile du public lors du procès final –, I Will Survive tisse avec intelligence deux histoires qui dévoilent, petit à petit, les fractures de l’époque jusqu’à une mémorable rencontre finale entre l’humoriste et la femme battue.

 

Si le procès en appel de Cécile Gallot pose de manière remarquable la tragédie des femmes victimes de violences conjugales, la réflexion sur le comique bas du front pris au piège de ses propres mots aurait mérité d’être plus approfondie. Reste que la capacité des Chiens de Navarre à marquer les esprits demeure intacte. A l’image du cadre supérieur transformé en Joker dans La vie est une fête, le procureur mué en Dark Vador d’I Will Survive est aussi dérangeant qu’inoubliable.

 

 

« I Will Survive », par Les Chiens de Navarre. Mise en scène : Jean-Christophe Meurisse. Grande Halle de La Villette, Paris 19e, jusqu’au 13 décembre. Puis en tournée : à la MAC de Créteil (Val-de-Marne), du 8 au 14 janvier 2026 ; à L’Onde, à Vélizy-Villacoublay (Yvelines), les 22 et 23 janvier 2026 ; aux Bords de Scènes, à Juvisy-sur-Orge (Essonne), les 30 et 31 janvier 2026 ; à la MC2 de Grenoble, du 4 au 6 février 2026… et au Théâtre des Bouffes du Nord, Paris 10e, du 29 mai au 27 juin 2026.

Sandrine Blanchard / Le Monde 

 
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December 9, 2025 8:22 AM
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La petite cuisine du réalisateur Amine Adjina contre les préjugés

La petite cuisine du réalisateur Amine Adjina contre les préjugés | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Valentin Pérez dans Le Monde - 9 décembre 2025

 

Après une longue carrière dans le théâtre, l’acteur et metteur en scène réalise son premier film, « La Petite Cuisine de Mehdi », en salle le 10 décembre, dans lequel il explore avec humour le thème de la double culture.

Lire l'article sur le site du "Monde" : 

https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2025/12/09/la-petite-cuisine-du-realisateur-amine-adjina-contre-les-prejuges_6656570_4500055.html

Le rendez-vous est fixé dans la chaleureuse brasserie de l’Est parisien Chez Justine, qui s’avère être, précise le réalisateur Amine Adjina, le lieu où il fut barman il y a vingt ans. Après une maîtrise de gestion, il avait pointé son nez à la Sorbonne. « En arrivant dans l’amphithéâtre, je me suis dit : “Je vais partir et je ne reviendrai plus.” »

Une fois la porte claquée, les services du soir dans ce restaurant lui ont permis de financer des cours de théâtre à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), puis au conservatoire de Créteil (Val-de-Marne). « Je rêvais de cinéma, mais je voulais surtout jouer, et c’est d’abord le théâtre qui m’a happé. Au fond de moi, c’est bizarre, mais je me suis toujours dit : “Le cinéma, ça arrivera à 40 ans.” »

 
Nous y voilà. Le 10 décembre, La Petite Cuisine de Mehdi, le premier film d’Amine Adjina, 41 ans, fera sa sortie dans les salles françaises. Il n’en est pas l’interprète mais le scénariste et le réalisateur.

Derrière les apparences d’une comédie de quiproquos – un chef cuisinier trentenaire (Younès Boucif) dissimule sa mère algérienne à sa petite amie française et demande à une tenancière de bar (Hiam Abbass) d’incarner sa fausse génitrice, jusqu’à s’emberlificoter dans son mensonge –, le long-métrage interroge les tiraillements liés à sa double culture. « Moins en raison de la honte que par des conflits de loyauté que cela provoque », souligne ce Franco-Algérien dont le père a tenu un café-restaurant oriental dans le quartier populaire de Barbès.

Eloge de la mixité

Avant de passer derrière la caméra, Amine Adjina, formé à l’école de cinéma la Fémis en écriture de scénarios, a accumulé quinze années d’expérience dans le théâtre, toutes déjà traversées par la question des identités hybrides, du multiculturalisme ou de la mémoire algérienne.

 

Comédien, il a donné à entendre au public les mots de l’écrivain figure de l’anticolonialisme Frantz Fanon ou de l’auteur autrichien Peter Handke. Dramaturge et cometteur en scène avec sa complice et compagne, Emilie Prévosteau, il déploie, de pièce en pièce, une œuvre qui propose un éloge de la mixité.

 

 

Un garçon français qui ruse pour se faire passer pour arabe afin de garder un ami (Arthur et Ibrahim, en 2018), trois gamins qui déconstruisent le roman national (Histoire(s) de France, en 2021), des citoyens luttant pour la survie d’un jardin ouvrier (Nos jardins, en 2023)…

 

Son écriture, précise et gaie, questionne la réalité de ce qui lie et sépare des personnages évoluant souvent dans des lieux publics : l’école, le jardin, aujourd’hui la salle de restaurant, et, dans une de ses prochaines créations, le salon de coiffure. « C’est dans ces endroits extérieurs au foyer que la rencontre est possible, que l’altérité peut surgir. »

« Des gens représentés nulle part »

Féru d’histoire, Amine Adjina profite du plateau pour convoquer librement des icônes du passé et les confronter à ses protagonistes. Ainsi, avec lui, un Vercingétorix peut renaître, mais sous des traits féminins ; Louis XIV ou Louis XVI, dialoguer avec la jeunesse des années 2020. « Dans cette période où on voudrait nous raconter une certaine pureté de l’histoire et de l’identité française, j’aime pouvoir détourner ces figures », dit Amine Adjina en sortant de sa poche La France éternelle, une enquête archéologique (La Fabrique, 2025), le dernier livre de Jean-Paul Demoule, dans lequel il bat en brèche les idées préconçues sur nos racines notamment gauloises.

 

 

C’est à Oran, sur la côte algérienne, que le primo-cinéaste a passé les étés de son enfance, des journées entières à traîner joyeusement dans le quartier, à jouer avec les cousins, des mélodies de raï pour bande-son. « Des vacances de grande liberté », se souvient-il, avant le retour à Paris, métro Château-Rouge (18e). Les artistes qui l’inspirent sont souvent ceux qui racontent les influences brassées et « une certaine histoire de l’immigration » : Abdellatif Kechiche, Martin Scorsese ou Pier Paolo Pasolini, dont il s’est emparé du Théorème en 2023, pour une adaptation à la Comédie-Française.

 

« J’essaie, au théâtre comme au cinéma, de faire surgir, sans pathos, des gens que je ne vois nulle part représentés. Je montre par exemple, dans mon film, qu’une mère maghrébine n’est pas cette pauvre petite femme lisse qui s’efface en demandant pardon. En ce sens, bien sûr que mon travail est politique », revendique-t-il.

 

Il mesure, de façon très personnelle, les effets de la détérioration des relations diplomatiques entre Paris et Alger. « Ma mère, qui vit en France depuis cinquante ans, a dû attendre pas moins de dix mois avant le renouvellement de sa carte de résidente », confie-t-il. La possibilité de voir une de ses pièces jouée à Alger a tourné court récemment, en raison du contexte politique.

 

Mais cela ne l’empêche nullement de continuer à creuser le sillon de sa double culture. La Petite Cuisine de Mehdi, prévient-il, n’est que le premier long-métrage d’une trilogie consacrée aux relations franco-algériennes. Il prévoit déjà de situer l’intrigue de son dernier volet de l’autre côté de la Méditerranée, sur la terre de ses parents.

 

Valentin Pérez / Le Monde 

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Emma Dante : «Je fais un théâtre préhistorique» 

Emma Dante : «Je fais un théâtre préhistorique»  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Aïnhoa Jean-Calmettes dans Libération - publié le 13 janvier 2026

 

 

Rencontre avec la metteuse en scène italienne amoureuse des paradoxes et de la subversion. Trois de ses créations sont jouées en France cette année.

 

Oubliez donc Mars, Vénus et les best-sellers de développement personnel. Dans la nouvelle création d’Emma Dante, les hommes et les femmes ne viennent pas de différentes planètes mais de différentes époques. Elles vivent bien ancrées dans leurs baskets et leur temps, pendant qu’eux sont coincés dans le vortex d’un monde qui ne veut pas changer. Conservés dans des malles au grenier, avec leurs idées aussi poussiéreuses que leurs costumes et perruques d’un autre siècle, on les sort seulement lorsqu’ils peuvent servir à quelque chose. Délicieuse ironie, que de voir pour une fois cette moitié-là de l’humanité rivée à l’espace domestique et faire partie des meubles.

 

 

A quelques jours de la première, dans un petit salon du théâtre du Rond-Point qui accueillera le spectacle, la metteuse en scène italienne évoque cette inversion les yeux étincelants. Cette transgression initiale ne présage pour autant rien du débat qui viendra déchirer le foyer – les patriarches et prétendants une fois réveillés – et ce, sans jamais trouver de résolution. Les femmes peuvent-elles se piquer de philosophie, de politique et d’esprit, ou doivent-elles se contenter de rêver de beaux mariages et de battre des cils en écoutant les hommes palabrer ?

«L’ange est un personnage magnifique, mais il n’est pas heureux»

Les amateurs de classiques reconnaîtront sans doute ici l’argument des Femmes savantes. En ce début d’année, la confrontation avec Molière, inaugurale, cache deux autres créations et d’autres premières fois pour l’artiste de 58 ans : première pièce en français, première collaboration avec la Comédie-Française et donc sans les fidèles interprètes de sa compagnie Sud Costa Occidentale, fondée à Palerme en 1999. Emma Dante n’en est pas moins en terrain familier. Depuis mPalermu (2001), elle ne cesse d’ausculter la famille comme matrice de toutes les violences et de porter à la scène des trajectoires de femmes en quête d’émancipation dans des sociétés qui les étouffent, parfois jusqu’à l’irréparable. «Le patriarcat est une maladie culturelle qui se transmet au sein des familles de génération en génération. Pour en sortir, des idées génériques ne suffiront pas. Nous avons besoin de recréer de toutes pièces un nouvel alphabet.»

 

Et d’en finir avec les images d’Epinal. Pour y parvenir, la metteuse en scène les pousse jusqu’à l’extrême ou les subvertit par la nuance. Dans L’Angelo del Focolare, l’artiste associée au Centre dramatique national de Rouen creuse la littéralité d’un symbole, omniprésent dans l’inconscient collectif italien et dans lequel les femmes ont été emprisonnées pendant des siècles. «L’ange du foyer, c’est cette épouse, mère, bonne à tout faire sans salaire, qui alimente la cheminée. Si elle se lève et sort, le feu s’éteint et tout s’écroule. L’ange est un personnage magnifique, mais il n’est pas heureux. Parce qu’il n’a pas envie de faire l’ange.» Dans cette pièce, l’Ange meurt tous les jours sous les coups de son mari. Mais il renaît tous les matins. «Il ne peut pas mourir, parce que personne ne le croit.»

