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Georges-Edouard DIAS
June 3, 5:55 AM
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« Ormuz est finalement aussi précieux qu'une bombe atomique ». Mohammad Mokhber, conseiller du guide suprême du régime des mollahs, jubilait le 8 mai en évoquant la « capacité d'affecter l'économie mondiale par une seule décision ». En clair, prendre en otage le marché mondial de l'énergie par le blocage de ce détroit par lequel transite un cinquième du pétrole consommé dans le monde. Le prix du gallon dans les stations-service américaines se fixe aujourd'hui, en grande partie, à Téhéran. La comparaison avec une bombe atomique peut sembler tirée par les cheveux, puisque bloquer une artère maritime ne revient évidemment pas à vitrifier Hiroshima. Pourtant, il existe un point commun majeur entre le contrôle d'armes nucléaires et celui d'Ormuz : tous deux constituent un levier d'intimidation sans équivalent.
Un moyen de chantage sans équivalent On ne parle pas de la même manière à un pays suivant qu'il est doté ou pas de la bombe. Si les Occidentaux ont hésité à soutenir l'Ukraine en 2022 et ne lui ont jamais vraiment donné les moyens de gagner la guerre contre le Kremlin, cela tient largement au fait que Vladimir Poutine évoquait régulièrement le recours à des armes nucléaires si nécessaire. Peu importe que la menace fût du bluff ou pas, le seul fait qu'un tel scénario existât avec une probabilité non nulle suffisait. La menace de Téhéran de couler des tankers a suffi à effaroucher les armateurs et leurs assureurs… Activer réellement cette arme serait infiniment plus facile que l'emploi finalement assez théorique d'une bombe atomique, qui ferait du responsable un paria international. L'Iran est passé à l'acte (43 navires visés, 17 touchés, 2 coulés, 3 arraisonnés, et 11 marins tués) face à une communauté internationale médusée, faute de capacité manu militari… ou réduite à négocier. Danny Citrinowicz, chercheur à l'Atlantic Council, résume : « On ne peut pas vaincre la géographie ». A condition toutefois de pouvoir s'appuyer sur 200 rampes de lancement de missiles bien cachées. Arsenal infiniment plus efficace que celui dont disposait Téhéran lors de sa dernière tentative de bloquer le détroit durant la « guerre des tankers » contre l'Irak en 1980, qui avait fait pschitt. A se demander pourquoi la communauté internationale sue depuis trente ans à vouloir priver Téhéran d'uranium enrichi à coups de sanctions, alors qu'il dispose finalement d'une arme presque aussi redoutable…
Violation de la libre circulation maritime « Nous avons négligé pendant des années le privilège du détroit », a d'ailleurs regretté Mohammad Mokhber, avant d'annoncer qu'il fallait rattraper le temps perdu. Avec pour perspective d'extorquer des droits de passage. Téhéran prétend déjà que les pétroliers qu'il laisse passer depuis dix jours s'acquittent d'un péage par cryptomonnaie. Il menace aussi de ne laisser passer que les navires des pays avec qui il a de bonnes relations… Les pasdarans envisagent même désormais d'exiger un péage pour… l'utilisation des fibres optiques déployées au fond du golfe Persique. Bloquer un détroit constitue pourtant une violation flagrante du principe élaboré durant des siècles de libre circulation maritime dans les détroits. Principe qui découle du droit coutumier international, c'est-à-dire opposable à quiconque et inscrit dans le marbre par un arrêt de 1949 de la Cour internationale de justice, puis par les conventions de Genève de 1958 et de l'ONU de 1982. Ce principe est tellement puissant qu'il s'applique à l'intérieur même des eaux souveraines qui s'étendent jusqu'à 12 miles marins du rivage, puisque les détroits sont souvent plus étroits. Mais Téhéran, qui prétend désormais, tranquillement, avoir « toute souveraineté sur le détroit », n'en a cure.
L'ouverture d'une boîte de Pandore Une jurisprudence est en train d'être posée, une véritable boîte de Pandore a été ouverte : on découvre que cet ersatz d'arme nucléaire, qui étrangle économiquement sans tuer, dort au fond des détroits stratégiques de la planète. Des goulets, dont le nombre varie entre sept et douze suivant les différents spécialistes de géopolitique, par lesquels transitent 90 % du tonnage des matières premières, engrais, hydrocarbures et biens manufacturés du commerce international. Cela pourrait faire des émules parmi les pays riverains pour rançonner, voire interdire de passage les navires de ceux avec qui ils ont un différent ; le Maroc, l'Espagne, ou le Royaume-Uni pour le détroit de Gibraltar (9 % des flux mondiaux de marchandises en tonnage), la Malaisie, ou l'Indonésie pour le détroit de Malacca (20 % du total mondial, davantage qu'Ormuz), la Turquie pour le Bosphore, Pékin dans le détroit de Taïwan (12 %), Yémen et Erythrée pour le Bab el-Mandeb (10 %, que Téhéran menace de fermer prochainement par une menace de missiles). Ou la France et le Royaume-Uni pour la Manche (12 %), bonne idée pour notre balance des paiements. Sans oublier les pays scandinaves, la Russie, le Japon, la Corée du Sud pour des détroits moins cruciaux. Bien sûr, la plupart de ces pays ne vont pas pour autant imiter la dictature iranienne. Mais la possibilité existe, s'est alarmé récemment Lawrence Wong, Premier ministre de Singapour - en pensant peut-être à la Chine. Les Etats-Unis, menacés d'une défaite géopolitique cuisante au profit de Téhéran, et donc de Moscou et Pékin, ne sont pas seuls dans cette galère. Les Occidentaux, qui cumulent 60 % des dépenses militaires mondiales, s'avèrent pourtant incapables de faire rouvrir, manu militari, ou par des pressions économiques, une artère vitale pour leur prospérité. Un espoir toutefois : les armes des maîtres chanteurs s'émoussent souvent avec le temps, ou suscitent une adaptation de l'ennemi qui les rend obsolètes. Par exemple, les Emirats arabes unis ont annoncé récemment l'accélération du chantier de construction de leur pipeline de contournement.
Une défaite pire que le Vietnam L'Iran se profile pour les Etats-Unis comme un « échec et mat bien pire que le Vietnam », estime le géopolitique Robert Kagan, pourtant plutôt interventionniste jusqu'ici, dans un article récent de The Atlantic, au titre glaçant « Les USA en échec et mat ». L'Iran s'imposerait comme le caïd de la région, voire un acteur clé du monde, pouvant faire chanter qui il veut. « Les rôles de la Chine et de la Russie, en tant qu'alliés de l'Iran, s'en trouveraient renforcés et celui des Etats-Unis, considérablement affaibli ». Ormuz, qui pourrait s'ajouter à Taïwan, le Groenland, l'Ukraine, etc., dessine des protections américaines ressemblant à ces contrats d'assurance qui ne fonctionnent bien que tant qu'ils ne sont pas activés.
Yves Bourdillon
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Georges-Edouard DIAS
June 2, 1:57 PM
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Un revirement judiciaire. La cour d'appel de Paris a déclaré ce jeudi Air France et Airbus coupables d'homicides involontaires dans le crash du vol Rio-Paris en 2009. Les deux sociétés, jugées en tant que personnes morales, sont « seules et entièrement responsables » de l'accident le plus meurtrier de l'aviation française, a-t-elle estimé. Airbus et Air France, qui avaient été relaxés en première instance et se défendaient de toute faute pénale, ont cette fois été condamnés à la peine maximale de 225.000 euros d'amende pour ce crash qui a coûté la vie aux 228 passagers et membres d'équipage. « L'analyse du tribunal (de première instance) ne prend pas en compte l'existence de la chaîne causale dans laquelle s'inscrit l'action des pilotes et qui a entraîné le décès de l'intégralité des passagers de l'AF447 », a résumé la présidente Sylvie Madec en conclusion de deux heures d'explication d'un arrêt infirmant le précédent jugement.
« Une page s'est tournée » Si « une page s'est tournée » pour les familles des victimes, Airbus et Air France ont annoncé leur pourvoi en cassation. Pour l'avionneur, il s'agit « de permettre un réexamen des questions de droit soulevées par cette affaire ». A la sortie de l'audience, l'avocat du constructeur, Maître Simon Ndiaye, a fustigé une condamnation « qui répond à des considérations qui n'ont rien à voir avec la justice, avec le droit, avec la sécurité ». Si l'avionneur européen assure dans un communiqué « prendre acte » de l'arrêt rendu par la Cour d'appel, il souligne que cette décision est « en contradiction avec les réquisitions du parquet et les conclusions de l'ordonnance de non-lieu rendue par les juges d'instruction en 2019, ainsi qu'avec les réquisitions du parquet de première instance et du jugement de relaxe prononcé en 2023 ». De même, Air France « regrette cette condamnation alors qu'un non-lieu avait été rendu au terme de l'instruction et qu'une décision de relaxe avait été prononcée en première instance par le tribunal judiciaire de Paris ». D'où son pourvoi en cassation, même si la compagnie aérienne tricolore, dont la justice a « écarté la responsabilité pénale par deux fois », « a conscience que ce recours vient prolonger une procédure déjà longue, particulièrement pour les familles et les proches des victimes ». Lors du procès en appel, l'avocat général Rodolphe Juy-Birmann avait prévenu : une condamnation « jettera l'opprobre, un discrédit sur ces deux compagnies » et « doit résonner comme un avertissement ». Mais pour la présidente Sylvie Madec, la condamnation d'Airbus et Air France « ne remet pas fondamentalement en cause la qualité de (leur) expertise », puisque les deux entreprises « restent globalement et légitimement reconnues ».
En première instance comme en appel, Airbus et Air France se sont farouchement défendus de toute responsabilité pénale. Pointant des mauvais choix faits par les pilotes dans l'urgence, le représentant d'Airbus avait estimé à la barre que « les facteurs humains ont été prédéterminants » dans l'accident.
Lors de cette funeste nuit du 1er juin 2009, le vol AF447 reliant Rio de Janeiro à Paris s'était abîmé en pleine nuit dans l'Atlantique, quelques heures après son décollage, entraînant la mort de toutes les personnes à bord. Les boîtes noires ont confirmé le point de départ de l'accident : le givrage des sondes de vitesse Pitot alors que l'avion volait à haute altitude dans la zone météo difficile du « Pot au noir », près de l'équateur.
« Accumulation » de fautes Aux yeux des trois magistrats de la cour d'appel de Paris, « l'accident du vol AF447 est l'histoire d'une catastrophe annoncée qui aurait pu être évitée ». Ce crash « ne peut s'envisager autrement que dans un processus dynamique » résultant d'une « accumulation » de fautes au long cours des deux sociétés, engageant donc leur responsabilité pénale. Pour justifier sa décision, la cour d'appel a donc retenu contre Airbus plusieurs fautes liées à la sous-estimation de la gravité des défaillances des sondes anémométriques et au défaut d'information des compagnies aériennes dont les avions en étaient équipés. Quant au transporteur Air France, la justice a retenu à charge des formations des pilotes inadaptées à ce danger et une prise en compte insuffisante d'incidents récurrents liés au phénomène de givrage des sondes. Cette condamnation, essentiellement symbolique, était très attendue par les familles des victimes qui avaient été choquées par la relaxe des deux entreprises en 2023. Lors du procès en appel l'automne dernier, les deux avocats généraux avaient dénoncé le manque d'empathie du constructeur et de la compagnie aérienne. « Rien n'est venu, aucune parole de réconfort sincère. C'est une défense en granit. Un seul mot résume tout ce cirque : l'indécence », avaient-ils lancé, lors de leur réquisitoire fin novembre.
Charles Plantade, avec agences
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Georges-Edouard DIAS
June 2, 1:54 PM
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C'est une demie surprise. L'inconstitutionnalité de l'article supprimant les zones à faibles émissions (ZFE) dans la loi de simplification de la vie économique a été maintes fois évoquée dans l'hémicycle au moment des débats parlementaires. Au nom de l'article 45 de la Constitution, cet article a bien été censuré par le Conseil constitutionnel jeudi, qui a considéré qu'il s'agissait d'un cavalier législatif, sans lien avec le projet de loi initial. Tout comme les articles qui venaient assouplir la réforme du zéro artificialisation nette, à savoir l'exemption des projets industriels d'intérêt national du ZAN et l'autorisation de dépasser de 20 % l'enveloppe des surfaces à artificialiser sans donner de justification.
Un examen chaotique du projet de loi Au total, ce sont 25 articles qui ont été censurés totalement ou partiellement (sur un total de 84 articles), essentiellement au regard de l'article 45. Le Conseil constitutionnel n'a pas eu à examiner ces deux dispositions - ZFE et ZAN - au regard de la Charte de l'environnement, comme l'avaient invoqué les députés socialistes et écologistes dans leur saisine, l'article 45 suffisant à les écarter d'emblée. Même le lien indirect n'a pas été considéré comme assez convaincant. « En veillant au respect de cette règle, le Conseil constitutionnel garantit que la procédure d'adoption de la loi s'exerce dans un cadre cohérent, lisible et intelligible. Cette exigence est vertueuse car elle assure la sincérité du débat parlementaire, prévient l'introduction de dispositions étrangères et contribue à la cohérence comme à la qualité de la loi qui sont essentielles pour sa bonne application », rappelle le Conseil constitutionnel dans le communiqué qui accompagne sa décision. Un rappel salutaire pour les parlementaires tant l'examen de cette loi de simplification aura été chaotique. Initialement déposé par le ministre de l'Economie de l'époque, Bruno Le Maire, en avril 2024, le projet de loi a été enrichi, ou encombré, selon les points de vue, de maintes mesures qui n'avaient pour certaines plus grand-chose à voir avec la simplification de la vie économique qui était son objet initial.
« Soulagement » « Cette décision permet de maintenir, d'une part, les zones à faibles émissions (ZFE), essentielles pour lutter contre la pollution de l'air dans nos villes, et, d'autre part, de conforter notre politique de zéro artificialisation nette (ZAN), indispensable pour faire face aux conséquences du changement climatique, qu'il s'agisse des crues, des sécheresses ou des épisodes de chaleur extrême », a réagi la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut. La décision des juges de la rue Montpensier a également été saluée par les députés socialistes et les associations environnementales comme le WWF qui a fait part de son « soulagement », notamment sur le rétablissement des mesures qui permettent de lutter contre l'artificialisation des sols. L'attention médiatique s'était focalisée sur la suppression des ZFE pendant ces derniers mois, éclipsant les autres mesures qui avaient été à l'origine de la loi - le test entreprises, l'accès facilité à la commande publique pour les PME.
C'est pour préserver ces mesures que le gouvernement a tout fait pour que cette loi soit votée, malgré les réticences d'une partie de la majorité qui ne voulait pas voir supprimer les ZFE. Ces mêmes parlementaires ont été à l'origine de la saisine du Conseil constitutionnel qui a abouti ce jour à une décision s'inscrivant dans le droit fil de la jurisprudence des juges constitutionnels.
Les ZFE continuent de s'appliquer tel que le prévoit la loi Climat et Résilience de 2021, avec les assouplissements consentis en 2023 par le ministre de la Transition écologique de l'époque, Christophe Béchu.
