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Le spectateur de Belleville
September 23, 2025 9:11 AM
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Par Anne Diatkine dans Libération - Publié le 19/09/2025 Dans son spectacle «Honda Romance», l’artiste circassienne confronte ses questionnements existentiels à la puissance et la violence de la technique et des éléments. Qu’elle les conçoive avec son partenaire et ancien compagnon Tsirihaka Harrivel ou toute seule, les spectacles de Vimala Pons ne se laissent pas attraper par des mots, réduire par des épithètes, y compris lorsque leur trace est marquante. Grande, c’était déjà en 2016, et on se souvient pour toujours de l’actrice circassienne prise d’une logorrhée de reproches, avec une machine à laver grandeur nature, tremblotante et instable sur la tête, ou du fabuleux strip-tease d’une Angela Merkel fantaisiste dans le Périmètre de Denver. Est-ce la polysémie mystérieuse de son titre ? Honda Romance, la prochaine création de Vimala Pons créée à la Comédie de Genève mais conçue en partie dans le centre des arts contemporains 3bisF de l’hôpital psychiatrique Montperrin d’Aix-en-Provence, fait rêver. Honda Romance, c’est aussi le nom du satellite, objet lourdement fascinant, qui sera sur scène avec elle et qui semble, pour l’heure, lui causer des tracas. L’actrice s’essore les cheveux, l’entretien se passe au téléphone pendant les toutes dernières répétitions. Pour Libération, elle entrouvre sa porte. Mais comment ça, Vimala, vous avez une déconvenue avec votre satellite ? Les objets sur lesquels je travaille ont un cahier des charges très précis. Il y a eu un quiproquo avec mon satellite qui a été repeint en entier, ce qui l’a alourdi de trois kilos. Au début du spectacle, je suis écrasée par ce satellite de quarante kilos pour dix mètres d’envergure, je me relève péniblement, je le hisse à bout de bras… Se sacrifier une épaule, pourquoi pas ? Mais pas pour de la peinture satinée brillante ! Dans votre dernière création, ce satellite n’est pas votre seul interlocuteur, loin de là… C’est vrai ! Je dialogue aussi avec ces canons à explosion de vent qui servent beaucoup au cinéma pour simuler les souffles des bombes. Et surtout avec sept chanteuses et deux chanteurs d’une partition écrite en partie par Tsirihaka Harrivel et Rebeka Warrior. C’est elle qui a composé la polyphonie d’intériorités dans la deuxième partie du spectacle. Une «polyphonie d’intériorités»… Magnifique expression ! Vous trouvez ? Il s’agit d’un chœur intérieur partagé. Honda Romance, du nom du satellite, est portée par une myriade de questions. Est-ce qu’on peut traverser des tempêtes émotionnelles et continuer à avancer même blessé, même boiteux ? Est-ce qu’on porte nos fardeaux par amour, soumission ou obstination et élan vital ? Est-ce qu’on peut faire d’eux non pas un désastre, mais un chant triomphant ? Les questionnements existentiels sont à vif. Que vous est-il arrivé ? J’ai fait une grosse dépression il y a deux ans. Pour m’aider à la surpasser, je me suis mise à pratiquer le tabata, ce sport où l’on va beaucoup au sol et où l’on apprend à se relever. Le satellite qui me cloue par terre est à la fois un objet qui me fascine et un symbole de la conquête ou colonisation spatiale. Mais aussi d’une société rendue épileptique par les milliards d’informations très pauvres qui nous matraquent sur les réseaux. J’ai besoin de soulever cette chape intime et géopolitique. Naomie Klein fait partie de vos inspirations pour ce spectacle, qui promet d’être sentimental, politique et «évidemment une comédie», dites-vous. J’ai pris appui sur la manière dont elle analyse la monétisation des émotions par les IA qui recrutent, entre autres, une masse d’informations sur notre santé pour «mieux» nous guider. Son analyse de l’effondrement de notre intimité m’a donné envie de traverser au plateau 150 états émotionnels différents, balayés par des canons à explosion de vent. Sur scène, j’utilise un nouvel électroencéphalogramme qui permet de voir l’impact de nos émotions sur notre vie cérébrale et donc notre corps. A propos de vos précédents spectacles, vous avez pu nous dire : «Je ne me sens vraiment bien qu’avec un truc sur la tête qui risque de tomber.» Certaines de vos émotions ne sont-elles pas plus pesantes qu’une machine à laver le linge sur la tête ? Vous avez raison. Dans Honda Romance, je me fais chasser, déstabiliser par des éléments auxquels il est beaucoup plus difficile de résister. Surgit alors l’obstination antique, la persévérance tragique, celle des grands héros mythologiques ou sportifs olympiques. Vous avez conçu Honda Romance en résidence dans le centre d’arts contemporains 3bisF de l’hôpital psychiatrique Montperrin à Aix-en-Provence. Comment le lieu influe-t-il sur votre travail ? Cela faisait longtemps que je voulais travailler en hôpital psychiatrique. Durant cette résidence, rendue possible grâce à Jasmine Lebert qui dirige le 3bisF, j’ai pu m’apercevoir de la jonction entre le travail des malades et des soignants sur les flux incessants de pensées et mes préoccupations. Cela faisait plus de huit ans que j’écrivais des épiphanies, en y ajoutant la métrique des haïkus et le rythme de certains comptes Instagram, sur lesquels défilent des éléments aussi grotesques que sublimes, aussi vulgaires que poétiques. Concrètement, comment se déroulaient ces rencontres entre malades, soignants et vous-même ? Chaque matin, à l’hôpital, il y avait un rituel : on prenait une tisane avec les patients et les soignants, venait qui voulait, puis on avait de nouveau un temps ensemble dans l’après-midi. Ce qu’il y a de très beau au 3bisF, c’est que les présentations du spectacle en cours ont lieu devant un public mélangé, sans qu’il soit possible de distinguer les soignants des malades, des personnes qui ont été en parcours de santé, des spectateurs lambda.Pendant cette résidence de quatre semaines, j’ai pu remarquer que les affects ne sont pas si privés. Il y avait aussi un séminaire sur les conduites ordaliques ou à risques. Lorsqu’on se scarifie, qu’on conduit à toute vitesse, qu’on court sur les toits… Toutes ces réflexions redonnent du sens et du souffle à nos pratiques artistiques. Etre cascadeur ou acrobate, c’est danser avec la mise en danger, une forme ordalique maîtrisée… Comment avez-vous utilisé ce que vous entendiez durant les rencontres ritualisées ? Je me souviens d’une personne qui criait pendant que j’étais sur scène : «Il faudrait que tu aies une bougie. Il faudrait que tu sois une rose.» Ou une autre : «C’est Adam et Eve.» C’était intéressant de rencontrer leurs pensées plutôt que de leur prendre des choses. Le spectacle ne contient aucun propos rapporté directement. En revanche, ils ont infusé en moi. A la fin d’une répétition, une jeune fille est venue me parler : «C’est comme la vie… Ça va bien… Puis ça va pas… Mais ça va quand même…» Elle a prononcé ces mots bouleversants de justesse avec une infinie lenteur. L’infirmière m’a ensuite confié que cela faisait trois mois qu’elle n’avait pas ouvert la bouche. Jouer, c’est se soigner et soigner ? Oui. Jouer, c’est jouer avec ce qui ne va pas. Souvent on dit des acteurs qu’ils mentent formidablement, qu’ils font bien semblant. Je pense l’inverse : être actrice ou acteur, c’est enlever tellement de filtres qu’on devient complètement perméable. Propos recueillis par Anne Diatkine / Libération Légende photo : Dans sa création, l’artiste est aux prises avec un satellite de 40 kilos. (DR)
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Le spectateur de Belleville
April 14, 2024 3:12 PM
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Par Rosita Boisseau dans Le Monde - 12 avril 2024 Les dynasties de circassiens existent jusque dans les formes plus contemporaines, où il s’agit pour chaque génération de trouver une voix propre, au-delà de l’héritage.
Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/04/11/quand-le-cirque-a-l-esprit-de-famille_6227279_3246.html
On connaît les familles Pinder, Zavatta ou Bouglione. Leurs noms sont devenus des labels lorsqu’ils ne signent pas en lettres plus nobles des dynasties. Alors qu’Alexis Gruss, dont les ancêtres ont démarré en 1854, est mort le samedi 6 avril, sa compagnie, forte de ses enfants et petits-enfants, maintient haut la barre de la virtuosité équestre. « Chez nous, travailler ensemble a une particularité : la télépathie est vive, souligne Firmin Gruss, directeur. On utilise les mêmes formules, on a le même esprit, et ça crée une communion unique. Et, dans les moments difficiles, cela donne une énergie supplémentaire. » Ce phénomène familial constitutif des arts traditionnels de la piste se déploie aussi dans le contemporain. Depuis le 13 mars jusqu’au 21 avril, le festival Spring, programmé dans 70 lieux en Normandie, met en avant quelques-unes de ces tribus. Le Circus Ronaldo, piloté par le clown Danny Ronaldo, sixième génération Ronaldo, cousine avec les performances burlesques d’Alain Reynaud, qui se produit avec sa femme et leurs deux enfants, « tombés dedans quand ils étaient petits ». « Le canal familial est celui du cirque traditionnel, alors que ce sont les écoles qui forment les artistes contemporains, rappelle Yveline Rapeau, directrice de Spring. Il existe néanmoins une minorité de troupes aujourd’hui dont les spectacles s’enracinent dans la famille en ouvrant de nouvelles voies esthétiques. » Défricher sa route A la tête de Circus Ronaldo, originaire de Malines (Belgique), Danny Ronaldo aime raconter l’histoire du grand-père de son arrière-grand-père qui quitta Gand à l’âge de 15 ans pour s’enrôler en 1842 dans le cirque Wulff. « Il était tombé amoureux de l’atmosphère du chapiteau, de la liberté et des chevaux, dit-il. Il devient palefrenier, puis acrobate à cheval. On a retrouvé des gravures de lui au cirque impérial de Saint-Pétersbourg. Il s’est marié à une comédienne itinérante et, ensemble, ils ont créé leur compagnie. » Depuis, l’aventure Ronaldo additionne ses chapitres, plus rocambolesques les uns que les autres. En tournée, Da capo témoigne de cette mirifique saga où le cirque, le théâtre ambulant et la variété font copain-copain. « Cette longue histoire donne de la force, confie Danny Ronaldo. Je sens derrière moi une armée d’artistes vivants. Je sens leur soutien, leur pression même, et je suis fier d’être leur héritier. » Parallèlement à La Cucina dell’arte, interprété avec son frère David, et énorme succès, Danny Ronaldo joue Sono io ? avec son fils Pepijn, 25 ans, à l’affiche du 30 mai au 16 juin, au Théâtre du Rond-Point, à Paris. « Le pari est de profiter de la puissance que donne cette transmission et de s’en détacher aussi, précise-t-il. Pour mes quatre enfants, qui ont tous eu envie de cirque, il s’agit de trouver sa propre personnalité. Pepijn est très différent de moi, mais on a le même désir de faire rire et de comprendre nos émotions. Il n’y a malheureusement pas de GPS pour ça. » Ce besoin de défricher sa route, Marie Molliens, fil-de-fériste et directrice de la compagnie Rasposo, l’a vécu de façon douloureuse. En 2012, celle qui a participé aux spectacles de ses parents dès l’âge de 4 ans prend la succession de sa mère, Fanny Molliens. Elle se heurte au poids de vingt-cinq ans de productions grand public. « J’ai donné des coups de poing pour casser les habitudes, et amener mon univers nourri de théâtre et de danse contemporaine avec ce côté provocation qui vient de la rue », déclare-t-elle. Les « anciens » partent. « Ça a été un tournant difficile », glisse celle dont les engagements féministes et sociétaux explosent bien crus dans des pièces telles que La Dévorée. Pour la trapéziste Liam Lelarge, 24 ans, fille de Danielle Le Pierrès et Christophe Lelarge, à la tête du P’tit Cirk depuis 2004, l’enjeu est là. Celle qui a grandi, comme son frère Louison, acrobate et musicien, au gré des tournées de ses parents et appris sur le terrain, a choisi de monter ses propres projets. « Je n’avais pas envie d’être “la fille de”, assure-t-elle. J’avais besoin de séparer ma famille et le travail. Ce qui ne nous empêche pas de nous voir, de nous conseiller mutuellement. » En 2023, Liam Lelarge, en duo avec Kim Marro, s’est fait connaître avec La Boule, superbe casse-tête vivant. Etat d’esprit indépendant Si la transmission du geste par les parents opère dans la continuité du quotidien, elle n’empêche pas aujourd’hui la fréquentation des écoles spécialisées. Liam Lelarge a étudié au Centre national des arts du cirque (CNAC), à Châlons-en-Champagne. Léna Reynaud, fille du clown Alain Reynaud, a intégré l’école Balthazar, à Montpellier. L’expert en corde lisse et metteur en scène Fragan Gehlker, fils de l’acrobate Jörn Gehlker, a peaufiné sa technique au Centre national des arts du cirque, tandis que sa sœur Nolwen, voltigeuse équestre, a fréquenté l’Académie Fratellini, au début des années 2000. « C’est la particularité de ces artistes de ne pas se contenter du patrimoine familial, mais de chercher une identité, une autonomie et une reconnaissance de leur individualité dans les écoles, confirme Gaëtan Rivière, responsable de la recherche au CNAC. Au-delà la tradition de la famille que l’on retrouve dans certains spectacles, ils explorent d’autres manières d’exprimer leur singularité par de nouvelles esthétiques, souvent issues d’une écriture de soi. » Actuellement en tournée, Nolwen Gehlker présente le duo Métamorphoses, avec trois chevaux. « Ma mère était comédienne et mon père, auprès de qui j’ai commencé le trapèze à 8 ans, était danseur, bricoleur, acrobate, raconte-t-elle. J’avais 9 ans lorsque, sur la route, on a rencontré des gens en roulotte qui avaient des chevaux. » La suite file vite : les collaborations avec le Théâtre du Centaure et le cirque équestre Pagnozoo s’enchaînent. Avec son mari, Calou Pagnot, et leurs deux enfants, elle fonde la Compagnie Lawen en 2023. Au-delà de la technique, l’héritage du cirque s’inscrit dans un état d’esprit indépendant. Après sa pièce sidérante Le Vide (2014), Fragan Gehlker, programmé le 15 mars à Cherbourg-en-Cotentin (Manche), dans le cadre de Spring, avec Suzanne : une histoire (du cirque), a conservé de son enfance l’amour de la marge et une ardeur à la défendre. « On n’allait pas à l’école, on vivait en camion, en squat, en roulotte, à cheval, on participait à la vie d’artiste de mes parents. J’ai gardé un goût pour cette marge. Je ne me suis jamais senti “dans les clous” où que je sois. » Alors qu’il entame les répétitions de La Nostalgie de l’acrobate, il évoque les figures de l’acrobate et du guerrier, « entre honneur, admiration et une certaine marginalisation ». Quant à la communauté, elle enveloppe et protège les membres de ces familles de cirque toujours en vadrouille. « C’est une dimension dont j’ai hérité, poursuit-il. Il y avait beaucoup d’entraide, de solidarité, d’engagement au sein des troupes. Les gens faisaient communauté autour d’un projet de spectacle. Je trouve que ma génération a vécu un renversement plus individualiste dans sa manière de travailler, chaque artiste est devenu une sorte de microentreprise. » Les Etablissements Félix Tampon chez vous, d’Alain Reynaud. Festival Spring, du 21 au 26 mai, Communauté de communes Lyons-Andelle (Eure). Festival-spring.eu Oraison, de Marie Molliens. Les 19 et 20 avril à Saint-Céré (Lot) ; du 24 au 28 avril à Tarbes. Métamorphoses, de Nolwen Gehlker. Du 16 avril au 3 mai à Hennebont (Morbihan). La Boule, de Liam Lelarge et Kim Marro. Le 25 avril à Trévou-Tréguignec (Côtes-d’Armor) ; le 27 avril à Bagneux (Hauts-de-Seine) ; les 18 et 19 mai à Metz. Rosita Boisseau / LE MONDE Légende photo : « Sono io ? », de Danny et Pepijn Ronaldo, lors de la création du spectacle au cirque Miramiro, à Gand (Belgique), en juillet 2021. JEAN PHILIPSE
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Le spectateur de Belleville
December 12, 2023 8:27 AM
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Par Armelle Parion dans Lascene.com - 12 déc. 2023 La refonte des aides au spectacle vivant en Occitanie entraîne, non sans heurt, le changement de nature des subventions pour les compagnies bénéficiaires. Mais pour d’autres structures, pas exclusivement dédiées à la création, cela se traduit directement par une perte sèche. Ainsi, l’Esacto-Lido, école supérieure des arts du cirque, à Toulouse (Haute-Garonne), devrait perdre, au moins en grande partie, les 75 000 euros d’aides qui lui étaient versés au titre de pôle structurant régional. Motif : l’école relève de l’enseignement supérieur. « Ce n’est pas dans nos compétences, même si cette aide existait à titre dérogatoire. À l’État de prendre ses responsabilités », tranche la vice-présidente régionale à la culture, Claire Fita. « On nous a dit qu’on en toucherait seulement la moitié cette année », confirme Aurélie Vincq, la directrice pédagogique.
Faite en juillet dernier, l’annonce a été brutale pour l’école de cirque, qui est l’une des trois seules à délivrer un diplôme national professionnel. « Je comprends que la Région se recentre sur l’écologie, les transports et les lycées, mais je regrette la mise en doute de notre travail de structuration de la filière, via l’insertion, l’accompagnement et la diffusion. Nous sommes un lieu ressource pour les jeunes compagnies, qui viennent montrer leur travail, nous demander conseil », souligne Aurélie Vincq. « On nous dit d’aller voir vers la formation et les aides européennes. Mais on se déploie aussi dans la recherche, la formation continue, l’insertion, qui relèvent de compétences régionales. On travaille à ce que le cirque sera dans cinq ou dix ans, avec la Grainerie, la Verrerie et Circa », ajoute-t-elle.
Le dialogue reste ouvert Également soutenu par la Métropole (à hauteur de 700 000 euros) et la Drac (450 000 euros), l’Esacto-Lido, fonctionne sur un budget de 1,3 million d’euros. L’école devrait subir la baisse de sa deuxième aide régionale pour la formation.
Mais le dialogue demeure ouvert avec la collectivité. Le Centre des arts du cirque Balthazar, l’Association régionale pour le développement des entreprises culturelles (Ardec) et l’école de musique Music’halle, sont également concernées par ces coupes sèches.
Armelle Parion En partenariat avec La Lettre du spectacle n°548 Légende photo : L’Esacto-Lido devrait perdre près de 75 000 euros Crédit photo : D. R.
