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Le spectateur de Belleville
October 20, 2025 6:44 PM
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Par Olivier Milot et Etienne Labrunie / Télérama du 20 oct. 2025 Plus de 200 millions d’euros. C’est le montant de la réduction du budget de la culture dans le projet de loi de finances de 2026 présenté par le gouvernement. Patrimoine, création artistique, Pass culture, audiovisuel… aucun secteur n’est épargné.
«On a sauvé ce qu’on a pu. » C’est le constat un rien désabusé fait au ministère de la Culture quand le projet de loi de finances 2026 a été rendu public par Matignon, mardi 14 octobre. L’addition est, il est vrai, salée. C’est même plutôt de soustractions dont il faut parler, tant toutes les grandes directions du ministère sont mises à contribution par les baisses décrétées par le gouvernement. Au global, les crédits de la Rue de Valois (hors audiovisuel) s’élèvent en 2026 à 4,2 milliards d’euros. Un recul de 216 millions par rapport au projet de loi de finances 2025 et un retour, à peu de chose près, à leur niveau de 2023. Pour la première fois depuis plus d’une décennie, le soutien du ministère à la création artistique n’est pas intégralement préservé. Avec une enveloppe très légèrement supérieure à 1 milliard d’euros (1,009), son budget est en recul de 34 millions d’euros. Dans la réalité, il l’est même de plus de 40 millions, du fait d’un transfert de crédit au Mobilier national. Cette baisse inédite n’est pas sans conséquence. Pour y faire face, le ministère est contraint de réduire les financements des directions régionales des affaires culturelles (Drac) et de limiter ainsi sa capacité de soutien aux acteurs culturels sur tout le territoire. Une première, là aussi, depuis longtemps. Les crédits affectés à de grands établissements comme l’Opéra de Paris, la Philharmonie et sans doute plusieurs autres devraient aussi légèrement baisser. Heureusement, le ministère poursuit et augmente les moyens de la seule véritable politique un tant soit peu structurante qu’il ait initiée ces dernières années : le plan « Mieux produire, mieux diffuser », destiné à pousser le secteur du spectacle vivant à produire moins de spectacles tout en mutualisant les coûts entre plusieurs établissements et en faisant en sorte qu’ils tournent plus longtemps. Doté de 9 millions d’euros les deux premières années de sa mise en place, ce dispositif, qui semble faire ses preuves, devrait bénéficier de 15 millions d’euros en 2026. “L’urgence patrimoniale” a du plomb dans l’aile Le patrimoine, jusqu’ici préservé par Rachida Dati depuis son entrée Rue de Valois, fait cette fois les frais d’une coupe importante. Il reste le premier budget du ministère avec un montant de 1,143 milliard d’euros, mais ses crédits sont en baisse de 58 millions d’euros par rapport au projet de loi de finances 2025. Un recul pour le moins inattendu venant d’une ministre qui le défend bec et ongles au point d’avoir décrété « l’urgence patrimoniale » dans l’une de ses interventions, en novembre 2024, au Sénat. Rachida Dati avait rappelé à cette occasion que la France comptait quarante-cinq mille monuments historiques dont « 20 % en mauvais état et 5 % en péril, soit plus de deux mille qui risqueraient de disparaître dans les prochains mois ». Elle avait à l’époque réussi à obtenir une rallonge de 300 millions d’euros, que le gouvernement avait finalement ramenée à 47 millions quelques semaines plus tard. La lente dégringolade du Pass culture Autre ligne du ministère en forte baisse cette fois pour la deuxième année consécutive, celle intitulée « La transmission des savoirs et démocratisation de la culture », qui mêle les actions facilitant l’accès des jeunes à la culture, l’enseignement artistique dans le supérieur ou encore la promotion de la langue française. Dotée de 723 millions d’euros en 2026, elle est en recul de 37 millions par rapport à cette année et de 100 millions d’euros en deux ans. Cette diminution importante est largement imputable à la baisse des crédits du Pass culture. Dans le projet de loi de finances 2025, il avait été budgétisé à 210 millions d’euros, avant d’être ramené à 170 millions lors du débat parlementaire. Dans le budget 2026, il passe à 127,5 millions d’euros. Une baisse qui traduit les importantes modifications dont a fait l’objet ce dispositif fortement critiqué par de nombreux acteurs culturels qui lui reprochent son côté purement consumériste. Parmi les changements apportés, le montant offert aux jeunes de 18 ans a été divisé par deux passant de 300 à 150 euros. Les 50 euros attribués aux 15 et 16 ans (respectivement 20 euros et 30 euros) disparaissaient, alors que ceux attribués aux jeunes de 17 ans passaient de 30 à 50 euros. Tant pis pour les nouveaux investissements Face à ce mur de baisses, le ministère de la Culture n’a d’autres choix que d’en faire de mauvais. Réduire sensiblement la portée de son action sur tout le territoire, baisser les subventions aux établissements les plus à même de les absorber, et surtout annuler ou différer des investissements. En langage technocratique, on préfère parler d’un « lissage des investissements dans le temps », et c’est ce que fait le ministère dans ce projet de budget. Il peut encore financer certains travaux prévus de longue date comme le Théâtre national de la danse de Chaillot ou le Palais de Tokyo, à Paris, mais n’a plus les moyens de programmer de nouvelles opérations. Et tant pis pour les lieux culturels qui en auraient bien eu besoin, comme la Manufacture de Sèvres dont le musée mériterait d’être rénové, ou la Grande Halle de la Villette dont le dispositif scénique est à revoir et qui se pose là en guise de passoire thermique. Tant pis aussi pour une partie de ces monuments historiques qui menacent de tomber en ruine dans les prochains mois. L’État clairement ne peut plus tout : ni dans la préparation de l’avenir, ni dans la préservation du passé. France Télévisions toujours dans le viseur du ministère Comme prévu, l’audiovisuel public n’est pas épargné dans ce projet de budget 2026. Et en premier lieu France Télévisions, qui paie, de loin, le plus lourd tribut avec une dotation annoncée de 2,44 milliards d’euros en 2026, soit une baisse de 65,3 millions par rapport aux crédits reçus cette année. Un sévère coup de rabot auquel Bercy ajoute ses habituelles consignes, demandant aux chaînes publiques de faire « un effort supplémentaire de maîtrise de la masse salariale et des charges hors personnel » et de « développer ses ressources propres ». Des recommandations qui risquent d’agacer les personnels, jusqu’à la direction du groupe. France Télévisions accumule en effet les coupes budgétaires et les plans d’économies depuis des années. « On renégocie tous les contrats, on fait des efforts sur tout, même sur les déplacements, mais on nous demande l’impossible », soulignait d’ailleurs sa présidente, Delphine Ernotte-Cunci, lors de la divulgation mardi 23 septembre d’un rapport de Cour des comptes épinglant la « situation financière critique » des chaînes publiques. Vers des aménagements de budget ? Le traitement infligé à France Télévisions semble d’autant plus sévère qu’il tranche avec celui réservé aux autres chaînes publiques (Arte, France Médias Monde et TV5 Monde), qui voient toutes leurs moyens reconduits à l’identique d’une année à l’autre. Enfin, pour les autres sociétés de l’audiovisuel public, l’addition est moins lourde. Avec un budget de 648 millions d’euros, Radio France (France Inter, France Culture, France Info…) ne perd que 4,1 millions, tandis que l’Institut national de l’audiovisuel (INA) voit son budget (103,4 millions en 2025) diminué de 1,5 million d’euros. Prochaine étape, le Parlement. En renonçant à utiliser l’article 49.3, qui permet au gouvernement de clore quand il le souhaite la discussion sur le budget, et en promettant un large débat sur le projet de loi de finances, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, laisse la porte ouverte à des aménagements possibles. Dans tous les groupes, on fourbit ses amendements. De là à imaginer, dans le contexte actuel, faire d’une copie si dégradée un budget satisfaisant, il y a de la marge. Sauver quelques meubles, peut-être… Olivier Milot et Etienne Labrunie / Télérama Légende photo : Rachida Dati, à Lyon, le 17 octobre 2025. Photo Albin Bonnard/Hans Lucas
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Le spectateur de Belleville
July 14, 2025 5:29 AM
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Enquête de Joëlle Gayot / Le Monde du 13 - 14 et 15 juillet 2025 Malgré les difficultés financières, nombre de collectivités, de bords politiques divers, maintiennent, voire amplifient, leur appui au secteur artistique. Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/07/14/ces-elus-locaux-qui-soutiennent-la-culture-envers-et-contre-tout_6621056_3246.html
Soutenir ou ne pas soutenir la culture ? Et, si oui, comment et pourquoi le faire dans un contexte économique si tendu que chaque euro sorti des caisses des collectivités territoriales est pesé, soupesé et scruté à la loupe ? Alors que des élus locaux de tout bord, contraints par leurs budgets en berne, diminuent leurs aides aux structures culturelles, d’autres responsables politiques, venus du centre, de la droite ou de la gauche, jouent une autre partition. Ils se battent pour maintenir les crédits alloués à la culture. Ne sacrifier, donc, ni la création, ni l’émergence, ni, en bout de chaîne, le public en quête d’un art qui le bouscule et l’émancipe. Cette décision transpartisane, qui se traduit par une sanctuarisation, voire – plus rare – par une augmentation des subsides accordés, découle d’un vrai choix politique. Le mot n’est pas galvaudé, avec comme moteurs puissants à cette mobilisation pour les artistes et la liberté d’expression, la lutte contre le complotisme, les fake news, la censure ou l’essor de l’extrême droite. Maintenir le niveau des subventions culturelles, quand il serait facile d’arguer de priorités supérieures, telles que la sauvegarde de l’hôpital, de l’école ou des transports, et alors que le gouvernement cherche encore 40 milliards d’euros d’économie sur le budget 2026, témoigne d’un engagement qui va au-delà de la posture. « Si, dans les Hauts-de-France, nous y parvenons, alors tout le monde peut le faire », estime Xavier Bertrand (Les Républicains, LR), qui plaide pour une refonte du socle éducatif : « Il faut que, en son cœur, soit placée l’éducation culturelle et artistique. C’est un chantier présidentiel en soi », insiste-t-il. A la tête du conseil régional des Hauts-de-France, il a, depuis son élection en 2016, porté son budget de la culture de 76 millions d’euros à 115 millions d’euros. « Nous ne partions pas d’une page blanche, mais nous l’avons augmentée de deux tiers, ce n’est sûrement pas pour faire aujourd’hui marche arrière », assure celui qui ferraille depuis près de dix ans avec l’opposition du Rassemblement national (RN) : « Le nombre de fois où ils ont affirmé qu’il ne fallait pas voter des aides à des festivals, car on y déclamait des vers trop crus d’Apollinaire ! Culture ne rime pas avec censure, sauf pour le RN. » Elle ne rime pas davantage, à l’en croire, avec le refrain dévastateur du « non-essentiel » seriné pendant le Covid-19, et qui a relégué les rencontres entre l’art et le public à l’arrière-plan des préoccupations gouvernementales. Un Etat aux abonnés absents « La crise sanitaire a été un déclic, renchérit Cécile Helle, la maire (Parti socialiste, PS) d’Avignon. Nous avions accès aux lieux de consommation, mais pas à ceux de culture. Cette privation m’a interpellée sur l’image de société qui était alors renvoyée. » Deuxième confinement oblige, à l’automne 2020, l’édile a vu se profiler le spectre d’une France sans théâtres, sans musées ou sans cinémas. « Ce n’est pas cela que l’on veut pour notre pays et notre République », proteste-t-elle. Alors que la 79e édition du Festival d’Avignon a démarré, samedi 5 juillet, Cécile Helle rappelle que, derrière la « carte postale » d’un Palais des papes chauffé par le soleil, 30 % de ménages vivent au-dessous du seuil de pauvreté dans sa ville. C’est à cette population-là, plus qu’aux spectateurs qui battent le pavé du « in » et du « off », qu’elle veut prouver à quel point la culture est vitale. Elle y consacre 18 millions d’euros par an ; soit 10 % de son budget de fonctionnement. Elle inaugure des bibliothèques de proximité dans les quartiers populaires, a fait ouvrir, en juin, un sixième musée municipal. L’accès à ces établissements est libre. Si la gratuité n’est pas la recette miracle, « c’est une manière d’affirmer que la culture est généreuse », précise-t-elle. Et désireuse, qui plus est, de se délocaliser au-delà des remparts d’Avignon. Des mairies aux communautés de communes, des départements aux régions, la décentralisation se met en ordre de marche pour prendre le relais d’un Etat parfois aux abonnés absents. Quand elle ne se substitue pas à lui, en jouant les pompiers de service. « On sent monter des crispations, des tensions, des appels au secours », note Loïg Chesnais-Girard, président (divers gauche) du conseil régional de Bretagne. Si cette région n’est pas une « arche de Noé » pratiquant « l’open bar », cet élu social-démocrate a posé la culture comme « non négociable dans les arbitrages budgétaires de sa collectivité ». L’enveloppe de 28 millions d’euros n’a pas faibli depuis 2017. C’est peu au regard du budget total de la collectivité (2 milliards d’euros), mais essentiel sur le plan symbolique. « Le message que nous adressons au monde culturel breton est celui d’une volonté politique intangible. » La sienne se heurte tout de même à un Etat qui concentre à Paris, regrette-t-il, la majorité des ressources. « On nous dit : “Assumez, gérez, menez de grandes politiques publiques”, alors que l’on ne dispose que d’une pince à épiler, soupire M. Chesnais-Girard. Il faut redonner des capacités et des moyens financiers aux élus locaux. Les décisions doivent se prendre dans les territoires. » Une décentralisation qui se réinvente depuis sa base ? L’hypothèse pourrait faire son chemin. Les élus locaux, ajoute le président breton, « savent travailler avec des contraintes, n’ont pas droit aux déficits et peuvent mener des politiques de temps long ». Mutualiser les moyens Alors que les ministres de la culture se succèdent – cinq sous la présidence d’Emmanuel Macron –, les maires ou les présidents de région s’installent, eux, dans la durée. Cette stabilité peut-elle être un atout ? « Avoir une politique nationale est important, mais c’est aussi aux collectivités, quel que soit leur périmètre, de faire des efforts », poursuit Carl Segaud, président (LR) de l’intercommunalité Vallée Sud Grand Paris. Onze communes maillent le territoire dont il a la gestion depuis janvier. Soit onze maires aux couleurs politiques diverses, mais qui savent taire leurs divergences pour se souder autour d’une « offre culturelle qualitative ». L’intercommunalité investit 12 millions d’euros pour ses huit théâtres, plus de 20 millions pour ses huit conservatoires, 5 millions pour les quatre médiathèques. « Ce pourcentage important de notre budget n’est pas remis en cause », se félicite M. Segaud, qui étudie, avec ses partenaires, la meilleure façon de mutualiser les moyens et d’optimiser les coûts. Au nord-ouest de Paris, Patrice Leclerc, maire (Parti communiste) de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), associe le pragmatisme aux idéaux. « Il faut démontrer que l’être humain a besoin de pain et d’imaginaire, mais il faut aussi créer de la compensation culturelle pour les milieux populaires », prévient-il en revendiquant la nature « utilitariste » de son apport. Il n’a pas ôté 1 euro au budget de la culture. Où est-il allé chercher des ressources ? Il a augmenté la taxe foncière, sollicité des entreprises de Gennevilliers pour financer des opérations culturelles, limité à trois le nombre des agents de la police municipale. Ces solutions ne sont pas du goût de tous les électeurs ? Peu importe. Elles s’élaborent au cas par cas. Un exercice de fine couture, que supervise un maire convaincu que « la liberté de création » est à défendre pied à pied. Et d’autant plus qu’approchent des échéances municipales, en mars 2026. « Du jour au lendemain, tout peut être cassé. Couper les vivres est rapide, reconstruire une action culturelle beaucoup plus difficile, s’inquiète M. Leclerc. Or, le populisme et le poujadisme de la pensée qui se développent dans ce pays constituent un risque sérieux. » Quarante millions d’euros : c’est le montant stable dont dispose, à Dijon, Christine Martin, adjointe d’une mairie socialiste, chargée de la culture. « Ce n’est pas mal », admet celle dont la mission est de maintenir à flot une barque qui prend l’eau dès que les partenaires (région ou département) se désengagent. « Je ne tire sur aucune ambulance, mais, pour certains de ses équipements, la ville est assez seule. » Mme Martin active la sonnette d’alarme. Dans sa ligne de mire, une dérive insidieuse qui voit des collectivités se retrancher derrière leurs déficits pour évacuer des projets culturels dont elles ne cautionnent pas les contenus. « Ce manque financier leur autorise des choix qui, en réalité, peuvent être plus idéologiques qu’économiques. » Le risque ? « Une pensée dégradée », « une censure financière », l’essor d’un divertissement sans aspérités et des portes qui se referment devant l’émergence ou la création. Or, note l’élue, « si vous ne donnez pas les moyens aux gens de s’exprimer, ne s’exprimeront que ceux qui en auront les moyens ». Certains élus s’indignent aussi de voir la culture sacrifiée au motif qu’elle ne figure pas parmi les compétences obligatoires des collectivités. « Mes collègues se posent-ils la question de compétences qui ne sont en rien obligatoires et pour lesquelles ils consacrent parfois beaucoup d’argent ? », s’agace Stéphane Troussel, président (PS) du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis. Entre 2021 et 2025, il a hissé son budget de la culture de 18,8 millions d’euros à 20 millions d’euros. « J’assume cette priorité dans un contexte où l’extrême droite approche des portes du pouvoir. » Ce n’est pas que la Seine-Saint-Denis soit riche. Mais M. Troussel refuse de plier face à des chiffres dont il connaît la teneur par cœur : « La sous-compensation par l’Etat de mes dépenses sociales ne date pas d’hier. » Son projet est d’une franche netteté : faire de la culture un levier pour les politiques qu’il développe en matière d’éducation, de solidarité, de transformation de l’espace public. La replacer au centre de l’arène, parce qu’elle « n’est pas un supplément d’âme, mais un service public à part entière ». C’est dire si l’art, en Seine-Saint-Denis, n’est pas satellisé vers les confins d’un superflu que l’on raie d’un trait désinvolte. L’élu n’en démord pas : la gauche doit se réemparer de la bataille culturelle. « Si les réactionnaires en sont là aujourd’hui, c’est parce qu’ils n’ont jamais cessé de la mener », déplore-t-il. Cette bataille fut, autrefois, au centre du projet présidentiel de François Mitterrand, lorsque, candidat à l’Elysée, il proposait aux Français, en 1981, d’être, avec lui, « les inventeurs d’une culture, d’un art de vivre, bref d’un modèle de civilisation ». Lointaine époque, il est vrai, mais qui s’envisageait alors de belle et enthousiasmante manière. Joëlle Gayot / LE MONDE Illustration : Yasmine Gateau
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Le spectateur de Belleville
February 11, 2025 5:13 AM
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Par Hélène Rochette dans Télérama Publié le 10 février 2025 Cette instance créée en 2005 rassemble acteurs du monde culturel et de l’enseignement et valorise une éducation artistique de qualité, auprès des collectivités territoriales notamment. Mais le Sénat a voté sa suppression en première lecture fin janvier… Explications. En vingt ans d’existence, il a réussi à imposer une idée-force : la nécessité de généraliser la place des arts et de la culture à l’école. Créé en 2005, le Haut Conseil de l’éducation artistique et culturelle (HCEAC) pourrait pourtant vivre ses derniers instants en 2025. Le 30 janvier, les sénateurs ont adopté en première lecture une proposition de loi de la sénatrice Nathalie Goulet (Union centriste) visant à le supprimer en raison de son inutilité supposée – comme neuf autres instances, parmi lesquelles le Conseil stratégique de la recherche ou le Conseil national de la gestion des risques en forêt. Si ce vote au Sénat doit encore recueillir l’assentiment des députés à l’Assemblée, la simple volonté de mettre fin à cet organisme consultatif a déjà suscité des réactions d’incompréhension, voire d’indignation. Dans un communiqué, Nathalie Lanzi, élue socialiste au Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, s’est insurgée contre ce qu’elle considère comme « un signal très inquiétant » pour le développement de l’éducation artistique. Charte fondatrice Constituée de trente membres, cette instance collégiale qui réunit artistes, élus, chercheurs, représentants du milieu éducatif et des membres de l’administration est présidée depuis sa création par les deux ministres de l’Éducation et de la Culture, et animée depuis 2013 par le recteur de l’Académie de Bretagne, Emmanuel Ethis. Chargée de définir les orientations et les priorités en matière d’initiation artistique sur le territoire, ce comité de sages et d’acteurs du monde culturel a élaboré en 2016 une charte fondatrice pour l’éducation artistique et culturelle (EAC) qui énonce et garantit des principes d’équité et d’accessibilité de tous les élèves à une éducation artistique de qualité. Plusieurs recommandations ont par ailleurs été précisées par le HCEAC : présence des artistes dans les classes, développement de projets culturels dans les établissements des premier et second degrés – ateliers d’écriture avec des artistes-auteurs, interventions de compositeurs de musique ou de plasticiens, élaboration d’œuvres participatives sous l’égide d’artistes renommés –, généralisation des sorties éducatives dans les lieux de sociabilité et de culture : théâtres, musées, médiathèques… Autant de préconisations destinées à réaffirmer qu’une ambitieuse politique publique d’éducation artistique contribue à l’épanouissement des enfants et à l’émancipation des jeunes esprits. À lire aussi : Costumière, cinéaste, scénariste… Quand les artistes retournent au lycée pour susciter des vocations Comment alors comprendre ce soudain revirement des pouvoirs publics ? « J’espère beaucoup que cette proposition de loi ne sera pas reprise à l’Assemblée ! », nous déclare la sénatrice Sylvie Robert, qui a été l’une des rares voix dans l’hémicycle à s’être opposées avec vigueur à ce projet de suppression du HCEAC. Membre de la commission de la culture, de l’éducation, de la communication et du sport du Sénat depuis dix ans, l’élue parlementaire (Parti socialiste) assure que le Haut Conseil est « une instance qui a été très active et qui continue de l’être aux côtés des collectivités territoriales pour valoriser et accompagner l’éducation artistique et culturelle ». Il est irresponsable, insiste-t-elle, de vouloir mettre fin aux activités de la seule instance nationale de concertation en matière d’éducation artistique : « Vouloir remettre en question les projets éducatifs et artistiques, au collège et au lycée, quand un certain nombre de villes font l’effort de financer des initiatives dès l’école primaire, comme à Clermont-Ferrand par exemple, c’est inadmissible. Il ne faudrait pas stopper une telle dynamique, mais au contraire l’encourager. » L’ancienne chargée de mission au cabinet Culture d’Aurélie Filippetti se dit persuadée que de renoncer à l’art et à la culture dans les apprentissages élémentaires aurait des conséquences néfastes pour l’ensemble de la société : « Le Haut Conseil a infusé partout cette idée que l’éducation artistique et culturelle est un élément essentiel qui participe de l’émancipation individuelle et collective de notre société de demain. Le développement de l’EAC doit commencer à l’école, pour toucher tous les enfants d’où qu’ils viennent. C’est l’un des fondements indispensables de notre démocratie. »
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Le spectateur de Belleville
February 1, 2025 3:08 PM
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Par Anne Diatkine dans Libération - 1er février 2025 Après nos révélations sur l’abandon des subventions non obligatoires à la culture par le département, Sandrine Mini, directrice de la scène nationale archipel de Thau, à Sète, déplore une attaque brutale contre les artistes, les techniciens et le service public, aux dépens de tous. Il est peu courant qu’un communiqué public censé réfuter les informations d’une enquête les confirme. Après nos révélations sur la suppression totale des budgets non obligatoires consacrés à la culture de l’Hérault, son président socialiste Kléber Mesquida a répondu que nos informations étaient fausses et que la baisse ne sera que de 48 %. Tout en précisant que le département ne financera en 2025, comme nous l’écrivions dans l’enquête, que ce qui relève de ses compétences obligatoires, à savoir : les écoles de musique, les financements pour les médiathèques, les actions dans les maisons d’enfants à caractère social et les Ehpad. Nous confirmons donc que, sauf revirement in extremis, toutes les subventions non obligatoires seront supprimées dès 2025, comme du reste, celles dédiées aux associations. Le 30 janvier, dans un message que nous avons pu consulter, le président du département alertait le Premier ministre, François Bayrou, des conséquences catastrophiques des coupes immédiates si l’Etat ne desserrait pas la tenaille : «Ce sont des pans entiers de notre action publique qui sont aujourd’hui menacés. […] Les fermetures seraient dramatiques : licenciements, fermeture d’établissement d’accueil, arrêt de dispositifs d’insertion, disparition d’initiative culturelles et sportives qui irriguent nos territoires…» Certes, toutes les associations sont concernées et le mot culture n’apparaît que furtivement et sous forme d’adjectif dans la missive. Cette absence explique-t-elle que les budgets qui lui soient associés puissent être rayés le plus souvent brutalement sans qu’aucune information ne soit donnée aux artistes ? Un seul exemple : il y a peu, la compagnie Joli mai a appris l’annulation de toutes ses dates de représentation à Bayssan, espace scénique dépendant du département, alors même que son spectacle est annoncé sur les plaquettes. Sans aucune garantie de dédommagement. Sandrine Mini, directrice du Théâtre Molière – scène nationale archipel de Thau, perd de son côté 81 000 euros après avoir déjà vu filer 9 000 euros, il y a deux ans. Elle explique quels effets ces coupes budgétaires auront sur le public. Le président de l’Hérault rejette la responsabilité de ses coupes budgétaires sur l’Etat, et explique que face à l’alourdissement des charges du département, il n’a pas d’autres choix que de supprimer les subventions à la culture… Nous sommes des partenaires même si le département a refusé récemment de venir au comité de suivi des projets d’établissement… Il n’est pas possible que Kléber Mesquida décide sans concertation de rayer la culture. Même les conseillers départementaux nous disent que beaucoup de décisions sont prises sans eux. On peut parler de sabotage de tout notre secteur. Nous, on connaît les techniciens qu’on n’emploiera pas, les artistes à qui on répond qu’on ne va plus pouvoir accompagner leur projet. Ils sont désespérés. Le département ne donnait pas forcément des sommes importantes aux établissements. Mais c’est ce maillage fin entre les différentes sources de subventions publiques qui nous permettait de travailler ensemble, et c’est de cette histoire qu’on hérite lorsqu’on dirige une scène décentralisée. Qu’un élément s’écroule, et c’est tout l’édifice qui tangue, car on est déjà dans une économie au cordeau. Que permet un théâtre financé et conçu comme un service public ? En premier lieu, d’avoir des prix de places accessibles pour tous. Concrètement, dès la rentrée prochaine, comme beaucoup de scènes, nous allons être obligée d’augmenter le tarif des billets. On peut craindre que dans un avenir proche, de même qu’il y a des gens qui ont les moyens de consulter un médecin dans le privé et les autres, il y aura les spectateurs qui peuvent aller au théâtre et les autres. C’est le sens de notre mission qui est mis à mal. Au-delà du prix des places, la présence d’artistes sur un territoire change tout, la majorité des habitants n’aurait par l’occasion de croiser un geste professionnel artistique sans une conception de la culture de service public, dans lequel d’ordinaire le département est partant. Actuellement, nous travaillons sur un projet de territoire magnifique, la création d’un opéra méditerranéen avec un chœur amateur emmené par Walid Ben Selim, l’équivalent masculin d’Oum Kalsoum, qui provoque une immense fierté. Il y a également toutes les initiatives qu’on développe autour de la petite enfance pour notre grand événement dans l’espace public Le kilomètre de danse avec les chorégraphes Myriam Soulanges, Virgile Dagneaux et Benjamin Tricha. Un territoire habité par des artistes, ce n’est pas la même chose qu’un territoire sans artiste ! La municipalité de Sète le sait bien, elle qui fonde une partie de l’attractivité de la ville sur cet ancrage. Vous parlez d’héritage : cette conception de la culture comme d’un service public provient-elle d’un bord politique ? Non. Le théâtre compris et conçu comme un service public émane tout autant du Conseil national de la résistance, quand résistants gaullistes et communistes se sont associés pour reconstruire la France après guerre, que de Malraux, ministre de la culture sous de Gaulle qui a poursuivi une politique de décentralisation. Il y avait vraiment l’idée que la culture était comme la santé ou l’éducation, transpartisane et nécessaire à tous. La démocratie tient sur plusieurs pieds. Quand l’un est coupé, c’est mauvais signe pour les autres. L’art et la culture font partie de ce socle commun. Y a-t-il des scènes ou des territoires qui s’en sortent mieux ? Aujourd’hui, certains théâtres de ville, qui n’ont qu’une ou deux tutelles, sont en situation plus favorables que les scènes labellisées dont les financements sont croisés. Or, depuis quarante ans, toutes les politiques de décentralisation sont assises sur des financements croisés afin notamment d’éviter le clientélisme, une dépendance extrême à certains élus. Par ailleurs, le public est revenu, on commence tout juste à récupérer les spectateurs qu’on avait perdu pendant la fermeture liée au Covid. Mais on va devoir à nouveau vider les salles car on ne va plus avoir les moyens de programmer. En revanche, le patrimoine n’est pas ou très peu touché. Pourquoi le patrimoine est-il préservé, contrairement aux arts vivants ? Dans tous les moments de contractions budgétaires il y a une forme de contraction de la pensée. En outre, tous les gouvernement d’extrême droite en Europe font ce choix patrimonial, les pierres, ça ne parle pas. Dans tous les moments où les questions financières deviennent prégnantes, il y a un appauvrissement des propositions. Par ailleurs, l’obligation d’avoir des salles pleines à chaque lever de rideau conduit à une forme de censure qui ne dit pas son nom. On va programmer du «facile», on va vers un lissage de la pensée.
