Revue de presse théâtre
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LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE  :   L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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September 15, 2024 4:25 PM
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« Fusées », un spectacle qui décolle de rire

« Fusées », un spectacle qui décolle de rire | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog - 14 septembre 2024

 

Dans « Fusées », un spectacle pour tous, des primo chiards aux hyper retraités, Jeanne Candel et sa bande de La vie brève au Théâtre de l’Aquarium s’aventurent dans l’infiniment grand (l’espace) avec les moyens de infiniment petit (un castelet). Le théâtre et la musique comptent les rires, ça fuse.

 

Soit un castelet d’un mètre sur un mètre soixante, planté à la va comme je te pousse au milieu d’une scène et qui n’en finit pas de s’édifier en se désarticulant. C’est là une commande faite par Jeanne Candel à l’ingénieuse Sarah Jacqemot-Fiumani, pour ce spectacle pour tous, de la post maternelle à l’ après retraite, au titre cosmique : Fusées. C‘est un castelet plus facilement démontable que montable comme le prouvent les deux acteurs et les deux actrices (dont une pianiste) qui mettent à profit le comique de répétition en tentant de monter le dit castelet.

 

 

La chose ayant été accomplie, non sans mal et autant de gags, la bande des quatre passe à une leçon de choses déglinguée, sorte de version zozo de « L’espace pour les nuls ». Après quoi il sera temps de partir pour la voie lactée à demi écrémée -à deux pas de là, en fond de scène et à quatre pattes - pour suivre la ballade et la balade des deux cosmonautes Boris et Kyril (qui vont par deux comme Laurel et Hardy) dans leur navette spatiale (une sorte de table renversée) en mimant l’apesanteur (bras et jambes en l’air). Avant cela, Jeanne Candel et sa bande évoquent, en lui rendant hommage, le premier animal à être allé dans l’espace bien avant les humains : la chienne Laïka et son retour tragique (brûlée vive) à bord de Spoutnik 2 en 1967. Nous sommes tous les chiots de mère Laïka semblent dire les deux cosmonautes et leurs acolytes. Soit : Vladislav Galard (en alternance avec Marc Plas) et Jan Peters, leur assistante communiquant avec la terre (Sarah le Picard en alternance avec Margot Alexandre) et la pianiste à tout faire même des accords cosmiques (Claudine Simon).

 

 

Il y a une douzaine d’années, dans un spectacle de la Vie brève (tous sont des créations maison où la part du travail créatif de chaque interprète, comédien.ne et.ou musicien.ne, est décisif) figurait une scène avec deux cosmonautes se souvient l‘acteur violoncelliste et occasionnel mémorialiste Vladislav Galard entre deux spectacles de Creuzevault. La scène était drôle et même drôlement belle mais brève. Les deux cosmonautes attendaient plus. Plus patients que les étoiles qui n’en finissent pas de s’éteindre, ils ont allumé la bougie de la mémoire et attendu qu’on lui souffle dessus. L’attente valait la chandelle. C’est un couple d’acteurs et un duo comme on les aime : aussi plausible qu’invraisemblable. Et entouré en sus par deux fées du logis dont l’une loge dans un satellite (une table de camping) et est une fan de Heinrich Schütz et l'autre joue du piano comme en apesanteur.

Jeanne Candel dit vouloir depuis toujours « expérimenter des processus de recherche très variés, des formes libérées de tout dogme car ancrées dans l’empirisme du plateau et son bricolage ». Bingo, on y est, en plein. Ça gargouille, ça roucoule, ça facéties, et youp. Ça vole haut sans oublier le bas. C’est bath comme disait Laïka en 1957. C’est ouf comme disaient des spectateurs en sortant de Fusées.

 

Jean-Pierre Thibaudat 

 

Au Théâtre de l’Aquarium, aujourd’hui sam à 18h, demain dim à 17h. Puis tournée : du 24 au 28 sept au TJP de Strasbourg / Festival Musica ; du 6 au 9 nov au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers : du 18 au 21 déc au Théâtre Garonne à Toulouse ; les 9 et 10 janv au théâtre Malraux de Chambéry; les 30 et 31 janv au Théâtre du Bois de l'Aune d’ Aix-en-Provence ; du 5 au 7 fév à Bonlieu, Annecy ; du 12 au 15 fév au T2G, Gennevilliers

 

Légende photo : ©Vladislav Galard et Jan Peters dans Fusées, mis en scène par Jeanne Candel. Crédit : Jean-Louis Fernandez

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February 13, 2023 1:17 PM
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BAÙBO — de l'art de n'être pas mort,  de Jeanne Candel

BAÙBO — de l'art de n'être pas mort,  de Jeanne Candel | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marie Plantin dans Sceneweb- 10 février 2023

 

Point d’orgue de BRUIT, Festival Théâtre & Musique de l’Aquarium, en partenariat avec le Théâtre de la Ville, BAÙBO – De l’art de n’être pas mort s’abreuve à la source de nos mythes communs pour mieux dépecer l’amour, ses enchantements et ses douleurs et l’épingler en entomologiste fantaisiste sur le mur de nos humeurs. Jeanne Candel une fois de plus transforme le plateau en organisme musical et transcende son sujet.