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September 17, 2023 9:06 AM
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Critique de Marie Plantin dans Sceneweb - 15 sept. 2023 Bertrand de Roffignac fait jouer son imagination dense, noire et délirante dans un spectacle dont il est tout à la fois l’auteur, le metteur en scène et l’un des interprètes. Une dystopie sombre et amorale qui pèche par saturation et excès mais déploie des images pénétrantes que l’on n’est pas près d’oublier. C’est sous chapiteau que se joue cette épopée cinématographique, cauchemardesque et mégalo, sortie de l’imagination éruptive et transgressive de Bertrand de Roffignac, comédien remarquable et remarqué, dont le rôle d’Arlequin – personnage principal de Ma Jeunesse Exaltée d’Olivier Py, lui a valu le Prix de la Révélation Théâtrale du Syndicat de la Critique cette année. Avec le Théâtre de la Suspension, la compagnie qu’il a créée il y a quelques années, le jeune homme n’en est pas à son coup d’essai et cette dernière création est en réalité le deuxième volet (qui fonctionne en autonomie et peut tout à fait se voir séparément) d’une trilogie plus vaste amorcée avec Les Sept Colis sans Destination de Nestor Crévelong, repris en décembre au Cent-Quatre dans le cadre du Festival Impatience. Le Grand Œuvre de René Obscur, dans la lignée des précédents, arbore un titre à rallonge, énigmatique, annonciateur de fiction pure et partant, attirant. La distribution est jeune, nombreuse, éclectique, elle varie les plaisirs des disciplines réunies, théâtre, danse et cirque, et ancre le spectacle dans un foisonnement de rôles et de scènes portés par une énergie sans faille. Mais si le spectacle, dont l’esthétique est le point fort, en met plein la vue et les oreilles, il peine malheureusement à faire sens et nous rallier à sa cause. Certes, l’intrigue cultive le mystère, les zones d’ombre et les flous éthiques à propos de son (anti) héros ambigu, artiste visionnaire ou mythomane invétéré, véritable révolutionnaire ou opportuniste corrompu, et cela crée d’emblée un appel fictionnel, l’envie d’en savoir plus et de lever le voile sur la vie de cet homme trouble et troublant, ce démiurge transgressif et tyrannique au cœur brisé. Mais la langue mise en jeu, si elle a ses qualités, ses fulgurances même, un élan qui entraîne, des formulations qui font mouche, nourrie, on le sent, d’une envie d’en découdre avec la loi, la morale, la bien-pensance, nous perd à force de tirades boursouflées. A vouloir trop en dire, le sujet est noyé dans une complexité qui sonne faux. Le niveau sonore n’y est pas pour rien. Musique live électrique en surdose, jeu outrancier et criard, dur de tenir le rythme de cette proposition qui a pourtant le mérite immense de l’originalité et de l’ambition forcenée. Car les images offertes sont renversantes, l’univers déployé puise dans le cinéma fantastique son esthétique dystopique (on pense au Caro et Jeunet de La Cité des enfants perdus), l’histoire semble sortie de nulle part ou d’un cerveau en surchauffe de créativité. Il y a quelque chose de profondément déroutant dans cette représentation sous chapiteau qui ose inventer une forme de science-fiction spectaculaire, un bain névrotique et atmosphérique orchestré par un fou sans foi ni peur, ogre s’abreuvant à la chair fraîche de la jeunesse pour peupler ses films érotico-futuristes d’une faune à sa merci qui y laisse sa vie. Les métaphores sont nombreuses et renvoient à notre société malade aussi, les passerelles entre pornographie et politique se traversent allègrement, la pièce s’engouffre dans des élucubrations sur l’art, le désir, l’argent, qui nous interpellent ou nous laissent froids, certaines scènes comiques sortent du lot, le glissement qui s’opère du cinéma contestataire au produit de propagande est intéressant. Beaucoup de pistes sont lancées, beaucoup d’idées, il y a là une tentative très ambitieuse qui mérite d’être saluée mais le jeu, aussi extrême soit-il, gagnerait à être nuancé, et les chorégraphies, au demeurant très bien exécutées, manquent d’incarnation paradoxalement. Quelques moments suspendus, où le cirque s’invite dans le décor notamment, viennent à point nommé exercer leur pouvoir de fascination. Fascination que l’on aurait aimé garder tout du long du spectacle dont le début mystérieux happe et électrise mais qui s’étiole sur la longueur pour se muer en malaise. On retiendra néanmoins, outre quelques tableaux scéniques organiques et enfumés de toute beauté, l’image hallucinante du réalisateur dans les airs, caméra en main, filmant frénétiquement sa projection fantasmatique. Marie Plantin – Sceneweb.fr Le Grand Œuvre de René Obscur Conception, texte et mise en scène : Bertrand de Roffignac Scénographie : Henri-Maria Leutner – Assistanat scénographie : Benjamin Marre Création et Régie Lumière : Grégoire de Lafond / Thomas Cany Création Sonore : Axel Chemla Création masques et accessoires : David Ferré Régie Générale : Charlotte Moussié / Clément Balcon – Régie Son : Martial de Roffignac / Antoine Blanc – Administration : Dany Krivokuca Interprètes : Adriana Breviglieri, Axel Chemla, Bertrand de Roffignac, Gall Gaspard, Marion Gautier, Xavier Guelfi, Loup Marcault-Derouard, François Michonneau, Pierre Pleven, Erwan Tarlet, Baptiste Thiébault Le Grand Œuvre de René Obscur est la deuxième pièce d’une trilogie initiée avec Les Sept Colis sans Destination de Nestor Crévelong (créé au Théâtre de Vanves en janvier 2023 et repris au CentquatreParis, dans le cadre du Festival Impatience en décembre 2023) Soutiens : Cirque Électrique, Théâtre du Châtelet, Jeune Théâtre National. Coproduction du théâtre de l’Arsenal scène conventionnée d’intérêt national « art et création pour la danse » de Le Grand Œuvre de René Obscur Nouvelle création du Théâtre de la Suspension Cirque électrique du 12 au 24 septembre 2023 Place du Maquis de Vercors, 75020 Paris, métro Porte des Lilas
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Le spectateur de Belleville
February 5, 2023 4:51 PM
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Par Sandrine Blanchard dans Le Monde - 5/02/23 A 32 ans, celui qui fut révélé comme humoriste endosse désormais au cinéma des rôles dans tous les registres. Il est actuellement à l’affiche de « La Guerre des Lulus » et de « Un petit frère ». Lire l'article sur le site du Monde : https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/02/05/ahmed-sylla-comedien-avec-un-grand-c_6160635_3246.html
Tous ceux qui étaient au gala du Marrakech du rire le 4 juin 2016 vous le diront : Ahmed Sylla, avec son sourire enchanteur à la Omar Sy et sa gestuelle débridée à la Jim Carrey, fut la découverte de la soirée. Les quelque deux mille spectateurs du palais El Badi, lieu central du festival organisé chaque année par Jamel Debbouze, offrirent une mémorable standing ovation à ce showman en devenir. Nous y étions et partagions le même enthousiasme pour les imitations désopilantes et l’humour bienveillant de ce grand jeune homme né en France de parents sénégalais. « Je suis arrivé sur scène avec un cyclone dans le ventre tellement j’avais le trac, j’en suis ressorti les larmes aux yeux », se souvient l’humoriste. Ces douze minutes de sketch, retransmises à la télévision et virales sur les réseaux sociaux, ont changé sa vie. Depuis, Ahmed Sylla est devenu un visage du cinéma en passe d’occuper tous les registres. Après plusieurs rôles attendus dans des comédies (L’Ascension, Jumeaux mais pas trop, etc.), on le découvre cet hiver en tirailleur sénégalais dans La Guerre des Lulus, de Yann Samuell, et en fils d’une émigrée ivoirienne dans Un petit frère, de Léonor Serraille, en salle actuellement. Le 24 février, il sera l’un des neuf maîtres de cérémonie de la 48e édition des Césars, en direct de l’Olympia. Attablé au bar d’un hôtel chic du 16e arrondissement de Paris, Ahmed Sylla, 32 ans, y savoure son petit-déjeuner et son itinéraire inespéré. « Tout ce qui m’arrive est, à chaque fois, une cerise sur le gâteau. Je me considère encore comme un enfant dans le métier, je grandis à chaque projet, les yeux illuminés. Jamais je n’aurais cru monter les marches du Festival de Cannes pour un film d’auteur comme Un petit frère. » Ces nouveaux rôles à contre-emploi résonnent avec son histoire familiale. Sa mère, à l’image du personnage de Rose, formidablement interprété par Annabelle Lengronne, a toujours été « une femme battante, libre, qui voulait le meilleur pour ses enfants ». Son grand-père, comme Moussa dans La Guerre des Lulus, était un tirailleur sénégalais. Dans son premier spectacle, Ahmed Sylla avec un grand A, il lui avait rendu un bel hommage. « Ton arme, c’est ta bouche. Parle de moi pour qu’on ne m’oublie pas », disait le vieil homme à son petit-fils. Ahmed Sylla, deuxième d’une fratrie de quatre, a grandi dans la cité populaire – « très enclavée », précise-t-il – des Dervallières, à Nantes. Ses parents étaient vendeurs sur les marchés. Son père aurait rêvé d’être infirmier, sa mère n’a cessé de se démener, ouvrant une boutique de produits exotiques, puis un petit restaurant. « Je ne l’ai jamais vue se reposer », insiste son fils. Sous la pression maternelle, toute sa scolarité (comme celle de ses frères et sœurs) s’est déroulée en dehors de son quartier, dans des établissements privés catholiques où il était le seul Noir de sa classe. « J’ai tout de suite compris qu’il ne fallait pas me faire bouffer par cette différence et que pratiquer l’humour permettait d’entrer dans le cercle, de me faire accepter. » Son père avait prévenu ses enfants : « Vous devrez en faire deux fois plus que les autres. » Cette injonction paternelle, Ahmed Sylla l’a « acceptée », et il s’est construit entre deux univers, les potes de la cité et ceux de l’école bourgeoise. Une dualité qui a largement nourri son don d’observation des différentes classes sociales et a imprégné ses spectacles. Ancien indiscipliné Au collège il découvre par hasard le théâtre (« des copines sont venues me chercher pour jouer dans Huit femmes ») et, après son bac ES (économique et social), il s’inscrit en BTS commerce international, comme son grand frère, avant d’en être renvoyé. « Je n’ai jamais eu de certitude sur le métier que je voulais faire », assure cet ancien indiscipliné. Il a suffi d’une vidéo à succès sur Facebook dans laquelle il s’amusait à imiter Nicolas Sarkozy pour que le producteur Samba Kanté lui propose de venir à Paris participer à une soirée du Samba Show. « En improvisant sur scène, en faisant rire le public, j’ai ressenti une formidable plénitude. Je n’avais rien à perdre. Alors j’ai tenté le casting de “On n’demande qu’à en rire” », sur France 2. Et ça a marché. « Humoriste est devenu mon métier parce que, grâce à cette émission de Laurent Ruquier, j’ai été payé pour faire des vannes. » Ahmed Sylla a fait son bonhomme de chemin sur la scène humoristique en mélangeant stand-up et personnages truculents. « J’aime profondément les gens, dans toute leur complexité, je suis une éponge », résume-t-il sans prétention. Il s’est notamment singularisé en incarnant, avec une facilité déconcertante, des rôles de femme. « Je ne refoule rien. Je suis un hétéro qui accepte sa part de féminité. C’est jouissif, d’interpréter une femme, je le ferai tout au long de ma carrière. » Son humour est sans colère ni moquerie, mais tout en empathie. « Cela vient de mes parents, analyse-t-il. Une mère protectrice depuis mes premiers cris et un père qui a vécu le racisme mais ne s’est jamais résigné. Sans être Bisounours, j’ai grandi dans la religion du pardon. Ça ne sert à rien d’avoir un cœur lourd et serré contre les gens. Je n’ai pas d’ennemi ni de rancune », jure-t-il. Dans Un petit frère, la scène de contrôle d’identité au faciès, où l’on voit son personnage rester impassible face aux policiers, est à l’image de ce trentenaire apaisé. « Franchement, c’est moi aujourd’hui. En grandissant j’ai compris que la confrontation ne mène nulle part. » Ce penchant rassembleur s’exprimera sans doute lors des Césars. « Maître de cérémonie, c’est cool, non ? Bon, ce ne sera pas ultra show off mais, prévient-il avec son regard malicieux, je vais les taquiner. » Et il y a de quoi faire. Sandrine Blanchard Légende photo : Ahmed Sylla, à Paris, le 29 octobre 2022. ISMAEL NEBCHI
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July 25, 2022 6:12 AM
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Par Thierry Jallet dans Wanderer - 25 juillet 2022 Avignon, La Manufacture (Patinoire), Vendredi 22 juillet 2022, 11h55 Suite de nos promenades avignonnaises. Et c’est à la Manufacture que nous nous sommes rendus en cette fin de semaine : le lieu est toujours accueillant et ombragé, la programmation toujours intéressante. Nous y avions vu entre autres l’an dernier Parpaing de Nicolas Petisoff ainsi que Nu de David Gauchard, deux spectacles qui nous avaient vraiment beaucoup plu. Le directeur de la compagnie L’Unijambiste est de retour cette année pour une création des plus singulières avec le jongleur, auteur et directeur du Sirque, pôle national cirque de Nexon Nouvelle-Aquitaine, Martin Palisse. Ce dernier a accepté de « livrer le récit d’une vie, de la vie du jongleur [qu’il est] devenu fuyant ainsi la peine de [son] existence ». Atteint de mucoviscidose, Martin Palisse a souvent insisté sur le fait que pour lui, « jongler est un étirement du temps », un acte à la fois artistique et anthropologique. Un acte fondamentalement humain en définitive, qu’il a souhaité partager à travers une active collaboration avec David Gauchard. Ce dernier, impressionné par « sa rigueur, sa radicalité, sa capacité à émouvoir, à raconter des histoires sans aucune parole », s’est attaché à recueillir ses mots, à « capturer la parole » justement, comme il l’avait précédemment fait avec les modèles à partir des témoignages desquels Nu a été créé. Ce moment intimiste et plein de raffinement nous a énormément touché. Nous en rendons compte ici. Après un court trajet en bus nous conduisant jusqu’à la Patinoire – le spectacle étant programmé hors les murs, le public est chaleureusement accueilli par David Gauchard en personne qui apporte dès l’entrée, quelques précisions sur l’espace et l’installation des spectateurs. C’est un dispositif bi-frontal qui a été choisi par Martin Palisse lui-même, et qui occupe une partie de la patinoire. À travers cela, il s’agit de représenter de façon stylisée un couloir. Les gradins occupés par le public l’encadrent et le ferment de chaque côté, comme une évocation des innombrables couloirs d’hôpitaux traversés par l’artiste au cours de sa vie, depuis son enfance où sa mucoviscidose a été prise en charge. Les dimensions appliquées offrent la possibilité de déplacements conséquents comme des courses dans un sens ou dans l’autre. Hormis cela, peu d’éléments scéniques utilisés : un micro sur pied – même si, Martin Palisse vêtu d’un short et d’un débardeur noirs, est également équipé d’un micro sur lui – une caisse contenant les balles de jonglage et sur laquelle l’artiste prend place en s’asseyant au début du spectacle. Avec les enceintes, les câbles, les projecteurs, les néons tubulaires au sol ou sur pied, l’ensemble à vue reste très sobre, fermé par un rideau noir au lointain, là aussi suivant les souhaits du jongleur qui « recherche un dépouillement », permettant de souligner seulement la parole mêlée à l’acte jonglistique. Concentration Il entre par l’avant. Calme et concentré, il regarde paisiblement le public, va s’asseoir sur la caisse. C’est alors que sa voix s’élève, claire et posée. Sans trémolos, sans effets, il entame son récit. « J’ai appris à jongler à l’âge de seize et demi, dix-sept ans… ». Reconnaissant que l’école ne lui a pas apporté d’épanouissement, ne voulant qu’ « être au présent », il va suivre une trame précise et aborder successivement plusieurs thèmes correspondant aux divers témoignages livrés à David Gauchard : « le rapport physique et psychologique à la maladie, l’incidence sur le rapport aux autres, l’incidence dans le quotidien, l’incidence dans les choix de vie, les postures… » D’emblée, la maladie est partout, essentielle, constitutive de l’existence qu’elle n’a pourtant de cesse de menacer. La maladie emplit le spectacle comme elle emplit l’espace de vie, le champ mental. Elle met aussi à distance de ses semblables. La maladie comme une malédiction. « J’ai compris que j’allais être seul ». Seul à cause d’elle et avec elle. Une malédiction qui finit tout de même par se conjurer dans la démarche artistique. Rétrospectivement et grâce à la préparation de Time to tell, Martin Palisse reconnaît qu’il a encore « appris » à plus de quarante ans, que la vérité n’est pas toujours à l’endroit qu’on le pense. La mucoviscidose, « c’est un héritage (…) une chance sur quatre de contracter la maladie ». Et il va exposer ces explications en utilisant des balles de jonglages bicolores, blanches et noires, sorties de la caisse sur laquelle il était assis. Il évoque son frère totalement épargné, sa sœur porteuse saine et mentionne au passage avec une grande pudeur, les relations parfois compliquées avec elle. La génétique familiale métaphoriquement ancrée sur le sol du plateau qui la sublime vers un horizon plus lointain. Le regard est attiré par les multiples tatouages qui ornent le corps de l’artiste. Et les deux clowns au mollet gauche, figures emblématiques du cirque, retiennent l’attention. Entre rire et larmes, entre tension et légèreté toujours, ils semblent fixer l’hésitation permanente qui imite en le grossissant, le mouvement du spectacle. C’est à ce moment que le jongleur choisit d’insister sur la distinction entre la fatalité et la contingence des choses qui justifie selon lui qu’il soit malade et pas le reste de la fratrie à laquelle il appartient. « La contingence est l’inverse de ce qui est nécessaire. » Et il fait le parallèle avec les balles qu’il va lancer et qu’il va parfois laisser tomber. Sans nécessité, juste par contingence aussi. Traversant le plateau, il place un disque sur la platine qui est au sol, comme il le fera plusieurs fois au fil du spectacle. La musique – si importante dans son travail jonglistique – monte. Un grondement puis un son plus aigu. Martin Palisse s’avance vers une des balles qu’il avait laissées au sol, au centre du plateau-couloir. Il la récupère avec les pieds, la positionne solidement sur l’un d’entre eux et marche. Pivotant sur lui-même, il écarte les bras, lance la balle en l’air à la verticale et la récupère du plat d’une main, la faisant ensuite passer d’une main à l’autre. Les mouvements sont maîtrisés, plein d’une grâce singulière pour un moment tout aussi singulier. La musique semble imiter des pulsations cardiaques et rythment les mouvements du jongleur qui ne perd pas la balle des yeux. Sans la moindre nervosité, ne se départissant pas de sa concentration sereine. Une voix off s’élève. La sienne. Un des enregistrements sans doute qui aborde les différents traitements, sans les nommer directement. C’est alors qu’une des balles tombe. Il souffle et la reprend, l’envoie plus haut et souffle encore. Souffler, n’est-ce pas s’arrêter pour mieux continuer ? Une fois encore, c’est aussi être au présent pour envisager un avenir. Et il l’affirme sans détour. « La découverte du jonglage est quelque chose qui a s’est transformé dans mon rapport au futur (…) J’explore le temps dans mes spectacles » Et la fin est – enfin ! – tenue à distance. Le geste sûr de Martin Palisse La normalité et sa relativité, les souvenirs d’enfance avec les lourds contrôles médicaux, la condescendance des autres et le fond des yeux où elle se loge, les limitations de nourriture, l’infertilité, la sexualité… Martin Palisse déplie sa narration, nous fait délicatement plonger dans son intimité, sans voyeurisme, sans pathos, sans désir de revanche, sans banalisation non plus. Puis, il y a ce médecin qui reconnaît qu’il y a « des choses dans la vie plus importantes que la maladie ». Il soupire d’aise. « Ça m’a fait du bien d’entendre ça. » Et il danse sur un nouveau morceau dont les premières paroles sont éloquentes. « I don’t give a fuck about that… » Tout est dit. Et alors que l’ombre de son corps au sol reproduit ses mouvements, il se fige soudain, dans une maîtrise parfaite de son art, sans la moindre contingence donc, une de ses balles de jonglage sur le front. On est surtout frappé par la place des halètements et des souffles dans le spectacle : enregistrés avec la musique ou produits par l’artiste lui-même au terme des moments de jonglage éprouvants par leur intensité, ils se répandent et créent une atmosphère sonore particulière. Le corps en sueur, jusque « dans ses retranchements », le jongleur va au bout de son art, au-delà de la maladie qui ne gagne jamais cette bataille-là. « Quand je dois faire les choses dans la vie, soit je ne les fais pas soit je les fais à fond. » Et la musique monte, Martin Palisse tourne sur lui-même, en souplesse, régulièrement, maîtrisant ses gestes, augmentant sa vitesse. Et il souffle amplement. Toujours, dans un présent qui s’étire. Alors que le spectacle s’achève, que les saluts – y compris aux propres balles du jongleur – ont été accompagnés d’applaudissements très nourris, on repense au titre du spectacle. Le moment de dire. On perçoit toute la profondeur de la réflexion à la fois artistique et philosophique engagée ici conjointement par Martin Palisse et David Gauchard. Et on se dit que ce moment de confidence d’un artiste accompli, cette forme de « friction entre le récit et la physicalité du jongleur » constitue une méditation joyeuse rejoignant la pensée de Montaigne qui écrit dans les Essais que « tout ce qui peut être fait un autre jour peut être fait aujourd’hui ». Et ce, comme Martin Palisse sans aucun doute, en étant au présent. Thierry Jallet / Wanderer