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Le spectateur de Belleville
January 27, 2025 6:03 AM
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Tribune publiée le 27 janvier 2025 par Télérama TRIBUNE - Les organisations professionnelles du spectacle vivant dénoncent le nouveau coup de rabot de 130 millions d’euros dans les crédits à la culture et l’impossibilité de dialoguer avec le ministère. Avant le vote du budget le 30 janvier, elles appellent la ministre à agir devant ce “désastre”. « Madame la ministre de la Culture, Mardi 14 janvier, vous receviez l’ensemble des organisations professionnelles du spectacle vivant et enregistré en CNPS – Conseil national des professions du spectacle – avec comme ordre du jour le financement du spectacle vivant ainsi que l’organisation et le financement de l’audiovisuel public. À cette occasion, vous avez assuré vouloir garantir la stabilité du budget de votre ministère pour 2025. Vous nous avez aussi demandé de vous faire confiance pour y parvenir, arguant que la culture devait être politique. Et vous nous avez aussi dit de ne pas hésiter à venir échanger avec vous lorsque nous étions en désaccord. À peine trois jours plus tard, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances par le Sénat, vous avez soutenu un amendement gouvernemental, déposé dans la nuit précédente. Ce dernier présente une baisse de crédits de 130 millions d’euros sur la « mission Culture », dont près de 42 millions pour la « Création » et 30 millions affectant la mission « Transmission des savoirs et démocratisation de la culture. » Vous avez aussi essayé d’imposer 100 millions d’économies à l’audiovisuel public. Hélas, au terme de débats pour le moins confus, les crédits de la « mission Culture » ont été votés avec une baisse de 130 millions d’euros. L’amendement concernant l’audiovisuel public a, lui, été ramené à 80 millions d’euros par les sénatrices et sénateurs. Le ministère de la Culture accuserait donc une baisse de crédits de 210 millions d’euros pour 2025 si le budget était ainsi voté. Où est la ministre pugnace qui se vantait encore la semaine dernière d’être capable d’aller défendre ses budgets face à Bercy ou à Matignon ? Comme vous nous y avez encouragés, nos organisations professionnelles vous ont donc immédiatement demandé un entretien pour comprendre les raisons de ce revirement total de situation et travailler ensemble à un scénario de sortie de crise. Après nous avoir d’abord accordé ce rendez-vous vendredi 24 janvier, vous avez finalement décidé de l’annuler. Aussi, nous vous demandons toujours un rendez-vous, impérativement avant que ne se tienne la commission mixte paritaire, le 30 janvier prochain. Nous aurions préféré la solution du dialogue direct, comme vous aviez dit également le privilégier. Nous n’avons pas d’autre choix aujourd’hui que de vous faire part, dans ce courrier, de notre incompréhension et notre colère. Où est la ministre pugnace qui se vantait encore la semaine dernière d’être capable d’aller défendre ses budgets face à Bercy ou à Matignon ? Depuis votre arrivée à la tête du ministère de la Culture, ce ne sont pas moins de 410 millions d’euros de baisse qui sont à déplorer (200 millions d’euros par décret en février 2024 et 210 millions d’euros qui pourraient être votés dans le cadre du budget 2025). Où est la ministre dont la porte est toujours ouverte pour dialoguer ? Nous demandons que les crédits « Création » et « Transmission des savoirs et démocratisation de la culture » soient intégralement rétablis, comme vous vous y êtes engagée. Nous demandons en outre que le fonds d’urgence que vous proposez en guise d’ersatz soit annulé et que ses crédits soient reversés dans la « mission Culture ». Ce fonds ne concerne en aucun cas le même périmètre et va fragiliser le fonctionnement de l’ensemble des structures au profit de quelques-unes choisies arbitrairement. Par ailleurs, la préservation en intégralité des crédits du Fonpeps – le Fonds pour l’emploi pérenne dans le spectacle – est désormais absolument vitale et ce non seulement jusqu’au dernier jour de l’année 2025, mais également au-delà. Enfin, nous rejetons le projet de fusion / holding pour l’audiovisuel public et demandons que ces nouvelles économies demandées soient supprimées. Madame la ministre, lors de ce CNPS, vous avez aussi déploré l’attitude de certaines collectivités qui diminuent de manière drastique leur budget. Que devons-nous en penser ? En vous remerciant pour vos réponses et actions concrètes devant ce désastre, veuillez croire, Madame la ministre de la Culture, en l’assurance de notre parfaite considération. » Signataires : Fédération CGT spectacle Fédération nationale des arts de la rue Les Forces musicales Scène Ensemble SCC - Syndicat des cirques et compagnies de création SFA CGT - Syndicat professionnel des artistes dramatiques, chorégraphiques, lyriques, de variété, de cirque, des marionnettistes et des artistes traditionnels SMA - Syndicat des musiques actuelles SN3M-FO - Syndicat national des musiciens et du monde de la musique SNAM CGT - Union nationale des syndicats d’artistes musiciens (enseignants et interprètes) de France SNMS CGT - Syndicat national des metteurs en scène Synavi - Syndicat national des arts vivants Syndeac - Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles Sud culture SYNPTAC CGT - Syndicat national des professionnel.les du théâtre et des activités culturelles
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Le spectateur de Belleville
July 8, 2024 4:36 PM
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Propos recueillis par Célian Macé dans Libération - 9 juillet 2024 Pour le directeur de la Schaubühne de Berlin, Emmanuel Macron doit logiquement «nommer un Premier ministre de gauche, et respecter la politique de ce futur gouvernement en demandant à ses députés de le soutenir». Depuis le Festival d’Avignon, le metteur en scène, directeur de la Schaubühne de Berlin, revient sur la surprise de la victoire de la gauche aux législatives, l’expérience allemande des gouvernements minoritaires, et l’espoir d’un reflux du populisme d’extrême droite en Europe. Quel est l’état d’esprit à Avignon ? La menace de l’extrême droite pesait lourdement sur le Festival, qui avait organisé, le 4 juillet, une nuit de réflexion et de mobilisation contre le Rassemblement national. Comme d’autres, je me suis même posé la question, à un moment donné, de savoir si j’allais continuer à montrer des spectacles en France sous un gouvernement d’extrême droite. Hier soir [dimanche 7 juillet, ndlr], j’ai fait exprès de ne pas aller au théâtre car je pensais que ça allait être la dépression totale. Au bout du compte, c’était la fête ! On est évidemment heureux, soulagés, tout le monde est enthousiaste. L’esprit général est très positif. Ma première pensée a été : dans le fond, la France est républicaine et antifasciste. Et vu d’Allemagne ? Les Allemands étaient très inquiets, la défaite du Rassemblement national est un soulagement. Les élections françaises sont aussi perçues comme un espoir et un exemple pour la gauche : réunie, elle peut battre la droite. Et les républicains, réunis par la solidarité des désistements, peuvent battre l’extrême droite. Ça donne d’ailleurs de l’espoir pour toute l’Europe. J’ai l’impression qu’il y a un mouvement de changement vers la gauche, après la victoire des travaillistes au Royaume-Uni et le maintien de Sánchez en Espagne. Le populisme d’extrême droite, si haut ces dernières années, est peut-être en train de refluer, on l’a vu en Pologne, on le voit aussi en Scandinavie. Les Français seront-ils capables de former un gouvernement de coalition, comme le font régulièrement les Allemands ? En Allemagne, on a l’expérience des gouvernements minoritaires. Emmanuel Macron doit nommer un Premier ministre issu du Nouveau Front populaire, qui peut tout à fait conduire un gouvernement minoritaire. Pour qu’il tienne, il faut que les députés Ensemble ne votent pas la censure de ce gouvernement. C’est une question de responsabilité, des deux côtés, pour éviter que l’extrême droite ne continue de monter. D’autant qu’une bonne partie des députés Ensemble doivent leur élection au désistement des candidats NFP. Il y a surtout une responsabilité de Macron, à qui on doit tout ce bordel. S’il nomme un Premier ministre de gauche, Macron doit respecter la politique de ce futur gouvernement, et demander à ses députés de le soutenir. Dans ce sens, oui, ce serait une vraie coalition. Il a commencé son premier mandat avec une politique de gauche, avant de se retourner complètement vers la droite. C’est le moment pour qu’il revienne à une politique de gauche. Mais bon, qui suis-je, pour donner des conseils aux Français ? (rires) La bataille n’est pas du tout terminée. Maintenant, il s’agit de mettre en œuvre une politique de gauche qui soit meilleure que celle du centre et de la droite, c’est-à-dire du macronisme. C’est hyper important. C’est là que la gauche peut empêcher que l’extrême droite monte encore. Le Nouveau Front populaire doit donner des réponses aux questionnements sociaux, pour que des gens qui se retrouvent dans la précarité ne pensent pas que la seule solution est l’extrême droite. La France, dans cette situation inédite, va-t-elle renouer avec le parlementarisme ? Je l’espère, mais il y a quand même un souci. Le pouvoir du président en France est trop grand. Celui de l’Assemblée nationale est trop faible. Ce déséquilibre nuit à la concorde et même à la tolérance d’un pouvoir envers l’autre. Le système politique français n’est pas fait pour trouver des compromis, il est fait pour donner le pouvoir à une seule personne ou un seul camp. Je dois avouer que ça m’a toujours surpris que dans le pays de la révolution de 1789, dans ce pays républicain de liberté et d’égalité, le pouvoir soit entre les mains d’une seule personne, quasiment comme un monarque. Propos recueillis par Célian Macé / Libération Le metteur en scène Thomas Ostermeier à la Comédie-Française à Paris, en septembre 2018. (Stephane de Sakutin/AFP)
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Le spectateur de Belleville
June 12, 2024 5:06 PM
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Tribune publiée dans Libération - 12 juin 2024 Par Anne Diatkine Après l’annonce de la dissolution du gouvernement par Emmanuel Macron, la fondatrice du Théâtre du Soleil s’interroge : que fait-on à la première loi qui passe et qui restreint arbitrairement les libertés ? Quand décide-t-on de fermer, d’arrêter ? Ou, au contraire, va-t-on se raconter qu’on résiste de l’intérieur ? «Qu’est-ce qu’on n’a pas fait ? Ou fait que nous n’aurions pas dû faire ? On pensait qu’on avait trois ans pour y réfléchir et soudain, ce geste du président de la République – ce geste d’adolescent gâté, plein de fureur, de frustration et d’hubris – et nous n’avons plus que trois semaines. Aucune organisation sensée, aucune réflexion n’est possible. Emmanuel Macron aurait pu dire : «Je dissous le premier septembre». Non ! Il veut punir. Il déverse un bidon d’essence sur le feu qui, déjà, couvait. Il met le feu à notre maison, à notre pays, à la France. Et il regarde tout le monde s’agiter pour sauver quelques meubles, quelques souvenirs, des photos. Je crains que, quelles que soient les paroles qui me viennent aujourd’hui, elles ne soient qu’un cri d’effroi devant la catastrophe qui s’avance vers nous. Une catastrophe politique, sociale, symbolique et, pour certains d’entre nous, pour les artistes entre autres, morale. «Oui, nous allons nous trouver très vite, immédiatement peut-être, devant un dilemme moral : que ferons-nous lorsque nous aurons un ministère de la Culture RN, un ministère de l’Education nationale RN, un ministère de la Santé RN ? Un ministère de l’Intérieur RN ? Je ne parle pas de l’incompétence probable, que je mets à part. Je parle du moment où nous risquons de devenir des collaborateurs. Oui, à quel moment doit-on cesser de faire du théâtre sous un gouvernement RN ? Jusqu’où fait-on semblant de ne pas voir la détérioration des libertés et des solidarités ? Jusqu’à quand ? «Concrètement, à quel moment la démocratie est-elle subrepticement, puis notoirement, attaquée ? Que fait-on à la première loi qui passe et qui restreint arbitrairement les libertés ? A quel moment j’arrête ? Quand décide-t-on de fermer le Soleil ? Ou, au contraire, va-t-on se raconter qu’on résiste de l’intérieur ? «Les loups qui s’approchent joueront les renards. Ils peuvent aussi nous gâter, nous flatter, nous financer. Avant de nous assujettir et de nous déshonorer. Ces questions me hantent. Je ne veux pas être un personnage de la pièce que nous avons joué en 1979, Mephisto, d’après Klaus Mann. Un Front le plus large possible «Lorsque je parle ainsi, c’est parce que, les RN, je les vois déjà aux manettes, en raison du bref laps de temps qui demeure pour empêcher leur arrivée. J’attends de lire le programme de ce Front dit “populaire”. Je l’espère de mes vœux, je le souhaite le plus large possible, sinon, ce n’est pas un front «Je ne pourrai accepter ce qui ne serait qu’un nouveau masque de certains leaders de cette Nupes qui nous a fait tant de mal, car la politique ne doit pas être que tactique cynique au service de convictions plus brutales que sincères. Elle doit se fonder sur la vérité et l’amour de l’humanité. «J’ai 85 ans et j’ai grandi avec cette certitude partagée par ma génération, qu’on allait vers le mieux, grâce notamment au programme du Conseil national de la Résistance. La situation actuelle était donc, pour moi, inenvisageable, jusqu’en 2002, quand, pour la première fois, le FN est arrivé au second tour de l’élection présidentielle. Depuis, c’est ma hantise. «Macron est bien trop petit pour porter, à lui seul, la totalité du désastre. Je nous pense, en partie, responsables, nous, gens de gauche, nous, gens de culture. On a lâché le peuple, on n’a pas voulu écouter les peurs, les angoisses. Quand les gens disaient ce qu’ils voyaient, on leur disait qu’ils se trompaient, qu’ils ne voyaient pas ce qu’ils voyaient. Ce n’était qu’un sentiment trompeur, leur disait-on. Puis, comme ils insistaient, on leur a dit qu’ils étaient des imbéciles, puis, comme ils insistaient de plus belle, on les a traités de salauds. On a insulté un gros tiers de la France par manque d’imagination. L’imagination, c’est ce qui permet de se mettre à la place de l’Autre. Sans imagination, pas de compassion. «Il n’y avait autrefois aucun professeur qui votait FN. Comment se fait-il qu’il y en ait aujourd’hui ? Et tant d’autres fonctionnaires, si dévoués pourtant à la chose publique, qui votent RN, chaque fois davantage ? Aujourd’hui, je ne suis pas certaine qu’une prise de parole collective des artistes soit utile ou productive. Une partie de nos concitoyens en ont marre de nous : marre de notre impuissance, de nos peurs, de notre narcissisme, de notre sectarisme, de nos dénis. J’en suis là. Une réflexion très sombre, incertaine et mouvante. «Heureusement, nous, nous avons le public, et moi, j’ai la troupe. Heureusement, mon dieu, que je les ai, à mes côtés. Il y a de la bienveillance, de l’amour, de l’amitié, de l’estime, de la confiance. Avec ça, on résistera.» Recueilli par Anne Diatkine / Libération ---------------------------------------------------------------- La réaction de Gérard Watkins (auteur, metteur en scène) à ce texte : Je tiens particulièrement à remercier Ariane Mnouchkine; il n’y aurait pas eu son « post tribune » je serais peut être resté un ou deux jours de plus en retraite pour échapper à un burn-out que connaissent tout directeur.ice de compagnie qui se respecte. C’est un des textes d’artistes, face à une crise sans précédent, le plus honteux qu’il m’ait été donné de lire. J’ai immédiatement pensé à un essai qui a été fondateur pour moi. « Inside the Whale» de Georges Orwell, qui raconte comment toute une génération d’artistes a laissé les fascistes prendre le pouvoir. En se taisant. Ce qu’elle dit est complètement hors sol et à des kilomètres de la réalité de ce qui s’exprime dans les théâtres aujourd’hui. Et dans la politique telle qu’elle se pratique. Je rentre. Je rentre pour me battre. Ne pas perdre un jour de plus. Pour rencontrer toutes les équipes de théâtres qui le souhaitent pour parler. Publiquement. Après chaque représentation. Dans tous les textes envoyés au Newsletter. Dans toutes les assemblées, partout. Pour parler aux réticents, récalcitrants. Que cela soit bien clair; et ceci est d’une grande importance. Si on avait écouté Ariane Mnouchkine en 2003, rien de ce qu’on peut encore vivre aujourd’hui grâce à l’intermittence, rien, de tout ce que ces belles compagnies qui œuvrent aujourd’hui à donner du souffle à ce pays moribond et raciste, n’existerait. Son mea culpa ne regarde qu’elle. La victoire des intermittents a été une des rares victoires politiques, avec celle du féminisme et de l’anti-racisme, qu’il m’ été donné de voir de mon vivant. Donc, s’il vous plait. De grâce. Ne l’écoutez pas. Que chaque représentation devienne une occasion de toucher. De parler au public. C’est là où vous pourrez être utile. Bien sûr dans la journée aussi, et c’est vital, faire du porte à porte. C’est essentiel. Mais le soir, quand on a le privilège de jouer, on parle. On s’adresse. On défend la seule chance qu’à notre pays de déjouer un état raciste qui s’appèlera le RN. Partout. A Avignon. A l’Odéon. A la Colline. Dans les salles des fêtes. Aux théâtre municipaux. Et oui, aussi, à la Comédie Française. Partout où ça joue. Partout ou il y a encore du vivant. Voici un bref mode d’emploi, tel qu’il a été pratiqué avec succès lors des « saisons en lutte » 2003-2004. Toute personne jouant en ce moment à le droit de rassembler ses camarades en assemblé générale pour décider d une prise de position publique ou non. On vote. Et on décide en respectant le vote. C est aussi simple. Les directeur.ices de théâtres et de compagnies ont parfois les mains liés, comme vous l’avez peut être constatés. C est vous qui avez la main. Sachez qu’au final ils ou elles vous en seront grés. Je ne suis pas clictiviste. Je ne fais pas du télétravail. Je serai présent. Arrêtez de faire les ouin ouin revoilà Hollande, ou oh les méchants Lfi. Mobilisez vous maintenant. Et pensez, profondément à comment s’adresser à des gens susceptibles de rejoindre notre cause. Ne soyez pas flous. Il s’agit bien du Nouveau Front Populaire. Car c’est bien là notre art, n en déplaise à Ariane. La moindre personne compte. Je posterai demain le texte adressé au public que j’enverrai dans la foulée aux 3000 inscrits à la Newsletter du Perdita. C’est un modeste début. Gérard Watkins, sur sa page Facebook, 17 juin 2024 _________________________________ L'article publié par Sceneweb , le 12 juin 2024 : "Les gens de culture sont en partie responsables", selon Ariane Mnouchkine -------------------------- Le commentaire de l'hebdomadaire Marianne, par Emmanuel Tellier Enfin, une grande voix du monde de la culture, une autorité morale, se permet d'écrire ce que beaucoup d'observateurs ont constaté depuis des années : en se bouchant le nez face à ses « salauds » d'électeurs sensibles aux idées du Rassemblement National, les beaux esprits du monde des lettres, des planches et des plateaux de cinéma ont (pour reprendre les mots de Mnouchkine) « lâché le peuple ». Cher monde de la culture – dans toute votre diversité, dans vos milliers de parcours, vos milliers de visages, figures en pleine lumière comme silhouettes œuvrant dans l’ombre –, quelqu’un s’adresse à vous dans une tribune publiée par le quotidien Libération. Une prise de parole essentielle, sur un ton inédit et précieux. Pas n’importe qui : Ariane Mnouchkine. L’une des vôtres. Une figure tutélaire. Une autorité morale. Et voici, en substance, ce que cette grande dame du théâtre français, le cœur solidement ancré à gauche, vous dit, comme une aînée s’adresse à ses cadets : la très grave crise politique que traverse la France est aussi la vôtre, et vous n’êtes en rien exemptés du nécessaire travail d’introspection et d’autocritique auxquels tous les corps de la société doivent se prêter de bonne foi. Et urgemment. « MACRON LE PETIT »« Qu’est-ce qu’on n’a pas fait ? Ou fait que nous n’aurions pas dû faire ? », interroge d’abord la fondatrice du Théâtre du Soleil, aujourd’hui âgée de 85 ans (et toujours très active au sein de ce lieu magnifiquement atypique et humaniste qu’elle a créé en 1964, mais dont elle a beaucoup de mal, soit dit en passant, à transmettre les clés et l’héritage). Dans les premières lignes de son texte, Ariane Mnouchkine fustige l’attitude d’Emmanuel Macron, et sa décision de dissoudre l’Assemblée nationale dans l’urgence. Un « geste d’adolescent gâté, plein de fureur, de frustration et d’hubris ». Le chef de l’État « déverse un bidon d’essence sur le feu qui, déjà, couvait. Il met le feu à notre maison, à notre pays, à la France », écrit-elle… Avant d’ajouter : « Macron est bien trop petit pour porter, à lui seul, la totalité du désastre ». Le point essentiel de sa prise de parole arrive alors. « Je nous pense, en partie, responsables, nous, gens de gauche, nous, gens de culture. On a lâché le peuple, on n’a pas voulu écouter les peurs, les angoisses. Quand les gens disaient ce qu’ils voyaient, on leur disait qu’ils se trompaient, qu’ils ne voyaient pas ce qu’ils voyaient. Ce n’était qu’un sentiment trompeur, leur disait-on. Puis, comme ils insistaient, on leur a dit qu’ils étaient des imbéciles, puis, comme ils insistaient de plus belle, on les a traités de salauds ». Pour tout journaliste s’étant choisi comme spécialité d’écrire sur les disciplines culturelles et les créations qui en émanent (de la littérature au théâtre, du cinéma à la musique), le caractère cinglant des mots d’Ariane Mnouchkine n’a rien d’une surprise. Notre seul étonnement : que personne d’autre (ou presque) n’ait osé s’exprimer publiquement avec une telle franchise auparavant.
