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Laurent Sauvage, un «Père» en manques - Culture / Next

Laurent Sauvage, un «Père» en manques - Culture / Next | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Gilles Renault dans Libération — 24 septembre 2018

Sobre et intense en agriculteur ruiné, le comédien excelle dans la pièce mise en scène par Julien Gosselin et adaptée du roman de Stéphanie Chaillou.


C’est une obscurité d’autant plus rare dans une salle de spectacle, donc un lieu public, qu’elle se révèle totalement impénétrable. Jusqu’à tricher, pour la bonne cause artistique en déduit-on, avec les consignes de sécurité obligeant à indiquer au moins les issues de secours. Inexistantes, de par le fait. Comme si la scène n’était plus qu’un catafalque ayant englouti celles et ceux qui auraient eu l’imprudence ou la témérité de s’y aventurer.

Plusieurs minutes durant, rien d’autre n’émane de cette fascinante opacité que la voix nue d’un homme qui troue les ténèbres. Dans une langue simple, d’autant plus tranchante que dénuée de circonlocutions, le quidam raconte sa descente aux enfers. Petit paysan, il a senti la terre se dérober sous ses pieds le jour où, crucifié par les dettes et victime collatérale de la politique agricole commune, il n’a plus été en mesure de subvenir à ses besoins, même modestes. Sentiment d’humiliation, d’injustice, de colère, d’impuissance… «Vous continuez de vous débattre et d’avoir mal»… «Je voudrais que mes enfants ne comprennent pas de quoi je parle»… Lui, le chargé de famille besogneux, biberonné aux valeurs judéo-chrétiennes («Dieu, honnêteté, travail»), n’a plus rien. N’est plus rien. Et le dit, sans chercher l’esclandre, avec ce qui lui reste de digne lucidité pour ne pas sombrer dans l’exhibitionnisme geignard.

Lamento
Long monologue à la première personne, le texte provient de l’Homme incertain, premier roman de Stéphanie Chaillou - ont suivi depuis Alice ou le Choix des armes et le Bruit du monde. Tombé dessus par hasard et aussitôt happé, Julien Gosselin décide d’en faire une adaptation théâtrale, quelques mois seulement après la parution du roman, début 2015. Celle-ci, créée au Théâtre national de Toulouse, ne sera jouée qu’une douzaine de fois. Puis laissée de côté par le metteur en scène, accaparé par la virtuosité de projets surdimensionnés qui le portent au pinacle, des onze heures du 2666 de Roberto Bolaño, aux neuf heures de Joueurs, Mao II et les Noms, de Don DeLillo, présentées au dernier Festival d’Avignon.

Autant dire que les amateurs de fresques pourront s’étonner de cette «petite» heure solo, que Gosselin ne traite pourtant pas avec désinvolture : lumières minutieuses - de la lueur spectrale révélant la silhouette du mort-vivant dont on n’entendait que le lamento, au clignotement des tubes de néon scandant plus tard l’hallali -, bande-son post-rock (signée Guillaume Bachelé) à plein régime, mots projetés en fond de scène, plateau ramené à un carré de verdure peu ou prou aux dimensions d’un ring.

«Détonateur»
Et puis il y a Laurent Sauvage, judicieusement sobre, que l’on découvre pour la première fois seul face au public. Non qu’il s’agisse d’un néophyte, au contraire. Mais l’habitude veut qu’on voie toujours celui qui voulait «d’abord être acteur sans savoir pourquoi, ni même ce qu’était le théâtre», au côté de Stanislas Nordey, le frère d’armes, «détonateur» avec lequel il a déjà collaboré une trentaine de fois et à qui il estime tout devoir ou presque (ainsi qu’à sa mère, Véronique Nordey).

Bluffé par le talent précoce de Julien Gosselin, encore inconnu, Stanislas Nordey avait parlé de lui à son comparse. Quelque temps plus tard, les deux hommes se croisent et s’entendent sur le principe d’une collaboration. Gosselin a déjà décollé dans l’entrefaite avec les Particules élémentaires. Mais l’idée fait son chemin. «A l’inverse de Stanislas, à qui la forme n’importe pas en premier lieu, Julien construit les choses techniquement en amont et a une vision précise du spectacle, observe le comédien. Mais l’un comme l’autre rassurent, accordent leur confiance et privilégient une grande liberté dans le jeu. Le premier jour, Julien a ainsi planté le décor : "Va au plateau et dis les choses comme tu les sens." Puis nous avons procédé aux ajustements».

Trois ans plus tard, Laurent Sauvage assure retrouver avec délectation ce Père qui, «haine, rejet et rêves mêlés», résume selon lui «rien moins que nos vies, puisque nous sommes tous passés par là».

Gilles Renault


Le Père de Stéphanie Chaillou m.s. Julien Gosselin. MC93 Bobigny, dans le cadre du festival d’Automne à Paris. Jusqu’au 29 septembre. Rens. : www.mc93.com Puis les 22 et 23 novembre à Vandœuvre-lès-Nancy (54).

 

Légende photo : Laurent Sauvage incarne les mots d’un paysan accablé de dettes. Photo (c) Simon Gosselin 

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Entreprise de Jacques Jouet, Rémi De Vos et Georges Perec, mis en scène par Anne-Laure Liégeois

Entreprise de Jacques Jouet, Rémi De Vos et Georges Perec, mis en scène par Anne-Laure Liégeois | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Manuel Piolat Soleymat dans La Terrasse  - avril 2020


Le Marché de Jacques Jouet, Débrayage et L’Intérimaire de Rémi De Vos, L’Augmentation de Georges Perec : Anne-Laure Liégeois crée Entreprise, un triptyque satirique sur le monde du travail. Quand le rire, salvateur, met en lumière les encombres du réel entrepreneurial.

Un demi-siècle sépare Le Marché* de Jacques Jouet (fruit d’une commande de la metteuse en scène Anne-Laure Liégeois pour son nouveau spectacle créé le 7 janvier dernier au Volcan, au Havre, avant d’être présenté en tournée) et L’Augmentation, écrit de Georges Perec datant de 1968. L’un et l’autre membres de l’OuLiPo, groupe de recherche et d’expérimentation littéraire fondé en 1960, ces deux auteurs se voient donc aujourd’hui réunis au sein d’un réjouissant projet théâtral. Un projet qui comprend également des textes de Rémi De Vos (L’Intérimaire** et des extraits de Débrayage**) pour nous plonger dans les champs absurdes et drolatiques du monde de l’emploi. Il y a, tout d’abord, les suites de néologismes et d’anglicismes, les jeux de mots et l’inventivité langagière de Jacques Jouet. Dans Le Marché, l’auteur fait ressortir les hyperboles de l’idéologie ultralibérale, s’amusant de la novlangue qui lui sert de couverture. Il y a, ensuite, l’esprit tranchant et burlesque de Rémi De Vos. Il s’exprime ici par le biais de diverses saynètes établissant des situations de recrutement, de pression hiérarchique, de conflits, d’affrontements dans l’entreprise…

Les affres et les incertitudes de l’emploi

Et pour finir, il y a ce petit bijou dialectique qu’est L’Augmentation, œuvre d’une vivacité jubilatoire qui déploie, à travers une étonnante succession de propositions binaires, « l’art de la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation ». Sous la direction toujours précise et imaginative d’Anne-Laure Liégeois, Jérôme Bidaux, Olivier Dutilloy et Anne Girouard s’emparent de ces trois écritures avec une fantaisie qui en impose. Remontant le temps de notre époque jusqu’à la fin des années 1960, les trois interprètes prouvent par le loufoque que les violences faites aux employés comme aux chômeurs, quoiqu’exacerbées par le triomphe du capitalisme financier, ne sont pas nées avec le XXIème siècle. Fidèle au théâtre auquel elle travaille depuis ses débuts de metteuse en scène, en 1992, Anne-Laure Liégeois signe un spectacle profond, humain, politique. Un spectacle qui dit les souffrances du monde de l’entreprise avec l’élégance et la force du rire.

Manuel Piolat Soleymat

* A paraître aux Editions : esse que.

** Publiés chez Actes Sud – Papiers.

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Les solidarités en route ! Spectateurs, Audiens…

Par Mireille Davidovici dans Théâtre du blog - 2 avril 2020

 

Spectateurs solidaires 

 Les organisations syndicales, comme le Syndicat national du théâtre privé, appellent, depuis le début de la fermeture des lieux culturels, à la solidarité des publics. Des hashtag circulent : #JeGarde MaPlace ou #SauveTonSpectacle, suggérant aux spectateurs de ne pas demander le remboursement de leurs billets. Mais quelles seront les implications pour la gestion de la billetterie ?

 La Lettre du Spectacle* a recueilli les observations de Pierre-Henri Deballon, directeur général de Weezevent, une plateforme de billetterie informatisée: «Le texte de loi indique qu’en cas d’annulation ou de modification substantielle d’un événement, l’organisateur est tenu de rembourser le billet, sans préciser s’il doit rembourser tout le monde. En général, à ceux qui le demandent. L’entreprise a mis en place différents modules de remboursement pour ses clients. Il accompagne, par exemple, le festival Reperkusound à Lyon dont le directeur Éric Fillion précise que “ jusqu’au 20 juin, nos spectateurs peuvent demander un remboursement intégral ou partiel de leur billet,  et faire un don du montant restant qui ne fera pas l’objet d’un reçu fiscal. Au-delà du 20 juin, les billets seront valables pour l’édition 2021. »

 Dans leurs courriels aux spectateurs, les théâtres proposent de faire don de ces sommes pour les reverser aux artistes. La Lettre du Spectacle cite en exemple Le Zef, Scène Nationale de Marseille, qui reversera le montant des billets non remboursés aux compagnies de la région, même celles qui ne jouaient pas sur son plateau cette saison. Un  geste symbolique, vu les faibles tarifs de la salle, mais qui exprime la solidarité de la directrice Francesca Poloniato-Maugein envers les artistes. Ce qui est le cas de nombreux lieux culturels. 

Audiens solidaire des intermittents

Le groupe de protection sociale du monde de la culture, met en place une aide exceptionnelle pour les artistes ou techniciens intermittents du spectacle qui rencontrent des difficultés sociales et/ou financières importantes. Est prévu un traitement prioritaire et spécifique à ces demandes, qui sont réservées aux artistes ou techniciens qui ont eu plus de cinq jours ou cachets annulés au cours d’un mois civil :  

« En complément des premières annonces faites par les pouvoirs publics, nous avons d’ores et déjà mis en place pour ces intermittents confrontés à des annulations de cachets ou de jours de travail, un formulaire de demande d’aide ponctuelle exceptionnelle, allégé et qui sera traité en priorité. Nous ne pourrons évidemment pas aider tout le monde mais ferons le maximum pour soutenir les professionnels les plus en difficulté. Cette demande peut se faire avec un formulaire à télécharger. Les demandes seront traitées par le service d’action sociale qui reviendra vers eux à partir du mois d’avril pour leur dire s’ils peuvent avoir cette aide. ».

 Aux  entreprises, Audiens propose un report de tout ou partie des cotisations dues en mars jusqu’à trois mois pour la retraite complémentaire. Il n’y aura pas de majoration.

 Mireille Davidovici

*La Lettre du spectacle : http://boncourage.lascene.com/

Audiens https://www.audiens.org/actu/crise-du-coronavirus-covid-19-audiens-se-mobilise-pour-les-intermittents.html

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Théâtre : les festivals en plein flou artistique 

Théâtre : les festivals en plein flou artistique  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération — 3 avril 2020

 


A l’approche des rendez-vous estivaux, notamment à Avignon ou Montpellier, directeurs de programmation et compagnies tentent de s’organiser tant bien que mal malgré le confinement. Mais ils redoutent que les spectacles présentés soient inaboutis et que le public, encore traumatisé par la crise sanitaire, ne se déplace pas.

 

 

Comment répéter un spectacle en période de confinement ? A fortiori quand on doit jouer aux prochains festivals estivaux d’Avignon ou de Montpellier ? Peut-on présenter un «work in progress» à un public qui, lui, aura payé l’intégralité de sa place ? Et se déplacera-t-il même, ce public, si peu de temps après l’interdiction des rassemblements ? Les annulations d’importance se bousculent, comme on a pu le voir cette semaine avec le rendez-vous wagnérien de Bayreuth qui jette l’éponge ainsi que le Fringe d’Edimbourg, qui devait se dérouler en août prochain et qui est avec Avignon l’un des plus importants festivals scéniques de l’été. La voix étale, Jean Varela, directeur du Printemps des comédiens, travaillait jusqu’au 26 mars à maintenir l’édition. En quelques jours, la situation a considérablement évolué. «Aucune équipe en Europe ne répète, les montages techniques ne peuvent pas avoir lieu, on navigue à vue.» Pas pour longtemps cependant : «La décision de maintenir ou non le festival aura lieu dans les heures qui viennent et elle sera annoncée en début de semaine prochaine.» Le Printemps des comédiens doit ou devait accueillir l’Odyssée par Krzysztof Warlikowski, dont les répétitions en Pologne sont suspendues sine die depuis quinze jours, ainsi que la dernière création de Roméo Castelluci - qui lui a un petit espoir de les reprendre rapidement.

«Solo filmé dans la cuisine»

Pour Olivier Py également, à la tête d’Avignon, il s’agit d’imaginer l’impossible - sans que le slogan renoue avec la moindre utopie. Mais toute prise de décision est bloquée. Pourtant, l’annonce de la programmation de l’édition 2020 aura bien lieu mercredi, et il pense, ou espère, qu’elle sera au plus proche de celle qui se tiendra donc, jusqu’à nouvel ordre, du 3 au 23 juillet. «Pour l’instant, une seule production a annulé sa venue. Tous nous ont envoyé des petits films où ils nous font part de leur désir de jouer. Notre inquiétude va vers certains spectacles de pays dont l’épidémie vient juste de se déclarer. Je pense au continent africain ou au Moyen-Orient. Les frontières seront-elles fermées ?»

 

Les mots sont fermes… pour dire le brouillard : «Si le confinement en France se poursuit jusqu’à la mi-mai, on sera dans l’impossibilité de savoir quoi faire.» Notamment parce que 80 % des spectacles présentés dans le «in» sont des créations et un certain nombre stoppées net dans leur élaboration. Notamment parce que le montage de la scène et du plateau dans la cour d’honneur du Palais des papes commence obligatoirement deux mois avant le festival - un délai non réductible car le matériel n’accède au bâtiment classé que par une toute petite porte, elle aussi classée. Notamment parce qu’il est impossible de savoir si les rassemblements de plus de mille personnes seront autorisés en juillet…

 

Côté artistes, les troupes les plus en difficulté sont celles dont les répétitions avaient à peine commencé avant le confinement, surtout si elles pratiquent l’écriture dite «de plateau» - c’est-à-dire sans texte préalable. La programmation de Lamenta des chorégraphes Rosalba Torres Guerrero et Koen Augustijnen a été officialisée lors d’une rencontre avec le public dès décembre. C’est une première ultra attendue à Avignon pour cette petite équipe. Cependant, il leur est impossible de travailler la chorégraphie de Lamenta à distance en l’absence des neuf danseurs grecs recrutés pour cette pièce : «On ne procède pas avec une chorégraphie préfabriquée. On arrive en répétition avec une structure mais pour construire le spectacle, il faut que le groupe se rassemble, dialogue, prenne le temps d’élaborer des propositions. On ne peut pas raboter le temps de la rencontre.» Koen Augustijnen poursuit : «Chacun des danseurs nous envoie par WeTransfer un solo filmé dans leur cuisine ou leur salle de bains. Mais notre projet n’est pas une suite de solos en cabine…» Lamenta n’a pas besoin d’intégrer le Covid-19 pour être d’actualité. Le titre désigne les chants et les danses qui aident à supporter la séparation lors d’un exil ou un deuil. «Si on peut répéter début mai, on y arrivera encore…» songe Rosalba Torres Guerrero qui, après avoir passé un an et demi avec Koen Augustijnen à recruter 14 coproducteurs, ne se résoudra pas à «bâcler» la création. Elle remarque : «Les danseurs grecs ont refusé d’être payés pour des répétitions qui n’ont pas lieu et touchent 390 euros mensuels de chômage. En Belgique, nos allocations s’élèvent à 1 200 euros chacun. Si on a un logement, de quoi manger, chacun prend conscience aujourd’hui combien il se nourrit de culture, qu’elle passe par la télé, la bande passante, les livres, la musique. Et c’est elle que le néolibéralisme attaque, tout en exigeant une production toujours plus rapide. On ne s’y résoudra pas.»

 

L’enthousiasmant Raoul Collectif devait entrer en répétition le 24 mars, avec une échéance dans un grand festival. Pour eux aussi, les répétitions via les applications Zoom ou Skype n’ont aucun sens. L’un des membres, David Murgia, qu’on surprend au téléphone, les doigts pleins de ciment en train de construire les conditions de son confinement, à savoir son propre logement, nous explique : «Notre prochain spectacle parle des funérailles dont on ne connaît pas les rituels, dans un monde qui s’écroule sans qu’on sache ce qu’il advient… On va avoir du mal à ne pas penser au Covid-19.» Comment vont-ils faire ? «On ne sait pas. Les salles ne vont pas être fermées à jamais… Si on ne joue pas cet été, la vie de la compagnie est en danger car la tournée tombera aussi.»

 

Aux calendes grecques

Faut-il ou non payer les sessions des spectacles annulés ? Ou doivent-ils tant que possible être reportés au risque de provoquer un effet domino ? les saisons et les lieux n’étant pas extensibles, cela supposerait que d’autres spectacles soient remis aux calendes grecques. Jacques Vincey, à la tête du Théâtre Olympia - le Centre dramatique national, CDN, de Tours -, a publié une tribune le 15 mars pour annoncer qu’il paierait les spectacles qu’il ne pouvait reporter. Un engagement collectif des CDN, mais d’autant plus crucial à Tours que ce théâtre organise depuis cinq ans le festival Wet - il aurait dû avoir lieu fin mars -, dédié à de tout jeunes artistes dont certains ne bénéficient pas de l’intermittence. Le rendez-vous est reporté à la mi-octobre, et tous les frais engagés par les compagnies ont été honorés. Jean-Marc Grangier, directeur de la Comédie de Clermont, scène nationale, opte de son côté pour le report en priorité, le remboursement des frais pour les petites compagnies, mais s’oppose à tout systématisme : «On ne peut pas traiter de la même façon la Collection de Pinter, monté par Ludovic Lagarde avec Mathieu Amalric, Micha Lescot et Laurent Poitrenaux, soit trois stars, et Une femme sous influence proposé par Maud Lefebvre, qui vient juste d’être créé. Ce qui me dérange avec le systématisme est qu’on traite de la même manière des situations très disparates. Au risque de s’empêcher de chercher des solutions pour maintenir les représentations. Car l’important, pour une compagnie, c’est quand même avant tout de jouer !»

 

 

A Rennes, Emilie Audren, codirige le CPPC, une structure polyvalente qui produit et diffuse des spectacles, gère également une salle privée, une autre subventionnée, et organise le fameux festival Mythos - qui vient d’être annulé. La jeune femme est bien placée pour éprouver les conséquences en cascade des fermetures de théâtre. La structure vient de perdre 120 dates en trois mois et 55 % de son activité annuelle. Elle raisonne différemment selon sa fonction ou casquette. Le festival Mythos s’autofinance à 80 % et il est très peu subventionné. Emilie Audren a choisi de payer les cachets des spectacles prévus dans la salle subventionnée, mais l’entreprise n’a pas les moyens de régler ceux programmés à Mythos : «Tant que c’est possible, on les retrouvera l’année suivante.» Au risque de retarder ou de supprimer d’autres productions envisagées sur la saison 2020-2021. Six des spectacles qui auraient dû être présentés à Mythos le seront dans le «off» d’Avignon, à la Manufacture, louée pendant le festival par une association dont elle est coresponsable. Avec des questionnements. Y aller ou pas ? Est-ce utile d’infliger une série de représentations éventuellement inabouties ? «Si Avignon est maintenu, il faut que tous les professionnels, artistes, directeurs de lieu, programmateurs, public soient solidaires et y aillent.» Emilie Audren a cependant calculé que, quoi qu’il en était, et même en cas d’immense succès, la structure perdrait à Avignon environ 50 000 euros en location de salle et frais divers. «Si le festival n’a pas lieu, on récupère cette somme, anticipe-t-elle. Mais dans le même temps disparaîtra la possibilité que nos spectacles soient achetés et vivent en tournée.»

«Poussés à la surproduction»

La jeune femme est certaine que la crise engendrera une manière de travailler plus équilibrée : «On est tous de plus en plus poussés à la surproduction, à jeter ce qui ne marche pas et à reproduire immédiatement.» En contre-exemple, elle se souvient du collectif Bajour, dont le spectacle Un homme qui fume c’est plus sain n’était pas sans fragilité quand il a été créé il y a trois ans. «On a pris le temps de comprendre ce qui n’allait pas, de le peaufiner, et on a pu le représenter sur vingt dates l’année dernière à la Manufacture. Ce qui lui a permis d’avoir une seconde vie. Les longues séries de représentations, c’est la force d’Avignon !»

 

Que les spectacles soient accompagnés de manière plus vertueuse serait un effet pour le moins inattendu de la vente d’animaux sauvages sur un marché en Chine. Mais les producteurs auront-ils le choix ? Les reports et les pertes financières vont inéluctablement rendre beaucoup plus ardu l’aboutissement des projets et les raréfier. Et, à terme, mettre en péril bon nombre de compagnies.

 

Anne Diatkine
 
Légende photo : Le montage de la scène et du plateau dans la cour d’honneur du Palais des papes commence obligatoirement deux mois avant le Festival d’Avignon. Photo Christian Bellavia. Divergence 
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La Comédie-Française ouvre en ligne sa malle aux trésors

La Comédie-Française ouvre en ligne sa malle aux trésors | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge  dans le Monde du 1er avril 2020

 

La Comédie-Française ouvre en ligne sa malle aux trésors
La maison de Molière propose, pendant le confinement, La Comédie continue !, accessible sur son site Internet et sur sa page Facebook.

Imaginez que la Comédie-Française ouvre ses malles remplies de trésors… En ces temps de confinement où les théâtres rivalisent d’initiatives pour garder le contact avec le public, c’est un peu ce que fait la Maison de Molière, qui a lancé, lundi 16 mars, La Comédie continue !, une chaîne en ligne accessible sur son site Internet (comedie-francaise.fr) et sur sa page Facebook (comedie.francaise.officiel).

 

 

Le premier trésor de la maison, c’est d’abord sa troupe de comédiens, qui s’est mobilisée pour offrir des rendez-vous variés, poétiques et pédagogiques, tout au long de l’après-midi à partir de 16 heures chaque jour, avant que ne soit diffusée, dans la soirée, l’une des innombrables créations du « Français », lesquelles ont toutes fait l’objet d’une captation depuis quarante ans.

 

Lundi 30 mars à 16 heures et des poussières, c’est donc le 521e sociétaire de la troupe, l’impérial Serge Bagdassarian, qui est apparu en gros plan sur l’écran pour annoncer le menu du jour, tandis que le lendemain officiait la jeune et charmante pensionnaire Claire de la Rüe du Can. Le premier rendez-vous du jour, intitulé « Le 4 h de Ragueneau », soit cinq minutes de poésie, a donné lieu à un moment de grâce : la comédienne Anne Kessler, qui est aussi metteuse en scène et peintre, a offert deux petits dessins animés artisanaux et délicats, sur les poèmes Sensation, d’Arthur Rimbaud, et L’Age héroïque, d’Henri Michaux.

