Ukraine/Donbass : une ligne de front figée
sous un soleil de plomb
Il fait chaud dans le Donbass en ce milieu d’été, très chaud, autant qu’en France sous la canicule. L’offensive kiévienne tant attendue contre les positions républicaines n’a toujours pas eu lieu : essentiellement en raison de carences accrues dans les rangs des forces assiégeantes (des cas de refus d’obéissance dans la 17e brigade de chars par exemple), ajoutées aux problèmes internes d’un régime « proeuropéen » aux abois qui est confronté aux résultats de sa politique désastreuse et à une pression de plus en plus insistante des bandes armées d’extrême droite instrumentalisées par Washington qui ont été entrainées et légitimées depuis un an et demi. D’ailleurs, deux nouveaux « bataillons » de « police » viennent d’être créés…
Dans la situation actuelle, la ligne de front est figée et l’intensification significative des combats ne sera possible qu’en cas de provocations flagrantes de la part des forces ukrainiennes. Et, cela, alors que la situation à la frontière avec la Transnistrie ne cesse de devenir de plus en plus inquiétante, après les actions meurtrières des paramilitaires de Praviy Sektor : Kiev aurait déployé 5 à 7.000 militaires et paramilitaires sur cette zone, un acte évidemment hostile envers Tiraspol, alors que la présence de troupes américaines sur le territoire ukrainien devrait durer de longs mois encore.
L’essentiel des activités militaires dans le Donbass se résume à des accrochages sur l’ensemble de la ligne de contact, des duels d’artillerie plus ou moins intensifs et des mouvements de troupes correspondant à des rotations ou des arrivées de renforts. À noter que, le 14 juillet, l’artillerie des forces de Kiev s’est particulièrement déchaînée contre Donetsk et Gorlovka, principales grandes villes martyres du Donbass avec Lugansk (source).
Depuis, régulièrement, l’artillerie ukrainienne vise des quartiers résidentiels de Gorlovka et de Donetsk, sans but militaire. Et ce sont surtout les civils qui sont les principales victimes de cette folie meurtrière.
La plupart des unités d’artillerie des FAN sont désormais concentrées à l’arrière, ne restent en appui-feu que quelques mortiers de 120 et de 82, autant dire presque rien face à l’artillerie lourde ukrainienne qui n’a toujours pas été retirée en dépit des accords de Minsk-2 et de la parole donnée.
Le front au quotidien
Sur le front nord, au-delà de Lugansk, le secteur de Shachtye est censé devenir une zone démilitarisée, comme Shirokino. Or, comme à Shirokino, les forces de Kiev se sont maintenues : une trentaine de paramilitaires de l’ex « bataillon Aydar » composé pour l’essentiel de néonazis, tiennent encore l’école de police, la centrale thermique et quelques barrages routiers. Hier, vers 19 h (heure locale), un détachement des FAN aurait encerclé ce groupe armé kiévien, alors que l’OSCE reste impuissante face aux violations flagrantes par la partie ukrainienne des accords signés entre Kiev, Moscou et les représentants de Nouvelle Russie. Des véhicules blindés et des mitrailleuses lourdes tiennent en respect ces poches de résistance ukrainiennes.
On notera aussi que les forces de Kiev semblent avoir déployé des groupes subversifs de renseignement et de sabotage sur l’ensemble de l’agglomération de Donetsk, des éléments ont été signalés comme étant parfois en uniforme des forces républicaines dans le but de tenter de retourner la population contre les FAN.
Le secteur de Krasnogorovka – Marinka reste sous pression, les forces de Kiev tentent toujours de repousser en direction de l’entrée ouest de Donetsk les forces de Nouvelle Russie qui s’accrochent. Comme pour la zone de Mariupol et le secteur de Volnovakha, Marinka est une sorte de verrou du dispositif ukrainien qui permet de maintenir une certaine forme de cohésion sur la ligne de contact entre Donetsk et Mariupol. Si Marinka et Krasnogorovka tombent, c’est l’ensemble de la partie sud du front qui s’écroule pour Kiev.
La mission de l’OSCE a confirmé que les forces républicaines ont bien évacué le village côtier de Shirokino « démilitarisé » (sic), alors qu’il y a encore des éléments ukrainiens dans la petite agglomération, avec la complicité de… l’OSCE ! L’essentiel du dispositif défensif républicain est désormais légèrement plus au nord-est, sur Sakhanka, et quelques kilomètres plus à l’est en direction de Novoazovsk.
La campagne de recrutement international lancée, il y a un mois, par la mouvance néonazie rassemblée autour du « bataillon Azov » semble marquer le pas. Néanmoins, il semblerait qu’une poignée de néonazis du British Movement aient répondu à l’appel, à travers la nébuleuse de recrutement « Misanthropic Division » dont le symbole est une « Totenkopf », une tête de mort stylisée de la SS d’Heinrich Himmler (source).
