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Le spectateur de Belleville
February 5, 5:44 AM
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Par Sandrine Blanchard dans Le Monde - 3 février 2026 Pour sa première adaptation d’une pièce du dramaturge russe, l’auteur et comédien en offre une version grinçante à souhait, avec Nicolas Bouchaud dans le rôle-titre. Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/02/03/dans-ivanov-le-metteur-en-scene-jean-francois-sivadier-s-attaque-avec-acuite-a-anton-tchekhov_6665262_3246.html
Que d’ironie, que de malaise et que d’humour dans cet Ivanov revisité par Jean-François Sivadier ! C’est la première fois que le grand metteur en scène français aborde une pièce d’Anton Tchekhov (1860-1904). Bien lui en a pris. Portée par la traduction française d’André Markowicz et Françoise Morvan, cette tragi-comédie humaine dans la Russie de la fin du XIXe siècle, où la mélancolie et la petitesse de ses protagonistes sont d’une étonnante contemporanéité, reste en tête tant par la force du texte que par la qualité de la distribution. En quatre actes qui vont crescendo (le premier gagnerait à être un peu resserré), Ivanov, interprété par le remarquable Nicolas Bouchaud, et la communauté qui l’entoure (toute la troupe est au diapason) ne dégagent que déprime, ivrognerie, pitoyables commérages et quotidien qui tourne en rond. Ce petit monde étouffant d’ennui et de mesquinerie s’avère, au fil du spectacle, de plus en plus passionnant à observer et à écouter. Ils s’ennuient, nous pas. Rien ne va pour Ivanov. La vie le submerge et son esprit part à la dérive. Sa femme, Anna, est malade de la tuberculose, seule une cure en Crimée pourrait la sauver. Mais Ivanov, propriétaire terrien lourdement endetté auprès de Zinaïda, l’épouse avare de son ami Lebedev, ne peut pas payer le voyage. Bien qu’il assure avoir épousé Anna par amour, sa réputation est détestable. On l’accuse d’avoir choisi une femme juive pour une dot qu’il n’a finalement jamais obtenue. Anna s’étant convertie au catholicisme pour vivre avec lui, ses parents l’ont reniée. Force comique du texte Dépressif, affligé par la vacuité de son existence, n’ayant plus, comme tout son entourage, de « vision du monde », Ivanov tente sans conviction de trouver l’argent nécessaire. Abandonnant sa femme sous le regard accusateur du docteur Lvov, allant jusqu’à la traiter de « sale juive », il se laisse aller, lors d’une fête d’anniversaire, dans les bras de Sacha, la fille de son ami. Sacha lui jure qu’elle l’aime depuis toujours et qu’elle va le « sauver ». Dans un décor d’une ingénieuse simplicité, baignée de belles lumières, cette nouvelle version grinçante à souhait de la pièce de jeunesse de Tchekhov scrute la condition humaine, entre rire et désespoir, avec une remarquable acuité. La force comique du texte est parfaitement célébrée, et la troupe de Sivadier dégage une vitalité et une justesse d’interprétation jamais démenties. Entre le monologue d’Ivanov, antihéros qui n’attend plus rien de la vie, son face-à-face avec le médecin sur l’impossibilité de comprendre l’autre ou encore la discussion pathétique de ses congénères soûlés à la vodka, certaines scènes se révèlent mémorables. Ni l’alcool, ni l’argent, ni même l’amour ne permettent aux personnages de changer leur vie et d’en finir avec leur fatigue morale. Il y a quelque chose d’universel dans cette bande de clowns tristes, dont la mélancolie prégnante nous pousse à réveiller nos existences. Ivanov, d’Anton Tchekhov, mise en scène : Jean-François Sivadier. Avec Nicolas Bouchaud, Yanis Bouferrache, Christian Esnay, Zakariya Gouram, Gulliver Hecq, Charlotte Issaly, Jisca Kalvanda, Norah Krief, Frédéric Noaille, Agnès Sourdillon. TNP de Villeurbanne (Métropole de Lyon), jusqu’au 6 février. Puis en tournée : à Caen, du 18 au 20 mars ; à Douai (Nord), du 25 au 20 mars ; à Douai (Nord), du 25 au 27 mars ; à La Rochelle, les 1er et 2 avril, etc. Durée : 2 h 40. Sandrine Blanchard / Le Monde Légende photo : Frédéric Noaille, Zakariya Gouram, Yanis Bouferrache, Gulliver Hecq et Christian Esnay dans « Ivanov », mis en en scène par Jean-François Sivadier, au TNP de Villeurbanne (Rhône), le 17 janvier. JEAN-LOUIS FERNANDEZ
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Le spectateur de Belleville
November 15, 2024 12:35 PM
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En choisissant d’ancrer la pièce de Tchekhov dans le contemporain, le metteur en scène lui donne un aspect visionnaire : on n’assiste plus seulement à la fin d’une société, mais à la fin d’un monde après la sixième extinction. D’emblée l’horizon est bouché. Une immense palissade greige, un haut mur, a remplacé le rideau qui sépare le public de l’Odéon de la scène. Medvedenko et Macha, puis Sorine, puis Konstantin, tous les personnages de la Mouette de Tchekhov arrivent depuis la salle et se fichent dans l’étroit espace d’avant-scène resté libre devant le mur. La lumière crue leur dessine des ombres très hautes, qui les jaugent, tout près, juste dans leur dos. Tous attendent la représentation de la pièce du jeune Konstantin, avec l’objet de sa passion, l’ingénue Nina, dans le rôle principal. La mère de Konstantin, la grande actrice Irina Nikolaïevna Arkadina, sera-t-elle enfin fière de son fils ? La palissade de l’Odéon s’ouvre quand la représentation de Konstantin commence. Spectacle dans le spectacle, œuvre un peu ridicule mais pas sans souffle, moquée et annonciatrice du pire, elle prend dans cette Mouette une place centrale. Trois fois rejouée, de manière de plus en plus désolée, la pièce du jeune homme n’est plus ce «quelque chose de décadent» dont se moque, désinvolte et cruelle, la mère de Konstantin. Elle n’est plus seulement cette «forme nouvelle» et d’avant-garde, elle est ce qui a déjà eu lieu : «En un mot, toutes les vies, toutes les vies, leur triste cycle accompli, se sont éteintes…» déclame Nina, en combinaison blanche comme en revêtaient les urgentistes au premier temps du Covid. «Voici déjà des milliers de siècles que la Terre ne porte plus un seul être vivant, et cette pauvre Lune allume en vain son fanal. Dans les prés, les grues ne s’éveillent plus en criant, on n’entend plus les hannetons de mai dans les bois de tilleul.» Univers désolé En portant si haut la pièce de Konstantin, en faisant le choix de placer sa Mouette dans un contemporain indéfini – salopettes et chemises lâches pour costumes, Macha (Boutaïna El Fekkak qui joue une belle gaîté triste) qui prise son tabac comme une cocaïnomane et Dorn le médecin (Sharif Andoura, égal à lui-même, c’est-à-dire parfait) qui embrasse sa maîtresse à pleine bouche, Stéphane Braunschweig révèle le tour prophétique de ce texte écrit en 1895 : c’est de la sixième extinction que nous parle le jeune Konstantin, face à ses aînés qui le snobent et ironisent. Ce n’est plus de la fin d’une société mais de la fin d’un monde dont nous parle Anton Tchekhov. Dès lors l’univers désolé de Konstantin va étendre son ombre sur l’ensemble de la pièce. Dans la mise en scène de Braunschweig, le beau lac de Tchekhov est asséché. Les personnages ne mènent plus leurs travers touchants et ridicules, leurs déconvenues amoureuses et leurs vies jamais advenues sur ses rives mais au beau milieu de son lit sablonneux, entre deux rochers et une barque ruinée. Beau décor (un petit côté arte povera chic dans l’esthétique) où les personnages s’entrechoquent, tels les atomes du maître d’école Medvedenko, mais de manière de plus en plus amortie, dialogues d’abord vifs et drôles, chansons de variété fredonnées, et tout cela progressivement engourdi par le froid qui gagne. Tout cela aussi magnifiquement enveloppé par les nuages, voiles de fumée, vapeurs de cigarettes électroniques qui circulent sur scène. «Du vent. Du vent tout ça.» «Ouvertures sur d’autres vies possibles» Asséchant le lac, le metteur en scène a aussi choisi d’émacier ces personnages, au risque, malheureusement, de les rendre parfois trop évidents – Konstantin est de but en blanc buté et orgueilleux, Nina est foncièrement godiche (encore que, elle est la seule qui évoluera). Dès lors la terrible relation entre la mère et son fils n’émeut guère. Et comment imaginer ce Trigorine-là, bel écrivain définitivement vain et mesquin, quitter sa star pour une vie nouvelle ? Dans Au loin la liberté, paru ces jours-ci (la Fabrique), Jacques Rancière parle des nouvelles de Tchekhov comme des «ouvertures sur d’autres vies possibles», qui bien vite, le plus souvent, se referment. Ici les personnages volontairement découpés plus à plat, joués d’avance, ne permettent plus d’imaginer ce qu’ils auraient pu faire, ce qui aurait pu arriver. Mais c’est sans doute parce que dans cette Mouette relue en 2024, le monde est déjà en train de se refermer. La lecture de Stéphane Braunschweig donne à voir autrement les vaches et les dindons décimés du domaine, et cette phrase qu’on avait jamais entendue ainsi : «Prends-moi chez toi. Notre temps s’en va.» La Mouette d’Anton Tchekhov (traduction André Markowicz et Françoise Morvan), mise en scène de Stéphane Braunschweig. Jusqu’au 22 décembre à l’Odéon 6e. Sonya Faure / Libération légende photo : Dans le beau décor magnifiquement enveloppé par les nuages, les personnages s’entrechoquent. (Crédit photo © Simon Gosselin)
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Le spectateur de Belleville
October 2, 2024 10:58 AM
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Propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore - 1er oct. 2024 Poursuivant son exploration de l’univers tchekhovien, le metteur en scène, fondateur du collectif MXM, rêve un Platonov intangible autant que fantasmé, un homme tout juste esquissé lors d’une soirée de village.
1 octobre 2024 Après La Mouette en 2021, vous vous attaquez au tout premier texte de Tchekhov, Platonov. Pourquoi ? Cyril Teste : De manière très accidentelle. Je n’avais pas l’intention de me frotter à nouveau à l’univers du dramaturge russe. J’avais d’autres idées en tête. Puis un soir, fatigué par le Covid, que je venais d’attraper, j’ai commencé à chercher dans mes livres une aventure de troupe. J’ai fini par tomber sur Platonov, que je n’avais pas encore lu. J’ai été fasciné par ce texte écrit à dix-sept ans, où sa patte n’est pas encore là. On sent qu’il se cherche, qu’il y a dans cette œuvre un goût d’inachevé.
Je trouvais drôle et passionnant de monter un autre Tchekhov, celui de sa jeunesse — à peine 17 ans —, après avoir mis en scène ce qui est à mon sens sa pièce phare, La Mouette. C’était d’autant plus intéressant qu’il y a des résonnances entre ses deux textes. L’un est le pendant de l’autre. Platonov est de la même famille que Treplev.
Qu’est-ce qui vous a tant plu dans cette œuvre de jeunesse ?
Cyril Teste : Justement, sa fragilité, le fait qu’elle soit en quelque sorte assez déconstruite. Platonov n’est pas une pièce de théâtre, mais plutôt un matériau, une base pour la suite de ses écrits. Et puis je trouvais beau de terminer mon cycle sur Tchekhov après d’autres projets sur les prémices du grand dramaturge en devenir. Il y a dans tout cela quelque chose de très intuitif.
Contrairement à votre travail sur La Mouette qui suit la trame de la pièce, ici, on est plutôt sur une évocation de l’œuvre. Cyril Teste : Comme je l’évoquais juste avant, Platonov n’est pas une pièce mais un matériau brut. Le texte n’est pas paginé, on pourrait dire qu’il n’a pas eu temps d’exister en tant qu’œuvre révolue. C’est un essai, une esquisse. Il y cartographie une série de personnages plus âgés que lui. Tout est très horizontal, sans véritable trame. Je me suis plongé dans le texte originel et dans les différentes traductions qui ont été faites. Ce qui m’a fasciné, c’est qu’il y a quelque chose de primitif.
Je n’avais pas envie de tricher avec cela. J’ai donc fait le choix de ne garder que les souvenirs qu’il m’en restaient après l’avoir traversé. C’est un projet à la fois fragmentaire et kaléidoscopique. Je n’ai conservé que l’énergie folle, sauvage presque, qui s’en dégage. Platonov, c’est une sorte de Frankenstein littéraire, on y voit les cicatrices, les coutures du jeune auteur qui se cherche. C’est un patchwork qui va de Shakespeare au naturalisme en passant par un peu de réalisme. Rien n’est ancré dans un style, bien au contraire.
Vous parlez d’énergie…
© Simon Gosselin Cyril Teste : À la différence de La Mouette, où tout est vers, dans Platonov, il n’y a pas à mon avis une approche littéraire. Tchekhov a dix-sept ans, c’est un gamin. Il est dans l’énergie pure. D’ailleurs, je trouve que la manière dont il dessine les personnages fait penser aux œuvres de Michel-Ange ou de Rodin. C’est-à-dire qu’à certains endroits, il n’y a que des silhouettes, à peine une esquisse. Les traits ne sont pas finis, juste croqués sans atteindre vraiment une profondeur de caractère.
Dans cette mise en scène, vous faites appel à des amateurs pour figurer cette fête, qui est finalement le constat de nombreux échecs… Cyril Teste : C’est presque l’origine du projet. Au départ, j’avais même envisagé que chaque représentation serait une fête à laquelle on inviterait les spectateurs à boire et danser avec les comédiens qui performeraient au milieu d’eux. L’idée était même de jouer ailleurs que dans un théâtre. C’est l’essence même du film, qui est l’autre pendant essentiel de ce diptyque. La pièce et le long-métrage sont complémentaires. L’une ne va pas sans l’autre. Pour tout comprendre de ce projet, il faut absolument voir les deux. La fête, qui est au cœur de tout cela, nous l’avons vécue comme un instant d’épiphanie. C’est ce qui transparaît dans le film, sorte de long travelling d’une nuit.
Ce moment magique, j’ai souhaité le reproduire sur scène, du moins m’en servir pour construire la pièce. C’est pour cela que nous invitons des spectateurs au plateau, pour qu’ils soient dans le cadre, qu’ils voient de l’intérieur ce qui anime les personnages. Pour le coup, c’est une vraie volonté de ma part de créer du lien aussi avec les théâtres, parce que c’était un joli prétexte pour retrouver le chemin des salles. Partant de là, ce que je trouve formidable, c’est que chaque soir est très différent. Parfois l’ambiance prend, d’autre fois c’est plus poussif. Je trouve cet aléa, qui exacerbe le vivant de ce spectacle, assez beau, parce que cela m’échappe et que le geste reste brut. C’est une expérience.
Souvent, vous évoquez la vidéo comme votre pinceau pour peindre vos mises en scène… Cyril Teste : C’est vrai que c’est essentiel dans ma démarche. Mais pour ce projet, j’ai aussi eu le besoin, l’envie de m’en détacher, de m’en défaire. Les tente dernières minutes de Sur l’autre rive, je ne fais plus intervenir aucun écran, aucune caméra. Je crois que mes deux derniers spectacles, finalement, et c’est assez étrange, cartographient l’histoire de mon collectif, tant au niveau des dispositifs que j’utilise que des recherches artistiques que je poursuis. La caméra est au point. Petit à petit, on entre dans le cinéma, puis on finit par s’en éloigner pour arriver à un théâtre brut, élémentaire. La vidéo fait partie intégrante de mon œuvre, cela fait partie de ce geste dont j’ai besoin pour écrire. Elle peut m’enfermer, me rendre libre. Elle est l’un des médiums qui me permettent de m’exprimer. C’est mon stylo, ma plume.
Vous disiez que Sur l’autre rive, le film qui sera disponible dans quelques jours sur Arte, est essentiel à la compréhension de votre geste. Pouvez-vous nous en dire plus ? Cyril Teste : Partout où nous allons jouer la pièce, le film sera visible en salles non loin. Dans les cas où ce ne sera pas possible, il sera toujours disponible sur la plateforme d’Arte. À Nanterre, une soirée diptyque a été organisée. Les retours que nous avons des spectateurs confirme l’intérêt de voir les deux. C’est même fondamental. Ce sont deux objets qui n’en font qu’un. On ne peut comprendre l’un sans l’autre. C’est en tout cas le point de vue que je souhaite défendre.
Propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore Sur l’autre rive d’après Platonov d’Anton Tchekhov (diptyque – second volet diffusé dur Arte le 13 octobre à minuit et à voir dès le 6 octobre sur arte.tv) spectacle vu le 30 mai 2024 à Amphithéâtre d’O – Festival le printemps des Comédiens Durée 1h50 environ
Tournée 27 septembre au 13 octobre 2024 au Théâtre Nanterre-Amandiers, centre dramatique national (92) 17 et 18 octobre 2024 à l’Espace des Arts, scène nationale de Chalon-sur-Saône (71) 8 au 16 novembre 2024 au Théâtre du Rond-Point, Paris (75) 26 novembre 2024 à l’Equinoxe, scène nationale de Châteauroux (36) 5 et 6 décembre 2024 à la Maison de la Culture d’Amiens, Pôle européen de création et de production (80) 11 au 13 décembre 2024 aux Quinconces, scène nationale du Mans (72) 18 et 19 décembre 2024 à La Condition Publique, Roubaix, dans le cadre de la saison nomade de La Rose des vents, Scène nationale Lille Métropole Villeneuve d’Ascq (59) 15 au 17 janvier 2025 au Théâtre des Louvrais, Points Communs, scène nationale de Cergy-Pontoise/Val d’Oise (91) 22 et 23 janvier 2025 à la Comédie de Valence, centre dramatique national Drôme-Ardèche (26) 30 janvier au 8 février 2025 aux Célestins, Théâtre de Lyon (69) 18 et 19 mars 2025 au Tandem, scène nationale, Douai (59) 26 au 28 mars 2025 au Théâtre Sénart, scène nationale (77)
Mise en scène de Cyril Teste assisté de Sylvère Santin Traduction d’Olivier Cadiot Adaptation de Joanne Delachair et Cyril Teste Avec Vincent Berger, Olivia Corsini, Florent Dupuis, Katia Ferreira, Adrien Guiraud, Emilie Incerti Formentini, Mathias Labelle, Robin Lhuillier, Lou Martin-Fernet, Charles Morillon, Marc Prin, Pierre Timaitre, Haini Wang Collaboration artistique – Marion Pellissier Dramaturgie de Leila Adham Scénographie de Valérie Grall Costumes d’Isabelle Deffin, assistée de Noé Quilichini Création lumière de Julien Boizard Création vidéo de Mehdi Toutain-Lopez Images originales : Nicolas Doremus et Christophe Gaultier Musique originale : Nihil Bordures et Florent Dupuis
Olivier Frégaville-Gratian d'Amore / L'Oeil d'Olivier
Crédit photo © Simon Gosselin
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Le spectateur de Belleville
July 18, 2024 11:43 AM
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Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog - 16 juillet 2024 Avignon. Avec des actrices et acteurs non voyants, mal voyants et voyants espagnols, la metteure en scène péruvienne Chela De Ferrari met en scène «La Gaviota » (La Mouette) de Tchekhov. On voit la pièce emblématique de l’auteur russe comme on ne l’avait jamais vue, tendue entre le visible et l’invisible, revisitée. Un moment fort du Festival. La péruvienne Chela De Ferrari avait fait sensation en présentant à Paris, deux soirs seulement, son Hamlet interprété par des actrices et des acteurs atteints de trisomie 21, en particulier le rôle-titre joué par un acteur porteur du syndrome de Down. Tiago Rodrigues souhaitait faire venir ce spectacle au Festival d’Avignon mais la metteuse en scène était à Madrid en plein travail sur son nouveau spectacle La Gaviota (La Mouette) interprété par des actrices et des acteurs espagnols pour la plupart mal ou non voyants. C’est donc ce seul spectacle qui est présenté en création mondiale au Festival d’Avignon. Et c’est assurément l’une des grandes dates de ce festival voué à la langue espagnole. Ne connaissant pas le travail de Chela De Ferrari, on ne s’y est pas rendu sans une certaine appréhension. La Mouette jouée par des aveugles. On craignait un déversoir de bons sentiments, une sensiblerie exacerbée, une prime au handicap. Rien de tel. C’est un spectacle d’une rare intensité qui - hormis quelques séquences où Chela De Ferrari cède à la facilité spectaculaire - atteint la pièce de Tchekhov au cœur. La Mouette est sans doute la pièce la plus connue du russe mais rappelons-en toutefois les grandes lignes sans oublier les personnages dits secondaires qui pour Tchekhov et pour la metteuse en scène péruvienne ne le sont pas. Tout se passe à la campagne dans la maison de la grande actrice Arkadina (Lola Robles) venue de Moscou avec son compagnon l’écrivain Boris Trigorine (Agus Ruiz). Vivent là une partie de sa famille dont son vieux frère Sorine (Domingo López) et son jeune fils Constantin Treplev dit Kostia (Eduart Mediterrani). Ce dernier veut être écrivain, il déteste les ouvrages, à ses yeux faciles et putassiers, qu’écrit l’amant de sa mère. Kostia veut trouver des « formes nouvelles ». Le titre de la pièce de Tchekhov vient d’un oiseau tué par Kostia qui émeut fortement Nina et donne à Trigorine l’idée d’une petite nouvelle. Kostia a donc écrit une première pièce et, pour l’interpréter, il a fait appel à Nina (Belén González del Amo), jeune fille qui vit de l’autre côté du lac bordant la demeure, un lac qu’elle n’a jamais vu car aveugle de naissance. Kostia est amoureux d’elle, Nina, elle, rêve d’être actrice. La pièce de Kostia va être jouée là dans un théâtre de fortune dressé au bord du lac, c‘est ainsi que commence la pièce et le spectacle. Mais dans la mise en scène de Chela De Ferrari, tout a commencé par un magnifique préambule : le salon qui est installé sur la scène lorsque les spectateurs s’installent disparaît aussitôt, emporté par les acteurs et les techniciens. Le spectacle est, si je puis dire, vu par un aveugle. Tout va se passer sur le plateau nu, le regard commun entre le plateau et la salle bascule implicitement du côté des aveugles, et tout commence dans le regard des aveugles. Sous la plume de Tchekhov, Sémione demande à Macha pourquoi elle s’habille toujours en noir, « je suis en deuil de ma vie », répond-elle ce qui, au pays des aveugles, sonne étrangement. Et quelques répliques plus loin Chela De Ferrari ajoute ces deux répliques entre eux : « - Je ne suis pas complètement aveugle.- Moi non plus, et j’aime ce que je vois. » Tout le spectrale oscille entre les mots même de Tchekhov et ses prolongements induits par Chela De Ferrari. Laquelle a sans doute tort de trop actualiser la pièce (en parlant de TikTok and co, en remplaçant le carnet où Trigorine prend des notes par une camera, etc.) mais le plus souvent, ce double-jeu ouvre des vannes, suggère des pistes, retrousse astucieusement des répliques, ouvre les sens, comme on ouvre les yeux pour mieux voir en ne voyant rien. Une voix se souvient du lac, le décrit alors que ses yeux au mitan de sa vie ont perdu la faculté de voir quoi que ce soit. Un lac que Nina, qui vit à ses pieds, n’a jamais vu, « ma mère m’a appris à connaître les choses qu’on ne peut pas voir », dira-t-elle. Arkadina et Nina sont interprétées par des actrices aveugles. Trigorine, lui, est pleinement voyant et Constantin quasi voyant. Le carré d’as de ces binômes amoureux induit la dramaturgie du spectacle et renverse la vision de plusieurs scènes emblématiques. Arkadina, aveugle et actrice, se moque des « formes nouvelles » de son fils et va le manifester pendant la représentation, bientôt interrompue. La jeune Nina, aveugle et qui veut être actrice, est impressionnée par la prestance, la réputation et la voix de Trigorine. Elle ne va pas tarder à tomber amoureuse de lui - une aveugle aveuglée par l’amour - et l’écrivain vieillissant se laissera séduire par l’attrait de la jeunesse. La pièce de Tchekhov ne se résume évidemment pas à ce maigre synopsis. Comme dans toutes ses grandes pièces, il y a bien d’autres personnages comme Macha (Patty Bonnet), intendante de la maison et qui boit en cachette ; Paulina, l’épouse de l’intendant du domaine (Paloma de Mingo) ; Dorn, le médecin (Miguel Escabias), Semione, le maître d’école (Domingo López)... C’est l’ensemble des personnages qui façonne le charme de la pièce et Chela De Ferrari ne l’oublie pas. Elle y ajoute un musicien, Nacho Bilbao, constamment présent sur scène et utile pour les actrices et les acteurs dont l’ouïe est primordiale. Elle y ajoute aussi Alicia, une régisseuse (Macarena Sanz) toujours prompte à guider ceux qui ne voient pas et d’abord Nina. Il y a ceux qui voient et peuvent s’aveugler et ceux qui, sans voir, possèdent une vue perçante. Kostia, malvoyant, étant celui qui, à la fin, ne voyant plus aucun sens à sa vie, se prive de ce qui reste de sa vue (il ne veut pas, il ne veut plus voir ça) en se donnant la mort. Avant de créer cette version de La Gaviota avec le Centro dramatico nacional d’Espagne, Chela De Ferrari avait travaillé durant cinq mois avec la compagnie péruvienne siVERquenzas, composée de treize acteurs non voyants. Le travail avec cette troupe lui a permis de corriger et de parfaire les idées qu’elle avait en tête au début de son travail, raconte-t-elle, et, sans doute aussi, de confirmer la condensation du temps de la pièce à laquelle elle procède. La pièce nous revient, à la fois telle qu’en elle-même et tout autrement, comme vue de l’autre côté du miroir, dans un temps ramassé. Kostia le mal voyant, écrivain en herbe, a le béguin pour une jeune fille aveugle, laquelle aime un homme plus âgé aux propos suaves sans cependant pouvoir le voir. Bien qu’aveugle, Arkadina voit tout. Comme Macha qui, elle, souffre de voir ses rêves s’étioler. Et ainsi de suite. La cécité entraîne une sorte d’étrange fragilité des êtres doublée d’une étrange détermination. Entre le visible et l’invisible, la tension n’a de cesse. C’est d’une sensibilité on ne peut plus aiguë, d’un tact constant et d’une bouleversante finesse. Festival d’Avignon, L’autre Scène de Vedène, 11h , jusqu’au 21 juillet sf le 17 Jean-Pierre Thibaudat - Le Club de Mediapart Légende photo : Scène de Gaviota, Nina © Adrian Saba
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Le spectateur de Belleville
June 3, 2024 5:33 AM
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Par Fabienne Darge (Montpellier, envoyée spéciale) dans Le Monde / 3 juin 2024 A Montpellier, le festival, qui dure jusqu’au 21 juin, dose savamment découvertes et valeurs sûres.
Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/06/03/au-printemps-des-comediens-le-theatre-en-fete-de-tchekhov-aux-atrides_6237056_3246.html
L’air était frais, pour ne pas dire frisquet, sous la magnifique pinède du Domaine d’O de Montpellier, où prennent plaisir à se retrouver professionnels et spectateurs pour les deux soirées d’ouverture du Printemps des comédiens, jeudi 30 et vendredi 31 mai. Et ce fut une belle ouverture, qui a offert les bonheurs variés de la découverte et des retrouvailles avec des valeurs sûres, à l’image du cocktail savamment dosé proposé par le festival jusqu’à sa clôture, le 21 juin. Découverte formidable, avec Gaviota (Mouette), signé par l’Argentin Guillermo Cacace. Retrouvailles heureuses avec les Atrides et Jean-François Sivadier pour Portrait de famille. Une histoire des Atrides, spectacle positivement génial, portant haut l’exigence d’un théâtre populaire. Sur l’autre rive, la pièce de Cyril Teste d’après Platonov, de Tchekhov, a, lui, souffert pour sa première montpelliéraine, des conditions de représentation en plein air dans l’amphithéâtre du domaine, pénalisé par un mistral pas vraiment gagnant. Nous reviendrons sur ce spectacle plus que prometteur quand il sera repris au Théâtre des Amandiers de Nanterre (Hauts-de-Seine), en salle, à la rentrée. Le festival a commencé dans une cabane, avec cette Gaviota également adaptée de Tchekhov, qui a cueilli les spectateurs aux tripes et au cœur. Rien de plus simple, pourtant, en apparence, que cette proposition du metteur en scène Guillermo Cacace, qui a fondé, en 2003, à Buenos Aires, un studio de création et de recherche théâtrales. Quand on entre dans la cabane Napo, cinq comédiennes sont déjà installées autour d’une grande table jonchée de verres et de paquets de chips, et l’on s’assied avec elles, dans une proximité qui serait celle d’une réunion entre amis. Intensité du jeu C’est peu de dire que Guillermo Cacace ramène La Mouette à son essence, en la concentrant sur ses cinq protagonistes majeurs : Nina, Kostia, Arkadina, Boris et Macha. Macha qui, ici, devient le personnage principal, en qui s’incarnent à la fois la douleur d’aimer sans retour et celle de ne pas avoir accès à la transcendance qu’offre l’art : un de ces « personnages secondaires » sans qui les autres, les grands de ce monde, ne pourraient vivre, mais que pourtant ils effacent. A ces personnages-là, Tchekhov a donné une grandeur que Guillermo Cacace et Clarisa Korovsky, l’actrice qui l’interprète, amplifient encore. Tout, ici, repose sur l’intelligence dans la lecture de la pièce, sur la manière de vivre au plus intime ses enjeux fondamentaux, son humanité profonde, et sur le jeu. Débarrassées de tous les colifichets théâtraux possibles, les comédiennes, habillées comme vous et moi, se concentrent sur l’intensité de ce jeu qui passe par la voix et les regards, et sur une économie de gestes puisqu’elles restent assises tout au long de la représentation – ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de corps dans cette Gaviota. C’est un tour de force, mine de rien, qu’accomplissent, outre Clarisa Korovsky, Marcela Guerty (Boris), Paula Fernandez MBarak (Arkadina), Muriel Sago (Kostia) et Romina Padoan (Nina). Et tout Tchekhov est là, les espoirs en fuite, la vie qui passe dans l’ennui et la médiocrité, le sentiment d’échec, la douleur de l’amour qui rate systématiquement sa cible : un tragique passé au tamis d’un stoïcisme plein d’élégance, mais qui n’en atténue pas pour autant l’intensité de la souffrance. Elle nous portera longtemps au cœur sur ses ailes blessées, cette Gaviota. Macha, Nina, etc., c’est elles, c’est nous, dans ce théâtre, on ne peut plus talentueux et fraternel. Famille maudite Portrait de famille. Une histoire des Atrides s’offre comme l’opposé de Gaviota, sur le vaste plateau du Théâtre Jean-Claude-Carrière : une grande forme, une troupe nombreuse, quatre heures de théâtre d’une inventivité folle, qui passent comme dans un rêve. Jean-François Sivadier a travaillé avec une partie de la promotion 2023 du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, mais il ne s’agit en rien d’un spectacle d’école, comme il y en a chaque année, mais bien d’une véritable création dans laquelle l’auteur-metteur en scène a mis tout son talent, signant ainsi un de ses spectacles les plus magistraux. Tout commence, sur la scène au sol bleu nuit piqueté d’éclats scintillant comme des étoiles, en une sorte de cosmos inversé, par l’histoire d’Iphigénie. La guerre de Troie est déclarée, Agamemnon est sommé par la déesse Artémis, qui tire les ficelles de ces pantins que sont les pauvres mortels, de sacrifier sa fille. A partir de là, Sivadier remonte dans l’histoire des Atrides, cette famille maudite en qui s’incarne la soif intarissable de vengeance chez l’être humain, et sa sophistication dans la torture de son prochain, en puisant aussi bien chez Euripide que chez Eschyle, Sophocle ou Sénèque. Voici donc Thyeste et Atrée, les deux frères damnés, l’un offrant à l’autre la dévoration de ses propres enfants ; voici Egisthe, l’enfant non dévoré et dévorateur, voici Electre, l’enragée, voici Clytemnestre, flamboyante et meurtrière dans son malheur sans recours. L’inceste rôde à tous les étages, comme un postulat anthropologique qu’il va s’agir de changer pour faire civilisation, avant qu’une nouvelle génération, représentée par Oreste, ne vienne interrompre le cycle infernal et ne décrète ouvert le temps de la justice des hommes, sans que les dieux de fiction s’en mêlent. Le récit, tel que Sivadier l’a cousu main, est d’une clarté épatante : rarement on aura cheminé aussi bien dans cette histoire des Atrides, non seulement dans son déroulé, mais aussi dans le rôle que joue le mythe, hier et aujourd’hui, comme métaphore destinée à ce que les hommes comprennent leurs passions et tentent de les purger. Energie irrésistible A partir de là, Sivadier metteur en scène déploie, avec une liberté souveraine, un théâtre on ne peut plus ludique et vivant. Les Atrides, avec lui, sont un grand jeu où Iphigénie est une collégienne en Perfecto de cuir noir et jupe plissée, où le fantôme de Thyeste se trimballe avec son nuage de fumée directement émis sous son heaume, où la déesse Artémis est une meneuse de cabaret peroxydée toute vêtue de vert étincelant. Un théâtre où une simple toile peinte éclaboussée de sang suggère le meurtre, où les grands airs d’opéra côtoient les chansons idiotes, où les registres se télescopent avec une aisance éberluante, et où Shakespeare vient même faire un petit tour, ce qui est bien normal puisqu’il est l’héritier glorieux des tragiques grecs. Comme à son habitude, Sivadier injecte une bonne dose de comique dans le tragique, en champion des ruptures de ton, qu’il manie en musicien qu’il est tout autant qu’homme de théâtre. Ce qui ici prend tout son sens : celui d’une mise à distance où il ne s’agit pas de prendre au premier degré toutes ces histoires (même si la cruauté du réel n’a souvent rien à leur envier). Nous sommes tous mangés aux mythes, autant en rire, plutôt que d’être obligés d’en pleurer. L’énergie irrésistible de ce Portrait de famille est portée par la troupe de ces quatorze acteurs débutants à qui Jean-François Sivadier a fait un superbe cadeau, et qui le lui rendent bien. Nommons-les, pour les principaux, ces jeunes comédiens à qui l’on souhaite un bel avenir : Aristote Luyindula (Agamemnon), Marine Gramond (Clytemnestre), Olivia Jubin (Iphigénie), Rodolphe Fichera (dans différents rôles), Walid Caïd (Oreste), Olek Guillaume (Achille) et enfin Sébastien Lefebvre, fil rouge du spectacle dont il est à la fois l’aède et le Monsieur Loyal. Magnifique comédien-clown improvisateur, qui s’inscrit dans l’héritage de ce jeu si particulier développé par Jean-François Sivadier et incarné par Nicolas Bouchaud : un jeu au sens plein et entier du terme, qui consiste à jouer avec les personnages plutôt que de les incarner au sens classique, et à envoyer la balle au bond aux spectateurs, en explosant ce que l’on appelle au théâtre le « quatrième mur ». Ainsi vont ces Atrides menés tambour battant. Le théâtre exulte, les spectateurs aussi. Le printemps est pourri ? Pas au théâtre, qu’on se le dise. Gaviota (Mouette), d’après Tchekhov, par Guillermo Cacace : pas de tournée pour le moment. Sur l’autre rive, d’après Platonov, de Tchekhov, par Cyril Teste : Théâtre Nanterre-Amandiers, du 27 septembre au 13 octobre, puis tournée jusqu’en mars 2025. Portrait de famille. Une histoire des Atrides, par Jean-François Sivadier : Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, du 18 au 29 septembre, puis au Théâtre du Rond-Point en juin 2025. Fabienne Darge / LE MONDE Légende photo : Muriel Sago dans « Gaviota (Mouette) », par Guillermo Cacace, en mai 2024, à la salle Apacheta, à Buenos Aires. FRANCISCO CATROS PIZZO
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Le spectateur de Belleville
April 14, 2023 8:58 AM
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Par Armelle Héliot dans son blog - 12 avril 2023 Au Studio-Théâtre d’Alfortville, une version fascinante de la pièce de Lars Norén, « Guerre ». Lenteur, suspens, silence et interprètes ultra-sensibles. Un très grand travail.