On écrit publiquement, car de manière moins formelle, on est certain d’avoir déjà entendu ces mots-là, de manière quasiment aussi crue, dans la bouche de personnalités comme Charles Berling, Agnès Jaoui, Vincent Lindon, Bruno Dumont, Miossec ou encore du regretté Jean-Louis Murat (les premiers noms qui nous viennent à l’esprit, mais évidemment il y en a d’autres…) Dans les faits, depuis des dizaines d'années, des figures du monde culturel ont alerté, et tenu un discours de vérité. Par ailleurs, personne ne peut ignorer que dans un grand nombre d'institutions (musées, théâtres, festivals…), des milliers de « responsables des publics » ont tenté, vaillamment, de ne laisser aucun spectateur au bord de la route. Mais dans ces mêmes instances, n'a-t-on pas passé trop de temps à débattre des mérites et de la nécessité supposés de l'écriture inclusive, ou du besoin de privilégier les fameuses « mobilités douces » pour accueillir « le public », au lieu de se concentrer sur l'essentiel : les programmations, leur sens, leur vocation ? « NOTRE NARCISSISME, NOTRE SECTARISME… »À travers cette tribune, Ariane Mnouchkine, ne se contentant plus d'alerter, se fait largement plus « transgressive » lorsqu’elle se permet (là encore avec une lucidité qui force le respect) d’interroger le sens des mobilisations qui s’annoncent. Que faire dans les courtes semaines qui nous séparent des deux tours de vote aux législatives ? Continuer à se boucher le nez face aux « salauds » qui votent RN ? Se « contenter » de descendre dans la rue pour faire des marches de gauche, la main sur le cœur ? Comme avant ? Comme en 2002 ? La dramaturge a clairement un avis radical sur la question, même si ses mots sont mesurés, précisant qu’elle n’est « pas certaine qu’une prise de parole collective des artistes soit utile ou productive », car « une partie de nos concitoyens en ont marre de nous : marre de notre impuissance, de nos peurs, de notre narcissisme, de notre sectarisme, de nos dénis ».
En vérité, écrit un peu plus tôt Ariane Mnouchkine, c’est l’ensemble du monde culturel qui se voit aujourd’hui projeté, contre son gré et sans s’y être assez suffisamment préparé, dans un grave état de « crise morale ». Et les dilemmes, les cas de conscience, vont être nombreux. « Oui, nous allons nous trouver très vite, immédiatement peut-être, devant un dilemme moral : que ferons-nous lorsque nous aurons un ministère de la Culture RN, un ministère de l’Éducation nationale RN, un ministère de la Santé RN ? Un ministère de l’Intérieur RN ? ». Et de poursuivre : « Je parle du moment où nous risquons de devenir des collaborateurs (…) Oui, à quel moment doit-on cesser de faire du théâtre sous un gouvernement RN ? » (…) « Concrètement (…), que fait-on à la première loi qui passe et qui restreint arbitrairement les libertés ? À quel moment j’arrête ? Quand décide-t-on de fermer le (Théâtre, N.D.L.R.) Soleil ? Ou, au contraire, va-t-on se raconter qu’on résiste de l’intérieur ? », demande-t-elle encore.
UN COUP DE POING QUI NE VOUS VEUT QUE DU BIENUne idée pour démarrer, même modestement : faire circuler la tribune d'Ariane Mnouchkine dans tous les lieux de culture. L'imprimer, l'afficher sur les murs, la mettre en discussion. Dans les théâtres, petits et grands, les lieux de musique, les musées, publics ou privés, les productions de films de cinéma, les écoles d'art et d'architecture. Mais aussi dans les couloirs du ministère de la Culture, comme au sein de toutes les commissions spécialisées qui accordent des bourses et des subventions (qu'il s'agisse de soutenir des romanciers, des musiciens ou des troupes de comédiens, au CNC, au CNL, etc.). Lire cette tribune, donc, et accepter de la recevoir comme un coup de poing qui ne vous veut que du bien. En débattre au sein de tous ces lieux, toutes ces instances. Oser admettre que quelque chose a dysfonctionné. Que l'entre-soi, trop souvent, a aveuglé les artistes, les créateurs. Oser parler du mépris social, du dédain qui a trop longtemps servi de pare-feu. Oser, enfin, se dire que le peuple français est libre, sanguin, indocile, fragile et éruptif – et parfois tout cela à la fois –, et qu'il serait grand temps que la majorité des artistes de ce pays regardent cette réalité droit dans les yeux, avec décence, avec humilité. Publié par EmmanuelTellier dans Marianne - 14 juin 2024 —————————— La réaction de Laurent Hatat, metteur en scène : Ariane a perdu le fil. Que se passe-t-il dans la tête d’Ariane Mnouchkine pour que ses propos soient relayés et mis à l’honneur, après Libé, dans l’hebdomadaire Marianne ?! Mais d’où parle-t-elle ? comme disait sa génération. Est-ce un virage, comme un naufrage ? Lire sa prose défaitiste, son invitation à la culpabilité collective des artistes, son incitation au silence est une vraie douleur. “Oui il faut payer la note de ce que nous avons enfanté, ce mépris du peuple et de ses souffrances…” Mais de quoi parle-t-elle, par les dieux d’en bas ! De qui ? Je pense surtout à toutes celles et ceux, si nombreux, qui comme nous, en compagnie, au sein des lieux, des festivals ou des Drac (oui les Drac aussi) s’efforcent de rencontrer ou de favoriser sans cesse la rencontre de tous les publics. Toutes celles et ceux qui se tournent vers les territoires, les quartiers, les petites villes, qui rendent visibles, ouvrent les murs, qui sans relâche sensibilisent, initient, transmettent, vers et avec les tout petits, les collégiens, lycéens, jeunes en apprentissages, personnes en situation de handicap, enseignants, formateurs, personnes migrantes, exilées, élèves de conservatoire ou d’école supérieure, personnes en détention, et j’en oublie ! “mépris du peuple” ? Nawak comme dit Watkins Je pense à toutes celles et ceux qui en viennent, du peuple, et qui font ce métier. Ça lui a traversé l’esprit, ça, à la marraine marâtre ? Je pense à toutes celles et ceux qui croient fermement à l’utilité de leur action au quotidien, qui défendent le service public de la culture et se battent au jour le jour pour faire naître et maintenir dans notre société le goût de l’imagination, d’une altérité, d’une vie plus large. Qu’on-t-ils fait, qu’avons nous fait pour mériter ce discours de disgrâce du haut d’une grasse dépendance du parc floral de Paris-capitale ? Devons-nous battre notre coulpe quand nous luttons depuis des années pour faire vivre notre art, notre passion ? Fallait-il tromper le peuple, comme le RN, pour qu’on ne nous accuse pas de ne pas aimer le peuple ? L’oracle du bois de Vincennes n’avait-elle rien de mieux à faire à l’aube de ce qu’elle annonce comme un bataille perdue d’avance ? Offrant comme seul recours, et pour elle seule, son bastion du Soleil… “Une partie de nos concitoyens en ont marre de nous : marre de notre impuissance, de nos peurs, de notre narcissisme, de notre sectarisme, de nos dénis. J’en suis là. Une réflexion très sombre, incertaine et mouvante.” écrit-elle. L’attaque permanente contre les services publics, contre les services de proximité, les chaînes zombies de Donald Bolloré, la désinformation sur les réseaux, la casse de toute contestation dans la rue, tout ça ? Une partie seulement, sans même l’évoquer. Le monde de Macron, “trop petit pour être le seul responsable”, dit-elle. Trop petite en responsabilité, l’idéologie libérale dont il est porteur ? Oui, oui, les coupables, car insultants, méprisants, narcissiques, sectaires, apeurés et impuissants, la honte en fait, c’est nous. Basta. OK, madame… Passez-moi le gaviscon. Ou la cigüe ? J’ai pris l’habitude, malheureusement, de constater, dans cette génération de militants de la gauche des 70’s, l’existence de certaines et certains bouteur de feu, de ceux qui tourne le dos à leur jeunesse. Et à la jeunesse d’aujourd’hui. Ce n’est pas une question d’âge, non ! De plus vieux tiennent bien le cap. Une question de statut : revenus de tout, la parole public aisée, mais cantonnés dans leurs pénates, certains certaines font des dégâts. Ici c’est le cas. La droite se délecte. J’ai pris l’habitude, malheureusement, de voir les conservatismes les plus coriaces se couvrir du voile du bon sens de la lutte avant-dernière, la «vraie», la leur, de voir les néo-conformismes inavoués faire barrage aux idées neuves d’une jeune génération intelligente, sensible, courageuse, à qui l’on oppose «l’expérience» et «la raison» quand il faut sortir de sa zone de confort… Ici, je le crains, c’est cela et c’est pire encore. Ici, si la Marianne de la Cartoucherie prend une fois encore la parole, une fois de trop, disons-le, il est question de pouvoir. De SON pouvoir. Ce désir de pouvoir absolu qui fait sa marque et qui a laissé bien des traces sombres dans bien des cœurs d’artistes, qu’on le cache ou qu’on en rit. Ce goût du pouvoir pour le pouvoir qui parfois dépasse les considérations d’efficacité, de solidarité, de logique. Le pouvoir pour le pouvoir, un risque du métier de la mise en scène, une maladie professionnelle ? ou une appétence vers ce métier particulier pour ceux qui ont cette passion triste… ? Je ne sais, mais…C’est pas le sujet ici. On en reparlera. Ici, ce pouvoir, perdue dans le sombre labyrinthe du méa culpa, Ariane Mnouchkine ne peut l’exercer que sur ceux qu’elle considère comme ses troupes, qu’elle traite comme ses affidés. Nous. Nous tous, le monde de l’art vivant. Alors la grande Ariane tire ses dernières cartouches contre son camp, quitte à faire le jeu de la droite la plus dégueu, sûre, par les dégâts qu’elle y fait, de valider encore une fois son imprimatur. Bravo, c’est réussi. Marianne, Dati et Jordan se réjouissent. Passez-moi le Primperan… La seule chose que je retiens de sa déposition contrite au commissariat des électeurs RN, c’est le “Que faire si.. » Question que chacun en son âme et conscience, puis collectivement, devra résoudre “si.. » Mais nous n’en sommes pas là, par les dieux d’en haut, d’en bas et d’à côté ! Attendons au moins le premier tour… Ce serait triste à pleurer si au fond, on n’avait pas d’autres choses sur le feu : l’avenir. Un avenir de combat, dans tous les cas. Gagnant ou perdant. Nous y sommes. Sûr de rien, non, mais nous n’avons pas peur, car de l’imagination, nous les artistes sans honte, n’en déplaise à Ariane grande inquisitrice, nous en avons à revendre ! Vive le Front Populaire ! Laurent Hatat, sur sa page Facebook
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April 16, 2024 11:37 AM
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Propos recueillis par Samuel Gleyze-Esteban dans L'Oeil d'Olivier - 16 avril 2024 Fin mars, une enquête flash menée par LAPAS auprès d'administrateurs du spectacle augurait d'une casse inédite dans la saison à venir. Sa coprésidente, Véronique Felenbok, directrice de production et fondatrice du Bureau des filles, alerte des conséquences sur le secteur tout entier, et en premier lieu sur les artistes en position de minorité. Le rapport de l’Association des professionnels de l’administration du spectacle (LAPAS) est tombé à peu près en même temps que l’annonce de coupes drastiques dans le budget de la Culture… Comment avez-vous réagi à ces annonces ? Ces coupes vont toucher tout le secteur, mais notre problème est ailleurs. Il est directement connecté au souci d’inflation qui se pose depuis qu’a augmenté le prix des matières premières. Nous l’avions identifié dès que nous avions collecté les retours du dernier Festival d’Avignon. En discutant entre adhérents de Lapas, nous nous étions aperçus aperçus que contrairement aux autres années, où les retours des professionnels en sortie de salle nous permettaient de projeter l’importance des tournées des spectacles présentés, cette fois, les programmateurs et programmatrices ne s’engageaient pas. Les mois passant, ces engagements ne venaient toujours pas. Finalement, la saison 24-25 n’a plus rien eu à voir avec ce que l’on pouvait projeter. Les résultats de votre enquête, qui concernent 272 artistes et compagnies de différentes disciplines, sont plutôt catastrophiques : -54% de représentations prévues pour 24/25 par rapport à la saison actuelle et 22% des artistes en passe de jeter l’éponge. Côté administration, ce sont 27% des bureaux de production et 40% des compagnies qui pensent devoir renoncer à ces emplois pourtant essentiels à leur bon fonctionnement… Au niveau des compagnies que je produis, je compte une baisse encore plus importante des représentations prévues la saison prochaine : -64%. Ce que l’on ne comprenait pas, c’est pourquoi les chiffres que donnaient les structures étaient à ce point en-deçà de ce que nous pouvions noter au quotidien [l’ACDN prévoit entre 15% et 20% de baisse des dates—ndlr]. Comment en est-on arrivés là ? Il y a plusieurs facteurs cumulés. L’inflation a impacté très durement les structures, avec l’augmentation des matières premières et d’autres éléments dont le transport et l’hébergement. À la suite, la négociation annuelle des salaires (NAO), indexant les salaires sur l’inflation, a fait augmenter les masses salariales. Ces augmentations, associées à des coupes catastrophiques des collectivités territoriales et de la DRAC, ont laissé une marge artistique très réduite. Celle-ci s’est d’abord manifestée dans la baisse des parts de coproduction. Déjà la saison dernière, les théâtres et les structures commençaient à donner des parts de coproduction nettement inférieures à celles qu’elles accordaient auparavant. Là où, avant, ils mettaient 10 000€, il donnent maintenant 5000€. Même s’il y a eu des indications de la part de l’ACDN et de l’association des Scènes nationales incitant leurs adhérents à pas donner de coproductions en-dessous de 10 000€, mais les compagnies peuvent témoigner depuis longtemps de parts de coproduction nettement inférieures. Désormais, c’est au niveau des tournées que cela devient catastrophique. Je pense que l’on doit s’attendre à une hécatombe. Pour l’heure, celle-ci n’est anticipée par personne. Un grand nombre d’artistes vont arrêter leurs compagnies : 22% dans notre enquête, avec une répartition assez équitable entre les compagnies subventionnées, celles qui ne le sont pas, et celles qui sont aidées au projet. Y a-t-il des facteurs qui différencient les compagnies qui survivront quand même et celles qui s’apprêtent à mettre la clé sous la porte ? Oui, et c’est multifactoriel. Je pense que le théâtre jeune public sera relativement préservé, puisque les théâtres et les centres chorégraphiques ont une obligation de diffuser des spectacles jeune public. En revanche, les œuvres avec de nombreux interprètes sur le plateau sont impactées très fortement, puisque les théâtres, moins dotés, programment désormais davantage de petites formes à un, deux ou trois interprètes, au coût plateau moins élevé. Le plus inquiétant, c’est que cette situation va favoriser les valeurs sûres. Jusqu’à présent, les programmations opéraient un équilibre entre des valeurs sûres et des spectacles plus singuliers, moins identifiés. Mais à terme, on aboutira sur un paysage des compagnies bipolarisé. D’un côté, des compagnies très institutionnalisées, les plus soutenues. Et de l’autre, des compagnies très précaires qui, par envie ou besoin vital, accepteront de créer sans payer les répétitions, pour ne jouer leur spectacle qu’une poignée de fois… Que faisiez-vous, déjà, de l’injonction à réduire le nombre de productions ? Ce que l’on pense, c’est que la DGCA n’a pas pris les décisions qui s’imposaient. Le plan « mieux produire, mieux diffuser » vient d’un constat avec lequel nous sommes d’accord : il y a trop de productions, qui tournent chacune pour un nombre de dates trop faible. Mais le ministère de la Culture appelle en réalité de ses vœux, depuis longtemps, à une diminution du nombre de compagnies, et ce n’est pas la solution. La solution serait de produire moins et mieux, et on a déjà émis de nombreuses recommandations allant dans ce sens. En premier lieu, reconnaître et subventionner le travail de recherche. Aujourd’hui, les compagnies sont contraintes de créer un spectacle chaque année pour pouvoir demander chaque année des aides. Mais s’il était possible de demander des subventions sur deux ans — un an pour la recherche et les premières répétitions, une deuxième année pour la création — pour un montant égal à l’année, cela imposerait un ralentissement naturel du rythme des créations, ainsi qu’un plus grand nombre de représentations pour chaque projet. Il faudrait une entente à l’échelle du secteur, qui engage les subventions des DRAC mais aussi les structures accueillant les compagnies en résidence. Nous avons alerté le ministère d’un autre souci auquel il est resté sourd : la question du nombre de dates requises pour être conventionné. Aujourd’hui, en théâtre, il faut 90 dates sur trois ans. Qui les atteint ? Surtout, quelles femmes y parviennent ? En 2024, seules 36% de créations de théâtre et « arts associés » sont mises en scène par des femmes, et aujourd’hui, en Île-de-France par exemple, aucun des huit compagnies conventionnées par la DRAC à quatre ans n’est dirigée par des femmes. Le même problème se posera pour toutes les catégories sous-représentées sur les plateaux, puisqu’elles réalisent moins de dates. Les artistes les plus minorés et les plus fragiles seront les premiers touchés par la crise. Et en général, ce sont les mêmes. Cette crise aboutira ainsi à une diminution de la représentativité, qui est déjà à un niveau très bas. Pourtant, c’est une cause du manque de diversité dans le public. Doit-on craindre que cette situation laisse une plus grande mainmise du politique sur la création, même indirecte ? Indirecte, elle l’est moins en moins. On voit de manière croissante que certaines communes ou régions refusent de programmer des projets qui recueillent pourtant des avis positifs des comités d’experts, des rapporteurs ou des conseillers, et cela pour des raisons politiques. Pour l’instant, cela ne s’observe qu’au niveau des collectivités territoriales. On l’entend de plus en plus depuis deux, trois ans. Cela aura un impact sur les sujets qui pourront être abordés. On sait d’avance lesquels posent problème. Et en ce moment, avec la droitisation de tout le paysage politique, cette emprise est à craindre de plus en plus. On imagine qu’à ce titre, toutes les collectivités sont concernées, en dépit des volontés politiques… On est étonnés : même des régions que l’on pensait préservées ont opéré des coupes. L’inflation a mis toutes les collectivités territoriales en situation de faiblesse et de fragilité. Bien sûr, une collectivité comme la région Rhône-Alpes a ouvert le bal avec une très forte emprise du politique sur la culture. Mais depuis que l’inflation s’est aggravée, on voit des régions et des départements tailler dans les budgets de la culture alors que celle-ci était jusqu’à présent au centre de leurs préoccupations. Pour en avoir discuté ensemble, on sait qu’une partie d’entre elles ne sabre pas dans la culture de gaieté de cœur : c’est pour ne pas avoir à le faire dans l’éducation ou la santé. Qu’en est-il, dans ce contexte, des professionnels de l’administration représentés par Lapas ? L’année dernière, un peu plus de 300 professionnels de l’administration adhéraient à l’association, représentant environ 1200 compagnies. Une chose qui nous inquiète beaucoup depuis le Covid, c’est la pénurie dans nos métiers. Cette crise rendra les choses encore plus tendues. Les administrateurs sont aujourd’hui obligés soit de prendre plus de compagnies, donc travailler plus pour gagner autant, soit gagner moins pour travailler autant. Quelle réponse politique peut-on trouver à cette crise ? C’est un choix politique de couper dans toutes les politiques régaliennes : l’éducation, la santé… on est tous logés à la même enseigne. Ce n’est pas que ce pays manque d’argent. Mais petit à petit, les choses qui rapportaient de l’argent à l’état ont été abandonnées. Avec la crise énergétique, beaucoup d’entreprises françaises ont réalisé des superprofits, qu’elles ont pu redistribuer à leurs actionnaires. C’est un problème de répartition des richesses. De notre côté, ça devient un massacre. Même les coupes qui sont faites dans les grandes maisons rejaillissent sur l’ensemble du secteur. De l’argent enlevé à l’Opéra, c’est de l’argent enlevé aux artistes et aux techniciens. Ce n’est donc qu’en s’unissant dans la bataille que notre secteur se rendra audible. Concernant les perspectives… il y a eu des périodes, dans l’histoire politique française, où la culture tenait une place importante. Ce n’est plus le cas d’aucune des missions de service public de l’État, dont la culture fait pourtant partie. Propos recueillis par Samuel Gleyze-Esteban dans L'Oeil d'Olivier
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Le spectateur de Belleville
April 8, 2024 11:07 AM
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Par Lara Clerc dans Libération - 8 avril 2024 L’association des professionnels de l’administration du spectacle estime que les représentations diminueront de plus de moitié l’année prochaine, en comparaison avec la saison actuelle. Une prévision qui s’ajoute à la liste d’effets négatifs des coupes budgétaires opérées dans le spectacle vivant. publié aujourd'hui à 15h39 Une enquête confirme les conséquences désastreuses des coupes budgétaires dans le milieu culturel – en substance, une baisse de crédits de 204,3 millions d’euros pour le ministère de la Culture. L’Association des Professionnels de l’Administration du Spectacle (LAPAS) a publié le mercredi 27 mars les résultats d’une «enquête flash» effectuée parmi ses adhérents, selon laquelle la saison 2024/25 compterait 54 % de représentations de moins que la précédente. Une prévision qui confirme ce qu’Arnaud Antolinos, directeur adjoint du théâtre de la Colline, nous expliquait la semaine dernière : quand le budget diminue, les artistes sont les premiers à en pâtir. Ce que Wajdi Mouawad, directeur du théâtre de la Colline, expliquait déjà sur France Inter le mercredi 3 avril, «ces coupes signifient moitié moins de spectacles, moitié moins de créations, […] et que ce sont les jeunes générations d’artistes qui vont écoper». Dans les faits, Arnaud Antolinos a déploré refuser de plus en plus de sollicitations de compagnies, alors que son théâtre accuse une amputation de 500 000 euros dans son budget 2024. En plus de la question des représentations, l’APAS rapporte également un mal-être chez les artistes, parmi lesquels 22 % réfléchissent à arrêter leur carrière ou dissoudre leur compagnie, le manque grandissant de perspectives ou de viabilité de leur activité étant à mettre en rapport avec fla grande instabilité du secteur : «27 % des bureaux de production et 40 % des compagnies ne pensent pas pouvoir maintenir les emplois du personnel administratif tels qu’ils sont aujourd’hui», rapporte l’association. Pour remédier à ces changements, 25 % des artistes interrogés comptent travailler plus pour le même salaire et 5 % travailler autant pour un moindre salaire. Si le ministère de la Culture estime ses coupes «soutenables», sans «conséquences opérationnelles» sur les projets en cours, LAPAS les qualifie d’une toute autre manière, évoquant «une casse sociale et une casse artistique». Légende photo : Manifestation du secteur public à l'appel de huit syndicats représentatifs, le 19 mars à Paris. (Valérie Dubois/Hans Lucas. AFP)
