La guerre en Ukraine a ceci de paradoxal que l’innovation technologique [robotique, intelligence artificielle, drones, etc.] n’enlève rien à la nécessité de renouer avec des savoir-faire, parfois oubliés, comme, par exemple, le combat et la survie dans les tranchées. Et cela pour une raison simple : la transparence du champ de bataille induite par la multitude de capteurs déployés et l’absence de supériorité aérienne d’un camp sur l’autre font que toute offensive de grande envergure est quasiment impossible, chaque concentration de troupes et de blindés étant immédiatement visée.
Comme l’a rappelé le Centre d’études stratégiques – Terre [CES-T] dans une récente note, pour avancer, il est nécessaire de trouver le bon équilibre entre la puissance de feu, la protection et la mobilité [c’est qu’on appelle le «triangle tactique»]. Aussi, pour retrouver une certaine marge de manœuvre, les forces ukrainiennes et russes ont de plus en plus recours à des motocyclettes.
Ces dernières permettent de mener des missions de renseignement, d’éclairage, de logistique, d’évacuation sanitaire, de harcèlement et même d’assaut. Des unités spécialisées ont ainsi fait leur apparition, comme, côté russe, les «mototsikletnyi bataljon», nommés ainsi en référence aux bataillons motocyclistes créés par l’Armée rouge durant la Seconde Guerre Mondiale.
Cependant, selon le CES-T, l’emploi massif de motos pour mener des assauts n’a, à ce jour, pas permis aux belligérants de réaliser des percées. Au contraire : il a même été à l’origine «d’une forte attrition», surtout chez les forces russes, comme cela s’est produit en avril 2025, lors d’une attaque massive lancée avec une centaine de deux-roues dans la région de Pokrovsk.
Du côté des forces ukrainiennes, les unités de motocyclistes ne sont que très rarement engagées dans des assauts stricto sensu. En revanche, elles peuvent mener des raids contre les positions russes, comme celui effectué par le «motobataillon» du 425e régiment d’assaut «Skala» dans la région de Koursk, en mai 2025.
Quoi qu’il en soit, selon le ministère ukrainien de la Défense, les motocyclettes sont désormais les véhicules les «plus prisés» sur le front, avec les pick-up. Début juin, il en a d’ailleurs annoncé la commande de 1 500 exemplaires. Soit trois fois plus que l’an passé.
«La mobilité sur le front a une incidence directe sur la rapidité d’exécution des missions de combat et la préservation de la vie des militaires», avait alors justifié Mykhailo Fedorov, qui vient d’être démis de ses fonctions de ministre de la Défense. Les motos et les pick-up «offrent aux militaires une grande mobilité et les aident à accomplir rapidement leurs missions dans des conditions logistiques difficiles et sur des terrains accidentés», avait-il insisté.
Cela étant, la motocyclette armée a fait sa réapparition, certaines étant équipées d’un lance-roquettes portable ou encore d’une mitrailleuse. Ce qui n’a rien de nouveau puisque de tels engins furent utilisés lors de la Première Guerre Mondiale, voire avant.
Plus précisément, l’idée avait d’abord consisté à équiper un tricycle [ou un side car] d’une mitrailleuse. Ce concept avait été présenté en 1901 aux États-Unis et mis en œuvre par les Britanniques durant la guerre des Boers. Puis, il fut ensuite appliqué aux deux-roues, l’armée néerlandaise ayant par exemple acquis des motocyclettes «Eysink» armées de mitrailleuses Schwarzlose dès 1913. De tels engins furent utilisés au moins jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale.
En tout cas, les évolutions technologiques permettent d’envisager des motocyclettes armées d’un usage plus «pratique». Tel est le pari de l’entreprise français TR Equipement, qui s’est associée à DZP Group, FN Herstal et Nobel Security Defense, pour le tenir.
En février, alors que l’armée de Terre venait d’émettre un appel d’offres pour se procurer des motocyclettes tout-terrain pour 4,6 millions d’euros, l’industriel fit savoir qu’il était en train de développer «plusieurs concepts» dédiés à «la mobilité tactique» offerte par les deux-roues, en se basant sur les retours d’expérience [RETEX] des «conflits modernes».
«Sur les théâtres récents, la moto s’impose comme un outil de manœuvre agile : reconnaissance, liaison, infiltration ou projection rapide en zones dégradées. Discrète, rapide, capable d’évoluer là où les véhicules classiques sont contraints, elle répond aux exigences d’un combat plus diffus, plus mobile», avait en effet souligné TR Equipement.
Depuis, l’entreprise a dévoilé une motocyclette dotée d’une mitrailleuse légère Evolys, commercialisée par le belge FN Herstal.
Ultralégère pour une arme de cette catégorie et disponible en calibres 5,56 x 45 mm ou 7,62 x 51 mm, l’Evolys associe la puissance de feu d’une mitrailleuse aux caractéristiques d’un fusil d’assaut. «Que le servant soit droitier ou gaucher, «toutes les manipulations sont faciles, intuitives et rapides […] à réaliser d’une seule main, y compris l’alimentation de la bande de munitions», précise FN Herstal.
Selon les photographies publiées par TR Equipment, l’Evolys est fixée à l’arrière de la motocyclette, dont le modèle n’a pas été précisé. En clair, comme cela a été observé en Ukraine, il reviendra au passager de s’en servir.
Selon TR Equipement, ce concept intéresse non seulement l’armée belge mais aussi l’armée de Terre. «Alors qu’une étude est actuellement menée en Belgique, le marché français est déjà ouvert depuis plusieurs semaines», a en effet avancé l’industriel, qui se présente comme «l’un des acteurs majeurs sur ce segment en pleine évolution».
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Romain
onto DEFENSE NEWS July 19, 5:36 PM
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