 

A l’inverse, sa Manon Lescaut gagne en complexité. «Elle est trop souvent interprétée comme une femme frivole, coquette et inconséquente», explicite Richard Brunel, à l’origine du projet. Pour le directeur de l’Opéra de Lyon, la rencontre entre l’univers de l’artiste italienne et celui de Giacomo Puccini relevait de l’évidence : «Elle va déjouer les clichés en mettant en mouvement les contradictions de Manon, son charme et sa misère, sa beauté disgracieuse. L’obscurité de la mise en scène se fera le relais de son malaise et de ses conflits intérieurs.»

Une économie de moyen qui transforme tout en symbole

A l’image de Manon Lescaut, qu’Emma Dante aime à décrire comme venant «du désespoir, de la faim et de la décadence», ses pièces et ses films, régulièrement créés en dialectes du sud de l’Italie, s’ancrent le plus souvent dans des contextes sociaux concrets, espaces de la marge, de l’extrême dénuement, aux confins de la légalité et de la folie. Mais elle ne cesse de les transcender en tirant vers la fable, parfois jusqu’à l’abstraction. Plateau nu, peu ou pas de scénographie, des accessoires réduits à l’essentiel dans une économie de moyen qui transforme tout en symbole : l’artiste sculpte sa scène par soustraction, de manière «compulsive et obsessionnelle». «Je fais un théâtre préhistorique, s’amuse-t-elle. Pas archaïque, parce qu’archaïque c’est déjà beau.» Traversés par le souvenir de tout ce qui a été supprimé, les corps dialoguent avec l’invisible, portant seuls le poids des démons de l’humanité et de la perpétuation des violences.

 

Dans cette esthétique du retrait, les notions de temps et d’espace deviennent caduques, la pauvreté se mue en concept existentiel. Le travail mené sur le Pentamerone, recueil de contes écrits par Giambattista Basile – un auteur napolitain du XVIIe siècle – est à cet égard ahurissant. Comment l’expérience d’un roi ayant une poule coincée dans les fesses, peut-elle à ce point résonner avec nos solitudes ? Par quel sortilège, dans la Scortecata (2017), les affabulations de deux sœurs centenaires tentant de séduire un roi en viennent-elles à nous arracher des sanglots ?

Amoureuse des paradoxes

Pierre-Yves Lenoir a été l’un des premiers à accueillir les spectacles d’Emma Dante en France, au théâtre du Rond-Point. Il poursuit ce compagnonnage au long cours aux Célestins, à Lyon. «Elle a une capacité à nous faire passer du rire aux larmes qui peut nous sidérer d’émotion. A travers sa poésie baroque, en allant parfois jusqu’à la bouffonnerie et le grotesque, elle dénonce la bêtise et l’oppression, mais toujours en faisant le choix d’en rire. Il y a chez elle, en dépit de tout, une profonde tendresse et un profond amour pour l’humanité.» Amoureuse des paradoxes, la metteuse en scène cherche la douceur du rire dans la souffrance. Alors à l’inverse, elle partira en quête de la mélancolie de Molière, trop souvent réduit au cabotinage.

 

 

Après sa tournée française, Emma Dante ne retournera pas à Palerme, sa ville de naissance, de cœur, muse de tous ses spectacles. Cela devenait trop difficile d’y créer. Il y a quelques mois, elle s’est installée à Rome dans un nouveau lieu qu’elle a nommé la Carnezzeria, «la boucherie». Peu après, elle a découvert que le local avait réellement accueilli une échoppe de viande et qu’un peu plus loin, dans la rue, Pasolini avait tourné son film Accattone. Le secret de ses danses avec l’invisible se cacherait-il ici : la metteuse en scène aurait-elle, comme tant de ses personnages, le pouvoir de dialoguer avec les morts ?

Les Femmes savantes, du 14 janvier au 1er mars au théâtre du Rond-Point (75008). Retransmission le 1er mars au cinéma, en partenariat avec Pathé. L’Angelo del Focolare, du 15 au 17 janvier au théâtre Châteauvallon Liberté, du 20 au 24 janvier au CDN de Normandie-Rouen, du 6 au 11 octobre aux Célestins, Lyon, du 14 au 15 octobre à la Comédie de Clermont-Ferrand. Manon Lescaut du 20 mars au 7 avril à l’Opéra de Lyon.

Aïnhoa Jean-Calmettes / Libération

 

 

Légende photo : Emma Dante ne cesse d’ausculter la famille comme matrice des violences. (Carmine Maringola)

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Au théâtre, la figure du loup au centre de trois spectacles

Au théâtre, la figure du loup au centre de trois spectacles | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Laurent Carpentier, Gimel [Suisse], pour Le Monde, publié le 10 janvier 2026

 

 

« Wolf », « In bocca al lupo » et « Manières d’être vivant » mettent en scène le canidé. Prédateur, solidaire et carnassier, l’animal est devenu un miroir riche d’enseignements de nos propres comportements.

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/01/10/au-theatre-la-figure-du-loup-au-centre-de-trois-spectacles_6661244_3246.html

Lorsqu’on lui apprend que plusieurs compagnies cet hiver s’emparent sur scène de la figure du loup, Yaron Lifschitz éclate de rire : « Donc, nous sommes une meute ? » Le directeur artistique de la troupe australienne Circa présente Wolf au Théâtre Silvia-Monfort, à Paris, du 14 au 24 janvier : entre cirque et chorégraphie, dix acrobates fusionnent et se confrontent, tels une bande de loups.

 

Au même moment, à Genève, Judith Zagury et le ShanjuLab démarrent les représentations d’In bocca al lupo, créé à l’automne 2025 au Théâtre Vidy-Lausanne et qu’on pourra voir à Paris au Théâtre du Rond-Point, du 11 au 21 février. Un spectacle-enquête élaboré sur quatre ans dans un Jura suisse agité par la confrontation radicale entre pro- et anti-loup. Enfin, en mars, à la Criée, à Marseille, puis du 8 au 11 avril à la MC93 de Bobigny, Clara Hédouin adapte Manières d’être vivant, de Baptiste Morizot (Actes Sud, 2020), qui fait référence sur la question.

 

Casting esthétique pour le premier, sociopolitique pour le deuxième, philosophique pour le troisième, le loup bénéficie depuis quelques années d’un engouement qui a inversé la nature de ses attributs. La menace est devenue une espèce menacée, et le prédateur, un miroir riche d’enseignements de nos propres comportements. « Le loup, c’est l’incarnation du désir. Le désir n’est pas moral, il est charnel », s’enthousiasme Yaron Lifschitz, les yeux pleins de gourmandise. La troupe australienne est allée chercher chez l’animal la fusion des énergies de familles que nous, humains, préférons appeler « meutes », tant leur solidarité fait leur force. « Tout ce que l’humain fait est bien mieux fait par d’autres espèces. Notre seul but, ici, est de créer une émotion. Au passage, si on peut aider à nettoyer quelques clichés, comme l’idée fausse que ce serait la guerre entre eux… »

 

Canton de Vaud, Suisse. 1 300 mètres d’altitude. Il a neigé cette nuit. Les raquettes à nos pieds écrasent en sourdine le manteau blanc. Le soleil d’hiver éclaire la voûte d’épicéas d’une clarté sauvage. On guette. Canis lupus, c’est celui qu’on ne voit jamais, presque une chimère, l’essence d’un fantasme carnassier, matière à contes et à mythologie… ou à pièces de théâtre. Voici deux heures que nous marchons sur le territoire de la meute qui hante le Marchairuz. Dariouch Ghavami observe à la jumelle. Judith Zagury retient les chiens.

 

Metteuse en scène, Judith Zagury dirige à Gimel, un peu plus bas sur les flancs du Marchairuz, le ShanjuLab, un « laboratoire de recherches théâtrales sur la présence animale ». Une école à l’envers. Là-bas, l’exploit n’est pas mouvement, mais lenteur ; le spectaculaire, une approche intime avec l’animal. Ici, personne ne dresse l’autre, mais communique, cohabite, pour, in fine, coexister sur la piste ou le plateau. Cela donne le spectacle Hate, créé en 2019, de et avec Laetitia Dosch et le cheval Corazon ; ou Ahouvi, du metteur en scène israélien Yuval Rozman, avec le chien Yova…

Toute la ménagerie sur scène

Sur le site Internet du ShanjuLab, sous l’onglet Portraits, on retrouve ainsi, animaux et humains confondus, la quinzaine d’animateurs de cette école-atelier : Rostam, le coq ; Dibbouk, le bouc ; Doudoune et Ulrich, les oies… Comme, entre autres, Brian Favre, à qui, à 15 ans, elle proposa de s’intéresser aux chèvres, et qui aujourd’hui est spécialiste en droit du vivant. Ou Nathalie Küttel, la fille de taxidermiste, avec qui, en compagnie du metteur en scène Stefan Kaegi (du collectif Rimini Protokoll), Judith Zagury créa en 2021 le spectacle Temple du présent – Solo pour octopus, mettant en scène des pieuvres. « Les poulpes sont les êtres les plus intelligents du monde, sauf qu’ils meurent au bout d’un an et demi sans avoir su transmettre ce qu’ils avaient appris », témoigne cette dernière, émue au souvenir de ces êtres gluants qui, le soir, au moment de se quitter, ne voulaient pas lui lâcher la main.

 

Dans un hangar réaménagé (en bas, les écuries, les poulaillers, le manège ; en haut, les habitations), le ShanjuLab vit sur un fil, avec une centaine d’élèves qui viennent pratiquer l’équitation ou dialoguer avec les cochons, et puis des stages, des séminaires, et enfin ces spectacles créés ou cocréés. Dans Paradoxes, en 2016, toute la ménagerie était sur scène pour tenter une réflexion éthique sur la relation animale. Cette fois, dans In bocca al lupo, c’est la figure du loup qui tient la vedette. Les trois chiens (Lupo, le gros patou, Azad, le berger d’Anatolie, et Yova, le border collie) qui s’ébrouent autour de nous dans la neige sont les mêmes qui, sur le plateau, s’agitent au milieu du public, s’agaçant lorsqu’un loup apparaît sur les écrans.