70 métiers différents

Le deuxième rendez-vous est, paraît-il, « celui qui fait trembler tous les membres de la troupe ». Intitulé « Les comédiens repassent le bac français », il a vu Coraly Zahonero et Véronique Vella s’en tirer brillamment, la première, qui n’a jamais eu son bac, avec Les Liaisons dangereuses de Laclos, la seconde, dûment diplômée, avec Une charogne, de Baudelaire.

 

L’administrateur général de la Comédie-Française, Eric Ruf, est ensuite venu parler de son métier, remplacé le lendemain par Agathe Sanjuan, conservatrice-archiviste de la maison, qui règne sur un fonds exceptionnel, la Comédie-Française étant le seul théâtre au monde à avoir aussi bien conservé ses archives depuis sa création, en 1680. La maison comptabilisant 70 métiers différents, il y aura de quoi faire en cas de prolongement du confinement.

 

Aux environs de 17 heures, place aux enfants, avec des lectures de contes, qui peuvent être réécoutées à l’heure du coucher. Florence Viala, un des piliers de la troupe, a ainsi offert un moment magique, avec Fleur de lupin, de Binette Schroeder, et Le Petit Soldat de plomb, d’Andersen.

De nombreuses surprises

Vient ensuite le moment du « Foyer des comédiens », qui se décline en plusieurs pastilles : « Mon alexandrin préféré », « L’enfance de l’art » et « Ma cuisine d’acteur ». Pour inaugurer le premier, Denis Podalydès a été brillant, forcément brillant, en évoquant « Le printemps adorable a perdu son odeur », un vers tiré du Goût du néant de Baudelaire, et fort troublant à entendre, dans les temps que nous vivons. Tandis que le lendemain c’était la jeune comédienne Jennifer Decker qui livrait avec flamme sa passion pour Hugo en général et pour ce vers en particulier, tiré d’Hernani : « Il vaudrait mieux pour vous aller aux tigres même/Arracher leurs petits qu’à moi celui que j’aime ! »

Dans « Ma cuisine d’acteur », le sociétaire Christian Gonon racontait sa rencontre avec un maître du kathakali indien, et le secret qu’il lui avait livré sous forme d’acrostiche : « ACTOR = A comme action, C comme concentration, T comme timing, O comme originalité et R comme rythme ».

 

Au vu de ces deux premières journées, les surprises devraient donc être nombreuses au fil des jours et des rendez-vous, avant que ne démarre la soirée proprement dite, à 18 h 30, avec un portrait d’acteur, un spectacle jeune public ou un seul en scène, suivis par la captation d’un spectacle. Après La Double Inconstance de Marivaux mise en scène par Anne Kessler et Les Trois Sœurs de Tchekhov par Alain Françon, on pourra voir, d’ici au dimanche 5 avril, Le Misanthrope de Molière par Clément Hervieu-Léger, Trois hommes dans un salon, le spectacle Brel-Brassens-Ferré créé par Anne Kessler, L’Hôtel du libre-échange de Feydeau par Isabelle Nanty, Peer Gynt d’Ibsen par Eric Ruf ou encore La Forêt, le film réalisé par Arnaud Desplechin d’après la pièce d’Alexandre Ostrovski.

 

On nous promet aussi la diffusion de spectacles historiques de la maison, comme la Bérénice de Racine signée par Klaus Michael Grüber, ou La Vie de Galilée de Brecht par Antoine Vitez. La Comédie continue, oui, même dans les temps difficiles.

La Comédie continue !, tous les jours à partir de 16 heures sur le site de la Comédie-Française (comedie-francaise.fr) et sur sa page Facebook (comedie.francaise.officiel).

 

 

Fabienne Darge

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Restez chez vous… avec nous ! • Théâtre Sorano à Toulouse 

Restez chez vous… avec nous ! • Théâtre Sorano à Toulouse  | Revue de presse théâtre | Scoop.it



« Et parfois, je me sens impuissant. Inutile, dans l’incapacité de tout, restant là à ne plus rien pouvoir faire, faire ou dire. Être aveugle et sourd et imbécile encore, silencieux de ma propre imbécillité. Attendre et subir mon impuissance. Être immobile dans l’incapacité de prendre la parole, de prolonger le discours, de répondre, de dire deux ou trois choses imaginées dans la solitude et qu’on pensait essentielles. »

Jean-Luc Lagarce – Du Luxe et de l’Impuissance.


Chers spectateurs, chères spectatrices,

Tout d’abord, je voulais prendre de vos nouvelles.
Vous nous manquez.
Et j’espère que là où vous êtes, vous allez pour le mieux, que le vivant en vous est pugnace, et que vous trouvez force et courage pour faire face et résister à la catastrophe qui s’est viralement abattue sur nous.


J’ai une pensée forte, émue, solidaire pour les personnes fragiles et démunies dans cette épreuve, pour tous ceux qui souffrent de la maladie, aussi – surtout – pour tous ceux qui luttent jour et nuit pour endiguer et soigner cette épidémie terrifiante et sidérante. C’est là qu’est le grave.

Voilà deux semaines, le temps est sorti de ses gonds. Les théâtres sont fermés, les représentations annulées… TOUT s’est brutalement arrêté, et en deux temps, trois mouvements, nous voilà confiné.e.s chez nous, perdu.e.s, sans repères, sans rythmes et seul.e.s.
Merci à tous ceux et celles qui nous ont écrit ou adressé des pensées amicales et leur soutien. Ça fait chaud au cœur.

Car nous voilà sidérés, en effet.

À la page 57 de notre cahier de saison 19/20, on trouve cette petite mirlitonnade poétique de Samuel Beckett dont les mots résonnent terriblement aujourd’hui…
Imagine si ceci
Un jour ceci
Un beau jour
Imagine
Si un jour
Un beau jour ceci
Cessait
Imagine
Nous ne la pensions pas si programmatique et visionnaire ! LOL

Nous voilà condamné.e.s à traverser ensemble mais séparé.e.s un moment suspendu de notre histoire sans trop savoir combien de temps tout cela va durer ni exactement ce que demain seront nos vies, nos métiers, nos activités une fois sorti.e.s du tunnel…
À nous interroger, dans cette expérience de privations, sur ce qui fait sens pour nous, sur notre commun, ce qui nous relie, sur l’espace public, sur nos droits privés dans l’espace public (!), sur l’essentiel, ce qui est indispensable, sur la proximité et le lointain, sur nos besoins les plus élémentaires…

Nous voilà contraint.e.s à réorganiser notre travail, à déployer autrement nos ambitions, à réévaluer les priorités, à composer avec les incertitudes de l’avenir…
Nous voilà contraint.e.s chacun.e à devoir nous réinventer et repenser profondément le quotidien de nos vies.

Alors bien sûr nous préparons le temps de l’après, de l’À-VENIR.
Mais rien ne sera plus pareil…
Réagencer le programme, reporter le plus possible les spectacles annulés car nous les aimons beaucoup…
Et puis aussi IMAGINER une fin de saison insolite et joyeuse… Y CROIRE encore un peu !
Car nous aurons bien besoin de nous retrouver, d’être ensemble et de fêter la fin de l’isolement… On vous en dit plus dès qu’on sera sûr…
Et puis aussi la suivante ! car il y aura bien une SAISON SUIVANTE, la 20/21, elle est presque prête… Rendez-vous (nous l’espérons) le mardi 9 juin pour son dévoilement au SORANO…et nous la voudrons plus nécessaire, plus intense, plus vivante et encore plus rassembleuse !

Mais que peuvent les artistes dans le temps de l’épidémie et de la peste ?


ATTENDRE… PENSER CE QUI ARRIVE…
Face au vide, nous nous agitons pourtant comme des pantins désespérés et obstinés à vouloir faire comme si ; nous faisons semblant d’exister, sans plus pouvoir être pleinement nous-mêmes.
Certes ça et là naissent de belles initiatives.
Nous ne manquerons pas de les relayer sur nos réseaux.
Mais nous faisons seulement semblant d’exister. Je le sais bien.

Et puis parce que le théâtre est un art de regarder et de vivre le présent, nous avons le désir nous-aussi malgré tout, avec les outils (électroniques) qui sont les nôtres, aujourd’hui d’accompagner votre confinement de toutes les ressources numériques dont nous disposons…
Bien sûr ça ne remplace pas.
Mais nous faisons semblant d’exister, jusqu’aux limites de la tricherie, et elles sont fort lointaines ces limites-là, écrirait Jean-Luc Lagarce… C’est humain.
Et aussi, parce que le théâtre est un art de la relation entre les artistes et les spectateurs. trices, nous nous devons d’inventer de nouveaux liens et de nouvelles manières de partager pour garder le contact avec vous ces prochaines semaines…C’est presque une injonction !
Bien sûr ça ne remplace pas.
Mais nous ne faisons encore une fois que semblant d’exister… Je le sais bien.
ATTENDRE DE NOUVEAUX POSSIBLES… PENSER À CE QUI VIENT…

« Dans le silence des yeux levés
C’est la lumière qu’on cherche maintenant à rétablir.
Mais autre chose nous a claqué
Entre les doigts pendant ce temps.
Il reste à savoir quoi. »

François de Cornière – Quand une ampoule grille

Et pourtant nous sommes toujours là.

N’hésitez pas à nous laisser de petits messages sur nos boites électroniques ou à nous contacter au 07 67 89 64 26 en cas d’urgence.

En attendant la joie d’être rassemblé.e.s à nouveau, prenez soin de vous.
Pensées bien amicales.

Sébastien Bournac et toute l’équipe du Sorano.

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Spécial confinement : une liste de captations de spectacles et de concerts, de films rares et de documentaires libres d'accès.

Spécial confinement : une liste de captations de spectacles et de concerts, de films rares et de documentaires libres d'accès. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Les Palmiers sauvages, d’après W. Faulkner, adaptation et mise en scène Séverine Chavrier (création en 2014, captation en 2018 https://vimeo.com/261655328

 

 - Le pays lointain (un arrangement)  d'après Jean-Luc Lagarce mis en scène par Christophe Rauck - 2018 Théâtre du Nord
Mot de passe : cdipayslointain  (en minuscule cette fois)

 

Cie XY - Rachid Ouramdane  :   Möbius    (2019)   https://www.france.tv/spectacles-et-culture/1313259-mobius-par-la-cie-xy-et-rachid-ouramdane-a-la-maison-de-la-danse.html

 

28 mars : Cie XY : Domino, tourné dans la nature (film, 2015, 19 mn) : https://www.youtube.com/watch?v=hKXUhBwUUTk

 

Ogres, de Yann Verburgh, mise en scène Eugen Jebeleanu  https://vimeo.com/209836645/20030759d5

 

- Einstein on the Beach, opéra de Philip Glass et Bob Wilson, captation à Paris en 2014, 4h30 https://www.operaonvideo.com/einstein-on-the-beach-paris-2014/?fbclid=IwAR31QXXL30nJvke2V7pH64oJ9g2-itCSa5z1K3CmrNcNe1oUlwe1h0XU7gc

 

-  En route, Kaddish, texte et mise en scène David Geselson (2018) https://vimeo.com/128392869

 

- Traviata, vous méritez un avenir meilleur, opéra d’après Verdi, conception Judith Schéma, Benjamin Lazar et Florent Hubert (2016) https://vimeo.com/263537425?ref=fb-share&fbclid=IwAR1F55d63uhv49irt27OrIp-Uf9Nj-91MffboVWDMI-YlAYzExjfnm71E-g 

 

-  Molière d’Ariane Mnouchkine (film en version intégrale, 1978, 4h)   https://vimeo.com/374604317?ref=fb-share&1&fbclid=IwAR2n1WXwNAYgn4ohOZqaQFQwwKBDfOdz0mqeT7wzeGm-eKLK91YQSSpLs14

 

Macbeth Underworld, opéra de Pascal Dusapin, mise en scène Thomas Jolly, production Théâtre de la Monnaie et Opéra-Comique (2019) https://www.youtube.com/watch?v=XwCo7VARZlQ&feature=emb_share&fbclid=IwAR1BK-Ieqv2ZRXFp8nlrq-glVHF1zyitAyYV76wcSfZKLx7ggj0n_7AzNvE

 

- La Symphonie du Hanneton (James Thierrée) création en 1998, captation en 2005     https://www.youtube.com/watch?v=QjykYSfW-Bw&feature=share&fbclid=IwAR0t78bivZH4SSIphHiED89t2M7oqe-dyVkIjL_Oq_yI8SJxtIE9MFW52hU 

 

- film Un homme qui dort (Georges Pérec)  1966     https://www.youtube.com/watch?v=UaIXUXdYthA&feature=share&fbclid=IwAR2ViYPr-YWKFueFtxo19DhWxY4fit-ngnHYBF2zyi6z187UGOoWUf8n-ZI 

 

-  By heart de Tiago Rodrigues (podcast France Culture)  https://www.franceculture.fr/emissions/latelier-fiction/heart-de-tiago-rodrigues-0?fbclid=IwAR0pN9HmXORtemJBAq1sq1ELn8PS21TbeYufnIJ0aAmxl5apFfOfaxLRMEM 

 

- Masterclass Valérie Dréville  (reportage)   https://www.youtube.com/watch?v=rmx8-YjsR08&feature=share&fbclid=IwAR2u-zWa-SYFyOOuKj_Rn8x9cC39oTxE6ruDdFvVgDGtSgO6-CRbrEJ8aWY

 

- L’amour existe, court-métrage de Maurice Pialat (1966, 19 minutes) https://vimeo.com/200049162?ref=fb-share&1&fbclid=IwAR0W1NJoKiV_AH8Uxnt1HzMFQayRw7GHP0NK7LR97q1BKgFT8UHMtn3xwi0 

 

- Le Misanthrope, de Molière, mise en scène Stéphane Braunschweig (2004) https://www.youtube.com/watch?v=12twXcL58YA&feature=share&fbclid=IwAR2qmd1lhkzngif-PtTxTzS0dz5IHVwUTmjA-n-_OvDUbozadAuhutcfFxw 

 

- Hate de Laetitia Dosch (2018)

 https://vimeo.com/286471233?ref=fb-share&1&fbclid=IwAR0Xt8svvebJJfLp49tDLZu83yLeEvNbPS6lauh58x0WHEMFabjLjVBu5MI 

 

Vera de Petr Zelenka, mise en scène Marcial di Fonzo Bo / Elise Vigier, avec Karine Viard (captation 2016)   https://vimeo.com/399934741?fbclid=IwAR0n8i48LgG19pJixJ203wYxtyvpQZVV5ci4ddtSjE1T0h5jIoDhmlj6ZyU

 

- Un jour Pina a demandé documentaire de Chantal Akerman sur Pina Bausch (1983) https://www.youtube.com/watch?v=JsxpLQ-VKaA&fbclid=IwAR1o1DePrZejY3MWqR4bU4oMD4sYl23p9hBXubXc6ipGeNqGP0wHGtFl0fo 

 

-  Daddy, vidéo d’une chanson nouvelle de Yaël Naïm (2020)  https://www.youtube.com/watch?v=uNzp5eMAtmc&feature=share&fbclid=IwAR3tjm-1fzUZEwTGJiKv2_deRVqkOj6YNQB01WwRnxH6nMM5ekPvH9xLsUY 

 

- Barbara, chansons pour une absente, documentaire (2020) https://www.arte.tv/fr/videos/073088-000-A/barbara-chansons-pour-une-absente/

 

-  Inside performance de Dimitris Papaioannou (2011)   https://vimeo.com/papaioannou/inside?ref=fb-share&1&fbclid=IwAR3fhTHVEbtE7IxzM-KQsDInvst_laERB3DwWcopIK_e5pmG7NNtAK5KjbU 

 

-  Since she de Dimitris Papaioannou (2018), trailer 4 mn    https://www.youtube.com/watch?v=Is1iWYNxfAo&feature=share&fbclid=IwAR17kZ6VJkZyJa2A0LDL3daHaMU1dDkDgSj2qvN823O3lNHVn08zp4n9RyQ

 

-  Bande annonce de The Great Tamer chorégraphie de Dimitris Papaioannou (2017) https://www.youtube.com/watch?v=fRcuwLK4YE8&feature=share&fbclid=IwAR3ruj0Pa9fFQF_ss1k3nld_fXsz9UDhg9tMyqJWjRJ9LbBhYsj4lE-ykyE 

 

-  Clair de Lune : Alexandre Tharaud Joue Debussy, Yoann Bourgeois au Trampoline (2018, 5 mn)   https://www.youtube.com/watch?v=SFRiHQ-Lwzk&feature=share&fbclid=IwAR3x7oucXcwn4AAkiPP8fDnKaA9iVwQpyzggdjF53BuQH4n4ZVOBanLDV1s 

 

- Démons de Lars Norén, mise en scène Lorraine de Sagazan (2018) https://vimeo.com/398790891

 

-  Concert de Jakub Jozef Orlinski (chant baroque) 2018 https://www.youtube.com/watch?v=8WDdVvrCZIY&fbclid=IwAR1qCYb29AziK_qx-4SbomQ-xCVs5RMBci_mTsf4VRArT9VbetwskVxBZy4 

 

Peter Brook invité de l’émission « 28 minutes », 2020 https://www.arte.tv/fr/videos/088472-124-A/28-minutes/

 

-  Festival d’Avignon - Mesdames, messieurs et le reste du monde, dirigé par David Bobée : Carte blanche à Virginie Despentes     https://www.festival-avignon.com/fr/webtv/Mesdames-Messieurs-et-le-reste-du-monde-jour-7-Carte-blanche-a-Virginie-Despentes-72e-Festival-d-Avignon

 

-  Trois oeuvres de la compagnie Peeping Tom : Le Jardin (film, 2002) Le Salon (spectacle filmé, 2005), Le Sous-Sol (spectacle filmé, 2007) https://vimeo.com/showcase/peepingtom/ 

 

-  Pierre Guillois / Rébecca Chaillon au Festival d’Avignon 2019 « Sa bouche ne connaît pas le dimanche »    https://www.france.tv/spectacles-et-culture/theatre-et-danse/1048171-festival-d-avignon-2019-sa-bouche-ne-connait-pas-de-dimanche.html

 

- Kontakthof, Pina Bausch (1979, captation vers 2005)    https://www.youtube.com/watch?v=pA2WGonbkA8&feature=share&fbclid=IwAR37KDa-2R--JnWpCvywJy78TNPg3dazoH_KiNnlZZZFagWDZz_98prukn0 

 

-  Les contes d’Hoffmann, opéra d'Offenbach mise en scène Kr. Warlikowski https://www.arte.tv/fr/videos/094264-000-A/les-contes-d-hoffmann-de-jacques-offenbach-a-la-monnaie/?fbclid=IwAR1uBuY4rjOvXtkMlljhtRRXr4E2lwvNR0B8FJh2nsRHIbsQkKMWsk_2rjE 

 

-  Comment s’en sortir sans sortir, récital du poète Gherasim Luca, réal. Raoul Sangla (1988) https://www.youtube.com/watch?v=jIX0xqFxvcw&feature=share&fbclid=IwAR21Pd12hxkbONai14Lo8p57RFCOeS_vSRcBWNKpMRSF3MdIn8fcYC5BwcY 

 

-  Stabat mater de Pergolèse concert avec Ph Jarrousky , direction Nathalie Stutzmann https://www.youtube.com/watch?v=qzOmPUu-F_M

 

-  L’Ecole des femmes, Molière, mise en scène Stéphane Braunschweig, Production de l'Odéon-Théâtre de l'Europe (2018)   https://vimeo.com/327310297

 

-  Concert de Nina Simone, live in Antibes (1969) https://www.facebook.com/nina.simone/videos/757434251346152/UzpfSTE3OTA3NTMxNDY6MTAyMTMwNDgzNDIzMjE4MjA/

 

-  Conférence des choses, Pierre Mifsud, et François Gremaud    www.2bcompany.ch

 

-  Les Indes Galantes, opéra de Rameau, mise en scène Clément Cogitore, 2019 Production de l'Opéra national de Paris    https://www.arte.tv/fr/videos/091145-000-A/les-indes-galantes-de-rameau-a-l-opera-de-paris/?fbclid=IwAR2S6cnqpNcTIXx5Si2VXki38sOY_lVslRml2-9GqRO4rQbi3gE6BDtd7mA 

 

 

-  l’Orfeo de Monteverdi (opéra)  direction Jordi Savall, captation de 2002 https://www.youtube.com/watch?v=0mD16EVxNOM&feature=share&fbclid=IwAR3Aio-RqXpxH8Irg-tkLleRbtAIZp46D3KRuhnU81bK_pRuhBJEig0qN1I 

 

-  Elvire Jouvet 40 de Brigitte Jaques, réalisation de Benoit Jacquot (1987) https://www.youtube.com/watch?v=E-3csrQu5yI

 

-  Festival mondial du cirque de demain     https://www.arte.tv/fr/videos/094969-000-A/41eme-festival-mondial-du-cirque-de-demain/?fbclid=IwAR2zo5zRaNU5claedEfpyf6f3QUTDNd-zBvDm4rFt4_ZXmqYv6jaF90tYG0

 

Cinéma

Andrei Roublev, d’Andreï Tarkovski (1966) :   https://www.youtube.com/watch?v=0cIn7_feQyA 

 

La société du spectacle de Guy Debord (1973) : https://www.youtube.com/watch?feature=share&v=xGN5N3vrbLE&fbclid=IwAR3z7tbeexOeEBsTGbnY2dphX9X1PsnhJakQwSQEoN1D8F8xTq5qJrTIapE&app=desktop


 

 
 
 
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Confinement : chorégraphes attendent danseurs, désespérément

Confinement : chorégraphes attendent danseurs, désespérément | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosita Boisseau dans Le Monde 30-03-2020


Pendant l’arrêt des spectacles, les créateurs tentent de continuer leur travail, à distance et sans le recours au corps de leurs interprètes.

« J’ai d’abord vécu l’arrêt brutal des répétitions avec une profonde tristesse. Nous étions dans un moment d’effervescence, d’extrême concentration à cinq semaines de la création. Les danseurs étaient au mieux de leur forme physique, sensible, imaginative… » Le chorégraphe José Montalvo, confiné à Créteil où il dirige la Maison des arts, se souvient du vendredi 13 mars. Il a fermé le studio et fait une réunion improvisée avec les seize interprètes de son futur spectacle Gloria, prévu à partir du 24 avril au Théâtre national de Chaillot, à Paris. « Il a fallu apaiser leurs désillusions, leurs déceptions », ajoute-t-il.

