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Le spectateur de Belleville
February 20, 2019 7:28 PM
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Par Fabienne Darge dans Le Monde 20.02.2019 Fascinant et insoumis, Serge Merlin, décédé samedi 16 février à 86 ans, a porté son art à un point d’incandescence rarement atteint.
C’était un de nos derniers monstres sacrés, un comédien adulé par les amateurs de théâtre, qui a porté son art jusqu’à un point d’incandescence rarement atteint : Serge Merlin est mort, samedi 16 février, à l’âge de 86 ans. Il a rejoint Samuel Beckett, Thomas Bernhard et Antonin Artaud, ses dieux, ses doubles, au pays du souvenir, où ses mots, leurs mots, incendiés par son engagement d’acteur, brûleront longtemps encore.
« Je préfère qu’on ne parle pas de mes origines, je les ai déchiquetées moi-même », avait-il prévenu d’emblée, de sa voix de caverne, un jour de juin 2011 où l’on était allée à sa rencontre – une rencontre qui n’avait ressemblé à nulle autre que l’on a pu vivre dans ce métier. Serge Merlin était un insoumis, un vrai, un asocial, avec qui il était hors de question de se prêter au jeu classique de l’interview.
Lire la critique en 2012 : Serge Merlin est un sorcier, un chaman qui a "le feu en lui" et brûle les mots Il était né, sous le nom de Serge Merle, le 29 décembre 1932 à Sainte-Barbe-du-Tlélat, en Algérie, dans une famille dont il dira juste : « J’ai rejeté des monstres. Je n’ai pas voulu appartenir à cette race. » L’adolescent se réfugie chez les « pères blancs », où il « mange de la parole ». Un jour de ses 15 ans, il assiste à la représentation d’un cirque tzigane. « Choc immense. » Quelques jours plus tard, il s’enfuit à bord d’un bateau pour la France. Il se retrouve dans le Paris de la fin 1947, dans une solitude et une misère noires, absolues. Il sera clochard, longtemps. Avec son compagnon de rue, ils font griller des patates sur le poêle de la salle du Collège de France où Gaston Bachelard donne ses cours, puis vont boire des coups avec le philosophe.
« Je refusais d’être enseigné » Le théâtre est venu comme un mystère, un appel. Serge Merlin s’est « retrouvé avec des jeunes gens qui parlaient théâtre ». Il les accompagne au cours de René Simon, dont le secrétaire prend sous son aile cet oiseau noir et vagabond, qui s’envolera vite : « Je refusais d’être enseigné. Je ne pouvais pas m’accommoder, avec rien. Je n’étais même pas un personnage à la Genet. Infumable, totalement. »
Dès ces années 1950, sa réputation est faite. On évoque à son sujet Antonin Artaud, et pas seulement à cause de son visage aux joues creuses et aux yeux de braise. Le théâtre doit brûler, sinon il n’est pas digne d’être vécu. Serge Merlin fascine et fait peur. Son parcours sera fait de plongées dans la nuit et de renaissances : « J’ai été à la mort, à la fin, un certain nombre de fois. Je suis un condamné kafkaïen. »
La première de ces renaissances, il la doit à Albert Camus, qui l’engage pour Les Possédés, en 1959. « Quand il est mort [en 1960], tout s’est effondré. Il comprenait, il savait ». Serge Merlin replonge, ressurgit avec Andrzej Wajda, qui vient le chercher pour jouer dans Samson, puis replonge, au fond du trou, dans sa chambre de bonne de la rue de Cléry, qu’il a habitée pendant plus de quarante ans.
« J’ai vu une chose : que moi seul au monde pouvais comprendre cette déréliction infinie, cette non-vie, et que c’était l’ultime épreuve. Il fallait que je parle, ou que je meure »
Il n’en serait sans doute jamais ressorti si le réalisateur roumain Liviu Ciulei n’était venu le voir, en 1975, avec le texte du Dépeupleur, de Beckett. « J’ai vu une chose : que moi seul au monde pouvais comprendre cette déréliction infinie, cette non-vie, et que c’était l’ultime épreuve. Il fallait que je parle, ou que je meure ». Serge Merlin a parlé. Et ce fut plus qu’un spectacle mythique, repris à plusieurs reprises au cours des trente années suivantes : une cérémonie alchimique, dont l’acteur est ressorti incendié, au sens strict du terme – peau, cheveux et texte calcinés, à l’issue d’une représentation en Suisse.
Après cela, Serge Merlin a mené une vie de théâtre un peu plus « normale ». Il a joué avec Patrice Chéreau, incarné deux fois le roi Lear de Shakespeare, avec Matthias Langhoff et Christian Schiaretti. Au cinéma, il connaît un grand succès populaire avec Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, de Jean-Pierre Jeunet en 2011 dans lequel il interprète un peintre, ami d’Audrey Tautou.
Lire la critique en 2014 : Serge Merlin, sur la lande de Shakespeare Grâce à André Engel, il a rencontré Thomas Bernhard, qui ne l’a plus quitté. Et c’est bien lui, clochard céleste s’il en fut, qui a porté aussi bien l’art de l’exagération de Thomas Bernhard que l’art de l’épure de Beckett à leur acmé. Avec tout son être, et ses instruments d’acteur : ses bras et ses mains, qui semblaient prendre les mots à bras-le-corps ou voletaient comme des oiseaux, sa voix, qui était tantôt chant tantôt profération terrible, et son visage, qui en des transmutations étranges était toujours le sien, et celui de l’esprit qui l’habitait. C’est peu de dire que le théâtre avait chez lui la valeur d’un engagement religieux.
Serge Merlin en quelques dates 29 décembre 1932 : Naissance à Sainte-Barbe-du-Tlelat (Algérie)
1959 : « Les Possédés »
1961 : Tourne dans « Samson »
1975 : « Le Dépeupleur »
1986 : « Le roi Lear »
2001 : « Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain »
16 février 2019 : Mort Légende photo : Serge Merlin, en mai 2015 à Paris. LOIC VENANCE / AFP
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Le spectateur de Belleville
February 17, 2019 7:28 AM
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Entretien de 2016 à écouter sur le site de France Culture, page de l'émission Hors-champ (Laure Adler) Comédien et metteur en scène, Serge Merlin porte avec énergie, sensibilité et humour ses 83 ans. Il s’entretient avec Laure Adler.
Serge Merlin évoque son enfance. « Un cristal de larmes. Je ne sais pas. Je suis mal-aimé. Je n’étais pas attendu, je n’étais pas souhaité. La volonté était plutôt de me détruire avant que je ne sois là ». Il passera une partie de son enfance à Colomb Béchar, en Algérie française. Ville dont il garde un souvenir également pénible : il se souvient d’« une solitude atroce » dans ce désert situé à 80 km à l’est de la frontière marocaine.
"C’est très laid le désert." « C’est très laid le désert, c’est des cailloux, des choses comme ça. De temps en temps il y a une dune (…) et puis ces palmiers, invraisemblables, tout à coup, (…) au milieu (…) de ce rêve. Mais un rêve atroce. Très douloureux avec une chaleur épouvantable. Tout est hostile, tout est terrible, tout est affreux. Sauf les nuits et les étoiles. »
"J’étais élevé comme un prince de Bavière." A Colomb Béchar, Serge Merlin a néanmoins joui d’une éducation inhabituelle « J’avais des pères blancs qui me lisaient dans le texte. J’étais élevé comme un prince de Bavière. On me faisait la lecture, on me traduisait les choses, l’arabe, le latin et je ne m’apercevais pas de mon élection. J’étais vraiment choisi et entouré.»
"On ne s’attendait à rien de moi." Ses premiers pas vers le théâtre, il les fait à l’école : « un jour, ils ont dit qu’il fallait apprendre un texte. Alors, moi, je n’apprenais rien, jamais, je ne répondais à rien. Là j’ai appris Athalie, le songe d’Athalie. On ne s’attendait pas à ce que je récite le songe d’Athalie. On ne s’attendait à rien de moi. On ne me demandait rien. J’étais comme ça, en trop dans la classe. Je me suis levé et je suis rentré en flamme avec ça. Avec un texte. Avec cette matière ; et je suis tombé raide mort à la fin. » Photo : Serge Merlin• Crédits : Corinne Amar - Maxppp Tous les articles sur Serge Merlin repris dans la Revue de presse théâtre
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Le spectateur de Belleville
February 17, 2019 7:02 AM
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Par Stéphane Capron dans Sceneweb -17 février 2019
photo CB Hoffman
L’immense comédien, Serge Merlin est mort à l’âge de 86 ans. Il a passé sa vie avec Thomas Bernhard, Beckett et Shakespeare et a été dirigé par Patrice Chéreau, Matthias Langhoff, André Engel, Alain Françon et Christian Schiaretti. Comédien tourmenté, il avait le don d’hypnotiser le public.
L’année dernière au Printemps des Comédiens, André Engel aurait du présenter Le Faiseur de Théâtre avec son comédien fétiche. Le spectacle avait du être annulé. André Engel l’avait dirigé en 2015 au théâtre de l’Œuvre dans Le Réformateur de Thomas Bernhard. La dernière fois que le comédien est monté sur scène c’était sous la direction d’Alain Françon dans Le Dépeupleur, de Samuel Beckett et dans Hamlet, je suis vivant et vous êtes morts de Wilfried Wendling.
