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Le spectateur de Belleville
July 8, 2024 5:06 PM
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Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 8 juillet 2024 Avec « La Vie secrète des vieux », l’auteur et metteur en scène aborde la sexualité des personnes âgées sans tabou ni pathos.
Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/07/08/au-festival-d-avignon-mohamed-el-khatib-erotise-le-troisieme-age_6247914_3246.html
Arrivée en majesté de Jacqueline, 91 ans, poussée dans son fauteuil roulant. « Ça commence bien », murmure un spectateur aux cheveux gris. Oui. « Ça » commence et « ça » finit bien. Même si, sur l’écran vidéo suspendu au-dessus du parquet de bal, on peut lire : « Compte tenu de leur âge, les personnes sur scène sont susceptibles, comme Dalida, de mourir sur scène », un avertissement à prendre pour ce qu’il est, une malice ironique et une mise à distance salutaire du pathos. Même si Georges, qui aurait dû être là, à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, fait lui aussi une entrée remarquée. Mais dans une urne funéraire. Même si Annie, 82 ans, Sally, 75 ans, Martine, 76 ans, Jean-Pierre, 85 ans, Micheline, 77 ans, et Chille (qui ne dit pas son âge) sont à l’automne d’existences qui se déclinent en problèmes cardiaques, douleurs articulaires, marches précautionneuses derrière un déambulateur. La Vie secrète des vieux, création de Mohamed El Khatib, auteur et metteur en scène qui a le chic pour lever des « draps de poésie » (l’expression est de Jacqueline) sur l’apparente banalité du réel, est une invitation au grand âge et une convocation à un splendide feu d’artifice. C’est une constante du Festival d’Avignon 2024 : les vieux sont les héros des scènes contemporaines. Ceux qu’a propulsés dans la Cour d’honneur du Palais des papes Angelica Liddell (Dämon, El funeral de Bergman) ne disaient pas un mot, mais leurs corps faisaient bloc, et l’artiste mettait sa rage et sa lucidité à s’insurger, en leur nom, contre le crépuscule physique et mental qui guette chacun de nous. Tonalité légère Avec Mohamed El Khatib, rien de tel. Le metteur en scène a beau être présent sur le plateau, il l’habite en Monsieur Loyal, distribue la parole, présente les protagonistes, les place dans l’espace. Un rôle de liant dans une dramaturgie qui privilégie les suspenses, aime les béances et cultive les fragilités, mais se révèle moins décousue qu’il n’y paraît. De quoi est-il question ? De sexe, de désir, de fantasmes, de masturbation, de baisers sur la bouche, d’homosexualité tardivement assumée, bref, d’une libido qui ne s’émousse pas malgré la chair flétrie et le parchemin des rides. Ces amateurs sont devenus des acteurs de théâtre, ils ont quitté leur Ehpad pour clamer face au public leur envie de faire l’amour : il faut du cran. C’est ce que l’on pense, et cette réflexion en dit long sur nos propres entraves. Eux, en face, malgré leurs cheveux rares, leurs muscles en déroute ou leurs gestes ralentis, n’ont rien à faire de nos inhibitions. Mohamed El Khatib organise une confrontation habile entre la morale frileuse du spectateur et ces vieux sans tabous. Si la tonalité de sa représentation est légère (beaucoup de rires fusent des gradins), le propos, pour sa part, oscille entre la comédie et la tragédie. On ne voit pas arriver les bascules, l’artiste est un spécialiste des coqs à l’âne dramaturgiques et du trouble distillé entre fiction et réalité. C’est ainsi qu’on découvre la date putative de la mort de Michel Sardou (2025) ou qu’on passe du récit hilarant de Yasmine, encore sous le choc de sa découverte (Mme Millon et M. Gazou accouplés dans un lit), à l’histoire bouleversante d’Anne (filmée en vidéo), qui s’est suicidée parce qu’on lui interdisait de retrouver son amoureux, Jean-Claude. Inquiétude des enfants, rigidité de l’Ehpad : les motifs de contention ne manquent pas. Le tact de ce spectacle est de ne pas les montrer d’un doigt accusateur, mais de les laisser affleurer, par-ci, par-là, au gré des vécus racontés. L’infantilisation des résidents n’en est que plus insupportable. Heureusement, il y a, pour prendre soin d’eux, Yasmine (« d’origine aide-soignante », dit-elle en souriant). Et puis il y a les vieux, leur insatiable désir de vivre, jusqu’au bout, ce qu’ils sont en droit de vivre. Leur présent est notre futur. Le message est passé. Ça commence et ça finit bien. La Vie secrète des vieux, de Mohamed El Khatib. Avec (en alternance) Annie Boisdenghien, Micheline Boussaingault, Marie-Louise Carlier, Chille Deman, Martine Devries, Jean-Pierre Dupuy, Yasmine Hadj Ali, Salimata Kamaté, Jacqueline Juin, Jean Paul Sidolle, Gaby Suffrin. La Chartreuse, Villeneuve-lez-Avignon (Gard). Jusqu’au 19 juillet, à 18 heures. Festival-avignon.com Joëlle Gayot (Avignon, envoyée spéciale) / LE MONDE Légende photo : « La Vie secrète des vieux », de Mohamed El Khatib, au Festival d’Avignon, le 3 juillet 2024. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE/FESTIVAL D’AVIGNON
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Le spectateur de Belleville
September 19, 2022 9:38 AM
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Par Brigitte Salino dans Le Monde - 19 septembre 2022 Dans « Mes parents », le metteur en scène dirige les élèves de l’école du Théâtre national de Bretagne dans un spectacle léger, teinté d’émotion.
Pour eux, confinement a rimé avec parents. Pas parce qu’ils sont retournés dans leurs familles − cela, on ne le sait pas −, mais parce qu’ils ont travaillé sur le sujet avec le metteur en scène Mohamed El Khatib. Eux, ce sont les élèves de la promotion 10 de l’école du Théâtre national de Bretagne, à Rennes (Ille-et-Vilaine), que l’on peut voir au Théâtre des Abbesses, à Paris, dans un spectacle léger, rieur, teinté d’une émotion qui affleure, sans jamais peser : Mes parents. Qui sont-ils ? Comment les voit-on quand on est devenu adulte ? Quelles relations a-t-on avec eux ? Autant de questions, à la fois banales et singulières, jusqu’à la plus taboue : la sexualité. En 2020, Mohamed El Khatib fait un atelier avec les vingt apprentis comédiens, par Zoom, confinement oblige C’est d’ailleurs d’une remarque sur la sexualité que tout est parti. En 2020, Mohamed El Khatib fait un atelier avec les vingt élèves, par Zoom, confinement oblige. Pour commencer, il leur demande de se présenter en une phrase. Une élève évoque la sexualité de ses parents. Au flottement général qui suit, Mohamed El Khatib comprend qu’il tient un sujet. Il en parle avec le groupe, le sujet s’élargit peu à peu à l’héritage, à ce que l’on aime ou rejette chez ses parents quand on a entre 20 et 27 ans, l’âge des apprentis comédiens. Les voilà donc sur le plateau du Théâtre des Abbesses. Sans autre décor qu’un banc d’école, autour duquel ils posent, comme pour une photo de classe. L’un d’eux tient un petit panneau en carton : « Mes parents 2022 ». Avant, une jeune fille est venue, seule. Elle a parlé de son père, commerçant. Le jour où elle l’a emmené visiter la grande salle du Théâtre national de Bretagne, il a compté combien de palettes elle pourrait contenir. Et il a quitté la salle en disant : « Etre ou ne pas être. » Un autre jour, plus tard, quand sa fille lui a dit que Mohamed El Khatib avait demandé que les parents rejoignent leurs enfants sur scène, à la fin du spectacle, il a répondu non. « Pourtant, j’aurais adoré qu’il soit parmi nous ce soir. J’aurais même été assez fière. » Art de la concision Ainsi vont les histoires que l’on entend aux Abbesses : rapides, portées par l’art de la concision de Mohamed El Khatib. Le metteur en scène sait tirer le miel des entretiens qu’il mène, que ce soit avec des supporteurs du Racing Club de Lens (dans Stadium, en 2017) ou avec des enfants de parents séparés (dans La Dispute, en 2019), pour citer deux de ses dernières créations. Evidemment, à chaque fois, c’est le vécu des gens et leur milieu social qui donnent le ton du spectacle. Dans Mes parents, on voit une génération nourrie par le slam, sans peut-être même qu’elle s’en rende compte. La parole fuse, elle ne s’attarde pas et passe le relais au voisin ou à la voisine. Dans « Mes parents », on voit une génération nourrie par le slam, sans peut-être même qu’elle s’en rende compte Des avions en papier volent vers le garçon qui raconte la rencontre de ses parents, tous deux aiguilleurs du ciel, en 1989. Ce soir-là, pendant leur premier dîner au restaurant, passait la chanson Hélène (1989), de Roch Voisine. Une fille imite sa mère chantant Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve (1983), de Jane Birkin, souvenir d’un soir de karaoké au village vacances où la famille allait quand elle était enfant. Nantes (1964), de Barbara, fait aussi partie du paysage de la rencontre, ce moment-clé de la vie des parents, avec le mariage, dont on voit les photos, allègrement commentées. Il y aurait un côté potache si le spectacle en restait là. Mais, au fil du temps, pourtant court (une heure), il ne cesse de gagner en épaisseur. Il aborde l’agacement, le rejet et la honte que peuvent susciter les parents. Le désir de vivre autrement qu’eux. Le manque inexprimable, aussi : il faut entendre un garçon décliner le mot « papa » sur tous les tons pour mesurer certaines failles. Et puis vient le moment où est abordée la sexualité des parents. La séquence a été filmée pendant le confinement, en vidéo. On vous laisse la découvrir, comme la fin du spectacle, qui réserve une très jolie surprise, après avoir posé une question poignante : que deviendra-t-on quand les parents ne seront plus là ? Mes parents, de Mohamed El Khatib, avec la collaboration des élèves de la promotion 10 de l’école du Théâtre national de Bretagne. Théâtre des Abbesses, 31, rue des Abbesses, Paris 18e. De 10 € à 26 €. Jusqu’au 23 septembre. Tournée : les 18 et 19 octobre, au Tandem, à Arras (Pas-de-Calais) ; les 21 et 22 octobre, au Théâtre du Bois de l’Aune, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) ; le 15 décembre, au Théâtre Romain-Rolland, à Villejuif (Val-de-Marne)… Brigitte Salino Filage du spectacle « Mes parents », de Mohamed El Khatib, en janvier 2021, à l’Espace 1789 de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). YOHANNE LAMOULÈRE/TENDANCE FLOUE
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Le spectateur de Belleville
July 25, 2021 6:59 PM
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Sur la page du site de France Culture - rediffusion dans le cadre des "Nuits rêvées", l'entretien avec Mohamed El Khatib 2018 |Premier entretien avec le metteur en scène Mohamed El Khatib, pour sa "Nuit rêvée", diffusée pour la première fois en avril 2018. Le dramaturge et metteur en scène revenait sur son parcours, ses thèmes d'inspiration et son choix d'archives : de Barthes à Bourdieu, en passant par Fernand Deligny.
Ecouter l'entretien (40 mn) en ouverture de la Nuit rêvée (sélection par Mohamed El Khatib d'archives radiophoniques) A l’origine des projets que Mohamed El Khatib écrit et met en scène, il y a presque toujours une rencontre. Avec une femme de ménage (Moi, Corinne Dadat), avec des supporters de foot (Stadium), avec un cinéaste (Conversation avec Alain Cavalier), avec deux comédiens qui ont vécu la perte d’un enfant (C’est la vie). Des spectacles en forme de "fictions documentaires", qui sont autant de manière de faire résonner écriture de l’intime et écriture théâtrale. Les voix qu’il avait choisi de nous faire entendre dans sa "Nuit rêvée", diffusée pour la première fois en avril 2018, étaient celles de ceux qui nourrissent son travail : celle de Roland Barthes, du poète Mahmoud Darwich, d’Alain Cavalier racontant la genèse de son film Irène, un récit de deuil. Des archives également de Fernand Deligny, dans les écrits duquel il puise ; de Pierre Bourdieu, découvert pendant ses études en sociologie ; du metteur en scène Rodrigo Garcia, dans une lecture à Avignon en 2005 ; celle, enfin, du sous-commandant Marcos, un héros de jeunesse que l’on entendra dans une émission consacrée au zapatisme. Mohamed El Khatib à propos de sa pièce Finir en beauté : Si je prends l'exemple du deuil, quand vous perdez quelqu'un, d'un coup il y a une contraction du temps. La mort vient, elle tranche le quotidien, et c'est un tourbillon, et quand vous êtes dans ce tourbillon, à la fois vous devez faire face à des choses très prosaïques, complètement hétérogènes : une déclaration de soutien, un message administratif, vous devez régler les problèmes de rapatriement du corps, c'était le cas pour ma mère. En même temps, c'est le moment où vous faites un point sur votre vie, sur votre famille, sur la question de la transmission. Cette réalité du deuil, on ne peut l'attraper que par petits bouts, par petites touches impressionnistes. Je ne sais pas faire autrement, en vérité je serais incapable d'écrire un roman. Ce qui me parait le plus juste pour essayer de rendre compte d'une réalité, c'est tenter de la cerner par bribes, à sauts et à gambades, de façon un peu aléatoire. Une fois que j'ai tous ces fragments, alors j'essaie de reconstruire quelques chose, de remettre en ordre ces débris. Ecouter le deuxième entretien radiophonique avec Mohamed El Khatib (34 mn) 2018 | Deuxième entretien avec le metteur en scène Mohamed El Khatib. Pour sa "Nuit rêvée", diffusée pour la première fois en 2018, il revenait sur son parcours, ses inspirations et son choix d'archives sur le zapatisme, le dramaturge Rodrigo Garcia ou encore la sociologie de Pierre Bourdieu... A l’origine des projets que Mohamed El Khatib écrit et met en scène, il y a presque toujours une rencontre. Avec une femme de ménage (Moi, Corinne Dadat), avec des supporters de foot (Stadium), avec un cinéaste (Conversation avec Alain Cavalier), avec deux comédiens qui ont vécu la perte d’un enfant (C’est la vie). Des spectacles en forme de "fictions documentaires", qui sont autant de manière de faire résonner écriture de l’intime et écriture théâtrale. Les voix qu’il avait choisi de nous faire entendre dans sa "Nuit rêvée", diffusée pour la première fois en avril 2018, étaient celles de ceux qui nourrissent son travail : celle de Roland Barthes, du poète Mahmoud Darwich, d’Alain Cavalier racontant la genèse de son film Irène, un récit de deuil. Des archives également de Fernand Deligny, dans les écrits duquel il puise ; de Pierre Bourdieu, découvert pendant ses études en sociologie ; du metteur en scène Rodrigo Garcia, dans une lecture à Avignon en 2005 ; celle, enfin, du sous-commandant Marcos, un héros de jeunesse que l’on entendra dans une émission consacrée au zapatisme. Il se souvient de son admiration pour Maradona, quand, lors de la Coupe du Monde de 1986, il suit à la télévision le match qui oppose l'Argentine à l'Angleterre : Maradona était notre idole à nous tous qui avions six ans, ce petit gros était un magicien qui avait des mains à la place des pieds, on voulait tous être Maradona. Puis il évoque son spectacle Stadium qui a pour origine d'une part son amour du football (il a joué à un haut niveau) mais aussi son père, un amateur de football éclairé. C'est aussi un hommage aux supporters, ceux qui sont toujours là : J'avais envie de rendre hommage à ceux qui sont toujours là, les joueurs passent d'un club à l'autre, les dirigeants de club viennent et puis s'en vont, mais les supporters eux sont toujours là, cela relève d'un amour inconditionnel. J'ai eu envie de dire que ceux qui font le sel d'un match de foot, ce sont les spectateurs, ceux à qui on ne pense jamais. La mixité dans les stades de foot est importante, malheureusement dans le théâtre on ne peut pas en dire autant. (...) Le sens de mon travail c'est de mettre en scène ce qui nous rapproche avec des gens qui nous sont totalement étrangers. Ecouter le 3ème entretien radiophonique avec Mohamed El Khatib (14 mn) A l’origine des projets que Mohamed El Khatib écrit et met en scène, il y a presque toujours une rencontre. Avec une femme de ménage (Moi, Corinne Dadat), avec des supporters de foot (Stadium), avec un cinéaste (Conversation avec Alain Cavalier), avec deux comédiens qui ont vécu la perte d’un enfant (C’est la vie). Des spectacles en forme de "fictions documentaires", qui sont autant de manière de faire résonner écriture de l’intime et écriture théâtrale. Les voix qu’il avait choisi de nous faire entendre dans sa "Nuit rêvée", diffusée pour la première fois en avril 2018, étaient celles de ceux qui nourrissent son travail : celle de Roland Barthes, du poète Mahmoud Darwich, d’Alain Cavalier racontant la genèse de son film Irène, un récit de deuil. Des archives également de Fernand Deligny, dans les écrits duquel il puise ; de Pierre Bourdieu, découvert pendant ses études en sociologie ; du metteur en scène Rodrigo Garcia, dans une lecture à Avignon en 2005 ; celle, enfin, du sous-commandant Marcos, un héros de jeunesse que l’on entendra dans une émission consacrée au zapatisme. Il évoque son envie de faire des films : J'ai commencé à filmer ma mère, c'est là qu'est né un désir de cinéma. Il y a un rapport au temps qui est tout à fait différent, il y a un temps long : on peut laisser infuser. Il y a une grande liberté formelle. On n'est pas encombré, avec une équipe légère et une caméra on peut réaliser un film. Bibliographie : - Mohamed El Khatib, photographies de Yohanne Lamoulère, Stadium, Ed. Les Solitaires intempestifs, 2017
- Mohamed El Khatib, Pièce en 1 acte de décès, Ed. Les Solitaires intempestifs, 2014
- Mohamed El Khatib, photographies de Marion Poussier, Corps de ballet, Filigranes Editions, 2014
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Le spectateur de Belleville
October 14, 2017 7:34 AM
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Par Elie Salleron dans Mouvement publié le 13 oct. 2017
Tel est pris qui croyait prendre Stadium de Mohamed El Khatib
Mohamed El Khatib amène sur la scène de la Colline les supporters de Lens – les vrais. Une exposition d’êtres humains, dont le ressort factice fait craindre une supercherie. Malgré tout, le metteur en scène tente de s’en sortir, par une esthétique puissante et la joie du folklore.
Nous sommes au début du spectacle. Un trompettiste est seul sur scène. Il entame la mélodie de Maurice Jarre, celle qui introduit les spectacles du festival in d’Avignon. Très vite, la musique change, se transforme en thème pompeux, un de ceux qui galvanisent les supporters de football dans les stades. Le semi-instruit exulte. L’instruit se rétracte : la bourgeoisie de gauche va-t-elle nous faire le coup de la fausse autocritique ?