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Le spectateur de Belleville
February 26, 2024 5:32 PM
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Par Olivier Milot dans Télérama Publié le 26 février 2024 à 18h38 Hier auréolée de sa capacité à gagner des arbitrages, la ministre est désormais affaiblie par la baisse brutale des crédits de la Culture. Les secteurs du patrimoine et de la création risquent d’être douloureusement touchés. La soustraction est salée. Plus de 200 millions d’euros, c’est le montant des annulations de crédit auquel est contraint le ministère de la Culture sur son budget 2024. Cette coupe claire a pour origine la décision du gouvernement d’économiser 10 milliards d’euros, pour compenser les baisses de recettes dues à une croissance de l’économie plus faible que prévu (1 % au lieu de 1,4 %). Tous les ministères sont censés y contribuer à hauteur de ce qu’ils représentent dans le budget national, a expliqué le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Une affirmation démentie par les faits. Au ministère de la Culture, cette réduction touche en priorité le patrimoine (- 100 millions), la création (- 96 millions), le soutien aux politiques mises en place par le ministère (- 9 millions) et les dépenses de personnel (- 3 millions). L’audiovisuel public, qui dépend également du budget de la Culture, n’est pas épargné, avec une baisse de 20 millions d’euros. Enfin, l’action culturelle de la France à l’étranger, qui relève cette fois du ministère des Affaires étrangères, est elle aussi mise à contribution, à hauteur de 28 millions d’euros. Pour Rachida Dati, la pilule est amère. Dans le monde de la culture, avoir du poids – ce que tout le monde lui prêtait jusqu’à aujourd’hui – se mesure à sa capacité à gagner des arbitrages budgétaires. Dans les faits, elle n’est pas plus épargnée que les autres ministères, tant s’en faut. Et alors que sa prédécesseure pouvait annoncer à l’automne dernier un budget en hausse de 6 % (hors audiovisuel public), il le sera en réalité de moins de 1 %, ce qui revient en réalité à devoir composer avec des crédits en baisse, compte tenu de l’inflation. Arbitrages à la baisse Tout aussi inquiétant, il semble que cette décision ait été prise, en dehors de toute concertation interministérielle, par le trinôme Élysée, Matignon et Bercy, ce qui en dit long sur la centralisation du pouvoir et le peu de poids des ministres dans le processus décisionnaire. Sans même parler du Parlement, qui a dû voter il y a deux mois un budget avec le 49.3 et le voit aujourd’hui amputé de 10 milliards d’euros, sans qu’il ait son mot à dire. Le ministère de la Culture en est désormais réduit à devoir effectuer des arbitrages à la baisse dans les secteurs du patrimoine et de la création. Pas simple. Le premier était jusqu’ici l’objet de tous les soins de l’Élysée comme du ministère, qui avait prévu d’augmenter, en 2024, les crédits à destination du patrimoine local et du patrimoine religieux des petites communes. Stéphane Bern ne va pas être content… il pourra peut-être se consoler à la lecture du Monde, qui annonce le lancement par l’Arabie saoudite d’un fonds de soutien au patrimoine français qui, selon nos confrères, serait doté de 700 millions d’euros. Pour la création, les coupes seront d’autant plus douloureuses à arbitrer que le monde du spectacle vivant n’est pas en bonne santé. On voit mal par ailleurs comment Rachida Dati va pouvoir mener, comme elle l’a promis, une politique volontariste en faveur de l’accès à la culture dans les zones rurales avec des crédits en moins. Preuve de sa gêne, la ministre, qui ne rate jamais une occasion de prendre la parole publiquement, s’est faite discrète ces derniers jours. Et pour cause, les arbitrages seraient encore en cours. À lire aussi : Rachida Dati en opération séduction à la Culture, et pour l’instant ça marche Selon nos informations, non confirmées par le ministère, l’idée serait d’essayer de protéger les structures labellisées (théâtres, centres chorégraphiques, scènes de musique actuelle…) et les équipes artistiques, et de faire porter l’essentiel de l’effort sur les établissements publics nationaux comme le musée du Louvre, La Villette ou l’Opéra de Paris, plus à même d’encaisser des baisses brutales de crédits. Si c’est bien le cas, la candidate à la Mairie de Paris en 2026 aura sans doute à s’expliquer un jour de ces coupes qui affecteraient en priorité la capitale. De la difficulté à vouloir mener de front une carrière ministérielle et une campagne électorale… Le secteur en ordre de bataille Rachida Dati peut en tout cas s’attendre à une opposition unanime du monde la culture face à ces baisses programmées. Le Syndicat national des professionnels du théâtre et des activités culturelles (Synptac-CGT) se dit prêt à mobiliser ses troupes. « Nous ne laisserons pas le gouvernement être le fossoyeur du service public du spectacle vivant !, écrit-il dans un communiqué. Nous appelons les personnels techniques, administratifs et d’accueil du théâtre et des activités culturelles à se tenir prêts à batailler pour que le spectacle reste vivant ! » Même son de cloche du côté patronal. « Le gouvernement signe, par cette décision de Bruno Le Maire, la mort de nombre des structures et la disparition de l’originalité artistique et culturelle nationale, dénonce le Syndicat des entreprises artistiques et culturelles. Le service public de l’art et de la culture est pour la première fois menacé, alors même que la nouvelle ministre de la Culture, à peine nommée, s’en était fait la porte-parole. » Le Syndéac appelle à une assemblée générale de tous ses adhérents demain mardi pour répliquer à ce qui est vécu comme un véritable coup de force. La bataille ne fait que commencer. Olivier Milot / Télérama Légende photo : La ministre de la Culture, Rachida Dati, à Paris, le 14 février 2024. Photo Jacques Witt/SIPA
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Le spectateur de Belleville
February 19, 2024 2:56 PM
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Par Fabienne Darge (Marseille, envoyée spéciale) et Gilles Rof (Marseille, correspondant) dans Le Monde - 19/02/24 Plusieurs figures du spectacle vivant critiquent le manque d’ambition de la municipalité, limitée par les contraintes budgétaires.
Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/02/19/le-printemps-marseillais-tarde-a-eclore-sur-le-plan-culturel_6217237_3246.html
La soirée était magnifique. Le 11 juillet 2023, dans l’écrin des façades ocre du Vieux-Port, sur une scène flottante amarrée face à l’hôtel de ville, les danseurs du collectif (La) Horde, la compagnie qui dirige le Ballet national de Marseille depuis 2019, donnent Room With a View, spectacle chorégraphique en prise avec les révoltes actuelles. A leurs pieds, touristes étonnés, familles populaires venues chercher un brin de fraîcheur et amateurs de création contemporaine, ravis de l’occasion, leur font un triomphe. Deux semaines seulement après des émeutes urbaines qui, pour la première fois, ont touché Marseille, personne ne s’attendait à voir 20 000 personnes – selon l’estimation, invérifiable, de la municipalité – se presser là. Surplombant la foule, sur le balcon de la mairie, Benoît Payan exulte. « C’est un défi de proposer de la danse contemporaine à tous les publics et, pourtant, le Vieux-Port est plein », se félicite le maire divers gauche. Room With a View est le clou de l’Eté marseillais, saison culturelle gratuite qu’il a souhaité créer pour animer la période estivale. Et y programmer (La) Horde est un choix personnel que l’élu de 46 ans revendique. Six mois plus tard, c’est encore cette nuit d’été qu’il convoque en exemple pour illustrer la politique culturelle du Printemps marseillais, la coalition de gauche, citoyenne et écologiste, qui dirige la ville depuis juin 2020. Mais derrière la belle image, ce songe d’une nuit d’été, des interrogations, pour ne pas dire des grincements et des grognements, s’expriment désormais dans le milieu culturel, et singulièrement dans celui du spectacle vivant, après bientôt quatre ans de gestion municipale du Printemps marseillais. Un gros couac a cristallisé ces interrogations : l’« accident industriel » subi par Montévidéo, lieu pionnier de la création contemporaine à Marseille, fondé en 2000 par l’auteur et metteur en scène Hubert Colas et par le musicien Jean-Marc Montera. Cette plate-forme s’est imposée au fil des années comme un foyer d’émergence d’artistes importants et a rendu visible à Marseille l’évolution interdisciplinaire des arts de la scène, notamment à travers un festival automnal, Actoral. L’association a été expulsée de son quartier général du 6e arrondissement le 7 février par son propriétaire privé, à la suite d’un feuilleton kafkaïen. L’ensemble des acteurs ayant pris part à cette aventure ne s’est pas privé de faire savoir ce que ce crash révélait, selon eux, des fragilités de l’équipe municipale. A l’image de Jean-Marc Montera, artiste reconnu des musiques contemporaines, jadis partenaire du groupe Sonic Youth : « Il y a une déception du milieu culturel vis-à-vis de la politique de la municipalité, affirme le sexagénaire. Malgré toute la sympathie que l’on peut avoir pour cette équipe, on est obligé de constater une inertie qui, à mon sens, vient du plus haut niveau de la pyramide. La municipalité devrait surfer sur le potentiel artistique de cette ville, s’appuyer sur les forces vives qui ont déjà une ouverture sur le national et l’international. Mais on a l’impression d’être face à des acteurs qui n’ont pas fait le point sur l’existant et n’ont pas de vision à long terme. Un manque de vision qui, pour moi, correspond à un manque de désir. » Insatisfaction et impatience D’autres opérateurs culturels expriment leur insatisfaction ou leur « impatience », y compris quand ils ont été adoubés par l’actuelle équipe municipale, à l’image de Robin Renucci. Le directeur du Théâtre national de la Criée, dans son grand bureau donnant sur le Vieux-Port, s’étonne, deux ans après sa nomination, de ne pas avoir de réponses à nombre de ses questions : « J’ai été nommé sur ce désir, exprimé par la municipalité, de déployer “la culture pour toutes et tous” qui correspond à mon propre ADN, explique-t-il. Mais, comme d’autres, je suis dans l’attente d’une plus grande concrétisation de cet énoncé, et dans une forme d’impatience, face au blocage – budgétaire, entre autres – dans lequel je me trouve pour articuler la création et l’action culturelle. » Cette articulation indispensable entre création et ouverture de l’art sur de nouveaux publics, Robin Renucci n’est pas le seul à la souligner comme un des maillons faibles de la municipalité. « Parler d’une humanité, d’une socialité communes, d’une individuation légitime, tout ce travail qui fait que nous sommes dans des lieux comme celui-ci, c’est profondément politique. Et c’est ensemble qu’on construit une politique. Y compris sur l’éducation artistique et la formation des enseignants, l’alambic culturel de la mairie de Marseille n’est pas très clair », conclut-il. En première ligne face à une grogne qu’il perçoit, l’élu communiste Jean-Marc Coppola, adjoint à la culture depuis juillet 2020, défend son bilan et ses choix, mais reconnaît aussi que les promesses électorales du Printemps marseillais – doubler les subventions aux associations culturelles – étaient « trop ambitieuses ». « C’est ce qu’il faudrait, mais ce ne serait possible que dans un autre contexte », dit-il, en pointant la situation catastrophique dans laquelle la nouvelle majorité a trouvé la ville, et que plusieurs rapports de la chambre régionale des comptes ont minutieusement détaillée. « Il a fallu remettre sur les rails deux services municipaux qui étaient dans un important état de fragilité : les musées, où on avait pris l’habitude de muter les agents des écoles déclarés invalides, et les bibliothèques, où j’ai découvert qu’il n’y avait plus eu de recrutement depuis 2017 », détaille l’adjoint. Gestion de sujets sensibles Gratuité des musées et des abonnements en bibliothèque, réouverture en avril 2023 du Musée d’art contemporain, fermé depuis 2019, nouvelles lignes budgétaires pour financer l’éducation artistique et culturelle des jeunes publics pour un total de 585 000 euros en 2024, remise à plat des subventions pour y intégrer des structures oubliées par la précédente mandature… Jean-Marc Coppola égrène les avancées et met en avant un budget « culture » sanctuarisé à hauteur de 73 millions d’euros, dont l’opéra municipal absorbe, à lui seul, 21 millions. Pour les autres structures culturelles, le montant des subventions atteint, lui, 28,8 millions d’euros en 2024, soit 1,5 million de plus qu’en 2020. La Criée, le Centre national des arts de la rue ou le Pôle national du cirque bénéficient d’une aide municipale augmentée. Cette bonne volonté affichée n’a pas empêché la majorité actuelle d’encaisser des volées de bois vert dans la gestion de sujets sensibles, comme ceux du Théâtre Toursky ou du château de la Buzine. Deux dossiers habilement politisés par l’opposition de droite qui, pourtant, n’était pas étrangère aux dérives de ces deux lieux au moment où elle était aux affaires. Marie Didier, directrice du Festival de Marseille, dévolu à la danse contemporaine, qui se tient tous les ans en juin, tempère les critiques essuyées par l’équipe municipale : « C’est clair que les attentes de la mairie en matière d’éducation artistique et culturelle sont fortes. Mais pour autant je pense que la place de l’art et de la création est quand même importante pour elle, en tout cas en termes symboliques. Après, il y a la question des moyens. Et les enjeux financiers sont compliqués dans cette ville, avec des chantiers colossaux et un sous-équipement structurel. Je ne pense pas qu’il y ait un désamour pour le théâtre à Marseille – pas plus qu’ailleurs, en tout cas. Il y a un contexte global, qui fait que le service public de l’art a compris qu’il n’était pas essentiel – ce qui s’est matérialisé par les décisions prises pendant la crise du Covid-19 –, et des défiances qui se sont cristallisées. » Dans la jeune génération, Lou Colombani, fondatrice en 2007 d’un pôle de production-diffusion et d’un festival « des pratiques artistiques émergentes internationales » intitulé Parallèle, qu’elle s’épuise à faire fonctionner dans des conditions de sous-financement acrobatiques, émet elle aussi un avis nuancé. « Il est clair que la mairie s’inscrit dans un mouvement qui pense sa politique à partir des droits culturels et de l’éducation populaire, pose-t-elle. C’est par ailleurs une ville déficitaire, qui ne va pas trouver beaucoup de moyens supplémentaires pour la culture. Du coup, elle a du mal à assumer de faire des choix, là où on aurait envie d’entendre de vraies orientations. La question de l’émergence a longtemps été un impensé à Marseille, et elle le reste. Les jeunes artistes se construisent dans l’alternative. Comment penser des circulations, des régénérations, pour qu’un espace soit ouvert à ce qui advient ? Ici comme ailleurs, on est dans une logique un peu mortifère, où on sauve les meubles de l’existant, mais sans créer de place pour ce qui émerge. » Manque de moyens A Marseille, on s’interroge aussi sur les véritables pouvoirs de Jean-Marc Coppola, et sur les éventuelles tensions entre le maire et son adjoint. « Je me demande s’il a les coudées franches », glisse Jean-Marc Montera. « La seule personne qui peut bouger, c’est le maire, parce que l’adjoint n’a pas tous les arbitrages », assène Robin Renucci. La cérémonie des vœux au monde culturel, tenue le 24 janvier 2023, n’a pas effacé cette drôle d’impression. Après le discours de son adjoint, puissance invitante, Benoît Payan a pris la parole. « On a eu le sentiment d’un concours d’éloquence où chacun voulait donner sa vision de la culture sans apporter les éléments concrets qu’on attendait tous », note un directeur de structure, qui tient à garder l’anonymat. Début 2024, c’est pourtant bien l’adjoint Coppola qui a lancé les Rencontres culturelles de la ville. Des rendez-vous mensuels sous forme de « petits déjeuners en comité restreint » où certains acteurs sont invités à débattre de plusieurs thèmes listés par la municipalité. Comme la « place de l’éducation populaire dans la création », ou l’« élaboration d’un nouveau schéma des musiques ». Autant de sujets qu’il sera difficile de traiter avant la fin du mandat en 2026. Face à son manque de moyens, le monde de la culture vivante regarde aussi avec incompréhension les choix faits dans le cadre du plan « Marseille en grand ». Avec son budget de 5 milliards d’euros, le plan protéiforme lancé par Emmanuel Macron en septembre 2021 a décidé de privilégier le seul domaine du cinéma. Une exclusivité que la ville n’a eu d’autre choix que d’accepter. « Après vingt-cinq ans de brejnévisme culturel, il était difficile de faire des miracles », ironise Dominique Bluzet, faisant allusion au long mandat de Jean-Claude Gaudin (Les Républicains). Le directeur de la structure Les Théâtres – qui regroupe le Gymnase et les Bernardines à Marseille, et le Jeu de paume et le Grand Théâtre de Provence à Aix-en-Provence – est réputé être plus proche de Martine Vassal, la présidente de la Métropole d’Aix-Marseille-Provence (ex-LR, ralliée à Emmanuel Macron en 2022), que de l’actuelle majorité municipale. Cela ne l’a pas empêché d’obtenir que la mairie finance les 18 millions d’euros de travaux nécessaires à la rénovation du Théâtre du Gymnase. « L’équipe actuelle n’avait pas prévu de l’emporter, et est arrivée à la mairie sans avoir réalisé d’inventaire culturel, analyse-t-il. Elle a hérité de dossiers compliqués, il fallait sauver le Titanic. Cela dit, nous regrettons tous que Benoît Payan ne s’implique pas plus sur ce terrain. On sait depuis Louis XIV qu’en France, c’est le prince qui porte le discours culturel et le ministre qui le retranscrit. Or le dessein culturel du territoire n’est pas incarné par le maire actuel. » Articulation entre art et social D’autres sont beaucoup plus sévères, à l’image de Fabrice Lextrait, spécialiste des tiers-lieux culturels, et membre fondateur de la Friche, lieu emblématique du quartier de la Belle-de-Mai, au début des années 1990. Lui pointe le « manque d’audace » du Printemps marseillais, et regrette que cette nouvelle équipe municipale au logiciel de gauche ne se soit pas donné les moyens d’« une véritable refondation culturelle », avec une pensée plus poussée sur l’articulation entre l’art et le social. « A la Belle-de-Mai, qui est située dans un des quartiers les plus pauvres d’Europe, cela aurait du sens de créer un véritable “tiers-quartier”, par exemple. L’enjeu pour les années à venir est important, de savoir comment on utilise cette question culturelle comme un vrai territoire d’innovation politique. » Est-ce une question de génération ? Christian Poitevin, ancien adjoint à la culture sous la mandature socialiste de Robert Vigouroux, de 1989 à 1995, et qui fut à l’origine de la création, entre autres, de la Friche la Belle-de-Mai ou du Musée des arts africains, océaniens et amérindiens, porte lui aussi un regard déçu sur l’action culturelle de l’équipe Payan. « J’étais assez optimiste quand le Printemps marseillais est arrivé au pouvoir, se souvient-il. Mais j’ai vite déchanté. Il est tout à fait possible de faire de la culture populaire et de l’élitisme culturel qui devient populaire, mais, pour cela, il faut marquer du désir. Et ce désir que nous avions de porter haut une culture mélangeant les disciplines et les origines, à l’image de ce qu’est Marseille, je ne le retrouve pas. Des erreurs ont été commises, notamment dans la gestion du cas Montévidéo. Où est l’avancée culturelle et artistique de ce début de mandat ? Ce n’est pas pire que sous Gaudin, mais, pour l’instant, ce n’est pas meilleur », conclut-il. De vieux crocodiles issus des années Lang face à une nouvelle génération de politiques incarnant une gauche plurielle tiraillée entre l’éducation populaire et l’événementiel, et plombée par l’état de sa ville après vingt-cinq ans de gaudinisme ? Sur ce terrain comme sur d’autres, Marseille joue le rôle de laboratoire, et de loupe sur les contradictions de la gauche française. A deux ans, seulement, des prochaines municipales. Fabienne Darge (Marseille, envoyée spéciale) et Gilles Rof (Marseille, correspondant) / LE MONDE Légende photo : Le Ballet national de Marseille – (La)Horde lors d’une représentation de « Room With a View », au Vieux-Port de Marseille, le 11 juillet 2023. THIERRY HAUSWALD
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Le spectateur de Belleville
December 12, 2023 8:27 AM
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Par Armelle Parion dans Lascene.com - 12 déc. 2023 La refonte des aides au spectacle vivant en Occitanie entraîne, non sans heurt, le changement de nature des subventions pour les compagnies bénéficiaires. Mais pour d’autres structures, pas exclusivement dédiées à la création, cela se traduit directement par une perte sèche. Ainsi, l’Esacto-Lido, école supérieure des arts du cirque, à Toulouse (Haute-Garonne), devrait perdre, au moins en grande partie, les 75 000 euros d’aides qui lui étaient versés au titre de pôle structurant régional. Motif : l’école relève de l’enseignement supérieur. « Ce n’est pas dans nos compétences, même si cette aide existait à titre dérogatoire. À l’État de prendre ses responsabilités », tranche la vice-présidente régionale à la culture, Claire Fita. « On nous a dit qu’on en toucherait seulement la moitié cette année », confirme Aurélie Vincq, la directrice pédagogique.
Faite en juillet dernier, l’annonce a été brutale pour l’école de cirque, qui est l’une des trois seules à délivrer un diplôme national professionnel. « Je comprends que la Région se recentre sur l’écologie, les transports et les lycées, mais je regrette la mise en doute de notre travail de structuration de la filière, via l’insertion, l’accompagnement et la diffusion. Nous sommes un lieu ressource pour les jeunes compagnies, qui viennent montrer leur travail, nous demander conseil », souligne Aurélie Vincq. « On nous dit d’aller voir vers la formation et les aides européennes. Mais on se déploie aussi dans la recherche, la formation continue, l’insertion, qui relèvent de compétences régionales. On travaille à ce que le cirque sera dans cinq ou dix ans, avec la Grainerie, la Verrerie et Circa », ajoute-t-elle.