Ode à la vie qui renaît envers et contre tout, hommage au désir qui pulse et fait tourner le monde, même à l’envers, cri de douleur muette et éclat de rire tonitruant, la dernière création de Jeanne Candel, à la tête du Théâtre de l’Aquarium, est une traversée musicale et théâtrale de nos extrémités sentimentales, des états limites dans lesquels nous jette la passion sous toutes ses formes. Un remue-ménage flamboyant lesté de références iconographiques et de littérature, qui vient brasser nos héritages communs et les récits qui s’y rapportent, du bain judéo-chrétien aux mythologies grecques et romaines en passant par le bassin du Moyen-Orient.

BAÙBO puise son titre à la source de la tradition orphique dans la figure féminine légendaire de Baùbo qui dévoila d’un geste aussi compromettant que salvateur, son sexe à la déesse Déméter, noyée de chagrin depuis l’enlèvement de sa fille Perséphone, et ce faisant, la fit rire et revenir parmi les vivants. De l’art de retrouver goût à la vie via cet imprévisible lever de rideau. Mais de son origine grecque « baubàô », ce mot signifierait également « dormir, s’endormir » et c’est bien au royaume des songes que nous convie la prêtresse Jeanne, dans un spectacle qui tire sa dramaturgie des assauts de l’inconscient pendant nos trêves nocturnes. De ces images abracadabrantes qui naissent à l’arrête de nos rêves, elle tire sa liberté et sa puissance créatrice, des visions qui font fi de tout réalisme, des tableaux renversants qui impriment la rétine pour longtemps. A dominante noire et blanche, l’esthétique du spectacle rejoint sa tonalité double et antithétique, majeure et mineure, oscillant entre accents comiques jubilatoires et tragédie du désespoir. Logique et rationalité ne sont pas invitées à ce banquet de mirages aussi incongrus que sublimes.

Sur ce plateau évolutif qui rétrécit ou élargit son espace de jeu à l’envie, la scénographie (très belle réalisation de Lisa Navarro), protéiforme et conçue de façon à limiter ses impacts environnementaux, semble aussi vivante et habitée que les interprètes qui la peuplent. De l’immense rideau noir de soie, gonflé comme la voile d’un navire de mauvais augure à ce mur blanc troué d’alcôves qui découvrira ses fresques cachées par un procédé pour le moins surprenant, en passant par le désordre de cette chambre où git notre héroïne dévastée, le décor prend part à ce déchirement des apparences, ce dévoilement de la chair et du chagrin, cette mise à nu de nos abîmes. Les tourments de l’amour, de l’extase qu’il procure à la démolition qu’il opère, s’incarnent dans ce maillage de scènes en grands écarts qui nous écartèlent sans nous ménager entre Eros et Thanatos, entre rire rédempteur et larmes cathartiques. Jeanne Candel au plateau mène le chœur de pleureuses en mantille noire avec l’aplomb qu’on lui connaît et nous régale d’une parenthèse performative mémorable, pelle et poêle en main, sac au dos et cotte de mailles sur la tête. Déversant des brassées de terre au sol, c’est l’amour chevaleresque qu’elle enterre en même temps qu’elle le régénère tandis que dans une succession de tableaux saisissants, les musiciens sont agrafés au mur, comme crucifiés sur l’autel du théâtre derrière un pan de papier blanc. Mais la musique n’a pas dit son dernier mot, elle jaillit de sa retraite forcée, déchire les parois immaculées pour mieux nous enlacer de sa beauté archaïque et éternelle.

Avec son complice Pierre-Antoine Badaroux à la direction musicale, Jeanne Candel a jeté son dévolu sur des partitions du compositeur Heinrich Schütz, l’un des premiers maîtres du Baroque allemand, auteur d’une musique dépouillée, austère et lumineuse à la fois. Interprétés en direct dans des formations pour le moins étonnantes puisqu’un saxophone s’immisce dans un réseau de cordes (guitares, violoncelle, violon), les morceaux s’incarnent dans le corps des interprètes qui prennent part à l’action scénique, poursuivant une démarche artistique axée sur le tissage au plateau des matériaux musicaux et théâtraux. Et la voix de Pauline Leroy, mezzo-soprano charnelle et veloutée, nimbe ces expérimentations plastiques et sensorielles de son aura sensuelle. S’il est très présent dans le prologue éblouissant porté avec malice et gravité par Pauline Huruguen et Thibault Perriard dans un tandem réjouissant au plus près du public puis sur un autre mode dans le solo humoristique de Jeanne Candel, frontal et revigorant, le texte, volubile et mélodieux, se délite par ailleurs pour laisser place aux irruptions visuelles qui frictionnent sans peur le trivial et le sacré dans un cocktail de farce et de rituel immémorial. Spinoza, Courbet, Sainte-Agathe, sont convoqués à la table du trouble, les robes s’agrafent comme des papillons qu’on épingle mais les prisonnières trouvent la parade pour s’échapper de leurs filets, la poitrine généreuse d’Hortense Monsaingeon se goûte goulument comme une pâtisserie alléchante dans une scène hilarante, la mort se repousse autant que possible dans des tentatives d’esquive redoutables, les interprètes nous appellent et nous interpellent pour le salut de leur peau placardée, le mur des lamentations cède sa place au mur des jubilations et la vie reprend ses droits, irrésistiblement. Héroïque et fière. Rien de tel qu’un spectacle pareil qui célèbre la vie dans le deuil pour se laver de ses amours défuntes et faire le plein de joie concrète et de vitalité ardente.