Dariouch Ghavami est monté inspecter sous un épicéa le remblai où, sait-il, parfois les loups viennent se coucher. De loup, évidemment, il n’y a point. « Le loup est toujours là où on ne l’attend pas, souffle le jeune Suisse. Opportuniste, incontrôlable, il est le sauvage non maîtrisé. » Dariouch Ghavami avait 8 ans lorsqu’il a débarqué à l’école-atelier. Il en a 33 aujourd’hui. Fort d’une formation académique en humanités environnementales, le comédien et acrobate a été embauché en 2024 pour travailler sur le Marchairuz avec l’un des spécialistes les plus reconnus de l’animal, Jean-Marc Landry, grand avocat de la coexistence entre éleveurs et loups.

« Ancestralités animales »

A Gimel, on est au cœur de la polémique qui traverse l’Europe depuis que le loup y a fait son retour. Dans cette région d’élevage, pendant près d’un siècle, on n’avait plus vu sa silhouette furtive. Et puis, il y a une dizaine d’années, il a commencé à réapparaître, remontant d’Italie, reconstruisant des familles à la faveur de lois protectrices qui agacent les éleveurs de bovins. Entre la meute du Marchairuz, celle du Mont tendre, et celle, transfrontalière avec la France, du Rissoud, les paysans du canton ont commencé à ruer dans les brancards.

 

Ici, comme dans les campagnes françaises, on est anti-loup ou on est pro-loup. Et le ton peut vite monter. Tout prédateur a besoin d’un prédateur, plaident les défenseurs du carnassier, et le loup, en s’attaquant aux cerfs qui détruisent la forêt, rétablit l’équilibre. Nos cheptels sont décimés, rétorquent les paysans, et nous n’avons même pas le droit de nous défendre en l’abattant… Dialogue de sourds. C’est tout le sujet d’In bocca al lupo.

 

 

« J’ai voulu comprendre quel était l’animal, raconte Judith Zagury de sa voix douce. J’ai fait des pieds et des mains pour rencontrer Jean-Marc Landry, qui finalement est venu s’installer à la maison. C’est un homme qui ressent beaucoup avec les tripes, qui comprend un territoire. Et comme j’avais un ancrage local, les gens se sont livrés à moi. » Avec la Fondation Landry, chargée pendant un an du suivi du loup dans le canton, elle va passer des nuits entières dans l’alpage à surveiller les troupeaux, comme Dariouch Ghavami et des dizaines de bénévoles, seulement armés de jumelles à vision nocturne et de pistolets d’effarouchement.

 

 

A 51 ans, la femme aux longs cheveux bouclés porte sa générosité en bandoulière. Est-ce d’avoir tant appris à écouter les autres espèces qu’elle a développé ce don d’empathie ? « Je ne me sens d’aucune identité, je ne me sens chez moi nulle part », se contente-t-elle de dire. Dans la grande pièce, près de la cheminée qui ronronne, Voltaire, croisement entre un chat et un serval, félin des savanes humides africaines, haut comme la table, nous toise, songeur. « Ce spectacle m’a changée. Je suis larguée », s’amuse Judith Zagury. Antispéciste par conviction, elle en ressort « avec plus de questions que quand on a commencé. Ça m’a donné beaucoup de compréhension pour tout le monde : tant pour l’éleveur qui voit ses bêtes dévorées que pour les loups dont les autorités ont décidé la reprise des tirs d’élimination. Pendant toute la création du spectacle, je pensais aux gens d’ici, au territoire dans lequel je vis. Ne pas sacraliser le loup, ne pas minimiser certaines choses. Et en même temps, je ne voulais pas me sentir coincée, et garder une liberté de pensée. »

Rhétorique antispéciste

Quiconque se passionne pour les relations entre humains et non-humains ne peut qu’être intéressé par les travaux de Baptiste Morizot, notamment son essai, Manières d’être vivant, qu’adapte Clara Hédouin au théâtre. De la metteuse en scène, on avait aimé la vitalité de ses Trois Mousquetaires dépoussiérés, joués en plein air, remontés en feuilleton (six épisodes à suivre sur deux jours) ; on avait suivi ses spectacles autour de Jean Giono (Que ma joie demeure, Prélude de Pan), là encore en extérieur. Pour se frotter ici à ce texte philosophique, Clara Hédouin met cette fois en scène six personnages qui pistent un loup. « Plus ils enquêtent, plus ils découvrent quels humains ils sont… Mais le loup n’est pas réellement mon sujet, précise-t-elle, volubile et enthousiaste dans un café de Montmartre, à Paris. L’axe que je creuse, c’est plus précisément l’idée des ancestralités animales sédimentées en nous. Pour Baptiste Morizot, nos milliers d’années se composent et se recomposent à chaque instant pour fabriquer nos manières d’être au monde. »

 

Clara Hédouin rencontre l’apprenti philosophe à l’Ecole normale supérieure de Lyon en 2008. Ils sont alors toute une bande de copains qui, dix-huit ans plus tard, continuent de se retrouver régulièrement. « A l’époque, [Baptiste] écrivait sa thèse sur la philosophie de Gilbert Simondon [1924-1989] : le hasard et la rencontre. Puis il s’est mis à travailler sur la rencontre animale, et le non-humain. Nous l’avons vu peu à peu s’ouvrir à ces questions, raconte-t-elle. Et nous avec lui. Par contamination. Baptiste est un philosophe de terrain, qui pense avec son corps. Comme lui, on s’est mis au pistage, en amateurs, et à s’intéresser à qui habitait notre monde. »

 

Comme pour ses pièces précédentes, la première idée de Clara Hédouin sera de monter le spectacle en extérieur – ce qu’elle fera d’ailleurs cet été du côté de Narbonne, puis en Ariège, dans une forêt près de Calais (Pas-de-Calais), et enfin dans la pinède de Châteauvallon, au-dessus de Toulon. Mais la production initiale de Manières d’être vivant, commandée par le TNP de Villeurbanne (Rhône), demandait un plateau intérieur. « Est-ce que je peux faire du théâtre avec de la pensée ? Est-ce qu’il y a un épique, une lucidité de la pensée, qui peut se transposer au plateau ? », s’interroge alors la normalienne qui a fait sa thèse de recherche, intitulée La Tentation épique (Garnier, 2022). C’est la ligne de force de son spectacle.

 

Quand on grandit à La Roque-sur-Cèze (Gard), avec son vieux pont à 12 arches, ses ruines de château et sa chapelle romane, on imagine que l’épique n’est jamais très loin. « On s’est extrait du monde vivant au point de se penser comme des mangeurs non mangeables. Le loup, raconte-t-elle, a été pour Baptiste la porte d’entrée, avec son premier livre : Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant [Wildproject, 2016]. Tout y est déjà : que ce soit la mise sous cloche de la nature et du monde sauvage – avec ses pratiques, ses cultures, ses sociétés –, ou qu’il s’agisse des comportements que les loups ont en commun avec nous, à commencer par la prédation… »

 

L’espace d’un instant, on la surprend embarrassée. « Soyons clairs, ce texte est progressiste, décolonialiste, féministe ! », ajoute-t-elle, inquiète d’être mal comprise. C’est que cette rhétorique antispéciste et humble face au loup a son revers. Faire l’apologie d’un animal sauvage, pourchassé et mal aimé, c’est positif.

 

Comparer l’homme à ce mâle alpha, vivant entouré de sa meute et dévorant des bêtes qu’il laisse éventrées, souvent à moitié vivantes, ça l’est moins… « Difficile d’admettre que nous sommes fabriqués autant par nos millions d’années que par nos cultures. Mais la philosophie de Baptiste Morizot nous met à égalité avec les autres vivants. C’est le contraire de la phrase de Descartes : “Se rendre comme maître et possesseur de la nature.” Et au fond, c’est joyeux. On est beaucoup moins seul lorsque l’on se repense comme un être parmi les autres. »

 

Qu’on le veuille ou non, qu’on les aime ou qu’on les pourfende, les loups sont de fait entrés dans le paysage, partie prenante du biotope. Ils sont connus et identifiés, on leur a donné des noms. Sur l’alpage du Marchairuz, le premier de la meute – depuis abattu – s’appelait Gros Pépère. La femelle, baptisée Boucle d’or, connue pour sa peur des bovins, qu’elle n’attaque donc pas, est encore là. Mais celui de toutes les détestations, le grand méchant loup du conte, c’est M351, dit « l’étranger ». Ou « le résistant », parce que, touché à la mâchoire par un tir, il a survécu et court encore. A lui seul, sa vie, sa mort, son œuvre mériteraient une pièce de théâtre, un poème épique, une saga. Sur le tertre enneigé duquel les chiens aboient, on rumine le vers de Rainer Maria Rilke : « Faits de silence, des animaux surgirent. »

 

 

Laurent Carpentier (Gimel [Suisse], envoyé spécial du Monde)

 
Légende photo : « In bocca al lupo », de Judith Zagury, lors d’une représentation au Théâtre Vidy-Lausanne (Suisse), en octobre 2025. CHLOÉ COHEN

 

 

 

 

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A Villeurbanne, l’identité du Théâtre national populaire en jeu, avec le projet de pôle numérique de France 2030

A Villeurbanne, l’identité du Théâtre national populaire en jeu, avec le projet de pôle numérique de France 2030 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par  Richard Schittly (Lyon, correspondant du Monde) le 8 janvier 2026

 

 

Le renouvellement de la direction du centre dramatique national intervient au moment où une étude confidentielle préconise une collaboration renforcée avec le Pôle Pixel.

 

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/01/08/a-villeurbanne-l-identite-du-theatre-national-populaire-en-jeu-avec-le-projet-de-pole-numerique-de-france-2030_6661040_3246.html

 

Faut-il assigner une dimension numérique au projet artistique d’un centre dramatique national ? La question est au cœur d’un délicat débat sur l’avenir du Théâtre national populaire (TNP) de Villeurbanne (Rhône), au moment où s’opère le changement de direction de l’établissement centenaire. Le successeur de Jean Bellorini, en partance pour le Théâtre de Carouge, dans le canton de Genève, doit être désigné d’ici au mois de mai par un jury composé d’élus et de représentants des services de l’Etat.

Après constitution d’une liste restreinte de quatre à six candidats, les prétendants vont recevoir en février une lettre d’orientation, cadrant les attentes des autorités de tutelle en matière de rythme de créations, de médiations et d’actions culturelles. Ils auront jusqu’au 17 avril pour présenter leur projet ; celui choisi engagera les cinq prochaines années du majestueux paquebot ancré dans le quartier des Gratte-Ciel.

