Revue de presse théâtre
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LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE  :   L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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December 20, 2025 5:39 AM
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Joël Pommerat expédie le théâtre dans une fascinante quatrième dimension avec « Les Petites Filles modernes (titre provisoire) » aux Amandiers

Joël Pommerat expédie le théâtre dans une fascinante quatrième dimension avec « Les Petites Filles modernes (titre provisoire) » aux Amandiers | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 17 déc. 2025

 

Pour la réouverture du théâtre de Nanterre, l’auteur et metteur en scène invente son propre conte, épique et fantaisiste, misant sur l’étrangeté.

Lire l'article sur le site du "Monde" :
https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/12/17/avec-les-petites-filles-modernes-titre-provisoire-aux-amandiers-joel-pommerat-expedie-le-theatre-dans-une-fascinante-quatrieme-dimension_6658416_3246.html

La dernière fois que Joël Pommerat est venu au Théâtre Nanterre-Amandiers, c’était en 2020, avec Contes et Légendes, une fiction d’anticipation dont les héros étaient des androïdes. Un an plus tard, en mai 2021, le théâtre fermait ses portes pour travaux. Après quatre années d’un colossal chantier, elles vont se rouvrir sur la dernière création en date de l’auteur et metteur en scène. Avec Les Petites Filles modernes (titre provisoire), l’artiste propulse le théâtre vers une quatrième dimension fascinante. Face à son geste qui ne pose aucune limite aux possibles de la représentation, l’enchantement est total et le trouble, absolu.

Sur la scène, une intrigue, ses intrus et des flots d’intranquillité. Joël Pommerat, à qui l’on doit les adaptations du Petit Chaperon rouge (2004), de Pinocchio (2008) et de Cendrillon (2011), invente son propre conte, sans rien oublier de ce qui structure le genre : le merveilleux et l’effroi, l’antagonisme du bien et du mal, le pas-à-pas initiatique des personnages.

 
Joué au TNP de Villeurbanne, accueilli à Nanterre-Amandiers dans le cadre du Festival d’automne, cet ovni suscite un désir impérieux de revenir se frotter à sa bizarrerie. Les Petites Filles modernes s’achèvent là où elles ont démarré. C’est à une boucle temporelle qu’est convié le public, devant lequel le réel a volé en éclats en balayant ce qu’une heure trente plus tôt il tenait encore pour certains, fiable et vérifiable.

Un amour qui dérègle l’ordinaire

Le spectateur scrute pourtant des êtres de chair et d’os sur un plateau dont la nudité apparaît lors du salut des trois comédiens, tous formidables : Eric Feldman, un fidèle de la tribu Pommerat, et deux nouvelles recrues, Coraline Kerléo et Marie Malaquias. Tandis que Feldman incarne plusieurs hommes (un père, un vieillard, un amoureux), les deux actrices épousent la juvénilité de Jade et Marjorie, deux adolescentes bien de leur temps qui n’auraient rien d’exceptionnel si leur amour mutuel ne les poussait aux sorties de route. Leur passion dérègle leur ordinaire, et c’est à force de désobéissance et de transgression qu’elles vont vers l’émancipation.

 

Comme toujours avec Joël Pommerat, la banalité des situations est un leurre. Ce n’est pas un hasard si un jaguar (en peluche) investit la chambre où les deux amies se retrouvent la nuit, à l’insu des parents, chambre qui est le seul lieu où s’immisce un soupçon de quotidien. Un lit, un fauteuil, un bureau y apparaissent par magie, après un de ces fameux « noirs plateau » dont l’artiste est adepte.

 

En qui concerne les autres décors, ils appartiennent au fantastique et bénéficient des talents conjugués d’Eric Soyer, créateur lumières, et Renaud Rubiano, créateur vidéo. Deux orfèvres de la métamorphose qui dématérialisent les corps et les espaces, au point qu’on prend pour charnel ce qui est hologramme et pour mouvant un sol immobile.

 

Dans un écrin fluctuant, strié de lignes, de diagonales, de spirales, d’ondes de lumière ciselées par les lasers de la vidéo, les tableaux déployés par l’auteur et metteur en scène révèlent une suite de visions hallucinantes qui déplacent le public vers les confins de l’irrationnel.

« Une histoire vraie, jamais vérifiée »

D’entrée de jeu, la fiction mise sur l’étrangeté. Or l’étrange est le domaine de l’extraordinaire : là où des créatures invisibles menacent, où l’on ne vieillit pas, où l’on peut vivre des transmutations, mourir et renaître. Le ton est donné dès la première image : deux minuscules silhouettes perdues dans une lointaine galaxie avancent vers le spectateur. En voix off, ce préambule : « Ça commencerait comme ça, par le plus inconcevable, une histoire vraie, jamais vérifiée, une révélation jamais certifiée. Dans d’autres dimensions du vide il existerait des mondes tellement différents qu’il serait vain d’essayer de les décrire ou de les expliquer. Dans ces mondes-là, ce que nous appelons le temps, les distances, l’ombre et le silence n’auraient aucune signification. »

 

Venues de mondes parallèles, les « petites filles modernes » entraînent le public vers l’onirique. Toute rationalité abolie, on leur emboîte le pas pour atterrir dans une faille spatiotemporelle où les géographies, les durées, les présences échappent au sens commun. Un trou noir sur le sol où sombrent les désirs ; un puits sans fond qui mène vers l’inconnu ; une jeune fille enfermée dans une cage pour cent millions d’années ; des parents qui ne sont pas des humains ; des fillettes qui ont incorporé de précédentes existences dont elles sont, sans doute, la réincarnation.

La noirceur inquiétante du spectacle n’altère pas la dynamique de l’aventure vécue. Elle est épique et fantaisiste. Ici, ailleurs, hier, aujourd’hui, demain : aucun repère ne tient debout. Vraiment, c’est fou ce qu’un artiste est capable d’obtenir du théâtre lorsqu’il ne lui pose aucune limite.

 

Les Petites Filles modernes (titre provisoire). Création de Joël Pommerat, au Théâtre Nanterre-Amandiers (Hauts-de-Seine), Festival d’automne. Avec Eric Feldman, Coraline Kerléo, Marie Malaquias et les voix de David Charier, Delfine Huot, Roxane Isnard, Pierre Sorais, Faustine Zanardo. Du 18 décembre au 24 janvier 2026.

Légende photo : « Les Petites Filles modernes (titre provisoire) », de Joël Pommerat. AGATHE POMMERAT

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October 8, 2025 5:07 AM
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«La Petite Boutique des horreurs» refleurit à Paris 

«La Petite Boutique des horreurs» refleurit à Paris  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Gilles Renault, publié dans Libération - 5 oct. 2025

 

 

Adaptée du film culte de Roger Corman, la comédie horrifique refait un tour de piste sous la forme d’un spectacle musical tonique agencée par le tandem Hecq-Lesort.

 

 
 

Cinq années durant, de 1982 à 1987, la Petite Boutique des horreurs a fait les beaux soirs du off-Broadway. De la Deuxième Avenue de Manhattan, où l’Orpheum Theater vendait ses tickets comme des petits buns, au Xe arrondissement de Paris, le Théâtre de la Porte Saint-Martin ne cultive pas les mêmes ambitions. Ce qui n’empêche pas cette relecture française (une quarantaine d’années après celle d’Alain Marcel, couronnée de succès) de tirer son épingle du jeu, dans une mise en scène du prolifique tandem Christian Hecq /Valérie Lesort, qui rempile après l’Opéra comique, où, fin 2022, la salle Favart (coproductrice avec l’Opéra de Dijon) plaçait des billes pour la première fois dans une comédie musicale.

 

Rappelons qu’à l’origine figure le film de Roger Corman, comédie macabre et fantastique low cost qui servira la notoriété d’un cinéaste carburant alors à la moyenne de quatre ou cinq panouilles par an. Numéro gagnant d’une loterie par essence aléatoire, «la Petite Boutique» deviendra un juteux commerce que, concomitamment au musical signé par deux collaborateurs des Studios Disney, Alan Menken (musique) et Howard Ashman (livret et paroles), Frank Oz assaisonnera aussi à sa sauce cinématographique en 1986.

 

Jeu de massacre

Dynamique et bigarrée, la version Hecq-Lesort ne sort guère du magasin du fleuriste Mushnik. La modeste devanture «du ghetto» chez Corman, est ici convertie en un imposant décor autour duquel tourne cette histoire de plante insatiable. Une sorte de mythe de Faust végétal que l’employé Seymour, par ailleurs amoureux transi d’Audrey, sa godiche de collègue, se retrouve à devoir nourrir de chair humaine. Boostée par une partition musicale réorchestrée par Arthur Lavandier, et interprétée live (rock, blues, jazz), l’intrigue crapahute ainsi autour de figures archétypales assumant un statut parodique qui maintient le jeu de massacre dans les clous du divertissement débonnaire. A l’instar d’une version animée des arts ménagers, quelques tableaux débridés témoignent d’une inventivité joyeusement kitsch, compatible avec les canons du spectacle de faim damnée. Jusqu’au salut final où les vivats valident autant l’osmose entre acteurs, chanteurs et danseurs, que la performance d’une plante animée (des pires intentions), poussée sur le terreau de l’artisanat théâtral.

 
«La Petite Boutique des horreurs», ms Christian Hecq /Valérie Lesort, Théâtre de la Porte Saint-Martin, 75010. Jusqu’au 23 novembre.

 

Gilles Renault / Libération

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October 2, 2025 10:12 AM
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Derrière les satires politiques « Made in France » et « Coupures », l’itinéraire peu banal de Samuel Valensi

Derrière les satires politiques « Made in France » et « Coupures », l’itinéraire peu banal de Samuel Valensi | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard dans Le Monde - 2 octobre 2025

 

A 34 ans, le comédien, auteur et metteur en scène, fort d’un accueil triomphal au Festival « off » d’Avignon, aborde dans ses pièces des enjeux sociétaux par le biais de comédies caustiques.

 

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/10/02/derriere-les-satires-politiques-made-in-france-et-coupures-l-itineraire-peu-banal-de-samuel-valensi_6644039_3246.html

Quelle est la place du débat démocratique face aux enjeux écologiques ? Que faire pour lutter contre la délocalisation industrielle ? C’est ce genre de questionnements, a priori très peu théâtraux, que Samuel Valensi porte sur scène. Et ça marche ! Après le succès de Coupures, toujours en tournée et à l’affiche, en novembre, du Théâtre de la Concorde à Paris, Made in France arrive aussi dans la capitale, au Théâtre de la Renaissance, dans la foulée de l’accueil triomphal reçu cet été au Festival « off » d’Avignon.

 

Ecrites avec Paul-Eloi Forget, ces deux pièces contemporaines abordent des enjeux sociétaux par le biais de comédies caustiques. Coupures met aux prises les habitants d’une commune rurale et un maire écologiste qui a accepté, sans en référer à ses administrés, l’installation de plusieurs antennes-relais 5G. Made in France nous plonge dans les rouages d’une usine en passe d’être délocalisée et dans les coulisses de notre monde politico-syndicalo-économique.

 

« Le choix des sujets vient de mes indignations personnelles », résume Samuel Valensi. A 34 ans, ce comédien, auteur, metteur en scène en pleine ascension déroule un parcours peu ordinaire et un engagement chevillé au corps face à un monde qui tourne mal. « On voit bien que ça ne va pas. Alors je préfère l’indignation à l’anesthésie. Je suis choqué par le peu de réaction et d’empathie face à la crise environnementale et par l’absence de réflexion sur notre système. On est coincés entre deux feux, le populisme et le technocratisme, qui tous deux nous mènent dans le mur », juge-t-il.

« Dissonance cognitive »

Diplômé d’HEC et d’une licence de philosophie, il a choisi, en 2020, de faire du théâtre sa seule activité, de lâcher son poste de directeur artistique dans une start-up de vidéo et de se consacrer à sa compagnie La Poursuite du bleu (référence à la métaphore utilisée par Romain Gary dans son roman Les Cerfs-Volants) fondée en 2014.

Son goût pour la scène est né durant ses études. Pour « sortir de la normativité de l’enseignement » délivré dans son école de commerce réputée, il prend la tête de Backstage, l’association qui prépare chaque année la comédie musicale d’HEC et s’inscrit en philosophie à la Sorbonne. « Dès la première année d’HEC, j’ai hésité à quitter l’école. J’étais désenchanté par la reproduction conservatrice des cours et je n’arrivais pas à me projeter dans les grandes entreprises où nous étions censés travailler, j’étais en pleine dissonance cognitive. Mais mes parents m’ont dissuadé d’arrêter. »

 

Tous deux vétérinaires (père né en Tunisie, mère issue d’une famille juive d’Europe de l’Est), ils attachent beaucoup d’importance aux études et au travail comme facteurs d’assimilation. « Au moment de trouver un stage, j’errais dans les allées des salons d’orientation, j’étais paumé. J’ai partagé à mon père mon désarroi. » Coup de chance, ce dernier soigne les chats de Philippe Tesson (mort en 2023), journaliste culturel et propriétaire du Théâtre de Poche Montparnasse, et lui parle de son fils lors d’une consultation.

Jeune homme hyperactif

« Deux choses ont changé ma vie : les chats de Philippe Tesson et Des souris et des hommes, de Steinbeck mis en scène par Paul Balagué, pièce dans laquelle j’ai joué en 2013. Steinbeck est devenu mon maître dans ma volonté de faire du théâtre politique et non politisé. » Il se souvient encore de son premier rendez-vous avec Philippe Tesson. « Ce fut un entretien incroyable, digne de la scène de rencontre entre John Ford et Steven Spielberg jeune dans The Fabelmans [le dernier film de Spielberg] ». Samuel Valensi devient son assistant de production au Théâtre de Poche pendant un an. « Je participais à l’élaboration des dossiers de presse, à la communication. Il me laissait assister à toutes les répétitions, m’abreuvait de textes de théâtre. Ç’a été ma meilleure vie ! »

Par la suite, le jeune homme hyperactif coproduit Merlin au Théâtre du Soleil puis écrit et met en scène, avec plus ou moins de bonheur, ses premières créations, L’Inversion de la courbe (sur le déclassement social) et Melone Blu (sur la raréfaction des ressources). Il met aussi en adéquation les enjeux de ses pièces et le fonctionnement de sa compagnie en insufflant un modèle écologique et social.

 

La démarche est repérée par The Shift Project (groupe de réflexion sur la décarbonation créé par Jean-Marc Jancovici). Samuel Valensi en devient le responsable culturel et le coauteur du rapport Décarbonons la culture publié en 2021. « L’activisme de la compagnie n’est pas sur le plateau, mais dans sa manière de faire des spectacles à faible impact environnemental, de respecter la parité homme-femme, de rémunérer l’équipe artistique et technique de manière égalitaire, de former les futurs professionnels du secteur culturel aux enjeux énergie-climat », précise Samuel Valensi.

 
 

Pour lui, le théâtre ne doit pas « faire de propagande, mais être un lieu de représentation du conflit ». Il revendique un théâtre « politique et populaire visant à toucher un large public avec des sujets a priori peu sexy ». Il dit vouloir « rendre le spectateur plus libre sur un sujet qui lui paraissait lointain ». Sa recette ? Dans sa « cuisine » d’auteur, sa plume est trempée dans le réel. Pour écrire Coupures ou Made in France, avec son complice, le comédien Paul-Eloi Forjet (désormais parti vivre à l’étranger), il se documente pendant des mois, lit les rapports d’enquêtes de commissions parlementaires, réalise des entretiens avec des syndicalistes, des hommes et des femmes politiques de tout bord et fait des rencontres sur le terrain, comme avec les ouvriers de Fralib.

Eviter tout militantisme

Pour dénoncer ce qui ne va pas dans notre système, il use de la force de la comédie, voire du vaudeville, pour « ne pas toucher que les convaincus. Il n’y a rien de plus beau que de voir 600 personnes pas d’accord rire ensemble de la même chose ». Selon lui, « l’humour c’est le désespoir bien habillé, la soupape indispensable à notre époque ». Scénographie mobile, rythme soutenu, troupe efficace, traits appuyés des personnages pour mieux faire passer la critique, Made in France débute comme du boulevard avec un invraisemblable quiproquo et va tendre vers une satire féroce des liens entre politiques et entrepreneurs, des négociations syndicales biaisées, des ministères hypocrites.

 

 

C’est à la fois intelligemment mené pour éviter tout militantisme et déconcertant tant la farce laisse un sentiment de « tous pourris » et pourrait décourager de voter. Samuel Valensi s’en défend : « Dans mon récit, je ne cherche ni à diaboliser ni à enjoliver qui que ce soit. Ce n’est pas la faute des gens, mais [celle] d’un système économique désespérant qui atomise, du Monopoly dans lequel on vit et qui entraîne un tiraillement entre l’intérêt personnel et l’intérêt général. Jamais je ne dirai “tous pourris”, je n’en veux pas aux élus. »

Régulièrement, ses spectacles se poursuivent par des « bords de plateau ». Le public est invité, après la représentation, à prolonger le questionnement suscité par la pièce à travers des rencontres entre chercheurs, artistes, responsables politiques, entrepreneurs, etc. Ainsi, un cycle de conférences est programmé pour Made in France. Le 6 octobre, par exemple, Xavier Jaravel, président délégué du Conseil d’analyse économique, Philippe Martinez, ancien secrétaire général de la CGT et la géographe Anaïs Voy-Gillis viendront dialoguer avec le public.

 

« Avec le théâtre, j’ai trouvé mon lieu d’action, c’est mon remède à l’anxiété. Le monde va mal, il faut faire le pari pascalien qu’on n’a rien à perdre d’essayer que ça aille mieux », résume Samuel Valensi. « C’est finalement une chance d’être passé par HEC et le monde de l’entreprise, dit-il aujourd’hui. En tant qu’auteur, j’ai une empathie par rapport aux injonctions contradictoires que nous ressentons tous en nous levant le matin. »

 

 

« Made in France », jusqu’au 31 mars 2026 au Théâtre de la Renaissance, Paris 10e, puis en tournée. « Coupures », le 7 octobre à Laval, le 15 octobre au Théâtre du Château de la Ville d’Eu (Seine-Maritime), du 12 au 15 novembre au Théâtre de la Concorde, Paris 8e.

 

Sandrine Blanchard / Le Monde 

 

Légende photo : Samuel Valensi, lors des répétitions de « Made in France », au Théâtre de Belleville, à Paris, le 31 mars 2025. LAURA BOUSQUET

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August 27, 2025 5:58 AM
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Au Grand-Bornand, les beaux accents étrangers du festival Au bonheur des mômes

Au Grand-Bornand, les beaux accents étrangers du festival Au bonheur des mômes | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Cristina Marino (Le Grand-Bornand (Haute-Savoie), envoyée spéciale du Monde - 27 août 2025

 

Pour sa 33ᵉ édition, qui se tient jusqu’au 28 août, la manifestation, destinée au jeune public, a accueilli 19 compagnies étrangères, venues de 11 pays différents.

Lire l'article sur le site du "Monde" :
https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/08/27/au-grand-bornand-les-beaux-accents-etrangers-du-festival-au-bonheur-des-momes_6636148_3246.html

 

Chaque année, la dernière semaine d’août venue, Le Grand-Bornand (Haute-Savoie) se vide de voitures pour cause de circulation interdite dans le centre-ville et s’emplit de cris d’enfants, le temps du rendez-vous annuel destiné au jeune public, Au bonheur des mômes. La 33e édition du « festival le plus tendre de l’été », pour reprendre son slogan, du dimanche 24 au jeudi 28 août, n’a pas dérogé à la règle. Chose plus inattendue : on y entend parler différentes langues, autres que le français, non pas tant au niveau du public, qui reste très majoritairement hexagonal, mais plutôt sur scène, parmi les artistes venus du monde entier.

 

 

 

Cette année, sur les 73 compagnies accueillies au Grand-Bornand, 19 étaient internationales, représentant 11 pays : Allemagne, Argentine, Belgique, Brésil, Ecosse, Espagne, Italie, Norvège, Mexique, Pérou et Suisse. Et ce, pour un total de 91 spectacles, soit 465 représentations, dont 8 premières françaises de troupes étrangères.

 

Mais pourquoi tant de compagnies internationales dans ce petit village haut-savoyard en plein cœur de l’été ? Tous les artistes et professionnels rencontrés s’accordent sur un point : le rôle essentiel joué par son fondateur, Alain Benzoni, dit « Benzo », directeur général et artistique de la manifestation. Comme le résume Eric Wolff, directeur et programmateur du Relais culturel – Théâtre d’Haguenau (Bas-Rhin) : « Grâce à lui, depuis plus de trente ans, il y a une âme dans ce festival. Il en incarne l’esprit résolument humain. »

Une dimension « humaine »

Cette dimension profondément « humaine » d’Au bonheur des mômes est revenue à plusieurs reprises chez les artistes interrogés sur les raisons de leur venue. Ainsi, Luzia Bonilla, du duo Lucy & Lucky Loop, souligne « les bonnes conditions d’accueil » des compagnies au Grand-Bornand, tant au niveau du public que des infrastructures mises à leur disposition, techniques et autres.

 
Repérés par Alain Benzoni en Suisse, où ils vivent et travaillent, Lucy & Lucky Loop, Luzia Bonilla et Michael Kobi à la ville, proposent depuis des années des spectacles de théâtre de rue dans lesquels ils mêlent musique, acrobaties en tout genre, jonglage et hula hoop, le tout avec une bonne dose d’humour. Au Grand-Bornand, ils ont pu présenter deux de leurs créations, Marionetta et Catastrofonia, un petit bijou burlesque à la Charlie Chaplin avec des numéros de cirque d’une grande inventivité.
 

