Revue de presse théâtre
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LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE  :   L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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April 24, 2025 4:52 AM
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« Il s’en va », le grand retour de Raoul Fernandez

« Il s’en va », le grand retour de Raoul Fernandez | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anaïs Héluin dans Sceneweb - 24 avril 2025

 

En ouverture de la première édition du festival « Écritures en acte » porté par Le Quai – Centre Dramatique National d’Angers du 22 avril au 7 mai 2025, est né Il s’en va. Suite du Portrait de Raoul écrit par Philippe Minyana pour Raoul Fernandez et mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo, ce seul en scène d’une très grande délicatesse nous parle autant de la vie romanesque du comédien que de la beauté du théâtre lorsque ses différents métiers sont unis par l’amitié.

 

Allongé derrière un voile noir, vêtu lui aussi de sombre, Raoul Fernandez nous apparaît allongé auprès d’une majestueuse couronne de fleurs blanches. La situation est claire, et le titre du spectacle qui commence ainsi, Il s’en va – Portrait de Raoul (suite), en confirme la funeste nature : c’est depuis la mort que va nous parler le comédien Raoul Fernandez. Ou plutôt son double théâtral très proche de l’original, s’autorisant seulement quelques libertés avec une biographie déjà fort émancipée de tout type de convention. Né de la rencontre entre le vrai Raoul, l’auteur Philippe Minyana et le metteur en scène Marcial Di Fonzo Bo, ce personnage ne meurt pas à peine né : il a déjà une belle vie derrière lui, Portrait de Raoul – Qu’est-ce qu’on entend derrière une porte entrouverte ayant visité bien des villes de France et d’Amérique latine depuis sa création en 2018. Dans ce premier seul en scène, créé dans le cadre des « Portraits d’artistes », spectacles itinérants dédiés à une figure artistique et initiés par Marcial Di Fonzo Bo alors à la tête de la Comédie de Caen – il dirige maintenant Le Quai, producteur de cette nouvelle création –, les grandes lignes de l’existence aux ramifications multiples de Raoul Fernandez nous étaient contées de façon relativement linéaire et avec force couleurs. En la plongeant cette fois dans le noir, en l’orientant vers une parole plus fragmentaire et moins chronologique, auteur et metteur en scène révèlent de nouvelles facettes de leur « Figure » – l’expression est de Philippe Minyana – et continuent d’en explorer d’autres qu’ils avaient déjà mises à jour.

Faire causer Raoul Fernandez depuis l’au-delà est beaucoup plus qu’un simple principe d’écriture justifiant le retour de l’acteur vers son foisonnant passé. Qui a vu la première partie du triptyque consacré par l’auteur et le metteur en scène au comédien – en janvier 2025 a aussi été créée une forme de récital où l’acteur prouve qu’il chante également très bien (Maria Casarès le lui aurait dit après l’avoir entendu dans une mise en scène de Marianik Revillon, apprend-on dans la préface à Il s’en va signée par le journaliste Hugues le Tanneur) – sait à quel point celui-ci est un passe-frontières de génie. Les limites, les séparations dont se joue Raoul Fernandez, et avec lesquelles l’aident à jouer ses deux complices depuis leurs ombres respectives, sont d’abord géographiques. Raoul Fernandez est né à El Tránsito, au Salvador, et il a beau avoir quitté l’Amérique latine pour la France à l’âge de vingt ans pour se former au théâtre, il n’a de cesse dans son triptyque que de convoquer ses racines. Dans Il s’en va comme dans Portrait de Raoul, ce retour aux sources passe bien sûr par les histoires qu’il raconte, en particulier celles – nombreuses – dont sa mamá Betty est la protagoniste principale, mais aussi par la manière dont il les livre. Loin de lui mettre dans la bouche un français standard qui ne lui ressemblerait pas, c’est en effet une langue très orale, où l’on devine l’espagnol à chaque instant, que Philippe Minyana confie au comédien. Proche du parler quotidien de Raoul Fernandez, l’écriture du spectacle est un formidable geste d’humilité de la part de son auteur, qui disparaît presque entièrement derrière son sujet.

 

 

Le metteur en scène fait preuve de la même discrétion, qui est aussi parlante dans ce spectacle que Raoul Fernandez lui-même, prolixe en anecdotes où l’art se mêle si étroitement à diverses choses intimes – souvent sexuelles – de la vie qu’il finit par s’y confondre tout à fait. C’est là une autre des frontières sur laquelle Raoul pratique son funambulisme avec une grâce qui n’appartient qu’à lui, soulignée avec la plus grande élégance par les quelques perruques et accessoires mis à sa disposition par Marcial Di Fonzo Bo. Dans Il s’en va, la mort abordée dans un esprit très latino-américain permet au trio de se passer des transitions qui reliaient un minimum dans son solo précédent les explorations multiples de Raoul Fernandez. Celui-ci peut ainsi exprimer son admiration pour les chorégraphies de Bob Fosse, avant d’évoquer un amour déçu pour un garçon alors qu’il réalisait des costumes pour Jean-Pierre Vincent – comme il le raconte dans Portrait de Raoul, il est entré dans le milieu du théâtre grâce à sa faculté à travailler le tissu, héritée de sa mamá – et d’affirmer : « Raoul, il faut que tu arrêtes toutes ces cochonneries qu’on fait avec les hommes ; sauf que l’année suivante j’étais à nouveau amoureux d’un acteur beau comme un dieu, mais l’acteur aime les dames et moi j’ai beaucoup souffert »Ici, comme souvent dans le spectacle, le passé redevient présent sans pour autant effacer l’homme d’âge mûr qu’est désormais l’artiste. Le Raoul Fernandez d’aujourd’hui est fait de tous ceux qu’il a été. Et il s’amuse visiblement beaucoup à les faire apparaître les uns après les autres devant le public, à qui il s’adresse sans détour et avec toute la douceur qui le caractérise.