Déboulent ensuite les supporters lensois. Là ils parleront en témoins, se livreront au soliloque, à la danse, à l’interpellation du public, à toutes sortes de numéros comiques, dans une scénographie composée en fond d’une tribune de stade, à gauche d’un camion-snack, et au milieu d’un espace scénique indéterminé, où semble pouvoir se fondre le théâtre et le football. Deux formes spectaculaires, dont l’une appartient à l’art des élites, l’autre à l’exultation populaire. Mais des deux, la première domine.
Tout, dans Stadium est un incessant jeu de dupes qu’on s’ingénie à relever, un incessant malaise, un indécrottable soupçon à voir une énième fois le triomphe de la bourgeoisie de gauche, tirant les ficelles de la représentation sociale et de la critique de cette représentation. Mohammed El Khatib joue sur la scène ; il s’incarne lui-même, le metteur en scène instruit face à la classe ouvrière blanche. Le voici qui interpelle avec bassesse une femme de ménage, le voici qui traite avec condescendance un supporter « ultra ». En somme, El Khatib met en scène son propre mépris de classe. Et inévitablement, l’esprit instruit de s’enorgueillir à déceler la duperie : il s’agit d’une vieille ruse n’est-ce pas ? Celle du dominant qui met en scène la critique de soi pour mieux pérenniser sa domination, qui concède par la blague sa violence pour couvrir l’oppression structurelle de sa classe ? Le peuple en pâture ? La position des supporters au sein du spectacle questionne. De « vrais gens » enfermés dans un dispositif spectaculaire, cela sent l’aberration dramaturgique. Que vaut leurs témoignages, que vaut leur « réalité » dans un environnement dont ils ne maîtrisent peut-être aucun code ? Les supporters lensois viennent au théâtre, le théâtre ne vient pas à eux. On peut craindre qu’ils soient jetés sur la scène comme des spécimens, des échantillons de classe sociale, pour le plaisir de spectateurs voyeuristes qui ne verront pas le réel du social, mais son exotisme. Stadium nous emmène dans un champ hybride dont on ne peut percer l’exacte réalité ni l’exacte fiction. Ce tiraillement nous agite jusqu’au bout. Pourtant, l’enjeu est ailleurs.
C’est un peu avant la « mi-temps » que le spectacle se révèle en nature beaucoup plus complexe. Des Pom-Pom girls investissent la scène, et dansent. C’est puissant. Plus tard nous verrons un arbitre danser, puis une parade de mascottes, et d’autres fantaisies qui dessèchent l’aspect sociologico-bâtard des premières impressions. Voilà ce qu’il ne faut pas louper pour apprécier Stadium, pour ne pas en rester à l’interminable jeu de miroir critique, c’est la formidable capacité de ces « acteurs » non-professionnels, ces soupçonnées victimes de la machine théâtrale, à devenir producteurs d’émotion et de spectacle. À ce moment ils cessent d’être sujets d’étude et bêtes de foire, et le spectateur, pour peu qu’il ait un peu de disposition à la joie, devient le tel-est-pris-qui-croyait-prendre.
Dans ce nouveau conduit de perception, le cercle vicieux change de sens : le spectacle, ce champ miné par le soupçon, est transcendé par la puissance émotionnelle. El Khatib n’est pas qu’un voyeuriste, c’est aussi un formidable créateur d’image. Lors de la mi-temps, tout le monde peut monter sur la scène ; à voir c’est très beau. L’esthétique déborde et reprend ses droits : nous sommes au théâtre, tout peut être simple, visuel, amusant, fédérateur. Si El Khatib tire toutes les ficelles, il le fait dans un climat de tendresse qui adoucit tout ce que la forme a de violente. À la beauté esthétique de la foule représentée, s’ajoute également un humour qui manifeste une honnête porosité entre le metteur en scène et ses compagnons du Nord. On parle de cet arbitre qui, ayant perdu sa mère le jour-même, mais ayant eu la mauvaise idée de siffler une faute imaginaire, se voit affublé, en chœur, du slogan : « arbitre, orphelin de putain ». On fait référence à la célèbre banderole des supporters parisiens « Pédophiles, chômeurs, consanguins, bienvenus chez es Ch’tis », on en rigole, la chape de plomb moralisatrice du progressisme citadin en prend pour son grade. Le prolétaire enfermé à la Colline n’est pas totalement étouffé, difficile de dire qu’El Khatib se fait censeur ; il laisse passer les sujets qui fâchent : le FN, la violence des ultras, le racisme. Et par là, nous voyons poindre les sujets qui rassemblent, portés par la population prolétaire et provinciale : la fraternité, l’honneur, le don. Un climat de réconciliation s’édifie, son caractère factice s’épuise un peu. Car enfin, la joie est la joie ! Face à la séparation des classes : on fait ce qu’on peut Il ne s’agit pas ici d’approuver unilatéralement l’œuvre d’El Khatib. Il ne s’agit pas non plus de relever les telles ou telles contradictions du spectacle, et d’en rester à ce qu’elles ont d’insurmontable. Oui, toute production de l’idéologie bourgeoise est de toute manière l’expression de sa domination. Cela tient à cet axiome indéboulonnable : quand on s’appuie sur une infrastructure dominante, tout discours allant à l’inverse des intérêts de cette infrastructure ne peut que la légitimer à rebours, ne démontrant que sa capacité inclusive et autocritique. Oui, la séparation de classe est violente, et qu’on l’expose ou qu’on la passe sous silence. Mais El Khatib, à l’endroit où il semble se contredire, se sauve dans le même temps. Stadium est une mise en conflit permanente entre un dispositif oppressant et l’intelligence d’un metteur en scène qui a prévu le coup et déjoue comme il peut son propre piège. Les vidéos d’interviews des supporters allègent l’enfermement présumé, et les permissions au désordre sont tentées, par bribes. Si El Khatib ne se sort jamais tout à fait du piège qu’il y a d’exposer une classe dominée dans un espace de dominant, c’est que c’est impossible ; il faudrait détruire la Colline, et chanter sur ses ruines. Il n’en reste pas moins que nous avons vu dans un théâtre national des représentants de la classe ouvrière provinciale, dans un environnement parisien qui d’habitude l’ignore, ignorant jusqu’à la distinction entre le prolétariat et la classe appauvrie du secteur tertiaire. Dans son entreprise contradictoire, El Khatib a au moins su déplacer la lorgnette du théâtre subventionné vers une autre contrée. Et on peut aussi espérer, que lors de la tournée dans d’autres théâtres où l’oppression symbolique est moins présente qu’ici, le spectacle soit soulagé un peu mieux de ses contradictions. > Stadium de Mohamed El Khatib a été créé du 27 septembre au 3 octobre au Théâtre de la Colline, Paris > Tournée : le 13 octobre au Théâtre de Chelles ; le 14 octobre au Théâtre Louis Aragon, Tremblay-en-France ; le 21 octobre au Channel, Calais ; le 10 novembre à l'Avant-Scène, Colombes ; les 16 et 17 novembre au Théâtre du Beauvaisis, Beauvais, les 24 et 25 novembre au Festival Mettre en scène, Rennes
Légende photo Stadium de Mohamed El Khatib, © Pascal Victor / Artcom Press.
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Le spectateur de Belleville
October 4, 2017 3:42 PM
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Entretien radiophonique avec Marie Richeux, pour son émission Par les temps qui courent sur France Culture
Auteur et metteur en scène, Mohamed El Khatib présente « Stadium » au théâtre la Colline, jusqu’au 7 octobre, une « performance qui rend hommage aux supporters de football ». Tournée 2017 en Ile de France et en France.
Ecouter l'émission sur le site de France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/par-les-temps-qui-courent/mohamed-el-khatib
Il viendra un temps, pas si lointain, où le rapport au football sera transmis par les femmes, les mères, les tantes, les sœurs. Pour l’instant, c’est encore très souvent une affaire paternelle. Le théâtre de Mohamed El Khatib fait ventouse. Dans son spectacle Stadium des supporters du Racing Club de Lens montent sur scène. Leurs intimités sont autant montrées qu’interpellées et cela témoigne d’une aspiration égalitaire. Certaines vies cherchent des spectateurs, certains spectacles cherchent un public, comme le dit une banderole étalée sur la tribune d'un stade vide, installée sur la scène pour Stadium...
Stadium est l’un des trois spectacles que Mohamed El Khatib présente dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. au théâtre de la Colline, avant une tournée en France. Un ouvrage "Stadium" est également paru aux éditions des Solitaires intempestifs.
J'ai un attachement pour le Nord, et il me semblait qu'il y avait un gros travail à faire pour creuser les clichés. On est partis deux ans à Lens.
Dans un public de football, il vous saute à la figure que vous êtes dans un espace de mixité. (...) Je n'avais jamais vu autant de femmes dans un stade, des enfants, des fratries entières se réunir.
Faire surgir un autre monde que celui qui est le nôtre, reprendre des espaces qui appartiennent à tous, réinventer de espaces de mixité sociale, être en dialogue avec un territoire...En vérité, je ne contrôle pas grand-chose, mais je suis un faux distributeur de paroles, c'est davantage un jeu de mises en scène.
Légende photo Georges et son drapeau• Crédits : Pascal Victor / ArtcomPress
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Le spectateur de Belleville
October 4, 2017 1:34 PM
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Par Fabienne Darge (Marseille, envoyée spéciale) dans Le Monde
L’auteur et metteur en scène Baptiste Amann séduit avec le deuxième volet de sa trilogie « Des territoires ».
Un vent nouveau et frais souffle sur Marseille dans tous les domaines, et notamment dans celui des arts et de la création contemporaine. Dans cette ouverture de la cité phocéenne à la modernité, le Festival Actoral a joué un rôle fondamental. Créé en 2001 par l’auteur et metteur en scène Hubert Colas, qui venait de s’installer, avec sa Diphtong Compagnie, dans le 6e arrondissement, il est aujourd’hui devenu un rendez-vous de rentrée important, une sorte de petit frère marseillais du Festival d’automne parisien.
Cette année, le Festival « des arts et des écritures contemporaines », qui se déroule jusqu’au 14 octobre, offre un beau programme qui se promène entre théâtre, danse, performance, arts numériques, poésie sonore, arts visuels et cinéma. A l’affiche, des créations de jeunes artistes comme Vincent Thomasset, Baptiste Amann, Tommy Milliot et Fredrik Brattberg, Mohamed El Khatib en compagnie d’Alain Cavalier, le Québécois Dave St-Pierre… Et la dernière création du grand Claude Régy – Rêve et Folie, de Georg Trakl –, lequel n’était pas venu à Marseille depuis quinze ans.
BAPTISTE AMANN ET SA TROUPE PRENNENT LE RÉEL À BRAS-LE-CORPS, MAIS SANS RIEN CÉDER SUR LE DÉSIR DE FICTION ET D’ÉCRITURE
C’est le jeune auteur et metteur en scène Baptiste Amann qui était à l’honneur lors du premier week-end d’Actoral : sa nouvelle pièce, Des territoires (… D’une prison l’autre…), a été créée vendredi 29 septembre au Théâtre du Merlan, une scène nationale installée au milieu des cités des quartiers nord de Marseille, et qui fait un travail remarquable. Les spectateurs marseillais ont donc eu la primeur de ce spectacle qui va tourner ensuite, et qui est programmé à Paris dans le cadre du Festival d’automne, du 2 au 25 novembre.
La pièce est le deuxième volet d’une trilogie dont la première partie, Des territoires (Nous sifflerons la Marseillaise), a été créée en 2016 au Théâtre ouvert, à Paris. Et comme le premier volet, celui-ci a beaucoup plu, à Marseille, par la manière qu’ont Baptiste Amann et sa troupe de prendre le réel à bras-le-corps, mais sans rien céder sur le désir de fiction et d’écriture.
Quel type de révolution au XXIe siècle ?
On retrouve donc dans ce deuxième épisode les « héros » du premier : Lyn, Benjamin, Samuel et Hafiz. Ils sont frères et sœurs – Hafiz a été adopté à l’âge de 18 mois, il venait d’Algérie –, enfants de la petite classe moyenne dans une banlieue du sud de la France, où leur famille a occupé le premier pavillon témoin de leur cité. Ils ont grandi avec leurs copains des HLM, qui faisaient face à leur maison.
Lyn et ses frères viennent d’enterrer leurs parents, dont ils ont dû porter eux-mêmes les cercueils jusqu’au cimetière, à la suite du conflit entre les frères à propos de l’organisation des obsèques. De retour dans le salon de la maison familiale, ils tombent sur Lahcen et Moussa, deux amis de la cité qui se sont introduits chez eux pour des motifs obscurs. Là-dessus débarque une jeune femme nommée Louise Michel, militante activiste luttant contre le projet d’extension du centre commercial, qui prévoit de transformer la zone pavillonnaire en un parking souterrain.
LA FIGURE DE LOUISE MICHEL TRAVERSE TOUT LE SPECTACLE
Une fois là, ils ne pourront plus ressortir : une émeute vient d’éclater dans la ville. Insensiblement, dans le salon, ils vont se transformer en personnages de la Commune de Paris : Gustave Courbet, Elisabeth Dmitrieff et son mari, Marie et Théophile Ferré, Elisée Reclus… Et Louise Michel, bien sûr, dont la figure traverse tout le spectacle.
Baptiste Amann a imaginé sa trilogie Des Territoires autour de cette interrogation : quel type de révolution connaîtra le XXIe siècle ? Chacune des pièces opère donc un aller-retour temporel avec un épisode historique significatif : la révolution de 1789 pour Nous sifflerons la Marseillaise, la Commune pour … D’une prison l’autre…, tandis que le troisième volet tournera autour de la révolution algérienne.
Univers légèrement onirique
Ce qui séduit ici, c’est la manière dont Baptiste Amann, qui est lui-même né en 1986 dans une cité d’Avignon, s’avance sur ces territoires à la fois intimes, sociaux et politiques : sans aucun cliché ni manichéisme, avec toute la force d’une histoire et de personnages on ne peut plus vivants.
Et pourtant, son écriture fiévreuse, poétique, n’a rien de platement réaliste. Sa mise en scène non plus, qui installe un univers légèrement onirique – ou cauchemardesque –, comme si le réel était toujours doublé de son arrière-plan imaginaire et fantasmatique. Il y a un côté Joël Pommerat dans cette manière de prendre le réel au filet d’une écriture de plateau à la fois sobre et sophistiquée, de jouer avec la lumière et l’ombre.
Ce spectacle, porté par d’excellents acteurs (Solal Bouloudnine, Nailia Harzoune, Yohann Pisiou, Samuel Réhault, Anne-Sophie Sterck, Lyn Thibault et Olivier Veillon), affronte la complexité des questions identitaires. C’est bien quand Marseille regarde vers le grand large, vers Montevideo ou ailleurs, qu’elle est pleinement elle-même.
Actoral, festival des arts et des écritures contemporaines. A Marseille, jusqu’au 14 octobre. www.actoral.org
Des territoires (… D’une prison l’autre…), de et par Baptiste Amann. Du 11 au 20 octobre à la Comédie de Reims ; du 2 au 25 novembre au Théâtre de la Bastille, à Paris, dans le cadre du Festival d’automne ; du 5 au 9 décembre au TnBA à Bordeaux ; le 11 décembre au Circa à Auch ; du 13 au 15 décembre au Théâtre Sorano à Toulouse.
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Le spectateur de Belleville
October 2, 2017 6:19 PM
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Au Théâtre de la Colline, Mohamed El Khatib, fan de foot, a invité 53 supporters du RC Lens à partager avec le public leur passion inconditionnelle et leur amour pour le Stade de Lens et leur équipe. Dans cette région du Nord de la France délaissée par les politiques, seuls le football et la vie qui tourne autour créent du lien social, de l’amour et de l’espérance. Un spectacle enthousiasmant, produit avec le Théâtre de la Ville et le Festival d’Automne, qui rapproche deux mondes que tout oppose, le théâtre et le foot.
Baraque à frites et pom-pom girls
On n’est pas obligé d’aimer le football pour aller découvrir le réjouissant Stadium de Mohamed El Khatib qui se joue encore une semaine au Théâtre de la Colline avant de tourner dans toute la France. Ce qui s’y passe durant la représentation de ce moment unique réconcilie les amateurs d’un théâtre populaire, sincère, intelligent et terriblement en phase avec notre époque. Le fruit de trois ans de travail et d’entretiens menés avec les supporters du RC Club de Lens, la force de conviction du metteur en scène et son ouverture aux autres ont permis à ces jeunes, moins jeunes, grand-mère octogénaire de dix enfants, chômeurs ou marginaux reconvertis dans le foot de venir témoigner, micro en main, maillot sur le dos, devant nous. Entre une baraque à frites ouverte et grouillante de monde à l’entracte et un promontoire mobile de gradins, ils vont venir nous expliquer leur amour du foot.
Vidéos et folklore rouge et or
Au delà d’une reconstitution imagée et fictive, au delà du mythe du sport comme spectacle collectif et festif, « Stadium » met en scène des fils ou petits fils de mineurs et d’ouvriers dans cette région du Nord de la France frappée de plein fouet, il y a trente ans, pas la fermeture des usines de textile ou les mines de charbon. Des populations entières de villes et de villages qui se sont retrouvées sans présent ni avenir, et que les politiques, tous bords confondus, ont abandonnées. Dès lors, on ne peut qu’être ému, bouleversé de les entendre chanter « Les corons » de Pierre Bachelet à la mi-temps d’un match du Stade Bollaert, de voir des familles entières, à trente, brandissant bannières et drapeaux rouge et or du Club lensois, glorieux tenant du titre en Ligue 1 en 1998. Depuis, et même si Lens piétine en Ligue 2, les coeurs sont toujours bien battants.
Le foot comme remède aux maux de la vie
« Avec le foot, on oublie tout ». La présence de Mohamed El Khatib, faux candide qui tel un journaliste-sociologue cherche à déstabiliser ses interlocuteurs sans jamais les mépriser, est un cadre rassurant et fraternel. Jonathan, le « capo » chef de tribune, a tout abandonné, études et mariage, pour guider ses ouailles et mettre de l’ambiance dans les tribunes. De la violence ? Du hooliganisme ? C’est faux, répondent le seul maire encore communiste de la région, ainsi que tous les « ultras » de l’équipe de Lens. On vibre, on mange, on boit, on chante, on enfante pour le RC de Lens, les grands mère tricotent et cousent des drapeaux et écharpes, et les matchs sont des moments de communion collective qui permettent de rêver, d’espérer, de vibre et d’aimer en oubliant un quotidien plus gris que rose. Le Front National grignote déjà à 45% l’électorat de la région, mais les Lensois et les supporters préfèrent l’oublier et se reconnaissent avant tout dans une passion collective du jeu et de la fête, sans rien attendre du gouvernement actuel. Sur scène et dans le hall du théâtre, trompettistes et pom-pom girls, aussi ravissantes que sexy, poursuivent la fête en musique et en chansons, avec le public déchaîné qui chante en coeur. Un moment de fraternité unique dans ce monde parisien protégé du théâtre.