Egalement originaire de Suisse, du Tessin plus précisément, la Family Camus, une vraie famille à la ville comme à la scène, avec le père, Henry, la mère, Gaby, et les deux enfants, Viviana et Dominic. Déjà venus il y a plus de quinze ans avec leur Duo Full House, les parents ont décidé d’y revenir cette année à quatre pour présenter Les Touristes, un irrésistible mélange de musique, de jonglage, de danse et d’humour.

 
Pourtant habitués des festivals internationaux, Henry et Gaby Camus louent « l’attention portée aux détails, le travail remarquable des bénévoles et aussi la vitrine que représente le festival avec la présence de nombreux programmateurs ». Viviana, quant à elle, y apprécie surtout « l’ambiance et l’univers plein de fantaisie » et aussi « la possibilité d’y voir ce que font les autres en termes de création ».

« Un anti-Avignon »

Les artistes et programmateurs rencontrés voient tous Au bonheur des mômes comme « un anti-Avignon », un lieu où l’accent est mis avant tout sur le qualitatif plus que sur le quantitatif. Une exigence de qualité qui intervient dès la sélection des spectacles. Aucune création ne peut arriver devant les festivaliers sans avoir été vue au préalable dans son intégralité par Alain Benzoni ou un membre de son équipe, surtout pour des représentations destinées au jeune public.

 

 

Roser Vila, fondatrice de 23 Arts Brothers Projections, une agence de production et diffusion spécialisée dans le spectacle vivant et installée en Catalogne, désormais dirigée par son fils Jordi Fabregas, a rencontré « Benzo » il y a des années à Charleville-Mézières lors du Festival mondial des théâtres de marionnettes et ils sont devenus « compagnons de chemin ». Elle souligne « le niveau artistique très élevé » de la programmation qui fait d’Au bonheur des mômes « un festival réputé à l’international où de nombreuses compagnies rêvent de venir pour se faire repérer par des professionnels et décrocher des dates en France ». C’est le cas de la compagnie espagnole Giramagic venue présenter un spectacle plein de magie et de poésie, KariGuri, qui a séduit le public.

 
Autre élément attractif pour les compagnies étrangères au Grand-Bornand : une programmation multidisciplinaire qui couvre le spectacle vivant dans toute sa diversité. Ainsi, cette année, sur la thématique générale « Zanimal », consacrée aux relations entre enfants et animaux, on a pu y voir du jonglage, de la magie, de la musique, de la danse, de l’acrobatie, etc. Avec une dominante : des artistes touche-à-tout, à la fois musiciens, circassiens, danseurs, capables de faire naître de la poésie et du rêve, et une bonne dose de rires, à partir de petits riens – un simple fil élastique pour le duo suisse du Théâtre L’Articule ou un banal paquet de spaghettis pour l’artiste mexicain Guillermo Leon (Cie Facile à retenir), par exemple.

 

Artistes et professionnels sont aussi friands des temps d’échanges proposés par le festival. C’est le cas de Florian Guyot, responsable de la programmation jeune public, La Cour du spectateur, proposée par la Ligue de l’enseignement, fédération du Vaucluse, au « off » d’Avignon, et chargé de production pour La Fabrik, une association culturelle implantée dans les monts du Lyonnais.

Federico Cibin, chargé de diffusion pour la compagnie Nando e Maila, fondée par Ferdinando D’Andria et Maila Sparapani, installée à Bologne, en Italie, déjà venue à plusieurs reprises au Grand-Bornand, « un véritable tremplin » pour les artistes étrangers, et président de l’Association pour le cirque contemporain en Italie, estime qu’en fin de compte, le festival Au bonheur des mômes contribue aussi au « bonheur des artistes ».

 

 

Au bonheur des mômes, Le Grand-Bornand (Haute-Savoie), jusqu’au 28 août. Passe journée, 7 €, et passe semaine, 24 €. Puis tarification spécifique pour chaque spectacle, de 4 € à 14 €.

 

 

Cristina Marino (Le Grand-Bornand (Haute-Savoie), envoyée spéciale) / Le Monde 

Légende photo : Luzia Bonilla et Michael Kobi, le duo Lucy & Lucky Loop, lors du festival Au bonheur des mômes, au Grand-Bornand (Haute-Savoie), le 24 août 2025. G. PIEL/AU BONHEUR DES MÔMES

 

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July 28, 2025 5:22 AM
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Festival d’Avignon : «The Great Chevalier» déploie ses zèles

Festival d’Avignon : «The Great Chevalier» déploie ses zèles | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Elisabeth Franck-Dumas dans Libération - 25 juillet 2025

 

Dans un numéro parodique de «danse du pigeon» folklorique, l’artiste Louis Chevalier et la chorégraphe luxembourgeoise Simone Mousset provoquent avec brio les moments de gêne.

 

Peut-être était-ce ce qu’il nous fallait, à l’avant-dernier jour du festival : nous faire hurler dessus par un directeur artistique sadique devant un parterre du off («C’était juste de la meeeerde !») alors que ce dernier commande à notre rangée de spectateurs de «faire la fleur» en croisant et décroisant les bras. Nous sommes dans les jardins du Carmel rafraîchis par l’ombre bienvenue des platanes pour assister à la célébrissime «danse du pigeon» inventée par les fondatrices du ballet folklorique du Luxembourg, Joséphine et Claudine Bal, un numéro de bravoure que le monde entier leur envie sûrement et qui en serait, apprend-on en prélude, déjà à sa 10 000e représentation. Le volcanique Monsieur Chevalier va donc s’y coller, en justaucorps gris et poses exaltées, remuant les omoplates à la manière du volatile, avant de partir en vrille sous nos yeux, vitupérant, postillonnant et gueulant des ordres tous azimuts (breathe in ! breathe out !) pour finir par s’effondrer dans un grand burn-out maniaque et nationaliste tout à fait hilarant.

Fous rires nerveux

Simone Mousset, qui a créé le spectacle et fait office ici d’apparitrice (petits escarpins Ferragamo, accent Lagerfeld, remerciements au «club élite» pour leur soutien) tourne en ridicule l’obsession contemporaine d’une certaine frange politique pour les danses folkloriques et la culture «authentique», et elle et son comparse agité du bocal manient avec brio les grands moments de gêne propres à déclencher des fous rires nerveux dans l’auditoire.

A la sortie, un petit carton est distribué qui nous encourage à retrouver l’univers de l’illustre directeur artistique sur Instagram, et reproduit une citation de Joséphine Bal (hormis nos voisines du premier rang, très remontées, tout le monde aura compris que l’existence de cette personne n’est peut-être pas à prendre au pied de la lettre) : «A travers la danse, une nation exprime les récits de son passé, les aspirations de son avenir, et l’intensité de son présent», et on jurerait avoir déjà lu ça quelque part.

 
The Great Chevalier, de Simone Mousset, avec Louis Chevalier, programmation hors les murs du Train Bleu, sera du 1er au 3 avril 2026 au Cent Quatre à Paris dans Séquence Danse.

 

Elisabeth Franck-Dumas / Libération

 
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July 23, 2025 5:30 PM
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Au Festival « off » d’Avignon, les artistes taïwanais font entendre leur île

Au Festival « off » d’Avignon, les artistes taïwanais font entendre leur île | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Diana Liu (Taipei) pour Le Monde - 23 juillet 2025

 

Plusieurs spectacles de danse ou de cirque font écho à la situation géopolitique instable du pays.

Lire l'article sur le site du "Monde" :

https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/07/23/au-festival-off-d-avignon-les-artistes-taiwanais-font-entendre-leur-ile_6623218_3246.html

« Push and Pull », de Lai Hung-chung, de la compagnie de danse contemporaine Hung Dance. FRANCO WANG

Le départ pour l’Europe approchait à grands pas, et l’enthousiasme des artistes était palpable. Au Centre du théâtre traditionnel de Taïwan, à Taipei, des représentants de la culture et plusieurs diplomates européens s’étaient réunis, vendredi 20 juin, pour adresser des adieux chaleureux à la dizaine d’artistes du spectacle vivant taïwanais qui s’apprêtaient à aller représenter l’île lors de deux prestigieux festivals, le Festival Fringe d’Edimbourg, au Royaume-Uni, qui a lieu du 1er au 25 août, et le Festival « off » d’Avignon, qui se tient jusqu’au 26 juillet. Et pour voir en avant-première leurs spectacles. Dans les trois œuvres présentées en France, danseurs et clowns s’inspirent de formes traditionnelles, de phénomènes naturels, d’observations quotidiennes et de rapports interpersonnels pour mettre en scène la complexité et l’instabilité des relations – humaines ou géopolitiques – qu’ils vivent.

 

La première représentation, Push and Pull (« pousser et tirer »), est un pas de deux signé par le chorégraphe Lai Hung-chung, fondateur de la compagnie de danse contemporaine Hung Dance. Dans une chorégraphie mêlant les mouvements du tai-chi – art martial traditionnel chinois – à un ballet contemporain naturaliste, deux danseurs, une femme et un homme, vêtus de tenues simples aux tons terreux, s’affrontent dans une série de prises opposant douceur et dureté, lenteur et rapidité, explosivité et force minimale. Une philosophie de mouvement inspirée du taoïsme, religion largement pratiquée à Taïwan. En fond sonore, un vrombissement continu se mêle à une boucle de piano au tempo changeant, tandis qu’un micro capte et restitue en direct les sons produits par les corps des danseurs.

 

Derrière le bras de fer entre l’homme et la femme, c’est aussi la situation géopolitique fragile dans laquelle Taïwan se trouve qui est évoquée, explique Lai Hung-chung. Menacé par la Chine, le pays est tiraillé entre les intérêts divergents des grandes puissances. « Tout au long de cette œuvre, les deux interprètes utilisent un minimum de force pour obtenir un maximum d’effets. Je pense que cela reflète la situation de Taïwan sur la scène internationale, dit le chorégraphe. A la fin, le côté le plus faible trouve toujours différents moyens, grâce à la philosophie du tai-chi, pour danser avec le côté le plus fort », glisse-t-il, avec un sourire en coin.

Raconter ses propres histoires

L’œuvre qui suit, Palingénésie, suscite un trouble étrange en imaginant le corps humain en créature plus primitive. Chorégraphiés par Chuang Po-hsiang, directeur artistique de la compagnie de danse D-Antidote et élève de Lin Hwai-min, le fondateur de Cloud Gate, la plus célèbre compagnie de danse contemporaine taïwanaise, un trio de danseurs masculins, vêtus de sous-vêtements couleur chair, têtes recouvertes de masques aux allures d’extraterrestres, sont liés les uns aux autres, leurs membres enchevêtrés formant une masse pulsatile. Sur une trame musicale grave et solennelle, ils bougent lentement, de manière collective. Leurs corps semblent former une nouvelle entité étrange. Celle-ci est inspirée, dit Chuang Po-hsiang, par un phénomène rare qui se produit quand les rats hibernent : « Ils se rassemblent et leurs queues s’emmêlent. Ils vivent ainsi pour le reste de leur vie. » Métaphore qu’il utilise pour amplifier les liens entre les individus dans la société. « L’œuvre parle essentiellement du cycle de la vie et de la mort, de racines et de réincarnation. »

La dernière œuvre présentée à Avignon change radicalement de ton, suscitant sourires et éclats de rire. Amour utopique, un spectacle de clown ludique et féerique de Mimofatguy, raconte une romance entre un clown désinvolte mais sincère et l’amour dont il rêve. La représentation est parsemée de numéros de cirque classiques sur un fond musical de jazz des années 1960, où résonne notamment le célèbre Take Five (1959), du Dave Brubeck Quartet. L’œuvre est « une lente confession sur l’amour et le temps, l’échec et la croyance, confie Mimofatguy. Ce n’est pas un conte de fées sur le grand amour qui frappe à la porte, mais une histoire d’obstination. Même si personne ne vient, je suis toujours prêt à attendre. »

 

Pour Taïwan, qui peine à trouver sa place sur la scène internationale, ces échanges artistiques représentent une opportunité précieuse de se présenter au public international, et notamment européen, et de raconter ses propres histoires. Depuis plusieurs années, l’île tisse avec l’Europe des liens culturels de plus en plus étroits, malgré l’absence de reconnaissance diplomatique officielle sur le continent – à l’exception du Vatican. Taïwan célèbre actuellement l’Année de la culture taïwanaise en Europe, une initiative réunissant une dizaine de pays dont la France, et qui se traduit par des collaborations muséales et des projets dans le domaine des arts du spectacle. « C’est aujourd’hui le moment pour Taïwan de trouver sa propre voie, d’avancer et d’entrer en dialogue avec le monde », proclame Chuang Po-Hsiang.

 

 

Push and Pull. Festival « off » d’Avignon, Condition des soies. Jusqu’au 26 juillet, tous les jours à 11 h 45, sauf le mercredi 23 juillet.

 

Palingénésie. Festival « off » d’Avignon, Condition des soies. Jusqu’au 26 juillet, tous les jours à 16 h 15, sauf le mercredi 23 juillet.

 

Amour utopique. Festival « off » d’Avignon, Rouge Gorge. Jusqu’au 26 juillet, tous les jours à 11 h 55.

 

Diana Liu (Taipei) / LE MONDE

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July 22, 2025 3:46 PM
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Festival Off d’Avignon 2025 : «Une chose vraie», à en perdre les mots –

Festival Off d’Avignon 2025 : «Une chose vraie», à en perdre les mots – | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine / Libération du 22 juillet 2025

 

Au Train bleu, Ysanis Padonou saisit le spectateur en évoquant seule sur scène la maladie qui la touche, lui faisant perdre précocement ses fonctions motrices et cognitives.

 

Ysanis Padonou a 27 ans, elle se tient droite, corps sculptural, et d’une voix si articulée qu’elle en devient trouble, elle relate son histoire. Comme tout le monde dans cette édition riche en récit de soi sur tous les plateaux ? Pas tout fait. Ysanis Padonou, ancienne élève au Théâtre national de Strasbourg qu’on a vue récemment  dans l’Hôtel du libre-échange de Nordey, a peu de temps à perdre pour, dans le désordre, vivre, travailler, délivrer son art, aimer et être aimée. Faire des enfants ? Sans doute que non. Elle est atteinte, comme sa mère et son grand-père qui en est mort, de la maladie de Huntington, sorte d’Alzheimer précoce qui s’attaquera dès la trentaine à ses fonctions motrices et cognitives.

 

 

Elle montre son oreillette. Elle parle distinctement. Mais si personne ne lui souffle son texte, elle sait que très vite, elle se mettra à dire un mot pour un autre, bouton à la place de bonbon, à bafouiller. Et en tout cas, elle redoute ce que tous les acteurs craignent : le trou de mémoire, total, celui qui noie sans aucun rebord pour remonter à la surface.

Faire entendre ce qu’elle a à dire

Le spectacle d’Ysanis Padonou et mis en scène par Romain Gneouchev, accueilli dans une salle archicomble du Train bleu où le moindre strapontin est pris d’office, ne met pourtant pas le spectateur dans une position de voyeur. Comment fait-elle ? Ce qu’on regarde, c’est avant tout une actrice, qui sait occuper l’espace, faire entendre ce qu’elle a à dire. Mais aussi donc narrer sa traversée en 27 ans du racisme décomplexé – «elle est bien, hein, la petite négresse» lance un metteur en scène lors d’un stage à l’école, en 2011. Depuis toujours, avec sa mère, elles épinglent les propos les plus racistes entendus dans la semaine. La découverte que sa mère est malade, puis les tests et le diagnostic apposé sur elle aussi, lors d’une consultation de quatorze minutes, «pluie d’informations froides». La psychiatre qui la reçoit lui conseille de ne jamais en parler, le regard des autres sur elle changerait sinon. Enfermement dans le secret. Mais nul pathos.

 

Au fond du plateau, comme dans un studio de photographe, un aplat blanc qui se charge de couleur fuchsia, bleu. Quelques objets supposés condensent l’enfance. Ysanis Padonou se recroqueville, se déplie, marche sur l’extrême pointe des pieds. Sa présence forte au plateau dégage un calme étonnant. Le récit construit par strates, retour en arrière, et à l’affût des coïncidences, s’arrime à l’épaisseur d’une vie et déjoue toute linéarité, toute victimisation. Devant nous, une spectatrice cependant pleure à gros sanglots. Cette Chose vraie, qui s’acharne à saisir ce qui est avant la disparition de tout, révèle une actrice. Ce n’est pas si fréquent.

Une chose vraie, conception, écriture et mise en scène de Romain Gneouchev. Jeu et collaboration à l’écriture : Ysanis Padonou. Au Train bleu jusqu’au mercredi 23 juillet.
 

Anne Diatkine / Libération

 

Légende photo : Ysanis Padonou, «Une chose vraie», au Train bleu à Avignon jusqu'au 23 juillet. (Olivier Duverger Houpert)

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July 18, 2025 5:09 PM
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Au Festival d’Avignon, l’édition théâtrale se met en scène

Au Festival d’Avignon, l’édition théâtrale se met en scène | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Nicole Vulser (Avignon, envoyée spéciale) dans Le Monde - 18 juillet 2025

 

Les éditeurs de théâtre représentent un micromarché qui édite plus d’un millier de nouveaux textes par an. La diffusion en librairie reste souvent anecdotique et militante.

Lire l'article sur le site du "Monde": 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/07/18/au-festival-d-avignon-l-edition-theatrale-se-met-en-scene_6622090_3246.html

« Je suis un vieux crocodile du théâtre mais un jeune éditeur », affirme le comédien et metteur en scène Stanislas Nordey. A 58 ans, l’ancien directeur du Théâtre national de Strasbourg (TNS) vient tout juste de reprendre, début juillet, la direction des Editions Espaces 34, une petite maison indépendante spécialisée dans le théâtre, portée depuis 1992 par sa fondatrice, Sabine Chevallier, qui lui a transmis le flambeau. « La maison risquait de disparaître. Tous mes amis m’ont dit : “C’est la dernière chose à faire”… », raconte le metteur en scène. Il se lance quand même, en sachant qu’« on ne gagnera pas d’argent, mais l’enjeu, c’est de ne pas en perdre ». Il sera bénévole tout comme le directeur financier, et a embauché un correcteur également chargé de la fabrication.

 
 

Stanislas Nordey se plonge dans la lecture du fonds, « bluffé de ne trouver aucune faute de goût parmi les 230 titres du catalogue ». Il compte lancer deux nouvelles collections : « Les introuvables » – qu’il inaugurera en janvier 2026 avec le projet d’adaptation de l’Orestie, d’Eschyle, par Pier Paolo Pasolini (1922-1975) et un texte de Didier-Georges Gabily (1955-1996) – ainsi qu’une autre collection autour du théâtre, étrennée avec les carnets de création de Jean-Pierre Vincent (1942-2020).

 

A l’honneur pendant le Festival d’Avignon, l’édition théâtrale en France reste un micromarché, évalué par l’institut NielsenIQ GFK à 1,35 million d’euros en 2024, en léger déclin par rapport à 2023. Le nombre de nouveautés s’est établi à 1 149 titres en 2024 et le « top trois » des meilleures ventes a été attribué, toujours selon cet institut, à Antigone (1942), de Jean Anouilh, suivi par le deuxième tome du Sang des promesses, Incendies (2012), de Wajdi Mouawad, puis par les tragédies d’Eschyle.

Importance des ventes du fonds

Avec un catalogue de 1 300 ouvrages et une vingtaine de nouveautés chaque année, dont 12 à 15 pièces de théâtre, Actes Sud Papiers reste, de loin, le plus important acteur de ce secteur. Claire David, directrice d’Actes Sud Papiers et du pôle des arts de la scène, sort les textes des pièces jouées à Avignon comme L’Enfant de verre, de Léonore Confino et Géraldine Martineau, ou La Faille, de Serge Kribus. Elle ressort aussi Le Canard sauvage, d’Henrik Ibsen (1828-1906), mis en scène par Thomas Ostermeier. « Dans le théâtre, les ventes sont très lentes à décoller, mais peuvent parfois se métamorphoser en véritables triomphes sur la durée, comme Incendies, de Wajdi Mouawad, écoulé à plus de 350 000 exemplaires », explique-t-elle.

 
 

Les ouvrages d’autres auteurs maison comme Jean-Claude Grumberg, avec L’Atelier, et Joël Pommerat dépassent les 25 000 exemplaires. Ce mini-marché, tout comme celui de la poésie, se caractérise par l’importance des ventes du fonds (60 à 70 %), bien supérieures à celles générées par les nouveautés. Soit l’exact inverse du roman.

 

Autre éditeur de poids, Les Solitaires intempestifs – qui publie une vingtaine de nouveautés par an – profite aussi d’Avignon pour mettre en avant ses auteurs à l’affiche, comme Clotilde Mollet, Tiago Rodrigues, Tamara Al Saadi ou Ronan Chéneau. « Le tirage des nouveautés excède rarement 3 000 exemplaires. Arriver à 10 000 exemplaires de ventes est exceptionnel », reconnaît François Berreur, son directeur.

 

 

Dans l’édition théâtrale, le Graal consiste à intégrer les programmes scolaires. Un sort enviable partagé par Illusions comiques, d’Olivier Py (Actes Sud, 2006) ou encore Clôture de l’amour, de Pascal Rambert (Les Solitaires intempestifs, 2011), mais surtout Juste la fin du monde (1990), de Jean-Luc Lagarce, vendu selon son éditeur, Les Solitaires intempestifs, à plus de 100 000 exemplaires.

Rayons spécialisés minuscules

Le Festival d’Avignon a conclu, depuis 2018, un partenariat avec la librairie Lettres vives de Tarascon (Bouches-du-Rhône), qui prend ses quartiers d’été dans la Maison Jean-Vilar – où est proposée une offre foisonnante de près de 5 000 références en théâtre, danse et spectacle vivant. Soit le lieu le mieux approvisionné de l’Hexagone. La librairie éphémère se déploie aussi dans la cour du cloître Saint-Louis et a ouvert une ribambelle de petits comptoirs de vente directement dans les lieux de spectacles, à la Carrière Boulbon, au Musée Calvet, à Vedène (Vaucluse), au Gymnase Mistral… Dans le quartier général du « off », la librairie avignonnaise La Comédie humaine a aussi ouvert une seconde boutique temporaire, qui regorge d’œuvres de dramaturges.