Marie Bellan
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Georges-Edouard DIAS
June 2, 1:51 PM
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Dans l'urgence, les gouvernements ont multiplié les mesures de court terme pour amortir les impacts récessifs du blocage du détroit d'Ormuz : pour l'essentiel, assurer des voies d'approvisionnement alternatives en matières stratégiques, quitte à les payer plus cher. Pour réduire les fragilités structurelles des économies face à ces chaînes d'approvisionnement, il faut accélérer la transition écologique. Cela concerne aussi bien le carbone fossile que le carbone vivant. Plus d'un demi-siècle après le choc pétrolier de 1973, les commentateurs ont semblé découvrir avec stupeur la forte dépendance de l'économie mondiale à l'égard du Proche-Orient. A l'évidence, le problème de fond n'est pas l'étroitesse du détroit qui facilite les blocages en tous genres. C'est la dépendance du système économique mondial à l'égard de l'énergie fossile qui perdure, trente-cinq ans après l'alerte sur le réchauffement climatique lancée par le premier rapport du GIEC. Trop de mesures pour bloquer les prix de l'essence et pas assez pour électrifier les voitures : l'alerte de l'Institut Jacques Delors Avec une différence majeure : aujourd'hui les solutions alternatives pour fournir en quantité de l'énergie décarbonée sont clairement identifiées. Elles deviennent rentables et accessibles grâce à la chute des coûts de production de l'électricité renouvelable et du stockage d'énergie par batterie. C'est le moment clé pour accélérer leur déploiement, malgré les pressions de sens contraire exercées par les producteurs d'énergie fossile, Amérique trumpienne en tête. La Chine et les autres pays émergents l'ont bien compris. A l'Europe de sortir de ses atermoiements et de mettre le pied sur l'accélérateur de la transition énergique, faute de quoi son déclassement est assuré.
Dépendance aux intrants chimiques Le blocage du détroit d'Ormuz a renchéri l'énergie utilisée par les agriculteurs et surtout perturbé les approvisionnements en fertilisants. Un tiers des exportations mondiales d'urée et un quart de celles d'ammoniac transitaient par le détroit avant le démarrage des hostilités. Les engrais phosphatés sont également affectés, avec un risque supplémentaire de pénurie du soufre utilisé pour leur fabrication. Contrairement aux matières énergétiques, il y a très peu de stocks tampon. C'est pourquoi la FAO a lancé une alerte sur le risque de crise alimentaire dans le monde. Ici encore, il convient de s'attaquer aux sources du problème : la dépendance des systèmes agricoles aux intrants chimiques qui continue de s'accroître. A cette voie, il convient d'opposer celle de l'agroécologie qui utilise la biodiversité des sols et des milieux pour produire mieux et souvent plus à l'hectare. En deux mots : investir dans la diversité du carbone vivant pour s'affranchir de la dépendance au carbone fossile. En matière de fertilisation, réduire massivement les engrais minéraux au profit d'engrais organiques dont une bonne partie peut être produite par les quelque 580 millions d'agriculteurs sur lesquels repose notre sécurité alimentaire collective.
Christian de Perthuis est économiste, auteur de « Carbone fossile, carbone vivant » (Gallimard, Folio actuel, 2026).
Christian de Perthuis
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Georges-Edouard DIAS
June 2, 1:48 PM
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La saison donne le tempo. De mars à mai, les brasseries Kronenbourg, à Obernai en Alsace, tournent à plein régime pour constituer ses stocks estivaux. « Si toutes les lignes fonctionnent en même temps, nous avons une capacité de 400.000 bouteilles et canettes par heure environ », estime Nicolas Flandre, responsable de ligne de production chez Kronenbourg. Dans le vacarme des lignes d'embouteillage, bouteilles en verre et canettes s'alignent à un rythme quasi continu avant de disparaître sur des palettes. Ici, le site de Kronenbourg produit en quantité industrielle, avec, en 2025, 500 millions de litres de bière brassés sous une trentaine de marques (outre Kronenbourg, Tourtel Twist, Grimbergen, 1664, ou Carlsberg) sur plus de 69 hectares. « C'est globalement un quart de la production et de la consommation en France », chiffre Franck Charnay, responsable du développement durable chez Kronenbourg, dont le site d'Obernai porte le titre de « plus grande brasserie de France ».
Onze lignes de conditionnement Dans cette valse des boissons, si le verre reste majoritaire, le petit emballage en aluminium gagne du terrain, et cela est délibéré. « Chaque année, on transfère environ un point de volume du verre vers la canette », indique Franck Charnay. Sur site, trois salles de brassage à la chaleur étouffante alimentent onze lignes de conditionnement - huit pour les bouteilles, deux pour les canettes, une pour les fûts. Pour un embouteilleur, développer la canette présente un avantage est à la fois logistique et économique. Ce contenant s'empile, se casse moins, et permet d'optimiser les flux de transport. Elle accompagne aussi l'évolution des usages, notamment hors domicile. Chez le brasseur, sa production en volume a progressé de 6,7 % l'an dernier, avec en vedettes la 1664 et la Kronenbourg. La part des canettes dans ses ventes en magasin a progressé de 5,5 points en cinq ans et a atterri à 22,3 % en 2025. Ces choix interviennent dans un contexte de hausse des coûts pour les industriels depuis 2022, avec la flambée des matières premières, puis plus récemment celle de l'aluminium, liée au conflit au Moyen-Orient. « Au premier trimestre, selon nos contrats d'achat, nous avons réussi à limiter les répercussions. L'impact immédiat est sur le transport, ensuite sur le gaz [qui représente les deux tiers du mix énergétique du site d'Obernai, NDLR] », précise Agnès d'Anthonay, porte-parole de Kronenbourg.
« Grande incertitude » Et d'ajouter : « L'un des gros défis que nous avons, c'est sur la grande incertitude du conflit en Iran. S'il dure, les répercussions sur 2027 risquent d'être fortes. » Sur les matières premières, il en est une autre qui inquiète en ce moment : le CO2 alimentaire, qui sert à gazéifier les boissons. Un tiers des engrais qui servent à le fabriquer transitent par le détroit d'Ormuz, les Brasseurs de France ont alerté ces derniers jours sur une possible flambée des prix de la bière. De son côté, Kronenbourg indique que le CO2 généré dans le processus de fermentation est récupéré, stocké et réutilisé. Il est donc, selon l'entreprise, « quasiment autonome », souligne Franck Charnay, dont le groupe passé dans le giron du groupe danois Carlsberg depuis 2008, a réalisé près d'un milliard d'euros de revenus en 2025. Sur le transport, le groupe a une carte à jouer. Une fois embouteillées, les boissons partent sur des palettes, avant d'être livrées un peu partout en France. La spécificité de Kronenbourg repose sur son embranchement de 14 km de voies ferrées propres à l'activité de la brasserie, qui dessert trois centres logistiques régionaux : Paris, Lyon et Angers.
Des bières dans le train Avec en moyenne onze trains par semaine, chacun ayant une capacité d'accueillir environ 1.000 palettes, les bières ont, en quelque sorte, leur propre wagon-bar. Le fret est opéré par les sociétés Hexafret et Captrain. « Un train nous fait économiser 40 camions. Au-delà du carbone, c'est une fluidité opérationnelle importante », souligne Vincent Petit, directeur logistique chez Kronenbourg, qui précise que dans 70 % des cas, une bière achetée en moyenne ou grande surface sera montée à bord d'un train. Une fluidité qui protège en partie de la hausse brutale des coûts du carburant, mais pas sur les derniers kilomètres, où l'entreprise subit, comme tous les industriels, une pression sur les prix. La logistique demeure aussi sensible aux aléas ferrés : intempéries, neige, vol de câbles, accidents… « Celui qui a le plus grand impact pour nous, c'est quand il y a une grève nationale », poursuit Vincent Petit.
Et qui dit train, dit aussi maintenance et entretien. Plusieurs « dizaines de milliers d'euros » sont investis chaque année dans ce sens sur le site. Au global, le site a bénéficié de la part de sa maison mère d'un investissement de 100 millions d'euros en 2018 pour augmenter ses capacités de production. Une poche toujours en cours de déploiement.
Camille Wong (à Obernai, en Alsace)
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Georges-Edouard DIAS
June 2, 1:45 PM
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Certains ont vu en « l'opération Mythos » une campagne de communication visant à montrer la suprématie d'Anthropic dans la bataille de l'IA. Ce modèle, capable de détecter des failles logicielles à la pelle (et de les exploiter) est si puissant qu'il a été restreint à quelques initiés. Las, il a fuité trois semaines après. Selon une note publiée mercredi par le Campus Cyber, une organisation regroupant plus de 200 acteurs de la cybersécurité et représentant 60 % des entreprises du CAC 40, l'heure est pourtant à l'urgence face à une possible catastrophe si rien n'est fait.
Nouveau moment DeepSeek Rappelant l'immobilisme qui a présidé avant la pandémie de Covid, qui semblait lointaine lorsqu'elle sévissait encore en Asie, le Campus Cyber appelle entreprises et pouvoirs publics à agir immédiatement, en suivant une grille de recommandations : mettre à jour la cartographie des actifs critiques et dépendances, simuler des vagues d'attaques, durcir l'architecture réseau pour freiner la propagation et se doter d'une défense IA. Mais à la lecture des treize pages de cette note, rédigée en quinze jours puis adressée aux ministères, on comprend que l'ambiance sera, en cas de crise majeure, de se réfugier sous les tables et d'attendre que le tremblement de terre passe, tant le décalage « entre le glaive et le bouclier » est rendu encore plus immense par Mythos ou ChatGPT 5.5 Cyber. « Mythos refaçonne le paysage de la cybersécurité sous nos yeux », avertit le président du Campus Cyber, Joffrey Célestin-Urbain. Selon lui, « il faut s'attendre à ce que des modèles open source équivalents d'origine chinoise arrivent dans six mois », comme DeepSeek début 2025.
Pic attendu dans trois à six mois
Deux changements sont déjà à l'oeuvre, décrit la note. Avant même sa commercialisation, Mythos « génère une surtension sur la chaîne de cyberdéfense déjà largement saturée », les « responsables sécurité des systèmes d'information doivent répondre à des questions auxquelles ils n'ont pas de réponse » et cette IA a déjà « fait basculer les organisations en gestion de crise ».
Le moment est venu de faire de l'IA un élément central de la défense nationale. Joffrey Célestin-Urbain, président du Campus Cyber « Mythos cristallise et précipite des évolutions préoccupantes », prévient-on, avec un modèle qui « avale des paliers de performance à un rythme très soutenu, approchant du seuil où l'IA dépassera les experts humains ». Cette dernière fait peser « un risque systémique pour les systèmes de cyberdéfense », en particulier chez les TPE/PME. « Au-delà du moment Mythos, la donne en sera profondément modifiée tant pour la sécurité du paysage industriel que pour la cybersécurité en Europe. » « Les dirigeants d'organisations doivent se préparer à un déluge de découvertes massives de failles 'zero-day' [des failles dont le fournisseur n'a pas connaissance, NDLR] mises au jour par l'IA », alerte-t-on. Avec pour effet immédiat « la purge en un seul bloc de vulnérabilités anciennes logées dans des logiciels largement répandus, ou des systèmes anciens et complexes, dans l'industrie et la banque ». « Ce pic, attendu d'ici à trois à six mois, serait suivi de répliques, puis par une longue traîne. »
Dépendance critique Sans se demander « si » la vague arrivera mais « quand » elle déferlera, les experts prédisent que « l'agenda des équipes informatiques sera bouleversé ». Les organisations se retrouveront face à une hémorragie, dans une situation d'urgence avec « un mur de correctifs en flux continus ». Mythos appuie aussi là où ça fait mal. Ce modèle « met en exergue une dépendance critique à une chaîne de valeur insuffisamment maîtrisée vis-à-vis des intégrateurs et fournisseurs », poursuit la note, alors que les entreprises européennes sont déjà dépendantes à plus de 70 % de solutions américaines et israéliennes. Face à ce changement de paradigme, l'enjeu dépasse la cyber, appuie Joffrey Célestin-Urbain. « Le moment est venu de faire de l'IA un élément central de la défense nationale », plaide-t-il, « comme nous ne tolérerions pas que notre chaîne de dissuasion nucléaire soit dépendante de tiers ». Pour lui, c'est « la dernière fenêtre disponible ou l'Europe disparaîtra de l'équation ».
« Problème industriel » Mais il n'y aura pas de miracle. « Nous consacrons 2,2 % du PIB à la R&D contre 3,5 % pour les Etats-Unis », compare Joffrey Célestin-Urbain. Même avec des moyens en plus, « le problème resterait industriel », déplore-t-il. « Les carnets de commandes de Nvidia et AMD sont remplis sur trois ans et la priorité va aux Américains. »
Le constat est tout aussi accablant pour Tom David, CEO de GPAI Policy Lab, qui a apporté son expertise à la note : « Nous avons identifié deux scénarios : soit les Etats-Unis et la Chine contrôlent leurs IA et la France sera face à sa plus grande relégation de son histoire, soit ils ne les contrôlent pas et on en paiera les conséquences. Soit on perd, soit on perd. » « Nous devons peser sur cette trajectoire avec des garanties de contrôle : dans le nucléaire, personne ne se fait confiance mais nous avons un traité de non-prolifération », ajoute l'expert. En attendant, il recommande de « positionner offensivement » Mistral. Avec ce champion de l'IA, la France est l'unique pays « doté » en Europe.
Thomas Pontiroli
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Georges-Edouard DIAS
June 2, 4:47 AM
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Une start-up fabriquant des protéines alternatives, soutenue massivement par les pouvoirs publics, qui chute brutalement alors qu'elle était présentée, il y a peu, comme un futur fleuron industriel de la French Tech… Non, il ne s'agit pas de Ynsect mais de Swap (ex-Umiami). Dans les deux cas, l'issue est identique : le spécialiste de la viande végétale vient d'être placé en liquidation judiciaire, avec une poursuite de l'activité jusqu'au 30 juin 2026. Une offre de reprise des actifs a été déposée par Constellations, une société dirigée par Tristan Maurel, l'ancien dirigeant de Swap. Ce dernier n'a pas souhaité répondre à nos sollicitations. Au moment de la liquidation judiciaire, l'entreprise comptait près de 70 salariés, répartis entre l'Ile-de-France et l'Alsace.
Une usine en Alsace Fondé en 2020, Swap a développé un procédé breveté (l'« umisation ») reproduisant la texture et le goût de la viande à partir de produits végétaux. La société s'est fait connaître avec son filet de poulet végétal, présenté comme une alternative à la viande la plus consommée en France (25 kilos par an). En 2024, la start-up a pris possession d'une usine de 14.000 mètres carrés à Duppigheim (Bas-Rhin), jadis occupée par la multinationale Unilever. « L'inauguration de cette première usine marque une nouvelle étape dans la croissance d'Umiami, après des années de développement d'une technologie unique. Elle illustre aussi notre ambition d'industrialiser la réindustrialisation avec le plan Startups et PME industrielles que nous portons », avait lancé Nicolas Dufourcq, le patron de Bpifrance, lors de la visite des lieux. L'usine de Swap a représenté un investissement de 38 millions d'euros. Le site a été financé à hauteur de 7,5 millions par le programme France 2030 dans le cadre de l'appel à projets « première usine ». La start-up a aussi obtenu 1,5 million d'euros de la Région Grand Est et 1,5 million au titre des Fonds européens FEDER. Au total, la jeune pousse a obtenu plus de 100 millions d'euros de financements (en dilutif et non dilutif) depuis son lancement. Bpifrance était son premier actionnaire (45,70 %), devant Astanor Ventures (41,79 %), selon un document consulté. Ces fonds d'investissement étaient aussi au capital de Ynsect, dont la chute a fait grand bruit dans la French Tech. Newfund Capital et Kima Ventures font aussi partie des investisseurs de la première heure de Swap.