 

Doté d’un budget de 10 millions d’euros, fort d’une centaine de salariés et de plus de 180 intermittents, le TNP assure 200 représentations par an, une centaine en tournée, et accueille des milliers d’élèves dans le cadre scolaire. Mais sa force de création s’épuise inexorablement. De l’ordre de 1,4 million d’euros, sa marge artistique a baissé de 30 % au cours de ces dix dernières années. Le prochain capitaine devra affronter ce vent général de récession budgétaire plutôt préoccupant.

 

Dans ce contexte, élus et autorités de tutelle ont l’idée d’associer le TNP à un autre projet culturel, en cours de gestation à Villeurbanne. Il s’agit de la candidature du Pôle Pixel au titre de pôle territorial des industries culturelles et créatives, lancé par un appel à projet de France 2030. Doté d’une enveloppe de 4 millions d’euros, ce label pourrait favoriser une filière numérique de rang national, et changer radicalement la dimension du Pôle Pixel, site qui regroupe studios de cinéma, productions et formations numériques.

 

Dirigé par Géraldine Farage, le pôle fonctionnait sur un mode associatif hybride, pour un chiffre d’affaires limité à 1,35 million d’euros. Avec une dizaine de salariés, spécialisés dans l’ingénierie de projets, la structure pouvait aussi bien proposer des formations, créer des événements professionnels, que louer ses locaux. Les décideurs se disent que la conjugaison des activités du TNP et du Pôle Pixel pourrait favoriser l’émergence d’une grande entité créative, identifiée et bénéfique pour tous.

« Logiques imposées »

Les promoteurs du projet ont convoqué la mémoire de Roger Planchon, emblématique directeur du TNP entre 1972 et 2002, pour légitimer la démarche. Les ateliers de construction de décors du TNP, considérés parmi les plus performants après ceux de la Comédie-Française, sont implantés dans les anciens studios de l’ORTF de Villeurbanne, devenu le Pôle Pixel. Roger Planchon avait également créé Rhône-Alpes Cinéma, société de production cinématographique, puis les Studios 24, salle polyvalente de tournage et de spectacle, pareillement basés sur le site Pixel. Une interprétation abusive, selon son ancien conseiller artistique, le dramaturge Michel Bataillon. « Roger a été très tôt sensible au développement de la production d’images dans le monde contemporain, d’où son engagement dans le cinéma, illustré par le tournage de son film Dandin [1988], mais sa réflexion sur l’image et sa création théâtrale étaient totalement scindées. Ces deux vies étaient séparées. »

 
 

En évoquant hâtivement un « rapprochement » entre le TNP et le pôle Pixel, lors de sa visite à Villeurbanne, en octobre 2025, la ministre de la culture, Rachida Dati, a suscité l’inquiétude des personnels du théâtre. « Le centre dramatique national a une mission de service publique dédiée à la création, nous craignons de voir l’identité du TNP se dissoudre au nom de logiques imposées », prévient Valérie Perriot-Morlac, élue du Synptac-CGT, qui souligne que le TNP sait déjà manier la technologie numérique, comme l’a récemment démontré Les Petites Filles modernes, de Joël Pommerat, spectacle pour lequel neuf vidéoprojecteurs étaient disposés autour du plateau.

 
 
 

Rachida Dati a fait référence à une étude de faisabilité dont les salariés ignoraient l’existence. Effectuée par les sociétés de conseil de Cyril Puig et Dominique Delorme, anciens dirigeants des Nuits de Fourvière, à Lyon, cette étude a été commandée par la ville de Villeurbanne et la direction régionale des affaires culturelles Auvergne-Rhône-Alpes. Le document, que Le Monde a pu consulter, étudie plusieurs hypothèses de collaboration entre le Pôle Pixel et le TNP, tout en excluant formellement toute fusion des deux structures, aux dimensions et vocations trop différentes.

L’étude propose à plus long terme la création d’une société en participation, formule assez courante dans le théâtre, destinée à coproduire des « œuvres composites », et suggère d’autres formules juridiques renforcées, comme un groupement d’intérêt public. Les auteurs citent en exemple Le Voyage à Nantes, festival qui se tient chaque été depuis 2012. Pour Jean Bellorini, cette étude n’engage en rien la prochaine direction du théâtre. « Il ne faut pas chercher le costume avant de trouver la bonne personne. Le projet du théâtre doit résulter d’une volonté artistique sincère, tout le reste en découle, les modalités de coopération existent déjà. »

L’étude estime au contraire indispensable que l’appel à candidatures pour la prochaine direction « mentionne explicitement la nécessité d’intégrer le numérique et les pratiques transmédias au cœur du projet artistique du TNP ». En insistant : « Cette orientation doit être posée non comme une option, mais comme une exigence stratégique, en cohérence avec les politiques locales et nationales. » A ce stade, il n’est pas prévu que la lettre d’orientation du jury porte cette mention. Mais, fait peu habituel, l’étude de faisabilité lui serait annexée.

 

 

Richard Schittly  / Le Monde

 

Légende photo : Le Théâtre national populaire, à Villeurbanne (Rhône), en juillet 2020. JOËL PHILIPPON/« LE PROGRES »/MAXPPP

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January 7, 5:43 PM
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La guerre culturelle sur scène : épisode 2/4 du podcast  La culture sous pression - Série documentaire sur France Culture

La guerre culturelle sur scène : épisode 2/4 du podcast  La culture sous pression - Série documentaire sur France Culture | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Une série documentaire Bruno Benquey, réalisé par Agnès Cathou. Diffusé sur France Culture en janvier 2026

 

 

À l’image de la société qui se fracture, la création redevient un champ de la guerre culturelle. Aux côtés des intellectuels ou des scientifiques, les artistes sont devenus des épouvantails pour certains discours populistes.

 

Depuis les années 1980 et les ministères de Jack Lang, la culture s’était imposée comme un terrain politique dépassionné. De gauche comme de droite, les responsables politiques maintenaient, voire déployaient, les équipements et les festivals culturels conscients de l’importance économique et symbolique que cela pouvait avoir sur leur territoire. Grâce à ce consensus politique, la France peut se vanter d’un maillage d’équipement et de festivals unique au monde.

 
 

Mais depuis quelques années, les manifestations, les appels à la censure, à la déprogrammation, les intimidations, se multiplient et ne sont plus seulement le fait de groupes intégristes. Une partie grandissante du champ politique accuse et attaque la création. Selon Carole Thibault, metteuse en scène et directrice du théâtre des Îlets à Montluçon : “Nous ne sommes pas encore en état de censure mais il y a des attaques systématiques sur des endroits de création artistique”.
Car la culture est redevenue sujet de controverse et de “passions tristes” selon Vincent Guillon qui pointe une menace contre l’autonomisation des pratiques culturelles et artistiques.
La liberté de la création, bien que protégée par le droit, perd-elle du terrain en France?

 


Un documentaire de Bruno Benquey, réalisé par Agnès Cathou.

 

Avec :
Carole Thibault, actrice et metteuse en scène
Phia Ménard, chorégraphe et metteuse en scène
Joris Mathieu, metteur en scène
Eric Ruf, metteur en scène,
Benoît Lambert, metteur en scène,
Hortense Archambault, directrice de la MC93,
Jean-Yves Coffre, ancien directeur du théâtre de l’Escapade à Hénin-Beaumont
Guy Saez, politologue
Vincent Guillon, politologue,
Sophie Faivre, documentaliste au lycée polyvalent Albert-Einstein à Montluçon

 

 

Ecouter l'émission en ligne (1h)

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December 22, 2025 7:37 AM
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Christophe Rauck, un directeur discret et inspiré pour le nouveau théâtre des Amandiers

Christophe Rauck, un directeur discret et inspiré pour le nouveau théâtre des Amandiers | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 17 déc. 2025

 

Après quatre ans d’ambitieux travaux du théâtre de Nanterre, le metteur en scène peut enfin habiter l’établissement où il aime défricher les auteurs contemporains.

Lire l'article sur le site du "Monde" :
https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/12/17/christophe-rauck-un-directeur-discret-et-inspire-pour-le-nouveau-theatre-des-amandiers_6658426_3246.html

 

Il est né à Creil (Oise) le 7 novembre 1963, mais c’est à Nice qu’il a grandi. Le metteur en scène Christophe Rauck est un homme du Sud, ce dont ne témoigne pas sa longue et cohérente carrière menée dans le nord de la France. Directeur du Théâtre du peuple, à Bussang, dans les Vosges (2003-2006), puis du Théâtre Gérard-Philipe, à Saint-Denis (2008-2013), et du Théâtre du Nord, à Lille (2013-2020), il est depuis janvier 2021 à la tête de Nanterre-Amandiers.

 

 

Autant dire qu’il ronge son frein depuis près de quatre ans en banlieue parisienne en attendant que soit enfin achevée l’ambitieuse réhabilitation de l’établissement dont la livraison, prévue pour 2024, a accusé plusieurs retards. Le jeu en valait la chandelle. Métamorphose stupéfiante des espaces d’accueil, création d’une salle de 200 places, modernisation des plateaux équipés de technologies dernier cri, studios flambant neufs pour les artistes en résidence, baies vitrées atteignant près de 12 mètres de haut en façade : les architectes norvégiens de l’agence Snohetta ont vu les choses en grand. La refondation spectaculaire du théâtre le propulse vers l’avenir. Patrice Chéreau, qui l’a dirigé de 1982 à 1991, ne le reconnaîtrait pas.

Incarner l’esprit de la maison

Arrivé juste avant les premiers coups de pioche, Christophe Rauck a installé les pièces de ses premières saisons de programmateur dans une salle éphémère située à côté du chantier. Pas question de fermer boutique. Un lieu inactif est condamné à l’oubli du public et au désintérêt des tutelles politiques. Ce patron expérimenté le sait mieux que personne. Il s’est toujours battu pour qu’existent à la puissance 1 000 les maisons dont il a eu la charge. « Un directeur doit savoir s’effacer, mais être là à des moments précis », explique-t-il.

 
« Etre là », ça ne veut pas dire faire acte de présence physique dans les murs, mais incarner l’esprit de la maison. Comment ? En agissant en artiste qui met en mouvement un projet collectif sur le fil d’une vision esthétique affirmée. Le metteur en scène a, à cet égard, évolué au fil du temps en préférant au répertoire classique de ses débuts (Shakespeare, Beaumarchais, Marivaux ou Racine) l’exploration de textes contemporains. Certains sont connus (Le Pays lointain, de Jean-Luc Lagarce, en 2018), d’autres à découvrir, comme Presque égal, presque frère, un diptyque de Jonas Hassen Khemiri qu’il présentera au public en janvier 2026.
 