Nombreux sont les chorégraphes en cours d’élaboration d’une nouvelle pièce qui ont dû plier bagage. Parallèlement à la gestion des contrats et de l’intermittence, celle des tournées annulées qui vont impacter la diffusion de la saison 2020-2021, se replier chez soi est une autre épreuve. « J’ai de la chance d’une certaine façon, s’exclame Emanuel Gat. Je venais de terminer une deuxième période de répétitions de Lovetrain2020, qui doit ouvrir le 20 juin le festival Montpellier Danse. La prochaine session devrait démarrer mi-mai. On verra bien. »

Invité pour la première fois à l’Opéra national de Paris, Alan Lucien Oyen est de retour à Bergen, en Norvège. Après cinq semaines de répétitions, il a mis entre parenthèses sa création pour une trentaine d’interprètes, attendue du 11 avril au 11 mai, au Palais Garnier. « J’ai vu les danseurs pour la dernière fois jeudi 12 mars sans savoir que je ne les reverrai plus, se souvient-il. Je me sens actuellement comme “gelé”. Mon travail se fait d’abord avec eux dans le studio dans un lien journalier et progresse au fil du temps. Créer ensemble est un processus très intime qui demande beaucoup de confiance. Continuer sans eux en ce moment, sans cette relation quotidienne, me semble presque une trahison. » En attendant de reprendre les répétitions de cette production dont le report n’est pas encore annoncé, Alan Lucien Oyen a envoyé une lettre à la troupe pour évoquer la situation.

« Rendre l’attente féconde »
Si les danseurs peuvent peu ou prou conserver leur forme physique chez eux, les chorégraphes se retrouvent dépourvus sans interprètes. Concevoir une pièce de danse contemporaine se tisse au plus près des corps, de leurs techniques, de leur imaginaire, se surfilant à la peau même de chacun. « Je prépare beaucoup à la table comme on dit mais je ne deviens véritablement chorégraphe que lorsque je suis en studio avec les danseurs, en prise avec leur caractère et leur singularité, affirme Thomas Lebrun, directeur du Centre chorégraphique national de Tours. Cloîtré et seul, je ne sais pas trop comment je vais avancer… »


La question de l’écriture chorégraphique contemporaine, dont le vocabulaire et la grammaire s’inventent et se cisèlent avec et sur les danseurs, est au cœur du métier de chorégraphe. En préparation du Lac des cygnes, prévu le 12 septembre au Grand Théâtre de Provence, à Aix-en-Provence, Angelin Preljocaj, directeur du Ballet Preljocaj d’Aix-en-Provence, qui avait déjà programmé des ateliers avec sa troupe en avril, intensifie ses recherches préalables. « Ce n’est qu’avec l’ossature dramaturgique du spectacle, en particulier dans le cas d’un ballet narratif comme Le Lac, que je peux passer au travail avec les danseurs car il va falloir déployer une gestuelle qui s’accorde à cette dramaturgie », précise Preljocaj.

Par quels moyens alors tailler sa route dans un spectacle en gestation ? « Cela va m’obliger à m’adapter dans un très court laps de temps, constate Montalvo. Je vais essayer de trouver la manière de travailler la plus joyeuse possible et la perfectionner en action. Grâce aux multiples possibilités du numérique, je vais tenter de poursuivre ma méthode basée sur le dialogue, échanger des questions autour de la création, partager des lectures. J’aimerais ainsi rester dans la dynamique du désir de cette pièce et rendre l’attente féconde. » Avec les danseurs, José Montalvo va ainsi imaginer des performances en ligne à réaliser chez soi.

Rendez-vous inédits sur Internet
Ultra-réactifs, le chorégraphe indépendant Rafael Smadja et son complice musicien Alexandre Dai Castaing, respectivement installés à Bienne et à Genève (Suisse), ont riposté dès le 22 mars en présentant leur performance ElGed(j)i sur le Facebook de l’Institut du monde arabe où elle était à l’affiche. « Zéro activité, zéro rentrée d’argent, il faut bien rester actif, dit le chorégraphe. Malgré des petits problèmes techniques, on a eu près de 160 personnes qui nous ont regardés. » Rafael Smadja, qui tente de « trouver de nouveaux moyens de réorienter son corps », entend « respecter ses contrats », même à distance, en inventant des rendez-vous inédits sur Internet.

Egalement programmé au Printemps de la danse arabe, le Marocain Khalid Benghrib, qui était en résidence au Centquatre, à Paris, est resté en France avec deux de ses interprètes, Yassine Khyar et Nabil Najihi. Il réglait les derniers ajustements de son spectacle Q-a/Quotidien aliéné, une « méditation sur la perte de soi et l’aliénation contemporaine à travers la figure d’un errant, Hachimo, que l’on retrouve dans les rituels gnawas ». Installé à Montreuil, il profite de 6 mètres carrés de jardin pour peaufiner sa recherche. « C’est bizarre de le dire comme ça mais mon sujet colle à ce moment de confinement, commente-t-il. Hachimo vit avec peu et soigne tout le monde. Je travaille sur l’errance aliénée dans la ville contemporaine et la métaphore de la dynamique microbienne. Je me sens comme un microbe qui ramasse les résidus de la société. J’erre souvent dans les rues de Casablanca comme d’ailleurs aujourd’hui je marche dans Montreuil devenue une ville fantôme pour aller chercher mon tabac. »

Même persistance tranquille dans l’action chez le danseur, chorégraphe et chercheur brésilien Volmir Cordeiro. Dans son appartement parisien, celui qui « aime bien être enfermé pour travailler » conserve sa forme physique tout en lisant des philosophes comme Jacques Rancière et Donna Haraway. Il met surtout à profit ce repli obligatoire pour écrire. « Je reviens mentalement sur chacune de mes pièces – une dizaine à ce jour – et je les décris, les autoanalyse pour en extraire une sorte de grand poème, explique-t-il. Ce sont comme des carnets de création qui m’aident à redécouvrir les affects qui ont entraîné tel ou tel moment. C’est vital pour moi de réveiller mon imaginaire sur chacun de mes choix. » En attendant de réactiver ses intentions à haute voix en coulisses, Volmir Cordeiro, qui a déjà publié en 2019 Ex-corpo, aux éditions du Centre national de la danse, engrange tranquillement les pages d’un nouveau livre. Cette émulation paradoxale d’une suspension forcée en train d’aiguiser de nouvelles armes de création peut-elle durer et jusqu’à quand ?

Rosita Boisseau

 

 


Légende photo :Le chorégraphe José Montalvo, en septembre 2016, à la Maison des arts de Créteil. LIONEL BONAVENTURE/AFP

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Normalito ou l'apprentissage de la différence 

Normalito ou l'apprentissage de la différence  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Guillaume Lasserre dans son blog de Mediapart "Un certain regard sur la culture", 26 mars 2020

 

Dans une société où chacun cherche à se singulariser, Lucas, dix ans, s'invente un alter-ego, Normalito, le super-héros qui rend tout le monde « normaux ». Pauline Sales compose une pièce pour jeune public en forme de voyage initiatique, interrogeant l'être ordinaire à l'heure où chacun revendique le droit à son quart d'heure de célébrité.

 

La pièce s'ouvre sur un décor de latrines. Celles-ci sont celles de l'école de Lucas, dix ans, élève de CM2, qui s'y est enfermé après avoir piqué une grosse colère contre la maitresse au sujet d'un devoir pour lequel ils n'ont pas tout à fait le même point de vue. Pour traiter la question « inventez votre super héros », Lucas a imaginé Normalito, dont le superpouvoir est de rendre les gens normaux. C'est bien là le début du point de discorde, la maitresse arguant du fait qu'il ne s'agit pas un superpouvoir, qu'il doit s'agir d'un atout extraordinaire à utiliser dans un moment extraordinaire. Au cri de « Je suis Normalito, je rends tout le monde normaux », Lucas n'en démord pas. Vivant avec ses deux parents qui appartiennent à la classe moyenne, c'est un garçon « normal », ni beau, ni laid, avec un QI dans la moyenne, en même temps, il incarne une position spécifique, celle d’un petit male blanc occidental. Sa position d'enfant ordinaire le fait se sentir médiocre, lui donne l'impression de ne susciter aucun intérêt, d'être insignifiant. « Nous les normaux on va disparaitre ! » affirme-t-il, jugeant que dans sa classe, ils sont de moins en moins. La maitresse le gronde, affirmant qu'il ne faut pas penser comme ça. Enfermé dans les toilettes, Lucas défend son opinion à voix haute quand arrive Iris, la fille la plus ennuyeuse de la classe, décrochant toujours les meilleures notes, sachant tout, raisonnable en tout, bref déjà adulte. Iris est ce que l’on appelle un Zèbre, terme forgé il y a une quinzaine d’années pour désigner les enfants à haut potentiel, autrefois appelés surdoués. Bien décidée à devenir normale, elle l'interroge: « C'est vrai que tu peux rendre les gens normaux ? Tu peux essayer avec moi. » Après une phase de rejet, les deux enfants vont finir par s’apprivoiser. La maman de Lucas, venue le chercher à l’école, invite Iris à se rendre chez eux le lendemain, rendez-vous qui va devenir  hebdomadaire. Lucas bientôt découvre à son tour les parents d’Iris. Ils réalisent vite tous deux que l’autre famille correspond mieux à leurs espérances. Iris, subjuguée par les parents de Lucas, leur intérieur subtilement aménagé où tout, mobilier et objets de déco, paraît imaginé spécifiquement pour le lieu – la maman de Lucas est architecte d’intérieur –, ne comprend pas ce que ce dernier trouve à ses parents à elle, qu’elle tient pour inintéressants, irresponsables, ennuyeux. « Pour toi être normal, c'est être bête ? » lui rétorque-t-elle lorsque, se délectant de pouvoir faire n’importe quoi chez eux, il lui fait remarquer que sa famille à l’air normale. Il passe de plus en plus de temps chez Iris, même si elle n'est pas là, ce qui pour lui revient au même. La plupart du temps, elle est chez ses parents à lui.

 

Si, dans un premier temps, Lucas tente de se débarrasser d’Iris, ils vont fuguer ensemble, se réfugiant dans les toilettes de la gare, domaine sur lequel règne Lina. On la découvre dans un époustouflant numéro de danse, un ballet sexy des balais digne du solo de Jennifer Beals dans le film Flashdance. Elle aussi a un secret. Quand des parents inquiets se pointent lui demandant si elle n'a pas vu deux enfants de dix ans trainer par ici, elle comprend que le jeu de cache-cache des gamins n’en est pas tout à fait un. Devant les remarques déplacées du père d'Iris, elle répond que les seuls enfants qu'elle a vus sont repartis avec leurs deux papas. « Une famille dans laquelle on aurait voulu naître » leur affirme-t-elle, avant de préciser aux enfants sortis de leur cachette « Je dénonce pas moi », pas moins en colère contre eux de s’être fait duper. Après les avoir dûment réprimandés, elle se laisse aller, malgré sa carapace qui semble indiquer qu’elle a connu son lot de chagrin, à évoquer son frère. Lina souhaite aller vers plus de transparence. « J'ai le bon métier pour ça » dit-elle avec un brin d’humour. Elle n’est pas tout à fait une femme comme les autres. Elle est née dans un corps d’homme qui ne lui correspondait pas. Dame pipi dans les toilettes de la gare lui semblait le meilleur endroit pour passer inaperçue, se sentir normale. Une femme invisible à qui l’on laisse quelques pièces jaunes sans même la regarder. C'est à Lina qu'Iris se confie lorsqu'elle découvre horrifiée du sang dans sa culotte. A ce moment précis débarque Alain. Il se présente à Lucas comme étant le frère de Lina, la cherche. Il vient lui annoncer que son fils (à elle) se marie mais qu'elle n'est pas invitée. Iris, métamorphosée, va servir d'intermédiaire entre cet homme et Lina, lui expliquant que son frère ne reviendra pas, mais qu’il a gagné une sœur.

 

 

« Normalito » est une commande passée à Pauline Sales par Fabrice Melquiot pour le Théâtre Am Stram Gram de Genève qu’il dirige depuis 2012. Dans ce théâtre dédié à l’enfance et à la jeunesse, elle est invitée à réfléchir sur les supers normaux à l’heure où les singularités sont mises en avant, où chaque parent espère son enfant surdoué, unique, à l’image d’Iris qui à la question que veux tu faire comme métier quand tu seras grand·e, répond Président de la République. « Est-ce donc si compliqué de s’avouer normal? De mener son existence de femme et d’homme ? De ne pas posséder de dons particuliers ? De supers pouvoirs ? », s’interroge l’autrice dans sa note d’intention. Comment rendre désirable la normalité ? Assumer sa non singularité ? D’autant que l’idée de normalité n’est pas universelle. Elle varie selon l’époque, la culture, l’individu même. Pauline Sales imagine une pièce pour trois comédiens, un conte sur la normalité et la différence qui porte en lui les notions de tolérance et d’altruisme. A travers l’histoire de ces deux enfants que tout oppose : deux mondes, deux classes sociales, deux attentes bien différentes de la vie, elle désamorce les peurs que peuvent nous inspirer l’autre, celui que l’on juge différent car on ne le connaît pas. Ainsi, le personnage trans de Lina tient un rôle pivot dans la pièce. Bienveillante envers les enfants qui la considère normale, elle demeure invisible pour la plupart des gens qu’elle croise, ce qui lui va bien à elle qui précisément recherche l’anonymat des gens ordinaires. Surtout, elle est jugée anormale par sa propre famille, son fils particulièrement, qui a du mal à accepter son changement de sexe. C’est portés par le courage de ce troisième personnage que Lucas et Iris vont pouvoir dépasser leurs différences et grandir, se respecter, s’aimer. Car au bout du compte, comme le dit Pauline Sales, ne sommes nous pas tous semblables et tous différents ? 

 

 

Bande annonce, Normalito, m.e.s. et écriture de Pauline Sales, pièce créée en février 2020 au Théâtre Am Stram Gran, Genève © Les Plateaux Sauvages

 

« Normalito » texte et mise en scène de Pauline Sales, avec Antoine Courvoisier, Anthony Poupard et Pauline Belle. Spectacle vu lors de sa création au Théâtre Am  Stram Gram de Genève en février 2020.

Théâtre Am Stram Gram du 17 février au 3 mars 2020
Route de Frontenex, 56 CH - 1207 Genève

Le Carreau du Temple (Les Plateaux Sauvages hors les murs) du 13 au 15 mars 2020 (dans le cadre du parcours enfance et Jeunesse du Théâtre de la ville)
4, rue Eugène Spuller 75 003 Paris

Le Quai des rêves, Lamballe, 19 - 20 mars 2020 (annulé)

La Maison du ThéâtreBrest, 26 - 27 mars 2020 (annulé)

Les Scènes du Jura - Scène nationale, Lons-le-Sonnier, du 30 au 31 mars 2020 (annulé)

Théâtre du Champ du Roy, Guingamp, 3 avril 2020 (annulé)

Le 11, Avignon, du 3 au 26 juillet 2020

 

 

Légende photo : Normalito, m.e.s. et écriture de Pauline Sales, pièce créée en février 2020 au Théâtre Am Stram Gran, Genève © Ariane Catton

 

 

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Au théâtre chez soi, en temps de confinement

Au théâtre chez soi, en temps de confinement | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Brigitte Salino dans Le Monde, 27 mars 2020



Ecouter le Décaméron de Boccace lu par des comédiennes et des comédiens français et étrangers. Plonger dans les riches heures du Théâtre du Soleil. Rire avec Phèdre racontée par François Gremaud. Participer à un voyage immobile inédit… Les propositions ne manquent pas, venant de théâtres ou de compagnies, qui permettent de réfléchir et de rêver, en s’inventant un fauteuil de spectateur, chez soi, et en laissant l’imagination parcourir la scène du grand théâtre du monde, de Florence en 1348 à aujourd’hui.

 

  • « Décaméron-19 », un feuilleton audio de Sylvain Creuzevault

Depuis mardi 24 mars, tous les matins, à 8 heures, on peut suivre un feuilleton extraordinaire, imaginé par Sylvain Creuzevault. Parce qu’il aime tirer les fils entre les arts et les époques, le metteur en scène a choisi le Décaméron, de Boccace, qui, en ces temps de confinement planétaire, renvoie à un autre temps de confinement : à Florence, lors de l’épidémie de peste de 1348, sept dames et trois chevaliers quittent la ville pour la campagne où ils vivent au rythme des histoires que chacun raconte, chaque jour. Pour faire entendre ces histoires, Sylvain Creuzevault a battu le rappel de ses amis, comédiens et comédiennes, en France, Allemagne, Autriche, Suisse, Italie… Ils ont répondu présent et, chaque jour, l’un ou l’une d’entre eux lit. Dans le prologue, que l’on peut réécouter en podcast, des voix multiples se mêlent, Jean-Luc Godard, Laurence Chable, Louis Garrel, Frédéric Leidgens, Maya Bösch… puis Nicolas Bouchaud lit l’introduction de la première journée. Suivent, le 25 mars, Julien Gosselin, avec Le Reproche ingénieux, et, le 26 mars, Dominique Valadié, pour Le Mari jaloux et cruel. De grandes et belles voix, un son et un mixage travaillés au mieux dans le contexte : ce feuilleton est un bonheur, appelé à durer cent jours et à tresser une couronne de mots à travers l’Europe, et plus loin encore.

 

lundi.am/Decameron-19

 

 

  • Le Théâtre du Soleil sur la Toile

Vous n’avez pas vu Molière, 1789, Les Naufragés du Fol Espoir, Le Dernier Caravansérail ? Vous pouvez les voir, via le site du Réseau Canopé. C’est une belle occasion d’entrer dans la longue et exemplaire histoire de la troupe d’Ariane Mnouchkine, dont les films d’autres créations seront prochainement offerts par ce même site. Ces films s’accompagnent, sur le site du Soleil, de nombreuses archives visuelles et sonores, qui parcourent un très large champ, esthétique et politique : la guerre du Vietnam et le génocide cambodgien à travers L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk ; la décolonisation du continent indien à travers L’Indiade ; la tragédie antique à travers Les Atrides ; la tragédie et l’histoire à travers Shakespeare… pour ne citer que quelques-uns des thèmes abordés par le Théâtre du Soleil, qui a toujours porté un grand soin à la pédagogie et à la transmission. Il le prouve une nouvelle fois, en offrant aux élèves aussi bien qu’aux spectateurs avertis une immersion au cœur de l’art et de la puissance inaltérable du théâtre.

www.reseau-canope.fr/edutheque-theatre-en-acte

 

 

  • « Phèdre ! », avec un point d’admiration
 

A l’origine, le point d’exclamation était un point d’admiration. Il retrouve son sens premier dans le titre de Phèdre ! proposé par François Gremaud. Quand le Théâtre Vidy-Lausanne lui a demandé de faire découvrir d’une manière moderne un classique aux élèves, cet inclassable artiste suisse, né en 1975, a aussitôt pensé à la tragédie qu’il préfère, et opté pour une pratique dont il est un as : la conférence décalée. Créé dans les écoles, ce Phèdre ! a été réécrit pour la scène, et présenté en 2019 à Avignon, où il a triomphé. Le Français Romain Daroles fait merveille en conférencier transi d’admiration pour son sujet. Il revendique « une joie de l’étonnement » qui le mène à emprunter tous les chemins, dont ­celui d’une inénarrable naïveté. Mais cette naïveté n’est qu’apparence. Elle masque une connaissance magnifique de Phèdre, de ses enjeux, de sa composition, et de ses alexandrins. Ce spectacle, qui s’adresse à tous et rend un merveilleux hommage à la tragédie de Racine, on peut le revoir ou le découvrir, du lundi 30 mars au dimanche 5 avril, sur le site du Théâtre Vidy-Lausanne.

Teaser du spectacle

Lire la critique : Au Festival d’Avignon, « Phèdre ! », avec un point d’admiration

vidy.ch/phedre-1

 

 

  • La Comédie de Valence et son « Carnet d’un voyage immobile »

Puisque le temps est au voyage immobile, la Comédie de Valence, dirigée par Marc Lainé, propose à ceux qui en rêvent de s’offrir une échappée. Il leur suffit de s’inscrire à l’adresse notregrandeevasion@comediedevalence.com. Le dessinateur Stephan Zimmerli les contactera, et leur demandera de répondre à la question : « Si vous pouviez à l’instant précis vous téléporter vers un lieu idéal, réel ou imaginaire, à quoi ressemblerait-il ? » Stephan Zimmerli dessinera ce lieu, en fonction des réponses. Et les dessins, ajoutés les uns aux autres, formeront le Carnet d’un voyage immobile en période de confinement, publié sur les comptes Facebook et Instagram de la Comédie de Valence.

www.facebook.com/lacomediedevalence et www.instagram.com/comediedevalence

 

 

Brigitte Salino

 

 

Légende photo : Des costumes utilisés pour les représentations des pièces de Shakespeare, « Richard II » et « Richard III », par le Théâtre du Soleil, et exposés au Centre national du costume de scène et de la scénographie à Moulins, en juin 2014. THIERRY ZOCCOLAN/AFP

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Nathalie Sarraute (1900-1999) L'émission "Une vie, une oeuvre" sur France Culture

Nathalie Sarraute (1900-1999) L'émission "Une vie, une oeuvre" sur France Culture | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Rediffusion de l'émission consacrée à Nathalie Sarraute sur France Culture le 27 mars 2020

Lien pour écouter l'émission en ligne (1h)

 

Nathalie Sarraute à l’oreille terriblement fine, sportive et impertinente, solidement ancrée dans le réel.

 

Née en 1900, près de Moscou, la petite Natacha Tcherniak jouait déjà avec les mots dans son lit à barreaux. Elle les prononçait tout haut, les regardait s’échapper comme des papillons et redoutait le moment où ils finiraient épinglés comme des insectes morts dans l’horrible boîte à significations.

 

 

Dès que viennent des mots du dehors, une paroi est dressée. Seuls les mots capables de recevoir convenablement les visiteurs restent de ce côté. Tous les autres s'en vont et sont, pour plus de sûreté, enfermés derrière la paroi. Mais la paroi est transparente et les exclus observent à travers elle. Par moment, ce qu'ils voient leur donne envie d'intervenir. Ils n'y tiennent plus. Ils appellent.

Ouvrez ! Nathalie Sarraute

 

Très tôt chassée du paradis de l’enfance, Nathalie Sarraute entre progressivement dans ce qu’elle définira plus tard comme "l’ère du soupçon". D'abord déchirée entre son père et sa mère, la Russie et la France, puis dénoncée comme juive pendant la guerre, la jeune femme développe une incurable méfiance à l’égard des mots creux et des phrases assassines.  

 

A plus de 95 ans, l’oreille toujours aussi aiguisée, Nathalie Sarraute entendait encore la police du langage frapper à la porte et crier : Ouvrez ! Auteure de pièces comme Le mensonge ou de romans comme L’usage de la parole, l’écrivaine ne luttera jamais de front avec l’innommable. Grande championne d’aviron, elle préférait se glisser sous la dalle des mots convenus ou encore dans les failles des rôles sociaux pour faire remonter à la surface ce qu’elle appelait les "tropismes" du langage : comme la catastrophe d'un simple "C’est bien ça". 

 
Écouter
Écouter Archive INA : 06/02/1960 sur la RTF Nathalie Sarraute parle de son enfance
 
4 MIN
Archive INA : 06/02/1960 sur la RTF Nathalie Sarraute parle de son enfance
 

Avec : Jean-Pierre Martin, auteur de Les écrivains face à la doxa , Corti, 2011 ; Christine Montalbetti, écrivain, auteur L’évaporation de l’oncle, POL, 2011 ; Claude Régy, metteur en scène des pièces de Sarraute IsmaC’est beau et Elle est Là ; Arnaud Rykner, auteur de Nathalie Sarraute, Seuil, 1991.