Marie Plantin – www.sceneweb.fr

BAÙBO – De l’art de n’être pas mort
À partir de fragments des œuvres de Buxtehude, Musil, Schütz et d’autres matériaux
Mise en scène : Jeanne Candel
Direction musicale : Pierre-Antoine Badaroux
Scénographie : Lisa Navarro
Costumes : Pauline Kieffer
Assistant costumes : Constant Chiassai-Polin
Création lumière : Fabrice Ollivier
Collaboration artistique : Marion Bois et Jan Peters
Régie générale et plateau : Sarah Jacquemot-Fiumani
Régie plateau : Justin Gaudry et Camille Jaffrennou
Régie lumière : Vincent Perhirin
Habillage : Constant Chiassai-Polin et Clara Hubert
De et avec : Pierre-Antoine Badaroux, Félicie Bazelaire, Prune Bécheau, Jeanne Candel, Richard Comte, Pauline Huruguen, Pauline Leroy, Hortense Monsaingeon et Thibault Perriard
Production : la vie brève – Théâtre de l’Aquarium
Coproduction : Théâtre National Populaire, Villeurbanne ; Tandem, scène nationale Arras-Douai ; Théâtre Dijon Bourgogne, CDN ; Comédie de Colmar – CDN Grand Est Alsace ; Festival dei Due Mondi, Spoleto (Italie) ; NEST Théâtre – CDN de Thionville-Grand Est ; Théâtre Garonne, scène européenne – Toulouse

Construction du décor par les ateliers de la MC93 – Bobigny en collaboration avec la vie brève – Théâtre de l’Aquarium, réalisation des costumes aux ateliers du Théâtre National de Strasbourg, avec des costumes prêtés par le Festival dei Due Mondi, Spoleto (Italie)
Avec l’aide à la création du ministère de la Culture
Avec le soutien de la SPEDIDAM, de la Ville de Paris, du Théâtre National de Strasbourg et de l’ONDA – Office national de diffusion artistique pour la création de l’audiodescription du spectacle
Avec la participation artistique du Jeune théâtre national

Remerciements : Théâtre du Soleil, Jean-Jacques Lemêtre et Marie-Jasmine Cocito, Adrien Béal, Jean-Brice Candel et Léo-Antonin Lutinier

Coréalisation : Théâtre de la Ville – Paris et la vie brève – Théâtre de l’Aquarium

Durée : 1h40

Du 8 au 19 février 2023
Au Théâtre de l’Aquarium
Dans le cadre de BRUIT – Festival Théâtre et Musique
En partenariat avec le Théâtre de la Ville – Paris

Du 24 au 30 mars 2023
Théâtre Garonne – Toulouse

Tournée 2023-2024 : Italie, Théâtre Dijon Bourgogne, Comédie de Colmar

Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

 

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La critique de Gilles Charlassier dans La Terrasse

 

Colonne vertébrale autour de laquelle s’articule l’édition Hiver 2023 du Festival Bruit, la création de Jeanne Candel avec sa compagnie la vie brève, Baùbo, de l’art de n’être pas mort, mêle joyeusement fiction et musique dans une exploration parfois loufoque de l’après-passion, le retour à la vie après la rupture amoureuse.

 

Sur un plateau nu, deux comédiens prennent une chaise et s’asseyent face au public : Pauline Huruguen décrit, en un monologue mi-intime mi-philosophique, la flamme de la passion amoureuse, dans une langue imaginaire riche de sonorités chuintées. L’horlogerie de la pseudo-confession évoquant quelque cadrage télévisuel, achoppe parfois sur la traduction, et finalement sur les sentiments et les souvenirs en boucle, dans des micro-dérèglements cocasses. Derrière le rideau de toile noire, on retrouve le personnage étendu sur un lit, aux côtés d’une femme en mantille noire, impassible dans son grignotage de pistache. Jeanne Candel est la meneuse des pleureuses pour quelque mise en scène où l’amante délaissée veut mettre un terme à ses souffrances de cœur en même temps qu’à sa vie avec le harpon qu’on vient de lui livrer. Mais les décalages, dans l’impossible mise en place du service funèbre comme dans l’effectif musical de la transcription contemporaine d’une Passion de Schütz par Pierre-Antoine Badaroux, au saxophone aussi incongru dans ce répertoire que son travestissement, font dévier le tragique vers une impuissance tendre, drôle et rassurante. Baùbo, de l’art de n’être pas mort, met en scène la libération, par l’imprévisibilité du rire, de la catatonie de la passion quand l’être aimé a disparu.