Qui a vu Portrait de Raoul – Qu’est-ce qu’on entend derrière une porte entrouverte peut remettre dans l’ordre les différentes bribes de l’histoire que livre Raoul Fernandez dans Il s’en va. Ce spectateur aguerri pourra facilement situer les unes par rapport aux autres les grandes étapes de sa vie, que Raoul déplie ici par la bande, par le détail souvent croustillant. Ce même spectateur pourra aussi combler certains des nombreux trous de la narration, en y ajoutant quelques épisodes centraux dans le premier volet de la trilogie, comme la rencontre de notre héros avec Copi – sa « fée n°2 », comme il dit, la première créature magique à s’être penchée sur son berceau étant bien sûr mamá Betty – dès son arrivée à Paris ou celle avec Noureev, qui fait de lui une habilleuse d’opéra. Mais cette connaissance biographique n’est pas nécessaire pour goûter la proposition. Naviguant entre les genres avec le mélange de gravité et d’allégresse qu’il met en tout, le délicieux Raoul Fernandez s’attarde ici davantage sur les inconnus, sur les anonymes qui ont fait son existence, que sur les célébrités qui lui ont permis de se creuser un sillage très particulier dans le théâtre français, dont Il s’en va est alors forcément une traversée. En faisant auprès de Stanislas Nordey, avec qui il a beaucoup travaillé, ou de Marcel Maréchal une place au travelo dit « Madame X », dont les pilules magiques lui ont fait mal aux jambes au lieu de lui faire pousser les seins, ou encore à quelques-uns des hommes qui firent fondre son cœur d’artichaut, Raoul Fernandez relie le théâtre au monde comme il est rare que cela soit fait. L’un des grands talents de cet artiste est sa capacité à la rencontre et à l’amitié. C’est grâce à elle qu’existe ce spectacle, qui nous fait percevoir avec une acuité particulière l’alerte ainsi très simplement formulée : « Sans le théâtre, une société meurt ».

 

 

Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr

Il s’en va – Portrait de Raoul (suite)
Texte Philippe Minyana
Mise en scène Marcial Di Fonzo Bo
Avec Raoul Fernandez
Piano Nicolas Olivier
Guitare Pierre Fruchard
Arrangements Étienne Bonhomme
Régie générale Arthur Beuvier
Régie plateau Astrid Rossignol
Régie lumière Simon Léchappé
Régie son Tristan Moreau
Couture, habillage Anne Poupelin

Production Le Quai CDN Angers Pays de la Loire

Le texte est édité aux Solitaires Intempestifs.

Durée : 1h

 

 

Le Quai, CDN Angers Pays de la Loire
du 22 au 24 avril 2025

 

 

Les Plateaux Sauvages, Paris
du 6 au 18 octobre

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November 28, 2022 5:26 PM
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La petite dans la forêt profonde, de Philippe Minyana

La petite dans la forêt profonde, de Philippe Minyana | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Frédéric Bonfils dans le blog Foudart -28/11/2022

 

Après quelques minutes d'adaptation, on se laisse complètement porter par ce conte morbide. Cet étrange et merveilleux objet théâtral

La petite dans la forêt profonde
 

À en mourir de désir

Le désir peut évoquer l’envie… de plaire, d’aimer ou de savoir mais aussi de dominer, d’avilir ou de violenter.

Les perversions du désir

 

Dans notre culture, la notion de désir incontrôlable est une idée romanesque bien ancrée et même parfois acceptée ou excusée. Un désir si fort qu’il rendrait l’homme incontrôlable au point qu’il se transforme en bête. Mais de plus en plus souvent, on commence à reconnaitre que les débordements du désir ne sont pas de l’amour mais bien de la violence. On commence à clamer haut et fort qu’un désir qui menace et blesse n’est qu’un désir de possession égoïste et destructeur et non une preuve de passion romantique.

 
 
 

Cette affirmation est assez récente bien que présente dans les textes anciens comme dans Les Métamorphoses d’Ovide. Philippe Minyana, ce poète du sensible, cet auteur qui a toujours su manier comme personne l’art du grotesque et du tragique, s'est emparé des personnages de Procné et Philomèle pour en faire une adaptation contemporaine et il le fait « à hauteur d’humain», en s’éloignant du grandiose et de la poésie lyrique du texte d’Ovide.

 
 
 

Un jeune roi et sa petite belle-soeur arrivent dans son pays. Avant d’aller rejoindre son épouse au palais, ils feront une halte dans une bergerie. C’est un stratagème. Le jeune Roi veut la petite, mais elle l’ignore. Un désir brûlant qui finira de la plus abjecte des façons.

 

« Tu dis que c’est un havre de paix ? Demande la petite

 

Oh oui Dit le jeune roi

 

C’est un beau bâtiment ? Demande-t-elle encore ?

 

Oh oui Dit-il et il ajoute

 

Viens » EXTRAIT

 

Aujourd’hui, c’est au tour d’un jeune metteur en scène Alexandre Horréard, accompagné de deux jeunes comédiennes Louise Ferry et Clémence Josseau bruiteuses, chanteuses de nous conter cette folle histoire.

« Le but de la mise en scène n’était pas de noyer le formalisme de Minyana sous d’autres couches de formalisme, mais de faire entendre la poésie, les mots, et bien sûr le fond. Restituer la violence par le récit. Nous voulions nous servir de la douceur du conte, sans grands cris ni déchaînements pour explorer l’insoutenable »
 
Les deux comédiennes sont les conteuses, à la fois à l'intérieur et en dehors du récit mais également Philomèle et Procné. La parole du roi, la parole de la violence, est donc toujours rapportée par ces deux femmes, ses victimes, la petite et la reine.
 
