Deux experts dissèquent pour « L’Orient-Le Jour » les enjeux et les conséquences au niveau local et régional de l’éclatement du régime de Damas.
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La menace de partition de la Syrie, entre fantasme et réalité: quelles conséquences pour les Kurdes?Deux experts dissèquent pour « L’Orient-Le Jour » les enjeux et les conséquences au niveau local et régional de l’éclatement du régime de Damas. No comment yet.
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Le Dr Kemal Kerkuki est l'ancien président du Parlement kurde. Il est aujourd'hui chargé des relations nationales et internationales au PDK, le parti majoritaire d'où est issu Massoud Barzani, le président de la région autonome du Kurdistan.
Béatrice D.'s insight:
Massoud Barzani hésite encore. Le président de la région autonome du Kurdistan, en Irak, sera-t-il candidat à un troisième mandat en septembre? «Son parti, le PDK, et la majorité des Kurdes le souhaitent», assure le Dr Kemal Kerkuki, l’ancien président du Parlement kurde, Parlement qui avait désigné Massoud Barzani à ce poste à l'issue des premières élections législatives post-Saddam. En 2009, ce sont les Kurdes eux-mêmes qui avait reconduit le héros de la résistance dans ses fonctions. Cette fois encore, Massoud Barzani souhaite que le peuple tranche par le biais du suffrage universel. Or, la constitution kurde n’autorise que deux mandats. Si les experts décident qu’il s’agit de deux mandats au suffrage universel, Massoud Barzani pourra se représenter. Sinon... le Dr Kemal Kerkuki n’ose pas l’imaginer.
Pourquoi cet empressement à vouloir que Massoud Barzani se représente à la présidence du Gouvernement de la Région du Kurdistan? Le PDK n’a donc pas préparé l’après Barzani? Dr Kemal Kerkuki: "Massoud Barzani est l’homme de la situation. Dans son enfance, il a suivi son père, le général Barzani, comme un apprenti, dans tous les domaines. Sur le plan militaire, politique, dans les négociations, il est devenu un vrai professionnel. Or, nous sommes à une période charnière, comme le peuple américain l’était à la création des Etats-Unis. Une situation fragile qui a amené le peuple américain à obliger Georges Washington à faire un deuxième mandat. S’il n’avait pas été malade, les Américains lui auraient demandé d’en faire un troisième. Aujourd’hui, on est en train de convaincre Massoud Barzani de se présenter à un troisième mandat. Là dessus, l’UPK pense la même chose que le PDK. C’est pour ça, je pense, qu’on arrivera à le convaincre."
La situation est tendue, depuis un an, entre Massoud Barzani et Nouri Kamal al-Maliki, le premier ministre irakien. Que ferait Massoud Barzani dans un troisième mandat? Dr Kemal Kerkuki: "Ce que souhaitent tous les Kurdes. Aujourd’hui, le gouvernement de Bagdad ne respecte pas la constitution irakienne. Il y a des milices, en dehors de l’armée, attachée au Premier ministre. Elles ont fait des provocations, notamment à Kirkouk. Aujourd’hui, c’est notre choix de dépendre de l’Irak si l’Etat fédéral du Kurdistan reste libre et si l’Irak respecte la constitution. Si la constitution est bafouée, l’Irak ne pourra pas rester en une seule partie."
Mais est-ce que les Kurdes la respectent? Bagdad vous accuse d’outrepasser vos prérogatives sur le pétrole en ayant attribué des permis d’exploration à Exxon, Chevron, Total et Gazprom! Dr Kemal Kerkuki: "On a toujours respecté la constitution irakienne. Nous avons présenté ces projets à des experts juridiques internationaux. Ils nous ont dit qu’on était dans un cadre légal."
Le Kurdistan serait prêt alors à déclarer son indépendance? Dr Kemal Kerkuki: "Comme je l’ai dit, si le gouvernement irakien ne respectait pas la constitution irakienne, l’Irak ne resterait pas en une seule partie. Cela dit, cette décision ne dépend pas d’une personne ou d’un parti, mais d’un référendum qui concernerait la totalité du peuple kurde. Moi, à titre personnel, je suis pour avoir un Etat libre pour le Kurdistan."