Avertissement : cet article avait été mis en ligne le 31 mars, mais il n’est pas apparu sur le fil du blog par suite d’un incident technique.
Il y a du blanc. Des restes de neige, fondue et gelée. Des pierres tombales. Dans un coin du plateau, au fond, et ce ne sera pas l’espace de jeu. Mais on reconnaît immédiatement des signes qui rappellent les cimetières de l’ancienne Yougoslavie. Fugitivement. Mais, sur ce simple fait, cet indice, on s’appuie pour situer l’action de « Guerre ». Christian Benedetti signe en plus de la mise en scène, la scénographie, les lumières, les costumes. On connaît cette pièce. L’écrivain suédois l’avait lui-même mise en scène à Nanterre-Amandiers, il y a vingt ans. Il avait terminé sa composition, sur place, avec les interprètes qui avaient commencé à travailler sans connaître le dénouement. Elle est donnée ici dans la même traduction, celle de Katrin Ahlgren et René Zahnd publiée par L’Arche. Une langue sobre, économe, une langue des faits, des constatations, des récits éludés. Pas une langue des sentiments, des analyses, des introspections. Une langue de tragédie, tranchante et presque froide. Christian Benedetti s’est longtemps, sérieusement, gravement, intéressé aux écritures de la guerre, de l’après guerre des Balkans. Dès 1995, il avait proposé « Une parole pour la Bosnie ». Auparavant, il montait Tchekhov, déjà, mais aussi Molnar et Büchner. Ensuite, et notamment au Théâtre-Studio, frêle esquif qui a essuyé quelques tempêtes, il s’est consacré à Sarah Kane, Edward Bond et, aussi, bien sûr à Anton Tchekhov. Intégralement. De fascinantes traversées, à toute allure. Dans la précipitation des âmes en souffrance, des êtres qui se cognent aux murs comme des papillons de nuit éblouis par les lampes qui brûleront leurs ailes. Et voici que « Guerre » rompt avec la pression des mots, voici que « Guerre » les retient, laisse en suspens. Installe le silence. Et voici que jamais on n’aura si bien compris les blessures, les compromissions, le désespoir, le désir de perte, d’anéantissement de ceux et celles qui ne sont pas au front, mais qui sont aussi disloqués et blessés que ceux qui reviennent de guerre. Un soldat revient de guerre. Le père. Mais il est aveugle. La maison ? Le montant d’une porte qui marquera l’intérieur et l’extérieur. Deux matelas à même le sol. Au fond une table. Quelques chaises peut-être. Christian Benedetti a réuni un groupe de comédiens magnifiques. Sans démonstration aucune, dans la retenue, le retrait. Les femmes de la maison, la mère et ses deux filles. Stéphane Caillard, Manon Clavel, Alix Riemer. Deux hommes, deux frères. L’un qui vient de l’enfer, l’autre qui s’est mis à l’abri. Marc Lamigeon, aveugle -et il a trouvé ce regard fixe, bouleversant, de ceux qui ne voient plus- est franchement exceptionnel. D’un bout à l’autre d’un long parcours. Que devine-t-il ? Que pense-t-il ? Et pourquoi s’attaque-t-il à l’une des enfants ? C’est atroce. Norén n’a jamais craint l’horreur. A la fin, voici le frère. Jean-Philippe Ricci, qui dessine les faiblesses et l’humanité d’un être humain qui a ployé sous le poids des cruautés insupportables. Et ces femmes. Une mère combattive, un personnage combattant, mais intérieurement détruite, et déchirée par le comportement des filles. Stéphane Caillard est belle comme une grande tragédienne, forte et fêlée pourtant. Les enfants. L’une est une toute jeune adolescente. L’autre fait semblant de n’avoir peur de rien. Alix Riemer, Manon Clavel, tourmentées, désespérées. On a lu Anne Frank, ici. Et l’on maîtrise le silence, les suspens, les mots qui ne sortent pas, les phrases qui ne seront jamais dites. Il y a dans l’ensemble de talents réunis par un metteur en scène audacieux, ferme dans ses analyses et traductions scéniques, quelque chose de l’harmonie enivrante d’une formation musicale. C’est pourquoi, sans doute, l’on comprend mieux que jamais Lars Norén. Armelle Héliot Studio-Théâtre d’Alfortville, du mardi au samedi, 20h30. Durée : 1h45. Jusqu’au 29 avril. Tél : 01 43 76 86 56. Texte : L’Arche éditeur. Photo : ©AlexMesnil
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November 14, 2022 8:41 AM
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Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan - 14 nov. 2022 On se souvient de « Cerisaie » d’exception signées Strehler, Brook ou Langhoff, on se souviendra à jamais de la mise en scène que co-signent Daniel Jeanneteau et Mammar Benranou. En s’enfonçant dans la dernière pièce de Tchekhov, entre deux langues avec une troupe mixte japono-française plus que magnifique, ils nous entraînent loin, pénétrant dans des zones de la pièce peu explorées. C’est l’ultime, la plus belle et la plus déchirante des pièces de Tchekhov. On a beau la relire, la revoir, elle apparaît plus riche, plus complexe, plus désarmante que la dernière fois. Quand Satoshi Miyagi, le metteur en scène et directeur du SPAC (Shizuoka Performing Arts Center), a proposé à Daniel Jeanneteau de faire entrer Tchekhov au répertoire du SPAC, son choix s’est vite porté sur la dernière pièce de Tchekhov, La Cerisaie. Avec la figure centrale et complexe de Lioubov (intense, immense et bouleversante Haruyo Hayama), l’héritière de la cerisaie percluse de dettes, et, en opposition, celle nouée du plus jeune Lopakhine (Philippe Smith aux délicates nuances), l’ancien serf devenu riche qui, avant la fin de la pièce achètera la cerisaie pour l’abattre et y faire des lotissements. Un monde s’achève sous nos yeux. A elle, le passé et l’amour ; à lui, le futur et les affaires. A eux, à tous, le temps qui passe et qu’on peine à retenir. Autour des deux pôles que sont Lioubov et Lopakhine, une cohorte de personnages auxquels Tchekhov offre une ampleur affirmée et magnifiée par la mise en scène. De la jeune bonne Douniacha (Miyuli Yamamot) au vieil étudiant Trofimov (Aurélien Estager) et au très vieux Firs (Axel Bogousslavski au Japon et Stéphanie Beghain à Gennevilliers en attendant le rétablissement d’Axel). D’Ania (Sayaka Watanabe, joliment virvoltante), la fille de Lioubov, à Varia (Solène Arbel extraordinairement intense, qui, tout en noir, fait elle aussi le deuil de sa vie), sa fille adoptive. C’est elle qui a gardé les clefs et a veillé sur la bonne marche de la propriété pendant les cinq ans d’absence de Lioubov et de sa suite dont son frère Gaev (imposant Kazunori Abe) et la gouvernante et magicienne Carlotta (impeccable Nathalie Kousnetzoff)... comme un nuancier de destins et de sensibilités. Ils sont tous présents en scène dans le spectacle, plus encore peut-être que dans la pièce. Derrière eux, au fond, merveilleuse proposition de Mammar Benranou, défile un ciel de droite à gauche, cisaillant le mouvement du temps jusqu’au couperet de l’arrêt quand on apprend que Lopakhine a acheté la Cerisaie. Quelle pièce ! Quel spectacle d’une intensité rare et qui doit beaucoup à ce jeu entre deux langues et même, pour certains, deux façons de jouer, le tout tenant d’une haute alchimie. Créée au Japon, cette Cerisaie vient au T2G que dirige Daniel Jeanneteau. Jeanneteau a plusieurs fois mis en scène des pièces étrangères au Shizoka et monté ces mêmes pièces en France. Ainsi La Ménagerie de verre de Tennessee Williams d’abord au Japon puis en France ou Les Aveugles de Maeterlinck d’abord en France puis au Japon. C’est la première fois qu’un même spectacle réunit les acteurs de la troupe du Shizuoka et des acteurs français qui ont souvent joué avec Jeanneteau. Prenons la première scène. Elle se passe dans la chambre des enfants (elle a a gardé ce nom), ce qui paraît invraisemblable mais justement, cela donne son tempo au mouvement du temps chaviré de la pièce. Le jour se lève. « On est déjà en mai, les cerisiers sont en fleur, mais il fait froid, le brouillard du matin couvre la cerisaie », précise Tchekhov (traduction André Markowicz et Françoise Morvan, utilisée pour le spectacle). Dans la pénombre, Lopakhine tient un livre à la main. Entre Douniacha tenant une bougie. « Il est arrivé, le train. Quelle heure est-il ? » demande Lopakhine en français. Et Douniacha lui répond en japonais : « Bientôt deux heures » (sous-titré en français). Le théâtre qui s’y connaît en la matière s’accommode fort bien de cet artifice, il en fait même son miel. L’armoire de la chambre d’enfant (centrale dans la mise en scène de Strehler) est ici une simple structure en métal où passe l’air, un signe, aurait dit Barthes qui aurait aimé ce spectacle. Pas d’espace défini. Peu d’accessoires hormis quelques vêtements, les valises de l’arrivée et celles du départ, un guéridon pour le thé, exit l’éternel samovar. Tout est dans les corps, les voix, le mouvement des êtres, le temps, obsédant, entre hier et demain. Et la cerisaie ? Elle est là où nous sommes, nous spectateurs, elle flotte dans l’air, impalpable et désirable. C’est vers nous que regarde Lioubov lorsqu’elle voit sa mère en robe blanche marcher dans la cerisaie. A l’opposé, quand Lopakhine revient après avoir acheté la cerisaie, et convoque des musiciens, tout se passe au fond du plateau et en contrebas. On ne voit pas les musiciens, mais au loin on voit les personnages danser lentement... une danse d’adieu, un rituel de deuil. Il y a aussi ce moment sidérant où Tchekhov, à la fin de l’acte II, fait entrer en scène un passant qui feint de chercher le chemin de la gare, avoue avoir faim, et réclame quelques kopecks. Lioubov qui n’a pas de monnaie lui donne un louis d’or et il sort. Scène inutile, dirait-on peut- être dans un cours de creative writing. C’est tout le contraire. L’échange qui suit entre Lioubov et Varia le prouve, sanctionné par un Lopakhine qui cite Hamlet. Ou encore ce leitmotiv attaché à Gaev que jouer au billard démange, petite virgule avec laquelle Jeanneteau et Benranou concluent le spectacle avant de laisser Firs (que l’on croit à l’hôpital) seul dans la maison, à bout de vie. Un pièce complexe, « très difficile « disait Stanislavski. Il faut s’y enfoncer comme le font Jeanneteau et Benranou sans s’y perdre et sans négliger la moindre réplique, car Tchekhov est le maître du pas de côté et du mine de rien. L’aller-retour permanent entre le français et le japonais sous le regard de la langue russe initiale, renchérit ce mouvement permanent de la pièce dans une sorte d’allégresse un peut triste, juste ce qu’il faut. Le « charme » de la pièce, disait Stanislavski, réside dans « un arôme inexprimable, caché au plus profond. Pour sentir cet arôme, il faut pour ainsi dire prendre la fleur avec la motte et contraindre les pétales à s’ouvrir. Mais cela doit se faire de soi-même, sans violence, faute de quoi la tendre fleur sera froissée, se fanera ». Et c’est exactement ce qui se passe dans cette Cerisaie entre Shizuoka et Gennevilliers. Jean-Pierre Thibaudat Théâtre de Gennevilliers jusqu’au 28 nov puis du 8 au 14 déc au Théâtre des Treize Vents (Montpellier). Légende photo : Scène de "La cerisaie"; © Jean-Louis Fernandez
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Le spectateur de Belleville
May 28, 2016 9:12 AM
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Par Fabienne Pascaud dans Télérama
Le metteur en scène star insuffle à l'œuvre de Tchekhov une ironie et une modernité uniques, à découvrir actuellement au Théâtre de l'Europe.
« Mon oeuvre est imprégnée du voyage au bagne de Sakhaline », lit-on sur le mur gris en fond de scène avant que ne commence — lumière de la salle allumée — le spectacle au décor pauvre en costumes modernes. Avec toujours ce minimum d'instruments rock prêts à l'emploi musical tonitruant sur un côté du plateau. « Qui est allé en enfer voit le monde et les hommes autrement », se poursuit sur le mur l'inscription signée Anton Tchekhov et datée de 1890 ; six ans avant la création de cette Mouette qui s'annonce par quelques improvisations des acteurs devant le public. Le dramaturge et médecin russe (1860-1904) avait côtoyé à Sakhaline toute la détresse du monde. Avant les autres, il fut une sorte de travailleur humanitaire au service des misérables, qu'il ne cessa de secourir sa brève vie durant.