Coûts élevés L'an dernier, le site L'Informé avait révélé les difficultés de Swap. Ses besoins en financements étaient estimés à 9 millions d'euros jusqu'à la fin 2025, et près de 30 millions d'euros jusqu'à la fin 2026. Swap évolue sur un marché très concurrentiel et dont les taux de croissance ont été décevants ces dernières années. En 2025, Hervé Salomon, un ancien cadre de Mondelez et Kraft Foods, a été nommé à la tête de la start-up en remplacement de Tristan Maurel. Sa mission a consisté à diversifier les activités de la société et à améliorer sa performance opérationnelle. « C'est une société qui brûlait environ 2 millions d'euros de cash par mois. L'outil industriel a été conçu pour des volumes plus importants. Résultat, il était sous-utilisé », indique-t-il. Sous sa direction, la société a comprimé les coûts, presque doublé son chiffre d'affaires (1,86 million d'euros en 2025) et a tenté de trouver de nouveaux investisseurs pour se sauver. « Nous n'avons pas trouvé de partenaires externes, malgré tous nos efforts », observe-t-il. La chute de Swap s'inscrit dans un contexte difficile pour les start-up industrielles, qui subissent une baisse des financements privés. Et quand ils entament leur activité, leur taux d'échec est significatif. En 2025, les start-up industrielles (tous secteurs confondus) ont créé 75 usines (23 lignes pilotes, 49 sites à l'échelle et 3 extensions), selon un décompte de Bpifrance. Dans le même temps, 34 sites ont mis la clé sous la porte.
Adrien Lelièvre
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Georges-Edouard DIAS
June 2, 4:46 AM
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La nouvelle devrait faire date dans l'histoire de l'automobile française : pour la première fois, des voitures de marque chinoise pourraient bientôt sortir d'une usine tricolore. Comme pressenti, Stellantis envisage d'ouvrir les portes de son site de Rennes à son partenaire Dongfeng, dont un ou plusieurs modèles pourraient bientôt être produits sur place. Après avoir annoncé le renforcement de leur coopération en Chine, prévoyant la fabrication de modèles Peugeot et Jeep à Wuhan, les deux partenaires historiques ont dévoilé le deuxième étage de la fusée ce mercredi. Une nouvelle coentreprise, basée en Europe, va ainsi voir le jour. Elle sera détenue à 51 % par Stellantis.
« Des activités conjointes d'achats et d'ingénierie » Cette nouvelle entité pilotera la distribution de Voyah, la marque premium de Dongfeng, « en Europe et en dehors de la Chine continentale », précise le texte. Elle s'appuiera logiquement sur le réseau de distribution de Stellantis. Le constructeur franco-italo-américain procède donc comme avec son autre partenaire chinois Leapmotor, avec qui il a établi une coentreprise détenue également à 51 %. Autre point commun, la nouvelle coentreprise devrait héberger « des activités conjointes d'achats et d'ingénierie, en tirant parti de l'écosystème très compétitif des véhicules électriques chinois de Dongfeng ».
Par ailleurs, les deux partenaires « envisagent la production potentielle de véhicules NEV [électriques ou hybrides rechargeables, NDLR] Dongfeng dans l'usine de Rennes en France », poursuit le communiqué. Celle-ci produit actuellement - et exclusivement - des C5 Aircross de Citroën. Une délégation de Dongfeng s'y était rendue au moins à deux reprises, en janvier et en avril, pour visiter les lieux.
Se conformer au « made in Europe » Difficile de connaître les réelles ambitions du groupe étatique chinois. Le ralentissement de son marché domestique et la guerre des prix en cours poussent les constructeurs locaux à se tourner vers l'export. A l'heure actuelle, Voyah est présent dans plusieurs pays européens, dont l'Espagne et l'Italie, mais avec des ventes encore confidentielles. La France devrait logiquement suivre, même s'il sera difficile de se faire une place sur un marché très concurrentiel, qui n'a jamais retrouvé son niveau pré-Covid. Produire en France lui permettra, en revanche, d'éviter les barrières douanières européennes. Voire de répondre aux exigences du « made in Europe » actuellement discuté à Bruxelles, si celui-ci est bien mis en place.
Les syndicats plutôt favorables Pour Stellantis, la stratégie apparaît plus claire. En partageant une usine avec Dongfeng, il entend continuer à remédier à son grave problème de surcapacité en Europe.
Outre l'arrêt programmé de la production automobile à Poissy (Yvelines), il devrait aussi confier les clés de son usine de Madrid à Leapmotor. Il a aussi dédié une ligne de production à ce même partenaire chinois à Saragosse. Une manière de conserver une empreinte industrielle en s'épargnant de coûteuses fermetures d'usines, et en limitant l'impact social. A Rennes, les syndicats devraient accueillir favorablement la nouvelle, l'arrivée d'un nouveau modèle contribuant à la pérennité du site. Figurant parmi les plus performantes du groupe, l'usine rennaise restait jusqu'ici suspendue au destin commercial du C5 Aircross et beaucoup s'inquiétaient pour son avenir.
«Sécuriser l'emploi» D'autant qu'elle était, elle aussi, sous-utilisée : la production a atteint 65.000 unités l'an passé et devrait sensiblement augmenter cette année. « Mais on peut monter à 140.000 véhicules par an », rappelle Christine Virassamy, secrétaire CFDT du CSE du site. Tout en précisant qu'un accord avec Dongfeng ne doit pas remettre en cause les conditions de travail actuelles.
De son côté, la CFE-CGC s'est félicitée de cette opportunité de «sécuriser l'emploi », tout en relevant « des exigences sociales et industrielles majeures ». Le syndicat pointe notamment la nécessité d'avoir un contenu européen de 70% pour chaque véhicule, exigence que souhaite voir adopter Bruxelles. « Les équipementiers et sous-traitants doivent impérativement bénéficier de cet apport de production supplémentaire en France », affirme en écho la CFDT dans un communiqué.
Yann Duvert
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Georges-Edouard DIAS
June 2, 4:44 AM
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Le géant de la location saisonnières Airbnb annonce qu’il intègre progressivement à sa plateforme des hôtels indépendants mais aussi la location de voiture, des transferts depuis l’aéroport et même la livraison de courses. La plateforme promet ainsi « des milliers d’hôtels de charme et indépendants dans 20 destinations », de New York à Paris en passant par Madrid. Cette stratégie vise à diversifier ses activités et à diluer son risque systémique face à une réglementation qui se corse dans de nombreuses villes, comme New York et Barcelone. Il s’agit également d’un vieux dessein.
Brian Chesky, à l’AirbnbOpen de Los Angeles en 2016, dévoile son projet d’agence de voyages et de guichet unique, que la pandémie va retarder. © Linda Lainé Un rêve déjà caressé en 2016 En novembre 2016, Airbnb lançait à Los Angeles sa première version de la catégorie « Expériences », des visites et autres ateliers thématiques. « Nous ajouterons les vols et les services, déclare alors le PDG Brian Chesky. C’est juste le début de (…) Trips », qui prévoyait aussi de démarrer la vente de locations de voiture. En 2018, la plateforme californienne ouvre déjà la porte aux hôteliers indépendants. Mais la pandémie de Covid-19 lui coupe les ailes, l’oblige à restructurer ses équipes et à se recentrer sur son coeur de métier. Provisoirement.
Booking dans la même logique Désormais, Airbnb relance doucement son rêve d’agence en ligne. La plateforme Booking.com, ancrée à sa genèse dans la réservation d’hôtels, adopte une stratégie analogue.
« Nous voulons recréer, en mieux, l’expertise d’un agent de voyages grâce à la technologie », nous a confié à L’Écho touristique, Glenn Fogel, le patron mondial de Booking Holdings. Une stratégie ambitieuse qui dilue aussi la différenciation originelle de Booking.com, identifié comme le hub des hôtels.
Pour Booking.com comme pour Airbnb, la volonté de se positionner comme un guichet unique auprès des voyageurs représente des opportunités de croissance. Les deux groupes devront toutefois effectuer des investissements technologiques et marketing d’ampleur.
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Georges-Edouard DIAS
May 18, 6:46 AM
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GumGum est une Adtech californienne qui propose de transformer l’approche publicitaire en connectant les marques aux audiences, aux moments où celles-ci sont les plus réceptives.
De fortes ambitions en France pour GumGum
« Nous arrivons en France avec de fortes ambitions » annonce Jeremy Pacome, Directeur commercial France et Benelux de GumGum. « Nous développons activement nos capacités de mesure et d’optimisation, afin que chaque campagne soit plus performante individuellement, et qu’elle rende également l’ensemble de notre système plus intelligent au fil du temps » précise-t-il. Le responsable commercial fait référence à la technologie propriétaire de GumGum, le Mindset Graph, et à un moteur de données alimenté par l’IA. GumGum déclare analyser en temps réel des milliards de signaux contextuels, créatifs, environnementaux et historiques afin de délivrer chaque message publicitaire au bon moment. Le but est d’obtenir des campagnes publicitaires plus performantes pour les annonceurs et les éditeurs, et une publicité plus pertinente pour les consommateurs. « Pour les annonceurs français, cela se traduit par un media planning plus pertinent, des prises de décision plus efficaces et des performances qui s’améliorent durablement. Nous avons hâte de nous lancer » ajoute Jeremy Pacome. GumGum fait aujourd’hui partie du top 15 des SSP mondiales.
Un groupe d’éditeurs partenaires en France
GumGum dispose déjà, en France, d’un groupe d’éditeurs partenaires avec Le Monde, La Tribune, Radio France, Le Figaro et Challenges. Ces connexions lui ont servi à construire sa connaissance du marché français et de ses particularités. L’Adtech a déjà diffusé sur le marché français plusieurs campagnes d’acteurs mondiaux tels que Boucheron, IBM, Adidas, Dell, ou encore Nike. Il a également conclu des partenariats avec le top 5 des agences mondiales, présentes en France. GumGum ouvre un bureau à Paris. L’entreprise entend accélérer son développement en France avec une offre reposant sur sa technologie propriétaire, le Mindset Graph. Cette approche est fondée sur la compréhension de l’état d’esprit des consommateurs, pour un ciblage publicitaire performant. GumGum revendique une solide base de clients en France, ainsi que d’un réseau établi d’éditeurs et d’agences partenaires.
Des débuts dans la publicité digitale contextuelle
GumGum a débuté dans la publicité digitale contextuelle. L’Adtech a développé, en 2024, sa technologie, le Mindset Graph. Cet outil est enrichi par IA. Il sert à déterminer l’état d’esprit dans lequel se trouve le consommateur à l’instant T, et d’identifier le bon moment pour lui adresser un message publicitaire, à travers les canaux digitaux, le mobile, le PC et la CTVLa technologie de GumGum est issue du fait que l’état d’esprit humain évolue en permanence. « Au cours d’une journée, nous sommes successivement un parent, un médecin, un fan de football ou le client d’un restaurant » décrit Jeremy Pacome. « Nous traversons, en parallèle, différents moments d’engagement, selon que nous scrollons des contenus durant un trajet en bus, ou que nous cherchons une information urgente, par exemple parce que notre enfant est malade. C’est cette constante transformation que le Mindset Graph permet de suivre et de comprendre » poursuit-il. Pour y parvenir, la plateforme analyse des millions de signaux issus des interactions digitales des utilisateurs, en particulier les contenus consommés, l’attention portée à chaque message, le moment de la journée ou le contexte de consommation.
Usage des données first party des annonceurs
Ces signaux peuvent être enrichis par les données first-party des annonceurs, ainsi que par des données liées aux tendances saisonnières, culturelles et aux environnements des éditeurs. L’outil Mindset Graph agrège le contexte, l’attention et les signaux pour décider de l’activation d’une impression publicitaire. « La plupart des adtechs analysent ces signaux séparément » reprend Jeremy Pacome. « Nous sommes les seuls à pouvoir agréger toutes ces data pour reconstruire une vision complète d’un moment donné » affirme-t-il. « Cela nous permet de déterminer, pour chaque impression publicitaire, le moment optimal pour sa diffusion, et de prévoir le résultat généré pour l’annonceur. Lorsque nous voyons ce moment arriver, nous activons l’impression. Sinon, nous passons notre tour » précise-t-il. GumGum a été fondé en 2008 et est basé à Santa Monica, en Californie. GumGum est présent sur 19 pays en Amérique du Nord, Europe, Japon et Australie.
Mesure de l’impact publicitaire et de la performance de marque
Pour s’imposer en France, GumGum va s’appuyer en priorité sur deux offres, articulées autour du Mindset Graph. La première, GumGum Outcomes, sert à mesurer l’impact de l’exposition publicitaire sur les résultats business des annonceurs. La deuxième, Attentive Lift, mesure la corrélation entre le temps d’attention (mesuré par des technologies d’eye-tracking) et la performance de marque. Enfin, en CTV (TV connecté), GumGum prévoit d’activer à terme des formats vidéo standards de 15 et 30 secondes, directement depuis sa plateforme, afin de simplifier la diffusion et l’optimisation des campagnes.
GumGum est soutenu par une série d’investisseurs de premier plan avec Goldman Sachs, Morgan Stanley et Upfront Ventures. La société a levé, depuis sa création 130 millions de dollars (120 millions d’€) dont 75 millions de dollars auprès de Goldman Sachs en 2021. GumGum revendique 3 000 marques clientes et 40 000 éditeurs partenaires, et réalise 500 milliards d’impressions mensuelles.
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Georges-Edouard DIAS
May 18, 6:42 AM
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L’Europe charge la barque réglementaire des entreprises. Or, cette charge favorise les grandes entreprises qui ont les moyens d’y répondre, et cela inclut les géants américains au détriment des entrepreneurs. C’est ce que déplore Arthur Mensch, DG et cofondateur de Mistral, startup spécialiste de l’IA et des grands modèles de langues. Il préconise des réglementations plus simples, plus unifiées, et qui permettent d’aller plus vite. Il a répondu aux questions des députés, le 12 mai, à l’Assemblée nationale.
Empilement de réglementations
Arthur Mensch pointe la multiplicité des réglementations voisines. « Vous avez tout un empilement de réglementations qui sont plus ou moins cohérentes entre elles et qui nous forcent à documenter beaucoup de choses » relève le DG. Il cite le RGPD, les lois sur le copyright et le “text and data mining” ainsi que l’AI Act qui sera mis en œuvre à partir d’août. On sent une certaine lassitude chez le dirigeant. Il considère que ces textes concernent des sujets assez similaires, ne disent pas exactement la même chose et demandent des documentations différentes. De plus, leur mise en œuvre est gérée par 27 organes différents en Europe « qui sont plus ou moins zélés suivant les pays ».