Elles content avec leur voix timide, mutine ou effrayante et, à l’aide d’un micro, de bruitages et de chants, dans un chuchotement qui peut faire pensée à la méthode ASMR, créent l’ambiance sonore au plateau.
 
Après quelques minutes d'adaptation indispensable à ce type de spectacle très différent, très inhabituel et très créatif, on se laisse complètement porter par ce conte morbide et... presque malicieux. Cet étrange et merveilleux objet théâtral. Avis de Foudart 🅵🅵🅵
 

La petite dans la forêt profonde

Texte Philippe Minyana, publié à l’Arche Editeur

 

Mise en scène Alexandre Horéard

 

Avec Louise Ferry et Clémence Josseau

 

Lumières Alexandre Horréard

 

Crédit / photos Marie Hamel

 
 
 

Théâtre les Déchargeurs

 

Du 27 novembre au 20 décembre 2022

 

Du dimanche au mardi à 19H • Durée 1 heure • À partir de 14 ans

 
 
 
 
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July 25, 2021 6:41 PM
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Avignon : avec « La Petite dans la forêt profonde », Pantelis Dentakis met en scène l’horreur tout en délicatesse

Avignon : avec « La Petite dans la forêt profonde », Pantelis Dentakis met en scène l’horreur tout en délicatesse | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosita Boisseau (Avignon, envoyée spéciale) dans Le Monde du 24 juillet 2021

 

Légende photo : « La Petite dans la forêt profonde », de Pantelis Dentakis, sur un texte de Philippe Minyana, au Festival d’Avignon 2021. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE 

 

 

Pour sa première apparition au festival, le metteur en scène et acteur grec livre une adaptation originale du mythe de Procné et Philomèle, réécrit par Philippe Minyana.

Pour sa première apparition au Festival d’Avignon, le metteur en scène et acteur grec Pantelis Dentakis a réussi un très joli coup avec le spectacle intitulé La Petite dans la forêt profonde, à l’affiche pendant trois jours seulement mais au rythme de deux représentations quotidiennes au gymnase du lycée Saint-Joseph. Entre vidéo, manipulation d’objets et théâtre, avec seulement deux acteurs, il fait surgir avec finesse, mais dans toute sa fureur, le mythe grec de Procné et Philomèle dont la monstruosité éclabousse le plateau sans qu’une seule goutte de sang soit versée. Et pourtant, quelle chair de poule !

 

Ce conte, réécrit par l’auteur français Philippe Minyana, raconte une vengeance à peine imaginable. Térée viole Philomèle, sœur de sa femme Procné, et lui coupe la langue pour l’empêcher de parler : les deux femmes se vengent en tuant et cuisinant son fils pour le lui faire manger. Face à face, deux acteurs, Katerina Louvari-Fasoi et Polydoros Vogiatzis, habillés en noir, sont debout de chaque côté de la maquette d’une scène de théâtre. Ils y posent et déplacent des figurines représentant les personnages tout en jouant au micro les différents rôles. Derrière eux, sur grand écran, un film est projeté qui décline l’action en cours au gré de gros plans sur les poupées miniatures, troublantes, créées par la plasticienne Kleio Gizeli.

Strates multiples

Malgré sa modestie apparente, le dispositif active des strates multiples. L’éclatement de l’histoire entre micro-gestes et macro-images fait virevolter le regard. D’un côté, on est happé par les mini-accessoires délicatement ajoutés à la pince par les acteurs, et de l’autre, on prend de plein fouet l’image du visage du violeur, de son ventre proéminent, les cheveux délicatement tressés de la petite fille, ses yeux qui chavirent. Un ridicule petit canif brandi par le comédien taillade aussi méchamment qu’un poignard. Rien n’est montré : tout est suggéré dans ces allers-retours surfilés d’un suspense qui adoucit l’horreur du sujet mais ne désamorce pas sa barbarie.

Ce jeu d’échelles et d’intensités tient aux voix des performeurs. Katerina Louvari-Fasoi et Polydoros Vogiatzis incarnent tous les personnages, passant des deux sœurs au mari ou au fils. Ils glissent d’un registre à l’autre, modulent les sons, triturent les rythmes avec brio. Ils osent l’expressivité, les excès émotionnels, les pleurs, les halètements, bruitant aussi les rebondissements de ce récit cruel sans jamais saturer le propos. Interprété en grec, surtitré en français et en anglais, La Petite dans la forêt profonde est un bijou dont la délicatesse est au service de la férocité.

 

La Petite dans la forêt profonde, de Pantelis Dentakis, sur un texte de Philippe Minyana. Festival d’Avignon, gymnase du lycée Saint-Joseph. Jusqu’au 24 juillet, à 11 heures et à 15 heures.

 

Rosita Boisseau  (Avignon, envoyée spéciale)

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November 12, 2019 7:47 PM
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21 rue des Sources, texte et mise en scène de Philippe Minyana

21 rue des Sources, texte et mise en scène de Philippe Minyana | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Mireille Davidovici dans Théâtre du blog 12 novembre 2019

À cette adresse, une vaste maison et son épicerie attenante. Deux fantômes plutôt joyeux nous invitent à une visite guidée des lieux, désormais en ruines: «La maison abandonnée, comme si elle avait brûlé. » Des caves aux greniers, en passant par la boutique des parents, le pré ou la cuisine, pour finir à l’étage, dans l’intimité des chambres où l’on s’aime et où l’on meurt… Un pianiste joue avec eux à retrouver la mémoire de chaque pièce, avec des compositions romantiques, enjouées ou burlesques selon le lieu et un magicien fait surgir des feux-follets ou autres étranges apparitions. On prend plaisir à les suivre et à retourner une fois encore, avec l’auteur pour un voyage plus apaisé dans la maison familiale construite en Franche-Comté par ses grands-parents.