Le grand rôle marquant de Serge Merlin aura été Le Roi Lear. Il l’a incarné la première fois en 1986 sous la direction de Matthias Langhoff, et en 2014, pour la réouverture du Théâtre National Populaire de Villeurbanne, Christian Schiaretti lui propose une nouvelle fois de l’incarner. Serge Merlin électrise la scène. Il impose sa stature avec une énergie inouïe. Il est massif et tonique. Il donne le ton au spectacle. On sent d’ailleurs poindre l’admiration du reste de la troupe. Il place la barre très haut. Serge Merlin a alors l’âge du rôle, il a 81 ans et déborde de vitalité. C’est subjuguant. Pendant toute l’exploitation du spectacle, le public est debout tous les soirs pour saluer la performance de Serge Merlin. Et lui tel un enfant, les yeux écarquillés, empoigne la main de ses camarades et savoure ces instants de bonheur.
En 2017, il revient sur scène au Théâtre les Déchargeurs dans Le Dépeupleur un texte de Beckett qui lui colle à la peau (il l’avait créé en 1978 dans le Off à Avignon). Sous la direction aiguisée d’Alain Françon et dans une très belle scénographie de Jacques Gabel, l’acteur continue d’hypnotiser le public. Serge Merlin, baguette à la main, longue redingote verte, tourne autour d’un cratère. Il s’avance vers le public pour mieux faire entendre les mots de Beckett, s’appuie sur les premiers rangs pour chercher le regard d’un spectateur. Il est incroyable. Serge Merlin était un acteur magnétique. Un acteur unique.
Outre ses nombreux rôles au théâtre, Serge Merlin avait joué dans une vingtaine de films. Son rôle le plus célèbre sur le grand écran était sans doute le personnage de Raymond Dufayel, “l’homme de verre”, qu’il avait incarné dans Amélie Poulain au début des années 1990. Son dernier rôle au cinéma était celui de Louis XI dans Un peuple et son roi de Pierre Schoeller, sorti l’an dernier en salle.
Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr photo CB Hoffman
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Le spectateur de Belleville
February 16, 2019 4:01 PM
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Ecoutez Serge Merlin au micro de Joëlle Gayot en 2012, à l'occasion de "La dernier bande" de Samuel Beckett, mise en scène Alain Françon. Lien pour l'écoute en ligne de l'émission (30 mn) Samuel Beckett / Serge Merlin / La dernière bande en replay sur France Culture. Retrouvez l'émission en réécoute gratuite et abonnez-vous au podcast !
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Le spectateur de Belleville
December 17, 2016 7:42 PM
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Par Jean-Pierre Thibaudat pour son blog Balagan
Devenu propriétaire du petit théâtre de la rue de Clichy fondé par Lugné-Poe, Frédéric Franck cherche à donner un nouveau visage au théâtre privé. Quatre ans après, trop endetté, il vend son théâtre. Dans un livre luxueux, il nous raconte cette aventure sans rien en cacher. Instructif, édifiant, passionnant.
Souvent, lorsque les directeurs quittent un théâtre, généralement après neuf ans d’exercice dans le théâtre public, ils s’offrent un cadeau de départ : un livre commémoratif, tout à leur gloire directoriale il va sans dire, énumérant toutes ces années de façon rébarbative avec une bonne dose de d’autosatisfaction, sans la moindre distance critique, sans analyse, mais avec des bilans aux chiffres rêveurs.
Le très gros livre d’un relatif échec
Le livre ne se vendra pas ou peu, l’éditeur le sait, et pour que l’opération soit blanche, il demande au directeur un pré-achat d’un nombre respectable d’exemplaires, demande satisfaite et somme prélevée sur le budget du théâtre. L’ex-directeur offre des exemplaires au personnel, aux élus, à la terre entière. En tant que journaliste, il m’arrive d’en recevoir. Un jour de pluie, je les feuillette, c’est plein d’images, à la fin du feuilletage, ils tombent comme d’eux-mêmes dans la corbeille.
Bien sûr, il existe des exceptions qui contredisent tout ce que je viens de médire. Dans le théâtre privé, l’affaire est plus retorse. Les propriétaires des lieux contrôlent les directeurs des établissements quand il ne jouent les deux rôles. Les livres commémoratifs sont plus rares, d'autant qu’ils se font sur deniers propres.
Dépassant ces clivages, il y a le cas particulier de Frédéric Franck. Directeur du Théâtre de la Madeleine, il avait raconté cette histoire dans un livre luxueux, Grandes et petites histoires d’un théâtre parisien : la Madeleine (2002-2012), édité par une société dont il est le principal actionnaire, l’histoire d’un succès. Il revient avec un nouveau livre , encore plus luxueux que le précédent, et chez le même éditeur, Journal d’un théâtre parisien, L’Œuvre 2012-2016, l’histoire… d’un échec.
Ce livre d’un format tel qu’il n’entre dans aucune bibliothèque normalement constituée mais se pose idéalement sur les tables basses en verre des salons où l’on reçoit (et dont se délecte Yasmina Reza dans Art) est d’un poids conséquent, au propre comme au figuré. C’est un beau livre, comme on dit à l’approche des fêtes, mais c’est aussi un livre qu’il faut lire, et non seulement feuilleter, car son contenu est instructif : jamais on n’aura circulé dans les coulisses d’un théâtre privé avec autant de précisions.
De père en fils
Est-ce là l’œuvre d’un méga-mégalo racontant son parcours glorieux et sacrificiel à la tête de ce théâtre chargé d’histoire ? Nullement. C’est l’œuvre d’un homme exigeant vis à vis des autres mais d’abord de lui-même. Images et textes à l’appui, le livre de Frédéric Franck honore le théâtre dont il fut le propriétaire et les artistes qu’il y présenta. Et parlant de lui-même, il nous raconte et analyse l’histoire d’un échec. Le sien. Le cas est rare. L’échec de son parcours à la tête du Théâtre de l’Œuvre, un théâtre privé dont il avait fait l’acquisition. Il pensait rester dix ans ; trop endetté, il doit vendre son théâtre au bout de quatre saisons. Ce sont ces quatre ans qu’il raconte par le menu. C’est constamment passionnant.
Brocardé par la quasi-totalité de ses confrères du théâtre privé, regardé avec méfiance ou condescendance par les directeurs du théâtre public, Frédéric Franck est un homme à part. En marge des deux pans du théâtre, privé/public, il cherche une troisième voie. Il l’a cherchée quatre ans durant au Théâtre de l’Œuvre, il ne l’a pas trouvée, cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas, mais peut-être en a-t-il mal posé les termes, mal mesuré les enjeux. Jouant cartes sur table, il n’élude aucun détail, aucun compte, reproduit des échanges de mails (savoureux), des fac-similés de lettres. Il parle sans fard et avec des vrais chiffres de la gestion de son théâtre, ne tait pas ses erreurs, ses déceptions, les trahisons dont il a été victime. Au passage, il tance quelques personnes mais le plus souvent avec élégance. On vit quasiment au jour le jour ces quatre ans, le terme de « journal » utilisé dans le titre n’est pas usurpé.
Frédéric Franck est un rejeton du théâtre privé de qualité, ne lui parlez pas de théâtre de boulevard ou d’humoristes à micro hf face public, il a horreur de ça. Le nom de son père, Pierre Franck (mort en 2013), reste inséparable de celui du Théâtre Hébertot qu’il dirigea longtemps et où il signa des dizaines de mises en scène. Il codirigera par la suite le Théâtre de l’Œuvre avec Georges Herbert de 1960 à 1973, puis participera à une direction collégiale, celle du Théâtre de l’Atelier après le départ d’André Barsacq en 1976 avant d’en assurer seul la direction jusqu’en 1998 (ce sont les années où Michel Bouquet est là comme chez lui).
La résistance contre l’occupant
Le fiston Frédéric suit cette voie toute tracée, travaille avec son père sur des tournées puis, volant de ses propres ailes, fonde une société de production et de tournées. Enfin, s’enhardissant, il acquiert (avec d’autres) le Théâtre de la Madeleine et le dirige à sa façon, travaillant souvent avec des acteurs et des metteurs en scène issus du théâtre public. Neuf ans après, il vend. Puis jette son dévolu sur le Théâtre de l’Œuvre qu’il avait connu enfant quand son père le dirigeait. Un théâtre plus ancien que celui de la Madeleine et plus prestigieux au regard de l’Histoire du théâtre français (il reste associé au nom de Lugné-Poe, auquel le livre rend plusieurs fois hommage). Mais c’est aussi un petit théâtre . La salle compte 336 places qui ne sont pas toutes bonnes, cependant le rapport scène/salle crée une belle proximité. Son père tente de le dissuader d’acheter ce théâtre, jugeant sa jauge insuffisante.
Le fils passe outre, il pense que les accords avec le Théâtre Montansier à Versailles (qu’il codirige), les tournées, le succès et l’image de saisons théâtrales aux choix affirmés qu’il compte y imprimer, devraient suffire à maintenir le théâtre à flot, il pense surtout que l’art peut déplacer des montagnes. « J’ai tenté de mettre en place un théâtre résolument anti-commercial », écrit Frédéric Franck. Et ajoute : « Rentabiliser un théâtre ne m’intéresse pas. Ce qui me concerne davantage, c’est de rentabiliser un projet artistique qui trouve sa place dans un théâtre. » Il entend faire de son théâtre, non loin de la place Clichy à Paris, un lieu de « résistance » contre « l’occupant », à savoir « la bêtise et le mercantilisme », ou, autrement dit : le « théâtre privé n’est pas condamné par avance au désastre de la grossièreté et du racolage ». Il va le prouver.
Premier spectacle : La Dernière Bande de Beckett par Serge Merlin dans une mise en scène d’Alain Françon (lire ici). Dernier spectacle, quatre ans plus tard : La Dernière Bande avec Jacques Weber dans une mise en scène de Peter Stein (lire ici), cela s’appelle boucler la boucle. Comme d’autres, ces deux spectacles connurent un succès critique mais non public. En quatre saisons, seuls deux spectacles firent le plein : Le Voyage au bout de la nuit de Céline, des morceaux choisis joués par Jean-François Balmer, et Le Misanthrope de Molière transfiguré par Michel Fau.