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Le spectateur de Belleville
March 18, 2021 5:25 PM
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Par Philippe Noisette dans Sceneweb 7 février 2021 Carnets de création (7/28). Complice de Vimala Pons, Tsirihaka Harrivel se réinvente en homme-orchestre avec La Dimension, objet sonore et scénique. La sortie d’un album de musique d’abord, puis un spectacle “d’après” ensuite. Tsirihaka c’est un corps, souple et chorégraphique, autant qu’une voix, enchantée. Avec De nos jours (notes on the circus) du collectif Ivan Mosjoukine, on découvrait l’un, dans Grande, en duo avec Vimala Pons, on entendit l’autre. Depuis, on guette chaque pas de côté de Tsirihaka Harrivel, artiste attachant. Son actualité en cette fin d‘hiver ? « Ce sont des journées à travailler autour d’un spectacle qui s’appelle La Dimension d’Après. Comme son nom l’indique c’est un spectacle “d’après” : il est écrit “d’après” La Dimension, un album de musique que j’ai commencé à écrire à partir de 2017 et qui sortira fin février chez Teenage Menopause ; il est “d’après” l’histoire inventée de quelqu’un qui tomberait dans un bâtiment désaffecté (lui-même d’ailleurs serait désaffecté émotionnellement : il n’échouerait pas là par hasard) ; et il est “d’après”, et après, GRANDE- (le spectacle que j’ai imaginé avec Vimala Pons ma partenaire de création) : c’est un zoom sur la 28ème minute de ce spectacle. 2 choses émergent aujourd’hui donc (album et spectacle) qui forment une sorte de diptyque : La Dimension d’après/la Dimension…, et ce diptyque crée lui-même un autre diptyque avec le spectacle que prépare Vimala, Le Périmètre de Denver (2022). Voilà c’est tout plein de raisons, mais concrètement je ne répète qu’un spectacle basé sur une succession de coups ». De ce solo, mais pas seul – « nourri de lectures comme celle de Pacôme Thiellement ou de rencontres »-, Harrivel dit qu’il est « riche d’une part de moi. Avec Vimala, nous avons co-écrit nos spectacles pendant 10 ans. Avoir une respiration c’est essentiel ». Même si Vimala Pons n’est jamais (trop) loin qui le conseille sur des choses de fond. Comme nombre de créateur-interprète, Tsirihaka a vécu 2020 au (faux) rythme des confinements et autres contraintes. « J’ai été jusqu’ici en période d’écriture mono-tâche sur ce cycle de travail et la plupart des théâtres ont fait le maximum pour assurer les périodes de résidence (donc sans public). Ce qui est une chance absolue dans cette période négative. On va dire que les conséquences étaient moindres (de ce côté-là). Avec les personnes qui travaillent avec moi, on a dû surfer sur cette vague très aléatoire pour continuer à faire tous nos trucs. On se prépare maintenant à la non-création (?) d’un spectacle dans 3 semaines, ça sera surtout une manière pour nous de créer une ponctuation finale à cette période d’écriture avant de pouvoir un jour le présenter à pleins de gens. L’album de musique, La Dimension, sortira donc avant : il jouera vraiment son rôle de bande-son à l’envers. Les choses sont là et j’essaie de tenir les timings car c’est pour moi une manière de ne pas me sentir complètement impuissant face à ce qui arrive et cela permet de commencer à travailler sur les autres projets qui me tiennent à cœur et qui m’attendent ». Faudra-t-il penser autrement ce monde d’après, celui de la création en tout cas ? « Je ne sais pas quoi répondre…C’est quand même quelque chose tout ce qu’on se prend en pleine face en ce moment, on est obligé de l’affronter et il faudra bien trouver un moyen de transformer cette matière tristoune en quelque chose… ». La solidarité, notion essentielle lorsque l’on pense collectif, est dès lors un horizon possible pour les créateurs aujourd’hui. On pose la question à Tsirihaka Harrivel. « Je ne sais pas si c’est cela la question mais je répondrai que je sens autour de moi une nécessité de se regrouper, de s’organiser, de mutualiser les moyens et de créer pleins de microcosmes pour ne pas dépendre uniquement de ce qui peut se passer : préparer une défense. Bien sûr ce n’est pas nouveau mais cette satanée crise a accéléré cette tendance. C’est maintenant le futur, en fait. Il faut se ressouvenir qu’on va faire des choses et que c’est puissant de voir un spectacle (parfois) quand c’est autre chose qu’un avis -un peu comme ici- mais quelque chose écrit avec une langue nouvelle et une pensée qu’on aurait jamais pu imaginer. » Propos recueillis par Philippe Noisette – www.sceneweb.fr
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Le spectateur de Belleville
February 22, 2021 3:44 AM
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Par Ariane Bavelier dans Le Figaro 22/02/2021 Le plus célèbre des acrobates français est la cible d’une vidéo anonyme qui souligne ses emprunts à l’œuvre de confrères. Un procédé indigne pour une vaste question. «L’histoire de l’art est une suite infinie de réinterprétations et de détournements d’idées, de motifs, de références», se défend Yoann Bourgeois de l’accusation de plagiat. JOEL SAGET/AFP Au cirque, celui qui tombe peut en mourir. Celui qui tombe , c’est justement le titre d’un des spectacles qui a fait la gloire de Yoann Bourgeois. Des acrobates luttaient pour rester debout sur un immense plateau de bois tournant sur un pivot central. Depuis, il y a eu bien d’autres réussites. Bourgeois, on se l’arrache. Il a fait l’ouverture du théâtre de la Scala à Paris, occupé le Panthéon ou la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon avec ses installations poétiques, le monde entier programme ses spectacles et le comité des Jeux olympiques l’aurait même approché pour qu’il intervienne, comme naguère Decouflé, lors d’une des cérémonies liées à la manifestation. À LIRE AUSSI : Au Panthéon, Yoann Bourgeois en apesanteur En outre, il dirige depuis 2016, avec Rachid Ouramdane nommé le 11 février à la tête de Chaillot, le CCN2 (Centre chorégraphique national de Grenoble). Les statuts de celui-ci l’en assurent, Yoann Bourgeois continuera jusqu’à la fin de son second mandat en 2022. Toutefois, il reste pour l’instant aux abonnés absents. Une vidéo anonyme postée sur Vimeo le 6 février juxtapose une dizaine d’extraits de spectacles signés par d’autres artistes et des séquences des siens. Plan à plan, pour montrer que Bourgeois cite littéralement et sans créditer. La vidéo s’intitule «L’usage des œuvres». Bourgeois y a répondu par une tribune intitulée «L’histoire peine» sur Artcena (site du Centre national des arts du cirque, de la rue et du théâtre), manière de traduire à la fois sa douleur devant la violence de l’attaque et de se défendre de l’accusation de plagiat, arguant que «l’histoire de l’art est une suite infinie de réinterprétations et de détournements d’idées, de motifs, de références». À LIRE AUSSI :Soupçonné de plagiats, le circassien Yoann Bourgeois se défend La vidéo a été envoyée aux compagnies et à certains directeurs de théâtre - des méthodes de corbeau. Sur Facebook, un post a suivi, signé du pseudo Samson Hitalic: «Yoann Bourgeois… mon grand ami. Nous avons passé quinze ans à danser, jongler, sauter, grandir, en lisant et en voyant des centaines de spectacles. Comment a-t-il pu devenir ce monstre qui piétine tous ses amis, qui vole les œuvres?» Sur Facebook toujours, mais sous son nom, Chloé Moglia, reine de la poésie suspendue, qui se découvre dans la vidéo, détaille longuement son questionnement face aux méthodes de Bourgeois. Les artistes qui se découvrent sur la vidéo restent en effet médusés. Bourgeois a fait sa gloire en mettant bout à bout «leurs» motifs! Ils relaient le tout sur les réseaux sociaux, la vidéo devient virale. Et la réponse dans Artcena n’arrange rien. Chacun s’attendait à des excuses. Bourgeois livre une théorie sur l’éternelle reprise des images. «Tout le monde l’a mal vécu. Jean-Baptiste André, Jörg Müller, Camille Boitel ont du mal à se produire sur les scènes nationales. On leur répond: Yoann Bourgeois est déjà passé et vous faites à peu près la même chose», commente Pierre Pélissier, alias M. Culbuto, artiste de rue. Même si chacun travaille dur, la période du Covid, avec interruption des spectacles depuis un an, n’adoucit pas les esprits. Le ressentiment alimente même, chez certains, le projet d’une action en justice. «L’esprit de l’école» Un monde est à terre. Celui du nouveau cirque, pourtant né dans l’idée du collectif et du dialogue. Hormis Camille Boitel, qui est passé par l’école Fratellini, et Pierre Pélissier, tous les autres cités dans la vidéo - Chloé Moglia, Jean-Baptiste André, Lucien Reynès, les jongleurs du Petit Travers et Jörg Müller - sortent du Centre national des arts du cirque. Comme Bourgeois, le benjamin. «L’esprit de l’école a été largement façonné par Bernard Turin. Contrairement à l’école de Montréal, qui forme des artistes partis pour tenter leur chance en individuel, le Cnac forme des promotions de gens venus d’horizons très différents qui évoluent en compagnie et qui se remplacent les uns les autres quand l’un d’entre eux est blessé», dit Pascal Jacob, historien du cirque. À LIRE AUSSI :Ô Chloé Moglia, suspends ton vol La plupart de ces artistes ont travaillé avec Yoann Bourgeois. Lucien Reynès était sur son premier spectacle, Cavale. Jean-Baptiste André a été acrobate pour lui. Chloé Moglia et les jongleurs du Petit Travers ont été artistes associés au CCN2 de Grenoble. La question des frontières se pose lorsqu’on travaille sur le même parquet. «J’ai juste croisé Yoann dans les couloirs, jamais travaillé avec lui», précise Chloé Moglia, qui se souvient de sa stupeur lorsqu’elle avait vu le spectacle Minuit de Yoann Bourgeois. Il reprend un de ses motifs, des artistes suspendus par les bras à une perche horizontale et qui se laissent tomber à mesure qu’ils n’en peuvent plus: «Le soir du spectacle, Yoann m’avait accueillie avec beaucoup de chaleur. Il avait prévenu l’équipe, me disait-il, que la reine de la suspension serait dans la salle. Étrange flatterie ou sincère considération?» « Cette vidéo est habile, les ressemblances sont troublantes par leur accumulation, mais, à y regarder de plus près, la thèse de la contrefaçon peine à s’imposer » Maître François Pouget, spécialiste du droit d’auteur La question de l’emprunt de dispositifs ou d’agrès alimente une autre polémique. Lorsqu’il a inventé celui dit de la roue Cyr, Daniel Cyr a demandé qu’il porte son nom. Hormis cela, il n’en a pas limité l’usage, évitant le débat que suscite l’affaire Bourgeois. «En 2018, des amis m’ont alerté: ils avaient vu Yoann Bourgeois utiliser un culbuto dans son spectacle. J’avais déposé le mien à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. J’ai négocié avec Bourgeois pour qu’on partage les droits d’auteur de ses solos en culbuto à 50/50, ou selon des parts moindres lorsqu’il s’agit d’une plus petite participation dans un spectacle. J’ai aussi demandé que mon nom soit crédité, ce qui n’a pas été systématiquement fait», dit Pierre Pélissier. Il ajoute: «Dans cette vidéo, j’ai découvert que le clip de la rappeuse Missy Elliot était sorti. Fait rarissime, il possède un long générique de fin (40 secondes) où est notamment mentionné: «culbuto conceptualized-Yoann Bourgeois». Et moi, je ne suis pas cité! Alors que là, franchement, il y avait la place!» Même ambiguïté concernant un tube aquatique où évolue un acrobate en apnée, une attraction créée par Jörg Müller en 2001 et dans laquelle Yoann Bourgeois a plongé pour ne plus en sortir. «Certes il crédite Jörg Müller à la conception, mais lui signe la mise en scène. Pour le spectateur qui ne connaît pas le nom de Jörg Müller, tout ça, c’est du Yoann Bourgeois», estime Chloé Moglia. Malaise encore, et plus profond, face à la copie de quelques minutes d’Intérieur nuit, de Jean-Baptiste André, processus qui enferme des gens dans une boîte, sens dessus dessous. À LIRE AUSSI : Dialogue idéal entre les artistes et le Palais de la Porte Dorée «Si on étudie la question de l’antériorité, on a mis des acrobates dans des aquariums pour jouer l’homme ou la femme sirène dès le XIXe siècle. De même, le mobilier qui se déglingue, les échelles dont les barreaux s’effondrent appartiennent au répertoire de la grande illusion comme au registre clownesque à la même époque. Le plateau en bois suspendu à des filins que reprend Lucien Reynès était déjà pratiqué par la troupe Kabakov à la fin des années 1990. Yoann Bourgeois y apporte une autre dimension en le faisant tourner», précise Pascal Jacob. Maître François Pouget, spécialiste du droit d’auteur, précise: «Cette vidéo est habile, les ressemblances sont troublantes par leur accumulation, mais, à y regarder de plus près, la thèse de la contrefaçon peine à s’imposer. D’une part parce qu’il y aurait autant de procès que de victimes, chacune ne pouvant agir que pour sa part, pour la scène dont elle est l’auteur. D’autre part parce que l’impression première vient souvent, dans certaines séquences, du réemploi d’un dispositif plus que de la reproduction d’une création esthétique formelle. Se suspendre à une barre dans le vide et tenir jusqu’à n’en plus pouvoir peut difficilement être considéré en soi comme protégé par le droit d’auteur. Il faut quelque chose de plus: ce qu’en fait l’auteur, ce qu’il y met dedans et autour. La comparaison des chorégraphies visibles dans la vidéo ne joue pas en faveur du grief de contrefaçon. À tout prendre, le problème semble questionner la morale d’un comportement plutôt que le caractère contrefaisant d’une œuvre. De même, d’ailleurs, que le choix d’une dénonciation anonyme nous interpelle sur ce registre.» À qui profiterait le crime? Malgré les insinuations incluses dans le post envoyé avec la vidéo, la «constellation» des artistes qui y figure affirme ne pas être à l’origine de celle-ci. «Il y a bien longtemps que les procédés de Yoann nous mettent mal à l’aise, mais chacun travaille dans son coin. Entre gens de cirque, on ne se voit pas. J’en ai parfois parlé à des programmateurs, mais le succès de Bourgeois est tel qu’ils ont tôt fait de te renvoyer: “Est-ce que tu ne serais pas un peu jalouse?” À force, on se tait.» Mais, là, en se trouvant côte à côte dans cette vidéo qui se termine en annonçant une suite, nos réactions éclatent avec violence», dit Chloé Moglia. Citations et emprunts n’empêchent pas de reconnaître à Bourgeois une écriture et un univers aussi personnels, aussi puissants que celui de la plupart des autres artistes de la vidéo. Inspiré par le jonglage et le trampoline, le travail de Bourgeois, basé sur la recherche du point de suspension - cet instant juste avant la chute -, a nourri depuis vingt ans l’écriture d’une bonne dizaine de pièces qui tiennent la route. Le débat qui fait rage mériterait pour le moins de faire avancer la question des droits d’auteur dans le domaine. Le cirque d’auteur entre dans l’âge adulte.
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Le spectateur de Belleville
April 7, 2020 9:13 AM
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Par Rosita Boisseau dans Le Monde 7 avril 2020 Plus vulnérable que le théâtre ou la danse, le milieu des circassiens est frappé de plein fouet par l’interruption des créations et l’annulation des festivals liées aux mesures de confinement.
Le cirque s’alarme. La crise sanitaire porte un coup très rude à « cet art populaire que l’on regarde encore trop avec condescendance en haut lieu », comme le rappelle Philippe Le Gal, président de l’association Territoires de cirque, dans un communiqué envoyé le 25 mars pour insister sur la « solidarité » qu’exige la pandémie. Plus vulnérable que le théâtre ou la danse, l’écosystème du cirque contemporain, basé sur le travail collectif, l’itinérance, des séquences de répétition parmi les plus longues du spectacle vivant (au moins six mois), en raison de l’utilisation des agrès, est frappé de plein fouet par la situation actuelle.
Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : le spectre de l’annulation pèse sur les festivals de musique estivaux En l’espace de trois semaines à peine, le gel général de l’activité engendré par le Covid-19 a entrouvert un gouffre économique dans lequel les compagnies, actuellement au nombre de 800, risquent de glisser rapidement. « L’effet domino des annulations en série va entraîner des conséquences terribles sur la survie de nombre d’équipes artistiques, en particulier les jeunes compagnies, commente M. Le Gal. Les calendriers des lieux et des manifestations ne sont pas extensibles, et les reports ne sauraient résoudre tous les problèmes en train de surgir. Gonfler une saison n’entraînera pas une hausse de fréquentation du public, qui ne pourra pas augmenter le nombre de spectacles qu’il ira voir. »
« On est fauché en plein vol » « C’est l’apocalypse ! », s’exclame Yveline Rapeau, directrice du Festival Spring, dont la 4e édition devait être à l’affiche, du 5 mars au 5 avril, dans 60 lieux de la région Normandie. « Comment le dire autrement, lorsqu’on est fauché en plein vol ? Spring démarrait dans une ferveur incroyable tant du côté des artistes que des spectateurs et, d’un coup, terminé ! L’impact se mesure déjà jusqu’en 2022. Sur les 60 spectacles que j’avais programmés, 40 ont été annulés. Seulement 4 ou 5 pourront être reportés, mais cela entraîne le déplacement de créations, ce qui va évidemment déstabiliser le secteur. Je passe mon temps à me battre avec les plannings, à répondre aux appels au secours des compagnies et suis devenue “l’hôpital des projets malades”. Mais tout le monde se mobilise. » En tête de pont de ce branle-bas de combat, les treize Pôles nationaux cirque qui maillent le territoire français.
