Revue de presse théâtre
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"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"  :   L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Mourir d’amour avec Julie de Lespinasse 

Mourir d’amour avec Julie de Lespinasse  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan - 28 avril 2022

 

 

Christine Letailleur poursuit son roman d’amour avec les écritures du XVIIIe siècle en mettant en scène sa propre adaptation de Julie de Lespinasse, - sa vie, ses lettres d’amour sublimes - amie de D’Alembert et Condorcet. Une fête déchirante portée par Judith Henry.

 

C’est le début lettre écrite, un jour de 1776, à six heures du soir, par Julie de Lespinasse, quelques mois ou semaines avant de mourir  à 42 ans (d’amour et de tuberculose), une lettre adressée à celui qu’elle aime:

« Je ne veux pas, mon ami, que, dans le peu de jours qui me restent à vivre, vous puissiez en passer un sans vous souvenir que vous êtes aimé à la folie par la plus malheureuse de toutes les créatures. Oui, mon ami, je vous aime. Je veux que cette triste vérité vous poursuive, qu’elle trouble votre bonheur [ le destinataire, le comte de Guibert, son cadet de dix ans ,vient de se marier] ; je veux que le poison qui a défendu ma vie, qui la consume, et qui sans doute la terminera, répande dans votre âme cette sensibilité douloureuse, qui du moins vous disposera à regretter ce qui vous a aimé avec le plus de tendresse et de passion. Adieu mon ami. Ne m’aimez pas, puisque ce serait contre votre devoir et contre votre volonté ; mais souffrez que je vous aime et que je vous le redise cent fois, mille fois, mais jamais avec l’expression qui répond à ce que je sens ».

 

Julie écrira encore d’autres lettres à l’homme qu’elle aime jusqu’à ces derniers mots sentant sa fin imminente : «si je revenais à la vie, j’aimerai encore à l’employer, à vous aimer, mais il n’y a plus de temps ». C’est l’épouse de l ‘homme aimé par Julie de Lespinasse qui, découvrant ces lettres et leur incandescence, ne les jettera pas au feu, mais les fera éditer en 1809.

 

On comprend que Christine Letailleur cette amoureuse des écritures du XVIIIe siècle, après Laclos et Sade et avant, un jour, Restif de la Bretonne, ait eu envie de frayer un bout de chemin amoureux avec Julie de Lespinasse. Son spectacle entrelace subtilement ses lettres et sa vie romanesque. Fille naturelle d’une comtesse (son père étant le mari de sa sœur), elle restera dix ans auprès de madame du Deffand (sa tante naturelle), introduite dans son fameux salon avant d’en être chassée (jalousie). Elle ouvre alors son propre salon fréquenté par les Encyclopédistes et bien d’autres. Très proche de son aîné de quinze ans d’ Alembert, qui l’aima d’un amour platonique et vivra auprès d’elle, Julie de Lespinasse connut un premier amour partagé avec un espagnol, M. de Mora qui, plus tard, mourra avant elle de la tuberculose. Elle aime bientôt follement, plus qu’il ne l’aime, le comte de Guibert, de dix ans son cadet, qui parcourt l’Europe, tire gloire d’un écrit militaire et finit par se marier avec une autre, de moins de vingt ans, au grand dam de Julie qui en a le double.

 

Dans la mise en scène tout en finesse de Christine Letailleur, Guibert n’apparaît pas en scène autrement qu’en voix off (Alain Fromager) et par les lettres que lui adresse Julie, déployant entre eux un jeu ambivalent de la présence-absence. Seul apparaît furtivement auprès d’elle le spectre de M. de Mora qui lui l’aima tant et plus jusqu’à la mort, le rôle étant (bien) tenu par Manuel Garcie Kilian que l’on a souvent vu dans les spectacles de Christine Letailleur.

 

L’espace nu presque abstrait est comme mental, excepté quelques bougies (cet adjuvant à l’écriture au XVIIIe siècle). Au centre du plateau, une méridienne entourée de rien, comme une île (scénographie Emmanuel Clolus et Christine Letailleur) où, en marge du monde, habite Julie de Lespinasse. C’est là qu’elle écrit ses lettres d’amour comme autant de lettres à la mer, c’est là qu’elle espère, désespère, pleure, veille, s’éveille, écrit, se meurt. Abritée sous une longue robe magnifique ( Elisabeth Kunderstuth), l’actrice Judith Henry, gracile, fragile et déterminée dans la passion solitaire de son personnage, malade (amour, tuberculose) se nourrissant de pilules d’opium, porte les mots vibrants de Julie de Lespinasse avec une juste fébrilité, tempo constant du spectacle, celui sonore d’une lettre que l’on froisse et défroisse pour mieux la relire.

 

Jean-Pierre Thibaudat / Balagan

 

Théâtre National de Strasbourg jusqu’ au 5 mai, tous es jours 20h, sf sam 30 16h et 20h

 

Légende photo : Scène de "Julie des Lespinasse" © Jean-Louis Fernandez

 

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Un Juge, texte et jeu de Fabio Alessandrini, regard extérieur Karelle Prugnaud.

Un Juge, texte et jeu de Fabio Alessandrini, regard extérieur Karelle Prugnaud. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte  dans son blog Hottello - 25 avril 2022

 

Un Juge, texte et jeu de Fabio Alessandrini, regard extérieur Karell Prugnaud, création vidéo Claudio Cavallari, musique Paolo Silvestri, lumière Julie Bertin, univers sonore Romain Mater, construction décors Alexandrine Rollin.

 

Un juge italien sort du tribunal et revit ses vies multiples dont il a pu faire l’expérience amère. Il narre son parcours professionnel, s’interrogeant sur la notion de justice : prise de conscience d’une mission et de la valeur d’un serment, engagement dans la lutte contre la Mafia, en Italie et dans le monde ; complicité et liens d’amitié avec d’autres magistrats – combat, sacrifice et engagement.

 

Le juge est celui qui énonce ce qui est juste, qui fait advenir la justice. Sur le plateau de théâtre, l’auteur et comédien Fabio Alessandrini d’Un Juge ne se présente pas comme détenteur d’un pouvoir: nul amour-propre inconsidéré, nulle pompe de cérémonial judiciaire, nulle richesse des ors d’un palais de justice.

L’interprète s’adresse à la salle attentive. Revêtu d’une chemise blanche, d’une cravate et d’une veste sombres, costume sobre et urbain le protégeant, il montre la fonction et cache de prime abord la personne. 

 

Avec humour et ironie, le personnage débute sa prestation en expliquant les incohérences des lois italiennes concernant le meurtre d’un homme sur sa femme, la peine de celui-ci étant souvent fort amoindrie. Puis peu à peu, le tableau s’assombrit et la gravité s’installe au gré d’affaires de plus en plus lourdes et sanglantes, passant de la comédie à la tragédie.

 

Faire justice revient à régler les différends entre particuliers et à assurer le respect de la loi, tout particulièrement le respect des grands interdits, fondateurs de la société, pour le maintien de la cohésion du groupe, soit la dimension politique de la justice, son caractère public.

 

L’indépendance de la justice est considérée, dans toutes les constitutions modernes, comme la condition permettant à l’autorité judiciaire d’exercer sa fonction de « gardienne de la liberté individuelle ». Le juge n’applique pas la loi mécaniquement, il doit l’interpréter.

 

Aujourd’hui, dans quelques systèmes judiciaires des pays industrialisés, l’image du juge est souvent illustrée par quelques personnalités chargées des dossiers dits « sensibles ». En France, on est passé de l’image du « petit juge » enfermé dans les contraintes de la hiérarchie et empêché de perturber la vie politique ou financière, quand il s’attaque aux délits de grands personnages, à l’image des juges médiatiques symbolisant l’indépendance de la justice.

 

En Italie, les juges, instruments ou adversaires des abus du pouvoir politique, incarnent parfois le courage devant les menaces de vengeance criminelle – le cas des juges « anti-mafia » est notable. Et quand il ne tue pas, le métier de juge, exigeant et difficile, use à la longue ceux qui tentent de le pratiquer avec intégrité et ténacité.

 

Le personnage – narrateur et interprète – est fils de notaire et ne veut pas reprendre la même charge, préférant mission active de service public, d’aide au bon fonctionnement de la collectivité.

Nommé pour son premier poste dans une petite ville de Calabre, il fait ses premières armes contre la ‘Ndrangheta. Il s’occupe de dossiers délicats; victime d’un attentat, il est nommé à Palerme, confronté à la mafia sicilienne Cosa Nostra.

 

De l’insouciance des études de Droit à la choquante confrontation avec la réalité du terrain, le héros raconte ses débuts dans une terre oubliée des Institutions, laissée à la criminalité organisée. 

A partir des témoignages et des récits de magistrats, se construit un parcours synthétique et exemplaire d’un juge d’aujourd’hui. Son histoire personnelle, sa recherche patiente et obstinée des causes et des origines des faits, permettent de traverser des moments cruciaux de notre histoire. 

 

Un témoignage sur la collusion entre les Institutions et les Mafias, le sabotage des Pouvoirs à l’égard de la Justice, les batailles contre la criminalité internationale. Ce Juge réinventé – composé d’identités diverses – traverse les temps et les espaces, charpentant un idéal de société. 

 

Telle une réflexion sur la frontière entre liberté individuelle et règle commune, responsabilité de décider de la vie d’autrui et de la différence entre justice et loi. 

 

Ce qui qui différencie l’être humain des autres êtres vivants, est son besoin ancestral de définir ce qui est juste et ce qui est injuste. 

 

Par-delà l’Institution et l’ensemble des articles de loi, la justice est un sentiment, un désir, un horizon à atteindre et à préserver, une utopie à cultiver – un outil d’évolution et d’élévation des esprits, repère pour l’égalité et la protection des droits, idées et valeurs fondatrices de civilisation. 

 

Justice des hommes ou justesse de la règle, point de bascule, d’équilibre.

 

Fabio Alessandrini est tonique, investi peu à peu par son idéal de justice : il s’allonge sur son bureau pour réfléchir, mimant les si nombreuses victimes de mort de la Mafia, à la manière aussi des gisants religieux des églises italiennes – sculptures de marbre blanc allongées sous les autels.

 

Debout le plus souvent, il porte un par-dessus beige sur le bras, prêt à partir, ou suspend le vêtement en entrant dans son bureau, poursuivant ses commentaires d’une situation à vif.

Derrière lui défilent des images vidéo – ombres humaines indistinctes, allées et venues.

 

Le juge joue au squash deux fois par semaine : face public, il renvoie sa balle violemment, s’adonnant à cette pratique physique et sportive avec niaque – séance d’équilibre et de réconfort.

Il réécoute une bande audio enregistrée où il entend douloureusement sa dernière conversation avec son frère avant même que celui-ci ne soit tué dans un attentat. Le pouvoir politique ô combien compromis avec la Mafia le fait nommer dans une mission internationale en Amérique latine, à Bogota, pour lutter contre le Cartel de la drogue. Il y revit le même drame et les mêmes méfaits contre la justice.

 

Une belle interprétation tirée au cordeau, convaincante et profondément incarnée sur un sujet qui nous interpelle.

 

Véronique Hotte

Du 20 avril au 1er mai 2022, les 24, 27, 28, 29 et 30 avril 19h, le 1er mai 19h, à La Reine Blanche 2 bis, Passage Ruelle 75018 – Paris. Tél : 01 40 05 06 96 reservation@scenesblanches.com www.reineblanche.com Tournée en cours : janvier-février 2023, DSN – Dieppe Scène NationaleEspace Jean Legendre à CompiègneThéâtre Jean Vilar à Saint-Quentin. Juillet 2023, Festival Avignon Off.

 

 

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« Alexis Michalik, l’homme pressé », sur France 5 : la « méthode », plutôt que l’itinéraire, d’un metteur en scène gâté

« Alexis Michalik, l’homme pressé », sur France 5 : la « méthode », plutôt que l’itinéraire, d’un metteur en scène gâté | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard dans Le Monde - 22 avril 2022

 

Elise Darblay nous plonge dans les coulisses de la création des « Producteurs », le dernier succès en date de l’auteur d’« Edmond » et du « Cercle des illusionnistes ».

FRANCE 5 – VENDREDI 22 AVRIL À 22 H 40 – DOCUMENTAIRE

Alexis Michalik a réalisé son « rêve américain » : amener Broadway à Paris en adaptant Les Producteurs, la célèbre comédie musicale de Mel Brooks. Créé en décembre 2021 au Théâtre de Paris, ce spectacle, toujours à l’affiche, confirme l’insolent succès de cet auteur et metteur en scène de 39 ans. En une petite dizaine d’années, Alexis Michalik n’a cessé de cumuler les réussites dans le théâtre privé. Du Porteur d’histoire (2011) à Edmond (2016), du Cercle des illusionnistes (2014) à Une histoire d’amour (2020), toutes ses pièces se jouent à Paris et en régions sans discontinuer.

 

 

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Alexis Michalik, « Je n’ai pas assez de rage en moi pour laisser exprimer un propos politique fort. Plus j’avance et moins je sais »

Davantage centré sur la « méthode » Michalik que sur son itinéraire, le documentaire réalisé par Elise Darblay nous plonge dans les coulisses de la création des Producteurs« Je suis le premier spectateur. Si je m’ennuie, c’est que quelque chose ne va pas et c’est à moi de trouver la solution », insiste le metteur en scène. Pour imaginer la version française du spectacle de Mel Brooks, il n’a pas dérogé à ce qui fait sa marque de fabrique : un rythme endiablé et une troupe sans tête d’affiche, mais formidablement castée.

 

 

Lire aussi : Choral et optimiste, le théâtre selon Alexis Michalik

Au premier jour des répétitions, Alexis Michalik demande à ses comédiens un filage de la pièce. Fonctionnant à l’intuition, il a besoin d’entendre le texte pour faire naître les idées et mettre en mouvement les tableaux. L’ambiance au sein de la troupe est à la fois détendue et, revendique-t-il, « au taquet ». En homme pressé, le metteur en scène apparaît obsédé par la ponctualité de ses équipes. Concentré, il ne laisse jamais apparaître le moindre stress. Et pourtant, l’ampleur du projet est, pour lui, « inédite » : seize acteurs, sept musiciens, plusieurs régisseurs et un théâtre de 1 000 places à remplir.

« Créer une famille »

Depuis Le Porteur d’histoire, Alexis Michalik va de succès en succès. Lui qui a fait ses armes dans le « off » du Festival d’Avignon se retrouve multirécompensé lors des Molières« Tout d’un coup, j’ai eu l’impression de basculer, je pouvais continuer à raconter des histoires au public. » Il aime « créer une famille » et rester fidèle. « Quand Edmond a été monté en 2016, on pensait rester trois semaines à l’affiche, la pièce se joue toujours », témoigne le comédien Régis Vallée, qui a connu Alexis Michalik au conservatoire du 19e arrondissement de Paris et fait partie de l’aventure des Producteurs.

 
S’il est agréable de suivre le processus de création de cette comédie musicale et les relations entre le « chef d’orchestre » Michalik et les différents corps de métier qu’un tel projet nécessite, on aurait aimé que cette master class s’attarde davantage sur son parcours. Qu’est-ce qui fait courir Michalik que l’on voit furtivement distribuer des tracts en 2005 dans les rues d’Avignon ? Qu’est-ce qui anime ce comédien qui ne cesse d’écrire depuis l’âge de 14 ans et dont les histoires sont désormais attendues par le public ? Il répond : « C’est parce que j’ai une hyperconscience de la mort que je fais tout ça. »
 

Alexis Michalik, l’homme pressé, documentaire d’Elise Darblay (Fr., 2022, 52 min). Diffusé sur France 5.

 

 

Sandrine Blanchard

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Lionel Lingelser, au-delà de toute raison

Lionel Lingelser, au-delà de toute raison | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot dans son blog - 18 avril 2022

 

 

Hanté par une histoire mettant en cause de jeunes enfants, dans le village où il est né, le comédien, co-fondateur du Munstrum Théâtre, entouré de ses amis artistes, a conçu Les Possédés d’Illfurth. Il joue, seul en scène, déchaîné et fascinant.

 

Surgi il y a une dizaine d’années, le Munstrum Théâtre propose depuis des spectacles de tailles différentes, mais toujours originaux. Autour des deux créateurs, Louis Arène, Lionel Lingelser, tous deux passés par le conservatoire national supérieur d’art dramatique, s’est constituée une constellation d’artistes, comédiens, auteurs, scénographes, etc.

 

Avec Les Possédés d’Illfurth on est dans un solo, mais l’interprète est entouré d’une équipe excellente : Victor Arancio pour la lumière, Claudius Pan pour le son, Ludovic Enderlen, à la régie. C’est lui, Lionel Lingelser qui a voulu puiser dans une histoire de son enfance, la matière d’un spectacle. Il a grandi dans un village d’Alsace, situé non loin de Mulhouse, Illfurth (le gué sur la rivière Ill). Cette commune est célèbre pour un cas d’exorcisme « réussi » conduit en 1869 pour « délivrer » deux enfants, deux frères, Joseph, 7 ans, Théobald, 9 ans, Deux enfants qui, depuis quelque temps, étaient au cœur d’étranges phénomènes et déployaient une force hallucinante. Au nom de la Sainte-Vierge, fut pratiqué cet exorcisme car les enfants étaient, selon la famille, les villageois, l’église, « possédés ».

 

On ne fait que les évoquer dans Les Possédés d’Illfurth, texte écrit par Yann Verburgh, et la collaboration de Lionel Lingelser.  Si l’ami Louis Arène est au poste de « collaborateur artistique », s’il a veillé sur le travail, c’est bien Lingelser lui-même qui surgit sur le plateau, féroce et tapageur, agressif, emporté dans une danse diabolique, jetant des regards inquisiteurs au public qui n’a qu’à bien se tenir…

C’est un tourbillon, un texte puissant, un interprète étourdissant. Un exploit physique, une heure quinze durant : lui aussi est comme possédé. Il est Hélios, soleil bouillonnant. La ferme de son grand-père est la maison des enfants d’autrefois. Le petit Lionel/Hélios a peur. Et son ami Bastien va s’avérer être dangereusement séduisant.

 

 

Ainsi, évoquant les enfants, Hélios/Lionel Lingelser nous parle sans doute, d’une manière pudique et libre à la fois, de lui-même.

On rit beaucoup car la férocité est ici étincelant d’humour, d’esprit. Les Possédés d’Illfurth ne sont pas faits pour être résumés : il faut les recevoir, ces mots, ces humeurs, ces mouvements, ces ruptures, ces gestes. Le roi de fous, le roi du délire avec sa couronne en carton, et son tambourin rythmant la prosodie. Un homme blessé, qui court comme on fuit. Un acteur hallucinant dans sa présence, sa justesse, sa voix, son regard, tout son corps enflammé.

 

 

Le public, jeune, ne s’y trompe pas : il est rock, Lingelser. On lui fait un triomphe, et tout à fait naturellement devant tant d’intelligence, de talent, de puissance émotionnelle.

 

Armelle Héliot 

 

 

Les Possédés d’Illfurth, au Monfort, jusqu’au 23 avril, à 19h30. Durée : 1h15. Tél : 01 56 08 33 88. lemonfort.fr

Suite de la tournée : Festival THEATRE en MAI – 27 au 28 mai 2022 à 20h, et le 29 mai 2022 à 15h, Théâtre des Feuillants à Dijon (21) FESTIVAL AVIGNON OFF – La Manufacture – Juillet.  LA COUPOLE – 27 septembre 2022 (2 représentations), à Saint-Louis (68). L’ESPACE 110 – 30 septembre 2022 (2 représentations), à Illzach (68). LES TRANSVERSALES – Semaine du 3 octobre 2022 (5 représentations), à Verdun (55). LE TRIDENT, SCÈNE NATIONALE – 13 et 14 octobre 2022, à Cherbourg-en-Cotentin (80). DÔME THÉÂTRE – 22 novembre 2022, à Albertville (73). L’ESPACE BMK – 24 et 25 novembre 2022, à Metz (57). LE CARREAU – SCÈNE NATIONALE DE FORBACH – 30 novembre et 1er décembre 2022, à Forbach (57). LA MAC – RELAIS CULTUREL DE BISCHWILLER – 6 décembre 2022, à Bischwiller (67). SALLE DE SPECTACLES SOLENVAL – 16 et 17 décembre 2022, à Dinan (22). LE TANGRAM – SCÈNE NATIONALE – Semaine du 9 janvier 2023 (4 représentations), à Évreux (27 ; NOUVEAU THÉÂTRE DE MONTREUIL – CDN – 14 au 22 avril 2023 (8 représentations), à Montreuil (93). THÉÂTRE DE LORIENT – Semaine du 1er mai 2023 (2 représentations), à Lorient (56).

 

 

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Le metteur en scène Jacques Rosner est mort

Le metteur en scène Jacques Rosner est mort | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Brigitte Salino dans Le Monde - 4 avril 2022

 

Formé auprès de Roger Planchon, l’homme de théâtre dirigea plusieurs institutions, dont le Conservatoire national d’art dramatique de Paris.

 

Jacques Rosner (au centre), avec Nicole Rosner (à gauche) et Sylvie Raboutet, le 9 mai 1998. NATHALIE SAINT-AFFRE/AFP

Avec Jacques Rosner, mort le 30 mars en Normandie, à 86 ans, disparaît un homme de théâtre de la génération de Roger Planchon (1931-2009), auprès de qui il s’est formé à la mise en scène, avant de diriger plusieurs institutions, dont le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris.

Né le 5 février 1936, fils de commerçants lyonnais, Jacques Rosner découvre le théâtre grâce à l’un de ses professeurs. A 17 ans, il arrête ses études quand il rencontre Roger Planchon ; le jeune et fracassant directeur du Théâtre des Marronniers, une petite salle du centre de la ville, lui propose de l’assister. C’est le début d’un compagnonnage qui se poursuit ensuite à Villeurbanne (Rhône), au Théâtre de la Cité – le futur Théâtre national populaire (TNP). Jacques Rosner joue, mais ce n’est pas ce qu’il préfère. Il est attiré par la mise en scène, dans laquelle il se lance en 1962, avec La Vie imaginaire de l’éboueur Auguste Geai, d’Armand Gatti, suivi de Poussière pourpre, d’O’Casey, et de La Mère, de Brecht, un de ses auteurs de prédilection, auquel il reviendra souvent.

 

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Entretien avec Jacques Rosner, directeur du Conservatoire Les vivants qui sont là

C’est d’ailleurs avec Brecht (Maître Puntila et son valet Matti) qu’il inaugure ses fonctions de directeur du Centre dramatique du Nord, où il est nommé en 1970. Quatre ans plus tard, il est appelé à la tête du Conservatoire, à Paris. Jacques Rosner analysait finement l’évolution de l’école, où il est resté neuf ans. Quand il y est arrivé, il a trouvé des élèves « plus ouverts, plus conscients, plus responsables d’une culture d’ensemble, plus travailleurs et plus intéressés aux destinées du pays », déclarait-il à Michel Cournot, dans Le Monde.

