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Le plastique, c’est fantastique ! » (4/6). La chorégraphe allemande, suivie par Robyn Orlin et Jan Martens, sublime ces récipients de quincaillerie dans ses spectacles.
Un seau en plastique débordant d’eau pour se mettre la tête dedans et se dégonfler les neurones ; un autre pour arroser la copine en pleine canicule estivale ; un troisième pour faire mousser la savonnette et rincer le plateau dans une même giclée… Mettez un seau en scène, et c’est immédiatement la chorégraphe Pina Bausch (1940-2009) que vous avez dans le collimateur pour vous rafraîchir la mémoire. Maîtresse en jeux aquatiques, championne de la brasse coulée avec sa gestuelle des bras plus fluides que ceux d’une sirène, la créatrice de génie a sublimé le port de cet accessoire multi-usage. Jusqu’à métamorphoser, dans son spectacle Nelken (1982), une femme en somptueuse idole de plastique, avec seaux en bracelets et couvre-chef.
De la salle de bains au sauna, du lac qui gonfle à la marée océanique, de la colline en mousse qui ruisselle au roc noir suintant, l’eau, dans toutes les nuances vivifiantes chères au philosophe de la matière Gaston Bachelard (1884-1962), inonde nombre de créations de l’artiste allemande. Et quel objet magique transporte tous ces litres de flotte ? Le seau, dégotté dans les quincailleries de Wuppertal (Allemagne), régulièrement dévalisées par les interprètes de la compagnie. « Je n’ai jamais compris pourquoi Pina utilisait ces seaux horribles, s’exclame Helena Pikon, personnalité historique de la compagnie.Je les ai toujours détestés. Je pensais que le plastique n’avait rien à faire dans le monde de Pina, mais ils se sont imposés par le biais des danseurs, dont elle conservait les improvisations qu’ils lui montraient. Ils se sont même parfois multipliés, comme dans Wiesenland [2000], par choix de Pina et pour l’action en elle-même, et c’est un très beau moment de cette pièce. »
Bidule de bazar
Avec sa ribambelle de seaux blancs, Vollmond (2006), œuvre maîtresse, éclabousse et patauge joyeusement. Tandis qu’une petite rivière serpente, elle réveille, par une nuit de pleine lune, une sarabande de folie sous une pluie diluvienne. La volée d’ustensiles en plastique lève une bataille d’eau aux accents enfantins de grand lâcher-prise. Les danseurs s’attaquent à coups de seaux, rebondissent dans les flaques et s’aspergent. La transe n’est pas loin tandis que les robes collent aux corps, que les cheveux dégoulinent, explosant dans une myriade de gouttes. Libération, renaissance, érotisme, la danse bat plus fort lorsqu’on lui crée des embuscades.
Sans songer à faire son effet, le seau sert la cause d’un art gestuel qui oublie l’artifice de la représentation pour se concentrer sur l’action
Ce bidule de bazar devient, ici, curieusement esthétique. Sans songer à faire son effet, il sert la cause d’un art gestuel qui oublie l’artifice de la représentation pour se concentrer sur l’action. Se retrouver quasiment à poil et la mèche raide importe peu aux interprètes de Pina Bausch. Compte seulement la puissance ravageuse de cette baignade au cœur d’un paysage éphémère qui se dresse et s’affaisse à grands jets virulents.
Sur un versant revendiqué plus pauvre, récup et à la portée de tout le monde, la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin, à l’affiche en France depuis la fin des années 1990, repeint régulièrement la boîte noire aux couleurs pop d’ustensiles en plastique. Folle fan de jouets qu’elle déniche dans les bazars, elle brique les images de la vie ordinaire au diapason de ses visions fantasques. Et, chez elle, du petit canard jaune – son animal fétiche – aux piscines pour enfants et aux cuvettes multicolores, en passant par les fameuses bouilloires africaines chamarrées, le plastique est la clé d’une certaine idée de l’enfance de l’art (mais pas uniquement).
Réalisme magique
Au milieu de son armada d’objets, les seaux en plastique – rouges chez elle – s’impriment durablement dans la rétine. Pour le spectacle sur le thème du sida, intituléWe Must Eat Our Suckers With the Wrappers on (2002), les interprètes à la queue leu leu construisaient une chenille de seaux qui, mis bout à bout, traversaient la scène. Fulgurance de la couleur qui rappelait celle du sang, les récipients et les danseurs articulaient une chaîne plastico-humaine.