Il est probable qu’ils soient formés sur place par les 35 instructeurs militaires britanniques envoyés en Galicie dans le cadre de la « formation » des forces répressives kiéviennes. Dans les années 1990, lors de la guerre opposant Serbes et Croates, c’est le groupe britannique skinhead « Combat 18 » qui servait de sas de recrutement en Grande-Bretagne pour les paramilitaires croates néo-oustachis du HOS, bras armé du parti du Droit, qui opéraient en coordination avec l’OTAN.
La menace des nervis de l’Empire
Depuis le 3 juillet, jour de colère au centre de Kiev où tout ce qui compte comme extrémistes, néonazis, néobandéristes et autre lie d’une société ukrainienne bien malade s’était rassemblé pour exiger du pouvoir le lancement d’une grande offensive dans le Donbass, c’est un véritable harcèlement que mènent désormais contre le pouvoir de Porochenko les extrémistes ukrainiens (essentiellement galiciens). Ils étaient sans doute plusieurs milliers, de 300 à 4.000 selon les sources, ce 3 juillet, affiliés plus ou moins à des formations paramilitaires criminogènes comme « Donbass », « Aydar », « Tornado », « Dnepr-1 » et bien entendu « Azov » et Praviy Sektor, à menacer ainsi le régime imposé par la force, le crime, le mensonge et la corruption.
Quelques milliers d’excités c’est à la fois peu et beaucoup, surtout si on leur donne des armes, du matériel de guerre, des responsabilités (y compris dans les ministères comme l’Intérieur et la Défense) et de la légitimité alors qu’ils n’en ont aucune à la base, comme cela est fait depuis l’hiver 2013-2014.
Cette mouvance nauséabonde composée des rebus d’une société à la dérive est un instrument pour les faucons de Washington et de Bruxelles qui cherchent à maintenir une pression constante sur le gouvernement ukrainien au cas où se dernier viendrait à prendre des décisions moins radicales, plus rationnelles et surtout moins belliqueuses au regard de la situation sur le terrain qui est de plus en plus favorable à ceux qui ont toujours refusé le putsch du Maïdan. À force de jouer avec une grenade dégoupillée, cela finira très mal.
La menace d’un renversement du pouvoir kiévien pèse depuis de longs mois en Ukraine « proeuropéenne ». Après les provocations meurtrières de Mukachevo, la mouvance Praviy Sektor et, de facto, l’ensemble des extrémistes ukraino-galiciens exigent du gouvernement de rejeter les accords de Minsk et de se lancer à corps perdu dans une offensive dont l’issue est plus qu’incertaine pour le régime putschiste. Or, ces accords ne sont que foutaise et ne servent finalement qu’à permettre aux forces répressives de maintenir leur cohérence et leurs effectifs un peu plus longtemps avant l’effondrement inévitable.
Pierre Lorrain, journaliste et écrivain français, spécialiste de la Russie et de l’espace postsoviétique, dressait dernièrement pour l’agence Sputnik un parallèle entre le Praviy Sektor en Ukraine et Daesh (État islamique) au Proche-Orient. Selon lui, cette organisation constitue un nouveau point chaud aux portes de la Russie et présente un danger pour toute l’Europe (source).
Si actuellement, le « Führer » de Praviy Sektor, Dmytro Yaroch, n’a pas de soutien populaire réel et enraciné, en revanche ses troupes, progressivement transformées en « bataillons » de volontaires depuis février 2014, armées et entrainées, ont une réelle capacité de nuisance envers le pouvoir de Kiev, à défaut d’être véritablement efficaces en première ligne face aux FAN. D’ailleurs, seules les compagnies DUK encadrées de « contractors » anglophones, géorgiens, polonais et baltes, ou de mercenaires islamistes tchétchènes, ont une réelle potentialité opérationnelle et militaire.