Les entreprises doivent avoir une forte équipe de conformité
Résultat, il lui faut une solide équipe chargée de la conformité. « Je me retrouve avec une équipe de compliance qui fait cinq personnes. Ce qui aujourd’hui pour nous est jouable parce que nous sommes suffisamment gros » déclare-t-il. Mais pour lui cela décourage et fait peur à toute nouvelle entreprise. « Vous êtes un entrepreneur en France et vous regardez tout ça et puis vous regardez aussi l’ambiance et le fait qu’on se réjouisse d’avoir remis une régulation sur l’AI Act et vous dites je vais aller aux États-Unis en fait et c’est ce qui se passe. Ils vont aux États-Unis » dit-il. Pour lui, cela décourage également les investisseurs qui se disent « l’Europe de toute façon a perdu, elle règlemente trop ». Le DG préconise de renverser ce récit. « Pour renverser ce récit, il faut aussi réfléchir à avoir des réglementations qui sont plus simples, plus unifiées, qui nous permettent d’aller plus vite » demande-t-il.
La réglementation ne protège pas les entreprises européennes
Mais la réglementation européenne n’est-elle pas une défense des startups locales et une manière de contrer les Américains ? Le DG réfute totalement cette possibilité. « Je pense que souvent l’intention est bonne, de se dire ‘on va faire en sorte que ça favorise nos startups européennes’. Je pense que ça n’a jamais été le cas si on regarde dans tout l’historique de ce qu’on a pu faire » prévient-il. Pour lui, la raison est très simple, ce sont les moyens dont disposent les entreprises. « La réglementation fondamentalement, cela vous met un overhead [poids supplémentaire] qu’il faut être suffisamment gros pour surmonter. Et donc si vous n’avez pas des entreprises suffisamment grosses, avec une charge réglementaire aussi grosse, vous vous retrouvez avec des acteurs américains » résume-t-il.
La réglementation favorise les gros
Dès lors son constat est sans appel, ce sont ceux qui ont le plus d’argent qui gagnent. « La réglementation favorise les gros et c’est d’autant plus vrai en technologie. Donc tout discours comme quoi la réglementation peut nous défendre, c’est l’enfer est pavé de bonnes intentions » tranche-t-il. Le jeune dirigeant martèle sa conviction. « Mettre des règles supplémentaires à respecter en se disant que les Européens vont s’en sortir mieux, c’est faux. Quand vous avez des règles, vous avez forcément du lobby à mettre en œuvre pour que l’implémentation des règles soit jouable. En général, vous avez les acteurs américains qui sont énormes. Ils ont beaucoup plus de lobbyistes à Bruxelles que nous. Donc c’est eux qui finissent par les rendre [les règles] les plus favorables pour eux » affirme-t-il.
Chaque pays européen doit être traité à part
Arthur Mensch liste également les nombreuses lois à intégrer lorsque l’on veut vendre dans plusieurs pays européens. On en est à se demander à quoi la Commission européenne a consacré son temps depuis 20 ans. « A chaque fois que vous rentrez dans un pays européen, vous devez ouvrir une nouvelle entité. Vous devez comprendre un nouveau régime de stock option. Vous devez comprendre une réglementation du travail qui est différente. Donc, cela veut dire qu’il faut assez vite une équipe sur place » explique-t-il. Le dirigeant liste ce qu’il a du faire. « J’ai signé des centaines de documents pour ouvrir des entités dans une dizaine de pays d’Europe. J’ai ouvert des dizaines de comptes en banque parce qu’en général il faut un compte en banque associé. Enfin vous avez tout un tas de réglementations nationales qui sont non unifiées » indique-t-il.
La fiscalité devrait être unifiée
« Vous avez une fiscalité évidemment qui n’est pas unifiée alors que il faudrait absolument qu’elle soit unifiée si vous voulez avoir des des systèmes d’incitation des employés qui ont à peu près du sens. On essaie de faire des choses qui sont le plus juste possible mais on se retrouve avec des situations fiscales qui sont franchement disparates entre les pays » déplore-t-il.
« Vous ne pourrez pas avoir de marché unifié si vous n’avez pas une forme de fiscalité unifiée, si vous n’avez pas une forme de droit social unifié, etc. » termine-t-il.
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Georges-Edouard DIAS
May 17, 11:08 AM
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Au début, ce ne devait être qu'une parenthèse. Les Chinois achetaient moins de luxe à cause de la crise immobilière qui a rétréci leurs économies, de 30 % pour certains. Des signes de reprise du marché qui a assuré pendant dix ans la croissance de LVMH (propriétaire des « Echos »), Hermès et autres groupes du secteur du luxe sont apparus fin 2025. Mais il ne s'agissait encore que de signaux faibles. Entre-temps, la guerre en Iran a asséché les ventes au Moyen-Orient, qui pèsent 5 % à 6 % de l'activité de l'industrie du très haut de gamme. Dans le même temps, la hausse des droits de douane américains, début 2025, et l'inflation des coûts de fabrication ont été absorbées par des hausses de prix, qui ont fait toucher une limite aux tarifs des sacs à main et manteaux de prix. Les riches « very important consumers » ont suivi. La clientèle « aspirationnelle », aux moyens financiers plus limités, a décroché. Le cabinet Bain compte une perte de 80 millions de consommateurs de luxe en moins en trois ans.
Incertitudes géopolitiques La mini-crise s'est ainsi transformée en crise. A titre de comparaison, un mois d'échanges de missiles dans le Golfe, en mars, a amputé de 1 % la croissance globale de LVMH au premier trimestre. Les analystes attendent les résultats semestriels des marques pour faire l'addition. Mais les mots « incertitudes géopolitiques » peuplent déjà les communiqués. Dans ce contexte, le mot « crise », qui en mandarin signifie à la fois danger et opportunité, prend tout son sens. Les groupes de luxe à la fois se désengagent d'activités en perte ou qui ne progressent plus et saisissent les occasions qui se présentent. Il n'en manque pas. D'autant que la conjoncture se double de la disparition de créateurs importants, comme Giorgio Armani, qui pose la question de l'avenir de leurs maisons. Dans son testament, le « re Armani » a émis le souhait que son entreprise, dont ont hérité son compagnon et ses neveux via une fondation, s'adosse à LVMH, L'Oréal ou EssilorLuxottica. La famille Versace a, elle, déjà passé le cap et vendu sa maison à Prada qui, après le lancement stratosphérique de son second label, Miu Miu, devient un groupe multimarque. Dans le même temps, LVMH a cédé Marc Jacobs, maison rentable mais moins glorieuse qu'elle n'avait été, et le plus gros bout de ses duty free DFS, longtemps un foyer de pertes. Le leader mondial du luxe a investi parallèlement dans les lunettes Vuarnet et Barton Perreira, Loro Piana et les horloges L'Epée et Joux-Perret. Les portefeuilles tournent.
Mutualisation Kering illustre bien ce double mouvement. Le groupe de luxe de la famille Pinault, endetté et affaibli par les méventes de sa marque phare Gucci, a cédé son pôle beauté à L'Oréal. Il a repoussé l'échéance de son option d'achat sur Valentino, mais ne l'a pas - encore - abandonnée. Et il a pris une participation dans le chinois Icicle. Toutes les marques ont rétréci leur réseau de distribution, optimisé leur parc immobilier et accéléré la mutualisation des opérations pour optimiser leurs coûts. L'heure n'est pas encore au grand chambardement mais le jeu des ténors du luxe se resserre. En marge de la présentation de son plan stratégique aux investisseurs, en avril, à Florence, Luca de Meo, le nouveau patron de Kering venu de l'automobile, indiquait : « Dans le luxe, ils n'ont jamais connu de crise. Ils manquent de muscles. » Les champions du luxe affûtent leur forme pour mieux courir vers un avenir incertain.
Philippe Bertrand
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Georges-Edouard DIAS
May 15, 9:27 AM
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Mois après mois, le recul de la natalité se confirme en France. L'an dernier, les naissances ont été inférieures aux décès pour la première fois depuis la fin de la première guerre mondiale. Face à ce phénomène qui inquiète les politiques compte tenu de ses multiples répercussions sur le modèle social et les finances publiques du pays, le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan a cherché à évaluer l'efficacité des politiques en faveur de la natalité. La conclusion de l'organisme rattaché à Matignon est sans appel : ce n'est pas le niveau absolu des dépenses qui détermine la courbe des naissances. « Ce n'est pas le chèque qui fait l'enfant », résume Clément Beaune, haut-commissaire à la stratégie et au plan.
Politique très généreuse « La capacité des politiques familiales à accompagner au mieux les projets familiaux tient moins au niveau de soutien qu'à la cohérence des moyens déployés », argumentent Césarine Boinet, économiste, et Constance Desaunettes, conseillère, dans une étude rendue publique ce mardi. En France, la baisse des naissances s'est installée en dépit d'une politique familiale très généreuse. En 2024, 45 milliards d'euros lui ont été consacrés, répartis en trois blocs : les prestations en faveur de la famille (allocations familiales, complément familial, etc.), qui concentrent près de la moitié du total, celles liées à la garde d'enfant (40 %), et enfin, le soutien prévu pour accompagner la maternité (10 %). Mais la corrélation entre le niveau des prestations sociales et la dynamique des naissances n'est pas évidente. « Les prestations monétaires et la fiscalité sont nécessaires, car elles allègent la contrainte budgétaire, mais elles ne suffisent pas à modifier durablement les comportements en termes de fécondité », pointe Césarine Boinet. Les effets sur la fécondité sont « limités et transitoires », insiste-t-elle. L'exemple de la Hongrie, qui a augmenté fortement ses dépenses pour enrayer son déclin démographique, montre les limites de cette politique. Malgré ces incitations financières, le taux de fécondité du pays, qui était remonté à 1,55 enfant par femme en 2021, est retombé à 1,38 enfant en 2024. Les expériences européennes montrent que ce sont les politiques combinant modes de garde et congés pour les parents qui donnent les meilleurs résultats. Dans les pays qui ont investi massivement dans ces deux domaines, facilitant ainsi la conciliation entre emploi et maternité, la Suède par exemple, les taux de fécondité tendent à être plus élevés qu'ailleurs, selon les données de l'OCDE. S'agissant des congés liés à la naissance, l'étude souligne néanmoins l'importance de bien calibrer la mesure : un congé bien conçu est court, bien indemnisé et partagé, indique-t-elle.
Un modèle « bien positionné » Au vu de ces constats, le modèle français, qui vient d'être complété avec un nouveau congé de naissance devant entrer en vigueur le 1er juillet, est plutôt « bien positionné » selon Clément Beaune. Mais des améliorations peuvent être apportées. « Il y a une marge d'action pour réduire l'écart entre le désir d'enfant, qui se maintient autour de 2,3, et le nombre effectif d'enfants, qui est tombé à 1,6 par femme », estime le haut-commissaire au plan. Le rapport ouvre quelques pistes. Il recommande d'abord d'élargir l'offre de garde afin de garantir un accès effectif à un mode d'accueil abordable à tous les enfants dès l'âge de 1 an, « en ciblant en priorité les plus modestes et les territoires où l'offre est insuffisante », souligne Césarine Boinet. La mesure aura un coût mais « on n'a pas fixé un plafond de dépenses pour la politique familiale. De plus, il y a peut-être des arbitrages à faire avec d'autres dépenses », relève Clément Beaune. L'étude propose également de renforcer le nouveau congé de naissance en assurant la non-transférabilité des droits entre père et mère. Ce qui garantirait l'implication des pères, comme en Suède. Un troisième mois d'indemnisation pourrait même être accordé au couple à condition que le père s'arrête pendant un mois.
Au-delà, le Haut-Commissariat souligne le caractère essentiel de la prévisibilité de l'action publique en matière de démographie. « Les décisions familiales s'inscrivent dans la durée », plaide-t-il, regrettant la succession d'ajustements de ces dernières années. Il suggère aussi de créer une agence européenne de la démographie pour anticiper de manière « lucide et durable » les conséquences de la dénatalité. « Vingt et un pays sur 27 ont des soldes naturels négatifs. Les effets seront durables », prévient Clément Beaune.
Nathalie Silbert
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Georges-Edouard DIAS
June 3, 4:01 AM
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- On sait qu'on est arrivés avant même de voir le bâtiment. À l'odeur. Florale, épicée. Surprenante dans cette zone industrielle de Carnoux-en-Provence. C'est pourtant là, à l'abri des regards, que la Manufacture française de bougies (MFB) confectionne le produit star de Diptyque. Tout commence au labo où les experts ciriers écrivent leurs recettes : mélange des cires, diamètre des mèches, dosage des parfums… Les plus délicats à reproduire ? Les boisés. « Leurs molécules s'évaporent mal », glisse l'un d'eux devant des prototypes en train de brûler. Pas étonnant que certaines mises au point prennent plus de six mois.
Une fois la formule validée, la production peut démarrer. Sans jamais brusquer la cadence. Car chaque détail compte. La position des mèches, par exemple, qui doivent rester bien droites une fois la cire coulée. Un robot s'en charge. Mais en bout de chaîne, la main reprend ses droits. Une opératrice coupe les mèches à 3 mm exactement. Une autre essuie les pots un à un, chiffon en main. « Un savoir-faire qu'on ne pouvait pas laisser partir, explique Nicolas Floquet, co-CEO chargé des opérations. Quand, en 2022, le fondateur de MFB - dont nous étions le principal client - a voulu céder son activité, la décision de rachat a été immédiate. »
Ils sont comme ça chez Diptyque. Jamais à un défi près. « L'intégration des compétences est une garantie de créativité et de qualité d'exécution », souligne Nicolas Floquet. Et tant pis si ça mobilise des investissements à la rentabilité parfois lointaine. « C'est notre luxe, la maison fonctionne ainsi depuis plus de soixante ans », rappelle Laurence Semichon, à sa tête depuis 2024. Manifestement, le risque paie. La part de marché mondiale de la marque, pionnière dans la bougie parfumée - devenue depuis le Covid l'objet déco par excellence -, atteindrait 12 % du segment premium. Quant à la parfumerie, son deuxième métier, Diptyque y fait figure d'ovni. Zéro pub, pas de cible marketing, aucun suivi de tendances. Et pourtant. Son chiffre d'affaires global (non publié) dépasserait les 500 millions d'euros, dopé par une croissance à deux chiffres.