Sur le même ton, les assiettes, également rouges, de l’inoubliable pièce qui l’a fait connaître en France, Daddy, I’ve Seen This Piece Six Times Before and I Still Don’t Know Why They’re Hurting Each Other (1999), sont disséminées sur le plateau, qu’elles piquent de taches vives comme des gros pois raccords avec les motifs des robes à fleurs.
Robyn Orlin rappelle qu’un seau, certes, est un récipient dans lequel on se lave les pieds, mais qu’il peut devenir tambour tout aussi facilement
Passée par des études de danse contemporaine, puis par les arts plastiques et le cinéma à l’Institut d’art de Chicago, entre 1990 et 1995, la chorégraphe compose des installations vivantes. « Il y a l’idée de jouer avec le côté “vie dans la rue” à Johannesburg, en prenant des objets qui deviennent des métaphores du quotidien urbain, explique-t-elle. Les seaux en plastique sont utilisés en permanence en Afrique. Les fruits et les légumes sont présentés par les vendeurs sur des assiettes, le long de la route. C’est d’ailleurs une très belle image de voir une mer de pommes vertes sur des plats rouges ou des oignons roses disposés sur des jaunes, dans un design très géométrique. C’est une forme de résilience que la façon dont les vendeurs proposent leurs marchandises, en les ornant avec fierté. »
Cet impact visuel fonctionne à plein dansAt the Same Time We Were Pointing a Finger at You, We Realized We Were Pointing Three at Ourselves (2014). Une sculpture verticale de grosses cuvettes superposées cadre la pièce. Lorsque le « mur » explose en un orchestre bringuebalant, Robyn Orlin rappelle qu’un seau, certes, est un récipient dans lequel on se lave les pieds, mais qu’il peut devenir tambour tout aussi facilement. Servir à quelque chose en sublimant la cause de la beauté est le pari artistique et sociétal d’Orlin, dont le geste prend racine sur un terrain rien qu’à elle, celui d’un réalisme magique. « Et il faut aussi rappeler qu’ils sont toujours recyclés, en Afrique du Sud, et ont une vie longue durée », précise-t-elle.
Légende photo : Une ribambelle de seaux blancs dans le spectacle « Vollmond » (2006), de la compagnie Tanztheater Wuppertal, chorégraphié par Pina Bausch, lors d’une représentation à Wuppertal (Allemagne) en juin 2015. OLIVER LOOK
Dès les premiers instants, la signature Pina souligne ce « Barbe-Bleue » : scènes rejouées, chaîne humaine, opposition des sexes. Créé en 1977 à Wuppertal, fief de la chorégraphe, ce spectacle à l'instar de son « Café Müller » impose alors la grammaire gestuelle de l'Allemande. Après une série d'opéras dansés comme « Orphée et Eurydice » ou le légendaire « Sacre du printemps », Pina Bausch s'affranchit d'une narration possible et offre au regard ces morceaux de vie. Si on entend bien l'oeuvre de Béla Bartòk, elle est comme disséquée, souvent interrompue - au grand dam des ayants droit du compositeur à l'époque de la création.
Pourtant la créatrice respecte la partition, véritable ossature de ce ballet vertigineux, à défaut de son livret. Dans une salle comme traversée par les vents, au plateau de feuilles mortes, un couple émerge, puis toute la compagnie, des danseurs qui n'ont pas connu Pina. On se tourne autour, se renifle presque dans une esquisse de séduction. Bien vite la violence affleure jusqu'à cette course tête la première contre les murs. Les solistes paraissent se cogner à leur propre vie, qui est aussi la nôtre.
Miroir Bausch dresse un portrait d'ensemble hérissé de caresses et de domination, de fuites en avant et de pas de deux. Les femmes, en robe longue, sont souveraines, les hommes, en costume ou slip de velours coloré, parfois ridicules. On s'accroche aux parois, un pied dans le vide, on s'affaisse sur un oreiller moelleux pour amortir la chute. La chorégraphe ne juge pas, elle tend un miroir à son époque bouleversée par les révolutions sexuelles et féministes. « Je ne crois pas que dans mes pièces il y ait des moments où l'on puisse dire : 'Elle a voulu ceci ou cela' », nous confia un jour Pina Bausch. Pourtant voir « Barbe-Bleue » en 2022, c'est inévitablement adopter un autre point de vue. La force de cette création en surprendra plus d'un, surtout les jeunes dans le public.