Et :
La voix de Nathalie Sarraute et d'Isabelle Huppert


Les sculptures sonores de Bernhard Leitner

 

Un documentaire de Christine Lecerf. Réalisation : Jean-Claude Loiseau. Prises de son : Catherine Déréthé et Jean-Benoit Têtu. Mixage : Manuel Couturier. Archives INA : Hervé Evanno. Recherche internet et documentation : Annelise Signoret. Collaboration : Suzanne Saint-Cast. et Juliette Dronne.

À ÉCOUTER AUSSI

Extraits de films

Conversations avec Nathalie Sarraute, Claude Régy, Ina/La Sept, 1989, ARTE 2006.
Un siècle d’écrivains, Nathalie Sarraute, Jacques Doillon, 1995, ARTE 2006.

Pour aller plus loin ...

À ÉCOUTER AUSSI
 
Réécouter Nathalie Sarraute : "Les tropismes se produisent avant l'action, aux limites de la conscience, avant même la parole..."54 MIN
LES NUITS DE FRANCE CULTURE
 
Légende photo : Portrait de l'écrivain français Nathalie Sarraute, pris à Helsinki (Finlande), le 11 septembre 1984 Crédits : Getty
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/ tribune / Johanny Bert: "Notre espace de confinement est aussi un marqueur d’inégalités sociales"

/ tribune / Johanny Bert: "Notre espace de confinement est aussi un marqueur d’inégalités sociales" | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Tribune publiée par le metteur en scène Johanny Bert sur le site de Sceneweb 26/03/2020


Vous avez eu la gentillesse de me demander mon avis sur le confinement des artistes en ces temps de crise sanitaire. Je vous en remercie et me sens un peu gêné, je l’avoue de répondre à la demande.
Que fait un artiste durant le confinement ? Comment cela modifie-t-il son travail ? Est-ce que j’aurais des conseils de lectures, de films, de séries… 

J’ai conscience que ces questions sont bienveillantes et peuvent donner envie à d’autres de découvrir un livre en particulier, de plonger dans un film, de se changer les idées à travers le regard de l’autre, pour essayer de s’extirper de ces moments parfois anxiogènes. Mais je ne me sens pas tout à fait à l’aise avec cela. Alors je profite de cette parole que vous m’offrez.

Lorsque tout cela a commencé, j’étais en répétitions avec une compagnie pour laquelle je suis engagé comme metteur en scène. Nous étions en résidence. La première devait être deux semaines après. Tout s’est donc arrêté subitement, sans savoir quand nous pourrions reprendre, ni quand aurait lieu cette première et si elle existerait un jour.

Du côté de ma compagnie implantée à Clermont-Ferrand, nous avons dû réagir très vite avec mon collègue à la production. C’était une période dense de tournée avec deux spectacles sur les routes. Contacter les théâtres, voir avec eux s’ils veulent reporter, annuler et quid des contrats, des salaires de l’équipe (acteurs, techniciens) que nous avions engagée. A ce jour concernant le seul mois de mars, sur un premier spectacle : 9 représentations annulées (certains théâtres ont décidé d’honorer tout de même le paiement du contrat de cession) et 4 reportées. Cela concerne 6 salariés intermittents. Pour l’autre spectacle, 14 représentations annulées (1 rémunérée, 13 en attente de réponses) et 2 reportées. Cela concerne 9 salariés intermittents. D’autres annulations et reports sont déjà annoncés aussi pour le mois d’avril et de mai. Enfin, nous allions débuter en avril les répétitions de notre prochaine création avec une équipe importante. Cela concerne 18 personnes. Tout est en suspens.

Comme pour d’autres équipes artistiques, ces annulations sont des bouleversements qui auront des répercussions importantes à court et à plus long terme, mais il me semblerait obscène de nous apitoyer aujourd’hui à l’échelle de ce qui se passe autour de nous. Face à ce que vivent d’autres professions – les soignants en particulier qui travaillent dans les hôpitaux pour notre survie dans des conditions déplorables, qui, il y a encore quelques mois criaient une nouvelle fois dans la rue leur besoin de moyens, de personnel pour être en capacité de travailler dans de bonnes conditions et à qui maintenant, on demande une abnégation totale quitte à prendre des risques importants pour eux et pour leurs proches.


Je pense à toutes les professions qui pendant plusieurs semaines doivent fermer boutique et qui n’ont pas de régime particulier leur permettant de combler des jours non déclarés.

J’entends les pouvoirs publics nous dire qu’il faut aller voter, même en temps de crise puis qu’il faut rester chez soi à tout prix, que l’employeur pourra imposer une semaine de congés payés à ses salariés. J’entends aussi qu’on doit se déplacer pour continuer à travailler car j’entends que le pays doit continuer à produire, que l’économie ne doit pas s’écrouler, même qu’une prime de 1000 euros doit être donnée par l’employeur à ses salariés pour les encourager, mais qu’on n’a pas assez de masques pour tout le monde (d’ailleurs on sait plus trop où sont ces masques mais les bonnes âmes peuvent en coudre) sinon rassurez-vous, les gestes barrières (nouvel élément de langage) suffisent…(inspirez). Puis, je lis un appel à projet du ministère des armées qui propose une somme de 10 000 000 € (TTC c’est important) pour qui aurait une idée lumineuse contre le COVID-19…(soufflez).

Mais comme je tombe ensuite sur cette phrase du Pape François, en direct du Vatican qui nous dit « J’ai demandé au Seigneur d’arrêter l’épidémie de coronavirus avec sa main » (souffle coupé, mais je suis pour un temps rassuré, merci François !)

Devant le bar-tabac, il y a une femme assise au sol, confinée dehors pendant qu’à l’intérieur, on vend la photocopie des fameuses attestations à remplir pour sortir de chez soi, 0,50 centimes (Il n’y a pas de petits profits !)

Je lis aussi qu’une jeune aide-soignante à Toulouse a eu un petit mot dans son immeuble en rentrant du travail, lui indiquant gentiment d’aller vivre ailleurs, compte tenu de sa profession et pour la sécurité de ses voisins. Et l’auteur de ce petit mot termine son message d’un très cordial “mes amitiés.” Nous sommes en guerre il a dit, et l’air de rien, les informations, les mots prononcés ici et là nous ramènent à nos livres d’histoires, ce que nous pensions enterré, digéré, assimilé. Ce virus nous oblige à la distance entre humains. Nous sommes potentiellement un danger pour l’autre. Et pourtant, nous avons cette nécessité primaire de nous rapprocher. La culture, l’art sont là pour aider.

Internet nous relie (pour celles et ceux qui ont ce réseau) mais fait aussi exploser les inégalités avec parfois beaucoup de violence. « Je suis en villégiature, je partage mes recettes de cuisine, je fais de la méditation en bord de mer….et, ah oui, je suis devenu poète, j’écris mon journal de confinement où je partage mes réflexions spirituelles sur le vivre-ensemble. » Tout cela sans se soucier de l’indélicatesse de ce déballage face à des personnes qui n’ont pas le choix de travailler avec la peur et le risque au creux du ventre. Notre espace de confinement est aussi un marqueur d’inégalités sociales.

Certains artistes en collaboration ou non avec des théâtres inventent des façons de rester actifs, de créer à distance avec les moyens du bord, de partager des textes, des inventions multiples. C’est réjouissant, précieux. Nous espérons tous que cette nouvelle « décentralisation numérique » puisse toucher un public large.
Je tente de le faire aussi à ma façon tout en gardant en tête, sans toujours y parvenir, la réalité de ce que nous vivons, sans catastrophisme car je crois beaucoup au moment où nous pourrons dégager ce virus. Au moment où nous aurons besoin de sortir, de nous retrouver, de nous embrasser vigoureusement femmes et hommes (notre sensibilité non binaire sera alors libérée et respectueuse).

Je crois beaucoup à la suite de ce choc que nous traversons, à une nouvelle pensée active, immédiate, sur la politique, sur nos choix de société. Que faire de cette crise qui fait apparaître avec ironie les retentissements positifs sur notre environnement ?

J’ai conscience que c’est peut-être naïf, pas nouveau, déjà tenté, toujours à réinvestir, et que nous, humains, avons cette capacité étonnante à vite oublier.

Ce mot d’humeur sera déjà sans doute obsolète une fois écrit car les informations vont vite, tout va vite, mais le désir aussi, tout comme l’art et notre pouvoir d’action.

En tant qu’artiste, je ne me sens pas plus légitime de prendre la parole que d’autres personnes. Je cherche peut-être par ces mots parfois maladroits à ne pas creuser encore une fois une brèche entre notre métier d’artiste-artisans et d’autres professions, d’autres vies que les nôtres et rappeler que nous sommes, nous aussi, ancrés dans notre société, les deux pieds dans la même terre.

Johanny Bert

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» Vessel chorégraphie de Damien Jalet

» Vessel chorégraphie de Damien Jalet | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean Couturier dans Théâtre du blog publié le 22 mars 2020 

Voici, après Ils n’ont rien vu  de Thomas Lebrun, une nouvelle collaboration franco-japonaise qui réunit un chorégraphe français et l’artiste et scénographe japonais Kohei Nawa. Une œuvre exceptionnelle, créée lors d’ une résidence à la Villa Kujoyama à Kyoto.

L’année dernière, le Français, artiste associé au théâtre national de la danse de Chaillot, avait, dans Skid, fait évoluer ses interprètes sur un toboggan géant. Ici, il place sept danseurs -six Japonais et un Grec- sur un plan d’eau. Au centre de cet espace, une sorte d’ilot blanc bouillonne comme de la lave : c’est un matériau presque vivant, le katakuriko, fait de fécule de pomme de terre.

Les artistes sont confrontés à deux contraintes : on ne voit pas leurs leurs visages,  ce qui les fait ressembler à d’étranges insectes suivant les combinaisons des corps  et dans le dernier quart d’heure, ils sont confrontés au katakuriko qui devient solide quand ils le manipulent mais liquide, quand ils s’en éloignent. «C’est une vraie performance, dit le chorégraphe. Pendant une heure, être dans toutes ces positions sans jamais se montrer, passer d’un milieu solide à un milieu liquide pour aller vers quelque chose entre ces  états, avec toute cette imbrication et la notion d’intimité qu’elle suppose, -ils sont parfois complètement imbriqués les uns dans les autres-  c’est  très rigoureux.»

Les musiques « new age » de Marihiko Hara et Ryùichi Sakamato et les faibles lumières rasantes de Yukoko Yoshimoto renforcent l’étrangeté de cette pièce, dont l’esthétique rappelle celle de la troupe Sankai Juku. Et chacun peut interpréter les images  selon sa propre sensibilité.

Cette œuvre, plébiscitée au Japon, pourrait trouver sa place dans un musée d’art moderne. «Dans ce pays, il n’y a pas de culture de la danse contemporaine, ils n’en sont pas si fans, dit Damien Jalet. Ce que nous avons crée, entre sculpture et danse, a finalement fait venir beaucoup de gens. Ils ont été captivés».  Le public parisien a eu la chance de découvrir ce spectacle…

Jean Couturier

Le spectacle a été présenté du 6 au 13 mars à Chaillot-Théâtre national de la danse, 1 place du Trocadéro, Paris (XVIème). T. : 01 53 65 30 00.

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Crise sanitaire : malgré les annonces du gouvernement, les intermittents du spectacle restent inquiets

Crise sanitaire : malgré les annonces du gouvernement, les intermittents du spectacle restent inquiets | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Clarisse Fabre dans Le Monde - dimanche 22 mars 2020

 

Les « mesures exceptionnelles » prises par la ministre du travail, Muriel Pénicaud, et le ministre de la culture, Franck Riester, ne répondent que partiellement à la nature spécifique de l’activité artistique.

Chaque jour qui passe, une idée nouvelle circule pour tenter de résoudre la difficile équation des intermittents du spectacle en cette période de crise sanitaire. Fermeture des théâtres et des lieux culturels, annulations ou reports de festivals, de tournages… Le château de cartes n’en finit pas de s’écrouler, et les heures de travail partent en fumée. Comment faire pour assurer une continuité de droits (et de revenus) aux artistes (comédiens, chanteurs, marionnettistes, circassiens…) et aux techniciens (créateurs lumière, décorateurs, régisseurs…) ?

 

Jeudi 19 mars, dans un communiqué, la ministre du travail Muriel Pénicaud et le ministre de la culture Franck Riester ont annoncé des « mesures exceptionnelles » pour les intermittents et les salariés du secteur culturel. Le gouvernement a décidé de « neutraliser », c’est-à-dire de ne pas prendre en compte la période du confinement (depuis le 15 mars et jusqu’à une date inconnue) dans le calcul de la période de référence ouvrant droit à l’assurance-chômage pour les intermittents. De même, cette période sera neutralisée pour le versement des indemnités – ainsi, les intermittents et autres salariés du secteur culturel arrivant en fin de droits continueront à être indemnisés jusqu’à la fin de la période de confinement.

 

Les artistes et les techniciens du spectacle bénéficient d’une assurance-chômage spécifique compte tenu de leur activité discontinue. Ils doivent réaliser 507 heures de travail en douze mois pour pouvoir être éligibles aux annexes 8 (techniciens) et 10 (artistes) de l’Unedic. Chaque année, à une date « anniversaire », un(e) intermittent(e) doit pouvoir justifier de 507 heures de travail sur les douze derniers mois. La « neutralisation » permettra donc de retenir les 507 heures hors période de confinement.

Un premier pas positif

Cette annonce, bien que saluée comme un premier pas positif, ne règle que partiellement le problème. Dans un communiqué, jeudi, la CGT- Spectacle souligne que les mesures « ne permettent pas de répondre à la totalité des problématiques » : « Depuis le 4 mars, date du premier arrêté interdisant les rassemblements de plus de 5 000 personnes dans des lieux clos, quantité de spectacles sont annulés, entraînant des milliers de pertes d’heures pour les salariés intermittents du spectacle. Nous attendons donc des réponses concrètes et complémentaires pour la période se situant entre le 4 et le 15 mars. »

 

Selon le syndicat français des artistes (SFA), affilié à la CGT, l’impact social à la date du 18 mars serait le suivant : « Nous estimons qu’au moins 15 452 artistes interprètes, qui étaient engagés sur les mois de mars et avril, se retrouvent privés de travail, pour quelque 8 590 dates annulées au total (tous secteurs confondus : spectacle vivant, tournage, etc.). Sur ces 15 452 artistes, seuls 2 024 ont eu la promesse d’un report de leur engagement. Seulement 430 des répondants nous ont indiqué avoir reçu de leur employeur une promesse de compensation financière, dont nous ne connaissons pas les modalités », lit-on dans le communiqué du SFA-CGT.

 

 

La « neutralisation » reste un terme vague, suscitant de nombreuses interrogations. « Signifie-t-elle que l’on doit décaler la date anniversaire d’une durée égale à celle du confinement ? », s’interroge ainsi le secrétaire général adjoint de la CGT-Spectacle, Ghislain Gauthier. Faut-il modifier par décret les règles relatives aux annexes 8 et 10 ? Créer un fond d’urgence ? Une autre piste est à l’étude, indique-t-on au Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles), le puissant syndicat des employeurs du spectacle vivant : « L’idée serait de ne pas toucher à la date-anniversaire et de maintenir les droits pour les intermittents dont la date anniversaire interviendra dans les six mois. »

Samedi 21 mars, plus de mille artistes et salariés du monde de la musique ont lancé un appel au gouvernement afin que les intermittents puissent bénéficier comme les autres salariés des dispositifs d’activité partielle : « Cela permettrait à tous les intermittents de recevoir leurs cachets (la partie substantielle), et concomitamment de sauver l’ensemble du secteur culture », écrivent-ils.

Quid des contrats de travail déjà signés (ou actés) et de leur paiement, les spectacles ou les tournages étant annulés ?

Autre casse-tête : que faire des heures de travail que les intermittents avaient prévu d’effectuer pendant la période de confinement ? Quid des contrats de travail déjà signés (ou actés), alors que les spectacles ou les tournages sont annulés ? « Les scènes publiques ont reçu des subventions pour accueillir les spectacles. Elles doivent absolument honorer les contrats de travail, afin que les salariés puissent déclarer leurs heures en bonne et due forme. La fin du mois de mars arrive bientôt et il faut que les intermittents sachent exactement ce qu’ils vont déclarer », estime Samuel Churin, de la Coordination des intermittents et précaires (CIP).

« Une analyse au cas par cas »

C’est aussi l’avis du Syndeac, qui, dans une note interne datée du 18 mars, « recommande » à ses adhérents « le paiement des droits de cession aux équipes artistiques pour qu’elles puissent elles-mêmes honorer les salaires des artistes et techniciens associés au spectacle. (…) Nous revendiquons la prise en compte des heures non travaillées mais payées, et nous demandons une analyse au cas par cas des situations individuelles ».

 

 

Hortense Archambault, directrice de la MC93 à Bobigny (Seine-Saint-Denis), partage ce point de vue. « Je ne peux pas imaginer qu’on n’honore pas les contrats signés », souligne l’ancienne codirectrice du Festival d’Avignon, qui a corédigé, en 2014, un rapport sur l’intermittence avec le député Jean-Patrick Gille et l’ex-directeur général du travail, Jean-Denis Combrexelle.

 

Elle distingue au moins deux situations : « Soit on rémunère le contrat prévu même si le spectacle est annulé, mais alors est-ce que ce paiement peut déclencher des heures pour le calcul des 507 heures, sachant que le travail n’a pu être effectué ? Soit on parvient à reporter le spectacle dans les six mois qui viennent et on rémunère le salarié au moment du report. Le report est parfois essentiel pour les équipes car les spectacles qui n’ont pas pu être vus ne trouvent pas de tournée. » Elle ajoute : « En tout état de cause, on demande au ministère de la culture de venir en soutien aux théâtres et aux scènes, en prévoyant un fonds d’urgence pour couvrir les recettes qu’ils n’ont pu réaliser, du fait de la fermeture : billetterie, restauration… »

 

Clarisse Fabre

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Pour Stanislas Nordey, le directeur du TNS, pas question de répéter par Skype ! - Arts et scènes

Pour Stanislas Nordey, le directeur du TNS, pas question de répéter par Skype ! - Arts et scènes | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Emmanuelle Bouchez - Télérama 4 avril 2020

 

En cette période si troublée, les priorités du patron du Théâtre national de Strasbourg vont à (tenter de) prévoir une reprise, protéger les artistes et assurer la formation des élèves. Et si, finalement, on s’en sort sans trop de casse de cette crise, sans doute de fureter davantage : “lire en liberté et créer ainsi de nouveaux désirs”.

 

Il lui a fallu, avec son équipe, freiner la vitesse de croisière d’un énorme bateau, le Théâtre national de Strasbourg — le comédien et metteur en scène Stanislas Nordey le dirige depuis 2014. Un théâtre, en plein cœur de la région alsacienne durement touchée par la pandémie, qui est aussi le siège d’une école supérieure des arts de la scène, accueillant apprentis comédiens, metteurs en scène, dramaturges et scénographes. La grande maison aux trois salles est fermée au public depuis le 16 mars, mais l’interdiction des assemblées au-delà de cinquante personnes, dans cette ville située au nord des épicentres de Colmar et Mulhouse, lui est tombée dessus bien avant.

Les étudiants ont donc déserté les studios et sont désormais derrière leur ordinateur, comme Nordey lui-même, également contraint d’abandonner, au bout de trois jours, les répétitions de sa création prévue fin avril de Berlin mon garçon, texte de Marie Ndiaye, écrivaine associée au TNS. Au téléphone, il souffle et revient sur les derniers jours. Lui d’habitude « suractif », n’hésitant pas à jouer pour d’autres metteurs en scène tout en montant ses propres spectacles, est confiné dans son immeuble d’un quartier excentré de Strasbourg. Pas un chat ne rôde alentour, précise-t-il : « Je m’aventure sans risque jusqu’au deuxième pâté de maisons. » Il va enfin prendre le temps de rédiger son édito pour le site web, et corriger la brochure de la prochaine saison. Se projeter dans l’avenir est essentiel.

Des plans sur la comète…

Un tiers des quatre-vingt-douze permanents du TNS, seulement, travaillent à distance : les comptables comme les chefs de service qui gèrent les conséquences des annulations ou des reports. « Le plus complexe est d’établir un calendrier de la reprise. On part du 27 avril (hypothèse optimiste) et l’on décale cette échéance de semaine en semaine, en imaginant à chaque fois toutes les conséquences en cascade. Heureusement, la fin de saison approchant, la “casse” est moins sévère. » Entre avril et juin, il reste cependant quatre spectacles au programme – le sien et ceux des metteurs en scène Wajdi Mouawad, Pascal Rambert et Mathilde Delahaye. Si le confinement se prolonge, la maison a de quoi tenir le coup soixante et onze jours au moins sans aide supplémentaire, car chaque théâtre national a l’obligation d’avoir un fonds de réserve.

Protéger les artistes

Le TNS assure le salaire des permanents comme celui des artistes et des intermittents, les plus gravement touchés par cette crise. Face à l’angoisse légitime de tous, il a pris cette décision dès le 16 mars, date de fermeture totale du théâtre, avant que ne tombe, deux jours plus tard, le communiqué de presse du ministère de la Culture encourageant de telles mesures. D’ici à la fin de saison, tous les contrats signés comme les simples engagements moraux seront honorés. Qu’il s’agisse de spectacles, de répétitions, d’ateliers à l’école ou d’actions de démocratisation culturelle. « Nos maisons vivent grâce aux artistes. Il faut donc les protéger comme on protège les permanents. » Cela concerne environ cent cinquante personnes.

Nourrir les élèves

« Je me suis mis à Skype ! » confie Stanislas Nordey, qui n’aimait pourtant pas trop cela… L’outil indispensable pour garder le lien – mission de continuité pédagogique oblige. Tous les trois jours, il donne à lire aux étudiants des livres de sa bibliothèque numérique (Falk Richter ou Claudine Galea) et attend des fiches de lecture en retour. Le metteur en scène Rémi Barché va mener l’atelier déjà prévu avec cinq étudiants grâce au même procédé, quand le scénographe Emmanuel Clolus échange, par le Net, les croquis des décors et des costumes d’une future Cerisaie… La plus grande inquiétude concerne cependant le spectacle final de la promotion sortante. Le metteur en scène Julien Gosselin devait commencer le 14 mai les répétitions du Dekalog (« Décalogue »), le fameux cycle du cinéaste polonais Krzysztof Kieslowski, tourné en 1988. La création devrait avoir lieu au Printemps des comédiens, à Montpellier, puis être présentée à l’automne au TNS, avant de partir en tournée. Si tout s’arrête, l’économie d’un spectacle produit dans le cadre du cursus, avec douze acteurs, quatre scénographes, un dramaturge, deux assistants metteurs en scène et six créateurs son, lumière et vidéo – vingt-cinq personnes au total – s’effondre. « Cette promotion se retrouverait sans visibilité professionnelle. Cela ne serait pas équitable et je serais contraint de solliciter l’aide du ministère. » En revanche, le recrutement de la promotion suivante est bien avancé pour les acteurs… Ne reste que le stage probatoire avec quarante candidats, que le TNS espère organiser avant le 25 juillet, date de fermeture estivale… Pour les régisseurs et les scénographes, en revanche, tout reste à faire !