Comment expliquer le retournement d’alliance avec la Turquie, dont le régime a causé la mort de beaucoup de Kurdes, qu’ils soient Turcs ou Irakiens? Dr Kemal Kerkuki: "Nous avons connu le génocide; ça n’a jamais été dans notre philosophie d’être une menace pour qui que ce soit. On a fait le maximum pour dire aux Turcs que nous n’étions pas un danger. C’est un voisin important, qui a une longue frontière avec nous. Nous sommes ravis que les investisseurs turcs viennent chez nous. Nous avons eu la même politique avec l’Iran. Nous sommes une région démocratique. Nous souhaitons avoir de bonnes relations avec tous les Etats et régimes démocratiques dans le monde. Notre position est qu’il faut toujours régler les problèmes avec le dialogue. Mais en même temps, si on nous attaque, on est prêt à répondre."
Vous avez participé aux négociations entre Ankara et les Kurdes du PKK, en Turquie? Dr Kemal Kerkuki: "Effectivement, on a été médiateur. On continue à suivre le retrait du PKK vers les montagnes du Kurdistan. Il n’y a pas eu d’accrochage. Les deux côtés sont vraiment prêts à un accord de paix. A cet égard, en acceptant de négocier avec Abdullah Öcalan, Recep Tayyip Erdoğan, le 1er ministre turc, a pris un chemin très juste. On salue Abdullahh Öcalan qui arrive à gérer une révolution tout en négociant avec son adversaire en prison. Et on salue la position du 1er ministre turc qui a déclaré que le temps était fini de nier que les Kurdes existent. Maintenant, on souhaite que le processus en cours arrive à son terme et que le PKK devienne un parti politique, qui a le droit de participer aux élections. L’homme ne doit jamais être prisonnier du passé. On doit jamais penser à la vengeance."
C’est important ce que vous dites, alors que le génocide perpétré contre votre peuple a conduit des centaines de milliers de Kurdes à la mort en 40 ans. Le pardon est important dans la philosophie kurde? Dr Kemal Kerkuki: "Oui, surtout quand on voit qu’en face l’adversaire est sérieux dans sa volonté de changer. 100.000 soldats irakiens étaient au Kurdistan lorsque la région a été libérée en 1991. Nous les avons tous faits prisonniers. Le peuple kurde n’en a pas tué un seul, alors que la blessure du génocide était encore vive. Aujourd’hui encore, on ne fait pas de différence entre un Kurde, un Arabe, un Chrétien. Un être humain est un être humain. Chacun doit avoir la vie sauve."
Vous pardonnez et, en même temps, vous vous battez pour que la communauté internationale reconnaisse officiellement le génocide kurde. Pourquoi? Dr Kemal Kerkuki: "Pardonner ne veut pas dire oublier."
Sur ce point, qu’attendez-vous de la France? Dr Kemal Kerkuki: "Le peuple de France est immense. Il a une grande profondeur démocratique. On est sûr que les élus français vont suivre l’exemple britannique en votant la reconnaissance du génocide kurde au Parlement."
Les problèmes s’apaisent pour les Kurdes de Turquie mais ils perdurent pour les Kurdes de Syrie, un pays en pleine guerre civile. Quelle est votre position sur le régime de Bachar El-Assad? Dr Kemal Kerkuki: "On ne peut pas défendre un régime comme ça. Quelqu’un qui tue son peuple comme ça a pris tout seul la décision de ne pas exister et de se mettre au ban des Nations. Quoi qu’il arrive, il n’y a aucune raison qu’un régime dictorial qui tue son peuple continue."
Si la Syrie éclate, peut-on imaginer que le Kurdistan syrien et le Kurdistan irakien réclament ensemble leur indépendance? Dr Kemal Kerkuki: "Après Bachar, les Kurdes syriens réclameront ce qu’ils veulent. On ne leur dictera pas leur conduite. Par ailleurs, on les voit régulièrement, ils ne nous ont jamais parlé de ce projet."
Propos recueillis par BEATRICE DILLIES
Mohsin Dizey (ici avec la canne) est l'ex bras droit de Mustafa Barzani, qui était le chef de la résistance kurde de 1931 à 1979. Il a été interviewé le 16 mai 2013, lors d'une expo sur le génocide kurde au parc des expos à Erbil.