Martin Palisse, directeur du festival La Route du Sirque : « L’été va être crucial. Si tout s’annule, les conséquences seront sans doute fatales pour nombre d’entre nous »
L’économie globale du cirque contemporain s’appuie sur les festivals. La saison, qui démarre avec Spring et se conclut avec Circa, à Auch (Gers), en octobre, compte une cinquantaine de manifestations de tout gabarit. « C’est là que tout se passe, insiste Marc Jeancourt, directeur du Théâtre Firmin-Gémier/La Piscine, Pôle national cirque, à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine). Plus de quarante ans après ses débuts, le cirque contemporain a curieusement conservé une organisation festivalière liée, en partie, aux chapiteaux. Sans doute est-ce aussi à cause de son côté populaire et festif. Par ailleurs, les diffuseurs dans ce milieu ne travaillent pas sur vidéo. Ils aiment voir, et même revoir, le plus souvent avec beaucoup de bienveillance, avant d’acheter les spectacles. »
Si la plupart des rendez-vous importants, comme Le Mans fait son cirque, du 19 au 28 juin, Solstice, du 20 au 28 juin, à Antony (Hauts-de-Seine), le Festival d’Alba-la-Romaine (Ardèche), du 9 au 14 juillet, ou encore La Route du Sirque, du 11 au 16 août, à Nexon (Haute-Vienne), sont maintenus pour le moment, la chaîne commence à trembler. « L’été va être crucial, souligne le jongleur Martin Palisse, directeur du Pôle national cirque de Nexon et du festival La Route du Sirque. Si tout s’annule, les conséquences seront sans doute fatales pour nombre d’entre nous. » « Ce sont les petits qui sautent en premier » En première ligne, les manifestations rurales soutenues par des militants et des bénévoles, comme Les Fantaisies populaires, installées depuis 2016 dans le village de 400 habitants de Cenne-Monestiés (Aude), dont l’édition 2020 doit avoir lieu du 1er au 5 juillet. « Nous collaborons avec 80 bénévoles et attendons 14 compagnies en extérieur et, pour la première fois, un spectacle sous chapiteau, expliquent les codirecteurs Mathilde Arsenault-Van Volsem et Frédéric Arsenault. Nous n’avons pas la même solidité économique qu’une grosse manifestation et, comme chacun sait, ce sont les petits qui sautent généralement en premier dans un contexte budgétaire serré. Si nos soutiens financiers habituels, ceux des collectivités locales et, surtout, du fonds européen, dont nous dépendons à 60 %, ne sont pas maintenus, nous serons contraints d’annuler et de reporter. » Déborah Boëno, chargée de diffusion pour Cheptel Aleïkoum : « Tout le monde est prêt à se serrer les coudes » Le mot d’ordre du milieu : ne pas rompre les liens, conserver l’esprit collectif. Pour finaliser sa nouvelle et grosse production intitulée (V)îvre, dont la première, qui devait avoir lieu le 2 avril, à Vendôme (Loir-et-Cher), a été annulée, Cheptel Aleïkoum a lancé un appel à ses onze coproducteurs. « Il nous manque deux semaines de répétition et un budget de 30 000 euros, qui va creuser notre déficit lié aux annulations d’une douzaine de dates déjà d’ici à juin, précise Déborah Boëno, chargée de diffusion du collectif. J’ai eu des réponses positives de la plupart des lieux. Tout le monde est prêt à se serrer les coudes. » Exemple de cette volonté offensive, la mise en place de dispositifs spéciaux pour accueillir certaines troupes ayant dû interrompre la fabrication de leur spectacle à quelques semaines de leur création. Dans le cadre du Mans fait son cirque, soutenu par la municipalité du Mans, Richard Fournier, directeur artistique, travaille à dégager un espace exceptionnel en centre-ville pour accueillir en amont des représentations, trois chapiteaux et deux compagnies, dont Cheptel Aleïkoum… « Nous espérons pouvoir ainsi les aider à finaliser leurs pièces, dit-il. Cela dépend, évidemment, de l’évolution de la situation actuelle. » Lire aussi Coronavirus : le ministère de la culture lance l’opération #CultureChezNous Le contexte terriblement inédit fait surgir des situations tout aussi insolites, qui obligent à s’adapter en permanence. Depuis le 13 mars, la troupe parisienne de L’Envolée Cirque, en résidence de création jusqu’au 27 mars à Circa, à Auch, pour leur spectacle intitulé Elle(s), s’y est retrouvée coincée avec son chapiteau. « Nous ne voulions pas abandonner notre toile sans surveillance, expliquent Pauline Barboux et Jeanne Ragu, acrobates aériennes. Notre monteur n’était pas là, l’équipe technique de Circa pas disponible à cause du contexte… Bref, nous avons demandé à rester confinées ici, dans nos caravanes, avec nos compagnons et nos enfants. » « Nous savions qu’ils seraient bien à Circa, même s’il est étrange que personne de l’équipe ne soit dans les bâtiments, ajoutent Laure Baqué, secrétaire générale de Circa, et Camille Charru, chargée de production. Le fait qu’ils soient en famille a été un argument pour accepter leur proposition très inhabituelle. On leur a néanmoins aussi donné accès aux douches et à la cuisine. » En circuit court Si elles ne peuvent pas progresser sur l’ensemble de la production, Pauline Barboux et Jeanne Ragu continuent au moins à s’entraîner dans de bonnes conditions. Contrairement aux danseurs qui peuvent pratiquer en chambre, la majorité des artistes de cirque, trapézistes, funambules, experts en mât chinois ou en bascule coréenne, à l’exception des jongleurs et des équilibristes, se retrouvent paralysés chez eux sans agrès, sans partenaire. « Cela risque d’ailleurs d’en pénaliser beaucoup, qui ne seront pas au même niveau technique en sortant de confinement », prévient Martin Palisse. Martin Palisse (La Route du Sirque) : « Ma peur est que nous ne puissions plus faire revenir le public dans les salles, que le traumatisme sociétal ne soit trop fort » Comment les circassiens vont-ils réémerger de cette crise sanitaire ? Sur sa page Facebook, le jongleur Denis Paumier, de la compagnie Les Objets volants, implantée à Reims (Marne), a posté cette question : « Comment ce sera d’être jongleur en 2021 ? » Alors qu’une convention virtuelle de jonglage, le JVC Juggling Convention, s’est déroulée les 4 et 5 avril sur la plate-forme Discord, et que de nombreuses vidéos de coaching en acrobatie et contorsion apparaissent sur les réseaux sociaux, certains ont répondu : « On sera youtubeurs et on vivra de placement de produits. » « Et pourquoi pas ?, positive le metteur en scène de cirque Gilles Cailleau. Les jeunes artistes font l’apprentissage d’une certaine liberté, découvrent l’image, la vidéo et le montage, une nouvelle écriture qui peut aussi permettre de réinventer la piste. » Autre alternative, déjà prise d’assaut depuis quelques années par la nouvelle génération : la rue, le local. « On ne pourra plus voyager autant, et il va falloir peut-être revenir au circuit court, comme on dit aujourd’hui, analyse Martin Palisse. Autrement dit, créer un ou deux spectacles par an dans son lieu pour les gens autour. Ma peur, actuellement, est que nous ne puissions plus faire revenir le public dans les salles, sous les toiles et dans l’espace public, que le traumatisme sociétal, cette distance que nous avons instaurée entre nous, ne soit trop fort. Je crains aussi le virage vers une société hygiéniste qui ne colle pas du tout avec la proximité et la pauvreté du cirque et du chapiteau… » Une inquiétude partagée par nombre d’acteurs du milieu : réussira-t-on à se retrouver collé-serré tous ensemble devant un spectacle ? Rosita Boisseau
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Le spectateur de Belleville
October 29, 2019 4:25 PM
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Par Christine Friedel dans Théâtre du blog, 26 octobre 2019 Machine de cirque, de Vincent Dubé Ils sont cinq, Elias Larsson, Raphaël Dubé, Maxima Laurin, Ugo Dario, avec un musicien multi-instrumentiste et pas mal acoquiné avec le surréalisme, Frédéric Lebrasseur. Leur chantier : un échafaudage qui n’a l’air de rien mais sera le lieu de leurs prodiges, chutes et envols verticaux. Techniciens ultra qualifiés, de par la précision et la force de leurs gestes, enfants par le jeu, les risques joyeux qu’ils prennent et leurs rires complices, champions sportifs évidemment ; avec tout cela, ils nous éblouissent et nous font rire, sans jamais se prendre pour des dieux. Ils sont juste jeunes et beaux, dans leur maîtrise fragile, capables d’encaisser les ratés de leur spectacle hyper rodé, quitte à lâcher un « merde » très décontracté pour une tentative en échec (aussitôt surmonté, selon la loi du cirque). Ils prennent le temps de souffler après cent acrobaties à la bascule qui nous tiennent, nous, en haleine, et trouvent le moyen de se reposer (se poser ailleurs, comme des oiseaux ?) avant de s’élancer encore, requinqués par leurs moments de danse lente ou d’humour très contemporain. Peu importe le fil dramaturgique, le seul véritable fil est celui, à la lettre, de la « machine de cirque ». Ils imaginent un monde où ils seraient les seuls survivants? De fait, ils sont seuls à tout faire, à cinq, sur la scène. Seuls, enfin presque, car nous sommes là. Ils s’autorisent à franchir le quatrième mur, à rompre l’enchantement pour venir chercher dans la salle dans la salle une gentille fille qui voudra bien jouer avec eux un moment. La nôtre eut le talent d’accepter avec discrétion et bienveillance, guidée par la main de son prétendant au milieu de ses partenaires jouant – c’est l’occasion ou jamais – les utilités. On vous laisse découvrir comment. Tous pour un, un pour tous : ils osent même laisser un temps l’un d’eux se dépatouiller avec son trapèze en vrille ou autre verticale à parcourir par tout moyen possible, surtout le plus inattendu. « Hé, les gars ! » : à ce niveau, on peut appeler à l’aide, « pour de faux », ça détend. Leur dispositif scénographique en rajoute sur le double registre d’une efficacité sidérante et de l’image d’une technologie mécanique jouissant de sa propre complication. La bascule coréenne, le jonglage aux massues ou de la roue Cyr, grands classiques du cirque, ils les réinventent avec leur danse fluide, l’enchaînement des causes et des effets qui les conduisent à passer mine de rien d’un agrès à un autre, sans jamais insister sur la performance. Désinvoltes ? Plutôt des fous du timing, du tempo, du rythme et d’une élégance huilée à l’humour. Ces jeunes messieurs ne viennent pas de nulle part : Cirque du Soleil, les Sept doigts de la main, récompenses au grand concours du Cirque de Demain… Bonnes écoles, mais ils ont largement dépassé le stade de l’école, assez libres pour inventer un numéro irrésistible qu’ils font délicieusement durer. Nus, fragiles, comment protéger sa pudeur avec quatre serviettes de bain pour quatre, quand en seul en accapare plusieurs ? Jonglerie inédite, acrobatie douce réglée comme un ballet, étourdissant calcul géométrique en action que ce morceau de bravoure ! Ils ont la grâce. Ce concentré de cirque contemporain tourne dans le monde entier depuis la création de leur groupe en 2013. Si vous avez la chance de ne pas les avoir encore croisés, saisissez celle de les voir à la Scala. Christine Friedel La Scala (Paris 10e), à 18h30 jusqu’au 3 novembre (18h le dimanche) -T.01 40 03 44 30 Théâtre Musical Pibrac (31820) à 20h30 le 29 novembre- T.05 61 07 12 11 L’Olympia (Paris 9e) à 20h30 le 7 décembre – T. 0 892 68 33 68 La Grange de La Tremblay à Bois d’Arcy (78 390) à 2Oh30 le 27 mars 2020 – T.01 30 07 11 80
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October 24, 2019 6:55 PM
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La troupe présente, à la Scala à Paris, une succession haletante de numéros époustouflants. Ils sont déchaînés, courent du four au moulin et inversement, compilent les exploits à flux tendu, mouillent la chemise sans chichi. Et lorsqu’on pense que leurs batteries sont raplaplas, pendant que les nôtres se rechargent à vue, les voilà qui se jettent dans un nouveau tour de piste « à fond la caisse », avec débordement de risques. Ces lascars intrépides, qui ne jouent pas à l’économie, sont les cinq artistes du spectacle Machine de cirque, de la compagnie du même nom, à l’affiche jusqu’au 3 novembre de La Scala, à Paris. Un même nom pour une troupe inconnue en France, créée en 2013 au Canada, et une production, leur première, qui tourne depuis sa création en 2015.
La machine est d’abord celle de la scénographie conçue par Vincent Dubé, directeur artistique. Comme on entasse tout son matos dans un conteneur, le club des cinq se love dans un méga-agrès, assemblage de poteaux, de câbles, de planches, de roues de vélo, arrimé à un échafaudage métallique de six mètres de haut. Solide et branlant, cet invraisemblable engrenage compacte les accessoires des interprètes, qui volent entre les filins et se jouent des chausse-trapes comme on plonge dans un vide-ordures. Il s’ébroue aussi régulièrement, sculpture vivante qui soudain se cabre et roule des mécaniques en faisant grincer et trembler la bicoque.
Art de la turbulence Vite, très vite, une question taraude. Que ne savent-ils pas faire ces jeunes acrobates, âgés de 28 à 33 ans et visiblement très outillés ? Epaulé par le musicien-compositeur-bruitiste Frédéric Lebrasseur, collaborateur du metteur en scène Robert Lepage, qui fouette la bande-son en direct sur sa batterie, son ordi, à la guitare, lorsqu’il ne sort pas carrément la fourchette pour touiller les sons, le quatuor de circassiens, composé d’Ugo Dario, Raphaël Dubé, Maxim Laurin et Elias Larsson, dégaine des numéros époustouflants. Mât chinois, roue Cyr, jonglage avec massues qui entraîne les cinq dans la boucle, monocycles perchés et bascule coréenne, feu d’artifice, tout s’enchaîne dans un tourbillon cimenté par une énergie collective musclée.
Resserré sur le petit plateau de La Scala, ce qui met le nez sur la sueur, la virtuosité et le danger qui va avec, le groupe ne se contente pas de tournebouler les mirettes des spectateurs à coups de technique flamboyante. Il décrispe aussi les zygomatiques les plus raides à grand renfort de gags, parfois un peu téléphonés, mais qui achèvent d’emporter l’adhésion de la salle. Un peu de participatif impeccablement ficelé par-ci, un faux strip-tease hilarant par-là – qui donne immédiatement envie de le tester en rentrant chez soi –, Machine de cirque cultive l’art de la turbulence. Mais il y a heureusement un pilote dans l’avion.
Machine de cirque s’ajoute à la liste des enseignes de cirque canadiennes qui raflent la mise, comme le Cirque du Soleil
Ce déluge d’événements, qui semble ne jamais devoir s’arrêter tant les acrobates ont depuis longtemps bloqué la pédale de frein, a aussi la saveur du quotidien et celle d’une cohabitation permanente, déplacés sur scène par de charmants loustics qui font « jeu » de tout bois. Se rafraîchir, se doucher produisent des effets secondaires « boule de neige » dans l’imagination des interprètes. Tout devient show entre les mains de la troupe, qui cultive le coq-à-l’âne et le refrain « selle de cheval, cheval de course » comme une galipette entre deux numéros. Et un tableau surgit l’air de rien de la routine, et avec trois fois rien – une serviette de bain par exemple !
Machine de cirque s’ajoute à la liste des enseignes de cirque canadiennes qui raflent la mise, comme le Cirque du Soleil, chez qui est d’ailleurs passé l’un des collaborateurs de la compagnie, Yohann Trépanier, Les Sept Doigts de la main ou Eloize. Nouvelle génération plus multidisciplinaire que jamais, bardée d’expériences de tout poil, sur la piste mais aussi sur le net – le duo Les Beaux Frères de Yohann Trépanier et Raphaël Dubé cartonne sur Internet –, Machine de cirque témoigne aussi d’un esprit de troupe. Si chacun se distingue sans jamais tirer la couverture à soi, tous ont mis la main à la pâte de l’écriture globale du spectacle. Sous la direction de Vincent Dubé, artiste de cirque et ingénieur de formation, qui est aux manettes depuis 2013, cette première pièce, déjà suivie de deux autres dont La Galerie, créée en 2019, a fait le plein dans le monde entier. Normal : Machine de cirque, résolument tout public, fait rire, émeut, épate et emballe. Elle est enfin à Paris. Légende photo : Représentation de la troupe Machine Cirque le 11 juillet 2017. Loup-William Théberge
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Le spectateur de Belleville
August 13, 2018 7:29 PM
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Sur le site de l'émission La Grande Table d'été, sur France Culture, entretiens avec Romain de Becdelievre, 13 août 2018 DEUXIEME PARTIE : Portrait de Bonaventure Gacon Ecouter l'émission à partir de 33'00 (Première partie: Théâtres solidaires : L'Ecole des actes à Aubervilliers et le Good Chance Theater) Bonaventure Gacon est clown, il présente le spectacle Campana avec le Cirque Trottola au festival d’Aurillac le 21, 22, 24 et 25 août.
"Le clown a ce pouvoir de déclencher le rire sans avoir à en passer par l'intellect. D'ailleurs, c'est très difficile de parler d'un spectacle de clown. C'est un état, une magie du moment."
"Avec le cirque, le public vient voir une fragilité, une mise en danger des corps. On propose un désarmement. C'est aussi pour ça qu'on fait rire en même temps qu'on émeut." Bonaventure Gacon
Légende photo : Bonaventure Gacon jouant Cornélius dans le film "Cornélius, le meunier hurlant" de Yann Le Quellec, sorti en salles en mai 2018• Crédits : Copyright Frédéric Louradour
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Le spectateur de Belleville
December 1, 2017 1:43 PM
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Par Matthieu Dochtermann dans Toutelaculture.com
Jusqu’au 17 décembre La Villette propose au public parisien de découvrir Bosch Dreams, fruit de la collaboration de la compagnie de cirque Les 7 doigts et du Théâtre République. Il s’agit d’un spectacle de cirque comme savent le faire les québécois: virtuose, très écrit, avec une mise en scène soignée. Mais il s’agit surtout d’une oeuvre sensible et ambitieuse, puisqu’elle prend le pari de plonger tête en avant dans l’univers pictural de Jérôme Bosch, animé en 3D par des projections vidéos. Fou, vertigineux, surprenant, beau, émouvant: un spectacle total à ne pas manquer. ★★★★★
Qui n’a jamais rêvé de se promener dans un tableau de Jheronimus van Aken, que nous appelons en France Jérôme Bosch, particulièrement dans le panneau central du Jardin des délices? Les moyens modernes de production d’image mis au service du spectacle vivant, cela peut donner de très bonnes choses comme de plus discutables. Bosch Dreams se démarque d’emblée de ce qu’on voit habituellement, à un double égard. D’une part, la qualité graphique de ce qui est proposé est impressionnante: le vidéaste Ange Potier a réussi à animer les peintures de Bosch, dont l’univers pictural singulier envahit la scène, en couleurs subtiles et lignes improbables. D’autre part, rarement les projections vidéos n’auront été plus intelligemment mises en avant dans le cadre d’un spectacle: superposées aux artistes ou les entourant, proposant autant des décors que des éléments d’action, liant les scènes les unes aux autres, elles sont autant de plongées immersives dans les tableaux somptueux et délirants de Jérôme Bosch, dont l’oeuvre constitue le centre de gravité du spectacle. De ce point de vue, la réussite est complète,
Par moments, on en oublierait pour quelques minutes que Bosch Dreams est un spectacle de cirque. Pourtant, les 7 artistes présents sur scène ne font pas qu’incarner une vaste galerie de personnages qui se croisent dans différentes époques, dans l’univers de Bosch ou dans le nôtre, diversement grimés pour emprunter certains des physiques inquiétants que l’on trouve dans les œuvres du peintre flamand. Ces 7 artistes sont des circassiens de talent, qui auront chacun l’occasion de montrer leur maîtrise d’une ou plusieurs disciplines. Si certains numéros sont peu mémorables, d’autres confinent au sublime. Le duo de cerceau aérien au-dessus d’une baignoire, au milieu de paysages du Jardin des délices et sur fond de The Crystal Ship des Doors est extrêmement beau: gracieux et intense, il saisit par sa fluidité extraordinaire. Le numéro de trapèze ballant est également très bien maîtrisé. Le point culminant du mariage de la prouesse technique et de l’émotion artistique est cependant atteint presque au début du spectacle, avec un numéro d’équilibre sur cannes impressionnant de maîtrise technique de l’exceptionnelle Sunniva Byvard, qui laisse à l’artiste la possibilité d’atteindre une expressivité dans les états du corps et dans ses mouvements qui n’a rien à envier aux meilleurs danseurs. La projection, qui donne l’impression que le numéro se passe au sein d’une bulle posée sur une fleur, magnifie excellemment ce moment de cirque émouvant. Au-delà du travail pictural, central, et des propositions de cirque, essentielles, Bosch Dreams a également fait l’objet d’une écriture dramaturgique soigneuse. Le spectacle réussit le pari d’être à la fois ludique mais instructif, délirant mais construit, onirique mais clair dans son propos comme dans son intention. Tout commence et tout semble se finir par la figure de Jérôme Bosch, sur son lit de mort, d’inquiétants personnages réunis à son chevet. Il confie une baie rouge, comme on en voit de nombreuses représentées dans Le Jardin des délices, à une jeune fille, et c’est cette baie qui sert de fil conducteur dans l’enchaînement des scènes, qui font se percuter présent et Moyen-Âge, réalité sur scène et projections vidéos, montres et humains, tandis qu’un docte professeur revient régulièrement disserter sur les œuvres du génial peinture. Sans baisse de rythme, le spectateur est happé dans une histoire surréaliste, sans queue ni tête, où on trouve finalement naturel que Jim Morrison croise Salvador Dali au détour d’un paysage tiré du Chariot de foin ou de la roue des Sept péchés capitaux. Un quasi sans-faute, absolument réjouissant, qui commence à être bien rôdé après un an d’existence. On peut cependant ne pas être toujours d’accord avec les choix musicaux: les musiques orientalisantes, très belles en elle-mêmes, nous semblent détonner par rapport au reste du spectacle. De même, l’utilisation groupée et intensive de morceaux des Doors finit par tomber à plat: The Crytal Ship fait un écrin magnifique au cerceau aérien, l’intro de Riders on the storm est employée à bon escient, mais trop c’est trop, mais employer Alabama Song (Whisky Bar) sur une scène de bar justement est un peu facile, et quand My eyes have seen you accompagne une scène d’amour par ailleurs assez dispensable on sature un peu. C’est d’ailleurs quand le spectacle met en scène le conférencier spécialiste de Bosch, en essayant un registre d’humour un peu bouffon, que l’écriture est la moins réussie, et on s’imaginerait aisément Bosch Dreams s’en passer. En somme, un spectacle comme un fantasme délicieux, la possibilité de s’immerger dans une galerie de tableaux de Bosch pendant 85 minutes, en compagnie d’excellents circassiens, de créatures étranges, de Morrison et de Dali. Il faudrait être bien difficile pour demander plus.
Après La Villette, Bosch Dreams sera représenté dans de nombreux endroits en France jusque fin février. A ne pas manquer s’il passe près de chez vous.
Une coproduction Les 7 Doigts – Theatre Republique Idée originale et concept Samuel Tétreault Scénario Samuel Tétreault, Martin Tulinius et Ange Potier Direction artistique et mise en scène Samuel Tétreault Consultation dramaturgique Simon Boberg Support à la mise en scène Charlotte Bidstrup, Olaf Triebel et Matias Plaul Vidéo et animation Ange Potier Masques, costumes et décors Ange Potier Textes Samuel Tétreault, Martin Tulinius et Simon Boberg Sur scène Vladimir Amigo, Héloïse Bourgeois, Sunniva Byvard, Evelyne Lamontagne, Mattias Umaerus, Rémy Ouellet, Mathias Reymond. Direction de tournée Sophie Côté Régie de tournée Mia-Luise Heide Régie Video b Régie technique Karl Sorensen Machiniste Simon Carrière-Legris Gréage Domenic Castelli Création lumière Sunni Joensen Création sonore Janus Jensen Accessoires Mette Hammer Juhl Réalisation des costumes Bente Nielsen / Kristine Widriksen Costume du monstre poisson Mathieu René Réalisation des masques Karin Ørum Maquillages et ailes Line Ebbesen Musique Claire Gignac – La Nef, Nans Bortuzzo, Vivian Roost, The Doors, Philip Glass, Ahn Trio, Grapelli, Duke Ellington, Tom Waits, ChillyGonzales Visules: (c) Abraham Per Mortensen
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Le spectateur de Belleville
July 7, 2024 3:40 PM
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Par Fabienne Darge dans Le Monde - 4 juillet 2024 Le clown, l’acrobatie, les arts plastiques, la danse, le théâtre, la musique se mêlent en toute liberté dans le nouveau spectacle de la compagnie franco-catalane.