Enfin, cette production est un bulletin de santé du Tanztheater Wuppertal au moment où le Français Boris Charmatz en prend la direction artistique. Les interprètes ici réunis ont une technique irréprochable. Ils deviendront, qui sait, de vraies personnalités de scène. Une danseuse, Tsai-Chin Yu, dans le rôle de Judith (en alternance avec Silvia Farias Heredia et Tsai-Wei Tien) a déjà tout d'une grande. « Barbe-Bleue » (en écoutant un enregistrement sur bande magnétique de l'opéra de Béla Bartòk « Le Château de Barbe-Bleue », son titre complet) conjugue à sa manière, magistrale, le passé au présent.
Extrait d'une captation du spectacle, en qualité VHS.
Une création de Pina Bausch datant du 8 janvier 1977.
Adaptation de l'opéra de Béla Bartók : Barbe Bleue. Avec BEATRICE LIBONATI, JAN MINARIK, JAKOB ANDERSEN, ANNE MARIE BENATI, BENEDICTE BILLIET, MARION CITO, DOMINIQUE DUSZYNSKI, JOSEPHINE ANN ENDICOTT, LUTZ FORSTER, MECHTIHILD GROSSMANN, KYOMI ICHIDA, URS KAUFMANN, ED KORTLANDT, ELENA MAJNONI, ANNE MARTIN, YOLANDA MEIER, DOMINIQUE MERCY, NAZARETH PANADERO, HELENA PIKON, HANS POP, ARTHUR ROSENFELD, MINIKA SAGON, JEAN-LAURENT SASPORTES, JANUSZ SUBICZ, FRANCIS VIET.
Créé le 26 mai 1977 à l'Opéra de Wuppertal (Allemagne) par sa propre compagnie, Barbe-Bleue de Pina Bausch est l'une des œuvres les plus fortes et les plus profondes de cette chorégraphe allemande. Née en 1940, élève à Essen de l'école fondée par Kurt Jooss, elle y apprend les rudiments de la danse expressionniste et commence à forger, à partir des années 1970, une œuvre magistrale qui renouvelle le genre. La « manière » de Pina Bausch est simple : des séquences accolées, souvent à partir d'un montage musical ; un travail qui engage le danseur-interprète dans un élan d'improvisation, à partir de données fournies par l'auteur. Ainsi, dans Barbe-Bleue, s'inspirant très librement de l'opéra de Béla Bartók (Le Château de Barbe-Bleue), Pina Bausch échafaude une véritable tragédie moderne, dans un décor unique (de Rolf Borzik) qui symbolise un lieu d'enfermement et de douleur. Elle exprime la difficulté, l'impossibilité d'être à deux, à travers un jet continu de situations dramatiques qui se succèdent, se brouillent et rejettent les personnages contre le mur de leur solitude.
La danse comme alternative à la reproductibilité de l’art, dernier bastion de l’éphémère, du contemporain, souffle encore le chaud du dévergondage. « Soupape de l’âme » dit bellement Hervé Guibert. Sur ces terres de liberté conquise, Pina Bausch, décédée subitement en 2009, est passée maître. Conceptrice d’un théâtre‑dansé, elle invite sur scène des comédiens-danseurs avec leurs histoires, leurs intonations, leurs improvisations et leurs aspérités.
Dans 1980, elle les propulse sur un immense gazon anglais encore parcouru de moucherons, odorant et terreux. Un chevreuil empaillé dans un coin au loin, une caméra à l’opposé, qui épie. Qui épie quoi ? La mascarade d’une ribambelle de danseurs vêtus aux couleurs de la bonne société, des conventions, aux couleurs des endimanchés et des eaux‑tièdes, des gênés-aux‑entournures et autres mal‑engoncés, enfants trop vite vieillis. Nous tous.
Cédric Enjalbert
Critique du blog "Les Trois Coups"
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Le danseur et chorégraphe, chef de file de la vague conceptuelle française, reprendra début août le flambeau de la défunte Pina Bausch à la direction du Tanztheater de Wuppertal.