Béatrice D.'s insight:
Farhan Murad Hamed, né en 1966, tué en 1988 à Hanaray Choan. Khidr Hama Cheikh Omar, né en 1944 à Khalifan, tué en 1988 à Joramerg. Bakhtiar Ali Mohamed, né en 1974 à Tcharaxarota, tué en 1988 route de Sangao... L’ancien bras droit du général Mustafa Barzani, le héros de la résistance kurde, est l’invité d’honneur de l’exposition que l’université Salahaddin consacre au 25e anniversaire d’Anfal. Un indispensable travail de mémoire pour Mohsin Dizey qui s’attarde un peu plus longuement sur la photo de Jiyan Abdulkader Salih, née en 1986 à Talabani Gawra, et tuée le 5 mai 1988 à Qasrok... Tout près de là, le sinistre nuage de fumée qui a recouvert Halabja le 16 mars 1988. Bilan des 297 bombes lâchées en quelques heures sur la ville martyre: 5000 morts et 10.000 blessés, essentiellement à cause des gaz chimiques. Difficile de retenir les larmes devant tous ces corps aux yeux vitreux, les traits souvent déformés par la souffrance des derniers instants.
Lanja Dizayee, conseillère du ministre des Martyrs et des affaires Anfal, dans le gouvernement de la région autonome du Kurdistan.
Béatrice D.'s insight:
1988. Une année terrible pour les Kurdes d’Irak qui ont entamé des démarches auprès de l’ONU pour que la communauté internationale reconnaissance enfin ce qui apparaît comme une évidence au vu des ordres écrits retrouvés dans les archives de Saddam Hussein: la volonté génocidaire du régime Baas (parfois orthographié Baath, Ba'ath ou Ba'as) envers ces Kurdes fiers qui ont toujours résisté à la volonté de Bagdad d’arabiser la totalité du pays. Puisqu’il ne pouvait les soumettre, Saddam Hussein a opté pour la "solution finale", dite opération "Anfal", qui a fait 182.000 morts entre le 23 février et le 6 septembre 1988. Le paroxysme de l’horreur a été atteint le 16 mars 1988, avec le bombardement d'Halabja, d'abord au napal, puis avec des gaz chimiques. Bilan: 5.000 Kurdes morts gazés et 10.000 blessés en quelques heures. «Le paradoxe, c’est qu’ils ont choisi le nom d’une sourate du Coran pour leur opération, et que 95% des victimes étaient des musulmans», soupire Lanja Dizayee, la directrice de cabinet du ministère des martyrs. Les autres victimes? Des chrétiens essentiellement; Kurdes pour la plupart. Preuve qu’il ne s’agissait pas d’une guerre de religion, mais bien d’un conflit ethnique. D'ailleurs, quasiment tous les Kurdes d'Irak sont sunnites... comme les anciens membres du parti Baas de Saddam Hussein.
Le Dr Kamaran Mufti est Directeur général du Board of Investment, le bureau des investissements, à Erbil. Sur les 5 dernières années, son service a donné 26 milliards de $ pour aider les entreprises à investir, dont 15% au profit d'investisseurs étrangers.
Béatrice D.'s insight:
Le siège du Board of Investment ne paie pas de mine, dans la capitale de la région autonome du Kurdistan. Le Dr Kamaran Mufti préfère consacrer l'essentiel du budget aux entreprises qui frappent à sa porte, pourvu qu'elles aient un bon projet pour le pays. "La construction, les transports, les routes, la santé, l'agroalimentaire, l'eau, l'enseignement supérieur... nous aidons tous les projets qui participent au développement du Kurdistan", sourit le Dr Mufti, qui peut dire merci aux puits de pétrole kurdes. Sur les cinq dernières années, 750 projets ont ainsi reçu le soutien de son ministère qui a déboursé pour eux 26 milliards de dollars, dont 15% au profit d'investisseurs étrangers. Le Dr Mufti fait d'ailleurs un appel du pied aux investisseurs français qui ont très bonne réputation au Kurdistan. "Toute entreprise qui veut s'installer au Kurdistan se voit attribuer un terrain pendant 25 ans pour une location symbolique. Et après, ça se renouvelle. Les investisseurs étrangers sont exonérés d'impôts pendant 10 ans et de droits de douane pendant 5 ans. Au-delà, les impôts se montent au maximum à 15% sur les cigarettes et l'alcool. Pour les autres produits, ils sont entre 2 et 4%." Les ciments Lafarge ont été parmi les premiers à bénéficier de cette politique de soutien à l'investissement. Le régime de Saddam Hussein avait laissé le Kurdistan exsangue. Après sa chute, les Kurdes ont commencé à reconstruire. "Nous avons investi 1 milliard 710 