Hélène Kuttner
Stadium Performance documentaire de Mohamed El Khatib Avec 53 supporters du Racing Club de Lens Jusqu'au 7 octobre 2017 Du mardi au samedi à 20h30 Tarifs : de 15 à 30 euros Réservation en ligne ou par tél. au 01 44 62 52 52 Durée : 1h45 La Colline avec le Théâtre de la Ville et le Festival d'Automne 15 rue Malte-Brun 75020 Paris M° Gambetta www.colline.fr Jusqu'au 7 octobre 2017, puis à Saint-Germain-en-Laye, Chelles, Tremblay-en-France, Colombes, Beauvais etc
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Le spectateur de Belleville
September 29, 2017 3:30 AM
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Par Brigitte Salino dans Le Monde Dans « Stadium », Mohamed El Khatib confronte des fans de foot avec le public du Théâtre de la Colline à Paris.
Des gens qui mangent des frites et boivent de la bière dans la salle du Théâtre de la Colline : c’était du jamais-vu, et c’est arrivé, à l’entracte – pardon, à la mi-temps – de Stadium, le formidable spectacle de Mohamed El Khatib qui a soulevé l’enthousiasme, mercredi 27 septembre, au soir de la première. Il réunit une cinquantaine de supporteurs du RC Lens, avec qui le metteur en scène a travaillé pendant des mois, pour qu’ils nous racontent leur vie, en respectant le temps d’un match, deux fois quarante-cinq minutes.
Lire l’entretien avec Mohamed El Khatib : Le théâtre, la vie, le foot : http://www.lemonde.fr/scenes/article/2017/09/08/festival-d-automne-mohamed-el-khatib-le-theatre-la-vie-le-foot_5182627_1654999.html
Mohamed El Khatib ne s’est pas lancé par hasard dans ce projet : il a été milieu de terrain dans l’équipe de France junior. Il voulait rendre compte de la passion qui entoure le football, de ce qu’elle entraîne et représente pour ceux chez qui elle devient centrale. Il a choisi de le faire avec les supporteurs du RC Lens, considérés comme les plus fervents de France, avec ceux de l’AS Saint-Etienne.
Inutile de connaître le football pour apprécier Stadium : même ceux qui ne font pas la différence entre un penalty et un tir au but s’y retrouvent, parce que la question technique est mise de côté. Le spectacle, c’est avant tout le théâtre d’une communauté qui se retrouve derrière un étendard : « Fier d’être lensois. » Et cette communauté est loin d’être homogène : contrairement à l’image que donnent les supporteurs, que l’on a tendance à considérer comme une masse quand on ne fréquente pas les stades, elle se déploie sur le plateau dans toute sa diversité, et devient humaine, incarnée par des gens qui n’auraient jamais pensé se retrouver un jour dans un théâtre, et à qui Mohamed El Khatib offre l’occasion unique d’apparaître tels qu’ils sont.
IL FAUT ÉVITER LA SOCIOLOGIE DE BAS ÉTAGE, ET SURTOUT L’ÉCUEIL REDOUTABLE DU VOYEURISME L’exercice est périlleux, comme toujours en la matière : il faut éviter la sociologie de bas étage, et surtout l’écueil redoutable du voyeurisme, face à un public qui lui, a la chance d’aller au théâtre et pourrait toiser les supporteurs du haut de sa culture, en oubliant qu’eux-mêmes ont la leur. C’est là que Mohamed El Khatib réussit : passées les premières minutes de surprise, il fait entrer le public dans un monde, avec une justesse, une drôlerie et une tendresse qui cassent les barrières entre la salle et la scène. Le décor de Stadium est on ne peut plus simple : un gradin en fer, face au public, et, sur le côté, une caravane, la « Friterie Momo » à laquelle chacun est invité à se ravitailler, à la mi-temps.
Attachement sans limites
Le spectacle commence par un clin d’œil : un homme joue l’air des trompettes d’Avignon de Maurice Jarre, puis enchaîne avec le « Olé » des stades. Et c’est parti pour le défilé des supporteurs, que l’on voit filmés, dans les cafés ou chez eux, et qui viennent, seuls ou en groupes, témoigner de leur attachement au RC Lens. Pour la plupart, cet attachement est sans limites, mais il s’inscrit à chaque fois dans le cadre d’une vie, et d’une ville ouvrière pauvre, autrefois communiste et aujourd’hui gagnée par le Front national (48,19 % aux dernières élections législatives). Jonathan, la trentaine, y pense quand il entre dans un stade : petit-fils de mineur communiste, il est resté communiste, et œuvre comme « Capo » – chef d’un groupe de supporteurs – en précisant bien que le mot n’a rien à voir avoir les « Kapo » nazis, mais vient de l’italien.
JONATHAN AVOUE QU’IL A « GÂCHÉ SA FAMILLE » POUR LE FOOT, « PLUS FORT QUE TOUT » Jonathan parle des gens « qui se saignent pour venir au stade », et de ces « quatre-vingt-dix minutes pendant lesquelles on oublie tous nos soucis ». Il avoue qu’il a « gâché sa famille » pour le foot, « plus fort que tout ». Un ultra, lui, raconte qu’il est prêt à divorcer, parce que sa femme trouve qu’il passe trop de temps avec son équipe. Violence sociale, violence dans les stades : la question est abordée de front, comme celle, qui représente l’envers du décor, de la solidarité entre les supporteurs, en dehors des stades. Car ce rouge et jaune qui peut envahir jusqu’aux murs des maisons, ce ne sont pas seulement les couleurs du RC, mais un ciment qui soude les gens, dans le quotidien.
Une famille en est un bel exemple : celle d’Yvette, 85 ans, dix enfants, des dizaines de petits et d’arrière-petits-enfants. Quelques-uns ont réussi, tous reviennent le dimanche chez elle. A la Colline, mercredi 27, ils ont chanté Les Corons, de Pierre Bachelet, pour l’anniversaire d’une fille d’Yvette. C’était un moment fort, comme il y en a beaucoup dans Stadium, où des pom-pom girls, un prêtre, des arbitres, des mascottes… viennent rendre compte d’une passion « foot ». A la fin, les supporteurs sortent par la salle, et la fanfare entraîne le public dans le hall.
Stadium, de Mohamed El Khatib. Avec 58 supporteurs du Racing Club de Lens. Théâtre national de la Colline, 15, rue Malte-Brun, Paris-20e. Tél. : 01-44-62-52-52. Du mardi au samedi, à 20 h 30 ; dimanche 1er octobre, à 16 heures. De 15 à 30 €. Durée : 1 h 45. Jusqu’au 7 octobre. Dans le cadre du Festival d’automne à Paris.
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Le spectateur de Belleville
September 23, 2017 11:14 AM
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Par Patrick Sourd dans Les Inrocks
Avec Stadium, Mohamed El Khatib inverse la perspective et braque les projecteurs sur les supporters. Plus précisément sur ceux du RC Lens, qui confessent ici un amour sans failles pour leur club de foot. Confronter le public du football à celui du théâtre. Découvrant un article de L’Equipe dans lequel les supporters du Racing Club de Lens étaient qualifiés de “meilleur public de France”, Mohamed El Khatib a l’idée de Stadium, un spectacle où les héros de la soirée ne sont ni des joueurs, ni des acteurs mais ceux qui les regardent. Cet improbable rendez-vous entre fans du ballon rond et amateurs de dramaturgie s’ouvre sur le solo d’un trompettiste. Symbole qu’il suffit d’un peu d’humour pour rendre l’accord entre ces deux mondes possible, le fameux jingle de Maurice Jarre annonçant le début des spectacles du Festival d’Avignon s’hybride bientôt des rythmiques de l’incontournable En er mundo, le paso doble de Juan Quintero Muñoz dont les olés enflamment les gradins des stades. Un arbitre, un prêtre et un élu Dès l’enfance et bien avant sa découverte du théâtre, Mohamed El Khatib pratique le football à haut niveau en intégrant l’équipe de France junior. Avec Stadium, il relève le gant de laver l’honneur des supporters des “sang et or” en leur offrant un droit de réponse sur son plateau. Faut-il rappeler l’épisode désolant de cette banderole déployée en 2008 dans une tribune du Stade de France où les Parisiens franchissaient la ligne de touche de l’obscène en affichant “Pédophiles, chômeurs, consanguins, bienvenue chez les Ch’tis”, suivie de cette autre dépliée en forme d’excuses lors du match suivant : “Désolés, on ne savait pas que vous saviez lire.” Respectueuse du chronométrage, la pièce se joue en deux périodes de quarante-cinq minutes. Il suffit d’un gradin courant sur la largeur de la scène pour planter le décor. Devenue raison de vivre des supporters, leur fidélité au stade Bollaert va bien au-delà de l’espoir de voir leur équipe accéder au Graal de la Ligue 1. Un théâtre de vraies gens Pour mettre des visages sur cette foule, Mohamed El Khatib convoque un arbitre, un prêtre et un élu tout autant qu’un représentant des Ultras et le président du kop sang et or. Chaque prise de parole raconte l’intime d’un engagement. Mais, c’est le clan des Dupuis qui emporte la coupe de l’adhésion sans faille. Réunissant la quarantaine de ses membres autour de leur grand-mère Yvette, qui vient de fêter ses 85 ans, cette famille sous influence ne vibre qu’à travers le culte qu’elle voue au RC Lens. A la mi-temps, une baraque à frites s’ouvre sur le plateau pour permettre à chacun de boire et de se restaurer sans sortir de la salle. D’un défilé de pom-pom girls à une réunion de mascottes, tout concourt à l’éloge d’une convivialité débarrassée des avatars haineux des guerres entre clubs. La générosité de cette humanité mise à nu gagne la partie.
Patrick Sourd
Stadium de Mohamed El Khatib, conception et réalisation de l’auteur et Frédéric Hocké, du 27 septembre au 7 octobre, La Colline-Théâtre national, Paris XXe, avec le Théâtre de la Ville, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, puis en tournée Crédit photo : © Pascal Victor/ArtComPress
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September 14, 2017 7:25 PM
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Par Marie-Pierre Genecand dans Letemps.ch (Genève) La fin des comédiens?
Invité vedette de La Bâtie, Mohamed El Khatib travaille sans comédiens. Une insulte pour la profession?
Le week-end dernier, La Bâtie a offert une perle d’intimité. Conversation, ou une heure d’échange entre le cinéaste Alain Cavalier et le metteur en scène Mohamed El Khatib, invité phare du festival genevois cette année. Au Théâtre du Loup devenu tanière, les deux artistes ont parlé de leurs racines, de leur métier et de leurs amours sur un ton feutré. Un sourire dans la voix et, dans le regard, une magnifique fraternité.
Mohamed El Khatib, 37 ans, a notamment raconté comment, gaucher et élevé dans la stricte tradition coranique par ses parents marocains, il a toujours aujourd’hui la sensation de commettre un double péché lorsqu’il boit un verre de vin de la main gauche, celle du diable! Les interdits qui collent à la peau. En matière de corps et de punition, Alain Cavalier, jeune homme de 85 ans, a ému l’assemblée avec le récit des avortements bricolés que ses amies ont dû subir avant l’avènement de la contraception. Le plaisir se payait d’un prix fort, alors.
«Tu la veux théâtre ou cinéma, cette entrée?» Ensuite, les deux hommes ont évoqué leur travail, et quelque chose m’a heurtée. En quête de liberté, Alain Cavalier a montré la petite caméra numérique avec laquelle, depuis plusieurs années, il réalise ses films. Plus d’équipe de tournage, ni de comédiens! L’artiste capte seul ses sujets, essentiellement de «vraies gens», comme sa série sur les artisans. Avec un immense talent. Pareil pour son cadet. «Lorsque je travaillais sur la mise en scène de mon texte, a raconté Mohamed El Khatib, j’ai demandé à un comédien d’entrer dans la pièce. Il m’a répondu: «Tu veux que je te la fasse théâtre ou cinéma, cette entrée?»… Je n’ai plus jamais retravaillé avec des acteurs depuis.»
Théâtre humain Je peux comprendre cette méfiance pour le préfabriqué et, plus encore, cette séduction pour la vraie vie. Dans un lieu public, je ne me lasse jamais de regarder mes semblables, d’observer comment ils bougent, se parlent, se comportent, etc. Le théâtre humain est rarement décevant. La preuve avec Corinne Dadat, nettoyeuse de 55 ans que Mohamed El Khatib dévoile au public dans le spectacle qui porte son nom. L’effet de réel est payant.
Tour de passe-passe Mais ce parti, que pratique également le Soleurois Stefan Kaegi, est aussi un camouflet. La scène appartient aux comédiens. C’est leur espace de travail, là où ils fabriquent du rêve et du sens pour le vivant. Là où ils offrent une métaphore de notre quotidien. Ne pas parvenir à les diriger est une chose. Les remplacer par une tranche de réel, aussi savoureuse soit-elle, en est une autre. Même effectué avec intelligence et doigté, ce tour de passe-passe a quelque chose de choquant.
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Le spectateur de Belleville
September 9, 2017 11:54 AM
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Propos recueillis par Brigitte Salino dans Le Monde
La parole est à l’auteur et metteur en scène, dont deux spectacles ainsi qu’une conversation sur scène avec le réalisateur Alain Cavalier sont au programme.
Mohamed El Khatib raconte le chemin qui l’a mené de part et d’autre de la Méditerranée, sur les rives du théâtre et du cinéma. Il présente deux spectacles : Stadium, avec 58 supporteurs du Racing Club de Lens, et C’est la vie, avec deux comédiens qui ont perdu un enfant. Il parle aussi de Renault12, son premier film, et des conversations qu’il poursuit avec Alain Cavalier.
Une enfance
« Mon père a traversé le détroit de Gibraltar dans des conditions très chaotiques pour rejoindre l’Europe, au début des années 1970. Il venait du Rif, d’une famille de douze enfants, et il fuyait la misère économique et sociale du Maroc. Ses frères aînés sont allés en Belgique et aux Pays-Bas. Lui s’est arrêté en France. Ma mère l’a rejoint en 1978, grâce au regroupement familial. Je suis né en 1980, à Beaugency, une petite ville à côté d’Orléans, où j’ai grandi. J’ai deux sœurs aînées, et deux plus jeunes. Mais, pour ma mère, c’était comme si j’étais le dernier. Elle disait toujours : “Laissez-le faire, c’est mon petit lion.” Ça m’a donné beaucoup de confiance.
Mon père travaillait à la fonderie de Meung-sur-Loire, comme tous les ouvriers de la région, qui se bousillaient la santé en cassant de l’acier. Régulièrement, il y avait des morts, des gens qui tombaient dans la fonte. Ce qui était terrible, c’est qu’on ne pouvait pas récupérer les corps. C’est arrivé à notre voisin, et ça m’a beaucoup marqué. Un jour, pendant le ramadan, mon père a oublié sa nourriture pour la rupture du jeûne. Je suis allé lui apporter. J’ai traversé l’usine, j’ai vu l’enfer. Mon père m’a soulevé dans ses bras, et il m’a dit : “Tu vois, tu as intérêt à travailler à l’école parce que je ne veux pas que tu finisses ici.”
« MON PÈRE M’A DIT : “TU VOIS, TU AS INTÉRÊT À TRAVAILLER À L’ÉCOLE PARCE QUE JE NE VEUX PAS QUE TU FINISSES ICI.” » J’ai suivi la leçon. Je n’avais pas le choix, la pression était très forte, et se résumait simplement : il fallait que je sois premier de la classe. Les livres étaient sacrés pour mon père, qui m’a fait apprendre le Coran par cœur. Ça m’a servi il y a quelques années, quand je suis allé à Jérusalem. Ma mère voulait que je visite la mosquée Al-Aqsa. A l’entrée, un homme m’a dit : “C’est réservé aux musulmans.” “Je suis musulman”, ai-je répondu. En fait, je suis athée, même si je suis musulman par mon éducation. Il m’a dit : “Très bien, récitez-moi la 63e sourate du Coran.” Il y avait longtemps que je ne priais plus, mais la sourate est ressortie, comme par enchantement. »
Des rencontres et du football
« Par l’éducation nationale, j’ai fait deux rencontres importantes : Jean-Claude Buisset, un géographe passionné, qui m’a donné le goût de toucher à tout, et Claude Mariani, un professeur d’espagnol que j’ai eu en hypokhâgne. A la première colle, il m’a mis 2 sur 20 et m’a dit : “Votre niveau est catastrophique, mais vous avez de bonnes intuitions.” Une semaine plus tard, il m’a donné la grammaire d’espagnol dont il est l’auteur : “Voilà, je sais que vous n’avez pas les moyens de vous la payer. Travaillez. Je vous fais confiance.” Un peu plus tard, quand j’étais à Sciences Po, à Rennes, j’ai fait un stage au Mexique. Je travaillais pour Le Monde diplomatique. J’écrivais des papiers, notamment en culture. Ma fierté était d’envoyer le journal à Claude Mariani, en lui disant : “Voilà, j’ai commencé avec 2 sur 20, et grâce à vous je peux écrire en espagnol.”
« SI J’AVAIS PU POURSUIVRE DES ÉTUDES DE HAUT NIVEAU EN PARALLÈLE, JE CROIS QUE ÇA M’AURAIT PLU DE DEVENIR FOOTBALLEUR »
A côté des études, il y avait le football, qui prenait beaucoup de place. J’y jouais depuis que j’avais 7 ans, mais c’est devenu sérieux quand j’étais en seconde. J’étais milieu de terrain, en équipe de France junior. Le Paris-Saint-Germain m’a proposé un contrat quand j’avais 17, 18 ans. Si je signais ce contrat, il fallait que j’arrête mes études et fasse une petite formation professionnelle, compatible avec le centre de formation. J’ai refusé, mais si j’avais pu poursuivre des études de haut niveau en parallèle, je crois que ça m’aurait plu de devenir footballeur. J’ai continué à jouer, pour moi. J’ai arrêté il y a deux, trois ans, à la suite de blessures. Jusqu’alors, je rentrais tous les dimanches à Orléans pour jouer, même si je tournais avec mes spectacles. J’en tenais compte dans mes plannings. Les directeurs de théâtre ne comprenaient pas : “Mais pourquoi tu ne veux pas jouer samedi soir ?” »
Le théâtre et la vie
« Le théâtre est venu très tard. Pendant ma scolarité, j’y suis allé une fois par an, par obligation et pour voir des pièces, souvent de Molière, souvent mauvaises. Puis j’ai été invité par les Ceméa [Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active], qui font un remarquable travail d’éducation populaire, au Festival d’Avignon, en 2004. Cette année-là, on pouvait voir des spectacles de Frank Castorf, Thomas Ostermeier, Rodrigo Garcia, qui m’a beaucoup touché, et Jan Lauwers, qui m’a transporté. Quand j’ai vu sa Chambre d’Isabella, je me suis dit : “Si on peut faire du théâtre comme ça, alors je veux faire du théâtre.” J’ai commencé à monter des spectacles avec des amis, en amateur. En 2010, j’ai envoyé un texte, A l’abri de rien, à des théâtres. Yvon Tranchant, qui dirigeait la scène nationale de Sète, l’a lu. Il m’a dit : “Venez, on fait un essai.” J’ai monté la pièce, ce n’était pas une réussite. Yvon Tranchant et Claire Verlet, du Théâtre de la Ville, m’ont dit : “Il y a quelque chose qui cloche, mais vous avez un univers, il faut continuer.” Ça m’a fait un peu l’effet de la grammaire de Claude Mariani. Je me suis senti encouragé, et j’ai continué.