 

La question de la diffusion et de la place accordées au théâtre dans les librairies reste cruciale. Les rayons spécialisés s’avèrent souvent minuscules. La directrice de la maison d’édition L’Arche, Claire Stavaux, souligne les difficultés liées à l’arrêt de certaines librairies spécialisées. A Paris, par exemple, Palimpseste, installée dans le 5e arrondissement, a fermé, tandis que Le Coupe-Papier, à deux pas du Théâtre de l’Odéon, dans le 6e arrondissement, a été repris par une librairie de manuscrits et de beaux livres. EXC a également baissé le rideau, dans le 3ᵉ arrondissement, mais renaîtra début septembre sous le nom de Librairie centrale, en étant hébergée par la Maison de la poésie.

 

Même constat dans les théâtres. La librairie du TNS a disparu. Au Théâtre du Rond-Point, à Paris, la librairie, gérée par EXC, a baissé le rideau en octobre 2024, mais la Réunion des musées nationaux doit reprendre les rênes du lieu, le 9 septembre. Préserver un comptoir de vente de livres dans les théâtres est souvent « un acte militant », souligne Claire David. Déjà en 1987, le dramaturge Michel Vinaver (1927-2022) avait analysé les « mille maux dont souffre l’édition théâtrale » et suggéré d’améliorer sa diffusion parmi les « trente-sept remèdes pour l’en soulager ».

Droits de représentation théâtrale

Tous les éditeurs sont concernés par cette difficulté. Même les éditions Théâtrales, qui appartiennent au Théâtre ouvert, un centre national des dramaturgies contemporaines subventionné par des aides publiques. A côté des résidences, des spectacles ou de l’accompagnement dramaturgique, ce pôle d’édition se démarque par son statut de coopérative, dont certains auteurs sont sociétaires.

 

Sa directrice, Caroline Marcilhac, confie recevoir près de 600  manuscrits par an et publier « quatre nouveaux auteurs par an, jamais édités précédemment ». Quitte à poursuivre avec eux un compagnonnage sur plusieurs années, avant qu’ils ne quittent le Théâtre ouvert pour rejoindre un autre éditeur, comme Baptiste Amann ou Nicolas Doutey, passés chez Actes Sud.

 

 

Autre singularité dans ce secteur, L’Arche est à la fois un éditeur – avec une quinzaine d’ouvrages présentés dans le « off » à Avignon, signés Lukas Barfüss, Alexandra Badea, Lee Hall, Dennis Kelly… – et une agence théâtrale depuis trente ans. Seul modèle alternatif à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), L’Arche gère les droits de représentation théâtrale de près de 500 auteurs français et internationaux. Et finalement jouer la pièce d’un auteur peut lui rapporter bien davantage que la vente de ses ouvrages. En 2024 – une très bonne année pour la perception des droits dans le spectacle –, la SACD, qui encaisse en moyenne 10 % de la recette de billetterie des théâtres pour reverser des droits aux auteurs, a rétrocédé à plus de 7 700 d’entre eux une somme totale de 20 millions d’euros. Sans dévoiler qui a touché le jackpot.

 

Nicole Vulser (Avignon, envoyée spéciale) / LE MONDE

 

Légende photo : A la Maison Jean-Vilar, à Avignon, en 2019. FESTIVAL D’AVIGNON

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July 18, 2025 7:56 AM
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Au Festival « off » d’Avignon, « Une chose vraie », avec Ysanis Padonou, laisse le public pétrifié d’émotion

Au Festival « off » d’Avignon, « Une chose vraie », avec Ysanis Padonou, laisse le public pétrifié d’émotion | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde - Publié le 17 juillet 2025

 

Au Théâtre du Train bleu, la comédienne de 27 ans, atteinte de la maladie de Huntington, livre un monologue sobre et bouleversant.

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/07/17/au-festival-off-d-avignon-une-chose-vraie-avec-ysanis-padonou-laisse-le-public-petrifie-d-emotion_6621737_3246.html

 

 

Tout arrêter et prendre le temps de repenser à ce qui a eu lieu. Respirer un bon coup, laisser filer les secondes avant de regagner la rue en titubant sous le soleil. Pas parce qu’il saoule les corps de sa chaleur. Mais parce qu’un choc vient de se produire dans la fraîcheur d’une salle de théâtre. C’est aussi ça, le Festival d’Avignon. Une suite de spectacles qui s’enchaînent bon an mal an, et puis, soudain, un artiste surgit qui emporte tout sur son passage. Quelque chose, « une chose vraie », a fait rupture avec l’ordinaire.

 

 

Voici le tableau : un public pétrifié d’émotion. Une actrice prostrée, buste enroulé en mode fœtal après une heure vingt d’une représentation sidérante, essentielle (c’est certain) et inoubliable (c’est probable). La communion, ce graal maintes fois invoqué au théâtre mais qui s’y manifeste si peu, ce point de ralliement fantasmé est la note finale, définitive et bouleversante du monologue proposé au Train bleu : Une chose vraie.

 

Le titre est à prendre au pied de la lettre. Sobre, apoétique, d’une froide neutralité, il est factuel. A l’exact opposé des perceptions tempétueuses que provoque le récit (mis en scène par Romain Gneouchev) porté au plateau par la comédienne Ysanis Padonou. Ses mots et sa façon de les dire, son histoire et sa manière de la jouer : rien, chez cette interprète fabuleuse, ne cède au pathos.

Cette actrice-là n’a plus de temps à perdre en vague à l’âme ou en flou artistique. Elle est atteinte de la maladie de Huntington, une affection génétique et neurodégénérative qui la condamne à l’effritement de ses facultés cognitives et motrices. La dégradation (qui s’apparente à un Alzheimer précoce) s’amorcera entre ses 35 et ses 50 ans. Elle a 27 ans, aujourd’hui. Elle est au stade 3 d’une atteinte qui, pour l’instant, reste discrète, mais dont elle connaît les symptômes à venir : son grand-père en est mort, sa mère en est atteinte. Huntington est héréditaire. Elle l’a appris, en 2014, de la bouche du neurologue qui les a informées, elle et sa mère, en quatorze minutes chrono d’une consultation brutale ne laissant aucune place à la dernière respiration qui précède la noyade.

Elégance sidérante

L’aveu des faits ne se fait pas attendre. Un préambule sans embarras ni fioriture. Avec Ysanis Padonou, le théâtre ne triche pas. Ou très peu. La comédienne porte une oreillette (elle l’enlève, la montre, la remet) dans laquelle lui parvient son texte enregistré. Si elle se sépare de l’appareil, elle ne se donne pas plus de quelques minutes pour se mettre à bafouiller. Le pire cauchemar pour une actrice professionnelle dont la bête noire est le trou de mémoire. Elle ne se plaint et ne se plaindra pas. Jamais. Elle constate. Elle égrène avec précision (et le sourire) les origines, les causes, les circonstances, les conséquences. Son élégance est sidérante, sa pudeur exemplaire. Tête haute, sculpturale dans son tee-shirt échancré, elle est d’une classe folle.

 
 

Elle opère un retour sur le passé qui démarre au Théâtre national de Strasbourg, où, élève recrutée en 2011 à l’école, elle entend un metteur en scène dire d’elle : « Elle est bien la petite Négresse. » Ysanis Padonou est noire. Le racisme décomplexé, elle le traverse et le surmonte avant de s’enfouir dans la solitude. Six ans à détaler loin de sa mère malade pour se construire en dépit de Huntington. Elle travaille, elle tourne, elle enchaîne les pièces sous la direction (notamment) de Stanislas Nordey. Elle est – elle se croit – heureuse, cette jeune femme fuyant l’annonce. Et que la « chose vraie » rattrape. C’était fatal.

 

Les épaules trempées de sueur, elle livre les détails. La densité d’un présent dupant le futur improbable, tout tient d’un bloc dans un décor plastique d’une blancheur aveuglante. Toile tendue sous ses pieds, dans son dos. Un plateau de photographe où les projecteurs saturent l’espace de couleurs pop. Elle est épinglée dans le lieu par son metteur en scène, Romain Gneouchev. Un dispositif épuré où les babioles disposées au sol (une statuette, un coffret de porcelaine ou le courrier du laboratoire de recherche) sont des cailloux de Petit Poucet semés là, au cas où. Et puis elle enlève l’oreillette. Requiert la présence d’un souffleur. Répète les vers d’une tragédie qu’une spectatrice lui murmure. Se prostre à terre. Elle n’est pas une victime. Elle est actrice. Et pas qu’un peu. Pas du genre qu’on oublie.

 

Une chose vraie, conception, écriture et mise en scène : Romain Gneouchev. Jeu et collaboration à l’écriture : Ysanis Padonou. Festival « off » d’Avignon, Théâtre du Train bleu. Jusqu’au 23 juillet.

 

Joëlle Gayot (Avignon, envoyée spéciale du Monde )

Légende photo : Ysanis Padonou dans « Une chose vraie », à la Comédie de Colmar-Centre dramatique national Grand-Est - Alsace, en novembre 2024. OLIVIER DUVERGER-HOUPERT
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July 18, 2025 7:17 AM
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Avignon OFF 2025 : Anatomie d'un amour au présent

Avignon OFF 2025 : Anatomie d'un amour au présent | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Thierry Jallet dans Wanderer - 11 juillet 2025


"Ancora tu", de Salvatore Calcagno et Dany Boudreault, Théâtre du Train Bleu, Festival OFF Avignon, 2025 

 

Avignon, Théâtre du Train Bleu, dimanche 6 juillet 2025, 17h25

Poursuivant nos flâneries festivalières, nous arrivons au Train Bleu où, là encore, la programmation a retenu notre attention. Fondé en 2018 par Aurélien Rondeau, Charles Petit et Quentin Paulhiac, le Ttb accueille chaque année des compagnies pour une programmation exigeante « pluridisciplinaire, ouverte à la diversité et ancrée dans son temps ». On se souvient notamment de Hen, grand succès de l’édition du Off 2019 mais aussi de Guillaume, Jean-Luc, Laurent et la Journaliste de Jeanne Lazar la même année ou encore Seuil mis en scène par Pierre Cuq en 2022. C’est un nouveau spectacle hors norme qui nous a cette fois encore conduit jusqu’à la rue Paul Saïn : Ancora tu – titre de ce morceau de pop italienne des années 70, inspirée de la disco, entraînante et répétitive – est une performance, un acte artistique singulier, la reconstitution d’une archive rendue vivante à l’image du spectacle, celle de la relation amoureuse entre deux hommes – le metteur en scène et l’acteur – qui vient de se terminer. Loin d’être réduit à son simple regard, le public est donc sollicité « pour faire revivre [la] personne aimée et disparue » désormais. A l’initiative de l’auteur et metteur en scène Salvatore Calcagno, associé à Dany Boudreault, lui-même auteur et acteur, le portrait de l’absent apparaît par l’intermédiaire du captivant Nuno Nolasco, comédien portugais qui entraîne la salle jusqu’à Lisbonne, sur les lieux supposés de l’amour passé, dans les bras de l’amant dont la voix ne cesse de se faire entendre. Et nous avons été résolument conquis.

Les spectateurs se précipitent en salle dès l’appel du personnel signalant que le spectacle va bientôt commencer. L’accueil est toujours chaleureux mais l’attention est vite détournée. En entrant, on remarque tout de suite la présence d’un homme, assis à une table. Portant jeans et chemise blanche ouverte à l’encolure, il regarde le public s’installer. La chevelure légèrement poivre et sel, le regard sombre, il est séduisant. Il se lève, reprend sa place, dans une délicate forme d’impatience. On remarque ce qui l’environne dans l’espace de jeu réduit de la salle : au lointain d’abord, une photo au format poster fixée par des morceaux de ruban adhésif blanc. L’image est une vue de Lisbonne. À cour ensuite, un vidéoprojecteur est installé au sol, incliné pour permettre une diffusion au niveau de la photo fixée au mur. Sur la table enfin, des livres empilés, une grande tasse, un paquet de cigarettes et face au comédien, un ordinateur portable ouvert, prêt à l’utilisation. La scénographie donne l’apparence d’une conférence sur le point de commencer et dont le sujet n’est pas net encore. Un autre détail attire l’œil : sur un tableau vertical étroit et haut, à jardin, une liste de mots écrits en blanc et ordonnés en deux colonnes. Parfois, on en dénombre plusieurs sur la même ligne. La liste s’achève par « Les adieux », formule autour de laquelle le comédien vient dessiner de petits cœurs, suivie par la date du jour. Le public est d’emblée placé en tension vers cet espace porteur de questionnements multiples, incluant selon toute évidence une incomplétude que le début du spectacle devrait permettre de réduire.

 

 

Sans signal particulier, le comédien commence. Il s’appelle Nuno et il est portugais. Il vient de se séparer de l’homme avec lequel il avait conçu le spectacle dans lequel il jouait en tant qu’acteur. Cet homme se nomme Salvatore. Il a « de grandes dents » et « rit toujours pour rien ». Cette première phrase lâchée dans un immense sourire trahit la force du sentiment qui les a unis. Sans attendre, il justifie la présence de la photo au lointain : c’est le lieu de leur rencontre, à Lisbonne. Il poursuit en précisant que Salvatore l’a quitté et qu’il est désormais seul devant le public. Nuno doit d’ailleurs rentrer à Lisbonne à la fin du Festival. Le champ fictionnel se déploie. Il indique alors que chaque jour, il trie les souvenirs de leur histoire d’amour terminée, souvenirs qui sont formulés par entrées dans la liste à jardin qu’on avait repérée à notre arrivée. L’acteur ajoute enfin qu’il va solliciter plusieurs spectateurs pour l’aider dans ce tri : il emportera avec lui, à Lisbonne, ce qui aura été choisi dans la liste tandis que le reste sera « brûlé ».

 

Le projet artistique prend forme sous nos yeux. Lorsque Salvatore Calcagno et Dany Boudreault se sont rencontrés, ils ont conçu une première performance en imaginant ce qu’il se serait passé s’ils étaient tombés amoureux. Ils ont ensuite fait évoluer cette première version vers quelque chose de plus théâtral en implantant  la possibilité de leur histoire dans le corps d’un autre acteur. Ainsi, c’est au terme de leur cheminement expérimental que nous nous trouvons face à Nuno Nolasco. Les deux auteurs cherchent en effet à rendre « une intimité performée », celle d’un couple d’hommes qui se sont aimés et qui se sont finalement quittés. Le théâtre devient un catalyseur pour mener une recherche qui positionne sous le regard presque clinique du spectateur, le vécu de la solitude contrainte, celle que l’autre impose quand il s’en va, quand il laisse seulement la sensation d’abandon. Le comédien seul en scène transfigure le projet des deux auteurs en y incluant sa propre sensibilité, sa propre histoire et redimensionne le propos à travers lui.

 

 

Même si « c’est cruel », il lance sans attendre la sélection avec le choix d’un premier spectateur qui se porte sur « Le sable », éliminant de la liste « L’amour le martin » et « L’épreuve ». Il diffuse alors l’enregistrement de leurs voix, un dialogue qui semble avoir été pris sur le vif, à Lisbonne. « Ça t’a plu de faire l’amour avec moi aujourd’hui ? » entend-on. L’acteur regarde le public, amusé et attendri. La salle est propulsée dans l’intériorité de leur couple, sans que cela soit une confidence pour autant. Sans tentation de voyeurisme non plus, on devient témoin de ce qui s’est joué entre les deux hommes dans leur relation amoureuse et on lui confère de cette manière une nouvelle densité. On lui offre une réalité à proprement parler par l’intermédiaire de la performance artistique. L’archive vit et fait en quelque sorte revivre l’amour qui les a uni. Nuno Nolasco est radieux, il sourit. La mémoire réactivée dans l’acte artistique est une forme de magie qui permet le temps retrouvé proustien, on le sait bien. « Je ne pensais pas qu’on pouvait avoir cette ouverture-là, cet abandon-là » ajoute-t-il. Le temps retrouvé fait donc ouvrir les yeux.

 

 

Les enregistrements s’enchaînent au fil des choix du public – parfois guidés par l’acteur qui considère que les souvenirs restent trop courts et qu’on peut les rassembler ou bien, à l’inverse, qu’il faut les couper parce que trop longs. Les voix résonnent. Celle de l’acteur se superpose à celles enregistrées, en français, en anglais, en portugais. La mémoire en action se réactualise en permanence au fil des étapes de la liste. Rien n’est écarté au nom de la bienséance. On entend : « Mon cul te réclame ». Le pornographique   perd ainsi toute sa subversivité pour que ne demeure que l’intime dans la salle de théâtre silencieuse, transformée en lieu du témoignage et de l’existence de ce qui a été et qui, l’espace d’une heure, redevient au présent.

 

Dans le désordre, l’appartement où ils ont vécu à Lisbonne ; la musique de Robyn, le tableau représentant Clytemnestre juste avant d’être assassinée par Oreste – « on a baisé sous le tableau de notre tragédie annoncée » ; la chemise retirée ; le « soleil noir » de la mélancolie qui les assombrit tous deux et en fait des « jumeaux cosmiques » ; les lamentations de Didon dans l’opéra de Purcell ; le costume pour la fête de quartier ; la poésie – celle de Genet, d’Aragon ou encore le bouleversant poème de Sophia de Mello Breyner Andersen intitulé « Quando » que Nuno lit lors des obsèques de sa mère ; les images projetées – celle sur laquelle est censé figurer « le bronzé », cet homme âgé dansant sur Rihanna et espérant un regard « qui remplit et qui vide » faisant prendre conscience du temps qui passe – cette tragédie ; la cigarette fumée dans le vestibule de la salle éclairé par un néon vertical : tout fait sens et matière afin de faire revivre ce qui a disparu, celui qui n’est plus là. Comme dans une forme de deuil sublimé dans la forme artistique choisie ici, la mémoire est partagée avec les spectateurs qui peuvent y inclure la leur – cette histoire appartient à tous et peut probablement croiser celle de chacun, de chacune.

Dany Boudreault affirme que « toutes les histoires d’amour sont des fictions » et que cet « amour opère tant et aussi longtemps que deux personnes consentent à la même fiction ». C’est pour cette raison que le théâtre devient le lieu où l’expérimentation menée ici peut s’installer, où elle peut pleinement s’incarner et réaliser l’archive de ce qui a disparu, la faire vivre dans le présent de la performance. On sort convaincu et troublé par ce voyage esthétique dans l’intimité fictive de Nuno et Salvatore, dans l’intimité universelle de l’amour passé, dans l’épreuve du manque comme de la solitude qui concernent tous les êtres à un moment de leur existence. Et, à travers le souvenir persistant des lumières de la boule à facettes, on entend encore au loin les paroles de la chanson de Lucio Battisti. Ancora tu. Non mi sorprende lo sai. Ancora tu. Ma non dovevamo vederci più ?

 

Crédits photo : "© Antoine Neufmars
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July 18, 2025 5:21 AM
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AvignonOFF2025 (4): Il aimait les œufs brouillés… à la truffe

AvignonOFF2025 (4): Il aimait les œufs brouillés… à la truffe | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Thierry Jallet dans Wanderersite - 17 juillet 2025

 


Le Dîner chez les Français de Valéry Giscard d’Estaing, de Julien Campani et Léo Cohen-Paperman, Théâtre du Train Bleu, Festival OFF Avignon 2025 

Avignon, Théâtre du Train Bleu, jeudi 10 juillet 2025, 21H25.
 
 

De retour dans le Off, on quitte la salle 2 de la rue Paul Sain où on a vu Ancora tu il y a quelques jours, pour gagner un lieu délocalisé du Ttb à l’autre bout de la ville car c’est dans les jardins de l’ancien carmel, rue de l’Observance que nous allons voir le troisième volet de Huit Rois (nos présidents) par la Compagnie des Animaux en Paradis. Après La Vie et la mort de Jacques Chirac qui retrace le parcours du président en interlocution notamment avec son chauffeur, après Génération Mitterrand qui fait apparaître les espoirs et désillusions d’un électorat ayant évolué depuis les deux mandats du président socialiste, voici Le Dîner chez les Français de Valéry Giscard d’Estaing écrit par Julien Campani et toujours Léo Cohen-Paperman, également à la mise en scène. La « série théâtrale » commencée il y a trois ans se poursuit donc et c’est une fois encore une grande réussite. Au fil des spectacles, les portraits s’enchaînent sans complaisance et, pour autant, sans charge démesurée contre eux. Chaque fois, on y présente ces personnalités connues dans un régime entre la monarchie et la république avec la chronique d’une famille « sur quatre générations » et la marche de « la société française de 1958 à 2027 ». Quelque part entre « Les Rois maudits », le documentaire sociologique et « Au théâtre ce soir ». Après avoir assisté à ce dernier volet enlevé et remarquablement  interprété, nous en rendons compte ici.

 

 

Toujours accueilli avec la sympathie des équipes du Ttb, on serpente à travers les allées du jardin situé dans la rue de l’Observance, suivant un itinéraire balisé et avec le renfort utile du personnel. On est tout près des remparts et l’atmosphère de l’endroit dans la pénombre du crépuscule, sous le chant persistant des cigales, invite à la surprise. Et c’est bien une surprise de découvrir en avançant sur ce chemin de terre, un gradin à la cime duquel se trouve une régie avec un plateau frontal en contrebas. De nombreux spectateurs ont déjà pris place et on perçoit beaucoup d’enthousiasme dans les rangs, ce qui laisse penser que le spectacle est attendu.