Des perles de sueur giclent de sa crinière rousse, des torrents dévalent le long de son dos, à peine le temps de regonfler son ventre d’air et le voici parti vider trois jerricanes d’énergie dans un autre recoin du plateau. Boris Charmatz, 49 ans, s’arrache, il est en nage. Alors vraiment, confie-t-il au lendemain de la représentation, ça le dépasse : «Ça fait vingt ans que je sors de scène en sueur et on continue à dire que je fais de la “non-danse” !» Qui a dit ça, d’abord ? Les premiers spectateurs du chorégraphe, peut-être, au début des années 2000, quand le pétaradant chef de file de la vague conceptuelle française décoiffait les chignons bien laqués de la danse instituée, moins par esprit de contradiction que par besoin d’ancrer les corps dans un nouveau contexte politique. A l’époque, ses déambulations aveugles avec jeans noués autour du visage, ses pogos cul-nu balancés à la sauvage à deux centimètres de nos souliers, ses virées en semi-remorque avec Jeanne Balibar repoussaient hors de ses limites la définition de la «danse», et il était grand temps.
Mais aujourd’hui, qui soutiendrait encore que Somnole, ce solo accueilli dans un tonnerre d’applaudissements au Festival de Marseille début juillet, n’est pas «vraiment» de la danse ? C’est, précisément, de la danse «endormie». Couvée pendant la pandémie, quand tous les théâtres étaient au point mort et les corps engourdis, la pièce montre un homme en état de sommeil ou de léthargie, pris dans un flux de gestes exutoires. Seul dans l’espace comme dans sa chambre de confinement, sans les moyens techniques habituels du théâtre, donc sans musique, il siffle sa propre bande-son, de Donna Summer à la BO du film la Boum. Charmatz s’anime avec passion quand on le lance sur le sujet : il connaît la langue sifflée dans les Canaries, tout. Enfant, déjà, il voulait organiser une symphonie entièrement sifflée. C’est dire…
Quand il était petit, d’ailleurs, il y a plus de quarante ans, une autre danseuse fusait sur le plateau comme une somnambule en pleine rêverie, tandis qu’un homme débarrassait sur son passage toutes les chaises de café dans l’espace afin qu’elle ne se blesse pas. C’étaitPina Bausch, et c’était Café Müller (1978), chef-d’œuvre qui fit fondre en larmes deux générations de spectateurs de l’Allemagne de l’après-guerre aux héros d’Almodóvar dans le film Parle avec elle (2002). A elle aussi, avant qu’elle ne devienne la superstar mondiale intouchable de la danse du XXe siècle, le public parfois réactionnaire balança des tomates en hurlant : «Ce n’est pas ça, la danse.» Boris Charmatz, malin : «Quelque part, c’était une des premières à faire de la “non-danse”…» Il a d’ailleurs fallu inventer d’autres mots pour qualifier l’art révolutionnaire de l’Allemande et ce fut «danse-théâtre», un nom qu’elle donna également à son fief de la Ruhr qui devint le «Tanztheater» de Wuppertal.
Boris Charmatz y a passé pas mal de temps cette année, entre ses nombreuses tournées – ce qui explique qu’à l’heure du café matinal, excusez-le, vraiment, il soit «crevé». Besoin de vacances, deux semaines, la Crète. Et mieux vaut se reposer, car début août il prendra la direction du temple légendaire, occupé par une compagnie d’une trentaine de danseurs, d’une soixantaine de salariés, riche de six décennies d’histoire de la scène, laissé orphelin depuis la mort brutale de Pina Bausch en 2009. Il devra faire vivre ce répertoire immense à travers le monde et créer de nouvelles pièces. Autant dire que les projecteurs sont bien braqués.
Sa nomination en a étonné plus d’un. Boris Charmatz n’a jamais travaillé avec l’Allemande. Ses jeux conceptuels n’ont pas grand-chose à voir avec le lyrisme expressionniste de son aînée. Plus jeune, et contrairement à 97% des danseurs des années 80, il ne rêvait pas spécialement d’auditionner pour elle : après une enfance à Chambéry dans une famille de profs militants de gauche, un début de carrière dans le ping-pong, puis un passage ennuyeux et frustrant à l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris, Charmatz braque radicalement vers une forme ludique d’expérimentation : des chorégraphies sous contraintes à la mode oulipienne, des poignées de main à la famille esthétique de Marcel Duchamp, une curieuse école de danse sans murs (Bocal) ou un étrange musée sans cimaises, le Musée de la danse, qu’il a lancé à Rennes et dirigé pendant près de dix ans, où il peaufina sa vision inventive des archives et du répertoire.