« APRÈS LA MORT DE MA MÈRE, EN 2012, J’AI ÉCRIT “FINIR EN BEAUTÉ”. ÇA A ÉTÉ COMME UN ACTE DE NAISSANCE »
A l’abri de rien partait d’une question simple : pourquoi suis-je plus touché par la mort de mon chien que par celle de 8 000 Tchétchènes ? Ensuite, chez Josef Nadj, qui dirige le Centre chorégraphique d’Orléans, j’ai fait Sheep. J’ai mis sept danseurs et un mouton sur scène. Je voulais voir qui était le plus docile. Après la mort de ma mère, en 2012, j’ai écrit Finir en beauté. Ça a été comme un acte de naissance, comme si ma mère me disait : “Sois toi, va à l’essentiel.” J’ai éliminé les acteurs, je suis venu en scène, seul, avec le magnétophone avec lequel j’avais enregistré ma mère, à l’hôpital. J’ai trouvé ma voie à ce moment-là. Le spectacle a été créé en 2014 à Marseille, puis joué à Avignon, dans le “off”, en 2015. Depuis, il a fait le tour du monde.
Daniel Kenigsberg et Fanny Catel sont venus voir Finir en beauté. Ils étaient dans Sheep mais ne se connaissaient pas, car Daniel était présent uniquement par sa voix, en off. Ils ont été très touchés. On a passé la soirée ensemble. Tous les deux ont perdu un enfant : Fanny, une petite fille de 5 ans, Daniel, un fils de 25 ans. On a continué à se voir. Un jour, je leur ai envoyé un mail : “Je ne sais pas ce que c’est de perdre un enfant, mais j’ai perdu une mère, et la résilience, cette idée qu’avec un peu d’efforts on va y arriver, je ne la supporte pas. On pourrait peut-être faire un travail ensemble.” Ils ont accepté, et cela a donné C’est la vie. »
Ta mère et le stade
« Mon père n’est pas venu voir Finir en beauté. Quand le texte a été imprimé, il a vu la dédicace : “A Yamna”, le prénom de ma mère. Il a refermé le livre : “Il n’y en a que pour ta mère de toute façon.” A ce moment-là, je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose sur mon père. Comme il est un supporteur de football éclairé, j’ai fait Stadium. J’ai choisi Lens, dont le public est considéré comme le meilleur de France, avec celui de Saint-Etienne. J’ai pris un abonnement, je suis allé voir des matchs, on a rencontré des supporteurs, dans les bars. Je dis “on” parce qu’on croit souvent que je travaille seul, mais je ne pourrais pas faire mes spectacles sans ceux qui m’entourent, ni les directeurs comme Gilbert Langlois, à Douai, qui soutient Stadium depuis le début.
« AU DÉBUT, LES GROUPES DE SUPPORTEURS ÉTAIENT TRÈS MÉFIANTS ENTRE EUX. (...) PUIS ILS ONT APPRIS À SE CONNAÎTRE ET LEURS PRÉJUGÉS SONT TOMBÉS »
Il y a 58 supporteurs dans Stadium. Le premier que j’ai rencontré m’a dit : “Je suis petit-fils de mineur, communiste, j’ai froid dans le dos quand je vois Marine Le Pen arriver dans le stade, où je sais que, sur les 40 000 spectateurs, 20 000 votent Front national.” Le spectacle me permet de traiter cette question par le biais du foot, comme celle de la passion, avec les dégâts qu’elle peut entraîner dans la vie privée, celle de la famille ou du lien social, parce qu’il y a une solidarité entre les gens, une prise en charge collective que la société n’exerce plus, ou difficilement. Il y a aussi la question politique, à travers les “ultras”, ceux qui luttent contre la criminalisation et la judiciarisation des stades. Au début, les groupes de supporteurs étaient très méfiants entre eux. Certains ne voulaient pas des autres : “C’est des beaufs”, disaient-ils. Puis ils ont appris à se connaître et leurs préjugés sont tombés. C’est assez touchant. Le travail avec eux repose sur la confiance, mais j’essaye de les déséquilibrer en permanence, pour que le spectacle ne se fige pas. J’aime assez me retrouver en danger, comme avec ma mère dans Finir en beauté. Retrouver une forme de fragilité. Le risque, avec les supporteurs, est que l’un décide de ne pas venir jouer, parce que c’est l’anniversaire de sa nièce, par exemple. En faisant ça, il me rappelle que je ne fais que du théâtre. Et que la vie c’est plus important, finalement. »
Alain Cavalier et la Renault 12
« Quand je suis allée voir Pater [2011], le film d’Alain Cavalier, je me suis dit que je voulais la même caméra que celle avec laquelle ils se filment, Vincent Lindon et lui. Je me suis endetté pour acheter une caméra Sony, que j’ai payée 4 500 euros, et je suis allé filmer ma mère. Puis j’ai écrit à Alain Cavalier en lui disant que j’avais la même caméra que lui. On s’est rencontrés, je suis arrivé avec ma caméra, il l’a regardée et m’a dit : “Ce n’est pas la même que moi. Vous l’avez payée combien ? – 4 500 euros. – Vous vous êtes fait avoir, la mienne coûte 800 euros.” Et là, très classe, il me dit : “Vous voulez que je vous rembourse la différence ?” J’ai dit : “Non, mais, si voulez, on pourrait faire la chose suivante : vous venez une semaine à Orléans, où je joue Finir en beauté. Les gens voient le spectacle à 19 heures, un de vos films à 21 heures, puis on se retrouve en petit comité, et on parle.” Il a accepté. Ce sont ces conversations que nous allons poursuivre, cet automne. Des conversations informelles, sur nos histoires, le théâtre et le cinéma.
« DES CONVERSATIONS INFORMELLES, SUR NOS HISTOIRES, LE THÉÂTRE ET LE CINÉMA »
Je suis en train de finir mon premier film, Renault 12. Après la mort de ma mère, un de mes oncles m’a appelé du Maroc pour me dire que je devais venir récupérer l’héritage, et qu’il fallait que je vienne en Renault 12. J’en ai acheté une sur Leboncoin et je suis parti, sans savoir quel était l’héritage, ni pourquoi il fallait une Renault 12. Mon oncle ne voulait pas me le dire : “Pose pas de questions. Tu verras.” Je suis allé dans le Rif, d’où venait ma mère, et j’ai compris : l’héritage, c’était un champ de 4 hectares, sur lequel est cultivé du chanvre qui sert à la production de cannabis. Les feuilles sont transportées sur des Renault 12 parce que ce sont des voitures très véloces en montagne et facilement réparables. Comme je ne savais pas quoi faire de cet héritage cocasse, j’ai décidé d’en faire un film, un road-movie entre Orléans et le Maroc, sur le mode documentaire. La Renault 12, elle, sera exposée à la Fondation Cartier. Les gens pourront monter dedans. »
https://www.festival-automne.com/edition-2017/mohamed-el-khatib-stadium
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Le spectateur de Belleville
September 5, 2017 5:11 PM
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Par AFP — paru dans Libération
Familles, je vous aime ... au théâtre Vénéneuse, mélancolique ou footeuse, la famille est à l’affiche de la rentrée théâtrale, avec deux versions des «Trois Soeurs» de Tchekhov, l’incestueux «Festen» de Thomas Vinterberg adapté à la scène ou «Stadium», sur la grande famille des supporters du RC Lens.
Au théâtre de l’Odéon, on joue Tchekhov au carré: le Russe Timofeï Kouliabine, jamais encore invité en France, monte une version des «Trois Soeurs» en langue des signes (5-15 octobre), et un mois plus tard, l’Australien Simon Stone, qui avait donné une «Médéa» stupéfiante de modernité, s’attaque à son tour au chef d’oeuvre de Tchekhov (10 novembre-22 décembre).
Le huis clos toxique de «Festen» filmé en 1998 par Thomas Vinterberg est adapté à la scène par le jeune metteur en scène Cyril Teste, habile utilisateur de la vidéo et auteur en 2015 du terrifiant «Nobody» sur le monde glaçant d’une entreprise de consulting (Odéon 24 novembre- 21 décembre).
Autrement festive, la famille du foot monte sur scène au théâtre de la Colline du 26 septembre au 7 octobre: le dramaturge Mohamed el Khatib réunit une cinquantaine de supporters du RC Lens, réputé avoir «le meilleur public de France».
A Strasbourg, Clément Hervieu-Léger, acteur et metteur en scène subtil de la Comédie-Française ouvre la saison avec «Le pays lointain», pièce jumelle de «Juste la fin du monde» (porté au cinéma par Xavier Dolan en 2016). Le dramaturge Jean-Luc Lagarce y évoque un thème récurrent de son oeuvre: le fils revenu dans sa famille pour annoncer sa mort prochaine (26 septembre au 13 octobre).
Au Théâtre Hébertot, «Les jumeaux vénitiens» de Goldoni, le grand maître de la comédie italienne du 18e siècle, sont mis en scène par Jean-Louis Benoit avec Maxime d’Aboville: deux jumeaux élevés l’un, à la montagne, l’autre, à Venise, se rencontrent par hasard et sans se reconnaître à Vérone. La pièce déroule surprises et quiproquos sur trois actes étincelants.
Tout aussi étourdissantes, «Les Fourberies de Scapin» de Molière renaissent à la Comédie-Française sous la houlette de Denis Podalydès, metteur en scène il y a dix ans d’un «Cyrano» légendaire repris en boucle au Français.
- Coups de coeur d’Avignon -
Le théâtre privé fait depuis toujours son miel des histoires de couple et de famille, et cette saison, Richard Berry et Mathilde Seigner sont pour la première fois réunis sur les planches pour «La nouvelle» d’Eric Assous, l’histoire d’un veuf qui présente sa jeune et jolie fiancée à ses deux grands fils (Théâtre de Paris, à partir du 15 septembre).
N’attendez pas pour réserver vos places pour «Saïgon», coup de coeur du dernier Festival d’Avignon, repris du 12 janvier au 10 février aux Ateliers Berthier du théâtre de l’Odéon. Dans le cadre plus vrai que nature d’un restaurant vietnamien, des rapatriés de l’Indochine française et leurs enfants interrogent l’histoire. Les marmites de Pho fument et les larmes coulent ...
Autres pépites d’Avignon, les deux pièces coup de poing sur l’Europe («Memories of Sarajevo» et «Dans les Ruines d’Athènes») de Julie Bertin et Jade Herbulot sont reprises au Théâtre des Quartiers d’Ivry du 9 au 19 novembre.
Le théâtre co-fondé par Adel Hakim, décédé il y a quelques jours, reprendra en mars sa pièce «Des Roses et du Jasmin», interprétée par le Théâtre national palestinien. Un bel hommage à cet amoureux de tous les théâtres, fondateur du Théâtre des Quartiers du Monde.
Le foisonnant Festival d’Automne à Paris, qui invite depuis 35 ans les figures de la scène artistiques internationale, propose un programme touffu de danse (Jérôme Bel), musique (Quatuor Arditti) et théâtre, avec notamment «La Pitié dangereuse» de Stefan Zweig mise en scène par l’Anglais Simon McBurney à Sceaux (14 au 24 septembre), la leçon de démocratie du visionnaire Romeo Castellucci («Democracy in America») et le trublion français Vincent Macaigne (trois pièces du 25 novembre au 22 décembre).
AFP
photo : Les actrices Thi Thanh Thu To (g) et Thi Truc Ly Huynh, le 7 juillet 2017 lors d'une répétition de la pièce "Saïgon", à Avignon Photo ANNE-CHRISTINE POUJOULAT. AFP
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Le spectateur de Belleville
June 8, 2017 7:23 PM
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Par Gilles Renault dans Libération/Next — 8 juin 2017
Portrait d’une région touchée par le chômage, la performance documentaire de Mohamed El Khatib fait témoigner sur le plateau une soixantaine de supporteurs du RC Lens. Façon de confronter le public de théâtre au «meilleur public de France».
Bienvenue Chez Muriel. En ce lendemain de scrutin national, c’est soir de match à Lens. Ce qui signifie qu’à l’heure où le pays continue de se perdre en conjectures politiques, le seul sujet de conversation locale qui vaille tourne autour de la destinée du RC Lens. Certes, dimanche 7 mai, la sous-préfecture du Pas-de-Calais, notoirement plombée par la crise économique, a cédé - de peu - aux sirènes frontistes. Mais quid de l’avenir sportif du club, qui s’apprête à recevoir Strasbourg, le leader de la Ligue 2 ? Une victoire, et l’espoir de retrouver l’élite du foot français demeurera intact. Une défaite, elle, signifierait la fin des haricots. Finalement, ce sera un nul, 1-1. Prétexte, comme l’aurait d’ailleurs été tout autre résultat (1), à mille et une analyses de comptoir chez Muriel, donc, où, entre autres estaminets, convergent les supporteurs proverbialement enthousiastes des Sang et Or… Ainsi que Mohamed El Khatib, artiste (associé au Théâtre de la Ville à Paris) et redoutable milieu de terrain dans une vie antérieure.
Depuis plus d’un an, en concertation avec des chercheurs de l’université de Liévin, épaulé notamment par le scénographe Fred Hocké et la plasticienne Violaine de Cazenove, l’auteur, metteur en scène et réalisateur à la tête du collectif Zirlib, travaille en effet sur Stadium. Une performance documentaire dont la particularité est de compter au casting une soixantaine de supporteurs du RC Lens ; sachant que, parallèlement, il monte, ce vendredi à Birmingham, une version anglaise, avec les ultras du Birmingham City Football Club et ceux d’Aston Villa.
Car El Khatib n’en démord pas : pour lui, fils d’ouvrier illettré, l’action culturelle ne se conçoit qu’«au plus près de la vie» avec, comme leitmotiv, l’ambition de «casser l’entre-soi de la pratique théâtrale», de «faire bouger les choses sur le plateau et dans la salle en escomptant, même très modestement, transformer l’existence des interprètes et du public concernés». A cet égard, ses précédentes créations font sens - et foi. Qu’il s’agisse de Finir en beauté (grand prix de la littérature dramatique 2016), évocation sensible du décès de sa mère, ou de Moi, Corinne Dadat, portrait d’une femme de ménage de Bourges faisant corps avec son balai, au côté de la danseuse Elodie Guézou.
Mythologie partisane Aussi singulier et intrigant que soit ce Stadium sur le papier, l’initiative tient néanmoins, point de vue logistique, de l’usine à gaz, lestée d’un budget de production nettement au-dessus de la moyenne. Comment ferrer les bons interlocuteurs ? Les convaincre, même rétribués, de monter sur une scène, eux qui, parfois, n’ont jamais mis les pieds dans un théâtre ? Planifier des répétitions et des dates de tournée compatibles avec les impondérables des uns et des autres ? Red Tigers, KSO (Kop Sang et Or) ou Bollaert Boys : diverses associations ont été infiltrées pour l’occasion. Sur la centaine de personnes pressenties au total, plus de la moitié ont été retenues, avec lesquelles il a fallu créer un «lien de confiance», en précisant que l’ambition sociologique se situait à rebours de l’écueil folklorique, comme de la mythologie partisane.
«En introduction, nous disions chercher à comprendre la culture des supporteurs, d’où le souhait de les interroger, pose Mohamed El Khatib. L’aspect théâtral n’était pas évoqué, nous-mêmes ignorant, au départ, quelle forme prendrait le projet. Spectacle ? Installation ? Documentaire ? Ensuite, au fil des rencontres, je repérais des problématiques récurrentes et me demandais comment chacun tentait de les dénouer, à la fois collectivement et individuellement : la question politique, aujourd’hui engluée entre l’héritage communiste du bassin minier et l’essor du FN ; la tension entre la fidélité/loyauté à son club et le rapport de défiance envers les dirigeants ; la difficulté de trouver un équilibre entre un engagement dévorant et la vie de famille … Utilisant les témoignages comme matériau de base, je me suis autorisé à réécrire certains éléments de ce patrimoine collectif sans rien dénaturer, gardant à l’esprit cette spontanéité qu’il fallait préserver à l’intérieur du cadre.»
Etudiants, chômeurs, instituteur, curé, ouvriers d’usine, retraités, maire coco de la ville de Grenay (traumatisé par un FN à 72 %, lui qui a mis en place un projet d’éducation ambitieux, ouvert une nouvelle médiathèque…), les Full Monty artésiens vont constituer ainsi le panel représentatif de cette plèbe qui, depuis un siècle, s’époumone pour le RC Lens. Une tradition qui se transmet de père en fils, mais où il arrive que les filles, quoique fort minoritaires, parviennent à jouer des coudes. A l’instar de Sylvie : cinquante-trois années passées sur Terre, dont quarante-cinq à encourager le Racing. Un virus contracté avec un père mineur - «trente-cinq ans de fond» - d’origine polonaise. «J’ai longtemps été ultra, mais c’est fini : entendre des cris de singe racistes ne m’amuse pas, je n’ai pas été éduquée comme ça», se démarque cependant la fluette mère de sept enfants, «au chômage, comme tous les Lensois», qui a voté blanc au second tour de la présidentielle.
Apparemment ravie de participer à ces «scènes de vie», la loquace Sylvie, qui a déjà fait de la figuration dans le film de Lucas Belvaux Chez nous et le documentaire de Pascal Goethals Mon Louvre à moi, entend aussi laver sur scène l’affront de la fameuse banderole «Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Chtis», brandie par les supporteurs du PSG en 2008, dont elle garde un souvenir meurtri. Mais jouer, même avec une bonne part d’impro, cela reste du boulot. A l’approche de la première représentation, la «rabatteuse» Violaine de Cazenove passe une tête Chez Muriel : «Sylvie, tu viens bien répéter jeudi prochain ? - Ah, non, c’est mort : j’ai tatoueur et coiffeur. - Bon, mais tu seras bien là à Douai ? - Oui, mais j’y vais comment ? - T’inquiète, on passera te chercher.»