Révolution dans l’approche du jeu

Mai 68 a fait son œuvre, Jacques Rosner organise la suppression du concours de sortie, et fait appel à des professeurs de haut vol. Jean-Paul Roussillon, Michel Bouquet, Claude Régy, Bernard Dort rejoignent Antoine Vitez. C’est une grande époque, marquée par une révolution dans l’approche du jeu. Jacques Rosner est également très attentif à l’avenir des élèves, qu’il aide à entrer dans le métier, en tant que directeur du Jeune Théâtre national (JTN), créé en 1971.

 

Pendant ces années-là, Jacques Rosner présente de nombreux spectacles, en particulier L’Atelier, de Jean-Claude Grumberg, qui fait événement, en 1979. Le directeur du Conservatoire en signe la mise en scène avec l’auteur et Maurice Bénichou, à l’Odéon.

 

En 1985, il est nommé par Jack Lang au Théâtre Sorano, à Toulouse. Il achèvera son mandat avec la construction du Théâtre national de Toulouse, qu’il inaugurera avec La Mer, d’Edward Bond, en 1998. Entre-temps, Jacques Rosner réunit ses acteurs fétiches, Marie-Christine Barrault et Jean-Claude Dreyfus, dans L’Etrange intermède, d’Eugène O’Neill, en 1988. Il dirige également Marie-Christine Barrault dans La Cerisaie, de Tchekhov, en 1992, Jean-Claude Dreyfus dans Ruy Blas, de Victor Hugo, en 1989, et la jeune Dominique Blanc, dans La Culotte, de Carl Sternheim, en 1985.

Après son départ de Toulouse, Jacques Rosner a poursuivi sa route, dans un contexte où il lui était plus difficile de trouver sa place. Cosignée avec son épouse, Nicole, sa dernière mise en scène, Adolf Cohen, de Jean-Loup Horwitz, a été présentée dans le « off » d’Avignon, en 2015

 

 

Jacques Rosner en quelques dates
 

5 février 1936 Naissance à Lyon

 

1970 Nommé à la tête du Centre dramatique du Nord

 

1971 Directeur du Jeune Théâtre national

 

1974 Dirige le Conservatoire national d’art dramatique de Paris

 

1985 Nommé à la direction du Théâtre Sorano, à Toulouse

 

30 mars 2022 Mort en Normandie

 

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Les Ukrainiennes de Dakh Daughters réfugiées en France: Vire et revenir –

Les Ukrainiennes de Dakh Daughters réfugiées en France: Vire et revenir – | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération -  20 mars 2022

 

Légende photo : Les Dakh Daughters redonnent vie à des chansons du folklore ukrainien qu’elles remixent avec leurs propres textes. (Florence Brochoire/Tendance Floue pour Libération)

 

Ces musiciennes ont fui la guerre avec mère et enfants, et ont trouvé refuge au Préau, dans le Calvados. Un centre dramatique où elles n’ont pas attendu un jour avant de se remettre à jouer. Elles sont ce lundi au Théâtre de l’Odéon.

 
 

Et les voici arrivés à Vire, cette petite ville du Calvados dont on n’aurait jamais soupçonné qu’elle puisse devenir l’un des points de ralliements des artistes ukrainiens qui ne se disent pas en exil, car oui, le doute ne leur est pas permis, ils reviendront au plus vite dans leur pays, et cette pensée suffit à bannir de leur vocabulaire le moindre mot qui laisserait supposer une installation au long cours. On accorde la phrase au masculin alors que les 19 Ukrainiens qui viennent de trouver refuge au Préau, un des plus petits centres dramatiques nationaux de France, dirigé par Lucie Berelowitsch, sont ultra majoritairement des femmes, dont les musiciennes et actrices des Dakh Daughters, qui redonnent vie à de très anciennes chansons du folklore ukrainien qu’elles remixent avec leurs propres textes et pléthores d’instruments à cordes et leur énergie de guerrières.

A chacune son point de départ, d’un abri dans le métro de Kyiv, d’un appartement prêté à Lviv, d’une maison dans la banlieue de Kyiv et encore d’ailleurs. A chacune sa route, par la Pologne ou la Hongrie en traversant les Carpates, et en passant par l’Allemagne. Toutes ont suivi un long chemin avec leurs enfants, parfois des bébés, parfois leur mère et belle-mère, bien que la plupart des personnes âgées aient préféré ne pas quitter leur demeure malgré les bombardements, parce qu’elles sont chez elles en Ukraine, parce qu’il est trop tard pour tout abandonner, et parfois parce qu’elles redoutent d’être un «fardeau» pour celles et ceux qui partent, comme nous l’expliquait dans son journal le metteur en scène et inventeur du Dakh théâtre – dakh signifiant toit mais aussi refuge –, Vlad Troitskyi. Comme elles, l’imposant metteur en scène a rejoint le théâtre Le Préau. Une seule du groupe est restée à Kyiv, si bien que les six Dakh Daughters ne sont plus que cinq et qu’il leur manque une musicienne aux claviers.

 

«Protéger l’Ukraine mais à l’extérieur»

Pour Vlad Troitskyi également, le départ n’a pas été prémédité, mais s’est imposé durant une nuit d’insomnie, où il lui est apparu que les Dakh Daughters et le Dakha Brakha seraient plus utiles en dehors des frontières ukrainiennes qu’en restant les bras croisés, dans un appartement ou un abri antimissile. Et qu’il leur fallait de toute urgence créer ce que le metteur en scène de 57 ans nomme un «front art», sorte de «front de résistance artistique» qui voyage en Europe et en Amérique pour raconter la culture ukrainienne, dans ce moment d’anéantissement et de négation de leur pays. Que leur devoir était «de continuer à protéger l’Ukraine mais à l’extérieur», insistera-t-il.

Déroutant d’être en Normandie ? Sans doute plus qu’on ne l’imagine, car ce qui reprend, avec une irréalité à rendre fou, c’est la vie telle qu’elle était presque prévue, avec des concerts, des répétitions organisées de longue date des Géants de la montagne, l’ultime pièce inachevée de Pirandello, écrite qui entre 1928 et 1936. Lucie Berelowitsch se remémore le petit mot qu’elle avait envoyé le 24 février, lors de l’invasion, à chacune des Dakh Daughters : «Je suis là pour vous. Venez si vous le souhaitez.» Elle connaissait Vlad Troitskyi, «metteur en scène et fédérateur de troupes de génie» mais plus intimement chacune des actrices-musiciennes pour avoir monté avec elles, en ukrainien et russe, Antigone d’après Sophocle et être partie en tournée ensemble pendant plusieurs années. «Non merci, c’est très gentil mais notre place n’est pas en France. Elle est ici en Ukraine, même sous les bombes», avaient-elles décliné.

 

Lorsqu’on arrive dans le hall carré du Préau en fin de matinée du 15 mars, seule Ruslana Khazipova, l’une des Dakh Daughters, est déjà là, malgré l’épuisement, sur le front de l’information, qui inlassablement s’adonne à rendre tangible la spécificité de cette guerre à des journalistes. Lunettes carrées, souriante, voix chaleureuse, phrasé lent et pédagogique, et, tout d’un coup, une trouée d’émotions qui la submerge quand elle nous salue, on avait conversé ensemble sur Facetime quand elle était à Lviv. Ruslana met mille soins pour raconter son voyage précisément, décrire l’élégance de gens «qui avaient mis leurs plus beaux vêtements comme pour narguer la guerre malgré leur ventre vide» qu’elle voyait marcher dans une file dense jusqu’à la frontière polonaise. Elle-même faisait du surplace au volant avec son fils de trois ans, sa mère et sa belle-mère, effectuant trois kilomètres en seize heures.

Elle relate l’appel impromptu à sa propre mère quand Vlad l’a convaincue de fonder ce «front art» : «On quitte l’Ukraine, tu as une heure pour prendre toutes tes affaires dans le plus petit sac possible et le train jusqu’à Lviv. On t’attend.» Ruslana et sa famille n’ont pas dormi une seule nuit à l’hôtel durant leur périple, car à chaque étape, des gens, qu’elle ne connaissait pas ou des amis d’amis, leur ouvraient leur chambre à coucher. Ruslana se tient très droite, en décrivant cet accueil des réfugiés inédit en France, qui permet aux Ukrainiens de monter dans le train gratuitement et de bénéficier de protections temporaires qui leur donnent l’asile pendant six mois. Non, elle n’a rien à demander au gouvernement français, car «c’est à chacun de décider comment soutenir les Ukrainiens», puis se ravise. Si elle a une requête, ce serait que tous les réfugiés – les Afghans, les Syriens – puissent être accueillis avec les mêmes droits, avec la même chaleur et empathie que les Ukrainiens.

Elle n’est pas dupe: elle sait bien que si le prix de l’essence monte, que si la guerre dure, la belle solidarité pourrait s’étioler. Aparté de Lucie Berelowitsch: le théâtre du Préau accueille également depuis août dernier un couple d’Afghans cinéastes, tous deux en grand danger de mort dans leur pays, puisque la femme venait, à l’arrivée des Talibans, de tourner un documentaire sur le droit des femmes en Afghanistan, et que lui organise un festival de cinéma sur les droits à Kaboul. Et c’est, répète Lucie Berelowitsch, la grande différence avec les Ukrainiens, qui pour leur grande majorité quittent un pays qui les rendait «très heureux».

Ne pas rompre avec leur vie d’avant

Une vingtaine de personnes à la charge d’un établissement sans moyens importants, dont 7 enfants de 1 an à 15 ans, ce n’est pas négligeable, et pourtant, pour l’instant, le petit CDN Le Préau s’organise quasiment seul. Deux familles logent chez Lucie Berelowitsch, trois autres sont hébergés dans les deux appartements destinés aux artistes en résidence, une dans un appartement mis à disposition par la ville. La semaine prochaine, la municipalité devrait mettre à disposition un deuxième appartement, et les collectivités devraient bientôt s’associer au soutien. Les Virois ne cessent d’apporter des jouets, des vêtements. Plus tard et très vite, viendra la question des titres de séjour. Les questions d’intendance sont de chaque instant, mais elles ne pèsent pas. Pour l’instant, tout ce monde vit à la fois dans l’instant présent, et en Ukraine, l’œil rivé aux nouvelles de la guerre. Impossible de se projeter. Le théâtre offre aussi sa salle de répétition et le conservatoire municipal prête ses instruments ! Car oui, à peine arrivés, les Dakh Daughters entrent en répétition. La toute première qui signe leurs retrouvailles aura d’ailleurs lieu dans un quart d’heure.

 

Et voici Bida, l’une des Dakh Daughters, qui franchit le seuil du hall. Traits tirés, teint blafard, on le serait à moins, et souriante, elle vient de chercher sa fille de quatre ans, déjà scolarisée à la maternelle, «il est plus facile pour un tout-petit de s’intégrer en maternelle où la pédagogie est plus ludique et gestuelle». Les enfants plus âgés ont classe par zoom, dans une Ukraine où chacun est éparpillé à mille lieues mais où le groupe classe demeure. C’est le seul moyen pour eux de ne pas rompre complètement avec leur vie d’avant, et d’avoir des nouvelles de leurs amis, de leurs profs, et surtout de garder l’espoir que tout redevienne comme avant. «C’est tellement étrange de reprendre le travail, de se retrouver comme convenu pour donner un concert à Amsterdam, avant d’être à Paris pour une grande soirée de soutien au théâtre de l’Odéon à l’Ukraine» (1) murmure l’une d’elles. Le mari de Bida, lui, est accueilli comme d’autres membres des Dakha Brakha, au Monfort théâtre, chez Laurence De Magalhaes et Stéphane Ricordel, les découvreurs historiques en France des deux émanations du Dakh théâtre.

Un chant très doux, presque murmuré

Elles descendent dans la salle de répétition, découvrent les instruments, les accordent, se mettent en arc de cercle, tandis que Vlad Troitskyi est assis au centre. Elles doivent réorganiser entièrement leur show, sans Tania aux claviers. Pas maquillées, pas coiffées, avec de gros sweats à capuche d’ado, elles ne sont pas show off pour un sou. Elles discutent en ukrainien sur le répertoire qu’elles ont reconstitué de longue date, en écumant des villages reculés de leur pays. Et tout d’un coup, un rythme anodin au départ s’amplifie, s’accroche au tempo de la parole qui devient un chant très doux, presque murmuré, puis choral et une contrebasse entre en action. Une joie tangible survient, de ce travail collectif, et du plaisir de s’accorder, avec des essais, des erreurs et des reprises, de la recherche. Vlad Troitskyi, à l’affût des nouvelles sur son portable, intervient peu, elles décident ensemble de l’ordre des chansons. Le visage de Bida, si fatigué, s’éclaire, tandis qu’elle commence à chanter, d’abord en chuchotant. Et il y a Zo, aussi, dont les traits se pacifient, qui propose un nouveau texte. Plus tard, elle nous dira qu’elle aimerait bien faire connaître le poète et romancier Vassyl Barka en Europe, résistant, dont les écrits racontent notamment l’extermination des Juifs d’Ukraine, et auteur du Prince jaune, sur la grande famine organisée par l’Etat soviétique en 1933.

 

Mais qu’est-ce qui nous prend ? On quitte les répétitions pour aller chez Lucie. On toque, et c’est Lukia, 12 ans, la fille de Bida, qui nous ouvre, et nous accueille, nous offre un verre d’eau, jeune fille parfaite dans la maison du bonheur. Des petits enfants jouent, les grands-mères s’occupent d’eux, le soleil remplit la pièce. Lukia a envie de témoigner de la guerre. Mais voilà que les mots défilent, patinent, explosent en sanglots intenses et irrépressibles. C’est elle qui nous questionne : «J’ai laissé mes amis, mes grands-parents en Ukraine. Pourquoi ils sont bombardés ? Pourquoi ils veulent nous tuer ? Qu’est-ce qu’on a fait ? Je suis contente que ma famille soit saine et sauve et j’aimerais dire merci à Lucie. Mais je ne peux plus voir à la télé des images de gens mourir dans la rue en Ukraine. Je me sens coupable d’être en vie.» Depuis son arrivée à Vire, Lukia parvient de nouveau à dormir en pyjama au lieu de rester tout habillée pour descendre s’abriter au plus vite en prévision d’un bombardement nocturne.

 

 

(1) Lundi 21 mars : soirée de soutien à l’Ukraine à l’Odéon avec notamment les Dakh Daughters, et la lecture d’une pièce inédite en France, «Mauvaise route» de Natalka Vorojbyt.

28 mars : concert des Dakhabrakha au Monfort théâtre, 106 Rue Brancion (75015). 2 avril : Concert des Dakh Daughters au Préau à Vire (Calvados).
 Anne Diatkine, Envoyée spéciale à Vire et photos Florence Brochoire.
 
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Le siècle de Galia Libertad

Le siècle de Galia Libertad | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Guillaume Lasserre dans son blog - 24 février 2022

 

 

À partir du dernier hommage qu’un groupe de proches est venu rendre à Galia Libertad, fille d’immigrés et ouvrière au siècle dernier, Carole Thibaut tisse les fils d’une comédie humaine qui s’inscrit dans l’histoire sociale, culturelle et politique de Montluçon, petite ville du centre de la France, au XXè siècle. « Un siècle » scrute les remous de l’Histoire sur les destins de trois générations.

 

 

Sous un arbre majestueux, figurant un jardin luxuriant aux premières heures du jour, est installé un immense tapis sur lequel repose le fauteuil dans lequel Galia Libertad est assise. Elle attend, en compagnie de Pierre, son dernier amour et de Jan, son premier, l’arrivée du petit groupe familial venu lui rendre un dernier hommage, un adieu qui va durer trois jours et trois nuits, un rituel de passage pour lequel ils sont venus. Ils sont tous là, comme le dit la chanson. Il y a là les deux enfants de Galia, Anisse, l’illégitime, et Stéphane, la légitime, Léa, sa petite-fille accompagnée d’Arthur, son ami qu’elle présente pour la première fois à la famille, et Pauline sa cousine, la fille de Stéphane et de Serge. Ce dernier a apporté des corbeilles de roses blanches pour l’occasion que Galia refuse, préférant les fleurs des champs qui poussent le long du chemin qui mène au cimetière. Cet homme blanc de plus de cinquante ans qui, par lâcheté sans doute, n’a jamais su faire de choix au point d’avoir une double vie, deux familles, un « homme seul » nous dit-on, semble en faire toujours trop ou pas assez. Il n’est sans doute pas étranger au choix du thème du mémoire universitaire de Pauline dont elle précise non sans humour que l’intitulé, « Performer la femme sauvage, entre chienne et louve. Itinéraire d’une lectrice de Virginie Despentes et de Clarissa Pinkola Estès », est provisoire. Entourée des siens, Galia se souvient. Elle se souvient de la solidarité, un « beau mot », entre les filles à l’usine. « On se souvient surtout des belles choses » lance-t-elle à Anisse lorsque celui-ci lui rappelle les rivalités entre ouvrières.

Née en 1941, Galia est la fille d’Antonio, un républicain espagnol ayant fui le franquisme pour venir mourir en héros de la résistance, engagé dans le groupe des Espagnols, exécuté en 1944 comme les quarante-et-un autres otages de la carrière des Grises, et d’Helena, une juive polonaise ayant fui les pogroms à l’est, puis Paris au moment de l’exode de juin 1940, pour se retrouver ouvrière à Montluçon. Elle sera arrêtée le 3 septembre 1942 par des gendarmes français dans une rafle organisée par le gouvernement de Pétain, envoyée à Drancy avant d’être déportée à Auschwitz par le convoi du 15 septembre 1942, duquel seulement trois personnes reviendront. Pas elle. Si les deux évènements ont réellement eu lieu, Antonio et Helena sont des personnages fictifs. Durant trois jours et trois nuits, le temps d’une veillée, une dernière fête, « trois générations concentrent un siècle de vies, d’espoir et de désillusions[1] ».

La traversée d’un siècle

À travers les retrouvailles familiales autour de la figure tutélaire de Galia Libertad, Carole Thibaut compose une comédie humaine, prétexte à dérouler un siècle d’histoire d’une petite ville de province porté par les personnages de la pièce. Nommée à la direction du Théâtre des Ilets – CDN de Montluçon en 2016, l’autrice rend hommage à sa région d’adoption avec « Un siècle », pièce construite à partir d’une enquête sur l’histoire sociale, culturelle et politique de Montluçon au XXè siècle, quatre années d’entretiens avec les habitants d’un territoire qui est devenu le sien. L’histoire de Montluçon est traversée par les bouleversements qui façonnent l’Occident au cours du siècle dernier, notamment le passage d’un monde rural à un monde industriel, puis postindustriel. « Grandes laissées-pour-compte des politiques de développement, ces villes moyennes et ces régions représentent pourtant la majorité du territoire national et illustrent l’évolution économique, sociale et culturelle de tout notre pays » écrit Carole Thibaut.

D’autant que l’histoire de ces régions est marquée par des récits et des figures emblématiques comme c’est le cas ici avec, entre autres, Jean et Marx Dormoy, la journaliste et militante féministe Hubertine Auclert (1848 – 1914) ou les Fédérés qui firent théâtre chaque été à Hérisson de 1976 à 2003, par la volonté d’Olivier Perrier, l’enfant du pays. Si les trois premiers sont évoqués dans la pièce, le quatrième y joue carrément, Olivier Perrier incarnant Pierre. Il rappellera le passé artistique d’Hérisson, célèbre pour sa communauté de peintres de plein air, avouant qu’il ne serait jamais devenu artiste s’il n’avait pas été imprégné de la sorte. Il dirige avec Jean-Paul Wenzel et Jean-Louis Hourdin de 1980 à 2003 le Théâtre des Fédérés à Montluçon, devenu Centre Dramatique National en 1993. Ce même théâtre que Carole Thibaut dirige aujourd’hui. Il interprétait déjà le père dans la précédente création[2] de l’autrice metteuse en scène. « Pour habiter ces vies, j’ai invité des artistes aux personnalités puissantes, des camarades de scène ou/et de vie, qui pour la plupart ont une relation particulière avec ce territoire, avec qui je pouvais discuter des heures durant de la question de l’engagement, des événements du siècle, de politique » confie cette dernière. Ainsi Mohamed Rouabhi, qui incarne Anisse et avec lui les non-dits de la guerre d’Algérie, était lui aussi à l’affiche du précédent spectacle de Carole Thibaut, tout comme Valérie Schwarcz, qui joue Stéphane, avec qui elle partageait, en alternance, le même rôle. C’est une famille que l’autrice réunit ici, de celle qu’on se choisit. Quant à Monique Brun, formidable Galia Libertad, elle vit dans le bocage bourbonnais depuis 1993. La marseillaise est désormais une enfant du pays. Jean-Jacques Mielczarek – Jan – régisseur général du CDN jusqu’en 2019, monte parfois sur scène depuis qu’Olivier Perrier lui en a donné le goût. Il complète, avec la jeune Troupe permanente des Ilets, cette bande d’artistes et camarades entretenant « une relation particulière avec ce territoire », voulue par Carole Thibaut. Ils oscillent entre fiction et réalité, entre l’intime et le politique, entre les personnages imaginés à partir des acteurs qui les portent en scène et les acteurs eux-mêmes, qui se confondent alors.

« L’évidence était au début d’écrire un récit chronologique, qui traverse 100 ans d’histoire. Mais je craignais l’effet ‘cours d’histoire’. Je craignais surtout le piège du théâtre utilitaire » précise Carole Thibaut pour qui au théâtre, le théâtre doit occuper la place centrale. Afin de rendre audible la grande histoire, elle choisit de raconter les petites qui lui font écho plus ou moins directement. Elle opte pour la mise en scène de vies ordinaires et observe la façon dont elles peuvent refléter le siècle passé. « Il s’agit de tenter de saisir l’impact vivant de l’histoire sur nos vies » indique-t-elle. Ainsi, Galia se souvient de Djibril, le père d’Anisse que certains croient disparu lors de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 à Paris, violemment réprimée par la police sous le commandement du préfet de l’époque, un certain Maurice Papon qui, vingt plus tôt, déportait les juifs de Bordeaux, ou que d’autres affirment qu’il avait péri dans la bataille d’Alger quelques années plus tôt. C’était plus simple que ça. « Je ne voulais pas me marier, vivre avec un homme » avoue Galia. « J’ai choisi de rester en vie » continue-t-elle. Elle avait vu ses copines « crever à petit feu », faisant la boniche après s’être mariée. Anisse se souvient lui aussi. À l’école, en 1974, la carte de l’empire colonial français était accrochée au tableau non pas en histoire mais en géographie. Il se souvient des années soixante-dix comme des années de terreur.