Mélancolie et improvisation
C'est cette fibre sociale, cette générosité altruiste que nous fait ressentir la deuxième et étonnante mise en scène en français du maître allemand Ostermeier. A priori, Tchekhov et ses aristocrates empêtrés de douleurs, suicidaires, n'appartiennent guère à son imaginaire shakespearien, actif et énergique. Il préfère d'ordinaire les personnages qui font. Et défont. Mais avec des comédiens français qui n'ont pas le style de jeu musclé de sa troupe berlinoise de la Schaubühne, Ostermeier semble ici s'abandonner. Plus mélancolique, plus tendre. Pour s'attaquer à La Mouette, sombre histoire d'art et d'amour, de mère et de fils, d'artistes officiels et rebelles au bord d'un lac funèbre, il a beaucoup travaillé l'improvisation avec ses acteurs ; ce storytelling, pas si loin des expériences de Stanislavski (le premier à mettre en scène Tchekhov) et qui incite les comédiens à puiser en eux-mêmes de quoi nourrir leur rôle. " Règlements de comptes personnels d'Ostermeier ? " Ainsi, bizarrement, pour retrouver la présence et l'attention au monde de Tchekhov, ils évoquent au début du spectacle la Syrie ; ou se livrent à des critiques des tics et outrances d'un certain théâtre contemporain à la mode. Règlements de comptes personnels d'Ostermeier ? Ces prises de position au bord de la coquetterie — politique, narcissique — rendent pourtant la pièce plus proche de nos interrogations actuelles. Et les drames passionnels qui hantent La Mouette n'en sont que plus bouleversants.
Désillusions sentimentales
Bouleversante la cruauté envers son fils d'Arkadina, actrice à succès vieillissante délaissée par un amant romancier célèbre et académique, qui n'a d'yeux que pour la brûlante jeune « mouette ». Mais trop lâche pourtant pour abandonner le confort à paillettes de sa mondaine vie moscovite.Tous les amours possibles coexistent dans ce drame où les sentiments douloureux, les désillusions sentimentales affleurent de réplique en réplique. Comme chez Racine, dans cette chaîne ininterrompue de frustrations et de fantasmes, personne n'est aimé de celui qu'il voudrait. Avec l'art comme en fond sonore, au rythme d'un rock omniprésent. Toutes les conceptions de l'art. Celui qui explore, invente et déchire ; celui qui conforte, assure, réconcilie.
De quel côté est Tchekhov avec cette oeuvre chorale qui innove dans la forme — tous les personnages sont d'importance égale —, dans la modestie de l'action — il ne se passe pas grand-chose, la parole est le personnage principal. Une oeuvre qui garde pourtant une bienveillance souriante envers ses personnages, qui console, rassemble plus qu'elle ne divise ? Au fond du plateau, où tous les comédiens sont restés assis pour regarder jouer leurs partenaires tout au long de la représentation, où ils changent eux-mêmes humblement les décors, une jeune femme peint sur le mur gris du fond de larges aplats noirs qui vont bientôt tout recouvrir. On croit d'abord qu'elle dessine une mouette, ou un orage. Ou la mort, l'absence. Qui valent mieux peut-être que trop de douleurs. C'est la peinture, l'art, qui plus que l'amour ont le dernier mot. Ou plutôt le dernier silence. « Le reste est silence », murmurait avant de disparaître Hamlet. Que cite continuellement Tchekhov dans La Mouette. La chaîne de l'art théâtral.
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March 7, 2016 4:54 PM
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February 25, 2016 7:13 PM
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Par Gérald Cordonier pour 24heures.ch
Le grand metteur en scène allemand crée, dès vendredi à Lausanne, «La Mouette» et se frotte pour la première fois au dramaturge russe, en français du moins. Un événement. Image: Jean-Louis Fernandez Découvrir l’un des plus grands metteurs en scène du moment s’attaquer pour la première fois (en français du moins) à une pièce d’Anton Tchekhov, un plaisir qui ne se boude pas! Depuis plusieurs semaines, les spectateurs ont pris d’assaut la billetterie du Théâtre de Vidy. Car La mouette vue par Thomas Ostermeier (1968) est l’événement théâtral de ce début d’année, avant une tournée internationale prévue jusqu’à l’automne 2016.
L’enfant chéri et terrible du théâtre européen, directeur de la Schaubühne à Berlin, est depuis longtemps un habitué des scènes romandes. Jeune créateur, il est passé par le Théâtre du Grütli à Genève ou encore le Festival de la Cité à Lausanne. De John Gabriel Borkman à Un ennemi du peuple, en passant par Hamlet, Mesure pour mesure ou Les démons, sa troupe (germanique), aujourd’hui consacrée, tourne sur les cinq continents. Elle est régulièrement venue au Théâtre Kléber-Méleau et à Vidy. Où le brillant directeur d’acteurs a d’ailleurs créé en 2013 Les revenants, d’Ibsen, avec une équipe de comédiens francophones. Dès vendredi, c’est avec une distribution quasi identique – parmi laquelle Valérie Dréville, Jean-Pierre Gos, François Loriquet, Mélodie Richard ou encore Matthieu Sampeur – qu’il revisitera La mouette. Et prolonge ainsi des recherches scénographiques et dramaturgiques entamées en 2013: au Holland Festival, Thomas Ostermeier s’était déjà frotté au classique de Tchekhov, avec cette fois-là les comédiens néerlandais du célèbre Toneelgroep Amsterdam.
Génération après génération, le chef-d’œuvre du dramaturge russe, créé en 1896 à Saint-Pétersbourg et joué pour la toute première fois dans la langue de Molière à Genève le 3 octobre 1921 par le couple Pitoëff, a inspiré les artistes. Philippe Mentha en avait fait l’une de ses pièces fétiches entre Renens et Carouge. A Vidy, c’est avec une nouvelle traduction signée Olivier Cadiot que cette (triste) comédie de mœurs prendra forme. Autour de la constellation de personnages – parmi lesquels Nina, l’aspirante comédienne aimée par le jeune Konstantin, écrivain en mal de reconnaissance, son amant Trigorin, un auteur à la mode, ou encore Irina, actrice réputée –, il sera question d’art.
Mais Thomas Ostermeier promet surtout une lecture autour de l’amour contrarié. Car dans La mouette, tout le monde aspire à la reconnaissance. «Cette pièce est un condensé de la vie, rappelait le créateur lors de sa masterclass donnée en janvier à Vidy face à une salle pleine. Chaque personnage est malheureux car il aime la mauvaise personne. Cette pièce me parle car elle traite de deux sujets qui sont les plus importants pour moi: l’amour et le théâtre. Tchekhov a dit lui-même qu’il y a, dans cette pièce, 78 kg d’amour. C’était son poids. Il y a donc mis toute sa personne, tout son amour mais aussi tous ses questionnements autour de la possibilité de l’amour.»
Le besoin d’un nouveau réalisme
Féru de nouvelles écritures mais aussi d’auteurs classiques, Thomas Ostermeier a inscrit à son répertoire des textes d’Ibsen, de Brecht, de Kane ou encore de Ravenhill. En 2015, il a dynamité le Festival d’Avignon avec un symphonique Richard III, son cinquième Shakespeare. Comme toujours chez lui, sa Mouette promet une scénographie ambitieuse, du rythme et de la folie. «J’essaie toujours de retrouver la contemporanéité d’un texte classique.» Pour questionner. Pour débusquer «les mensonges de la vie, les contradictions entre ce que l’on essaie d’être et les possibilités de ce que l’on peut devenir».
Révéler l’indicible ou l’incompréhensible du réel, avec la volonté de défendre un «nouveau réalisme» qu’il oppose au naturalisme. Voici la quête que l’Allemand mène spectacle après spectacle. Le théâtre «ne doit pas se contenter de montrer l’image des choses mais réussir à révéler l’invisible qui circule entre les êtres», défend-il.
Car Ostermeier est obsédé par son souhait d’amener la vraie vie sur scène. Une ambition qui guide avant tout le travail effectué en répétition. «Au cours de cette phase, il s’agit de réussir à trouver quelque chose que ni moi, ni les acteurs n’auraient pu imaginer à la maison.» Le plateau devient alors laboratoire. Et la distribution essentielle à la création. «Tout art est quelque chose qui doit partir de nos expériences de la vie.» Des expériences de vie qui doivent amener, sur scène, le souffle de l’auteur, celui des acteurs, celui de l’époque. A Vidy, dès vendredi, ces souffles seront, entre autres, soutenus par une plasticienne. Chaque soir, en direct, elle réalisera une peinture. Une touche d’abstraction pour nourrir la poursuite du réel. Et le dialogue ouvert par Thomas Ostermeier, par-delà le XXe siècle. (24 heures)
(Créé: 24.02.2016, 10h17)
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April 19, 2015 7:30 PM
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Loin d'en gommer la cruauté et le désespoir, le metteur en scène Jean-Yves Ruf révèle toute la drôlerie de la pièce de Tchekhov. Et toute sa beauté. 2015, année Tchekhov en France ? Nombre de grands esprits du théâtre convergent cette saison vers l'univers doux-amer du plus fin des auteurs russes. Et si l'on décide tout de même d'évoquer encore une fois Les Trois Soeurs (1901, l'une de ses dernières pièces), c'est parce que la lecture qu'en offre Jean-Yves Ruf (frère d'Eric, l'administrateur de la Comédie-Française) nous enchante. Les metteurs en scène ne réussissent pas toujours à rendre le suc comique du dramaturge. Lui, si. Et la salle, très jeune ce soir-là au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, passait volontiers du sourire au rire. Ces trois soeurs-là pourraient être nos voisines : engluées dans leur petite ville de province, au sein d'un intérieur rempli de pots de fleurs, si loin des lumières rêvées de Moscou, mais portant de mignonnes robes courtes (Irina, la dernière) ou d'élégantes tenues noires (Macha, la mal mariée, et Olga, la prof célibataire). Contraintes de louer les chambres de leur maison aux officiers en garnison depuis la mort du père, elles tiennent malgré tout salon, en organisant des fêtes un peu ratées au son d'un tourne-disque. Pas de quoi rire... Et pourtant si. Car leur langue acérée tape fort. Leur esprit — éduqué en pure perte, disent-elles — est leur seule défense contre la banalité. Dans leur collimateur ? Leur frère Andreï par exemple, devenu gros et ballot, marié avec une « godiche » qui se révélera redoutable et ambitieuse. Ruf ne le loupe pas non plus, cet Andreï... quand il lui fait traverser la scène, courant derrière son landau qu'on imagine lesté d'enfants braillards... A l'opposé, le soupirant éconduit d'Irina traîne sa maigreur et son silence. Koulyguine, le mari de Macha, pérore son discours préformaté dans des chemises voyantes... De vrais clowns que l'on guette dans cette galerie de portraits esquissés à traits vifs. La cruauté n'est pas gommée pour autant... Verchinine, l'officier qui passe et puis s'en va, au grand dam de Macha, promène sa nonchalance lâche avec une belle aisance sous la tignasse de Christophe Brault. Quand la belle-soeur congédie l'ancienne nounou, la vieille actrice nous tire les larmes. Le seul remède d'Irina (bravo à la fraîcheur fanée d'un coup d'Elissa Alloula), d'Olga et de Macha, à la fin ? Se serrer dans les bras. — Emmanuelle Bouchez | 2h40 avec entracte | Jusqu'au 19 avril, TGP, Saint-Denis (93), tél. : 01 48 13 70 00 ; les 23 et 24 à Chalon-sur-Saône (71), tél. : 03 85 42 52 12 ; les 28 et 29 au Mans (72), tél. 02 43 50 21 50. Le 18/04/2015 Emmanuelle Bouchez - Telerama n° 3405
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April 2, 2015 1:54 PM
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Publié par Véronique Hotte pour Théâtre du blog: Entre bouquets de fleurs et petites lampes, c’est la fête attendrie d’Irina, la benjamine du trio, saluée encore par la présence hésitante du frère Andreï (Pierre Yvon). Juste un an après la mort de leur père relatée par Olga, l’aînée (Géraldine Dupla), jeune professeure de lycée, à la belle allure: « Il faisait très froid, il neigeait, ce jour-là. Je me disais que je n’y survivrais pas.» Et les voilà maintenant réunies dans la maison familiale d’un chef-lieu, dernière poste militaire du père, après qu’il ait quitté – promotion oblige- la mythique Moscou, ville originelle et rêvée des trois sœurs, qui répètent gaiement : «Nous ne sommes pas d’ici.» Ces drôles d’«étrangères», orphelines de mère, ont reçu, grâce à la volonté paternelle, une éducation moderne et artistique, dont l’acquisition des langues. La reine du jour est Irina (Elissa Alloula), vivante et enjouée, qui fait virevolter sa robe blanche et soyeuse, telle une Marylin en avance d’un demi-siècle, et qui en est elle-même charmée. Macha (Lola Felouzi), aussi jolie que mélancolique et taiseuse, souhaite à sa cadette d’être heureuse, et évoque, non sans tristesse, les fêtes passées et bruyantes, quand elle étaient encore enfants, avec les officiers; à présent, tout est désert et sans joie. Mais arrive dans la bourgade, une batterie de jeunes officiers , ui va rompre ce silence pesant de solitude et de nostalgie, et ils pourraient bien faire tourner la tête de ces jeunes femmes. Olga n’en reste pas moins seule, prise par ses obligations au lycée : Macha, elle, qui ne supporte plus le bavardage de son mari, le professeur Koulyguine (Gaël Chaillat), est attirée par l’éloquent lieutenant-colonel Verchinine (Christophe Brault), malheureux en famille et philosophe à ses heures. Irina, elle, est courtisée par le major Saliony (Thomas Mardell), provocateur un peu brutal et maladroit, et par le baron Touzenbach (Antonio Troilo), lieutenant-major, qui n’a rien d’un séducteur mais qui possède beaucoup de sagesse. Quelques mois plus tard, a lieu un grand incendie dans la ville, et Olga et Irina se sont repliées dans une chambre confinée car leur belle-sœur Natacha (Sarah Pasquier) s’est presque entièrement appropriée la demeure familiale. Irina, employée au Conseil de la ville, souffre, insatisfaite: «Le temps qui passe, et toujours l’impression qu’on s’éloigne de la vraie vie, de la vie merveilleuse …» Après bien des malheurs et en reportant à plus tard, la compréhension des souffrances accumulées, la jeune femme, meurtrie par la vie au quotidien, s’oblige à vivre, en dépit de tout : «Demain, je m’en irai toute seule, je commencerai d’enseigner à l’école, et je donnerai toute ma vie à ceux qui, peut-être, en ont besoin. » La pièce d’Anton Tchekhov, inscrite à une époque charnière, juste avant les bouleversements révolutionnaires qui changeront la face du monde, reste l’expression d’un désenchantement existentiel ; pour les trois sœurs c’est une douloureuse braderie de toutes leurs attentes, à mesure que les promesses d’avenir s’éloignent de la jeunesse. Jean-Yves Ruf met délicatement en scène les espoirs de chacune des trois sœurs dans un présent immédiat, à travers l’expression spontanée du bonheur d’être ensemble, en partageant les mêmes souvenirs des peines et des joies. Il y a, sur scène, une teneur presque palpable de ces subtiles et fragiles instants, de cette sensation de vivre et d’être présent, entre sourires entendus et regards complices. Les belles personnes que sont les comédiens cités plus haut, laissent suspendre un temps, ces moments rares et authentiques avant qu’ils ne s’échappent. Un bel ouvrage scénique, avec sur le plateau, juste un tapis et un canapé de salon, un mobilier de grenier, quelques estrades, et un simple rideau. Véronique Hotte
Théâtre Gérard Philipe -CDN de Saint-Denis, jusqu’au 19 avril. T : 01 48 13 70 00
La pièce est publiée chez Babel Actes-Sud),
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Le spectateur de Belleville
March 10, 2015 8:09 PM
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Le spectateur de Belleville
November 17, 2024 6:14 AM
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Par Fabienne Darge dans Le Monde - 13 nov. 2024 Au Théâtre du Rond-Point, à Paris, le metteur en scène adapte librement « Platonov » pour conter la déliquescence d’une petite société provinciale. Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/11/13/sur-l-autre-rive-la-fin-de-partie-de-tchekhov-et-cyril-teste_6392318_3246.html