Une fois installé, on observe par le détail le plateau à vue, finement élaboré par la scénographe Anne-Sophie Grac dans un souci manifeste de réalisme. L’espace restitue l’intérieur de ce qui pourrait être une maison normande à colombages. Le panneau du fond de scène est percé de trois portes de jardin à cour : une qui mène à la cuisine ; une autre vers les toilettes – Anne-Aymone s’y rendra très souvent – une dernière enfin vers ce qui est supposé être l’extérieur de la maison, dans un hors-scène où est garée la SIMCA de Michel qui « fume blanc » et qui « tète à 13 au 100 ». Sur ce panneau figurant le mur de la maison, sont accrochés différents objets dans un évident souci de précision, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler les décors particulièrement léchés de Roger Harth pour la très emblématique émission de télévision des années Giscard, « Au théâtre ce soir ». À cour, on remarque une tête de sanglier empaillée, entre deux patères et près des fusibles apparents – qui vont sauter dans une scène endiablée de queue leu-leu à la bougie, montrant le temps des restrictions imposées par le giscardisme ; au centre du panneau, un crucifix entre la porte vers l’extérieur et les toilettes, figuration allégorique de la religiosité dans la France de l’époque ; plus à jardin, un fusil de chasse et des assiettes décoratives comme autant d’objets aujourd’hui désuets mais reflétant la ruralité des années 70. Devant ce panneau, une table imposante est dressée avec nappe et vaisselle immaculées – six couverts sont disposés de sorte que les personnages seront placés face au public. Tout indique qu’on se trouve dans un lieu de fête d’où hôtes et convives sont pour le moment absents, comme une sorte de diorama digne d’un musée de l’habitat local. Pour finir, on remarque à l’avant-scène la présence d’un parc pour enfant en bas âge à cour, et celle d’un poste de télévision à jardin. Il apparaît clairement que ces nombreux éléments plastiques et visuels sont placés sous le regard du public afin de les lui faire vivement remarquer : porteur de sens, le décor occupe par conséquent une place notable dans le spectacle, préparant l’arrivée des comédiens.

 

 

Un homme en pyjama enfantin entre alors et salue le public pour le prologue – la composition dramaturgique de la pièce est régulière et va suivre le mandat de Valéry Giscard d’Estaing fractionnant une singulière temporalité qui va superposer les années du septennat et les plats du réveillon de la famille Deschamps-Corrini en présence du couple présidentiel. L’homme a pour nom José Corrini et il est né en 1973. Il a donc un an moment où la pièce commence. C’est Julien Campani, co-auteur du texte et formidable comédien, qui joue ce rôle ambigu, positionné à l’avant-scène sous le faisceau d’une poursuite, quelque part entre une enfance dans les années 70 et le moment présent de la représentation, entre le passé et son avenir en définitive. Cette originalité du spectacle retient particulièrement l’attention, soulignant le rigoureux travail d’écriture du texte : il va s’agir pour ce bébé devenu un homme adulte dans le XXIème siècle de la représentation, de relater les événements d’autrefois, de vulgariser avec grande efficacité leur densité politique, économique, sociologique et historique. Une sorte de jeune Alain Decaux d’aujourd’hui, dynamique et truculent, entre jeu et narration, brisant toute possibilité de quatrième mur, annulant toute illusion théâtrale afin que le public reste bien en prise avec cette chronique commentée.

 

 

La famille va alors apparaître sur scène : d’abord, les parents, Marcel (Joseph Fourez) et Germaine (Morgane Nairaud), couple d’agriculteurs du Calvados ; puis, les enfants, avec la fille des Deschamps, Marie-France Corrini (Pauline Bolcatto), secrétaire chez Alsthom, et son mari, Michel Corrini (Clovis Fouin), ouvrier chez Alsthom lui aussi ; enfin, leur fils, José, que joue Julien Campani. Ce dernier apporte les informations nécessaires au public : les enfants arrivent pour le réveillon 1974 chez les parents, à Cricqueville-en-Bessin dans le Calvados. « Et cette maison, c’est la France. » La phrase clarifie ainsi la démarche adoptée grâce au choix de cette représentation symbolique. Valéry Giscard d’Estaing est joué par Philippe Canales, plus dans l’évocation que dans l’imitation, comme c’était déjà le cas de Julien Campani dans La Vie et la mort de Jacques Chirac. Suivant une approche similaire du personnage, le comédien ici ne cherche pas à reproduire le successeur de Georges Pompidou. Il reprend habilement son phrasé, certains de ses tics de langage aux accents aristocratiques si reconnaissables, pour en faire surgir une plus juste évocation. Le costume et la perruque facilitent la reconnaissance mais là non plus, il ne s’agit pas d’imiter, afin de stimuler la réflexion du public sur le théâtre qui se joue sous ses yeux.

 

Et c’est Gaïa Singer qui interprète avec brio Anne-Aymone Giscard d’Estaing, lui donnant une épaisseur psychologique que le rôle « d’épouse de… » n’avait peut-être pas laissé voir dans les reportages télévisés qui ont pu lui être consacrés. La comédienne la dote tantôt d’une incroyable drôlerie tantôt la place sur le fil de l’émotion, l’humanisant pour mieux révéler à la fois sa condition d’épouse d’un des « Rois » de la Vème, et de femme avec ses forces et ses failles.

 

Marie-France et Michel vont donc rapidement découvrir qui sont les deux mystérieux invités du réveillon. Comme le précise José dans le prologue, le président est « conservateur et progressiste » et son souhait est de regarder « la France au fond des yeux ». C’est pourquoi il va s’inviter « à dîner chez les Français ». L’extraordinaire idée des deux auteurs consiste à ce que le repas dans son déroulé soit l’occasion de reconstituer son parcours. Chaque étape du réveillon renvoie à une prise de parole de José ou à une archive sonore qu’il lance à l’aide d’une télécommande faisant entendre des extraits des traditionnels vœux présidentiels pour toutes les années du septennat. De « Monsieur le Président » à « Giscard ».

 

Bien sûr, Michel le syndicaliste, Marie-France la féministe aux idées socialistes montantes, ne font pas partie de l’électorat de Giscard d’Estaing, contrairement aux Deschamps qui l’accueillent tel un authentique monarque, lui rendant hommage avec force courbettes. Seulement, de la soupe de cresson « façon…mousse » à la galette finale, les déconvenues se multiplient plus que les voix des électeurs et entraînent sa progressive disgrâce. Le réveillon laisse un goût amer dans les bouches autant que dans les cœurs. Les coiffures tombent, les vêtements se froissent, les couverts se désordonnent et le ton monte. Une scène marquante : tous sont assis dans la pénombre, face au public, le couple présidentiel au centre.

 

Les Deschamps comme les Corrini vont tour à tour se lever, se détourner sans un regard pour eux, de la dureté dans la voix pour appuyer leur éloignement. Voilà les effets de l’amertume d’un peuple semble-t-on dire alors. Les chansons populaires de l’époque que chaque comédien entonne scandent cette lente désillusion : depuis « La Ballade des gens heureux » par Giscard lui-même jusqu’à « Attention, Mesdames et Messieurs » que chante José, en passant par l’iconoclaste « Ça plane pour moi » qu’interprète avec une délicieuse fureur Pauline Bolcatto, les événements s’enchaînent poussés par « ce grand vent de nouveauté radicale ». De la crise pétrolière que le président ne jugule pas avec une montée fulgurante du chômage, à la tentative de relance – la drôlissime démonstration de « l’usine à totottes » est exceptionnelle ! – pour glisser vers l’impitoyable rigueur qui fait que « tout le monde a une bonne raison de le détester », le président finit « coincé au centre ». Et tout s’achève après le très connu « au revoir » adressé au public dans l’embrasure de la porte que José claque ensuite violemment sur le président désormais sorti.

 

À travers un savant équilibre entre réflexion et légèreté, les auteurs réussissent pleinement leur pari une fois de plus, sans jamais tomber dans un didactisme trop aride, sans reprendre non plus ce qui a déjà été créé avec les premiers spectacles. Porté par une extraordinaire troupe de comédiennes et de comédiens terriblement engagés, provenant pour plusieurs du Nouveau Théâtre Populaire, Le Dîner chez les Français de V. Giscard d’Estaing offre un de ces moments de théâtre précieux qu’on emporte dans ses souvenirs de festivalier. Un des Rois a vécu puis est en quelque sorte mort sur scène ce soir. Alors vivement le prochain !

 

 

 

Légende photo : La tablée de réveillon avec de gauche à droite Marcel Deschamps (Joseph Fourez), Germaine Deschamps (Morgane Nairaud), Anne-Aymone Giscard d'Estaing (Gaia Singer), Valéry Giscard d'Estaing (Philippe Canales), Marie-France Corrini (Pauline Bolcatto) et Michel Corrini (Clovis Fouin)

 

Crédit photo : © Valentine Chauvin

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July 17, 2025 3:52 AM
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Dans le off d’Avignon, le théâtre de salle de classe offre un beau tableau

Dans le off d’Avignon, le théâtre de salle de classe offre un beau tableau | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sonya Faure dans Libération, 17 juillet 2025

 

«La Neige est blanche», «le Journal de Maïa» et «la Peau des autres» : pensés pour être joués dans les établissements scolaires et destinés aux adolescents, ces trois spectacles sondent leurs tourments.

 

Chacun son festival d’Avignon. Nous voilà dans une salle de cours, à attendre devant le tableau Velleda que la pièce commence. Les spectateurs sont moins nombreux que les élèves des classes surchargées de l’Education nationale, mais les néons accrochés aux faux plafonds sont bien là. Soudain notre voisine se lève d’un bond : «Toi et moi, on a une décision à prendre. Continuer ou arrêter ?» Il faut bien répondre, alors la plupart d’entre nous n’hésitons pas : continuer.

 

 

La fille en tenue de sport s’avance devant le tableau et se présente, elle est en section sport-études de ski alpin, son père, qui vient d’un pays où on ne fait pas de sports de neige, est si fier d’elle qu’elle continue même si elle voudrait surtout avoir la vie d’une fille de son âge. En finir avec la compétition, utiliser son corps autrement, sortir des traces et bifurquer vers la poudreuse. Continuer ? Arrêter ? Il n’est pas évident, à la fin de la performance, qu’on soit nombreux à être si sûrs de nous.

 

 

Précise, jamais maniérée comme beaucoup d’adultes qui campent des ados, la comédienne Galla Naccache-Gauthier joue d’un rien, de ce qu’il y a dans la salle de classe, du petit rideau pelé qu’elle ouvre et ferme, de la lueur des néons. Et pour toute ingénierie son et lumière, elle a une petite enceinte et une boule qui scintille et transforme le tableau Velleda en nuit étoilée.

«Ce que tu vis, c’est normal et ce n’est pas si grave»

 

La neige est blanche, monté par Marine Mane, est un seul en scène léger. «Pièce pour une interprète en établissement scolaire», elle doit pouvoir s’implanter dans n’importe quelle salle de lycée. Elle a été pensée pour ça, pour rencontrer un public de l’âge de l’héroïne. Elle est systématiquement suivie d’un moment d’échange après la représentation : et vous, vous feriez quoi ?

 

«Dans les lycées de sport-études où nous sommes passées, les jeunes nous ont souvent répondu qu’ils ne préféraient pas y penser,  rapporte Galla Naccache-Gauthier. Ils se dirigent souvent vers une carrière de sportifs de haut niveau pour faire plaisir à leurs parents, eux-mêmes anciens champions. Dans les formations de sports de glisse, ils portent aussi toute la pression de leurs profs qui doivent justifier leur existence alors que la neige fond et que, comme elle, ils sont voués à disparaître…»

 

L’anxiété est le sujet central et diffus d’une autre pièce présentée dans le off d’Avignon, Le Journal de Maïa, du metteur en scène Cédric Orain. Sur scène cette fois, les deux jeunes filles pourraient sortir des pages d’une BD, sautillantes avec leur sac sur le dos (Louise Bénichou et Marion Brest), et tentent de trouver leur voie de collégiennes : faut-il vraiment croire la redoutée prof de français quand elle affirme qu’on peut aimer lire (et du Chateaubriand en plus) ? On a aimé chez Orain cette manière de prendre au sérieux les vagues d’anxiété des ados (un sur deux y serait confronté selon un sondage Ipsos de 2022) sans en faire un drame – seulement une pièce de théâtre. «En quatrième, j’aurais bien aimé moi aussi qu’un spectacle me dise : ce que tu vis, c’est normal et ce n’est pas si grave», répond-il.

 

S’offrir aux adolescents

Dans les collèges, il arrive sans rien. «Il nous faut juste un peu d’espace, une salle de permanence ou une grande salle de classe. On prend les chaises du lieu et si les peintures sont moches et les carrelages affreux, c’est bien aussi ! On arrive tous les trois, sans préparation technique. On est un peu nus, on n’a pas grand-chose pour se sauver : pas de lumière, pas de fond sonore. C’est intéressant et troublant.»

Ce qu’il faut construire en revanche, c’est l’espace symbolique,  «implanter un cadre de théâtre». Dans le dossier de sa pièce, il est écrit que le temps de montage en établissement scolaire est estimé à une heure : «Aucune installation technique n’est nécessaire,  mais un temps de concentration et de prise de l’espace est précieux pour les actrices avant la représentation.» Cédric Orain explique : «On doit parfois insister, ça n’a pas l’air évident pour tous dans les collèges : pas de passage au milieu de la salle de représentation, pas d’interruption pendant le spectacle, pas de surveillant qui vienne chercher un élève.»

 

 

De plus en plus de pièces s’offrent aux adolescents – les établissements s’appuient notamment sur la partie collective du pass culture pour financer leur venue. Un dernier exemple, présenté lui aussi à Avignon, La Peau des autres de Lauriane GoyetDeux jeunes actrices (Lucie Giuntini et Colomba Giovanni) et une danseuse (Marie Orticoni), toutes excellentes, un seul banc noir comme un bloc de béton, donnent un spectacle beaucoup plus sombre et tendu, sur les violences familiales, l’amitié et les désirs adolescents.

 

 

La neige est blanche, jusqu’au 26 juillet à 11 heures à Présence Pasteur. Relâche les 8, 15, 22 juillet (cinquante minutes).

 

Le Journal de Maïa, jusqu’au 24 juillet à 9 h 45 au théâtre du Train bleu. Relâche les 11 et 18 juillet (cinquante minutes).

 

La Peau des autres, jusqu’au 23 juillet, à 13 h 15 les jours impairs au théâtre du Train bleu (une heure et vingt minutes).

 

 

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July 15, 2025 5:31 PM
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Le retour de François Mitterrand, devenu personnage du « off » d’Avignon

Le retour de François Mitterrand, devenu personnage du « off » d’Avignon | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot (Avignon, envoyée spéciale) dans Le Monde - 15 juillet 2025

 

L’ancien président de la République, qui avait l’étoffe d’un personnage de théâtre, est évoqué dans deux spectacles à l’affiche du Festival, « Lettres à Anne » et « Génération Mitterrand ».


 

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/07/15/le-retour-de-francois-mitterrand-devenu-personnage-du-off-d-avignon_6621383_3246.html

La légende raconte que François Mitterrand (1916-1996), président de la République en exercice, avait l’habitude, au mois de juillet, d’échapper à la vigilance de ses gardes du corps pour débarquer, sans crier gare, au Festival d’Avignon, où le directeur, averti d’un coup de téléphone, lui réservait une place discrète dans les salles obscures.

 

Le spectateur clandestin d’autrefois est aujourd’hui l’un des héros du Festival « off ». Il fait son entrée à pas de loup sur les scènes de deux théâtres. Il s’immisce à la Scala Provence, où Alice Faure dirige Samuel Churin et Céline Roux dans une adaptation des Lettres à Anne (magnifique et impressionnant recueil des courriers de Mitterrand, publié chez Gallimard par Anne Pingeot vingt ans après la mort de son compagnon). Il se glisse aussi au Train bleu, où Léo Cohen-Paperman, son coauteur Emilien Diard-Detœuf et trois comédiens revisitent avec impertinence et lucidité les années fastes, puis crépusculaires qui ont suivi le 10 mai 1981.

 

Deux faces d’un même homme surgissent. L’une intime et privée, l’autre publique et populaire, les deux formant l’envers et l’endroit d’un Mitterrand qui a l’étoffe d’un personnage de théâtre. Sa personnalité, sa vie, ses secrets, ses manœuvres, ses stratégies, son ambition : qu’on l’aborde de l’intérieur ou qu’on le contemple de l’extérieur, il a toute sa place sur les scènes.

 

Du flux ardent des lettres envoyées à Anne Pingeot émerge la figure d’un amant déterminé, dévorateur, et dont le désir relève d’une forme de prédation. Emprise intellectuelle autant qu’amoureuse et sans doute sexuelle : la jeune fille de 18 ans qu’entreprend de séduire Mitterrand n’avait aucun moyen de lui échapper. Samuel Churin n’enlace d’ailleurs pas Céline Roux, qu’il domine de toute sa hauteur. Il la sculpte, la modèle, la soumet à la caresse autoritaire de sa main. Superbe duo qui trouve son point d’équilibre lorsque l’actrice, relevant la tête, abandonne le sourire pour la rage, le hurlement et la révolte. « Laisse-moi partir », lui écrit-elle à 28 ans dans une lettre furieuse (mais qu’elle n’enverra pas).

 

A partir de là, la balance penche vers plus d’égalité. La transposition théâtrale de ce brasier épistolaire souligne la force d’âme identique de deux partenaires qui s’enrichissent mutuellement. Elle s’émancipe peu à peu, il s’enfonce dans la vieillesse. Il a plus besoin d’elle qu’elle de lui. Leur relation et ce qu’en restitue le spectacle, tout, dans ce qui se joue à la Scala, est d’une grande intelligence.

Illusions et désillusions

Ce même amant consumé par la passion est élu en 1981 président de la République. La fiction mise en scène par Léo Cohen-Paperman a pour point de départ le 10 mai 1981. Jour de liesse pour les trois protagonistes qui se partagent la narration des illusions et des désillusions : un professeur à Vénissieux (Rhône), une journaliste parisienne, un ouvrier à Belfort. Quatre décennies plus tard, en 2022, le temps a fait son œuvre : l’enseignant vote pour Jean-Luc Mélenchon, la journaliste pour Emmanuel Macron, l’ouvrier pour Marine Le Pen.

 

Ce condensé de trajectoires ne travaille pas par hasard sur les clichés. Ces clichés sont la matière première d’une représentation où chaque mot prononcé est familier aux oreilles d’un public quinquagénaire (et plus). Mais, qu’ils aient voté ou non en 1981 (beaucoup de jeunes assistent à la pièce), les spectateurs, de près ou de loin, connaissent les épisodes mis en jeu : la maladie de Mitterrand, sa détestation de Rocard, le tournant de la rigueur, l’entrée du Front national à l’Assemblée nationale, la réélection de 1988, l’Europe enfin.

 

Ces événements, petits et grands, sont entrés dans l’histoire de la France. Ils appartiennent au peuple, sont commentés par la vox populi, qui peut en chanter par cœur les refrains. Assumant plusieurs rôles (leurs personnages, ceux des politiques), les acteurs se mettent au diapason d’une comédie endiablée piquée de politique vivante, à vous redonner le goût du militantisme. Avec son lot de volte-face, de reniements, de ruses, son précipité de cocasseries, cette farce a le rythme d’un vaudeville à la Feydeau. Et le tragique d’un drame shakespearien sur lequel plane, dès les premières lignes, dès 1981, l’ombre d’une mort à l’œuvre.

 

 

« Lettres à Anne », mis en scène par Alice Faure. Avec Samuel Churin et Céline Roux. La Scala Provence, Avignon, jusqu’au 27 juillet.

 

« Génération Mitterrand », mis en scène par Léo Cohen-Paperman. Avec Léonard Bourgeois-Tacquet, Mathieu Metral, Hélène Rencurel. Théâtre du Train bleu, Avignon, jusqu’au 23 juillet. Festivaloffavignon.com

 

Joëlle Gayot (Avignon, envoyée spéciale)

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October 13, 2025 4:08 PM
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«Ma république et moi» d’Issam Rachyq-Ahrad : au charme citoyen 

«Ma république et moi» d’Issam Rachyq-Ahrad : au charme citoyen  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Gilles Renault dans Libération, publié le 13 oct. 2025

 

Sa mère, l’identité, le racisme… Dans son presque seul en scène au Rond-Point à Paris, l’auteur défend avec justesse sa place dans la société.

En novembre, cela fera deux ans qu’a été créé Ma république et moi. On ne parlera donc pas de découverte, d’autant que le spectacle a déjà transité en 2024 par le off d’Avignon où, à l’affiche du Théâtre des Halles, il a eu bonne presse. De même que, fin janvier, le Centquatre – où l’auteur et interprète, Issam Rachyq-Ahrad, était en résidence – le programmait dans le cadre du festival Les Singulier·es. Projet aussi modeste – au sens où il n’a que faire du décorum – que soigneusement élaboré, le (presque) seul en scène repasse donc par Paris avec, cette fois, le palais de l’Elysée quasiment en ligne de mire en ce début d’automne. Alors, Issam président ? Nullement, car l’artiste n’est pas du tout en campagne et si le titre de l’exposé – où l’on entendra dans l’emploi de l’adjectif possessif comme un écho au livre Ma part de gaulois, de l’aîné toulousain, Magyd Cherfi – a des faux airs programmatiques, c’est bien à la première personne qu’il se joue désormais à quelques hectomètres du «Château», au théâtre du Rond-Point.