«Cette maison hante tout mon travail théâtral, dit Philippe Minyana. C’est l’endroit de tous les drames, de toutes les “farces“ familiales. Mais la mémoire a adouci les choses insupportables.» Nadine Avril, une mère abusive mais abusée par la vie, s’est laissée mourir à petit feu dans sa chambre… L’ami de jeunesse qui l’accompagne, un vrai boute-en-train, a péri brutalement: sa voiture a percuté un platane à cent vingt à l’heure! Ils sont morts mais bien vivants devant nous grâce aux comédiens et à la mise en scène. 

Madame Avril, en robe de mariée, nous fait les honneurs des lieux en portant un regard mutin sur un passé douloureux : «On ne parle pas assez du chagrin» mais où  «la joie entrait parfois. » (…) « On rigolait à l’époque.» L’Ami se rappelle de «la véranda»  (en insistant sur la musicalité du mot) et de l’épicerie : «La mère, toi et tes sœurs, les belles épicières. »  Il esquisse quelques pas de danse et  évoque le petit salon : «On danse, on se tripote, on boit du sirop. »

 Sur le plateau nu et sombre, un piano et une guirlande d’ampoules côté cour, Catherine Matisse et Laurent Charpentier ressuscitent les anecdotes du passé en noir et blanc, dans de subtiles variations de lumière. «L’histoire familiale est, comme toutes les histoires familiales, complexe et violente », dit Philippe Minyana. On fait le point: «J’étais une mère chiante et envahissante», dit Madame Avril. «Mon cadet était difficile, je me tenais légèrement à distance mais la main tendue, au cas où; c’est l’ainé qui a trinqué, je l’ai dévoré, une honte. » L’Ami réplique : «C’est monstrueux, cet amour-là » et tout au long, il se montre plus résigné et pince-sans-rire que sa partenaire : «On bosse, on cotise pour la retraite et le cercueil. »

Ces destins ordinaires s’imbriquent dans le contexte global des Trente Glorieuses, aux environs de Montbéliard quand les usines Peugeot fournissaient du travail à toute la région. La petite bourgeoisie accède alors à la consommation, les ouvriers s’enrichissent. La cuisine s’équipe de formica et la bagnole devient reine. Les zones pavillonnaires sont cernées par des H.L.M. Jardins et bosquets deviennent des parkings… Le temps a passé sur cette «maison de Français moyen », encore habitée par « cette absence, une présence des âmes mortes ».

On retrouve avec plaisir la prose si particulière de Philippe Minyana, acérée et précise. Avec ses petites piques et ritournelles, sa joyeuse mélancolie et le regard à la fois détaché et ému qu’il porte sur des personnages dessinés en demi-teinte. Les acteurs, dirigés par l’auteur avec une grande acuité, interprètent le texte comme une partition musicale. Aucune fausse note non plus dans les artifices discrets du magicien Benoît Dattez ni dans la participation active et bon enfant de Nicolas Ducloux, au piano. Au sortir du théâtre, les mots des deux amis résonnent encore en nous, à l’instar de cette dernière réplique: «Les voix humaines, on les entend longtemps. »

Du bel ouvrage ! A ne pas manquer…

Mireille Davidovici

 

21 rue des Sources, texte et mise en scène de Philippe Minyana
Du 6 novembre au 1er décembre, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIIIème). T. : 01 44 95 98 00.

Le 30 et 31 janvier, La Comête, Chalons-en-Champagne (Marne).
Du 4 au 6 février, Comédie de Caen, Caen et le 7 février, Théâtre de Lisieux (Calvados).
Du 4 au 6 mars, Théâtre La Liberté,Toulon (Var).
Le 2 avril, Théâtre Jean Vilar, Saint-Quentin (Aisne).


Crédit photo © Eric Didym

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May 19, 2019 6:45 AM
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Vols en piqué…, d’après Karl Valentin mise en scène de Sylvie Orcier et Patrick Pineau.

Vols en piqué…, d’après Karl Valentin mise en scène de Sylvie Orcier et Patrick Pineau. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello - 16 mai 2019

 

Vols en piqué…, d’après Karl Valentin, texte français de Jean-Louis Besson et Jean Jourdheuil, mise en scène de Sylvie Orcier et Patrick Pineau.

Karl Valentin (1882-1946) a toujours voulu monter sur les planches – comédien, clown musicien ou humoriste. Au plus près de l’époque des cabarets munichois – plus d’une centaine -, il invente couplets, monologues, jeux de mots et humour.

Il rencontre en 1911 Liesl Karlstadt, compagne dans la vie et partenaire sur scène jusqu’en 1940, et pour une courte période, après la Deuxième Guerre mondiale.

Même s’il n’est pas facile, raconte Jean-Louis Besson dans sa préface de Le Bastringue et autres sketches de Karl Valentin (Editions Théâtrales), de distinguer quelle est la part de sa compagne dans la composition des textes, celle-ci a fortement contribué à l’invention des situations burlesques et des jeux de langage.

Tous deux jouent dans les grands cabarets munichois dont Vols en piqué dans la salle (1916), sketch qui débute le spectacle de Sylvie Orcier et de Patrick Pineau.

Machine étrange, avion de métal, mécanique absurde et fumigènes en cadeau.