Lire l'article sur le site du "Monde" : :https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/07/04/a-avignon-dans-qui-som-baro-d-evel-remoule-les-pots-casses-d-une-humanite-en-miettes_6246940_3246.html
Grand moment de jubilation sauvage et cathartique à Avignon, mercredi 3 juillet, où les festivaliers ont découvert la compagnie franco-catalane Baro d’evel avec sa nouvelle création, Qui som ? (Qui sommes-nous ?), laquelle a fait vibrer tous les espaces du lycée Saint-Joseph d’une énergie vitale irrésistible face aux apocalypses en cours. Qui sommes-nous, dans les temps mauvais que nous vivons ? Entre argile originelle et orgie de déchets plastiques, entre musique baroque et techno robotique, entre homme et animal, de quoi sommes-nous faits, pétris, contaminés, souillés ? La cérémonie, avec Baro d’evel, commence avant même le spectacle lui-même. En arrivant dans le lycée, les spectateurs sont conviés, par des officiants tout vêtus de noir, à rejoindre les gradins installés dans la cour, en traversant une exposition de pots en céramique blanche. De beaux objets qui se dressent, droits, simples et purs. Sur la scène, à cour et à jardin, s’alignent de même deux rangées de poteries. La céramique est le motif filé de tout le spectacle, comme figure d’une humanité qui peut toujours se reformer, se refonder, se repétrir à partir du limon originel. La preuve avec une première scène qui met les spectateurs dans sa poche avec un numéro de clown aérien et décalé, qui donne le ton d’emblée : l’un des pots s’étant malencontreusement cassé, il va s’agir d’en remouler un en direct. Or, l’objet prend rapidement la forme d’un pénis entre les mains du céramiste un peu paniqué, avant de se briser à son tour dans l’hilarité générale. Le clown, l’acrobatie, les arts plastiques, la danse, le théâtre, la musique se mêlent en toute liberté dans ce spectacle où se lit la grande histoire du burlesque et, donc, de la fragilité humaine. Il va être question ici de glisser, de tomber, de se relever et de tomber encore. De rester vivant et élégant quoi qu’il arrive, même si chaque chute vous laisse un peu plus maculé, taché, crotté. D’accueillir des mues multiples, quand dans la vie c’est no way pour garder la pureté du blanc et du noir, qui irrémédiablement se mélangent. Beauté plastique Il va être question, surtout, de transformations à l’infini, qui affectent aussi bien les corps que l’espace, au centre duquel trône un étrange monticule en mode yéti endormi. Bientôt, les performeurs se métamorphosent en étranges créatures à la fois archaïques et futuristes, se recouvrant la tête de ces pots en terre encore malléables, y faisant deux trous pour les yeux et un pour la bouche, convoquant nombre de rituels où le masque sert à l’humanité à se refigurer. Réparer les pots cassés d’une humanité en miettes, au visage déformé et brouillé, c’est ce que va décliner ce spectacle au fil de mille idées plastiques, musicales, chorégraphiques et acrobatiques. Un homme qui vit dans un sac de chantier, des duos de clowns métaphysiques, des jeunes femmes à la beauté canonique qui se transforment à vue en grues ou en dindonnes, des Mickey effrayants et grotesques, aux grandes oreilles orange, évoquant Donald Trump, débitant leurs insanités de manière impavide… Autant de tableaux d’une humanité qui cherche, malgré tout, à refaire communauté, à refaire corps, telle qu’elle est montrée dans les passages chorégraphiques de ce Qui som ? La beauté plastique de l’ensemble, le talent des interprètes acteurs-clowns-acrobates-danseurs-chanteurs, la fanfare de cirque grinçante et joyeuse concourent à la réussite de ce spectacle qui est bien la grande découverte de ce début de Festival d’Avignon, pour un public qui ne connaissait pas Baro d’evel, compagnie d’origine circassienne fondée en 2000 par Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias. Un spectacle qui se termine – croit-on d’abord – par une scène magnifique de tempête et de naufrage, voyant échouer en une houle incoercible un monceau de déchets plastiques au milieu desquels émergent enfin des humains survivants. Apparaît alors une enfant qui, un par un, d’un geste délicat, commence à trier ces rebuts constitués d’une matière, le plastique, non miscible avec l’homme, contrairement à l’argile. Mais puisque rien n’est fini quand on croit que tout est fini, alors que l’on s’apprête à quitter la salle, la bande de Baro d’evel entraîne le public pour un « after » en mode manif festive avec mégaphones et banderoles, dans la cour du lycée Saint-Joseph. Place à la musique, à la convivialité et à la danse. On peut même s’offrir un des grands ou petits pots créés par le céramiste Sébastien de Groot. Qui som ? « Comme des glaneurs et des glaneuses, on se fait de ce qu’on ramasse au milieu de l’orage. On n’a pas dit notre dernier mot. On ne va pas se mettre à genoux. Allez, debout ! », clame Camille Decourtye au mégaphone. A Avignon, il y a du monde pour y croire. Qui som ?, par Baro d’evel. Festival d’Avignon, cour du lycée Saint-Joseph, jusqu’au 14 juillet. Puis tournée française et européenne jusqu’en juillet 2025, à commencer par Les Nuits de Fourvière (Lyon) les 19 et 20 juillet. festival-avignon.com Diffusion sur Arte samedi 6 juillet à 22h25 et sur arte.tv. Fabienne Darge (Avignon, envoyée spéciale du Monde ) Légende photo : « Qui som ? », par Baro d’evel, au Festival d’Avignon, le 2 juillet 2024. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE/FESTIVAL D’AVIGNON
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Le spectateur de Belleville
April 6, 2024 11:08 AM
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par LIBERATION publié le 6 avril 2024 Alexis Gruss, grand écuyer et figure du milieu du cirque, est mort ce samedi 6 avril à l’hôpital Saint-Joseph de Paris, révèle le Figaro. L’homme de 79 ans, patriarche de la famille Gruss, a succombé après «un accident cardiaque». «C’est avec une immense douleur et tristesse que la famille Gruss annonce le décès aujourd’hui, samedi 6 avril 2024, à 9h40, de Monsieur Alexis Jacques André Gruss, suite à un accident cardiaque, à l’âge de 79 ans», lui rendent hommage ses proches dans un communiqué. Jusqu’à récemment encore, le saltimbanque, aussi bien trapéziste, que voltigeur, clown ou saxophoniste, se produisait sous le chapiteau familial, niché dans le bois de Boulogne. «Alexis Gruss était bien plus qu’un homme de talent ; il était un pilier, un maître des arts équestres, du spectacle, dont l’empreinte restera à jamais gravée dans nos cœurs, saluent son épouse, son frère, ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. Il a consacré sa vie à faire perdurer les arts équestres de la piste par ses enseignements et sa transmission, inspirant des générations entières. Les fondements de sa vie ont été jusqu’à la fin, sa famille, les chevaux, la piste.» La compagnie Alexis Gruss est issue «d’un couple formé en 1868 par le mariage entre Charles Gruss, initialement tailleur de pierres, et Maria Martinetti, membre d’une famille d’écuyers et acrobates menant son propre chapiteau depuis les années 1850», peut-on lire sur le site de la compagnie. La spécificité équestre de la famille s’est affinée au fil du temps et, à la quatrième génération, Alexis Gruss a donné un nouvel éclat en créant le Cirque à l’Ancienne en 1974. Cette structure, lancée avec la comédienne Silvia Monfort, est considérée comme majeure dans la rénovation des arts du cirque. Une passion venue de son père Le Cirque à l’Ancienne «crée une profonde rupture de style avec le cirque dit traditionnel des années 1970, notamment par la prédominance des exercices équestres», peut-on lire sur le site de la Bibliothèque nationale de France (BnF). «En plaçant le cheval au cœur même du projet, les Gruss (...) préfigurent le Théâtre équestre Zingaro et le Théâtre du Centaure, respectivement créés en 1986 et 1989», développe l’institution. La compagnie avait célébré récemment 50 ans de créations à Paris, sous l’appellation «Les Folies Gruss», avec un show pensé comme une comédie musicale, réunissant 50 chevaux et 25 artistes. Alexis Gruss était né le 23 avril 1944, à Bart (Doubs). Son père, André, était l’auguste «Dédé», clown à la chemise blanche et au chapeau melon. C’est lui qui lui a transmis l’art du spectacle équestre, la musique et la voltige à cheval. Directeur de cirque dès l’âge de 27 ans, Alexis Gruss a su faire du cirque familial une enseigne reconnue pour sa spécificité équestre. Au cours de sa vie, l’écuyer a reçu de nombreuses distinctions, comme celle de chevalier des arts et des lettres ou chevalier de la Légion d’honneur. Il était aussi titulaire de l’ordre du mérite agricole. Une cérémonie religieuse est prévue jeudi 11 avril à 9 h 30, à l’église Saint-Roch à Paris. Libération Légende photo : Alexis Gruss, patriarche du cirque équestre, est mort | L'hommage de Libération @scoopit http://sco.lt/...
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Le spectateur de Belleville
November 18, 2023 7:03 PM
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Par Rosita Boisseau dans Le Monde - 16 nov. 2023 Nombre d’artistes qui participent à La Nuit du cirque, dont la cinquième édition a lieu du 17 au 19 novembre, disent leur attachement aux représentations itinérantes.
Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/11/16/pour-les-circassiens-un-fort-desir-de-jouer-sous-chapiteau_6200537_3246.html?fbclid=IwAR3UAbG63axGUcU3GEXP-oL1xtYUj-iNfCoO8r_KNgjuqOlX4PNdr74O7Us
Bleu, rouge, jaune. Les codes couleur du cirque claquent sur le ciel bleu. La toile multicolore du nouveau chapiteau du Plongeoir, labellisé Pôle national du cirque, hisse haut le drapeau des arts de la piste. Inauguré en 2022, cet espace permanent, conçu au Mans dans une démarche écologique par l’architecte Christophe Theilmann, sert d’écrin à une arène circulaire, des gradins de 400 places, sous une coupole en bois de 20 mètres de haut. « Il y a un confort de travail, tout en conservant le côté brut, s’enthousiasme Richard Fournier, le directeur. Mais c’est d’abord un lieu de vie, au centre duquel sont donnés des spectacles. » Représentation ou pas, une personne accueille chaque jour les habitants du quartier dans le café. Comme 216 établissements en France, en Allemagne, en Pologne, jusqu’au Burkina Faso et même à Taïwan, le Plongeoir fête, du vendredi 17 au dimanche 19 novembre, la cinquième édition de La Nuit du cirque, organisée par l’association Territoires de cirque. Depuis le premier rendez-vous, en 2019, la « Nuit » s’est multipliée par trois et additionne 275 propositions. Au Plongeoir, samedi 18 novembre, une Pyjama Party, avec dix-sept circassiens et musiciens, sous la houlette du jongleur Johan Swartvagher, rassemblera le public jusqu’au matin. « C’est une traversée sous le signe de la bienveillance, souligne Richard Fournier. Chaque spectateur se verra attribuer un ange gardien. » Entre des performances et des ateliers en tête à tête avec un artiste, un boulanger pétrira et cuira la pâte à pain en direct pour le petit déjeuner. Le Plongeoir appartient au réseau des quatorze Pôles nationaux du cirque, dont l’une des missions est de soutenir dans un espace dédié les spectacles sous chapiteau. « Défendre l’écriture circulaire sous chapiteau est crucial actuellement, affirme Richard Fournier. De plus en plus de jeunes artistes sortent des écoles supérieures avec des pièces en solo ou en duo imaginées pour des salles “en frontal”. Si l’on continue comme ça, ce qui fonde le cirque risque de disparaître. » Ajouter à vos sélectionsAjouter à vos sélections Menace sérieuse Ce cri d’alarme trouve un écho chez nombre de professionnels du cirque contemporain. Codirecteur de L’Azimut, à Antony (Hauts-de-Seine), Marc Jeancourt confirme : « Les dernières troupes issues du Centre national des arts du cirque [à Châlons-en-Champagne] qui ont acheté un chapiteau sont AOC et Galapiat, et c’était il y a plus de dix ans. La réalité du chapiteau semble déconnectée de l’enseignement. Les jeunes n’ont plus les moyens de rêver du chapiteau et ne créent plus de grandes formes circulaires. » Conséquence directe : les programmateurs font appel aux compagnies australiennes et québécoises lorsqu’ils ont envie d’une production d’envergure. Ce qui n’empêche pas les enseignes historiques françaises comme Rasposo, Trottola ou Aïtal de tourner beaucoup. Si la menace est sérieuse, la situation n’est pas si sombre. A la tête du festival Village de cirque, à Paris, Marie Chapoullié et Rémy Bovis fêtent, en septembre, les 20 ans de cette manifestation qui investit la pelouse de Reuilly avec quatre chapiteaux pour « revendiquer ce lieu essentiel de liberté et de mixité sociale ». Une centaine de toiles de compagnies de cirque contemporain sont sur les routes. « On note même, depuis six ans, un nouvel engouement pour le chapiteau », insiste Yannis Jean, délégué général du Syndicat des cirques et compagnies de création, qui rassemble 250 adhérents. Dans le même élan, l’apparition de chapiteaux insolites donne un coup de fouet à l’imagerie traditionnelle. Une yourte kirghize abrite Lulu Koren ; un silo, Boris Gibé ; le camion-théâtre du magicien Yann Frisch se balade partout, comme le chapiteau gonflable de la compagnie Ea Eo. Le rêve de chapiteau n’est pas une mince affaire. Une toile coûte entre 30 000 et 300 000 euros. Elle entraîne une économie et un mode de vie sans concession. Dans le spectacle Carmen n’est pas un opéra !, La Famille Morallès raconte cinquante ans de hauts et de bas sous la toile. Sylvie Delaire, 62 ans, a commencé le trapèze enfant dans le cirque familial, qui a fait faillite en 1983. Après différents contrats, elle a racheté en 2022 un petit chapiteau avec son mari, Bernard Delaire, qui l’accompagne sur la piste, dans la mise en scène de Jean Charmillot. « On est repartis sur les routes en réduisant tout au maximum, indique-t-elle. On a un camion et trois caravanes. C’est compliqué, l’itinérance, mais c’est ma vie, et je ne peux pas l’imaginer autrement. » Cette passion emporte également Maël Tortel, équilibriste, qui a fondé le Cirque Pardi ! en 2011. Pour maintenir à flot sa troupe de vingt-cinq personnes (dont quinze acrobates, six enfants, une institutrice, une cuisinière) et le spectacle Low Cost Paradise, il navigue entre contrats avec des lieux labellisés et autoproduction. « Pour avoir des tournées cohérentes, d’un point de vue financier et humain, je profite des trous du planning pour démarcher moi-même les mairies et nous installer dans des endroits non institutionnels, explique-t-il. Et là, on fait tout nous-mêmes : l’affichage, la billetterie… » Cet aspect tout-terrain, le collectif Cirque Queer commence à l’expérimenter. Depuis 2021, ces treize artistes et techniciennes croient dur comme fer dans le chapiteau. « Nous avions envie d’un refuge, d’une maison à nous, précise Marthe, acrobate. Nous voulions aussi nous affranchir de la dépendance des salles. Le chapiteau porte notre vision esthétique et politique, où peuvent s’entrechoquer le populaire, le familial et la désinvisibilisation des personnes queer. » Un enjeu majeur mis en scène dans Le Premier Artifice, entre cirque et freak show. Le chapiteau, une salle de représentation à l’empreinte carbone compétitive Une réflexion est menée au ministère de la culture pour étendre l’usage de cette salle éphémère à d’autres formes de spectacle vivant. Par Rosita Boisseau https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/11/16/le-chapiteau-une-salle-de-representation-a-l-empreinte-carbone-competitive_6200543_3246.html
Le chapiteau, outil écologiquement viable ? En dépit de sa mauvaise réputation de passoire thermique, le chapiteau commence à faire parler de lui positivement dans le contexte de crise actuel. « Si l’on approfondit la question de son fonctionnement en le comparant avec celui des salles de spectacle, il n’a besoin d’être chauffé qu’une heure avant la représentation et pendant, ce qui n’est pas le cas des théâtres, analyse Marc Jeancourt, de L’Azimut, à Antony (Hauts-de-Seine). Par ailleurs, il se pose en milieu rural et en périphérie, et il est, comme on dit, en “circuit court” : le public n’a pas besoin de prendre sa voiture pour y venir. » Ces différents aspects stimulent les réflexions des acteurs du spectacle vivant. Dans le cadre du dispositif Mieux produire, mieux diffuser, engagé par le ministère de la culture, les problématiques du chapiteau sont auscultées sous tous les angles. Un « plan chapiteaux » pour « mettre en œuvre 100 salles de spectacle sur le territoire » est sur la table. « C’est un projet culturel itinérant au service de la diversité des territoires et des habitants, précise Yannis Jean, délégué général du Syndicat des cirques et compagnies de création. Le chapiteau peut être hypercompétitif. Il peut accueillir des résidences longues d’artistes et offre de nouvelles capacités de diffusion. Il est aussi un outil proche des gens de tous les milieux. Et, lorsqu’on sait que 85 % des Français ne franchissent pas la porte d’un théâtre au moins une fois par an… Par ailleurs, si on l’installe dans un parc, par exemple, le terrain est ensuite rendu à son état initial. » Implanter cent chapiteaux (en moyenne un par département) coûterait 5 millions d’euros annuels pour couvrir les coûts de montage et de démontage. Ces enjeux, et plus précisément celui de l’empreinte carbone, sont au cœur de l’opération « Vers un éphémère durable », collaboration innovante pour la décarbonation du chauffage des structures itinérantes, portée, à partir de janvier 2024 et pendant trois ans, par le Centre international des arts en mouvement (CIAM), à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Leur proposition a été retenue dans le cadre de l’appel à projets Alternatives vertes dans les industries culturelles et créatives, de France 2030. Elle a été exposée en juin, lors d’une réunion des volets culture de France 2030, devant la ministre de la culture, Rima Abdul Malak. « Il s’agit de trouver une solution concrète pour décarboner le chauffage des structures éphémères comme les chapiteaux, qui sont aujourd’hui majoritairement chauffés au fioul, résume Chloé Béron, directrice du CIAM. Pourquoi continuer à présenter des œuvres dans ces passoires thermiques ? Pourquoi le chapiteau peut-il être considéré comme durable par essence ? Cela apparaît contre-intuitif, mais sa capacité à s’implanter n’importe où et à n’avoir une empreinte écologique que pendant un temps d’usage réduit peut être une source d’inspiration au-delà de son secteur. » La Nuit du cirque, du 17 au 19 novembre. Lanuitducirque.com Rosita Boisseau (Le Mans)
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Le spectateur de Belleville
March 19, 2023 7:50 PM
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Enquête de Rosita Boisseau publiée dans Le Monde - 19 mars 2023 Le festival Spring, en Normandie, s’ouvre dans un contexte de crise, avec des compagnies nombreuses et désemparées face à des lieux en difficulté, confrontés à l’augmentation de leurs frais fixes.
Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/03/19/le-cirque-contemporain-en-equilibre-fragile_6166152_3246.html
Vertige cosmique, jeudi 9 mars, en ouverture de Spring, festival international des nouvelles formes de cirque. D’abord, La Boule, duo pour deux femmes imbriquées, n’est pas ronde et roule de travers. Elle sautille sur une jambe, sort soudain des antennes, se métamorphose en baleine ou tortue. Ce casse-tête vivant est signé par Liam Lelarge et Kim Marro. Il dégage la route pour mieux s’y perdre au spectacle Les quatre points cardinaux sont trois : le nord et le sud, d’Andrés Labarca. Dans une impressionnante baraque en ruine, deux hommes se cherchent des noises et finissent par méchamment se trouver. Ces deux pièces de jeunes circassiens aux antipodes donnent la couleur contrastée de Spring. Basée à Cherbourg (Manche), la manifestation se déploie jusqu’au 16 avril sur les cinq départements de Normandie. Une irrigation massive d’un territoire énorme, qui rallie des institutions, dont l’Opéra de Rouen, à la salle des fêtes de Ménesqueville (Eure). Autant dire que le thème de cette édition, « La Conquête de l’espace », joue autant sur les échelles des lieux que sur les gabarits des productions. « On voit de plus en plus de scénographies ambitieuses chez la nouvelle génération, constate Yveline Rapeau, directrice de Spring. Peut-être est-ce l’exemple de têtes d’affiche comme Vimala Pons ou Phia Ménard, mais certains metteurs en scène de cirque ont envie d’avoir les moyens de gros dispositifs. » Ce penchant paradoxal dans un contexte de crise soulève évidemment des réactions. « Des tensions d’abord, poursuit Yveline Rapeau. Notre réseau est moins doté que le théâtre et les réductions de budget se font sentir. » Un point de vue partagé par Martin Palisse, jongleur et directeur de Multi-Pistes, à Nexon (Haute-Vienne), qui tempère : « Sans se laisser entraîner par la seule économie, il faut parfois démarrer par des formes plus modestes, plutôt que de compter sur des scénographies énormes qui lorgnent vers le théâtre en diluant le geste circassien. » A l’inverse, l’acrobate Mathurin Bolze, aux manettes du festival Les Utopistes, à Lyon, soutient que « le cirque contemporain doit arrêter de se contenter de solos ou de duos sans décor pour pouvoir survivre, et ne pas avoir honte de prendre du poids et de la place ». Sur la corde raide Avec près de 700 compagnies en activité, cette scène bouillonnante toujours en croissance traverse une passe délicate. « Les lieux sont noyés sous les propositions de spectacles et asphyxiés par les problèmes financiers et l’augmentation de leurs frais fixes, analyse Mathurin Bolze. Ils doivent remplir les salles avec moins de moyens et sont incapables de répondre à tous les artistes qui cherchent à être programmés. » Quant aux treize Pôles nationaux cirque, ils peinent à accompagner les multiples projets qui se bousculent au portillon. « On n’a pas arrêté d’ouvrir nos studios pour des résidences de travail depuis deux ans, mais notre capacité de diffusion est en train d’atteindre ses limites », commente Frédéric Durnerin, directeur de l’Agora, à Boulazac (Dordogne). Lire l’enquête : Festival Spring 2019 : le printemps des circassiennes Du côté des artistes, habitués à beaucoup tourner (environ cinquante dates par an), on s’inquiète. « La colère monte, avec un sentiment d’impuissance », affirme l’acrobate Lucien Reynès, du collectif Naïf Production, repéré il y a vingt ans dans le milieu du cirque et de la danse contemporaine. Il bat depuis quelques mois le rappel de complices circassiens pour chercher dans le collectif de nouvelles possibilités. Ont déjà répondu partants pour une rencontre informelle en avril : Chloé Moglia, Coline Garcia, Mathurin Bolze, Marion Collé, Matthieu Garry, Etienne Saglio, Marie Fonte, Mathieu Bleton, Sandrine Juglair… « Nous allons réfléchir ensemble sur les mutations que nous sommes obligés d’opérer », glisse-t-il. La situation de Lucien Reynès, comme celle de bien d’autres, devient critique. Avec 100 dates de tournée par saison d’ordinaire, il se retrouve cette année sur la corde raide, avec seulement vingt-deux dates. Une chute qui met en danger sa compagnie et lui fait courir le risque de ne pas pouvoir conserver son statut d’intermittent. « Je ne sais pas où je vais, confie-t-il. Et je ne suis pas tout seul. Je reçois nombre de messages d’amis qui quémandent des cachets. Il y a une raréfaction des ressources et la biodiversité du cirque va en prendre un coup ; pour la première fois, le dialogue est rompu avec les diffuseurs. » Il souligne un phénomène inédit. Parmi les dix-sept coproducteurs de son spectacle Gravitropie, qui normalement l’affichent dans leurs théâtres, six sont venus le voir, cinq le programment : les autres n’ont pas donné suite pour le moment. Injonction du divertissement Cette attitude, devenue plus courante, irait de pair avec une évolution des comportements. Yannis Jean, délégué général du Syndicat des cirques et compagnies de création, évoque de « mauvaises habitudes » prises durant la crise sanitaire. « Certains diffuseurs se permettent aujourd’hui d’annuler des pièces au dernier moment, laissant les troupes très fragilisées, affirme-t-il. Le rapport de domination entre les lieux et les troupes est devenu plus aigu. Mais ne jetons pas trop la pierre sur les directeurs de salles, car le contexte est violent pour tout le monde. » Il insiste néanmoins sur le succès public toujours au rendez-vous pour le cirque contemporain. Curieusement, alors que la précarité menace, la diversité esthétique se porte bien, « avec une tendance sociétale et militante », indique Yveline Rapeau. Question de génération, les thèmes de l’écologie, du genre, de la sexualité s’offrent des manifestes circassiens. Dans une démarche qui vise la jeunesse, Coline Garcia a ainsi créé le spectacle Boîte noire, qui ausculte les représentations des pratiques sexuelles sous le joug de la domination masculine. « Donner à voir à des enfants et à des adolescents un cirque porté par des femmes est urgent, assure-t-elle. J’entends aussi revaloriser des techniques dites féminines, comme la corde lisse ou le trapèze, qui sont toujours regardées de façon condescendante, notamment par les hommes, qui, eux, à les entendre, prennent plus de risques que nous. » Quant à l’injonction du divertissement, elle entend y résister, pour brandir « un cirque qui a des choses à dire ». Le statut de la femme dans une scène majoritairement masculine évolue lentement. Selon les chiffres donnés en 2020 par le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac), seulement 28 % seraient metteuses en piste. En haut de l’affiche, Vimala Pons, Maroussia Diaz Verbèke, Raphaëlle Boitel, Chloé Moglia, mais encore Mélissa Von Vépy ou Fanny Soriano profitent de la voie dégagée par les pionnières Jeanne Mordoj et Marie Molliens. « La situation a changé depuis les années 1980 où ma mère était quasiment la seule dans le cirque, raconte Marie Molliens. On est plus nombreuses, plus valorisées… Mais il faut tout de même dire que les négociations de fond sur les programmations et les budgets restent des affaires d’hommes dans ce milieu. » Marie Molliens, qui joue sous chapiteau avec sa compagnie Rasposo, profite d’une belle opération concoctée par Marc Jeancourt, directeur de L’Azimut, à Antony (Hauts-de-Seine) : vingt-quatre dates pour sa pièce Oraison. « J’ai embarqué Les Gémeaux de Sceaux, L’Onde de Vélizy et Le Théâtre de Rungis pour rendre possible cette diffusion », précise-t-il. Une belle manière de se serrer les coudes en mutualisant la facture. Festival Spring, jusqu’au 16 avril, divers lieux en Normandie ; Festival Les Utopistes, à Lyon, du 23 mai au 17 juin ; « Time to tell », de Martin Palisse, le 31 mars à Marciac (Gers), les 3 et 4 avril à Albertville (Savoie), le 11 avril à Rennes ; « Oraison », de Marie Molliens, jusqu’au 9 avril, à L’Azimut, à Antony (Hauts-de-Seine). Rosita Boisseau (Cherbourg- Manche) pour Le Monde Légende photo : « Boîte noire », de Coline Garcia. VINCENT MUTEAU
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Le spectateur de Belleville
October 9, 2022 5:41 PM
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Par Chablis Winston & Raphaël Helle dans Sparse - 06/10/2022
Le mec est une légende du cirque contemporain. Il fait partie de ceux qui ont lancé le nouveau cirque il y a plus de 30 ans. Il est de la première promo du fameux CNAC (centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne). Johann Le Guillerm est surtout un inventeur incroyable. Un peu sculpteur, un peu plasticien, un peu architecte, un peu calligraphe, cet autodidacte passe son temps a imaginer des machines et des structures qu’il met en valeur dans ses spectacles sous chapiteau à 360. Il fait tellement d’expériences (qu’il appelle ses « chantiers »), qu’on l’a affublé du surnom de « Léonard De Vinci du cirque contemporain ». Il a monté son chap’ à la friche artistique de Besançon jusqu’au 15 octobre, pour la rentrée des 2 scènes. Seul sur la piste, entre Klaus Kinski et Mad Max, Johann éprouve ses inventions dans un spectacle de savant fou ou il sait encore nous impressionner par sa technique et sa poésie. On est passé voir Terces, son dernier spectacle, et on a discuté avec la légende, qui nous a payé le café devant sa caravane, au soleil. Rencontre avec un « praticien de l’espace des points de vue »… Tout un programme, barré et fascinant. Le spectacle que tu présentes à Besançon, Terces, c’est le troisième volet d’une série initiée il y a 15 ans ? Ouais. Je travaille sur un principe de mutation avec le spectacle sous chapiteau. Le principe c’est que y’a la moitié du spectacle qui est totalement renouvelée à chaque mutation, un quart qui reste du précédent, et un quart qui reste de l’avant dernier. C’est comme ça que ça tourne. Aujourd’hui, y’a une quarantaine de numéros qui sont sur une banque de données et qui permettent de renouveler cette banque. Et la mutation, c’est tous les 7 ans. Tu te décris comme un « praticien de l’espace des points de vue ». Si j’essaie de traduire ça, c’est important l’aspect 360° du cirque ? Autour de tes inventions, d’avoir différents points de vue ? Si on parle de cirque, moi j’en parle jamais à cause de la langue qui mute et que le mot « cirque » n’a plus de sens aujourd’hui. Je me décris pas comme un circassien mais comme un praticien des espaces de points de vue. J’ai commencé comme circassien, mais à l’époque, c’était évident que c’était l’espace des points de vue dédié à l’ensemble des pratiques minoritaires ; le cirque se passait autour d’une piste avec un gradin qui encercle le sujet. Le cirque c’est essentiellement lié à l’espace. C’est l’espace des points de vue, qui est l’architecture naturelle de l’attroupement, et à l’intérieur un espace dédié à l’ensemble des pratiques minoritaires. L’ensemble des pratiques minoritaires n’est pas défini, une pratique peut être glissante, quand elle se vulgarise elle n’est plus minoritaire. Et elle n’aurait plus sa place au cirque ? Ouais. Y’a des choses tellement vulgarisées, si tout le monde fait une chose qu’avant personne ne faisait, plus personne n’a d’intérêt à voir ce truc. L’expérimentation c’est dans l’ADN du cirque, les choses qui ne se sont pas faites avant ? Oui, ou qui se sont perdues. La pratique minoritaire c’est tout ce qui ne se fait pas, ne se fait plus ou ce qui ne s’est jamais fait, donc le glissement va dans tous les sens. Quand je fais une machine ou un numéro, je fais en sorte qu’il n’y ait pas de fioritures qui viennent étouffer l’idée de base Avec toutes tes expériences (t’es aussi sculpteur plasticien, calligraphe, architecte), c’est le côté « ça n’a jamais été fait avant » qui te motive ? Oui, je cherche des choses qui n’ont pas été faites ailleurs. Dans mes recherches, je prends le chemin qui ne mène pas à Rome. Ces choses qu’on a pas l’habitude de voir, c’est ce qui m’intéresse, c’est la surprise, c’est comprendre des phénomènes. Et si elles me surprennent, y’a des chances qu’elles en surprennent d’autres. Ces idées d’invention, à la base, ça vient d’où ? Le mouvement et la force ? c’est ça qui t’intéresse ? Pas que…À la base, dans mon observatoire autour du minimal, j’éprouve le monde, toutes sortes de choses. Tout part souvent d’une recherche sans but, c’est-à-dire un truc qui m’intrigue. Je trouve des choses, et j’essaie de comprendre ces choses, de développer les possibilités permises par ces choses, et de là je construis des numéros. Pour construire un numéro, je n’ai pas de sujet, j’ai un phénomène, que j’essaie de comprendre. Une fois que j’arrive à le maîtriser, je regarde ce que je peux faire autour, je déploie un maximum de matière, et après je compose avec cette matière, du déchet et de l’exploitable. De l’exploitable vient les numéros. Le côté circassien c’est la partie émergée de l’iceberg de toutes tes recherches ? Le chapiteau est un détail, une facette de l’ensemble de mon projet. Mais tu joues parfois ailleurs que sur une piste de cirque ? Je travaille toujours dans l’espace des points de vue, donc sur la piste, les espaces urbains… mais dans les espaces de points de vue, là où le public n’est pas conditionné, il a le droit d’aller voir derrière le point de vue de quelqu’un en face de lui. C’est ne pouvoir rien cacher, que tous les points de vue sont pensés et accessibles, là où la scène frontale n’autorise pas d’aller en coulisses, ou derrière… La scène frontale je l’utilise uniquement dans la conférence sur le pas grand-chose, où j’utilise la vidéo, le son et un auditoire. C’est le seul endroit où je donne mon point de vue sur ma recherche alors qu’ailleurs je donne la recherche au point de vue. Ce que je présente est un sujet que je nomme « cirque mental ». Ce que je raconte rentre dans la tête, et une fois qu’il est dans la tête, est visible sous plusieurs points de vue. Y’a cette notion d’équilibre dans ton travail. Tu dis l’« équilibre, c’est le déséquilibre permanent », ça veut dire que si on ne bouge plus on est mort ? Oui. C’est un défaut de langage de dire que quand on est un équilibre c’est bon. C’est aussi un mouvement permanent autour d’un centre de gravité, et s’il est posé c’est que la chose est morte, écroulée. Vu que le monde bouge, il n’est pas question de se poser en tant que vivant. L’équilibre est pour moi vivant et en mouvement. Si on parle du spectacle, est-ce qu’on peut te considérer comme un clown avec tes grandes savates, des attitudes, des borborygmes… Tu te considères aussi comme un clown ? Je ne me considère pas vraiment comme un clown, c’est pas très important pour moi, je pourrai être un bouffon. Sinon je suis la face cachée de ce que je suis en temps normal. J’étais en spécialisation « arts clownesques » au CNAC, mais je ne me pose pas ces questions d’identification. Pendant ce spectacle, j’étais un peu surpris, on me dit Johann le Guillerm, star du cirque contemporain, Léonard de Vinci du cirque contemporain, je m’attendais à des machines enormes, des écrans… J’ai été surpris par l’épure, la simplicité. C’est une volonté de faire un truc fou et travaillé, mais sans mettre grand-chose ? L’épure c’est parce que je travaille autour du minimal, mais quand je fais une machine ou un numéro, je fais en sorte qu’il n’y ait pas de fioritures qui viennent étouffer l’idée de base. C’est celle que je veux montrer. Je tends au plus simple pour que l’idée reste lisible. Ce que je vois, ce qu’on appelle le cirque aujourd’hui, c’est une liste de pratiques comme aux Jeux Olympiques. Qu’importe si on le fait dans un théâtre, dans un cirque… Mais on oublie l’espace des points de vue, qui est la base Tu es un des pionniers du Nouveau cirque né il y a 30 ans, vous aviez révolutionné le truc avec les Archaos par exemple, ou ici à Besançon le Cirque Plume. Qu’est ce t’en gardes avec le recul ? C’était la dernière révolution du genre, les gens qui font du nouveau cirque maintenant sont encore dans votre lignée non ? Ce que je vois, ce qu’on appelle le cirque aujourd’hui, c’est une liste de pratiques comme aux Jeux Olympiques. Qu’importe si on le fait dans un théâtre, dans un cirque… Mais on oublie l’espace des points de vue, qui est la base et qui fait partie de l’histoire et du savoir-faire. Quelqu’un qui travaille dans l’espace des points de vue ne peut avoir la même réflexion ou manière de faire que quelqu’un qui travaille en frontal, comme ce qu’il se passe entre le sculpteur et le peintre. L’un n’est pas meilleur que l’autre mais chacun a ses spécialités et ses savoir-faire. Ce savoir-faire n’a jamais été identifié comme particulier, et du coup tout ce qui n’est pas identifié à des chances de disparaître. Le cirque ce n’est plus avec une grande possibilité de liberté, mais une liste de choses. Alors que moi, j’appellerai ça le « théâtre physique ». Ce qui permettrait d’identifier le cirque comme une pratique particulière spécifique avec une culture, un savoir-faire à tous les niveaux. Savoir éclairer, sonoriser un espace de point de vue ou frontal ce n’est pas la même chose. Tu penses que l’état d’esprit du nouveau cirque s’est un peu perdu dans cet agglomérat de pratique ? Il a dérivé sur un théâtre physique très intéressant mais qu’il faut appeler théâtre physique pour préserver le mot cirque qui comprend un savoir-faire particulier. Aujourd’hui y’a pas de mot qui remplace ce détournement. Du coup le cirque avec l’espace des points vue disparaît car on parle du cirque, on parle d’une autre chose. C’est très dommageable pour la culture du cirque, qui faisait partie de la culture générale. Propos recueillis par : Chablis Winston // Photo couverture : Raphaël Helle // Photos articles : Philippe Laurençon
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Le spectateur de Belleville
April 10, 2021 7:27 PM
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Par Rosita Boisseau dans Le Monde - 9 avril 2021 Chiens, chevaux, pigeons et escargots sont à l’honneur du festival Spring, avec spectacles retransmis en ligne.
La chienne Alba, le chat Candide, les chevaux Tchapakan et Pepito, le corbeau Gus, les pigeons Mambo et Ronchon et… des escargots. Retour à la ferme ? Non. Opération « Le cirque contemporain met en scène des animaux ». Allons bon… Alors que la présentation des animaux sauvages dans les enseignes traditionnelles est devenue plus que problématique – 28 pays l’ont bannie tandis que la France est en voie de l’interdire –, voilà que des artistes invitent des animaux à partager le plateau avec eux. Lire aussi : Animaux et spectacles, un travail de bête C’est avec sa chienne Alba que le jongleur Vladimir Couprie joue Connexio. Programmé à huis clos le 14 mars, à Spring, festival des nouvelles formes de cirque basé à Cherbourg qui devait se dérouler du 12 mars au 17 avril, le spectacle est retransmis en ligne du 9 avril au 16 avril. Il reflète un mouvement plus large autour de l’animal, de l’environnement et de la nature, que la piste et le théâtre accueillent aujourd’hui. « C’est évidemment un clin d’œil à la polémique autour de la présence des animaux sauvages sous les chapiteaux traditionnels, commente Yveline Rapeau, directrice de la manifestation. Que le cirque contemporain réintroduise des animaux domestiques dans les spectacles me fait sourire. Il s’est dressé contre la tradition et il retrouve aujourd’hui le goût de la présence animale. Plus largement, il s’affranchit de tous les interdits qu’il s’était donnés à ses débuts dans les années 1980. Jusqu’à la construction en numéros qui apparaît ! Tant mieux car le dogme est terrible et tout doit être permis. » « Réconciliation avec les bêtes » Sous le titre « Ménagerie contemporaine », ce programme, qui rassemblait cinq pièces, pose le socle d’une nouvelle ère de cohabitation avec l’animal. « Je fais confiance aux artistes que je connais pour réinventer le lien à l’animal, ajoute Yveline Rapeau. Il n’est plus question de domination et de fouet mais de douceur, de bienveillance, de tendresse, de réconciliation même avec les bêtes et plus largement la nature. On se met dans le même monde, dans le même temps qu’eux, on ne les amène pas de force dans le nôtre. » Avant de rêver de meutes de loups, Vladimir Couprie, actuellement en résidence de création à la Cascade, pôle-cirque basé à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche), n’y connaissait rien. A l’instinct, en 2017, il commence à chercher un chien, visite des élevages et accueille bientôt Alba, berger blanc suisse. « J’avais en tête des images de numéros démonstratifs avec des caniches que je ne voulais pas reproduire, raconte-t-il. J’ai aussi croisé, lors d’une tournée avec un cirque en Italie, un montreur d’ours qui m’a effrayé par son dressage qui faisait souffrir les bêtes. Bref, je me demandais ce que j’allais pouvoir imaginer avec Alba. » Couprie, qui a pris conseil auprès de l’éleveur et a obtenu l’attestation de connaissances pour les animaux de compagnie d’espèces domestiques (Acaced), a d’abord travaillé au mordant avec Alba, qui déchire en direct son costume sur scène : « Je l’ai beaucoup observée et j’ai vu qu’elle adorait mordre. Nous avons trouvé ensemble des jeux d’équilibre, des tours avec mon diabolo. En revanche, je n’exige rien pendant le spectacle. Je prends en considération le temps présent et j’accepte ce qui arrive sans que rien ne soit tout à fait sous contrôle. » Alba est libre mais à l’écoute de Vladimir Couprie. Le bien-être animal, évoqué par les artistes mais aussi des scientifiques comme Jocelyne Porcher – qui défend depuis 2007 le concept de « travail animal » à l’Institut national de la recherche agronomique, à Montpellier – et des philosophes comme Vinciane Despret, est encore au cœur des réflexions de Judith Zagury, fondatrice du ShanjuLab, laboratoire de recherche théâtrale sur la présence animale, à Gimel (Suisse). En contact permanent avec des chevaux, des cochons, des chèvres, des poules, des chiens et des chats, celle qui a été le coach-cheval de Laetitia Dosch pour la pièce Hate (2018) « ose penser et vivre des projets théâtraux avec des animaux qui peuvent être bénéfiques à eux et au public ». Lire aussi : Laetitia Dosch, la belle et la bête « Changer l’attente du public » « Un animal ne peut selon moi être le prétexte d’un spectacle, insiste Judith Zagury. Il doit toujours s’agir d’une rencontre avec lui. En scène, l’objectif est de le faire exister dans une forme qui ne peut pas être fixe. On doit repenser le contexte et s’adapter à son bien-être dont nous sommes responsables sur le plateau mais aussi dans les coulisses. » Quant au bénéfice pour les spectateurs, Judith Zagury l’évoque ainsi : « C’est changer l’attente du public envers un animal sur scène qui doit automatiquement faire des exploits. En fait, il peut ne pas être performant, il peut somnoler, exister simplement à côté d’une actrice. Cela ouvre d’autres possibles et imaginaires pour lui et nous. » Yveline Rapeau, directrice du festival Spring : « Il n’est plus question de domination et de fouet mais de douceur, de bienveillance, de tendresse » Cette proximité au quotidien enveloppe le processus créatif. David Gervais, Erwan Cadoret et Julien Le Vu habitent à la campagne ou au bord de la mer en Bretagne. « Un jour, Erwan a posé un escargot sur une petite balançoire en fil de fer, et l’idée d’une fête foraine pour des escargots est née », raconte David Gervais, qui a été garçon de ferme en Ardèche avant de choisir le cirque et la scénographie. De cette rencontre entre copains, naît Slow Park, pièce sous une yourte pour une centaine de fauves à cornes, une grande roue, un train fantôme, en tournée depuis cinq ans. « Je trouve les escargots dans les sous-bois près de chez moi, poursuit David Gervais. Je les ramasse entre minuit et 1 heure du matin avec une lampe frontale et je les redépose après les représentations au même endroit. Le spectacle est maintenu humide par un circuit de goutte à goutte. Slow Park est une invitation à la contemplation, à la lenteur, dont nous sommes en quelque sorte les jardiniers. » La pièce ne joue que de mars à octobre pour cause d’hibernation des gastéropodes. Lorsque histoires de vie et de travail s’entrelacent, les spectacles ont la saveur d’un moment partagé avec le public. Depuis 2006, Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias, de la compagnie Baro d’evel basée entre Toulouse et Saint-Gaudens, sont entourés d’oiseaux et de chevaux. Ils tournent actuellement La, pour deux humains et un corbeau, et Falaise, avec un cheval, des pigeons et huit acrobates. « Dans le contexte de crise actuelle, écologique et sociétale, il est urgent de créer des espaces de recherche sur de nouvelles collaborations avec le monde animal, affirme Camille Decourtye. Il s’agit de tenter de vivre ensemble, de se poser des questions sur la façon dont on s’adresse par exemple à un animal. Il faut croire en la possibilité de faire monde commun. » Elle ajoute : « Si je devais arrêter mes aventures avec mon corbeau Gus, ce serait nous priver l’un et l’autre de beaucoup d’espaces de complicité. » Connexio, de Vladimir Couprie. Retransmis le 9 avril à 18 h 00. Jusqu’au 17 avril sur festival-spring.eu et la chaîne YouTube du Cirque-Théâtre d’Elbeuf. Hate, de Laetitia Dosch, à voir sur vimeo.com. Rosita Boisseau Le jongleur Vladimir Couprie, avec sa chienne Alba, au festival Spring, en mars à La Brèche- Pôle national cirque de Cherbourg-en-Cotentin. CHRISTOPHE MORISSET