Les écritures d’aujourd’hui le stimulent. Tout est à inventer avec les dramaturgies pas ou peu défrichées. Il confesse d’ailleurs avoir perdu puis retrouvé le goût du théâtre grâce à Sara Stridsberg, autrice suédoise rarement montée en France : « J’avais l’impression de tourner en rond. Sans la lecture de sa pièce, qui m’a réveillé, je ne suis pas sûr que j’aurais candidaté à Nanterre-Amandiers. » Clin d’œil du destin : le texte s’intitulait La Faculté des rêves (Poche, 2011).

Après quatre années de travaux, le Théâtre Nanterre-Amandiers rénové sera dévoilé au public à la mi-décembre 2025. 

Des trous d’air, des remises en question et même des « angoisses existentielles », l’artiste en a connu. Mais il n’a jamais douté de l’art : « Je savais qu’il devait entrer dans ma vie », assure celui qui, très jeune, cherchait déjà et par tous les moyens à trouver son espace de liberté.

 

Peut-être serait-il devenu sculpteur s’il n’avait pas, à 20 ans, renoncé à poursuivre ses études à la Villa Arson, à Nice. Peut-être n’aurait-il jamais mis en scène s’il ne s’était glissé en douce à l’Odéon où, en 1984, le maestro Italien, Giorgio Strehler répétait L’Illusion comique, de Corneille. « Sur le plateau, il y avait Gérard Desarthe, Hugues Quester ou Nada Strancar. Mais je ne voyais que le charisme de Strehler. Ç’a été un choc esthétique. A cet instant précis, j’ai su que je voulais être metteur en scène. » Peut-être, enfin, n’aurait-il jamais dirigé de lieux s’il n’avait pas intégré le Théâtre du Soleil, en 1991, et pris des notes au contact d’Ariane Mnouchkine, une patronne qui ne dissocie pas l’activité de son institution de la pensée du public. « Ma vision du théâtre est complètement liée à ce que j’ai vécu à la Cartoucherie de Vincennes », revendique-t-il.

Un solitaire « un peu sauvage »

« Dessine-moi un homme qui dort », lui demande la fondatrice du Soleil lorsqu’il postule pour un stage dans sa troupe. Recalé une première fois, il retente sa chance. Au jour J de la seconde audition, malgré une mâchoire fracturée par un accident de moto, sa performance emporte l’adhésion. Il se forme au masque, une redoutable école de jeu. Il apparaît dans Les Atrides puis dans La Ville parjure, d’Hélène Cixous. « J’ai passé cinq ans dans un autre espace-temps, confie-t-il, j’en suis parti au moment où j’ai senti que c’était la fin de mon histoire avec le Soleil. »

 

 

C’est Ariane Mnouchkine (encore elle) qui lui dit : « Tu es metteur en scène », après avoir assisté, dans un squat, à sa version du Cercle de craie caucasien, de Bertolt Brecht. Un spectacle empirique fabriqué avec les moyens du bord et interprété par une bande de copains sur lesquels il a pris l’ascendant sans même en être conscient. La représentation signe son entrée définitive sur les plateaux des théâtres. Ou plutôt en lisière des projecteurs, à la place invisible, mais décisive, du deus ex machina. Une place de l’ombre taillée sur mesure pour ce solitaire « un peu sauvage », qui dissimule son « manque de confiance » en lui en se tenant toujours un pas en arrière des « tribus » théâtrales un peu trop « familières » à son goût.

 

En arrière, vraiment ? Si le metteur en scène protège ses « complexes et ses complexités » derrière les spectacles qu’il signe, le directeur n’hésite pas à monter au créneau pour défendre le service public : « Les lieux de création enrichissent les intelligences collectives, dit-il. Face à l’effondrement de la pensée chez ceux qui devraient le soutenir, le théâtre n’a pas le droit de démissionner. » Militant infatigable d’un théâtre d’art subventionné, Christophe Rauck vient d’être renouvelé à la tête de Nanterre-Amandiers pour un deuxième mandat jusqu’en 2027.

 

 

Presque égal, presque frère. Diptyque de Jonas Hassen Khemiri. Mise en scène : Christophe Rauck. Théâtre Nanterre-Amandiers (Hauts-de-Seine). Du 29 janvier 2026 au 21 février 2026.

Légende photo : Christophe Rauck, directeur artistique du Théâtre Nanterre-Amandiers, le 27 novembre 2025. ED ALCOCK/MYOP POUR « LE MONDE »

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December 20, 2025 5:39 AM
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Joël Pommerat expédie le théâtre dans une fascinante quatrième dimension avec « Les Petites Filles modernes (titre provisoire) » aux Amandiers

Joël Pommerat expédie le théâtre dans une fascinante quatrième dimension avec « Les Petites Filles modernes (titre provisoire) » aux Amandiers | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 17 déc. 2025

 

Pour la réouverture du théâtre de Nanterre, l’auteur et metteur en scène invente son propre conte, épique et fantaisiste, misant sur l’étrangeté.

Lire l'article sur le site du "Monde" :
https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/12/17/avec-les-petites-filles-modernes-titre-provisoire-aux-amandiers-joel-pommerat-expedie-le-theatre-dans-une-fascinante-quatrieme-dimension_6658416_3246.html

La dernière fois que Joël Pommerat est venu au Théâtre Nanterre-Amandiers, c’était en 2020, avec Contes et Légendes, une fiction d’anticipation dont les héros étaient des androïdes. Un an plus tard, en mai 2021, le théâtre fermait ses portes pour travaux. Après quatre années d’un colossal chantier, elles vont se rouvrir sur la dernière création en date de l’auteur et metteur en scène. Avec Les Petites Filles modernes (titre provisoire), l’artiste propulse le théâtre vers une quatrième dimension fascinante. Face à son geste qui ne pose aucune limite aux possibles de la représentation, l’enchantement est total et le trouble, absolu.

Sur la scène, une intrigue, ses intrus et des flots d’intranquillité. Joël Pommerat, à qui l’on doit les adaptations du Petit Chaperon rouge (2004), de Pinocchio (2008) et de Cendrillon (2011), invente son propre conte, sans rien oublier de ce qui structure le genre : le merveilleux et l’effroi, l’antagonisme du bien et du mal, le pas-à-pas initiatique des personnages.

 
Joué au TNP de Villeurbanne, accueilli à Nanterre-Amandiers dans le cadre du Festival d’automne, cet ovni suscite un désir impérieux de revenir se frotter à sa bizarrerie. Les Petites Filles modernes s’achèvent là où elles ont démarré. C’est à une boucle temporelle qu’est convié le public, devant lequel le réel a volé en éclats en balayant ce qu’une heure trente plus tôt il tenait encore pour certains, fiable et vérifiable.

Un amour qui dérègle l’ordinaire

Le spectateur scrute pourtant des êtres de chair et d’os sur un plateau dont la nudité apparaît lors du salut des trois comédiens, tous formidables : Eric Feldman, un fidèle de la tribu Pommerat, et deux nouvelles recrues, Coraline Kerléo et Marie Malaquias. Tandis que Feldman incarne plusieurs hommes (un père, un vieillard, un amoureux), les deux actrices épousent la juvénilité de Jade et Marjorie, deux adolescentes bien de leur temps qui n’auraient rien d’exceptionnel si leur amour mutuel ne les poussait aux sorties de route. Leur passion dérègle leur ordinaire, et c’est à force de désobéissance et de transgression qu’elles vont vers l’émancipation.

 

Comme toujours avec Joël Pommerat, la banalité des situations est un leurre. Ce n’est pas un hasard si un jaguar (en peluche) investit la chambre où les deux amies se retrouvent la nuit, à l’insu des parents, chambre qui est le seul lieu où s’immisce un soupçon de quotidien. Un lit, un fauteuil, un bureau y apparaissent par magie, après un de ces fameux « noirs plateau » dont l’artiste est adepte.

 

En qui concerne les autres décors, ils appartiennent au fantastique et bénéficient des talents conjugués d’Eric Soyer, créateur lumières, et Renaud Rubiano, créateur vidéo. Deux orfèvres de la métamorphose qui dématérialisent les corps et les espaces, au point qu’on prend pour charnel ce qui est hologramme et pour mouvant un sol immobile.

 

Dans un écrin fluctuant, strié de lignes, de diagonales, de spirales, d’ondes de lumière ciselées par les lasers de la vidéo, les tableaux déployés par l’auteur et metteur en scène révèlent une suite de visions hallucinantes qui déplacent le public vers les confins de l’irrationnel.

« Une histoire vraie, jamais vérifiée »

D’entrée de jeu, la fiction mise sur l’étrangeté. Or l’étrange est le domaine de l’extraordinaire : là où des créatures invisibles menacent, où l’on ne vieillit pas, où l’on peut vivre des transmutations, mourir et renaître. Le ton est donné dès la première image : deux minuscules silhouettes perdues dans une lointaine galaxie avancent vers le spectateur. En voix off, ce préambule : « Ça commencerait comme ça, par le plus inconcevable, une histoire vraie, jamais vérifiée, une révélation jamais certifiée. Dans d’autres dimensions du vide il existerait des mondes tellement différents qu’il serait vain d’essayer de les décrire ou de les expliquer. Dans ces mondes-là, ce que nous appelons le temps, les distances, l’ombre et le silence n’auraient aucune signification. »

 

Venues de mondes parallèles, les « petites filles modernes » entraînent le public vers l’onirique. Toute rationalité abolie, on leur emboîte le pas pour atterrir dans une faille spatiotemporelle où les géographies, les durées, les présences échappent au sens commun. Un trou noir sur le sol où sombrent les désirs ; un puits sans fond qui mène vers l’inconnu ; une jeune fille enfermée dans une cage pour cent millions d’années ; des parents qui ne sont pas des humains ; des fillettes qui ont incorporé de précédentes existences dont elles sont, sans doute, la réincarnation.

La noirceur inquiétante du spectacle n’altère pas la dynamique de l’aventure vécue. Elle est épique et fantaisiste. Ici, ailleurs, hier, aujourd’hui, demain : aucun repère ne tient debout. Vraiment, c’est fou ce qu’un artiste est capable d’obtenir du théâtre lorsqu’il ne lui pose aucune limite.

 

Les Petites Filles modernes (titre provisoire). Création de Joël Pommerat, au Théâtre Nanterre-Amandiers (Hauts-de-Seine), Festival d’automne. Avec Eric Feldman, Coraline Kerléo, Marie Malaquias et les voix de David Charier, Delfine Huot, Roxane Isnard, Pierre Sorais, Faustine Zanardo. Du 18 décembre au 24 janvier 2026.