 

Tranches de vie ordinaire

De politique, il n’est au demeurant guère question dans Ma république et moi. Sinon, par vidéo interposée, pour planter le décor, hideux : à Dijon, en 2019, au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, un élu d’extrême droite (Julien Odoul) apostrophe une femme qui accompagne un groupe scolaire, afin de lui demander d’ôter son «voile islamique», ou de déguerpir. Un oukase auquel le comédien choisit de répondre sans véhémence ni même sarcasme. Mais juste en racontant quelques tranches de vie ordinaire, dans lesquelles il endosse deux rôles : le sien, grandi dans «l’inconfort d’une ville moyenne» qu’il se refuse à dramatiser, ou vilipender, et celui d’une mère aimante, dont la dignité plane si haut au-dessus des «sale bougnoule» ou «va manger ton couscous au bled», entre autres métastases «citoyennes». Une femme, aujourd’hui veuve et retraitée, qui chérit Dalida, prépare le thé à la menthe avec autant d’attention que de sucre (les diabétiques comprendront) et, par messagerie interposée, s’inquiète de savoir si la salle dans laquelle joue son fils est correctement remplie. Ce qui, juste récompense, est à l’évidence souvent le cas.

 

Plaidoyer sensible et concis (trop, à peine cinquante minutes) contre l’acculturation et son chapelet de questions autour des thèmes de l’identité et du déterminisme, Ma république et moi installe ainsi sur le devant de la scène Issam Rachyq-Ahrad qui, la quarantaine atteinte, a attendu son heur(e), après diverses piges au cinéma et au théâtre. Où il a notamment accompagné Mohamed El Khatib, lui-même auteur et metteur en scène dorénavant à la mode, auquel l’évocation des racines nord-africaines étayée par des archives familiales et une gestion astucieuse de la quincaillerie, fait naturellement penser. Sans qu’ici, l’évocation sincère ne confine encore à l’exploitation un rien roublarde du filon.

 
Ma république et moi d’Issam Rachyq-Ahrad au théâtre du Rond-Point (75008) jusqu’au 19 octobre.

Gilles Renault / Libération

 

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October 5, 2025 1:27 PM
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Le réalisateur et dramaturge Xavier Durringer est mort

Le réalisateur et dramaturge Xavier Durringer est mort | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par Télérama - le 5 octobre 2025

 

 

Connu notamment pour son film “La Conquête” sur Nicolas Sarkozy, Xavier Durringer est décédé d’une crise cardiaque, à l’âge de 61 ans.

 

Le réalisateur et dramaturge Xavier Durringer est mort d’une crise cardiaque à son domicile de L’Isle-sur-la-Sorgue, près d’Avignon, à l’âge de 61 ans, a indiqué son agente à l’AFP. Il avait notamment réalisé en 2011 La Conquête, une farce aux accents de polar sur l’ascension du candidat Nicolas Sarkozy (joué par Denis Podalydès). Scénarisé par Patrick Rotman, le film avait fait l’objet d’une présentation remarquée (hors compétition) à Cannes en 2011 – Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, n’avait pas souhaité le voir, se justifiant ainsi auprès de Télérama « Je n’ai pas besoin de me voir en personnage de fiction pour connaître la part de création, d’art presque, qu’il peut y avoir dans le rôle de président ».

 

 

Né à Paris en 1963, Xavier Durringer avait fondé une compagnie de théâtre à 19 ans, et avait présenté sa première vraie création, Une rose sous la peau, en 1988, dans le festival « off » d’Avignon. Dix ans plus tard, il revient dans le « in » avec Surfeurs, « chronique désenchantée de notre monde en perdition où on ne fait jamais que surfer sur le vide, ramer dans le malheur », écrivait Télérama. Entretemps, il s’était également lancé au cinéma avec La Nage indienne en 1993, portrait doux-amer d’une jeunesse paumée, et J’irai au paradis… car l’enfer est ici en 1997, pour l’écriture duquel il s’était associé à un ex-braqueur, et salué par Télérama comme « un polar français digne de Scorsese ».

 

Son dernier film de cinéma, L’Homme parfait, était sorti en 2022, et mettait en scène l’arrivée d’un androïde chez un couple dont la femme n’en peut plus de s’occuper de tout (avec Didier Bourdon dans le rôle du mari, Valérie Karsenti dans celui de l’épouse et Pierre-François Martin-Laval en robot). Il avait également réalisé de nombreux téléfilms et en 2008 la série Scalp, pour Canal+, l’histoire d’une poignée de golden boys, amis de longue date, plongés dans la tourmente financière du début des années 90.

 

 

Légende photo : Xavier Durringer en 2001 à Cannes, pour la présentation de son film « La Conquête » hors compétition. Le réalisateur et dramaturge est mort à l’âge de 61 ans. Guillaume Baptiste / AFP

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September 5, 2025 9:07 AM
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Les spectacles à réserver en septembre 2025

Les spectacles à réserver en septembre 2025 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard, Rosita Boisseau, Joëlle Gayot, Cristina Marino et Marie-Aude Roux dans Le Monde - 05/09:2025

 

L’heure est à la reprise sur les scènes de théâtre, dans les salles de danse et de stand-up ou sous les chapiteaux de cirque. Les journalistes du «Monde » ont sélectionné, parmi l’offre de rentrée, les rendez-vous à ne pas manquer.

 

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/09/05/les-spectacles-a-reserver-en-septembre_6638981_3246.html

 

 

Ce mois-ci, nous vous proposons notamment une pièce de théâtre tirée d’un récit autobiographique d’Annie Ernaux sur un avortement, une histoire d’adolescents désœuvrés et rivés à leur smartphone, une battle de danses urbaines, un opéra autour du fanatisme religieux, ou encore de (re) découvrir l’univers absurde et sensible de Marc Fraize.

 

 

THÉÂTRE

Les mots radioactifs d’Annie Ernaux dans « L’Evénement »

En 1963, Annie Ernaux a 23 ans. Etudiante à Rouen, elle se retrouve enceinte d’un amant de passage. Elle veut avorter et elle avortera. Mais à quel prix : entre le choix assumé en conscience et son accomplissement, le chemin de croix exige une volonté de fer. Cet écrit autobiographique, insoutenable joyau noir, est porté sur scène par Marianne Basler. Vêtue de noir, l’actrice se tient seule sur un plateau plongé dans l’obscurité. Elle en habite chaque recoin et semble pousser les mots devant elle. Elle les dépose dans l’espace à l’intention du public, puis elle s’éloigne d’eux, fuyant, sans doute, leur dimension radioactive. Impossible d’esquiver l’impact d’un témoignage rude et cru où la réminiscence brute des actes et leur nature agressive heurtent le spectateur dans sa chair. On dit parfois du théâtre qu’il doit passer par le corps pour être pleinement reçu et perçu. L’expression prend ici tout son sens. J. Ga.

Théâtre de l’Atelier, Paris 18e, du 12 septembre au 19 octobre.

 

 

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Emilie Rousset ne plaisante pas avec les « Affaires familiales »

Convoqués à tour de rôle sur les ondulations d’un podium blanc déposé au centre de l’espace, sept acteurs reprennent mot pour mot, à la virgule, aux hésitations et aux soupirs près, les argumentaires d’avocates spécialisées en droit de la famille. Ces professionnelles, interviewées caméra à l’appui, par la metteuse en scène Emilie Rousset, racontent leur façon de mener la bataille de la loi : de la PMA à la GPA, de la protection des mineurs victimes d’inceste ou d’enlèvement à celle des femmes qui subissent des viols conjugaux, du mariage pour tous à l’adoption d’enfants par les couples homosexuels, le droit de la famille ne s’arrête pas aux portes des chambres à coucher. Sérieux du propos, gravité des faits, acuité des combats : Emilie Rousset fait le pari de la rigueur dans un spectacle documentaire qui tisse le lien entre théâtre et vidéo. J. Ga.

Théâtre de la Bastille, Paris 11e, du 19 septembre au 3 octobre.

 

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« Woke » libère la fiction et émancipe les imaginaires

Quatre auteurs se réunissent pour écrire une pièce dont le sujet pourrait être la liberté de créer dans un contexte d’oppression généralisée. Cheffe de file d’un spectacle collectif et irrévérencieux, Virginie Despentes orchestre le dérapage contrôlé d’un théâtre qui s’abandonne à la fantaisie pure de la fiction et de ses héros de papier. Un homme affublé d’une longue queue, une drag-queen : les créatures fictionnelles qui vivaient, jusque-là, enfermées dans les pages des écrivains font intrusion sur scène et actent l’appel définitif à l’insurrection des imaginaires. De sorties de route en dérapages, c’est un théâtre d’une sauvage liberté qui dicte peu à peu les règles. Il vagabonde en terre pirandellienne, entre réalité et onirisme, royaume des vivants et des morts, pamphlet et poésie, concert et agora. Et s’achève en musique, dans une salle noyée de fumigènes où, du plateau aux gradins, tout le monde danse. Ce n’est plus du théâtre, c’est de la transe. J. Ga.

 

Théâtre public de Montreuil (Seine-Saint-Denis), du 24 septembre au 2 octobre.

 

 

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« La guerre n’a pas un visage de femme », entre l’effroi et la dignité

D’un geste artistique radical et puissant, Julie Deliquet adapte et met en scène La guerre n’a pas un visage de femme. Un récit polyphonique, documentaire et majeur de Svetlana Alexievitch, qui, dès 1975, a tendu son micro aux femmes russes parties combattre l’ennemi nazi durant la seconde guerre mondiale. Ces combattantes de tous âges étaient tireuses d’élite, brancardières, infirmières ou agentes de renseignement. Les corps amputés, les enfants massacrés, les tortures subies ou infligées, le froid, la faim, la saleté : en quatre ans de carnage, rien ne leur a été épargné. Pour faire vivre au théâtre un tel matériau, Julie Deliquet a opéré un fabuleux travail de recomposition du texte original. Il est ici servi par dix actrices exceptionnelles de vérité et d’humanité dont le jeu, la tenue et la dignité font honneur à la grandeur d’héroïnes russes un peu trop vite oubliées. J. Ga.

Théâtre Gérard-Philipe, Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), du 24 septembre au 17 octobre.

 

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« Une mouette » sur le qui-vive

Une saisie impérieuse de la pièce de Tchekhov, de folles libertés prises avec ce texte iconique : le fil suivi par Elsa Granat, adaptatrice et metteuse en scène de La Mouette, est d’une cohérence imparable. Grâce à elle, les héroïnes tchékhoviennes sont des femmes qui ne s’autorisent que d’elles-mêmes. Exit les visions passées et patriarcales de Nina en jeune fille crédule ou d’Arkadina en mère insensible. Sur le plateau de la salle Richelieu, dans un décor de hauts rideaux, de toiles peintes, de transats alanguis à la nuit tombante, ces femmes, qui ne lâchent rien sur leur désir, tiennent la dragée haute à des héros masculins de petite envergure. Elsa Granat impose un spectacle singulier, servi par une fabuleuse distribution, où pas un personnage n’est conforme à l’idée qu’on pouvait en avoir. Et où chaque comédien est talonné par l’ici et maintenant d’une représentation qui se tient sur le qui-vive de sa première à sa dernière minute. J. Ga.

Comédie-Française, salle Richelieu, Paris 1er, du 19 septembre au 11 janvier 2026.

 

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« Denali » ou le drame d’une jeunesse trop connectée

Quand le théâtre s’empare avec justesse des codes des séries, cela donne un très bon thriller policier sur une jeunesse sans repères face à la folie de notre monde hyperconnecté. Denali – créé en 2023 au Festival Off d’Avignon et repris au théâtre parisien Juliette-Récamier qui vient de rouvrir ses portes – s’inspire d’une histoire vraie, celle de Cynthia, une ado retrouvée en 2019 à Anchorage (Alaska) tuée d’une balle dans la tête. Denali, c’est une histoire d’adolescents désœuvrés, rivés à leur smartphone et aux réseaux sociaux, persuadés que réussir se résume à être riche et célèbre. Cette quête dépourvue de sens, à l’image d’une époque envahie par les apparences, va mener Denali et son ami Kayden au pire. Parfaitement construite et rythmée, cette pièce du jeune auteur et metteur en scène Nicolas Le Bricquir, conçue en trois épisodes, porte un regard précis et nécessaire sur des ados influençables, qui prennent le virtuel pour du réel et finissent par être aussi coupables que victimes. S. Bl.

 

Théâtre Juliette-Récamier, Paris 7e, du 10 septembre au 19 octobre.

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« Maintenant je n’écris plus qu’en français », le récit poignant d’un comédien ukrainien en exil

Au matin du 24 février 2022, la vie de Viktor Kyrylov est devenue « absurde ». Cet Ukrainien, alors âgé de 20 ans, est réveillé par un coup de téléphone de sa mère qui lui annonce que la Russie a déclaré la guerre à son pays, que des bombardements frappent sa ville natale d’Odessa. Viktor Kyrylov vit à Moscou où, depuis trois ans, il étudie au Gitis, prestigieuse école de théâtre. « Mon rêve de culture fait de moi un traître pour les Ukrainiens et un ennemi pour les Russes, ma vie n’a plus de sens », résume le comédien. Où aller ? Doit-il faire la guerre contre ceux chez qui il voulait vivre ? Doit-il fuir ? Trois ans plus tard, dans un seul-en-scène captivant en forme de confession, Viktor Kyrylov fait le récit d’un exil avec l’ardeur de celui qui a besoin de lever l’ambivalence (combattre ou s’enfuir) qui lui a longtemps serré la poitrine. Grâce à sa présence intense sur scène, à la qualité de son écriture et à la profondeur de ses réflexions, Viktor Kyrylov, 23 ans, nous ébranle et nous questionne : qu’aurions-nous fait à sa place ? S. Bl.

Théâtre de Belleville, Paris 11e, du 7 au 30 septembre.

 

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« La Disparition de Josef Mengele », leçon d’histoire et performance d’acteur

En cette année de commémoration de la libération des camps de concentration, quatre-vingts ans après la capitulation du régime nazi, l’adaptation du livre d’Olivier Guez La Disparition de Josef Mengele, par Mikaël Chirinian, résonne comme la nécessité absolue de ne jamais oublier que l’homme ordinaire peut devenir un monstre. Seul en scène au milieu des « vestiges » (unes de journaux, portraits, cartes et photos) de cet officier SS, médecin de son état, qui parvint à fuir en Argentine en 1949 après avoir envoyé des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants dans les chambres à gaz, Mikaël Chirinian nous bouleverse et nous captive grâce à la force du texte et à l’intensité de son jeu. Récit glaçant d’une fuite et d’une traque d’un effroyable nazi sans remords, jusqu’à un ultime face-à-face père-fils, ce spectacle, mis en scène par Benoît Giros, est à la fois une leçon d’histoire et une performance d’acteur. S. Bl.

 

Théâtre La Pépinière, Paris 2e, du 2 septembre au 5 novembre.

 

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DANSE

Le choc esthétique du « Sacre du printemps » de Pina Bausch

On ne s’en lasse pas. Voir et revoir Le Sacre du printemps, chef-d’œuvre chorégraphié en 1975 par l’artiste allemande Pina Bausch sur la partition éruptive de Stravinsky, réserve toujours un choc esthétique et émotionnel. Hier comme aujourd’hui, la barre est si haute techniquement que cette pièce solidement tempétueuse reste plus que jamais un sommet à franchir. Pour ce Sacre, qui se déploie sur un sol couvert de terre vite dévasté par les déplacements affolants des danseurs, ils sont 36 interprètes de 14 pays africains rassemblés au sein de l’Ecole des Sables, au Sénégal, par la chorégraphe Germaine Acogny. Soutenue par la Fondation Pina Bausch, cette production, en tournée depuis 2022, est accompagnée ici par une création intitulée Joséphine, interprétée par Acogny elle-même et cochorégraphiée avec Alesandra Seutin, autour de la vie et l’œuvre de Joséphine Baker. Un programme insolite dans le cadre du Théâtre des Champs-Elysées, où fut créé, en 1913, Le Sacre du Printemps, signé par Vaslav Nijinski. R. Bu.

 

 

Théâtre des Champs-Elysées, Paris 8e, Du 24 au 28 septembre.

 

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« Echelle humaine » sur le thème de la mémoire

La 8e édition d’Echelle humaine, rendez-vous piloté par Lafayette Anticipations, en partenariat avec le Festival d’automne, soutient de jeunes artistes, chorégraphes, performeurs, cinéastes et plasticiens. Sur le thème cette année de l’histoire, de la mémoire et de la nécessité de conserver des traces, la manifestation met en avant La Vertigineuse Histoire d’Orthosia, des cinéastes Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, qui nous entraînent au sein du camp de Nahr El-Bared, situé sur les ruines d’une cité romaine, dans le nord du Liban. Parallèlement, les chorégraphes Makisig Akin et Anya Cloud présentent leur pièce We Are (nothing) Everything, autour de l’amour queer. A l’affiche pendant les trois jours du festival, The Complete Works, de la performeuse Nina Beier, distingue les parcours de deux étoiles de l’Opéra national de Paris : Alice Renavand et Karl Paquette. Quant à Alex Baczynski, il se focalise sur le travail des mains dans la performance Federico. R. Bu.

Lafayette Anticipations, Paris 4e. Du 19 au 21 septembre.

 

 

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« Fusion Concept », une battle de danses urbaines

Quel incroyable décor pour une battle de danses urbaines que le merveilleux Cirque d’hiver, à Paris. C’est là que la finale internationale de la battle Fusion Concept, créé en 2009 par le danseur et chorégraphe Kanon Zouzoua, aura lieu le dimanche 14 septembre dans une ambiance effervescente. Au programme de cette soirée de haut niveau rythmée comme un show avec des démos enlevées, des affrontements en duo avec plusieurs styles au plateau, du breaking au krump en passant par la house et le popping. Sélectionnés dans différents pays dont cette année, pour la première fois, le Kazakhstan, le Kirghiszistan et le Mexique, 28 danseurs au total composant 14 équipes vont se jeter avec fougue dans l’arène. Devant un jury composé de Marvin Gofin, Akamz, Dany Dan, Storm et Ladia Yates, l’invention et l’intrépidité, le dépassement de soi et la cohésion en duo vont assurément exploser les codes de la virtuosité. Une soirée feu d’artifice. R. Bu.

Cirque d’hiver, Paris 11e. Dimanche 14 septembre.

 

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« Plastique danse flore », le choc de l’urbain et de la nature

On a toujours aimé le nom de ce festival pour le choc de l’urbain et de la nature autour de la danse. Sous la houlette de Frédéric Seguette, directeur du Dancing, à Dijon, la conjugaison incongrue du plastique et de la végétation a entraîné un rendez-vous éclectique et festif se déroulant dans les espaces du Potager du roi, à Versailles, en partenariat avec l’Ecole nationale supérieure de paysage. Pour la 19e édition de ce rendez-vous téméraire et champêtre, une kyrielle d’artistes vont s’enchaîner sur les thèmes, entre autres, de la beauté et de la fragilité. Parmi les invités, Olga de Soto nous prend par la main pour La Balade du regard ; Yaïr Barelli questionne le groupe et son pouvoir dans Unisson ; Rémy Héritier fouille les couches des gestes qui nous habillent avec Un monde réel ; la plasticienne Alix Boillot présente son concert de batterie sur l’eau intitulé Grace, en hommage à Jeff Buckley. De la musique, une buvette et un environnement vert magique, c’est Plastique danse flore. R. Bu.

 

 

Potager du roi, Versailles, les samedi 6 et dimanche 7 septembre.

 

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CIRQUE

« Village de cirque » se redéploie sur la pelouse de Reuilly

Pour sa 21e édition, Village de cirque, qui se déploie sur la pelouse de Reuilly, à Paris, télescope les styles et les genres. La compagnie historique Rasposo, dirigée par Marie Molliens, accroche ses exploits aériens sur les thèmes de la désobéissance et de la libération dans Hourvari ; le Cirque Queer, comme son nom l’indique, navigue entre la piste et le cabaret avec Il n’y a pas que les chat·tes qui ont 9 vies, tandis que la compagnie La Bossue, dirigée par Julieta Salz, repérée comme interprète chez Raphaëlle Boitel et Bastien Dausse, joue Mon royaume pour un cheval, un solo plein de surprises resserré sur un mètre carré… Les spectacles Blob, trio mis en scène par la fameuse compagnie Les Colporteurs, qui se déroule dans la forêt à dix minutes du village, ainsi que la carte blanche au jeune expert en corde lisse et clown Daniel Kvasnovsky, diplômé de l’Académie Fratellini en 2024, sont gratuits. Des ateliers cirque pour les enfants de 7 à 12 ans sont proposés. R. Bu.

Pelouse de Reuilly, Paris 12e. Du 12 au 21 septembre.

 

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OPÉRA

Une « Aida » sous le faix du fanatisme religieux à l’Opéra de Paris

Raison du cœur, raison d’Etat. Tel est le cornélien dilemme d’Aida, princesse éthiopienne que l’Egypte a réduite en esclavage, amoureuse de Radames, général ennemi également aimé de sa rivale, Amneris, la fille du pharaon. Créé en 1871 à l’Opéra du Caire, l’opéra de Verdi alterne scènes épiques (ainsi la fameuse marche triomphale avec trompettes) et airs plus intimes tels le « Céleste Aida » chanté par Radames. La plasticienne, photographe et cinéaste Shirin Neshat s’est emparée des thèmes universels de l’amour et de la guerre, mais aussi du fanatisme religieux qui oppresse les femmes pour mettre en scène, au moyen de nombreuses vidéos tirées de ses propres œuvres, un opéra dont la production salzbourgeoise de 2017, reprise ici à l’Opéra de Paris du 24 septembre au 4 novembre, signera les débuts de l’artiste iranienne sur la scène lyrique française. Sur le plateau, dont la distribution changera le 19 octobre, l’Aida de Saioa Hernandez affrontera la mort pour les beaux yeux du Radames de Piotr Beczala (remplacés ensuite par Ewa Plonka et Gregory Kunde), que tentera de sauver, malgré sa dévorante jalousie, l’Amnéris d’Eve-Maud Hubeaux (suivie de Judit Kutasi). Le tout sous la baguette italianissime du talentueux Michele Mariotti. M.-A. R.

Opéra Bastille, Paris 12e. Du 24 septembre au 4 novembre.

