La ville intelligente doit être un projet POLITIQUE (au service du bien commun) | URBANmedias | Scoop.it

Avec la vogue des smart cities, tout se passe comme si les villes actuelles avaient été promues par General Motors, Roux et Combaluzier ou Bouygues

 

Ce sont les grandes firmes du numérique qui ont lancé cette mode pour étendre leur offre à la fin des années 1990. Si les productions se veulent spectaculaires, les résultats ne sont pas au rendez-vous : Masdar (Abu Dhabi) n’a pas d’habitants, Songdo (Corée) n’attend pas ses objectifs économiques et Plan IT Valley au Portugal reste une vitrine de ville connectée. L’Union européenne se prévaut de plusieurs centaines de villes intelligentes, au motif qu’elles auraient développé une infrastructure de connexion appliquée à la gestion de problèmes urbains. C’est peu pour prétendre à l’intelligence de la ville ! La blague devient de mauvais goût quand ont parle de « ville verte » à propos de « bobo cities » comme Paris ou Toulouse, qui certes sont vertes au centre mais se retrouvent entourées d’une ceinture rouge dès lors que l’on mesure les émissions polluantes émises au point de départ des déplacements domicile lieu de travail. Repousser les pauvres et les activités polluantes à la périphérie ne peut prétendre être une voie d’accès à l’intelligence de la ville. La blague devient franchement sinistre quand la ville se couvre de capteurs de données qui pourraient la faire ressembler à l’Océania et au panoptique d’Orwell et de Bentham réunis.

 

Il y a eu des villes intelligentes avant le numérique. Les villes libres du Moyen-âge étaient intelligentes en ce que leur conception formait un système cohérent favorisant les synergies entre activités économiques, animé par le sens du Bien commun qu’a illustré Ambroggio Lorenzetti dans se célèbre fresque de l’Hôtel de ville de Sienne, soutenu par une vie politique active abondamment analysée par Machiavel. Et pourtant ces villes n’avaient pas d’architectes : elles avaient un fonctionnement organique, soit le fonctionnement d’un organisme vivant évoluant à partir de la vraie vie des citoyens et des circonstances, dans une ensemble cohérent d’échanges entre ville et campagne. Le pouvoir absolu, puis la révolution de transports nous ont fait perdre ces qualités au profit de la séparation spatiale des fonctions urbaines dont l’idéologie de Le Corbusier fut le couronnement.


Via Economie écologique, Christophe CESETTI