La fête est triste, hélas, et les personnages en présence n’ont certainement pas lu tous les livres. Inspiré du Platonov de Tchekhov, qu’il adapte très librement, Cyril Teste met en scène une longue soirée qui tourne à vide, puis au tragique – au tragique à force de vide. Comme dans les films de Ruben Östlund, mais avec plus d’élégance et moins de cynisme, il fait sortir les monstres d’un grand corps collectif malade, contaminé jusqu’à la moelle par l’obsession de l’argent. Au point que l’amour et l’amitié y soient devenus impossibles. Tout semble pourtant commencer dans la gaieté et l’insouciance d’une soirée d’été, sur le grand plateau nu, sans décor, où ont été disposées de grandes tables et une petite estrade pour le musicien qui va animer la soirée à coups de tubes disco et de bons vieux standards de rock. L’hôtesse, c’est Anna, une jeune veuve « pas dégueulasse », comme disent d’elle les personnages masculins de la pièce. Elle est criblée de dettes, et ne sait comment elle va pouvoir garder sa maison. Autour d’elle tournent les charognards, qui la veulent elle, veulent sa maison, ou les deux, ce serait mieux. Alors elle va danser jusqu’au bout de la nuit, avec un côté « on achève bien les chevaux », tandis que, tout autour, quelque chose se corrompt, se brise et s’effondre dans cette petite société provinciale. Le catalyseur, l’agent perturbateur, l’astre noir de la pièce, c’est Platonov, le « petit Platon », surnommé ici Micha : il fera voler en éclats les mariages, y compris le sien, sortir la férocité des pères à l’égard des fils – des fils qui eux-mêmes peinent à échapper à la médiocrité –, jettera à la poubelle les sentiments quels qu’ils soient, y compris ceux qu’on lui porte. Il est porteur d’une lucidité stérile, comme on le serait d’un virus toxique. Rituel sauvage L’intelligence de Cyril Teste et de l’acteur qui joue Platonov, l’excellent Vincent Berger, c’est d’en faire l’un personnage sans flamboyance aucune, presque absent à lui-même dans son entreprise de destruction et d’autodestruction, dans ce monde qui ne demandait qu’une pichenette pour partir en vrille. Poursuivant ses recherches sur la « performance filmique », un concept qu’il a inventé, Cyril Teste tisse le dialogue cinéma-théâtre de manière passionnante, comme toujours, dans les deux premières parties du spectacle, alors que, dans la dernière, le théâtre seul reprend ses droits, pour laisser libre cours à une sorte de rituel sauvage, où les personnages se défigurent, s’animalisent, tous leurs masques arrachés. Le metteur en scène instaure surtout une énergie bien particulière, qui semble toujours sur le point de prendre sans prendre vraiment, une énergie avortée, perpétuellement retardée, sur le plateau où une trentaine d’« invités », figurants amateurs, se mêlent aux acteurs. Ils constituent ce corps collectif dans lequel l’œil et l’oreille du spectateur doivent chercher les personnages principaux, comme s’ils n’étaient que des échantillons prélevés sur un vaste organisme. Le pari n’était pas gagné et, après avoir un peu tâtonné à la création à Annecy et au Printemps des comédiens de Montpellier, le spectacle, plus précis, plus aigu, a trouvé sa cohérence, porté par la sensibilité et l’humanité qui sont toujours celles de Cyril Teste. S’il en est ainsi, c’est largement grâce à ses acteurs et, surtout, à ses actrices. La révélation de la soirée s’appelle Haini Wang, jeune actrice d’origine chinoise, dans le rôle de Sacha, le bel ange fracassé de ce petit monde en perdition. Emilie Incerti Formentini et Katia Ferreira sont également formidables. Quant à Olivia Corsini (Anna), elle évoque rien de moins que les grandes actrices de Cassavetes ou de Bergman, avec son énergie désespérée, son tragique sans pathos : une façon de regarder son malheur en face absolument bouleversante, qui s’exprime à l’image par des regards caméra que l’on n’oubliera pas. Sur l’autre rive, d’après Platonov, d’Anton Tchekhov, mis en scène par Cyril Teste. Théâtre du Rond-Point, Paris 8e. Jusqu’au 16 novembre. Puis tournée jusqu’à fin mars 2025, à Châteauroux, Amiens, Le Mans, Roubaix, Cergy-Pontoise, Valence, Lyon… Fabienne Darge / Le Monde Légende photo : Sacha (Haini Wang) dans « Sur l’autre rive », mis en scène par Cyril Teste, à Bonlieu Scène nationale d’Annecy (Haute-Savoie), en avril 2024. SIMON GOSSELIN
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October 13, 2024 2:54 PM
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Par Laurent Goumarre dans Libération - 10 octobre 2024 A la fois grande soirée sur scène et performance filmique, l’adaptation libérée de «Platonov» de Tchekhov révèle les relations banalement monstrueuses des personnages. C’est la fête sur le plateau, espace ponctué de tables qu’on déplace pour danser. Il y a à boire, à manger, un DJ qui chante et des invités, une trentaine de spectateurs naviguent à vue parmi les acteurs de Sur l’autre rive mise en scène par Cyril Teste. Encore Tchekhov. Après sa Mouette en 2021 où l’on entendait une musique lointaine – «La soirée est divine, Ecoutez c’est la fête ! Oui enfin sur l’autre rive surtout» – , Teste cherche d’où vient la bamboche, et la trouve dans cette adaptation libérée de Platonov, première œuvre de jeunesse. Tchekhov a 17 ans, la pièce est refusée, trop de cigarettes, trop d’alcool, il faudra attendre 1921 pour exhumer ce texte fondamental. Beau gosse voyou 2024, Platonov s’appelle Micha, instituteur marié à Sacha (excellente Haini Wang) aux origines chinoises, étrangère à tout ce qui peut bien se passer, qui n’a pas tous les codes, mais n’en pense pas moins. Sacha c’est nous, les spectateurs de cette performance filmique où les écrans viennent fragmenter et foutre encore plus le bordel dans cette fiesta des illusions perdues. Au centre, Anna Petrovna, une veuve «pas dégueulasse», accent italien, sensuelle et ruinée, un cocktail détonateur dans cette petite société d’amis, relations plus banalement monstrueuses les unes que les autres : «Chacun fait ses petits coups en douce, c’est un devoir de voler ces gens-là», déclare Ossip qui s’y connaît, en beau gosse voyou qui devrait être en prison, mais «faute de preuves», il a toute sa place ici. On se séduit pour des questions de fric, d’avantage social, on escroque gentiment son voisin, les pères sont irresponsables, les fils des ratés ; elle est belle la fête que donne Anna. Mais que fête-t-on au juste ? Quel est le sens de cette soirée où Micha redouble de veulerie, de lâcheté, provocations adolescentes, fait exploser les couples, torture ses amis, humilie sa femme ? Démasquer les hypocrisies sociales, les faux-semblants ? Non, c’est inutile, personne n’est dupe de personne, il suffit d’écouter les apostrophes pour identifier ici un «minable perverti», là un «gros con», plus loin un «gros parvenu» doublé d’un «nuisible». Cyril Teste fait alors de son Micha (Vincent Berger en parfaite tête à claques) non pas le révélateur des petits arrangements entre amis, mais l’allégorie de ce bien petit monde. Le personnage n’a aucune profondeur, l’acteur ne cherche surtout pas à lui donner du coffre, mais le compose comme une surface écran qui renvoie les autres à leur désespérante impuissance. Micha n’est pas le Théorème de Pasolini qui révélerait les secrets de famille, il concentre en lui les turpitudes de tous les autres : ce n’est pas un virus contaminant, mais le précipité chimique d’une société toujours au bord de l’explosion. Pavillons Alors Vincent Berger balade sa silhouette XS de l’un, de l’une à l’autre, comme un moustique qui pique, pompe et s’inocule le sang vicié de ces tristes fêtards. A l’image de cette pièce refusée, perdue qui aura attendu quarante ans, au-delà même de la mort de Tchekhov pour être finalement jouée, ce Micha est un maudit, un réprouvé qui porte en lui la fin d’un monde qui le condamne. Car tout le théâtre de Tchekhov est dans ce texte de jeunesse qui annonce en 1878 la dernière pièce, la Cerisaie (1903), avec ces histoires de monde qui finit, de maisons qu’il faut quitter – ici le domaine d’Anna, hypothéqué, qui sera racheté, la demeure rasée pour construire des pavillons. Cyril Teste a déjà fait disparaître les murs, pas de scénographie, il lui faut toute la place pour surpeupler le plateau d’une bonne trentaine de spectateurs qui bouffent, boivent, dansent quand la musique est bonne, se déplacent librement, étrangers à une mise en scène qui ne peut ni ne veut tout contrôler. Les treize comédiens doivent alors se frayer un chemin, trouver leurs places et jouer perdus dans cette petite foule. Nous, spectateurs de la salle, les cherchons des yeux : qui parle ? Où est-il ? Le temps passe à tenter de retrouver sur scène le personnage qui s’affiche live en gros plan sur l’écran. La pièce joue sur ce réajustement permanent du regard qui raconte bien où nous et qui sommes, planqués dans le noir… sur l’autre rive. Laurent Goumarre / Libération Sur l’autre rive d’après Platonov de Tchekhov, mise en scène Cyril Teste, jusqu’au 13 octobre Théâtre les Amandiers, Nanterre. Puis en tournée, les 17 et 18 octobre à l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône, du 8 au 16 novembre au Théâtre du Rond-Point, à Paris, le 26 novembre, à l’Equinoxe de Châteauroux, puis en décembre à Amiens, Mans, Roubaix, etc. «Sur l’autre rive» est également un film réalisé par Cyril Teste, diffusé sur Arte le 13 octobre à minuit et disponible sur arte.tv https://www.arte.tv/fr/videos/111776-000-A/sur-l-autre-rive/
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September 27, 2024 11:12 AM
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Par Philippe Chevilley dans Les Echos - 27 septembre 2024 Le metteur en scène-réalisateur transforme la pièce de jeunesse de Tchekhov en fête débridée où s'expriment toutes les frustrations et les angoisses d'une génération désenchantée. Entre cinéma et théâtre, entre éclats de musique et éclats de voix, ce spectacle original découvert au Printemps des Comédiens, débarque à Nanterre aux Amandiers, puis au Rond-Point Paris. Dans « La Mouette » qu'il a mise en scène en 2021, l'attention des personnages est attirée un instant par une fête qui a lieu « sur l'autre rive »… C'est sur cette autre rive fantasmée que Cyril Teste situe son « Platonov », adaptation contemporaine et très libre de la première pièce de Tchekhov (1878). Ecrite à 17 ans, refusée par l'actrice à laquelle elle était destinée, remaniée à l'envi puis rangée dans un tiroir avant de ressurgir plusieurs années après la mort de l'auteur russe, cette comédie dramatique part dans tous les sens, forte d'une vingtaine de personnages à cran. L'essentiel de son action se passe lors d'une fête d'été fortement alcoolisée. Alors le metteur en scène-réalisateur a décidé d'en faire une fête, une fête d'enfer avec Platonov (Micha) et ses ami(e)s. Présentée fun mai en ouverture du 38e Printemps des Comédiens à Montpellier , « Sur l'autre rive » débarque ces jours-ci près des rives de la Seine : aux Amandiers de Nanterre dès la fin septembre, puis au Rond-Point Paris en novembre. Le spectacle prend la forme d'une méga partie jouée-dansée-filmée où s'expriment les contradictions et les frustrations d'un petit monde provincial en mal d'idéal, d'amour et/ou d'argent. In vino veritas… et la musique aidant, les figures universelles du Russe, réincarnées en bobos, banquiers ou escrocs d'aujourd'hui, se mettent à nu et hurlent à la lune. Pas sûr qu'on y retrouve tout à fait l'âme russe mais on ne perd pas pour autant son Tchekhov. L'esprit sarcastique de l'écrivain, mêlé de tendresse pour les faibles humains, est porté avec fougue par les excellents acteurs du collectif MxM filmés en gros plans dès qu'ils s'expriment au milieu de la foule de danseurs. Virtuosité On retrouve dans ce spectacle la virtuosité du metteur en scène qui, à l'aide de plusieurs écrans mobiles, mêle cinéma et théâtre dans une enivrante sarabande. Il parvient à conjuguer la bande-son d'une soirée dansante et les répliques enfiévrées des personnages . L'arrogance désespérée de Platonov qui s'emploie à pourrir la soirée, les affres pécuniaires d'Anna, l'hôtesse de la fête, veuve d'un général qui lui a laissé ses dettes en héritage et la rage des fils « sans pères » se révèlent en des flashes fulgurants. Ainsi concassée et filtrée, la pièce un peu folle de Tchekhov s'accorde avec les codes modernes du théâtre de plateau. L'impression de spontanéité est renforcée par la figuration d'une vingtaine de spectateurs invités sur la scène. La singularité de cette adaptation, coécrite avec Olivier Cadiot, repose aussi sur un troublant effet de mise en scène. Au moment du feu d'artifice (joliment figuré) qui clôt la fête, le spectacle tire brutalement un trait sur la technologie. C'est sur le plateau nu, éclairé de quelques bougies, sans caméra ni écran que se déroule le dernier acte. Une ultime séquence où les volte-face amoureuses et la fin de Micha sont représentées en mode express, façon vaudeville clownesque. Le résultat est très étrange, perturbant, mais cet épilogue onirique presque surréel convoque tout l'équivoque tragicomique du théâtre de Tchekhov. Un film sur Arte « Sur l'autre rive » se termine ainsi dans une forme de pur théâtre magnifié entre autres par le jeu incandescent de Vincent Berger (attachant Platonov), d'Olivia Corsini (déchirante Anna) et d'Emilie Incerti Formentini (renversante femme-médecin). Mais le projet de Cyril Teste ne se borne pas à un spectacle. Avec la même équipe, le metteur en scène a préalablement tourné un film qui sera diffusé à l'automne sur Arte - une forme d'hommage à Patrice Chéreau qui avait fait de même avec « Hôtel de France ». L'histoire d'amour de Cyril Teste avec Tchekhov, amorcée pendant le confinement, est visiblement une histoire qui dure… On ne s'en plaindra pas. Philippe Chevilley /Les Echos Légende photo : Concassée et filtrée, la pièce un peu folle de Tchekhov s'accorde avec les codes modernes du théâtre de plateau. (© Simon Gosselin)
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Le spectateur de Belleville
June 3, 2024 3:37 PM
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Une belle fête populaire et bruyante entre vidéo, cinéma et théâtre. Par Véronique Hotte dans Webthéâtre - publié le 31 mai 2024 Cyril Teste et le Collectif MxM jouent à plaisir de la scène et des images en mouvement, fidèles au Printemps des Comédiens (Nobody, Opening Night, Festen, La Mouette). Voici à présent Sur l’autre rive (variation théâtrale), inspiré de Platonov de Tchekhov, une interrogation sur le temps, les regrets, le deuil, l’amour, les forces et les vulnérabilités - des questions obsessionnelles d’héritage, d’amour filial, de communauté. La création serait cette fête sur l’autre rive du lac, en écho à La Mouette qui lui est liée. Soit la pièce d’un auteur d’à peine vingt ans, dont le héros Platonov est un instituteur du sud de la Russie, ami d’Anna Petrovna, jeune et riche veuve dont la propriété est vendue à cause des dettes de son défunt mari. Initialement brillant, le vif esprit n’a pas réalisé ses promesses d’avenir. « L’anti-héros, écrit Georges Lavaudant qui a monté la pièce avec brio en 1990, … bavarde, plaisante, se saoule, provoque des scandales, courtise des femmes, est courtisé par elles, trompe son épouse, éprouve du remords, s’interroge sur le sens de la vie … ». Une manière de détourner le regard, un désir de se taire,…mais les mots jaillissent, il ne résiste pas à intervenir en être veule dans les histoires et petits arrangements de chacun. Pour Cyril Teste, la pièce met en perspective l’urgence des corps dans leur être-là au monde, ce qui les relie d’instinct à la vie dans une époque bousculée. L’être nostalgique de sa jeunesse, que le bonheur présent indispose dans sa fuite en avant, accule ses proches au désespoir. Percutant, il incarne les paradoxes contemporains - personnalité aux multiples facettes, condamnable, et pourtant attirant l’attention de ses proches. Vincent Berger dans le rôle recèle ce côté fuyant et cette gêne qui nourrissent le silence. Sur l’autre rive (variation théâtrale) se présente comme une grande fête décloisonnant le rapport entre la scène et la salle, un moment de répit actif et d’oubli serein par treize acteurs talentueux, de la musique en live, un moment de réunion allègre encore, quand les peines, les peurs, les rancœurs et les bonheurs se tissent et se désagrègent. Tous ont plaisir à se côtoyer, à s’approcher, à s’éloigner, à se croiser, à se rencontrer, à se frôler. Sur la scène, quatre grandes tables, six bancs, et quatre écrans vidéo exposés au regard du public, puis deux, puis un seul grand écran cinéma, qui laisse de plus en plus la part belle à la scène - un mouvement progressif qui irait de la vidéo au cinéma puis au théâtre. Vincent Berger, Olivia Corsini, Florent Dupuis, Katia Ferreira, Adrien Guiraud, Emilie Incerti Formentini, Mathias Labelle, Robin Lhuillier, Lou Martin-Fernet, Charles Morillon, Marc Prin, Pierre Timaitre, Haini Wang, sont les interprètes vivants et tonitruants de cette fête, observés par deux cadreurs et leur caméra - gros plans, visages zoomés, réalisation à la Cassavetes qui révèle les non-dits, les sous-entendus, ce qu’on devine des êtres. Le spectacle est une fête, un moment convivial, avec buffet dressé pour les convives, avec de la musique interprétée en live sur une estrade, et la caméra qui poursuit tel ou tel, et le plaisir qui en découle pour celui ou celle qui se sait être filmé(e), comme poursuivi(e) par le désir subreptice d’un autre - choeur dansant qui accueillerait le public en son entier. Une soirée populaire manifestant l’énergie de tous, dont une vingtaine de spectateurs invités, différents chaque soir, dansant, picorant, buvant un verre, se mouvant au milieu des acteurs et vivant l’instant présent au côté des interprètes, se touchant et s’effleurant. Un spectacle sur les plaisirs et les amertumes des jours ressaisis, sur l’instant du plateau, entre cinéma et théâtre, grâce à des artistes généreux qui s’amusent, sous le regard intrépide et un peu casse-cou du public, à aller et venir de-ci de-là d’une scène à l’autre. Véronique Hotte / Webthéâtre Sur l’autre rive (Variation théâtrale), librement inspiré de Platonov, d’Anton Tchekhov, mise en scène de Cyril Teste (collectif MxM), traduction Olivier Cadiot, adaptation Joanne Delachair, Cyril Teste. Avec Vincent Berger, Olivia Corsini, Florent Dupuis, Katia Ferreira, Adrien Guiraud, Emilie Incerti Formentini, Mathias Labelle, Robin Lhuillier, Lou Martin-Fernet, Charles Morillon, Marc Prin, Pierre Timaitre, Haini Wang. Collaboration artistique Marion Pelissier, dramaturgie Leila Adham, scénographie Valérie Grall, costumes Isabelle Deffin, création lumière Julien Boizard, création vidéo Mehdi Toutain-Lopez, images originales Nicolas Doremus et Christophe Gaultier, musique originale Nihil Bordures. Du 30 mai au 1er juin au Printemps des Comédiens 2024 - Domaine d’O - Amphithéâtre d’O 178 Rue de la Carriérasse 34090 Montpellier. Du 27 septembre au 13 octobre 2024,Théâtre Nanterre-Amandiers, centre dramatique national (92). Les 17 et 18 octobre 2024, Espace des Arts, scène nationale de Chalon-sur-Saône (71). Du 8 au 16 novembre 2024 Théâtre du Rond-Point, Paris (75). Le 26 novembre 2024 Equinoxe, scène nationale de Châteauroux (36). Les 5 et 6 décembre 2024 Maison de la Culture d’Amiens, Pôle européen de création et de production (80). Du 11 au 13 décembre 2024 Les Quinconces, scène nationale du Mans (72). Les 18 et 19 décembre 2024 La Condition Publique, Roubaix, dans le cadre de la saison nomade de La rose des vents, Scène nationale Lille Métropole Villeneuve d’Ascq (59). Du 15 au 17 janvier 2025 Théâtre des Louvrais, Points Communs, scène nationale de Cergy-Pontoise/Val d’Oise (91).