Une voix off omniprésente permet de commander les personnages ou non, de passer d’une période à une autre, de distordre le temps. Elle s’incarne dans la voix de Carole Thibaut elle-même. Un intermède dansé fera surgir des mémoires soudain nostalgiques les refrains de chansons de Gilbert Montagné, Dalida, des « Souvenirs, souvenirs » de Johnny Hallyday ou encore Niagara et son « J’ai vu » guerrier, la mélopée de « Dreams are my reality » de Richard Sanderson, mythique bande originale du film « la Boom » (1980).

« La mort finit toujours par nous avoir »

Faire du réel et de la fiction une matière inextricable, tel était le pari de Carole Thibaut ici. Dans cette histoire, un siècle s’achève et un autre commence, des vies démarrent à peine alors que d’autres se terminent. Galia Libertad n’en finit pas de mourir. Elle doit pourtant accepter de partir pour permettre à sa progéniture de vivre sa propre vie. Elle se lève difficilement, interroge Pierre qui lui donne le bras à propos de ce poème sur des herbes folles ? Le blé vert ? Un poème de Verlaine. Elle perd la mémoire. « Je ne me souviens plus du visage de ma mère » dit-elle.

« Nous venons du centre de la France, au nord de l’Auvergne » dit la voix off. « Nous ne parlerons pas politique ici, ce n’est pas le lieu ». Un nouvel intermède, à la fois historique et gastronomique du Bourbonnais, fait la présentation au public de produits du terroir, au premier rang desquels le fameux pâté de pommes de terre. En 1892, Jean Dormoy devient maire de Montluçon, faisant de la ville la deuxième socialiste de France. C’est l’histoire de la culture ouvrière. En quelques décennies, Montluçon passe de cinq mille à soixante-cinq mille habitants. Elle connaitra plusieurs vagues successives d’immigrés. « Il y a avait du travail partout » indique la voix off. « Il suffisait de traverser la rue ». La première guerre mondiale envoie les femmes à l’usine d’obus. À la fin de la guerre, elles sont renvoyées chez elles.

Galia habite la cité Dunlop à Montluçon, dans le quartier historique de l’entreprise de pneumatiques. Cette dernière est favorisée par la bonne desserte ferroviaire, ce qui a le don de déclencher l’hilarité dans la salle tant l’abandon pat l’État des lignes de chemins de fer du centre de la France est patent aujourd’hui. Galia travaille à la Chemiserie Rousseau dont elle vivra la fermeture, non sans se battre, l’occupation de l’usine succédant aux manifestations. C’était en 1981. Quelques mois auparavant la gauche avait gagné les élections présidentielles. C’était historique. Pourtant, la gauche au pouvoir n’a rien fait pour sauver l’usine. Les clefs ont été rendues le 18 décembre 1981. Les bâtiments ont été entièrement vidés la nuit qui a suivi. Les ouvrières, sidérées, n’ont jamais compris le silence de plomb du gouvernement. Galia explique que « le mouvement des Gilets Jaunes, ça m’a fait du bien. Ça m’a redonné de l’espoir. Quand des gens se lèvent, c’est bien. Ça fait du bien ». Ce seront ses derniers mots. « Les histoires s’effacent si on ne les raconte pas ». Léa se souvient des propos de sa grand-mère. Les voix des morts se mêlent à celles des vivants, tout se mélange dans cet Eden suspendu entre deux mondes. « Galia ça vient de l’hébreu. Cela signifie La clémence de dieu. Ça l’a toujours fait rire, ça, Galia. Galia Libertad a un humour que tout le monde ne partage pas. Et elle emmerde celles et ceux qui ne le partagent pas. Elle rit fort, elle tire sur son cigarillo et elle dit ‘Je vous emmerde’ » répète plusieurs fois la voix off au cours de la pièce. Les vies sont traversées par l’Histoire du siècle à travers leur propre histoire, celle de Galia et de ses descendants, qu’ils en soient conscients ou non. A la fin de la pièce, le fauteuil de Galia se transforme en cercueil, mais à la manière des autels des morts au Mexique. « Je crois au fond que le réel n’existe qu’à travers la possibilité du récit, la vie qu’à travers notre relation à la mort, la réalité qu’à travers sa symbolique. Et le théâtre est pour moi la quintessence de cela[3] ». Carole Thibaut réussit admirablement son pari. « Un siècle » raconte par l’intime le politique, par les petites histoires la grande.

 

Guillaume Lasserre

[1] Sauf mention contraire, les citations sont extraites du dossier de presse.

 

[2] Faut-il laisser les vieux pères manger seuls aux comptoirs des bars ? Texte et mise en scène de Carole Thibaut, créé au Théâtre des Ilets – CDN de Montluçon le 18 novembre 2020.

 

[3] Aurélien Péroumal, Entretien avec Carole Thibaut, janvier 2022.

 

 

UN SIECLE. VIE ET MORT DE GALIA LIBERTAD - Texte et mise en scène : Carole Thibaut, assistanat à la mise en scène : Marie Demesy, scénographie : Camille Allain-Dulondel, costumes : Malaury Flamand, lumière : Yoann Tivoli, son : Margaux Robin, vidéo : Léo Derre, musique inspirée du répertoire traditionnel auvergnat : Romain « Wilton » Maurel, construction décor : Sébastien Debonnet, Jérôme Sautereau, Stéphanie Manchon, Séverine Yvernault, régie générale & participation à la conception décor : Frédéric Godignon et Pascal Gelmi. AVEC Monique Brun, Antoine Caubet, Jean-Jacques Mielczarek, Olivier Perrier, Mohamed Rouabhi, Valérie Schwarcz et la Jeune Troupe des Îlets #2 – Hugo Anguenot, Chloé Bouiller & Louise Héritier, et à l’image et/ou en voix : Claire Angenot, David Damar-Chrétien, Carole Thibaut, Marie Vialle. Créé le 19 janvier 2022 au Théâtre des Îlets – CDN de Montluçon.

Du 7 au 26 février 2022.

Théâtre de la Cité internationale
17, boulevard Jourdan
75 014 Paris

 
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Kaori Ito, la danse lui sourit –

Kaori Ito, la danse lui sourit – | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération - 6 février 2022

 

 

La Japonaise, joyeusement multitâches, joue trois spectacles en même temps, où se croisent des secrets d’enfants et des hommages aux morts.

 

Elle répète et joue trois spectacles en même temps, pas dans les mêmes lieux, ce serait trop simple, avec un petit don d’ubiquité qui lui permet d’éloigner l’impossible. Elle est déjà sur le plateau, un peu sur le feu tout de même, quand elle décroche son téléphone : «Se voir demain à 9 heures, d’accord !» Kaori Ito dit souvent oui, parce qu’elle est persuadée que le temps est élastique, que plus on l’occupe, plus il grandit, plus elle se développe. Elle est chorégraphe, danseuse, interprète, actrice, jardinière, peut-être fleuriste, écrivain, et bien sûr «grabouilleuse» et si, comme l’estiment certains économistes focalisés sur le bonheur de la très sérieuse Ecole économique de Paris, les gens multitâches sont plus heureux que les autres, il est probable qu’elle ait de bonnes chances de décrocher le pompon.

Le Monde à l’envers, le spectacle qu’elle s’apprête à présenter dès qu’elle aura raccroché, est tissé de secrets. Ceux des enfants, qu’elle a recueillis en visitant des classes de maternelle. Sur le plateau, il y a une kamishibai – une cabane en carton très solide – sorte de scène itinérante qui se transporte au Japon pliée sur le porte-bagages d’un vélo. Denis Podalydès a enregistré la voix off du texte, tandis que trois danseurs interprètent les secrets. Kaori Ito explique : «Ce sont les enfants dans la salle qui permettent au spectacle de continuer en faisant les gestes nécessaires pour éveiller les danseurs. Notre secret à nous, adultes, est qu’on a trop grandi. Notre monde s’écroule.»

 

Son fils s’appelle Sola, le ciel en japonais, et le spectacle lui est dédié. «J’ai imaginé qu’il tombe dans un monde à l’envers, où le rêve a pris la place de la réalité et où l’on marche sur le ciel car on a tellement piétiné le sol, qu’il a pris la fuite, comme dans le Mahabharata Enfant, ses secrets étaient autant de manières d’explorer le monde. Par exemple, elle pensait qu’elle était une extraterrestre parce qu’elle croyait «être la seule à avoir de la salive et à l’avaler. Je regardais bien la glotte des autres personnes, et j’avais l’impression qu’ils ne déglutissaient jamais. C’était comme si j’étais une super héroïne». Du coup, elle n’était pas certaine de pouvoir mourir, «ce qui m’inquiétait beaucoup».

 

Fantômes et (vrais) miracles

Kaori Ito arrive en coup de vent, joyeuse et désolée, elle a oublié de se réveiller, sa journée ressemble à un jeu de mikado, il faut réussir à s’en sortir sans qu’une seule des baguettes ne tremble. Ce qui n’est pas une raison pour ne pas commencer la matinée par un bon croissant bien gras. Ensuite, elle filera au Centquatre, dans le nord de Paris, où elle répète Chers, sa dernière pièce conçue avant le confinement et qui a justement trait aux morts, avant de présenter le Monde à l’envers à Fontenay-sous-Bois, à 15 heures. Et retourner donc ensuite dans le XIXe arrondissement. «C’est parfait parce que les enfants me donnent, l’après-midi, l’énergie nécessaire pour la représentation du soir.»

Chers, spectacle plein de fantômes et de (vrais) miracles, a nécessité l’intervention d’une chamane «contemporaine et sexy» en France pendant les répétitions, afin «de faire redescendre un peu de spiritualité sur le plateau». Mais aussi un voyage au Japon, où toute la troupe a rencontré des maîtres buto – le buto étant une danse de la mort. Kaori Ito remarque : «En France, on place la mort aux confins du quotidien. Au Japon, on parle avec les morts, on trinque avec eux, on a des tas de petits autels chez soi qui leur sont dédiés. On peut dire : “J’ai vu des morts s’impatienter dans une file d’attente pour manger des ramens.” En France, avec de tels propos, on passe pour un dingue ! Dans la culture japonaise, certains pensent même qu’il est discriminant de parler de “morts”. Ils estiment que ce sont juste des gens qui n’ont plus de corps.»

Kaori Ito en 2020
 

Chers, qui aurait dû être créé pendant le confinement, a été beaucoup repoussé, reporté, puis de nouveau malmené par le Covid. Et voici que de nouveau trois danseurs devront être remplacés, «l’une pour une raison heureuse, parce qu’elle est enceinte, l’autre à cause d’une rupture de ligament, et le troisième parce qu’il est opposé au pass vaccinal». De plus, une grande partie du personnel du Centquatre ont entamé une grève contre le surégime et les sous effectifs et pour une revalorisation de leur salaire. Chers est le seul spectacle non annulé, mais au prix du sacrifice des lumières initiales. Dans quelques jours, Kaori Ito retrouvera Yoshi Oida, «un vieux monsieur sage de 88 ans», acteur fidèle de la troupe de Peter Brook pour danser le Tambour de soie, scénarisé par Jean-Claude Carrière.

«Tout schuss sans écouter la musique»

Kaori Ito trouve que l’âge sied aux danseuses. Son corps va beaucoup mieux à 42 ans que lorsqu’elle en avait 20 ou 30. Elle rit : «Il m’a fallu quarante ans pour découvrir que j’avais pris une mauvaise direction ! Je ne comprenais pas pourquoi j’avais si mal au dos ! Au début de leur carrière, les danseurs font beaucoup de compétition. Je me présentais : “C’est moi, Kaori, je viens du Japon.”» Elle mime alors sa posture, toute droite, bras un peu écarté. «Quand j’improvisais, je partais tout schuss sans écouter la musique.» Ajoute : «Aujourd’hui, je ne lutte plus. Et je regarde moins les corps que l’espace entre eux.»

Kaori Ito, pourtant acrobate virtuose, ne commence jamais la journée en s’échauffant. Ou plutôt, elle s’échauffe plus tard en imitant ses partenaires. Elle fait du tai-chi avec Yoshi Oida, de la corde à sauter «très rapide» ou du «gainage» si elle voit un danseur s’y atteler. Elle entraîne dans ses exercices l’équipe technique du théâtre, électriciens compris, à la manière de Decouflé, le premier chorégraphe avec lequel elle a travaillé à son arrivée en France, à vingt-quatre ans. Plus le temps passe, plus elle pense à Alain Platel – elle faisait partie de la distribution de son Out of Context. For Pina : «Je me souviens, c’est lui qui faisait la vaisselle pour tout le monde. Et c’est aussi lui qui nous conduisait au théâtre. Quand il neigeait, sur les routes de campagne, il s’inquiétait de ne pas nous y amener dans de bonnes conditions.»

 

 

Le Monde à l’envers, le Tambour de soie et Chers de Kaori Ito, en tournée en France, en Belgique et en Suisse.

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« On s’adaptera. Le pire, c’est de ne pas jouer » : le spectacle vivant au défi du passe vaccinal

« On s’adaptera. Le pire, c’est de ne pas jouer » : le spectacle vivant au défi du passe vaccinal | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard dans Le Monde 15 janvier 2022

 

Représentation de « Juste la fin », au Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines, le 26 mai 2021. DENIS MEYER / HANS LUCAS.

 

L’instauration du certificat inquiète les théâtres publics et privés, parfois confrontés à des tensions au sein des équipes et devant déjà gérer des annulations.

 

« Des équipes artistiques vont-elles se fissurer ? Devra-t-on redistribuer des rôles ? » : Alain Batis ne cache pas ses inquiétudes à la veille de la transformation du passe sanitaire en passe vaccinal. Metteur en scène du spectacle L’Ecole des maris, de Molière, actuellement en tournée, il est « tous les jours sur le qui-vive » face à la vague Omicron et au risque d’annulation. Deux de ses sept comédiens ont été, ces dernières semaines, positifs au Covid-19. Le premier n’était pas vacciné, la seconde l’était.

« En tant que directeur de compagnie, je demande un passe sanitaire en règle, mais je n’ai pas à m’immiscer dans ce que j’estime relever du domaine privé, être testé ou vacciné ». Or, le projet d’instauration d’un passe vaccinal, et non plus seulement sanitaire, pour toute personne travaillant dans un établissement recevant du public va obliger les responsables de théâtre et de compagnie à vérifier le statut vaccinal. « Ainsi une comédienne ou un régisseur qui présenterait un test négatif ne pourrait plus exercer son métier, alors qu’il ne met pas en danger autrui. Cela pose un vrai problème de fond », souligne Alain Batis.

 

 

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« Jamais je n’aurais imaginé qu’on en arrive à dire : Tu ne veux pas te faire vacciner, tu pars. C’est terrible », témoigne Valérie Lesort. Cette comédienne, qui signe avec Christian Hecq la mise en scène d’une nouvelle adaptation du Voyage de Gulliver de Jonathan Swift (actuellement au Théâtre de l’Athénée, à Paris, puis en tournée), évoque des discussions « parfois impossibles » au sein des équipes. « On a été obligés de se séparer d’un collaborateur qui refuse catégoriquement la vaccination. » Mais, selon elle, le passe vaccinal « ne va pas changer grand-chose » car la plupart des artistes « veulent avant tout jouer, exister, sortir de cette pandémie ». Et puis, pour les non-vaccinés qui se testent à leurs frais tous les deux jours, la facture finit par devenir chère.

« Le pire, c’est de ne pas jouer »

Alerté par « les mises en tension des équipes artistiques, administratives et techniques », le Syndicat national des arts vivants (Synavi) réclame « l’abandon du projet de loi en faveur de la mise en place d’un passe vaccinal, la remise en œuvre des protocoles expérimentés avec succès et le retour à la gratuité des tests afin de continuer à prévenir la propagation du virus au sein de [leurs] équipes et auprès du public ». Pour Emmanuelle Gourvitch, coprésidente du Synavi, le contrôle du passe vaccinal « emmerde des équipes entières et constitue une intrusion violente dans la vie privée. Tout le monde a envie de travailler. Que l’Etat prenne ses responsabilités, qu’il dise clairement que la vaccination est obligatoire plutôt que nous demander de fliquer nos collègues ».

 

 

Valérie Lesort metteuse en scène : « Jamais je n’aurais imaginé qu’on en arrive à dire : Tu ne veux pas te faire vacciner, tu pars »

 

 

Tous ne sont pas aussi exaspérés. « Le passe vaccinal ne changera rien. Nous n’avons eu, jusqu’à présent, aucun problème avec les compagnies qui se rendent bien compte de la nécessité de se protéger pour protéger le travail de tout le monde », assure Laurent Sroussi, directeur du Théâtre de Belleville à Paris et codirecteur artistique du Théâtre 11 à Avignon. Déjà, cet été, lors du festival « off » d’Avignon, « 90 % des équipes artistiques étaient vaccinées », assure-t-il. La nécessité et l’envie de jouer après de longs mois de fermeture, doublés de la crainte d’être de nouveau à l’arrêt ou en jauge réduite en cas de clusters, auraient eu raison des réticences au vaccin.

 

 

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« On s’attend à devoir appliquer l’obligation du passe vaccinal, c’est un peu plus violent que le passe sanitaire, mais si  pour une durée limitée  c’est le seul moyen de maintenir nos salles ouvertes, on s’adaptera. Car le pire, c’est de ne pas jouer », considère Antonin Vulin, directeur des projets, des productions et de la communication du Méta, centre dramatique national de Poitiers-Nouvelle-Aquitaine. Ce lieu a dû bousculer une partie de sa programmation à la suite des dernières mesures sanitaires : Métaplatines, Brunch littéraire, Café de la pensée, Pot commun, etc. Toutes les rencontres conviviales et soirées festives associant artistes et public ont été annulées. « Nous n’avons maintenu que les spectacles en salle. »

 

 

Pour Nicolas Dubourg, président du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac), qui regroupe quelque 300 lieux subventionnés, « la situation est confuse : non seulement les annulations de spectacles liées à la vague Omicron ont pour conséquence de peser sur l’emploi et la billetterie, mais nous sommes aussi suspendus à l’issue du débat parlementaire sur le passe vaccinal ».

« Incertitude permanente »

Un seul cas positif, et c’est toute une troupe, tout un spectacle, qui se retrouve à l’arrêt. « Nous sommes dans l’incertitude permanente », résume Antonin Vulin. « En répétition, on a toujours l’angoisse, jusqu’à la première, que tout s’arrête. On vérifie les passes sanitaires, les techniciens gardent le masque en salle, on a tous conscience qu’il faut éviter les clusters, pour ne pas risquer de refermer », témoigne Florence Tournier, secrétaire générale du Théâtre national de Bordeaux. Dans d’autres scènes nationales, la parole se fait parfois rare pour expliquer les coulisses d’une annulation ou d’un report de spectacle, comme si on ne souhaitait pas dévoiler les désaccords qui peuvent surgir au sein de compagnies sur la vaccination. « Il n’y a pas plus d’antivax dans le milieu culturel qu’ailleurs », jure-t-on.

Bertrand Thamin, directeur du Syndicat national du théâtre privé : « Deux tiers des théâtres privés ont subi des annulations depuis début décembre »

Et force est de constater que le vaccin n’empêche pas les annulations. « Nous avons dû suspendre pendant une semaine en décembre le seul-en-scène d’Alex Vizorek et la pièce Les Voyageurs du crime, des artistes et un régisseur étaient vaccinés mais ont été déclarés positifs. Ces deux spectacles étaient des succès, reporter les billets a été un vrai casse-tête et on a subi des pertes sèches », constate, amer, Benoît Lavigne. Directeur des théâtres du Lucernaire et de l’Œuvre, à Paris, il ne s’imagine pas, en cas de passe vaccinal obligatoire, « fliquer tout le monde ». Selon Bertrand Thamin, directeur du Syndicat national du théâtre privé, « deux tiers des lieux ont subi des annulations » depuis début décembre 2021.

Surtout, « le niveau de fréquentation n’est jamais revenu à la normale », s’inquiète Benoît Lavigne. « Nous sommes dans une grande instabilité liée à un repli chez soi. En semaine, entre le télétravail et les prises de parole d’Olivier Véran, cela devient très compliqué. Et quand le public sort, il se réfugie sur des auteurs qu’il connaît ou sur l’humour, observe-t-il. Cela devient difficile pour les créations abordant des sujets sociétaux. Il y a chez les spectateurs un besoin de positif et de belles histoires. »

Manque de soutien

A cela s’ajoutent les annulations en cascade des sorties scolaires dans les salles de spectacle. « Le ministère de l’éducation nationale recommande aux chefs d’établissement de ne pas emmener les élèves dans des espaces clos : théâtres, cinémas, musées. Et la salle de classe, n’est-ce pas un espace clos ! Et les activités extra-scolaires, comme les cours de danse ou de musique, sont-elles interdites ? Non. On est en pleine absurdie », déclare le président du Syndeac, agacé. « L’éducation artistique et culturelle fait partie des missions du service public de la culture et il est grave d’en priver les élèves, insiste Nicolas Dubourg. Nous n’avons jamais pu rencontrer Jean-Michel Blanquer à ce sujet. »

 

Alors que la récente étude ComCor menée par l’Institut Pasteur a montré qu’aucun surrisque de contamination n’a été mesuré dans les lieux culturels, bon nombre de responsables de salles de spectacle regrettent l’arrivée d’un passe vaccinal qui va encore complexifier leur travail et le manque de soutien, en mots, de Roselyne Bachelot. « La ministre de la culture pourrait dire “sortez, les théâtres, les cinémas, les musées sont des lieux sûrs”, suggère Benoît Lavigne. Et les candidats à la présidentielle rappeler que la culture est essentielle. »

 

 

Sandrine Blanchard

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La belle nature de la comédienne Sofia Teillet

La belle nature de la comédienne Sofia Teillet | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard dans Le Monde - 2 janvier 2021

 

Légende photo : La comédienne Sofia Teillet, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 20 décembre 2021. BAUDOUIN POUR « LE MONDE »

 

« Promesses de 2022 » (1/12). Douze artistes à suivre cette année. Aujourd’hui, l’autrice et interprète du spectacle « De la sexualité des orchidées ».

Sofia Teillet aime cultiver sa curiosité. Sa formidable conférence-spectacle De la sexualité des orchidées n’aurait jamais vu le jour sans une escapade sur les hauteurs des Vosges alsaciennes, pour suivre un stage dans une chèvrerie. Un soir d’été 2012, après plusieurs journées à traire et faire du fromage, une voisine de la chèvrerie, en formation de maraîchage, lui raconte la reproduction du figuier. La comédienne découvre alors les aventures insoupçonnables du monde végétal. L’ingéniosité de la nature passionne cette Parisienne en mal d’espace. Elle est comme ça, Sofia Teillet, officiellement comédienne, officieusement toujours en quête d’expériences nouvelles et d’échappées.