Boulevard Saint-Germain Et dire que tout est parti d'une échoppe perdue au bout du boulevard Saint-Germain. On est en 1961. Repaire des clubs de jazz, le quartier est encore bohème. Au numéro 34, trois amis artistes - Desmond Knox-Leet, Yves Coueslant et Christiane Gautrot - ouvrent un drôle de magasin, mi-atelier mi-cabinet de curiosités. Ils y exposent leurs créations et des objets chinés au fil de leurs voyages. Les deux vitrines d'angle donnent son nom au lieu : Diptyque. Très vite, ce « concept-store » avant l'heure attire artistes et esthètes parisiens et de passage. La boutique existe toujours. En 1963, les fondateurs lancent leurs premières bougies parfumées. Des senteurs liées à leurs souvenirs d'enfance (aubépine, cannelle, thé), coulées dans un pot en verre transparent habillé d'une étiquette ovale aux lettres inclinées. Une identité graphique inchangée depuis. Quand en 1968, le trio se lance dans le parfum, il suit la même règle : créer selon leur imaginaire, sans chercher à plaire. Quitte à casser les codes. Leur premier jus, baptisé simplement L'Eau, est non genré. À l'époque, une aberration commerciale. Le succès s'installe lentement. Une seule boutique à Paris, une distribution très sélective dans quelques grandes capitales, zéro pub. Pas de lancements effrénés non plus, les fondateurs enrichissent leur répertoire de bougies et de parfums à rebours des tendances. Jamais de notes gourmandes, trop communes. Le trio d'artistes leur préfère des senteurs boisées ou herbacées.
Au début des années 2000, Diptyque ne compte qu'une douzaine de salariés - ils sont 1500 aujourd'hui - et son chiffre d'affaires ne dépasse pas 10 millions d'euros. Mais l'essentiel est là : une identité forte, des produits iconiques, une clientèle fidèle. Desmond Knox-Leet est décédé en 1993, mais Yves Coueslant et Christiane Gautrot, désormais octogénaires, sont toujours présents. La question de la transmission se pose. Hors de question pourtant d'aller se vendre à un grand groupe. C'est une rencontre personnelle avec l'Américain Bill Fisher, héritier de la famille fondatrice de Gap et fan des produits Diptyque, qui va convaincre les deux amis de lui passer la main. L'accord de cession conclu en 2005 avec Manzanita Capital, le « family office » des Fisher, repose sur un engagement clair : faire grandir l'entreprise sans altérer son identité. Multipliant les séjours à Paris, Bill Fisher s'implique personnellement dans cette transition. En pro du retail, il va notamment reprendre en main le réseau de distribution. Un maillage « chirurgical » de ses principaux marchés - Asie Pacifique, Europe, Amérique du Nord - où Diptyque ouvre une dizaine d'adresses par an. Résultat : aujourd'hui un réseau de 160 boutiques exclusives et de plus de 1000 points de vente (grands magasins, hôtels de luxe…) dans une cinquantaine de pays.
Du temps, de l'intuition Un tel changement d'échelle aurait dévoyé plus d'une marque. Pas Diptyque. « On s'est toujours refusé à faire du chiffre d'affaires facile qui aurait brouillé notre identité », relate Fabienne Mauny, ex-CEO de la maison où elle a passé dix-sept ans, avant de rejoindre l'actionnaire au sein de Manzanita Capital. Une vigilance qui guide d'abord la création des fragrances, nerf de la guerre. Travaillant pour les grands du secteur, ils ne sont qu'une poignée de parfumeurs à élaborer les senteurs de la marque. Sans jamais être mis en compétition, chacun étant mandaté pour un projet précis. En dehors de toute tendance.
« On y va à l'intuition, sans test consommateur ni cible marketing », confirme la Chief Brand Officer de Diptyque, Nathalie Chopra. C'est d'abord vrai pour les bougies. Comme la Café, sortie mi-avril. « Ils ne voulaient surtout pas d'une senteur type caramel vanille à la Starbucks mais plutôt celle d'un grain fraîchement torréfié », raconte Maxence Moutte, parfumeur chez Givaudan, qui s'est rendu chez Verlet, la plus ancienne brûlerie de Paris, pour y encapsuler son atmosphère olfactive. À rebours des tendances, les parfums Diptyque affichent leur différence avec des senteurs aux notes boisées et herbacées.Photo Amanda Sellem pour Les Echos Week-end Même refus de la facilité pour les parfums, tous non genrés. « Un gage de liberté », apprécie Fabrice Pellegrin, parfumeur principal chez DSM-Firmenich. Parmi ses dernières créations, L'Eau papier. « En hommage aux carnets de voyage des fondateurs, j'ai cherché à retranscrire l'odeur d'un papier blanc, texturé, avec une sensation de velouté », confie cette star de la profession qui a travaillé des notes de mimosa et de sésame soulignées de muscs blancs. Sans aucune contrainte de coûts. « On a carte blanche sur les ingrédients, même les plus chers comme le santal ou la fève tonka », détaille Natalie Cetto, autre nez de Givaudan, qui pour sa dernière création, Lilyphéa, a dû imaginer l'odeur du nénuphar… qui n'en a pas.
Autre privilège : le temps. « On peut passer deux ans sur un projet », confie Maxence Moutte. La phrase couperet ? « Ce n'est pas Diptyque ». « C'est vrai qu'on est exigeant, admet la CEO Laurence Semichon. D'où notre fidélité à un cercle restreint de nez, familiers de notre univers. » Et une fois le parfum validé, pas de campagnes médiatiques, jamais d'égérie ni d'influenceur rémunéré. Une stratégie de la discrétion. Redoutablement efficace - et infiniment moins coûteuse - dans un marché saturé d'offres souvent interchangeables. Moyennant quoi la griffe est aussi devenue un marqueur social. « Pas tant par ses prix - restés raisonnables - que par son image, à la fois élégante et singulière, réservée aux connaisseurs, un peu comme Mariage Frères dans l'univers du thé », analyse avec fair-play un concurrent.
Dans les quartiers arty Cette obsession de l'héritage laisse la place à des pas de côté. Même les plus osés. En 2022, la maison parisienne s'est invitée en cuisine avec La Droguerie. Une ligne de produits d'entretien certifiés Ecocert, logés dans du verre brun rechargeable et vendus six fois plus cher que le tout-venant. Ici, pas d'odeur de synthèse, mais une partition naturelle : fleur d'oranger, basilic, romarin, cèdre. Bien senti : la collection se serait déjà hissée dans le Top 10 mondial des ventes. Prochain pas de côté : la salle de bains. « Mais nous ne serons jamais une marque de cosmétiques techniques, prévient Laurence Semichon. Notre univers reste celui du bien-être et d'un certain art de vivre. » Toujours sans un centime de publicité. « Nos boutiques restent notre meilleur vecteur de communication », relève Nathalie Chopra. Si on y retrouve des éléments communs - façade verte, parquet, moulures, cheminées, murs à la chaux -, chaque adresse est pensée comme un lieu singulier. D'autant que l'emplacement est choisi, lui aussi, à rebours des tendances. « Plutôt que les grandes artères commerciales, on privilégie des quartiers peut-être moins fréquentés mais plus arty, appréciés de notre clientèle », observe Nicolas Floquet. Et dans les pays où règnent les centres commerciaux comme en Chine ou au Moyen-Orient ? « On intègre des objets chinés et des créations d'artistes locaux pour retrouver une atmosphère bazar chic », détaille Alexandre Roussard, directeur architecture et merchandising.
Avec ses deux « Maisons » ouvertes à Paris et à Londres en 2024, Diptyque pousse l'exercice encore plus loin. Sur deux étages, « cela a été pensé comme l'appartement d'un esthète parisien », observe Alexandre Roussard. On y trouve des objets de déco, des articles de papeterie, un atelier de personnalisation et une galerie retraçant l'histoire de la marque (photos des fondateurs, croquis, carnets de voyage).
Luminaires et miroirs sur mesure, fresques au mur et au plafond…, l'art y est omniprésent. Comme au siège de l'entreprise, dans le quartier de l'Opéra. Une ruche où phosphorent 300 collaborateurs - « leur créativité m'épate tous les jours », salue Laurence Semichon -, entourés d'oeuvres prêtées par les Fisher, grands collectionneurs. Dont une immense fresque de Sol Lewitt ornant l'atrium. Avec un tel parcours, la marque attire forcément les convoitises. Creed, Penhaligon's, L'Artisan parfumeur, Le Labo, Frédéric Malle, Francis Kurkdjian, Officine universelle Buly… Beaucoup de ses concurrents ont été rachetés par des géants comme Estée Lauder, L'Oréal, Puig ou LVMH (propriétaire des « Echos »). Actionnaires de Diptyque depuis plus de vingt ans, les Fisher céderont-ils un jour à leurs sirènes ? Impossible à prévoir. Une chose est sûre, il flottera alors un doux parfum de plus-value…
La famille fondatrice de Gap aux commandes Fils des fondateurs de l'enseigne Gap dont il a conduit l'expansion internationale jusque dans les années 1990, le très discret William (dit Bill) Fisher (68 ans) occupe une place à part dans cette richissime famille de San Francisco, mécène et grande collectionneuse d'art. Si ses frères Robert (71 ans) et Joseph (64 ans) sont restés ancrés dans les affaires américaines du groupe (également propriétaire des enseignes Banana Republic et Old Navy), c'est à Londres, en 2001, que le cadet installe leur family office, Manzanita Capital. Avec une stratégie d'investissement atypique : repérer des marques de niche avec une forte identité créative et les accompagner sur le long terme, sans logique de revente prédéfinie. Fan de la boutique historique de la marque du boulevard Saint-Germain, en 2005, Bill Fisher convainc les fondateurs de Diptyque, désireux de passer la main, qu'il saura développer l'entreprise tout en préservant son héritage. Cela fait vingt et un ans qu'il y veille. Si Diptyque reste son investissement phare, le fonds des Fisher a su miser sur d'autres pépites comme Byredo, marque suédoise de parfums revendue au groupe Puig en 2022, Susanne Kaufmann, maison autrichienne de soins naturels haut de gamme ou Malin + Goetz, marque de cosmétiques basée à New York.
Une marque née il y a plus de soixante ans 1961 Ouverture de la première boutique Diptyque par trois amis artistes qui y vendaient leurs créations et des objets chinés. Le magasin situé au 34, boulevard Saint-Germain à Paris existe toujours. 1963 Lancement des premières bougies parfumées. 1965 Naissance de l'identité visuelle de Diptyque : verre transparent, étiquettes ovales, typographie noir et blanc, lettres inclinées. 1968 Création du premier parfum, non genré : L'Eau. 2005 Le fonds privé américain Manzanita Capital (famille Fisher, propriétaire de Gap) rachète Diptyque à ses fondateurs. 2012 Les ventes annuelles passent le cap des 30 millions d'euros. 2015 Entrée sur le marché chinois via Hong Kong. L'entreprise compte une trentaine de magasins. 2019 Les Etats-Unis deviennent le premier marché de la marque. 2024 Ouverture à Paris et à Londres des flagships Maison Diptyque. Laurence Semichon devient directrice générale, succédant à Fabienne Mauny, désormais chez Manzanita Capital. 2025 Avec 1 200 points de vente dont 160 en propre dans 50 pays, le chiffre d'affaires de Diptyque (non publié) atteindrait 500 millions d'euros, selon les experts du secteur.
Une Fondation lancée en 2025 Restauration des jardins de la Villa Médicis à Rome, digitalisation des 25 000 échantillons de l'Herbier national du Muséum d'histoire naturelle, création d'une formation de Maître Jardinier à l'Ecole nationale du paysage de Versailles… Lancée en février 2025 avec parmi ses administrateurs, Laurent Le Bon, président du Centre Pompidou, et Alexia Fabre, directrice des Beaux-Arts de Paris, la Fondation Diptyque finance des projets à la croisée de la botanique, de l'art et de la parfumerie. Ainsi son programme « De la nature à l'oeuvre » a invité des artistes à créer des herbiers imaginaires qui seront intégrés dans un parcours olfactif reconstituant le sillage de plantes rares.
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Georges-Edouard DIAS
June 2, 1:55 PM
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Une lumière crue jetée sur les relations commerciales en France. Au terme de six mois d'enquête, la commission sénatoriale sur les marges des industriels et de la grande distribution présente un portrait particulièrement sombre des pratiques des grandes enseignes dans leur relation avec leurs fournisseurs. « Nous avons constaté l'existence de pratiques prédatrices de la part des distributeurs », a affirmé ce jeudi la rapporteuse écologiste Antoinette Guhl. La « brutalité des relations commerciales », dénoncée régulièrement par le secteur agroalimentaire, est largement documentée. Le rapport parle de « méthodes de négociation assises sur la menace, l'intimidation et la contrainte », comme les déréférencements brutaux pendant la période des négociations commerciales. « Ces diminutions brutales de commandes peuvent représenter jusqu'à 60 % des ventes d'un fournisseur auprès d'un distributeur et engendrer des pertes » de « plusieurs millions d'euros » et de « produits parfois périssables », a constaté la rapporteuse après « des contrôles sur pièces et sur place ».
Haro sur les centrales d'achat Le rapport insiste sur le déséquilibre entre l'amont - 400.000 exploitations agricoles et 23.000 entreprises industrielles en France - et l'aval, concentré autour de « trois groupements hyperdominants » pour les négociations en France : Concordis (Carrefour et Coopérative U ; 34 % des parts de marché), Aura Retail (Intermarché, Auchan et Casino ; 29 %) et E.Leclerc (24 %). Si les centrales d'achat sont présentées comme un moyen pour les distributeurs de massifier leurs achats pour baisser les prix, le rapport note que cela « ne semble pas avoir d'effet favorable automatique » pour les consommateurs, puisque depuis 2021, les prix de vente en magasin augmentent plus vite que les prix payés aux industriels. Sans compter que ces alliances en France sont adossées à des centrales d'achat européennes, « outil favori des distributeurs pour contourner la loi française », accuse le rapport. Si les distributeurs affirment que seules des grandes multinationales passent par ces négociants, la rapporteuse a constaté que des entreprises de taille intermédiaire étaient aussi concernées, comme D'Aucy (coopérative Eureden) ou la biscuiterie Saint-Michel. De plus, en se fondant sur des déclarations de la répression des fraudes (DGCCRF), le rapport assure que ce recours accru aux centrales « impacte l'ensemble de ces négociations par une pression globale à la baisse sur les prix, y compris ceux produits en France ». Par ailleurs, l'enquête du Sénat met au jour des pratiques discutables, comme la vente imposée de « services non seulement inutiles mais choquants », comme une rencontre entre le dirigeant d'un industriel et un directeur des achats d'une centrale facturée 400.000 euros.
Inégale répartition de la valeur Reprenant des chiffres d'Olivier Mevel, maître de conférences à l'université de Bretagne occidentale et consultant en stratégie des entreprises agroalimentaires, le rapport souligne que sur 100 euros dépensés par le consommateur sur l'alimentaire, 8 vont aux agriculteurs, 14 aux industriels et transformateurs, 35 aux importations, et 40 à la grande distribution. Celle-ci a « progressivement organisé un système de transfert des marges des industriels vers les magasins », assure Antoinette Guhl. Alors que la grande distribution revendique des faibles marges, tout comme l'industrie agroalimentaire, le rapport assure que « ce constat est à relativiser ». Il souligne notamment la « part croissante » des revenus tirés de la facturation aux industriels des services commerciaux, dénonçant la « grande opacité des flux financiers avec les centrales d'achat et de service européennes » ou encore les « nouvelles sources de profits » pour les exploitants de magasins, comme le portage de l'immobilier commercial. A l'inverse, les sénateurs mettent en avant la fragilité de l'industrie agroalimentaire française, notamment des PME-ETI du secteur, qui met en danger la souveraineté alimentaire du pays et la pérennité des filières agricoles nationales. Antoinette Guhl a cité en exemple la filière artichauts, qui n'a plus aujourd'hui d'usines nationales de conditionnement en conserve. Sans compter que cela se fait aux dépens de la sanctuarisation de la matière première agricole, pourtant inscrite dans la loi, mais allègrement contournée par les distributeurs, assure le rapport.