Les 22 et 23 janvier 2025, Comédie de Valence, centre dramatique national Drôme-Ardèche (26). Du 30 janvier au 8 février 2025, Les Célestins, Théâtre de Lyon (69). Les 18 et 19 mars 2025 Le Tandem, scène nationale, Douai (59). Du 26 au 28 mars 2025 Théâtre Sénart, scène nationale (77). Sur l’autre rive est un diptyque dont l’autre volet est un film réalisé par Cyril Teste qui sera diffusé sur ARTE et arte.tv à l’automne 2024 .
Crédit photo : Simon Gosselin.
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May 29, 2024 6:24 PM
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Par Fabienne Darge dans Le Monde - 29 mai 2024 Le metteur en scène, qui présente, dès le 30 mai, « Sur l’autre rive », une création inspirée de Tchekhov, au festival de théâtre de Montpellier, a imaginé un spectacle comme une fête furieuse et interminable. « Le Monde » en avait suivi les répétitions. Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/05/29/au-printemps-des-comediens-cyril-teste-invoque-les-monstres-de-platonov_6236249_3246.html
Extérieur jour : le lac d’Annecy miroite de bleus et de verts sous un rare soleil de printemps, en cette journée de fin avril. Intérieur nuit : à quelques pas de là, sur une autre rive de la vie, le metteur en scène Cyril Teste répète sa nouvelle création inspirée de Platonov, de Tchekhov, qui fera l’ouverture du Printemps des comédiens, à Montpellier, le 30 mai. Le vaste plateau de la scène nationale d’Annecy, plongé dans la nuit, s’offre au regard dans toute son étendue : pas de murs, des grandes tables, des loupiotes, une estrade pour la musique interprétée en live, un écran au-dessus du plateau, et une ambiance de fête que l’on sent prête à déraper à tout moment. Après une magnifique Mouette à fleur de peau, en 2021, Cyril Teste a eu envie de revenir à Tchekhov. Et de s’attaquer à Platonov, pièce-monstre, chantier théâtral d’un jeune auteur de 18 ans, qui contient, de manière brute et sauvage, toute l’œuvre à venir. « C’est une pièce de jeunesse inachevée, immorale, foisonnante, romanesque, chorale, dans laquelle les destins de plusieurs générations se croisent, résume-t-il. Je l’ai relue pendant la longue période du Covid-19, et j’écoutais beaucoup de Wagner et de Vivaldi en même temps. Il m’est apparu qu’il y avait une fureur dans l’œuvre, une monstruosité que j’avais envie de faire sortir. On est dans quelque chose d’excessif, de maladroit, que je ne veux pas lisser : c’est mal coiffé, Platonov, et cela doit le rester. D’où l’idée d’imaginer le spectacle comme une interminable fête où il y aurait trop d’alcool, de fumée, de désir : créer un rituel pour faire sortir les monstres qui peuplent la pièce. » Trente « convives » Pour créer cette « transe régénératrice, obscure, fiévreuse, violente », le metteur en scène a imaginé une nouvelle fois un dispositif formel audacieux, qui inscrit radicalement le tableau de mœurs d’une petite société de la province russe de la fin du XIXe siècle dans notre aujourd’hui. Un pas plus loin, encore, dans un théâtre-cinéma qui est l’un des plus inventifs d’aujourd’hui, dans la « performance filmique » dont Cyril Teste est l’un des plus brillants représentants. En ce premier jour de répétitions, auxquelles nous assistons, les comédiens sont encore seuls sur le plateau, en compagnie des deux cameramans. Cyril Teste, pantalon battle-dress, sweat-shirt et baskets d’éternel adolescent de 49 ans, les dirige de manière relativement classique, s’attachant à serrer au plus près les situations et les enjeux de la pièce. « Le sujet, c’est l’argent, et le thème, c’est l’humiliation », fait-il claquer à un moment donné. Mais, le lendemain, les acteurs sont rejoints par trente « convives », selon la terminologie adoptée. Trente amateurs qui ont suivi des ateliers avec les membres du Collectif MxM de Cyril Teste, et sont venus avec leurs propres tenues, coiffures et maquillages, comme s’ils étaient réellement invités à une fête. « Sentez-vous à l’aise, leur lance le metteur en scène, en guise de bienvenue. Vous pouvez bouger, danser, boire et manger comme vous le voulez. » « On a mené un travail préparatoire avec eux, mais, sur le plateau, on ne les guide pas, explique Cyril Teste. L’énergie due à leur présence différera chaque soir. Contrairement aux spectacles précédents, la partition des acteurs et celle des cadreurs ne pourront pas être écrites précisément. Ils auront des rendez-vous ensemble, mais devront composer avec les invités de la fête. » Exercice virtuose Pour les comédiens, l’exercice est virtuose, pour les deux caméramans qui filment en direct aussi. « Jusque-là, c’était trop simple, ce qu’on faisait », plaisantent en chœur Mehdi Toutain-Lopez, créateur vidéo et grand manitou de toute l’horlogerie délicate du spectacle, et Christophe Gaultier, cadreur et collaborateur artistique de la création images. « Ce dispositif multiplie les aléas sur tous les plans. Depuis que les convives sont arrivés, l’énergie est complètement différente. La plupart des comédiens n’ont jamais expérimenté de jouer dans de telles conditions, mais c’est très porteur en termes d’énergie : c’est comme un courant qui nous emporte », assure Christophe Gaultier. « Il fallait que je crée un peu de chaos, avoue Cyril Teste. Platonov est une œuvre élisabéthaine, shakespearienne, qui m’évoque aussi Sans filtre [2022], le film de Ruben Östlund. Elle acte la fin d’un monde, d’une société patriarcale, où les pères sont déficients, absents, castrateurs, où ils n’ont pas laissé de place à leurs descendants, soit par leur absence, soit par leur hyperprésence, ou un mélange des deux. C’est d’une actualité sidérante, et ça me fait penser au peintre Francis Bacon, à qui on reprochait que sa peinture soit laide, et qui répondait que ce n’était rien à côté de la laideur de la société. Il y a une défiguration, dans la pièce, les êtres deviennent des loups le jour, et des loups-garous la nuit, des zombies. Ils se mangent entre eux, se contaminent, et cette notion de contamination me semble importante aujourd’hui, où des êtres sensés basculent parce qu’ils respirent le même air que ceux qui sont contaminés. Ce grand corps collectif de la fête incarne tout cela. » Cette lecture de la pièce a aussi guidé les choix sur la relation entre le théâtre et l’image, qui est au cœur du travail de Cyril Teste, grand admirateur de Cassavetes, de Bergman et de Tarkovski. La question s’est posée d’autant plus que Sur l’autre rive, le spectacle, est doublé par un film qui est comme son envers intimiste, et sera diffusé sur Arte à l’automne. Deux cadreurs « Par rapport à La Mouette, où on avait tenté la projection d’images sur des surfaces multiples, on est revenus à quelque chose de plus classique, détaille Mehdi Toutain-Lopez. Une image ne va pas du tout raconter la même chose sur un plateau selon la manière dont elle est diffusée. C’est valable aussi pour le format de l’image : on a fait le choix non pas d’un écran 16/9e, mais d’un CinémaScope, placé en hauteur, au centre de la scène. En rognant un peu le haut et le bas, cet écran panoramique fait disparaître une partie de l’environnement, et le spectateur baisse les yeux vers le plateau pour aller le chercher, ce qui articule mieux le rapport cinéma-théâtre. Dans la mesure où on veut que le spectateur se construise sa narration avec les deux, on ne doit pas tout résoudre à l’image. On doit aussi créer du manque, pour que le spectateur aille chercher sur le plateau. » Sur la scène, les deux cadreurs, Christophe Gaultier et Nicolas Doremus, sont présents en permanence, dans ce long plan-séquence qu’est aussi le spectacle, filmant en direct, accompagnant les comédiens, zoomant et dézoomant, créant du hors-champ. « Cyril aime beaucoup le close-up [gros plan], donc on cadre souvent des visages très serrés, précise Christophe Gaultier. La construction de l’image se fait avec la peau, les yeux, les regards. Les échelles sont énormes, on peut avoir un visage qui fait 4 mètres de large, soit cent fois sa taille réelle… Les plans très serrés, surtout si on les cadre en contre-plongée, créent de la mentalisation : ils aident à faire sortir les démons des personnages, en soulignant ce qu’ils pensent, ce qui les torture. On travaille aussi sur le hors-champ, tout ce que Tchekhov n’écrit pas mais que l’on entend entre les lignes, tout ce qui flotte de non-dits entre les personnages : la vidéo est un outil formidable pour cet auteur-là. » Pour les treize comédiens du spectacle, Vincent Berger (Platonov) et Olivia Corsini (Anna Petrovna) en tête, le dispositif de Cyril Teste est une gageure, qui exige autant de virtuosité que de présence quasi animale au plateau. Ils ne s’en plaignent pas. « En ramenant Platonov [qui durerait huit heures si la pièce était jouée dans son intégralité] à une soirée de moins de deux heures, Cyril nous conduit d’emblée vers un excès, une rythmique qui court au galop et qui déteint sur la vision des personnages, en faisant des êtres dans une drôle d’énergie du désespoir famélique », constate Olivia Corsini. Quant à Vincent Berger, il tient à garder son Platonov relativement opaque : « C’est une déclinaison d’Hamlet, un révélateur de toute la médiocrité qui l’entoure, analyse le comédien. Il est celui qui libère les démons, dans cette opération un peu chamanique que mène Cyril Teste. » Sur l’autre rive, d’après Platonov, de Tchekhov. Mise en scène de Cyril Teste. Printemps des comédiens, Montpellier, du 30 mai au 1er juin. Puis tournée de septembre 2024 à mars 2025. Printempsdescomediens.com Fabienne Darge (Annecy, envoyée spéciale) / LE MONDE Légende photo : Haini Wang (Sacha) et Charles Morillon (Ossip), dans « Sur l’autre rive », mise en scène de Cyril Teste inspirée de « Platonov », de Tchekhov, à Bonlieu-Scène nationale Annecy, en avril 2024. SIMON GOSSELIN
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April 5, 2023 7:42 AM
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Par Véronique Hotte dans son blog Hotello - 28/03/23 L’Amour et les forêts, mise en scène de Claire Lasne Darcueil, d’après L’Homme des Bois et Oncle Vania d’Anton Tchekhov, traductions d’André Markowicz et Françoise Morvan, et les films réalisés par Anna Darcueil, création et régie lumière Sébastien De Jésus, costumes Lucie Duranteau, scénographie Nicolas Fleury, au CNSAD-PSL. Avec Chara Afouhouye, Vincent Alexandre, Chloé Besson, Théo Delezenne, Hermine Dos Santos, Ryad Ferrad, Myriam Fichter, Mikaël-Don Giancarli, Eva Lallier Juan, Shekina Mangatalle-Carey, Basile Sommermeyer, Padrig Vion, Clyde Yeguete. A l’écran, Alexandre Gonin, Tom Menanteau, Ava Baya, Zoé Van Herck, Julie Tedesco et Léna Tournier-Bernard.