Des textes et des acteurs, d’abord
Rejeton du théâtre privé, Franck aborde le théâtre par ses deux voies royales : les textes et les acteurs. Il a des désirs d’acteurs (il raconte comment il ne parviendra pas à convaincre Catherine Frot de venir jouer un Strindberg – ce qui aurait été passionnant –, elle préféra aller jouer une pièce de boulevard au Théâtre Antoine dont Laurent Ruquier est l’un des propriétaires). Il dresse une liste de pièces le plus souvent contemporaines qu’il aurait souhaité voir monter dans son théâtre. Mais il n’a pas de désir foudroyant de metteurs en scène, pas la moindre liste. Le metteur en scène vient après. Sauf si c’est lui le porteur du projet ; la discussion portera alors sur le choix des acteurs.
Frédéric Franck, à l’évidence, adore les acteurs mais il semble parfois faire preuve d’une certaine méconnaissance. Par exemple, avant d’engager l’actrice Nathalie Richard, à la carrière pourtant bien remplie, il avoue (il avoue tout dans ce livre) qu’il ne la connaissait pas. Une seule lecture suffira à le convaincre de l’engager même s’il juge « nul » son « potentiel commercial » (ce sont ses termes, et ils peuvent surprendre dans sa bouche) face à celui d’autres actrices qu’il est fier d’avoir eu à L’Œuvre comme Carole Bouquet, Ludmila Mikaël ou Valérie Bruni-Tedeschi. Ce qu’il aime chez Michel Fau (long entretien entre Franck et Fau au milieu du livre), artiste souvent programmé, c’est qu’il est à la fois acteur et metteur en scène. Toutefois, Frédéric Franck aime des acteurs atypiques ou à risque, comme Jean-Quentin Châtelain, Niels Arestrup ou Denis Lavant, à l’affiche des ces quatre saisons.
En moyenne, en quatre ans, le théâtre aura connu des salles de 129 spectateurs, soit un taux de remplissage de 38 %. Insuffisant pour tenir longtemps même en profitant des avantages du fonds d’aide au théâtre privé, qui est de fait une forme de subvention allouée par le Ministère de la Culture, ou des coups de pouce de la fondation Jacques Toja. « Nous avons failli là où nous pensions vaincre », écrit Franck (cela sonne comme un alexandrin) et d’ajouter : « Et notre défaite est artistique. » La formule est jolie, mais courte.
Pourquoi le public n’est-il pas venu voir des spectacles encensés par la critique ? Qui sont les spectateurs qui viennent à L’Œuvre ? Est-ce le même public que celui du Théâtre des Abbesses, l’une des salles du Théâtre de la Ville, non loin de là ? Est-ce celui de la Comédie-Française ? ou encore celui du Théâtre de Paris, dans le même quartier ? Aucune enquête n’a été faite et il semble qu’il n’y ait eu aucune « politique du public » durant ces quatre ans pour le faire évoluer, le rajeunir. Frédéric Franck n’en parle pas. Pour les mêmes raisons, peut-être, qui lui font qualifier la Fête de la musique de « crachat sur ce qui reste de sensibilité musicale au sein du peuple ».
Lourdement endetté, Frédéric Franck a donc vendu le Théâtre de l’Œuvre, 2 700 000 euros à Vivendi, actionnaire majoritaire. Elégant comme à son habitude, Bolloré a acheté le théâtre sans même venir voir à quoi il ressemblait. Benoît Lavigne et François-Xavier Demaison, les nouveaux directeurs, affichent présentement une piécette de Florian Zeller avec le très vieux Robert Hirsh dans le rôle tics. Triste fin pour cet acteur qui fut l’un des plus grands monstre de notre théâtre, mauvais début pour les nouveaux proprios. Il est des échecs qui ont plus de panache que les formes les plus rouées du racolage.
Journal d’un théâtre parisien : L’Œuvre (2002-2016), éditions La voie lactée, distribué par la Librairie théâtrale, 304 pages, relié, 29,6x36,8 cm, 42€.
Photo : La première "Dernière Bande" avec Serge Merlin © Dunnara Meas
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Le spectateur de Belleville
February 12, 2016 7:02 PM
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Ecoutez l'entretien par Laure Adler : http://www.franceculture.fr/emissions/hors-champs/serge-merlin-je-suis-mal-aime Serge Merlin évoque son enfance. « Un cristal de larmes. Je ne sais pas. Je suis mal-aimé. Je n’étais pas attendu, je n’étais pas souhaité. La volonté était plutôt de me détruire avant que je ne sois là ». Il passera une partie de son enfance à Colomb Béchar, en Algérie française. Ville dont il garde un souvenir également pénible : il se souvient d’« une solitude atroce » dans ce désert situé à 80 km à l’est de la frontière marocaine.
"C’est très laid le désert." « C’est très laid le désert, c’est des cailloux, des choses comme ça. De temps en temps il y a une dune (…) et puis ces palmiers, invraisemblables, tout à coup, (…) au milieu (…) de ce rêve. Mais un rêve atroce. Très douloureux avec une chaleur épouvantable. Tout est hostile, tout est terrible, tout est affreux. Sauf les nuits et les étoiles. »
"J’étais élevé comme un prince de Bavière." A Colomb Béchar, Serge Merlin a néanmoins joui d’une éducation inhabituelle « J’avais des pères blancs qui me lisaient dans le texte. J’étais élevé comme un prince de Bavière. On me faisait la lecture, on me traduisait les choses, l’arabe, le latin et je ne m’apercevais pas de mon élection. J’étais vraiment choisi et entouré.»
"On ne s’attendait à rien de moi." Ses premiers pas vers le théâtre, il les fait à l’école : « un jour, ils ont dit qu’il fallait apprendre un texte. Alors, moi, je n’apprenais rien, jamais, je ne répondais à rien. Là j’ai appris Athalie, le songe d’Athalie. On ne s’attendait pas à ce que je récite le songe d’Athalie. On ne s’attendait à rien de moi. On ne me demandait rien. J’étais comme ça, en trop dans la classe. Je me suis levé et je suis rentré en flamme avec ça. Avec un texte. Avec cette matière et je suis tombé raide mort à la fin. »
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September 14, 2015 7:12 PM
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Par Jean-Pierre Thibaudat pour son blog de Mediapart : Balagan C’est une histoire d’amour. Il y aura bientôt trente ans, l’acteur Serge Merlin lit la traduction que vient tout juste d’achever Michel Nebenzahl de la pièce de Thomas Bernhard « Le Réformateur ». Et il tombe amoureux. Tout à la fois d’une pièce, d’une écriture, d’un rôle, d’un auteur. Merlin ne quittera plus Thomas Bernhard. Sept fois Thomas Bernhard En ce début des années 90, Serge Merlin venait de jouer avec maestria « Le roi Lear » (rôle-titre) de Shakespeare et « La dernière Bande » (soliloque) de Beckett dirigé par Matthias Langhoff. S’adresse-t-il d’abord à lui pour « Le Réformateur »? Pourquoi son choix se porte-t-il sur André Engel, un metteur en scène avec lequel il n’a jamais travaillé et qui a pour habitude de travailler hors des théâtres ? Laissons ces mystères sans réponse puisque seul importe ce qu’il en advint : ce spectacle fut et reste un miracle. Depuis sa création en langue française du « Réformateur » Serge Merlin habite avec Thomas Bernhard. Il ne l’a jamais rencontré de son vivant, mais il possède un de ses gants offert par le frère de l’écrivain lequel voue une admiration sans bornes à l’acteur. Après la création à la MC93 en 1991, Merlin a retrouvé plusieurs fois André Engel, et plus encore Thomas Bernhard, jouant cet auteur (pièces, récits) à sept reprises dans une sorte d’alternance personnelle avec Samuel Beckett (quatre spectacles), tout en recroisant « Le roi Lear », « La dernière bande » et donc, une fois encore, « Le Réformateur ». Belle et productrice idée de mise en scène, Engel transpose la pièce au XVIII e siècle, un siècle doué en philosophes. Le Réformateur (Bernhard ne lui donne aucun autre nom) a écrit un « Traité sur la réforme du monde ». A ses yeux personne n’en a compris la portée, cependant le traité a été traduit dans 38 langues (diatribe du Réformateur contre les traducteurs qui ont « défiguré » son traité), succès planétaire qui lui a rapporté « des masses d’argent » lui permettant de vivre confortablement dans un cadre bourgeois (auquel le scénographe Nicki Rieti donne un look autrichien dans une version condensée de son décor de 1991). Entrées et sorties de clown Aux côtés du Réformateur, une femme. Compagne, servante, soufre douleur, elle est aussi la femme de sa vie, celle qu’il n’a jamais voulu l’épouser mais dont il ne peut se passer. « Même à sa laideur j’ai pu m’y faire » dit le Réformateur. Quelle laideur ? Bernhard ne précise pas. Engel opte pour une tache lie de vin de naissance qui balafre le visage de la femme (excellente Ruth Orthmann). La compagne du Réformateur est le plus souvent silencieuse, lui ne cesse de jacasser, de râler, de réclamer. La solitude l’insupporte. Dès que sa femme sort, il la réclame, et quand elle claque la porte c’est à un poisson rouge dans son bocal qu’il s’adresse. La pièce se construit à travers une succession d’entrées et sorties, grande vertu de l’efficacité clownesque. C’est pour l’acteur allemand Bernard Minetti que Bernhard avait écrit « Le Réformateur » (il écrira une autre pièce portant le nom propre de cet acteur, « Minetti » que Merlin jouera en