Alternance de tableaux Une semaine et 23 kilomètres plus loin, pourtant, Sylvie est aux abonnés absents à l’Hippodrome de Douai, la salle qui héberge la répétition générale ainsi que les deux premières représentations (complètes) ouvertes au public. Pour des raisons personnelles, celle qui devait ouvrir le spectacle a annoncé tout à trac à l’équipe qu’elle quittait le navire avant même de prendre le large. Circonspect, Mohamed El Khatib ne désespère pas de la voir changer d’avis. Ce qui, un mois plus tard, n’a pas encore été le cas.
De toute façon, Stadium se sait construit sur une faille sismique, y compris au moment du «filage», en préambule duquel le metteur en scène annonce à la grosse poignée d’invités assis dans l’hémicycle : «C’est la première fois que nous allons tout mettre bout à bout et certains des participants ne sont pas encore arrivés. Alors, on va peut-être devoir ajuster des choses. Mais, normalement, ça devrait aller…»
Deux heures durant, plus une pause réglementaire de quinze minutes - «la mi-temps, en langage théâtral, se dit entracte», est-il précisé -, les figures se succèdent cahin-caha, composées d’une alternance de tableaux (la complainte de la mascotte du club, jouée par un comédien, un supporteur qui agite un drapeau géant sur l’air du Cum Dederit de Vivaldi - moment de grâce absolue) et de témoignages intimes. Certains, diffusés sur un écran, ont été filmés à l’avance. D’autres, live, renforcent le dispositif et meublent l’espace. Ainsi de l’octogénaire Yvette, au maillot floqué «84», entourée d’une forte délégation familiale puisée parmi ses 10 enfants, 32 petits-enfants et 29 arrière-petits-enfants, tous biberonnés à la passion du RC Lens. Ou de Ludovic, la trentaine robuste - malgré un gros pépin de santé qui l’empêche désormais d’exercer son métier de carreleur, après avoir été gendarme - et aucune pression apparente, à quelques minutes de monter sur une scène pour la première fois de sa vie : «Le trac ? Penses-tu ! Ici, il y a 600 places, alors qu’habituellement on est 38 000. De toute façon, je suis quelqu’un qui aime bien aller chercher le regard des gens.»
Pérennité d’un blason Si, non sans réticence, Ludovic a accepté de témoigner en public, c’est en qualité de «capo» des KSO. Leader de ce groupe de supporteurs irréductibles, il entend ainsi défendre la cause des «ultras», qu’il estime déconsidérés par les autorités, les médias - que, d’ordinaire, il ne porte vraiment pas dans son cœur - et même ce club auquel il a fait allégeance, lui qui, sans ciller, établit ainsi sa propre hiérarchie affective : «En premier, mes quatre enfants ; ensuite, le RC Lens ; et enfin, ma femme.»
Souhaitant rabrouer l’image du «bon gros con alcoolo du Pas-de-Calais, moi qui ne bois pas et ne me drogue pas», le sympathisant d’extrême droite ne s’avoue pas dupe de l’évolution d’un sport où l’immense majorité des joueurs ne sont plus que des mercenaires. Une dérive inexorable, face à laquelle il brandit la pérennité d’un blason qui, lui, «ne changera jamais», le «respect» subséquent dû à l’histoire ouvrière de la ville, et la «solidarité» d’une mouvance qu’il estime trop caricaturalement résumée à une image violente.
Pas certain du tout de se laisser prendre au jeu théâtral, Ludovic tique lorsqu’on l’informe qu’une quarantaine de dates de tournée sont déjà prévues. «Aujourd’hui, je suis là. Après, on verra. De toute façon, si une représentation tombe un soir de match, la question est réglée: ils n’auront qu’à me remplacer par un hologramme, comme pour Mélenchon.»
(1) Au terme d’une dernière journée rocambolesque, Lens achèvera sa saison de Ligue 2 à la quatrième place, la pire puisque seuls les trois premiers peuvent prétendre à l’accession en Ligue 1.
Gilles Renault
Stadium de Mohamed El Khatib Les 6 et 7 juillet à Tours (37), puis du 27 septembre au 7 octobre au Théâtre de la Colline, 75020, dans le cadre du Festival d’Automne, et en tournée.
Photo : Yvette (assise) avec sa famille lors de la création du spectacle à l’Hippodrome de Douai, les 16 et 17 mai. Photo P. Victor. ArtComArt
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June 30, 2024 6:52 AM
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par Laurent Goumarre dans Libération - 29 juin 2024 Fidèle à sa veine du théâtre documentaire, Mohamed El Khatib met cette fois en scène des personnes âgées qui font le bilan de leur vie amoureuse et évoquent sans tabous leurs désirs. Dernière représentation à Bruxelles pour la Vie secrète des vieux avant de se jeter dans le grand bain d’Avignon. Mohamed El Khatib rodait fin mai sa nouvelle création avec sept vieilles et vieux, tous amateurs, réunis sur le plateau après avoir répondu à cette annonce : «Si vous avez plus de 75 ans et des histoires d’amour, appelez-moi.» Le metteur en scène est rassuré : «Hier, c’était encore très flottant mais là, tout est en place.» Et ce n’était pas gagné : Chille a fait un AVC, apprendre un texte tient donc du miracle. Jacqueline, l’ex-présentatrice du journal télévisé en Belgique, qui ouvre la pièce, a 91 ans. «En novembre, on a fait une résidence, raconte El Khatib. En mars on se revoit pour une avant-dernière étape, et là, elle me demande qui je suis, quel est ce projet. C’est très fragile.» Une fragilité qui fait la force de ce théâtre documentaire en ouvrant la scène à des gens extérieurs au théâtre, des corps non-professionnels pour entendre une parole non formatée. «Les vieux sont marginalisés ; les journalistes, les soignants, leurs propres enfants parlent à leur place. Jamais je n’aurais confié leurs paroles à des acteurs», précise El Khatib qui s’interroge sur le prêt-à-penser : «Au départ, je pensais travailler sur leur mémoire, mais c’était vraiment trop cliché : la perte d’autonomie, la décrépitude du corps, la dépendance, c’est toujours les mêmes sujets quand on parle des vieux, jamais la vitalité, leur désir, est-ce qu’ils font l’amour, est-ce qu’ils en ont envie ? Ma première question lors de la prise de contact a donc été : “Est-ce qu’on peut faire le bilan de votre vie amoureuse ?”» «J’ai dit à mon fils : tu préfères que je meure à l’Ehpad que sur scène ?» Martine Devries, 78 ans, médecin généraliste à la retraite, n’a pas hésité. «Quand j’ai vu l’annonce sur les vieux, j’ai tout de suite répondu, sans rien demander à mes enfants. Je devais parler de ma vie amoureuse, mais j’ai raconté la maladie de mon compagnon ; à ce moment-là je ne pouvais rien dire d’autre. J’ai pensé que j’avais raté l’entretien, que la maladie c’était trop triste, et Mohamed a tout gardé. Je connais bien son théâtre, j’aime qu’il donne la parole aux gens, aux enfants de parents séparés dans la Dispute, aux supporteurs du RC Lens dans Stadium, aux gardiens de musée dans Gardien Party que je suis allée voir à Paris. J’avais adoré Conversation avec Alain Cavalier, Boule à neige. Je voulais vraiment en être cette fois.» Même élan pour Jacqueline Juin, la doyenne : «Au départ, mon fils qui a 60 ans ne voulait pas que je fasse la pièce, trop de dates, une tournée internationale, Avignon, la chaleur… Je lui ai dit : “Tu préfères que je meure à l’Ehpad que sur scène ?”» Depuis, elle a sa bénédiction. Il faut revenir sur la genèse de la pièce pour en mesurer l’enjeu. D’abord un geste post-Covid, qui répond au traumatisme de ces milliers de personnes âgées mortes dans les Ehpad, sans leur famille, personne pour leur rendre visite et leur dire adieu. «Aux Blés d’Or, l’Ehpad de Chambéry, la directrice Clotilde Rogez s’est inquiétée de la santé mentale des vieux, rapporte Mohamed El Khatib. Elle a demandé à Marie-Pia Bureau, la directrice de l’espace Malraux-Scène nationale de Chambéry, de faire intervenir des artistes et je suis arrivé sur cette invitation.» Mais il y a eu un autre déclencheur : «Ma rencontre à l’Ehpad de la Rochelle avec Anne Durand de Saint-André, 84 ans, un vrai phénomène, qui était tombée amoureuse d’un pensionnaire avec qui elle vivait une vraie et belle histoire. En juillet, j’apprends qu’elle s’est suicidée. Ses enfants, très inquiets de cette relation, voulaient la déplacer. Ça m’a vraiment mis en colère, d’autant que j’entendais pas mal de choses sur les familles qui craignent la captation d’héritage, ou n’acceptent pas que leurs parents refassent leur vie, retrouvent le désir.» Anne Durand de Saint-André apparaît dans la pièce, dans une vidéo. Masturbation à la carotte et vases dans le rectum Sur scène on parle masturbation à la carotte, pression des enfants, rapprochement des corps dans les chambres. Sujets tabous ? «Pour vous peut-être, pas pour moi, répond Martine Devries qui déroule ses souvenirs de consultations, des histoires de vases dans le rectum qui affolent ses compagnons de scène. Le plus étonnant, c’est de prendre la parole sur un plateau, moi qui suis plutôt réservée. C’est peut-être qu’ici quand je parle de mon histoire, elle ne m’appartient plus. Mohamed a écrit nos partitions en mixant des choses qu’il a entendues chez moi et les autres. Au point que je n’arrive plus à démêler dans mon monologue ce qui est à moi, ce qui ne l’est pas. Je me sens à la fois actrice et spectatrice. Quand Jacqueline, qui est aveugle et en chaise roulante, récite Bérénice qu’elle a appris au lycée, c’est pour moi, qui suis à ses côtés sur le plateau, chaque fois magnifiquement émouvant et terriblement douloureux. J’entends dire que c’est thérapeutique. C’est faux. On vit une aventure formidable qui nous fait du bien, mais ce n’est pas ça une thérapie.» «Et tout n’est pas dit dans la pièce, ajoute Mohamed El Khatib. Il y a une chose que j’ai entendue et que je n’ai pas travaillée : sur les cent vieux que j’ai rencontrés, quatre-vingt-dix m’ont raconté la violence de leur premier rapport sexuel, l’abus d’un médecin traitant, une maltraitance, un inceste. Effarant. Pour la Vie secrète, je me suis concentré sur leur vie amoureuse, leur sexualité, celle des mecs souvent liée à la puissance : “Si je ne peux plus bander, j’arrête”, celle des femmes qui réexplorent leur corps – je me souviens d’une vieille dame à Rennes qui me sort une petite mallette bourrée de sex-toys, et m’explique leur fonctionnement. C’est moi qui étais gêné. Et chaque fois cette même phrase qui revient : “Surtout, ne le dites pas à mes enfants.” Bien sûr, j’ai aussi entendu la misère sexuelle, ou la décision de “se retirer du marché”. L’expérience de la vieillesse n’est pas la même selon le genre, la classe sociale, l’appartenance sexuelle, mais un scénario revient souvent : une vie conjugale classique de 20 à 50 ans, puis, passé 60, le désir réapparaît, et le plaisir qu’on n’a pas vraiment connu avant. Je pense à Micheline qui s’est échappée de l’Ehpad pour vivre avec une femme alors que toute sa vie elle avait été homophobe.» Au moment de se quitter, on lui pose la question qui nous taraude : peut-on faire le bilan de la vie amoureuse de vos parents ? «Ma mère n’est plus de ce monde. Mon père a 76 ans et s’est remarié il n’y a pas longtemps. Pour mes sœurs c’est douloureux de penser qu’une autre femme entre dans sa vie. Quant à moi, c’est vrai, je n’ai pas envie d’en savoir plus sur la vie amoureuse et sexuelle de mon père. On n’en parle pas. Jamais.» Encore un secret de famille. La Vie secrète des vieux de Mohamed El Khatib, du 4-19 juillet à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon. Puis dans le cadre du Festival d’Automne au Théâtre de la ville – Les Abbesses du 12 au 26 septembre, à l’Espace 1789 de Saint-Ouen les 8 et 9 octobre, au Théâtre Cinéma de Choisy-le-Roi le 11 octobre et à Points communs – Théâtre 95 les 18 et 19 décembre. Légende photo : Dans «la Vie secrète des vieux», Mohamed El Khatib ouvre à nouveau la scène à des gens extérieurs au théâtre. (Yohanne Lamoulère)
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September 18, 2022 12:18 PM
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Par Lucile Commeaux dans Libération - 16 septembre 2022 Créé avec les élèves du Théâtre national de Bretagne, le spectacle de Mohamed El Khatib met en scène des jeunes qui évoquent leurs relations parentales. Une œuvre aiguisée où se déploient toutes les palettes des relations familiales, de l’amour à la détestation. On éprouve souvent devant le théâtre de Mohamed El Khatib une impression soupçonneuse qui ne tient pas seulement à sa forme documentaire. Du faux-vrai ou du vrai-faux il est le maître, lui qui met apparemment sur scène d’authentiques gens – supporters du Racing Club de Lens, pères et mères endeuillés – pour mieux faire advenir la fiction. Cet autre soupçon caché derrière le premier est bien davantage une forme de culpabilité face au plaisir indéniable qu’il nous procure. D’une certaine manière, il est trop aimable pour être bon. On se méfie d’abord à nouveau, devant ce nouveau spectacle créé en atelier avec un groupe d’élèves du Théâtre national de Bretagne, une vingtaine de jeunes hommes et femmes qui, pendant un peu plus d’une heure, nous parlent sur scène de leurs parents. Le plateau est presque nu : deux tabourets, un banc, un micro à pied, un piano noir et, en fond de scène, un pan de mur qui sert de support à la diffusion de vidéos – Skype avec maman, réunion de confinés. S’y déploient les grands enjeux de la filiation – la sexualité, l’héritage, l’amour, le respect, la différence, la classe – le temps de saynètes courtes où chacun, on le sent, est très à son avantage dans ce qu’il sait faire de mieux : émouvoir, attendrir, amuser surtout. Grain de sable La salle enthousiaste applaudit volontiers au cours de la représentation comme à des numéros, dont le comique traditionnel (imitations, accents, blagues sur les boomers) indéniablement fonctionne. Pour autant, régulièrement dans le rouage huilé de la sympathique petite forme agrippe soudain un grain de sable : une remarque agressive, le signe – dans une conversation reconstituée – d’une rupture familiale, ou encore ce monologue saisissant dit en avant-scène par un des comédiens, qui répète «papa» une centaine de fois, comme un appel, puis comme un cri déchirant. Qu’on ne s’y trompe pas : le spectacle de Mohamed El Khatib n’est pas si simple et pas si mignon, et produit sur le spectateur un rapport très ambivalent, entre adhésion et agacement. Un classique rapport aux parents, finalement. Mes Parents de Mohammed El Khatib avec les élèves du Théâtre national de Bretagne au Théâtre des Abbesses (75018) dans le cadre du Festival d’automne, jusqu’au 23 septembre puis en tournée. Lucile Commeaux / Libération
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October 31, 2017 5:45 AM
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Par Olivier Ubertalli dans Le Point Deux pièces au Festival d'automne, un road-movie... Le metteur en scène de 37 ans aurait pu devenir joueur de foot avant qu'une blessure ne change ses plans. Il a une demi-heure de retard. Ses deux acteurs l'attendent patiemment assis sur un banc, sous la coupole dorée de la salle du Théâtre Ouvert, près de Pigalle à Paris. La première parisienne se joue dans deux jours*, mais pas de panique. Baskets blanches, pantalon beige et sweat gris avec capuche, Mohamed El Khatib débarque avec le sourire pour la répétition. Faute de temps, ce sera plutôt un filage de la pièce arrêté par moments. D'une voix douce et rassurante, le metteur en scène donne ses indications. « Si vous pouviez entrer de manière moins formelle, regarder le public, et poser plus le bonsoir » ; « Là sur le public, on essaie un peu moins de lumière » ou encore « il faut nettoyer encore le son des vidéos ». Sur le plateau en bois, Daniel Kenigsberg, 61 ans, et Fanny Catel, 37 ans. Les deux acteurs ont en commun d'avoir vécu dans leur chair une tragédie, peut-être la pire de toutes : ils ont chacun perdu un enfant. La pièce s'appelle C'est la vie. Dans le petit guide pratique distribué au public, Mohamed El Khatib a écrit : « L'auteur souhaite remercier tous les spectateurs délicats qui jamais n'adresseront un c'est la vie à quelqu'un qui perd un proche. » Daniel Kenigsberg dit du dramaturge : « Nous partageons la même tendresse, le même humour et la même cruauté. » Avec son ironie mordante et sa passion pour l'intime, Mohamed El Khatib, né en 1980 à Beaugency, en banlieue d'Orléans, multiplie les projets. Il est à l'honneur du Festival d'automne avec deux spectacles, Stadium**, et C'est la vie, et va animer une conversation avec le réalisateur de cinéma Alain Cavalier***. En septembre, il a présenté une installation dans le jardin de la Fondation Cartier, à Paris. Quatre spectateurs étaient invités à regarder dans une Renault 12 marron le road-movie qu'il a tourné entre Orléans et Tanger, au Maroc, lorsqu'il est allé chercher l'héritage de sa mère. Le film Renault 12 sortira au premier semestre 2018 et devrait être diffusé sur Arte. Dans Stadium, le metteur en scène fait monter plus d'une cinquantaine de supporteurs du club du RC Lens. Il réussit ainsi le pari de réunir deux publics qui ne se côtoient pas habituellement, spectateurs de foot et de théâtre. Il y évoque pêle-mêle le bassin minier, les Nordistes, le chômage, le Front national, les hooligans... Les critiques grincheux parisiens n'ont pas tous apprécié, mais L'Équipe et Téléfoot ont parlé de la pièce et donc de théâtre, se félicite le metteur en scène. Wajdi Mouawad, qui tente d'ouvrir davantage sur son quartier le théâtre de la Colline qu'il dirige dans le 20e arrondissement de Paris, l'a remercié pour ce spectacle en lui lançant : « Tu m'as fait gagner plusieurs mois de travail avec Stadium. » LIRE aussi Théâtre : "Stadium", la passion en sang et or : http://www.lepoint.fr/culture/theatre-stadium-la-passion-en-sang-et-or-05-10-2017-2162347_3.php L'art de brouiller les pistes Avec cette pièce, Mohamed El Khatib a voulu rendre hommage à son père, grand supporteur de foot et ouvrier retraité. Il a d'ailleurs failli faire le bonheur de son pater en devenant joueur de football. Dès l'âge de six ans, il tape dans le ballon rond, joue au club de Beaugency puis au FCO Saint-Jean de la Ruelle, un club de la banlieue d'Orléans qui évolue en National. Il est milieu droit et « numéro 7, comme Cantona », note-t-il. Il est même convoqué en équipe de France junior à 16 ans, pour deux matches contre l'Écosse et le Danemark. « C'était la génération 1980 comme Steed Malbranque. Je devais rentrer à Clairefontaine à l'Institut national du football, mais je n'ai pas pu pas me présenter au concours à cause d'une blessure. » Mohamed El Khatib fait ensuite des essais au centre formation du PSG. Essais concluants, mais il n'y avait plus de contrat aspirant disponible. On lui propose d'arrêter les études et faire une formation professionnelle. « Je devais rentrer en 1re S, il fallait que j'arrête le cursus général, c'était hors de question pour ma famille et moi. » Ensuite, les blessures s'enchaînent : ligaments croisés aux deux genoux. Aujourd'hui, il a délaissé les jongles et les terrains de foot pour l'art de brouiller les pistes, d'entremêler documentaire et fiction. Mêlant vidéos, témoignages, jeu d'acteur, musiques et mises en abîme, il prend plaisir à bousculer les conventions théâtrales. Souvent, pour l'écriture de ses pièces, le dramaturge part de son environnement proche et a l'ambition d'évoquer les classes populaires dont il est issu, car « on ne les voit pas ou peu sur scène ». Sa pièce Moi, Corinne Dadat, qui a remporté un grand succès en 2014, est née de sa rencontre dans une école avec une femme de ménage qui ne lui disait même pas « bonjour ». « J'suis légitime pour parler d'art contemporain. J'm'appelle Dadat, et je passe la journée à nettoyer des bidets », lançait la protagoniste. Dans "Finir en beauté", Mohamed El Khatib aborde la perte de sa mère. « C'est important de pouvoir parler de la fin de la vie, qui est encore tabou en France, de l'accompagnement de la vie, de la situation des hôpitaux », explique-t-il à la terrasse d'un café parisien, avec une légère barbe grisonnante. À la fin d'une représentation de Finir en beauté, l'acteur Daniel Kenigsberg l'a abordé et lui a lancé : « Tu as perdu ta mère, c'est triste, mais ce n'est rien comparé à moi : j'ai perdu mon fils. » C'est de là qu'est née C'est la vie et l'idée de parler de ces « orphelins à l'envers » pour lequel il existe un vide terminologique. « La perte de l'enfant est le tabou ultime », estime le metteur en scène, père depuis une dizaine de mois d'une petite fille. L'intime, cet univers impitoyable. « C'est presque un sujet qui nous concerne tous et qu'on ne veut pas partager », relève Mohamed El Khatib, qui apprécie les travaux du réalisateur Alain Cavalier et l'artiste Sophie Calle dans le domaine. Le Coran et les poèmes par cœur « Il faut que tu travailles pour ne pas finir ici. » La phrase prononcée par son père, ouvrier dans une fonderie d'acier, a forgé le caractère du metteur en scène. Hors de question que son fils soit ouvrier comme lui. Il l'oblige non seulement à avoir des bonnes notes, mais aussi à être premier de la classe. « Une fois, j'ai pris une claque car, sur un bulletin de notes, j'étais premier ex aequo. Le trimestre d'après, j'étais premier. » Même exigence quand il s'agit d'apprendre le Coran avant ou après les cours de foot. « On me disait : il faut apprendre le Coran par cœur avec tes doigts, c'est-à-dire prêts à être fouettés en cas d'erreur. » Aujourd'hui athée, le dramaturge n'a pas gardé de mauvais souvenir de cette pression familiale. Au contraire. « Cela m'a servi quand je suis allé à Jérusalem en 2010. À l'entrée de la mosquée Al-Aqsa que ma mère voulait que je visite absolument, un homme m'a dit : c'est réservé aux musulmans. Je lui ai répondu, je suis musulman. Alors il m'a dit : Très bien, récitez-moi la sourate 62 du Coran. Et elle est ressortie comme cela. » Mohamed El Khatib a compris grâce ses parents que « c'était par les livres qu'on s'en sortait ». Que ce soit une grammaire d'espagnol, qu'on lui prêtera et lui permettra d'écrire dans cette langue plus tard au Mexique dans El Diplo, version latine du Monde diplomatique, ou de recueil de poèmes que sa professeure de khâgne l'obligeait à apprendre. « La poésie, cela n'a intérêt que si tu l'apprends par cœur. Un jour, j'ai vu une conférence d'Yves Bonnefoy qui disait : la poésie m'a aidé à tenir debout du jour où j'ai pu la réciter. Aujourd'hui, je suis extrêmement reconnaissant à cette prof de pouvoir réciter des poèmes de Mallarmé ou en vieux français. C'est en moi et personne ne peut me l'enlever. »
*" C'est la vie" au Théâtre Ouvert, du 30 octobre au 7 novembre, puis au Théâtre de la Ville-Espace Cardin, du 10 au 22 novembre. 15 et 16 mai 2018 sur la Scène nationale de Narbonne.