Légende photo : « Les Petites Filles modernes (titre provisoire) », de Joël Pommerat. AGATHE POMMERAT

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December 19, 2025 6:00 AM
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Printemps des comédiens : Jean Varela victime d’une décision aberrante

Printemps des comédiens : Jean Varela victime d’une décision aberrante | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot dans son blog - 13 déc. 2025

 

Personne, à Montpellier et bien au-delà ne peut comprendre l’éviction de l’artiste et programmateur qui a su, en quelques années, donner au Printemps des comédiens, un rayonnement remarquable. Les tutelles ont prétendu qu’il y avait des soucis financiers. L’association qui porte le festival depuis quarante ans, réplique, chiffres à l’appui.

 

L’association Printemps des Comédiens qui, pendant près de quarante ans, a porté le festival du même nom, tient à rendre publiques les conclusions des experts-comptables et commissaires aux comptes qui procèdent actuellement à sa liquidation suite à la décision de sa dissolution. Elle espère ainsi mettre fin aux spéculations qui entourent sa disparition programmée et ont donné lieu à des déclarations erronées jusqu’en conseil de Métropole.

 


Bien loin d’être en déficit, l’association achève son existence avec le bilan suivant :

  • Comptes positifs avec un excédent de 183 000 euros.
  • Solde reversé à l’Établissement Public de Coopération Culturelle du Domaine d’O (EPCC) désormais en charge de la Cité européenne du théâtre : 60 000 euros.
  • Cession à titre gracieux d’un matériel scénique évalué à 320 000 euros.
  • Cession à titre gracieux de la marque Printemps des Comédiens et d’un fichier de billetterie de 30 000 noms.
  • Revenus générés par la reprise régulière à l’international de Bérénice avec Isabelle Huppert. Ce spectacle a été créé à Montpellier sous l’égide de l’association Printemps des Comédiens.
    Forte de ce bilan, l’association, en cours de dissolution conformément à la décision de la Métropole qui a souhaité rassembler sous la bannière d’un nouvel établissement la plupart des activités culturelles du Domaine d’O, ne peut qu’exprimer son désaccord à l’annonce du départ forcé de son directeur artistique Jean Varela. En quinze ans, il a fait du Printemps des Comédiens, avec le soutien de l’État, des collectivités locales et de la fidélité constante du public, le deuxième festival de théâtre en France après Avignon.
  • Revenus générés par la reprise régulière à l’international de Bérénice avec Isabelle Huppert. Ce spectacle a été créé à Montpellier sous l’égide de l’association Printemps des Comédiens.
    Forte de ce bilan, l’association, en cours de dissolution conformément à la décision de la Métropole qui a souhaité rassembler sous la bannière d’un nouvel établissement la plupart des activités culturelles du Domaine d’O, ne peut qu’exprimer son désaccord à l’annonce du départ forcé de son directeur artistique Jean Varela. En quinze ans, il a fait du Printemps des Comédiens, avec le soutien de l’État, des collectivités locales et de la fidélité constante du public, le deuxième festival de théâtre en France après Avignon.
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December 18, 2025 3:23 PM
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Michel Didym mis en examen pour « viol »

Michel Didym mis en examen pour « viol » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par Sceneweb le 18 déc. 2025

 

Le metteur en scène et ancien directeur du Centre dramatique national La Manufacture à Nancy, Michel Didym a été mis en examen pour « viol » suite à une plainte déposée en 2020, nous a confirmé l’avocate de l’une des victimes.

 

Fin septembre 2020, une enquête préliminaire pour violences sexuelles avait été ouverte visant le metteur en scène. Celui-ci avait été laissé libre à l’issue de sa garde à vue.

 

Dans une enquête publiée en octobre 2021 par Libération, plusieurs femmes  affirmaient avoir subi du harcèlement et des violences sexuelles de la part du metteur. Le témoignage d’Alice, accusant le metteur en scène nancéien de l’avoir violée en 2012 quand elle était une élève comédienne de 20 ans, avait ouvert la voie à plusieurs autres témoignages de violences sexuelles subies dans le milieu du théâtre et au mouvement #MeTooThéâtre sur les réseaux sociaux.

 

En novembre 2021, Michel Didym avait quitté la direction du festival de théâtre contemporain La Mousson d’été, dont il était le fondateur.

 

En 2021, les révélations autour de Michel Didym avaient constitué un élément déclencheur du mouvement #MeTooThéâtre.

 

 

18 DÉCEMBRE 2025  - PAR L'ÉQUIPE DE SCENEWEB

 

photo Eric Didym

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December 18, 2025 3:03 PM
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Françoise Brion, l’un des visages de la Nouvelle Vague, est décédée

Françoise Brion, l’un des visages de la Nouvelle Vague, est décédée | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Télérama, avec AFP -  Publié le 17 décembre 2025

 

Avec une quarantaine de films à son actif des années 1950 aux années 1980, l’actrice était habituée aux rôles de séductrices ou de femmes fatales, dont elle a su se moquer. Elle est morte le 12 décembre à l’âge de 92 ans.

 

Lactrice Françoise Brion, qui fut en vogue au cinéma à l’époque de la Nouvelle Vague, est décédée à Paris vendredi 12 décembre à l’âge de 92 ans, ont annoncé mardi ses enfants Diane et Simon Doniol-Valcroze à l’AFP. De son vrai nom Françoise German de Ribon, celle qui a tourné pour plusieurs réalisateurs de premier plan sans jamais accéder au rang de vedette était née le 29 janvier 1933 à Paris.

 

Au Conservatoire d’art dramatique de Paris où elle étudie dans sa jeunesse, l’un de ses copains, Jean-Paul Belmondo, lui conseille de changer de nom. « Laisse tomber le “de”, ça fait aristocrate », lui dit-il alors, selon son récit. Elle devient Brion, l’anagramme de Ribon.

L’actrice débute au cinéma à la fin des années 1950 dans Nathalie de Christian-Jaque, Katia de Robert Siodmak ou Un témoin dans la ville d’Edouard Molinaro. Avant de devenir son deuxième mari, le comédien et réalisateur Jacques Doniol-Valcroze lui propose de jouer dans son premier long métrage, L’Eau à la bouche, sorti en 1960, qui lance sa carrière et contribue à faire connaître la Nouvelle Vague. Jacques Doniol-Valcroze a été un des fondateurs de la célèbre revue Les Cahiers du cinéma, où ont écrit tous les grands de la Nouvelle Vague, comme Truffaut, Godard ou Chabrol.

Elle s’épanouit sur les planches

Françoise Brion, qui avait d’abord épousé l’acteur Paul Guers, tournera au total dans une quarantaine de films jusqu’au milieu des années 1980. Elle connaît avec L’Immortelle, d’Alain Robbe-Grillet (prix Louis-Delluc 1963), l’un de ses plus beaux rôles, celui d’une étrangère courtisée par un homme à travers les rues d’Istanbul.

Légende photo : Dans « L’Immortelle » (1963), d’Alain Robbe-Grillet, Françoise Brion connaît l’un de ses plus beaux rôles. Cocinor/Collection Christophe.L

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«Boule de Neige», «Pinocchio créature», «Santa Park»… Les spectacles jeunesse à voir cet hiver –

«Boule de Neige», «Pinocchio créature», «Santa Park»… Les spectacles jeunesse à voir cet hiver – | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Nina Lacour, Sonya Faure, Gilles Renault, Anne Diatkine, Victor Inisan dans Libération     -    Publié le 14/12/2025 

 
 

Un thriller collégien, une comédie musicale à l’américaine, un spectacle d’horreur pour enfants, une boîte à musique ou un cirque pop… les jeunes ont de la chance, il y en aura pour tous les genres.

 
 
 

Votre enfant a étudié Tartuffe en 6e, les Femmes savantes en 5e, puis le Médecin malgré lui et le Malade imaginaire avant d’attaquer l’Avare en seconde ? C’est bien. Il est prêt pour passer l’oral du bac sur Dom Juan. Mais il est temps pour lui de découvrir que le théâtre c’est aussi un polar au collège, un parc d’attractions abandonné ou un match de catch, que même la Comédie-Française, la maison de Molière, fait dans Pinocchio. Et qu’on peut penser très loin avec du cirque et de la danse. Baptiste Amann, Phia Ménard, Ambre Kahan… Cette année encore, on retrouve pas mal de grands parmi les spectacles pour plus petits, profitons-en.

 

 

 

«Boule de Neige» de Baptiste Amann et Odile Grosset-Grange

«Boule de Neige», thriller haletant de Baptiste Amann mis en scène par Odile Grosset-Grange. (Christophe Raynaud de Lage)

Un mystérieux «incident» secoue un petit collège jusqu’alors très paisible. Parti de presque rien, il a pris une ampleur démesurée. Voilà l’effet boule de neige. Cette pièce écrite sur mesure par Baptiste Amann, tout juste auréolé du grand prix de littérature dramatique, est un thriller haletant pour jeunes âmes. Le dramaturge invite à remonter le fil de l’histoire en trois temps selon les points de vue de ceux – professeurs, parents et adolescents – que la catastrophe a fait frémir. La mise en scène, simple et dynamique, transforme un salon en réfectoire en un clin d’œil et une enseignante un peu baba cool en directrice sourcilleuse. Une dizaine de personnages se succèdent ainsi au plateau. Et pour les incarner, trois comédiens seulement, qui, s’ils n’hésitent pas à grossir les traits de ceux qu’ils jouent, regorgent d’inventivité. En particulier pour le dernier acte, où leur jeu convoque très bien l’esprit de collégiens aussi effrontés que dangereusement influençables. Boule de neige retrace un itinéraire, de la boulette au drame, dans une joyeuse dramaturgie qui invite, à l’inverse, à dédramatiser.

 

A la Maison du Théâtre de Brest le 19 décembre, puis à la Comédie de Béthune (CDN Hauts-de-France) du 21 au 30 janvier. Dès 10 ans.

 

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«Pinocchio créature» de Sophie Bricaire

Pinocchio au théâtre ? Ubuesque, du moins sur le papier : les lieux (au hasard, le ventre d’un monstre marin) et les personnages de l’histoire sont trop abracadabrants. Sans compter les métamorphoses de Pinocchio – successivement bûche à brûler, pantin en bois, âne de cirque et petit garçon. Or à la Comédie-Française, la metteuse en scène Sophie Bricaire évacue avec beaucoup de malice la profusion visuelle du conte de Collodi : ici, une dizaine d’accessoires (têtes d’animaux, ballons à confettis, pièces d’or géantes), pour bonne partie suspendus, suffisent à cinq interprètes pour dérouler toutes les péripéties. Et nul besoin de s’embarrasser d’une marionnette pour Pinocchio : une comédienne, vêtue couleur bois, a une grosse clef plantée dans le dos. Mais alors, si Pinocchio ment ? Elle se cache le nez, c’est tout : l’imagination fera le reste. L’épure sied à merveille à ce Pinocchio créature, qui dépouille même la fable de ses relents conservateurs : pour Bricaire, Pinocchio a beau être changé en âne après avoir séché l’école, rien ne le rend plus humain que la transgression.