Des recommandations limitées Finalement, la commission formule 24 recommandations dont certaines pourraient faire l'objet d'amendement au projet de loi d'urgence agricole. Actuellement débattu à l'Assemblée, il devrait arriver en juin au Sénat. Une grande partie appelle à davantage de transparence, que ce soit sur l'écart entre prix de vente aux consommateurs et tarifs négociés avec les fournisseurs, sur la part de matière première agricole française dans les produits, sur les marges de la grande distribution ou encore sur les flux financiers avec les centrales d'achat et de service européennes. Au sujet de ces dernières, le pouvoir réglementaire se situe toutefois au niveau européen, le rapport ne pouvant donc qu'appeler la France à continuer à oeuvrer à Bruxelles pour limiter leurs effets néfastes. Quant à la sanctuarisation de la matière première agricole, les recommandations n'évoquent que des contrôles accrus et plus ciblés de la DGCCRF et une « charte » entre distributeurs et l'industrie pour exclure des centrales d'achat européennes « les PME, ETI et filiales de grands groupes dont les produits intègrent au moins 80 % de MPA françaises ou qui produisent et vendent majoritairement en France ».
La grande distribution conteste Sans surprise, le rapport est salué par l'industrie agroalimentaire, qui y voit une confirmation de ce qu'elle dénonce à chaque round de négociations commerciales. « Le verdict est sans appel », a affirmé jeudi matin Jean-François Loiseau, président de l'Association nationale des industries alimentaires, sur Sud Radio. A l'inverse, la grande distribution a condamné à l'unisson les conclusions du Sénat. « Des caricatures qui ne sont pas acceptables », selon le patron de Carrefour, Alexandre Bompard, « un rapport à charge », selon Intermarché… « On exige la transparence des distributeurs, mais jamais celle des grands industriels agroalimentaires : cette absence totale de réciprocité nous amène à questionner le rapport dès ses premières propositions », a de son côté réagi la Fédération du commerce et de la distribution. La Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL), sans nier les conclusions du rapport, a d'ailleurs regretté que les pratiques des industriels « aient été laissées de côté ». « Ces pratiques sont tout aussi inadmissibles que celles des centrales d'achat européennes et elles passent pourtant sous silence », dénonce-t-elle.
Si Bercy souligne des « propositions intéressantes » quant à la différenciation des PME dans les négociations, le ministère du Commerce regrette que le rapport « s'attache plus à rechercher un responsable qu'à réinterroger un modèle de négociations que tous les acteurs, industriels comme distributeurs, voient pourtant comme étant à bout de souffle ».
Paul Turban, avec Julia Lemarchand
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Georges-Edouard DIAS
June 2, 1:52 PM
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Le changement climatique est en marche et s'adapter à ses effets, déjà en partie irréversibles, est évidemment indispensable. Mais cette adaptation ne doit pas se faire au détriment de la lutte, tout aussi nécessaire, contre le dérèglement climatique. Cette lutte est clairement dans l'intérêt de l'Europe qui doit, à l'évidence, réduire drastiquement sa dépendance aux fossiles pour des raisons macroéconomiques, de pouvoir d'achat et de souveraineté. Insistons ici sur un autre motif, assez méconnu jusqu'à aujourd'hui, directement lié au climat. La lutte contre le dérèglement climatique s'est longtemps heurtée à l'argument massue du dilemme du prisonnier. Puisque les coûts de la décarbonation sont individuels et que les bénéfices sont collectifs, personne n'aurait intérêt à agir. Si d'autres pays continuent à forer du pétrole et extraire du gaz et du charbon, l'Europe serait alors très candide de faire sa part du colibri… Et pourtant, chaque année ce sont déjà plusieurs dizaines de milliards d'euros de coûts, 43 milliards d'euros rien que pour l'été 2025, que supporte l'Europe face aux inondations, sécheresses et vagues de chaleur qui frappent notre continent.
Destruction du stock de richesses La France, l'Europe et plus généralement les grandes puissances ont beaucoup à perdredans ce changement climatique pour une raison simple : nous sommes riches. Depuis des décennies, nous avons constitué un capital économique sans précédent : des infrastructures routières, ferroviaires, des bâtiments, des usines, des réseaux d'électricité, des conduites de gaz etc. Or, le changement climatique, s'il affecte bien la production nouvelle de richesses (par les vagues de chaleur qui diminuent sensiblement la productivité au travail par exemple), attaque surtout le stock de richesses existant, par définition beaucoup plus conséquent. Il ne menace donc pas seulement nos revenus : il détruit aussi le patrimoine que nous avons mis des décennies à construire.
80 % des leviers de décarbonation coûtent moins cher que les dommages qu'ils permettent d'éviter sur notre seul territoire.
Paradoxalement, cette mauvaise nouvelle apporte sa propre réponse. Les travaux récents, et notamment ceux de l'économiste Adrien Bilal, montrent que ces dégâts sont suffisamment élevés pour nous obliger à agir seul. Lorsqu'une tonne de carbone est émise quelque part dans le monde, les dommages sont globaux, mais une part significative affecte directement l'Europe. Et ces dégâts dits « domestiques » sont tels qu'ils justifient la décarbonation de 80 % de notre économie : autrement dit, 80 % des leviers de décarbonation coûtent moins cher que les dommages qu'ils permettent d'éviter sur notre seul territoire. Ces observations viennent ainsi contredire le raisonnement classique du dilemme du prisonnier : indépendamment de l'action des autres, les dégâts que nous nous infligeons à nous-mêmes que nous avons intérêt à agir par pur égoïsme. Et puisque les dégâts climatiques sont exponentiels par rapport aux niveaux d'émissions, moins les autres en font, plus l'Europe a égoïstement intérêt à agir. Ce raisonnement est en fait valable pour n'importe quelle puissance suffisamment riche et étendue, à commencer par les Etats-Unis. Soyons tous égoïstes et tout ira bien ! Enfin, ces considérations ne prennent en compte que les seuls dommages climatiques. Or, la transition énergétique génère aussi des bénéfices non-climatiques, qui profitent directement à ceux qui s'y engagent. A cet égard, elle est méritocratique. Cela renforce encore l'argument précédent. : sortir du charbon, du pétrole et du gaz, c'est aussi nous affranchir économiquement et politiquement des puissances qui les produisent. De ce point de vue, l'actualité iranienne n'est qu'un chapitre de plus dans la longue série des crises fossiles à venir…
Alain Grandjean est économiste et président de The Other Economy.Simon Yaspo est ingénieur du corps des Mines et secrétaire de The Other Economy.
Alain Grandjea
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Georges-Edouard DIAS
June 2, 1:49 PM
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Après les Renault R5 et R4, après la Fiat 500 et la Panda, Stellantis a décidé de piocher dans le passé glorieux de Citroën pour lancer sa future petite voiture électrique à moins de 15.000 euros. Dévoilé ce mardi, son projet de e-car devrait arborer le sigle aux chevrons, selon nos informations. Parmi les 14 marques du constructeur, la marque française serait en lice, face à Fiat, pour être la première à bénéficier de la plateforme de la future e-car. Le patron de Citroën, Xavier Chardon, avait indiqué fin avril qu'il travaillait à redonner vie à la 2 CV. Le patron de Fiat, Olivier François, qui est aussi le très influent patron du marketing de Stellantis, a également indiqué son grand intérêt pour l'e-car, promise à de grands volumes de production.
Fabrication italienne Cette voiture 100 % à batterie de segment A (comme la Twingo de Renault) est promise pour 2028. Mais les grands arbitrages techniques ne seraient pas encore tous rendus. L'agence Bloomberg indique que Leapmotor apporterait les éléments essentiels de la future voiture. Mais, de source proche du dossier, le choix de la plateforme, la base technologique du véhicule qui se cache sous la carrosserie, ne devrait être formellement arbitré qu'en juin. La future 2 CV pourrait soit bénéficier d'une version réactualisée de la plateforme STLA City, celle de la Fiat 500 actuelle, soit hériter d'une plateforme chinoise fournie par le partenaire de Stellantis Leapmotor, a-t-on appris de source proche du dossier. Le nouveau modèle bénéficiera de « technologies électriques de pointe, développées avec des partenaires sélectionnés afin de renforcer l'accessibilité et d'accélérer la mise sur le marché », s'est contenté d'indiquer Stellantis dans son communiqué sur l'e-car. Pour faire patienter les amateurs, un concept car de la future e-car, donc probablement de la future 2 CV, pourrait être dévoilé au public jeudi, lors de la présentation du plan stratégique du groupe, à Détroit. Les premières e-cars devraient sortir de l'usine italienne de Pomigliano d'Arco, en Italie. Celle-ci produit actuellement « certaines des voitures les plus emblématiques et accessibles d'Europe, dont la très appréciée Fiat Panda », pointe le communiqué. Comme la concurrence, PSA et FCA (les ancêtres de Stellantis) ont délaissé le segment A, celui des citadines de poche faisant moins de 3,70 mètres, à la fin de la décennie 2010. L'inflation des normes de sécurité a réduit les marges par véhicule et poussé les constructeurs à mettre au garage la Citroën C1, la Volkswagen Up ! ou la Peugeot 108, alors que ce segment représentait plus d'une immatriculation sur 10 en 2009 en Europe.
Un cadre réglementaire favorable Les spécialistes européens des petites voitures, Stellantis et Renault, ont très activement milité, en 2025, pour obtenir un cadre européen leur permettant de revenir sur ce segment. La présidente Ursula von der Leyen a répondu à leur demande. Elle a promis l'an dernier un cadre réglementaire permettant a priori de renouer avec les profits sur le segment A. Bruxelles veut encourager la production de petites voitures électriques abordables en Europe, et avait précisé son propos en décembre en proposant de créer une nouvelle sous-catégorie de petites voitures électriques, la M1E. Celle-ci comprendrait les véhicules à batterie de moins de 4,20 mètres produits sur le continent. Les voitures éligibles se verraient offrir des conditions avantageuses, avec une stabilité réglementaire assurée pendant dix ans, mais aussi un « super-bonus » dans le calcul des émissions de CO2 des constructeurs.
Guillaume Guichard, avec Yann Duvert
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Georges-Edouard DIAS
June 2, 1:46 PM
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Le rapport Draghi l'avait déjà souligné il y a près de deux ans : l'énergie est et sera le nerf de la guerre pour la compétitivité européenne. Avec la guerre au Moyen-Orient et l'envolée des prix des hydrocarbures, les choses se précisent encore un peu plus : l'énergie décarbonée et la capacité de l'Europe à électrifier ses usages feront la différence. Un constat dressé par l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), qui publie ce mercredi un rapport sur le sujet. Et un constat partagé par le chef de l'Etat, qui réunissait ce mardi à l'Elysée un parterre d'acteurs du secteur de l'énergie pour lancer une mobilisation générale sur l'électrification des usages. « Beaucoup de nos compatriotes souffrent très directement de l'augmentation des prix des hydrocarbures […]. Mais le court terme ne doit pas nous faire oublier cet investissement [dans les énergies décarbonées, NDLR], qui est de moins en moins long terme. L'électrification […] est la manière la plus structurante et responsable de répondre aux conséquences de nos dépendances fossiles », a affirmé Emmanuel Macron dans son discours.
Des investissements colossaux Au niveau européen, cette transition n'a pourtant rien d'évident. Un certain nombre d'industriels sont d'ailleurs nombreux à réclamer une pause dans le marché carbone européen censé accélérer la décarbonation de nombreux secteurs d'activité. « On est dans une période de transition qui est très complexe à gérer. Mettons-nous à la place des industriels : ils ont des outils de production qui marchent à peu près bien, qu'ils doivent encore rentabiliser dans le temps pour certains, et on leur demande de tout changer avec des investissements colossaux à la clé, on peut comprendre leurs réticences », explique Andreas Rüdinger, chercheur spécialisé dans les questions énergétiques à l'Iddri et coauteur du rapport. Selon les travaux de l'Iddri, une industrie européenne décarbonée peut tout à fait être compétitive à terme si plusieurs facteurs sont réunis : une stabilité de la réglementation en vigueur, notamment le maintien du marché carbone et la fin programmée des allocations gratuites pour maintenir un signal prix sur l'énergie carbonée, un prix de l'électricité stable et prévisible à long terme, et des aides pérennes et ciblées sur les secteurs les plus exposés.
Pas de réponse universelle « On a trop tendance à comparer les prix de l'énergie de manière globale entre l'Union européenne et la Chine, ou l'Union européenne et les Etats-Unis, mais comme le montre notre rapport, la situation est très différente suivant les types d'industrie, les types d'énergie. Il faut amener de la nuance et surtout différencier le niveau d'aides suivant les situations. Il n'y a pas de réponse universelle. Les industriels eux-mêmes sont demandeurs de cette différenciation qui doit mieux épouser la réalité de terrain pour être efficace », poursuit Andreas Rüdinger. Le noeud d'une transition réussie vers l'électrification reste le niveau de prix et la capacité à convaincre que les prix n'augmenteront pas par rapport à ceux d'aujourd'hui. Une stabilité qui passe, pour l'Iddri, par un renforcement des contrats de long terme à destination des industriels.
« En théorie, l'Europe a des capacités de production suffisantes pour assurer un niveau de prix de l'électricité stable et abordable, mais une partie de la production d'électricité en Europe dépend toujours de l'approvisionnement en gaz, ce qui peut être un facteur de volatilité », rappelle Andreas Rüdinger. Le chemin vers l'électrification, s'il ne fait pas de doute sur son intérêt final, reste un parcours semé d'embûches.
Marie Bellan
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Georges-Edouard DIAS
June 2, 4:49 AM
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Les plus grandes entreprises du monde sont de plus en plus importantes pour leurs Etats d'origine dans la compétition que mènent les Etats-Unis et la Chine, avec l'Europe en arrière-plan. Il y a encore quelques années, les gouvernements considéraient l'intelligence artificielle (IA), l'informatique quantique, les biotechnologies, les communications avancées et la robotique, avant tout comme des moteurs de productivité et de progrès social. Au milieu des années 2020, elles étaient devenues des atouts à protéger. Aujourd'hui, elles confèrent un avantage géopolitique. C'est particulièrement le cas des géants du numérique, quasi intégralement américains, qui sont devenus des acteurs géopolitiques en même temps que des actifs pour le gouvernement des Etats-Unis. Ce sont des acteurs quand la constellation de satellites d'Elon Musk, Starlink, coupe l'accès à son service de satellites à l'armée russe, après lui avoir largement ouvert pendant près de quatre ans. Auparavant, en 2023, l'entreprise avait refusé que l'Ukraine utilise ses services pour attaquer la marine russe.