Le public des cabarets plaît à Karl Valentin – un peuple modeste qui, assis à des tables, parle, mange, fume et boit de la bière : les sketches sont écrits pour lui.

Et dans la mise en scène de Vols en piqué…, on redécouvre la même installation scénique du cabaret ludique et festif, avec tables de bistrot, chaises et boissons.

Seul le langage compte, le jeu avec les mots, l’obstination à aller au fond de l’absurdité qui fait avancer ou stagner la situation comique ou l’action inexistante.

Ces instants valent pour eux-mêmes, sans dénouement, des sketches à tiroirs.

Sylvie Orcier et Fabien Orcier sont inénarrables dans leur duo grotesque de La Sortie au théâtre, entre plaisanterie, dégaine loufoque d’apparat, désir ou réticence de se rendre au théâtre avant de découvrir l’erreur de date qui n’est pas celle du jour.

On retrouve Fabien Orcier en pompeur d’égouts, avec sa pompe et son air hagard, prenant silencieusement le public à partie, et, déclinant en clown, les moindres gestes qui provoquent les rires francs des spectateurs, offusqués par tant de saleté.

Les spectateurs amusés rient aussi du dialogue absurde de Père et fils au sujet de la guerre, qui ne trouve jamais de dénouement raisonné ni logique. Et le personnage du Relieur Wanninger, faute d’interlocuteur dans l’entreprise, ne livre pas ses livres.

En artisans de la petite scène de théâtre de cabaret, les interprètes, déguisés outrancièrement mais avec élégance composent une musique joyeuse, à l’aide d’accessoires truqués – objets en métal ou en bois – et gâteaux secs à grignoter.

Chacun est à son instrument ou à son accessoire sonore – Nicolas Bonnefoy, Nicolas Daussy, Philippe Evrard, Nicolas Gerbaud, Frank Seguy…-, jouant en chœur et dans le plaisir enjoué, la verve à la fois comique et un rien mélancolique. Aline Le Berre chante merveilleusement, entre autres, en italien, et joue du piano avec talent.

Le rire est jaune parfois ; Karl Valentin ne monte plus sur des planches, de 1941 à 1946. Amertume et rancœur, il regrette le passé : « Jadis l’avenir était plus rose qu’aujourd’hui. »

Ou bien encore, « si j’étais Dieu le père, écrit-il, j’enverrais un déluge pour qu’ils se noient tous. »

Les artistes sur scène ont des qualités de clown et de musicien, de cirque et de cabaret, et la jeune Lauren Pineau Orcier est une jolie ballerine de boîte à musique.

Quant à Eliott Orcier, c’est un acrobate, danseur et contorsionniste expert, qui multiplie ses arabesques sur la scène et jusque dans la salle, éblouissant le public.

La scénographie de Sophie Orcier semble un jeu d’enfant – parois de bois, ouvertures et fermetures sonores -, claquements secs de porte – façon chaplinesque.

Un spectacle plaisant, entre prestidigitation visuelle, art du verbe et des possibilités infinies des jeux de mots, art du chant et de la musique, cirque, comédie, cabaret.

Aujourd’hui Karl Valentin et Liesl Karlstdat ont leur statue à Munich sur la place du Marché aux Victuailles, le couple et sa tradition artistique facétieuse ont trouvé en Patrick Pineau et Sylvie Orcier des descendants de grand talent qui ne cessent de fabriquer, sourire éclairé au coin des lèvres, un théâtre populaire enjoué qui distrait.

Véronique Hotte

Théâtre de La Tempête, Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre 75012 – Paris, du 9 mai au 9 juin, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h. Tél : 01 43 28 36 36

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June 20, 2016 8:02 PM
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Un moment de pur bonheur aux Sub’

Un moment de pur bonheur  aux Sub’ | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Théâtre

Dans le cadre de leur festival, Livraisons d’été, Les Subsistances nous proposent Un moment de pur bonheur.

Un texte de Philippe Minyana mis en scène par le metteur en scène iconoclaste Laurent Brethomme.

Les treize jeunes acteurs du Conservatoire à rayonnement régional de Lyon s’emparent de cette pièce écrite pour eux, elle met en scène l’adage

“sex, drugs and rockn’roll”.

pratique Du 22 au 25 juin (tarifs de 4 à 8 €). Les Subsistances. 8 bis, quai Saint-Vincent. Lyon 1er. Tél. 04.78.39.10.02.
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December 2, 2022 8:17 AM
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Nuit  de Philippe Minyana - Théâtre des Quartiers d'Ivry Critique parue dans Froggy's Delight

Nuit  de Philippe Minyana - Théâtre des Quartiers d'Ivry Critique parue dans Froggy's Delight | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe Person dans Froggy's Delight  - 27 nov. 2022

 

Comédie dramatique écrite et mise en scène par Philippe Minyana, avec Luce Mouchel, Sarah Biasini, Nicolas Ducloux, Florent Baffi, Jérôme Billy, Balthazar Gouzou et Emma Santini.

 

Au milieu de la scène, un large rond vert sur le sol. Quelques secondes après son apparition, un joggeur commence à en faire le tour. Il accélère et, au deuxième tour, se vautre : le public ne retient plus ses rires.

Et ne va plus jamais les retenir, car, tout va s'enchaîner dans un climat serein avec un quatuor d'adultes dont on va suivre la vie jusqu'à leur vieillesse et aux portes de leur mort.

 

Fort d'une œuvre commencée dans les années 1990, Philippe Minyana est au sommet de son art. Il n'aura jamais besoin de se forcer pour raconter plus de cinquante années de vie de ses personnages. Comme jadis le faisait au cinéma la comédie italienne, il va multiplier les saynètes drôles et émouvantes, les alterner, leur donner sens ou les saisir dans leur absurdité.