 

Désamorcer la gravité

 

Faite d’ellipses, de répétitions et de glissements saugrenus – la séquence de l’entretien radiophonique sur Spinoza où Pauline Huruguen se jette sur les seins de son invitée philosophe, comme dévorant sa poitrine, est un exemple irrésistible de déplacement onirique –, la narration hétéroclite et foisonnante tisse musique et théâtre dans la grammaire du rêve qui dissout le poids du drame. L’exhibitionnisme de la toilette intime quasi mortuaire que les pleureuses font de l’amoureuse dépressive au début revient ensuite, avec une facticité comique, dans l’imitation collective du geste de Baùbo – la prêtresse qui souleva sa jupe devant la déesse Déméter – dévoilant une photo de L’Origine du Monde de Courbet. Jalonné de tableaux surréalistes – tel le consort musical agrafé sur le mur blanc – et de performances ratées – impayable numéro de Jeanne Candel avec la pelle, la poêle et l’oeuf, les bras chargés de livres et l’accent méridional –, ce théâtre musical décalé, fait de notes et de situations tressées sans être confondues dans un seul langage, progresse par esquisses et avortements discursifs pour désamorcer toute gravité, vers une rédemption chorale finale, portée par la décantation contemporaine de la Passion baroque.

 

Gilles Charlassier / La Terrasse

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November 30, 2014 8:26 AM
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Festival d’automne : Jeanne Candel soulèvera-t-elle le couvercle de la cocotte orange ? - Rue89

Festival d’automne : Jeanne Candel soulèvera-t-elle le couvercle de la cocotte orange ? - Rue89 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par Jean-Pierre Thibaudat sur son blog :

 

Avec sa compagnie La vie brève, Jeanne Candel aime faire du théâtre maison. Dans la maison où elle vient d’emménager, il y a un salon de musique en entrant à droite et, à gauche, une grande cuisine avec un beau plan de travail, une cuisinière, un évier, des produits, des épices, tout ce qu’il faut pour mitonner un bon dîner.

Côté salon, les musiciens, certains en habits des siècles passés, nous parlent de peinture et nous égaient de leur musique (piano, contrebasse, clarinette, flûte) accompagnés ou pas par un chanteuse lyrique. C’est très agréable.

L’écrivain cuisinier et la cocotte trompeuse

Côté cuisine, un type en jean et pull noir s’active  : il assaisonne des morceaux de viande, coupe des oignons (odeur), jette tout cela dans une cocotte en fonte orange, la glisse dans le four. On salive.

Ainsi commence, plutôt bien, «  Le goût du faux et autres chansons  », une mise en scène de Jeanne Candel, un spectacle écrit au plateau (comme les précédents) avec et par les douze acteurs-chanteurs-musiciens de sa compagnie dont certains faisaient partie de son précédent spectacle (cosigné avec Samuel Achache) «  le crocodile trompeur » d’après « Didon et Enée  », un joli succès.

Pendant que je vous racontais tout cela, le temps a passé, le cuisinier – un écrivain connu en panne d’écriture- sort la cocotte en fonte du four avec un torchon pour ne pas se brûler les mains. On se dit qu’il va soulever le couvercle, que des odeurs vont embaumer le théâtre (comme au Théâtre de la Bastille où Damiaan De Schrijver et Peter Van den Eede reprenaient récemment leur increvable «  My dinner with André  »), mais non rien, il pose la cocotte et c’est tout. Jamais personne ne soulèvera le couvercle. Le spectacle de Jeanne Candel ressemble à cela actuellement : il est là en creux mais on n’en a pas encore soulevé le couvercle. Il lui manque son odeur, une saveur. Question de temps ? De contact avec le public ?

Il y a pourtant de bons produits comme disent les cuisiniers. Par exemple, côté cuisine, des citations sûres comme la scène des yeux crevés de Gloucester dans « Le roi Lear  » de Shakespeare ou «  la femme à la tête dans la cuisinière à gaz  » venue du «  Hamlet-Machine  » de Heiner Müller, ou encore une façade de maison qui tombe empruntée à Buster Keaton. Des produits décongelés, soit, mais de qualité, ne faisons pas la fine bouche.

 

Jean-Pierre Thibaudat pour son blog "Théâtre et Balagan"

 

CLIQUER SUR LE TITRE OU LA PHOTO POUR LIRE L'ARTICLE ENTIER DANS SON SITE D'ORIGINE

 

Vidéo de présentation du spectacle : https://www.youtube.com/watch?v=AjgxsUUnEHY

 

 

"Le goût du faux et autres chansons " par la Compagnie La vie Brèvemise en scène Jeanne Candel

Le spectacle créé à la Comédie de Valence est au Théâtre de la Cité internationale à Paris dans le cadre du Festival d'automne, les lun, mar, ven et sam 20h30, jeu 19h30, jusqu'au 13 décembre. Puis du 5 au 13 février au Théâtre Garonne de Toulouse, le 26 février au Théâtre de Vanves, les 9 et 10 avril au Phénix de Valenciennes.