Le lien au public

Une vingtaine d’artistes associés au TNS, comme Christine Letailleur, Emmanuelle Béart, Laurent Poitrenaux, Nicolas Bouchaud, enregistrent des vignettes de cinq minutes avec leur texte préféré, publiées sur le site. « On crée des contenus neufs mais on ne souhaite pas de sur-offre. Cette crise met cependant en lumière notre manque criant d’archives vidéo. » Le public, de son côté, manifeste sa solidarité : certains ont proposé de ne pas se faire rembourser leurs billets avant même que le théâtre ne leur propose de faire, s’ils le peuvent, ce choix généreux.

Sa vie d’artiste ?

Réduite à la portion congrue… Pas question de répéter par Skype ! Annie Mercier, Hélène Alexandridis, Claude Duparfait et Laurent Sauvage, ses acteurs complices réunis sur le projet Berlin mon garçon, s’imprègnent des livres de Marie Ndiaye en attendant des jours meilleurs. Pas sûr néanmoins que Stanislas Nordey retrouve de si tôt un créneau auprès de ces comédiens très demandés. Cette plage temporelle, si elle devait durer, lui laissera en revanche le loisir d’apprendre ses propres textes « plus tranquillement ». Car il sera Mithridate, dans la pièce éponyme de Racine, montée par Éric Vigner durant la prochaine saison du TNS. Et participera à La Question, une mise en scène du Nantais Laurent Meininger, d’après le livre d’Henri Alleg dénonçant (dès 1958) la torture en Algérie. Si la crise est traversée sans trop de dégâts, si son travail au TNS le lui permet, il espère fureter davantage : « Lire en liberté et créer ainsi de nouveaux désirs. »

 

Que nous apprend cette crise sanitaire ?

« Je suis malheureux pour ceux qui sont touchés dans leur chair, et solidaire de toutes les décisions gouvernementales qui permettent de passer le pic de l’épidémie au mieux. Y a-t-il une prise de conscience de l’ensemble de la société et des médias, et plus précisément de nous tous, plus privilégiés que d’autres, des situations familiales compliquées, sans oublier les mal logés et les sans-abri, ou encore les gens âgés ? À cette date, elle ne me semble pas assez rapide… Au vu de ce qui nous tombe dessus, il y aura sûrement beaucoup de dégâts sociaux collatéraux auxquels on n’avait pas d’abord pensé. Cette crise nous interroge tous : que signifie d’être soudain confinés avec nos proches, ou au contraire brutalement éloignés d’eux ? J’ai moi-même perdu mes vieux parents au terme de longues maladies, et je compatis à toutes ces séparations forcées d’avec nos aînés en fin de vie. »

Mais sa fibre « développement durable » vibre d’entendre à nouveau les oiseaux en ville, de voir l’électricité tourner à bas régime. « Croire pourtant que rien ne sera plus comme avant me semble vain. Bien au contraire, la société risque de se jeter ensuite à corps perdu dans un rythme effréné. Ce type de réflexe s’observe après toutes les guerres… Les avancées seront ponctuelles. L’expérience du télétravail à grande échelle pourrait faire bouger les lignes. Les élus politiques de tous bords vont prendre conscience de la nécessité de réarmer notre système de santé. À ces deux endroits-là, cela changera sûrement. Quant à parler d’une prise de conscience de l’humanité tout entière, non… »

Son grand espoir, au vu des témoignages de sympathie que le TNS reçoit de la part du public ? « Retrouver, lors de notre réouverture, des spectateurs très motivés ! »

 
 
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Disney joue un tour infernal à ses intermittents du spectacle

Disney joue un tour infernal à ses intermittents du spectacle | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Guy Dutheil dans Le Monde - 3 avril 2020 

 

En raison de la pandémie liée au coronavirus, la direction des parcs de Disneyland Paris cherche à se défaire à moindres frais de centaines d’intermittents.

 

Cela ne sourit plus chez Mickey. La pandémie de Covid-19 provoque un différend entre les personnels et la direction des parcs de Disneyland Paris. Cette dernière cherche à se défaire à moindres frais des centaines d’intermittents qu’elle avait recrutés début 2020 pour les quatre spectacles qui devaient être proposés aux visiteurs jusqu’en juin.

Des productions des studios Disney ou Marvel, telles « Mickey et le Magicien », « Frozen (« La Reine des neiges »), ainsi que « Marvel : L’Alliance des super héros » et « Stark expo », qui ont dû être annulées après l’instauration du confinement général de la population. Quatre shows pour lesquels, selon nos informations, plus de 350 intermittents du spectacle – comédiens, danseurs, cascadeurs, mais aussi personnels techniques –, avaient été recrutés. Des centaines d’intermittents, dont Disney ne sait plus que faire aujourd’hui. Contactée, la direction du parc de loisirs n’a pas souhaité répondre.

Pour faire place nette, Disney veut faire vite. Par un courriel daté du mercredi 1er avril, la direction des ressources humaines (DRH) de Disneyland Paris enjoint aux intermittents de procéder à « une rupture amiable [de leur] contrat de travail ». « Circonstances exceptionnelles » à l’appui, Disney propose « la rupture anticipée d’un commun accord [du] contrat de travail à compter du premier avril 2020 ». Et pas question de tergiverser : la DRH leur demande de « bien vouloir [lui] confirmer [leur] accord avant le 2 avril 2020 ».

 

Solidaires, les intermittents ont fait appel au « syndicat des artistes interprètes », raconte Jean (le prénom a été modifié), l’un des intermittents engagés pour l’un des quatre spectacles. « La CGT nous a recommandé de refuser cette rupture unilatérale », ajoute le jeune homme. Une recommandation suivie par la majorité des intermittents, qui ont massivement rejeté la proposition de la DRH de Disney.

 

Ce courriel de la direction n’est qu’une étape supplémentaire de la dégradation rapide du dialogue social au royaume de Mickey. « Avant ce mail, il y a quatre jours », souligne Jean, « plusieurs d’entre nous ont reçu des appels du service des castings de Disneyland Paris pour savoir s’ils étaient d’accord pour rompre leur contrat de leur propre chef ». Des coups de téléphone assortis « de menaces ». « Si vous refusez, vous serez blacklistés chez Disney ! », se désole Jean.

Changement de pied radical

Ces pressions marquent un changement de pied radical de la part de la direction. Au départ, se remémore Jean, « Disney nous avait proposé de nous mettre en chômage partiel à partir du 1er avril ». Un dispositif réclamé pour les 15 000 salariés du parc à l’occasion d’une réunion, dimanche 29 mars, du Conseil social et économique (CSE) de Disneyland Paris. Pris en charge par l’Etat, les salariés devaient percevoir 84 % de leur salaire net, le reliquat étant versé par Disney, mais seulement jusqu’au 19 avril.

Les artistes des quatre spectacles annulés étaient prêts à accepter ces mesures de chômage partiel, même si cela aurait eu pour conséquence de « faire baisser [leur] nombre d’heures ». Un point noir crucial pour les intermittents. Pour bénéficier de ce statut, assez avantageux, et des indemnités qui vont de pair, chaque artiste doit travailler au moins 507 heures sur une période d’un an.

 

Confronté à un large front du refus venant de ses artistes, Disney pourrait choisir de passer en force sans attendre. Il pourrait invoquer « un cas de force majeure ». Une disposition qui lui permettrait « de nous virer sans notre consentement », s’alarme Jean. Ils percevraient certes l’intégralité des sommes qui leur sont dues jusqu’à la fin de leur contrat, qui arrive à échéance en juin, mais ils ne valideraient pas d’heures et risqueraient donc de perdre leur statut d’intermittents du spectacle.

Outre leur travail, nombre d’artistes licenciés par Disney seraient aussi susceptibles d’y perdre leur logement. En effet, certains d’entre eux – surtout des étrangers ou des provinciaux « montés » à Paris – « sont logés dans des résidences Disney », conclut Jean.

 


Légende photo : A l’entrée du parc d’attractions de Disneyland Paris, à Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne), le 9 mars. Benoit Tessier / REUTERS

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Coronavirus : le festival d'Avignon pourrait vivre une tragédie bien réelle

Coronavirus : le festival d'Avignon pourrait vivre une tragédie bien réelle | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par  Martine Robert dans Les Echos, publié le 3 avr. 2020


Le « In » et le « Off » constituent un gigantesque marché pour des centaines de compagnies et de tourneurs. Une annulation serait fatale pour nombre d'entre eux.


L'annulation, mercredi, du festival d'Edimbourg, l'un des plus grands événements mondiaux de spectacle vivant - il attire plus de 4,5 millions d'entrées et 25.000 artistes de 70 pays dans la capitale écossaise -, qui devait se tenir du 7 au 31 août, semble signer l'arrêt de mort de son concurrent français, le festival d'Avignon, censé débuter le 3 juillet.

Pour l'instant, dans le « In » d'Avignon , on veut y croire encore : la programmation sera annoncée par vidéo le 8 avril. « Nous avons 45 spectacles prévus dans 37 lieux, dont la cour d'honneur du Palais des Papes, 400 rendez-vous sur 20 jours. On veut donner du rêve, sans fausse promesse », souligne Paul Rondin, directeur délégué. Si les comédiens peuvent apprendre leur rôle à distance, va se poser début mai la question du montage des sites.

Le Off toujours plus plébiscité mais toujours plus fragilisé

Edimbourg a inscrit les festivals dans son ADN

Si Paul Rondin ne veut pas démobiliser ses équipes, bien des inconnues demeurent, convient-il. « 60 % de nos programmes sont étrangers, quelles seront les autorisations d'entrées et sorties du territoire ? Comment réagira le public ? Et diminuer la jauge pour respecter une distance sanitaire entre les places, c'est intenable financièrement et déprimant », avoue-t-il. 


Océan d'incertitudes
Sur un budget de 13 millions, 55 % provient de subventions, mais 45 % de la billetterie (3 millions d'euros) et des partenaires ou mécènes (1 million), lesquels pourraient faire défaut. 

Du côté du festival « Off », qui est aussi un marché pour les 1.600 spectacles présentés dans 140 théâtres permanents ou éphémères , « c'est un océan d'incertitudes économiques pour les compagnies qui misent là leur activité à l'année : elles dépensent 10.000 à 20.000 euros pour se loger et louer un local où présenter leur pièce, avec l'espoir de vendre 40 à 50 dates de tournées. Ne pas y participer, c'est se condamner, mais y aller est très risqué », souligne le producteur Jean-Marc Dumontet, habitué du « Off ».

Quant au territoire, les enjeux sont énormes, avec des retombées du « In » et du « Off » estimées à 25 millions d'euros pour la ville et 100 pour la région. 

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THEATRE DES LUCIOLES : les 25 ans du collectif –  entretien paru dans Alternatives théâtrales

THEATRE DES LUCIOLES : les 25 ans du collectif –  entretien paru dans Alternatives théâtrales | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Sylvie Martin-Lahmani dans Alternatives Théâtrales  - 31 mars 2020

 


Nous vous proposons de lire ici la version intégrale de leur entretien, et de découvrir un extrait dans un dossier complet consacré aux collectifs du N° #139 : Nos Alternatives

« La vie organique du groupe c’est le souffle, l’air… ça entre et ça sort tout le temps, et ça ramène de l’oxygène et des vents nouveaux. »

Réponse d’un membre des Lucioles, lorsqu’en fin d’année 2019, on leur a demandé de parler de la vie organique du groupe.
Prochain spectacle prévu en mai (espérons-le !) : HARLEM QUARTET et LE BONHEUR (n’est pas toujours drôle)
(par ordre chronologique de réponses)

Que faites-vous ensemble ?

Philippe Marteau

Le collectif permet avant tout de se lancer. Comme un défi irrépressible, d’abord à soi-même et ensuite à l’ensemble : « j’ai envie d’essayer quelque chose avec ce texte, cet auteur. »

Et dans un premier temps, à la marge des institutions, sans disposer toujours de beaucoup de moyens, il est possible de faire exister un nouvel objet. Cela donne de l’encouragement et de la confiance. Et souvent ça marche!  Au-delà de nos espérances. Et c’est ça qui est beau.

Nous nous connaissons depuis 1991 et le regard que nous portons les uns sur les autres est nécessairement profond et complexe.

Il nous arrive parfois de ne pas être d’accord avec ce que fait l’autre. Nous agissons comme une démocratie, rarement avec des votes, mais le plus souvent empiriquement, toujours favorables au développement des projets.

La politique n’est pas au cœur de nos discussions, c’est ce qui se raconte, ce qui se fabrique dans les spectacles qui peut être politique, sociétal. Mais il s’agit principalement de trouver une réponse poétique.

Nous avons été influencés, en plus de nos expériences personnelles, par des maîtres qui la plupart du temps venaient enseigner à l’école du TNB (Matthias Langhoff, Claude Régy, le Théâtre du Radeau, des gens moins reconnus et des acteurs- actrices bien sûr aussi…) et avec le temps le cercle s’est élargi, allant du cinéma au champ littéraire, et plus particulièrement contemporain.

Le collectif permet surtout de prendre son temps, le développement personnel de chacun est primordial. C’est un accompagnement dans la durée, comme une épaule solide.

L’énergie circule. De nouvelles personnes entrent dans le groupe. Des amitiés fidèles se nouent. Des passions se font et se défont. Comme une famille.

C’est toujours aujourd’hui une forme de résistance.

 

Valérie Schwarcz

Qu’est-ce que vous faites ensemble ?

Quand deux personnes qui s’aiment, pour ne pas dire un couple, se posent cette question, ce n’est pas toujours bon signe ; je dirais qu’après vingt-cinq ans arrive le temps de se poser franchement la question.

 

Comment vous êtes-vous trouvés ?

Nous étions ensemble dans la première promotion de l’École du TNB et l’évidence a été de rester ensemble. La question du « pourquoi « était moins présente que celle du « comment ». Comment inventer une forme de collectif avec déjà des personnalités fortes et parfois antagonistes, comment résister à la pression et à la tentation de faire émerger tout de suite des individualités…à notre manière assez empirique et ludique, on a réussi cela, un certain temps.

Que refusez-vous ? qu’affirmez-vous ?

Nous avons toujours affirmé la liberté pour chacun d’aller et venir en dehors du collectif et de proposer des projets, de là découlait le fait que nous avons très vite eu plusieurs projets en même temps portés par un.e porteur(se) de projet différent, sans obligation aucune que tous y soient inclus, ce qui a créé du mouvement, mais aussi un mouvement vers la sortie… et parfois une difficulté à nous identifier.

Quels sont vos objectifs ?

Je crois que nous voulions ça, un théâtre en mouvement, une liberté de jeu, expérimenter les places

Comment se prend une décision ?

C’est là où réside notre contradiction, le peu de décisions prises en commun sont d’ordre administratives, ou logistiques…au niveau artistique de plus en plus chacun défend son projet et s’il a les arguments et les moyens de production, on ne discute pas ; ce n’était pas forcément le cas au début mais on a tendu vers ça au fur et à mesure que s’affirmaient les individualités et les choix individuels de faire de la mise en scène. Ainsi on se retrouve maintenant souvent avec plusieurs projets produits par le collectif mais avec des économies et une visibilité très différentes. On peut donc aussi se faire de la concurrence à nous-mêmes, ça peut créer des tensions et des incompréhensions….

Quelle est la vie organique du groupe ? Qui entre, qui sort ? (comment se vit la fidélité)

A partir du moment où le collectif est devenu un collectif de metteurs en scène (plus que d’acteurs) et que chacun est dans une logique de distribution, il arrive de plus en plus souvent à tous de travailler en dehors du collectif ; se pose bien sûr la question du désir, et de la fidélité …disons que nous sommes absolument volages mais que nos amitiés peuvent être fidèles…

Quelle est la durée de vie de cette association ?

25 ans c’est déjà formidable, je crois que personne n’est resté sur le bord de la route, chacun s’est affirmé dans ses choix, le collectif nous a rendus plus fort, nous en explorons encore les limites…

Quelle appellation/signature ? collectif, bande, groupe, troupe, ensemble…

Théâtre des Lucioles, collectif d’acteurs

 

Quelles sont vos influences (théâtrales et non théâtrales ?)

Nous avons rencontré des maîtres à l’école qui nous ont inspiré, des metteurs en scène (Régy, Langhoff, Gabily, Colin) des auteurs et autrices ont marqué nos premiers spectacles (Fassbinder, Copi, Noren, Leslie Kaplan)

Constatez-vous un retour du leader ?

La question du rapport au pouvoir est une question qui finit toujours par se poser au sein d’un collectif, sans parler des pressions de l’extérieur pour en effet identifier clairement un (ou plusieurs) « chef » pour nommer, se référer etc… 

Quand on est soi-même plutôt méfiant par rapport aux prises de pouvoir « l’imbécillité essentielle de l’exercice du pouvoir » disait Duras, il est important de se mettre en capacité de ne pas subir ; pour ma part je suis très partagée sur cette place dominante qu’a prise le « metteur en scène » dans le paysage, et ça n’a pas toujours été le cas d’ailleurs… Je pense que l’acteur agissant est responsable de ce qu’il fait et bien souvent au centre du processus de création mais ce n’est guère mis en avant.

Y-a-t-il une dimension politique à votre démarche collective, un projet politique à affirmer et défendre ?

Ce n’est pas ce qu’on remarque de premier abord, le projet politique, mais le choix des auteurs, autrices, artistes qui nous ont accompagnés raconte quelque chose de notre histoire. Le prisme du politique n’est pas le plus pertinent je pense pour définir notre collectif, parce que notre fonctionnement a toujours été très empirique, ce qui ne veut pas dire que nous n’ayons pas été à des moments très impliqués dans la cité, et auprès de populations très différentes (dans les quartiers, dans les prisons etc…)

Y-a-t-il une menace à travailler ensemble ?

La menace étymologiquement vient d’en haut, de ce qui fait saillie, comme une épée de Damoclès, le danger viendrait plus de l’intérieur, le danger serait de ne plus avoir de désir, il faut donc travailler à le renouveler sans cesse…

 

 

Pierre Maillet

Qu’est-ce que vous faites ensemble ? comment vous êtes-vous trouvés ?

Après l’École du TNB qui n’existait pas avant notre arrivée en 91, la question ne s’est pas posée elle était évidente. Après 3 ans passés ensemble, on ne voulait pas se quitter. Non pas d’un point de vue romantique ou communautaire, mais parce qu’ensemble on savait que quel que soit notre geste artistique il serait plus fort, plus atypique et plus puissant. Même si justement en créant les Lucioles en 94, nous n’avions pas de projet artistique clair à part celui de construire ensemble. La grande particularité de notre rencontre tient bien sûr du hasard puisqu’on ne s’est pas choisis, mais la grande réussite de Christian Colin (notre directeur d’études) dans le choix des élèves a été tout de suite de défendre l’idée qu’un groupe ne pouvait être constitué que d’individualités fortes. Nos différences étaient grandes tant au niveau des âges (les plus grands avaient 28 ans et les plus jeunes 18) que des expériences vécues par chacun. Nous n’avons jamais été considérés comme des élèves mais plutôt comme une troupe d’acteurs réunis pour 3 ans dans un grand théâtre où il fallait tout inventer et construire : une école, sa place dans un théâtre et bien sûr développer nos univers artistiques. Dès le début la notion de simple interprète a été non seulement évacuée mais presque bannie. Du coup en sortant nous étions plus des chiens fous que des acteurs en attente que quelque chose arrive. Nous avons choisi l’indépendance et la liberté sans pour autant vivre en vase clos.

Que refusez-vous ? qu’affirmez-vous ?

Justement je dirais que l’histoire des Lucioles s’est écrite à partir de ce que nous ne voulions pas. A savoir un metteur en scène extérieur qui mettrait en scène le « groupe » type Comédie Française. Ou une troupe avec un chef : à notre époque il n’y avait que ça : Stanislas Nordey, Didier-Georges Gabily, François Tanguy, bien sûr Ariane Mnouchkine… des bandes mais une seule vision artistique spectacle après spectacle. Paradoxalement nous ne croyions pas non plus à la mise en scène collective. Nous ne voulions surtout pas « fermer » le groupe : si nous travaillions ensemble de manière exclusive on se serait séparés au bout d’un ou deux ans (ce dont tout le monde était persuadé à part nous). Bref, encore une fois 25 ans plus tard je pense que de manière empirique, spectacle après spectacle, nous avons défendu et continuons d’affirmer que la confiance du groupe dans la construction individuelle de chacun lui donne une liberté qu’il n’aurait pas tout seul. C’est en tout cas mon cas. Si je dirigeais une compagnie à mon nom, je serais face à des contraintes dont le fonctionnement des Lucioles me libère. Nous sommes tous acteurs, et c’est ça qui nous met tous au même niveau ; mais pour ce qui est de la mise en scène ça me permet de mettre la nécessité au centre. Si je ne suis pas convaincu d’embarquer qui que ce soit dans une création, et bien je n’en fais pas. Je ne suis pas contraint d’en faire une chaque année pour assurer la vie de l’association. Marcial, Élise, Fred, Laurent Javaloyes et moi avons tout de suite été tentés par la mise en scène, les 15 premières années étaient surtout des créations venant de nous quatre, puis Mélanie Leray en a eu envie ; quant à David, Philippe et Valérie ils ont mené leurs premiers projets passé leurs 40 ans. Les Lucioles sont un cadre, un foyer, une « maison » qui permet tout ça. Être à l’écoute de ses propres nécessités, et pouvoir les concrétiser quand c’est le bon moment.

Quels sont vos objectifs ?

Que ça continue.

Comment travaillez-vous ?

Il n’y a pas de « méthode Lucioles ». Chacun invente et/ou développe son chemin. Contrairement à ce que nomme Valérie, je ne dirais pas que nous sommes passés du « collectif d’acteurs » à un « collectif de metteurs en scène ». Je dirais plutôt que rétrospectivement, et toujours aujourd’hui nous sommes un « collectif d’artistes ». C’est un terme un peu pompeux mais plus ouvert et plus juste. Si nous faisons des spectacles de façon pyramidale (metteur en scène, auteur, acteurs, etc…), il y a beaucoup de projets qui sont nés (et qui naissent toujours) de façon différente. Dont la fabrication même définit la particularité de la création, à savoir de très forts désirs d’acteurs qui essaient d’inventer une circulation dans le travail qui se passe de « regard extérieur ». Pour exemples « Copi un portrait » signé par Marcial, Élise et moi ; la longue et belle histoire qui unit Fred, Élise et l’auteur Leslie Kaplan avec pas moins de 4 spectacles à leur actif ; David Jeanne-Comello et le musicien Stéphane Fromentin pour jouer « Le discours aux animaux » de Novarina ; Valérie Schwarcz et Nathalie Pivain pour « Le reflet cannibale » de Nelly Arcan ; la prochaine création de Philippe Marteau sur Édouard Louis et récemment en ce qui me concerne « One Night With Holly Woodlawn » un cabaret réunissant sur le plateau 2 musiciens, 1 acteur/musicien et 1 régisseur général… Nous avons aussi beaucoup mis en scène en duos : personnellement avec Laurent Javaloyes et Mélanie Leray, Élise Vigier avec Marcial Di Fonzo Bo… Ce qui est sûr, c’est que quelles que soient les formes (et même celles apparemment plus classiques dans leur fabrication) elles mettent toujours l’acteur au centre. Qu’il se laisse regarder ou qu’il force le regard, c’est toujours de lui dont il est question. Et le plaisir de jouer. Le plaisir c’est important. Pour moi il est signe de générosité, d’empathie et tout simplement de vie. Là-dessus je pense qu’on est tous d’accord.