Elle se transforme en conférencière à la fois savante et foutraque, aussi intellectuelle que corporelle

De retour d’Alsace, elle dévore les ouvrages de Maurice Maeterlinck (L’Intelligence des fleurs, 1955)d’Emanuele Coccia (La vie des plantes, Rivages, 2016) et, coïncidence, son ex-petit ami lui offre une orchidée. Cette plante, elle la déteste : trop « plastique », soi-disant rare alors qu’elle est partout, en promo aux caisses des magasins de bricolage, ou en déco dans les toilettes des restaurants. Mais, après ses lectures et notamment celle – « fascinante », insiste-t-elle –de l’ouvrage de Charles Darwin De la fécondation des orchidées (1862)Sofia Teillet n’a pas le cœur à la laisser mourir. Au fur et à mesure de ses recherches pour savoir comment l’entretenir, elle découvre que la fleur est le sexe du végétal. De quoi largement nourrir son imagination et ouvrir des perspectives de récit !

Lors d’un stage de conférence théâtrale organisé par Frédéric Ferrer, elle reprend l’idée de la reproduction végétale comme thème de travail. « Ne fais que sur l’orchidée », lui conseille le metteur en scène. Et c’est ainsi que naît une première forme courte, d’une vingtaine de minutes, que la comédienne teste dans des bars et cabarets. Puis, sa rencontre avec la « bande » de l’Amicale va transformer l’aventure en spectacle à part entière. L’Amicale, une coopérative de production qui développe, accompagne et diffuse des projets d’art vivant. Sofia Teillet en est membre depuis trois ans. Mutualisation des moyens, prise de décisions en commun, cette organisation horizontale, sans chef désigné, elle en parle le sourire aux lèvres.

Jeu délicieusement décalé

Ce n’est pas le cas lorsqu’elle évoque ses années de formation. Elève à Paris au Cours Florent puis au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, cette comédienne, qui parle sans fard, ne garde pas un très bon souvenir de cette école tant prisée mais à ses yeux trop « hiérarchique ». « J’avais l’impression de souffrir de choses qui ne faisaient pas souffrir les autres. Je n’aimais pas certains enseignants mais il était impossible de le dire, de toucher à la stature des anciens. Il ne fallait pas avoir d’avis, il fallait se taire sous prétexte que notre place avait été chèrement acquise. »

Néanmoins, elle y fait une rencontre déterminante : Yann-Joël Collin, un professeur d’interprétation avec lequel elle travaille sur l’adresse au public comme moteur de l’écriture théâtrale. Et elle y noue des amitiés, notamment avec les futurs metteurs en scène Benjamin Abitan (Théâtre de la démesure) et Yordan Goldwaser.

 

On retrouve aussi Sofia Teillet dans En manque, de Vincent Macaigne, ou encore dans les créations de la compagnie suisse Old Masters (L’ImpressionLe Monde, et prochainement La Maison de mon esprit). Avec L’Amicale, elle joue depuis cet hiver dans le nouveau spectacle d’Antoine Defoort, Elles vivent. Dans cette histoire extravagante, les idées ont une vie autonome, un « mnémoprojecteur » permet de projeter ses souvenirs devant soi et un nouveau parti politique, intitulé « Plateforme Contexte et Modalité », tente de renouveler le débat démocratique. Sofia Teillet y joue la « médiatrice fictionnelle », pour que « tout se passe bien » avec le public et aussi Rita, une idéaliste qui aimerait qu’on cesse « d’avoir peur de nos peurs ». Une aventure théâtrale singulière comme les aime cette comédienne au jeu délicieusement décalé.

 

Parallèlement à ces projets de troupe, son solo De la sexualité des orchidées« c’est mon petit endroit de liberté, mon truc à moi, une forme légère, avec une part d’improvisation », résume-t-elle. Cet ovni théâtral, drôle et poétique, a rencontré un très beau succès à l’été 2021 dans le « off » d’Avignon, puis à l’automne au Centquatre, à Paris, et part désormais en tournée. Sofia Teillet, 37 ans, y est incroyable d’espièglerie et de malice, embarque le public, avec son style direct, dans une enquête rocambolesque à travers la sexualité végétale. Armée d’un rétroprojecteur et d’un paperboard, elle se transforme en conférencière à la fois savante et foutraque, aussi intellectuelle que corporelle.

Digressions philosophiques

Il est bien sûr question de pollen, de pistil et d’étamines, mais pas seulement. Car Sofia Teillet fait de la capacité de l’orchidée à se reproduire depuis plus de quatre-vingts millions d’années (« le tyrannosaure peut aller se rhabiller ») un prétexte judicieux pour des digressions philosophiques sur les liens entre mondes végétal et animal et sur notre situation de simple humain. Elle ne transmet pas seulement son savoir, elle y ajoute un point de vue subjectif qui pousse à regarder le monde avec curiosité. Son constat est implacable : « Toute cette vie sur ce caillou inhabitable n’est qu’une série d’accidents. »

 

« Cette histoire d’orchidée, dit-elle, a transformé mon rapport au vivant. » Maintenant qu’elle a un petit bout de jardin à Montreuil (Seine-Saint-Denis), elle prend du temps et du plaisir à observer la pousse des végétaux. Le spectateur, lui, après sa conférence-spectacle, ne regardera plus jamais une orchidée comme avant. Et il n’oubliera pas le charme fou de cette comédienne, sa capacité à transmettre sa passion pour la complexité du monde végétal en objet théâtral inclassable. Désormais Sofia Teillet trouve l’orchidée admirable dans sa façon de vivre.

 

Elles Vivent, d’Antoine Defoort, du 18 au 27 janvier au Centquatre, à Paris 19e, les 24 et 25 mars au Bateau-Feu à Dunkerque (Nord).

 

De la sexualité des orchidées de et avec Sofia Teillet, les 31 mars, 1er et 2 avril au Théâtre de poche à Hédé-Bazouges, les 14 et 15 mai au Tangram - Scène nationale d’Evreux

 

 

Sandrine Blanchard

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#MeTooThéâtre : la fin de l’omerta

#MeTooThéâtre : la fin de l’omerta | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Emmanuelle Bouchez dans Télérama - 9/12/21

 

Le lancement du collectif #MeToo au théâtre, cet automne, a fait l’effet d’une bombe. Comédiennes, autrices ou metteuses en scène victimes d’agressions sexuelles parlent enfin, le gouvernement lance un plan de lutte. Mais la radicalité du mouvement divise…

L’article paru dans Libération le 1er octobre dernier, révélant qu’une enquête préliminaire était ouverte pour agression sexuelle contre le metteur en scène Michel Didym, les a fait monter au créneau. « Quand on a lu que “tout le monde savait” sans rien dénoncer, on a réagi contre cette omerta » : comédiennes, autrices ou metteuses en scène, cinq femmes, toutes également victimes de violences sexistes et sexuelles, ont d’abord partagé la même indignation. Une fois leur collectif #MeTooThéâtre organisé, elles ont, le 7 octobre, lancé le hashtag assorti en publiant leurs propres témoignages. Marie Coquille-Chambel, youtubeuse du spectacle vivant qui sait manier les codes de la viralité numérique, a posté les deux premiers tweets. Dans le premier, elle appelle les personnes harcelées à témoigner. Et évoque dans le second le viol qu’elle aurait subi lors du premier confinement, perpétré par un acteur de la Comédie-Française dont elle ne donnait pas le nom, avec lequel elle entretenait une relation. En juin 2021, Nâzim Boudjenah a été condamné à six mois de prison avec sursis sans inscription au casier judiciaire pour menaces de mort et relaxé pour les violences aggravées. La plainte pour viol, elle, est toujours en cours d’instruction.

 

Surgi brutalement sur la scène culturelle française cet automne, soit quatre ans après celui du cinéma, le mouvement #MeTooThéâtre a fait l’effet d’une bombe. Les premiers témoignages visant la Comédie-Française ont immédiatement entraîné cinq mille commentaires. La parole des femmes s’est libérée. Alors, que se passe-t-il vraiment derrière le rideau ? Le théâtre – où il faut être « désiré » pour être distribué, mais où l’on est censé œuvrer à l’émancipation des citoyens – n’est-il qu’un terrain de chasse pour prédateurs sexuels.

 

« Il faut apporter de la nuance à cette lutte, sinon elle brisera la confiance entre les hommes et les femmes.»  Valérie Dréville, comédienne

 

Les plus jeunes générations, au fait des nouvelles luttes féministes centrées sur les violences sexistes, parlent de « culture du viol », quand d’autres, portées par le mouvement de libération sexuelle des années 1960-1970, sont plus mesurées. Jusqu’ici, à la Comédie-Française, où s’applique d’abord le droit du travail, aucune sanction disciplinaire ne peut être prise contre un pensionnaire avant l’aboutissement judiciaire. Dans une maison où se côtoient presque quatre générations, le débat est vif, semble-t-il, autour de cette révolution qui veut que « la peur change de camp ». Comme dans tout le milieu théâtral.

 

 

Judith Henry, 53 ans, raconte pourtant avoir trouvé refuge au théâtre à la fin des années 1990, en ralentissant des tournages de cinéma, commencés très jeune, où elle s’était sentie « comme une proie ». Alors qu’elle n’a rien dit au moment de #MeTooCinéma, la comédienne a choisi de parler aujourd’hui pour soutenir les lanceuses d’alerte du théâtre. Car il n’est pas si simple, selon elle, de témoigner sur de tels sujets. Comme du chantage sexuel, par exemple, imposé par certains hommes aux manettes : des « si tu couches pas, t’as rien », lancés par un metteur en scène à une interprète ou par un directeur de théâtre à une metteuse en scène en quête de financement. Les témoins sont unanimes : « En parler provoque la honte et expose, parfois, à des représailles durables. »

Souvent rouée de vrais coups

Autrice-metteuse en scène dont les premiers spectacles évoquaient, dès 2011, la cause des femmes, Pauline Bureau, 41 ans, sait pourquoi elle n’est plus comédienne. Peu avant de passer à l’écriture, elle avait joué le rôle d’une jeune fille piégée par deux proxénètes. Les seins souvent à l’air, seule face à une équipe entièrement masculine et à un metteur en scène bien plus âgé, elle se retrouvait souvent rouée de vrais coups. « Je me suis battue sur l’échancrure de la culotte, ai refusé dans une scène de la retirer, signalé à l’acteur qu’il m’avait plusieurs fois démis l’épaule. Celui-ci en était désolé, mais ça recommençait : la violence n’était pas cadrée. Quand on est jeune, on ne sait rien. J’ai appelé, en larmes, une actrice expérimentée. Sur ses conseils, j’ai alerté l’équipe, personne ne m’a entendue. » La violence faite aux femmes dans le milieu théâtral est-elle à ce point « systémique » ? « Oui ! Sur fond de patriarcat, le milieu était aveugle. » La metteuse en scène Pauline Bayle, 35 ans, qui prendra en janvier la direction du centre dramatique national de Montreuil, pense de son côté que le changement est déjà à l’œuvre « car le système pyramidal qui affirmait la domination du metteur en scène s’est affaibli grâce à l’arrivée des collectifs et des femmes », mais il se fera en profondeur « lorsque la justice elle-même sera réformée, et mettra fin au cycle de violences sexuelles et sexistes au sein de la société ». La pression (y compris homosexuelle) peut venir, d’ailleurs, de tous sur les plateaux : acteurs, techniciens, producteurs…

Toujours les mêmes affaires

En attendant, la discussion tourne toujours autour des mêmes affaires : Guillaume Dujardin, metteur en scène et ancien professeur à l’université de Franche-Comté, condamné en appel pour harcèlement, agression et chantage sexuels à quatre ans de prison, dont deux ferme ; Michel Didym, ex-directeur du centre dramatique national de Nancy soupçonné de viol, objet d’une enquête diligentée par le procureur ; entaché par une accusation de viol classée sans suite, le metteur en scène Jean-Pierre Baro, qui a démissionné, en décembre 2019, de la direction du Théâtre des Quartiers d’Ivry sous la pression des activistes.

 

On ne connaît pas avec précision l’ampleur des agressions. Depuis juillet 2020, le ministère de la Culture a tout de même fait quatre signalements à la justice dans le secteur public (concernant Michel Didym, notamment)… Dans le théâtre privé, rien n’est encore sorti. À la cellule d’écoute psychologique et juridique ouverte en juin 2020 par la Fesac (Fédération des employeurs du spectacle vivant, de la musique, de l’audiovisuel et du cinéma), soutenue par l’État et opérée par la mutuelle Audiens, on reste prudent. En quinze mois, une centaine d’appels ont été reçus, concernant cinéma et théâtre à égalité, pour des faits anciens ou récents, qualifiables ou pas. Pas négligeable, selon la cellule, si l’on compare avec d’autres secteurs. Néanmoins, #MeTooThéâtre n’a pas provoqué de vague : « Les plaignantes réfléchissent longuement avant d’appeler. On en verra les effets avec le temps.»  Le plan de lutte contre les violences et le harcèlement sexistes et sexuels lancé par Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, en novembre, les confortera sans doute : référent et formation obligatoire dans toutes les structures subventionnées, théâtres ou compagnies. En 2022, le respect d’un tel dispositif sera la condition d’accès aux subventions publiques, comme c’est le cas désormais dans le cinéma. Pour les scènes de nudité ou à caractère sexuel, une médiation sera nécessaire dès le début des projets.

 

La violence envers les femmes est-elle systémique ? « Oui ! Sur fond de patriarcat, le milieu était aveugle.»

Pauline Bureau, autrice, metteuse en scène

 

 

 

Y a-t-il un risque artistique à encadrer ainsi la création ? Les trentenaires répondent qu’il n’y a « aucun danger à se sentir en sécurité pour créer ! ». Pourtant, beaucoup d’artistes s’affolent en off des « oukazes moralistes » postés sur Instagram. Coraly Zahonero, sociétaire de la Comédie-Française, vingt-sept ans de maison, assume son désarroi. Si elle admire ces éclaireuses « qui, enfin, inversent le focus et parlent du consentement des femmes et non plus du désir des hommes », elle se méfie aussi « de la face obscure du mouvement ». Il faut prendre garde, selon elle, à ce que la parole des femmes ne se transforme « en censure ». Quand la première de Mère, de Wajdi Mouawad, directeur du Théâtre national de la Colline, est menacée parce qu’il invite Bertrand Cantat (condamné pour les coups mortels portés à sa compagne Marie Trintignant) à créer la bande-son de son nouveau spectacle, elle désapprouve : « Quelles que soient nos opinions personnelles, la justice est passée. Le choix de Mouawad est cohérent avec son œuvre et celui-ci doit être respecté. »

 

Ce jour-là, la Colline a évité de peu le blocage par une vingtaine d’activistes traitant le public de « complice » et réclamant le retrait du spectacle de son directeur comme de celui de Jean-Pierre Baro, programmé dans la saison. « Depuis le début, on ne voulait pas se faire “rattraper” par l’affaire Cantat de peur que cet autre sujet n’éclipse tout le reste, se désole l’autrice-metteuse en scène Julie Ménard, 37 ans, cofondatrice de #MeTooThéâtre. Nous n’avons pas appelé au boycott et nous n’y étions pas ce soir-là, mais un hashtag appartient à tout le monde. C’est incontrôlable : s’y exprime qui veut. On aurait peut-être dû choisir un autre nom… Car nous voulons à tout prix faire avancer la cause. » Sauf que, le matin même, sur Twitter, Marie Coquille-Chambel avait d’avance fustigé les journalistes susceptibles de couvrir la première. Le soir même, elle était devant le théâtre. En son nom propre ?

Vers une scission dans le milieu ?

Fondatrice de collectif théâtral devenue directrice du TGP de Saint-Denis, Julie Deliquet, 41 ans, craint avec tristesse une scission dans le milieu : « La division se dessine à propos du “moment d’après”, quand la justice ne peut pas passer, faute d’éléments suffisants, et que la rumeur continue en sous-main. Que fait-on alors ? De mon point de vue, il ne faut pas laisser retomber la pression, alors s’il ne s’agit pas d’interdire, les inquiétudes doivent pouvoir s’exprimer. »

« On est sur un bateau qui tangue », confie à son tour la comédienne Valérie Dréville, 59 ans, qui a travaillé avec les plus grands du théâtre français. Elle ne voudrait pas que la colère exacerbée s’installe : « Apporter de la nuance à cette lutte est nécessaire, sinon elle brisera la confiance entre les hommes et les femmes. Ce serait grave, surtout pour les jeunes, et d’autant plus paradoxal que le théâtre est, par définition, l’endroit où l’on dépasse les questions de genre. C’est sur scène que je me sens le moins « femme » tel que la société le définit. Car j’y convoque à la fois ma féminité, ma masculinité et mon « neutre »… pour approcher de ma simple humanité. »

 

Cellule d’écoute psychologique et juridique : 01 87 20 30 90.
violences-sexuelles-culture@audiens.org

 

Emmanuelle Bouchez / Télérama

 

 

Dans le même numéro de Télérama : 

 

 

Après #MeTooThéâtre, les femmes ont encore du pain sur les planches           Enquête de Sophie Rahal 

 

À l’heure de #MeTooThéâtre, un Conservatoire pas si conservateur          Enquête de Mathilde Blottière

 

 

 

 

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« Mère » de combat à la Colline

« Mère » de combat à la Colline | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe Chevilley dans Les Echos - 24/11/2021

 

Avec ce nouveau volet de son cycle « domestique », Wajdi Mouawad signe une de ses pièces parmi les plus tendres et les plus belles. Un manifeste humaniste entre rires et larmes, porté par des comédiennes libanaises magnifiques et une surprenante Christine Ockrent en messagère de guerre.

 

On peut tout faire au théâtre : convoquer des fantômes, les confronter aux vivants à des âges différents, raviver ou inventer des souvenirs, se raconter soi-même et raconter le monde. C'est ce que fait chaque soir, à la Colline, Wajdi Mouawad, avec « Mère » son nouveau drame « domestique ». Une fiction autobiographique où l'homme de théâtre mêle la petite et la grande histoire, déchire les voiles du passé, pour mieux se mettre à nu. Après « Seuls » et « Sœurs », il franchit un nouveau pas dans l'intime, en mettant en scène crûment, éperdument, cette mère exilée à Paris avec sa fille et ses deux fils, à la fin des années 1970, pour fuir la guerre au Liban. Une femme à cran, parce que son mari et une partie de sa famille sont restés à Beyrouth et que son séjour sur la « terre d'en face » s'éternise. Il durera cinq ans, avant un nouvel exil, au Canada à Montréal, où elle mourra, en 1987.

Inversion des rôles

Wajdi Mouawad nous propulse dans le spectacle en un clin d'œil. Surgissant dans le public, il commence par rappeler les règles d'usage (extinction des portables, etc.). Puis, sans transition, il confie qu'il n'a plus pleuré depuis la mort de sa mère. Quelques secondes plus tard, il est sur scène. Dans la pénombre, il délivre un prologue à l'antique, puis laisse la place à sa famille d'antan ressuscitée par trois comédien(ne)s. Il reviendra plusieurs fois jouer les hommes de l'ombre. Fascinante inversion de rôles : sa mère virtuellement revenue parmi les vivants, c'est lui qui, deux heures durant, jouera les fantômes.

Le décor minimal d'Emmanuel Clolus (un mur de bois blond) se prête à toutes les métamorphoses (portes s'ouvrant vers de mystérieuses coulisses) et projections de souvenirs (photos de familles et images de guerre). Unique « décoration » : un tableau, la reproduction du vase bleu de Cézanne, seule fenêtre ouverte sur autre chose que cette guerre qui rythme les jours du petit Wajdi, dix ans, dans l'appartement-refuge du XVe arrondissement. Le spectacle prend la forme d'une chronique des jours, mi-réaliste, mi-fantastique, entre les rires et les larmes d'une mère trop inquiète pour offrir de l'amour à ses enfants.

 

Mère courage

En s'exprimant pour l'essentiel en arabe libanais (surtitré), Aïda Sabra incarne à merveille Jacqueline, cette truculente ogresse, qui court de sa cuisine au téléphone, pour recueillir les nouvelles hachées (la ligne est mauvaise) de ses proches à Beyrouth. Tour à tour drôle, cruelle, tendre et tragique, elle est l'archétype de la mère courageuse et nourricière. Odette Makhlouf campe avec grâce Nayla, la fille rebelle, métamorphosée en pacificatrice quand sa génitrice s'en prend injustement au petit Wajdi (joué par quatre jeunes acteurs en alternance). Quant au grand frère, il n'est présent que via une voix off.

 

L'actualité qui pénètre dans le foyer par le biais de la télé et du journal d'Antenne 2 n'est pas une voix off, en revanche. Wajdi Mouawad a eu la belle idée d'inviter celle qui présentait les nouvelles à l'époque, Christine Ockrent, à jouer son propre rôle. La journaliste délivre les infos tragiques sur le Liban avec sa rigueur légendaire, puis très vite « sort du poste » pour dialoguer avec la mère et la fille, répondre aux questions du jeune Wajdi ou lui raconter une histoire pour l'endormir.

Mère douleur

Derrière ces saynètes de comédie, pimentées de chansons de variété de l'époque, se révèle la tragédie d'une enfance volée et le mystère d'une destinée finalement heureuse. Wajdi Mouawad a eu deux mères de douleur : Jacqueline et la guerre. La première n'a pu lui prodiguer toute la tendresse qu'il escomptait. La seconde a balisé son chemin et suscité sa vocation de créateur, d'écrivain et d'acteur-conteur.

Au delà de sa dimension sensible, autobiographique, le spectacle offre une bouleversante réflexion sur la guerre, inextinguible au Liban comme ailleurs. Cette plaie mortelle qui contraint les femmes et les hommes à l'exil, à quitter leur terre pour « la terre d'en face ». Avant de terminer son cycle familial (« Père » et « Frères » sont en gestation), Wajdi Mouawad signe avec « Mère » une de ses pièces les plus tendres et les plus belles.

MÈRE

de Wajdi Mouawad

Paris, Théâtre de la Colline

www.colline.fr , 01 44 62 52 52

Jusqu'au 30 décembre

Durée : 2 h 10

 

Manifestation contre Bertrand Cantat

« Mère » a connu une première mouvementée vendredi 19 novembre. Des féministes très remontées ont manifesté et momentanément bloqué l'accès du théâtre de la Colline pour protester contre le choix de Wajdi Mouawad d'avoir confié la musique de son spectacle à Bertrand Cantat. Condamné en 2003 à la prison pour le meurtre de sa compagne Marie Trintignant, l'ex-leader de Noir Désir a bénéficié d'une libération conditionnelle à partir de 2007et son contrôle judiciaire a cessé en 2011. Dans une lettre ouverte, fin octobre, le directeur de la Colline faisait valoir que Bertrand Cantat avait purgé sa peine : « Toute personne libre au regard de la loi a le droit d'aller et venir, d'être invitée comme spectateur ou comme artiste. Je ne croyais pas qu'au pays des droits de l'Homme je doive défendre la présence d'un citoyen libre dans l'enceinte d'un théâtre public. ». Finalement, les manifestantes sont reparties au bout d'une demi-heure et le spectacle a pu démarrer sans encombre.