 

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November 22, 2014 11:57 AM
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Jeanne Candel, Le Goût du faux et autres chansons | Festival d'Automne à Paris

Jeanne Candel, Le Goût du faux et autres chansons | Festival d'Automne à Paris | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Des musiciens en queue de pie circulant à skis, une expédition loufoque dans un corps humain, des scènes d’opéras coincées entre les Monty Piton, Henry Purcell et l’Énéide de Virgile… Avec sa façon de slalomer entre séquences lyriques et délires absurdes, Le Crocodile trompeur / Didon et Énée, co-signé par Jeanne Candel et Samuel Achache, s’imposait en 2013 comme un des ovnis les plus puissants de la jeune scène théâtrale. On y découvrait alors une bande d’acteurs et de musiciens fédérés en collectif (La vie brève, également auteurs de Robert Plankett en 2011), appartenant à une génération d’artistes particulièrement à l’aise dans l’art des formes hybrides. Leur nouveau projet, Le Goût du faux et autres chansons, à nouveau porté par Jeanne Candel et inventé sur la base d’improvisations avec douze acteurs-musiciens, ne s’annonce pas moins vertigineux que le précédent. D’une part parce que, de façon énigmatique, le spectacle est scindé en deux pièces distinctes, complémentaires et construites en miroir. D’autre part parce que le mythe, le superbe, le trivial s’y fragmentent en une myriades de saynètes, construites sur la base de rêveries autour du peintre Botticelli et de l’écrivain Borgès, articulées auxMétamorphoses d’Ovide, elles-mêmes conjuguées à des bribes de textes scientifiques sur la formation de l’univers. Soient les composantes d’un cadavre exquis farfelu et illimité, qui tente de reposer, par associations d’images et ricochets d’idées, l’insoluble question de l’origine du monde.

 

Dossier de presse du spectacle : http://mutualise.artishoc.com/cite/media/5/dp-candel.pdf

 

 

Théâtre de la Cité internationale 
 24 novembre au 13 décembre 

 

 
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February 15, 2023 6:10 PM
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«Baùbo», fruit de la pulsion

«Baùbo», fruit de la pulsion | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Laurent Goumarre dans Libération  -  15/02/23

 

Revisite musicale et burlesque d’un mythe sur la fin du deuil, la pièce de Jeanne Candel n’est jamais aussi passionnante que lorsqu’elle rompt avec le texte, laissant triompher la jouissance du geste et de la pulsion.

 
 

Le geste, plutôt que la parole, voilà le programme de Baùbo - De l’art de n’être pas mort, la pièce énigmatique de Jeanne Candel. Baùbo, du nom de cette femme de la mythologie grecque qui, à bout de ressources pour ranimer la déesse Déméter, endeuillée par la perte de sa fille Perséphone, relève sa jupe et lui montre son sexe. Déméter éclate alors de rire et retrouve sa place dans le monde des vivants : un geste d’exhibition qui remplace la parole. Voici une pièce qui ne trouve jamais les mots pour le dire, mais sait produire des visions, dans des installations aussi stupéfiantes que l’est cette scène mythique d’exposition sexuelle. En fait, le texte n’est pas le centre d’intérêt de Jeanne Candel ; elle devrait peut-être s’en passer – excepté dans le chant, on y reviendra. Aussi faut-il attendre un peu plus de la moitié du spectacle pour qu’enfin se passe quelque chose.

Immenses feuilles blanches agrafées

Il faut en passer par une ouverture interminable : une femme, devant le rideau, monologue sur une passion amoureuse dans une langue étrange et étrangère, tandis qu’un homme se fait traducteur. Puis supporter une série de séquences plus ou moins burlesques conçues comme autant de sketchs, à moins qu’il ne s’agisse de rêves de deuil – mais chacun sait que les rêves des autres sont fastidieux. Puis arrive ce qui fait basculer la pièce : une parodie d’entretien radiophonique, entre une philosophe experte des concepts de Spinoza et une journaliste qui, rompant avec le discours, passe soudain à l’acte, en se jetant littéralement dans son décolleté. L’action marque la véritable raison d’être de la pièce qui, enfin, se tait, pour faire advenir sur le plateau une succession d’images et de performances, dans une scénographie inouïe signée Lisa Navarro.

 

Dès lors tout devient passionnant. D’abord le cadre : un sol recouvert d’immenses feuilles blanches, déroulées sous les pas de performeuses aux airs de prêtresses, en longues robes de deuil. Au fond, un mur blanc, sur lequel ces officiantes vont s’agrafer les unes les autres, robes noires clouées sur fond blanc, pour mieux s’en extraire ensuite : la pièce est le récit de la violence nécessaire pour s’arracher au deuil. Cela demande de sortir littéralement du cadre, se dégager de ce mur des lamentations pour sexuellement reprendre le pouvoir. Face à nous, les femmes de Candel remontent leur jupe et se frottent le cul sur le mur pour faire apparaitre des dessins sexuels et des yeux qui nous regardent. S’éprouve alors une jouissance, une pulsion scopique qui force le regard. La beauté du geste de Jeanne Candel est d’avoir su recréer sur scène la violence salvatrice du geste de Baùbo. Son théâtre montre, expose, exhibe du sexuel, cet «art de ne pas être mort», et pour cela, il lui faut justement faire le deuil de la parole et du discours. Mais pas de la voix.

Bizarreries de percussions

Si la pièce n’a rien à dire, elle s’écoute et se fait entendre. Sous la direction de Pierre-Antoine Badaroux, la musique du compositeur allemand du XVIIe siècle Heinrich Schütz déploie ses bizarreries de percussions et semble éclater de rire. Sur scène, le chant circule ; les femmes sur scène ne sont jamais aussi justes que lorsqu’elles chantent les mots des autres. Puis c’est au tour des musiciens et musiciennes d’être plaqués au mur sous d’immenses feuilles blanches agrafées : il leur faut déchirer le papier pour sortir les bras, trouver l’espace de la bouche et continuer de jouer de leur instrument. C’est toujours le même geste. Trouer ce qui nous cache, forcer le regard et, autrement dit, montrer son sexe. Et cela a un nom : l’Origine du monde. Le théâtre musical de Candel se regarde comme une manière de décrocher la toile de Courbet, pour en revenir aux origines burlesques – le burlesque étant toujours la production d’une catastrophe contre l’ordre établi. Baùbo, une femme, montre son sexe à une femme, pour éclater de rire.