Le dialogue reste ouvert Également soutenu par la Métropole (à hauteur de 700 000 euros) et la Drac (450 000 euros), l’Esacto-Lido, fonctionne sur un budget de 1,3 million d’euros. L’école devrait subir la baisse de sa deuxième aide régionale pour la formation.
Mais le dialogue demeure ouvert avec la collectivité. Le Centre des arts du cirque Balthazar, l’Association régionale pour le développement des entreprises culturelles (Ardec) et l’école de musique Music’halle, sont également concernées par ces coupes sèches.
Armelle Parion En partenariat avec La Lettre du spectacle n°548 Légende photo : L’Esacto-Lido devrait perdre près de 75 000 euros Crédit photo : D. R.
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Le spectateur de Belleville
May 18, 2023 3:11 PM
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Par Sarah Finger, correspondante à Montpellier / Libération le 18 mai 2023 Un vote a dû départager les candidats à la direction de la scène nationale. Pour l’heure, c’est la candidate soutenue par la ville qui l’a emporté, soulignant l’absence d’entente entre l’Etat, la région et la mairie RN. Décidément, les orages succèdent aux tempêtes autour du théâtre de l’Archipel, la scène nationale de Perpignan. Fin 2021, l’éviction de son directeur, Borja Sitjà, avait déjà provoqué un mini tsunami, de nombreux acteurs culturels estimant que la tête de cet artiste barcelonais avait été coupée par la Ville et son maire RN, Louis Aliot. Deux ans plus tard, la succession s’avère tout aussi conflictuelle. A l’issue d’un (très) long processus, quatre candidats ont été auditionnés le 29 mars. Un fin connaisseur de la scène locale, qui préfère rester discret, confie que les candidats ne se sont pas bousculés : «On les comprend… Pourquoi iraient-ils postuler dans ce bazar, sachant que le contexte perpignanais exacerbe les tensions ?» Les candidatures d’Yvan Godard, directeur d’Occitanie en scène, et de Pascale Boeglin-Rodier, cofondatrice du théâtre Liberté à Toulon, sont écartées par le jury. La shortlist se limite donc à deux noms : celui de Christophe Pomez, directeur des affaires culturelles de la Martinique, et de Jackie Surjus-Collet, directrice du théâtre de l’Archipel par intérim. La candidature du premier séduit la Drac et la région, tandis que la seconde, une Perpignanaise ancrée sur le territoire culturel local depuis de longues années, bénéficie clairement de l’appui de l’équipe de Louis Aliot et de la confiance de Maurice Halimi, président du conseil d’administration de l’Archipel. «Pourquoi flinguer quelqu’un qui a bien fait son boulot ?» Selon Claire Fita, vice-présidente de la région (PS) Occitanie en charge de la culture, un consensus se dessine malgré tout autour du projet de Christophe Pomez : «Les représentants de la Ville ont ajouté une condition, précise l’élue. Ils souhaitaient que Jackie Surjus-Collet soit nommée directrice déléguée. Tout le monde savait qu’elle voulait rester dans cette structure.» A en croire Claire Fita, cette solution semble alors convenir à tous. Mais André Bonet, adjoint à la culture de Louis Aliot, livre une version quelque peu différente des débats : «On n’arrivait pas à se mettre d’accord. Entre nous, Pomez, c’est une coquille vide, il n’a jamais dirigé de scène nationale, alors que Jackie Surjus-Collet avait bien mené la barque après Borja Sitjà ; sa candidature assurait une continuité pour l’équipe du théâtre. Pourquoi flinguer quelqu’un qui a bien fait son boulot ?» La proposition d’une direction en duo, avancée par Maurice Halimi, devait rapidement tourner court : «Jackie Surjus-Collet ne voulait pas d’une co-direction, poursuit André Bonet. Donc nous n’avions pas d’autre solution que d’organiser un vote.» Le scrutin se tient le 28 avril. Jackie Surjus-Collet l’emporte, avec 13 voix favorables et 5 abstentions : la région et l’Etat (lesquels réunissent chacun trois représentants et une personne qualifiée) se veulent «responsables» et ne souhaitent pas mettre la candidate en difficulté. Serge Regourd, vice-président du conseil d’administration et président de la commission culture de la région, démissionne pour signifier son désaccord. «La scène nationale de Perpignan est structurée juridiquement en établissement public de coopération culturelle, rappelle le syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndéac) dans un communiqué. Dans un EPCC [établissement public de coopération culturelle, ndlr], la notion de coopération est essentielle et elle implique le respect et le dialogue avec l’ensemble des partenaires publics. Il n’en a rien été ici, la mairie considérant que les financements associés au label national n’impliquaient aucune obligation en matière de coopération». Un déséquilibre financier Le poids des financements respectifs n’est certes pas neutre dans ce dossier : le sociologue Emmanuel Wallon rappelait récemment dans les colonnes de Libération que la baisse des participations de l’Etat ne lui permettait plus de toujours donner «le la» en matière de nomination. C’est bien le cas pour l’Archipel à Perpignan : la Ville abonde à hauteur de 3,5 millions d’euros annuels et la métropole de 250 000 euros, tandis que les financements de la Drac s’élèvent à 600 000 euros et ceux de la région Occitanie à 500 000 euros. Un acteur culturel avisé estime que ce déséquilibre financier explique la suite : «Se sachant majoritaire, la Ville a tout de suite voulu aller au vote.» Quant au Syndéac, il estime que la mairie de Perpignan met de fait «sous tutelle» cette scène nationale. «L’art est politique, au sens noble du terme», rappelle Benjamin Barou-Crossman, un comédien et metteur en scène travaillant depuis plusieurs années avec la communauté gitane de Perpignan. «Les spécificités de cette ville, de ses quartiers, de ses habitants, doivent porter ici des acteurs culturels d’envergure, courageux et visionnaires, qui ne se laissent pas dicter leur conduite.» Le cabinet de la ministre de la Culture n’a pu que «constater qu’il n’y a pas de consensus entre les partenaires de la scène nationale l’Archipel» et que «cette situation atypique a créé beaucoup d’émoi». Rima Abdul Malak devra, avant le 28 juin, valider ou non la nomination de Jackie Surjus-Collet à la tête de l’Archipel. D’ici là, son cabinet fait savoir que la ministre s’entretiendra «avec toutes les parties» afin de trouver «la meilleure issue». Légende photo :A l’issue d’un (très) long processus, quatre candidats à la direction du théâtre de l'Archipel ont été auditionnés le 29 mars. (Jc Milhet/Hans Lucas. AFP
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Le spectateur de Belleville
August 17, 2025 10:28 AM
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Par Clément Guillou dans Le Monde - 16 août 2025 Portée par le succès du Puy du Fou et les financements de Pierre-Edouard Stérin, la « cathosphère » multiplie les projets mettant en scène la France prérévolutionnaire, dans le but avoué de retisser le « roman national ».
« Il faut faire des isolats. Le Puy du Fou est un isolat, un de ces refuges de civilisation, soustraits à la décadence générale, qui préservent des petits bouts de France. » C’est en ces termes, assure Philippe de Villiers, que l’écrivain royaliste et xénophobe Jean Raspail le remerciait d’avoir produit un refuge identitaire sous la forme d’un parc à thème historique. Nul n’est plus conscient de la force symbolique du spectacle vivant que l’essayiste phare de l’extrême droite, lui qui consacre l’ouverture de son dernier best-seller, Mémoricide (Fayard, 2024), à la « rage » que lui inspira la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris. Un anti-Puy du Fou assumé par les créateurs, Thomas Jolly et l’historien Patrick Boucheron. Ce dernier ambitionne, à l’été 2027, de mettre en scène un récit national en son et lumière au château de Chambord, qui ne soit ni militariste ni nationaliste. Son coauteur, le metteur en scène Mohamed El Khatib, observe : « On ne pouvait plus rester passifs face à cette tentative d’hégémonie culturelle. » Lire l’enquête (2024) Du Puy du Fou à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, la bataille politique se livre désormais sur le plan esthétique De fait, le spectacle historique est devenu la grande affaire des réactionnaires, qui ont presque fait main basse sur ce secteur dynamique et y entretiennent le roman national et le culte d’une France « fille aînée de l’Eglise », portée par ses têtes couronnées et ses saints. Sons et lumières dans des châteaux ou des églises ; fresques historiques sur de grandes scènes ; expériences immersives consacrées à un « héros français » ; Puy du Fou miniatures : ces spectacles manichéens au goût épique dépeignent « une France toujours catholique, toujours royaliste, prérépublicaine, toujours dominée par de bons seigneurs qui se battent avec honneur et courage, et toujours en ordre, analyse l’historien Florian Besson, coauteur du Puy du Faux (Les Arènes, 2022). Ils distillent l’idée que la France est toujours attaquée par l’étranger mais qu’en renouant avec ses valeurs, le roi et Dieu, elle a su continuer son histoire ». « Réveil patrimonial et spirituel » Selon les recoupements effectués par Le Monde, la plupart des reconstitutions historiques en France sont aujourd’hui produites ou mises en scène par un noyau d’hommes issus de la sphère catholique traditionaliste, inspirés ou formés par Le Puy du Fou et soutenus par le Fonds du bien commun, le bras mécénal de Pierre-Edouard Stérin. Le milliardaire catholique au projet racialiste, engagé dans la bataille culturelle et politique, multiplie les investissements dans le champ historique et le spectacle vivant. En 2024, il partait à la recherche d’un entrepreneur capable de créer un parc d’envergure nationale mêlant « culture et loisir afin de favoriser l’adhésion des Français à leur histoire et à leur patrimoine matériel et immatériel ». Autres projets de l’investisseur : développer des animations culturelles pour les parcs existants, ou créer des expériences dans les grands édifices chrétiens français pour permettre au plus grand nombre d’en découvrir « le message et la splendeur ». Dans l’attente de l’éventuelle réalisation de ces projets, le Fonds du bien commun multiplie les investissements dans les expositions historiques et les soutiens à des spectacles montés par de jeunes hommes issus de la « cathosphère ». Certains adhèrent aux préceptes d’Academia Christiana, une organisation identitaire dont le ministère de l’intérieur réclame la dissolution pour ses discours d’incitation à la violence. C’est le cas des dirigeants de Murmures de la cité, auteurs d’une fresque sur l’histoire de France jouée à Moulins, dans l’Allier, en juillet. Plus ambitieux, le spectacle La Dame de pierre, un hommage à la cathédrale de Paris qui a rempli plusieurs fois le Palais des Congrès, est lui aussi noyauté par plusieurs sympathisants d’Academia Christiana et des royalistes de l’Action française de Vendée. Couvé par Philippe de Villiers, son jeune producteur, Corentin Stemler, signait en 2021 dans Le Bien commun, magazine de l’Action française. Il a battu les plateaux des médias d’extrême droite pour vendre son spectacle, maniant habilement le jargon catholique identitaire, déplorant la « sécularisation » de la société et appelant à « l’enracinement du peuple » et au « réveil patrimonial [et] spirituel ». Son spectacle remplira les zéniths de France à l’automne. A Sées (Orne), l’Institut Croix-des-Vents, point de ralliement de l’extrême droite catholique, a aussi « son » spectacle depuis deux ans : mis en scène par un professeur et joué par des élèves de cet établissement hors contrat, sous l’égide de la Fraternité Saint-Pie-X, il exalte le chef de la chouannerie normande sous la Révolution. Autre pourfendeur de la « déconstruction », Dimitri Casali, auteur d’ouvrages sur l’histoire de France aussi politiques que controversés, a relancé ses « opéras rock historiques » avec le soutien du Fonds du bien commun. Soutien de collectivités D’autres projets prospèrent sans l’aide de Pierre-Edouard Stérin mais avec celle de collectivités tenues par la droite conservatrice. L’entrepreneur Vianney d’Alançon, proche de l’ex-évêque traditionaliste Dominique Rey, a successivement racheté deux forteresses pour y monter des reconstitutions : à Saint-Vidal, en Haute-Loire, puis le Rocher Mistral, dans les Bouches-du-Rhône. Des projets au succès mitigé, malgré le soutien de grandes fortunes de la « cathosphère » et des exécutifs régionaux. « Donnons [aux jeunes] des héros et ils aimeront la France ! », clame-t-il dans Le Figaro en 2022, déplorant la « déconstruction » de la société. S’il dément tout message politique, c’est par une motion aux accents villiéristes que la droite marseillaise défendait en 2021 cette « culture de l’enracinement et de l’amour de la France ». En Sologne, une figure montante de la galaxie identitaire, Alexandre Avril (UDR, Union des droites pour la République), organise dans la ville dont il est maire, Salbris (Loir-et-Cher), un festival gallo-romain, organisé par une société du portefeuille de M. Stérin. A Béziers (Hérault), Robert Ménard rêve de reconstruire la cité romaine de l’an 30 après Jésus-Christ, tandis que Louis Aliot, à Perpignan, a dû renoncer à son parc à thème catalan. Ancien directeur de campagne d’Eric Zemmour en 2022, le général Bertrand de La Chesnais projette un spectacle sur l’histoire du Comtat venaissin, à l’est d’Avignon. Les collectivités comme le département de Vendée ou la région Auvergne-Rhône-Alpes encouragent ces spectacles avec la mise à disposition de lieux, des subventions ou l’achat de publicités. Sous l’impulsion de Laurent Wauquiez, son ancien président, la région a ainsi subventionné à hauteur de 500 000 euros un spectacle contesté, Raconte-moi la France, pour une unique représentation à ce jour. Mis en scène par Jean-Baptiste Darantière – dont le père organise le pèlerinage traditionaliste de Chartres –, cette grosse production se veut le spectacle définitif sur le « roman national », ce concept de la fin du XIXe siècle visant à susciter un sentiment nationaliste. Il est produit par Bruno Seillier, la référence en France avec plus de 80 réalisations mettant à l’honneur le patrimoine historique et religieux. Passé par le conseil général de Vendée sous M. de Villiers, le metteur en scène espère redonner aux Français « la fierté de leur pays (…), car, dit-il, un peuple sans racines est un peuple qui meurt » « Sentiment de crise du présent » Pour la médiéviste Fanny Madeline, professeure à Paris-I et coautrice de Croisades et cathédrales (La Découverte, 2019), ces entrepreneurs « trouvent dans le passé un espace de projection de leurs fantasmes, avec des représentations très stéréotypées et le mythe d’une France éternelle qui n’existe pas. Tourner les gens vers un passé fantasmé constitue une puissante force conservatrice, puisque cette fausse nostalgie alimente le sentiment de crise du présent ». En écho à Jean Raspail, le théoricien identitaire Jean-Yves Le Gallou n’hésite pas à analyser cette floraison de spectacles sous l’angle ethniciste : « C’est une manière pour le peuple historique, les Français blancs et catholiques ou de formation catholique, de réaffirmer son existence. Ces spectacles se jouent en l’absence de la diversité [ethnique], devant le peuple de souche, et il n’est pas anormal que notre passé soit une ressource des liens communautaires. » Portée par le mécénat catholique et les collectivités, cette mode devrait prospérer dans les années à venir. En 2021, un cursus consacré à l’« histoire vivante » a ouvert à l’Institut catholique de Vendée (ICES), l’une des pépinières de la jeunesse réactionnaire. En juin est sortie la première promotion du lycée du Puy du Fou, qui intègre des enseignements au théâtre, à la danse, à l’équitation et au combat. Les deux établissements coorganisent « une université d’été culturelle et artistique » par laquelle sont passés nombre de participants à ces spectacles, et où se succèdent messes, discours de la famille Villiers et conférences de proches de l’ICES. Cette année, l’université aux airs d’isolat sera ouverte par un ancien bénévole du Puy du Fou, le ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau. Clément Guillou /Le Monde Légende photo : Lors d’une représentation au Rocher Mistral, sur l’esplanade du château de La Barben (Bouches-du-Rhône), le 12 juillet 2022. PATRICK GHERDOUSSI/DIVERGENCE
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Le spectateur de Belleville
April 16, 2025 5:48 AM
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Par Laure Solé dans le Petit Bulletin - Lyon - 9 avril 2025 C'est une baisse de 12 % du budget consacré au fonctionnement relatif à la culture, à la création et à l'enseignement artistique que la Région Auvergne-Rhône-Alpes a discrètement élaboré. Les lignes des tutelles de nombreux lieux, dispositifs et compagnies ont disparu des commissions culture de la Région tandis que d'autres ont été rabotées. C'est le média national consacré au spectacle vivant Sceneweb qui avait fait les comptes en premier : depuis les commissions culture de février et mars, les couperets tombent sur les artistes et les lieux de toute la région, totalisant une baisse de 5, 2 millions d'euros dans tout l'écosystème culturel du territoire. La Région Auvergne-Rhône-Alpes avait pourtant annoncé une hausse du budget culture-patrimoine par rapport à celui de 2024, de 8, 5 millions d'euros précisément. Force est de constater que c'est surtout le volet patrimoine qui profitera de cette hausse, à hauteur de 34 % contre 11 % pour la partie culture. Une somme qui est allouée à de nombreux projets patrimoniaux tels que le château-musée de Saint-Maurice-de-Rémens, la cité de la civilisation gauloise Gergovia dans le Puy-de-Dôme, la Halle aux blés à Clermont-Ferrand, la restauration du Domaine royal de Randan dans le Puy-de-Dôme et, évidemment, l'agrandissement du musée lyonnais, le Musée des tissus, dont l'ouverture a été repoussée à 2030. Il devait cependant rester une belle part allouée à la culture. Cependant, 33 % du budget culture est dédié à l'investissement. En résulte donc une baisse de 12 % du budget consacré au fonctionnement relatif à la culture, à la création et à l'enseignement artistique. Lyon en première ligne Dans la métropole de Lyon, Ramdam a perdu 8 000 €, le théâtre de l'Iris 5 000 €, la SMAC 07 d'Annonay 30 000 € et AFX Lyon 15 000 € totalisant une baisse de 58 000 € par rapport à 2024. À cela, il faut ajouter le théâtre de l'Élysée, les Clochards célestes, À Thou bout d'chant, la MJC Ménival, Le centre Leo Lagrange – Espace Tonkin Villeurbanne, Le grand nid de poule et Désoblique qui ont disparu des tableaux, perdant au passage la totalité de leurs subventions (pour un total de -139 500€ par rapport à 2024). Mis bout à bout ce sont 197 500€ qui sont désengagés des structures consacrées à la culture, à la création et à l'enseignement artistique dans la métropole de Lyon. D'autres structures de la région ne sont pas épargnées : Le Pacifique, CDCN de Grenoble perd 15 000 € tandis que La Manufacture Aurillac, le Footsbarn théâtre à Hérisson, Le Prunier sauvage, La bobine et Cultur'act à Grenoble ont aussi disparu des tableaux, ce qui représente -78 500€ par rapport à 2024. Les compagnies du territoire ont aussi été visées par une coupe drastique. En tout, 546 000 € de tutelles ont été supprimées depuis l'année 2024. Une baisse qui concerne 23 compagnies auxquelles il faut ajouter les compagnies qui ont disparu du tableau : celle de Maguy Marin, le groupe Émile Dubois (la structure de Jean-Claude Gallotta), la cie Chatha (danse), Les Nouveaux nez (cirque), la cie Kumulus, Magma performing theatre (arts de rue), la cie Travelling, Brozzoni, La belle meunière, Lézard dramatique, Raskine & cie et Scènes (théâtre). Cinq groupes de musique et ensembles se sont aussi vus accorder des subventions rabotées par rapport à 2024 (-57 000 €). Contactée, la Région Auvergne-Rhône-Alpes réfute avoir revu à la baisse le budget de la culture : « Pas un euro de baisse ! Peu d'autres collectivités dans notre région peuvent en dire autant. Nous avons procédé à des rééquilibrages dans le domaine culturel au profit de nos territoires ruraux. » Un argumentaire que la collectivité avait déjà brandi plusieurs fois lors de précédentes baisses de subventions. Pour illustrer son propos, celle-ci évoque un "bon élève", l'Opéra de Lyon qui avait pu récupérer une partie de sa subvention en 2024, en la fléchant exclusivement vers un dispositif d' "Opéra itinérant" dans toute la région : « Nous favorisons désormais tous ceux qui permettent d'amener la culture dans les territoires, notamment vers ceux qui en sont les plus éloignés. La plus belle démonstration de cette nouvelle politique, c'est tout le travail que nous avons mené avec l'Opéra de Lyon. » La Région assume donc, après coup, les coupes ciblées sur les importants centres urbains : un peu Grenoble, surtout Lyon. Au-delà du discours qui motive ces baisses, c'est une décision que de nombreuses structures auraient souhaité anticiper. Des baisses sans préavis Plusieurs déclarent avoir appris ce revirement en découvrant la ligne manquante dans les tableaux de la Région, parfois au téléphone, parfois entre deux portes. « J'étais en commission DRAC, on est allés fumer une cigarette avec mon conseiller et il m'a annoncé que ma compagnie perdait l'entièreté de sa subvention, soit 25 000€ », témoigne Nadège Prugnard, qui dirige Magma performing theatre ainsi que les Ateliers Frappaz, Centre national des arts de la rue et de l'espace public situé à Villeurbanne. Elle se dit « accablée », une grande partie de cette subvention devait servir des actions culturelles écrites en partage avec les Ateliers Frappaz. Elle ne se résout pas à une fin de non-recevoir : « on a déjà pris des engagements auprès d'acteurs, c'est très compliqué de rétropédaler ». Du côté de l'école de cirque de Lyon – MJC Ménival, c'est l'entièreté du projet de l'école qui est remis en cause. La formation préparatoire aux grandes écoles de cirque reconnue par le ministère de la Culture a perdu l'entièreté de sa subvention, soit 60 000 €, sans laquelle il semble impossible d'amener les douze élèves au terme de leur cursus de deux ans, car celle-ci risque de fermer en juin prochain. La formation préparatoire jouit pourtant d'un taux de réussite record de 80 % en écoles supérieures. Celle-ci irrigue directement les 160 compagnies présentes sur le territoire, dont 52 % sont diffusés hors région, 14 % à l'étranger et 34 % dans la région. « Les élèves sont en état de choc. On leur coupe leurs rêves, leur projet professionnel », témoigne Nadège Cunin, coordinatrice générale de l'école de cirque de Lyon qui évoque la responsabilité de la Région en matière de formation et s'inquiète des impacts sur le long terme : « Si on continue dans cette direction, dans 10 ans, il n'y aura plus d'artistes de cirque. On sabote le premier maillon de la chaîne. » L'école a d'ailleurs lancé une pétition en ligne pour inciter la collectivité à rouvrir le dialogue. Quelle place pour l'émergence ? La MJC Ménival – école de cirque de Lyon était accompagnée par la Région au titre de l'appel à projets Scènes découvertes lancé par la Ville de Lyon et auquel la Région était partenaire avec la DRAC. La collectivité se retire du dispositif sans avoir préalablement sollicité de bilan et déclare « souhaiter analyser les projets au regard de ses critères d'aides aux lieux du spectacle vivant (diffusion, soutien à la création et action culturelle) et des équilibres territoriaux ». Cinq structures lyonnaises sont concernées. Pour le théâtre de l'Élysée, c'est un poste à mi-temps, des heures d'intermittence et des coproductions qui disparaissent, pour le théâtre des Clochards célestes, plus de minimum garanti et de défraiement pour les artistes, plus de brochure de saison, peu ou plus de déplacements pour aller voir des spectacles en dehors de Lyon. Pour la salle de concerts À Thou bout d'chant, c'est un 35h qui saute, et au moins huit concerts et deux projets d'action culturelle avec des lycéens qui passent à la trappe, sans compter les résidences d'artistes qui vont, elles aussi, se raréfier. « À l'échelle de la Région, les montants sont pourtant petits », rappelle Emma Nardone qui codirige la salle de concert. C'est 15 000 € en moins pour À Thou bout d'chant, même montant pour l'Élysée, 17 000€ pour le théâtre des Clochards célestes. « C'est pourtant énorme à l'échelle de nos budgets », abonde Martha Spinoux-Tardivat, la directrice du théâtre des Clochards célestes qui rappelle que « les compagnies qu'on fait jouer sont en grande partie issues des territoires de la région, nous sommes le premier maillon de la chaîne, essentiel pour que les artistes puissent exister, et éventuellement, évoluer ». Emma Nardone approuve et rappelle qu'avant de remplir des Zéniths, des artistes comme Terre noire, ou Pomme, sont passés par les planches d'À Thou bout d'chant. Des petites jauges qu'on ne retrouve peu ou pas en ruralité : « J'y vois une forme d'eugénisme... on garde que ce qui est très gros, visible, sans se poser la question des autres formes existantes ou de ce qui a permis leur émergence », conclut Martha Spinoux-Tardivat. De nombreux lieux et artistes espèrent voir leur structure réévaluée au cours des prochaines commissions culture de la Région. Pour rappel, le festival Sens interdits n'avait obtenu sa subvention de 2024 qu'en octobre dernier. Certaines d'entre elles n'ont d'ailleurs pas souhaité prendre la parole, jugeant trop grand le risque d'être identifiées persona non grata par la collectivité, et de perdre ainsi l'hypothétique retour de leur tutelle. Raconte-moi la suite En tout état de cause, ce régime sec interroge. Pour rappel, le controversé spectacle Raconte-moi la France avait bénéficié d'un soutien à la promotion de 445 000€ puis de 60 000€ par la Région en 2024. Au-delà du geste particulièrement généreux, force est de constater que le spectacle est à l'arrêt depuis ses premières dates à Clermont-Ferrand données du 26 au 31 octobre 2024. Les représentations lyonnaises ont été annulées et aucune nouvelle date n'a été annoncée depuis. D'après la Région, « les spectacles lyonnais ne sont pas annulés mais reportés de quelques mois pour des raisons d'organisation. La tournée de ce spectacle grandiose, est prévue dans trois à quatre villes par an pendant cinq ans. » Laure Solé / Le Petit Bulletin - Lyon
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Le spectateur de Belleville
February 10, 2025 5:29 AM
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Par Sandrine Blanchard dans Le Monde - 9 février 2025 Programmations rétrécies, emplois supprimés, compagnies menacées de disparaître… Quatre acteurs du spectacle vivant et de la création artistique expliquent l’impact des baisses de subventions régionales.
Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/02/09/dans-les-pays-de-la-loire-l-heure-des-comptes-pour-un-secteur-culturel-passe-au-rabot_6538283_3246.html
« Ce que l’on craint le plus, c’est un effondrement à bas bruit du service public de la culture. » Catherine Blondeau, directrice du Grand T, théâtre de Loire-Atlantique, à Nantes, résume ainsi le sentiment qui s’est emparé des acteurs culturels des Pays de la Loire après le coup de tonnerre provoqué par la baisse drastique des subventions régionales. Le 19 décembre 2024, sous l’impulsion de sa présidente, Christelle Morançais (Horizons), qui s’est targuée de « s’attaquer à un secteur que personne n’osait affronter jusqu’alors », cette région a voté une baisse de 62 % des aides au fonctionnement de quelque 500 lieux, initiatives et projets dans tous les domaines de la culture. Après la sidération et plusieurs manifestations, l’heure est aux comptes, à l’évaluation des conséquences de ces réductions budgétaires pour les structures, les artistes, mais aussi de ses répercussions sur le public. Programmations rétrécies, emplois supprimés, compagnies qui risquent de disparaître… Pour comprendre ce qui se joue derrière les chiffres et le retrait partiel du financement régional, nous avons interrogé quatre acteurs du spectacle vivant et de la création artistique (trois structures aux statuts différents et une compagnie connue) pour mesurer l’impact, à leur échelle, des choix politiques du conseil régional. Au Grand T, qui deviendra, dans le courant de la saison 2025-2026, Mixt, un nouvel établissement réunissant Le Grand T et Musique et danse en Loire-Atlantique, la directrice a décidé de proposer à son conseil d’administration une augmentation du prix du billet, passant de 25 euros à 28 euros, et la création d’un nouveau tarif, à 33 euros, pour les « spectacles grand format ». « C’est la seule solution pour reconstituer, en 2026, les 100 000 euros qui manqueront de la région », assure Mme Blondeau, qui a notamment été contrainte de reporter la venue de la nouvelle création du réputé metteur en scène Joël Pommerat, prévue initialement en 2025. « Nous sommes obligés d’optimiser le ratio entre le prix du spectacle et les recettes. Actuellement, une pièce avec plus de trois comédiens est presque toujours déficitaire. Le risque est de ne plus pouvoir programmer certains spectacles, tel que Le Ciel de Nantes, de Christophe Honoré, que nous avions accueilli en 2022, et de devoir privilégier davantage les petits formats », développe la directrice. A cela s’ajoute « ce que le spectateur ne voit pas » : les actions d’éducation culturelle et artistique, les ateliers pour les lycéens. « Sur toutes ces missions de service public qui ne rapportent pas d’argent, nous sommes contraints de réduire la voilure », se désole-t-elle. « La casse est énorme » Aux Quinconces, scène nationale du Mans, qui compte deux salles, de 800 et de 500 places, les engagements pris avec les équipes artistiques sont maintenus jusqu’en juin, mais « nous allons devoir supprimer cinq spectacles sur la saison 2025-2026, ce qui signifie moins de levers de rideau, moins de compagnies produites ou accueillies en résidence. La casse est énorme pour les artistes », regrette la directrice, Virginie Boccard. « D’ores et déjà, nous gelons les recrutements dans notre équipe, ajoute-t-elle, et avons suspendu nos contrats avec certains prestataires. » Parmi ceux-ci : un imprimeur, une attachée de presse et l’arrêt des achats d’encarts dans la presse locale. Comme un effet domino, « la baisse de subvention [94 000 euros] se répercute sur tout un écosystème », insiste la directrice. Elle aussi réfléchit à une nouvelle politique tarifaire et redoute de devoir louer ses espaces pour des activités autres qu’artistiques. « Se transformer en salle polyvalente, accueillir des combats de boxe, par exemple, n’est pas notre volonté. Nos représentations se jouent presque toujours à guichets fermés, nos chiffres de fréquentation sont excellents, la critique de l’entre-soi faite au théâtre est, juge-t-elle, un procès d’intention à visée idéologique. » Avec un arrêt total de sa subvention régionale en 2026 (165 000 euros, soit 20 % de son budget) et une baisse de 16 %, dès 2025, le Théâtre régional des Pays de la Loire, à Cholet (Maine-et-Loire), voit son avenir malmené. « C’est comme si l’on nous coupait un bras, et même un peu plus », résume le directeur et metteur en scène Camille de la Guillonnière. Cette structure atypique de décentralisation théâtrale, cofinancée, depuis 1972, par la région, accueille des compagnies en résidence, et sa troupe parcourt chaque été les routes pour une tournée de spectacles en plein air. « Pour cette année, nous avons dû renoncer à dix représentations d’Antigone, de Sophocle, dans des villages et à cinq semaines d’accueil de compagnies », liste le directeur. Pour 2026, le projet sera recentré sur l’agglomération de Cholet, et les emplois permanents passeront de cinq à deux. Sans marge artistique, le répertoire de 19 spectacles ne va pas pouvoir s’enrichir et se renouveler. « Au lieu des 65 représentations estivales, nous ne pourrons en faire que 30, et devrons, l’année prochaine, diviser par deux le nombre d’artistes », poursuit M. de la Guillonnière. Vingt ans pourtant que le théâtre sillonne une soixantaine de villages et mène un travail artistique et social. « Il faut des années pour construire des liens, et peu de temps pour les détruire », prévient-il. Signes avant-coureurs A l’heure où la ministre de la culture, Rachida Dati, ne cesse de mettre en avant son plan culture et ruralité, les difficultés de ce théâtre itinérant semblent incongrues. « Si une structure comme la nôtre, hyperdécentralisée, qui joue dans des communes de 1 000 habitants, n’est pas éligible au Printemps de la ruralité, qui va l’être ? », s’interroge le directeur après un rendez-vous vain, il y a quelques jours, avec la direction régionale des affaires culturelles. Si les acteurs culturels ne reviennent toujours pas de la brutalité et de l’absence de concertation qui ont prévalu dans les décisions budgétaires, ils reconnaissent qu’il y avait des signes avant-coureurs. Depuis deux ans, les aides aux compagnies régionales pour participer au Festival « off » d’Avignon ont fondu comme neige au soleil. En 2023, après plus de vingt-deux années de présence dans la salle avignonnaise du Grenier à sel, qui était devenue un lieu de diffusion très envié, la région Pays de la Loire s’est retirée. L’année suivante, elle n’a soutenu que quatre compagnies pour participer à ce grand rendez-vous théâtral. En 2025, les aides à la création ont été supprimées. « Ces coupes budgétaires brutales viennent s’ajouter à une situation difficile du spectacle vivant en France, avec une chute importante de la diffusion. Dès la saison 2024-2025, nous avons dû faire face à 50 % d’annulation de représentations, pointe la performeuse et metteuse en scène Phia Ménard. Cela nous a obligés à réduire notre activité, à reporter des créations, à ne pas engager d’artistes. » Sa compagnie Non Nova, fondée en 1998 et installée à la périphérie nantaise, s’est vu retirer l’intégralité de l’aide de la région (40 000 euros annuels) après vingt ans de conventionnement. Conséquence : le licenciement économique d’un permanent, des baisses de salaire pour les autres, et une flopée de contrats avec des prestataires (transporteur, entretien, informatique, etc.) résiliés. Les liens avec les autres collectivités financeuses (ville de Nantes, département) sont « très bons, nous pouvons discuter », constate Phia Ménard. « La région n’a mené aucune concertation avec les autres collectivités partenaires, et ce, quelle que soit leur couleur politique », déplore Virginie Boccard. « Opération #DeboutPourLaCulture » Abattus, conscients d’avoir « perdu la bataille de l’opinion publique », ces acteurs culturels essaient désormais de se faire entendre avec l’opération #DeboutPourLaCulture. A la fin de chaque représentation, les spectateurs se lèvent, une photo est prise, puis diffusée sur les réseaux sociaux. Après les manifestations qui se sont révélées inopérantes, l’objectif est de créer « un mouvement joyeux et positif », veut croire Catherine Blondeau. Et de montrer que, contrairement à ce qu’affirme Christelle Morançais, la grogne dépasse largement une « minorité bruyante », mais concerne la population. Dans l’entourage de la présidente du conseil régional, le maître mot à l’attention des structures culturelles est de les appeler à « se réinventer ». « Mais nous ne sommes pas hors-sol, nous gérons, nous aussi, des budgets et des équipes », rappelle Mme Boccard. En diminuant les subventions de fonctionnement, la région donne un coup de boutoir au financement croisé Etat-collectivités locales, sur lequel repose, depuis plus de quarante ans, la politique culturelle. Lors de ses derniers déplacements et de ses prises de parole devant les parlementaires, Mme Dati a systématiquement demandé aux collectivités, qui portent deux tiers des dépenses culturelles, de « prendre leurs responsabilités ». « Il faut refonder le pacte entre l’Etat et les collectivités territoriales. (…) La culture est le cœur battant de notre pays. Ça fait mal au cœur de voir que nos politiques culturelles font, ici et là, l’objet de choix que je ne peux approuver », a déclaré la ministre de la culture, le 17 janvier, au Sénat, lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2025, faisant allusion aux décisions de la région Pays de la Loire. Durant l’été 2025, la compagnie du Théâtre régional des pays de la Loire montera Les Midinettes, de Jacques Hadjaje, l’histoire d’ouvrières licenciées pour cause de délocalisation, qui ont décidé d’occuper leur usine de confection de sous-vêtements. « Elles sont au bord du précipice, c’est comme un écho à notre situation », estime Camille de la Guillonnière. Cette pièce, le metteur en scène aimerait notamment la jouer devant l’usine Michelin, à Cholet, qui va bientôt fermer. Sandrine Blanchard / Le Monde Légende photo : Manifestation pour protester contre les coupes drastiques dans la culture et le sport, annoncées par Christelle Morançais, la présidente de la région des Pays de la Loire, à Nantes, le 19 décembre 2024. SÉBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP
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Le spectateur de Belleville
January 28, 2025 5:27 PM
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Prenant exemple sur des collectivités de droite, le département, pourtant de gauche, a annoncé lundi 27 janvier un budget nul pour la culture en 2025. Un désengagement historique qui met en danger l’avenir du secteur. Les structures artistiques financées par des tutelles à gauche sont-elles mieux préservées des coupes budgétaires que celles qui dépendent des collectivités de droite et ne cachent pas leur désir de se débarrasser d’une conception de la culture comme service public ? Kléber Mesquida, président (PS) du conseil départemental de l’Hérault, se distingue en ayant annoncé, lundi 27 janvier, lors d’une réunion avec les vice-présidences, une coupe de 100 % du budget alloué à la culture dans son département. On peut le dire autrement : l’Hérault, doté d’un budget annuel de 2 milliards d’euros, dont la part culturelle non obligatoire représente entre 5 et 6 millions d’euros, sera le seul département de France qui consacrera zéro centime à la culture dès 2025. L’annonce, confirmée par le service de communication du département, n’est pas encore officielle. Nathalie Garraud, codirectrice du théâtre des 13 Vents à Montpellier, ne s’explique pas ce silence : «Il est anxiogène de ne pas savoir fin janvier de combien le budget 2025 sera amputé, surtout si la suppression est totale. Aujourd’hui, la moindre somme compte. Rien a été notifié aux structures.» Et précise : «L’économie des théâtres publics repose sur un financement croisé, il est très important financièrement mais aussi symboliquement que tous les territoires d’un partenaire soient impliqués.» Certains, jusqu’aux mots fatals du septuagénaire, espéraient encore que quelques subsides soient sauvés, bien que Mesquida ait, ces derniers mois, préparé le terrain de sa décision. Dans une lettre envoyée le 2 décembre à l’intersyndicale de la région Occitanie, il notait qu’il supprimerait pour 2025 «toutes les dépenses non obligatoires et les subventions». Dans cette même lettre, il prévenait qu’il n’était pas envisageable que le département emprunte «pour subventionner des tiers» dont la culture. Quelques semaines plus tôt, interrogé par Midi Libre sur l’avenir du site culturel de Bayssan vers Béziers, dédié à la scène théâtrale et musicale et entièrement financé par le département, il répondait : «On arrêtera la programmation culturelle pour le dernier trimestre 2025. On n’avait pas encore signé les engagements donc on arrête. On réduit tout ce que l’on peut réduire.» Bayssan, son grand théâtre de 1 000 places sorti de terre il y a moins de cinq ans, et dont la construction et les équipements ont coûté plus de 10 millions d’euros, son immense parking vide, et sa programmation étique promise au strict minimum puisque la direction et le département avaient déjà prévu d’abandonner quatre spectacles envisagés pour 2025, et de renoncer à utiliser l’amphithéâtre durant le printemps et l’été. «Ces constructions pharaoniques, n’est-ce pas de l’argent public jeté par les fenêtres alors qu’on nous demande sans cesse de supporter de nouvelles coupes dans nos budgets ?» s’insurge la direction d’une scène qui accueille deux des spectacles annulés par Bayssan et doit désormais assumer seule les frais de voyage des artistes et des décors. «Absurdie» et «gabegie» Signe d’une certaine terreur d’être décapitée, la très grande majorité des acteurs culturels exige l’anonymat pour ne pas froisser les tutelles et en particulier Mesquida. Par mail, le département nous explique que c’est bien parce qu’il est exsangue, avec un déficit de 103 007 921 € dû à des baisses de dotations, et à de nouvelles «charges décidées par l’Etat», que la décision a été prise de se concentrer sur «ses compétences obligatoires qui relèvent des écoles de musique, des établissements qui accueillent des personnes âgées et des enfants confiés par des juges». La direction d’un théâtre remarque : «Tous les départements sont face aux mêmes complexités mais tous ne font pas le même choix. La Haute-Garonne a choisi de ne couper que 50 % du budget alloué à la culture». Un agent majeur de la scène héraultaise se montre encore plus sévère : «Sous couvert de caisses vides, c’est cinquante ans de politique publique dans laquelle le département de l’Hérault était exemplaire, qui est en train d’être liquidée». Depuis deux, trois ans, insiste-t-il, «on assiste une remise cause délétère de l’aménagement culturel de ce territoire. Elle résonne avec les politiques de Laurent Wauquiez [LR, jusqu’à récemment président d’Auvergne-Rhône-Alpes, ndlr] puis de Christelle Morançais [Horizons, présidente des Pays-de-la-Loire], qui ont ouvert une brèche». Chez beaucoup pointent le désespoir et la crainte qu’à travers l’exemple de l’Hérault, ce soit désormais une certaine gauche qui œuvre sans complexe à la liquidation de la culture comme service public, héritière de la décentralisation et imaginée après guerre par le Conseil national de la résistance. «Morançais a transgressé un interdit dans lequel d’autres s’engouffrent», analyse un grand nom du secteur. Cette année blanche en Occitanie prend place dans un contexte ultra-tendu. En octobre, le service de prêt gratuit par Hérault Matériel Scénique, chargé de mettre à la disposition de structures, associations et collectivités du matériel technique et scénique a été fermé au prétexte qu’il serait une concurrence déloyale avec des entreprises privées. Les salariés de la structure publique touchent encore leur salaire, le matériel est intact, mais ils ont interdiction de le prêter. «Une gabegie. On règne en absurdie», tonne-t-on de toute part. Dans le domaine d’O, le petit théâtre d’O dépendant du département, qui servait de lieux de répétitions et de résidences aux compagnies, a lui aussi fermé. La tutelle rétorque aux compagnies qui souhaiteraient l’utiliser qu’elles n’ont qu’à le louer. «On navigue à vue» «Inédit» : le mot revient dans la bouche de plusieurs de nos interlocuteurs interrogés avant l’annonce du désengagement historique du département et qui s’inquiétaient des suppressions de spectacles en cascade, du chômage technique qu’elles entraînent, de la sortie de l’intermittence ou de la pratique d’un deuxième ou troisième job obligatoire pour beaucoup d’artistes, mais aussi pour celles et ceux qui œuvrent pour ces spectacles. Sandrine Mini, directrice du théâtre Molière-Sète (TMS, scène nationale de l’archipel de Thau) : «Je suis parvenue à éviter les licenciements. Mais au théâtre Molière, il y a eu quatre départs au cours de ces deux dernières années et un seul poste a été remplacé. Ce sont des jeunes diplômés à qui l’on ferme la porte.» Pour l’instant, le prestigieux Printemps des comédiens, festival qui a fusionné à l’automne avec le domaine d’O pour devenir une cité européenne du théâtre et des arts associés, n’est pas menacé. La fusion, particulièrement compliquée, a gelé la saison qui ne reprend que tout doucement, ce qui a mis sur le carreau nombre de techniciens aguerris. En dépit d’un lourd déficit, ladite cité ne devrait pas voir ses budgets rognés car elle ne dépend pas directement du département mais de la métropole qui a l’obligation de transférer une somme fléchée et établie aux deux structures. Bien que, nous souffle une source proche du dossier, «le département essaie de mettre en cause cet accord». Sandrine Mini, du TMS, poursuit : «On navigue à vue. A Sète, nous avons 70 entreprises mécènes à nos côtés. Que va-t-on leur vendre, si nous devons diviser par deux notre programmation ?» Nombre d’acteurs culturels attendent les décisions qui seront prises au niveau régional ; certains en ont déjà fait les frais. L’un de nos interlocuteurs nous a ainsi raconté comment son projet de création artistique, pourtant novateur, avait essuyé un refus net de la part du cabinet de Carole Delga, présidente (PS) d’Occitanie. Il lui a été répondu qu’aucune subvention ne serait allouée en 2025 ni à ce travail ni à tout autre. Quelques semaines après ce rendez-vous, ce témoin veut croire, malgré tout, que son projet n’est pas mort. Eric Bart, conseiller artistique du domaine d’O, ancien de l’Odéon et du théâtre Vidy, en Suisse : «On fait comme si on allait survivre. Mais on vient d’un monde qui n’existe plus.» Est-ce inéluctable ? Anne Diatkine - Sarah Finger / Libération
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Le spectateur de Belleville
January 26, 2025 4:46 PM
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Par Joëlle Gayot dans Le Monde 26 janvier 2025 Hakim Bah et Manon Worms proposent une fiction attachante, intelligente et bien ficelée sur les années 1960, dont les luttes et les espoirs se sont fossilisés.
https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/01/26/au-theatre-de-la-cite-internationale-indestructible-passe-des-cercles-parisiens-aux-usines-peugeot-de-sochaux_6517165_3246.html
Retour vers les années 1960, leurs pesanteurs industrielles, leur parfum de Mai 68 et leurs mouvements d’émancipation, dont certains se fracasseront contre les murs du capitalisme. Coécrite et comise en scène par Hakim Bah et Manon Worms, Indestructible (surnom donné à l’iconique Peugeot 504) est une fiction attachante, intelligente et bien ficelée, qui se déploie de cercles parisiens sexuellement libérés aux usines Peugeot, à Sochaux (Doubs). Elle a pour héros des ouvriers, des immigrés et un couple de militantes féministes et lesbiennes. Dans la foulée du sociologue Robert Linhart (auteur, chez Minuit, de L’Etabli, un récit magistral écrit en 1978, qui a inspiré les deux créateurs), Cathy, l’une des femmes, décide d’abandonner sa compagne, la capitale et une carrière d’intellectuelle pour partir travailler en usine. A Sochaux, elle rencontre Bakary, qui a fui le Mali, où il était un opposant du régime autoritaire de Modibo Keita. Entre la surdiplômée qui veut allier théorie et pratique et le combattant en exil, le courant passe. Main dans la main, ils mobilisent les salariés et organisent la grève. Ensemble, ils seront broyés par le système qu’ils espéraient démanteler. Quant à la Peugeot 504, indestructible elle est, indestructible elle restera jusqu’en 2005, date à laquelle elle cessera d’être produite en Afrique. Sans jamais s’appesantir dans le pathos ou s’enferrer dans un trop-plein explicatif, la pièce évolue de doutes en certitudes. Six acteurs incarnent une dizaine de protagonistes. Il y a Paquita, l’amante de Cathy, qui préfère jouir à Paris que surir en province, les manutentionnaires qui hésitent à manifester, les OS qui tirent le diable par la queue, les contremaîtres qui intimident leurs employés. Refus des séductions faciles Leurs mots qui font surgir des bribes éparses de quotidien rebondissent dans un habitacle brinquebalant (celui de la 504 ?) percé de lumières blêmes et de sons métalliques. Quelques vidéos sont projetées sur des rideaux de plastique. Si l’irruption de scènes tournées en extérieur donne de l’air, elle n’empêche pas ce spectacle parfois trop compact de rester assigné dans une obscurité fatidique. Comme étaient reclus sur leurs chaînes de travail les ouvriers de Sochaux. Indestructible est pétri dans la glaise du théâtre. Mais une glaise que le temps aurait asséchée au point de fossiliser le plateau et les espoirs des personnages qui le peuplent. Le constat que semblent faire des « trente glorieuses » Hakim Bah et Manon Worms est celui d’une désillusion. Pour ces deux artistes de moins de 40 ans, les révoltes passées seraient-elles un contre-exemple ? Dans son refus des séductions faciles, leur spectacle est un avertissement. Hors de question de propager du rêve coloré sur la scène ou de leurrer le public à coups de discours lénifiants sur une hypothétique convergence des luttes. Les diatribes émancipatrices qui, depuis Paris, condamnent le patriarcat, paraissent hors-sol quand elles font effraction sur les piquets de grève où les enjeux sont, à l’époque, d’une tout autre nature. Cette quête improbable d’une alliance des solidarités innerve une proposition théâtrale d’autant plus intéressante qu’elle ne cherche jamais à plaire. De la tôle, des cordes, une portière désossée, des poulies, des pneus, en l’air des blouses bleues dans des seaux suspendus, au sol, un amas d’obstacles indistincts : le décor n’est pas seulement d’une noirceur charbonneuse, il oppose son capharnaüm à la libre circulation des comédiens. Comprimé sur la petite scène du Théâtre des Célestins, à Lyon, où il s’est créé, le spectacle gagnera quelques mètres carrés au Théâtre de la Cité internationale, à Paris, où se poursuit sa tournée. Mais quelle que soit sa reconfiguration, la sensation d’oppression qu’il génère risque de persister. Et après tout, tant mieux. Cette scénographie aliénante est en totale conformité avec la nature âpre et lucide d’un flash-back instructif sur un pan de notre histoire française. Indestructible, écriture et mise en scène de Manon Worms et Hakim Bah. Avec Emilien Audibert, Katell Jan, Adil Laboudi, Julie Moulier, Assane Timbo, Olivier Werner. Théâtre de la Cité internationale, Paris 14e. Du 27 janvier au 8 février. Joëlle Gayot / LE MONDE Légende photo : « Indestructible », de Manon Worms et Hakim Bah, au Théâtre des Célestins, à Lyon, le 7 janvier 2025. BLANDINE SOULAGE
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Le spectateur de Belleville
June 20, 2024 11:06 AM
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Par Sandrine Blanchard dans Le Monde - 20 juin 2024 Si la fréquentation des salles est stable, l’enquête, rendue publique jeudi 20 juin, montre que le prix des places, jugé trop cher, reste le premier facteur dissuasif d’assister à un spectacle.
Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/06/20/selon-une-etude-mediametrie-un-quart-des-francais-restent-fideles-au-theatre_6241813_3246.html Quatre ans après le choc de la crise sanitaire liée au Covid-19, qui entraîna la fermeture des salles de spectacle durant de longs mois, la fréquentation du théâtre affiche un relatif retour à la normale. Selon la troisième édition de l’étude « Les Français et le théâtre », rendue publique jeudi 20 juin, 24 % des internautes interrogés déclarent être allés au théâtre (que ce soit dans des lieux publics ou privés) au cours des douze derniers mois, contre 21 % en 2023 et 27 % en 2022. Réalisé par Médiamétrie, du 2 au 10 avril, auprès d’un échantillon représentatif de 1 536 personnes âgées de 15 ans et plus, ce baromètre a été mis en place par l’Association pour le soutien du théâtre privé (ASTP), structure qui regroupe quelque soixante-dix lieux à Paris et en région, et vingt-cinq producteurs-tourneurs. Ce petit quart de Français qui gardent un réel appétit pour ce type de sorties font preuve d’assiduité – ils ont vu, en moyenne, 6,2 représentations en un an (contre 5,4 lors du précédent baromètre) – et sont 74 % à déclarer aller au théâtre autant ou plus qu’avant. En outre, ils accordent un taux de satisfaction de 7,5 sur 10 (contre 7,2 en 2023) au dernier spectacle auquel ils ont assisté. Le profil de ce public du théâtre évolue peu. L’âge moyen est de 45,5 ans, les catégories socioprofessionnelles supérieures sont surreprésentées (43 %, contre 38 % dans le premier baromètre), les plus de 50 ans composent 42 % des spectateurs, 26 % habitent l’agglomération parisienne et tous ont des pratiques culturelles (lire la presse, des livres, écouter des podcasts, aller au musée ou à la bibliothèque) largement supérieures à la moyenne nationale. Ce qui les pousse à se rendre au théâtre demeure « le plaisir de vivre une représentation dans une salle » (40 %), de « profiter d’un moment avec ses proches » (40 %), de « découvrir une nouvelle pièce » (40 %), de « sortir de chez soi et du quotidien » (38 %) et de « partager des émotions » (35 %). Si « l’envie de théâtre est toujours là », le prix des places, jugé trop cher, reste, pour la troisième année consécutive, le premier frein cité (39 %). Suivent la perte d’habitude (25 %) et le manque de temps (20 %). « Un prix attractif » est d’ailleurs mis en avant par 42 % des répondants parmi les raisons qui pourraient les inciter à aller au théâtre. La notoriété du casting ou du metteur en scène et « l’histoire » proposée arrivent largement en tête des motivations pour sortir. En revanche, le fait qu’un spectacle ait été récompensé, d’un Molière par exemple, n’a quasiment pas d’impact (6 % de citations). Etonnante question Pour ce troisième baromètre, un nouvel item a été ajouté concernant le type de spectacle le plus attendu. Sans doute en lien avec le besoin de se divertir en cette période chargée d’actualités anxiogènes, 71 % des répondants citent « de la comédie » et 55 % « de l’humour ». Mais ils sont aussi 49 % à être attachés à des esthétiques (créations contemporaines, théâtre classique, théâtre immersif, improvisation ou performance). Même s’ils aspirent à se détendre, 60 % des Français (et 70 % des spectateurs) considèrent que « tous les sujets ont leur place au théâtre », qu’il s’agisse de la pauvreté, de la crise environnementale, la maladie, l’homosexualité, les discriminations, l’identité de genre, etc. Cette part tombe à 50 % pour les guerres, le terrorisme et la religion. Pour justifier l’ajout de cette étonnante question sur les sujets pouvant être abordés, Pascal Guillaume, président de l’ASTP et directeur du théâtre privé parisien Tristan-Bernard, met en avant les difficultés grandissantes de diffusion pour les pièces qui ne sont pas des comédies. « Les programmateurs et les élus sont de plus en plus frileux suivant les thématiques des spectacles proposés. Ces chiffres permettront de les rassurer et de dédramatiser et, espérons-le, d’inciter à une programmation diversifiée », explique M.Guillaume. A titre d’exemple, même Passeport, le dernier succès parisien d’Alexis Michalik, a plus de mal à tourner en France que ses précédents spectacles. La raison : la pièce aborde le sort des migrants et des réfugiés. Sandrine Blanchard / Le Monde Légende photo : « Passeport », écrit et mis en scène par Alexis Michalik, au Théâtre de la Renaissance, à Paris, le 22 janvier 2024. ALEJANDRO GUERRERO
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June 2, 2024 6:47 AM
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Tribune publiée par Libération - 2 juin 2024 par Tiago Rodrigues, metteur en scène et directeur du Festival d'Avignon et Boris Charmatz, chorégraphe et directeur du Tanztheater Wuppertal Pina-Bausch et de Terrain. Partout en Europe, la plupart des candidats aux européennes font preuve de mutisme à l’égard de la culture et des arts. Une indifférence qui équivaut à faire l’impasse sur un pan essentiel de la démocratie européenne, s’inquiètent le chorégraphe Boris Charmatz et le metteur en scène Tiago Rodrigues. Nous sommes deux artistes européens dont le travail circule à travers tout le continent. Récemment, nous avons tous deux quitté nos pays d’origine pour prendre la direction d’importantes institutions culturelles dans un autre pays d’Europe. Nous sommes convaincus que notre parcours est le fruit d’une Europe attachée à la libre circulation des idées et des personnes. Nous sommes conscients que ce qui nous a été rendu possible était hors de portée de nos aînés, eux, qui ont connu l’émigration et l’exil au cours du XXe siècle. Nous croyons qu’une Europe plaçant la diversité culturelle au cœur de la citoyenneté dispose de meilleurs outils pour envisager l’avenir. Pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, nous exprimons notre profonde perplexité face au silence des candidats aux élections européennes en matière de culture dans leurs discours politiques. A travers tout le continent, de tous bords politiques et pays confondus, la plupart des candidats font preuve d’un mutisme consternant à l’égard de la culture et des arts. Cette omission méconnaît la contribution fondamentale de la vie culturelle et de la création artistique au projet européen. Mais c’est aussi une grave erreur politique. Dans un contexte où la guerre réapparaît sur le continent et où le totalitarisme criminel de Poutine se pose en adversaire du projet européen, les campagnes électorales se focalisent sur la sécurité et les stratégies militaires, en oubliant totalement la défense de nos valeurs. Ignorer les arts et la culture équivaut à faire l’impasse sur un pan essentiel de la démocratie européenne et à négliger un outil fondamental de la liberté de pensée et d’expression. On raconte que, pour répondre à un journaliste qui voulait savoir pourquoi l’effort de guerre entraînait des coupes dans tous les secteurs du service public, à l’exception de la culture, Churchill aurait demandé : «Si nous coupons le budget de la culture, alors pourquoi ferions-nous la guerre ?». En réalité, il n’a jamais tenu ces propos. Et pourtant cette citation fictionnelle affirme ce qui devrait animer un véritable projet politique européen. Faire se rencontrer les corps et les idées A l’heure où les démagogues populistes et nationalistes veulent ériger des murs pour empêcher tout projet d’une Europe pacifique fondée sur la libre circulation et l’hospitalité, faire l’impasse sur la culture et les arts revient à négliger des siècles de diversité culturelle. Rester curieux de l’autre, confronter diverses visions du monde, faire se rencontrer des corps différents, brasser nos idées dans la confusion féconde de la traduction : voilà des caractéristiques essentielles du passé, du présent et de toute perspective d’avenir de l’Europe. Dans le contexte d’une société de plus en plus polarisée, en proie au racisme, à l’antisémitisme ou à l’islamophobie, exclure la culture et les arts du débat politique est une trahison de l’immense contribution à la cohésion sociale et à la diversité que les théâtres, les bibliothèques, les musées, les monuments et les festivals ont apportée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est aussi gaspiller des décennies de décentralisation et de démocratisation culturelle, plus que jamais indispensables pour que les populations européennes prétendent à une pleine citoyenneté. Ce silence assourdissant des candidats aux élections européennes est un pas de plus vers la destruction du service public culturel, lequel n’est même pas garanti dans nombre d’Etats membres de l’Union européenne. Nouveaux récits Les candidats démocrates de ces élections ont peut-être estimé que l’utilisation des mots «culture» ou «arts» pouvait heurter un certain électorat, séduit par les mensonges des populistes antidémocratiques qui opposent la culture populaire à une culture prétendument élitiste. Ce silence est peut-être une stratégie électorale. Si c’est le cas, c’est une grossière erreur ; une censure préalable qui cède du terrain dans un débat d’idées qui ne fait que commencer. Souvenons-nous de la journaliste et féministe Louise Weiss, qui a présidé le Parlement européen pendant un seul jour, celui de sa création. Le 17 juillet 1979, elle a déclaré : «Sauvegardons ensemble notre bien le plus précieux – à savoir notre culture et notre fraternité en cette culture.» Cet appel résume à lui seul que le projet européen d’une paix durable, bien qu’il se fonde sur des échanges commerciaux et sur les territoires, ne survivra pas sans la diversité culturelle et sans un engagement en faveur des sociétés créatives. A ce moment de notre histoire, tandis que la crise climatique nous oblige à faire preuve d’inventivité sur la voie de la transition et d’une transformation profonde de nos sociétés, un sentiment de fin des temps nous submerge. «Le temps qui reste», comme le dirait l’historien Patrick Boucheron, est le compte à rebours d’une catastrophe à laquelle nous ne pouvons pas nous soumettre. De toute urgence, nous devons surmonter les récits de fin du monde avec de l’action immédiate, mais aussi faire émerger les premiers chapitres de nouvelles histoires. Tout véritable projet européen a besoin d’idées ouvrant de nouvelles voies. C’est justement le superpouvoir de la culture et des arts : inventer ce qui nous paraissait impossible, imaginer des débuts là ou où la fin semblait inévitable. Tiago Rodrigues / Boris Charmatz Légende photo : Tiago Rodrigues au Festival d'Avignon en 2023. (Christophe Raynaud de Lage)
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April 8, 2024 3:13 PM
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Article publié sur le site d'Artcena - 2 avril 2024 RAPPORT Son rapport déplore principalement que le pilotage des Programmes d’investissements d’avenir et de France 2030 ait contribué à dessaisir le ministère de la Culture de ses missions stratégiques. Le 20 mars 2024, la Cour des comptes a publié un rapport – fruit d’une enquête diligentée par la Commission des finances du Sénat – sur les plus de 3 Md€ de crédits exceptionnels engagés de 2017 à 2023 en faveur du secteur culturel, hors budget du ministère de la Culture ; soit « presque l’équivalent, est-il précisé, d’une année des crédits de la mission Culture de ce ministère ». Cette enveloppe concernait, d’une part le Plan de relance (1,6 Md€), et d’autre part les Programmes d’investissements d’avenir (PIA 1 et 3) et France 2030, à hauteur d’1,5 Md€ au total. Un plan de relance élaboré dans la précipitation Annoncé à l’été 2020, au sortir de la crise sanitaire, le Plan de relance a été doté d’1,6 Md€ pour la culture (pour un peu plus d’1,4 Md€ de dépenses), afin de poursuivre deux objectifs : soutenir les revenus du secteur culturel, et favoriser « une accélération des transformations structurelles identifiées comme nécessaires ». Si le premier a été rempli, il en va différemment du second, traité de façon marginale. En cause, selon la Cour des comptes, un objectif « trop ambitieux dans le cadre d’une action conjoncturelle » et un plan élaboré « dans la précipitation ». Celle-ci critique, entre outre, une répartition des crédits « très hétérogène entre secteurs culturels » et l’utilisation d’une partie d’entre eux « pour boucler les plans de financement de grands travaux d’établissements publics ». Le rapport conclut ainsi à « un pilotage par la dépense, parfois au détriment des objectifs de politique publique », qui a, par ailleurs, produit « un effet inflationniste dans certains secteurs ». PIA : des opérations trop risquées Concernant cette fois les PIA 1 et 3, la Cour estime que ceux-ci « ont faiblement investi le champ culturel et celui des industries culturelles et créatives ». Elle en veut pour preuve le fait que depuis 2017, seuls 278 M€ ont été consommés à ce titre, dont 190 M€ transférés au budget de la culture afin de financer deux grandes opérations patrimoniales (Villers-Cotterêts et le Grand Palais). Le rapport admet toutefois que plusieurs projets culturels emblématiques (le Grand Palais immersif et la Philharmonie des enfants) portés par la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et Bpifrance ont eu « une réelle portée en termes d’expérimentation et d’innovation ». De même, le soutien apporté à l’Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles (IFCIC), « qui dispose d’une excellence connaissance des entreprises culturelles et de liens anciens avec les financeurs de la place, apparaît cohérent avec l’ambition des PIA et économe des finances publiques ». La Cour se montre, en revanche, plus critique sur les financements attribués à « des entreprises au modèle économique fragile » et qui ont traversé depuis de « graves difficultés ». Pour évoquer « une prise de risque particulièrement élevée », elle cite l’appel à manifestation d’intérêt « Culture, patrimoine, numérique » lancé par la Caisse des dépôts et consignations, qui « a connu un taux de sinistralité de 35%, bien supérieur à celui admis en général par la CDC ou Bpifrance », entraînant la disparition de l’argent public investi. De plus, le rapport note que les projets financés « relèvent parfois d’une conception très extensive des industries culturelles et créatives ou n’en font pas clairement partie », « voire relèvent d’un champ spéculatif ». D’où ce constat sans appel : « ces premières expériences d’investissement dans le secteur culturel ont souffert d’une absence de stratégie formalisée avec le ministère de la Culture comme de réflexion sur les outils mobilisés, sur la typologie des projets structurants et sur les effets d’accélération recherchés ». La stratégie peu lisible de France 2030 De semblables griefs sont adressés à France 2030, alors même que ce programme a bénéficié de « moyens considérables » : 400 M€ engagés fin 2020 dans le cadre du PIA 4, puis 600 M€ à l’automne 2020 destinés aux industries de l’image et du numérique dans le cadre de France 2030. Les deux étant rattachés fin 2022, le volet culturel de France 2030 a disposé au total d’1 Md€. Grande lourdeur des processus décisionnels, éparpillement de l’information rendant complexe un suivi rigoureux, et surtout manque de transparence constituent de nouveaux reproches adressés par la Cour. « Ni la stratégie d’accélération, issue des États généraux des industries culturelles et créatives (..) ni même la liste des 19 mesures retenues n’ont été rendues publiques », regrette-t-elle, avant de remettre en cause la pertinence même du programme. « Les mutations structurelles du secteur culturel peuvent justifier un accompagnement par l’État. Les plans d’investissements d’avenir apparaissent cependant globalement inadaptés au secteur. En effet, ils sont insuffisamment articulés aux objectifs et enjeux de la politique publique », estime-t-elle. Le ministère de la Culture privé de ses missions Enfin, plusieurs dérives sont imputables, selon le rapport de la Cour des comptes, aux PIA : « mise en œuvre rapide d’appels à concurrence » susceptible de créer « des effets d’aubaine » ; effacement progressif de « la logique originelle des PIA consistant à utiliser des avances remboursables ou à co-investir pour inciter le secteur privé à s’engager », au profit d’une « logique de subvention ». « Dès lors, ajoute le rapport, la Caisse des dépôts et BpiFrance se retrouvent dans la situation paradoxale de verser, très majoritairement dans ce secteur, des subventions, une mission qui incombe en principe au ministère de la Culture ». Plus globalement, la Cour déplore que « le pilotage des PIA et de France 2030 par le Secrétariat général pour l’investissement (SGPI) contribue à dessaisir le ministère de la Culture de ses missions de pilotage stratégique, d’allocation des financements et de contrôle sur l’équivalent d’une part significative de son budget annuel ». À ses yeux en effet, bien qu’à l’origine de la conception de la stratégie (rédaction du cahier des charges), le ministère de la Culture siège souvent uniquement comme observateur au sein des comités désignant les lauréats, ce qui l’empêche d’être « pleinement en situation de garantir la cohérence de ces financements conséquents avec les objectifs de la politique culturelle ». « Si l’on ne veut pas courir le risque de priver durablement le ministère des moyens de remplir ses missions, celui-ci doit reprendre le pilotage des dispositifs initiés dans le cadre de France 2030, et en renforcer significativement le suivi », assure la Cour. En conclusion, elle formule sept recommandations : 1. Avant toute nouvelle consommation de crédits, procéder à une évaluation indépendante du dispositif « Mondes Nouveaux », notamment du point de vue de la rémunération des artistes et de l’articulation avec les dispositifs et institutions préexistants.
2. Définir de façon concertée les objectifs poursuivis par les investissements d’avenir et délimiter plus nettement le périmètre d’intervention des PIA dans le secteur des industries culturelles et créatives.
3. Veiller à une articulation lisible entre l’architecture budgétaire et la stratégie de France 2030, pour le volet culture.
4. Appliquer strictement la doctrine des investissements d’avenir et réserver les financements des PIA à des projets répondant à des critères d’innovation préétablis.
5. Instaurer une procédure de suivi et d’évaluation des crédits des PIA et de France 2030 robuste, afin de permettre le contrôle parlementaire.
6. Prévoir une procédure explicite de restitution ou de réallocation des crédits exceptionnels non utilisés.
7. Dans les processus décisionnels de France 2030 accorder dès à présent au ministère de la Culture une place lui permettant d’assurer son rôle de chef de file de la politique culturelle. « Un rapport à charge », selon Bruno Bonnell Lors de leur audition devant la Commission des finances du Sénat, Bruno Bonnell, secrétaire général pour l’investissement, Florence Philbert, directrice générale des médias et des industries culturelles, et Sophie Zeller, cheffe du service du spectacle vivant et adjointe au directeur général de la création artistique, ont réagi à différents points soulevés par la Cour des comptes. Bruno Bonnell a tout d’abord réfuté le titre du rapport qui évoque des « crédits exceptionnels » attribués à la culture et aux industries créatives (ICC). « Ces crédits n’ont rien d’exceptionnels puisqu’il s’agit de crédits d’investissement votés par le Parlement comportant, dans le cadre de France 2030, un volet spécifique d’investissement destiné à soutenir les industries culturelles et créatives », a-t-il indiqué. Concernant France 2030, le secrétaire général pour l’investissement a dénoncé « un rapport à charge et, de plus, inexact », assurant que le ministère de la Culture était associé à toutes les stratégies et décisions et présidait le comité de pilotage qui alloue les budgets. Le manque de transparence lui apparaît, de même, un reproche infondé. « Nos stratégies sont rendues publiques sur les sites web du gouvernement, a-t-il affirmé. Nous avons également communiqué un rapport au Parlement, et effectuons un reporting permanent auprès d’un Comité de surveillance des investissements d’avenir (CSIA) composé notamment de quatre députés et de quatre sénateurs. Je ne peux donc accepter l’idée que nous ne soyons pas précis dans le suivi. » Florence Philbert, quant à elle, a rappelé que s’agissant des industries culturelles et créatives, « nous sommes au croisement de la politique culturelle et de la politique industrielle, mais aussi au croisement des financements publics et des financements privés », les ICC souffrant d’une « faible structuration capitalistique », notamment en matière de fonds propres. Ce constat justifie « une logique de continuum de financements » : « au-delà des financements via des subventions, assurés par le ministère de la Culture, il s’agit de voir comment la puissance publique peut faire en sorte que les acteurs des ICC soient financés par le secteur privé », a expliqué la directrice générale des médias et des industries culturelles. Interrogée, par ailleurs, sur la recommandation n°7 formulée par la Cour des comptes, elle a répondu : « cette politique ne peut être uniquement centrée sur le ministère de la Culture ; elle se fait en partenariat avec le ministère qui la conçoit et définit la stratégie ». Sophie Zeller enfin a concentré son intervention sur « Mondes nouveaux », dispositif doté de 30 M€. « Celui-ci a suscité un très grand élan créateur : 3 200 projets déposés, et 264 soutenus, portés par 430 artistes. Une rémunération directe d’un peu moins de 6 M€ a été versée aux artistes, à laquelle il faut ajouter les retombées en termes de présentation ou de vente des œuvres, ou de droits d’auteurs », a-t-elle souligné. La cheffe du service du spectacle vivant et adjointe au directeur général de la création artistique a cependant convenu du manque de visibilité de « Mondes nouveaux » pointé par la Cour, qu’elle a justifié par les différences de temporalité de réalisation des œuvres ainsi que leur répartition sur l’ensemble des territoires, « qui ont pu complexifier les opérations de communication ». « Afin de redonner de la visibilité au programme, nous avons mis en place en avril 2023 une présentation des projets à l’École nationale des Beaux-Arts », a ajouté Sophie Zeller, promettant, lors du lancement d’un nouvel appel à projets fin 2024, la mise en œuvre de « liens plus étroits entre les Frac et les Centres d’art, et l’ensemble de l’écosystème ».
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Le spectateur de Belleville
March 19, 2024 11:44 AM
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Par Yves Perennou sur le site de lascene.com - 19 mars 2024 Le 22 janvier, Rachida Dati a lancé la concertation nationale « Printemps de la ruralité ». Une plateforme Internet permettra à chacun de donner son avis sur le sujet, et deux personnalités sont en attente de nomination pour piloter la consultation. La ministre a appuyé son intention sur un rapport de l’Inspection générale de l’action culturelle (IGAC) intitulé « L’action des labels de la création dans les zones rurales », qui résulte d’une mission coordonnée par Guy Amsellem, Marie Bertin et Isabelle Maréchal. Préciser les objectifs Il faudrait bien identifier les objectifs sur la ruralité pour mieux évaluer, recommande le rapport. En 2021, 1 016 actions menées par des lieux labellisés ont bénéficié à 927 communes, en dépit de la crise sanitaire. La tendance est à la hausse pour les résidences et la diffusion. L’IGAC y voit « l’effet positif du plan Théâtres en région mis en œuvre en 2020 ». Les moyens manquent en ingénierie et logistique, suite à l’effacement progressif des associations départementales de musique et danse. Une idée de l’IGAC serait de soutenir les postes de coordinateurs culturels dans les intercommunalités et de mener des formations-actions au montage de projets, en associant les maires ruraux. Les petites communes ont des difficultés à gérer directement un partenariat avec une institution. Le rapport insiste sur les partenaires, à commencer par les scènes conventionnées d’intérêt national. Il recommande de davantage associer les labels aux contractualisations des DRAC avec les territoires et de collaborer avec les lieux et les réseaux de proximité. Pour jouer leur partition dans les territoires, les labels doivent tenir compte de ce qui s’y fait déjà et des attentes spécifiques, selon les principes des droits culturels. Cette approche est déjà défendue par plusieurs réseaux réunis sous la bannière Cultures et ruralités (cultureruralite.fr). à l’inverse, l’exemple donné par la ministre lors de son déplacement à Nontron (Dordogne), le 22 janvier, illustre un cas de savoir-faire descendant de la capitale à la ruralité ; un programme post-master de l’École nationale supérieure des arts décoratifs de « redynamisation des territoires ruraux par le design ». Yves Perennou En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°553 Légende photo : Bundren !, par les collectifs Tranx et CCC au festival Les Rias (2023) dans le pays de Quimperlé (Finistère) Crédit photo : D. R.