 

 

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Au Théâtre La Scala, à Paris, Marc Arnaud pose un regard masculin et émouvant sur la fécondation in vitro

Au Théâtre La Scala, à Paris, Marc Arnaud pose un regard masculin et émouvant sur la fécondation in vitro | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard dans Le Monde le 10/11/2021

 

Dans « La Métamorphose des cigognes », le comédien raconte avec humour et délicatesse ses tourments et questionnements face au parcours de procréation médicalement assistée vécu par son couple.

Quand des spectateurs souhaitent lui parler à l’issue de son spectacle, Marc Arnaud a parfois l’impression de se transformer en « docteur tendresse ». Il y a ce couple qui entame une quatrième fécondation in vitro (FIV), cette femme qui lui décrit son parcours de procréation médicalement assistée (PMA) ou cette autre qui se confie sur sa stérilité. « Je ne pensais pas que j’ouvrirais ces portes-là, cette intimité-là », s’étonne le comédien. Pour nous qui avons découvert son premier seul en scène, La Métamorphose des cigognes, en juillet lors du Festival « off » d’Avignon, ce besoin d’échanger ne nous surprend pas. Car quoi de plus intime que de raconter un désir d’enfant bousculé par la froideur des protocoles médicaux ? Après son succès avignonnais, ce bijou de solo, à la fois drôle et émouvant, est à découvrir au Théâtre La Scala à Paris.

Le comédien convoque, dans une remarquable interprétation, tous les personnages croisés au fil de cette aventure, tour à tour, grave et joyeuse

Tout est né lorsque Marc Arnaud s’est retrouvé un jour, un gobelet à la main, dans la solitude d’une salle de recueil de sperme. Le comédien se met alors à écrire, à tenir un journal de bord de cette expérience à la fois presque banale mais si peu racontée par les hommes. « Avec ma compagne, nous essayions de faire un enfant. Au départ, cela pouvait paraître étrange d’écrire pendant que nous traversions ce parcours de FIV. L’idée n’était pas de raconter notre vie mais la manière dont on se construit en tant qu’homme, explique Marc Arnaud. Dans une FIV, c’est la femme qui endure. L’homme, lui, n’a quasiment rien à faire ; il n’est pas du tout héroïque et a le temps de s’interroger sur lui-même. »

 

 

La force de son spectacle tient à l’humour et à la délicatesse employés pour raconter la fragilité d’un homme. Un homme face à son gobelet, invité régulièrement par l’infirmière à « lancer le protocole » pendant que sa femme est au bloc opératoire pour la ponction ovarienne. « Pourquoi ça nous arrive à nous, à moi ? Pourquoi je veux un enfant ? A quoi je peux penser ? », s’interroge-t-il. De ce moment si prosaïque qui consiste à devoir éjaculer pour tenter de faire un bébé par FIV, Marc Arnaud en tire un abîme de questionnements. Le comédien se penche sur son rapport aux femmes, sur sa sexualité, ses désirs et convoque, dans une remarquable interprétation, tous les personnages (notamment les médecins) croisés au fil de cette aventure, tour à tour, grave et joyeuse.

Jamais scabreux, toujours sensible

On passe du tragique au comique, on est ému, on rit et on écoute avec attention cet homme qui a tant envie de nous parler de ses tourments. La Métamorphose des cigognes, c’est l’histoire d’un homme qui lève le voile avec panache. Pour le spectateur, ce parcours où se mêlent passé, présent et futur, prend l’allure d’un thriller. Ce regard masculin posé sur la FIV, jamais scabreux, toujours sensible, se révèle captivant.

 

Formé au cours Florent puis au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris et à l’Académie de musique et d’art dramatique de Londres, ce comédien de 38 ans a « toujours eu l’envie d’être seul sur scène. Cela remonte au désir même de faire ce métier », dit-il en citant en référence Muriel Robin et Philippe Caubère. Ce Vendéen a grandi dans une famille qui chérissait le théâtre amateur et a vécu ses premières expériences de jeu au Puy-du-Fou. « Faire à 16 ans le bouffon dans un spectacle médiéval devant quatre mille personnes, c’était une émotion assez dingue », se souvient-il.

 

 

Plus tard, il jouera dans l’étonnant Masques et Nez, mis en scène par Igor Mendjisky, mais aussi dans Tartuffe, adapté par Brigitte Jaques-Wajeman au château de Grignan (Drôme) ou encore dans les pièces de Jean-François Sivadier (Portrait de famille, Don Juan). En parallèle, il réalise nombre de doublages, de Tony Kebbell dans Les Quatre Fantastiques au personnage de Duke Caboom dans Toy Story 4. Désormais il se « concentre » sur cet « ovni théâtral », à mi-chemin entre le stand-up et le seul en scène, qu’est La Métamorphose des cigognes. Et a même renoncé à jouer dans Sentinelles la prochaine création de Jean-François Sivadier.

 

Avec Benjamin Guillard comme metteur en scène et Benjamin Bellecour comme producteur (ACME production compte à son catalogue les pièces d’Alexis Michalik), Marc Arnaud est entre de bonnes mains. Il a commencé à écrire Le Gobelet – premier titre envisagé avant d’opter pour le plus poétique et plus à-propos   Métamorphose des cigognes – en mai 2017. Puis il en a présenté une forme courte en 2019 au festival Mises en capsules qui, chaque année au Théâtre Lepic à Paris, donne une chance à de jeunes auteurs et acteurs. La crise du Covid-19 l’a stoppé dans son élan, mais le comédien a rebondi en juillet 2020 au « off » d’Avignon. Entre-temps, il est devenu le papa de deux filles et a dévoilé à son aînée l’histoire de sa conception.

 

 

La Métamorphose des cigognes, de et avec Marc Arnaud, mise en scène par Benjamin Guillard, jusqu’au 29 décembre au Théâtre La Scala à Paris.

 

 

Sandrine Blanchard

 

 

Légende photo : Marc Arnaud dans « La métamorphose des cigognes », au Théâtre La Scala, à Paris. ALEJANDRO GUERRERO
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Saisir ceux qui vont ailleurs : Finistères

Saisir ceux qui vont ailleurs : Finistères | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot dans son blog - 25 avril 2022

 

 

Celia Daniellou-Molinié a écrit et met en scène Finistères. Spectacle pour un homme seul, quelques voix off, de la magie. Récit d’un frère évoquant son jumeau, diagnostiqué schizophrène.

 

 

Un grand jeune homme surgit. On le connaît. Il a joué autrefois au théâtre du Soleil. Il a une allure de jeune homme, mais il a bien ses quarante ans, Francis Ressort…Parce que l’on attend quelques spectateurs en retard, il propose des tours de magie avec un jeu de cartes. On est déjà dans la fiction, puisque le spectacle commence certainement tous les jours ainsi, et dans la palpitation de la réalité : la magie c’est toujours, « mais comment fait-il ? »« mais quel est le truc ? ».

 

 

La palpitation du réel, c’est en fait le fil qui sous-tend Finistères. Celia Daniellou-Molinié, passée par l’Ecole Normale Supérieure, docteure ès lettres, passionnée de théâtre, intellectuelle et artiste, formée à la mise en scène en stages exigeants, propose avec Finistères une tentative pour approcher la maladie mentale. Rien de clinique dans sa démarche. Ce qui l’intéresse c’est le récit, la poésie. L’émotion.

 

Elle le dit : elle s’est inspirée de plusieurs cas pour composer Finistères. Mais, de fait, c’est un cas unique que l’on croit saisir en écoutant Alban parler du destin de son frère jumeau Titouan. On croit tout. On y croit. Au fur et à mesure, on analyse. Et l’on se dit que les parents sont bien étranges qui semblent effrayés par la naissance de leurs garçons jumeaux et font tout pour les séparer. La schize, c’est eux qui la cultivent, se dit-on lorsqu’Alban nous raconte leur enfance, leur éloignement puisqu’il va à l’école publique tandis que son frère est envoyé au loin dans une école privée.

 

Leur enfance, c’est la Bretagne. Ils sont nés à Douarnenez, ont grandi à Camaret, Presqu’île de Crozon. Les parents, on l’apprend plus tard, sont professeurs de lettres. Des soixante-huitards écolos, qui luttent contre le nucléaire, et ont baigné, au cours de leurs études, dans les discours de l’antipsychiatrie.

 

On croit à tout cela tant Francis Ressort est convaincant, vrai. Qu’il mette la capuche du sweat rouge qu’il porte (costume Barbara Gassier) et Alban devient Titouan. Oui, on croit. On a le cœur serré. On connaît des malades mentaux. On connaît le désarroi des parents, on connaît les dénégations, l’impuissance, le désespoir qui peut saisir les familles, les proches. « Qu’est-ce que l’on a raté ? » se demandent les parents dont on entend parfois les voix « off » portées par les enregistrements de Camille Grandville et Jean-Paul Ramat.

 

Avec beaucoup d’intelligence, une intuition profonde de la différence, de l’altérité, Celia Daniellou-Molinié, a fait appel à la magie. Les cartes, mais aussi les images inouïes. Le créateur, pour ce spectacle, est Arthur Chavaudret, assisté de Lucas Thébault. Certaines apparitions sont inspirées du formidable Etienne Saglio, avec son accord. Un supplément de poésie et d’irréalité.

Un seul comédien en scène, un seul récit, mais une équipe artistique de premier ordre, un univers très travaillé : lumières d’Elsa Revol et Sébastien Marc, son Clément Gassier, avec Stéphane Leclercq, musique Clément Gassier également, qui est compositeur et Antoine Reininger, Catherine Lamagat, Jean-Marc Serre. On les cite, car on devine qu’ici le collectif, ici dans cette compagnie 16.51 Ouest, le partage est essentiel. Ce sont des enfants du Soleil, Celia Daniellou-Molinié, comme Francis Ressort et ils sont accueillis chez la grande Ariane Mnouchkine.

 

L’émotion qui saisit le spectateur est puissante, profonde. Avec ce texte, sobre, avec cet interprète au visage ouvert, au regard profond, à la voix bien placée. De tout son cœur, de tout son corps (il a fait de la danse, également), Francis Ressort, très bien dirigé par Celia Daniellou-Molinié, nous conduit à ces frontières troublantes de la raison et de la déraison, des visions, des fantasmes, des délires, des apparitions, des fantômes. Mais il nous fait saisir la souffrance de Titouan, aussi. Pas seulement ses rêves fantasmagoriques.

 

 

Cartoucherie de Vincennes, salle de répétition du Théâtre du Soleil. Du mercredi au samedi à 20h30, dimanche à 16h30. Durée : 1h20. Réservation :          07 66 16 52 41.

reservations@1651ouest.fr

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"Tempest project", un accomplissement

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Par Armelle Héliot dans son blog  24  avril 2022

 

 

Plus va le temps, plus Peter Brook creuse les interrogations de Shakespeare. En se penchant une fois de plus sur la dernière œuvre, en compagnie de Marie-Hélène Estienne, il offre aux spectateurs un moment miraculeux de théâtre pur.

 

Quelques éléments de bois, des pièces de textiles, sont répartis sur le plateau dégagé des Bouffes du Nord. Le rouge domine. A un moment du spectacle, un rouge intense, un rouge sang vermeil, noiera l’ensemble du plateau et des murs faussement décrépits.

Le théâtre est plein à craquer et, à la fin, la ferveur, l’admiration, l’émotion du public éclateront en applaudissements soutenus, longs, intenses, auxquels répondent les acteurs, bouleversés, eux aussi, comme étonnés de l’écoute et de la reconnaissance du public.

 

C’est l’un des très grands spectacles de ce printemps. L’immense spectacle, petit format (1h15), épure, stricte direction des comédiens réunis, venus du monde entier, toutes générations liées, ellipses, et tout se comprend. On a ici la quintessence de La Tempête de William Shakespeare. Dernière œuvre de l’immense écrivain à la poésie universelle.

 

On ne doit pas détailler ici les mouvements, les allées et venues, les surprises, la puissance de chaque scène, la simplicité apparente qui n’est ici qu’approfondissement, et que l’on connaisse ou non La Tempête, chacun est frappé, reçoit tout dans la lumière.

Marie-Hélène Estienne et Peter Brook s’appuient sur la traduction de leur ami, de leur frère en travail et recherche, Jean-Claude Carrière.

 

La distribution est superbe : off, on entend Harué Momoyama, qui ne vient pas saluer et qui donc n’est pas « live ». Une voix essentielle dans la représentation. On ne sait pas d’où vient cette voix pendant le spectacle. Les hauts de la salle, les coulisses ? Une voix qui est littéralement un protagoniste.

 

Prospéro est incarné Ery Nzaramba, qui a joué avec Peter Brook The Suit et Battlefield. Elégant, tendrement autoritaire avec sa fille, Paula Luna, blonde, lumineuse, merveilleuse. Prospéro est très bon et doux avec Miranda, mais dur avec ses ennemis et stratège. C’est tout Shakespeare.

 

Dans la double partition de Caliban, celui à qui l’île appartenait, et du jeune homme qui a échoué sur l’île, sans connaître les vilenies de adultes, Sylvain Levitte est idéal. Il est parfait en fils de magicienne réduit en esclavage, et délicat en amoureux…

 

Autres incarnations magistrales, celle de Marilu Marini, qui fut Caliban, mais oui, chez Alfredo Arias, est ici Ariel. Ses ailes : les pans de son vaste manteau. Elle est si expressive, si coquine, si précise dans le sentiment comme dans la mimique, que l’on est subjugué.

 

Enfin, les jumeaux Fabio et Luca Maniglio, ajoutent la magie de leur troublante ressemblance, à des scènes cocasses comme Shakespeare y tient tant.

 

Une soirée immense. Du théâtre pur. Le geste magistral d’un poète extraordinaire, Peter Brook. Ici assisté d’une femme de théâtre qui est elle aussi du côté de l’épure, Marie-Hélène Estienne.

Emotion et joie : on sort de là galvanisé, sûr que le théâtre est puissant, infiniment. Poésie pure et compréhension du monde.

 

 

Théâtre des Bouffes du Nord, à 20h30 du mardi au samedi, supplémentaire le samedi à 15h30 et le dimanche à 16h00. Tél : 01 46 07 34 50. www.bouffesdunord.com

 

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Soixante-seizième édition du festival d’Avignon. Analyse par Théâtre du Blog

Soixante-seizième édition du festival d’Avignon. Analyse par Théâtre du Blog | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe du Vignal dans Théâtre du blog - 20 avril 2022

 

Soixante-seizième édition du festival d'Avignon... Le plus important festival de théâtre au monde, créé en 1947 par Jean Vilar, aura lieu aux mêmes que d'habitude, du 7 au 26 juillet. Cette édition sera la dernière pilotée par Olivier Py, après un mandat de dix ans. Mais il restera avec sa compagnie en Avignon toute l'année. Et lui succèdera l'an prochain, Tiago Rodrigues, auteur et metteur en scène portugais bien connu en France, premier étranger à diriger ce festival. 

 

Olivier Py n'a voulu cette édition "ni récapitulative, ni commémorative». Mais s'y dégagent les mêmes lignes artistiques qui lui sont chères, avec une volonté, cette année encore, de privilégier les spectacles de metteuses en scène.  Comme en témoigne l'affiche. Ce qui est tout à son honneur...

 

Anne Théron mettra en scène une adaptation dIphigénie de Tiago Rodrigues. Elise Vigier avec Anaïs Nin au miroir d’Agnès Desarthe.

 

Solange Oswald, elle, avec le Groupe Merci, reprendra la fameuse Mastication des morts de Patrick Kermann, une pièce en plein air qu’elle avait créée en 1999.

En adaptant Dans ce Jardin qu’on aimait, un récit de Pascal Quignard, Marie Vialle nous fait entrer dans un univers sonore où « la solitude devient une écoute absolue du monde, le souvenir d’un être aimé et la manifestation d’une cruauté inattendue ». Elle s’est aussi inspirée de la vie du compositeur américain Simon Pease Cheney. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, un pasteur musicien perd sa femme en couches, se réfugie dans le deuil et commence à noter les bruits, les chants d’oiseaux, les sons de la pluie…  ou encore la chorégraphe Maud le Pladec avec Silent Legacy.

 

Et on peut espérer -s’il arrive à sortir de Russie- que le grand metteur en scène et cinéaste Kirill Serebrenikov qu’Olivier Py avait invité bien avant l’invasion de l’Ukraine, présentera dans la Cour d’honneur du Palais des papes, Le Moine noir. Un spectacle tiré d’une nouvelle d’Anton Tchekhov, créé le mois dernier au Théâtre Thalia de Hambourg. Il a mis en scène des textes de Gorki, Ovide, Shakespeare, Pouchkine et des opéras pour le Bolchoï et en Europe. Mais la radicalité de ses spectacles et ses positions pro-démocratie et LGBT ne plaisent pas beaucoup là-bas! Il y a deux ans, il a été assigné à résidence et condamné à de la prison avec sursis… Bien connu en France, il a présenté au festival de Cannes Le Disciple (2016), Leto (2018) et La Fièvre de Petrov (2021) et au festival d’Avignon, Les Idiots (2015) et Les Âmes mortes l’année suivante,  puis Outside en 2019 (voir Le Théâtre du Blog) .

 

Mais très mal vu par Vladimir Poutine dont il critique le régime, à cause de ses spectacles jugés trop audacieux, mais aussi parce qu’il soutient ouvertement les LGBT, il n’a pas le droit de quitter Moscou, après avoir été condamné, soi-disant pour détournements de fonds…


Il y aura aussi d’autres spectacles étrangers comme Solitaire de Lars Norén mort l’an passé et dont Sofia Adrian Jupither a monté sept pièces. Et En Transit d’Amir Reza Koohestani; Il y a quatre ans, cet auteur et metteur en scène iranien partait pour le Chili. A une escale à Munich, il est transféré par la police des frontières vers la zone de transit. Motif : être resté quelques jours de trop dans la zone Schengen, suite à la délivrance inexplicable de deux visas de séjour différents. Il sera renvoyé en Iran. Dans la salle d’attente, il lit Transit d’Anna Seghers et se retrouve avec des gens semblables à ceux qui cherchaient, dans ce roman, un moyen de fuir l’Europe nazie.

 

Cette année, peu d’œuvres d’auteurs «classiques», sinon cette adaptation de la nouvelle d’Anton Tchekhov et un Richard II de William Shakespearemise en scène de Christophe Rauck, le directeur du Théâtre des Amandiers à Nanterre. Avecentre autres, Thierry Bosc, Murielle Colvez, Cécile Garcia Fogel… Et Micha Lescot dans le rôle-titre: «J’avais travaillé Richard II pour un hommage à Jean Vilar, à Avignon, avec Gérard Desarthe. C’était resté dans ma tête. Il fallait que je trouve la bonne personne. » Il avait déjà été mis en scène par   Christophe Rauck dans Départ volontaire de Rémi De Vos et lui dit qu’il avait envie du rôle. «Richard est à l’image de son époque: il est la crise. Lui-même est en crise. C’est pourquoi, il n’est pas assez radical, comme s’il avait eu le pouvoir trop tôt. Et au moment de sa destitution, son dépouillement est magnifique. »

 


Et il y aura un autre Shakespeare, La Tempesta, mise en scène du Turinois Alessandro Serra qui a reçu le prix Ubu en 2017 pour un Macbettu,  une version sarde d’après Shakespeare, interprété uniquement par des hommes, avec sonnailles, instruments anciens, cornes et peaux d’animaux... Mais pas la moindre trace, pas le moindre hommage  à notre Molière à tous… Olivier Py a sans doute pensé que la coupe était bien assez pleine mais c’est vraiment dommage!

 

Il avait écrit puis monté La Servante au Gymnase Aubanel en 95,  un spectacle fleuve en vingt-quatre heures joué par vingt-huit acteurs sans interruption pendant sept jours et sept nuits… Peut-être histoire de renouer avec ses trente ans,  il y créera cette année Ma Jeunesse exaltée, une sorte d’épopée en dix heures, avec un «dialogue entre un jeune arlequin et un vieux poète ». Et il reviendra au cabaret avec son personnage de Miss Knife à la fin du festival et avec aussi, les fameuses Dakh Daughters, un  groupe de chanteuses et danseuses ukrainiennes que nous avions déjà pu voir dans les spectacles de Lucie Berelowitsch

 

 

Du côté épopée théâtrale, un genre auquel Olivier Py est très attaché, sera aussi monté Le Nid de cendres par son auteur Simon Falguières . Une pièce en sept parties, inspiré par l’univers de contes traditionnels. Il nous parle d’un Occident en pleine autodestruction où naît Gabriel, recueilli par une troupe de comédiens ambulants et d’un pays de conte avec roi, reine ubuesques et Anne, une jeune princesse des temps modernes qui traverse les mers pour trouver l’homme qui sauvera sa mère d’un profond sommeil..  » C’est l’histoire d’un monde coupé en deux morceaux, qui, comme une pomme coupée en deux qui vont tenter pendant toute la pièce de se réunir. Je tends, dit Simon Falguières, à parler du monde d’aujourd’hui, de ce mouvement de l’Histoire que traverse notre génération, non pas en essayant de le montrer tel qu’il est mais en parlant la langue des contes.» Mais Shakespeare, Homère et Sophocle ne seront sans doute pas très loin…

 

Nous ne pouvons tout citer mais il y aura aussi, comme d’habitude, plusieurs pièces jeune public dont Le Petit chaperon rouge par Das Plateau et Gretel, Hansel et les autres, l’histoire d’une frère et d’une sœur perdus dans la forêt par leurs parents et vite aux prises avec une sorcière. «Mon adaptation, dit Igor Mendjinski, contera la fuite, la manière dont on abandonne les enfants aujourd’hui, la peur de certains de ne pas trouver le bon chemin, et surtout le besoin de grandir sans perdre de vu qu’il est important de continuer à se raconter des histoires. »

 

 

Il faut noter aussi deux expositions: L’œil présent de Christophe Raynaud de Lage qui a pris des milliers de clichés des spectacles à Avignon depuis dix-sept ans et qui, maintenant, apparaissent sur le site du festival  le soir de la première, puis dans de nombreux articles article de presse. Et First but not last time in America par Kubra Khademi. Cette artiste afghane, réfugiée en France depuis sept ans, croise gestes épiques, poésie classique et slogans des femmes de son pays. Avec des peintures et performances nourries par la situation de son pays. «Ses représentations de femmes ne naissent pas du désir de montrer leur nudité mais de mettre en scène des corps libres. » Elle a aussi dessiné l’affiche de ce festival.