Comment se prend une décision ?

« Il faut qu’on se voie, qu’on en parle et qu’on décide ». Souvenir d’une phrase que j’ai dite un jour un peu tendu à Élise, et du fou rire commun qui s’en est suivi… Ceci dit ce n’est pas tout à fait faux.

Quelle est la vie organique du groupe ? Qui entre, qui sort ? (comment se vit la fidélité)

La question de la fidélité à l’intérieur des Lucioles est proche de celle qu’on peut ressentir en famille. Le fait de rester ensemble, même si on travaille moins « tous ensemble » que les premières années, en dit suffisamment long sur l’attention portée à chacun, mais c’est une attention pudique. Respectueuse. Une chose tacite entre nous dont on ne parle jamais ouvertement, peut-être à tort d’ailleurs. Car il y a certainement, comme le dit Valérie des frustrations d’en être ou pas, mais ce n’est jamais clairement dit. En tout cas en réunion. Ce qui est indéfectible par contre c’est l’encouragement commun à « faire » coûte que coûte. Que tout le monde ait du travail, et puisse en vivre…  Quant à ceux qui y entrent, disons que le cercle s’est considérablement agrandi depuis 25 ans, au gré de nos différentes rencontres « en dehors » : acteurs, auteurs, musiciens et surtout techniciens : créateurs à part entière et avec qui pour le coup une grande fidélité s’est écrite au fil des années. Le noyau dur d’origine lui, n’a jamais vraiment bougé. Deux seules personnes en sont sorties : Marcial Di Fonzo Bo parce qu’il a pris la direction de la Comédie de Caen mais son lien avec la compagnie n’a jamais été rompu. Bien au contraire, c’est même une évidente continuité avec certains d’entre nous. Quant à Mélanie Leray, malgré plusieurs projets personnels dans le cadre des Lucioles elle a eu besoin de s’affranchir du groupe pour faire ses créations, donc elle est volontairement partie créer sa propre compagnie.

Quelle est la durée de vie de cette association ?

Vingt-cinq ans donc.

Quelle appellation/signature ? collectif, bande, groupe, troupe, ensemble…

« Le Théâtre des Lucioles » est récemment devenu « Les Lucioles ». On s’est dit que c’était mieux parce que nous sommes des individus, pas une institution. Et puis on s’est fait piquer l’appellation « Théâtre des Lucioles » par une salle du Festival Off en Avignon.

Quelles sont vos influences (théâtrales et non théâtrales ?)

De manière générale nos influences ne sont pas directement liées au théâtre en soi. Nous avons beaucoup fait d’adaptations : romans, films. Beaucoup de montages. La musique tient aussi très souvent une place importante… Certains auteurs sont assez récurrents (Fassbinder pour moi, Copi pour Marcial, Leslie Kaplan, Peter Handke, Rafael Spregelburd, Lars Noren…) Quand un auteur nous plaît, on ne le lâche pas facilement, on fait un vrai chemin avec. Les années 70 reviennent souvent aussi. Peut-être parce que nous y avons grandi, et que le dialogue entre les auteurs de cette époque et notre actualité nous semble toujours pertinente. D’un point de vue politique, sur la question de la liberté, la considération des marges, la gestion des utopies…

Constatez-vous un retour du leader ?

Pourquoi un retour ? Ils ne sont jamais partis. Comme je le disais plus haut, même les bandes les plus communautaires en ont un ou une… C’est comme ça. Se réunir autour d’une forte figure artistique n’est d’ailleurs pas forcément un mal, c’est un choix. Le plus bel exemple pour moi restera Fassbinder. Qui aurait envie de lui reprocher aujourd’hui d’avoir été un leader ? C’est en politique que les leaders sont dangereux, pas dans l’art. Maintenant pour en revenir aux Lucioles, notre fonctionnement est tel que cette question ne se pose pas. Nous sommes les leaders de nos créations, pas du groupe.

Y-a-t-il une dimension politique à votre démarche collective, un projet politique à affirmer et défendre ?

« Je ne suis pas pour le fait de faire des films politiques en brandissant un drapeau rouge, et je ne trouve pas que les films de Godard soient politiques, parce qu’ils n’ont, je ne sais pas, aucun effet, ils n’ont aucune répercussion, parce qu’ils n’atteignent que très peu de gens, parce que la manière dont ils sont faits les rend inaccessibles au plus grand nombre. Et je trouve qu’il faut faire des films politiques qui soient accessibles au grand public sinon, ils n’ont aucun sens, et sont politiques au mauvais sens du terme. » C’est Fassbinder qui le dit et je me (nous) reconnais bien là-dedans.

Y-a-t-il une menace à travailler ensemble ?

Pour moi c’est l’inverse absolu. Être ensemble nous protège au contraire de toute menace éventuelle. C’est un rempart solide. Et de toute manière, je pense qu’il n’y a pas de menace possible à l’intérieur d’un geste artistique quel qu’il soit. Pour moi elle viendra toujours d’ailleurs, jamais du dedans.

 

 

Elise Vigier

Que refusez-vous ? qu’affirmez-vous ?

On « s’est fait ensemble », on a fait l’école ensemble, et on a commencé notre vie de théâtre ensemble.  Au début on a « Tout » fait ensemble : créé des spectacles, pensé comment vivre, comment avoir une force et une liberté dans ce métier, donc on s’est organisé …

Nous avons décidé d’être un collectif d’acteurs, et pas de metteurs en scène. C’était une décision très importante car au moment où nous l’avons créé c’était justement l’ère des metteurs en scènes, des maitres.

Et nous, nous n’avions pas envie d’avoir de maitres, nous n’avions pas envie de dépendre du choix des maitres, nous avions envie de jouer, envie de travailler, et envie de travailler ensemble.

Je crois que pour nous c’était une façon très forte de dire et d’affirmer ni Dieu ni maitre en essayant d’inventer un groupe et une manière de faire du théâtre où le pouvoir (ou la question du pouvoir) serait organisé autrement.

L’idée première était de se dire que les acteurs étaient actifs, désirants et pas uniquement choisis ou élus, désirés ou non désirés par les metteurs en scènes. L’idée était aussi de ne rien empêcher, d’accompagner et de favoriser tous les désirs, donc si quelqu’un ou quelqu’une d’entre nous avait le désir de mettre en scène un texte, de créer une forme, il le faisait, et d’ailleurs cela continue, il ou elle le fait ! Il n’y a aucune censure …l’idée première était de créer une autonomie.

Un groupe autonome. Un outil de production, même si au départ on ne l’a pas formulé comme ça.

Nous étions au départ tous acteurs actrices et justement l’idée était de ne pas dépendre du désir des autres pour au contraire pouvoir initier des projets. La seule contrainte que nous nous étions donnée était de monter des spectacles avec d’autres membres de collectifs, d’autres lucioles.

On s’est appelé Les Lucioles en référence au texte de Pasolini dans les écrits corsaires, où il dit que les lucioles sont en voie de disparition à cause des multinationales et de l’arrivée du néolibéralisme.  Donc dès la naissance du groupe nous savions que nous voulions préserver une liberté, une poésie, un mode de fonctionnement solidaire, et que nous avions envie de remettre en question le pouvoir en permanence. Je crois que l’on a créé un collectif qui nous permettait non seulement de monter des textes insolents (dans le sens profond du terme), des auteurs non consensuels comme Fassbinder, Copi, pour n’en citer que deux, et de fabriquer un mode de résistance contre la machine à broyer du marché du spectacle (et du monde !).

Monter des textes contemporains, et surtout rester un groupe hétérogène où on ne se ressemble pas, où on ne pense pas tous pareil, essayer de garder et de travailler les différences.

Essayer aussi qu’il n’y ait pas un leader … un Chef … mais Des leaders … Des porteurs de projets. Que cela tourne… qu’il y ait un mouvement constant. Jamais quelque chose de fixe.

Nous avons créé les Lucioles en 94, nous sommes en 2019, et maintenant les choses ont bougé, évolué selon la vie intime et artistique de chacun.

Le premier texte que le collectif a monté c’était « Preparadise sorry now » de Fassbinder mis en scène par Pierre Maillet, qui nous a marqué car Fassbinder était aussi en bande.  Le deuxième spectacle était de Laurent Javaloyes. Il avait écrit une fiction à partir de chacun de nous qui s’appelait « Comme ça » ….

Et dès le début des Lucioles, on s’est donné la possibilité d’inviter des metteurs en scènes extérieurs, d’aller travailler ailleurs… Marcial, Fred et Philippe travaillait sur « Richard III » avec Langhoff à la création des Lucioles…

Quelle est la vie organique du groupe ? Qui entre, qui sort ? Quelle est la durée de vie de cette association ? Quelle appellation/signature ? collectif, bande, groupe, troupe, ensemble…

Pour nous, il a toujours été question de préserver le mouvement, donc on entre et on sort comme on veut !

On a toujours voulu être un groupe ouvert, en invitant des acteurs, actrices, musiciens, vidéastes…à travailler avec nous suivant les spectacles. On dit en rigolant : « il a y a les amis et les amants des Lucioles ! » Car on fait des spectacles avec les gens que l’on aime (c’est Vitez qui le dit ! et il a raison)

On a toujours fonctionné de manière empirique, donc on ne fait pas de grandes discussions ou de votes pour choisir un projet. C’est le porteur ou la porteuse de projet qui le propose, et qui met en place tout le travail de recherche de financement. Avec Odile Massart notre administratrice pilier de ce mouvement permanent. En collaboration avec Coralie Barthélémy chargée de production et de diffusion pendant une longue période, et aujourd’hui avec Emmanuelle Ossena…

C’est important de dire que nous avons une règle financière très égalitaire. On finance avec les subventions de la Cie les grands plateaux à une certaine hauteur, les petits plateaux à une autre, et ensuite le metteur ou la metteure en scène cherche les financements pour que les projets se créent. L’argent du collectif est toujours partagé de la manière la plus égalitaire possible. Ce qui fait même qu’au final, les projets qui tournent beaucoup et qui ont une grande visibilité permettent de financer les projets plus petits, ou qui sont peu visibles.

Nous avons produit par exemple la première mise en scène de Bruno Geslin, ami des Lucioles qui nous a proposé son projet sur Pierre Molinier « Mes jambes si vous saviez quelle fumée ». Ce spectacle une fois créé a connu une très belle vie et un grand succès mais au départ il était quasi inmontable…

Les Lucioles c’est aussi ça : un outil de production fort et concret.

Puis au fur et à mesure de la vie, les choix artistiques se sont dessinés et affirmés, des directions se sont prises, des univers particuliers, des choix d’écritures, des metteurs en scènes sont apparus …

Des sous-groupes, des duos, qui selon qu’ils mettent en scène seuls ou à deux travaillent différemment :

Pierre Maillet, Laurent Javaloyes, Mélanie Leray

Marcial Di Fonzo Bo et moi. Avec Pierre aussi

Moi et Frédérique Loliée notamment sur le travail avec l’auteur Leslie Kaplan

Nous avons toujours été très clairs sur la signature de la mise en scène. Pas de signature collective. Mais parfois, et d’ailleurs assez souvent des signatures en duo.

Nous avons toujours eu, et nous l’avons encore, un réel plaisir à rentrer dans l’univers de l’autre, à le découvrir, à s’y fondre.

Je dis : « nous avons eu » car après vingt ans de vie commune, évidemment les choses se sont transformées. Nous travaillons moins tous ensemble. D’autres familles d’acteurs, actrices nous ont rejoints et les univers de chacun se sont affirmés.

Quelles sont vos influences (théâtrales et non théâtrales ?)

Nous avons été, et sommes encore très influencés par le cinéma : Fassbinder, Buñuel, Cassavetes… Les écritures contemporaines : Copi, Spregelburg, Crimp, Kaplan, Baldwin …

Constatez-vous un retour du leader ?

Nous avons toujours lutté pour qu’il n’y ait pas de leader, mais il est évident que la société et le milieu du spectacle aime les leaders et la désignation d’un chef.

On ne peut bien sûr pas nier que des gens sont plus moteurs que d’autres, qu’il y a des « metteurs en scènes », donc des gens qui travaillent cet art-là, l’art de la mise en scène. Alors que d’autres n’en ont pas envie et préfèrent être ce qu’ils sont à la base : « acteurs ».

On ne peut pas nier non plus qu’il y a parfois des fatigues, parfois des lassitudes, parfois des difficultés, des blocages mais je crois que nous savons tous maintenant que nous ne nous voulons que du bien. Que les Lucioles permettent d’avoir un espace, une respiration, un outil de production, une liberté et donc une force.

Y-a-t-il une dimension politique à votre démarche collective, un projet politique à affirmer et défendre ?

Je crois que toute mes réponses répondent à cette question, OUI c’est politique, c’est une forme de coopérative, une forme de système autonome, une affirmation que le théâtre est un art du groupe, que le groupe de théâtre que nous sommes est une mini-société et que cette société (cette organisation sociétale) doit accompagner, pas piétiner.

C’est une forme de résistance

Y-a-t-il une menace à travailler ensemble ?

On est passé par plein de phases, il y a eu l’enthousiasme, le désir, le foisonnement, le plaisir des questions et des remises en cause…

Puis certainement des phases de « menace »… Je ne sais pas si c’est le mot exact, mais c’est sûr que celui ou celle qui portait le projet et mettait en scène pouvait éprouver un danger ou un ras le bol car il (ou elle) était trop remis en cause, trop bousculé par des contradictions ou des contestations

Maintenant je crois qu’il n’y aurait plus de menaces mais nous n’avons plus forcément le désir de travailler tous ensemble. Nous avons plutôt choisi de travailler à quelques-uns, et avec des gens extérieurs. Cela suit le mouvement de la vie, d’aller vers d’autres rencontres.

Forcément le choix « des Lucioles » est un projet politique, un projet de vie : les lucioles sont éphémères, lumineuses, en mouvement constant, et elles sont en voie de disparition (comme le dit Pasolini). C’est un choix et un acte à recommencer chaque jour que d’essayer de préserver cet « état de lucioles ».  C’est fragile, et c’est déjà une écriture finalement.

Voici une phrase d’Hemingway que James Baldwin cite dans ses notes autobiographiques. Je trouve qu’elle va bien aux Lucioles, à notre travail d’acteurs et de metteurs en scène…

Je la laisse en anglais car j’ai peur de mal la traduire, je vous laisse le faire si elle vous semble intéressante : « The great thing is to last and get your work done and see and hear and learn and understand ; and write when there is something that you know ; and not before ; and not too damned much after » (Death in the afternoon –Hemingway  )

 

Frédérique Loliée

Qu’est-ce que vous faites ensemble ?

On fête nos 20 ans, nos 30, nos 40 et arrivent les anniversaires des 50 ! On se voit grandir humainement et théâtralement. On aime bien boire des coups, monter des projets qui ne se ressemblent pas, creuser des endroits qu’on ne connait pas, penser le monde par questions, observer les tentatives de démocratie chez les autres et « chez nous »

Comment vous êtes-vous trouvés ?

On nous a assemblés ! A l’Ecole du TNB à Rennes, c’était la 1ère première promotion d’une école qu’ils inventaient, liée au théâtre dont Emmanuel de Véricourt venait de prendre la direction. Maintenant il y en a plein, mais à l’époque ce n’était pas courant, il y avait le Conservatoire à Paris, Strasbourg, Blanche… Dans le jury il y avait Alain Neddam, Sylvie Mongin Algan, Christiane Cohendy, Benoit Régent, Marc Liebens… et Christian Colin et Claire-Ingrid Cottanceau et de Véricourt. Ils avaient la volonté de former un groupe de citoyens/acteurs composé de gens différents, hétérogènes, qui pourraient s’assembler. On était différents, de cultures, d’âges, de parcours. Ca créait une énergie assez violente, brute, mouvante, et l’opposition ou les divergences produisaient des choses… des lumières… Du coup, en cours de troisième année, on a décidé de maintenir ce collectif d’acteurs, et on a commencé à inventer un mode de fonctionnement.

Que refusez-vous ?

Le pessimisme

Qu’affirmez-vous ?

La joie, même désespérée, les chemins de traverse et toutes les possibilités de pouvoir penser autrement.

Quels sont vos objectifs ?

Créer des objets ludiques, drôles et dérangeants qui font penser autrement justement.

Créer des groupes de travail en fonction du projet, qui confrontent des arts et des techniques différentes,  et qui vont questionner des types de narration nouvelles et comment « être ensemble »

Comment travaillez-vous ?

On s’appuie sur l’expérience des projets précédents, ce qu’on a appris, ce qu’on a envie de poursuivre, de modifier… On s’appuie sur son expérience et celle de l’autre

Comment se prend une décision ?

On accepte tous les projets en fait. Parce qu’il n’y a personne qui a plus de pouvoir que l’autre dans la prise décisionnaire. Chacun peut monter son projet, les Lucioles assurent une base de la production et la recherche de subvention mais chaque porteur de projet doit trouver sa coproduction. Un projet Lucioles doit avoir au moins 2 lucioles. La part de production s’établit en fonction du budget du projet. Comme il y a plus d’un projet par saison, on décide aussi comment on se répartit les théâtres auxquels on s’adresse.

Quelle est la vie organique du groupe ? Qui entre, qui sort ? (comment se vit la fidélité)

La vie organique du groupe c’est le souffle, l’air… ça entre et ça sort tout le temps, et ça ramène de l’oxygène et des vents nouveaux. On travaille tous ailleurs et avec. Avec toujours des divergences et des affinités ! C’est un peu la vie qui décide de la vie organique du groupe… certains se voient beaucoup, d’autres moins, un est parti parce que le groupe lui pesait, un parce qu’il allait diriger un théâtre… On se retrouve 2 fois par an au moins en réunion avec Odile, l’administratrice qui fait le lien de tout. La fidélité chez les Lucioles est très exigeante et j’aime beaucoup penser qu’aimer quelqu’un c’est être exigeant avec lui, percevoir ce qu’il peut, là où il pourrait aller, être… le tenter ! Moi je suis plutôt papillon en esprit, j’aime bien voleter, butiner… et j’ai appris avec les lucioles la grande valeur de la durée. On a demandé à Giacometti pourquoi ses dessins étaient composés d’autant de traits de crayons, et il a répondu (de mémoire) « parce que je regarde mon modèle tous les jours et il est tous les jours différent, je n’arrive pas à le fixer dans un seul trait ». Etre et travailler avec des gens depuis 25 ans c’est voir les gens toujours dans un possible, s’étonner de leur(s) possible(s), tenter toujours de ne pas écraser la différence mais qu’elle agisse comme un rebond. La fidélité c’est l’inverse de la stagnation, c’est stimuler l’autre, faire des essais ensemble, des chemins. C’est voir le temps se déposer sur les visages, les corps. C’est être exigeant avec la mémoire. C’est des rapports de force. C’est délicat et violent. Moi je vois la fidélité des Lucioles comme ça. Et ça a à voir avec le théâtre, avec la représentation des hommes entre eux.

Quelle est la durée de vie de cette association ?

Tant qu’il y aura du désir, tant qu’on en créera aussi. Moi je suis admirative de gens comme Claude Degliame, Rabeux, Evelyne Didi qui restent dans l’étonnement, le désir, la folie des aventures. Je ne sais pas s’il existe des collectifs d’acteurs de 70 ans… ?! mais ce serait drôle…

Quelle appellation/signature ? collectif, bande, groupe, troupe, ensemble…

Collectif ou groupe

Quelles sont vos influences (théâtrales et non théâtrales ?)

Les groupes, les années 70, Fassbinder et tous ses acteurs, Cassavetes et tous ses acteurs, Bergman et tous ses acteurs, Dromesko, le théâtre du Radeau, Copi, Pasolini, les fous, les associations libres, les inventions, la Factory, ce qui est en marge. En ce qui me concerne beaucoup la peinture, la photo… tout ce qui a trait au point de vue, d’où on regarde.

Constatez-vous un retour du leader ?

Il y a des leaders et il y a aussi la recherche du leader de la part des institutions, du nom, du metteur en scène. Et dans les dossiers, les programmes, il y a des cases et il faut mettre des noms. Au début, et on le voit chez tous les collectifs, il y a le nom du collectif et très très vite les noms se mettent dans les cases. Institution, presse…. on se laisse influencer, on laisse passer…  

Au départ, nous on savait la force du groupe, et on mettait la création de l’acteur au même niveau que celle du metteur en scène. Il était un être pensant, actif, créateur, on haïssait l’idée de l’acteur-interprète qui fait ce qu’on lui dit de faire. Faire un spectacle c’était arroser de la terre avec une écriture, la vision d’un acteur et la vision d’un metteur en scène, et la plante qui poussait avait la forme de cette rencontre (cf Vitez). Ca, je pense qu’on est d’accord là-dessus. Alors, bien sûr parmi nous il y avait des gens qui avaient plus une énergie de meneur que d’autres, des forces de propositions qui des fois pouvaient étouffer d’ailleurs, mais on arrivait toujours à rebondir. Des fois en s’éloignant un temps ! Mais concrètement dans les Lucioles, il y avait le soin de laisser l’autre monter son projet, donc lui laisser l’espace de sa recherche artistique, intervenir en respectant sa recherche. Donc il était normal qu’il signe la mise en scène pour affirmer son geste. Il était leader de son projet, pas du collectif. Et puis petit à petit, monter un projet, chercher des subventions, des coproductions, monter une équipe… c’était le porteur du projet qui le faisait, et de moins en moins le groupe, du coup cette force de travail a été prise en compte. Avec le temps aussi les choix et les directives artistiques se sont affirmées chez chacun, les liens particuliers avec des lieux… et donc les Lucioles c’est 6 leadeuses qui éclairent des bouts de nuit, chacun à sa manière, et qui ont une maison où elles viennent parler de leur expérience de la nuit, se donner des conseils, s’entraider, chercher des issues, et elles repartent à l’aventure, dans la nuit.

Y-a-t-il une dimension politique à votre démarche collective, un projet politique à affirmer et défendre ?

La politique c’est : comment vivre ensemble. Donc oui la démarche collective est politique.

Elle résiste. A la politique qui pense pour d’autres et impose. Aux systèmes fermés, unilatéraux.

Il me semble que dans les Lucioles on a toujours cherché tout ce qui est ouvert, en mouvement et peut produire des effets enthousiastes, vivants. En jouant avec l’économique, la technique et l’artistique. C’est archi politique de rêver et faire rêver… de I have a dream à Yes we can… alors eux c’est des leaders ! ce que serait un grand politique : un visionnaire et qui travaille des perspectives dans le temps, au-delà de lui. Et qui soulève.

Le problème du politique c’est qu’il réagit à des effets, de mode, de presse, c’est sinistre. C’est résoudre des problèmes. Mais en fait le chemin est beaucoup plus intéressant que la solution (qui n’en est pas une en plus !). Le fameux « intérêt pour le déroulement et non pour le dénouement » de Brecht. Il y a toujours une force propositionnelle du « bas » à écouter parce qu’elle est souvent inventive, inédite. Drôle aussi.