Il y a bien un lien avec l’Allemagne de Pina Bausch : la langue, d’abord, puisque sa famille comptait plusieurs profs d’allemand, la culture, ensuite, puisque les Charmatz passaient chaque été à Berlin avant la chute du mur. «C’était la capitale underground, l’époque des rats sur l’épaule, des théâtres effondrés dont il ne restait que la façade, et surtout des pièces de Klaus Michael Grüber.» Sa mère lui traduisait le texte en murmurant dans le noir. S’ouvrait alors un territoire d’émotion pure et de dingueries – comme plus tard devant les œuvres de Pina Bausch.
Mais franchement, il est le premier surpris qu’on lui confie le flambeau de ce Tanztheater qui peinait, depuis la mort de la chorégraphe, à retrouver une direction artistique stable. Sur le papier, explique-t-il, c’était «impossible d’accepter» – et Charmatz dit ça avec la flamme du joueur d’échecs dans la pupille. Impossible d’envisager un déménagement dans la Ruhr «pour des raisons familiales d’abord» – il est le conjoint de la chorégraphe danoise Mette Ingvartsen, mère de ses enfants, «avec qui il essaie de passer un peu de temps ces jours-ci à Marseille». Il était plutôt question de quitter Bruxelles pour s’installer à Lille et entamer là-bas, en partenariat avec le Louvre-Lens ou le Phénix de Valenciennes, un grand chapitre de son projet TERRAIN, chantier artistique axé sur l’espace public dont les terrils des environs de Lens devaient être le décor. Quand il a fait le déplacement à Wuppertal, c’était donc pour dire «non». «Et puis, ils ont installé environ 60 chaises en rond pour me rencontrer. Ce n’est pas uniquement grâce à ça, précise-t-il – et l’on comprend précisément que si –, mais à cet instant, il est devenu pour moi impossible de refuser.»
D’autant qu’il est sans doute le candidat idéal : moins dans le culte de personnalité que les autres, passionné par les manières de vivifier le patrimoine endormi, dingue du travail de «curation – pardon le mot est moche… Quand Pina Bausch recrée son chef-d’œuvre Kontakthof pour des adolescents d’une part, et pour des personnes âgées de l’autre, elle fait de la curation sur son propre répertoire». Il souligne que la compagnie compte une personne trans et que les pièces de Pina Bausch sont très genrées… «Je dis ça en l’air, mais c’est intéressant.» Et cette pensée semble lui avoir rechargé les batteries.
3 janvier 1973 Naissance à Chambéry
1993 Création de A bras-le-corps avec son ami Dimitri Chamblas, duo à danser toute la vie
De 2009 à 2018 Direction du Musée de la danse, Centre chorégraphique national de Rennes
Quelques années après avoir tourné avec Fellini, Pina Bausch faisait retour à Rome pour créer Viktor, la première de ses pièces voyageuses. « Une reine en exil »: ainsi la voyait Federico Fellini, qui lui confia le rôle d’une princesse aveugle à bord de E la nave va.
C’était en 1983. Six ans plus tard, Pina Bausch signait en Sicile cette pièce charnière, Palermo Palermo, à partir de laquelle le Tanztheater de Wuppertal allait bourlinguer dans plusieurs villes du monde.
Mais entre ces deux pôles, il y eut Viktor, créé en 1986 à Rome, à l’invitation du Teatro Argentino. « L’amour de Pina pour l’Italie était immense », confia au décès de la chorégraphe son ami et dramaturge Raimund Hoghe.
De fait, en archéologue-poète de ses soubassements impériaux comme de ses pulsions contemporaines, Pina restitue dans Viktor un parfum à la fois étrange et familier de la Ville Éternelle, tout en accolant, avec ce sens du montage dont elle avait le secret, ses obsessions de toujours. En exil de tous les faux-semblants.
Jean-Marc Adolphe (programme du Théâtre de la Ville)
Publié par Armelle Héliot pour son blog Le Grand Théâtre du monde : Au Châtelet, dans le cadre de la programmation du Théâtre de la Ville, le Tanztheater Wuppertal reprend l'une des oeuvres majeures de Pina Bausch. C'était quand, déjà ? 198...1983 ! Trente-deux ans... Lire l'article entier sur son site d'origine : http://blog.lefigaro.fr/theatre/2015/05/revoir-nelken-vraies-impressio.html
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