Baùbo - De l’art de n’être pas mort de Jeanne Candel, jusqu’au 19 février au Théâtre de l’Aquarium, dans le cadre du festival Bruit ; du 24 au 30 mars au Théâtre Garonne à Toulouse.

 

Légende photo : Au fond de la scène, un mur blanc, sur lequel les performeuses aux airs de prêtresses, en longues robes de deuil, vont s’agrafer les unes les autres. (Jean Louis Fernandez)

 
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February 10, 2023 4:45 AM
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« Baùbo »: il est pas beau, mon bobo ? 

« Baùbo »: il est pas beau, mon bobo ?  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan  10/02/23

 

Dans le cadre du Festival Bruit au Théâtre de l’Aquarium, Jeanne Candel met en scène « Baùbo »  la nouvelle création de la compagnie La Vie brève qui pilote l’établissement et propose un divin frotti-frotta entre musique et théâtre.

 

Déméter est pleine de chagrin. Comme si Hadès n’avait rien de mieux à faire que d’enlever Perséphone. Déméter, sa mère, erre, pleure, elle est sans dessus dessous. La voici arrivée, déconfite, à Éleusis. Pour soulager l’éplorée, à l’entrée du bureau des pleurs, Baùbo lui propose une coupe de cycéon (une mixture d’herbes). Déméter n’en veut pas. Que faire ? Baùbo, se fiant à son intuition, soulève d’un seul coup ses jupes et lui montre son sexe et les poils qui l’entourent. La déesse éclate de rire et finalement boit la potion.

Cette histoire a bien plu à Jeanne Candel et elle a donné le nom de Baùbo comme titre à son nouveau spectacle au sous-titre qui en jette comme un titre de manuel philosophique : « De l’art de ne pas être mort ». C’est pas beau tout ça? C’est d’autant plus beau que le spectacle, le bien nommé Baùbo n’illustre pas à la lettre cette légende divine, mais s’en sert comme serpillière, tremplin, vagabondage et rêverie. Ce qui n’étonnera pas les fidèles des spectacles de la compagnie La Vie brève fondée en 2009 par Jeanne Candel, une compagnie où comédiens, musiciens et techniciens des deux sexes (et plus si affinités) font table et cause communes pour signer des spectacles faits à coeur. On le vérifie une fois encore en beauté avec Baùbo  sur le plateau de la grande salle du théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie, établissement subventionné dont Jeanne Candel partage la direction collégiale avec Marion Bois et Elaine Meric.

 

 

Des actrices, certaines et pour ainsi dire toutes musiciennes et chanteuses (voire musicien- et acteur), s’avançant pleureuses en robes noires couleur du deuil d’amour. Elles pimenteront la soirée par une pléiade d’étonnantes facéties comme celle de littéralement agrafer les dites robes noires au mur du fond maculé de blanc ou bien d’y frotter leur popotin pour faite apparaître ici un visage, là une main (décor astucieux signé Lisa Navarro) ou encore de recouvrir  les corps de papier blanc pour mieux les percer et les déchirer (voir photo). Il sera aussi question d’une tentative de suicide avec un harpon livré par colis postal, d’ un matelas amovible, d’une porte qui se ferme mal, de bandes blanches qui finiront mal, de poignées de terre, d’échelle conduisant au firmament (une branche d’arbre feuillue), liste non exhaustive. Jeanne Candel n’est pas la dernière dans un inoubliable et périlleux numéro de pelle avec livres lesquels finiront, cloués au mur, par former un arc en ciel. C’est comme dans la vie : on pleure et puis on rit. Y circule un lâcher prise qui ne manque pas d’allure, un goût de l’inachèvement qui peut surprendre les aficionados du ficelé nickel mais ravit dès lors qu’on s’y laisse aller.

 

 

Comme il se doit dans l’ADN de La Vie brève, tout cela est accompagné et entrecoupé de musique live. Pierre-Antoine Badaroux a jeté son dévolu sur l’œuvre de Schütz, un allemand du XVIIe siècle formé à Venise, « un compositeur singulier, entre deux mondes, il prolonge la polyphonie renaissante maiest influencé par le baroque » commente le directeur musical. L’un des charmes du spectacle est, comme toujours à La Vie brève, mais plus follement encore cette fois, l’imbrication entre le chant, la musique et le jeu, chacune et chacun des protagonistes ou presque œuvrant des deux côtés. Nommons les tous : Pierre-Antoine Badaroux, Félicie Bazelaire, Prune Bécheau, Jeanne Candel, Richard Comte, Pauline Huruguen, Pauline Leroy, Hortense Monsaingeon, Thibault Perriard.

 

 

Ah, j’allais oublier le prologue !  Non, je ne dirai rien de l’étonnant prologue qui d’emblée instaure l’ambivalence qui sera la note première et dernière du spectacle.