 

On va apprendre à connaître Gino (Florent Baffi), le garde-chasse, et son épouse Edith (Sarah Biasini), Carlos (Jérôme Billy) et sa sœur (Luce Mouchel), à les suivre dans leurs conversations. On les écoutera se confesser, avouer leurs inhibitions.

Dans de courtes scènes, toujours réussies, et pouvant frôler le réalisme ou, au contraire, flirter avec l'absurde, ils dévoilent ce qu'ont été leurs vies. Des vies qui, à l'égale de toute les existences humaines, contiennent autant de banalité que de fantaisie.

 

Tout dans cette merveilleuse construction renvoie au théâtre. Le savoir-faire de Philippe Minyana, à la fois metteur en scène et auteur, ne souffre aucune exception : on défiera quiconque de trouver une scène inutile, voire une scène faible.

 

A ses débuts, en 1990, Minyana travaillait avec le compositeur Georges Aperghis. Cela donnait "Jojo". Aujourd'hui, il travaille avec Nicolas Ducloux et, sans être officiellement une comédie musicale, "Nuit" appartient à un genre hybride où chaque personnage peut, à tout moment, élever la voix.

Face à Sarah Biasini et Luce Mouchel, comédiennes accomplies qui peuvent chanter, ou plutôt chantonner comme dans les films de Jacques Demy, leurs partenaires, eux, sont de vrais chanteurs d'opéra, aux voix qui portent et qui accentuent, par moments, l'étrangeté de ces deux couples singuliers.

"Nuit" pourrait être l'aboutissement d'une brillante carrière artistique. On suppose que Philippe Minyana n'en restera pourtant pas là. Tant mieux. Il a mis la barre très haut et pour l'heure, on se permettra d'écrire que "Nuit" est son chef d'œuvre.

   
Philippe Person         
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July 28, 2022 6:55 PM
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Portrait de Raoul, toute la force de vie d’un artiste hors du commun, dans la mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo et le texte de Philippe Minyana

Portrait de Raoul, toute la force de vie d’un artiste hors du commun, dans la mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo et le texte de Philippe Minyana | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Manuel Piolat Soleymat dans La Terrasse - 11 juillet 2022

 

 

C’est l’un des grands moments de ce festival 2022. Raoul Fernandez, seul sur scène, sous la direction de Marcial Di Fonzo Bo. Le comédien d’origine salvadorienne se raconte à travers les mots de Philippe Minyana. Une proposition d’une sincérité et d’une vérité absolues. Et d’une infinie tendresse.

 

C’est un véritable choc. De ceux que nous réserve le théâtre lorsqu’il est au plus beau. Au plus ardent. Au plus juste et au plus généreux. De ces chocs qui adviennent lorsque le miracle de la scène opère. Dans Portrait de Raoul (texte publié aux Editions Les Solitaires Intempestifs, le spectacle a été créé le 15 octobre 2018 à La Comédie de Caen – CDN de Normandie), il est d’ailleurs question de ce genre de miracles. Car en s’emparant des mots d’une finesse et d’une sensibilité saisissantes de Philippe Minyana (le dramaturge a écrit ce monologue à la suite d’une série d’entretiens avec Raoul Fernandez), en nous disant qui il est, d’où il vient, en dévoilant les envies et les passions qui l’ont constitué, les évidences qui l’ont amené à voyager, à se transformer, à vouloir que son corps devienne celui d’une femme, à revenir à son apparence d’homme, le comédien fait aussi une déclaration d’amour au théâtre. Et à Paris, qu’il a choisie comme terre d’exil pour apprendre l’histoire du costume à l’université. 

 

Un maelström d’émotions

 

Il est ensuite devenu habilleuse pour un autre Raúl : Raúl Damonte Botana, alias Copi, qui jouait alors sa pièce Le Frigo. Puis, il a été engagé comme costumière pour Rudolf Noureev à l’Opéra de Paris, est devenu comédien pour Stanislas Nordey, a travaillé à la Comédie-Française avec Marcial Di Fonzo Bo… Tout cela, Raoul Fernandez nous le raconte les yeux dans les yeux, le regard espiègle, délicat, complice, le visage illuminé par son inclassable sourire, qu’il soit sur le point de rire ou avec des larmes qui montent. Il enfile une perruque, change de robe, nous parle de sa famille, étend sur le plateau des bandes de tissus bigarrés (la mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo est un modèle de netteté et de lucidité). Et puis il chante. En espagnol. Des chansons qui sont comme des respirations, comme des secrets qui soulèvent l’âme. Raoul Fernandez ne fait jamais semblant. Il est d’une droiture pleine de souplesse. « Je vis comme un homme et je pense comme une femme », nous dit-il, à la fin de ce spectacle coup de poing de 55 minutes. Il est tout simplement un être unique. Un artiste bouleversant.

 

 

Manuel Piolat Soleymat

 
Portrait de Raoul
du jeudi 7 juillet 2022 au vendredi 29 juillet 2022
Avignon Off. Le 11 · Avignon
11 boulevard Raspail

à 14h05. Relâche les 12, 19 et 26 juillet. www.11avignon.com. Durée : 55 minutes

 
 
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February 19, 2021 1:03 PM
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Nancy. La Manufacture hors de ses murs : Portrait de Raoul

Nancy. La Manufacture hors de ses murs : Portrait de Raoul | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Frédérique BRACONNOT  dans L'Est Républicain - 19/02/2021

 

Comme un pied de nez à la crise sanitaire en cours, le Centre dramatique de Nancy a décidé de programmer dans un certain nombre d’établissements du second degré, des œuvres qui devaient être présentées sur la scène de la Manufacture. Premier rendez-vous au lycée Marie-Marvingt de Tomblaine avec l’émouvant « Portrait de Raoul ».