 

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L’édifiante conversion de « Thaïs »

Tiré du roman du même nom d’Anatole France, l’opéra de Massenet a été créé à l’Opéra de Paris en mars 1894. Il relate la confrontation entre la courtisane Thaïs et l’ascète et rigoriste Athanaël. Tandis que la « prêtresse de Vénus » accède peu à peu aux joies de la spiritualité et se convertit aux lumières compatissantes du christianisme, le moine, amoureux de Thaïs, sombre dans le péché de chair et se damne. Parmi les nombreux atouts de cette nouvelle production venue du Teatro Regio, à Turin (2008), présentée du 26 septembre au 5 octobre au Théâtre du Capitole, les prises de rôle très attendues de la soprano américaine Rachel Willis-Sorensen et du baryton grec Tassis Christoyannis. La mise en scène a été confiée au « magicien » Stefano Poda (comptable, en 2017, d’un magnifique Ariane et Barbe-Bleue, de Dukas), la direction musicale à la baguette d’Hervé Niquet, réputé grand amoureux de la musique française. M.-A. R.

Théâtre national du Capitole, à Toulouse. Du 26 septembre au 5 octobre.

 

 

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« La Traviata » de Jean-François Sivadier, remise sur le métier

Présentée pour la première fois au Festival d’Aix-en-Provence en 2011, La Traviata, de Verdi, mise en scène par Jean-François Sivadier autour de la personnalité de Natalie Dessay, qui tenait à elle seule le spectacle, a déjà parcouru les scènes des maisons d’art lyrique (Vienne, Dijon, Caen, Nancy). Un making of réalisé par Philippe Béziat, intitulé Traviata et nous, a même fini de mythifier ce spectacle conçu dans le dénuement d’un plateau quasiment vide, laissant la bouleversante « dévoyée » de Verdi aux prises avec la solitude et la mort après avoir cru un instant que l’amour d’Alfredo la sauverait. Le Paris du XIXe siècle peut-il en effet rédimer une courtisane comme elle, et lui concéder le bonheur, quand s’exerce la cruelle sentence de l’ordre social ? De l’ivresse des premières fêtes aux larmes du sacrifice, chaque acte déploie une musique qui célèbre la voix dans toute sa splendide acception, servie par une orchestration d’une expressivité inouïe. Du 26 septembre au 6 octobre, sous la baguette de Dayner Tafur-Diaz à la tête de l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen, la scène rouennaise accueillera les amours « sivadiennes » de Violetta et Alfredo – incarnés par la soprano Chelsea Lehnea et le ténor Leonardo Sanchez – que brisera, non sans quelque état d’âme, l’inflexible Giorgio Germont d’Anthony Clark Evans. M.-A. R.

 

Théâtre des arts, à Rouen. Du 26 septembre au 6 octobre.

 

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HUMOUR

« Madame Fraize », poétique et drolatique

Qu’il est bon de rire. Surtout avec Marc Fraize. Se laisser embarquer par cet humoriste singulier, c’est comme plonger dans une bulle poétique et réconfortante loin du cynisme du monde. Après avoir, pendant plus de quinze ans, fait vivre son personnage inoubliable de Monsieur Fraize, antihéros magnifiquement burlesque, le comédien a créé Madame Fraize. Détachée du monde, rompant avec la frénésie de notre époque, Madame Fraize cultive l’art de prendre son temps. On pourrait croire qu’elle joue avec nos nerfs, mais sa manière d’être nous donne tout de suite le sourire puis l’envie irrépressible de rire. Ce spectacle inénarrable est d’une drôlerie déconcertante, mais délicieuse. Amateurs de punchlines, passez votre chemin. Jouant, avec malice, l’ambiguïté entre le masculin et le féminin, Marc Fraize n’est jamais grotesque dans le costume de Madame. Il respecte son personnage avec délicatesse et tendresse grâce à une gestuelle précise et maîtrisée. A la fois absurde et sensible, audacieux et candide, l’univers de Marc Fraize est unique. S. Bl.

 

La Nouvelle Seine, Paris 5e, du 10 septembre au 28 octobre

 

 

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ARTS DU RÉCIT

L’association Calliope transforme parcs et jardins en berceaux du merveilleux

Depuis 2021, la mairie du 17e arrondissement de Paris propose, en partenariat avec l’association Calliope, de venir écouter des contes dans les parcs et jardins du quartier, tous les week-ends de septembre. L’occasion de découvrir les différents espaces verts du 17e (le parc Martin-Luther-King, le square Sainte-Odile, le square des Epinettes…) tout en partant vers d’autres contrées grâce aux histoires des conteurs et conteuses programmés. Le dimanche 7 septembre, la comédienne Isabelle Genlis, accompagnée en musique par Hô Thuy Trang et Thanh Nam Mai, présentera Tam et Cam, une Cendrillon du Vietnam. Le dimanche 14 septembre, direction l’Ukraine avec Gorochko contre le dragon, un récit musical conté par Magda Lena Gorska. Puis viendra le tour du Burkina Faso avec François Moïse Bamba et son bestiaire africain (21 septembre) et, pour finir, ce voyage en Corée avec Le Dit du bon Heungbo et de son odieux frère Nolbo, par Hervé Péjaudier et Benjamin Bertocchi (28 septembre). Le tout accompagné d’ateliers, d’une scène ouverte, d’une séance de signature et, en clôture, la 3e édition du Salon du livre de conte, organisé place Richard-Baret, le 28 septembre, en partenariat avec les bibliothèques et médiathèques du 17e : Batignolles, Colette-Vivier et Edmond-Rostand. C. Mo.

 

Le 17e, berceau du merveilleux, 5e édition, à Paris, les samedis et dimanches, jusqu’au 28 septembre.

 

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MARIONNETTES

Un début de saison hors les murs pour Le Mouffetard

La saison 2025-2026 s’annonce placée sous le signe du changement pour Le Mouffetard – Centre national de la marionnette. Elle ne débutera vraiment qu’en décembre pour cause de fermeture pour travaux. La Ville de Paris a souhaité rendre accessible cette salle aux personnes à mobilité réduite. Par ailleurs, Isabelle Bertola, qui dirigeait le lieu depuis 2013 et son installation rue Mouffetard, dans le 5e arrondissement, va quitter ses fonctions le 1er janvier 2026. En attendant ces changements, Le Mouffetard propose deux rendez-vous de rentrée avec le Théâtre de la Tortue noire, une troupe venue du Québec. Deux performances en plein air, les 28 et 29 septembre, présentées dans le quartier autour du théâtre. La première, 2050, entre intelligence artificielle et bêtise humaine, est la dernière création en date de la compagnie québécoise : du théâtre en boîte (six vraies boîtes installées dans l’espace public) avec une représentation destinée à un seul spectateur à la fois. La seconde, L’Autre dans la cité, remonte à 2018 et repose sur la déambulation dans les rues de la ville d’une marionnette à taille humaine qui expérimente le quotidien des habitants en sirotant un verre en terrasse, en consultant un livre à la bibliothèque ou en déjeunant au restaurant, entre autres. C. Mo

 

 

Spectacles du Théâtre de la Tortue noire pour Le Mouffetard – Centre national de la marionnette, Paris 5e. Les 28 et 29 septembre.

 

Par le service Culture du "Monde" Sandrine Blanchard, Rosita Boisseau, Joëlle Gayot, Cristina Marino et Marie-Aude Roux

 

 

Légende photo : Blanche Ripoche, Amandine Pudlo et Julie André, dans le spectacle « La guerre n’a pas un visage de femme », au festival Printemps des comédiens, en juin 2025. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE

 

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August 8, 2025 7:27 AM
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A la Maison Maria Casarès, une belle ambiance entre patrimoine et théâtre contemporain

A la Maison Maria Casarès, une belle ambiance entre patrimoine et théâtre contemporain | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard (Alloue (Charente), envoyée spéciale du Monde), publié le 7 août 2025

 


Entièrement rénové, le logis de l’illustre comédienne est désormais ouvert à tous. Et le domaine de la Vergne, en Charente, bat au rythme du Festival d’été jusqu’au 16 août.

 

Lire l'article entier sur le site du Monde : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/08/07/a-la-maison-maria-casares-une-belle-ambiance-entre-patrimoine-et-theatre-contemporain_6627337_3246.html

 

Dormir dans la chambre de Maria Casarès, petit-déjeuner dans sa salle à manger, bouquiner dans sa bibliothèque, flâner dans son salon… Depuis le 26 juillet, le logis du domaine de la Vergne, niché dans la Charente limousine, où l’illustre comédienne (1922-1996) vécut régulièrement de 1961 jusqu’à sa mort, est désormais accessible à tous : aux artistes en résidence comme aux festivaliers et autres amoureux de l’art.

 

 

La tragédienne, exilée de l’Espagne de Franco, qui fit don de ce domaine au village voisin d’Alloue en remerciement à la France pour avoir été une terre d’asile, serait sans doute heureuse de savoir qu’il est désormais entièrement restauré et consacré à la culture. Des papiers peints aux meubles rustiques, l’esprit du lieu, à la fois simple et chaleureux, a été préservé grâce à une restauration à l’identique, et cinq chambres d’hôtes peuvent y être louées.

 

Cette rénovation, financée à hauteur de 1,2 million d’euros par l’Etat, les collectivités locales et la Fondation du patrimoine, signe la dernière étape de la métamorphose du domaine de la Vergne, inscrit monument historique, en lieu réservé au théâtre contemporain, au patrimoine et aux repas partagés. Depuis 2017, la comédienne Johanna Silberstein et le metteur en scène Matthieu Roy ont pris, avec succès, la direction de ce centre culturel de rencontre. A leurs compétences artistiques se sont ajoutées celles de « gestionnaire, maître d’ouvrage, hôtelier, restaurateur », listent-ils avec le sourire. Il faut tout ça, et beaucoup de persévérance et de passion, pour faire vivre chaque année cette initiative culturelle en milieu rural.

 

 

Lire le reportage (en 2020) : Article réservé à nos abonnés Au théâtre chez Maria Casarès
 

En ce mardi 29 juillet, le désormais traditionnel Festival d’été démarre sous les meilleurs auspices – trois semaines de festivités du 26 juillet au 16 août, soit le temps fort du lieu qui, au printemps et à l’automne, accueille des artistes en résidence et des ateliers de théâtre pour les collégiens et les lycéens de la région. De 1 000 entrées lors de la première édition il y a huit ans, la fréquentation devrait atteindre 8 000 entrées cette année grâce à une fidélisation du public, composé pour moitié de Charentais. Il faut dire que le cadre est idyllique et le programme généreux. Le tout compose une sorte d’art de vivre commun entre spectateurs et artistes.

Trois rendez-vous théâtraux

Dans une campagne vallonnée et verdoyante, les festivaliers ou simples visiteurs peuvent se promener dans les cinq hectares de jardin et, équipés d’un casque audio, écouter, en longeant un bras de la Charente, des extraits de la correspondance amoureuse entre les deux amants, Maria Casarès et Albert Camus (Correspondance 1944-1959, publiée en 2017 chez Gallimard). « Tu es ma certitude, ma liberté, je t’aime pour toujours », écrit l’auteur de L’Etranger (1942) à la comédienne. « Comment va mon éternel angoissé ? Je trouverai toutes les patiences pour te laisser en paix pendant que tu travailles. Je t’aime à en mourir », lui répond-elle.

 

 

 

Cette balade sonore d’une grande intimité est d’autant plus touchante que cet amour se fracassa en 1960 avec la mort, dans un accident de voiture, d’Albert Camus. Anéantie par cette disparition, Maria Casarès, alors âgée de 38 ans, cherchera un refuge, une terre où s’ancrer, tombera sous le charme du domaine de la Vergne et l’achètera avec le comédien André Schlesser (1914-1985), son compagnon de route, qui deviendra son mari en 1978.

 

Les promenades sonores et les visites guidées du logis ne sont qu’un des aspects du Festival d’été. Au-delà de ces expériences patrimoniales, les responsables des lieux ont imaginé trois rendez-vous théâtraux ponctuant chaque journée : goûter-spectacle, apéro-spectacle, dîner-spectacle, en salle ou en plein air. Le concept prend des allures de fêtes de famille estivales. Matthieu Roy accueille les spectateurs, déroule le menu qui les attend, et, à l’issue des représentations, les comédiens et comédiennes leur servent les viennoiseries, les verres de pineau ou les plats chauds servis en bocaux. « Nous voulons trouver un autre rapport au public », défend Johanna Silberstein.

 

La programmation repose sur trois piliers : un artiste issu du dispositif Jeunes pousses (soutien à des metteurs en scène diplômés depuis moins de cinq ans), une compagnie régionale et une pièce du répertoire de la Compagnie Veilleur, dirigée par Matthieu Roy et Johanna Silberstein. « Nous souhaitons partager des esthétiques diverses et assumons des sujets engagés », explique le duo.

Sujets de société

A l’heure du goûter, le spectacle familial Prélude en bleu majeur, de la compagnie Choc Trio, offre un voyage enchanteur et burlesque à partir de l’œuvre de Kandinsky. Monsieur Maurice (interprété avec justesse par Claude Cordier), tel Charlot dans Les Temps modernes (1936), enfermé dans un quotidien gris et répétitif, va voir son ordinaire bousculé par l’apparition d’une balle bleue. L’univers de Kandinsky se met à éclabousser murs et cartons dans une ambiance à la fois clownesque et poétique. Répété au domaine d’Alloue, en 2019, lors d’une résidence, ce spectacle a, depuis, été joué plus de 400 fois.

 

 

Timlideur, une histoire de militantisme, proposé pour le dîner-spectacle, a, lui, été présenté en mai 2024 aux rencontres Jeunes pousses de la Maison Maria Casarès avant d’y être créé en septembre. Grâce à ce Festival d’été, la jeune troupe lyonnaise, emmenée par le metteur en scène Grégoire Vauquois, bénéficie de dix-neuf représentations, « presque comme un petit Avignon “off” », souligne Matthieu Roy.

 

 

Cette fiction-documentaire, comme la définit son auteur, plonge les festivaliers dans l’itinéraire d’un jeune étudiant sans histoire, convaincu que la crise climatique est le grand combat du XXIe siècle et qui, au-delà de ses gestes écologiques individuels, se met en tête de rejoindre une association pour être « au cœur de l’action ». En plein air, à l’arrière de la Maison Maria Casarès, il est question de « bloquer la République des pollueurs » en occupant, notamment, le hall du ministère de l’écologie. Engagée, cette pièce politique évite le piège du pensum moraliste en instillant de la drôlerie. Surtout, elle est portée par cinq jeunes comédiennes et comédiens au talent rafraîchissant.

 

Avant eux, lors de l’apéro-spectacle, un autre sujet de société, celui du monde du travail et de ses absurdités, est proposé avec l’adaptation par Matthieu Roy du roman de Mariette Navarro, Palais de verre (Quidam, 2024). Soit une femme, employée modèle, « parfait rouage » d’une grande institution, qui, un jour, « n’adhère plus », ne comprend plus les « nouvelles directives » et se détache peu à peu de cet univers de soumission, en quête d’une nouvelle liberté. Création de la Compagnie Veilleur, cette pièce sera reprise au cours de l’hiver à La Scène Maria-Casarès à Poitiers, le pendant « citadin » de la maison charentaise ouvert depuis octobre 2023.

 

A l’issue du dîner-spectacle, 116 spectateurs se retrouvent pour un repas sous les tilleuls dans une ambiance de guinguette. « Dites donc, c’est de plus en plus engagé vos spectacles, attention », interpelle un retraité, habitué du festival. « C’est bien, continuez comme ça, se réjouit une autre convive qui vient aussi à chaque édition. C’est ma sortie théâtrale de l’année. Je ne regarde même pas le programme, je fais confiance et je viens. »

Bénévoles indispensables

Comme la plupart des initiatives culturelles, le modèle économique de la Maison Maria Casarès est fragile et tient, en partie, grâce à 20 % de fonds propres issus de privatisations (pour des mariages, des séminaires, etc.). « Avec la fin des travaux de rénovation, nous avons, grâce à l’investissement, un outil en ordre de marche. Mais quid du fonctionnement ? », s’interroge Matthieu Roy.

La structure, qui participe à l’animation du territoire, n’a obtenu aucun financement du plan Culture et ruralité, lancé en 2024 par le ministère de la culture. Et le metteur en scène ne cache pas son inquiétude quant au renouvellement du soutien financier de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) pour le dispositif Jeunes pousses.

La Maison Maria Casarès, c’est sans doute Nadine Boutant qui en parle mieux. Cette agricultrice fait partie des bénévoles indispensables – au-delà de la petite équipe rattachée au lieu – à la bonne marche de cette aventure culturelle. Elle aide notamment à l’organisation des repas et pour rien au monde ne louperait la moindre soirée de ce Festival d’été. « Ça fait partie de ma vie, ça me permet de sortir, ce sont mes vacances. J’ai toujours des frissons quand je franchis l’entrée du domaine et j’admire le travail des troupes de théâtre », témoigne Nadine sans cacher son émotion.

En 2024, après avoir assisté à une réunion locale consacrée au plan Culture et ruralité, elle a, « exceptionnellement », écrit un courrier à Rachida Dati, à la DRAC et à la sous-préfète. « Les agriculteurs n’osent pas venir au théâtre, ils pensent que ce n’est pas pour eux. Mais une fois qu’ils ont assisté à une représentation, leur opinion change, écrit-elle. Il faut défendre ces lieux qui rapprochent les gens et créent du lien social. »

 

 

Festival d’été de la Maison Maria Casarès, Alloue (Charente). Jusqu’au 16 août.

 

 

Sandrine Blanchard (Alloue (Charente), envoyée spéciale)

 

 

Sandrine Blanchard / Le Monde 

 

Légende photo : Le repas partagé sous les tilleuls après le dîner-spectacle lors du Festival d’été à la Maison Maria Casarès, à Alloue (Charente), le 26 juillet 2025. JOSEPH BANDERET

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July 26, 2025 12:33 PM
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Au Festival « off » d’Avignon, un public en hausse pour une offre toujours plus variée

Au Festival « off » d’Avignon, un public en hausse pour une offre toujours plus variée | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard (Avignon, envoyée spéciale) - 26 juillet 2025

 

La manifestation, devenue un passage obligé pour les compagnies théâtrales, a présenté 1 731 spectacles, avec de fortes disparités de fréquentation.


https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/07/26/au-festival-off-d-avignon-un-public-en-hausse-pour-une-offre-toujours-plus-variee_6624063_3246.html

Des rues piétonnes fourmillantes, des dizaines de spectacles affichant complet dès les premiers jours, l’ambiance festive qui a rythmé le Festival « off » d’Avignon durant trois semaines, du 5 au 26 juillet, se confirme dans les chiffres. Les premières tendances de fréquentation placent cette 59e édition « sous le signe de la réussite », constatent les responsables de l’association Avignon Festival & Compagnies (AF&C), coordonnatrice de ce vaste marché du spectacle vivant. « Selon les premières remontées, nous serions à 1,6 million de billets vendus et le taux moyen de remplissage des salles se rapprocherait des 60 % », détaillent Laurent Domingos et Harold David, coprésidents d’AF&C.

 

 

Lire le décryptage : Article réservé à nos abonnés Au Festival « off » d’Avignon, toujours plus de spectacles
 

Surtout, les deux indicateurs les plus fiables, sur lesquels l’association s’appuie chaque année pour établir son prébilan, affichent des hausses significatives. Ainsi, Ticket’off, la plateforme de billetterie proposée par AF&C (en parallèle de celles dont dispose chacun des 139 théâtres avignonnais et des plateformes privées telles que Billetreduc), a écoulé 290 000 tickets, contre 203 000 en 2024 et 172 000 en 2023. « C’est un record », se félicite Harold David. Même tendance pour les cartes « off » d’abonnement (offrant 30 % de réduction sur les places de spectacles) : 79 400 ont été achetées cette année, contre 62 900 en 2024 et 65 477 en 2023.

 

Si ces données témoignent d’un fort attrait du public pour ce grand rendez-vous théâtral, elles cachent de fortes disparités de fréquentation parmi les quelque 1 731 spectacles proposés par 1 405 compagnies. Comme la récente comédie Avignon, de Johann Dionnet, l’a très bien dépeint, il y a plusieurs « off » dans le « off ». Le populaire, le contemporain, le classique, l’intello. C’est un peu à l’image du film Le Goût des autres (2000), mais au sein même de la famille théâtrale. En ne cessant de grossir (il y avait 600 spectacles en 2003, 1 491 en 2023) cette manifestation parallèle au Festival « in » d’Avignon ne se vit plus tout à fait de la même façon, que ce soit du côté du public, des compagnies ou des journalistes.

 

 

Lire la sélection : Article réservé à nos abonnés Quinze spectacles à voir au Festival « off » d’Avignon
 

Si de moins en moins de festivaliers se baladent avec le lourd programme du « off » sous le bras, ce n’est pas seulement parce qu’ils ont téléchargé sur leurs smartphones son équivalent numérique, mais parce qu’ils sont de plus en plus nombreux à avoir établi leurs choix avant même leur arrivée dans la cité des Papes. L’heure est de moins en moins aux découvertes impromptues. « Désolés, on est déjà pris », ne cessent d’entendre les comédiens et comédiennes s’épuisant à tracter dans les rues avignonnaises pour attirer des spectateurs.

De plus en plus d’avant-premières

« Mais comment choisissez-vous vos spectacles ? », me demande une spectatrice dans la file d’attente du Cabaret mythique au théâtre du Petit Louvre, spectacle musical et théâtral dans lequel la compagnie Les Mauvais Elèves revisite avec une folle fantaisie les personnages de la mythologie grecque. Comme bon nombre d’habitués du « off », cette retraitée constate qu’il est devenu très difficile d’accéder à certaines programmations sans avoir réservé. Rançon d’un bouche-à-oreille favorable pour certains spectacles ? Volonté de rationaliser des séjours raccourcis pour des raisons budgétaires ? Poids des prescriptions des médias qui ont pu découvrir des pièces avant leur programmation avignonnaise ?