 

A noter aussi : pour la seconde année consécutive, la participation de l’École supérieure d’art d’Avignon, maintenant dirigée par Morgan Labar. Située dans de grands bâtiments mais à la périphérie donc souvent mal connue des habitants, elle offrira comme l’an passé sur son annexe, quartier Champfleury, des ateliers gratuits aux enfants de la ville et aux autres mais sur inscription préalable.

 

Au chapitre danse, cela sera aussi très international et c’est tant mieux, avec des créations comme, entre autres, Silent Legacy de Maud Le Pladec, avec Adeline Kerry Cruz, une enfant de Montréal qui, à huit ans, elle danse le krump né à Los Angeles il y a quelque vingt ans, et Audrey Merilus, une danseuse aux nombreux styles et techniques contemporains qui a travaillé avec Anne Teresa De Keersmaeker. Jan Martens qui était venu l’an passé avec un remarquable Any attempt will end in crushed bodies and shattered bones, revient avec une création : Futur proche.

 

Et on pourra voir aussi Dada Masilo avec sa compagnie sud-africaine qui présentera Le Sacrifice. Et encore Tumulus de François Chaignaud.

Un festival aux multiples perspectives, bien dans la ligne des éditions précédentes. Sans grande surprise, à part l’arrivée très attendue mais peu probable, vu les circonstances, de Kirill Serebrenikov. Mais cette manifestation – et c’est regrettable- n’est pas vraiment populaire: les places, quels que soient les spectacles, selon Olivier Py s’arrachent dès l’ouverture de la location en ligne… Mais bon, l’an passé, la Cour d’honneur était loin d’être toujours pleine.  Restera à son successeur la tâche d’arriver à faire revenir un public, élargi et jeune, avec une carte de spectacles de théâtre exigeants mais moins longs et à l’accès plus facile. Une carte maintenant offerte par le festival off qui n’a plus rien à voir avec celui d’il y a vingt ans -nous vous en reparlerons très vite- et dont la qualité n’a cessé de progresser depuis quelques années…

 

Philippe du Vignal

 

 

Le 76 ème festival d’Avignon aura lieu du 7 au 26 juillet.

 


Prévente exceptionnelle de 10.000 places, uniquement en ligne, le samedi 4 juin à 14 h  et ouverture des ventes en ligne, le mardi 7 juin de 14 h à 19 h. Et par téléphone : + 33 (0)4 90 14 14 14, du 7 au 30 juin, du mardi au samedi de 11 h à 19 h.
Du 1er au 26 juillet : tous les jours de 10 h à 19 h et le samedi 11 juin de 14 h à 19 h. Ouverture des ventes au guichet, cloître Saint-Louis, 20 rue du portail Boquier, Avignon, du 11 au 30 juin, du mardi au samedi de 14 h à 19 h. Et du 1er au 26 juillet, tous les jours aux mêmes horaires.

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Mort d’un monstre sacré: Michel Bouquet, final 

Mort d’un monstre sacré: Michel Bouquet, final  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Gilles Renault dans Libération - 13 avril 2022

 

Immense comédien à la carrière vertigineuse, interprète privilégié de Molière ou de Ionesco, Michel Bouquet est mort mercredi à 96 ans. Réservé en dehors de la scène, il aura marqué par la sobriété et l’intensité de son jeu le théâtre français depuis les années 1950.

 

Même retiré de la scène, après soixante-quinze années de présence quasi ininterrompue, le personnage n’avait pas réussi à totalement quitter l’actualité théâtrale. Hommage anthume, le spectacle Je ne suis pas Michel Bouquet avait ainsi connu un beau parcours à la rentrée 2019, permettant, par l’intermédiaire du comédien Maxime d’Aboville, d’entendre ses confidences, telles qu’extraites d’un livre d’entretiens avec Charles Berling, publié en 2001.

 

Les salamalecs, prises de position et autres avis plus ou moins définitifs n’étaient toutefois pas exactement son truc, lui qui, toute sa vie durant, n’aura plutôt porté que les habits sacerdotaux d’une vocation remplie jusqu’à l’abnégation, au seuil du masochisme (moral, et même physique, sur le tard), se sachant au plus profond de son être incapable d’exercer une autre activité que celle d’acteur. Pas plus, mais, surtout, pas moins. Jusqu’au dernier souffle, ou presque, survenu mercredi 13 avril.

 

Michel Bouquet avait 96 ans et, clairement, jamais eu envie de goûter aux joies alenties de la retraite. Car s’il avait renoncé au théâtre, après un ultime Tartuffe de Molière, mis en scène en 2017 par Michel Fau, c’est simplement car son corps l’avait conjuré de ne plus rentrer le soir à plus d’heure. Ce qui, grâce à un emploi du temps plus clément, ne l’empêchera pas d’apparaître encore au cinéma en 2020, au côté d’Irène Jacob, Niels Arestrup et Patrick Bruel, dans Villa Caprice de Bernard Stora. Ou, l’année d’avant, d’enregistrer des Fables de La Fontaine. Au vrai, Michel Bouquet avait bien tenté de décrocher, comme on le dirait d’un toxico, faisant fin 2011 ses adieux à la scène. Mais, n’y croyant sans doute pas lui-même, ça n’avait été que pour mieux revenir, à peine deux ans plus tard, plus vivant que jamais dans le Roi se meurt de Ionesco, un de ses auteurs de prédilection.

«Le métier d’acteur a occupé entièrement ma vie. [Mais] je n’aurai pas la vanité de mourir sur scène, comme Molière.»

—  Michel Bouquet

 

 

Ainsi, Michel Bouquet laisse-t-il derrière lui cinq molières, deux césars et pas mal d’autres prix et breloques, couvrant une quantité proprement vertigineuse de pièces, films, téléfilms, voix off et autres enregistrements radio et discographiques corroborant cette envie insatiable de jouer, jouer, jouer, qu’il résumait en toute simplicité : «Le métier d’acteur a occupé entièrement ma vie.» Mais non sans ajouter : «Je n’aurai pas la vanité de mourir sur scène, comme Molière.»

Une enfance en pension

Doublée d’un manque assumé d’engagement extra-artistique (qui le privera de l’aura d’un Michel Piccoli, né la même année que lui, en 1925), la discrétion naturelle de Michel Bouquet prend sa source au sein d’un univers familial où il n’est pas d’usage d’extérioriser ses sentiments. Nulles effusions ni confidences dans une sphère domestique où les mots restent parcimonieux, quand bien même l’affection existe. Garçonnet timide, entouré de trois frères, Michel est le fils d’un officier déporté en Poméranie (région côtière au sud de la mer Baltique, à cheval entre la Pologne et l’Allemagne), avec lequel il se souviendra n’avoir échangé que quelques phrases, et d’une mère au foyer (morte à 102 ans) plus explicitement chérie. De 7 à 14 ans, c’est en pension que l’enfance se passe, à Vaujours précisément, au nord-est de Paris, où, confronté à la dure discipline d’un établissement de 640 élèves, il pratique une résistance passive en attendant les vacances d’été et de Noël pour retrouver ses proches – ou supposés tels. «Je ne communiquais avec personne, pas même avec un de mes frères qui était là aussi. Rêveur plutôt qu’agité, je ne posais aucun problème, sans rien apprendre non plus, passant mes journées au piquet, à tuer l’ennui en me projetant dans des aventures imaginaires», racontait-il à Libération, fin 2017, dans le foyer désert du théâtre de la porte Saint-Martin, à quelques jours d’une énième première régénératrice.

 

«Je ne crois pas avoir été adolescent», ajoutait sans affect le vieil homme, se souvenant a minima avoir «traversé l’horreur de la guerre sans s’en rendre compte». Car, à un âge où certains s’impliquent déjà clandestinement dans la lutte armée, le futur héros très discret s’active, lui, à… «trouver des places pour aller à l’Opéra-Comique», le dimanche après-midi, avec sa mère ! Déjà aimanté par ces récits «fictifs, abstraits», appelés à l’affranchir du prosaïsme du quotidien.

Apprenti dans la pâtisserie Bourbonneux, le garçon au naturel si réservé provoque alors la rencontre qui va tout changer. Séchant l’office dominical de Saint-Augustin, un jour de mai 1943, il part frapper à la porte de Maurice Escande, sommité du théâtre qu’il a applaudie à la Comédie-Française dans Madame Quinze, de Jean Sarment. Qu’apporte-t-il en offrande, au 190 de la rue de Rivoli ? Trois fois rien : une tirade de Cyrano et un poème de Musset, qui suffisent pourtant pour que l’acteur et metteur en scène décèle la ferveur qui habite l’impétrant. Pris sous l’aile du pédagogue – qui formera aussi Georges Marchal ou Serge Reggiani –, l’ado passe indifférent devant la Kommandantur, direction le théâtre Edouard-VII où il suit gratuitement son premier cours. «Votre fils doit faire du théâtre», dit Escande à madame Bouquet, qui cède sans trop ciller à la parole injonctive.

 

 

Son portrait dans «Libé» en 2001

Michel Bouquet, vieil art

17 oct. 2001
 
 
 

Le pli est pris. Que valideront d’autres rencontres majeures : Albert Camus qui, dès leur concours de sortie du conservatoire en 1944, convie Michel Bouquet et Gérard Philipe à jouer dans son Caligula. Jean Anouilh, dont l’Antigone a laissé à Bouquet un «souvenir absolument prodigieux», qui lui «inculque le respect du théâtre» après leur première rencontre à Bruxelles, en 1946. Ou, un an plus tard, Jean Vilar, si doué pour «trouver dans les grands textes du passé matière à montrer très exactement où on en était, nous», qui le convie au baptême du Festival d’Avignon. Un gotha complété par les noms de Roger Planchon, Claude Régy, Harold Pinter, Samuel Beckett, Marcel Bluwal… «Se mettre à la disposition des auteurs et les servir le mieux possible», telle sera la devise obsessionnelle de l’acteur, animé par une inextinguible soif de textes, qu’il n’avait de cesse de décortiquer.   «Besogneux» autoproclamé, ou perfectionniste, selon.

«Cette époque n’est plus vraiment la mienne»

Omniprésent au théâtre dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, Michel Bouquet devient parallèlement une figure en vue du cinéma français, qui l’emploie à tour de bras du milieu des années 1960 à la fin des années 1970 : François Truffaut (La mariée était en noirla Sirène du Mississipi), Claude Chabrol (la Femme infidèlela RupturePoulet au vinaigre), Yves Boisset (Un condél’Attentat ), Jacques Deray (Borsalino), Etienne Périer (la Main à couper)… Banquier, inspecteur, procureur, chef d’entreprise ou médecin, contrairement à ce que la fonction pourrait laisser imaginer, Michel Bouquet n’a pas si souvent le beau rôle – quand bien même s’agirait-il du premier –, dissimulant derrière une respectabilité de façade d’inavouables doubles-fonds pouvant culminer dans le meurtre. Question de regard, aiguisé, de diction, posée, de silences aussi, au diapason d’une hypocrisie matoise, aussi bien que d’une sourde opiniâtreté. «La profondeur immobile d’un sphinx», aurait écrit Balzac. Ou quelque chose de l’Orgon du Tartuffe de Molière, insurpassable modèle dramaturgique que Bouquet servit sans relâche : «Un bourgeois qui écrase sa maisonnée, un monstre terrible de méchanceté, de bêtise, mais de touchante douceur aussi, représentatif de ce genre d’hommes qui définissent leur puissance par l’argent, la position, la foi en quelque chose – ici, la religion.»

«Il a toujours craint de ne pas être à la hauteur et, à 40 ans, il aurait pu dire la même chose.»

—  Juliette Carré, sa deuxième épouse

«Un comédien extraordinaire, rare, au jeu tellement sobre, minimaliste, qu’il laisse toute la place à l’imaginaire des spectateurs pour interpréter ce qu’il dit», dira de lui la réalisatrice, Anne Fontaine, à propos de Comment j’ai tué mon père. Un de ses rares rôles marquants du XXIe siècle, où sa présence se raréfie, avec le Renoir de Gilles Bourdos et le Promeneur du Champ de Mars, dans lequel Robert Guédiguian lui fait porter le chapeau (et la casquette) de François Mitterrand. «Cette époque n’est plus vraiment la mienne», admettait le «vieux dinosaure» dès le début des années 2000, sans se résoudre à couper les ponts pour autant, malgré une santé de plus en plus délicate occasionnant une fin de carrière en pointillés. «L’âge est une chose terrifiante, et je suis un vieillard qui devrait bientôt mourir», complétait-il en 2017, sans apitoiement, avant tout soucieux de «ne pas causer la faillite» d’une pièce pour laquelle il avait signé un engagement de quelques mois. Présente à ses côtés, à la ville comme au théâtre, Juliette Carré sa deuxième épouse depuis un demi-siècle (après une autre comédienne, la très mondaine et volcanique Ariane Borg, plaquée en 1967 avec fracas – grève de la faim et procédure de divorce étalée sur treize ans), décryptait : «Sous un abord généreux, calme et gentil, Michel reste un hypersensible, très anxieux, qui a toujours craint de ne pas être à la hauteur et, à 40 ans, il aurait pu dire la même chose.»

 

 

 

Rencontre à l'occasion de son dernier «Tartuffe» en 2017

Michel Bouquet, persistant

10 oct. 2017
 
 

Le couple vivait dans un appartement du XVIIIe arrondissement, qu’il ne quittait guère que pour aller au spectacle… côté scène, pyrée d’une vie factice que l’acteur considérait comme «la seule vivable», l’autre, la vraie, jugée matérialiste, superficielle, brutale, n’étant en définitive faite à ses yeux que d’accommodements. Michel Bouquet donnait l’impression de la subir, «terrorisé» par ce flot de «mauvaises nouvelles déversées chaque jour par les actualités télévisées» qui l’avait incité à signer une tribune en 2018 contre le réchauffement climatique. Car, à défaut d’avoir une descendance, l’aïeul se souciait de l’état de la planète léguée aux générations futures. Soutien timoré de Macron à l’élection présidentielle de 2017, après s’être abstenu durant de longues années de voter, l’acteur désabusé se demandait si le plus jeune dirigeant que le France ait jamais connu serait capable d’infléchir le cours des choses. Le questionnement était plus inquiet que sarcastique. Et il ne brûlait pas de connaître la réponse.

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La mort de Jacques Rosner

La mort de Jacques Rosner | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Gilles Costaz dans Webthéâtre 1 avril 2022

 

Le metteur en scène et acteur Jacques Rosner, est décédé en Normandie à l’âge de 86 ans, le 30 mars. Il était un peu oublié car sa dernière mise en scène, faite en tandem avec son épouse Nicole Rosner, Adolf (Cohen) de Jean-Loup Horowitz, date de 2015 et a été représentée dans des circuits souvent modestes (le off d’Avignon et la Comédie-Bastille). Mais, auparavant, Rosner a été à la tête de grandes structures : le Centre dramatique du Nord, le Conservatoire national supérieur d’art dramatique (où il fit entrer les courants novateurs de l’après-mai 68) et le théâtre national Daniel Sorano devenu le Théâtre national de Toulouse. Tout au long de sa vie, il aura donné un nouvel élan à des établissements naissants ou en quête d’un nouveau souffle.

 

Il fut d’abord le numéro deux de Roger Planchon au Théâtre de la Cité – TNP de Villeurbanne. Lui, le gamin lyonnais qui avait suivi des cours d’art dramatique très jeune, chez Suzette Guillaud, rejoignit Planchon à l’âge de 15 ans. Il y fut à la fois acteur et assistant, puis metteur en scène. L’influence du grand artiste rhodanien fut forte, même si Rosner affirma sa personnalité peu à peu et se détacha du maître avec élégance. Mais, à Villeurbanne où il resta quand même jusqu’en 1970, il développa un goût du théâtre politique, d’abord très marqué par Brecht (au point de s’habiller brechtien : on le voyait souvent dans une houppelande à la berlinoise) puis ouvert aux tourments philosophiques. Dans tous ses spectacles il y avait une curiosité profonde, un amour de la pensée dans ses effervescences contradictoires.
Face au répertoire français, il mettait en place une certaine ironie satirique qui renvoyait à un véritable regard historique, comme il le fit, par exemple, avec Le Mariage de Figaro à la Comédie-Française en 1977 ou Ruy Blas (Toulouse et TEP, 1990). Il aimait explorer de temps à autre la culture juive (Wesker) et les œuvres marquées par les persécutions perpétrées à l’encontre le peuple juif (Grumberg). Mais, sans parti pris, refusant tout étroitesse, il découvrait des auteurs nouveaux : Philippe Adrien, Philippe Madral, Yves Navarre, Pierre Laville, Jean-Marie Besset, Wladimir Yordanoff, Jean-Marie Rouart, Yves Lebeau… Il avait ses fidélités avec les acteurs (Jean-Claude Dreyfus, Marie-Christine Barrault) mais il aimait les changements d’univers et les risques que cela comporte. S’il s’est beaucoup intéressé à O’Neill, Tchekhov et Bernhard, on peut dire que deux auteurs ont incarné les grands défis de sa carrière : Brecht qu’il a beaucoup monté dans la première partie de sa vie, Gombrowicz dont il a brillamment éclairé les vertiges paradoxaux (Yvonne, princesse de Bourgogne et Le Mariage à la Comédie-Française). Il savait aussi ressusciter des textes qui s’étaient effacés de nos mémoires : Le Coup de Trafalgar de Vitrac, Le Terrain Bouchaballe de Max Jacob.
A la fois brechtien et post-brechtien, Jacques Rosner ajouta toujours de l’intelligence à l’intelligence des textes, sans chercher à avoir une signature reconnaissable avec fracas. Il gardait une certaine modestie, lui, l’un des meilleurs. En saluant sa mémoire, nous pensons aussi à son épouse, l’excellente comédienne Nicole Rosner.

 

 

Photo : Rue du Conservatoire.

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Théâtre : François Gremaud, délivreur de savoir ludique

Théâtre : François Gremaud, délivreur de savoir ludique | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Fabienne Darge dans Le Monde -  7 mars 2022

 

L’auteur et metteur en scène, devenu le champion de la conférence-spectacle, revisite de grandes figures tragiques comme Phèdre, Carmen ou Giselle.

Légende photo : François Gremaud, à Lausanne (Suisse), en novembre 2019. NIELS ACKERMANN / LUNDI13

Il ne faut pas chercher bien loin sur la planète théâtre, en ce moment, pour trouver un spectacle signé François Gremaud, cet auteur et metteur en scène qui, à 47 ans, ressemble encore à un grand garçon trop vite monté en graine. Depuis leur création, les spectacles Conférence de chosesPhèdre !, et, désormais,   Giselle… et Auréliens sont devenus des « tubes » du théâtre contemporain, qui ne cessent de tourner à travers la France et la Suisse, d’où François Gremaud est originaire.

 

« C’est vrai que c’est fou ! », s’exclame l’impétrant, l’œil bleu pétillant et joyeux, à l’heure ou son Phèdre ! s’apprête à se jouer trois semaines au Théâtre de la Bastille, à Paris, où il est promis au même succès que partout ailleurs, de Lausanne à Avignon.   Phèdre !, c’est son spectacle emblématique, celui qui a fait de François Gremaud une star – modeste –, celui où il a peaufiné, avec un art consommé, la forme de la conférence-spectacle, dont il est devenu le champion.

 

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Au Festival d’Avignon, « Phèdre ! », avec un point d’admiration

François Gremaud la goûte particulièrement, cette joie qui accompagne la reconnaissance, lui qui la cultive, au sens le plus profond du terme, comme un trésor. Peut-être en raison d’une enfance qui ne fut pas toujours simple, aux côtés de frères et sœurs affligés de difficultés diverses, mais portée par des parents pour qui la vie était toujours la plus forte. Peut-être d’ailleurs que tout – le théâtre, le jeu – est parti de là, de sa relation avec son jeune frère sourd-muet, avec lequel il communique en langue des signes depuis toujours.

 

 

« Avec mon frère, on a grandi ensemble dans cette langue, et donc dans ce rapport au langage qui est très corporel, très engagé, raconte-t-il. Dans la langue des signes, il y a une nécessité d’habiter le corps, d’accompagner la pensée, sinon on ne se comprend pas. Il ne s’agit pas de caricature, mais juste d’être un petit peu plus grand que la vie, ce qui est un geste très proche du jeu : être naturel, être soi, mais en un peu plus grand. Je suis très habité par cette nécessité de mettre en œuvre les choses pour pouvoir les communiquer, même si je ne l’ai pas identifiée tout de suite. »

« Une liberté absolue »

En attendant, François Gremaud a commencé le théâtre très jeune, à Fribourg, en Suisse, où il vivait. Puis il a fait un détour par les arts plastiques et l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL), où il a découvert la liberté infinie de l’art contemporain, en compagnie notamment de la photographe américaine Nan Goldin. Et il est revenu au théâtre, en intégrant l’Institut national supérieur des arts du spectacle (Insas) de Bruxelles. On est au tournant des années 1990-2000, la scène flamande est à son apogée.

François Gremaud a fondé sa compagnie, en 2005, sous le nom de 2b company

« C’était vraiment la grande époque, où se croisaient Alain Platel, Anne Teresa De Keersmaeker, le tg STAN, Jan Lauwers, etc., se souvient-il. Un moment particulièrement vivant et remuant, avec des artistes qui osaient tous les mélanges entre texte, danse, musique… Une liberté absolue, à mille lieues des dogmes qui étaient encore en vigueur à Lausanne et dans le théâtre français, relatifs à la façon de dire la langue, de respecter les textes. C’est là-dedans que j’ai eu envie de m’inscrire. »

 

François Gremaud s’est senti autorisé à chercher son propre théâtre, et il a fondé sa compagnie, en 2005, sous le nom de 2b company, à prononcer à l’anglaise, comme « To be »… à faire suivre d’« or not to be »of course. Ce clin d’œil à la phrase la plus célèbre de l’histoire du théâtre dit bien comment il comptait s’inscrire dans cette histoire, par le décalage, l’humour, la liberté autorisée par l’art contemporain et une figure tutélaire majeure, celle de Marcel Duchamp.

Vrai bijou d’absurde

Il faudra une bonne dizaine d’années encore pour que la 2b accède à la reconnaissance, avec Conférence de choses, vrai bijou d’absurde suisse que les amateurs de théâtre découvrent dans le « off » du Festival d’Avignon, en 2016. La chose en question s’est écrite en surfant sur les pages de Wikipédia, se déploie en neuf épisodes de cinquante-trois minutes et trente-trois secondes chacun, et place en son cœur le savoir et l’« idiotie », au sens philosophique du terme, en élevant la conférence au rang d’art ludique et virtuose.