L’Amour et les forêts, écrit Claire Lasne Darcueil, metteuse en scène et directrice en fin de mandat du CNSAD-PSL – Conservatoire Supérieur d’Art Dramatique -, est un spectacle né d’un accident, de l’annulation d’un autre, dans les périodes tourmentées et inédites du Covid et post-Covid. Un spectacle qui s’est construit avec l’atelier d’élèves de 3è année, par petits morceaux de répétitions, rejoint par les anges protecteurs d’une promotion autre, Julie Tedesco et Léna Tournier-Bernard. « Le hasard permet parfois d’aller à l’essentiel: partir librement dans toutes les langues et chemins possibles, à la recherche d’Anton Tchekhov, de ces deux versions d’un même texte que sont L’Homme des Bois et Oncle Vania, c’est faire ensemble le rêve de soigner le monde, de rester des enfants amoureux du théâtre et du cinéma, dont la découverte est contemporaine de son écriture, et de devenir capable d’aimer. » Le chemin de Claire Lasne Darcueil vers Anton Tchekhov a commencé en 1996, « main dans la main avec André Markowicz et Françoise Morvan », avant de mettre en scène L’Homme des Bois en 2002, spectacle festif sous chapiteau avec l’équipe du temps d’amis inoubliables. Le voyage dans le temps, cette quête de l’écriture tchekhovienne, vingt ans plus tard, suit avec la même constance et patience intenses la recherche infinie de l’amour et des forêts – « un risible mais sincère désir de sauver le monde et soi-même avec lui ». Et être capable d’aimer, en dépit de tout. Dix années au moins s’écoulent entre la rédaction de L’Homme des Bois en 1889, considérée comme la première version d’Oncle Vania, et la mise en scène de celle-ci au Théâtre d’Art en 1899, soit la réécriture d’un vaudeville volubile en un drame psychologique et métaphysique tendu. « L’effet Vania, c’est ce mélange de distance ironique, de tendresse désabusée, de vulnérabilité cachée que Vania et le spectateur partagent, l’espace d’une représentation. » (Patrice Pavis). L’écriture – élaboration conceptuelle et graphie mécanique – s’invite sur la scène avec ses deux machines à écrire sonores, côté cour et côté jardin, que les compositeurs sollicitent alternativement : « Non, c’est pas ça ! », résonne sur la scène, rappel de Nina dans La Mouette qui rejoue devant Treplev le rôle endossé des années auparavant dans sa belle jeunesse innocente. On entend des bribes de lettres de Tchekhov adressées à Olga Knipper, et de celle-ci à celui-là, amante et actrice qui retrace le rôle d’Elena porté dans L’Homme des Bois en 1899, à moins que ce ne soient les souvenirs mêmes de la metteuse en scène Claire Lasne Darcueil, en 1999. Un chassé-croisé d’impressions et de sensations, entre vie intime passée et renaissante toujours, présente à vie. Avec pour décor, les pianos mélancoliques soutenant sur des draps blancs des chandeliers aux bougies tremblantes, un éclairage du temps qui ajoute sa patine dorée à l’atmosphère romantique, donnant de la lumière aux portes battantes et fenêtres vitrées dans le lointain, alors que l’on cogne fort aux portes de bois, appelant quelqu’un, le sollicitant : l’être aimé auquel on n’ose se déclarer. Les scènes sont re-jouées – répétition et variation -, par les comédiens qui se ressaisissent du rôle en alternance, selon leur tempérament qui va de la mesure à la démesure, comme il sied à la jeunesse. Et l’écran offre des scènes filmées significatives du bonheur d’être chez des jeunes gens qui fêtent un anniversaire, en palabrant sur leurs soucis actuels et un désir in-abouti d’agir. Des scènes qu’on croirait tirées d’un film en noir et blanc, Les Tricheurs (1958)de Marcel Carné, figures dessinées de lumière pour des vies qui s’épanouissent et se sentent empêchées déjà. Des scènes burlesques et comiques à la Chaplin ou Buster Keaton, avec petit homme facétieux au chapeau melon et vêtu de noir s‘amusant du drap de l’écran, mimant les petits pas, les situations des personnages et les accompagnant de sa compassion. Un rappel aussi des Ailes du désir (1987) de Wim Wenders avec son ange annonciateur blanc et ailé. La belle Elena figure l’ennui, la paresse, le désœuvrement, l’amour – objet de convoitise – qu’elle provoque chez les autres : Astrov, protecteur des forêts, la figure avant-gardiste d’une écologie engagée et active; Vania aussi qui ne se défend pas de son attirance pour la jeune femme du vieux professeur Serebriakov qui l’agace. La tonique Sonia, héritière du domaine et nièce de Vania, résiste sans aménité à Elena : elle est amoureuse, de son côté, du talentueux Astrov qui ne la voit pas. Lumineuse vision nostalgique d’un monde perdu qui renaît des cendres mêmes de la jeunesse, à travers le plurilinguisme – arabe, français, espagnol, créole – et le désir universel de se sentir vivre, malgré les petits arrangements de l’existence. Véronique Hotte Du lundi 27 mars au vendredi 31 mars à 19h, relâche le 30 mars, le 1er avril à 18h, le 2 avril à 15h au CNSAD-PSL 2 bis, rue du Conservatoire 75009 – Paris.
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June 11, 2021 7:24 AM
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Par Fabienne Darge (Montpellier, envoyée spéciale) publié dans le Monde - 11 juin 2021 La mouette le 25 novembre 2020 à Bonlieu, Scène nationale d'Annecy. de gauche a droite Xavier Maly et Mathias Labelle SIMON GOSSELIN Au festival de théâtre de Montpellier, le metteur en scène présente, du 11 au 13 juin, une version aussi sensible qu’audacieuse de la pièce de Tchekhov.
Que d’émotion, que d’émotions… Jeudi 10 juin au soir, sous les arbres du Domaine d’O, le magnifique parc qui abrite le Printemps des comédiens de Montpellier, le cœur y était. D’abord de voir renaître ce festival devenu en quelques années un rendez-vous indispensable des amoureux de théâtre, après son annulation, en 2020, pour cause de Covid-19. Mais la joie y était, aussi, côté salle comme côté scène, avec le spectacle d’ouverture : La Mouette, de Tchekhov, réinventée par le metteur en scène Cyril Teste, entre sensibilité à fleur de peau et audace formelle. C’est une Mouette comme on ne l’a jamais vue, ce qui n’est pas rien, pour une pièce qui est une des plus jouées de par le monde, depuis le milieu du XXe siècle. La Mouette, c’est le Hamlet de Tchekhov, un de ces chefs-d’œuvre, rares, où le théâtre se confronte à sa capacité à toucher le cœur de l’expérience humaine : la vanité de la vie à laquelle on s’accroche pourtant furieusement, la cruauté de l’amour, y compris de l’amour parental, la jalousie, la mort, le désir œdipien et le désir d’art, fou, absolu, comme seul horizon permettant de transgresser la médiocrité. La différence entre Hamlet et La Mouette, c’est que Tchekhov décape toute grandiloquence à l’abordage de ces questions massives, pour les nicher dans la banalité de vies qui ressemblent aux nôtres. Cette transparence qui est le très grand art de Tchekhov, Cyril Teste en trouve un équivalent, avec la forme de théâtre-cinéma qu’il a inventée et peaufinée au fil des spectacles, et qu’il appelle la « performance filmique ». Force nouvelle Le metteur en scène retrouve toute sa fraîcheur et sa liberté d’action, après l’expérience, hasardeuse, de la création d’Opening Night (d’après le film de Cassavetes), avec Isabelle Adjani, en 2019. Point de stars ici, mais un ensemble d’acteurs peu connus, qui sans esbroufe partent à la rencontre, à vue, de leurs personnages et de ce qu’ils leur racontent. On est à la campagne, en Russie mais n’importe où de par le monde dans la douceur d’un soir d’été, au bord d’un lac où se reflète l’ombre des sapins. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Théâtre : Isabelle Adjani au miroir figé d’« Opening Night » Le jeune Treplev s’apprête à faire interpréter par Nina, une jeune fille des environs dont il est amoureux, un texte qu’il a écrit. « Il nous faut des formes nouvelles ! », clame-t-il. Dans l’auditoire, il y a Arkadina, sa mère, qui est actrice, et le compagnon de celle-ci, Trigorine, un écrivain célèbre. Et puis les voisins de la campagne, notamment Macha, une jeune femme toujours vêtue de noir, parce qu’elle « porte le deuil de [s]a vie ». Une Nina que l’on n’avait jamais vue ainsi, cheveux courts blond platine,le corps couvert de tatouage Aucun d’entre eux ne comprendra quoi que ce soit au long poème de Treplev, qui résonne avec une force nouvelle, aujourd’hui, dans la mise en scène de Cyril Teste, avec ses longues listes d’animaux morts, et sa vision d’un monde vide et désolé. Tout finira mal, et les deux jeunes gens se brûleront les ailes au contact de leurs deux aînés. Nina, la mouette à l’envol brisé, tombera amoureuse de Trigorine, qui l’abandonnera, et Treplev restera inconsolable de ne pas avoir eu droit à une mère plus maternante, ou de ne pas avoir eu sa mère pour lui tout seul. En lui s’expriment toute la douleur, tout le scandale éprouvés par les enfants mal-aimés par leurs géniteurs. Paysage sensoriel Sous l’œil de Cyril Teste, la dialectique subtile de Tchekhov se déploie sans didactisme aucun. Les personnages sont tous à la fois insupportables et touchants, ballottés entre grandeur et médiocrité, même et surtout la terrible Arkadina, trop souvent caricaturée, et montrée ici dans toute sa complexité par une formidable actrice, Olivia Corsini. Une contemporanéité que l’on retrouve dans le personnage de Nina, une Nina que l’on n’avait jamais vue ainsi, dans la peau de la jeune slameuse et actrice Liza Lapert, les cheveux courts blond platine, le corps couvert de tatouages. Sous l’œil de Cyril Teste, la dialectique subtile de Tchekhov se déploie sans didactisme aucun Mais le plus soufflant, c’est la manière dont le metteur en scène fait monter peu à peu l’émotion, à travers son dispositif qui, au départ, peut apparaître comme purement formel. Dans son décor d’atelier ou de studio de cinéma, il joue de tout un paysage sensoriel, grâce au son, à la musique (signée par Nihil Bordures) et à l’image, toujours tournée en direct. La caméra semble vouloir passer la barrière des peaux et des visages, pour sonder les affects les plus profonds. Les écrans se démultiplient, se diffractent, se disjoignent, le noir et blanc et la couleur cohabitent, et Cyril Teste paye son tribut à deux cinéastes qu’il aime infiniment, Andreï Tarkovski et John Cassavetes. Par moments, on se demande où est passé le théâtre, caché derrière l’image, avant qu’il ne réapparaisse dans sa nudité, avec d’autant plus de force. La Mouette de Cyril Teste est un spectacle palimpseste, qui semble faire remonter à la surface des images mentales, des réminiscences de datchas et de forêts. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Cyril Teste : « Les histoires de famille, il faut les laisser là où elles sont » Alors oui, on la redécouvre dans toute sa richesse, cette pièce largement autobiographique, qui sonne aussi comme celle de la maturité pour Cyril Teste, aujourd’hui âgé de 46 ans. Un des aspects les plus saisissants de La Mouette aujourd’hui, c’est la vision d’une génération vieillissante, mais qui se vit comme éternellement jeune face à des jeunes qu’elle considère comme vieux, et qu’elle sacrifie en refusant de leur laisser leur place. C’est donc un théâtre intime d’une sensibilité et d’une délicatesse rares qu’offre Cyril Teste avec cette Mouette, en se fondant sur la belle traduction d’Olivier Cadiot. Un théâtre « écrit avec le cœur », comme il est dit dans le spectacle lui-même, dans lequel les comédiens n’ont pas besoin de déclamer ou de forcer le trait, mais peuvent rester sur leur intériorité – Vincent Berger (Trigorine), Katia Ferreira (très belle Macha au physique d’oiseau de nuit à la Barbara), Mathias Labelle (Treplev). Un théâtre qui regarde avec douceur, sans jamais les juger, ces êtres qui ne peuvent vivre sans se blesser à mort, incapables d’aimer qui les aime, et qui s’accrochent à leur désir d’art envers et contre tout. La Mouette, d’après Anton Tchekhov. Traduit du russe par Olivier Cadiot. Mise en scène : Cyril Teste. Printemps des comédiens, vendredi 11 juin à 19 heures, samedi 12 à 11 heures et 20 heures, et dimanche 13 à 17 heures. Printempsdescomediens.com. Puis tournée jusqu’en mai 2022, à commencer par la MC93 de Bobigny, du 25 au 30 juin, puis, à partir d’octobre, à Annecy, Chambéry, au Théâtre Les Gémeaux de Sceaux, au Mans, à La Roche-sur-Yon, Chalon-sur-Saône, etc. Les temps forts du Printemps des comédiens Une vingtaine de spectacles sont proposés à Montpellier jusqu’au 26 juin. Parmi ceux-ci : Un Hamlet de moins, d’après Hamlet de Shakespeare, par Nathalie Garraud et Olivier Saccomano. Jusqu’au 26 juin – The Hamartia Trilogy : Lolling & Rolling, Cuckoo et The History of Korean Western Theatre, conception et performance de Jaha Koo (Corée). Du 11 au 13 juin. – El Pais sin duelo et El hombre que devoraba las palomas, texte et mise en scène de Cristian Flores (Chili). Du 11 au 13 juin. – Pièce sans acteur(s), par François Gremaud et Victor Lenoble. Du 11 au 13 juin. – Les Imprudents, d’après Marguerite Duras, mise en scène d’Isabelle Lafon. Du 18 au 20 juin. – Dans la foule, d’après le roman de Laurent Mauvignier, mise en scène de Julien Bouffier. Du 18 au 20 juin. – Un ennemi du peuple, de Henrik Ibsen, mise en scène de Jean-François Sivadier. Les 18 et 19 juin. – Tempest Project, autour de La Tempête de Shakespeare, adaptation et mise en scène de Peter Brook et Marie-Hélène Estienne. Les 25 et 26 juin. Fabienne Darge (Montpellier, envoyée spéciale)
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May 16, 2016 4:54 AM
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Par Christine Friedel dans Théâtre du blog
L’argent va-t-il tomber du ciel pour racheter cette cerisaie ? Un miracle va-t-il se produire ? Évidemment, non. Les roubles coulent des doigts de la gentille Lioubov, juste capable de vivre au jour le jour avec l’amour lointain-il vit à Paris-d’un homme qui ne la mérite pas, avec aussi l’affection d’un frère resté en enfance, de ses filles, et aussi du «petit moujik» Lopakhine, un homme d’aujourd’hui, jeune capitaliste entreprenant et actif. Ce qui n’empêche pas les sentiments… La Cerisaie est presque la pièce de ce qui n’a pas lieu. Lioubov retrouve sa maison, son histoire, ses chagrins, et repart comme elle était venue, ou presque. Tout patine, l’attente tord la durée, ce qui se construit entre les êtres s’use au fur et à mesure, et devant nos yeux : il n’y aura pas de mariage entre Varia et Lopakhine, on assiste tranquillement à la défaite d’un monde qui n’a plus lieu d’être. Ce temps suspendu crée une sorte d’émotion très particulière pour le spectateur, qui s’y laisse aller à son tour. D’autant plus, et on le ressent avec cette mise en scène, que le texte de La Cerisaie est constitué en grande partie de récits, d’informations qui s’adressent tout autant au spectateur-témoin, qu’au partenaire. Et la mise en scène : salle éclairée, acteurs dans la salle… fait du public, précisément, un partenaire. De là, à théâtraliser cette relation ? A l’inverse de La Mouette ou d’En attendant Godot, qu’avait montées Yann-Joël Collin où le théâtre, à l’état naissant, faisait corps avec chacune des pièces mais aussi avec le public, sa compagnie La Nuit surprise par le jour invite ici le (vieux) théâtre comme un corps étranger. Splendides et dérisoires rideaux de velours rouge (qui finiront à la poubelle…), recours au mime et au jeu masqué pour le vieux Firs (porté par une ravissante et jeune actrice, bosselée de prothèses de chiffon et affublée d’un nez de carton), et fête dans un music-hall de province avec plumes et paillettes. Les images d’un spectacle un peu ringard envahissent le plateau, comme si le personnage de Carlotta, avec ses petit tours de magie, était hypertrophié pour devenir la métonymie de la représentation elle-même. Voilà une idée un peu trop visible, et pas complètement assumée pour être vraiment la bonne idée. La vidéo fait (un peu) entrer la rue dans le théâtre (ce n’est pas très neuf ! mais cela fonctionne), et donne une joyeuse respiration. Plusieurs acteurs de la troupe ont été formés par Antoine Vitez qui reste sa référence. Quand il travaillait une pièce, il tirait sur ses coutures pour voir comment elles résistaient : et si on jouait La Cerisaie comme un vaudeville ? Cela ne signifiait pas pour lui qu’il fallait la jouer comme un vaudeville, mais que cela valait la peine de tenter l’expérience : « Le résultat est terrible », disait-il. La très longue fête, à la fin de l’acte III, avec guitares électriques et boule à facettes, déborde sur l’entracte, et déboule dans les escaliers du théâtre jusqu’à la rue, a quelque chose de terrible : elle distend en effet presque jusqu’à l’insupportable, l’attente du coup de marteau de la vente aux enchères : «A qui a été vendue la cerisaie ? ». En même temps, elle nous donne le temps de penser à nos « Trente glorieuses » et aux années bling-bling qui ont suivi, à l’insouciance où nous vivons peut-être encore, avant inventaire et rangement final. Sommes-nous tous de ces aristocrates inutiles et démunis ? Le social, le politique ne sont pas explicitement là mais trouvent leur temps dans cette terrible durée. Le théâtre est-il là pour être « terrible » ? En sortant de cette Cerisaie, on a envie de dire : oui… Christine Friedel Théâtre des Quartiers d’Ivry-sur-Seine. T : 01 43 90 11 11, jusqu’au 5 juin.
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March 3, 2016 3:00 PM
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Par Gilles Renault pour Libération :
Tchekhov, relecture à double foyer
Christiane Jatahy transpose «les Trois Sœurs» dans la Russie d’aujourd’hui, à travers un dispositif qui couple théâtre et cinéma.
