Trésors de la BnF : plus de 100 manuscrits racontent l'histoire de la langue française au château de Villers-Cotterêts | Metaglossia: The Translation World | Scoop.it
Jusqu’au 1er mars, la Cité internationale de la langue française présente « Trésors et secrets d’écriture ». Organisée en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France, l’exposition est l’occasion de (re)découvrir une centaine de manuscrits, exceptionnellement sortis des réserves de l’institution parisienne.

"Avant que le français ne prenne l’importance qu’on lui connaît aujourd’hui, les langues de l’écrit restent, au sortir de l’Antiquité, le latin et le grec. Les parlers vernaculaires, de racine romane, sont quant à eux multiples et complexes. Mais un tournant majeur s’opère à partir du XIIIe siècle. Le français devient alors l’une des langues les plus parlées de l’Occident, acquérant une forte valeur symbolique d’union à un moment de consolidation du pouvoir royal. C’est à cette période qu’émerge un nouveau genre littéraire, celui du roman arthurien, dont l’essor est remarquable dès son apparition. Cet attrait nouveau pour la fiction est illustré dans l’exposition par un précieux vestige répertoriant des extraits de romans du poète champenois Chrétien de Troyes. Réutilisés au XVIIIe comme reliures de dossiers d’un notaire, ces Fragments d’Annonay, datés de la fin du XIIe-début du XIIIe, constituent un témoignage émouvant de l’émergence du français à l’écrit.


 


L’usage de la langue continue d’évoluer au gré des goûts et des transformations sociales. Au XIVe siècle, le style courtois connaît un succès considérable, en lien avec le développement des milieux urbains et de cour. Les thèmes amoureux et légers investissent fables et poésies, jusque dans la forme même des manuscrits, comme l’illustre l’élégant Chansonnier cordiforme de Montchenu (vers 1475) dont les enluminures colorées et chantantes représentent un couple, vêtu à la mode de l’époque, absorbé dans une conversation galante.


 


L’écrit comme laboratoire de la créativité et de la connaissance


La Renaissance et les Temps modernes marquent un moment de stabilisation et d’institutionnalisation de la langue française. Le traité de Villers-Cotterêts, signé en 1539 dans l’ancien château de François Ier, impose par exemple l’usage du français dans les textes juridiques et administratifs. La langue devient alors un outil central pour penser le monde et diffuser les connaissances. Les philosophes des Lumières incarnent pleinement cette ambition, par leur volonté de passer la société au crible de la raison. On remarque avec plaisir les manuscrits autographes de Diderot et de Montesquieu, rares témoins matériels d’idéaux cherchant à éradiquer l’obscurantisme au profit de la vérité.


Si le XVIIIe siècle est celui des Lumières, le XIXe s’impose comme le siècle du roman. Les écrivains conservent davantage les traces de leurs travaux préparatoires, faisant du manuscrit un espace de réflexion et d’expérimentation. Graphie, mise en page, ratures ou reprises deviennent autant d’indices de la psyché de l’auteur et de sa manière de concevoir l’œuvre, de jouer avec les mots. Il est ainsi amusant de comparer l’écriture fluide et appliquée d’Alexandre Dumas ou de Colette au tâtonnement presque chaotique de Gustave Flaubert. Le théâtre n’est pas en reste et révèle lui aussi des pratiques d’écriture spécifiques. La langue s’y déploie sous la plume des dramaturges et l’on ne peut être qu’intrigué par la technique astucieuse et ingénieuse mise en œuvre par l’auteur libanais Wajdi Mouawad, dont les notes, présentées sous la forme d’un schéma, témoignent d’un rapport très fort entre écriture, intrigue et mise en scène.


 


L’écriture comme miroir de l’âme


Le manuscrit peut également se faire le témoin de réflexions plus personnelles, d’une quête de soi et du désir de coucher sur le papier des sentiments intimes, destinés à soi-même ou à des proches. L’exposition revient ainsi sur la pratique très codifiée de la correspondance au Moyen Âge, qui relève alors davantage d’un jeu intellectuel impersonnel, souvent dicté et retranscrit par un tiers. C’est au XVIIe siècle, dans le sillon de l’essor des salons littéraires, que la correspondance devient plus spontanée, plus personnelle. Les lettres écrites par Madame de Sévigné à sa fille, la comtesse de Grignan, conservent encore aujourd’hui le souvenir ému de leur séparation, ainsi que la trace sensible de la main de l’épistolière, quatre siècles plus tard, 2026 marquant les 400 ans de sa naissance...


 


Il a fallu attendre une période relativement récente pour que l’ego et l’intime deviennent de véritables sujets d’écriture et d’introspection. Les exemples les plus marquants dans l’exposition datent des XIXe et XXe siècles, à l’image du Journal de deuil de Roland Barthes (1977-1978), qui consigne, en 330 fiches, le cheminement intérieur d’un fils confronté à la perte de sa mère. Qu’ils soient le fait de grandes figures ou d’auteurs anonymes, tous ces écrits tissent un lien d’intimité puissant, presque familier, avec celles et ceux qui ont fait vivre et évoluer la langue de Molière.


 


« Trésors et secrets d’écriture. Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, du Moyen Âge à nos jours »


Cité internationale de la langue française, 1 Pl. Aristide Briand, 02600 Villers-Cotterêts


Jusqu’au 1er mars


 


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