 
Studio-Théâtre de la Comédie-Française, Paris. Jusqu’au 4 janvier. A partir de 8 ans.

 

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«Un Poyo Rojo» d’Hermes Gaido

 

Créé en 2008 à Buenos Aires, Un Poyo Rojo reste un best-seller. Pour preuve, cette nouvelle escale parisienne avec toujours les deux mêmes acolytes sur scène, les Argentins Alfonso Barón et Luciano Rosso, qui reviennent se toiser, s’empoigner et s’étreindre, une heure intense durant. Réjouissante pochade gay friendly, mise en scène par Hermes Gaido, «le Coq rouge» s’installe dans le vestiaire d’une salle de sport que le tandem met sens dessus dessous, entre théâtre (sans parole), danse et acrobatie. Une performance survitaminée qui actualise la tradition du splastick, en passant au shaker les archétypes virilistes d’une masculinité aimablement tournée en dérision.

A la Pépinière Théâtre, 75002, jusqu’au 29 décembre. A partir de 8 ans.

 

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«Nocturne (Parade)» de Phia Ménard

Redonner vie et souffle, retrouver l’enfance, c’est le sujet du merveilleux Nocturne (Parade), de Phia Ménard, où, sur une minuscule scène circulaire, et avec des bruits de galop, un enfant, puis plusieurs dansent avec le vent, tandis qu’un cheval, mû par la même bourrasque, se gonfle, ils s’envolent, ils dansent, ils tombent, ils se relèvent. Lorsque l’adulte Phia Ménard apparaît sur scène, on ne peut s’empêcher d’y croire, elle aussi va braver la pesanteur. Inspiré du Roi des Aulnes, en écho avec un précédent spectacle iconique de l’artiste, l’Après-midi d’un foehnNocturne (Parade) est magique, réussissant la ­prouesse de nous faire très vite renoncer à essayer de comprendre comment des personnages qui ne sont ni touchés ni manipulés s’éloignent dans les airs. Sans oublier les cauchemars qui, eux, font le chemin inverse et s’enterrent sous le plateau.

Grande tournée au Quai, CDN Angers Pays-de-la-Loire du 18 au 20 décembre ; Scène nationale du Sud-Aquitain, Saint-Jean-de-Luz du 22 au 24 janvier ; Théâtre national de Bordeaux Aquitaine du 27 au 31 janvier ; puis Lille, Rouen, Bobigny, Le Mans… A partir de 8 ans.

 

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Pomme chante au «Petit Cirque» de Marie et Yoann Bourgeois

 

Une corde tirée très délicatement actionne le plateau tournant. Les quatre instruments démarrent et voilà aussitôt la boîte à musique du petit cabaret lancée. Les mélodies délicates de Pomme résonnent dans la nuit, où la chanteuse, habillée en matelote dentelée, fait office de maîtresse de cérémonie. Une danseuse sort d’une chrysalide et convoque immédiatement le printemps. Louange aux oiseaux ; les corps virevoltent et la scène se comporte en véritable girouette, signe que l’horloge de la nature avance. Le spectacle, tout comme l’album de l’interprète lyonnaise, exprime avec douceur et malice la fatalité du temps qui passe. Tout bouge chez les êtres vivants. Leurs joyeuses métamorphoses sont évoquées par une scénographie très suggestive, réalisée à la vue des spectateurs. Des pétales immergés dans l’eau et projetés sur un rideau clament l’évidente beauté du règne végétal. La couleur bleue, celle de la peur, mais aussi du froid, gagne peu à peu le plateau. Des pas dans la neige crissent. Et même si le trucage est visible, l’hiver est arrivé.

Au Théâtre des Bouffes du Nord (75018) du 26 décembre au 4 janvier. A partir de 6 ans,

 

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«Santa Park» d’Ambre Kahan

Avec «Santa Park», Ambre Kahan promène une bande d'enfants dans un parc d'attractions abandonné. Frissons et humour au programme. 

On nous dit «spectacle d’horreur pour enfant», et déjà, notre sang se glace plus sûrement encore que si on nous parlait d’un film d’horreur pour les grands. «On marche sur un fil : il faut que notre pièce leur donne vraiment des frissons, mais pas qu’ils en fassent des cauchemars pendant huit jours», confiait, quelques jours avant sa création aux Célestins de Lyon, la metteuse en scène Ambre Kahan, à qui on doit une adaptation très remarquée de l’Art de la joie de Goliarda Sapienza. Pour les frissons : un parc d’attractions abandonné, une tempête, un gardien entre la vie et la mort, une étrange créature au pelage blanc et deux enfants qui vont devoir faire avec la peur (sans compter des phrases tirées de Deleuze et de Beckett : là, c’est l’angoisse assurée). Et pour éviter les cauchemars : de l’humour, des effets spéciaux artisanaux et un subtil art du décalage, promet Ambre Kahan.

Aux Célestins de Lyon du 16 au 27 décembre ; à Bonlieu, Scène nationale d’Annecy du 9 au 10 janvier ; à la Comédie de Valence du 21 au 23 janvier ; au Théâtre de Nîmes le 28 janvier ; au Théâtre de la Cité à Toulouse du 4 au 6 février ; au Théâtre de la ville à Paris du 12 au 15 mars. Interdit aux mauviettes de moins de 8 ans.

 

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«Slam !» de Flip Fabrique

«Slam !» de Flip Fabrique revisite l'univers du catch. 

Compagnie fondée en 2011 au Québec, Flip Fabrique est devenue dès ses débuts une habituée du circuit international. Ainsi retrouve-t-on à Paris la troupe, constituée cette fois de huit interprètes, avec, en renfort, le metteur en scène multitâche (théâtre, opéra, cinéma) Robert Lepage. Exempte de sous-texte, l’idée du jour consiste à revisiter l’univers du catch en surlignant la dimension entertainment de la discipline, avec un public auquel on distribue des sifflets afin de doper l’ambiance – du coup, un chouia assommante. Renforcée par une bande-son amplifiée et un grand écran, l’action se déroule principalement sur un ring, où une succession de «combats» permet de vérifier la frontière poreuse entre le cirque et la lutte, poncifs compris, «Slam !» gagnant en intérêt quand, entre contorsion et diabolo, les acrobates tombent le masque.

A l’Espace chapiteau de la Villette (75019) jusqu’au 31 décembre. A partir de 8 ans.

 

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«I Love You Two» du Circus I love you

«I Love You Two» du Circus I love you, une heure de jubilation visuelle. 

Planté à Antony, le chapiteau rose et jaune annonce la couleur. Celle d’une compagnie de cirque à l’esthétique pop, un poil kitsch, prompt à moucher la monotonie hivernale à l’aide de strass, paillettes et trompettes. Au-dessus de la piste, ils sont huit à faire vibrer divers instruments. Six d’entre eux sont aussi acrobates, trapézistes ou funambules. A les observer, porter sa contrebasse d’un doigt est un jeu d’enfant et pédaler sur une corde suspendue au-dessus du vide relève de la promenade de santé. Chaque prouesse, défiant un peu plus les lois de la gravité, est orchestrée par un duo d’interprètes, dont les corps complices évoquent la puissance de l’amitié ou de l’amour. Se porter, se supporter… les circassiens s’emparent littéralement de ces expressions pour livrer une petite heure de jubilation visuelle. Et si ce show donne parfois les mains moites d’appréhension, il réchauffe un peu les cœurs en donnant la certitude que, grâce à l’affection, rien – si ce n’est les corps – ne vacille.

Aux Points communs (Nouvelle Scène Nationale du Val d’Oise) de Cergy-Pontoise jusqu’au 24 décembre, puis en tournée à partir de mars. Dès 5 ans.

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Et aussi

Les 25 ans de «Millésime»

Symbolisant l’évolution du cirque moderne, Phénix, entreprise française cotée à l’export, oublie les animaux des débuts pour célébrer son quart de siècle d’existence entre jonglage, roue Cyr et acrobaties, qu’entraîne vers les sommets une distribution internationale.

Au Cirque Phénix, pelouse de Reuilly à Paris (75012). A partir de 6 ans.

 

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«Fusées» de Jeanne Candel

Dans ce spectacle pour tous les âges, deux cosmonautes sont en roue libre dans la stratosphère. Les comédiens jouent l’apesanteur en se déhanchant le cul sur un tabouret comme on le faisait quand on était petits, reliés à leur fusée par des tuyaux d’aspirateur. Fusées de Jeanne Candel est un hommage au théâtre de toute beauté.

Aux Célestins de Lyon du 17 au 21 décembre ; au Théâtre de Vanves les 8 et 9 janvier ; à la Comédie de Colmar du 13 au 16 janvier ; à La Comédie de Clermont-Ferrand les 19 et 20 janvier ; au Théâtre national de Nice du 22 au 24 janvier.

 

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«Suzanne : une histoire du cirque» d’Anna Tauber et Fragan Gehlker

Sensible et maîtrisé, le spectacle d’Anna Tauber et Fragan Gehlker redonne vie à une voltigeuse oubliée, entre souvenirs et transmission.

Aux Célestins de Lyon du 17 au 20 décembre ; au CentQuatre à Paris (75019) du 12 au 21 février ; au Théâtre Garonne à Toulouse du 13 au 19 mars…

 

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«Shrek, le musical» de Philippe Hersen

Pop ou funky, l’ogre Shrek, qui a mis beaucoup de beurre dans les épinards de Dreamworks, existe aussi au format comédie musicale. Quittant Broadway pour prendre ses quartiers parisiens, c’est Philippe Hersen, vieux briscard du show (très) grand public, qui est aux manettes.

Aux Folies Bergère à Paris (75009), jusqu’au 17 janvier. A partir de 6 ans.
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December 16, 2025 5:40 PM
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Jean-Paul Rouve, acteur : « Je ne comprends pas que la comédie soit un plaisir honteux pour certaines personnes »  Podcast

Jean-Paul Rouve, acteur : « Je ne comprends pas que la comédie soit un plaisir honteux pour certaines personnes »  Podcast | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Jean-Paul Rouve a le goût, depuis trente ans, d’incarner des personnages très différents. La comédie reste son registre de prédilection et celui qui l’a révélé : les sketches des Robins des Bois, dans « Nulle part ailleurs », émission populaire de Canal + dans les années 1990, puis le premier volet des Tuche, sorti au cinéma en 2011. Mais il s’est aussi montré marquant dans des rôles plus dramatiques, comme en 2023, lorsqu’il interprète un Gabriel Matzneff glaçant, dans Le Consentement (adapté du livre de Vanessa Springora) réalisé par Vanessa Filho. Chaque soir et jusqu’au 1er février, il retourne sur les planches, dans une adaptation pop, moderne et virevoltante du Bourgeois gentilhomme de Molière, signée Jérémie Lippmann, au Théâtre Antoine.