 

Jean-Pierre Thibaudat / Balagan

 

Baùbo a été créé au Tandem, sur la scène du théâtre d’Arras, il est à l’affiche du Théâtre de l’Aquarium (Cartoucherie de Vincennes) du mar au sam 20h30, dim 17h, jusqu’au 19 fév dans le cadre du festival Bruit et en partenariat avec le Théâtre de la ville. Puis du 24 au 30 mars au Théâtre Garonne à Toulouse, avant une tournée la saison prochaine.

 
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November 27, 2014 5:37 AM
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Le goût du faux et autres chansons, mise en scène Jeanne Candel

Le goût du faux et autres chansons, mise en scène Jeanne Candel | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié dans Le Monde :

 

Théâtre : poétique bazar, de la Renaissance au cosmos

 

Une salle hilare et en lévitation, et ce avec un spectacle sans grosses ficelles comiques ni gros sabots potaches… Voici le petit miracle opéré au Théâtre de la Cité internationale, à Paris, par Jeanne Candel, une metteuse en scène qui n’est pas la moins douée, dans toute cette constellation de la « nouvelle vague » scénique française que le Festival d’automne a choisi de mettre en avant cette année.


La jeune femme (35 ans) avait déjà signé, avec sa compagnie La Vie brève, un des plus jolis succès critique et public de l’hiver 2013 : Le Crocodile trompeur, version jazzy et déjantée du Didon et Enée de Purcell. Elle devrait réitérer avec Le Goût du faux et autres chansons, au vu de l’accueil on ne peut plus enthousiaste réservé à son spectacle lors des premières représentations.

Esprits (trop) rationnels s’abstenir. Le Goût du faux est encore plus irracontable que ne l’était Le Crocodile. Ce que l’on peut dire tout de même, c’est que trois « histoires » principales s’y mêlent, ou plutôt s’y juxtaposent.

Où il est question, d’abord, d’un tableau hollandais du XVIIe siècle, représentant un homme jouant de la viole de gambe et un autre du clavecin ou du virginal, en compagnie d’une jeune chanteuse et d’un mystérieux individu dont on ne sait s’il sort ou entre dans le cadre, et tenant dans la main un non moins mystérieux objet de forme ronde (les amateurs de jeux pourront s’amuser à chercher si ce tableau existe réellement).

Poésie absurde et drôle
L’on suit ensuite les (més)aventures d’un écrivain plutôt en panne mais néanmoins sybarite, qui reçoit chez lui, autour d’un bon plat mijoté en direct sur le plateau du théâtre, sa sœur et le nouveau petit ami de celle-ci, de retour des Etats-Unis. Fan d’Elvis Presley, le petit ami, qui est documentariste, souhaite réaliser un film sur un lac sibérien au fond duquel vivrait le Léviathan, en chair et en os, si l’on peut dire. L’écrivain lui fait remarquer que le Léviathan est un mythe, et qu’un mythe n’est pas fait pour être trouvé, provoquant l’incompréhension courroucée de son interlocuteur.


Le troisième fil rouge du spectacle met en scène deux cosmonautes russes en mission dans l’espace, et communiquant avec la planète Terre, via la télévision, un soir de réveillon du 31 décembre. A partir de là partent bien d’autres rhizomes, selon le mot cher au philosophe Gilles Deleuze. Ce n’est pas tant les histoires racontées qui comptent ici (quoique), que la manière dont Jeanne Candel, avec ses excellents interprètes, co-auteurs du spectacle, invente une poésie de plateau à la fois absurde et drôle, dans la lignée de celle du grand metteur en scène suisse Christoph Marthaler. La jeune femme a un vrai talent pour créer des bulles d’air, de vide, des situations surréalistes qui font déraper une réalité devenue décidément trop triviale et pragmatique.

Scarabée rouge
Cela donne des moments qui provoquent un rire irrépressible, à l’image de cette parodie « low-tech » du film Gravity, bricolée avec les moyens du théâtre, à savoir une petite station spatiale pliante style jeu d’enfant et… des corps dans l’espace. Et d’autres définitivement étranges, comme quand un scarabée rouge s’échappe du fameux tableau hollandais, évoquant les nombreuses exégèses – celles de l’historien d’art Daniel Arasse notamment – sur la présence des mouches dans la peinture flamande, et l’amour du détail, que partage Jeanne Candel.

Alors petit à petit, dans le patchwork apparent et la foutraquerie jamais gratuite, Le Goût du faux et autres chansons finit par prendre tout son sens, s’interrogeant, à sa façon aérienne et gracieuse, sur la création, le faux et le vrai, le mentir-vrai de l’art et les vraies fausses valeurs artistiques de notre époque. Son élégance est de le faire avec autant de fantaisie que d’émotion délicatement retenue. Jeanne Candel connaît la chanson.

Le Goût du faux et autres chansons, par Jeanne Candel et sa compagnie La Vie brève. Festival d’automne, Théâtre de la Cité internationale, 17, bd Jourdan, Paris-14e. RER Cité internationale. Tél. : 01-43-13-50-50. Lundi, mardi, vendredi et samedi à 20 h 30, jeudi à 19 h 30, jusqu’au 13 décembre. De 7 € à 22 €. Durée : 2 heures. www.theatredelacite.com. Puis tournée de février à avril 2015, au Théâtre Garonne de Toulouse, au Théâtre de Vanves et au Phénix - scène nationale de Valenciennes.