traduction), allant jusqu’à interdire que tout autre acteur l’interprète en langue allemande. Minetti est mort à 93 ans en 1998. Merlin, acteur sans âge, saute comme un jeune cabri aux saluts. Espiègle, enjôleur ou vieux grigou, enfant hypersensible et vieillard puant à la fois, l’acteur sublime son rôle dans un jeu physique où le travail des bras et des jambes semblent faire fi de la position assise où le personnage se tient le plus souvent, où sa voix bondit de haut en bas et de bas en haut avec une sidérante facilité. Un Stradivarius au bois et aux sonorités hors du commun qui interprète la partition du texte en respectant de surcroit, mot après mot, les didascalies, on ne peut plus précises, de Thomas Bernhard. Entre Molière et Beckett Il faut saluer le travail de Chantal Da Costa qui a réalisé les costumes. Ceux conçus pour Merlin sont de véritables machines à jouer. En particulier le premier, une chemise de nuit (la première scène se passe tôt le matin) et le bonnet qui va avec. On pense à Michel Bouquet dans « Le malade imaginaire, et plus généralement on pense à Molière (le « mes nouilles » du Réformateur clignote avec le « mes gages » de Scapin). Mais on pense aussi à Beckett : « Je n’ai pas encore fait l’essai des béquilles aujourd’hui » dit le Réformateur ou, plus tard, « combien de rats dans le piège aujourd’hui ? », des répliques qui font penser à l’auteur de « Oh les beaux jours ». Serge Merlin, acteur hors-normes, fait le lien entre Molière et Beckett en passant par Thomas Bernhard. Ce n’est pas moindre qualité de ce spectacle qui, par ailleurs, sert on ne peut mieux le rire dévastateur de l’auteur. Théâtre de l’œuvre, 21h du mar au sam, dim 15h, 01 44 53 88 88
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May 26, 2015 4:34 PM
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Publié par Fabienne Darge dans Le Monde : Depuis mercredi 20 mai, le comédien Serge Merlin reprend, sur la scène du Théâtre de l’Œuvre à Paris, la pièce de Thomas Bernhard, Extinction, qu’il avait déjà interprétée au Théâtre de la Madeleine en 2010. Nous republions ci-dessous la critique de cette pièce parue en mars 2010. Lire la critique de Fabienne Darge : http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/03/20/serge-merlin-et-thomas-bernhard-quel-duo_1321940_3246.html Extinction, de Thomas Bernhard (traduction de Gilberte Lambrichs, Ed. Gallimard). Adaptation : Jean Torrent. Réalisation : Alain Françon et Blandine Masson. Interprétation : Serge Merlin. Théâtre de l’Œuvre, 55, rue de Clichy, Paris 9e. Tél. : 01-44-53-88-88. Du mardi au vendredi à 19 heures, le samedi à 15 heures, le dimanche à 19 heures. Tarifs : 17 €, 25 € et 28 €. www.theatredeloeuvre.fr Fabienne Darge
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February 3, 2014 5:57 PM
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Monstrueux. Insensé. Furieux. Fragile. Fou. Phénoménal. Désarmant. Extrême en tout y compris dans la colère, la rouerie et la tendresse. Mais aussi enfantin, joueur et soudain crépusculaire. Mais encore prince et clochard à la fois. On en épuiserait le dictionnaire, tant les mots sont faibles pour dire la hauteur himalayenne et la somme de vertiges auxquelles l’acteurSerge Merlin porte le rôle-titre du « Roi Lear » de Shakespeare dans la traduction d’Yves Bonnefoy et la mise en scène de Christian Schiaretti. Un rôle que tout acteur, au soir de sa vie passée sur les planches, souhaite aborder. Jean-Pierre Thibaudat pour son blog "Théâtre et Balagan" sur Rue 89 CLIQUER SUR LE TITRE OU LA PHOTO POUR LIRE L'ARTICLE ENTIER DANS SON SITE D'ORIGINE "Le roi Lear" de ShakespeareTraduction Yves Bonnefoy, mise en scène Christian Schiaretti, rôle-titre Serge MerlinTNP de Villeurbanne, du mer au sam 20h, dim 16h, jusqu »au 15 févrierManufacture de Nancy à l »Opéra de Lorraine, les 26 et 28 mars 20h30, 27 et 29 à 19h30Théâtre de la ville, Paris, en mai les 12,13, 15 au17, 19, 21 au 24, 27et 28 à 19h30, dim 18 et 25 à 15hLe bateau de feu Dunkerque, du 4 au 6 juin
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Le spectateur de Belleville
November 5, 2012 4:36 PM
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Dire ou jouer Beckett seul en scène, c’est être son propre rat pédalant mot à mot dans la fantaisie sévère du langage et dans la roue intestinale du destin. C’est filer au pré en mettant Cap au pire : «Il est debout. Voir dans la pénombre vide comment enfin il est debout. Dans la pénombre obscure source pas su. Face aux yeux baissés. Yeux clos. Yeux écarquillés. Yeux clos écarquillés.» Beckett est aussi un excellent chroniqueur des planches. Il précise le phénomène théâtral par réduction, destruction. Gastronomie des silhouettes dans le vide, par le vide. Toute sa vie, on lui a reproché de faire cette nouvelle cuisine avec son tord-boyaux. On trouvait qu’il allait trop loin. Il y va. Suivons-le. Deux grands acteurs, Serge Merlin et Sami Frey, l’un depuis longtemps habité par Beckett, l’autre moins, sont cet automne ses cobayes volontaires. Au théâtre de l’Œuvre, Serge Merlin joue la Dernière Bande. A l’Atelier, Sami Frey lit en alternance Cap au pire et Premier Amour. Philippe Lançon pour Libération. CLIQUER SUR LE TITRE OU LA PHOTO POUR LIRE L'ARTICLE ENTIER DANS SON SITE D'ORIGINE
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Le spectateur de Belleville
October 14, 2012 3:37 AM
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Au Théâtre de l'Oeuvre, Alain Françon met en scène Serge Merlin dans La Dernière bande de Samuel Beckett. Un récital. De toutes les pièces de Beckett, La Dernière bande est l'une des plus émouvantes et des plus souvent jouées. On ne fera pas ici la liste des interprètes. Mais on n'oublie pas l'humaine profondeur et la malice d'Etienne Bierry, il y a quelques années, pas plus que l'on n'oublie, plus récente, l'interprétation fascinante de Robert Wilson. Une histoire d'homme que celle de Krapp qui se met à l'écoute du temps qui passe, du temps qui a passé par le truchement d'un vieux magnétophone. Commenter alourdit le propos métallique et musical et tout moelleux d'humanité sombre de Samuel Beckett. Serge Merlin, avec son visage creusé comme celui d'Antonin Artaud, est guidé strictement par Alain Françon. Le travail ici est sur le rythme, les suspens, les silences.
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Le spectateur de Belleville
February 17, 2019 8:41 AM
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Par Armelle Héliot dans Le Figaro Publié le 17/02/2019
DISPARITION - Le comédien connu par le cinéma, mais surtout passionné par le théâtre s'est éteint samedi 16 février. Il avait 86 ans. Un visage et une voix inoubliables.
Tout le monde connaissait son visage torturé, son visage à la Artaud à la fin de sa vie. Tout le monde connaissait sa voix grave et envoûtante pouvant se faire grêle et aiguë, sa silhouette fragile, son regard impressionnant. Serge Merlin était le peintre Raymond Dufayel dans le film de Jean-Pierre Jeunet Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain qui l'avait d'ailleurs fait tourner dans La Cité des enfants perdus. Il était le chef des cyclopes….
Mais c'est par le théâtre que Serge Merlin était devenu un acteur «culte», intransigeant, sauvage, mais aussi très fragile et hanté par la peur de perdre sa mémoire, transi d'angoisse quand il fallait monter sur un plateau ou, ces dernières années, s'asseoir derrière une table, pour lire. Longtemps sa femme se consacra à le soutenir, l'accompagner. Elle s'est éteinte il y a quelques années et l'on devinait Serge Merlin ravagé par cette absence.
Il ne parlait guère de lui. On ne savait pas grand-chose de sa vie. Il était né Serge Merle, tout court, en 1933. Il avait grandi en Algérie et dès l'orée des années 50, il avait joué au théâtre. Il était allé vers l'homme le plus épris de poésie, de musique, de peinture et qui considérait que le théâtre avait besoin de tous les arts, Jean-Louis Barrault.
Les premiers pas professionnels de Serge Merlin, à Paris, sont liés à ce grand ouvreur de voies: il joue dans Christophe Colomb de Paul Claudel mis en scène au Théâtre Marigny où s'est installée la compagnie Renaud-Barrault. On est en 1952. Il ne cesse de travailler dans les années qui suivent et commencent à tourner pour le cinéma au début des années 60 avec Andrzej Wajda dans Samson. C'est en 1961.
Un roi bouleversant Très récemment, Serge Merlin avait tourné dans Un peuple et son roi . Il est Louis XI dans le film de Pierre Schoeller, en 2018. Autant dire que Serge Merlin n'a jamais cessé de travailler et, au théâtre, on peut rappeler que ses dernières apparitions, impressionnantes lui valurent par deux fois le prix du syndicat de la critique: en 1991 pour Le Réformateur de Thomas Bernhard dans une mise en scène de André Engel et en 2010 pour Minetti de Thomas Bernhard dans une mise en scène de Gerold Schumann et Extinction de Thomas Bernhard, toujours, dirigé par Alain Françon et Blandine Masson, des spectacles de 2009 et 2010.