Des actifs géopolitiques Ces géants du numérique peuvent aussi être des actifs géopolitiques pour le gouvernement américain. Des réseaux sociaux comme X ou Facebook sont utilisés par des dirigeants politiques pour faire avancer des messages et peuvent participer à amplifier des mouvements sociaux, voire déstabiliser des sociétés.D'autres entreprises peuvent devenir des bras armés des Etats dont ils sont originaires. D'ailleurs, certains s'en revendiquent ouvertement. Alex Karp, le patron de Palantir, juge ainsi que la Silicon Valley a une dette morale envers le pays qui a rendu son essor possible, et devrait donc participer à la défense des Etats-Unis.
L'IA à l'avant-poste de la compétition Dans un article publié à l'occasion des 90 ans de la revue « Politique étrangère », Anu Bradford, professeure de droit et d'organisations internationales à l'université de Columbia, explique que « l'IA est devenue l'avant-poste des guerres commerciales et technologiques qui s'intensifient entre les Etats-Unis et la Chine ». L'interdiction par l'administration Trump de la vente parNvidia de ses puces les plus avancées pour l'intelligence artificielle à la Chine ou, auparavant, les pressions du président Joe Biden sur Bruxelles pour que le fabricant européen de machines pour les semi-conducteurs les plus modernes, ASML, n'exporte pas ses produits vers l'empire du milieu, le prouvent. La dynamique s'est inversée : nombre de technologies conçues dans la Silicon Valley dans un but commercial servent ensuite de base à des applications militaires.
Anu Bradford, professeure de droit et d'organisations internationales à l'université de Columbia : « De nombreux systèmes d'IA sont des technologies dites à double usage, civil et militaire. Les pouvoirs publics finançaient hier des technologies militaires qui débouchaient parfois sur des applications civiles. La dynamique s'est inversée : nombre de technologies conçues dans la Silicon Valley dans un but commercial servent ensuite de base à des applications militaires », selon Anu Bradford, ce qui en retour confère un avantage à ces entreprises.
Les groupes veulent apparaître d'ailleurs comme étant des alliés du gouvernement américain, ce qui sert leurs intérêts. « Aux Etats-Unis, le secteur de la technologie est jusqu'ici parvenu à empêcher toute réglementation contraignante de s'imposer. Les entreprises se présentent comme indispensables au gouvernement dans sa course technologique contre la Chine, plaidant qu'un affaiblissement de leur position compromettrait les intérêts fondamentaux du pays », souligne Anu Bradford.
Coups de pression Certaines n'hésitent pas à faire pression sur les Etats. Début 2026, Sam Altman, le patron d'OpenAI, avait laissé entendre que son entreprise pourrait ne pas proposer ses produits dans l'Union européenne du fait des contraintes réglementaires en vigueur. Là, cette prise de position va plutôt dans le sens de l'administration Trump et fait donc ses affaires. Mais cet équilibre peut être rompu si les entreprises tentent de s'émanciper de la tutelle de leur gouvernement ou agissent contre ses intérêts. Anthropic, la maison mère de Claude, concurrent de ChatGPT, a été bannie par le Pentagone après son refus de s'aligner sur les volontés du ministère américain de la Défense. Une étude réalisée par des chercheurs de l'université de Columbia concluait l'an passé qu'à long terme, « les entreprises technologiques seront contraintes de céder leur influence géopolitique aux Etats disposant du levier réglementaire nécessaire pour préserver la primauté de l'Etat dans les affaires mondiales ».
L'Europe, qui brille par son absence dans l'IA, pourrait bien se retrouver en difficulté si elle devenait dépendante des solutions américaines qui seront, sans aucun doute possible, défendues bec et ongles par l'Etat américain lui-même.
Guillaume de Calignon
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Georges-Edouard DIAS
June 2, 4:47 AM
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L'enquête se poursuit sur les pratiques passées de Nestlé Waters. Ce mardi, des perquisitions ont été menées sur plusieurs sites du groupe suisse en France, notamment dans l'usine de production de Perrier à Vergèze (Gard) et dans des bâtiments annexes de l'usine de Vittel (Vosges), rapporte Radio France. « Des inspections inopinées sont en cours dans deux sites de Nestlé Waters en France. Nous continuons à coopérer pleinement avec les autorités concernées », a confirmé en fin d'après-midi un porte-parole du groupe. Ces perquisitions font suite à la plainte de l'ONG Foodwatch pour « tromperie », en raison de traitements illicites d'eaux minérales naturelles.
Une fraude massive L'association reproche à Nestlé Waters l'utilisation de filtrations interdites pour les eaux minérales - filtres à charbon et traitements UV - dans ses usines d'embouteillage des Vosges (Contrex et Hépar) et de Vergèze, dans le Gard (Perrier). Une fraude reconnue par l'actuelle direction qui n'empêche pas la poursuite des investigations. Selon le sénateur socialiste Alexandre Ouizille, rapporteur d'une commission d'enquête sur le sujet, la fraude au consommateur est estimée à 3 milliards d'euros en France par la répression des fraudes. L'eau minérale naturelle est vendue en moyenne 100 fois plus chère que l'eau du robinet. Après avoir remplacé ces filtrations interdites pour les eaux minérales par de la microfiltration à 0,2 micron avec l'accord des autorités, Nestlé Waters a finalement été contraint par ces mêmes autorités de les retirer. Le groupe suisse a annoncé s'être mis en conformité sur tous ses sites, avec des systèmes de microfiltration à 0,45 micron. Nestlé Waters a ensuite obtenu de la part des préfectures du Gard et des Vosges le renouvellement de son autorisation d'exploitation des sources concernées.
Le préfet du Gard a toutefois imposé « un contrôle sanitaire renforcé d'une durée de vingt-quatre mois » sur les deux forages toujours en exploitation pour l'eau Perrier, en plus de la surveillance quotidienne des captages et produits finis prévue par la loi. Dans deux ans, Nestlé Waters devra attester de la stabilité de la composition minérale de l'eau, la pureté originelle et la protection suffisante de la nappe exploitée, autant de conditions qui définissent l'appellation « eau minérale naturelle », très encadrée.
Des contestations persistantes La préfecture a également demandé « une étude complémentaire de l'effet du traitement de microfiltration à 0,45 micron sur le microbisme de l'eau minérale ». Ce dispositif de filtration est accusé par les concurrents de Nestlé d'avoir été installé à des fins de désinfection, ce qui est interdit pour les eaux minérales naturelles.
Nestlé Waters devra d'ailleurs en répondre devant la justice prochainement. Bonneval Emergence, l'un de ses derniers concurrents entré sur le marché des eaux en bouteille en France, a assigné l'entreprise suisse devant le tribunal de Nanterre. Il réclame 1,6 milliard d'euros pour « concurrence déloyale ».
Pour tenter de tourner la page plus rapidement, Nestlé cherche à vendre une partie de sa filiale à un partenaire. Le directeur général du groupe suisse, Philipp Navratil, a indiqué que la « déconsolidation » de cette activité était attendue pour 2027.
Paul Turban
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Georges-Edouard DIAS
June 2, 4:45 AM
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Cinq ans après l’ouverture du rail français à la concurrence, les sénateurs Marie-Claire Carrère-Gée (LR) et Hervé Maurey (Union centriste) ont présenté à la commission des finances du Sénat, un rapport aux conclusions particulièrement sévères. Intitulé « Le bilan incertain de la concurrence ferroviaire sur les finances publiques », il dresse une liste de risques structurels que les pouvoirs publics auraient, selon eux, collectivement choisi de ne pas anticiper. Sur le segment des services conventionnés (TER), le bilan est d’abord positif. Les appels d’offres concurrentiels ont permis de réduire les coûts de production « entre 20 et 30% ». La plupart des régions ont réinvesti ces gains dans une offre étoffée plutôt que dans une réduction de leurs subventions. La région Sud a ainsi obtenu des augmentations d’offre de 75 à 100% et des petites lignes ont même pu rouvrir, à l’image de la liaison Nancy-Contrexéville à l’Est. Même les régions Occitanie et Bretagne, qui avaient reconduit leur convention SNCF juste avant l’obligation de mise en concurrence, ont bénéficié de la dynamique d’efficience induite par la pression concurrentielle, indique le rapport. Pour Île-de-France Mobilités, l’ouverture à la concurrence représente ni plus ni moins que « la reprise de contrôle d’ensemble du système des mains du monopole sortant ».
Mais les rapporteurs soulignent également le revers de la médaille. Ces nouvelles marges de manœuvre ont un coût, souvent « sous-estimé voire ignoré » par les pouvoirs publiques. Les régions ont dû recruter jusqu’à plusieurs dizaines de collaborateurs spécialisés pour renforcer leurs services TER, faisant appel à des prestataires externes en ingénierie juridique, financière et technique. Chaque lot de TER nécessite désormais son propre site de maintenance, pour un coût d’atelier neuf généralement compris entre 50 et 70 millions d’euros ; les régions Sud et Nouvelle-Aquitaine anticipent respectivement des enveloppes de 200 et 193 millions d’euros. Sans oublier les indemnisations versées aux candidats malheureux aux appels d’offres, pouvant atteindre 600.000 euros par opérateur, est-il précisé. « Le cumul de ces dépenses nouvelles, au niveau national, peut s’avérer supérieur au montant que leur consacrait auparavant l’opérateur historique », avertit le rapport. Un calendrier d’appels d’offres au bord de l’embolie L’une des alertes les plus concrètes concerne le risque de saturation des procédures d’attribution. Sur la cinquantaine de lots de TER encore à mettre en concurrence d’ici 2033, 8 devraient être attribués en 2028 et 9 en 2029. Or un même opérateur ne peut pas répondre à plus de 3 ou 4 appels d’offres simultanément. « Pour certains lots, la SNCF serait le seul candidat », note le rapport, soit l’exact inverse de l’objectif recherché. Pour éviter cela, les sénateurs recommandent d’appliquer, de façon ciblée et coordonnée entre l’État et les régions, la dérogation temporaire à l’obligation de mise en concurrence qu’autorise le droit européen.
La grande vitesse : le grand angle mort de la réforme Et c’est sur le TGV que le rapport émet des conclusions particulièrement sévères. « Une problématique majeure a été éludée malgré les alertes et les solutions proposées dès 2018 par le Sénat : comment préserver les enjeux d’aménagement du territoire dans un marché ouvert à la concurrence ? ». La réponse est cinglante : « À ce jour, rien n’a été prévu pour résoudre ce problème. »
Le mécanisme est désormais bien connu puisque la SNCF finance ses dessertes structurellement déficitaires, les liaisons vers les villes moyennes et les zones peu denses, grâce aux bénéfices dégagés sur ses axes les plus rentables. L’arrivée de Trenitalia sur Paris-Lyon et Paris-Marseille, et plus généralement la logique de tout marché concurrentiel qui attire les opérateurs vers les créneaux bénéficiaires, « heurte de plein fouet ce système ». Sans mesures correctives, c’est le contribuable qui devra financer ces dessertes, ou elles disparaîtront progressivement, alertent les rapporteurs. Jean Castex, PDG du groupe SNCF, avait d’ailleurs déclaré en février dernier : « La SNCF n’acceptera pas que la concurrence assèche la partie rentable des lignes ferroviaires et que nous n’ayons plus les moyens de desservir les zones les moins rentables. » Le rapport note également que la viabilité des nouveaux entrants sur le marché grande vitesse reste « incertaine ». Trenitalia n’a toujours pas atteint le seuil de rentabilité, et Renfe vient de suspendre ses projets de développement en France. Malgré cela, un potentiel de croissance existe : 15 % de la demande TGV serait aujourd’hui insatisfaite, dans un contexte de pénurie de rames dont le parc s’est réduit de 100 unités depuis 2012. Un réseau sous-financé, une cohérence en péril Sur les infrastructures, les sénateurs s’étonnent que « les décisions d’ouverture à la concurrence aient pu être prises sans envisager, ni même mesurer, leurs conséquences sur le financement du réseau ». Les recettes de péages issues des nouveaux entrants s’avèrent inférieures aux prévisions, obligeant SNCF Réseau à réviser sa trajectoire financière. Or les investissements en régénération et modernisation doivent être augmentés de 1,5 milliard d’euros par an pour enrayer la dégradation du réseau. Un milliard d’euros annuel doit être identifié dès 2028, via une combinaison de ressources, dont des certificats d’économie d’énergie, des investissements privés, des fonds européens, et, à terme, une part des péages autoroutiers lors de la renégociation des concessions.
Le rapport pointe également des risques de « balkanisation » du réseau : plateformes régionales de distribution des billets sans interopérabilité garantie, règles d’indemnisation disparates selon que le trajet est opéré par un ou deux exploitants différents, et risque d’« archipélisation » des modèles de rames si chaque région commande son propre matériel. Pour y répondre, les rapporteurs recommandent que l’État élabore, en concertation avec les régions, une stratégie nationale de définition des grandes séries de rames du futur et crée les conditions de commandes groupées interrégionales. L’État doit reprendre la main Selon le rapport, l’Etat doit reprendre la main. « L’impréparation du saut dans le modèle concurrentiel est flagrante. En raison d’une confiance excessive dans le ‘pouvoir magique’ de la concurrence, des problématiques majeures, pourtant identifiées de longue date, ont été mises de côté. », indique-t-il. Pour les sénateurs, la principale faille est l’absence d’un intégrateur de système clairement désigné. « Sans un intégrateur identifié, garant et superviseur, porteur d’une vision et d’une capacité d’action à l’échelle nationale, le système ferroviaire perdra en cohérence. » Leur première recommandation est donc que l’État « se mette en capacité d’assumer pleinement le rôle d’intégrateur et de garant du système ferroviaire », en s’appuyant notamment sur SNCF Réseau, dont les compétences devront nécessairement s’étendre dans ce nouveau cadre.
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Georges-Edouard DIAS
June 2, 4:43 AM
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À Portsmouth (New Hampshire), Treadwell Mansion ouvre un boutique appart’hôtel sans réception, opéré via la plateforme Mews. L’établissement de 38 unités mise sur un parcours 100 % digital, avec enregistrement en ligne et accès sans clé dès mi‑mai 2026.
Treadwell Mansion, installée dans une demeure géorgienne restaurée, inaugure un appart’hôtel boutique fonctionnant sans comptoir d’accueil. L’établissement propose 38 logements au format appartement, tous équipés de cuisines complètes, et s’accompagne d’un rooftop, d’un parking sur place et d’un emplacement central à deux pas du waterfront, des restaurants et des lieux culturels de Portsmouth. La propriété adopte Mews comme système de gestion (PMS, Property Management System) pour orchestrer l’ensemble des opérations. L’ouverture officielle est annoncée pour le vendredi 15 mai, avec l’ambition d’offrir une expérience locale et contemporaine dans un cadre patrimonial.
Treadwell Mansion supprime la réception traditionnelle au profit d’un parcours autonome. Les voyageurs finalisent l’enregistrement et le paiement avant l’arrivée, reçoivent des codes d’accès sécurisés et gèrent leur séjour en ligne, de l’entrée dans le logement aux demandes durant le séjour. Au back‑office, Mews connecte un écosystème d’outils couvrant la distribution, la comptabilité, la messagerie client et le contrôle d’accès. L’opération se pilote depuis une plateforme unique par une équipe resserrée, avec une politique cashless pensée pour accélérer les flux et limiter les frictions.