En 68, les gens parlaient du dimanche de la vie, ils avaient l’impression de pouvoir toucher leur vie, prendre position, acter.

Quand on conduit on oublie qu’on est dans un espace commun, on est dans sa bagnole et on oublie que la route n’est pas à nous! Je ne sais pas… peut-être les Lucioles c’est être un à plusieurs.

Y-a-t-il une menace à travailler ensemble ?

Travailler ensemble est et reste un ilot de résistance.

 

 

Auteur : Sylvie Martin-Lahmani

Professeure associée à la Sorbonne Nouvelle, Sylvie Martin-Lahmani s’intéresse à toutes les formes scéniques contemporaines. Particulièrement attentive aux formes d’arts dits mineurs (marionnette, cirque, rue), intéressée par les artistes qui ont « le souci du monde », elle est codirectrice de publication de la revue Alternatives théâtrales depuis janvier 2016

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« Notre Grande Evasion » au Théâtre de la Comédie de Valence : récit du nouveau directeur, le metteur en scène et scénographe Marc Lainé.

« Notre Grande Evasion » au Théâtre de la Comédie de Valence : récit du nouveau directeur, le metteur en scène et scénographe Marc Lainé. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello,  28 mars 2020



« Notre Grande Evasion » au Théâtre de la Comédie de Valence – Centre dramatique national Drôme-Ardèche. Récit de son tout nouveau directeur depuis janvier 2020, le metteur en scène et scénographe Marc Lainé, artiste talentueux tenu d’apprendre en vitesse accélérée son métier de capitaine de vaisseau.

 

« Distanciation sociale » oblige, la crise sanitaire travaille à l’invention de créations artistiques inédites en ligne sur les comptes Facebook et Instragram de la Comédie, tels sont les gestes de résistance de son Nouvel Ensemble artistique.

 Les débuts ont été difficiles pour l’artiste transdisciplinaire très impliqué Marc Lainé, pilote de la Comédie de Valence, sollicité sur tous les fronts, non seulement depuis la crise sanitaire du 13 mars dernier, mais auparavant encore, par les travaux initiés par ses prédécesseurs et pleinement engagés sur le site du théâtre depuis janvier 2020.

La situation est déjà complexe puisque la saison s’organise de fait hors-les-murs, exigeant de se mettre en contact avec les partenaires de la région pour aménager des espaces qui puissent accueillir la saison théâtrale. En outre, depuis le confinement, les travaux se sont interrompus, de même que beaucoup de dossiers ont été arrêtés.

Dessins : Stephan Zimmerli.



Heureusement, raconte Marc Lainé qui tient la barre au plus fort de la tempête, l’équipe de la Comédie de Valence est à la fois professionnelle et enthousiaste, favorable aux nouveaux projets, joyeuse et pleine d’humour, répondant d’emblée aux propositions.

Le metteur en scène – secondé par la directrice-ajointe Claire Roussarie – connaissait déjà l’équipe pour avoir travaillé les saisons passées à la Comédie de Valence : tous absorbent les chocs successifs et se confrontent à la situation nouvelle, au jour le jour.

Les méthodes sont à réinventer, au-delà du théâtre car ni le télétravail ni la visioconférence ne font bon ménage avec cet art scénique, des moyens qui sont plutôt antinomiques au théâtre qui rassemble les gens ici et maintenant, en créant du lien.

 Mais les choses avancent : il a fallu parer au plus pressé, et rémunérer ainsi toutes les équipes auprès desquelles le théâtre s’était engagé. Au moment de se quitter, après l’urgence des premières initiatives, s’est imposée au chef de la Comédie une intuition :

celle de maintenir une activité de création pendant ces temps d’exception et fédérer l’équipe du théâtre autour d’un projet créatif, la raison d’être de toutes ces Maisons.

« Ce lieu artistique de créations transdisciplinaires doit rester au service du théâtre, en croisant tous les champs disciplinaires – la littérature, la musique, le cinéma et les arts plastiques », précise Marc Lainé. Le message est envoyé, le partage sur les réseaux sociaux est aussitôt réactif, ouvert aux créations sur le Facebook de la Comédie.

La proposition consiste à donner la possibilité aux artistes de pouvoir s’exprimer, sans obligation, en maintenant un lien avec le public. D’où la naissance du projet : « Notre Grande Evasion », c’est-à-dire une invitation aux spectateurs, « à l’arrêt », à s’évader à travers des projets contextuels qui s’improvisent et dont certains sont participatifs.

Soit la marque même de l‘ADN du projet pour la Comédie de Valence, en phase avec les missions d’éducation artistique et culturelle, au plus près des amateurs et du public.

Soit la traduction encore des actions menées et des gestes entamés qui iront jusqu’à l’aboutissement artistique et la création de véritables œuvres d’art. Ces projets participatifs annoncés sont de facto anticipés sur la programmation à venir.

Une première occasion de rencontrer les artistes qui vont travailler à la Comédie.

En deux jours, les projets participatifs d’écriture ont obtenu une soixantaine de réponses, les participants sont divers – artistes, techniciens du théâtre, et spectateurs.

L’enjeu artistique tient ses exigences : on peut être deux heures au téléphone ou par mail avec chacun des participants. Pour un atelier d’écriture, sans la présence des corps, ce qui implique davantage de précaution dans la fluidité des échanges.

Notre Grande Evasion : « L’Echappée intérieure », « Carnet d’un voyage immobile », « Je suis dedans. Etre ce qui est à l’intérieur du trait. »

Les propositions s’inventent au fil du temps, et trois premiers projets participatifs  se dessinent : le premier est L’Echappée intérieure, un projet littéraire et participatif de Marc Lainé et Tünde Deak, soit une chaîne narrative littéraire nouée avec le public.

Le metteur en scène a initié la chaîne, demandant chaque jour « à qui le veut bien » de poursuivre le chapitre d’un voyage mental et imaginaire. Le spectateur inscrit ajoute une étape à ce périple intérieur, écrivant sous deux contraintes, la reprise initiale de la dernière phrase du texte qui précède, l’utilisation du « tu » de la deuxième personne.

L’exigence revient à « se recentrer sur l’acte d’écrire, se reporter sur cet acte réflexif et introspectif » qui s’oppose à la saturation actuelle des propositions visuelles où chacun se met en scène. Artiste transdisciplinaire,  Marc Lainé est attentif au décalage littéraire de l’écriture et la fiction – le texte et la fable -, matrice qui génère  la transdisciplinarité.

 Le deuxième projet s’intitule « Carnet d’un voyage immobile », un projet de Stephan Zimmerli, architecte et scénographe, dessinateur et musicien, complice de longue date de Marc Lainé. Il pose la question : «  Si vous pouviez à l’instant précis vous téléporter dans un lieu idéal, réel ou imaginaire, à quoi ressemblerait-il ? » Par Skype, Stephan Zimmerli, guidé par les mots du participant, dessine en temps réel son paysage idéal.

L’expérience est émouvante car la première participante à ce projet était une artiste italienne, confinée à Milan depuis quelque temps déjà. Nulle démesure, mais seule, la profusion du geste, selon Marc Lainé ; de la pudeur, de la modestie, de la sensibilité.

Enfin, le troisième projet, « Je suis dedans. Etre ce qui est à l’intérieur du trait », revient à Silvia Costa, metteuse en scène et performeuse. Celle-ci propose aux participants de lui écrire pour témoigner de leurs bribes de pensées nocturnes – un carnet de nuit tenu au bord de l’endormissement.

Silvia Costa souhaite écouter les voix, sensations et pensées qui émergent en ce moment particulier, leur donnant quotidiennement une forme muette à travers ses dessins – une traduction en poèmes et en dessins. Vivant à Venise, elle avait entamé un projet sur d’autres thématiques pour la saison, celui-ci prendra ainsi une autre forme.

Adviennent aussi, au fur et à mesure, d’autres projets plus personnels, comme celui de Marie-Sophie Ferdane, une actrice fidèle aux créations de Marc Lainé, héroïne de son Hunter, et qui était en train de lire, quand la crise sanitaire s’est imposée, « J’ai oublié », le récit autobiographique de l’actrice Bulle Ogier, coécrit avec Anne Diatkine.

Ce livre qu’elle lit en ce moment témoigne, à sa façon, d’un monde qui ne reviendra pas, d’un passé culturel et artistique disparu : ses icônes s’en sont envolées. Et Marie-Sophie Ferdane met en résonance les mots de Bulle Ogier avec « notre » réalité, révolue aussi.

La vidéo, tout en retenue, donne à voir seuls, les toits parisiens et les rues de la ville, perçus depuis la fenêtre de la comédienne dont on entend la belle voix significative.

Une autre proposition plus politique se dessine encore, portée par un même élan d’enthousiasme solidaire, projet de l’auteure et comédienne Penda Diouf. Installée à Aubervilliers, elle lit des textes de penseurs – philosophiques, politiques et critiques -, qui font écho à la crise sociétale, des mots dont les ondes frappent cette actualité inouïe.

L’idée, note Le directeur de la Comédie de Valence, est de lancer des pistes, de tirer des fils et de voir l’évolution de ce mouvement d’enthousiasme et de solidarité. L’enjeu symbolique revient à travailler ensemble, faire chaîne, ce qui active d’autres curseurs.



Véronique Hotte

La Comédie de Valence Place Charles Huguenel 26000 Valence. Tél : 04 75 78 41 70.  FACEBOOK, TWITTER, LINKEDIN, EMAIL. 

Crédit photo : Pascale Cholette.

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le n° 21 du magazine Théâtre(s), printemps 2020, en téléchargement gratuit 

le n° 21 du magazine Théâtre(s), printemps 2020, en téléchargement gratuit  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Le groupe éditorial La Scène, qui publie notamment La Lettre du spectacle, a décidé pour la période de confinement, de mettre gratuitement en ligne TOUTES ses publications, et notamment le magazine trimestriel passionnant Théâtre(s) (156 pages d'enquêtes, d'entretiens, de portraits, de critiques de spectacles).

 

Lien de téléchargement du n°21 de Théâtre(s), printemps 2020

 

Dans le n°21 (printemps 2020) vous pourrez lire, entre autres :
- Un dossier sur l'engagement au théâtre (Krystian Lupa, Rébecca Chaillon, Le Birgit ensemble...)
- Un extrait de la pièce "Neuf mouvements pour une cavale" de Guillaume Cayet
- un reportage sur la création par Christophe Rauck de "La Faculté des rêves"
- un reportage en images sur "l'Heure bleue" de David Clavel avec Daniel Martin et Emmanuelle Devos, photos de Jean-Louis Fernandez
- un grand entretien avec Philippe Torreton
- Un entretien avec Yasmina Reza
- un portrait de Dimitri Jourde
- un souvenir du "Soulier de satin" par Didier Sandre
- un reportage sur les binômes de direction dans les centres dramatiques nationaux (Colmar, avec Emilie Capliez et Matthieu Cruciani, et Montpellier avec Nathalie Garraud et Olivier Saccomano)
- Des portraits d'Estelle Savasta, de Lisa Guez , d'Anne-Cécile Vandalem, de Sandy Ouvrier...
- une chronique d'Olivier Neveux
- les témoignages de trois artistes sur Claude Régy : Valérie Dreville, Alexandre Barry, Laurent Cazanave
- Un cahier de critiques des spectacles

 

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La Comédie de Valence réinvente une forme d'art participatif… à distance !

La Comédie de Valence réinvente une forme d'art participatif… à distance ! | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié dans L'impartial, 28 mars 2020

 

 

Alors que la Comédie de Valence a dû fermer ses portes à la mi-mars et ce jusqu’au 18 avril minimum, les équipes et les artistes du nouvel Ensemble artistique de la Comédie ont trouvé le moyen de garder le contact avec les spectateurs. Le centre dramatique national valentinois, lieu de création entend maintenir une activité artistique à partager via les réseaux sociaux. « Des gestes de résistance et de solidarité, qui pourront prendre de multiples formes et qui nous permettront d’affirmer la nécessité de partager l’art malgré tout » affirmait Marc Lainé, le nouveau directeur lors du lancement de cette « grande évasion ».

 

Pas de confinement à la créativité

Depuis le 18 mars, des créations artistiques inédites sont dévoilées sur la page Facebook de la Comédie. Parmi elles, un projet littéraire participatif, de type « cadavre exquis » qui a démarré le 23 mars par un texte de Marc Lainé. « Il s’agit de créer avec le public une chaîne narrative infinie. Chaque jour, nous invitons un spectateur à écrire une étape, un épisode du voyage imaginaire d’un double fictif. Ce voyage devra être ponctué de rencontres extraordinaires ou décalées et de découvertes de paysages inconnus que chacun aura à inventer et à décrire avec ses mots… »

 

Stephan Zimmerli, plus connu comme musicien (membre du groupe Moriarty) a quant à lui, lancé un projet graphique totalement participatif lui aussi. Ce dessinateur met son crayon au service de l’imaginaire, via Skype, sur la base d’une question simple : « Si vous pouviez à l’instant précis vous téléporter dans un lieu idéal, réel ou imaginaire, à quoi ressemblerait-il ? » Guidé par les mots du participant, Stephan Zimmerli dessine alors, en temps réel ce paysage idéal. Le dessin s’arrêtera quand le participant le reconnaîtra. Un « carnet de voyage immobile » que l’artiste livre ainsi chaque jour.

 

Vidéo de présentation 

 

Silvia Costa, elle, recueille les pensées du jour, les phrases qui passent, les mots qui reviennent pendant ce confinement, qu’elle transformera en dessin, et qui constitueront un carnet de la quarantaine. Vous pouvez envoyer vos pensées par mail à ssilviacostaa@gmail.com.

Des lectures et des escapades musicales sont aussi proposées régulièrement. De quoi s’occuper et se divertir l’esprit encore quelques semaines… Pour connaître toutes les modalités d’inscription aux différents projets artistiques, contactez la Comédie de Valence par mail : notregrandeevasion@comediedevalence.com

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« D’un cheval l’autre », le carrousel intime de Bartabas

« D’un cheval l’autre », le carrousel intime de Bartabas | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosita Boisseau dans Le Monde - 21 mars 2020

 

Je voulais écrire ce livre depuis longtemps et, tout d’un coup – c’est une histoire d’instinct –, j’ai ressenti la nécessité de le faire et de raconter ce qui me reste intimement des chevaux avec lesquels j’ai vécu et travaillé », glisse Bartabas, 62 ans, en évoquant son premier livre, D’un cheval l’autre (Gallimard, 320 p., 20 euros).

 Lire aussi  Bartabas : « Le cheval joue comme un enfant »

 

Alors qu’il vient de stopper sa nouvelle production du Sacre du printemps, sur la musique de Stravinsky, dont la création était prévue du 16 au 28 avril, à La Villette, à Paris, le patron du Théâtre équestre Zingaro a la voix basse et rauque. Les danseurs cubains avec lesquels il collaborait sont retournés chez eux et « le projet tombe à l’eau », conclut Bartabas, « replié » dans sa base, en pleins travaux, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

Bartabas : « L’écriture a non seulement été un plaisir et une liberté proche de la création de spectacles, mais elle est aussi le seul moyen de fixer véritablement l’histoire et la mémoire. »

L’écuyer reprend heureusement du poil de la bête en évoquant « cet adieu aux chevaux, en particulier à ceux qui sont morts », que représente l’ouvrage auquel il a consacré un an et demi de travail : « Je réalise aujourd’hui, un mois après sa sortie, que l’écriture a non seulement été pour moi un plaisir et une liberté proche de la création de spectacles, mais qu’elle est aussi le seul moyen de fixer véritablement l’histoire et la mémoire. Ce poids de la mémoire, écrire permet de le dépasser pour aller vers autre chose. La vraie parole est la parole littéraire. »

 

Quel plongeon que celui vécu par Bartabas dans plus de cinquante ans de passion – il a commencé à monter à l’âge de 5 ans – et d’intimité avec les chevaux ! Eaux profondes et opaques des souvenirs, sensations et émotions intenses au contact de chacun des animaux, Bartabas fait revenir « un carrousel de morts-vivants ».

 

Ils s’appellent Hidalgo, Dolaci, Lautrec, Zanzibar. Chacun surgit sur le fil de 52 chapitres racontant, sous la plume nerveuse et sensuelle de « Bartabas le Furieux, l’homme qui, à cheval, va mesurer le monde », comme il se présentait dans les années 1980, la première rencontre, le premier regard, la première nuit, les spectacles aussi. Chacun est détaillé avec amour et minutie dans sa plus haute singularité.

 

 Lire aussi  Van Gogh, cheval à une oreille, sauvé de la boucherie par Bartabas

Chaparro, Le Tintoret, Zingaro…

On rencontre Chaparro, qui échappa à la boucherie, et dont « les voltiges avaient des airs de samba » ; Ryton Regent, né en Angleterre, qui tira le corbillard-alambic du Cabaret équestre« jamais malade, toujours partant, sur qui on peut compter » ; Le Tintoret, cheval de cascade pour le cinéma, expert magnifique en « affalement contrôlé »… Et Zingaro, évidemment, « mon sang, ma chair », confie Bartabas, « devenu plus qu’un cabot, un véritable acteur », qui revient régulièrement tout au long du livre.

Ces portraits d’animaux révèlent, en creux, la personnalité du metteur en scène, éclairent ses choix et son tempérament au gré de réflexions sur l’animalité, le centaure, la solitude…

Ces portraits d’animaux au plus près de l’histoire de Bartabas, de son évolution artistique et de celle du théâtre équestre créé en 1984 retournent les couches d’une intimité rare que Bartabas raconte sans peur mais non sans pudeur.

 

Ils nous emportent dans les lieux marginaux et insolites où les chevaux furent achetés, des écuries espagnoles ou italiennes, circuit tauromachique ou cales de bateaux en provenance d’Argentine où furent trimballés les quinze criollos que l’on a pu voir dans Loungta ou Battuta. Ils révèlent aussi, en creux, la personnalité du metteur en scène, éclairent ses choix et son tempérament au gré de réflexions sur l’animalité, le centaure, la solitude… Si peu d’humains sont présents dans le livre – un parti pris assumé par l’auteur –, une question taraude Bartabas : « Quelle est la vraie frontière entre l’humain et l’animal ? »

Entre chaque chapitre, l’auteur a glissé des blocs de phrases proches de haïkus comme autant de confidences : « Les chevaux sont carnivores. Ils ont dévoré ma vie, et tout y est passé » ; « Monter à cheval, c’est partager sa solitude » ; « Avec les hommes, j’ai toujours l’impression d’être déguisé. Seuls les chevaux me voient tel que je suis. »

 

A la fin de ce livre riche et émouvant, la liste de tous les chevaux qui ont travaillé avec Bartabas, de A comme Akim à Z comme Zurbaran, en passant par B comme Babilée – hommage au danseur Jean Babilée (1923-2014) –, P comme Pollock ou R comme Raspoutine, s’étire comme un ruban. Cette litanie de mots doux et puissants, « caravane de ses nuits », clôt ce  « tribut » unique.

 

« Ex Anima », le dernier spectacle de Bartabas, est disponible, à partir du 20 mars, sur Arte.tv en 360VR.

 

Rosita Boisseau

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La Comédie-Française lance un programme en ligne : La Comédie continue !

La Comédie-Française lance un programme en ligne : La Comédie continue ! | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié sur Sceneweb le 27 mars 2020

 

La Comédie-Française lance La Comédie continue!, sa première chaîne en ligne, et poursuit la diffusion de ses programmes avec ses partenaires audiovisuels à partir du lundi 30 mars 2020 à 16h, plusieurs levers de rideaux seront proposés chaque jour sur le site Internet et sur la page Facebook de la Comédie-Française.

“Toute la Troupe se mobilisera, à l’heure de l’impossibilité de jouer dans les différentes salles parisiennes et en tournée” explique Eric Ruf l’Administrateur. “Nous ouvrons notre boîte à jouer pour offrir au public nos trésors, connus ou inconnus. Chaque spectacle donné depuis quarante ans maintenant bénéficie d’une captation d’archivage sur plusieurs soirées, avec montage à la clé. La qualité n’est pas celle du cinéma et ces captations ne bénéficient pas d’une postproduction parfaite mais cette collection recèle des trésors que nous voulons partager dans ces moments exceptionnels.”

La Comédie-Française donne rendez-vous à partir aux spectateurs chaque jour, à partir de 16h. Un des comédiens de la Comédie-Française ou de son Académie jouera le speakerin ou la speakerine et présentera, à sa manière, les programmes quotidiens. La Comédie-Française proposera des spectacles récents mais aussi mises en scène historiques comme Bérénice de Racine par Klaus Michael Grüber, La Forêt d’Ostrovski montée par Piotr Fomenko, La Vie de Galilée de Brecht par Antoine Vitez… À ces inédits de spectacles, cabarets, école ou portraits d’acteurs, interviews de maîtres, seuls-en-scène, lectures, captés à la Salle Richelieu, au Théâtre du Vieux-Colombier et au Studio-Théâtre, s’ajoutent les captations de nos collections réalisées avec des partenaires historiques comme France Télévisions ou Pathé Live ainsi que les collections audio enrichies de saison en saison depuis des décennies avec France Culture.

La grille des programmes de La Comédie continue !


2 levers de rideaux principaux aux heures habituelles de représentation
– à 18h30, portraits d’acteurs, greniers des maîtres et greniers des acteurs, spectacles jeune public, seuls-en-scène ou autres pièces courtes
– à 20h30, les grands spectacles de la Troupe, les spectacles musicaux ou encore les films de la collection « La Comédie-Française fait son cinéma » coproduite par ARTE. Ce lever de rideau sera suivi par des bonus et des interviews d’acteurs.