On le voit, Thomas Bernhard a beaucoup compté dans la vie de cet être obsédé par les poètes dramatiques et la littérature. Mais que dire de Shakespeare: il est l'un des rares comédiens qui a joué deux fois, à des années de distance, le Roi Lear et deux fois d'une manière exceptionnellement bouleversante. Une première fois avec Matthias Langhoff en 1986, de Strasbourg à Bobigny et une autre fois avec Christian Schiaretti, en 2013, du TNP de Villeurbanne au Théâtre de la Ville. Et l'autre auteur qu'a servi de manière fascinante Serge Merlin, c'est Samuel Beckett. Il était fait pour cette écriture.
» LIRE AUSSI - Le théâtre flambe au plus haut avec Serge Merlin
Avec Matthias Langhoff, Serge Merlin a fait un long parcours. Il aura toujours été du côté de la création, et sans prévention. Ainsi a-t-il, à ses débuts, beaucoup joué avec Marcelle Tassencourt et créé des textes nouveaux. Plus tard, il a joué sous la direction de Patrice Chéreau, et de beaucoup d'autres grands metteurs en scène, dont, Jacques Rosner, Bernard Sobel, et, on l'a cité, André Engel.
Une dernière fois, on aurait dû le voir dans un spectacle inspiré de Shakespeare dans une mise en scène de Wilfried Wendling compositeur qui signait une partition avec Pierre Henry: Hamlet, je suis vivant et vous êtes mort… Pierre Henry ne vit jamais ce spectacle, il mourut quelques mois auparavant. Quant à l'interprète, il était fatigué, déchiré d'angoisse, et certains jours où avait voulu assister au spectacle, il était sorti de scène et n'était pas revenu…Mais Serge Merlin restera bien vivant dans nos mémoires…
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Le spectateur de Belleville
February 17, 2019 7:13 AM
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Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan 17 FÉVR. 2019 Acteur sans âge depuis son plus jeune âge, Serge Merlin fut un continent du théâtre à lui tout seul et le fiévreux serviteur des plus grands, de Samuel Beckett à Thomas Bernhard en passant par le Roi Lear de Shakespeare. Il vient de disparaître à l’âge de 86 ans. Adieu Serge.
Depuis que, l’an dernier, la perspective de jouer encore une fois une pièce de Thomas Bernhard (Le Faiseur de théâtre) sous la direction d’André Engel avait failli, Serge Merlin disait avoir renoncé au théâtre. Il me le répétait encore d’une voix douce comme apaisée il y a quelques semaines, chez lui, boulevard Vincent Auriol, là où je l’avais rencontré pour la première fois, il y a trente ans, toute une nuit, au sortir de La Forêt d’Ostrovski qu’il venait d’interpréter à Gennevilliers sous la direction de Bernard Sobel, une pièce où il interprétait le rôle d’un comédien ambulant. Son appartement était alors plein d’oiseaux dont les bruissements au petit matin enchantèrent notre conversation. Du Dépeupleur à La Dernière Bande
Après la mort de son épouse, Michelle, il y a quelques années (c’est elle qui lui soufflait le texte dans une oreillette depuis que sa mémoire était devenue errante), les oiseaux partirent, il ne resta plus qu’un chat trouvé dans la rue. « C’est fini », disait-il d’une voix apaisée, entouré d’innombrables miroirs et bibelots, achetés au fil des années fastes (toutes ne le furent pas). Il se sentait bien dans cet encombrement d’objets où le précieux le disputait à la pacotille. Il attendait. Que ça finisse. J’ai pensé au Krapp de La Dernière Bande de Beckett, une pièce qu’il avait joué la première fois sous la direction de Matthias Langhoff en 1987, à ces mots en particulier – les derniers de la pièce – que je ne peux pas recopier aujourd’hui sans les entendre dits par sa voix née d’un gouffre et d’une caverne : « Peut-être que mes meilleures années sont passées. Quand il y avait encore une chance de bonheur. Mais je n’en voudrais plus. Plus maintenant que j’ai ce feu en moi. Non, je n’en voudrais plus. »
Suite à une chute chez lui, ce samedi matin, son cœur a lâché. Il avait 86 ans. Il y a deux ans, il jouait encore Le Dépeupleur de Samuel Beckett sous la direction d’Alain Françon. Pour la troisième fois, il abordait ce texte qui aura ponctué sa vie. Je le revois. Il apparaît, engoncé dans un manteau vert, faisant fi de toutes les superstitions attachées à cette couleur dans le théâtre hexagonal, un manteau de cocher, de vagabond, d’errant. S’y ajoute une sorte d’écharpe noire qui se rêve cravate et un col blanc à demi détaché. Rien d’assuré, rien de définitif, aucune temporalité bien définie, une sorte d’opacité douce et flottante un peu à l’image de ce que nous dit le texte. Serge Merlin, ayant atteint le nirvana d’une vieillesse juvénile, nous le dit avec une joie de dire, un appétit parfois canaille, une luminosité bonhomme. On ne savait pas alors que cela serait là son dernier Dépeupleur. La première fois, c’était en 1977 au festival off d’Avignon, dans la crypte du Palais des papes. Une petite table, une bougie cylindrique en dialogue avec le texte de Beckett, torse nu et cheveux longs. Plus d’une fois, penchant son visage, ses cheveux frôlaient la flamme. « Cette année nous ne sommes en Avignon que pour converser avec Serge Merlin, un acteur de Dieu », écrivait Patrick Piet dans Libération, lui consacrant toute une page. Il y aura beaucoup d’autres pages au fil des années et même des doubles pages. Si Bruno Ganz, mort quelques heures avant lui, fut l’acteur emblématique d’une génération d’acteurs outre-Rhin travaillant avec des metteurs en scène allant de Peter Stein à Klaus Grüber, Serge Merlin fut un astre plus solitaire, plus déconnecté du temps, tutoyant Antonin Artaud comme personne. C’est un metteur en scène allemand, Matthias Langhoff qui, sur la scène du Théâtre national de Strasbourg, lui offrit le rôle du roi Lear en 1987 que Serge Merlin porta haut et loin dans ce spectacle magistral.
En 2003, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, dans la petite salle des ateliers Berthier, Serge Merlin était revenu pour la seconde fois au Dépeupleur. Le texte était toujours devant lui sur une table mais elle était dressée sur un praticable et se fondait dans le noir alentour. Les éclairages (je crois me souvenir qu’ils étaient réglés par Georges Lavaudant qui dirigeait alors l’Odéon) créaient comme un îlot autour du corps coupé en deux, on ne voyait que les bras et, avant tout, le visage de l’acteur aux reliefs ravinés de sillons, d’arêtes, de torrents et puis, émanant de ce paysage chaviré, la voix comme revenue d’un long voyage.
Du Réformateur à Extinction
Outre Beckett (Françon le dirigea dans Fin de Partie par deux fois, Luc Bondy dans En attendant Godot) et Lear (rôle qu’il devait retrouver dans une mise en scène de Christian Schiaretti en 2013), sa rencontre avec l’œuvre de Thomas Bernhard allait durablement infléchir son parcours. Le frère de l’auteur autrichien considérait Serge Merlin comme le meilleur acteur bernardhien. Un jour, il lui offrit un gant de Thomas Bernhard que Serge disposait chaque soir sur sa table de maquillage dans sa loge. C’est Merlin qui proposa à André Engel de le mettre en scène dans Le Réformateur, ce qui fut fait en 1990 à la MC93, début d’une longue, fructueuse autant que tumultueuse collaboration entre ces deux êtres aux caractères parfois imprévisibles, autour des pièces de Thomas Bernhard. S’ensuivirent au fil des années : Simplement compliqué, La Force de l’habitude et une nouvelle fois Le Réformateur.
Parlant de Thomas Bernhard, c’est aussi de lui-même que parlait Serge Merlin. « C’était toujours des personnages massifs, fascinants, très forts, épatants parce que révoltés de tout, poil à gratter sur toutes les idées, révulsés, à la fois épouvantables et drôlatiques. Mais le noyau, le cœur sensible des personnages, je ne l’atteignais jamais. Je les ai tous joués sans rien comprendre et dans une rage absolue contre l’écrivain. Jamais je n’arrivais à une gratification de la personne ou du personnage, je ne pouvais pas, à la fin, entendre son cœur battre, son amitié. »
Gerold Schumann devait le diriger dans Minetti au Théâtre de l’Athénée. « En même temps que cette rage, j’avais une fascination et un contact profond avec sa manière. Je savais qu’il y avait un noyau générateur qui était la création, j’en avais le sentiment profond, mais je ne l’ai entendu pour la première fois que lorsque j’ai joué Minetti. J’ai eu un embrasement du cœur très violent et incompréhensible. Pourquoi là ? » Serge Merlin parlait souvent par énigmes, par circonvolutions. « Il y a le mystère de l’homme qui accomplit cela. Mais aussi le sentiment d’un cœur humain qui a compris beaucoup et ne le dit pas. La carapace de cet être est là par la forme, c’est la coquille d’un mystère ignoré et cependant habitable. Parce qu’il suppure de bonté. Toute sa rage n’est faite que de haute bonté. Je ne pense pas qu’on puisse aller plus loin, même dans le Roi Lear de Shakespeare. »
Ou encore : « Ce n’est pas seulement une voix, c’est un moteur, des bielles, une machine d’engendrement. Il faut y pénétrer et là, quelques bielles se mettent en route dans une incertitude totale. Après arrivent les engins nécessaires qui vous habitent, des containers qui deviennent de la vapeur et on se trouve manœuvré sans savoir comment les influx se passent. Et parfois si on a une grande chance – ce n’est pas une vertu, cela vient d’ailleurs – on entend quelque chose de ce tintamarre qui fonctionne malgré soi. Bernhard dit qu’il faut que l’acteur casse la gueule à l’auteur et que l’auteur casse la gueule à l’acteur et que c’est seulement là que, peut-être, arrive l’art. »
Et puis, il y eut le merveilleux voyage d’Extinction en 2010. D’abord une lecture du roman de Thomas Bernhard menée par Blandine Masson et Alain Françon pour France Culture puis au Théâtre de la Madeleine qui allait se poursuivre deux ans plus tard au Théâtre de la Ville et en tournée. Serge : « Dans Extinction, on a le sentiment que Bernhard arrive au bout de lui-même, au bout de son œuvre. Il parvient comme à se réconcilier avec le matériau de ce qu’il produit mais aussi l’humaine nature qui l’a conduit à être dans l’horreur de ce qu’il est et qu’il se doit de traverser. Et là, il l’avoue tout simplement, c’est-à-dire les bras lui en tombent et il donne tout ce qu’il peut donner. On est comme aspiré, on s’enfonce. L’écriture nous engloutit. Il y a des scansions magiques. Des mots obsédants qui sont comme des mots incantatoires semblables à ceux des prières. Besoin de dire et redire. On le sent à la lecture, c’est encore plus fort quand c’est dit. Il a fait en sorte que cela soit mangé, absorbé. C’est comme cela que cela ne s’éteint pas. » C’est comme cela qu’il nous transmettait son feu.