Elles sont là, assises ensemble, ainsi que les imagina Anton Tchekhov à l’aube du XXe siècle. Mais, conjuguée au présent, la Russie dont elles parlent est celle des Pussy Riot. Du texte d’origine des Trois Sœurs, seule Maria est devenue Macha, les deux autres, Irina et Olga, ayant conservé leur prénom initial. Tous les personnages secondaires, en revanche, n’existent quasiment plus, devenus simples figurants (Kouliguine, le mari de Macha/Maria) ou ayant été rayés du récit (exit Anfissa, Féraponte…). Signe des temps, Salinoy, l’officier amoureux de la cadette tout juste mentionné au détour d’une phrase, n’est plus que la photo d’un «mec tatoué» qui apparaît subrepticement sur un smartphone.
On le sait, la pièce débute par la fête d’anniversaire d’Irina, un an après la mort du père. Et elle se termine avec l’évocation d’un très hypothétique voyage à Moscou, tel une bouée de sauvetage qui sauverait les sœurs de leur torpeur provinciale. Une chute sur laquelle rebondit la metteuse en scène brésilienne Christian Jatahy, qui a choisi de titrer son adaptation en simili sequel : What If They Went to Moscow ? Et si…
Scindés en deux groupes, les spectateurs vont alors assister - peu importe dans quel ordre - à deux fois la même représentation, d’une heure trente, mais sous des formes distinctes : d’une part, sur un mode théâtral, où interfère en permanence la présence de caméras qui font partie intégrante du dispositif ; d’autre part, en version cinéma, la metteuse en scène coiffant la casquette de réalisatrice pour monter en direct la pièce qui est projetée dans une salle mitoyenne. Une initiative judicieuse dans la mesure où l’expérience convoque plus la complémentarité que la redondance en ce qu’elle révèle in vivo, fond et forme confondus, la subtilité d’un processus créatif optimisant son parti pris ubique. Pour faire court, le film exacerbe les liens sororaux en se focalisant notamment sur les plans serrés surlignant une relation à fleur de peau entre Olga guettée par le poids des ans qui se désespère d’être «devenue invisible du jour au lendemain» (aux yeux des hommes), l’«amère» Maria clamant «je hais ma vie» tout en cherchant une issue de secours dans l’adultère, et la jeune et dynamique Irina entonnant «Je veux tout le monde heureux». A l’inverse, la version théâtre élargit le spectre et, d’une certaine façon, allège un propos par moments fragmenté en une forme singulière de split screen live : décors qui valsent, techniciens/figurants qui s’activent sur le plateau et interaction avec le public, convié à la fête entre coupes de champagne, fraisier servi dans des assiettes et trémoussements sur Boys Don’t Cry de The Cure ou Satellite of Love de Lou Reed.
Porté par l’évidente complicité d’un brelan de comédiennes (Isabel Teixeira, Julia Bernart, Stella Rabello) dont le facteur sympathie est renforcé par un usage savoureux du français, What If…, déjà présenté à l’automne 2014 au CentQuatre (qui produit pour l’Europe la compagnie Vertice de teatro et où Christiane Jatahy est en résidence), s’accomplit ainsi en une passionnante expérience bicéphale. Hybride débridé (ça crie, ça pleure, ça baise, ça chante), le projet avance de la sorte en équilibre sur ce fil tendu qui relie la réalité à la fiction avec, toujours, la perspective d’un ailleurs (la deuxième salle), source de questionnement et d’espoir, comme de frustration et d’envie.
Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=b0jSCpMc4so
«What If They Went to Moscow ?» de Christiane Jatahy, en portugais surtitré, Théâtre de la Colline, 75020. Jusqu’au 12 mars. 01 44 62 52 52, www.colline.fr
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August 9, 2015 11:23 AM
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Anton Tchekhov, la blouse pour épouse, la page pour maîtresse
Publié par Fabienne Darge dans Le Monde : « Artistes et médecins » (6/11). L’auteur russe s’est lancé dans l’écriture pour financer ses études de médecine. Il n’a jamais quitté ni l’une, ni l’autre. Ich sterbe » – « je meurs », en allemand –, dit Anton Tchekhov quand il s’éteint, en juillet 1904, à Badenweiler, Allemagne. Badenweiler est une ville d’eaux pour phtisiques, mais Tchekhov meurt une coupe de champagne à la main. Il a 44 ans. Et, depuis plus de cent ans, on s’interroge, on glose à n’en plus finir sur ce « Ich sterbe », sur ce qu’il dit de l’individu et de l’écrivain. Nathalie Sarraute a écrit un très beau texte sur le sujet, parlant de Tchekhov « établissant le constat de sa mort ». Non pas en russe, mais en allemand, dans la langue du docteur Schwöhrer, qui se trouvait à son chevet, en compagnie de la compagne de l’écrivain, l’actrice Olga Knipper : ultime politesse, dernière élégance d’un homme qui n’a cessé de vouloir soulager la souffrance des autres. Le constat. Le diagnostic. Et l’empathie, sans démonstration et sans pathos. Tout Tchekhov est là. Tout son vécu de médecin-écrivain-journaliste – et de malade. Comme chez Arthur Schnitzler, son contemporain viennois, la médecine occupe une place fondamentale dans l’écriture – mais de manière très différente que chez l’auteur de La Ronde. Fleurs de sang Ecrivain, il l’est devenu presque malgré lui – si tant est qu’il y ait des malgré-soi… –, lui, le petit-fils de serf. Lui, le fils de boutiquier de Taganrog, petite bourgade des bords de la mer Noire, qui se considère comme bien moins brillant que ses deux grands frères, l’artiste Nikolaï et l’intellectuel Alexandre. S’il griffonne ses premiers récits humoristiques sur un coin de table, à 20 ans à peine, c’est pour nourrir sa famille – qu’il entretiendra toute sa vie – et pour payer ses études de médecine. La médecine, c’est, pour ce jeune homme qui se considère sans talent particulier, le seul moyen d’échapper à une vie de misère et d’humiliations. L’étudiant, qui s’est mis à écrire pour gagner quatre sous en attendant que son métier de médecin lui permette d’abandonner cette activité purement alimentaire, obtient son diplôme en 1884. La même année, il a sa première hémoptysie : les fleurs de sang annoncent la tuberculose à venir, mais le tout nouveau docteur Tchekhov ne veut pas le voir, pas le savoir. Il veut vivre, comme les héroïnes de sa pièce Les Trois Sœurs, qu’il écrira bien plus tard. Et rien ne se passera comme il l’avait prévu. Certes, il sera médecin, il soignera, les pauvres et les paysans surtout, partout où il vivra, notamment à Melikhovo, la propriété qu’il achète en 1892 à moins de cent kilomètres de Moscou. Il sait de quoi l’homme est fait Il soigne, il soulage. Gratuitement, le plus souvent : sa clientèle n’a pas les moyens de le payer. Il écoute, il observe, il ausculte cette Russie que les grands esprits veulent révolutionner de fond en comble. La médecine à la fin du XIXe siècle n’est guère plus avancée que du temps de Molière. Choléra, typhus, diphtérie et scarlatine sévissent, ainsi que tous les maux associés à la misère, à la crasse, à l’alcoolisme et à l’ignorance. Avec ses deux chiens, les bassets Bromure et Quinine, il sillonne la campagne. De temps en temps, le médecin-chef de l’hôpital voisin lui demande un coup de main, pour les autopsies. C’est peu de dire que Tchekhov sait de quoi l’homme est fait, corps et âme. Et, en cette fin de siècle, dans l’empire du tsar, il est principalement fait de souffrance – une souffrance que Tchekhov regarde à hauteur d’homme, sans surplomb. « Mercredi dernier, à ma consultation du dispensaire, on m’a apporté un enfant de trois ans qui était tombé dans une bassine d’eau bouillante… Il ne fait pas bon être médecin ! C’est effrayant, et assommant, dégoûtant… Une petite fille avec des vers plein son oreille, des diarrhées, des vomissements, des syphilis, pff ! Oh, douces musique et poésie, où êtes-vous ? », se plaint-il dans une de ses lettres. Précurseur de l’humanitaire Alors il écrit. Pas pour raconter tout ça, non – c’est ce qu’il prétend, du moins. Mais parce qu’il a besoin d’argent, encore et encore, avec toute la smala qui va et vient dans sa maison et qu’il faut nourrir. Et pas pour faire du style, surtout pas. « Un écrivain n’est quand même pas un confiseur, un parfumeur, un amuseur… Il est comme n’importe quel vulgaire correspondant de presse »,s’exclame-t-il, lui qui est si rarement véhément, avant de louer « un style de procès-verbal, sans mots plaintifs ». Ecrivain malgré lui… Les psychanalystes n’y croiraient pas, bien sûr. Tchekhov se démène, invente la médecine humanitaire avant l’heure, sorte de précurseur des Rony Brauman et autres Bernard Kouchner, ouvrant des dispensaires, organisant la lutte contre l’épidémie de choléra ou encore se rendant dans l’enfer qu’est le bagne de Sakhaline, pour décrire les conditions de vie inhumaines des déportés. En 1888, il répond à son éditeur, Souvorine, qui l’encourage à écrire et trouve qu’il gâche son talent : « Je me sens mieux et plus content de savoir que j’ai deux professions. La médecine est ma femme légitime, la littérature ma maîtresse. Quand je me fatigue de l’une, je passe la nuit avec l’autre. » Et puis, comme autrefois les clients de l’épicerie de Taganrog, les malades qui viennent consulter le docteur Tchekhov sont pour l’écrivain une mine de personnages, de situations. Et c’est ainsi, mine de rien, toute une tragi-comédie humaine qu’il invente peu à peu, au fil de ses quelque six cents nouvelles, auxquelles viendront s’ajouter, comme une distillation raffinée, neuf pièces en un acte et six « grandes » pièces. Tchekhov vit comme un forçat, sans avoir la santé du colosse Léon Tolstoï. Imagerie théâtrale Il est malade, mais ne veut pas radiographier le nénuphar qui lui nappe le poumon. Il a mieux à faire. Il vit à fond, se couche à point d’heure, se lève aux aurores pour écrire, collectionne les maîtresses voire les filles de mauvaise vie et voyage autant qu’il peut, de Nice à Rome, de Paris à Novossibirsk – il rêve même de partir explorer l’Algérie. Il est l’opposé absolu de l’auteur enfermé dans sa tour d’ivoire et des afféteries gracieuses dans lesquelles l’a cantonné toute une imagerie théâtrale du début du XXe siècle, avec samovars et belles dentelles. Depuis, on l’a amplement redécouvert, notamment en lisant ses merveilleuses nouvelles, qui ont été longtemps méconnues en France, et qui donnent la mesure de l’art du « praticien » Tchekhov – et de sa modestie. En 1900 encore, alors qu’il est devenu un auteur célèbre et qu’il assiste à une représentation des Ames solitaires, de Gerhart Hauptmann, donnée par le Théâtre d’art, il dit à Stanislavski : « Voilà un vrai auteur de théâtre. Moi, je ne suis qu’un médecin. » Incurable. A lire : Carnets, de Tchekhov (Christian Bourgois).Tchekhov, par Virgil Tanase (Gallimard, « Folio »). Regardez la neige qui tombe. Impressions de Tchekhov, de Roger Grenier (Gallimard, « Folio »). Prochain article : Joseph Beuys (1921-1986), « medecine man ». Fabienne DargeLe 9 août 2015 à 16h56
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Le spectateur de Belleville
April 6, 2015 8:09 AM
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Publié par Fabienne Darge pour Le Monde : A Saint-Pétersbourg, le Théâtre Maly (« petit théâtre de drame ») de la rue Rubinstein, tout près de la célèbre perspective Nevski, n’est pas seulement un théâtre, derrière sa façade fin XIXe, son portique crème à colonnes. C’est une maison, au sens à la fois le plus concret et le plus spirituel du terme. Ainsi l’a voulu Lev Dodine, le lion à la crinière blanche, qui en a pris la direction en 1982, et en a fait un des foyers majeurs du théâtre européen, emblématique de la perestroïka, avec des créations marquantes comme Gaudeamus ou Claustrophobia.
Aujourd’hui, Lev Dodine, qui est né en 1944 en Sibérie, à Stalinsk (redevenue Novokouznetsk), dans une famille d’origine juive, a 70 ans, et quelques soucis de santé – le cœur, eh oui. Il est inquiet pour sa maison de théâtre, et pour la maison Russie. Il semblerait que le domaine soit à vendre au plus offrant, que le marché ait gagné de manière féroce, et que l’antisémitisme, l’incurable antisémitisme russe, soit de retour.
Alors, Lev Dodine a remonté La Cerisaie. Il avait déjà signé une version de l’ultime pièce de Tchekhov en 1994, que l’on avait pu voir à l’Odéon. Ce n’était pas son meilleur spectacle. Mais cette nouvelle Cerisaie, créée en 2014, et que l’on peut voir au Monfort Théâtre, à Paris, dans le cadre du festival Standard idéal - hors les murs, est une splendeur. Un spectacle de maître comme il est si bon d’en voir encore. Et de maître russe, avec des acteurs russes : adeptes du low profile et de l’anorexie de l’âme, du corps et de l’esprit, passez votre chemin, ceci ne sera pas pour vous.
Musique à la fois subtile et puissante
La maison, qui est donc au cœur du projet de Lev Dodine pour son théâtre, est bien sûr au cœur de La Cerisaie, la plus belle pièce jamais écrite sur cette notion, si importante pour l’être humain, d’un chez-soi de l’âme. Et toute la mise en scène de Dodine, qui est sans doute son chef-d’œuvre, est un manifeste à la fois testamentaire et magnifique, tournant autour de cette métaphore de la maison comme foyer de valeurs communes et partagées – et menacées –, en une vision à la fois très personnelle de la pièce, et tchékhovissime.
A Saint-Pétersbourg, où nous avons vu le spectacle en décembre 2014, Lev Dodine a utilisé tout son théâtre, en un dispositif recréé au Monfort. L’histoire de Lioubov Andréevna, qui revient dans son domaine, sa « chère Cerisaie », après des années d’errance en Europe, l’histoire de ces propriétaires terriens ruinés qui n’ont pas vu, pas compris, que leur heure était passée, a lieu parmi nous, spectateurs assis sur des sièges houssés de blanc, comme les meubles de la maison en vente. C’est notre histoire, nous en sommes partie prenante. Lire l'article de Fabienne Darge en entier ---> http://www.lemonde.fr/scenes/article/2015/04/06/lev-dodine-rebatit-sa-cerisaie_4610065_1654999.html La Cerisaie, d’Anton Tchekhov. Mise en scène : Lev Dodine. Festival Standard idéal, Monfort Théâtre, 106, rue Brancion, Paris 15e. Tél. : 01-56-08-33-88. Du mardi au samedi à 20 h 30, du 7 au 18 avril. De 10 €à 28 €. Durée : 3 heures. En russe surtitré. En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/scenes/article/2015/04/06/lev-dodine-rebatit-sa-cerisaie_4610065_1654999.html#DfGHHv2imzWRE4sy.99
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Le spectateur de Belleville
March 17, 2015 5:13 PM
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Publié dans l'Obs : LE PLUS. En 1890, pour aider financièrement sa famille, Anton Tchekhov, modeste médecin, décide de prendre sa plume. De grands pontes de la littérature russe, dont Tolstoï, lui feront prendre conscience de son talent. "Anton Tchekhov 1890" n'est pas un simple biopic. Claire Micallef a été subjuguée cette "petite musique" tchekhovienne. Lire l'article entier ---> http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1339177-anton-tchekhov-1890-de-rene-feret-une-pepite-pleine-de-grace-et-de-sensibilite.html Que le vilain mot de "biopic" semble inapproprié, presque déplacé, devant cette petite pépite pleine de grâce, de sensibilité ! Si René Féret ("Le prochain film", "L'histoire de Paul") s'est attaché à retracer la période la plus intense de la vie du plus grand dramaturge et nouvelliste russe, de sa reconnaissance par le milieu littéraire jusqu'au soir prématuré de sa vie (il a succombé à la tuberculose à l'âge de 44 ans), il ne s'ingénie pas pour autant à faire "couleur locale", à enrober son film d'un pittoresque factice. Une tendresse gourmande, une joie facétieuse Malgré le soin méticuleux apporté à la reconstitution, qui nous promène des intérieurs chatoyants de la demeure familiale à l'île grisâtre et désolée de Sakhaline, les acteurs, loin d'être engoncés dans les costumes et les décors, resplendissent par irisations de toute l'âme des personnages de Tchekhov. Une tendresse gourmande, une joie facétieuse, un désarroi diffus lié au sentiment d'être passé à côté de sa vie auréolent le film, qui, pour reprendre le mot d'un autre écrivain-médecin, Céline, joue en sourdine "la petite musique" tchekhovienne des élans contrariés, des sentiments condamnés à rester enfouis, de la résignation douce. La bande annonce du film : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19550546&cfilm=234111.html
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