 

Soyons honnêtes, journalistiquement, il est impossible de couvrir de manière exhaustive un festival aussi foisonnant. Cela conduit forcément à des injustices, des spectacles de qualité passant chaque année hors des radars de la presse. Dans cet écosystème du « off », les médias sont notamment influencés par le travail des attachés de presse qu’ils côtoient le reste de l’année à Paris. Ces dernières années, de plus en plus d’avant-premières sont proposées aux journalistes dès la fin du printemps. Cela leur permet de s’avancer sur leur programme et d’anticiper la publication de listes de recommandations dès les premiers jours du Festival.

 

Mais cette tendance a ses revers : il pousse le public à réserver de plus en plus tôt et favorise les compagnies ayant les moyens de s’adjoindre une ou un attaché de presse. Or, selon une enquête réalisée par l’AF&C, seules 30 % des compagnies ont engagé une ou un attaché de presse et/ou une ou un chargé de diffusion externe.

Grande variété artistique

Néanmoins, les succès du « off » 2025 reflètent la grande variété artistique de ce rendez-vous hors norme. Qu’il s’agisse de créations contemporaines comme Annette, de Clémentine Colpin, ou Made in France, de Samuel Valensi et Paul-Eloi Forget ; de théâtre documentaire tel que Fast, d’Olivier Lenel et Didier Poiteaux sur les ravages de la fast-fashion ; de classiques revisités (Ubu président adapté par Mohamed Kacimi, L’Illusion comique mis en scène par Frédéric Cherboeuf) ; d’épopée historique (Cléopâtre. La reine louve, d’Eric Bouvron) ; de seuls-en-scène intimes (Michaël Hirsch, Mickaël Délis, etc.), toutes ces propositions, pour ne citer qu’elles, ont fait rapidement le plein.

 

 

 

Attirant plus de 2 500 professionnels du spectacle vivant (programmateurs, diffuseurs, représentants de collectivités territoriales, etc.), le « off » est devenu un passage obligé aussi bien pour les compagnies émergentes que pour les producteurs déjà bien installés pour lesquels Avignon constitue une rampe de lancement avant une exploitation parisienne. En apparence, il y a une forme de paradoxe entre la vitalité de ce Festival et les contraintes actuelles de la filière du spectacle vivant confrontée aux coupes budgétaires des collectivités et aux difficultés de diffusion. Dans ce contexte, l’effet entonnoir du « off » ne cesse de croître. Il faut y être pour espérer décrocher des dates de tournées en France.

 

 

 

Selon l’enquête menée par AF&C, 78 % des spectacles ne bénéficient pas de subventions publiques. Et les retombées de leur participation au Festival ne sont pas mirobolantes. Ainsi, 80 % des compagnies obtiennent entre zéro et cinq dates de tournée et environ 10 % entre cinq et quinze. Quant au prix de cession, il est très majoritairement inférieur à 4 000 euros par représentation. Alors que le « off » fêtera en 2026 son 60e anniversaire, des « assises nationales de la diffusion » vont être mises en place par l’association.

 

 

Lire le bilan : Article réservé à nos abonnés Au Festival d’Avignon, une 79ᵉ édition entre émotions et fragilités
 
 

Sandrine Blanchard (Avignon, envoyée spéciale) / LE MONDE

 

 

Légende photo :  Les affiches du Festival « off » d’Avignon, le 7 juillet 2025. ADÈLE BOSSARD/RADIO FRANCE/MAXPPP

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July 22, 2025 4:06 PM
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Avignon off : lumière de Linda Chaïb

Avignon off : lumière de Linda Chaïb | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par  Armelle Héliot dans son blog - 13 juillet 2025

 

Elle a écrit et interprète ce texte très personnel, Mon père, cet arabe. Monologue moiré d’émotions et d’humour, dans une mise en scène de Kheireddine Lardjam.

 

Sanglée dans un imperméable, petit sac à main, cheveux relevés en chignon chic, elle est à cour. Au milieu du petit plateau d’Artéphile, très bonne adresse, se dresse un mannequin grand qui porte une robe belle et inspirée beaux vêtements d’Afrique du Nord. Parfois, la narratrice se perchera derrière, offrant son visage à la haute silhouette.

 

Cette narratrice est une jeune femme de notre temps que l’on connaît car elle est une artiste reconnue pour son art, sa sensibilité, sa personnalité forte.

 

Linda Chaïb est là, si douce et si forte en même temps. Elle possède un très joli timbre, musical et nuancé. Elle nous regarde droit dans les yeux, si l’on peut dire. Elle s’adresse à nous, spectateurs attentifs, Son regard est ferme, sans faiblesse, mais on y devine une pudeur extrême que, parfois, elle doit oublier.

Car elle parle d’elle, de son père. On l’a vue au cinéma, au théâtre,, mais c’est la première fois qu’elle écrit. Parlant de son père, elle parle de sa vie. Elle témoigne. Avec ses soeurs, elles ont été des adolescentes rêvant de sortir le soir, malgré les interdictions paternelles. Au coeur de ce monologue dans lequel elle se livre, précautionneuse, car il s’agit de ne blesser personne, il y a des scènes cocasses que l’on « voit » littéralement.

 

Elle a beaucoup d’esprit, Linda Chaïb. Une tenue. Une grâce. On pense parfois à Ariane Ascaride. Deux femmes libres, deux femmes de Méditerranée.

 

Sous son imper, la belle narratrice porte une robe noire qui lui va très bien. Qu’en aurait dit son père ? Un homme sobre, bon, franc, mais avec ses règles, ses raideurs, ses rugosités. Ses erreurs, sans doute. Mais il y a de l’aristocratie en cet homme. C’est ce que révèle Linda Chaïb dans ce texte irrigué de sa vie, de son passé et de ses espérance. Un des très beaux moments du off, cet été.

 

 

Théâtre Artéphile, 7 rue du Bourg-Neuf, à 17h05. Durée 1h15. Relâche les dimanches, 13 (aujourd’hui) et 20 juillet.

 

Armelle Héliot 

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July 21, 2025 4:47 PM
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Godot attendait Osinski | La critique de Jean-Pierre Thibaudat 

Godot attendait Osinski | La critique de Jean-Pierre Thibaudat  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié le 15 juillet 2025 par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog

 

 

Il y a trente ans, Jacques Osinski créait son premier spectacle d’après La faim de Knut Hamsun avec un certain Denis Lavant. Au fil des années, ils devaient se retrouver plusieurs fois autour des textes de Beckett. C’était encore le cas la saison dernière avec Fin de partie (lire ici). Et donc, cette année, avec En attendant Godot. Denis Lavant dans le rôle de Vladimir dit Didi et Jacques Bonnaffé dans celui d’Estragon dit Gogo, deux vagabonds qui n’en finissent pas de ne pas se séparer et qui attendent un certain Godot qu’ils attendront encore à la fin de la pièce.

La pièce En attendant Godot a été publiée en 1952 aux Entions de Minuit ( comme tous les textes de Beckett) et,depuis, souvent rééditée avec en couverture une image reprise de la mise en scène de Roger Blin qui créa la pièce dans un petit théâtre parisien aujourd’hui disparu. La pièce, traduite dans bien des langues, a été jouée, et reste toujours jouée, de par le monde, sur une multitude de scènes. En France, Jean-Pierre Vincent puis , plus récemment Alain Françon l’ont servie avec force.

Comme Françon, Osinski part non de la version publiée en France mais d’une version dite de Saint Quentin dans une mise en scène de Walter Asmus, version reprenant la mise en scène signée par Beckett lui-même en 1975 au Schiller théâtre de Berlin et où Asmus était son assistant. Beckett assista aux répétitions de son ancien assistant, modifia quelque peu le texte ( ajoutant « de la chair aux os » aux dires des acteurs) et plusieurs didascalies. Ainsi, au tout début de la pièce, Beckett note : «  Estragon est sur le sol. Il appartient à la pierre. Vladimir est lumière. Il est orienté vers le ciel. Il appartient à l’arbre ».

Estragon (Denis Lavant) est donc assis sur une pierre, il essaie d’ôter son soulier. Plus loin, se tient Vladimir (Jacques Bonnaffé), non loin de l’ arbre aux branches nues. Au deuxième acte, l’arbre sera pourvu de « quelques feuilles » . « J’aime cette attention que Beckett porte aux éléments : minéral (pierre), végétal (arbre), animal (homme). Il y a quelque chose de très concret, très terrien qui m’intéresse, j’ai envie de partir de ça pour mettre en scène Godot » note Osinski.

Je ne sais pas si Lavant et Bonnaffé ont déjà joué ensemble, l’un terrien, l’autre plus aérien, ils font merveilleusement la paire. Plus tard, apparaîtront Pozzo (Aurélien Recoing qui fut proche de Vitez ) tenant au bout d’une corde son serviteur, esclave soumis, Lucky (Jean François Lapalus qui appartenait à la troupe du TNS dans les années Vincent). Le dernier et éphémère personnage, un enfant, apparaît en impression virtuelle, informant Estragon et Vladimir que « monsieur Godot » ne viendra pas le soir. Personnages moins éphémères, Pozzo et Lucky, gardent un part de leur mystère quant à leur identité et à leur relation, l’un tenant l’autre par une corde. Ils quitteront la scène laissant seuls Estragon et Vladimir lesquels  pour finir, disent vouloir partir et ne bougent pas. La force d’Osinski est là : loin d’expliquer ces quatre personnages, il .en accentue progressivement l’ insaisissable mystère. 

 

 

Jean-Pierre Thibaudat 

 


Avignon off, au Théâtre des Halles, 21h jusqu’au 26 juillet. Puis tournée : le 27 juil au festival de Figeac, le 29 juil  au festival Beckett à Roussillon et la saison prochaine du 25 mars au 3 mai au Théâtre de l’Atelier à Paris. .

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July 18, 2025 5:03 PM
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Festival d’Avignon, jour 14 : un événement à plus d’un titre 

Festival d’Avignon, jour 14 : un événement à plus d’un titre  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Chronique du Festival d'Avignon par Libération - Le 18 juillet 2025

 

Les excès ont été cadrés (pour des raisons de respect du voisinage comme dans un souci écologique) mais l’affiche reste un élément central du Festival d’Avignon. Placards d’affiches, amoncellement d’affiches, déversement torrentiel d’affiches, sur les murs ou le long des poteaux, pour vanter les spectacles du Off, les fauchés accrochant leur flyer format carte postale à l’agrafeuse sur les pancartes des plus fortunés. En pressant le pas d’un théâtre à l’autre, un titre de spectacle nous accroche, deux autres lus trop vite n’en font plus qu’un (le Horla d’Annie Ernaux ?), on imagine aussi le brainstorming pour se démarquer dans une concurrence acérée (1 724 spectacles cette année dans le Off, tout de même). Il y a les intrigants (la Sœur de Jésus-Christ, Au-delà de la pénétration) et ceux qui ne mettent pas toutes les chances de leur côté, c’est courageux : Pôvre Vieille Démocrasseuse, Pourquoi je ne suis pas en haut de l’affiche, Rossignol à la langue pourrie, Je me petit-suicide au chocolat ou encore Noir, Juif et Borgne (non là on triche, c’est un spectacle sur Sammy Davis Jr). Il y a les multiples spectacles à prénom (Annette, Alexeï et Yulia, Frantz…) et ceux qui nous rappelle qu’on a oublié notre rendez-vous chez le dermato (la Peau des autres, Dans le silence des paumes, Une peau plus loin). Et nos préférés, les petits malins qui tentent de piquer des lecteurs à Katherine Pancol : la Lente et Difficile Agonie du crapaud buffle sur le socle patriarcal ou le Chemin du wombat au nez poilu.

 

Les spectacles du jour

On adore

Le Soulier de satin, par la Comédie-Française, mise en scène d’Eric Ruf. Découverte cet hiver lors de sa création à la Comédie-Française, la mise en scène magnifie l’œuvre de Paul Claudel grâce à de grandes toiles peintes esquissant paysages marins et ciels picturaux, et aux costumes démesurés signés Christian Lacroix. Un voyage de huit heures dans la nuit de la Cour d’honneur. Retrouver notre critique.

Du 19 au 25 juillet à 22h00 à la Cour d’honneur du palais des Papes (8 heures avec entractes).

 

 

Rinse d’Amrita Hepi et Mish Grigor. La danseuse d’origine australienne, aux racines autochtones néo-zélandaises, revient aux gestes d’avant son apprentissage de la danse. Notre critique.

On aime

Quelle Aurore, de Soa Ratsifandrihana. Dans une performance sur tapis de course, la chorégraphe accompagnée de la chanteuse Bonnie Banane fait monter le cardio en s’inspirant du défilement des contenus des réseaux sociaux. Lire notre critique.
Quelle Aurore de Soa Ratsifandrihana, avec Bonnie Banane. Dans le cadre de «Vive le Sujet» (série 2). Jusqu’au 19 juillet à 10h30 et 18h00 au JArdin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph.

L’interview fournaise

Christian Lacroix. Le couturier habille les personnages du Soulier de satin de Paul Claudel, mis en scène par Eric Ruf. Ses costumes-monde déambuleront, de nuit, huit heures durant, dans la Cour d’honneur du palais des Papes, pour les six représentations de la pièce. «Il n’y a rien de plus triste qu’un costume “qui ne joue pas”»

Les coulisses

 

Ce samedi, le jeune chorégraphe Némo Flouret dont on avait beaucoup aimé le dernier spectacle présentera sa nouvelle création pour Avignon Derniers Feux. Lundi, Taire, de Tamara Al Saadi, Antigone au pays de l’aide sociale à l’enfance, fera sa première à Avignon.

Légende photo : «Rinse» d'Amrita Hepi et «le Soulier de satin» d'Eric Ruf. (Christophe Raynaud de Lage ; Jean-Louis Fernandez)
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Avignon OFF 2025 (1): À quelques centimètres de la vérité…

Avignon OFF 2025 (1): À quelques centimètres de la vérité… | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Thierry Jallet dans Wanderer - 9 juillet 2025

 


L'enfant de verre, de Léonore Confino et Géraldine Martineau, Présence Pasteur, Avignon OFF 2025 


Avignon OFF 2025 : À quelques centimètres de la vérité…

 

Avignon, Festival OFF, Présence Pasteur, Salle Pasteur, dimanche 6 juillet, 14h20
 
 

Alors que le Festival d’Avignon s’ouvre en ce premier week-end de juillet, Wanderer reprend ses déambulations allant d’une salle à l’autre, commençant cette année par des spectacles dans le Off qui ont retenu l’attention. C’est à Présence Pasteur que nous nous arrêtons donc pour voir L’Enfant de verre de Léonore Confino et Géraldine Martineau, dans une mise en scène d’Alain Batis avec la compagnie La Mandarine Blanche. On connaît bien les textes de Léonore Confino depuis l’écriture de Building et de Ring en 2011 où, se fondant sur ses observations et sur son vécu personnel, elle traçait déjà finement les contours d’une réalité absurde autant dans le monde de l’entreprise qu’au sein du couple. « Main dans la main » avec Alain Batis, ils abordent ici les non-dits familiaux, les secrets enfouis, défendus au fil des générations, ces fardeaux souvent si lourds à porter dans un silence assourdissant, douloureux, et qui rend chacun, chacune, complice par héritage en quelque sorte. Dans ce projet, ils ont ensuite été rejoints par Géraldine Martineau et sept formidables artistes au plateau déroulant une fable délicate – comme le verre – montrant les corps en mouvement, en jeu, portés par la musique et un texte aux accents poétiques et écrit au cordeau. C’est qu’il y a de l’enchantement dans certaines épiphanies, même parmi les plus douloureuses. Nous en rendons compte ici. 

Un après-midi sous les nuages et quelques gouttes de pluie est un moment rare pour un premier dimanche de Festival. Il règne dans la cour de Présence Pasteur une effervescence, un enthousiasme contagieux. Les équipes comme les premiers festivaliers sont réjouis. Et le sourire de Léonore Confino qui nous accueille ne dément pas cette joie. Nous pénétrons donc dans la salle et nous installons dans les gradins presque pleins, avec curiosité et entrain pour ce tout premier spectacle auquel nous assistons.

 

 

Le plateau est recouvert d’une toile blanche plissée – une évocation de l’écume, ou encore du sable, celui qui est constitutif du verre peut-être. Un peu derrière, au lointain, on perçoit de fins panneaux inspirés des travaux de Dan Graham, à l’aspect d’abord réfléchissant qui renvoient une image déformée du public – comme une invitation discrète déjà à regarder notre propre histoire, qui sait ? Tout commence « quelque part dans les mers du Nord », un soir de tempête où le vent mugit et où les vagues s’écrasent avec fracas contre les falaises. Des visages apparaissent derrière les panneaux devenus translucides, faiblement éclairés par une lumière bleutée et tremblante, laissant voir une famille à la recherche de la fille cadette qui a disparu. L’écho des voix porte en résonance quelque chose de cauchemardesque. « Il faut retrouver Liv ». La phrase, simple en apparence, exprime d’emblée une urgence, une nécessité absolue pour la disparue comme pour les siens. La retrouver, le verbaliser apparaît comme l’enjeu d’un retour impérieux à la lumière à travers les panneaux. En chacun, en chacune. « La résilience, j’en ai rien à foutre » dit l’une d’entre eux – perdre Liv n’est par conséquent absolument pas envisageable. La musique pulsatile accompagne cette recherche immobile et paradoxalement si affolée, si haletante. De celles qu’accompagne l’emballement du muscle cardiaque pour une question de survie.

Soudain, lumières sur le plateau surplombé d’un lustre en cristal – emblème discret de cette translucidité finement ciselée, dure et pourtant si cassable, suspendue depuis les cintres. Les parents, Frederik et Esther, accueillent des invités pour le mariage de leur fille aînée, face aux spectateurs – certainement promus convives de la noce. Hella se marie avec Nino qui semble avoir tout du gendre parfait. On distribue des sourires, on formule des phrases convenues. Esther – formidable Delphine Cogniard – lâche : « J’ignore pourquoi, j’ai l’impression de ne pas être moi-même ». Cette ouverture en trompe‑l’œil ne trompe presque pas en définitive. Les meubles sont transparents hormis la structure qui les tient debout. La pièce montée, elle-même, n’est pas sans rappeler quelque bronze rapporté d’un Huis-clos sartrien déclassé. Tout paraît faux, y compris pour les personnages eux-mêmes conduits rapidement à une étrange introspection. Les habiles découpes et les superbes rasants conçus par Nicolas Gros dessinent cet espace frappé d’« inquiétante étrangeté », manifestation palpable d’une angoisse sous-jacente au cœur de cet univers familial commun, trop insécurisant néanmoins. La danse endiablée dans laquelle toute la famille se jette à corps perdu, est une autre manifestation de cette dissonance. Jouée avec grande subtilité par Sylvia Amato, Anja, la grand-mère qui perd la tête, se déhanche furieusement, toute de rouge vêtue. Mais Esther vacille sous les yeux du public qui la voit peu à peu plonger dans une crise paralysante, interrompant subitement la fête. Les invités sont renvoyés. La mère est étourdie, tendue, incapable de dire pourquoi : sa maladie nerveuse l’éreinte, éreinte tout le monde – comme le montrent les scènes de flash-back où Frederik amène les filles à la plage pour la laisser se reposer, celle où il va jusqu’à s’emporter contre elle, impuissant devant ce mouvement dévastateur qui emporte la famille au cœur d’un tourbillon invisible et redoutable. C’est aussi au cours d’une de ces scènes que l’on découvre comment Nino – Mathieu Saccucci au jeu mesuré et troublant – est entré dans la famille en livrant les médicaments à Esther. De même, on comprend comment il rencontre Hella qui a simplement le même âge que lui – le coup de foudre ne semble pas instantanément avoir eu lieu…

Un lien solide unit les femmes de la famille qui se le passent les unes aux autres : c’est une mésange en verre que la mère d’Anja lui a laissée avant de partir sans jamais plus revenir. Et cet objet dont on devine immédiatement la forte charge symbolique se transmet de mère en fille, se transmet entre sœurs. Il n’est pas garant d’un savoir-faire traditionnel, pas davantage porteur de puissance. Il est transparent, dur, cassant, fait de ce sable balayé par le vent sur les plages des mers du Nord et que Pio transforme en verre, comme son grand-père avant lui. Il est conservé au cœur de la nuit et on le perçoit derrière le panneau central rendu à peine translucide : Liv –  Yasmine Haller, merveilleuse dans ce rôle – le soulève alors qu’elle au lit. Il est la beauté mais surtout le mystère, qui tient à distance des mots aux vertus libératrices rendus atones. Il est le gage de l’enfermement dans le silence, du maintien dans l’ombre. Surgie du texte de Léonore Confino et Géraldine Martineau, cette image d’une grande force évocatrice est brillante et donne au spectacle une dimension allégorique aussi gracieuse que signifiante.

 

 

Le lendemain des noces cependant, Liv qui est manifestement très troublée, fait comprendre – sans le dire distinctement, les mots sont encore empêchés – qu’elle a cassé la mésange de verre au cours de la nuit. Que s’est-il passé ? On le découvrira de manière feutrée, derrière les panneaux translucides, dans une lumière faible et blafarde. Liv a désormais un secret elle aussi – un nouveau secret dans la famille où ce silence reste une valeur cardinale très résistante. Cependant, avec le soutien de Pio, le seul à voir les morceaux de verre dans la plaie qui « s’infecte », elle va réussir à parler. Un peu d’abord mais on ne la comprend pas. Pio sent pourtant qu’elle « [tait] quelque chose de grave ».