S’il habita le théâtre autant que ce dernier l’habitait quotidiennement, il serait injuste de passer sous silence son extraordinaire interprétation de Samson, l’un des tout premiers films de Wajda. Serge Merlin n’avait pas trente ans, il était arrivé de son Algérie natale, avait croisé la route de Jean-Louis Barrault (Christophe Colomb de Claudel), allait bientôt croiser celle d’Albert Camus (Les Possédés de Dostoïevski) puis celle de Patrice Chéreau (Les Paravents de Genet), et il se retrouve en Pologne dans un pays dont il ne connaît pas la langue, acteur principal d’un film (il est présent dans presque tous les plans), lui qui n’a jamais tourné, ni appris durablement le métier d’acteur dans une école (bref séjour au cours Simon). Le « grand public » le connaît pour ses étonnantes apparitions dans les films à succès de Jean-Pierre Jeunet La Cité des enfants perdus et, plus encore, Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain.
Longtemps Serge Merlin aima traîner dans les bars, en particulier ceux de Montparnasse. Il fut un habitué de la Coupole à une époque où l’établissement fermait à quatre heures du matin. Il y croisa Giacometti qui, fasciné par son regard volontiers halluciné et ses traits saillants souhaita le dessiner. Serge Merlin refusa. Mais, qui sait, peut-être existe-t-il quelque part, crayonné sur un coin de table, un portrait de Serge Merlin par Alberto Giacometti. Légende photo : Serge Merlin ces dernières années © Dunnara Meas
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Le spectateur de Belleville
February 16, 2019 7:14 PM
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Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox Publié le 16/02/2019
2,7K PARTAGES Le grand acteur de théâtre Serge Merlin, connu notamment pour ses interprétations des pièces de Thomas Bernhard, Beckett et Shakespeare, est mort samedi à 86 ans à Paris, ont fait savoir ses proches. Serge Merlin avait également joué dans des films comme "Amélie Poulain" de Jean-Pierre Jeunet et tout récemment dans "Un peuple et son roi" de Pierre Schoeller.
"Il vivait pour le théâtre" "Il avait une forme de génie. Il s'investissait totalement dans l'objet théâtral à créer, parfois jusqu'à la négation du réel", a déclaré à l'AFP Frédéric Franck, co-directeur du théâtre Montansier à Versailles, qui a travaillé avec lui autour de plusieurs projets, au Théâtre de la Madeleine et au Théâtre de l'Oeuvre, dont "L'Extinction" de Thomas Bernard, ou encore "La dernière bande" et "Fin de partie" de Samuel Beckett.
"Il n'a jamais renié ses films, mais il vivait pour le théâtre", et en particulier pour les pièces de Thomas Bernhard, l'écrivain et dramaturge autrichien. "Il était à Thomas Bernhard ce qu'Alain Cuny était à Paul Claudel", a résumé Frédéric Franck. "Il m'a appris ce qu'était le geste artistique : dans sa vie aucun geste n'était anodin", a-t-il ajouté.
"Un témoin du siècle, qui avait connu Camus et Visconti" Au cours de sa carrière, il a joué avec les plus grands metteurs en scène, Patrice Chéreau, Matthias Langhoff, André Engel, Alain Françon, et il avait été marqué à jamais par ses deux interprétations du "Roi Lear" de Shakespeare. Il avait connu un passage à vide, pendant une dizaine d'années, avant de remonter sur scène au Festival d'Avignon en 1978 avec "Le Dépeupleur" de Beckett.
"Il avait un rapport quasiment religieux au théâtre", a estimé de son côté son ami et ex-agent Nicolas Derouet, qui voit dans sa disparition une perte majeure pour le théâtre. "C'était un témoin du siècle, il avait connu Albert Camus et joué devant Visconti", rappelle-t-il. Dans le film "Amélie Poulain", il était l'homme de verre Outre ses nombreux rôles au théâtre, Serge Merlin avait joué dans une vingtaine de films. Son rôle le plus célèbre sur le grand écran était sans doute le personnage de Raymond Dufayel, "l'homme de verre", qu'il avait incarné dans Amélie Poulain au début des années 1990. Un personnage particulièrement poignant, puisqu'il incarnait "l'homme de verre", un peintre atteint de la maladie des os de verre et vivant cloîtré.
Il avait également joué dans un autre film célèbre de Jean-Pierre Jeunet, "La Cité des enfants perdus". Son dernier rôle au cinéma était celui de Louis XI dans "Un peuple et son roi" de Pierre Schoeller, sorti l'an dernier en salle. Légende photo : Dans "Amélie Poulain" (2001) de Jean-Pierre Jeunet, Serge Merlin jouait "l'homme de verre". © Claudie Ossard Productions / UGC / Collection ChristopheL/ AFP
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Le spectateur de Belleville
May 24, 2018 2:55 AM
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Dans Sceneweb 23 mai 2018 par Dossier de presse https://www.sceneweb.fr/serge-merlin-de-retour-chez-thomas-bernhard-et-chez-andre-engel-dans-le-faiseur/ André Engel devait présenter Le Faiseur de Théâtre au Printemps des Comédiens, avec son comédien fétiche Serge Merlin. La direction du Festival vient d’indiquer dans un communiqué que suite à la défection de Serge Merlin, la compagnie renonce au projet. André Engel avait dirigé Serge Merlin en 2015 au théâtre de l’Oeuvre dans Le Réformateur de Thomas Bernhard. La dernière fois que le comédien est montés sur scène c’était sous la direction d’Alain Françon dans Le Dépeupleur, de Samuel Beckett. André Engel-Thomas Bernhard : un duo de théâtre qui va de soi. Le premier, le metteur en scène, n’a jamais craint les lieux où le théâtre semble ne pas être chez lui : usines désaffectées, hangars, halls d’hôtel, haras, tout lui est bon pour qu’un texte résonne le plus puissamment possible. Quant à Thomas Bernhard, peu ont porté les mots à un tel degré d’incandescence. Imprécateur, homme en colère du théâtre européen, il a toute sa vie écrit à vif, sur le vif. C’est dire si ce Faiseur de Théâtre n’est pas leur première rencontre. Et même si André Engel est revenu, ces dernières années, à des lieux de spectacle plus classiques, les confrontations entre l’auteur et le metteur en scène sont des creusets où le texte semble se forger sous nos yeux pour la première fois. Pour cela, il faut naturellement des comédiens qui soient, comme le dit Engel, des «balafrés de théâtre». Des couturés, des recuits de la scène. Et ils sont là, dans ce spectacle, prêts à déchainer ce volcan de mots mégalomanes, incorrects, désespérés, méchants, pathétiques où s’incarne le génie de la démesure de Thomas Bernhard. LE FAISEUR DE THEATRE Thomas Bernhard Avec : M. Merlin : Serge Merlin L’aubergiste : Gérard Desarthe Sarah : Clarisse Daull Raoul : Gilles Kneusé Mme Merlin : Françoise Grès
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Le spectateur de Belleville
September 14, 2016 3:17 AM
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Par Jean-Pierre Thibaudat pour son blog Balagan :
Sous la direction experte et amicale d’Alain Françon, l’acteur Serge Merlin renoue pour la troisième fois avec « Le Dépeupleur » de Samuel Beckett. Une jubilante danse du feu.
Le « Grand acteur » est un animal rare, sauvage, imprévisible. Il faut beaucoup de finesse, de doigté et de calme chez un metteur en scène, non pour l’apprivoiser (impossible) ou le dompter (improbable) mais simplement établir le contact avec lui,ouvrir les chemins tortueux de la confiance, engranger des mystères communs. C’est ce qui arrive lors de cette nouvelle rencontre entre l’acteur Serge Merlin et le metteur en scène Alain Françon autour du texte de Samuel Beckett « Le Dépeupleur ».
Un temps de retrouvailles
Ce n’est pas la première fois qu’ils travaillent ensemble. Il y a eu « Extinction » de Thomas Bernhard (coréalisé par Blandine Masson), et, de Beckett, « Fin de partie » en 2011 et, la saison dernière, « La dernière bande ».Ce n’est pas la première fois que Serge Merlin traverse « Le Dépeupleur ». L'entame, c’était vers la fin des années 70, dans le off avignonnais sous le regard de Pierre Tabard. Une cave, une petite table, une bougie, Serge Merlin assis, le livre sur la table, balançant son corps, ses cheveux longs frôlant le livre et la bougie, au risque de s’enflammer, moment de théâtre inoubliable que Patrick Piet immortalisa dans un article paru dans « Libération ».