**" Stadium" , à l ' avant-scène théâtre de Colombes le 10 novembre 2017, théâtre de Beauvais le 17 novembre, au festival Mettre en scène à Rennes les 24 et 25 novembre, Scènes du Golfe/Vannes le 26 novembre, puis en février 2018 à Esp Malraux-Joué-lès-Tours le 1er, Centre Dramatique Tours le 2, Scène Nationale Orléans le 3, Scène Nationale Châteauvallon les 16 et 17 mars, Le Grand T-Nantes du 10 au 14 avril et au Pôle culturel d'Alfortville le 26 mai.
*** Conversation entre Mohamed El Khatib et Alain Cavalier , au TNB Rennes les 11, 12, 18 et 19 novembre, Théâtre du Bois de l'Aune/Aix en Provence du 28 au 30 novembre, Théâtre de la Ville-Espace Cardin, du 14 au 22 décembre, Théâtre de Beauvais les 9 et 10 janvier 2018.
Légende photo : Avec son ironie mordante et sa passion pour l’intime, Mohamed El Khatib, né en 1980 à Beaugency, en banlieue d'Orléans, multiplie les projets. © JACQUES DEMARTHON / AFP
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Le spectateur de Belleville
October 8, 2017 11:23 AM
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Par Christine Friedel dans Théâtre du blog
Ce n’est pas du théâtre : des « vrais gens » sont sur scène,pas en “amateurs“ venus modestement prêter main forte (et justification ?) à un spectacle. En effet, ils ne jouent rien, ils sont là en personne, parce qu’elles et eux ont quelque chose à dire. Et ils le font avec confiance et grande maîtrise, parce que c’est du théâtre ; sur une scène organisée dans l’espace et le temps comme pour tout spectacle, il y a un commencement, une fin (encore que…), et un suspense, dans l’attente non d’un dénouement mais d’une rencontre et d’un nouage. On peut “spoiler“ : la rencontre se produira. Mohamed El Khatib a partagé pendant deux ans la vie du fan club du Racing Club de Lens, a fait des recherches sur la sociologie du football. Il est entré dans ces familles où l’on naît supporteur, où on vit et meurt supporteur aux couleurs sang et or. Il a écouté les “ultras“ et leur parole parfois paradoxale, leurs guerres d’honneur avec les clubs adverses-spécialement le club parisien et ses insultes aux Ch’ti «chômeurs alcooliques consanguins pédophiles», leur sens du respect–oui-et de la solidarité. Ils lui ont raconté leurs ateliers d’ « éléments de langage“, car on n’insulte pas n’importe comment : d’accord, l’arbitre a perdu sa mère la veille, il aura droit à un certain respect, on le traitera donc d’«orphelin de pute». La face plaisante des valeurs de ce club de fans.
L’auteur a recueilli les souvenirs encore proches sur la mine à Lewarde qui a fermé dans les années 90, et devenue aujourd’hui Centre Historique Minier, et le témoignage de l’un des derniers maires communistes de la région. Le séisme politique est encore présent, creusé par l’effondrement industriel: il y eut l’espoir avec la gauche de 2012, et le basculement en 2017 vers le Front National avec toute la puissance déferlante entraînée par la déception. Cela pourrait être triste mais non…. Dans un dispositif simple-une petite tribune, un micro, un écran et une baraque à frites, les supporteurs de Lens viennent avec leurs blagues, leurs chansons, les chorégraphies de pom- pom girls, et les familles avec leurs tout petits enfants, fiers de ce que Mohamed El Khatib nous fait découvrir et aimer. À quoi sert le théâtre ? À mettre en scène les invisibles, à écouter ceux qu’on n’entend pas. Y compris dans le débat politique: les lois et règlements anti-hooligans (terme à employer avec une grande vigilance), comportant l’idée de «présomption de culpabilité», seraient un bon terrain d’expérimentation pour l’extension de lois répressives concernant tout le monde. (Voir le récent débat à l’Assemblée Nationale).
Le foot, c’est du bruit, mais aussi des paroles. En direct ou sur écran, les personnes présentes qui ne sont pas des « personnages» mais qui le deviennent, du fait de leur place ici-se moquent gentiment de l’image que le public parisien peut avoir d’elles, et nous dévoilent un monde. Vous croyez qu’il suffit d’installer une succursale du Louvre à Lens pour que les Lensois se l’approprient ? Savez-vous que c’est un métier, d’être mascotte ? Qui se cache dans l’énorme chien en peluche du Racing Club de Lens? Un danseur professionnel qui a dansé avec Pina Bausch et Carolyn Carlson. Où l’on voit que le spectacle du foot n’est pas si éloigné qu’on ne le croyait, de la culture de l’ « élite“. Laquelle, respectueuse comme on l’est au théâtre, reste de bois, quand une jeune fille essaie de l’entraîner dans les chants du club.
Mais les frites de la mi-temps, autrement dit de l’entracte, la fanfare, les moments de rire et d’émotion auront raison de cette raideur. Les supporteurs lensois gagnent cette rencontre, au point que la fanfare ne peut plus s’arrêter, ni les spectateurs quitter la salle. Mohamed El Khatib a gagné son triple pari : mettre en scène le peuple des oubliés, rendre au spectateur son corps et ses émotions, et parler politique, frontalement et sans métaphores. Est-ce du théâtre ? Cette performance à cinquante n’est pas tout le théâtre, mais un théâtre, passionnant et réconfortant. Cela vaut la peine de suivre le travail de Mohamed El Khatib avec C’est la vie, à Théâtre Ouvert puis au Théâtre de la Ville/Espace Cardin, puis Conversation entre Mohamed El Khatib et Alain Cavalier du 14 au 22 décembre) Christine Friedel Théâtre National de la Colline, jusqu’au 7 octobre. Théâtre Alexandre Dumas à Saint-Germain-en-Laye le 12 octobre. Théâtre de Chelles, le 13 octobre. Théâtre Louis Aragon à Tremblay-en-France, le 14 octobre. L’Avant Seine, Théâtre de Colombes, le 10 novembre et Théâtre du Beauvaisis, les 16 et 17 novembre.
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Le spectateur de Belleville
October 4, 2017 1:54 PM
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Par marsupilamima dans I/O gazette
Voilà un spectacle destiné autant à ceux qui aiment le foot qu’à ceux qui n’aiment pas cela et qui aiment encore moins les supporters de foot. Cette « performance documentaire » de Mohamed El Khatib repose sur des rencontres pendant la saison 2015-2016 de supporters du RC Lens, une majorité d’hommes avec quelques présences féminines. Cinquante-trois membres de ces associations ont été sélectionnés, et ce sont eux qui font le spectacle, entre tableaux vivants et entretiens vidéo. Ils ne sont pas tous sur scène, mais ceux qui sont là assurent et il y a de l’ambiance.
C’est que c’est leur job, mettre de l’ambiance dans un stade. Pom-pom girls, fanfares et chants à l’appui, ils savent faire, même sur une scène de théâtre. Ils expliquent cette passion dévorante qui a souvent mis à mal leurs relations familiales au profit des copains. Pour la plupart fils d’ouvriers, de mineurs, dans une région où le taux de chômage est catastrophique, ils racontent. La présence des pères est primordiale. Comme un héritage. Mais le plus beau drapeau est l’ouvrage d’une maman.
Il y a des moments de franche rigolade, de belles injures, des instants plus émouvants, de vraies interrogations sur la montée du Front national, sur l’avenir qui attend leurs enfants mais aussi malheureusement des saynètes sans grand intérêt et du bavardage. On reste donc un peu sur sa faim, parce qu’on a survolé les problèmes de fond au son des musettes et des flonflons, de la bière et des frites (en vente à l’entracte), mais on en sort le sourire aux lèvres, et ça, c’est quelque chose.
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Le spectateur de Belleville
October 3, 2017 8:36 AM
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3 oct. 2017 Par jean-pierre thibaudat Blog : Balagan Mohamed El Khatib, artiste associé au Théâtre de la Ville, présente « Stadium » avec, en scène, en chair et en os une soixantaine de supporters du RC de Lens. Cela dure une heure et demie, comme un match de foot. Le théâtre ayant perdu très vite le match, je suis parti à la mi-temps. Lire sur le site d'origine : https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-thibaudat/blog/021017/apres-la-tele-realite-le-theatre-realite-exhibe-les-individus? En juillet 2015 à Avignon, dans la meule de foin du off, Mohamed El Khatib avait su nous aiguillonner avec son spectacle Finir en beauté, sous-titré « une pièce en acte de décès », celui de sa mère, Marocaine vivant en France, mais n’ayant jamais réussi à maîtriser la langue française. Elle est atteinte d’un cancer. Son fils l’accompagne jusqu’au bout. C’est en acteur et en conteur que Mohamed El Khatib évoquait cet être cher et sa perte. On était très loin de la puissance poétique d’un Lazare (qui a mis sa mère algérienne au centre de ses premières pièces) mais, à coups de petites anecdotes, Finir en beauté séduisait. Le spectacle allait faire une belle tournée et Mohamed El Khatib devenir artiste associé au Théâtre de la Ville. Gens qui rient gens qui ragent Le second spectacle qui j’ai vu de Mohamed El Khatib, à l’automne 2016 (il l’avait créé deux ans plus tôt), sortait de la sphère familiale, pour montrer une femme de ménage, celle de la Maison de la Culture de Bourges, Corinne Dadat. Elle est en scène, elle « joue » à être ce qu’elle est. Elle n’est pas actrice non plus. Resté sur le côté, Mohamed El Khatib, écrivais-je, « l’exhibe comme un specimen, une bête curieuse, joue avec elle comme un chat joue avec une souris ». Et je poursuivais, allant au bout de mon malaise mêlé de colère : « Voyeurisme ? Populisme compassionnel ? C’est à gerber. » . Je n’étais pas le seul à éprouver un certain dégoût face à cette exhibition, à cette manipulation aussi, mais la majorité du public du Théâtre Monfort adhérait au spectacle, riait volontiers. Moi Corinne Dadat allait faire une grande tournée. Et voici le troisième spectacle, Stadium, à l’affiche conjointe du Théâtre national de la Colline, du Théâtre de la Ville et du Festival d’automne, spectacle qui va, lui aussi, abondamment tourner. Le principe est le même que pour Moi Corinne Dadat. D’ailleurs, guest star, Corinne Dadat vient faire un tour de piste pour nous dire que le spectacle dont elle est l’héroïne va encore tourner. Stadium fait venir sur la scène une soixantaine de supporters de l’équipe de foot du RC de Lens, les « Sang et Or ». On les voit d’abord dans de brèves séquences vidéos avant de les voir « en vrai » sur scène, effet de réel garanti. On retrouve à Lens, au stade Bollaert, avec la chaleur du Nord et la baraque à frites en plus, ce que l’on trouve dans les tribunes du stade vélodrome de Marseille et les troquets de supporters, ou chez les Verts de Saint-Etienne, tout ce qui caractérise les supporters des équipes de foot populaires : la dévotion au maillot et à ses couleurs, des dynasties familiales, de redoutés ultras, des égéries, des mascottes, des « aux chiottes, l’arbitre ! », des légendes, des vieilles histoires de poteau ou d’erreurs d’arbitrage, des finales gagnées ou perdues et des chansons fétiches. « De la gêne occasionnée » Dans un livre éponyme qui accompagne Stadium, Mohamed El Khatib évoque par deux fois le fait d’avoir « gagné le Grand prix de littérature dramatique en 2016 » mais dit qu’il n’a pas voulu fêter ça « parce que les spectateurs auxquels je veux aussi m’adresser, ils ne viennent pas au théâtre, et que ça me rend triste, alors je n’ai pas trouvé d’autre stratégie, et je m’en excuse et aussi de la gêne occasionnée et aussi du dérangement et j’espère qu’on laissera l’endroit propre en partant, mais comme le spectateur auquel j’aimerais aussi m’adresser il ne veut pas venir au théâtre, ou l’idée ne lui effleure même pas l’esprit de s’asseoir dans un fauteuil et de regarder du théâtre, alors j’ai décidé que mon travail consisterait dorénavant à le faire entrer par la scène (...) ». Cette posture de « l’Arabe de service » (l’excuse, la gêne occasionnée, le dérangement, la propreté) est elle aussi à gerber, mais passons. Mettre sur la scène ceux qui n’y vont pas est une vieille antienne. Dans les années 70, il y avait eu ainsi une vogue de « Théâtre du quotidien » en France avec des auteurs comme Jean-Paul Wenzel ou Michel Deutsch et en Allemagne avec des auteurs comme Franz X. Kroetz. Dans Loin d’Hagondange, la pièce la plus emblématique de ce mouvement, Jean-Paul Wenzel met en scène un couple d’ouvriers. Ecoutons-le : « J’ai écrit Loin d’Hagondange en 1975. Une façon de mettre en jeu la parole de ceux qui ne l’ont pas. La pièce raconte la vie d’un couple d’ouvriers après une vie de travail dans les aciéries d’Hagondange. » Vingt-cinq ans après, Wenzel est retourné à Hagondange : « j’y ai vu le parc des Schtroumpfs installé sur l’ancien site des aciéries. Les sidérurgistes sont partis à la retraite ou ont été mis en pré-retraite, leurs enfants travaillent au parc de loisirs et ont, pour certains, endossé le déguisement des petits bonshommes bleus : en écho à Loin d’Hagondange, j’ai donc écrit Faire bleu. Je voulais mettre en regard l’histoire de ces deux couples d’ouvriers à la retraite, à vingt-cinq ans d’intervalle, leur manière "d’encaisser" le choc d’une vie vouée presque entièrement au travail et rendue à la "vacance" à l’aube de la vieillesse. L’inquiétude, le désarroi, voire les déflagrations visibles et invisibles que cela provoque dans leur vie de tous les jours, dans la conscience qu’ils ont d’eux-mêmes, de l’autre, du temps qu’il leur reste à vivre... – de l’infini ! » Sandrine, trieuse de verre Aujourd’hui, une jeune compagnie comme Pôle Nord raconte dans Sandrine et dans Chacal d’autres vies ouvrières (trieuse de verre, grutier sur un chantier d’autoroute). Travail d’enquête, suivi d’un travail d’écriture et d’un travail scénique. Comme Wenzel, mais autrement. Force du théâtre et du travail d’acteur : ces spectacles disent mieux le réel dans sa complexité, ses nuances, qu’un pan de réel, montré brut de décoffrage. Il est d’autres voies pour faire entrer en scène ceux qui ne vont pas au théâtre. Citons par exemple le groupe Berlin dont le dernier spectacle, Zvizdal, s’attarde longuement du côté de Tchernobyl auprès d’un vieux couple qui ne veut pas quitter la zone contaminée (lire ici). Ou encore le groupe Rimini Protokol dont le dernier spectacle, Nachlass, explore huit postures devant une mort prochaine . Dans chacun de leurs spectacles, ces deux groupes effectuent un long travail d’immersion, d’enquête suivi d’un travail de construction scénique passant par une scénographie, un découpage filmique, etc. Le réel est distancé pour mieux être embrassé. C’est aussi le cas pour chacun des spectacles de Milo Rau, qu’il parle du Rwanda (via la radio des Mille collines) ou des exils en Europe dans Dark Ages (lire ici). C’était aussi le cas de Corine Miret et de Stéphane Olry de la Revue Eclair qui ont côtoyé de longs mois les supporters des Verts à Saint-Etienne pour écrire et jouer en 2005 Mercredi 12 mai 1976 (soir terrible d’une finale perdue). Fréquents sont les exemples de « gens du peuple » qui, sans avoir jamais été au théâtre le plus souvent, montent sur scène pour parler d’eux, guidés, conseillés par un metteur en scène professionnel. C’est ainsi que l’on put voir sur une scène ces dernières années des SDF, des ouvrières d’une fabrique de jeans, des sans papiers. Ce sont des spectacles de lutte, de revendications. Rien de tel chez Mohamed El Khatib : les supporters que l’on a vus brièvement en film (cela se résume souvent à une anecdote, on ne s’attarde pas) viennent ensuite sur scène et disent leur texte écrit par Mohamed El Khatib à partir d’entretiens avec eux. Le supporter devient acteur de sa propre vie réduite à quelques aspects. La situation est piégée. Plus l’acteur-supporter est maladroit dans son dire, plus il est « attendrissant », « marrant ». On est à mille lieues de l’émotion extrême que procure l’actrice Lise Maussion dans Sandrine. Manque d’hospitalité et désinvolture L’engouement que suscite Stadium et la démarche de Mohamed El Khatib sont similaires à l’émergence de la télé-réalité à la télévision et c’est d’ailleurs à peu près la même chose. La « vraie vie » comme spectacle : rien n’est plus faux. Après la télé-réalité, voici donc le théâtre-réalité. Après Loana, Corinne Dadat. Stadium dure une heure trente, comme un match de foot. Au bout de quarante-cinq minutes, c’est la mi-temps, ponctuée par quelques pirouettes de pom pom girls (ce ne sont pas des Lensoises, mais des intermittentes du spectacle). Spectateurs et supporters se dirigent vers la baraque à frites installée sur scène ou vont au bar du théâtre. Sans attendre le score final, je suis rentré chez moi. Dans le métro, j’ai feuilleté le très bel Almanach du théâtre de la Colline (conception graphique Pierre Di Sciullo avec Marga Berra Zubieta) qui s’ouvre par un texte du nouveau directeur, l’auteur, acteur et metteur en scène Wajdi Mouawad. Non un habituel édito pour vendre la saison mais un passionnant texte de réflexion. Je me suis arrêté sur ces lignes : « Comment et jusqu’à quel point nous sommes-nous déconnectés d’une partie de nos citoyens dont nous n’entendons plus ni les paroles, ni les mots, ni le désarroi, ni la colère, ni le rejet qu’ils ont de nous ? Comment comprendre qu’avant de vouloir faire venir dans nos théâtres ceux-là même qui n’y viennent jamais, il nous faut réaliser combien nous ne parvenons plus à entendre le dégoût que nous engendrons auprès d’un grand nombre d’entre eux parce que, dans notre manière d’être, nous ne voyons plus l’étendue de la sévérité, de la sécheresse, du manque d’hospitalité et de la désinvolture de notre entre-soi ? Comment crever nos tympans ? » De vraies questions. Auxquelles Stadium ne répond pas, ou le fait par des leurres.
