Les conclusions du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité [CFADS], qui s’est tenu à Brühl, le 17 juillet, ne fait aucune référence explicite au Système de combat aérien du futur [SCAF], un «système de systèmes» devant reposer sur un avion de combat de nouvelle génération [NGF – New Generation Fighter] commun à la France et à l’Allemagne. Et lors de la conférence de presse donnée à l’issue, le président Macron ne l’a mentionné qu’une seule fois… pour rappeler son échec.
En effet, face aux désaccords insurmontables entre Dassault Aviation, désigné maître d’œuvre, et Airbus Defence & Space, le NGF a fini par être abandonné. Pour autant, la coopération autour des autres piliers du projet [moteurs, cloud de combat, effecteurs connectés, etc…] était censée se poursuivre. Ce qui sera en partie le cas.
Seulement, il n’est plus question, désormais, que de «définir une norme européenne de combat collaboratif pour garantir l’interopérabilité de tous les systèmes aériens européens notamment des avions de chasse, des aéronefs de combat collaboratif [les drones de type CCA, ndlr] et des effecteurs déportés».
Ce qui s’annonce compliqué au regard de la prédominance du F-35 américain dans les cieux européens. En outre, certains pays, comme le Danemark, les Pays-Bas et, d’une certaine manière, l’Allemagne, ont fait le choix de se doter de CCA auprès des États-Unis.
Quoi qu’il en soit, la France et l’Allemagne affichent leur intention de développer un «cadre sécurisé basé sur une architecture ouverte et modulaire, des interfaces partagées et l’étude de solutions technologiques communes permettant la création d’un système d’échange d’informations souverain, interopérable et pouvant être étendu». En un mot, seule la coopération sur le «cloud de combat», c’est-à-dire ce qui devait être le «ciment» du SCAF, est maintenue.
En revanche, celle sur les moteurs du NGF, établie entre Safran et MTU, a été abandonnée, ce qui va compliquer la tâche de l’industrie aérospatiale allemande, fédérée au sein de la «Team Gen 6», pour développer un avion de combat de nouvelle génération comme elle en a l’ambition. En tout cas, c’est ce qu’a dit M. Macron en répondant à une question de la presse au sujet du SCAF.
«Ce qui a marqué un arrêt, c’est le projet d’avion unique. Et par voie de conséquence de moteurs associés, mais tout le reste, et le cloud et les systèmes, nous continuons de coopérer», a-t-il en effet assuré.
Cela étant, un autre projet franco-allemand bat de l’aile. Lancé en 2017, le Système principal de combat terrestre [ou MGCS, pour Main Ground Combat System] se voulait le pendant du SCAF, avec l’idée de développer une famille de blindés montés sur un châssis identique et associés à des plateformes robotisées au sein d’un «cloud de combat».
Initialement confié au groupe franco-allemand KNDS, ce projet fut déséquilibré par l’arrivée de Rheinmetall, imposée par Berlin. Ce qui engendra des désaccords industriels, notamment au niveau de l’armement, et donc des retards. En avril 2024, le MGCS fut réorganisé en piliers après la signature d’un accord entre Paris et Berlin.
Seulement, pour éviter une rupture capacitaire, voire un décrochage technologique, le ministère allemand de la Défense lança le développement du Leopard 2AX [ou Leopard 3] pour disposer d’une «solution intérimaire», le MGCS ne devant pas être opérationnel avant 2040/45. Résultat : son homologue français dut se résoudre à en faire autant, le char Leclerc ne pouvant être maintenu au-delà de 2037/38. Aussi, il devrait être remplacé par le «CAPINT», dévoilé par KNDS France lors de la dernière édition d’EuroSatory.
Quoi qu’il en soit, le MGCS s’en trouve fragilisé… au point que, comme le SCAF, la coopération franco-allemande va désormais se limiter au «combat collaboratif» et donc au «cloud de combat».
«En ce qui concerne le système de combat terrestre principal, la France et l’Allemagne étudieront une approche pour le combat collaboratif dans le cadre d’un programme de recherche et la développeront jusqu’au stade de la démonstration de faisabilité», lit-on en effet dans les conclusions du CFADS.
Cette approche, poursuit le texte, «devra pouvoir être adaptée aux véhicules sur chenilles avec ou sans équipage, afin de couvrir les différents systèmes de mission de combat collaboratif possibles, et intégrer la conduite autonome ainsi que des technologies de capteurs pour contribuer aux services de combat collaboratif».
Enfin, la France et l’Allemagne disent «envisager» une «approche utilisant un système de systèmes, qui fera partie intégrante des futures opérations multidomaines».
Par ailleurs, s’agissant de KNDS, qui a récemment fait l’objet d’un accord entre Paris et Berlin en vue de son introduction en Bourse [à ce jour reportée, ndlr], les responsables français et allemands ont assuré qu’ils veilleront à faire en sorte qu’il «reste en mesure de développer des programmes axés sur les utilisateurs, de proposer des solutions efficaces pour répondre aux besoins des deux armées et d’exporter ces solutions vers des pays partenaires».
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Romain
onto DEFENSE NEWS July 19, 5:31 PM
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