Si le public ne vient pas à la Manu, la Manu ira à son public. En réalité, la crise sanitaire n’a joué aucun rôle dans la décision qui a consisté à transporter une partie de l’équipe en un lieu inhabituel. Tout juste a-t-elle contribué à activer le mouvement. Car c’est bien dans les intentions de Julia Vidit, qui dirige désormais l’institution culturelle nancéienne, de diffuser le théâtre, et toutes ses formes, hors des murs de l’établissement, pour aller à la rencontre des publics, et plus particulièrement des jeunes.
 

C’est ainsi qu’une partie de l’équipe technique s’est installée deux jours durant dans une salle du lycée Marie-Marvingt de Tomblaine pour y présenter, à trois reprises, « Portrait de Raoul », un seul en scène de Marcial Di Fonzo Bo d’après le texte de Philippe Minyana, magistralement interprété par Raoul Fernandez, l’homme aux multiples vies. La pièce aurait dû être jouée à la Manufacture. Partie remise, on l’espère, car cette œuvre d’une élégante simplicité, portée par les émotions vibrantes de Raoul, mérite bien d’être diffusée à plus large échelle.

Personnage généreux et attachant

Car l’histoire de Raoul est extraordinaire, magique presque. De son enfance au Salvador, où il apprend la couture au côté de sa « mama », jusqu’à son arrivée à Paris, où il devient l’une des petites mains de l’opéra Garnier, la vie de Raoul n’est qu’une succession de rencontres et de hasards heureux. Son coup de gueule avec le génial Noureev, qui l’empêche de quitter son métier, alors qu’il en a envie ; la découverte de la scène ; la révélation de son identité profonde, car Raoul « vit comme un homme, mais pense comme une femme ». Bref, une richesse de vie dont s’est saisi Philippe Minyana pour écrire « Portrait de Raoul ».

 

Comme l’a attesté la série d’échanges, qui a succédé à la représentation, le jeune public du lycée Marie-Marvingt, a de toute évidence été saisi, cueilli même par l’histoire, et par ce personnage généreux et attachant.

D’autres initiatives similaires

D’autres initiatives du même type sont prévues ces prochaines semaines. Les équipes de la Manufacture devraient présenter dans un autre établissement du second degré « J’ai rencontré Dieu sur Facebook », qui était programmé les 15 et 16 mars prochains. Cette pièce, écrite et mise en scène par Ahmed Madani, évoque la radicalisation d’une adolescente de Seine-Saint-Denis. Un peu plus tard, sera joué aussi « Skolstrejk » (la grève scolaire) du nom de ce slogan devenu célèbre grâce à Greta Thunberg. La mise en scène est signée Julia Vidit. Le texte Guillaume Cayet.

 

 

Légende photo : Un personnage généreux et attachant.  Photo ER /Patrice SAUCOURT

 

 

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May 21, 2019 7:50 PM
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Portrait de Raoul – Qu’est-ce qu’on entend derrière une porte ?, de Philippe Minyana, mise en scène de Marcial di Fonzo Bo.

Portrait de Raoul – Qu’est-ce qu’on entend derrière une porte ?, de Philippe Minyana, mise en scène de Marcial di Fonzo Bo. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello - 21 mai 2019

 

 

Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

Qu’est-ce qu’on entend derrière une porte entrouverte ? – Portrait de Raoul – de Philippe Minyana, mise en scène de Marcial di Fonzo Bo.

Ils proposent, à un ou deux, un regard sur les êtres de la vie courante des villes, des campagnes, des théâtres – le portrait d’existences particulières du quotidien.

Dans le cadre du festival Zoom 5, du réel au poétique, à Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines – , le Portrait de Raoul avait sa place.

«La musique des mots. Hein la musique des mots ? La beauté de la langue. Je suis amoureux de la belle langue Je suis tombé dans la langue française et je commençais à oublier celle de mon enfance. »

Raoul, qu’incarne Raoul Fernandez – narrateur autobiographique et personnage – est un comédien extraordinaire – les mots veulent ici dire quelque chose – dont la particularité est d’être aussi couturier ou couturière, costumier ou costumière – à l’Opéra de Paris, à la Comédie-Française, au Théâtre Gérard Philipe du temps de Stanislas Nordey, metteur en scène qu’il a suivi au Théâtre National de Strasbourg.

Né au Salvador à El Transito, Raoul raconte sa vie, à travers les mots de Philippe Minyana, tel un conte de fées où celles-ci se pencheraient sur le berceau de Raoul.

Betty, sa mère, est la première d’entre elles, couturière qui donne à l’enfant le goût des costumes, l’habillant en petite fille, souvenir dont il s’émeut encore quand il déplie sur la scène, face au public, la petite robe blanche enfantine en organza.

Quand on aime l’art des costumes, il faut aller à Paris voir les créations somptueuses, ainsi celles de M. Dior. Tout en poursuivant des études théâtrales, Raoul répond par hasard à des annonces de recherche de couturier/couturière.

Le voilà qui travaille par bonheur dans la loge de Copi, auteur, metteur en scène et comédien, fou génial dont Raoul fait, au téléphone, un portrait élogieux à sa mère.

Histoires de portraits et de figures symboliques, de références et de mythes.

Pour décor, l’artiste déplie et étend sur la scène des lais de tissus colorés et soyeux, un festival visuel de nuances joyeuses, de touches pétillantes, un patchwork d’impressions esthétiques scintillantes, venues d’un Salvador ensoleillé et mythique.

