Neuf ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour confirmer la relocalisation en France d’une filière industrielle dédiée aux munitions de petit calibre. Filière qui avait disparu au début des années 2000, avec la fermeture de l’établissement de Giat Industries au Mans. À l’époque, la Direction générale de l’armement [DGA] considérait que ce n’était pas un problème étant donné qu’il serait toujours possible de s’approvisionner auprès de fournisseurs étrangers. En outre, elle fit valoir que relancer une production nationale ne serait pas économiquement viable.
Seulement, un rapport parlementaire publié en 2015 remit en cause la position de la DGA. «La France serait-elle visionnaire en la matière alors que ses voisins ont pour la plupart conservé une industrie nationale de munitions de petit calibre qui alimente nos armées ? Comment est-il possible de s’assurer qu’aucun de nos fournisseurs ne sera contraint de cesser ses livraisons en raison d’une législation nationale ? Comment est-on certain d’un approvisionnement en cas de conflit majeur et pourquoi serions-nous dans ce cas les premiers servis ?», avaient demandé ses deux auteurs.
Alors ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian se laissa convaincre par les arguments avancés par ce rapport. En mars 2017, il décida la création d’une capacité de production dédiée aux munitions de petits calibres en s’appuyant sur NobelSport, spécialiste du tir sportif, Thales, via sa filiale TDA Armements, et Manurhin. Un protocole d’accord fut même signé. Seulement, suite de la publication de la Revue nationale stratégique [RNS], en octobre de la même année, ce projet fut annulé, la DGA, sceptique, ayant eu gain de cause.
Cependant, après la pandémie de covid 19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la DGA fut bien obligée de changer son fusil d’épaule.
«Sur les munitions de petit calibre, nous avons aujourd’hui une position qui a été réactualisée. Il y a quelques années, on disait : ‘circulez, il n’y a rien à voir, on n’a pas besoin d’une filière nationale’ […]. On s’est réinterrogé puisque le monde bouge. […] Et donc on se rend compte que, effectivement, le besoin des armées, c’est d’être approvisionnées, en priorité, en munitions de 5,56», avait confessé Emmanuel Chiva, alors Délégué général pour l’armement, en décembre 2024.
Quelques mois plus tôt, la France avait signé une lettre d’intention avec la Belgique en vue de relocaliser une ligne d’assemblage de munitions, en s’appuyant sur les compétences des industriels belges. Mais cette initiative fut sans lendemain, le ministère des Armées ayant finalement privilégié l’idée de lancer un appel d’offres au niveau européen.
Cette procédure vient de connaître son épilogue. En effet, le 15 juillet, la DGA a fait savoir qu’elle venait de désigner un groupement industriel emmené par le belge FN Herstal pour produire des munitions de petit calibre en France. Les entreprises Cheditte [fabricant de douilles et d’amorces pour les munitions de chasse] et NobelSport sont associées à ce projet.
«La signature du marché est prévue au cours de l’été 2026, sous réserve de l’accomplissement des formalités prévues par le code de la commande publique», a précisé la DGA.
Dans le détail, la production des munitions de 5,56 x 45 mm et de 7,62 x 51 mm sera localisée à Clérieux, dans la Drôme. Cela permettra d’y créer une vingtaine d’emplois.
«Les activités industrielles réalisées sur le territoire national seront dans un premier temps le chargement en poudre, l’assemblage des composants des munitions [amorce, étui, projectile] et le conditionnement des munitions [sur lame chargeur et sur bandes]», a développé la DGA. Puis, la production française sera élargie à certains sous-composants [poudres, amorces]. Mais, en attendant, il est prévu de «qualifier des sources d’approvisionnement européennes sur l’intégralité de la chaîne de sous-traitance».
En avril, la ministre des Armées, Catherine Vautrin, avait indiqué qu’il était question d’atteindre une cadence de production de 50 millions de munitions par an à partir de 2029. Depuis, cet objectif a nettement été revu à la hausse puisque la DGA parle désormais d’une «capacité de production industrielle de 75 millions de munitions par an».
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Romain
onto DEFENSE NEWS July 17, 3:21 AM
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