 

Lire aussi : Huit heures de digression ludique avec la « Conférence de choses », à suivre en ligne

« La Conférence, c’est un marabout-bout-de-ficelle, une manière de rendre hommage à tout ce savoir humain et à toutes ces personnes qui sur Wikipédia ont pu se passionner pour des choses aussi diverses que la reine Margot ou les pastilles désodorisantes pour les toilettes, explique François Gremaud. Il s’agissait de traverser ces étonnements humains, ce geste primordial qu’est l’étonnement, en partant du principe qu’il est à la base de la pensée. »

Puis il y a eu Phèdre !, deux ans plus tard. Un Phèdre comme on ne l’a jamais vu, où se mêlent l’œuvre de Racine elle-même et le commentaire de l’œuvre, tragique et comique, et où un seul et formidable acteur, Romain Daroles, joue à la fois tous les rôles et celui du prof. Une superbe réussite qui emporte les spectateurs pour une heure et des poussières de pur bonheur théâtral, selon un principe que François Gremaud a décliné ensuite avec Giselle…, autour du célèbre ballet romantique d’Adolphe Adam, en compagnie de la non moins formidable Samantha van Wissen. Avant qu’un troisième volet ne soit créé, un Carmen. (avec un point tout simple, cette fois) qui sera porté par Rosemary Standley.

Agilité intellectuelle étourdissante

« Ce que j’ai découvert avec ces pièces, c’est que, à partir du moment où on essaie de raconter une œuvre, on en crée une nouvelle, analyse François Gremaud. Cette forme de la conférence-spectacle, je l’ai adoptée au départ en faisant le constat de la déconnexion qui s’est opérée entre un certain théâtre et un certain public, et du lien nécessaire à retisser avec ces œuvres. Mais, au passage, j’ai découvert la liberté inouïe que permet cette forme, qui ramène à l’essence du théâtre et du jeu : cette figure du conférencier-acteur, elle peut tout convoquer sur scène, par la seule force de la parole et du corps. L’acteur dit : “Ici, il y a un arbre”, et les spectateurs voient l’arbre, dans leur tête. C’est quand même magique, de pouvoir ainsi mettre en marche l’imagination du public, à l’heure de la société du tout-image, du tout-illustré, de l’information perpétuelle, où l’imaginaire est quand même très orienté. »

La joie semble consubstantielle à François Gremaud, qui confesse avoir toujours « rigolé et fait rigoler »

Avec ces spectacles en solo, François Gremaud a trouvé son langage, qu’il déplie avec une agilité intellectuelle étourdissante : un corps sur un plateau, qui transmet par un geste joyeux un contenu dans une forme chorégraphiée. La joie, on y revient. Elle semble consubstantielle à François Gremaud, qui confesse avoir toujours « rigolé et fait rigoler, et adoré les jeux de mots les plus lamentables, qui sont pour moi la forme première de la poésie ».

Mais il s’agit surtout de la joie au sens où l’entendait le regretté philosophe Clément Rosset : « J’aime la manière dont il la définissait comme la force majeure de la vie, parce qu’elle est susceptible de contenir tout le tragique de l’existence, alors que l’inverse n’est pas forcément vrai : le tragique ne contient que rarement la joie. Ce qui me plaît là-dedans, et que j’essaie de mettre sur le plateau du théâtre, c’est que cette joie, que j’assimilerais à la puissance de vie, elle n’est pas dupe. Elle sait que la vie est tragique. Dans Phèdre !Giselle… ou Carmen., le geste est celui-là : in fine, ce sont des figures tragiques, mais on passe par la joie de les raconter. C’est une manière de rappeler que la richesse du vivant, c’est justement d’être vivant », conclut François Gremaud.

 

 

Fabienne Darge

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Jean Zay, l’homme complet, adaptation et jeu de Xavier Béja, mise en scène de Michel Cochet.

Jean Zay, l’homme complet, adaptation et jeu de Xavier Béja, mise en scène de Michel Cochet. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello  - 18 février 2022

 

Jean Zay, l’homme complet, d’après « Souvenirs et solitude » de Jean Zay, adaptation, jeu de Xavier Béja, mise en scène de Michel Cochet. Vidéo Dominique Aru, lumières Charlie Thicot, création sonore Alvaro Bello, collaboration artistique Sylvie Gravagna et Philippe Varache.

 

« Au côté d’hommes, comme Pierre Cot ou Pierre Mendès France, Jean Zay (1904-1944) appartient aux rangs de l’aile gauche des Jeunes radicaux qui veulent rénover le programme de leur parti pour l’adapter à la situation nouvelle issue de la Première Guerre. Il participe dès 1931 aux congrès nationaux du Parti radical et y apparaît comme une des étoiles montantes du parti.

Nommé par Léon Blum, en juin 1936, ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts du premier gouvernement de Front populaire, il conserve ce poste sous les divers gouvernements qui se succèdent jusqu’en 1939. Homme de gauche, il réforme le système d’enseignement avec la volonté de corriger les inégalités d’origine sociale et en établissant la sélection par le mérite. 

Il prolonge la scolarité obligatoire de treize à quatorze ans, limite à trente-cinq le nombre d’élèves par classe, rend l’éducation physique obligatoire, généralise la médecine préventive pour les étudiants et crée un Comité supérieur des œuvres sociales en faveur des étudiants. L’École Nationale d’Administration ne verra le jour qu’après la guerre ; il est aussi l’initiateur du Centre National de la Recherche Scientifique. Ministre des Beaux-Arts, il donne l’impulsion à la création du Musée d’Art moderne et du Musée national des Arts et Traditions populaires, et dépose un projet de statut du cinéma français et prépare pour septembre 1939 le premier festival de Cannes.

 

Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, Jean Zay donne sa démission du gouvernement pour remplir ses obligations militaires. Hostile à l’armistice qui se profile, il s’embarque sur le Massilia le 21 juin 1940 avec vingt-six parlementaires pour continuer en Afrique française le combat contre l’Allemagne nazie. Arrêté au Maroc par le résident général Charles Noguès, sur ordre du gouvernement Pétain, il est transféré en France et traduit devant un conseil de guerre qui le condamne à la détention à perpétuité pour « abandon de poste et désertion devant l’ennemi » ! 

Incarcéré à Clermont-Ferrand, puis à Marseille, avant la prison de Riom, il rédige un journal de captivité Souvenirs et solitude – réflexions et souvenirs sur sa vie politique. C’est à Riom que les miliciens viennent l’enlever le 20 juin 1944 pour l’assassiner dans un bois près de Cusset (Allier). Son corps ne sera retrouvé qu’en septembre 1946. » (Serge Berstein, Encyclopedia Universalis)

Jean Zay, l’homme complet, création de la Compagnie Théâtre en Fusion, invite à ce que résonne sur la scène la dimension existentielle de l’homme pris dans la tourmente de l’Histoire, en même temps que celle, visionnaire et pragmatique de la sagesse, de l’humanité et de la clairvoyance d’un être d’exception au destin tragique, et aussi le voyage d’une conscience entre présent et passé.

 

Un mouvement qui se re-crée sur la scène entre le personnage et le public, d’une époque à l’autre.

Le protagoniste tente de rester au « complet » – joie, colère et humour. Pour le metteur en scène Michel Cochet, ce récit de captivité témoigne de la conscience exemplaire d’un des bâtisseurs méconnus du Front Populaire, fervent démocrate à qui l’on doit nombre d’institutions, l’éducation populaire, l’éducation physique et la leçon de choses hors les murs scolaires, sur le terrain.

 

Jean Zay incarne ce que Vichy déteste : le Front Populaire, les Juifs, la Franc-maçonnerie, la République radicale, l’enseignement public, la résistance à Hitler. Le spectacle solo de Michel Cochet par Xavier Béja offre le combat d’un homme luttant contre son anéantissement moral.

 

                        « Souvenirs et solitude » : le journal de captivité 

 

En prison, il tient un journal durant le temps de sa captivité. En dépit de la dureté de ses conditions de détention, il consacre l’essentiel de ses forces à cet ouvrage qu’il comptait publier plus tard. Chronique du quotidien d’un captif – regard sur son action passée et sur la France de l’époque.

A la fois politique, résistant, écrivain et penseur, le « héros »est incarné par Xavier Béja – réserve et exaltation -, selon une réflexion en mouvement qui transcende le doute ou le désespoir, animée par des convictions humanistes – valeurs citoyennes, intérêt public, courage et compassion.

 

L’acteur figure avec brio cette élégante présence au monde : solitude, optimisme, force de vie. Il se sent vivre dans son manteau qui le protège du désastre du froid et de l’isolement ou bien dans son costume complet, assis à une petite table pour écrire, ou faisant encore les cent pas dans sa cellule et la petite cour attenante qui lui sert de jardin; il s’évertue à y faire pousser plantes et fleurs, en bêchant un petit carré de terre que surplombe la lumière du ciel étoilé ou celle du soleil.

 

Une fois, il a eu l’accès, du regard, à la petite place, face à la Maison d’Arrêt de Riom, il a vu les habitants de la bourgade animée, petite foule colorée et vive qu’il n’avait pu observer depuis un an.

 

Des images s’invitent sur le petit écran de drap blanc et la vidéo de Dominique Aru : archives, relevant d’une part, du contexte historique – cartes postales, affiches de films, Festival de Cannes, Front populaire, sorties scolaires, colonies de vacances et d’autre part, extraits d’actualités du temps, avec accélération ou ralenti au rythme de la composition musicale originale d’Alvaro Bello.

L’interprétation éclaire un espace mental poétique, la fenêtre imaginaire d’une prison, échappée par la mémoire – images de campagne ensoleillée, de nature lumineuse et d’oiseaux, d’énergie et de mélancolie, où est pressenti encore un destin funèbre, mer brumeuse et bouillons de vagues.

En attendant, Xavier Béja, silhouette longiligne, compose avec sincérité un héros de notre temps.

 

 

Du 17 au 19 février 2022 à 19h30, Anis Gras – Le lieu de l’Autre,  55, avenue Laplace- 94110 –Arcueil. Du 7 au 30 juillet 2022 à 11h30, Le Théâtre des Vents. (Festival off d’Avignon). Du 30 septembre au 24 octobre 2022, Le Théâtre Le Local – Paris 75020. Du 24 au 26 novembre 2022 (+ représentation scolaire le 25 novembre à 14h30) Anis Gras – Le lieu de l’Autre,  55, avenue Laplace- 94110 – Arcueil.

 
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Showgirl, une performance kitsch à la gloire de la vie d’actrice

Showgirl, une performance kitsch à la gloire de la vie d’actrice | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Léa Simonnet dans Manifesto 21 - 18 janvier 2022

Photo : © Erwan Fichou


En 1995, le réalisateur Paul Verhoeven essuie une vague titanesque de critiques suite à la sortie de son film Showgirls. Entre un déficit béant au box-office et les diatribes alignées dans les colonnes éditoriales, rien ne laissait présager que son long-métrage pourrait un jour acquérir le statut de film culte incompris par son époque. Aujourd’hui, c’est Marlène Saldana et Jonathan Drillet, épaulé·es de Rebeka Warrior, qui s’offrent le plaisir d’adapter ce trésor exhumé, sur les planches.

 

Musique et théâtre sont-elles vraiment des disciplines distinctes ? Ne doivent-elles pas, lorsqu’elles cohabitent, s’accorder à partager le même espace, la même valeur ? On n’a que trop entendu les pianos pleurer et les guitares se distendre chaque fois qu’il a fallu créer une atmosphère angoissante sur scène, ou tirer quelques larmes à un public fébrile. Qu’à cela ne tienne, le procédé est efficace. Les larmes ont coulé, le cœur a battu. Mais sorti du contexte, le morceau en valait-il la peine ?

 

Quand elle compose la bande originale de Showgirl, Rebeka Warrior compose un EP. Un objet artistique indépendant, aussi léché que n’importe quel projet personnel. Sa musique est brute, réfléchie, irrévérente, texturée. Elle se reçoit par salves, fait rompre les barrages, les amarres, les clivages. Rebeka Warrior est partout à la fois – Sexy Sushi, Mansfield.TYAKOMPROMAT – et s’aventure cette fois jusqu’aux planches. Encore une fois, rien n’est laissé en coulisses, la musique est jetée toute entière dans la gueule ouverte du public, attendant qu’on y plante les crocs. Marlène Saldana glisse sa patte dans les morceaux comme dans les manches de son grand manteau et endosse avec brio ce rôle de chanteuse-actrice, l’une ou l’autre, les deux à la fois. C’est sa voix qui conte l’épopée moderne d’une danseuse écorchée par la réalité de son rêve. 

Showgirl est un exemple de la pluralité des formes théâtrales et des disciplines engagées dans une création. Jeu, danse, chant, musique. L’intelligence de la compagnie aura été de les réunir, sans les aplanir. C’est une comédie musicale, une performance, une pièce, un concert. Showgirl brouille les lignes et c’est exactement ce qui fait sa réussite : la beauté du désastre, la netteté du bordel, la précision de la fête. Le mantra, c’est jouer pour gagner, c’est la destruction du bon goût et l’adoubement du kitsch. Jouant sur l’emphase, mais sans tomber dans le gouffre de la mauvaise parodie, Marlène Saldana délivre une prestation hilarante, touchante, puissante. 

 

La pluralité de cette création existe aussi dans la réécriture, largement affranchie de son original, qu’en font Marlène Saldana et Jonathan Drillet. Librement adapté du scénario initial du film de Verhoeven et suivant en apparence le parcours de son personnage principal, Nomi Malone, le spectacle dérive rapidement sur le véritable miroir de cette histoire : celle de son interprète, Elizabeth Berkley, dont la carrière fut injustement brisée par l’échec cuisant de cette seule production ; et celles de toutes les actrices, d’avant et d’aujourd’hui, submergées par les attentes irréalistes et irréalisables qu’on projette sur elles dans l’industrie du show-business. 

 

Pratiquement seule – sauf lors des quelques apparitions de Jonathan – mais entourée de tous ces personnages qu’elle incarne les uns après les autres, Marlène déambule dans ces décors bariolés. Ces objets scéniques opulents semblent être autant d’accessoires et partenaires de jeu. Elle se débarrasse des sourires débordants des comédies musicales façonnées à la bonne humeur de Broadway pour faire tourner la recette à un cynisme non moins hilarant. Et fait naître, sous les yeux médusés de l’audience, un Las Vegas tordant et rayonnant, chimérique et creux ou débordant de magnificence, artificiel ou bien glorieux et vivant, selon ses humeurs et ses avatars.

 

Avec la sortie du clip de « La Valise », le spectacle s’offre aujourd’hui une nouvelle dimension. On y voit Marlène, dans le décor du spectacle, faire du lip sync sous l’œil d’une caméra malicieuse qui brouille les couleurs. Comme une annexe, une bande-annonce ou un spin-off, cette vidéo donne encore du relief à cette performance multi-artistique. Jolie façon d’annoncer que Showgirl fait aussi ses bagages pour parcourir la France ; et donner un aperçu de ce qu’il vous sera alors donné de voir.

 

Léa Simonnet

 

Voir le clip "La Valise"

Rebeka Warrior feat Marlène Saldana - La Valise

 

 

 

Showgirl


22 janvier 2022 – Poitiers – TAP
2 mars 2022 – Orléans – Scène nationale d’Orléans : Soirées performances
Du 5 au 7 avril 2022 – Reims – Comédie de Reims
20 et 21 avril 2022 – Caen – CCN et Comédie de Caen
29 avril 2022 – Roubaix – La Condition Publique : La Rose des Vents hors les murs
Pour les Parisien·nes, il faudra attendre 2023 pour une programmation à Chaillot… patience. 

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Tiphaine Raffier est l'invitée d'Affaires Culturelles. Lien pour l'écoute en ligne de l'entretien radiophonique au micro d'Arnaud Laporte.

Tiphaine Raffier est l'invitée d'Affaires Culturelles. Lien pour l'écoute en ligne de l'entretien radiophonique au micro d'Arnaud Laporte. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Sur le site de l'émission d'Arnaud Laporte, "Affaires culturelles", sur France Culture, le 10 janvier 2022

Photo Simon Gosselin 

 

La comédienne et metteure en scène, Tiphaine Raffier est au micro d'Arnaud Laporte le temps d'un entretien au long cours, à l'occasion de son spectacle "La réponse des hommes". Elle revient sur son parcours artistique, ses méthodes de travail et ses inspirations.

 

La comédienne et metteure en scène, Tiphaine Raffier est au micro d'Arnaud Laporte le temps d'un entretien au long cours, à l'occasion de son spectacle "La réponse des hommes". Elle revient sur son parcours artistique, ses méthodes de travail et ses inspirations.

Ecouter l'entretien (1h)

 

Enfant, Tiphaine Raffier passe son temps à regarder des films de science-fiction avec ses deux grands frères et découvre le théâtre à l'école. Après avoir découvert les spectacles de Patrice Chéreau et Alain Françon à Paris, Tiphaine Raffier décide de se mettre au théâtre en prenant des cours à l'ENMAD à Noisiel tout en suivant un cursus à la Sorbonne Nouvelle en arts du spectacle, avant d'intégrer l'Ecole du Nord de Lille en 2006. Aujourd'hui, elle est comédienne, metteure en scène, auteure et réalisatrice et c'est avec un nouveau spectacle que nous la retrouvons. La réponse des hommes, créé à La Criée Théâtre National de Marseille, est un spectacle hors les murs présenté au Théâtre Nanterre-Amandiers en coréalisation avec le Théâtre de l'Odéon.

Ses débuts en tant que comédienne

Après une formation de trois ans à l'Ecole du Nord de Lille avec comme professeur Stuart Seide, Tiphaine Raffier part en tournée au Festival Off d'Avignon pour la pièce Autoportrait, Autofiction, Autofilmage écrit et mis en scène par Bruno Buffoli. Elle joue la même année dans Nanine de Voltaire mis en scène par Laurent Hatat.

 

Tiphaine Raffier intègre le collectif Si vous pouviez lécher mon cœur de Julien Gosselin en 2009, toujours en tant que comédienne. Elle joue notamment dans Gênes 01 de Fausto Paravidino, une création réalisée à l’Ecole du Nord ; dans Tristesse animal noir d’Anja Hilling au Théâtre de Vanves en 2011 ainsi que dans l’adaptation des Particules Elémentaires de Michel Houellebecq en 2013 avant de jouer dans 2666 de Roberto Bolano en 2016.

 

La comédienne Tiphaine Raffier se produit au Théâtre du Prato et poursuit une tournée pour le spectacle Soirée de Gala mis en scène par Gilles Defacque en 2013. En 2018, elle joue dans L’Adolescent de Dostoïevski mis en scène par Franck Castorf ; une création du Schauspiel Köln et en 2020 Tiphaine Raffier travaille avec Jacques Vincey pour son spectacle Les Serpents de Marie N’Diaye au Théâtre de l’Olympia à Tours, la pièce se prolonge également en tournée.

 

Auteure et metteure en scène

Tiphaine crée sa première pièce en 2012 intitulée La Chanson et continue l’écriture avec Dans le nom en 2014 ; France-Fantôme en 2017 et La Réponse des hommes en 2020, publiés aux éditions La Fontaine. Ses deux premières pièces seront mises en scène lors du 1er Festival Prémices à Lille.

De plus, elle fonde, en 2015, sa propre compagnie La femme coupée en deux et est artiste associée au Centre dramatique de Lille, à la Criée de Marseille, à la Rose des Vents de Villeneuve-d’Ascq, au Préau de Vire et au Théâtre national populaire de Villeurbanne.

 

Ses pièces de théâtre au cinéma

Sa première pièce est adaptée pour le cinéma en 2018 avec le moyen métrage La Chanson joué par Noémie Gantier et Victoria Quesnel. Ce projet accompagné par la société de production Année Zéro est soutenu par le Centre National du Cinéma.

Le film La Chanson est sélectionné dans une trentaine de festivals notamment à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes ; il reçoit également le Grand Prix du Festival européen du film court de Brest et obtient le Prix de la meilleure musique originale (SACEM) ainsi que la mention spéciale du jury du Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand en 2019. Tiphaine Raffier travaille également à l’adaptation en long métrage de sa pièce Dans le nom.

 

 

Son actualité : La réponse des hommes du 6 au 28 janvier 2022 au Théâtre Nanterre - Amandiers

https://nanterre-amandiers.com/evenement/la-reponse-des-hommes-tiphaine-raffier/

 

 

 

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Blanca Li : « J’ai été élevée dans l’idée que je pouvais choisir ma vie »

Blanca Li : « J’ai été élevée dans l’idée que je pouvais choisir ma vie » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Vanessa Schneider dans Le Monde 19/12/2021

 

Légende photo : Blanca Li, à Paris, le 2 juin 2021. ALEXANDRE ISARD / PASCO

 

 

« Je ne serais pas arrivée là si… » Chaque semaine, « Le Monde » interroge une personnalité sur un moment décisif de sa vie. La chorégraphe espagnole raconte la manière dont son départ, à 17 ans, pour New York a changé sa vision du monde et de son art.

 

Danseuse et chorégraphe, Blanca Li dirige les Théâtres du Canal, à Madrid, et met actuellement en scène, au Palace, à Paris, son spectacle Le Bal de Paris, mêlant danse et réalité virtuelle. A 57 ans, cette artiste espagnole a intégré, en octobre, l’Académie des beaux-arts dans la section chorégraphie.

Je ne serais pas arrivée là si…

Si un inconnu ne m’avait pas abordée dans la rue quand j’avais 16 ans ! Je me promenais à Séville, où je rendais visite à mon amoureux qui habitait là-bas. Cet inconnu, qui devait avoir une trentaine d’années, m’a demandé si j’étais danseuse, sans doute à cause de ma silhouette. Je lui ai répondu que j’étais surtout gymnaste et que je commençais tout juste la danse contemporaine. Je n’étais pas complètement satisfaite car, en Espagne, à l’époque, l’enseignement de ce type de danse était encore balbutiant et pas de grande qualité. Tous les efforts étaient mis sur le classique et le flamenco.

Nous avons commencé à discuter : il était allemand, journaliste, écrivain et aussi torero, un homme passionnant et très cultivé. Nous nous sommes revus à chaque fois que je venais passer le week-end à Séville. Nous parlions beaucoup de corrida, du corps et de ses possibilités, de la chorégraphie. Nous sommes devenus amis et il m’a proposé de m’aider à partir à New York. C’était mon rêve ! C’est là-bas que je voulais aller pour apprendre la danse que j’aimais. Il a rendu possible l’inaccessible.

Vous n’avez pas eu peur ? Vous étiez jeune et vous ne saviez pas grand-chose de cet homme…

Pas du tout. Il n’y avait absolument rien d’ambigu dans sa démarche. C’était simple et spontané. En Espagne, les gens se parlent très facilement dans la rue et davantage encore dans le sud du pays. Les relations se tissent beaucoup plus aisément qu’en France ou qu’en Angleterre. Avant d’embarquer pour New York, il m’a accompagnée chez mes parents à Madrid pour les rassurer et les convaincre de me laisser partir. Ma mère savait que j’étais très déterminée, elle avait confiance en moi. J’étais déjà gymnaste de haut niveau. A 12 ans, j’avais intégré la sélection nationale espagnole où je suis restée jusqu’à mes 15 ans. Je gagnais presque ma vie et je voyageais souvent à l’étranger avec le reste de l’équipe. J’étais indépendante et avais déjà une vie en dehors de la famille.