Merlin n’est pas le seul acteur à s’être emparé de ce texte nullement écrit pour le théâtre. Dans ces mêmes années 70, ce fut au centre culturel américain, boulevard Raspail à Paris, que l’on découvrit David Warrilow dans « The Lost ones » (titre de la traduction anglaise par Beckett lui-même de son texte « Le Dépeupleur »), un spectacle venu de New York mis en scène par Lee Breuer des Mabou Mines. Beckett devait écrire « Solo » pour cet acteur impeccablement bilingue qui joua « Le Dépeupleur »/ « The Lost ones » dans les deux langues.
En 2003, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, dans la petite salle des ateliers Berthier (dont on regrette la disparition), Serge Merlin était revenu au « Dépeupleur ». Le texte était toujours devant lui sur une table mais elle était dressée sur un praticable et se fondait dans le noir alentour. Les éclairages(je crois me souvenir qu’ils étaient réglés par Georges Lavaudant qui dirigeait alors l’Odéon), créaient comme un ilot autour du corpscoupé en deux, on ne voyait que les bras et, avant tout, le visage de l’acteur aux reliefs ravinés de sillons, d’arrêtes, de torrents et puis, émanant de ce paysage chaviré, la voix comme revenue d’un long voyage.
Une nourrissante baguette
Treize ans ont passé. Serge Merlin a joué une fois encore le roi Lear (sous la direction de Christian Schiaretti, après celle de Matthias Langhoff), plusieurs textes et pièces de Thomas Bernhard, deux Beckett, voici donc qu’il renoue avec « Le Dépeupleur ». Et c’est encore une autre histoire, très éloignée des précédents épisodes.
Celle fois, l’acteur entre par la porte empruntée avant lui par les spectateurs. Et c’est à eux qu’il adresse le texte, ouvertement, dans une connivence qui ne cessera pas et ira jusqu’à le voir s’assoir parmi les spectateurs, se tourner vers sonvoisin, lui parler. Merlin nous guide littéralement dans le texte de Beckett en tenant en main une baguette comme ces guides surannés désignant, au bout de leur baguette, tel détail d’un plan de bataille, d’un tableau, d’une machine. Sauf qu’ici la baguette ne désigne rien que l'air, parfois le mouvement des mots que profère la voix, dès lors la tige fait plus penser à la baguette du chef d’orchestre, mais, là encore, il n’y autre orchestre que l’acteur lui-même orchestrant le récit, souvent descriptif, de Beckett.
Il apparaît, engoncé dans un manteau vert, faisant fi de toutes les superstitions attachées à cette couleur dans le théâtre hexagonal, un manteau de cocher, de vagabond, d’errant. S’y ajoute une sorte écharpe noire qui se rêve cravate et un col blanc à demi détaché. Rien d’assuré, rien de définitif, aucune temporalité bien définie, une sorte d’opacité douce et flottante un peu à l’image de ce que nous dit le texte .Serge Merlin, ayant atteint le nirvana d’une vieillesse juvénile, nous le dit avec une joie de dire, un appétit parfois canaille, une luminosité bonhomme.
« Le Dépeupleur » peut apparaître comme une île ou un caillou à part dans l’œuvre de Beckett. Le texte s’ouvre par un bloc de trois phrases aussi magnifiques qu’énigmatiques : « Séjour où des corps vont chercher chacun son dépeupleur. Assez vaste pour permettre de chercher en vain. Assez restreint pour que toute fuite soit vaine ». C’est un émigré (irlandais) qui nous entraîne ainsi dans des circonvolutions inexplorées de notre langue en donnant ce texte en 1970 à son éditeur (Jérôme Lindon aux Editions de minuit) qui le publie dans un format étroit et allongé, comme un livre debout. Un texte que Beckett n’écrit pas d’un coup, loin de là : sept ou huit versions successives et une fin longtemps incertaine.
"Dans ces calmes déserts..."
Passé ces premières phrases, nous entrons non dans un labyrinthe (quoique) mais, de fait, comme il est précisé dès la phrase suivante, à « l’intérieur d’un cylindre surbaissé ayant cinquante mètres de pourtour et seize de haut pour l’harmonie ». Tout le texte va détailler la société qui vit, survit dans ce cylindre « en caoutchouc dur ou similaire » qui atténue tous les bruits. Il y a des échelles le long des parois au pied desquelles s’allongent des files d’attente de ceux qui n’ont pas renoncé à monter. Il y a aussi, dans les parois, des niches, des tunnels. Beckett était un grand lecteur de Dante, il l’évoque ici en passant (mentionnant « un de ses rares pâle sourires ») et on peut lire ce texte comme un hommage à Dante, mais en vérité on peut le lire de bien des façons. Les habitants du cylindre, Beckett leur donne le nom de chercheurs. Ne sommes-nous pas tous des chercheurs ? De bonheur, d’absolu, d’une issue ? Ces questions viendront plus tard quand, au sortir du théâtre, on s’enfoncera dans la nuit.
Pour l’heure, Merlin nous conduit maintenant au bord du cylindre dont le décorateur (et signataire du costume) Jacques Gabel matérialise l’amorce, le tout étant magnifiquement éclairé par Joël Hourbeigt. L’acteur laisse choir son manteau vert. La description continue il est question de vaincus, de règles, d’interdits comme celui de s’allonger : « l’allongement est inconnu dans le cylindre et cette pose douceur des vaincus leur est ici refusée à jamais ». Certaines phrases sont dites à la façon obtuse et enjouée d’un professeur Tournesol, d’un savant fou, et on rit, on rit beaucoup, le rire conjure la peur.
Lueur toutefois, autour de la « première vaincue » dont les cheveux cachent le visage, un « homme » les écarte comme un rideau de théâtre. De ses pouces il lui ouvre les yeux, « dans ces calmes désert il promène les siens » avant qu’ils ne se ferment. C’est presque la fin. Entre temps le corps de Merlin allégé du manteau du début, sembles’être encore allégé, tournant autour du cylindre comme autour d’un feu. Il danse pour ainsi dire. Alors, soudain, on pense à Kazuo Oono, ce danseur japonais aujourd’hui disparu, qui après l’avoir vu danser dans sa jeunesse à Tokyo, rendit hommage dans son grand âge à « la Argentina », une danseuse espagnole. Il ne reste plus à Merlin qu’à baisser la tête comme il est dit dans la dernière phrase du « Dépeupleur », il la baisse donc, au théâtre cela s’appelle saluer. Et les spectateurs applaudissent, autrement dit lui disent, à lui et à tous, merci.
Théâtre des déchargeurs, du lundi au samedi 21H30 jusqu’au 1er octobre, puis chaque lundi à 21H30 jusqu’au 19 décembre
Serge Merlin dans "Le Dépeupleur" © Michel Corbou
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Le spectateur de Belleville
September 26, 2015 4:22 PM
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Par Gilles Costaz pour WebThéâtre : Grandiose Serge Merlin ! En vêtement de nuit, le cheveu négligé, le visage traversé d’angoisse, un philosophe auteur d’un Traité de la nécessaire destruction du monde s’est levé de bon matin pour recevoir les représentants de l’université voisine qui lui remettront le diplôme de doctor honoris causa. Il aurait dû se rendre à la cérémonie qui avait été prévue, mais il est trop malade. L’université ira jusqu’à lui. Est-il vraiment malade ? Il jure qu’il ne tient pas debout, martyrise sa femme qui ne cesse d’aller et venir pour le soigner et le rassurer (généralement sans pouvoir placer un mot), et se plaint de la terre entière : tous ceux qui ne l’ont pas compris, son entourage, la Suisse, la ville d’Interlaken, Montreux, Genève, les traducteurs, les universitaires, Rome, tous les pays du Sud, la nourriture qu’on lui sert… (Mais c’est l’un des rares textes où Bernhard ne s’en prend pas à son pays, l’Autriche !) La volée de bois vert est infinie. Les dignitaires de l’université affronteront à leur tour la colère du maître… Ce chapitre de la grande saga de la fureur bernhardienne, André Engel le monte pour la deuxième fois et change le contexte. L’action, qui se passait aujourd’hui et permettait à l’auteur de se moquer des penseurs contemporains, est transposée au siècle des Lumières : le personnage est une sorte de Voltaire pérorant dans son fauteuil surélevé. C’est du Thomas Bernhard en costumes d’antan ! Quant à l’épouse, elle est jouée par une très jeune femme, la délicate et juste Ruth Orthmann (ici barbouillée, comme si le massacre conjugal passait aussi par les coups). Ces décalages, qui se poursuivent dans la conception du décor (un appartement trop joli, d’une élégance charmante et horriblement conformiste, conçu avec malice par Nicky Rieti), servent admirablement la pièce. Elle n’a sans doute jamais été aussi drôle. Cette pluie d’insanités, d’insultes de la pire mauvaise foi, est une douche de formules féroces dont l’audace bondit sans garde-fou. Engel n’a pas peur d’aller jusqu’à la farce (farce très noire, bien entendu), et son interprète, le grandiose Serge Merlin, non plus. Merlin dispose d’une tonalité vocale quasi musicale pour dire cette suite de jérémiades d’un grand esprit déployant la panoplie complète de ses petitesses. Il joue de tout son être le drame de la vieillesse. Thomas Bernhard demande à ses acteurs d’emprunter une voie et une voix uniques où la haine comique se ressasse. A eux, et au metteur en scène, d’en trouver la puissance et les nuances. Dans ce registre, Serge Merlin est, en France, le plus grand. Quand le spectacle est terminé, Merlin donne, aux saluts, un autre spectacle : comme un enfant qui a réussi à jouer un mauvais tour, il rit de bonheur. Ce moment-là, merveilleux, émouvant, est aussi l’un des plaisirs de cette très belle soirée mise en œuvre par Engel au théâtre de l’Oeuvre.