Les œuvres du dramaturge du XVIIe siècle sont un exemple de ce que le comédien appelle le « stade ultime » d’une pièce ou d’un film : des histoires qui transcendent les générations et les classes sociales. « Molière, tous les soirs, quatre cents ans après, ça fait rire. Il est fort, ce mec », s’extasie-t-il. Mi-candide, mi-ahuri, Jean-Paul Rouve fait un formidable Monsieur Jourdain, ce bourgeois qui donnerait tout pour acquérir les codes des gens de qualité. « [Avec Jérémie Lippmann, le metteur en scène], on voulait que ce soit distrayant et accessible. Notre but absolu était de travailler le texte pour qu’il soit le plus parlé possible, pour qu’on comprenne. »

Pour cet épisode du « Goût de M », il nous reçoit chez lui, dans une petite maison sur la butte Montmartre, dans le 18e arrondissement, où il habite depuis une vingtaine d’années. Dans le grand salon, où il reçoit ses amis, il y a une cheminée, une bibliothèque et plusieurs symboles de ses admirations : une photo de Romy Schneider (« Pour moi, c’est l’actrice ultime »), Patrick Deewaere et Miou-Miou, des constructions en Lego en tout genre (« les Lego, c’est des œuvres »), des CD des Beatles…

Il nous raconte le goût de son enfance dans le Nord, à Dunkerque, son père qui travaillait aux chantiers navals et qui a rencontré sa mère au bal, ses mercredis après-midi à regarder la télévision chez sa grand-mère, où il découvre les grands films en noir et blanc, sa fascination pour Jean Gabin, Louise Brooks… Il rêve, très jeune, de devenir acteur. Pour payer son inscription au cours Florent, on lui propose d’en être le gardien pendant sa formation : « Ouvrir le matin, fermer le soir. » Il revient aussi sur la méthode qu’Isabelle Nanty, sa professeure, enseignait aux premières années et qu’il continue d’appliquer : « Vous n’allez pas essayer de jouer le personnage, vous allez juste essayer d’être vrais. »
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Cet épisode a été publié le 12 décembre 2025.

Depuis sept saisons, la journaliste et productrice Géraldine Sarratia interroge la formation et les méandres du goût d’une personnalité. Créateurs, artistes, cuisiniers ou intellectuels, tous convoquent leurs souvenirs d’enfance, tous évoquent la dimension sociale et culturelle de la construction d’un corpus de goûts, d’un ensemble de valeurs.


 

Un podcast produit et présenté par Géraldine Sarratia (Genre idéal), préparé avec l’aide de Diane Lisarelli et de Juliette Savard, avec Emmanuel Beaux au son. _ Publié sur le site du Monde

Musique : Gotan Project

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December 11, 2025 6:30 AM
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« La petite cuisine de Mehdi » d'Amine Adjina : la critique d'une petite perle aux multiples saveurs

« La petite cuisine de Mehdi » d'Amine Adjina : la critique d'une petite perle aux multiples saveurs | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabrice Leclerc dans Paris - Match - 9 déc. 2025

 

Écrivain et metteur en scène de théâtre, Amine Adjina tisse un feel-good movie impeccable et profond sur l’émancipation face aux traditions. Avec Hiam Abbas et Younes Boucif.

 

Le synopsis

Si Mehdi joue le rôle du fils algérien parfait devant sa mère Fatima, il s’adonne à sa passion pour la cuisine française dans un bistrot lyonnais et vit une belle histoire d’amour avec Léa. Dans cet équilibre difficile à tenir entre traditions et modernité, les petits mensonges de Mehdi, sur sa famille ou sa maman commencent à devenir ingérables. Léa, qui en a marre de ses cachotteries familiales, veut rencontrer sa mère. Au pied du mur, Mehdi va trouver la pire des solutions…

La critique de Paris Match (4/5)

La voilà donc la jolie surprise du cinéma français de cette fin d’année qu’on n’avait pas vu venir, si ce n’est un buzz très positif depuis sa présentation dans plusieurs festivals de rentrée, prix du public au Festival de Saint-Jean-de-Luz. Totalement justifié pour le coup tant ce très joli film parle au cœur, porté par la finesse de son écriture et son goût pour le cinéma. Venu qui plus est d’un auteur/metteur en scène de théâtre qui s’est jeté sans filet dans l’aventure du long métrage de cinéma. Et osé sortir des sentiers battus du « drame social » trop facile en regard de son sujet, jouant finement la carte du feel-good movie. Raconter l’immigration, l’intégration, l’assimilation et le poids des traditions sans jamais donner de leçons, voilà le propos de ce joyeux film profond, vaudeville assumé qui croque à pleines dents la figure de la mère et du poids trop lourd de la tradition.

 

Amine Adjina manie l’écriture comme un jeu pour croquer les cultures maghrébines et européennes, quand les non-dits deviennent empiriques. Il porte son film avec soin, s’offre des libertés de cinéma bienvenues (une séquence dans un train, petit modèle de non-convention). Mais surtout, cet acteur et metteur scène a le goût du casting parfait. Et offre une galerie de personnages incroyables, pétris de leurs propres contradictions, où rayonnent Younès Boucif dans le rôle-titre (acteur dans « Drôle » et rappeur à ses heures), l’incontournable Hiam Abbass mais aussi de belles révélations comme Ines Boukhelifa et l’incroyable Malika Zerrouki, actrice non professionnelle, qui irradie dans le rôle de la mère algérienne, pivot involontaire de cette tragi-comédie. Dans la petite cuisine de Mehdi, ça rit, ça pleure, ça ment par amour, ça danse et ça dit plein de choses sans en avoir l’air, dans l’excès et dans la joie. À déguster sans modération.

 
 

La petite cuisine de Mehdi, film

D’Amine Adjina
Avec Younès Boucif, Clara Bretheau, Hiam Abbass

 
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December 2, 2025 5:44 AM
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Au Théâtre des Abbesses, Suzanne de Baecque prolonge le récit autobiographique d’Annie Ernaux jusqu’aux filles nées au XXIᵉ siècle

Au Théâtre des Abbesses, Suzanne de Baecque prolonge le récit autobiographique d’Annie Ernaux jusqu’aux filles nées au XXIᵉ siècle | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 1er déc. 2025

 

Dans « Mémoire de fille », la liberté de feu follet de cette formidable comédienne ne fait pas oublier l’armature pesante de la mise en scène.

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/12/01/au-theatre-des-abbesses-suzanne-de-baecque-prolonge-le-recit-autobiographique-d-annie-ernaux-jusqu-aux-filles-nees-au-xxie-siecle_6655546_3246.html

 

Mémoire de fille, version française incarnée au Théâtre des Abbesses, à Paris, par la très vive Suzanne de Baecque, est née dans l’élan d’une précédente version. Allemande, celle-ci, et portée à la scène dès 2022 à la Schaubühne de Berlin par l’actrice Veronika Bachfischer.

 

 

Mémoire de fille est un roman autobiographique d’Annie Ernaux, publié en 2016, dans lequel deux versions de l’écrivaine coexistent qui forment un corps solidaire lorsque Ernaux, soixante ans après les faits racontés, saisit la main d’Annie Duchesne (son nom à 17 ans), pour la hisser à ses côtés et consoler sa peine, reconnaître en elle une victime et, par l’énoncé de ce mot, réparer ses propres blessures.

 
Il est important ce récit de vérité dans lequel une femme parvient à s’extirper de la honte et de la culpabilité en basculant une faute qu’elle croyait sienne de ses épaules à celles de l’amant : un moniteur de colonie de vacances qui, en 1958, impose à Annie encore vierge les modalités, par lui seul décidées, d’un rapport sexuel. Elle pensait alors cette étreinte consentie. Il lui faudra des années pour comprendre ce qu’elle a subi. Et s’expliquer les suites : anorexie, arrêt des règles, sentiment d’être une moins que rien, tête basse devant ce « putain » dont la gratifie, à l’époque, la bêtise crasse de ses camarades.

Un accordéon de paravents

Suzanne de Baecque n’a rien vécu de tel. Quoique. C’est mal à l’aise qu’au petit matin de l’été 2016, elle s’enfuit d’une toile de tente où un garçon vient de la déflorer. Souvenir troublé de sa culotte tachée de sang. Elle voulait perdre sa virginité, c’est vrai. Mission accomplie mais à quel prix ? Cette anecdote, elle la raconte en aparté au cours du spectacle, prolongeant le récit d’Annie Ernaux jusqu’aux filles nées au XXIe siècle. Et qui seraient donc, elles aussi, en proie aux confusions : comment, adolescente, rester souveraine dans son désir sans céder aux pressions d’injonctions héritées de traditions patriarcales.

 

 

Lire le portrait (en 2022) : Article réservé à nos abonnés Suzanne de Baecque, 27 ans, « actrice.com »
 

Pliant et dépliant un accordéon de paravents recouverts de miroirs fumés (jeux de reflets obligent), la comédienne tient la représentation à bout de bras. Elle est chez elle sur la scène du théâtre, d’ailleurs, c’est là qu’elle se trouve belle, et qu’elle pourrait, dit-elle, bravache, s’exhiber toute nue. A raison, son émancipation se donne en exemple.

 

La liberté de feu follet de cette formidable actrice ne fait pourtant pas oublier l’armature pesante de la mise en scène. Danse transe, micro amplificateur, plateau saccagé : pas un instant de la représentation qui ne soit escorté de son effet gestuel, de son sous-texte musical ou de son hit visuel. A la longue, cette surabondance d’intentions est contre-productive.

 

 

Mémoire de fille, d’après Annie Ernaux, création de Veronika Bachfischer, Sarah Kohm et Elisa Leroy, production de la Cité européenne du théâtre – Domaine d’O, à Montpellier. Théâtre de la Ville-Les Abbesses, Paris 18e. Avec Suzanne de Baecque. Jusqu’au 6 décembre.

 

 

Joëlle Gayot / Le Monde 

 

Légende photo : Suzanne de Baecque dans « Mémoire de fille », d’Annie Ernaux, au Théâtre des Abbesses, à Paris, en novembre 2025. MARIE CLAUZADE

 

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