 

Il était difficile pour les parents de me dire non, car leur éducation était basée sur le principe que chacun de leurs enfants pouvait choisir sa vie. Cet ami m’a aidée à trouver une colocation et à m’inscrire dans l’école de mon idole, Martha Graham, avant de repartir en Espagne. Il a été une fée pour moi, il a changé mon destin. Ce qui était supposé être un séjour de deux ou trois mois a duré cinq ans. Ma vie n’aurait jamais été la même si je n’étais pas partie à New York à l’âge de 17 ans.

Qui étaient vos parents ?

Mon père était banquier et ma mère, après avoir eu sept enfants, a souhaité travailler à l’âge de 50 ans. Elle a monté seule une petite entreprise de nettoyage, qui est devenue l’une des plus importantes sociétés du secteur dans le pays, avec plus de 500 employés. Au départ, mon père ne voyait pas cette aventure d’un très bon œil. Mais lorsqu’il a constaté qu’elle adorait son travail et que ça marchait, il a été contraint d’accepter. J’ai eu une mère forte et libre, qui venait pourtant d’une famille traditionnelle où les femmes ne devaient pas sortir du foyer. Je suis née à Grenade, la troisième des sept enfants, puis nous avons déménagé à Madrid lorsque j’avais 8 ans.

Habiter dans une grande ville nous a donné une certaine ouverture. Mes parents travaillaient très dur, mais ils recevaient beaucoup. Mon enfance a été festive et joyeuse. Nous pouvions inviter qui nous voulions à la maison. Tous les soirs, ma mère lançait à la cantonade : « Combien serons-nous à dîner ? » Elle était féministe avant l’heure, répétant sans cesse à ses cinq filles : « Battez-vous, réalisez vos rêves. » Elle nous assurait qu’on avait le droit de choisir notre chemin, et se retrouvait donc bien obligée de nous accompagner dans nos folies et nos envies !

Pourquoi avez-vous débuté par la gymnastique ?

A l’âge de 5 ans, j’ai demandé à mes parents de faire de la danse. Ils m’ont inscrite à un cours de ballet avec mes sœurs, mais c’était compliqué car ça ne leur plaisait pas et nous étions trop nombreuses pour que chacun puisse faire une activité dans son coin. Cette expérience s’est donc très vite arrêtée. J’ai découvert la gymnastique à l’école. J’ai toujours été très physique, j’avais besoin de bouger, de canaliser mon énergie.

Lorsque le gouvernement espagnol a décidé de créer une équipe nationale de gymnastique, un entraîneur bulgare a été recruté et une sélection a été organisée dans toutes les écoles du pays. J’ai été sélectionnée. Je m’entraînais tous les jours après l’école pendant quatre heures. Je rentrais chez moi à 10 heures du soir, puis je faisais mes devoirs. Je m’amusais beaucoup. Mon corps ne m’a jamais fait souffrir, ça a toujours été du plaisir, comme avec la danse, ensuite. Quand je danse, c’est comme si je faisais la fête, je jubile.

Qu’avez-vous découvert à New York ?

Je prenais huit heures de cours de danse par jour chez les plus grands, Martha Graham et Merce Cunningham. Je passais d’un cours à l’autre, toute la journée. C’était aussi très festif. J’y ai fait beaucoup de rencontres, des artistes anglais, français, sud-américains… Mes colocataires étaient des futurs comédiens qui étudiaient chez Lee Strasberg, l’ambiance était formidablement joyeuse. Nous habitions près du Spanish Harlem, dans un milieu multiculturel qui a changé ma vision du monde.

J’ai découvert le jazz, la salsa, la musique africaine, le théâtre, le cinéma, le graffiti. On passait notre temps à se rendre à des concerts, à visiter des expos. Au début, mes parents m’envoyaient de l’argent, puis j’ai eu une bourse d’étudiant pendant deux ans, avant de trouver des emplois de serveuse. J’ai découvert une ville qui adopte ceux qui arrivent quelle que soit leur origine ou leur culture et en fait des New-Yorkais. New York, c’est ma ville. Quand j’y retourne, je me sens à la maison.

Très vite, vous montez votre premier spectacle…

On travaillait énormément les uns pour les autres. Si quelqu’un tournait un film, on jouait dedans, si un autre créait des vêtements, on défilait pour lui. Lorsque j’ai monté mon premier spectacle de danse, six mois après mon arrivée, un copain s’est chargé de la lumière, un autre des costumes. Le spectacle s’appelait Nomads et a été joué dans un tout petit théâtre. C’était les débuts du hip-hop, j’avais recruté un danseur de rue pour jouer avec une danseuse classique et une autre de flamenco. J’avais 18 ans et depuis, je n’ai jamais arrêté de créer.

J’ai construit le reste de ma vie artistique ainsi, en mixant les univers, en mélangeant la danse avec la musique, la mode, les arts plastiques, le cinéma. Je me sens avant tout artiste et pas uniquement danseuse ou chorégraphe. Me mettre au service de quelqu’un d’autre ne m’a jamais posé problème, j’aime la rencontre des disciplines artistiques, des différentes énergies. La danse est un village trop petit pour moi : je n’ai jamais pu m’en contenter.

 

Vous avez fait une rencontre capitale à New York : votre mari et père de vos enfants. Vous aviez 18 ans.

J’ai croisé dans une soirée ce Français qui faisait sa thèse de mathématiques à l’université Columbia et nous sommes tombés amoureux pour toujours. Si je ne l’avais pas rencontré, je ne serais pas arrivée là où j’en suis. J’ai eu une chance incroyable car il est à la fois un compagnon, un soutien et un pilier. Il est intelligent, sincère, et surtout, il ne m’a jamais jugée, même quand je me suis trompée.

Vivre avec une artiste n’est pas facile car nous vivons comme si nous étions sur des montagnes russes, on part dans des choses extrêmes, dans une forme de folie, parfois. Mon mari m’a permis de vivre ces périodes de création très fortes en toute liberté, en étant là pour me soutenir. Il parvient, quand je n’ai pas le moral, à m’aider à remonter la pente. Il m’accompagne, mais jamais n’intervient. Comme il est passionné par son travail d’enseignant, il a son monde à lui. Il ne m’a pas consacré sa vie, ce qui est très sain.

Après New York, vous êtes revenue à Madrid pendant que votre mari enseignait au Maroc puis, en 1993, vous avez décidé de vous installer tous les deux en France. Et ça n’a pas été si simple…

Au premier abord, Paris est une ville peu accueillante, qui dégage beaucoup d’agressivité. Une fois qu’on acquiert le mode d’emploi et les outils, c’est formidable. Mon arrivée a été compliquée car je ne maîtrisais pas bien la langue et les codes, et je ne connaissais personne. J’envoyais les vidéos de mes spectacles pour des concours, mais je n’étais jamais sélectionnée.

Comment vous en êtes-vous sortie ?

A Madrid, je gérais un café dans lequel j’accueillais des spectacles de danse, de cabaret et des fêtes. J’ai proposé de faire la même chose dans un bar de Pigalle, le Narcisse. J’y organisais des fêtes tous les jeudis, lors desquelles je dansais le flamenco et des artistes effectuaient des numéros de cabaret. Ces soirées s’appelaient La fiesta de Blanca Li. Nous faisions salle comble.

C’est comme ça que tout a commencé pour moi à Paris. J’ai appris le français, j’ai rencontré des gens extraordinaires, et Paris est devenu formidable ! En parallèle, j’ai monté mon premier spectacle, Nana et Lila, que j’ai présenté dans le « off » du Festival d’Avignon, puis au Trianon. J’ai développé ma compagnie, elle a commencé à tourner et j’ai pu me consacrer à ma passion de la chorégraphie.

 

 

Vous avez pourtant toujours continué à faire d’autres choses à côté. Pourquoi ?

Au début, c’était pour des raisons financières, car je n’ai jamais réussi à obtenir de subventions pour payer mes danseurs. Le milieu de la danse, en France, n’a pas compris ma façon de créer. Comme je faisais du cabaret, des spectacles différents, on a considéré que je n’étais pas une vraie chorégraphe. On me disait que ce que je faisais n’était pas de la danse, que je n’avais pas le langage chorégraphique, que j’étais trop transversale : il y avait toujours des raisons pour me refuser l’accès aux financements publics. J’étais une artiste étrange qui ne rentrait pas dans les cases de ce milieu.

J’ai aussi travaillé pour la publicité, ce qui était très mal vu pour une chorégraphe ! J’ai chorégraphié des clips, dont celui des Daft Punk, réalisé par Michel Gondry, puis j’ai découvert le monde de la mode avec Jean Paul Gaultier et Azzedine Alaïa. J’ai appris le cinéma aux côtés de Jean-Jacques Annaud, de Michel Gondry et de Pedro Almodovar, qui sont devenus des amis. Ce qui était au départ une obligation financière s’est transformé en un véritable plaisir. Ce monde à moi, en dehors de la compagnie, m’est indispensable. J’ai suivi un chemin de traverse, mais c’est le mien, il m’a permis de grandir et de m’épanouir.

Quelle place la danse occupe-t-elle dans votre vie ?

Je vis à travers la danse, mais pour moi, elle n’est pas un tout. La danse, c’est une manière de vivre. Elle m’emmène vers d’autres mondes, dans des voyages incroyables, et je me laisse porter. Si la danse me conduit vers la réalité virtuelle, j’y vais, si elle me conduit vers le cirque, j’y vais, si c’est vers la mode, j’y vais, idem pour le cinéma. Mon fil conducteur est la danse, mais pourquoi je me limiterais, pourquoi je m’enfermerais dans une seule discipline ? Je suis inclassable, alors certains préfèrent dire que ce que je fais n’est pas bien. Moi, je m’amuse, je prends du plaisir et j’ai un public qui me suit. C’est le principal, même si, parfois, j’échoue. Je n’ai jamais peur, j’y vais, et si je me plante, j’assume.

Avoir été élue à l’Académie des beaux-arts a été très émouvant pour moi qui viens d’Espagne. J’y ai vu comme une preuve d’amour de la France. C’est aussi, bien sûr, une forme de reconnaissance de mon travail, de ma vie de créatrice, de mes choix. Je me sens la gardienne d’une forme d’éclectisme. Ce sont toutes les formes de danse qui doivent entrer à l’Académie, et pas simplement le classicisme.

 

 

« Le bal de Blanca Li », jusqu’au 16 janvier au théâtre Le Palace à Paris

Retrouvez tous les entretiens de la série « Je ne serais pas arrivé là si… » de « La Matinale » ici.

 

Vanessa Schneider

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«Un vivant qui passe» au théâtre de la Bastille : induit en horreur –

«Un vivant qui passe» au théâtre de la Bastille : induit en horreur – | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Anne Diatkine dans Libération 6/12/2021

 

 

L’adaptation du documentaire de Claude Lanzmann sur l’aveuglement d’un délégué de la Croix-Rouge lors de sa visite du camp d’Auschwitz et du ghetto de Theresienstadt est mise en scène de façon redoutablement intelligente, allant au-delà de la cruelle lucidité de l’œuvre originale.

 

C’est rare, un spectacle qui provoque immédiatement la nécessité de le confronter au film dont il est issu, puis de le revoir tout de suite après, parce qu’il déploie une énigme et une émotion que la représentation n’épuise pas et dont les comédiens sont les dépositaires en acte. Un vivant qui passe, construit avec les quinze bobines de rushes du film de Claude Lanzmann fait partie de ces moments de théâtre rarissimes qui montrent une pensée silencieuse en train d’advenir, et où l’on est donc suspendu aux expressions, intonations, des deux acteurs, Nicolas Bouchaud en premier, puisqu’il incarne l’homme en train de prendre conscience de son aveuglement, et Frédéric Noaille, qui tient merveilleusement le rôle de Claude Lanzmann, intervieweur-accoucheur hors pair, sans chercher à ressembler une seconde à son modèle.

C’est exceptionnel, un spectacle qui traite du génocide des juifs par le régime nazi, mais qui ne soit en rien commémoratif ou sentencieux, car toute la tension dramatique se déploie dans le présent du jeu. Intelligence de la mise en scène qui entrelace avec clarté trois niveaux temporels en partant d’aujourd’hui. Nous sommes donc conviés à une «visite» du documentaire Un vivant qui passe, tourné en 1979, pendant la conception de Shoah. Sur scène, il n’y a pas grand-chose, le trompe-l’œil d’un salon vieillot et bourgeois, un fauteuil Voltaire vert, un petit coucou suisse dans un coin, et le spectateur s’étonne de ce bout de décor en carton-pâte qu’aucun décorateur digne de ce nom ne peut aujourd’hui imaginer. Erreur. De trompe-l’œil, de duperie, de ce que signifie l’action de voir, et de mise en scène, il ne sera question que de ça. Les prémices nous sont présentées d’emblée par une voix off qui nous remercie d’avoir choisi «la visite du documentaire en chair et en os plutôt que l’audioguide, c’est mieux pour nous».

 

Ghetto supposé modèle

Claude Lanzmann toque donc sans s’être annoncé à la porte de Maurice Rossel, médecin délégué au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui fut le premier, tout jeune homme à passer quelques heures à Auschwitz, et le 23 janvier 1944, dans un ghetto supposé modèle, celui de Theresienstadt où les «déportés civils», comme les nomme Rossel étaient en transit avant d’être expédiés vers Auschwitz et Treblinka. A la suite de sa visite à Theresienstadt, dont Rossel comprendra au fur et à mesure des questions de Lanzmann qu’elle a été préparée durant six mois par les SS et qu’il n’a vu qu’une façade briquée à des fins de propagande, le délégué suisse écrira un rapport somme toute favorable. Il notera que le camp est une «une ville de province normale». Seule remarque légèrement critique : le surpeuplement de ladite ville. Sinon, les femmes portent des bas en soie, des opéras se jouent dans des théâtres, il y a un jardin d’enfants, et même une synagogue.

Doucement, au bon moment, comme un chat qui guette sa proie, Lanzmann apprend à Rossel que des milliers de juifs ont été déportés avant sa visite pour que le surpeuplement qu’il semble percevoir soit moindre et qu’il y en aura des milliers d’autres les jours suivants. Que la synagogue est factice, elle a été fabriquée à son intention et sera détruite après sa venue. Que le jardin d’enfants n’existe pas plus, bien sûr, puisque les femmes étaient obligées d’avorter, mettre au monde un enfant juif étant contradictoire avec la logique de l’extermination. Avec toujours la même douceur, il lui explique qu’il est normal qu’il se soit laissé prendre au mirage, puisque tel était l’objectif des nazis. Comment en aurait-il été autrement ? Comment aurait-il pu «voir au-delà des apparences», expression qu’utilise Rossel bien avant le décillage par Lanzmann, et décrire ce qu’on ne lui montre pas ? A Auschwitz où le jeune médecin se rend, il commence également par dire que rien n’était perceptible, tout en se souvenant «des lignes de squelettes ambulants dont seul le regard très intense vivait» et qui semblait l’observer en pensant : «En voilà un qui vient. Un vivant qui passe, n’est-ce pas ? Et qui n’est pas un SS.»

Piste du simulacre

Cet automne, Sami Frey avait fait entendre les mots de cet entretien extraordinaire en se basant sur le seul documentaire. Mais en partant de la trentaine d’heures de rushes, Eric Didry, Véronique Timsit et Nicolas Bouchaud font émerger un Rossel plus complexe et nuancé que celui qu’on voit dans le film de Lanzmann, singulièrement normopathe et dénué d’émotions. En creux, l’équipe du spectacle rend visible les choix de montage de Lanzmann, qui lui aussi élabore un point de vue et sa démonstration en choisissant d’épingler en homme isolé à l’antisémitisme flagrant. Lanzmann a coupé notamment la responsabilité partagée du CICR, le contexte de la lutte contre le bolchevisme, les origines sociales de Rossel, «homme de gauche», ou encore la peur qu’il exprime lors de sa visite à Auschwitz.

Durant la représentation, le présent de l’entretien se manifeste périodiquement, à travers le coucou suisse qui sonne l’heure ou l’intrusion d’un ballon d’enfants qui manque d’interrompre le tournage. Ces perturbations sont présentes dans le documentaire. Plus tard, dans la pièce, ce sont d’autres sons bien distincts que le personnage de Lanzmann fait écouter à Rossel-Bouchaud et qui permettent d’halluciner les répétitions générales de sa visite à Theresienstadt. Rossel ne comprend pas : il est outré qu’aucun des «Israélites» ne lui ait fait «un clin d’œil» pour le mettre sur la piste du simulacre et lui indiquer qu’il assiste à «une partie de théâtre». «Ça aurait été la mort immédiate», lui rétorque Lanzmann. Le spectacle rend compte de manière latérale et sans montrer aucun dessin de l’intense activité créative dans ce camp où fut déporté un grand nombre d’artistes. Ainsi, ce poème qui dit l’envers du décor que Nicolas Bouchaud et Frédéric Noaille interprètent sur un air des Marx Brothers, vers la fin du spectacle, dans un numéro de duettiste poignant : «On fait comme si /Comme si café /Comme si repas /Comme si travail /Comme si chanté. On n’a pas chanté, on n’a pas travaillé.»

Un vivant qui passe, d’après Claude Lanzmann, conçu par Nicolas Bouchaud, Eric Didry et Véronique Timsit, au théâtre de la Bastille, du 2 au 23 décembre et du 3 au 7 janvier.
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Dans « Battre encore », comédiennes et marionnettes font corps pour dénoncer les violences contre les femmes

Dans « Battre encore », comédiennes et marionnettes font corps pour dénoncer les violences contre les femmes | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Cristina Marino dans Le Monde - 20 nov. 2021

 

 

La compagnie La Mue/tte s’est librement inspirée de l’histoire vraie des sœurs Mirabal, assassinées en 1960 par le dictateur dominicain Rafael Trujillo, pour explorer les rapports de pouvoir entre les sexes.

Pourquoi la date du 25 novembre a-t-elle été choisie par les Nations unies pour devenir la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes ? Parce que c’est le 25 novembre 1960 que trois sœurs Mirabal, Patria (née en 1924), Minerva (1926) et Maria Teresa (1936), ont été assassinées sur ordre du dictateur Rafael Trujillo, qui régnait d’une main de fer sur la République dominicaine depuis un coup d’Etat, en 1930. Surnommées les Hermanas Mariposas (« sœurs papillons »), elles furent des figures de la lutte contre la dictature et l’oppression. Leur mort a indigné la population, renforçant le mouvement de contestation envers Rafael Trujillo, qui finira lui-même assassiné en mai 1961.

 

 

C’est de ce tragique assassinat politique des sœurs Mirabal que s’est librement inspirée la compagnie franco-argentine La Mue/tte, créée en 2014 et codirigée par Delphine Bardot et Santiago Moreno, pour sa nouvelle création : Battre encore. Elle y poursuit ainsi une réflexion sur les rapports entre les hommes et les femmes, sur la lutte des femmes contre la domination masculine, déjà abordée dans ses précédents spectacles L’Un dans l’autre (2015), Les Folles (2017) et Fais-moi mâle (un solo de 15 minutes, 2018).

 

Battre encore se donne à voir comme un anti-conte de fées, pratiquement sans paroles (mis à part une voix off qui intervient par moments pour fournir quelques repères narratifs), dans lequel trois jeunes femmes tentent de lutter, en vain, contre l’ogre-tyran qui les terrorise. Tout commence pourtant de façon quasi idyllique, par le classique « il était une fois… » : trois jolies roses, représentées par de petites marionnettes avec une tête de fleur et un corps de poupée, éclosent dans le jardin familial, entourées de papillons et protégées des dangers de l’extérieur par un père aimant, symbolisé par une tête et deux grandes mains. Les petites roses grandissent à l’abri des regards et au milieu des livres, avant de devenir trois belles jeunes femmes.

Théâtre d’ombres

Les trois comédiennes et marionnettistes, Delphine Bardot, Bernadette Ladener et Amélie Patard, leur donnent corps, silhouettes tout de noir vêtues. Leurs longues chevelures masquent d’abord leurs visages, avant d’être nattées, afin de les dévoiler. Cet envoûtant trio mène le bal sur fond de musiques d’Amérique latine, orchestrées par Santiago Moreno, et d’accords de violoncelle, interprétés par Bernadette Ladener. Des solos les montrent au corps à corps avec des figures masculines, représentées tour à tour par une marionnette miniature, un pantin désarticulé, une peau de bête au visage humain.

Les corps féminins donnent vie aux bustes inertes de leurs bourreaux, qui finissent par les agresser puis les tuer

Vient ensuite le tournant tragique de l’histoire des trois sœurs : leur rencontre au cours d’un bal avec l’ogre-tyran, le dictateur Trujillo, symbole de l’oppression masculine, avec sa taille démesurée et son filet de chasse aux papillons. Le trio de comédiennes se lance alors dans un impressionnant ballet mortifère avec les marionnettes qui représentent le despote et ses sbires. Les corps féminins donnent vie aux bustes inertes de leurs bourreaux, qui finissent par les agresser puis les tuer.

La mort particulièrement cruelle des sœurs Mirabal (après que Minerva eut repoussé les avances du dictateur, les trois femmes furent battues et achevées à la machette, puis leurs corps furent jetés dans un ravin à bord de leur voiture avec celui de leur chauffeur, pour faire croire à un accident de la route) est subtilement évoquée en un théâtre d’ombres final, à l’aide de silhouettes en papier derrière un paravent. Un spectacle puissant et émouvant, à voir pour ne jamais oublier toutes les femmes, militantes, résistantes, célèbres ou anonymes, qui ont payé de leur vie leur engagement.

 

"Battre encore" : la vidéo de présentation

 

 

Battre encore, par la compagnie La Mue/tte. Avec Delphine Bardot, Bernadette Ladener et Amélie Patard. Mise en scène : Delphine Bardot et Pierre Tual. Texte : Pauline Thimonnier. Création musicale : Santiago Moreno. Au Mouffetard – Théâtre des arts de la marionnette, Paris 5e. Jusqu’au 25 novembre, du mardi au vendredi à 20 heures, le samedi à 18 heures et le dimanche à 17 heures. Puis en tournée à travers la France en 2022, notamment samedi 26 mars au Théâtre Victor-Hugo de Bagneux (Hauts-de-Seine) dans le cadre du festival Marto.

 

Cristina Marino


Légende photo : De gauche à droite : Amélie Patard, Bernadette Ladener et Delphine Bardot dans « Battre encore », par la compagnie La Mue/tte au Mouffetard (Paris 5e). FRÉDÉRIC ALLEGRINI

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