Le Réformateur de Thomas Bernhard, traduction de Michel Nebenzahi (éditions de l’Arche), version scénique et mise en scène d’André Engel, décor de Nicky Rieti, costumes de Chantal de La Coste, lumière d’André Diot, son de Pipo Gomes, coiffure et maquillage de Marie Luiset, avec Serge Merlin, Ruth Orthmann, Gilles Kneusé, Nicolas Danemans, Thomas Lourié.
Théâtre de l’Oeuvre, tél. 01 44 53 88 88, jusqu’au 11 octobre. (Durée : 1 h 40). Rappelons l’excellence des programmes du théâtre de l’Oeuvre, qui contiennent le texte de la pièce, des analyses et divers documents d’un grand intérêt.
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Le spectateur de Belleville
July 2, 2015 2:20 PM
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Publié par Jean-Pierre Thibaudat pour son blog de Mediapart « Des arbres à abattre » de Thomas Bernhard, version scénique de Krystian Lupa, Festival d’Avignon à la Fabrica, 15h, du 4 au 8 juillet Parfois, une photographie d’un acteur au travail porte en elle toute la force du spectacle. Qu’ont l’ai vu, revu, pas vu. C’est le cas de cette photo signée Dunnara Meas où l’on reconnait l’acteurSerge Merlin. La photo a été prise au Théâtre de l’œuvre où l’acteur affrontait la bête de texte qu’est « Extinction » de Thomas Bernhard. Des bras armés Un texte éruptif, vociférant, ruminant, un texte « bernhardien » dit Merlin, et, en cela, prolongeant la plupart de ses autres textes. Mais, dans ce récit de la fin, presque ultime, Merlin voit aussi un « Thomas Bernhard possiblement réconcilié », « les bras ballants, il se laisse aller à la vie » dit-il. Le spectacle mis en scène par Alain Françon et Blandine Masson avait été créé à Paris au théâtre de la Colline en mars 2010, il a été repris au Théâtre d’œuvre pour une série de représentations qui se sont achevées le 24 juin. Que fait là ce micro ? Etait-ce un soir d’enregistrement pour France Culture ? Regardons la photo. Serge Merlin n’a pas « les bras ballants », il ne peut pas entre être ainsi, sinon le théâtre serait un art pléonastique, un bidouilleur du copié-collé, il ne peut pas laisser ses bras « aller à la vie » en soulignant d’un geste une inflexion de phrase comme on le fait justement dans la vie et comme le font sur scène des acteurs peu exigeants. Regardez ces bras. Ce ne sont pas seulement des bras aimants, des doigts noueux d’amour, ce sont des bras armés, oui, armés d’une force de frappe. Deux machines de guerre à fendre l’air. Chacun son combat. Le bras gauche prolongé par sa main ouverte veille sur le feu sacré du texte posé sur la table, il s’y chauffe, s’en nourrit, il est au repos avant l’assaut. Le bras droit, lui, est au cœur du combat, poing fermé, il ne frappe pas le front mais, tout en tension, y inocule la rage de dire. D’un bras l’autre, un double mouvement qui est celui même d’« Extinction ». Difficile de parler calmement des yeux de l’acteur tant ils sont là, ouverts, déterminés à faire peur. Ils ne nous regardent pas. Ils scrutent au loin un chemin invisible où marche Thomas Bernhard. On entre parfois dans un spectacle, par effraction. Et c’est par effraction que la voix inqualifiable de l’acteur nous revient quand on regarde intensément cette photographie. Une société des amis Merlin n’en a pas fini avec Thomas Bernhard, il n’en finira jamais. Tout comme le polonais Krystian Lupa. L’un et l’autre font partie du cercle restreint de la société des amis de Thomas Bernhard mise sur pied par le frère de l’auteur. Il me plait de penser que peu de jours après avec quitté la scène avec Serge Merlin, Thomas Bernhard va la retrouver avec Krystian Lupa. Lupa, lui aussi, est passé par « Extinction », mais dans une tout autre approche. Lui aussi revient éternellement à Thomas Bernhard, cette fois avec « Des arbres à abattre », récit sous-titré « une irritation » dont il a fait une version scénique, créée la saison dernière en Pologne. A partir du 4 juillet à 15h à la Fabrica, le spectacle sera présenté, pour trop peu de jours, au festival d’Avignon où Lupa vient pour la première fois. Un festival où Merlin, dans le off, avait naguère créé un sidérant « Dépeupleur » de Beckett. Il y reviendra peut-être un jour. Avec Thomas Bernhard ?
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Le spectateur de Belleville
May 18, 2015 6:57 PM
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Publié dans Le Point par Marie-Pierre Ferey pour AFP Regard fiévreux, mains voletant autour du visage émacié, Serge Merlin fait irrésistiblement penser à Samuel Beckett ou Antonin Artaud.
A 82 ans, il s'apprête à jouer "Extinction" de Thomas Bernhard mis en scène par Blandine Masson et Alain Françon au Théâtre de l'Oeuvre.
"Je suis aliéné au théâtre", dit-il, "étant donné que je ne sais rien faire d'autre". Pourtant, il "déteste jouer, tout est problème, la voix, la journée est une épouvante, il faut qu'aucun bipède humain ne vienne déranger cette respiration singulière".
Serge Merlin "respire" depuis toujours le théâtre. Il l'absorbe et le rend "au plus haut, dans une altitude très haute d'un air raréfié", dans cet endroit où Thomas Bernhard a enfin pu arriver "au point focal, où on ne comprend plus ce que ça veut dire, nazisme, on le ressent".
Dans son dernier roman, l'écrivain autrichien mort en 1989 décrit le retour de Franz-Josef Murau au domaine familial à la mort de ses parents et de son frère. A partir du télégramme annonçant "Parents et frère morts dans un accident", Thomas Bernhard entreprend un récit de "la détestation" qui décrit impitoyablement la destruction de la pensée opérée par les esprits mercantiles de la mère et du père, leur haine de la culture, leur complaisance vis à vis du nazisme.
Pour Serge Merlin, dans cette ultime confession, l'écrivain autrichien "donne tout. Il est investi par une rage, comme ces fous sur une place publique qui arriveraient à une extase du chant des mots". Lire l'article entier : http://www.lepoint.fr/culture/serge-merlin-le-possede-du-theatre-18-05-2015-1929116_3.php#xtref=acc_dir
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Le spectateur de Belleville
January 30, 2014 6:52 AM
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Serge Merlin touche à l’incarnation vertigineuse. Son regard, défiant la distance, transperce jusqu'aux derniers rangs. Son brame chuchote, geint, tonitrue. Sa démarche sautille et traînasse, son bras s’élance et s’abat. Son phrasé accroche l’ouïe, berce l’âme, arrache des larmes, soulève le rire, tétanise. Fauve lâché dans l’arène d’un décor sphérique, Serge Merlin se saisit de la tragédie sans pour autant l’étouffer. En l’absence sur scène de ce chef égaré, tantôt sorti des langes, tantôt échappé de l’Olympe, l'action suit son cours, exempte de toute baisse de rythme ou de tension. Le spectateur ne perd pas une miette de l'histoire parallèle, furieusement virile, celle du bâtard Edmond (magnifique Marc Zinga) évinçant son frère légitime Edgar (remarquable Christophe Maltot), pour terrasser leur géniteur (pathétique Philippe Duclos en comte de Gloucester). Chaque passage sur scène de Serge Merlin porte à l’incandescence les thèmes qu’aborde ce chef-d'œuvre suprême qu'est Le Roi Lear : le pouvoir, la paternité, la folie, la vieillesse (une moitié de la France n’aura-t-elle pas bientôt mis l’autre moitié sous curatelle ?!), l’exil et la liberté, la désobéissance et la soumission, l’ingratitude et la fidélité… Antoine Perraud pour Mediapart CLIQUER SUR LE TITRE OU LA PHOTO POUR LIRE L'ARTICLE ENTIER DANS SON SITE D'ORIGINE Le Roi Lear, de William Shakespeare, mis en scène par Christian Schiaretti. Jusqu'au 15 février au TNP à Villeurbanne, à 19h30 (durée : 3h50). Tournée : La Manufacture à Nancy (26, 27, 28 mars). Théâtre de la Ville à Paris (du 12 au 28 mai). Le Bateau Feu à Dunkerque (4, 5, 6 juin).
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Le spectateur de Belleville
October 16, 2012 3:50 AM
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Ce soir un acteur nous parle. Il quitte les mots de Beckett et nous rejoint dans sa loge. Avec ses mots à lui, il nous emmène au seuil d’un autre monde, son monde, où le théâtre est une nécessité, une urgence, une évidence. Comment vivre ailleurs que sur la scène où tout prend corps ? Comment exister en dehors du plateau quand c’est sur le plateau que chaque soir le miracle de l’apparition a lieu. Serge Merlin, interprète fabuleux de toute éternité, nous parle de tout ça. Et lorsqu’il parle, Merlin, ce n’est pas pour ne rien dire. Emission de Joëlle Gayot sur France Culture à écouter : 30 minutes de pure poésie sur l'art de l'acteur. CLIQUER SUR LE TITRE OU LA PHOTO POUR OUVRIR LE LIEN, ENSUITE CLIQUER SUR LE BOUTON ROUGE POUR ECOUTER. Et aussi : critique de Jean-Pierre Han pour la revue Frictions : http://revue-frictions.net/enligne/index.php?post/2012/10/08/Beckett-pour-toujours Autre critique de Cécile Maslakian pour le blog "Rhinoceros" : http://rhinoceros.eu/2012/10/la-derniere-bandede-samuel-beckett/ "La dernière bande", Texte de Samuel Beckett, mis en scène par Alain Françon au Théâtre de l'Oeuvre (55, rue de Clichy à Paris 9ème) et pour seulement 60 représentations, depuis le 2 octobre..
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