Fabienne Darge
Journaliste au Monde

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September 17, 2014 8:29 AM
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Nouveaux transports collectifs. Rencontre avec Julie Deliquet et Jeanne Candel

Nouveaux transports collectifs.   Rencontre avec Julie Deliquet et Jeanne Candel | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Nombre de jeunes metteurs en scène revendiquent le travail de groupe. Rencontre avec Julie Deliquet et Jeanne Candel.

 

 

«Collectif» : le mot revient dans le programme du Festival d’Automne concernant plusieurs troupes à l’affiche. Explicitement dans le cas de l’équipe réunie autour de Julien Gosselin - collectif Si vous pouviez lécher mon cœur - ou de Julie Deliquet - Collectif In Vitro. De façon sous-jacente pour d’autres : Le singe, nouveau nom de la compagnie de Sylvain Creuzevault, s’inscrit dans la lignée du Collectif d’ores et déjà. La Vie brève, la compagnie de Jeanne Candel, a vu le jour à l’occasion d’un spectacle - Robert Plankett - écrit avec ses acteurs. Entre tous, des points communs : l’âge - entre 25 et 35 ans -, la revendication du groupe, le désir d’indépendance vis-à-vis des institutions. Et aussi le rassemblement autour d’un(e) metteur(e) en scène fédérateur(trice).

 

Exigence.

 

 Le phénomène n’est pas nouveau, qui voit, à intervalles réguliers, le théâtre se régénérer en réinventant l’utopie de la troupe. Utopie que certains parviennent à faire durer : à l’affiche du Festival d’Automne, le Théâtre du Radeau, fondé en 1978, constitue pour la génération montante une référence absolue, sinon esthétique, du moins en termes d’exigence et d’autonomie artistiques.

Autre caractéristique : ils sont de plus en plus souvent animés par des femmes. Invitées pour la première fois du festival, Julie Deliquet et Jeanne Candel ont volontiers accepté de parler de leur façon de travailler. La première s’exprime seule, la deuxième est venue avec deux compagnons de route - Samuel Achache, qui a aussi travaillé avec Creuzevault, et Laure Mathis.

Ce qui les rassemble, c’est d’abord la volonté, au sortir des écoles de théâtre, d’inventer des projets à plusieurs plutôt que de courir les castings. «Je n’étais pas faite pour un parcours solitaire», explique Julie Deliquet qui, après l’école du Studio Théâtre d’Asnières puis celle de Jacques Lecoq, se lance dans la mise en scène. «Mais quelque chose me manquait. Je trouvais toujours que les répétitions étaient beaucoup plus passionnantes que les représentations». Pour Jeanne Candel, Samuel Achache et Laure Mathis, qui étaient ensemble au Conservatoire à Paris, le déclic est venu d’un atelier avec le metteur en scène hongrois Arpad Schilling. «Il mettait l’acteur au centre et le considérait comme le créateur», résume Laure Mathis. «Il était impressionnant, brillant, tout en nous responsabilisant», précise Samuel Achache.

 

«Labo». 

 

En commun encore, la référence au laboratoire. «Créer la vie, c’est ce que je voulais», dit Deliquet pour expliquer le choix de In vitro pour son groupe. «Labo»,c’est le terme utilisé par Candel pour qualifier son travail avec les acteurs. Autre convergence, des temps de répétition hors normes (plusieurs mois) et laissant une large part à l’improvisation. Mais les méthodes diffèrent. Marquée par Pina Bausch, Jeanne Candel en a retenu le principe des «questions» aux interprètes : des impros à partir d’un mot, une image, une situation. Dès son premier projet collectif, Julie Deliquet a expérimenté une méthode radicale. «Pour travailler sur Derniers remords avant l’oubli, de Jean-Luc Lagarce, nous sommes partis dans une maison de campagne. Les acteurs avaient lu la pièce et connaissaient leurs personnages. Je leur ai demandé d’habiter la maison. Cela a duré sept heures, sans indices extérieurs de théâtre, mais je savais qu’ils étaient en train de jouer.»

Avec le temps, Deliquet a peaufiné une façon de travailler qu’elle apparente au plan séquence du cinéma. Et en a tiré quelques règles : «Je prépare en amont ; j’attaque rarement une répétition dans une salle ; je n’interromps jamais la répétition ; j’y fais entrer des non-acteurs, par exemple des voisins venus emprunter un outil ;je ne prends jamais de notes ; à la fin, je peux leur parler quatre heures sans m’arrêter.»Candel parle, elle, d’une «dramaturgie par l’action» : «Construire et jouer en même temps, puis se demander quoi déconstruire. Se reposer sans cesse la question du fond et de la forme. C’est insoluble et passionnant.»

 

 

René SOLIS pour Libération du 16 septembre
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Des années 70 à nos jours ms Julie Deliquet au Théâtre des Abbesses et au Théâtre Gérard- Philipe de Saint-Denis, du 18 septembre au 12 octobre Le Goût du faux et autres chansons ms Jeanne Candel Théâtre de la Cité internationale, du 24 novembre au 13 décembre

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