Théâtre de la Colline dans le cadre du Théâtre de la Ville hors les murs et le cadre du Festival d’automne, jusqu’au 7 octobre. Puis tournée en région parisienne avec le Festival d’automne du 12 au 17 oct à Saint-Germain-en-Laye, Chelles, Tremblay, Colombes, Beauvais. Puis au festival Mettre en scène à Rennes les 24 et 25 nov, Vannes le 26 nov, suite en fév 2018 à Joué-lès-Tours le 1er, Tours le 2, Orléans le 3 , Châteauvallon les 16 et 17 mars, Grand T de Nantes du 10 au 14 avril, Pôle culturel d’Alfortville le 26 mai. Stadium, textes et photos, est publié aux éditions Les Solitaires intempestifs, 10€.
Légende photo : Les supporters du RC de Lens sur la scèbne du Théâtre de la Colline © Pascal Victor
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Le spectateur de Belleville
October 2, 2017 6:12 PM
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Par Ève Beauvallet dans Libération
Ancien ailier droit frotté de sociologie, le souriant auteur de «Stadium» fait monter les supporteurs du RC Lens sur les scènes des théâtres.
Quel dommage, c’était la blague parfaite pour son portrait. On vient de passer vingt minutes à parler gentrification avec Mohamed El Khatib, à tourner autour de ses lectures de Didier Eribon, Edouard Louis et toute l’école bourdieusienne de la sociologie, à échanger à propos des transfuges de classes, des conditions de la mixité et des pièges, selon lui, de la discrimination positive. Bref, on discutait du cœur des combats que mène ce fils d’ouvrier devenu artiste convoité en attendant l’ouverture du café qu’il avait choisi pour la rencontre. Mais voilà, on est samedi matin, et le bistro popu en question, dans le XXe arrondissement de Paris, ne daigne pas relever son store. Adorable ironie du sort : la seule alternative pour se poser dans cette rue où il vient d’emménager avec sa compagne et sa toute petite gamine est une «french bakery» flambant neuve, avec tripotée d’enfants Montessori attablée.
«Parfait ! On s’installe ici ?» Quand il déchiffre dans notre proposition l’enthousiasme sadique qu’on aurait eu à le faire photographier devant ce temple de la branchitude locale, il dégaine deux rangées d’une soixantaine de dents. Pas moyen. On ne le piégera pas. Tacler, esquiver, c’est sa spécialité. Nous voici donc deux rues plus bas, sur une terrasse politiquement plus compatible où il déballe l’Equipe (comment ça, pas Libé ?), le journal qu’il lit tous les matins et qui vient justement de chroniquer sa pièce Stadium, qui a la particularité d’inviter sur le plateau une soixantaine de supporteurs du Racing Club de Lens. Il pitche le spectacle comme ça : confronter le public de théâtre au «meilleur public de France», celui du stade nordiste. On peut aussi le pitcher comme ci : montrer le supporteurisme comme ciment social et comme avant-poste des débats sur la gentrification et la privatisation des stades, sur le fichage et la présomption de culpabilité des ultras. Des mois et des mois de rencontres et de confidences, dans le Nord.
L’ancien ailier droit est aujourd’hui invité à dupliquer l’expérience dans différentes villes du monde. «Mais ça deviendrait une opération commerciale… Bon, je dis ça, j’ai accepté de recréer Stadium à Buenos Aires parce que c’est la ville de Maradona.» Concernant Paris, Mohamed El Khatib voit en ce moment sa «tronche» affichée en 4 par 3 partout dans le métro. «Du coup, mes sœurs, qui ne sont jamais venues voir mon travail, sont persuadées que mon métier, c’est Jamel.» D’accord, il adore les sketchs d’Haroun et de Gaspard Proust (tiens, même culte pour l’ironie vacharde), mais ça s’arrête là. Depuis qu’il a reçu le grand prix de littérature dramatique en 2016 pour Finir en beauté, montage poétique autour du deuil de sa mère, Mohamed El Khatib ne s’est pas fait connaître comme humoriste mais comme nouvelle star de l’art documentaire. «Documentaire», parce que, lorsqu’il travaille sur scène, il ne fait pas «jouer» des «acteurs». Comme cet ancien thésard en sociologie, qui a voté Mélenchon au premier tour et s’est abstenu au second, aime «susciter des rencontres entre des gens qui n’étaient pas censés se rencontrer», comme ce réfractaire au communautarisme, qui dit «être aussi éloigné d’Azouz Begag que de Jean-François Copé», est persuadé qu’on crèvera un jour de l’entre-soi culturel, il propose à ceux qui ne mettront jamais les pieds au théâtre de rentrer par l’autre porte, le plateau. C’est le cas dans Stadium, donc. Ou dans Moi, Corinne Dadat, improbable portrait croisé entre El Khatib et une femme de ménage forte en gueule dont il est devenu inséparable et qu’il convie sur scène.
L’histoire est chaque fois la même : confronter tout le monde, lui compris, à ses clichés sur les rapports de domination. Et tant qu’à faire, envoyer un maximum de scuds. Peut-on inviter tous ces «vrais gens» sur le plateau en esquivant voyeurisme, folklore, instrumentalisation, obscénité ? Certains répondent que non. Et reprochent peu ou prou à Mohamed El Khatib ce que d’autres ont soupçonné chez le réalisateur Bruno Dumont : de se moquer des pauvres. Les classes populaires seraient évidemment trop vulnérables pour savoir rire d’elles-mêmes. Leur consentement ne vaudrait rien. On rirait forcément contre. «Il faut avoir un tel mépris de classe, une telle condescendance pour douter un seul instant de l’amour inconditionnel que Dumont porte aux gens du Nord, grince-t-il, tout sourire. Un journaliste a écrit que ma pièce Moi, Corinne Dadat était "à gerber".» Des amis l’ont convaincu de ne pas répondre. Son travail parlerait pour lui. Certes. Mais on adorerait entendre Corinne Dadat, la concernée, leur répondre à sa sauce. Récemment en Angleterre, elle a ouvert la pièce sur cette adresse au public : «Alors, are you happy of the Brexit ? Parce que nous, on est bien content que vous vous soyez cassés.» La vanne, pour Mohamed El Khatib, c’est la moindre des politesses. Parce que ça pose d’emblée un rapport d’égalité, parce que «ça empêche de se prendre pour des démiurges». Ou, dit autrement : «La délicatesse de l’humour restaure une forme d’humanité.» Joli. Il le dit lui-même : il parle bien.
Lui, le fils d’ouvrier, a acquis cette arme à l’école, baigné dans la bienveillance de ses «vieux cocos de profs, adeptes d’éducation populaire». Dans les rangs de Sciences-Po, ensuite, après avoir hésité à poursuivre une carrière de footballeur professionnel. Puis en bossant un DEA de géographie à Mexico, où il a étudié la gentrification du centre-ville (on y revient), tout en rédigeant des reportages culture pour l’édition locale du Monde diplomatique. Il a adoré, il est rentré, a passé un an avec des sociologues du sport à l’université de Liévin, puis organisé des camps de théâtre pour les jeunes défavorisés pendant le Festival d’Avignon. Et d’ailleurs, on en est où de la mixité dans les temples de l’art ? «Il y a longtemps que le théâtre n’est plus politique, faut arrêter avec ça. Ça concerne 3 % de la population. Ce qui devrait être l’avenir, ce sont les projets artistiques "situés", qui associent les gens d’un territoire. On ne peut plus laisser le public s’ennuyer à mourir devant la énième mise en scène moyenne de la Ménagerie de verre avec un acteur déguisé en pauvre.»
Donc il est ulcéré, mais à part ça, ça va bien : il poursuit le deuil de sa mère en filmant son voyage au Maroc en Renault 12 pour récupérer un héritage secret, il compile un an d’enregistrement de messages téléphoniques laissés sur son portable pour un autoportrait sonore. Et, entorse à la règle, il travaille aussi depuis quelques années avec deux acteurs, «mais pas parce qu’ils sont acteurs, juste parce qu’ils ont chacun perdu un enfant». C’est pour une œuvre documentaire très drôle autour du deuil qui s’appelle cyniquement C’est la vie. Encore un défi casse-gueule. Sinon, quel intérêt ?
1980 Naissance à Beaugency (Loiret).
1986 Foot à l’US Beaugency.
2012 Moi, Corinne Dadat.
Depuis le 27 septembre Stadium au Festival d’Automne à Paris.
Ève Beauvallet
Légende photo : Mohamed El Khatib, Photo Samuel Kirszenbaum
Site du Festival d'automne : https://www.festival-automne.com/edition-2017/mohamed-el-khatib-stadium
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Le spectateur de Belleville
September 24, 2017 6:19 AM
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Par Pau. D. dans la Voix du Nord
Alors que le spectacle «Stadium» arrive à Paris, France 2 a diffusé vendredi un reportage sur ces fans du Racing-club de Lens désormais sur les planches. Au printemps, alors que les répétitions battaient leur plein, nous les avions rencontrés, ainsi que leur metteur en scène. Rencontre avec Mohamed El Khatib. Fan de foot, l’artiste explique comment il a construit cette pièce pas comme les autres.
« Il y a cette image que nous sommes tous des incultes, là c’est tout le contraire. » Avant la première présentation de Stadium, en mai, nous avions rencontré Sylvie, pas la langue dans la poche : « On n’est pas obligé d’être en sang et or pour être lensois ! » Premier cliché balayé. Cette mère au foyer fait partie de la cinquantaine de supporters qui peuplent cette galerie de portraits. « Au stade, je côtoie des cadres, des anesthésistes, des personnes sans emploi… » Ou encore le maire de Grenay qui a prêté une salle pour les répétitions. Une « grande famille », dit Sylvie et un échantillon de la société.
« Certains supporters sont des militants » « C’est un des derniers endroits où il y a une vraie mixité », confirme le metteur en scène et fan de foot. Après Finir en beauté, pièce très remarquée sur la fin de vie de sa mère, Mohamed El Khatib a choisi Bollaert pour poursuivre sa réflexion sur les classes populaires dont il est issu. « J e suis arrivé avec mes clichés. » Celui du « meilleur public de France » et d’autres, moins avantageux. À la sortie, une photo sensible et surtout très juste. L’« immersion » dure 1 h 30, « le temps d’un match ». « O n aborde toutes les composantes d’un stade. Ce qui est de l’ordre de l’intime mais aussi la dimension politique. »
Sans angélisme. La pièce est le fruit de multiples rencontres, au stade où le metteur en scène et deux de ses collaborateurs ont pris un abonnement, à l’emblématique bar de supporters voisin du stade Chez Muriel, chez l’habitant.
Sur scène ou par le biais d’entretiens filmés, on retrouvera les Dupuis, des pom pom girls, Yves qui joue de la grosse caisse dans le « kop ». On entend aussi l’avocat Pierre Barthélémy, défenseur des Ultras, ou Jonathan descendu du perchoir où il anime la Marek pour livrer son expérience du foot, mais il est également question d’emploi, de bassin minier ou de politique.
« Ils défendent aussi les droits de l’homme » « Certains supporters sont des militants quand tu les entends parler d’interdiction de stade ou de fichage préventif. » Le stade comme « laboratoire sécuritaire » : une autre piste de réflexion du metteur en scène. « C’est un peu un raccourci mais ils défendent aussi les droits de l’homme. J’ai découvert, derrière le combat des supporters, des aspirations de liberté. »
En mai, à la fin de cette première présentation, Jonathan le « kapo » de la Marek, s’interrogeait : « Après avoir été interdit de stade, je vais peut-être être interdit de théâtre. » Ce serait dommage.
PHOTO SÉVERINE COURBE
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Le spectateur de Belleville
September 15, 2017 3:30 AM
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Par Alexandre Demidoff dans LeTemps.ch
Au Festival de La Bâtie à Genève comme au festival d’Avignon cet été, des créateurs projettent sur les planches des corps non aguerris, détournés de leur quotidien, histoire de faire sauter les gonds du théâtre
Un coup de torchon et un symbole. Le festival La Bâtie s’achève à Genève ce week-end, mais déjà on sait qu’on n’oubliera pas Corinne Dadat. Sur scène, cette femme de ménage, qui a 35 ans de métier, livre un peu de son histoire, de ses joies et de ses douleurs. Cela pourrait tourner au reality show, au quart d’heure de voyeurisme: ce nanti de spectateur saurait enfin ce qu’il y a dans le cerveau d’une ouvrière de l’ombre. C’est tout le contraire. L’auteur du spectacle, le Français Mohamed El Khatib, a imaginé un dispositif qui permet une intrusion drôle et ambiguë, c’est-à-dire complexe, dans un monde que la plupart d’entre nous méconnaissent.
Moi, Corinne Dadat a valeur de symptôme. Shakespeare, Tchekhov, Michel Vinaver ne sont certes pas passés à la trappe. Les comédiens auront toujours des soirées de feu devant eux. Mais une génération de créateurs a décidé de faire entrer en scène des corps non aguerris, fragiles, voire blessés, arrachés à leur quotidien, des amateurs éclairants en somme. Significativement, ces artistes se définissent non comme metteurs en scène, mais comme «reporters engagés» ou «sociologues-poètes». Hasard? Dans cette tribu qui revendique le droit aux mains sales brillent le Lausannois Massimo Furlan, le Bernois Milo Rau, le Soleurois Stefan Kaegi, autant de figures dans leur domaine, en Suisse et dans le monde.
Ce théâtre documentaire est celui des gens, il pourrait nous convier, vous ou moi, à nous raconter, à condition de trouver la forme, le cadre, la tension poétique. Par ses sujets – l’accueil des réfugiés, la possibilité d’une réconciliation après une guerre civile – , ses questions, il aspire à rencontrer des publics qui ont pu penser que cet art-là ne leur était pas destiné. Il ne se drape dans aucune vérité révélée, mais il veut éclairer, quitte à trembler.
Alors que les images du réel déferlent dans une grande vague hypnotique, Mohamed El Khatib et ses pairs misent sur le temps long d’une représentation pour permettre au spectateur d’interroger ce qu’il vit et voit, de réfléchir au dispositif à l’œuvre, d’élaborer un sens qui lui appartient. Dans ces spectacles, il ne s’agit pas de récits de vie, au sens littéral, mais d’une composition, d’un jeu avec la vie. Comme pour suggérer que les théâtres sont ces lieux rares où on peut construire sa pensée, c’est-à-dire sa liberté.