En somme à peine un quart de la douzaine de « bataillons » DUK (Corps de défense de l’Ukraine) à l’effectif de deux ou trois compagnies chacun. Aussi, le Praviy Sektor reste peu de choses du point de vue électoral et véritablement politique, d’ailleurs Yaroch ne s’est même pas fait élire à la Rada sous ses couleurs, mais sous celles d’une liste moins marquée idéologiquement et avec l’appui financier et politique de l’oligarque multimilliardaire Kolomoïsky. Mais il faut souligner que les activistes de Secteur droit ont réussi à infiltrer une partie des troupes de la garde nationale et même de l’armée (n’oublions pas que Yaroch dispose désormais d’un bureau au sein du ministère de la Défense) et qu’ils jouent de facto un rôle moteur dans la motivation de nombres d’unités en première ligne. Yaroch est à la tête de tout un réseau de mouchardage au sein de l’armée et de la garde nationale destiné à dénoncer les militaires et les officiers qui ne seraient pas assez motivés à son goût…
« Je crois qu’aussi bien Daesh que le Praviy Sektor sont des organisations terroristes parce qu’elles ne peuvent exister que par la peur qu’elles induisent auprès de la population », analysait Pierre Lorrain. Et de souligner : « Il y a, néanmoins, une différence. Si en Ukraine, toute la société civile n’est pas favorable à l’organisation et peut se lever contre, il est impossible que les populations de Syrie ou d’Irak se lèvent d’une manière cohérente contre Daesh. »
Le régime « proeuropéen » imposé par la force et le mensonge en février 2014 a mené le pays à un désastre économique tel que la situation pousse naturellement les gens vers l’extrémisme, surtout les esprits les moins évolués de l’Ouest ukrainien à qui l’on a promis monts et merveilles et qui forment le gros des unités néobandéristes et néonazies. Du point de vue des faucons des États-Unis, cette situation doit perdurer afin qu’il n’y ait aucun accord possible entre Kiev et les forces de Donbass. Plus la pression exercée par Yaroch et ses affidées durera, plus la longévité du régime kiévien sera assurée, jusqu’à l’écroulement final. Pendant ce tout temps-là, l’hyperpuissance US espère bien remettre en place en Europe centrale les conditions d’une nouvelle guerre froide face à la puissance russe, y compris des bases militaires et des batteries de missiles tactiques.
Des armes et des troupes occidentales pour Kiev
L’Ukraine, les États-Unis et 16 autres pays ont lancé lundi 20 juillet de vastes manœuvres militaires à l’ouest du pays, en Galicie. D’une ampleur sans précédent, ces exercices impliquant des chars, mais aussi des hélicoptères américains, se dérouleront jusqu’au 31 juillet sur le terrain militaire de Yavoriv, près de la frontière polonaise, où 350 parachutistes américains entraînent déjà depuis avril des unités ukrainiennes. Il est même prévu de renforcer cette « aide » militaire étatsunienne, le Congrès US vient de voter une aide de quelque 300 millions de dollars à cet effet. Le maintien permanent d’une force armée US sur le territoire de l’Ukraine semble acquis, alors que Kiev ne cesse de dénoncer la présence imaginaire de « troupes russes » dans le Donbass…
Et on apprend qu’un entrepôt d’armes de fabrication américaine vient d’être découvert à Lugansk, sur le site de l’aéroport libéré à l’été 2014. Bloqués dans les décombres depuis près d’un an, les stocks découverts portent les marques spéciales et des symboles d’appartenance au Département de la Défense des États-Unis, y compris des systèmes de missiles sol-air portables de type Stinger.
Les États-Unis fournissent officiellement une assistance militaire à l’Ukraine, notamment des uniformes et de l’équipement militaire, mais affirment n’avoir livré aucune arme létale. Or, courant juin, sur le secteur de Shirokino, les forces républicaines assurent avoir été attaquées par des tirs de missiles antichars de fabrication US de type Javelin. De plus, il est probable que des mortiers de 120 de fabrication US et leurs munitions aient été livrés à l’Ukraine, comme des fusils spéciaux de calibre 50 (12,7 mm) pour snipers.
Récemment, l’ambassadeur ukrainien aux États-Unis, Valeri Tchaly, a déclaré à l’hebdomadaire ukrainien Zerkalo Nedeli : « Nous recevons des armes, y compris létales, et personne ne peut l’interdire à l’Ukraine souveraine. Toutefois, on préfère ne pas citer les pays fournisseurs, mais leur nombre — rien qu’en Europe — s’élève à plus de 10 États. Notre coopération militaro-technique avec ces derniers s’exerce à différents niveaux et ne cesse de se développer » (source).
Mais tant que le Donbass résistera, ce sera une épine envenimée dans le pied du gouvernement de Kiev et un moyen pour la Russie que Washington ne puisse pas imposer durablement des bases atlantistes à seulement quelques heures de Moscou. Depuis le printemps 2014, ce sont quelque 15.000 à 20.000 personnes qui ont trouvé la mort dans le Donbass, pour l’essentiel des civils qui avaient le tort d’être russophones. Dans ces conditions, on imagine assez mal comment il pourrait y avoir un avenir commun entre le petit peuple du Donbass et ceux qui soutiennent volens nolens le régime génocidaire de Kiev.
Par Jacques Frère – NationsPresse.info – le 26 juillet 2015.
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