Raoul coud et coud, le doigt et l’aiguille levés, d’un angle de la scène à l’autre, assis, et racontant qu’il sait son Molière par cœur, puis se lève pour une chanson d’amour.

Entre aveux et confidences, il s’émeut au souvenir de sa mère, se dévêt et se revêt, révélant son identité d’homme, puis celle de femme pour revenir encore à l’apparence masculine première :  » Je suis une actrice française et je suis heureux ».

Raoul reste lui-même, en même temps qu’acteur de sa vie, comédien et tragédien.

Le spectateur, touché par tant de grâce naturelle et étudiée, reste sous le charme d’une vérité changeante et pourtant une, pierre bondissante sur la cascade de la vie.

Véronique Hotte

Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies contemporaines –, 4 cité Véron 75018 – Paris, les 20 et 21 mai à 20h30. Tél : 01 42 55 74 40.

FIDAE à Montevideo – Uruguay -,les 19 et 20 août. Scène nationale d’Alençon 61 – Alençon – Flers, du 12 au 14 novembre. Comédie de Caen – CDN de Normandie, le 3 février 2020. Théâtre de Lisieux, du 4 au 6 février 2020. Le Monfort à Paris, du 3 au 5 avril 2020. CDN de Sartrouville, du 22 au 24 avril 2020.

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April 1, 2018 5:33 PM
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Une actrice de Philippe Minyana, avec Judith Magre

Une actrice de Philippe Minyana, avec Judith Magre | Revue de presse théâtre | Scoop.it


par Gilles Costaz pour Webtheatre



Judith Magre joue à Judith Magre


Judith Magre, qui ne quitte pas nos scènes depuis les années 50 (avec brio, passant de Giraudoux à Duras), ne joue pas à être un monument ni à être ce que les Japonais appellent un « trésor vivant ». N’empêche, elle fait l’objet d’une pièce sur elle-même, et elle en est l’interprète principale ! Philippe Minyana lui a écrit une pièce d’autant plus sur mesures qu’il l’a longuement interrogée avant d’écrire un texte précisément en forme d’interview. C’est la manière de Minyana, qu’il a le plus souvent pratiquée avec des anonymes : il fait parler des gens, puis donne la forme qu’il veut aux propos récoltés. En composant son texte sur Judith Magre, pour que l’objet fini n’ait rien d’un hommage compassé, l’auteur s’est permis quelques facéties en mêlant un peu de faux avec le vrai, qui reste l’essentiel des confidences. A aucun moment, il ne fait pontifier l’actrice. Son personnage ouvre des portes, mais en referme beaucoup. L’intervieweur prétend qu’il va écrire un livre sur elle. Elle en rit et mène son questionneur vers des domaines peu sérieux où l’on blague plus qu’on ne se révèle. L’ensemble reconstitue quand même, en savants pointillés, une bonne part de la vie privée et professionnelle de Judith Magre : ses rencontres avec Marcel Aymé, Jean-Paul Sartre – qui la jugeait semblable à Néfertiti -, Simone de Beauvoir, Giacometti, Aragon… 


Le principe de fuir l’esprit de sérieux se retrouve dans la distribution et dans la mise en scène. Pierre Notte, qui a organisé le spectacle, a intégré une troisième personne, Marie Notte, qui intervient comme chanteuse (elle chante Purcell et Notte, avec Notte au piano !) et aussi comme double de Judith, comme lutin, comme fantôme. Notte joue lui-même l’intervieweur comme un journaliste à qui on la fait pas mais se laisse prendre au charme de cette star anti-star. Ils sont drôles, les deux Notte, sœur et frère. Quant à Judith Magre, parvient-elle à incarner Judith Magre ? Elle réussit à être à la fois elle-même et une autre, une individualité discrètement rebelle et un personnage qui offre d’abord au public son rire et son refus de tout discours prétentieux. Après avoir joué Duras (L’Amante anglaise), Magre joue Magre. Comme malgré elle. En s’amusant, en nous amusant. Ce n’en est pas moins un moment historique.

Une actrice de Philippe Minyana, lumières d’Eric Schoenzetter, avec Judith Magre, Pierre Notte et Marie-Notte.

Théâtre de Poche-Montparnasse, 21 h, tél. : 01 45 44 50 21, jusqu’au 20 mai. Texte à L’Avant-Scène Théâtre. (Durée : 1 h 15).

Photo Pascal Victor.

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January 20, 2013 5:02 PM
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"TAC", l’épopée cruelle de Minyana et Brethome

"TAC", l’épopée cruelle de Minyana et Brethome | Revue de presse théâtre | Scoop.it

« C’est la première fois que je travaille avec un auteur vivant » s’exclame avec gourmandise Laurent Brethome. Le travail entre le metteur en scène et l’auteur a été constant pendant les répétitions jusqu’au soir de la première. Philippe Minyana s’est beaucoup investi dans le projet. Et le résultat est saisissant, tant il donne une lecture nouvelle de son œuvre. Laurent Brethome vient mêler sa vision du théâtre, ses références cinématographiques (la scénographie est très Lynchienne), à l’écriture de Minyana qui devient plus directe, plus incisive. La pièce porte un regard féroce sur la société. On y parle du logement, de la famille, de la précarité. L’écriture de Minyana est sans concession, et le travail scénique de Laurent Brethome permet aux comédiens de traverser cette épopée cruelle avec un belle énergie. Laurent Brethome avait séduit avec Le livre de Job. Il confirme ici avec TAC qu’il porte un regard aiguisé sur le monde. 

 

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr``

 

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Du 22 au 31 janvier au Grand R, Scène nationale de La Roche sur Yon

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