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Le spectateur de Belleville
February 25, 2021 3:13 PM
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Par Anaïs Héluin dans Sceneweb - 25 février 2021 Le 6 février 2021, une vidéo anonyme intitulée L’usage des œuvres fait son apparition sur les réseaux sociaux. Montrant des similitudes entre des créations de Yoann Bourgeois et celles d’autres artistes de cirque, elle déclenche de vives réactions au sein du milieu. Au-delà de la polémique, elle suscite un désir de réflexion collective sur l’état d’une discipline encore jeune, en pleine structuration. Colère et sidération. Lorsque la vidéo L’usage des œuvres commence à circuler sur les réseaux sociaux le 6 février, les artistes qui y apparaissent sont pris entre ces deux réactions. Troublant, le parallèle entre des extraits de leurs créations passées et des pièces de Yoann Bourgeois, célébrité du cirque contemporain et directeur du Centre national chorégraphique de Grenoble, ne suscite pourtant dans l’immédiat que peu de réactions publiques. La première à oser s’exprimer fait preuve d’une délicatesse et d’une intelligence qui donneront le ton à l’ensemble de l’écosystème circassien. Il s’agit de Chloé Moglia, co-auteure avec Mélissa von Vépy du spectacle En suspens (2007) dont un passage ouvre la vidéo, où apparaît bientôt un passage d’une création beaucoup plus récente de Yoann Bourgeois, où des hommes et des femmes d’abord suspendus à une perche tombent les uns après les autres comme le font les interprètes de En suspens. « À quelques détails près », précise Chloé Moglia dans son texte intitulé L’usage des œuvres, ou de ma surprise de faire partie de la constellation imaginaire de Yoann Bourgeois. Des détails qui font la différence pour certains membres du milieu circassien. Pour d’autres moins. Sortir du silence Après avoir évoqué la « stupeur oubliée » ressentie en 2014 lorsqu’elle découvre le spectacle Minuit de Yoann Bourgeois, l’artiste qui développe depuis plus de dix ans une écriture singulière autour de la suspension énumère les détails en question : « le diamètre et la longueur de la barre, le nombre de personnes (six au lieu de cinq), les costumes et la musique ainsi que ce qui précède et ce qui suit la ‘’séquence’’ ». Ces différences, dit-elle, « permettent peut-être de dire qu’il ne s’agit pas de la reprise d’une ‘’œuvre’’ (ce qui est illégal) mais de celle d’un ‘’motif’’ (ce qui devient légal) ». Elle ne tranche pas, elle n’accuse pas : elle questionne. Prenant finement appui, dit-elle – car elle cite clairement ses sources – sur les démarches d’Annie Ernaux, de Didier Eribon et de la nouvelle anthropologie (Descola, Ingold, Martin), elle donne tort à celui qui lui a à tout le moins « emprunté » des éléments de son vocabulaire, lorsqu’il écrit dans une tribune publiée sur le site d’Artcena le 9 février que le cirque « présente une résistance intrinsèque à l’écriture ». Chloé Moglia maîtrise les mots autant que les gestes. Et elle n’est pas la seule parmi les artistes de nouveau cirque, en particulier ceux que Yoann Bourgeois désigne lors d’une conversation personnelle avec Chloé comme faisant partie de sa « constellation imaginaire ». Si la plupart des artistes contactés refusent encore de prendre publiquement la parole sur le sujet – « concerné à double titre (auteur d’un spectacle et ex-interprète), je ne voudrais répondre hâtivement et j’ai besoin de temps pour réfléchir, pour porter le débat sur des questions plus globales », nous a par exemple répondu Jean-Baptiste André –, une tribune du collectif de jonglage Le Petit Travers répond elle aussi à la polémique. Les artistes commencent par y formuler les raisons de leur prise de parole et sa complexité : « en tant qu’artistes mentionnés dans cette vidéo, nous sommes mis dans une situation délicate : si nous tentons de réfléchir à son contenu et à ses motivations, nous risquons de voir cela interprété comme une caution que nous lui donnerions ; ou d’être mus par une forme de jalousie à l’égard du succès de Yoann Bourgeois. Les risques sont réels, notre position d’artiste pourrait s’en trouver fragilisée, alors que nous œuvrons patiemment à la construire dans un environnement complexe. D’un autre côté, si nous gardons le silence, cette absence de parole peut être vue comme une position par défaut et être elle-même interprétée (…) Notre situation d’énonciation n’est pas confortable ». Le collectif n’en produit pas moins un texte riche, qui va bien au-delà du fait divers et aborde comme Chloé Moglia des questions majeures propres au cirque contemporain dont ils prouvent eux aussi la maturité que lui nie avec condescendance Yoann Bourgeois. Un fait divers qui fait débats Ces artistes posent les premiers termes de débats qui selon l’association Territoires de Cirque « arrivent au bon moment mais d’une mauvaise manière », lit-on dans un communiqué intitulé Pour une éthique renouvelée dans la relation, daté du 22 février. « L’anonymat des images diffusées, la technique employée (montage parcellaire) et le renoncement à toute forme de recours en droit (médiation, assignation, …) portent préjudice aux sujets de fond que nous souhaitons approfondir en tant que regroupement de lieux de production et de diffusion du cirque contemporain », disent encore les membres de l’association. Un désir qu’expriment aussi à titre individuel les directeurs de Pôles Nationaux du Cirque (PNC) que nous avons contactés. « Je pense que cet événement qui secoue le petit milieu du cirque et au-delà doit être vu par tous les acteurs de la profession comme un rendez-vous à honorer pour l’ensemble des acteurs du milieu. Nous devons saisir l’occasion pour aborder collectivement les grands sujets que soulève la vidéo pour notre discipline : la défense de propriété intellectuelle, de répertoire, la relation entre artistes et institutions… », affirme par exemple Philippe Le Gal, directeur du Carré Magique à Lannion (22). Yveline Rapeau, à la tête de la Plateforme 2 Pôles Cirque en Normandie, exprime la même chose autrement : « Il faut mettre les mains dans le moteur ! S’il revient aux artistes de décider s’ils veulent ou non porter l’affaire devant la justice, il nous appartient à nous, directeurs et équipes de lieux consacrés entièrement ou non au cirque, de débattre en profondeur de l’état du cirque de création et des moyens que nous pouvons mettre en place pour accompagner au mieux les artistes dans l’affirmation de leurs esthétiques ». Tous disent la nécessité de créer de nouveaux espaces de dialogue pour prendre en charge ces questions qui se posent pour le cirque d’une manière particulière, en raison de sa jeunesse et de son type d’écriture, qui rend difficile toute preuve d’infraction au droit d’auteur. “À cet égard, le cirque de création s’enrichira, en tant que mouvement artistique récent, à observer tous les processus déjà expérimentés par ailleurs », dit le communiqué de Territoires de Cirque. Notamment dans le milieu de la danse, où Yoann Bourgeois est aujourd’hui presque aussi célèbre que dans celui du cirque. En témoigne un article publié par La Permanence, collectif de danse créé en 2017, qui se présente comme « un groupe de personnes antiracistes, transféministes et anticapitalistes luttant pour que cessent les abus de pouvoir dans le secteur chorégraphique et pour visibiliser des pratiques militantes dans le champ de l’art ». Au-delà du cirque, c’est aux arts vivants dans leur ensemble que l’affaire pose question. Interrogée sur le sujet après avoir relayé le texte de Chloé Moglia, la directrice du Grand T, théâtre de Loire Atlantique Catherine Blondeau, formule quant à elle le problème en termes de « consentement ». « Des discussions, un minimum de courtoisie et d’élégance auraient pu permettre d’éviter d’en arriver à un tel scandale », dit-elle. Un avis que partagent Chloé Moglia et le collectif Le Petit Travers, qui n’accusent personne de plagiat, mais de refus du dialogue qui selon eux s’imposait. Le pouvoir en question Martin Palisse, artiste et directeur du Sirque, Pôle National Cirque de Nexon (87), avance un point de vue proche de celui de Catherine Blondeau. La vidéo, pour lui, révèle avant tout un « système de domination que personne n’osait jusque-là dénoncer. Si l’on peut critiquer les méthodes de l’auteur de la vidéo, et interroger ses motivations, je crois qu’il est possible d’y voir la crainte des artistes concernés face à un artiste directeur de lieu et largement soutenu par les institutions, voire créé par eux. Car dans son processus de structuration en cours, le nouveau cirque a besoin de ses figures de proue ». Contrairement à ses confrères directeurs de PNC auxquels nous nous sommes adressés, Martin Palisse n’hésite pas à prendre parti contre Yoann Bourgeois, tout en exprimant la nécessité d’élever le débat. « Tous les artistes concernés par la vidéo entretiennent des relations avec Yoann Bourgeois. Certains sont par exemple associés à son lieu. On imagine donc la difficulté pour eux à dénoncer celui dont dépend leur travail. D’autant plus que les PNC le soutiennent pour la plupart. En tant qu’artiste plaignant, on peut donc craindre de se mettre à dos ces structures ». La position de Martin Palisse est loin de faire l’unanimité parmi les directeurs de Pôles Cirque, dont il regrette « le manque de lien avec les luttes actuelles. Il ne semble pas saugrenu par exemple de comparer l’affaire présente au mouvement # Metoo : il s’agit dans les deux cas d’une affaire de domination ». Il appelle de ses vœux un recours à la justice, que ses confrères ont plutôt tendance à laisser à la responsabilité des artistes. Lesquels, pour le moment, semblent en mettre de côté la possibilité. « Le problème n’est pas de reprendre à d’autres des idées, car nous assumons volontiers le fait qu’elles ne nous appartiennent pas ; en revanche, il y a un problème à tenter de s’approprier ce que nous pensons n’être la propriété de personne. Il ne s’agit pas tant de dénoncer des plagiats, c’est-à-dire des vols, que des manques de reconnaissance des pairs dans une façon d’arpenter des principes (la suspension, l’équilibre, la chute, le renversement, le rebond, la déconstruction, la musicalité du jonglage etc.) », écrit Le Petit Travers, qui comme le directeur du Sirque déplore la timidité des réactions de ses pairs. Et appelle de ses vœux une action collective. Reste à savoir quelle forme celle-ci pourrait prendre. Par la voie judiciaire, comme le suggère notamment Martin Palisse ? Ayant travaillé pendant près de vingt ans sur le sujet, l’avocate Valérie Dor prévient les compagnies concernées des difficultés qui les attendent en cas de procès pour atteinte au droit d’auteur. « Il faut pouvoir prouver que l’œuvre en question est originale, et que vous êtes l’unique auteur de la création. Ces notions sont très subjectives : les procès victorieux se font donc rares. Ils sont de plus coûteux, et donc guère accessibles à tous ». La prescription étant de cinq ans seulement, la plupart des cas soulevés par la vidéo ne peuvent de plus plus guère être portés devant la justice. « Une victoire n’est bien sûr pas impossible, mais j’aurais tendance à dire que porter la chose sur la place publique aura davantage d’effet », poursuit Valérie Dor. Le mouvement est amorcé. Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr
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Le spectateur de Belleville
June 8, 2020 2:13 PM
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Par Rosita Boisseau dans Le Monde 7 juin 2020 Les danseurs et les circassiens ont repris l’entraînement avec masques, gants et distanciation, qui entravent le travail collectif.
C’est une première. La danse et le cirque contemporains se coalisent pour gérer leur déconfinement. Sur une initiative de la Direction générale de la création artistique (DGCA), deux rencontres nationales rassemblant une trentaine de professionnels des deux bords, ainsi que des médecins du sport collaborant avec l’Opéra national de Paris ou de Bordeaux, se sont déroulées le 28 avril et le 6 mai, au Centre national de la danse, à Pantin (Seine-Saint-Denis). « Ce sont deux disciplines pour lesquelles il est difficile d’envisager une reprise avec les consignes sanitaires telles qu’elles sont actuellement, précise Laurent Vinauger, délégué à la danse à la DGCA. Impossible d’imaginer que les gens ne se touchent pas, particulièrement dans le cirque, où la majorité des techniques ne peut se faire sans partenaire. Mais les activités d’entraînement et de répétitions reprennent dans un cadre commun que nous sommes en train de finaliser avec le Conseil national des professions du spectacle. » Lire aussi « Je ne vois pas pourquoi un théâtre serait plus risqué qu’un supermarché » : la réouverture complexe des salles de spectacle « On a même désinfecté les barres en bois » Le retour au training en studio, selon un suivi médical qui évolue en fonction des préconisations, est une première étape. « Deux mois de confinement, même avec une pratique régulière, entraînent deux mois de remise en forme pour un danseur », résume Aurélie Juret, médecin du sport qui collabore depuis dix ans avec le Malandain Ballet Biarritz. Alors, au travail ! Cours en nombre réduit (moins de dix artistes), port du masque ou pas, selon l’intensité de l’activité pratiquée (plus elle est forte, plus les risques cardiaques augmentent, plus le masque est contre-indiqué), distance d’au moins deux mètres autour de chaque interprète… « Les 4 m2 dont on parle en général correspondent à des personnes dont la fréquence cardiaque est basse, comme les acteurs par exemple, ce qui n’est pas le cas du danseur ou du circassien en action, qui a besoin d’au moins 12 m2, poursuit Aurélie Juret. Comme les athlètes, qu’ils sont aussi même s’ils l’ignorent souvent, ils respirent fort, ne font pas de surplace, sautent, transpirent… Ces paramètres entraînent une propagation plus rapide du virus. D’où le besoin d’une plus grande surface de travail. » Autant dire qu’il s’agit de bénéficier d’espaces surdimensionnés et bien aérés si on veut rester au plus près des normes sanitaires. Au Ballet de l’Opéra national du Rhin, le studio est de 182 m2. Pour la troupe de trente-deux interprètes, Bruno Bouché, directeur, a mis en place depuis le 18 mai un planning de trois cours d’une heure quinze par jour, avec huit personnes au maximum, situées à 3,5 m de distance à la barre et 5 mètres au milieu… « C’est rocambolesque de travailler dans ces conditions, s’exclame-t-il. On a même désinfecté les barres en bois, qui pourraient être porteuses du Covid-19, on les a entourées de scotch. On nettoie sans arrêt la salle, le sol, et on prend notre temps. » En particulier à cause du port du masque, qui entraîne un essoufflement rapide et limite la performance physique. « Mais on s’habitue peu à peu à danser masqué, ajoute la danseuse Céline Nunigé. En revanche, on n’a pas encore recommencé les grands sauts et les mouvements dans l’espace. » Les circassiens en solitaire Adaptation et responsabilisation sont les mots-clés de cette reprise physique bridée, surtout pour les circassiens. Aux Noctambules, école de cirque et lieu de fabrique à Nanterre (Hauts-de-Seine), une poignée de professionnels ont pu retrouver le chapiteau, les portiques installés en extérieur, les trapèzes… « Disposer des 50 m2 préconisés par personne pour les figures aériennes, par exemple, est quasiment impossible en intérieur, déclare Satchie Noro, acrobate et codirectrice du lieu. Pour le moment, chacun reprend de façon modérée et en solitaire, sauf les couples qui ont confiné ensemble. Chacun apporte aussi ses agrès et ses cordes, et nous désinfectons régulièrement le matériel. » Lluna Pi, bascule coréenne (La Contrebande) : « Impossible de pratiquer avec des gants, qui peuvent glisser. Nous prendrons la responsabilité de ne pas respecter les consignes sanitaires entre nous lorsque nous répétons. » Si jongler peut se faire en solo, comment pratiquer lorsqu’on est voltigeur ou expert en portés acrobatiques ? Maroussia Diaz Verbèke, du Troisième Cirque, rappelle que « le travail collectif est la matière première du cirque ». Elle a repris seule son entraînement à la corde : « Mais je ne peux pas me risquer à de nouvelles figures, car j’ai besoin de complices pour la parade et la sécurité. Quant au port du masque, les règles de la piste n’autorisent pas les ornements sur le visage et, dans l’action, il peut tomber et entraîner des accidents. » Un avis partagé par les six experts en bascule – exercice qui consiste à faire s’envoler son partenaire en sautant tour à tour sur une planche – , de la compagnie La Contrebande, qui s’interrogent sur les préconisations actuelles. « La bascule exige d’être toujours ensemble autour de l’agrès, souligne Lluna Pi. Impossible de pratiquer avec des gants, qui peuvent glisser. Nous prendrons la responsabilité de ne pas respecter les consignes sanitaires entre nous lorsque nous répétons. » Lire aussi Face au coronavirus, le monde du cirque sur la corde raide Car le training est une chose, et les répétitions d’un spectacle, une autre. Les chorégraphes Christian et François Ben Aïm, actuellement en résidence au Centquatre, à Paris, comme la metteuse en scène et acrobate Raphaëlle Boitel, au Grand T, à Nantes, ont repris doucement, d’abord en tête-à-tête avec un seul interprète, avant d’accueillir un groupe de six personnes. Ils entendent suivre les règles sanitaires. « En espérant que ce n’est que provisoire », commentent les Ben Aïm. « Je ne veux pas me sentir dépassée et je dois respecter le protocole que j’ai signé avec le théâtre, explique Raphaëlle Boitel qui s’inquiète : Pour le moment, nous mettons des masques dès qu’il y a rapprochement ou contact. Mais comment continuer à inventer dans ces conditions avec, entre autres, quatre freerunners qui bondissent partout et une spécialiste en vol aérien ? » Johann Le Guillerm, circassien : « J’ai prévu l’option masque dans mon costume. C’est une sécurité, comme de porter un préservatif pour se protéger et protéger l’autre » Sur sa newsletter, l’artiste de cirque Johann Le Guillerm répond sous la forme d’une courte vidéo. Il y apparaît glissé dans un cerceau ondulant comme une crinoline qui maintient l’écart entre lui et les autres. « Le masque, la distanciation font partie du monde d’aujourd’hui et je m’y adapte », dit-il calmement. En cours de fabrication de son solo Terces, il a rassemblé autour de lui cinq collaborateurs avec chacun ses outils pour mettre au point ses fabuleuses machines-agrès. « J’ai prévu l’option masque dans mon costume, détaille-t-il. C’est une sécurité, comme de porter un préservatif pour se protéger et protéger l’autre. Ça va évidemment impacter l’esthétique des spectacles en devenant peut-être une sorte de nouvelle norme, mais c’est une question de survie et de respect. » La menace d’une « Covid-esthétique » La menace d’une « Covid-esthétique », l’injonction aux programmes « Covid-compatibles » , avec des artistes en nombre réduit, ne risquent-ils pas de rompre la magie des spectacles ? Les frères Ben Aïm soupirent : « Ça va être triste tout de même de se limiter aux solos et duos. » Raphaëlle Boitel soulève la crainte « que tous les spectacles finissent par se ressembler. J’ai la sensation que je vais disparaître en tant qu’artiste, me ratatiner ». « Mais nous avons tous des univers différents, souligne la chorégraphe Ivana Müller, en répétition à la Ménagerie de Verre, à Paris. Il n’est pas question de renoncer à nos idées. Il y a mille manières d’intégrer les masques et d’évoquer la distanciation physique. » Nicole Saïd, codirectrice du Ballet Preljocaj : « Ce ne sont pas les solos et duos qui vont remplir les salles de mille places ! » Pour les grandes compagnies de cirque et celles de danse, comme le Ballet du Rhin, le Malandain Ballet Biarritz ou le Ballet Preljocaj, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), qui font travailler à l’année plus d’une vingtaine de danseurs, la formule « small is beautiful » permet difficilement d’être positif. Ecrémer le répertoire pour élaborer des soirées « Covid » « parce qu’on n’a pas le choix, si on veut momentanément sauver la troupe », comme l’indiquent Thierry Malandain ou Petter Jacobsson, du Ballet de Lorraine, bien sûr, mais les conséquences sont lourdes. « On va empiéter sur le terrain des petites compagnies et perdre de vue notre mission de ballet de répertoire », poursuit Jacobsson. Au Ballet Preljocaj, le ton monte. « Les pièces chorégraphiques grand format sont de plus en plus rares. On s’est battus pour avoir des compagnies avec beaucoup d’interprètes, que va-t-on devenir ?, s’énerve Nicole Saïd, codirectrice avec le chorégraphe Angelin Preljocaj. Et ce ne sont pas les solos et duos qui vont remplir les salles de mille places ! » Un point de vue partagé par Jean-Christophe Maillot, directeur des Ballets de Monte-Carlo, composés de cinquante danseurs, qui a décidé de prendre le taureau par les cornes pour présenter – si tout va bien – La Mégère apprivoisée, les 18 et 19 juillet, en extérieur, à Grenade (Espagne) : « Il n’existe pas de risque zéro, et il est vital de remettre la création en marche. Ce que je compte faire dès le 15 juin, en demandant à chaque danseur, testé chaque semaine, sur la base d’un volontariat de travailler en groupe, de se toucher. Dans un monde habitué à ne plus vouloir vieillir, ni penser mourir, il faut se réveiller ! » Rosita Boisseau Légende photo : « Secret (temps 2) », solo de Johann Le Guillerm, en 2018. DAVID DUBOST
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November 2, 2019 7:32 AM
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Par Mireille Davidovici, Théâtre du blog 1er nov. 2019 CIRCa 2019 Festival du cirque actuel Entretien avec Marc Fouilland directeur du pôle national du cirque d’Auch
Ce trente-deuxième festival est le dernier que programme Marc Fouilland qui va quitter la direction du CIRCa, après dix-huit ans de bons et loyaux services. Que de chemin parcouru depuis 1997, date de son arrivée à Auch, au service culturel de la Ville, où il comprend que «le projet à construire ici, doit s’appuyer sur les arts du cirque » !