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Le spectateur de Belleville
September 11, 2017 7:52 AM
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Par Alexandre Demidoff dans LeTemps.ch
Ancien espoir du football français, docteur en sociologie, l’artiste français de 37 ans met en scène de «vrais gens», les invisibles de la société au festival de La Bâtie à Genève Un petit coup d’aspirateur et le monde change. A l’heure des croissants, vous attendez Mohamed El Khatib, artiste vedette, avec trois spectacles, de cette édition du festival de La Bâtie. Dans le hall de l’hôtel, vous guettez la porte de l’ascenseur en repensant à l’étrange ballet de la veille. Sur scène, Corinne Dadat, 55 ans, aspire bien des préjugés dans Moi, Corinne Dadat. Corinne Dadat, comme Depardieu Trop beau pour être vrai, ce patronyme? Et pourtant. Dans la vie, elle est femme de ménage depuis trente-cinq ans. Sur scène, elle est aussi femme de ménage, sauf qu’elle se raconte avec bonhomie et plaisir, elle cabotine comme une reine du stand-up, elle s’autorise des sorties de route, genre «Je ne sais plus ce que je voulais dire…» Corinne Dadat gagne 1157 euros par mois, fume un paquet de cigarettes par jour et, comme Gérard Depardieu, elle a un problème de poids, affirme-t-elle. Une tête bien faite, des pieds virtuoses Si elle drague les projecteurs dans sa blouse de laborieuse, c’est que Mohamed El Khatib, une tête sacrément bien faite et des pieds virtuoses, l’a voulu. Il est fils d’ouvriers marocains immigrés en France. Il a cultivé l’excellence tout au long de ses études, khâgne d’abord – les lettres – puis une thèse en sociologie sur «la critique dans la presse française». Jusqu’à il y a peu, il dribblait aussi comme un apprenti Neymar sur les terrains de football, appelé en équipe nationale junior à l’âge de 15-16 ans. Mohamed El Khatib, 37 ans, ne brise plus les systèmes de défense adverses et ne théorise pas sur la fracture sociale. Il fait du théâtre, ce qui est après tout une façon excitante d’allier l’amour du jeu et celui de la pensée. Abonnez-vous à cette newsletter Un jour, une idée
L’ombre d’un dieu du football Du théâtre? Euh, oui, mais pas comme on l’entend habituellement. Dans Moi, Corinne Dadat, il libère une parole et la met sous tension, via un dispositif. Sur la même scène cohabitent la nettoyeuse, la jeune contorsionniste Elodie Guézou et Mohamed El Khatib, l’air étourdi d’un teenager dans son t-shirt So Foot – magazine de football inspirant. Sur son torse, le visage et le nom de Socrates, ce maître à jouer brésilien, idole de tout un pays, devenu médecin par la suite. Ah! la porte de l’ascenseur s’ouvre et Mohamed El Khatib en surgit, embroussaillé, mais immédiatement chaleureux. «Pardon, je me suis couché tard hier après la première. J’ai besoin d’un café, vous m’accompagnez?» S’il a épousé la scène, c’est grâce à Corinne Dadat, raconte-t-il. S’il ne l’avait pas abordée un jour dans un théâtre à Bourges, s’il ne s’était pas étonné qu’elle ne réponde pas à son bonjour, s’il n’avait pas voulu savoir de quels gestes et désirs ses jours étaient faits, il ne constituerait pas à lui seul une petite bulle spéculative – «auteur émergent et jeune, d’origine marocaine qui plus est, tout pour séduire le circuit» – comme il dit dans le spectacle. Des sans-grade sous les projecteurs «C’était en 2010, j’avais écrit une pièce qui s’appelait A l’abri de rien, je la répétais avec des acteurs professionnels et je n’arrivais à rien. J’étais incapable de les diriger, je me sentais impuissant. J’ai perdu ma mère à ce moment-là et j’ai rencontré presque au même moment Corinne Dadat, deux événements déterminants. Le décès de ma mère était comme un signal: je n’avais plus de temps à perdre. Et Corinne était une chance, la possibilité d’inventer mon espace.» Mohamed El Khatib se méfie des acteurs, fussent-ils virtuoses. Il cherche ce qui tremble, ce qui se cabre à l’improviste, ce qui sinue sans certitude: il appelle ça une «présence». «Je veux faire entrer en scène des gens qu’on ne voit pas, des corps qu’on ignore. Le théâtre a été longtemps confisqué par un groupe d’experts, je veux casser ça.»
La double vie de Corinne Dadat La formule est péremptoire, contestable aussi, mais elle vaut comme ordre de mission: Mohamed El Khatib dérègle le système de l’intérieur. Avec Corinne Dadat, il a été servi. Il lui demande de bloquer une semaine pour tourner un documentaire sur elle. Elle lui répond qu’elle ne peut pas déserter ainsi son lieu de travail. Il lui propose un canevas pour le spectacle, elle ne le respecte pas. Il lui dit qu’une production peut coûter jusqu’à 200 000 euros. Elle s’indigne: avec cet argent-là, elle pourrait s’acheter un pavillon et voir venir l’hiver. Et si tout cela tournait à la marotte, Mohamed? Un jour, une femme de ménage, un autre, un garçon de café, un autre encore, un critique dramatique. «Le procédé, c’est ce que je refuse. Je veux qu’à chaque fois ça corresponde à un échange au long cours.» L’enjeu de ces pièces, poursuit-il, c’est de transformer les individus qu’il engage, de perturber le spectateur dans ses représentations. «Des spectacles accessibles à mes parents» Pour Corinne Dadat, la transformation opère. Depuis trois ans qu’elle tourne, elle a fini par accepter l’idée qu’on la salue, qu’on la regarde. Il lui arrive même de signer des autographes. Mais elle n’a pas voulu renoncer à son travail, aux amitiés qui escortent la besogne de l’ombre. Mohamed El Khatib dit qu’il veut créer du «discernement à petite échelle». Fabriquer des objets de pensée accessibles à tous. Telle est l’ambition. «Si mes parents ne peuvent pas venir, alors à quoi bon…?» Pour le moment, son père ne vient pas. Parce que cet exigeant qui a toujours refusé les sollicitations des grands clubs de foot français désireux d’enrôler son garçon quand il avait 16 ans – «Passe ton bac, c’est le plus important» – ne comprend pas son choix de vie. «J’ai été conseiller dans un Conseil régional, j’avais une voiture de fonction, un bureau dans une abbaye, mes parents étaient très fiers, pour eux, je suis tombé dans un univers de débauche…»
Socrate et Socrates Tout n’est pas perdu. Mohamed passe à la télévision. Le journal Le Monde lui consacre des articles. «Mon père commence peut-être à se dire que je n’ai pas déchu…» On lui demande quel est le livre qu’il aime offrir. Que faire de ce corps qui tombe de l’écrivain John D’Agata. Celui-ci envoie à une revue américaine le récit d’une chute, celle d’un adolescent qui se suicide du haut d’un immeuble de 350 mètres. Le fact-checker du magazine trouve à redire sur la précision du papier. John D’Agata revendique le droit à la distorsion, au nom de l’effet poétique. Que faire de ce corps qui tombe est la relation de ce face-à-face. Le métier de Mohamed El Khatib consiste justement à distordre le réel juste ce qu’il faut pour qu’il apparaisse. A 15 ans, il tombe sur Apologie de Socrate. Il est fasciné par le texte de Platon. Sur son t-shirt, il arbore aujourd’hui le visage de Socrates, ce diable doux des pelouses. Mohamed El Khatib est l’as du glissement de sens: de Socrate à Socrates. Le roi de la bonne passe, c’est lui. Le bon coup de balai de Corinne Dadat Qu’est-ce qu’on applaudissait, l’autre soir, à la salle des Eaux-Vives, à la fin de Moi, Corinne Dadat? La performance d’une femme de ménage qui n’aurait jamais imaginé bénéficier d’une telle attention? Un peu, sans doute. Dans sa blouse de travail, entourée de ses bidons, guettée par un aspirateur géant sur roulettes, elle se raconte bien. Mais son récit ne suffirait pas à emballer. Et le malaise pourrait poindre: après tout, n’est-ce pas notre mauvaise conscience de spectateur nanti qu’on exorcise en saluant la parole de cette ouvrière de l’ombre? Alors quoi? La qualité de Moi, Corinne Dadat tient au dispositif conçu par Mohamed El Khatib. La sans-grade partage la scène avec la contorsionniste et danseuse Elodie Guézou, 24 ans. Incongru? Mohamed El Khatib dit avoir été frappé par les compétences physiques et techniques requises par le nettoyage, au point d’imaginer cette analogie. A un moment, Elodie Guézou danse, chevelure de sirène déliée au ras du sol: ses cheveux épandent l’eau. C’est parce qu’il y a ce genre d’invention métaphorique que Corinne Dadat devient le sujet de son spectacle. Le jeu autorise un «je» sincère, poétique, pudique surtout. Tout le reste serait épanchement malvenu. Finir en beauté, les 12, 13 et 14 sept; L’Amour en Renault 12, les 14 et 15 sept; Genève, Théâtre du Grütli. La Bâtie
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Le spectateur de Belleville
September 7, 2017 3:40 PM
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Par Aureliano Tonet
La manifestation transdisciplinaire fait le grand écart entre culture savante et populaire, dans toute l’Ile-de-France.
C’est un festival qui, depuis sa création en 1972, s’ingénie à rendre nos automnes moins monotones. Il balaye, plutôt que des feuilles mortes, toute la gamme des arts vivants – théâtre, danse, musique, cinéma ou performance. Comme les meilleures tragédies, il répond à une unité de temps et d’espace, lui qui s’étend de la rentrée des classes jusqu’à Noël, aux quatre coins de l’Ile-de-France. Il porte un nom de saison – le Festival d’automne – et une ambition intemporelle : retenir le meilleur de la création contemporaine.
LA CUVÉE 2017 FRAPPE PAR LA VARIÉTÉ ET L’ACUITÉ DE SES PROPOSITIONS Cela lui a valu une vilaine réputation d’élitisme, que chaque édition s’en vient démentir avec brio. La cuvée 2017 devrait dissiper les derniers malentendus, tant elle frappe par la variété et l’acuité de ses propositions. Nul entre-soi, ici, mais le désir constant, au contraire, de donner à sentir les formes les plus puissantes d’aujourd’hui, qu’elles soient radicales ou populaires, sans jamais céder ni à l’hermétisme ni à la démagogie.
Le show continu(e)
Voyez Harmony Korine, qui jouit d’une rétrospective et d’une exposition au Centre Pompidou : à la manière d’un DJ déjanté, le cinéaste et photographe mixe les audaces expérimentales de son mentor, Jonas Mekas, et les évidences indécentes et incandescentes de la star du R’n’B, Rihanna, dont il a réalisé l’un des derniers vidéoclips.
Visez de même Jérôme Bel, à qui le Festival d’automne consacre un « portrait » avisé : adepte des couleurs pétantes, du jaune criard à l’orange vif, le chorégraphe peut baptiser l’une de ses pièces The Show Must Go on, d’après une chanson de Queen, tout en citant ses philosophes de cœur, Deleuze et Rancière – tubes et études, même combat.
Son confrère Boris Charmatz, issu des rangs les plus conceptuels de la « non-danse », en mène plus large encore : son spectacle participatif Fous de danse invite des milliers d’amateurs à guincher le 1er octobre au Centquatre, transformé en dancefloor hors catégorie.
Rejeton tonique et britannique de l’écrivain Guy Debord, le groupe Forced Entertainment pratique, lui aussi, le grand écart entre culture savante et populaire : dans leur « show » Real Magic, de drôles de peluches jaune poussin participent à un jeu télé sans queue ni tête, comme pour mieux tordre le cou à la société du spectacle.
Vous trouverez une autre peluche chamarrée sur les planches de Stadium, la pièce écrite et montée par Mohamed El Khatib. C’est la mascotte du Racing Club de Lens. Ancien footballeur formé au PSG, le metteur en scène y donne la parole à 58 supporteurs de la célèbre équipe nordiste.
En deux « mi-temps » de quarante-cinq minutes, séparées d’un entracte d’un quart d’heure, il est question de passion et de racisme, de solidarité et d’aliénation, tandis que la Friterie Momo diffuse ses effluves huilés, comme au stade Bollaert. Voilà qui donne le ton de l’automne à venir : cette année, la saison arborera les couleurs du Nord, intensément sang et or.
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Le spectateur de Belleville
August 28, 2017 2:43 PM
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Sélection de premières théâtrales - Septembre 2017
Sélection de spectacles en région parisienne, premières en septembre (liste non exhaustive) A partir du 5 septembre * La Nostalgie des blattes * , texte et mise en scène Pierre Notte, avec Catherine Hiegel > Rond-Point A partir du 7 septembre : * You You * de Jovan Atchine mise en scène Elodie Chanut, avec Mina Poe Le 8 septembre * Rencontre avec l’écrivain David Grossman *, entretien avec Wajdi Mouawad > La Colline 9 et 10 septembre *Un cheval entre dans un bar * de David Grossman, adaptation et lecture dirigée par Blandine Masson avec Jérôme Kircher, Wajdi Mouawad et les élèves-comédiens du TNS > La Colline A partir du 14 septembre *Réouverture de la Salle Firmin Gémier * à Chaillot le 14 avec Bal d’ouverture les 15 et 16/09 > Théâtre national de Chaillot A partir du 14 septembre * We love arabs * de Hillel Kogan > Rond-Point A partir du 14 septembre * La pitié dangereuse* adapté de Stefan Zweig, mise en scène Simon Mc Burney > Les Gémeaux SN de Sceaux (Théâtre de la Ville – Paris hors les murs) A partir du 14 septembre * L’Homme hors de lui * texte, mise en scène et peintures Valère Novarina > La Colline A partir du 15 septembre : * Le Tartuffe * de Molière, mise en scène Michel Fau, avec Michel Bouquet A partir du 16 septembre * Les Aveugles * de Maeterlinck, mise en scène Daniel Jeanneteau > Théâtre de Gennevilliers Du 15 au 30 septembre : FESTIVAL SPOT#4 au PARIS-VILLETTE Créations et reprises de Christelle Harbonn, Elise Chatauret, Thibaut Croisy, Julien Bouffier, Pierre Guillois, Mickaël Delis, Camille Bernon & Simon Bourgade, Pierre-Angelo Zavaglia... A partir du 15 septembre * La vie est un songe * de Calderón , mise en scène Clément Poirée A partir du 20 septembre : * La pomme dans le noir * d'après Clarice Lispector, mise en scène Marie-Christine Soma A partir du 20 septembre * Les Fourberies de Scapin* de Molière mise en scène Denis Podalydès > Comédie-Française, salle Richelieu A partir du 20 septembre * Haute surveillance * de Jean Genet, mise en scène Cédric Gourmelon > Comédie-Française, Studio-Théâtre à 18h30 A partir du 20 septembre * Nathan ? ! * textes de Lessing et Elfriede Jelinek, mise en scène Nicolas Steman > MC93 Bobigny A partir du 20 septembre * Circus Remix * par Maroussia Diaz-Verbèke A partir du 20 septembre * Les Grands * de Pierre Alféri, mise en scène Fanny de Chaillé A partir du 20 septembre * La Mort de Tintagiles * de Maeterlinck, mise en scène Géraldine Martineau 21 et 22 septembre * Egmont * de Beethoven direction Laurence Equilbey, m.e.s. Séverine Chavrier > La Seine musicale (92) (Théâtre de la Ville hors les murs) A partir du 22 septembre * Soubresaut * par le Théâtre du Radeau, mise en scène François Tanguy > Nanterre-Amandiers, avec le Festival d’automne à Paris A partir du 22 septembre : * Une hache pour briser la mer en nous * d'après Feydeau, mise en scène Grégoire Strecker 22, 23, 24 & 25 septembre 2017 : * Le Monde Festival * : Débats, spectacles, rencontres et ateliers à l'Opéra Bastille, Palais Garnier, Théâtre des Bouffes du Nord, Cinéma Gaumont Opéra. Détail de la programmation : http://www.lemonde.fr/festival/ ; A partir du 26 septembre : * Lorenzaccio* de Musset, adaptation et mise en scène Catherine Marnas > Théâtre de l’Aquarium A partir du 26 septembre : * Bouvard et Pécuchet * d’après Flaubert, mise en scène et avec Jérôme Deschamps > Espace Cardin (Théâtre de la Ville – Paris hors les murs) A partir du 27 septembre * Stadium * mise en scène Mohamed El Khatib > La Colline, avec le Festival d’automne à Paris A partir du 28 septembre * Le bruit des arbres qui tombent * création de Nathalie Béasse > Théâtre de la Bastille Autres premières en septembre : VILLEURBANNE : * Oedipe Roi * de Sophocle, mise en scène Gilles Pastor TOURS : * LE MARCHAND DE VENISE (BUSINESS IN VENICE) * de Shakespeare, mise en scène Jacques Vincey COLMAR : 28 et 29 septembre * Les 70 premières années du CDN de Colmar * , créations de Guy Pierre Couleau, Vincent Goethals, Michel Didym, Stanislas Nordey, Ludovic Lagarde... SAINT-ETIENNE : * Ouverture de la Nouvelle Comédie de Saint-Etienne * : Performances, spectacles et lectures gratuits du 19 septembre au 7 octobre LIMOGES / * FESTIVAL DES FRANCOPHONIES EN LIMOUSIN * Créations, spectacles de théâtre, de chanson et de danse, de Suisse, Tunisie, Congo, Québec, Belgique, Burkina-Faso, France... MARSEILLE : * Ensemble ensemble * création de Vincent Thomasset Reprises de la rentrée : - * Novecento * (A. Baricco / André Dussollier) au Rond-Point à partir du 1er septembre ; - * Traviata * (Verdi / Benjamin Lazar avec Judith Chemla) aux Bouffes du Nord à partir du 6/09 - * A vif * (Kery James / J.P. Baro) au Rond-Point à partir du 12/09 - * Vania * (Tchekhov /Julie Deliquet) par la Comédie-Française au TGP Saint-Denis à partir du 13/09 ; - * Les Particules élémentaires * (M. Houellebecq / J. Gosselin) aux Ateliers Berthier à partir du 14/09 - * Pinocchio * (J. Pommerat) à la MC93 à partir du mercredi 13/09 - * Grande * (Vimala Pons/ Tsirihaka Harrivel) au 104 à partir du 19/09 (liste à compléter, sélection en cours) Photo : La Pitié dangereuse, d'après Zweig, mes Simon McBurney © Gianmarco Bresadola
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