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Le spectateur de Belleville
February 19, 2024 3:28 PM
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Publié sur le site d'Artcena - 15 février 2024 NOUVEAU LIEU L’Espace Cardin laissera bientôt place à un lieu qui associera étroitement création artistique et débats sur les enjeux politiques et sociétaux.
Le suspense n’aura duré que quelques mois. Après que le Théâtre de la Ville eut définitivement quitté fin septembre 2023 L’Espace Cardin, l’avenir promis à la salle de spectacle de l’Avenue Gabriel (Paris, 8e arrondissement) est désormais connu. Face aux nombreuses sollicitations émanant de producteurs privés, la maire de Paris a décidé de bâtir un nouveau projet, concrétisé par la création du Théâtre de la Concorde géré en régie directe et placé sous l’égide, non pas de la Direction des affaires culturelles, mais de celle de la Démocratie, des citoyen.ne.s et des territoires. « Lieu de débat, de réflexion, de contradictions et de création artistique » pensé sur le modèle des universités populaires, l’établissement se veut également, selon Anne Hidalgo, « un rempart contre l’obscurantisme ». Des termes forts, à la hauteur des enjeux démocratiques qui traversent aujourd’hui la France et l’Europe. « L’art est capable de poser les grandes questions qui agitent notre époque, sans violence, par métaphores et allégories, et en même temps avec la force qui lui est propre. C’est ce supplément d’âme que nous recherchons », souligne la directrice, Elsa Boublil. Pour définir la ligne artistique et culturelle du Théâtre de la Concorde – dont le nom constitue en soi une promesse – l’ancienne conseillère culture et patrimoine au cabinet d’Anne Hidalgo sera secondée par un Comité d’orientation présidé par Patrick Boucheron, historien et professeur au Collège de France, et composé de personnalités issues d’horizons très différents, dont le dramaturge et metteur en scène Mohamed El Khatib, la comédienne et animatrice de radio Sophia Aram, la philosophe Corine Pelluchon, le syndicaliste Philippe Martinez, le peintre et sculpteur Gérard Garouste. Pluridisciplinaire, la programmation des spectacles s’inscrira en résonance avec les thématiques – politiques, sociétales, mémorielles, environnementales… – abordées et épousera un rythme mensuel. « Cette souplesse nous permettra d’être en prise directe avec l’actualité, de pouvoir nous y adapter et y répondre », fait valoir Elsa Boublil. Celle-ci souhaite, par ailleurs, collaborer avec des structures qui promeuvent l’accessibilité de tous à la culture. Afin précisément de favoriser son appropriation par un large public, le Théâtre de la Concorde sera ouvert toute la journée. S’y succéderont des ateliers, des conférences et rencontres puis, le soir, des représentations. Des actions culturelles seront également menées, transformant le quartier des Champs-Élysées en un territoire à part entière. « J’ai envie qu’il devienne un lieu, non plus de passage, mais où l’on s’arrête. C’est pourquoi nous travaillerons avec les établissements scolaires, et les habitants des quartiers populaires de la ville, qui doivent s’y sentir à leur place », confie la directrice du théâtre. Un travail qu’entreprend depuis plusieurs années son voisin, le Théâtre du Rond-Point, avec lequel des liens seront tissés. Situés de même à proximité, le Grand Palais et le Petit Palais compteront sans doute, eux aussi, parmi les partenaires du théâtre. Entrée en fonctions le 12 février, Elsa Boublil aura d’abord pour mission d’évaluer les besoins financiers et en ressources humaines, qui détermineront le montant du budget voté cet été par le Conseil de Paris. Parallèlement, elle s’attelle d’ores et déjà à l’élaboration de la saison 2024/2025, dont les premiers contours seront dévoilés début octobre lors de l’inauguration de la salle. Publication sur le site d'Artcena
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Le spectateur de Belleville
December 31, 2023 10:39 AM
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Par Lara Clerc / Libération du 30 déc. 2023 Remplacée par les membres de l’ancien théâtre les Déchargeurs, la compagnie se voit obligée de quitter son théâtre de Saint-Denis. Résidente des lieux depuis dix-neuf ans, elle déplore une décision prise en raison de ses actions politiques. «Qu’elle soit nationaliste, républicaine ou socialiste, virons la droite.» Cette banderole ne trônera peut-être plus, fièrement accrochée dans le théâtre de la Belle Etoile, à Saint-Denis, d’ici une semaine ou deux. Alors que son bail avec la mairie de la ville de Seine-Saint-Denis arrive à échéance le 31 décembre, la compagnie Jolie Môme – occupante des lieux et célèbre pour ses actions militantes d’extrême gauche – se doit de quitter les lieux, après dix-neuf ans de présence et en pleine saison culturelle. «Avant, le quartier ici, c’était des terrains vagues…» se souvient Flô, comédienne au sein du groupe. Aujourd’hui, le directeur parcourt les quelque 1 200 m2 du site en associant chaque détail à un souvenir, comme le bar construit par un ancien scénographe avec des grillages de fenêtre, ou la couleur des murs, verte, pour le plaisir de l’impertinence – ici, on ne croit pas à la superstition qui veut que cette couleur porte malheur aux comédiens. La compagnie est arrivée dans ce théâtre de briques blanches en 2004, à peine quitté par les derniers squatteurs, leur laissant des locaux en friche. Michel, Flô, Claire, Clément, Pascale, Cyril et une demi-douzaine d’autres membres de la troupe en ont depuis rénové chaque partie. Aujourd’hui, des chapeaux sont soigneusement suspendus dans la cave, où les costumes sont classés, sur cintres, et le matériel organisé. «Nous ne jetons rien, à chaque nouveau spectacle, nous essayons de faire de la bidouille avec ce que nous avons», partage Michel, le directeur. «Ils voulaient nous dégager pour des raisons politiques» Après plusieurs années à la Belle Etoile, la troupe a vu son bail expirer une première fois en juin, mais il avait alors été reconduit par la mairie, qui avait annoncé mettre sa place en concurrence via un appel à projets. Une «obligation légale», explique Mathieu Hanotin, maire PS de Saint-Denis. Parmi les six dossiers présentés au jury de cet appel d’offres, celui de la compagnie Jolie Môme était jugé «le moins bon», rapporte l’édile. Alors la place a été attribuée à la compagnie du Tambour des limbes. Ironie de la situation, cette dernière est dirigée par Rémi Prin, ancien directeur technique des Déchargeurs, et elle-même chassée de son théâtre du Ier arrondissement de Paris après avoir été liquidée. Le Tambour des limbes est une autre compagnie modeste, qui veut donner sa place aux jeunes compagnies émergentes, notamment «des créations totales, soit des textes mis en scènes par leurs auteurs et autrices», rêve Rémi Prin. Pour les artistes de Jolie Môme, la raison de leur départ est claire. «La mairie voulait nous dégager pour des raisons politiques mais a utilisé l’appel à projets pour se donner une raison», avance la troupe qui programmait hebdomadairement des réunions politiques et associatives, en prêtant sa cuisine à des collectifs de maraude ou en organisant une «soirée de solidarité avec Gaza». «Nous avons le sentiment que ce qui est davantage reproché à Jolie Môme, c’est son positionnement militant, déplore Vincent Brengarth, avocat de la compagnie. On voit bien qu’il y a une opacité totale dans la manière dont ça a été mené.» Une idée à laquelle adhère la directrice du théâtre du Soleil (XIIe arrondissement), Ariane Mnouchkine, dans une lettre adressée au maire de Saint-Denis, et publié dans l’Obs jeudi 28 décembre : «Je reconnais que leur radicalisme entêté peut être exaspérant pour ne pas dire insupportable, mais, cela justifie-t-il une telle rudesse dans la séparation ? Une telle «mise à la porte» plus digne d’un Laurent Wauquiez que d’un maire socialiste ?» De son côté, la mairie dément toute forme de stigmatisation de la compagnie, mais reconnaît que son militantisme a joué dans la décision de ne pas les reconduire. «Ce n’est pas une punition politique, assure Mathieu Hanotin. Mais si dans un théâtre privé, vous faites bien ce que vous voulez, je crois que dans un théâtre public tout le monde doit se sentir le bienvenu.» Celui qui a remporté les élections municipales de 2020, mettant fin à une lignée de plus de soixante-quinze ans de maires communistes, ne peut être plus clair : «Le théâtre ne doit pas devenir un théâtre uniquement pour un groupe de personnes anarchosyndicalistes.» Esprit de concession Pour la troupe Jolie Môme, il n’a jamais été question de fermer les portes à ceux qui n’approuvent pas leurs positions, bien au contraire. «Nous sommes conscients de la réalité, que ce sont toujours les mêmes qui vont au théâtre en France. Mais ici, les habitants de Saint-Denis peuvent nous confier leurs enfants et venir dans des moments de difficultés sociales. Nous sommes à leur service.» La compagnie avait notamment rénové une cuisine, ainsi qu’un bar, en plus de la scène théâtrale. Un «esprit de quartier» que les nouveaux occupants entendent bien maintenir, et ce dès leur arrivée le 4 janvier, dans un esprit de concession. «Nous pouvons devenir deux compagnies précaires qui s’affrontent, mais ce n’est pas mon but ni celui de Jolie Môme. C’est un petit milieu, nous nous connaissons entre nous et nous avons tous envie que cela se passe bien», assure Rémi Prin. Sa compagnie souhaite devenir «un théâtre municipal complémentaire du théâtre Gérard-Philipe, une alternative pour débuter». Mathieu Hanotin partage cette aspiration : «La compagnie du Tambour des limbes connaît d’expérience la gestion d’un lieu qui doit pouvoir faire la promotion de jeunes compagnies de théâtre. Ils pourront faire émerger les prochains metteurs en scène d’Avignon.» «Deux façons différentes de voir le théâtre» Pour Jolie Môme, la nouvelle troupe aurait plutôt été choisie pour sa promesse de donner cinq représentations par semaine, grâce à l’accueil de petites productions. Jusque-là, le théâtre ne proposait pas autant de représentations, consacrant une partie de sa semaine aux ateliers et événements militants. La compagnie déplore cette manière de concevoir l’administration de la Belle Etoile, surtout pour son public, «pas des consommateurs, mais des camarades. Nous, nous sommes une troupe qui tient un lieu avec une philosophie… Ce sont deux façons différentes de voir le théâtre». Avec la nouvelle gestion, exit les conférences régulières animées par des journalistes du Monde Diplo, les réunions politiques… A la place, la mairie promet un «déploiement des activités d’éducation artistique et culturelle». La troupe pour enfant Tamèrentong peut donc se rassurer, Rémi Prin exprime déjà son désir de la reprendre. En attendant, Jolie Môme demande à la mairie, via son avocat, de mettre à sa disposition un lieu pour entreposer son matériel et pouvoir répéter. «Nous proposer une alternative après avoir interrompu la saison serait la moindre des choses, avance l’avocat Vincent Brengarth. Sans décision à l’amiable, nous envisageons d’entamer des procédures pour faire recours à la décision de l’appel à projets auprès d’un juge administratif.» De leur côté, les membres de Jolie Môme se désolent : «Nous voulons continuer à créer, c’est cela qu’il nous faut.» Avant d’ajouter : «C’est dur de risquer de mourir dans cette situation.» Dans l’immédiat, le Tambour des limbes leur propose de cohabiter en attendant de trouver une solution plus stable. -------------------------------------------------------------------- Publié dans l'Obs: Ariane Mnouchkine heurtée par le renvoi de la compagnie Jolie Môme : sa lettre au maire de Saint-Denis La directrice du Théâtre du Soleil critique ici l’éviction « brutale » de la compagnie récemment annoncée par la mairie dionysienne. Publié le 28 décembre 2023 à 20h07·Mis à jour le 29 décembre 2023 à 20h48 Politisée (à gauche toute) et très populaire, la compagnie Jolie Môme œuvrait à Saint-Denis au théâtre de La Belle Etoile depuis dix-neuf ans. Malgré un rayonnement incontestable et une personnalité hors du commun, à moins que ça ne soit à cause de cela précisément, la troupe doit quitter les lieux au 31 décembre pour laisser place à un autre « projet », selon les vœux de Mathieu Hanotin (PS), lequel, en 2020, a arraché la mairie à ses traditionnelles figures communistes. La nouvelle équipe s’étant lancée dans une opération « Coup de propre sur la ville » avant les Jeux olympiques, les soutiens nombreux de Jolie Môme voient dans ce renvoi une exécution politique. Directrice du Théâtre du Soleil, Ariane Mnouchkine estime qu’il s’agit là d’une « expulsion fulgurante » de grande indignité. Voici la lettre qu’elle a adressée cet après-midi au maire dyonisien. A.C. Monsieur le Maire, J’apprends que la municipalité socialiste de Saint-Denis a décidé de ne pas renouveler le contrat qui l’a liée à la compagnie Jolie Môme depuis près de vingt ans. Même si je la regrette, je ne vais pas, ici, discuter cette décision car renouveler ou pas un contrat fait partie des droits et prérogatives de tout contractant. Par contre, ce qui me surprend, et m’afflige, de la part d’une municipalité de gauche, c’est la façon dont ce non-renouvellement est mis en œuvre et finit par prendre la forme d’une rupture très brutale. En effet, l’expulsion fulgurante de la compagnie Jolie Môme du lieu auquel elle a redonné vie au cours de ces années est incompréhensible pour ne pas dire inadmissible. Les gros travaux réalisés avec les subsides de la région ont été pensés par les architectes de la ville en étroite collaboration avec Michel Roger, metteur en scène et directeur de la compagnie qui a travaillé avec le service architecture de Saint-Denis pour que ce lieu devienne accueillant, beau, apaisant, qu’il soit pour les habitants du quartier, de la ville, un point de référence, de culture, un refuge, un point d’ancrage pour quiconque cherche à se cultiver, cherche une écoute, cherche à apprendre, cherche à se distraire. Bref, un théâtre pour ceux qui pensent que le théâtre n’est pas pour eux. Michel Roger et son équipe ont, en ce sens, largement réussi, ils produisent beaucoup d’autres compagnies, groupes, artistes, jouent eux-mêmes plus d’une vingtaine de week-ends par an, bref du jeudi au dimanche le lieu vit et propose diverses programmations, accueils, soirées, sans compter les ateliers de début de semaine. Le lieu est dorénavant connu, fait salle comble pratiquement toujours, ce qui n’est pas si aisé à notre époque, et ils sont très bien intégrés dans leur quartier, ce qui n’est pas toujours aisé non plus. Mais tout cela, vous le savez déjà. Je connais bien la compagnie et, d’un point de vue politique nous ne sommes pas du tout sur la même longueur d’onde. Je reconnais que leur radicalisme entêté peut être exaspérant pour ne pas dire insupportable, mais, cela justifie-t-il une telle rudesse dans la séparation ? Une telle « mise à la porte » plus digne d’un Laurent Wauquiez que d’un maire socialiste ? Pourquoi ne pas entendre qu’ils ont absolument besoin de finir leur saison ? Pourquoi ne pas leur laisser le temps d’envisager leur départ sereinement ? Pourquoi supprimer d’un trait de plume leur outil de travail à plus d’une douzaine de salariés ? Pourquoi laisser entendre qu’ils vont dépouiller la salle comme des malfrats ? Ils reprendront leurs affaires sans doute et c’est bien normal, mais il n’est pas dans les habitudes des amoureux du théâtre de détruire, de dégrader leurs précieux outils de travail avant de les quitter. Or, ce sont des amoureux du théâtre. Je dirais des amoureux fous du théâtre. Pourquoi se précipiter ? Est-ce si urgent de mettre à la rue une bande de fous amoureux du théâtre ? Je ne le crois pas. Voilà pourquoi, je vous demande, je vous prie, de bien vouloir reconsidérer, sinon votre décision du moins les modalités de son exécution, en prenant en compte les besoins de cette compagnie et de ses salariés pour qu’elle puisse finir sa saison et envisager plus sereinement un déménagement éventuel si vous ne voulez absolument pas changer d’avis. Cela rassérénerait un peu la profession qui, je dois vous le dire, est très troublée par l’éventualité de voir la compagnie Jolie Môme se retrouver sur le trottoir sans aucune solution de repli pour pouvoir continuer son travail. Merci d’avoir pris le temps de me lire. Très sincèrement, Ariane Mnouchkine
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Le spectateur de Belleville
July 6, 2023 9:48 AM
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Propos recueillis par Sandrine Blanchard dans Le Monde - 6 juillet 2023 La chercheuse spécialisée en analyse des professions culturelles interroge, dans un entretien au « Monde », l’évolution du théâtre public et la perte de sa vocation sociale. Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/07/06/marjorie-glas-sociohistorienne-le-theatre-a-oublie-le-public-des-travailleurs-issus-des-classes-populaires_6180774_3246.html
Sociohistorienne, Marjorie Glas vient de publier Quand l’art chasse le populaire. Socio-histoire du théâtre public depuis 1945 (Agone, « L’Ordre des choses », 384 pages, 22 euros). Fruit d’une thèse menée à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) sous la direction de l’historien Gérard Noiriel, cet ouvrage interroge la place accordée, au fil des décennies de développement des institutions théâtrales, aux différents publics, et notamment à celui des classes populaires. Ou comment l’idéal d’un théâtre public à vocation sociale, outil essentiel de la démocratisation culturelle, s’est heurté à une opposition entre innovation esthétique et animation culturelle. Qu’est-ce qui vous a poussée à vous intéresser à l’évolution du théâtre public depuis 1945 ? C’est un moteur personnel. Au fur et à mesure de ma professionnalisation, je me suis retrouvée prise entre l’idéal d’un théâtre qui pourrait changer le monde et la réalité du secteur. Les enjeux pour une compagnie sont, avant tout, d’avoir des programmateurs et un spectacle remarqué par la critique. La question « à quel public on s’adresse, combien de spectateurs on touche ? » est finalement devenue secondaire. Pour ma thèse, je me suis emparée de cette question en me centrant sur les établissements subventionnés, « labellisés », car ce sont les espaces institutionnels les plus dotés financièrement et les fers de lance de la politique culturelle théâtrale. La Déclaration de Villeurbanne du 25 mai 1968, signée par les directeurs des théâtres populaires et des maisons de la culture, était censée prendre en compte le « non-public ». Vous dressez un constat assez sévère en montrant que la vocation sociale du théâtre public a été marginalisée ces dernières décennies. Quels sont les ressorts de cette déconnexion avec les classes populaires ? Cette vocation sociale, un idéal de démocratisation culturelle, reste très importante dans les discours et constitue une croyance ancrée à tous les échelons. Mais toute une série de mécanismes qui se sont mis en place a marginalisé la place des publics, en particulier des publics populaires. Les logiques de consécration et d’avancée de carrière se sont progressivement de plus en plus faites sur des critères esthétiques et de création. A partir des années 1980, il devient disqualifiant, pour les metteurs en scène comme pour les programmateurs, de mener un travail trop « socioculturel ». L’évolution des spectacles et de la sociologie de la population française (avec un nombre de diplômés plus important) joue aussi un rôle très fort. A partir du moment où la consécration se centre sur la recherche esthétique, sur l’avant-garde, les spectacles se complexifient et deviennent plus difficiles d’accès. Une partie du public, qu’il était déjà difficile de faire venir, désinvestit les théâtres. Etonnamment, cela ne pose pas vraiment problème : il y a un discours pour contrebalancer cet état de fait : « on touche moins de gens, mais on les touche réellement », l’important est la liberté de création. Le public augmente en nombre, mais il a tendance à s’homogénéiser socialement. C’est ainsi, en quelque sorte, que se forme un public de connaisseurs, de fans de théâtre. Qui constitue une forme d’entre-soi social. Le théâtre public s’est-il « intellectualisé » ? On a clairement affaire à une intellectualisation, qui affecte à la fois des formes et des thèmes proposés sur scène, mais aussi des profils des directeurs-metteurs en scène, recrutés avec un niveau d’études de plus en plus élevé – contrairement aux premiers animateurs de la décentralisation, qui étaient majoritairement formés sur le tas. La désaffection d’une partie du public est aussi liée à la marginalisation du travail d’animation. Les chefs de troupe de la décentralisation considéraient que la question du public et de l’émancipation était aussi importante que celle de la création. Au sein des maisons de la culture, des animateurs spécialisés menaient un travail de médiation et d’accompagnement de la pratique amateur. Jusqu’en 1976-1977, beaucoup travaillaient avec des relais comme les syndicats (la CGT), les partis (le PCF), les fédérations laïques, etc. Cela permettait de toucher les classes travailleuses. Progressivement, cela a été abandonné. Au délitement de ces relais d’éducation populaire s’ajoute la suppression de postes d’animateurs dans les théâtres, car la conviction est désormais que l’art ne doit pas être expliqué, qu’il a la capacité de parler à tout le monde. Donc, plus on institutionnalise le théâtre, plus sa vocation sociale est abandonnée ? Et ce, malgré l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 ? C’est le paradoxe. La gauche est arrivée au pouvoir en s’appuyant beaucoup sur les artistes et lance alors une politique très favorable, notamment en ouvrant des lieux et en apportant un soutien très fort aux créateurs. A partir de 1981, une plus grande porosité s’opère entre les figures du secteur théâtral et le ministère, notamment parce que les gens se connaissent. Finalement, la structuration, l’institutionnalisation du théâtre s’est principalement faite sur un fort pouvoir donné aux directeurs des lieux labellisés, qui ont fondé leur carrière sur l’idée que la création doit primer. Pour travailler la question des publics, on embauche des médiateurs. Mais leur profil s’élitise (là où les animateurs des années 1960-1970 étaient davantage issus de terreaux ouvriers, militants), ce qui contribue à transformer la conception qu’ils ont du public. Il y a bien toujours une volonté de toucher les publics, mais avec un travail de médiation pensé en catégories (détenus, scolaires, etc.), calquées sur les subventions existantes. Peu à peu, le théâtre a oublié le public des travailleurs issus des classes populaires. Comment éviter la confrontation entre élitisme et populisme ? Dans le contexte actuel, où cette question de l’absence des publics populaires est utilisée pour délégitimer l’intervention publique, l’idée est de regarder l’histoire du théâtre pour essayer de comprendre pourquoi ces publics ont été relégués. Il semble nécessaire de favoriser une plus grande diversité de l’offre culturelle, en reconsidérant aussi la répartition des financements. La structuration du théâtre public est aujourd’hui traversée par des luttes internes entre les lieux et les compagnies, notamment sur la façon dont on touche le public. Il existe de fortes inégalités d’accès au financement et aux moyens de production. Mettre à plat ces inégalités permettrait peut-être de repenser les hiérarchies esthétiques en vigueur et les critères de subventionnement pour qu’ils prennent en compte différemment la place des publics. Quand l’art chasse le populaire. Socio-histoire du théâtre public depuis 1945 (éditions Agone, « L’Ordre des choses », 384 pages, 22 euros) Sandrine Blanchard / Le Monde Légende photo : La salle du Théâtre du Châtelet à Paris, le 25 décembre 2022. ALINE MORCILLO/HANS LUCAS VIA AFP
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