Le terrain est favorable car l’aventure circassienne débute ici en 1975. L’abbé de Lavenère-Lussan organise un atelier cirque au collège Oratoire Sainte-Marie pour apprendre aux jeunes à vivre ensemble. Le Pop Circus, école de cirque d’Auch, est né et, dès 1989, la ville accueille les rencontres de la Fédération Française des Écoles de Cirque (FFEC) sous divers chapiteaux. En 1996, le Festival ouvre ses portes aux compagnies professionnelles, alors que le « nouveau cirque » commence à émerger. Jusque là gérée par des bénévoles, la structure se dote d’un permanent en 1999. Elle a gardé ce lien avec ces amateurs en mobilisant, pendant le Festival, quelque deux cents volontaires qui assurent, entre autres, l’accueil aux entrées des spectacles ou conduisent les navettes entre les dix-sept salles et chapiteaux disséminés en ville et transfèrent artistes et programmateurs vers les gares et l’aéroport.
À l’arrivée de Marc Fouilland, l’équipe va s’étoffer petit à petit. Il prend en 2001 les commandes de la première Scène conventionnée pour les arts du cirque, baptisée Circuit, qui sera labellisée “Pôle national des arts du cirque Auch-Gers-Midi-Pyrénées » en 2011, sous le nom de CIRCa. Dès 2012, il organise l’installation du CIRC (Centre d’Innovation et de Recherche Circassien) sur le site d’une ancienne caserne. Autour du Dôme de Gascogne, chapiteau permanent pensé pour accueillir les spectacles en frontal ou en circulaire, on trouve une salle de répétition de 480 m2, un restaurant d’insertion (la Cant’Auch), des bureaux, des ateliers et espaces de stockage. Les vastes terrains alentour permettent de dresser des chapiteaux itinérants pendant le festival.
L’équipe compte aujourd’hui dix-sept salariés permanents pour mener, tout au long de la saison, outre le Festival, des actions culturelles et pédagogiques régionales et des résidences de création. « La mission du pôle national comporte des actions en milieu scolaire qui touchent près de 16.000 jeunes du département », précise Marc Fouilland.
Le Festival n’est donc que la partie visible du complexe CIRCa. Cet événement annuel a pour objectif de « mettre en visibilité les artistes », en rassemblant écoles de cirque, artistes professionnels et programmateurs (trois cents cette année !) « La chance du festival, ce sont les rencontres des écoles », dit Marc Fouilland qui définit le cirque contemporain comme : « pratiqué par des artistes qui on suivi des écoles ». Au Festival, on peut voir les travaux de plus de 550 élèves sous l’égide de la FFEC : Fédération Française des Ecoles de Cirque, qui réunit douze fédérations régionales et 136 écoles, soit 27. 000 licenciés de tout âge, amateurs et professionnels…
L’heure est au bilan pour le directeur : « Le public a grandi avec CIRCa : moins de 5.000 au début et plus de 30.000 spectateurs cette année ! Pour la plupart prêts à prendre des risques. « C’est l’un des rares endroits où la diversité des propositions permet aux gens de se laisser surprendre, dit Marc Fouilland. Le public comprend que le cirque d’aujourd’hui est pluridisciplinaire et, par la suite, il peut aller vers la danse et le théâtre. Le langage du corps parle directement. L’artiste questionne sur comment, on prend sa vie en charge. Ici, on veut former un public avec une programmation qui n’enferme pas le cirque dans des formes commerciales mais le met devant des corps engagés d’artistes qui prennent des risques comme cette année, les Suédois de Circus I Love you ou les Italiens du Circo Zoé ( Born to be circus) (…)
Les artistes d’aujourd’hui continuent en effet à prendre des risques sur les formes avec des dispositifs circulaires, frontaux, quadri-frontaux et beaucoup d’inventions d’agrès, d’écritures. Même les compagnies installées, par exemple cette année, pour Moebius, la compagnie XY a dû déporter sa pratique avec la chorégraphie de Rachid Ouramdane. Et Jérôme Thomas a joué son solo (I-Solo) devant six cents spectateurs. »
Les Scènes nationales ont commencé à programmer des spectacles de cirque mais se montrent plus frileuses vis-à-vis de cet art, qu’envers la danse. Et une douzaine seulement de leurs responsables a assisté au Festival. « J’ai fait le choix, dit Marc Fouilland, d’intensifier le nombre de spectacles car les compagnies ont besoin d’être vues pour être diffusées. Il y en a trente-deux cette année dont la moitié sont venues en résidence de création à Auch. » En revanche, il y avait trente-cinq programmateurs étrangers, car le cirque continue à beaucoup tourner en dehors de l’hexagone : « L’Institut Français s’est beaucoup servi du cirque comme passeport de la culture française mais les budgets sont en baisse… »
Pourquoi quitter un CIRCa en plein essor ? « Parce que c’est le bon moment pour moi, dit Marc Fouilland. Avant de me lasser, d’être trop fatigué. Mais je suis très fier du travail accompli et des fidélités que j’ai eues. Par exemple, la compagnie franco-catalane Baro d’evel, que j’ai accompagnée depuis sa sortie d’école, Jérôme Thomas ou encore Christophe Huysman, un auteur de théâtre avec sa compagnie Les Hommes penchés. L’une des chances, quand on travaille dans le secteur, c’est de voir évoluer les artistes, de voir comment on passe de spectacles à une œuvre.» De cet observatoire, il a pu aussi assister à l’évolution et des thématiques et des engagements politiques : « L’écologie, la question des femmes mais aussi celle du genre, posée y compris par les hommes. Car le circassien est quelqu’un qui n’a pas envie d’entrer dans des moules. Il veut réinventer des fonctionnements collectifs.»
Marc Fouilland ne part pas très loin : il prend la tête de l’Adda 32 ( Association départementale pour le développement des arts du Gers), l’un des partenaires privilégiés de CIRCa. De là, il pourra suivre au plus près le devenir d’une structure qu’il a mise en place et fait prospérer, et les artistes qui lui tiennent à cœur. « Ce festival doit rester à la fois un lieu pour les familles et offrir une visibilité au contemporain.» Pour son successeur, dont la nomination interviendra l’année prochaine, il émet le vœu que l’État qui soutient CIRCa depuis le départ, le finance enfin à la hauteur de ses promesses… À suivre.
Mireille Davidovici, le 28 octobre.
Le festival 2019 s’est tenu du 18 au 27 octobre. CIRCa , Allée des Arts, Auch (Gers) T. : 05 62 81 65 00 www.circa.auch.fr
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Le spectateur de Belleville
October 26, 2019 6:21 AM
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Par Nathalie Yokel dans La Terrasse Il y a la Nuit Blanche, la Nuit des Musées… Il faudra désormais compter sur la Nuit du Cirque comme nouvel événement fédérateur, le temps d’une soirée à l’échelon national, pour mettre tout le monde d’accord sur la vitalité du cirque d’aujourd’hui !
Ce 15 novembre, il y aura forcément une Nuit du Cirque près de chez vous : « tous au cirque » est l’ambition qui fonde cet événement proposé par l’association Territoires de Cirque, dans la perspective de faire vibrer la France entière au rythme d’un art éminemment populaire. Il faut dire que Territoires de Cirque est en elle-même une organisation très fédératrice : elle regroupe actuellement près d’une quarantaine de structures culturelles d’une grande diversité de tailles, de projets, d’origines, engagées chacune à leur façon dans un soutien au cirque, par la création, la diffusion, et l’attention portée à l’émergence. Depuis 2004, avec l’aide des lieux devenus aujourd’hui les Pôles nationaux cirque, et dans la vague de l’Année des Arts du Cirque, elle œuvre à la reconnaissance de cet art à tous les niveaux du paysage culturel, institutionnel et politique. C’est son ouverture qui fait aussi la singularité de l’événement, puisque même les structures non adhérentes ont pu apporter leur pierre à l’édifice. Résultat : une première Nuit du Cirque 2019 qui dépasse les seuls membres du réseau, et rassemble autour de valeurs communes, émancipées de la tradition du cirque et dans l’exigence de son renouvellement.
A chacun sa nuit
Autre particularité : cette Nuit du Cirque s’envisage sans cahier des charges, ni figure imposée, mais plutôt à travers des créations, des pièces en tournée, des chantiers en cours, des conférences, des temps de réflexion, des expos… Au Cirque Jules Verne d’Amiens, par exemple, le spectacle Face nord de la Cie Un Loup pour l’Homme s’accompagne d’une Blind Walk originale à expérimenter tous sens dehors. Puis c’est l’école de cirque qui prend le relais sous la forme de numéros, et qui prolonge le plaisir tout le week-end pour des ateliers de pratique et un baptême de l’air au grand volant. Le Théâtre Gérard Philipe, CDN de Saint-Denis s’associe pour l’occasion à l’Académie Fratellini pour proposer à ses spectateurs d’aller voir le fameux Essai de cirque de Fragan Gehlker qui revient après 120 représentations. A Saint-Genis-Laval, le théâtre, qui est aussi un cinéma, propose fort justement un classique du grand écran : Le Cirque de Charlie Chaplin. Raphaëlle Boitel sera quant à elle au Théâtre de Bourg-en-Bresse avec La Chute des Anges, sa dernière pièce de groupe, mais aussi à Lannion au Carré Magique dans son solo La Bête Noire. Au Prato, c’est la création, avec le GdRa et les acrobates de Gilles Defacque, qui prime. Les déclinaisons de cette Nuit du Cirque sont trop nombreuses, avec sa cinquantaine de compagnies impliquées, pour en faire une photographie exacte… Notons la date de cette première édition dans nos agendas et appelons déjà à son développement futur, peut-être à l’échelle européenne !
Nathalie Yokel
A PROPOS DE L'ÉVÉNEMENT La Nuit du Cirque le 15 novembre 2019 du Vendredi 15 novembre 2019 au Vendredi 15 novembre 2019 France France www.lanuitducirque.com
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Le spectateur de Belleville
July 21, 2019 5:07 AM
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Publié dans Le Populaire du Centre - 20 juillet 2019 Martin Palisse, jongleur, dirige le Sirque, pôle national des arts de la piste à Nexon, dont le festival se déroule du 14 au 24 août. Il pense sa démarche créatrice dans un rapport à la société. En 2014, Martin Palisse était le premier artiste nommé par le ministère de la culture à la tête d’un pôle national des arts du cirque contemporain. Il signe sa 6e Route du Sirque, l'occasion de revenr sur les fondamentaux qui guident cet artiste.
Qu’est-ce que le cirque contemporain??
« On l’oppose en général au cirque traditionnel. Ses artistes cherchent à inventer, innover. Leurs spectacles ne sont pas une succession de numéros. Ils portent une dramaturgie, créent des univers, des histoires parfois concrètes, abstraites, poétiques. »
Qu’est-ce qui vous guide dans votre programmation??
« Je choisis un thème, un mot, qui m’est soufflé par le mouvement de la société. Cette année, le « futur » m’a inspiré, la question de notre avenir, notre perte, étant à l’ordre du jour. Alors j’invite par exemple Phia Menard et ses Contes immoraux, jongleuse avant-gardiste qui pose un regard sur la société. J’invite aussi Les Dodos. Ces très jeunes acrobates, qui révolutionnent le trapèze, sont le cirque de demain. Ils vont proposer le spectacle le plus fédérateur du festival. Les artistes se doivent de porter une vision, non dénuée toutefois d’une dimension enchanteresse.»
Votre édito porte cet engagement, donnant le sentiment que le cirque est politique.
« Hélas, le « cirque » ne l’est pas. Il reste au bord des choses, ne s’implique pas, ne se positionne pas. En revanche, à Nexon, le Sirque est politique. Je suis connu pour ça, ce qui me vaut des inimitiés. Mais au regard des mois passés, je ne vois pas comment ne pas être politique. Je le fais d’autant plus que, malheureusement, la plupart des hommes et femmes du champ artistique aujourd’hui se gardent bien de trop se mouiller sur les sujets cruciaux. »
Lesquels??
« La justice sociale, la nécessité de bouleverser notre régime démocratique, celle pour les artistes d’arrêter d’être des courtisans, la nécessité absolue d’embrasser l’écologie au sens large. L’écologie, c’est aussi l’égalité entre les femmes et les hommes, l’égalité entre toutes les espèces vivantes. L’humain doit cesser de se croire supérieur.»
Comment cela se voit-il dans le festival??
« Mon travail ne consiste pas à le rendre visible mais à l’appliquer dans la façon de travailler. Toutefois, dans le festival, des éléments le marquent, avec la présence d’artistes aux parcours singuliers, qui se sont choisis des positionnements affirmés sans jamais s’en éloigner. Outre Phia Menard, c’est aussi la trapéziste Mélissa Von Vépy et sa performance Miroir-Miroir. De tels artistes ne sont pas des courtisans. Franck Lepage et sa Conférence Inculture II qui dénonce le mensonge politique?? Il est atypique. La réaction du maire de Nexon est d’ailleurs symptomatique. Il s’est permis de me dire l’an dernier que cet artiste n’avait rien à faire dans le festival. Alors, raison de plus pour l’inviter à nouveau?! »
Comment ne pas être courtisan quand on est à la tête d’un pôle dont l’Etat est la principale tutelle??
Question pas facile… On s’attache à garder sa liberté de parole, à ne pas se laisser enfermer dans des jeux d’appareils politiques. C’est plus facile en zone rurale, que dans une grande métropole. C’est aussi pour cela que j’ai voulu travailler à Nexon. Je savais que je ne perdrais pas mes valeurs. C’est aussi là qu’un travail est à faire auprès des citoyens des territoires ruraux.
Artiste, vous créez et jonglez. Qu’est-ce que votre spectacle Antico Futuro donné au festival??
« Un jongleur seul en piste part à la dérive dans une capsule spatiale, sur une création électro de Cosmic Neman. Cette forme m’a été inspirée par 2001 l’Odysée de l’espace de Kubrick. C’est au fond le premier spectacle SF du cirque?! Invitant à un bond spatio-temporel…»
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Le spectateur de Belleville
July 16, 2018 11:39 AM
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Par Jean-Pierre Thibaudat pour son blog : Balagan - 16 juil. 2018 La première façon d’échapper aux torpeurs avignonnaises (chaleur et prestations accablantes) est celle d’un spectacle qui vous emporte dans un abyssal ailleurs, c’est le cas avec Ali Chahrour. La seconde façon c’est de sortir de la ville, de tracer la route et se retrouver sous les lampions campagnards d’un modeste festival comme celui d’Alba la Romaine où le nouveau Trottola vous attend. Ali Chahrour porte l’expression « trembler de tout son corps » jusqu’ à son comble. C’est à dire qu’il tremble non seulement des épaules mais aussi des bras, des mollets, des cuisses du ventre, du cuir chevelu. Son corps, à peine dissimulé par un jean et un t shirt, est comme le métronome sismique de ceux qui l’entourent : les musiciens Ali Hout et Abed Kobeissy et surtout la phénoménale actrice et chanteuse Hala Omran. C’est la voix de cette dernière, qui, venue de loin, du plus profond de « l’Orient extrême »comme disent les gazettes et les poètes réveille en nous une fascination pour les rites de mort. C’est cette voix et son dialogue constant avec le corps d’Ali Chahrour qui forment le vecteur du nouveau spectacle du danseur et chorégraphe. Son titre danse en lettres arabes avant d’être traduit en anglais, la langue des agences de voyages et des tourneurs internationaux : May he rise ans smell the fragrance. C’est là le dernier volet, créé il y a un an et demi à Beyrouth, d’une trilogie dont les deux premiers pans Fatmeh et Leila se meurt (tiens un titre en français), avaient été présentés au festival d’Avignon il y a deux ans. Les femmes, leur place primordiale dans les rituels de mort en Orient, commandent les chants et les pleurs. Si l’enterrement (souvent à la hussarde) est l’affaire des hommes, le temps de la veillée mortuaire et du deuil est celui des femmes. Ali Chahrour est remonté très loin pour le vérifier, jusqu’ à un texte sumérien La descente d’Ishtar aux enfers où il a aussi puisé le titre de son spectacle. Ayant échoué à prendre possession du royaume des morts Ishtar devient prisonnière des ténèbres. Pour retrouver sa liberté elle doit sacrifier un être humain. Son époux Tamuz, n’ayant guère pleuré sa femme, est tout désigné. Mais c’est compter sans les pleurs, les lamentation de la sœur de ce dernier qui par leur puissance conduiront à la résurrection du frère bien aimé. Au moment de la mort d’un être cher, les hommes sont démunis face à la force des larmes des femmes, ils ne savent pas comment faire avec les pleurs du cœur d’une mère, d’une sœur, d’une amante aimées. C’est ce qu’exprime May he rise and smell the fragrance avec des corps d’aujourd’hui, tout autant celui d Ali Chahrour que celui d’ Hala Omran, mais plus encore que leur corps c’est la voix puissante et foudroyante de cette dernière qui nous étreint. Il est dommage que ce travail, mitoyen entre le spectacle et la cérémonie qu’est May he rise and smell the fragrance, se soit déroulé dans une salle fermée du festival d’Avignon et non dans un de ces lieux ouverts dont il dispose. Il y aurait trouvé une plus juste place. Des tables sont disposés dans une clairière. Chacun s’y attable pour déguster au petit bonheur la chance depuis glaces bio du coin jusqu’au au cornet de nouilles en passant par bien des plats exotiques. c’est là le centre névralgique du festival d’Alba la Romaine (qui s'est déroulé du 10 au 15 juillet) à égale proximité des lieux de représentation (chapiteaux, théâtre antique) et c’est là que l’on croise Alain Reynaud. Depuis 2008, l ’enfant du pays (il est né à deux pas) est le directeur de la Cascade, l’un des pôles nationaux du cirque, installé dans une ancienne école à Bourg -Saint Andéol. C’est aussi en 2008 qu’est né le festival de cirque d’Alba la romaine, sur les décombres d’un festival de théâtre. La Cascade est également le siège la la compagnie Les Nouveaux nez et Cie dont Alain Reynaud est l’un des fondateurs et l’un des clowns dont le visage, resté poupin, reste, même après des années, comme une promesse. Chaque année une quarantaine de compagnies de cirque viennent travailler à la Cascade qui organise aussi des stages, intervient dans les écoles et propose des « modules » communs avec les écoles de théâtre de la région (Lyon, Saint-Étienne). Ajoutons que Les Colporteurs, sont des compagnons de route du festival et de la Cascade depuis le début. Le cirque Trottola est venu à Alba la Romaine en voisin. Ce cirque qui se résume historiquement à deux personnes est installé dans une ancienne fabrique du côté de Die dans la Drôme. Il y a elle, Titoune, elle ressemble au petit Prince, elle a les jambes fines de gamine et le short de Gavroche. Et il y a lui, Bonaventure Gacon dit Bona, un costaud, un barbu, l’homme qui a inventé et qui interprète Par le Boudu, spectacle existentiel et impérissable dont le héros est mi clown mi clochard. Titoune et Bonaventure se sont rencontrés au cirque Plume, chacun remplaçait un acrobate blessé, car bien sûr, ils sont aussi acrobates. Depuis leur rencontre sur l’autel du cirque, ils ne se sont plus quittés . Ils ont créé Trottola en 2002 puis Volchok en 2007 (dans les deux cas le titre signifie toupie, en italien, puis en russe) avec quelque renfort, et enfin Matamore ne 2012 avec une autre couple, Branlo et Nigloo, les deux as du Petit théâtre baraque. Trois spectacles, trois merveilles. Chacun s’est joué durant quatre ans. Leur force commune : partir des bases du cirque mais s‘en échapper à grand renfort d’imaginaire Leur nouvelle création Campana va dans ce sens en exaspérant les extrêmes. Après un prologue muet et visuel, mystérieux et enchanteur, tout le début du spectacle est un numéro de cirque traditionnel entre l’homme qui porte et la femme qui voltige. Le tout au sol. Plus tard, Titoune effectuera seule un bon numéro de trapèze dans la pure tradition du cirque. L’imaginaire arrive par les dessous. C’est une chose inhabituelle qui surprend et ravit : la piste n’est pas posée sur le sol d’un pré. Le nouveau chapiteau du cirque Trottola, inauguré avec ce spectacle, comporte des dessus comme un théâtre. La piste toute en bois possède des trappes qui s’ouvrent sur un monde interlope. A la fois fourre-tout, décharge pleine de déchets, cave d’Ali Baba, ressac à rêves. C’est de là que sort une masse informe qui deviendra en se gonflant le corps d’un énorme éléphant. C’est de là aussi que sera hissée cette chose qu est à la fois le clou du spectacle, son apothéose et une prouesse technologique : une cloche. Une énorme cloche. Je ne sais si l’ingénieux et rêveur Bonaventure a eu cette idée en voyant l’un des films d’Andréi Tarkovski ou en levant la tête à côté de chez lui, toujours est il que l’apparition de la cloche, puis sa mise en orbite sont stupéfiantes. Ce qui nous console d’autres moments du spectacle par trop traditionnels et donc plus prévisibles. Quoi qu’il en soit, ce spectacle, comme les précédents, est parti pour tourner durant quatre ans. Espérons aussi que Bonaventure Gacon aura le temps de reprendre,de temps à autre, son Par le Boudu, ce spectacle mascotte qui procure chez bien des spectateurs une réaction étrange : après l’avoir vu, on n’a qu’une envie c’est de le revoir. May he rise ans smell the fragrance, Avignon, salle Benoît XII,jusqu’au 17 juillet Campana par le cirque Trottola. Après Alba la romaine, le spectacle poursuit sa tournée : du 27 juillet au 1er août au festival de de théâtre de Phalsbourg, du 18 au 25 août au Festival d’Aurillac, du 9 au 24 octobre aux Deux Scènes à Besançon, du 23 nov qau 15 déc au Centquatre à Paris. Légende photo : Scène de "Campana" © Philippe Lauren
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