millions de dollars dans le ciment. En 2005, on ne produisait que 3000 tonnes de ciment. Aujourd'hui, grâce aux projets qu'on a soutenus, on produit 10,5 millions de tonnes par an. On a aussi récupéré le fer de tout l'Irak, si bien que la plus grande usine de fabrication de fer est maintenant à Erbil. Pareil pour l'eau. En 2005, 95% des bouteilles venaient de l'étranger. Aujourd'hui, 95% sont fabriquées au Kurdistan." Mais il y a encore beaucoup à faire. Le Dr Kamaran Mufti insiste: "On a besoin du soutien des Français, de votre technologie, de votre savoir-faire. Nos portes sont ouvertes. Venez nombreux, et je plante moi-même le drapeau français." Beaucoup de chefs d'entreprise kurdes espèrent que son appel sera entendu car l'image de la France est bonne depuis que Danièle Mitterrand a poussé son mari à obtenir une zone d'exclusion aérienne au-dessus du Kurdistan, en 1991, alors que Saddam Hussein s'apprêtait à commettre un nouveau génocide. Le PDG de Kosar company, dont le chiffre d'affaire augmente de près de 20% par an, en est presque triste pour la France. "Les Français sont venus nous aider pour rien avec Médecins du Monde. Et maintenant qu'ils pourraient gagner de l'argent, ils ne sont pas là. Je ne comprends pas." BEATRICE DILLIES
«Rojbaç, Doktor Muhsin! Tu yébaçi? Bonjour Zoubeyr, ça va, merci», répond le PDG de Kosar company, dans sa langue natale.A l’entrée d’un des plus grands restaurants de la capitale de la région autonome du Kurdistan, Bruno Ghilardi salue de la tête...
Béatrice D.'s insight:
Depuis 2006, la région autonome du Kurdistan gère à son profit 17% de la manne pétrolière irakienne. Par ailleurs, le Gouvernement de la région du Kurdistan, présidée par Massoud Barzani, a eu l'autorisation de mettre les anciens peshmergas au service de la nouvelle armée kurde qui, avec la police, protège un véritable havre de paix, à quelques kilomètres à peine des attentats quasi quotidiens qui frappent le reste de l'Irak. Résultat, le Kurdistan connaît aujourd'hui la deuxième plus forte croissance économique au monde. Les hommes d'affaire turcs, américains, russes, anglais et allemands sont présents en force là-bas. Les Français sont beaucoup plus timides en dehors du groupe Carrefour et des ciments Lafarge. Deux PME tarnaises montrent pourtant l'exemple... avec de gros bénéfices à la clé. |
Curated by Béatrice D.
Plongez dans ma revue de presse sur les médias pour nourrir votre réflexion sur l'évolution du journalisme. En prime, résumés pour ceux qui n'ont pas le temps de lire. Réactions bienvenues.
Idem pour la situation au Kurdistan. Other Topics
Béatrice D.
Mon CV, mon projet de livre sur le génocide kurde, des vidéos et des portraits en avant-première.
Le Kurdistan après le génocide
Hommage aux victimes du génocide kurde (182000 morts en 1988, bien plus depuis 1969) et analyse du miracle économique actuel
Les médias face à leur destin
Quel avenir pour les journalistes et les journaux? Quelle stratégie pour la presse face à la concurrence des réseaux sociaux?
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Pour Fabrice Balanche, maître de conférences à l’Université Lyon 2 et membre du groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à la Maison de l’Orient, "les partis kurdes, qu’il s’agisse du PYD, branche syrienne du PKK, ou du PDK, affilié au parti de Massoud Barzani, militent pour une large autonomie du territoire kurde qui débouchera à terme sur une indépendance ».
Fabrice Balanche considère que le conflit en Syrie, par sa dimension communautaire, alimente les clivages internes en Irak, puisque les tribus sunnites de l’Ouest soutiennent les rebelles syriens tandis que des volontaires chiites irakiens défendent le mausolée de saydé Zeinab. Quant à Massoud Barzani, président de la région fédérale autonome du Kurdistan irakien, il tente d’organiser l’opposition kurde. « La partition de la Syrie constituerait une menace pour l’intégrité de l’Irak, car les Kurdes et les Arabes sunnites voudront se rapprocher de leurs coreligionnaires syriens, ce qui accentuera la division de l’Irak, mais sans que cela n’aboutisse à une fusion des entités sunnite et kurde au sein du croissant fertile syro-irakien », estime-t-il.