Le 23 septembre, comme il ne cesse de le faire depuis maintenant plusieurs mois, le PDG de Dassault Aviation, Éric Trappier a encore expliqué pourquoi il exigeait un changement dans le gouvernance du projet de Système de combat aérien du futur [SCAF], lancé en 2017 par la France et l’Allemagne et rejoint ensuite par l’Espagne.
« On demande juste une chose, une petite chose : donnez-nous la capacité de piloter le programme. Dans la gouvernance, je n’accepterai pas qu’on soit trois autour de la table pour décider de toute la technique qu’il faudra pour faire voler un avion de très haut niveau. Je souhaite que ce soit le meilleur athlète qui dirige. Cela ne veut pas dire qu’il fait tout. On fera avec les autres, comme lors du programme [de drone de combat] nEUROn, qui n’avait posé aucun problème à six pays », a déclaré M. Trappier, lors de l’inauguration d’une nouvelle usine de Dassault Aviation à Cergy.
Or, désigné maître d’œuvre pour le développement d’un avion de combat de nouvelle génération [NGF – New Generation Fighter], l’industriel français ne dispose pas de tous les leviers nécessaires pour assurer sa tâche étant donné que chaque décision doit être prise en concertation avec Airbus, dont la voix compte double puisqu’il est représenté, dans ce projet, par ses filiales allemande et espagnole.
D’où le blocage actuel. En effet, pouvant se prévaloir du soutien de l’Allemagne et de l’Espagne, Airbus refuse tout changement dans la gouvernance mise en place lors du lancement de la phase 1B du projet. Et cela alors qu’il a obtenu la direction travaux portant sur le « cloud de combat » et les drones.
La semaine passée, Politico, Bloomberg et le Financial Times ont révélé que l’Allemagne était tentée d’écarter la France et qu’elle cherchait d’autres partenaires pour développer un nouvel avion de combat. Ce que Boris Pistorius, le ministre allemand de la Défense, a démenti, alors qu’il recevait Pål Jonson, son homologue suédois, à Berlin.
Officiellement, tant à Berlin qu’à Paris et à Madrid, on assure que l’objectif est de parvenir à un accord avant la fin de l’année pour lancer la phase 2 du SCAF, celle-ci étant censée aboutir au premier vol d’un démonstrateur. Mais, comme on pouvait d’ailleurs s’y attendre, les positions des uns et des autres sont manifestement inconciliables. Et, à moins qu’il ne s’agisse d’une manœuvre pour faire plier les partenaires allemand et espagnol, un pas de plus vers un divorce vient d’être franchi par la France, ce 24 septembre.
« Si on parvient effectivement pas à trouver un accord sur une réorganisation du programme, la France saura faire un avion de chasse seule, ce qui ne veut pas dire en franco-français », a confié, sous le sceau de l’anonymat, un responsable français à l’AFP.
Ce propos rejoint celui tenu par M. Trappier, lors de l’inauguration de l’usine de Cergy. « Ici, on sait faire [un avion de combat] de A jusqu’à Z. On le démontre depuis soixante-dix ans », a-t-il dit.
« La France dispose aujourd’hui en propre, de manière souveraine, de toute l’expertise, des compétences, du tissu industriel et du réseau européen pour être en capacité de développer, de produire, puis de maintenir cet avion », a continué la source de l’AFP, avant de rappeler qu’il s’agit de répondre au « besoin impérieux » de respecter le calendrier prévu et de tenir compte de la dissuasion nucléaire française.
Or, a poursuivi ce responsable anonyme, « aujourd’hui, personne n’a réussi à démontrer que l’organisation actuelle du SCAF permettait de développer l’avion qui répondait aux besoins impérieux de la France dans les temps ».
Reste la question du financement… Selon un rapport du Sénat publié en 2020, le coût total du SCAF a été évalué, « par certains analystes », à une « fourchette comprise entre 50 et 80 milliards d’euros ». Et cela alors que, selon des données publiées en 2017, celui du Rafale était estimé à 46 milliards d’euros pour une « cible de 286 appareils ».
Quant à l’Eurofighter Typhoon/EF-2000, issu d’une coopération dont Airbus souhaite reprendre le modèle pour le SCAF, son coût n’a cessé d’augmenter. En 2011, le National Audit Office l’avait évalué à 37 milliards de livres sterling pour 160 exemplaires devant être livrés à la Royal Air Force. Soit 75 % de plus que prévu. Même chose en Allemagne, où, en 2014, la Cour fédérale des comptes avait déploré la multiplication par deux du montant des coûts de maintenance sur l’ensemble du cycle de vie des Eurofighter de la Luftwaffe.
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Romain
onto DEFENSE NEWS September 25, 2025 12:42 AM
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