« L’hospitalité pensée sans contraintes héritées » Pour un opérateur qui se lance pour la première fois dans l’hôtellerie, le projet est conçu ex nihilo afin d’éviter les contraintes héritées. « Pour nous, il s’agissait de créer dès le premier jour une expérience d’hospitalité moderne », explique Liam Annis, General Manager de Treadwell Mansion. « Mews nous a donné la flexibilité de concevoir exactement comme nous le voulions le parcours client, de la réservation et l’enregistrement à tout ce qui se passe en coulisses. C’est intuitif, efficace et facile à faire évoluer. »
Mews, qui se présente comme un système d’exploitation hôtelier visant à unifier revenus, opérations et expérience client, revendique 15 000 clients dans 85 pays et plusieurs distinctions sectorielles récentes, des éléments qui peuvent rassurer des établissements recherchant un socle technologique éprouvé. « Treadwell illustre puissamment ce qui devient possible quand l’hospitalité est pensée sans contraintes héritées« , estime le Président de Mews Michael Coscetta. « Ils ont transformé un monument de deux siècles en une opération entièrement autonome, pilotée par une équipe resserrée sur une seule plateforme. C’est précisément le type d’expérience moderne que Mews est conçu pour soutenir. »
Située au cœur de Portsmouth, la propriété entend capitaliser sur l’animation du centre et la proximité du front de mer. L’établissement a officiellement ouvert le vendredi 15 mai et pourrait, espère Mews, inspirer d’autres réhabilitations patrimoniales cherchant une exploitation plus agile.
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Georges-Edouard DIAS
May 18, 6:44 AM
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Le géant de la création publicitaire Publicis a conclu un accord en vue d’acquérir LiveRamp, une plateforme mondiale de collaboration de données. Avec LiveRamp, Publicis annonce qu’il deviendra un leader de « la co-création de données », une compétence nécessaire à l’ère de l’intelligence artificielle et une voie vers la transformation agentique des entreprises. L’acquisition est valorisée 2,2 milliards de dollars. La société emploie 1300 personnes. LiveRamp assure usuellement la collaboration entre les annonceurs et les régies publicitaires sur leurs données via un mécanisme de sécurisé baptisé « clean room » et un identifiant commun afin d’effectuer des ciblages publicitaires les plus pertinents possibles.
Générer des données nouvelles pour bâtir des agents IA
La mise en commun de données issue de la collaboration entre les entreprises est le moteur des agents IA explique Publicis. « En construisant le futur de la co-création de données, nous donnons à nos clients les moyens de générer des données nouvelles, exclusives et propriétaires, pour bâtir les agents IA les plus intelligents et les plus différenciés sur les meilleurs LLM » annonce Arthur Sadoun, PDG de Publicis Groupe. Le dirigeant mise sur la transformation agentique des entreprises. « Cette acquisition nous permettra d’aller encore plus loin, et plus vite, dans la transformation agentique de nos clients – quel que soit leur niveau de maturité – de manière sécurisée, transparente et au sein de leurs propres environnements » décrit-il.
Unification sécurisée des données et activation publicitaire
LiveRamp est une plateforme de collaboration de données qui permet aux entreprises d’unifier et d’activer leurs données. LiveRamp connecte 25 000 éditeurs de contenus (Publishers) et 500 partenaires technologiques. L’entreprise annonce 800 entreprises clientes abonnées. Sa plateforme permet aux marques, aux distributeurs, aux plateformes média et aux fournisseurs de données, de collaborer et de connecter leurs données. Publicis précise que la co-création de données est le processus par lequel des entreprises connectent leurs données entre partenaires dans un environnement sécurisé. Publicis va pouvoir unifier des données fragmentées internes et de partenaires pour collaborer entre organisations, sans exposer les données sensibles sous-jacentes.
Usage de données pseudonymisées par des agents IA
Par exemple, une banque pourrait concevoir un agent IA de gestion de la relation client en gestion de patrimoine. Cet agent pourrait exploiter des données clients pseudonymisées issues de la banque de détail, des cartes de crédit et de la gestion de patrimoine, et générer des analyses en les enrichissant de données partenaires provenant de commerçants, de réseaux de paiement et d’acteurs du voyage – sans exposer de données sensibles des clients. Cet agent peut ainsi accélérer la vente croisée et coordonner les actions entre plusieurs métiers. Autre exemple, un distributeur pourrait développer un agent d’optimisation du parcours client. Cet agent IA pourrait connecter des données issues du CRM, des programmes de fidélité, des points de vente physiques, de l’inventaire de retail media, ainsi que des partenaires.
Amélioration des parcours d’achat
Cela permettrait de mesurer l’incrémentalité de chaque point de contact et de construire de nouveaux parcours propriétaires pour les consommateurs. L’impact business se traduit par une conversion d’achat plus rapide et plus efficace des clients, ainsi qu’une création de valeur accrue pour les partenaires du retail media. Publicis annonce un autre usage des technologies de Liveramp afin d’entraîner et d’alimenter en continu les modèles d’IA. Le groupe veut alimenter des agents IA de niveau entreprise avec des données anonymisées, connectées, dynamiques et co-créées, afin d’accélérer la réactivité et la prise de décision.
Un agent IA pour l’optimisation thérapeutique
Par exemple, un laboratoire pharmaceutique peut développer un agent d’optimisation en matière thérapeutique. Cet agent IA peut exploiter des signaux cliniques, commerciaux et opérationnels, combinés à des données patients, des prescripteurs, des payeurs et de la chaîne d’approvisionnement. L’agent IA peut ainsi utiliser de nouveaux signaux dynamiques pour équilibrer la distribution par marque, optimiser le déploiement des équipes de terrain en lien avec le marketing. L’impact business est une croissance incrémentale pour chaque marque, une meilleure efficacité et un retour sur investissement accru des activités terrain, une gestion optimisée du cycle de vie des produits par aire thérapeutique, et, au total, une croissance à l’échelle de l’entreprise.
Maintien des conditions commerciales existantes par LiveRamp
À l’issue de l’acquisition, Scott Howe demeurera CEO de LiveRamp et continuera de superviser l’ensemble des opérations. Il rapportera directement à Arthur Sadoun, PDG de Publicis Groupe. LiveRamp sera consolidé au sein du segment Technology du groupe, aux côtés de Publicis Sapient. LiveRamp continuera d’opérer comme une plateforme neutre et interopérable, et proposera un accès ouvert à l’ensemble de l’écosystème.
Aucun client, actuel ou prospect, ne sera empêché d’accéder à ses services ni restreint dans leur utilisation. En matière de confidentialité et de contrôle, LiveRamp annonce qu’il continuera de protéger les données de ses clients conformément à ses engagements contractuels existants, et n’utilisera ni ne partagera ces données au-delà de ce qui est expressément autorisé par les contrats clients. LiveRamp continuera d’appliquer ses pratiques commerciales habituelles, sans modification de sa politique tarifaire en dehors du cours normal des affaires et les pratiques courantes de l’entreprise.
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Georges-Edouard DIAS
May 17, 11:11 AM
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Bientôt un nouveau venu sur le marché du train. Après European Sleeper, un Hollandais qui s'est lancé sur les trains de nuit Paris-Berlin en louant du matériel ancien, le prochain candidat se nomme GoVolta et compte inaugurer un train quotidien sur la ligne Paris-Amsterdam, de jour celui-là, dès la mi-décembre 2026. A côté des grands opérateurs nationaux qui mobilisent de lourds investissements en matériel roulant, une nouvelle catégorie d'acteurs est ainsi en train d'émerger sur le marché européen, à la faveur de la libéralisation du rail : des compagnies de « seconde division », qui n'ont pas besoin de réunir des centaines de millions en termes de capex pour se lancer.
Le créneau du « slow travel » Les détails opérationnels de ce projet, non subventionné par les trois Etats traversés, viennent d'être publiés sur le site de l'Autorité française de régulation des transports (ART). Il s'agira du premier concurrent ferroviaire pour la filiale de la SNCF Eurostar (ex-Thalys) sur la ligne Paris-Anvers-Amsterdam, même si les produits offerts sont très différents. Contrairement aux TGV d'Eurostar qui roulent à près de 300 km/h, GoVolta empruntera lui des lignes classiques, avec du matériel ancien limité à 160 km/h, d'un maximum de 820 sièges, et son parcours vers Paris comportera neuf arrêts intermédiaires, dont La Haye, Rotterdam, Gand ou Arras. Le parti pris est de proposer des bas tarifs (à partir de 19 euros l'aller simple, et 50 euros visés comme prix moyen aller-retour), moyennant des services à bord très spartiates : pas de wi-fi ni de prises électriques, surcharges tarifaires sur les grandes valises, etc. A noter que le train bas tarifs ne desservira ni Lille, ni Bruxelles, pour des questions de disponibilité de sillons, Lille-Tourcoing étant néanmoins espéré pour 2028, selon le site spécialisé International Railway Journal (IRJ). Un autre candidat transporteur, Arriva, s'est déjà manifesté depuis longtemps auprès de l'ART pour une liaison assez similaire Groningue-Amsterdam-Bruxelles-Paris, également à basse vitesse, mais son dossier, difficile à boucler, ne sera pas finalisé en 2026. GoVolta, coopérative basée à Breda aux Pays-Bas et lancée par deux jeunes entrepreneurs, Hessel Winkelman et Maarten Bastian, n'a pas besoin de massives levées de fonds puisqu'elle utilise exclusivement un matériel en location, des rames « vintage » de l'ex-SNCB (l'équivalente belge de la SNCF), dont les premières ont été mises en service en 1987. Comme European Sleeper, GoVolta est avant tout un « assembleur », qui fait appel pour la partie opérationnelle à une firme spécialisée, Train Charter Services, détentrice du certificat de sécurité et qui procure le personnel de bord.
Une banque hollandaise a rechigné Cependant, un prêt participatif sera lancé la semaine prochaine, d'un montant de 1,5 million d'euros, avec un remboursement de 10% d'intérêt, sur 30 mensualités. Précédemment, les deux associés ont dû repousser en 2025 leurs projets de plusieurs dessertes internationales, et restituer certains sillons ferroviaires, lorsque la banque néerlandaise Rabobank a refusé de leur accorder un prêt. GoVolta a finalement accompli ses grands débuts en mars dernier sur deux lignes vers l'Allemagne, Amsterdam-Berlin et Amsterdam-Hambourg, avec les mêmes matériels roulants que pour Paris. Mais la seconde ligne s'avère moins bien remplie et il est finalement prévu de la stopper dès la fin mai, tandis que celle de Berlin sera doublée à six trajets par semaine. Le problème pour ces jeunes pousses est souvent celui de la distribution, l'affichage des billets restant confidentiel sur le seul site web govolta.eu. Car les grands opérateurs nationaux, en France, en Allemagne ou aux Pays-Bas, se refusent à vendre sur leurs sites les billets de ces concurrents low cost. La commission de Bruxelles a récemment préconisé de favoriser les ventes croisées de titres de transport internationaux, pour développer les voyages en train face à l'avion. Mais le processus législatif prendra encore beaucoup de temps, et les opérateurs historiques ne manqueront pas de défendre leur pré carré.
Denis Fainsilber
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Georges-Edouard DIAS
May 15, 9:28 AM
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Alphabet poursuit sa moisson sur les marchés obligataires. La maison mère de Google a emprunté l'équivalent de 17 milliards de dollars sur les marchés mardi, sollicitant les investisseurs en euros et en dollars canadiens. Deux opérations particulièrement significatives pour le géant de la tech. Sur le marché européen, Alphabet a obtenu 9 milliards d'euros. Il s'agit d'un montant record pour le groupe dans la devise européenne. L'opération, réalisée en six tranches allant de 4 à 37 ans de maturité, a attiré plus de 18,3 milliards d'euros d'offre.
Diversification Ce n'est toutefois pas le plus important montant levé par un groupe américain sur le Vieux Continent. En mars, Amazon a émis pour 14,5 milliards d'euros lors de sa première opération sur le marché européenDe son côté, Alphabet a fait aussi figure de pionnier en s'aventurant pour la première fois au pays des « maple bonds » (obligations érable), les titres de dette émise au Canada par des entreprises étrangères. Il a ainsi emprunté 8,5 milliards de dollars canadiens (5,3 milliards d'euros). Il y a un peu moins de trois mois, le groupe de Mountain View avait sollicité d'autres investisseurs, en livres sterling et en francs suisses cette fois-ci. Il avait levé alors l'équivalent de plus de 30 milliards de dollars de dette. Parmi les hyperscalers - ces géants technologiques capables de déployer des infrastructures de calcul et de stockage à une échelle massive pour répondre aux besoins colossaux de l'intelligence artificielle (IA) -, Alphabet est celui qui a le plus diversifié ses sources de financement en termes de devises. Plus de la moitié des 86 milliards de dollars qu'il a levés depuis l'an dernier l'ont été dans une monnaie autre que le dollar, selon les calculs de l'agence Bloomberg. Il ne s'agit cependant pas d'un goût soudain de la maison mère de Google pour l'exotisme. Ses besoins en cash sont immenses. Alphabet a déclaré la semaine dernière qu'il comptait dépenser jusqu'à 190 milliards de dollars en 2026, pour créer des centres de données et, plus largement, mener des investissements, très majoritairement dans le domaine de l'IA.
Saturation Or, « le marché du dollar devient encombré, il y a donc une incitation à conclure ces accords en dehors des Etats-Unis », a déclaré Karl Schamotta, stratège en chef des marchés chez Corpay. Et de leur côté, les investisseurs non américains montrent un fort appétit pour le thème de l'IA. Le succès de l'opération de mardi en est une preuve supplémentaire. Car, depuis neuf mois, les géants de la tech comme Oracle ou Meta sont venus, en plus d'Amazon et Alphabet, solliciter les marchés étrangers - et particulièrement européens - avec succès. Néanmoins, les levées de fonds colossales des géants de la tech pourraient finir par saturer le marché. D'ores et déjà, note Bloomberg, les investisseurs montrent des signes de lassitude face aux 325 milliards de dollars des divers types de dettes liées à l'IA récemment émises. Les emprunteurs doivent concéder des rendements plus importants. Mais dans des limites encore très acceptables, de l'ordre de quelques centièmes de point de pourcentage.
Les émissions de dette en Europe connaissent la journée la plus faste de leur histoire 30,2 milliards d'euros. C'est le montant total d'obligations émises sur le marché européen ce mercredi, toutes catégories d'emprunteurs confondues, et un record historique. Airbus a ainsi placé ses premières obligations en près de six ans, et le géant de la bière Carlsberg Breweries a émis ses premiers titres de dette hybride. Cette activité trépidante tient principalement à deux facteurs. D'abord, les entreprises ont publié leurs résultats trimestriels et peuvent donc à nouveau se présenter devant les investisseurs. Ensuite, la journée était particulièrement porteuse. Les rendements obligataires se sont détendus, gagnés par l'espoir d'une solution pacifique à la guerre du Moyen-Orient. Les émetteurs se sont précipités pour bénéficier de ce contexte favorable, mais fragile.
Guillaume Benoit
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