LUNDI 30 MARS
Speakerin du jour Serge Bagdassarian
18h30 Portrait d’actrice – Paradoxe(s) Anne Kessler Entretien mené par Mathilde Serrell
Capté au Studio-Théâtre en mars 2019
Durée 1h30
20h30 La Double Inconstance de Marivaux – mise en scène Anne Kessler
avec Catherine Salviat, Éric Génovèse, Florence Viala, Loïc Corbery, Stéphane Varupenne, Georgia Scalliet, Adeline d’Hermy et les comédiens de l’Académie Claire Boust, Ewen Crovella, Charlotte Fermand, Thomas Guené, Solenn Louër, Valentin Rolland
Capté Salle Richelieu en février 2015
Durée 2h15

MARDI 31 MARS
Speakerine du jour Claire de La Rüe de Can
18h30 Grenier des maîtres Alain Françon
Entretien mené par David Tuaillon
Capté à la Coupole, Salle Richelieu en mars 2017
Durée 1h25
20h30 Les Trois Sœurs d’Anton Tchekhov, traduction André Markowicz et Françoise Morvan – mise en scène Alain Françon
avec Éric Ruf, Bruno Raffaelli, Florence Viala, Coraly Zahonero, Laurent Stocker, Guillaume Gallienne, Michel Vuillermoz,  Elsa Lepoivre, Stéphane Varupenne, Adrien Gamba-Gontard, Gilles David, Georgia Scalliet, Hélène Surgère, Michel Robin et Élodie Huber, Pascale Moe-Bruderer, Sébastien Coulombel et Floriane Bonanni
Capté Salle Richelieu en mars 2011
Durée 2h25

MERCREDI 1ER AVRIL
Speakerin du jour Hervé Pierre
18h30 Les Trois Petits Cochons adaptation Marcio Abreu et Thomas Quillardet – mise en scène Thomas Quillardet
avec Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Stéphane Varupenne, Marion Malenfant
Capté au Studio-Théâtre en décembre 2012
Durée 55 minutes
20h30 Le Misanthrope de Molière – mise en scène
Clément Hervieu-Léger
avec Yves Gasc, Éric Ruf, Florence Viala, Loïc Corbery, Serge Bagdassarian, Gilles David, Georgia Scalliet, Adeline d’Hermy, Louis Arene, Benjamin Lavernhe et les comédiens de l’Académie Heidi-Eva Clavier, Lola Felouzis, Pauline Tricot, Gabriel Tur, Matĕj Hofmann, Paul Mc Aleer
Capté Salle Richelieu en juin 2014
Durée 2h30

JEUDI 2 AVRIL
Speakerine du jour Elsa Lepoivre
18h30 Portrait d’actrice – Paradoxe(s) Véronique Vella
Entretien mené par Mathilde Serrell
Capté au Studio-Théâtre en octobre 2019
Durée 1h20
20h30 Cabaret Georges Brassens – direction artistique Thierry Hancisse
avec Sylvia Bergé, Éric Génovèse, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Hervé Pierre, Jérémy Lopez et les musiciens Benoît Urbain, Olivier Moret, Paul Abirached
Capté au Studio-Théâtre en mai 2014
Durée 1h25
21h45 Trois hommes dans un salon d’après l’interview de Brel – Brassens – Ferré par François-René Cristiani –
mise en scène Anne Kessler
avec Éric Ruf, Laurent Stocker, Grégory Gadebois, Stéphane Varupenne
Capté au Studio-Théâtre en juin 2008
Durée 55 minutes

VENDREDI 3 AVRIL
Speakerin du jour Benjamin Lavernhe
18h30 La seule certitude que j’ai c’est d’être dans le doute de Pierre Desproges – conception et interprétation Christian Gonon, mise en scène Alain Lenglet et Marc Fayet
Capté au Théâtre du Vieux-Colombier en mai 2010
Durée 1h25
20h30 L’Hôtel du Libre-Échange de Georges Feydeau et Maurice Desvallières– mise en scène Isabelle Nanty
avec Anne Kessler, Bruno Raffaelli, Alain Lenglet, Florence Viala, Jérôme Pouly, Michel Vuillermoz, Bakary Sangaré, Christian Hecq, Laurent Lafitte Rebecca Marder, Pauline Clément, Julien Frison et les comédiens de l’Académie Marina Cappe, Ji Su Jeong, Amaranta Kun, Tristan Cottin, Pierre Ostoya Magnin, Axel Mandron
Capté Salle Richelieu en juin 2017
Durée 2h30
Réalisation Vitold Grand’Henry
Production Comédie-Française, France Télévisions,
Méditerranée Film Production

SAMEDI 4 AVRIL
Speakerin du jour Denis Podalydès
18h30 Présentation de Peer Gynt par Éric Ruf et l’équipe de la création, interviews, making of…
20h30 Peer Gynt de Henrik Ibsen, traduction François Regnault – mise en scène Éric Ruf
avec Catherine Samie, Catherine Salviat, Claude Mathieu, Michel Favory, Éric Génovèse, Florence Viala, Serge Bagdassarian, Hervé Pierre, Bakary Sangaré, Stéphane Varupenne, Gilles David, Suliane Brahim, Nâzim Boudjenah, Jérémy Lopez, Adeline d’Hermy, et les comédiens de l’Académie Romain Dutheil, Cécile Morelle, Émilie Prevosteau, Samuel Roger, Julien Romelard, et les musiciens Floriane Bonanni, Hervé Legeay, Vincent Leterme, Françoise Rivalland
Capté dans le Salon d’honneur du Grand Palais en juin 2012
Durée 3h50

DIMANCHE 5 AVRIL
Speakerin du jour Clément Hervieu-Léger
18h30 Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée d’Alfred de Musset – mise en scène Laurent Delvert
avec Christian Gonon, Jennifer Decker
Capté au Studio-Théâtre en avril 2017
Durée 47 minutes
20h30 La Forêt d’après la pièce d’Alexandre Ostrovski – réalisation Arnaud Desplechin
avec Nicolas Silberg, Claude Mathieu, Martine Chevallier, Michel Favory, Christian Blanc, Denis Podalydès, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz, Loïc Corbery, Adeline d’Hermy et Michel Robin
Première année de diffusion 2014
Durée 1h25
Coproduction ARTE France, Comédie-Française, Maïa
Cinéma, Agora Films

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La Comédie-Française met à disposition tout son répertoire pour les Français - (25/03/20)

La Comédie-Française met à disposition tout son répertoire pour les Français - (25/03/20) | Revue de presse théâtre | Scoop.it


La Comédie-Française met à disposition tout son répertoire pour les Français - (25/03/20) 

France Télévisions propose de voir ou revoir les pièces du répertoire de la Comédie-Française dès la semaine prochaine :


sur France 2, ce sera tous les samedis en 2e partie de soirée


sur France 5, en prime time tous les dimanches, une pièce du répertoire de la Comédie-Française 
 

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Vincent Macaigne : “La crise du coronavirus pose la question de l’individuel et du collectif”

Vincent Macaigne : “La crise du coronavirus pose la question de l’individuel et du collectif” | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Fabienne Arvers dans les Inrocks - 25/03/20

 

Vincent Macaigne : “La crise du coronavirus pose la question de l’individuel et du collectif”


Confiné, Vincent Macaigne a relu sa première pièce, Je suis un pays. Ecrite au sortir de l’adolescence, elle anticipait ce que l’on vit aujourd’hui... Il se livre à un vibrant plaidoyer en faveur de services publics porteurs de sens et de solidarité.

 


Comment vas-tu ?

Vincent Macaigne - ça va bien ! Et toi, ça va ?

Oui ! Quand es-tu rentré d’Argentine ?

 

Depuis un moment, je suis reparti à Berlin entretemps. J’étais en Argentine pour un projet d’installation vidéo, Les Tours de Babel, pour lequel je récolte des témoignages. Le projet est un peu tombé à l’eau puisque je ne peux plus voyager. Mais il devient aussi hyper-actuel puisqu’il porte sur les témoignages de personnes un peu partout dans le monde. Je leur demande de me parler de leurs rêves, de ce qu’ils ont raté et de ce qu’ils imaginent pouvoir réussir. J’écris des textes à partir des interviews des gens que je rencontre pour réaliser une sorte de Tour de Babel. Ce projet va s’étaler sur plusieurs années.

 

As-tu l’impression de vivre un moment tout à fait inédit ?

Oui, c’est certain que ce confinement global comme la rapidité de propagation de la maladie dans le monde sont assez uniques. Cette vitesse est même très moderne.

 

 

Es-tu confiant quant à la façon dont les pouvoirs publics gèrent la crise ?

Non, je trouve que c’est un peu bizarre pour l’instant. Dire aux gens d’aller voter et les critiquer le soir même parce qu’ils sortent et se promènent... ce n’est pas très clair et très donneur de leçons. Et tout ça sans vraiment prendre les bonnes décisions au moment où elles s’imposent. Le fait que l’on n’arrive pas à faire de tests à grande échelle me paraît complètement illogique. Je suis un peu hypocondriaque et je me demande si j’ai ou non attrapé ce virus. On aurait pu tester très rapidement tous les gens qui revenaient des pays à risque. Et puis, quand on marche dehors et qu’on se fait contrôler, ça peut avoir quelque chose de complètement absurde. Le policier qui me demande mon laisser-passer, si ça se trouve, il me transmet son virus parce qu’il n’a ni gants ni masque. Ils prennent les attestations à main nue, c’est complètement taré - et ils exigent de les prendre (rires). C’est un gag, on est dans un film des frères Cohen, en plein Big Lebowski ! Je comprends qu’il faille faire appel au civisme des gens, mais pour ce faire, il faut leur expliquer clairement les choses.

 

Tu veux parler des consignes de sécurité ?

 

Oui, la distance de sécurité, par exemple. On te parle d’un mètre. Un mètre, c’est un bras. C’est rien ! Il faut faire appel au civisme et à la logique des gens. Ils ne sont pas bêtes. Mais ce gouvernement nous infantilise en nous disant le matin d’aller voter et le soir en nous reprochant de nous promener.

 

Les consignes ont été progressives mais avec effet immédiat, jusqu’au confinement généralisé qui risque fort de passer de 15 jours à 30 ou 45 jours.

 

Ce n’est pas bien, je trouve. Ils auraient pu le dire de façon à ce que les gens prennent leurs dispositions en amont, puissent se réunir en famille. Je trouve un peu désastreux leur manière de faire. Je pense que les gens vont devenir fous. Pour l’instant, on essaie de sauver ce que l’on peut et d’être respectueux des règles.

 

As-tu peur de la maladie, sur laquelle on entend des choses très contradictoires ?

 

Finalement, j’ai assez peur de la maladie. Depuis un mois, on nous dit que des pays entiers se mettent en confinement et en même temps on nous dit que ce n’est pas grand-chose. Ça fait un moment que je pense qu’il y a un truc bizarre avec cette maladie. Il est évident qu’on ne met pas en confinement une grande partie du monde si ça n’est rien...  Oui, ça fait peur, on ne sait pas trop ce que c’est. Je ne sais pas quoi en penser. Quand je suis allé voir ma mère avant le confinement, je suis resté sur le pas de la porte parce que j’avais peur de potentiellement la contaminer. Je ne peux pas dire que je ne me sens pas concerné. Après, ce qui est complètement fou, c’est l’impression de tourner en rond quand on écoute les informations, d’entendre la même chose en boucle et pas beaucoup de véritables informations.

 

Que fais-tu de ce temps de confinement ?

 

Pour l’instant, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer ni de me poser. Je devais partir à Hong-Kong et c’est tombé à l’eau depuis. Ce qui est fou, c’est que c’est un projet sur la fin du monde... Comme la pièce que j’ai créée l’année dernière, Je suis un pays. C’est une pièce de jeunesse dans laquelle j’avais écrit plein de choses à la façon d’un gag, mais elles se sont finalement produites. Le seul truc que j’ai coupé quand je l’ai mise en scène - je me suis dit que c’était trop gros - c’est la fin,  qui racontait une pandémie... C'est étrange de réaliser que depuis longtemps on a senti ce qui se passe aujourd’hui.

 

Est-ce que la nouvelle disposition de son temps qu’impose le confinement ouvre pour toi des possibilités nouvelles ?

 

Je devais commencer à écrire un film : c’est tombé à l’eau parce qu’on ne peut pas se voir avec la coscénariste. Je n’ai pas de projets de théâtre actuellement, alors je pense que je vais me remettre à écrire un nouveau truc. Ça tombe bien... enfin, "bien" n’est pas le bon mot, mais ça tombe à un moment de tranquillité en tout cas.

 

Penses-tu que cette crise soit un marqueur historique ? Qu’on ne reviendra pas au monde d'avant et que nous entrons dans une nouvelle séquence ?

 

Je le pense, oui. J’ai toujours lutté pour le service public, que ce soit au théâtre ou à l’hôpital. Mon frère est médecin légiste à Paris mais avant il était urgentiste. L’un comme l’autre, on se sent complètement attaqués. Et le théâtre, ce n’est rien comparé à l’hôpital. Le mélange avec le privé est très violent. On perd des libertés, on perd en qualité de vie, ceux qui travaillent dans les services publics comme ceux qui les utilisent. On ne fait que perdre des choses alors qu’on nous répète que tout va bien. Là, c’est la preuve que non, ça ne va pas. J’ai fait un AVC assez jeune et heureusement que ça s'est produit en France, et il y a dix ans, parce que ça s’est vraiment détérioré depuis. Je n’avais pas ma Carte vitale, pas mes papiers et j’ai été soigné. Dans beaucoup d'autres pays au monde, je serais mort. Alors, maintenant, on va payer ces choix.

 

Y a-t-il des enseignements positifs à tirer de cette crise ?

 

Sur Instagram, les gens disent que le Covid-19 est de gauche (rires) ! Ce n’est pas si faux. Ça nous demande d’être solidaires. Cette situation de crise pose la question de l’individuel et du collectif. On ne doit pas se côtoyer et pourtant ça nous oblige à réfléchir à la notion du collectif. C’est hyper intéressant. La majorité de l’Occident est de droite aujourd’hui et favorise la richesse individuelle au détriment du collectif. Cette maladie nous pose la question de la protection collective face à un danger. Une amie me parlait d’un texte qui tourne sur internet : la civilisation s’est créée le jour où une personne a commencé à en soigner une autre, à ne pas admettre qu’il puisse mourir dans la nature. Ça fait de nous des hommes. Au fond, il s’agit de réaliser que penser la collectivité nous fait penser à nous en tant qu’êtres humains. Je me demande ce qu'il va se passer après pour l’hôpital. Il faut aussi se rappeler que le ministère de la Culture a été créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Après toutes les horreurs traversées, on s’est rendu compte qu’on avait besoin de la culture pour nous éviter de devenir des monstres. Et puis, au bout d’un moment, on oublie tout le travail qui a été fait.

 

On entend d’ailleurs dire ces jours-ci qu’il faudrait rouvrir les librairies, qu’elles sont vitales. Mais tout le monde n’est pas d’accord...

 

Le patrimoine culturel est vital, mais moins que les hôpitaux, c’est évident. L’institution publique a été créée pour répondre à de grands troubles - ça nous rappelle qu’il ne s’agit pas de confort en réalité, mais de survie. Le système n'est pas mauvais, mais il a du mal à se réinventer. Des lieux de culture on a voulu faire des lieux de vie qui sont devenus privés pendant que les institutions de l’Etat se sont transformées en lieux de pédagogie. Le ministère de la Culture n’a que ce mot de pédagogie à la bouche aujourd’hui. Par exemple, on parle de théâtre du réel et je trouve ça triste parce que ça enlève la poésie. Comme le disait Malraux, l’institution doit être garante du mystère, mystère de la vie, de la mort, de l’art, de la poésie. C’est de la recherche. On est en train de l’oublier totalement et on montre aux gens ce qu’ils aiment pour être sûr que ça marche. ça nous ramène à quelque chose de très plat, à une vision du futur sans mystère, sans risque, sans rien. Il se passe la même chose en médecine. Il ne faut jamais abandonner l'idée de la recherche et l’Etat doit donner du pouvoir à des gens qui vont se tromper, qui vont rater et continuer de chercher. J’ai un pote qui fait de la recherche sur les séismes et qui a travaillé pendant vingt ans sur le sujet jusqu’à ce que la France cesse de le financer. Il est parti aux Etats-Unis et tout son travail de recherche a finalement abouti... et le brevet appartient aujourd’hui aux Américains.

 

Comment imagines-tu le monde d’après ?

 

Je n’arrive pas à savoir, franchement. On sait que tout ce qu’on lit n’est pas forcément vrai, mais avec le coronavirus, on est obligés de s’interroger sur la véracité des informations. Par exemple, je ne sais pas si c’est vrai, mais j’ai lu que Bernie Sanders voulait qu’au-delà d’un milliard de dollars, les riches donnent le reste de leur fortune à l’Etat. Ça, je pense que c’est bien. On ne peut pas admettre que dans une société un seul type puisse engendrer une richesse complètement démesurée au détriment des gens. Ce virus met au même niveau les riches et les pauvres. Tout le monde peut être atteint. J’ai beaucoup travaillé en Suisse, notamment depuis que Vincent Baudriller dirige le théâtre Vidy-Lausanne. Ce pays administre beaucoup de grandes entreprises qui polluent le monde : Netslé, Philip Morris, Sandoz... Ces administrateurs vivent à côté d’un lac, font du vélo électrique et ne se rendent absolument pas compte de ce qu’ils font. On devrait se battre pour qu’il y ait une loi, au niveau mondial, qui empêche une administration d’être délocalisée de plus d’un kilomètre de son entreprise. Le virus va peut-être nous ramener à l’idée que l’on doit remettre les choses à niveau. La mondialisation peut être une belle chose, mais il y a des aspects négatifs. Ceux qui s’enrichissent avec un truc qui file le cancer à leurs ouvriers devraient avoir le même problème que ceux qui le produisent.

 

L’égalité des malchances et des risques...

 

Oui ! J’ai toujours accompagné mes spectacles. Je trouve ça toujours bizarre d’envoyer des acteurs jouer tout seuls. Il y a des choix financiers derrière. On m’a souvent dit : " Ton théâtre, si un soir c'est  50% moins réussi, c'est aussi bien "... Eh bien non ! L’idée de l’exigence a disparu. Ce n’est plus une valeur. Les gens qui sont exigeants sont juste perçus comme des relous...

 

La rentabilité est une valeur qui a remplacé celle de l’exigence ?

 

Oui, et on a atteint un tel point de non-respect pour tout ce qui est service public que je ne sais pas combien de temps ça va tenir. Dès qu'il ya un problème, tout le monde en pâtit. Ce sera peut-être bénéfique si ça nous oblige à prendre des décisions qui ne sont pas de l’ordre du quantifiable. C’est un pari sur l’humanité, sur l’espoir, sur le désir qu’on peut procurer aux gens d’être vivants. Ce ne sont pas des grands mots, c’est une vérité.

 

En somme, il n’y a pas de business plan pour l’humain

 

Non. Plus on quantifie les choses, plus on les appauvrit. On devrait sanctuariser les chercheurs, les artistes. Ce qu’on avait fait à une époque avec Ariane Mnouchkine, Claude Régy. On doit sanctuariser la possibilité, la nécessité de la recherche.

 

Qu’espères tu pour le monde d’après ?

 

Je trouve assez beau que la civilisation en arrive au point où l’homme a l’idée de s’entraider. Aujourd’hui, en relisant ma pièce Je suis un pays, je me suis dit qu’il y avait quand même de l’espoir. Quand l’homme a eu peur, il s’est mis sur ses deux jambes, s’est levé pour voir le danger arriver et pouvoir se battre : ça commence par là une civilisation, par l’entraide et par la culture. Depuis toujours. Peut-être qu’on va se rappeler de ça, que c’est vital, comme de manger. Je réalise que je n’ai fait que des spectacles sur une forme d’apocalypse. Je suis un pays, c’est sur la fin du monde avec un chef de l’Etat qui demande à tout le monde de voter alors qu’il n’y a vraiment plus rien qui se passe. C’est sur la fin de l’espoir et comment il peut renaître. Pas si loin de ce que l’on vit et de ce que je peux penser aujourd’hui.

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Le théâtre du Manège de Maubeuge veille à ne laisser sur le carreau ni compagnies, ni artistes

Le théâtre du Manège de Maubeuge veille à ne laisser sur le carreau ni compagnies, ni artistes | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Nathalie Waroux  dans La Voix du Nord | 22/03/2020 

 


Le théâtre du Manège a dû gérer dans la précipitation l’abandon des spectacles en raison de l’épidémie de Covid-19 et du confinement. Entre report et annulation, la scène maubeugeoise essaye de mettre à l’abri le plus possible les compagnies et les artistes.

A l’heure où des gens ne survivent pas à l’épidémie, se pencher sur le devenir du monde artistique pourrait paraître totalement futile. Il n’empêche que derrière des lieux labellisés, tels que le théâtre du Manège, il y a aussi des femmes et des hommes qui vivent de leur travail, eux-mêmes maillons d’une chaîne qui fait vivre toute une frange de la population, comme les compagnies artistiques, les intermittents du spectacle, les artistes. Cette épidémie de Covid-19,  Géraud Didier et ses équipes se l’ont prise « en pleine poire ». Car si au départ, les annulations des spectacles se sont faites à la marge, aujourd’hui, avec le confinement, c’est carrément la saison qui tombe à l’eau.

Des dédommagements au cas par cas
Un coup dur pour la structure du Manège et par ricochet pour les artistes. Si la première va s’en sortir grâce à « des financements croisés et solides », les seconds pourraient risque la disparition. Et c’est justement pour éviter cela que Géraud Didier a entamé une réflexion commune avec d’autres lieux labellisés. Notamment sur la position à adopter par rapport à des annulations de spectacles qui ne peuvent pas faire l’objet de report. Qui compteront parmi les dommages collatéraux, les artistes, et présageront un paysage culturel asséché et dévasté, au sortir de l’épidémie.

Depuis plus d’une semaine, alors que les équipes sont pour certaines en télétravail et d’autres en chômage technique, ça s’active pas mal au Manège. « Nous replaçons les spectacles sur la saison prochaine », explique le directeur. Pour ceux dont le report n’est pas possible, Géraud Didier réfléchit à un dédommagement d’une partie du cachet. Cela pourrait permettre aux artistes et compagnies d’avoir des rentrées d’argent, et de pouvoir vivre. Là où habituellement, en cas d’annulation, elles n’auraient eu droit à rien d’autres que le remboursement des frais engagés. Concernant les reports, le directeur pense aussi à un système d’avance, « car le contrat n’est pas annulé, il y a juste un changement de date ». Des avances qui pourraient aller jusqu’à 50 % du cachet. Pour cela, « nous allons être attentifs à la difficulté des compagnies et des artistes, et trouver une solution pour chacune d’elle » Du sur-mesure en somme.

Une aide de l’État?
À première vue, les 22 millions d'euros débloqués par l’État pour aider les milieux culturels à faire face aux conséquences de l’épidémie ne concerneraient pas « les lieux labellisés, tels que le théâtre du Manège », explique Géraud Didier. Mais en premier lieu « les secteurs de la musique, du livre, du cinéma, des arts plastiques et des spectacles vivants », poursuit le directeur. Il n’est cependant pas impossible que « d’autres mesures spécifiques suivent », comme l’expliquait récemment à l’échelon national, le ministre de la Culture, Franck Riester. Peut-être engloberont-elles les scènes nationales.

Des spectacles retransmis ou reportés, «chaque fois que possible»
C’était mercredi. Contraint, à son tour, de fermer ses portes aux spectateurs, le théâtre du Manège proposait de vivre et revivre le spectacle Phèdre ! qui aurait dû se jouer en son cœur, en vidéo via sa page Facebook. « C’est un joli moment, assure Géraud Didier. La captation avait été faite à Lausanne, là où est né le spectacle, et restera disponible pendant plusieurs jours. » Le directeur est formel : à chaque fois « que ce sera possible », les autres spectacles programmés en mars et avril seront également diffusés en ligne.

En attendant, Géraud Didier et ses équipes continuent de plancher sur le report de ces mêmes spectacles. « Tous ne pourront pas être reprogrammés, lance, déçu, le directeur. Mais la plupart le seront, ce qui nous permettra d’avoir une saison très riche et améliorée ! » Éternel optimiste, Géraud Didier y voit là de belles opportunités. « Lorsque la crise sera enfin derrière nous, le monde, les attentes auront changé. Peut-être que le confinement amènera le public à un retour vers l’essentiel, à des envies d’art et de culture. Dans tous les cas, il nous faudra adapter notre offre. Mais nous serons là. »

ALICE BONVOISIN

Légende photo :  Pour Géraud Didier, il est important que le théâtre du Manège vienne en aide aux compagnies et artistes, dont les spectacles sont annulés ou reportés. Ph. Sami BELLOUMI - VDNPQR

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