Et c’est alors que le Vieux Souffleur – formidable marionnette sur un fauteuil roulant, manipulée par Anthony Davy qui interprète justement Pio, son petit-fils – révèle le secret de la mésange lié à la disparition de la mère d’Anja. Ainsi, on mesure le poids de cette terrible disparition dans l’histoire familiale au cours de cette scène formidablement jouée. Et comme la parole a jailli, rien ne semble désormais pouvoir l’arrêter. Liv a disparu mais tous la recherchent. L’habile composition dramaturgique de la pièce permet de revenir à ce qui a ouvert le spectacle : l’énigme se résout progressivement – les phrases qui étaient tues sont désormais audibles. L’écheveau se sera dénoué au fil des ruptures narratives, des retours en arrière, des discrets effets d’annonce – Anja quittant sa perruque après le mariage, visible derrière un panneau, ne laisse-t-elle pas entendre d’une certaine façon que la vérité ne sera pas toujours cachée ? Au fil des ellipses aussi car le creux est un endroit essentiel à la fable ici. L’angle (presque) mort recèle la vérité qu’on ne cesse de frôler. Jusqu’à la révélation finale. Jusqu’à la parole de Liv et jusqu’à la fuite coupable de Nino dans la forêt – lieu sombre et menaçant des contes – comme dans une damnation infinie. L’enfant de verre n’est plus, l’urgence de dire non plus, les secrets se sont évanouis. Reste Liv, une autre mésange de chair et d’os, porteuse d’une parole, d’un bonheur que tous entourent étroitement.

On sort ébloui de ce spectacle d’un grand raffinement dans sa dimension plastique, porté par des comédiens à couper le souffle – avec une mention spéciale pour Yasmine Haller, époustouflante. La mise en scène d’Alain Batis transpose avec beaucoup de rigueur et de justesse le texte, comme un exemple tout à fait probant d’un compagnonnage réussi entre les artistes qui ont vraiment « pris le risque de la beauté ». Pour faire entendre l’impossibilité de la parole. Pour dire qu’en brisant le silence de verre, la vérité aussi insupportable soit-elle, n’est jamais loin. Qu’il faut parfois l’affronter sans attendre davantage et que les mots dessus permettent sans doute d’y parvenir un peu plus.

 

 
Légende photo : La mésange de verre entre les mains de Pio (Anthony Davy)
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July 18, 2025 7:04 AM
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Avignon OFF 2025 : Pères, impasses et manques

Avignon OFF 2025 : Pères, impasses et manques | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Thierry Jallet dans Wanderer Publié le 10 juillet 2025

 


Les Paillettes de leur vie ou la Paix déménage, de et avec Mickaël Délis, Théâtre Avignon – Reine Blanche, Avignon OFF 2025 

 

 

Avignon, Théâtre Avignon – Reine Blanche, dimanche 6 juillet 2025 à 21h30.
 

Clap de fin pour la Trilogie du Troisième Type de Mickaël Délis avec son dernier opus que nous nous sommes empressés d’aller voir dès les premiers jours du Festival, toujours au Théâtre Avignon – Reine Blanche. Après Le Premier Sexe dans lequel il s’attache au genre masculin puis La Fête du Slip qui aborde le sexe des hommes  et le « pipo de la puissance » qui y est associé, le formidable  comédien, aux textes toujours ciselés, s’intéresse enfin à la filiation et à la paternité pour achever son cycle. C’est donc un dernier spectacle un peu plus émouvant, un peu plus grave, qui révèle encore l’incroyable artiste qu’il est et qui semble avoir mûri jusqu’à ce dernier seul en scène. On retrouve son sens de la formule qui fait mouche, les personnages qui sont désormais familiers pour le public, sa fantaisie naturelle mais ici, la matière autofictionnelle se nourrit davantage du réel et de ses ombres qui traversent tout un chacun. Les Paillettes nous font tourner avec lui vers ce qui nous survit, vers les inquiétudes, les doutes que cela engendre. De surcroît, être père ne semble pas vraiment aller de soi pour un homosexuel qui en éprouve le désir. La route est souvent longue et pleine d’obstacles aux effets dissuasifs, surtout lorsqu’on passe la quarantaine. Ces zones d’ombre peuvent pousser au renoncement, a fortiori quand elles ont également trait à sa propre histoire familiale. Bien sûr, nous avons été emportés une fois de plus par l’acteur virevoltant. Mais nous avons été émus aussi par une sensibilité nouvelle qui affleure tout au long de ce dernier spectacle. 

 

Après avoir patienté dans le hall, le public attentif au signal du personnel, avance vers la salle, billet en main. Une fois le QR code reconnu, on peut alors entrer. Certains spectateurs sont déjà en salle puisqu’ils ont assisté à l’une, si ce n’est aux deux précédentes représentations qui ont permis de voir le début de la Trilogie du Troisième Type dans l’ordre. En ce premier week-end de festival, tous sont là pour voir Mickaël Délis dont ils connaissent le travail, comme les bribes de conversations entendues çà et là le confirment. Ce troisième volet à valeur conclusive pour le cycle commencé il y a deux ans, suscite un grand intérêt et à très juste titre. Il reste que l’acteur n’est pas encore arrivé : on remarque seulement de gros confettis rectangulaires blancs disposés en tas au centre de la scène.

 

 

C’est alors qu’il entre, tout de noir vêtu, portant une espèce de surchemise blanche attachée dans le dos. Il s’installe parmi les spectateurs, sur un tabouret haut, face à la scène. « Ouh là, y’a vachement de monde dans cet hôpital ! » La phrase amuse autant qu’elle désarçonne. Où nous trouvons-nous ? Les réponses ne tardent pas à arriver. La scène prend place dans un service hospitalier réservé au don de sperme. Il va bien être question de la semence masculine et de sa conservation par cryogénie – les fameuses « paillettes ».

 

Mickaël Délis fait décidément le tour de son sujet ouvert deux ans plus tôt avec Le Premier Sexe. Il endosse encore tous les rôles – y compris le sien – avec une lisibilité parfaite qu’on lui connaît parfaitement. Les personnages qu’on croise dans son parcours sont suffisamment typés pour être identifiés et véhiculent la force comique du spectacle, révélant l’absurdité des entraves du quotidien, les travers des proches égratignés affectueusement, les propres impasses et tourments que le comédien affronte ainsi sans doute – le théâtre, cet « espace où il est encore possible de réfléchir devant et avec les autres », comme le dit Georges Lavaudant.

 

S'exposer sous les projecteurs

 

C’est pourquoi on rencontre l’infirmière brute de décoffrage qui fait exploser un canon à confettis au moment de son souhait de faire un don de sperme ; on croise les couples de proches – mélanges subtils et fantaisistes de vécu et de fiction – avec les mamans un peu égarées (« PMA dans l’Ohio. GPA ? GPRD »), les papas un peu dépassés (« Ça se joue ailleurs pour le père ils disent en consult’, mais moi, j’ai pas encore trouvé où c’était, l’ailleurs… ») ; on croise le médecin du CECOS – Centre d’Étude et de Conservation des Œufs et du Sperme humain, pareil acronyme ne s’invente pas – qui « est APMS. Assez particulière mais sympa » ; on retrouve le docteur Jean-Daniel Deeck (à prononcer à l’anglaise évidemment) dans une nouvelle drôlissime démonstration au tableau – schéma des testicules à l’appui – convoquant en vrac données scientifiques et analogies entre la biologie, le MEDEF, Aristote, l’histoire, la pornographie, tout cela afin de rendre le propos des plus explicites, avec la même redoutable efficacité que dans les deux précédents spectacles.

 

Le professeur Jean-Daniel Deek et son balai-néon

 

Enfin, on reconnaît bien sûr les proches : sa mère aux inflexions de voix et à la gestuelle si reconnaissable dans son raffinement et son incorrigible tabagisme ; son frère jumeau, David « Dadou » qui ne l’épargne pas (Allez… Psychologie Magazine nous prépare un nouvel édito… ») comme un autre double de soi-même dont le théâtre permet de faire entendre les rudoiements à voix haute ; Lorenzo, l’ancien amant italien, d’abord acteur de film X puis pâtissier, qui le réconforte en lui préparant un tiramisu (« Remonte-moi ») et lui parle de sa propre future paternité en faisant  la bibliographie de [ses] spectacles. « Si c’est pas marrant la vità des fois ».

 

Des fois, oui. Mais des fois non car la Paix déménage justement. Il y a aussi le père et le séisme de l’abandon ressenti par toutes et tous dans la famille. La solitude qui s’installe et ne dit pas son nom. La violence de l’événement par-delà les années qui laisse sédimenter les doutes sur soi, sur sa capacité à être père soi-même, à procréer, même pour autrui. Dans Les Paillettes de leur vie, la tonalité se voile par moments d’une certaine mélancolie qui ne semble jamais trop quitter le joyeux comédien. Les fêlures persistent et on entend en creux le besoin de la scène pour les travestir suffisamment dans le champ autofictionnel afin de les supporter. Alors, le sourire s’efface y compris chez le spectateur. Des fois, è così, pourrait dire Lorenzo.

 

 

« Y’a rien de plus galère qu’être papa quand t’es pédé. » Cette phrase prononcée au début du spectacle porte en substance le propos des Paillettes. Être père, être père homosexuel, être père dans l’ombre plus ou moins massive, plus ou moins transparente de son propre père, voilà ce que ce dernier opus aborde frontalement. Et ce sont autant de tempêtes sous un crâne que nous partageons avec Mickaël Délis, au fil du spectacle qui se déploie d’une séquence à l’autre, toujours sur le fil de l’émotion, jamais trop loin quand même d’une drôlerie qui désamorce même partiellement l’angoisse – celle de l’acteur autant que la nôtre très certainement.

 

 

Puis, il y a l’absence définitive que la mort impose inéluctablement. C’est une chose de voir partir son père pour une autre vie, avec une autre femme, loin de soi, de sa mère dévastée. Autant d’impacts qui laissent assurément des blessures longues à se refermer. C’en est une autre de vivre le deuil avec ces béances et son autre lot d’incertitudes sur soi. Bien sûr, le comédien convoque ses personnages qui nous sont devenus familiers, des éléments scéniques tout aussi reconnaissables (le tissu blanc modulable, le néon lumineux qui fait office de manche à balai…) mais, avec lui, à l’occasion de cette conclusion au rythme toujours aussi enlevé, nous franchissons un autre seuil, peut-être plus intime, plus émouvant, ouvrant sur les peurs qui nous habitent tous. Toujours aussi montaignien – son inspiration dans l’ancrage bordelais ? – Mickaël Délis fait de lui « la matière » de son spectacle, plus que jamais. Et on l’y voit « tout entier et tout nu » finalement. Cette démarche artistique est tout à fait remarquable tant l’acteur ouvrant sa propre boîte de Pandore, nous invite dans un reflet spéculaire à faire de même, avec une subtilité propre à lui.

Le spectacle est ici encore très écrit, charpenté avec rigueur et sa composition épouse avec justesse la courbe descendante de l’existence. Cela n’empêche évidemment pas le comique mais la gravité qu’il recèle toujours, scintille ici sous les paillettes. À l’aide des paillettes. Le corps du danseur qui n’est jamais loin, engagé dans une partition véritablement chorégraphique, exprime également tout cela avec beaucoup de grâce. On garde, par exemple, l’image – sublime – de Mickaël Délis exécutant des mouvements circulaires et emportant en l’air les paillettes au sol qui se soulèvent et volettent autour de lui, sous la lumière douce des projecteurs, comme un probable écho à ce besoin d’envoyer valser les inquiétudes.

 

Coup de balai en public

 

Ce dernier voler aurait dû s’achever sur un premier noir au plateau mais la vie en décide quelquefois autrement. Dans un épilogue tout en pudeur, l’acteur évoque la disparition brutale de la figure tutélaire qui a dominé sa trilogie. L’absence soudaine de cette mère si présente conduit à regarder lucidement ce qu’elle lui laisse dans un dialogue imaginaire plein d’une tendresse qui fait briller les yeux : « un courage épatant, une liberté insolente et un amour qui déborde pour le monde entier ». L’hommage n’exclut pas la pudeur mais on sent vibrer le cœur de l’artiste pour celle qui est, sera « toujours là » et qui « danse ». Il était une fois, l’homo… Il était une fois, l’homme… Mickaël Délis nous a raconté un peu de notre histoire.

 

 

Crédits photo : © Pascal Gély/Hans Lucas
 
 
 

 

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July 17, 2025 10:41 AM
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Festival Off Avignon 2025 : notre nouvelle sélection de spectacles à ne pas manquer 

Festival Off Avignon 2025 : notre nouvelle sélection de spectacles à ne pas manquer  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par le service Culture de Libération - 17 juillet 2025

 

L’équipe théâtre de «Libé» vous aide à vous y retrouver parmi les 1 724 spectacles du off. Du dancefloor aux lycées en passant par l’industrie musicale, sélection de 10 spectacles.

 

Du 5 au 26 juillet, 1 724 représentations proposées par 1 347 compagnies sont jouées dans quelque 139 théâtres (éphémères ou permanents) du off du Festival d’Avignon. Des chiffres qui font tourner la tête. Comment faire son choix dans cette offre pléthorique ? Il y a les affiches collées sur les grilles et poteaux de la ville, les discussions directes avec les artistes qui sillonnent les rues pour convaincre que leurs spectacles valent le coup d’œil, mais aussi la nouvelle sélection de l’équipe théâtre de Libé que voici.

 

 

«L’ouvrir», le génie lesbien de Morgan·e Janoir

 
 

Le metteur en scène raconte avec finesse, par la voix et le chant de Pauline Legoëdec, les hésitations qui précèdent le plongeon avant un coming out. Au fil de la pièce, les corps changent, se mettent à danser, à s’habiller autrement, à raconter de nouveaux modes de vie. Il est difficile de décrire en si peu de temps (une heure !) la joie immense que représente cette liberté que le personnage d’Alex s’accorde.

 

Jusqu’au 24 juillet à 11h45, Théâtre 11 Avignon, 11, boulevard Raspail (84 000). Une heure.

 

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«Album» de Lola Molina et Lélio Plotton

 

Le sol c’est de la terre, ou du gravier, sur lequel il s’avance pieds nus, en costume et chemise noire, le micro à la main. Laurent Sauvage est le centre d’Album,texte-poème écrit sur mesure par Lola Molina et Lélio Plotton à la mise en scène, qui l’imaginent en rocker, punk si on veut révolté par l’industrie musicale.

 

Album de Lola Molina, mise en scène Lélio Plotton, à La Manufacture, Festival off Avignon, jusqu’au 22 juillet. Texte édité aux éditions Théâtrales

 

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«Fast», d’Olivier Lenel et Didier Poiteaux

 

C’est quand même la grande question : comment proposer du théâtre documentaire sans que le sujet l’emporte sur l’émotion ? Comment soutenir un propos politique sans faire passer une œuvre artistique pour une conférence TED ? Au Théâtre des Doms, vitrine de la scène belge francophone, le duo formé par Olivier Lenel et Didier Poiteaux met les pieds dans le plat de la fast fashion avec une autodérision bienvenue.

 

Fast- Festival OFF d’Avignon, Théâtre des Doms, 1 bis rue des Escaliers Sainte-Anne (84000). A 10h30 jusqu’au 26 juillet, relâche les mercredis 16 et 23 juillet.

 

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«L’Evénement» de Joëlle Fontannaz

Après tout, pourquoi faudrait-il qu’une pièce de théâtre soit composée de répliques qui se suivent ? Dans l’Evénementles trois comédiens s’expriment tous en même temps, par écho et par vagues, et c’est très drôle. Où il est question de l’incendie du four à pain d’une communauté new age, adepte du yoga et de la pleine conscience.

 

Jusqu’au 20 juillet à la Manufacture à 18h15 (durée 1h15). Dans la sélection suisse.

 

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«Azira’i», de Zahy Tentehar

 
 

Il y a au moins une actrice fantastique et inconnue dans nos contrées que le Off permet de découvrir. C’est Zahy Tentehar, jeune actrice autochtone, originaire du village de Cana Brava dans le nord-est du Brésil. Chanteuse, danseuse, Zahy Tentehar, qui est la première actrice autochtone à avoir remporté le prix Shell, le prix de théâtre le plus prestigieux au Brésil- raconte son enfance auprès d’une mère chamane, qui ne s’habitue pas à sa migration en ville. Un seul en scène où l’on apprend à parler de Ee’enge eté et où l’on s’aperçoit que qui que l’on soit, d’où qu’on vienne, sa mère reste pour chacun le plus grand des mystères. Fascinant et bouleversant.

 

Azira’i, mis en scène par Zahy Tentehar avec l’aide de Duda Rios jusqu’au 13 juillet à la Manufacture à 17 h 25 (relâche le 10 juillet).

 

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«Annette», de Clémentine Colpin

 
 

Elle, c’est Annette Baussart, 75 ans, au centre de la pièce que lui consacre Clémentine Colpin.Une vie de femme qui se raconte. Programmée pour être épouse, mère, et prolo, Annette aura tout fait dévier, avec une conscience qui force le respect. « Annette », c’est la joie de vivre d’un corps en révolution.

 

Annette de Clémentine Colpin au Théâtre des Doms, festival Off jusqu’au 26 juillet.

 

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«Décoloniser le dancefloor», de Habibitch

 
 

Avec sa conférence dansée «Décoloniser le dancefloor», Habibitch propose de mettre en PLS n’importe quel élu de notre actuel gouvernement en revenant sur les concepts les plus explosifs des dernières décennies : intersectionnalité, appropriation culturelle, décolonisation, féminisme matérialiste… Les termes sont savamment décrits «car oui j’aime les grands A, petits B, petits C, après tout j’ai fait Sciences-Po», lâche-t-elle sur scène.

Décoloniser le dancefloor, Habibitch, jusqu’au 22 juillet au Château de Saint-Chamand, navette 19h15, spectacle 19h40. Relâche le 17 juillet. Retour à Avignon 21h35 en navette.

 

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«Rien n’a jamais empêché l’histoire de bifurquer» d’après Virginie Despentes

C’est un texte fait de petits déplacements, légers, un peu comme des pas de boxe. Il dit par exemple que ce qui est inéluctable ce n’est pas l’ordre du monde tel qu’il est, non, ce qui est inéluctable, c’est le changement. Le spectacle musical mis en scène par Anne Conti donneune nouvelle forme au texte puissant de l’autrice sur nos petites soumissions et surtout sur la possibilité de s’en affranchir.

Rien n’a jamais empêché l’histoire de bifurquer  de Virginie Despentes, mis en scène par Anne Conti, jusqu’au 26 juillet à 18 heures (durée : 1 heure), à la Scierie (relâche les 8, 15 et 22 juillet).

 

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«La neige est blanche» de Marine Mane

La neige est blanche est une pièce légère«Pièce pour une interprète en établissement scolaire» elle doit pouvoir s’implanter dans n’importe quelle salle de lycée. Elle a été pensée pour ça, pour rencontrer un public de l’âge de l’héroïne. Elle est systématiquement suivie d’un moment d’échange après la représentation : et vous, vous feriez quoi ? «Dans les lycées de sport études où nous sommes passées, les jeunes nous ont souvent répondu qu’ils ne préféraient pas y penser, rapporte Galla Naccache-Gauthier. Ils se dirigent souvent vers une carrière de sportifs de haut niveau pour faire plaisir à leurs parents, eux-mêmes anciens champions. Dans les formations de sports de glisse, ils portent aussi toute la pression de leurs profs qui doivent justifier leur existence alors que la neige fond et que comme elle, ils sont voués à disparaître…»

 

 

La neige est blanche jusqu’au 26 juillet à 11 h 00 à Présence Pasteur. Relâche les 8, 15, 22 juillet (50 minutes).

 

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«Le journal de Maïa» de Cédric Orain

 
 

Sur scène, les deux jeunes filles pourraient sortir des pages d’une BD, sautillantes avec leur sac sur le dos (Louise Bénichou et Marion Brest), et tentent de trouver leur voie de collégiennes : faut-il vraiment croire la redoutée prof de français quand elle affirme qu’on peut aimer lire (et du Chateaubriand en plus) ? On a aimé chez Orain cette manière de prendre au sérieux les vagues d’anxiété des ados (un sur deux y serait confronté selon un sondage Ipsos de 2022) sans en faire un drame - seulement une pièce de théâtre. «En quatrième, j’aurais bien aimé moi aussi qu’un spectacle me dise : ce que tu vis, c’est normal et ce n’est pas si grave», répond-il.

 

 

Le journal de Maïa, jusqu’au 24 juillet à 9 h 45 au Théâtre du Train bleu. Relâche les 11 et 18 juillet (50 minutes).

 

 

 

 
Légende photo :  Le journal de Maïa de Cédric Orain  (Photo : Clément Foucard)
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July 17, 2025 3:25 AM
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A Avignon, « L’Abolition des privilèges » poursuit son exceptionnel parcours

A Avignon, « L’Abolition des privilèges » poursuit son exceptionnel parcours | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 16 juillet 2025

 

Proposé dans le « off » du festival, le spectacle, créé en mars 2024 à Villeneuve-d’Ascq pour deux acteurs, connaît un tel succès que trois duos se succèdent désormais à la distribution.

 


https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/07/16/a-avignon-l-abolition-des-privileges-poursuit-son-exceptionnel-parcours_6621650_3246.html

Histoire paradoxale d’un succès qui fait du bien, mais ne protège de rien : l’épopée de L’Abolition des privilèges (adapté et mis en scène par Hugues Duchêne à partir d’un roman de Bertrand Guillot) est l’exemple même d’un projet modeste qui a su rencontrer un large public. La raison de cet engouement ? Sa forme souple et son contenu percutant qui, sous prétexte de retracer une séquence historique, tape au cœur de préoccupations contemporaines.

 

 

 

La fiction ressuscite la nuit du 4 août 1789, au cours de laquelle représentants du tiers état, du clergé et de la noblesse en finissent avec les privilèges et instaurent l’universalité de l’impôt. Une heure quinze de débats jubilatoires que perturbe l’insertion hilarante de thèmes sociétaux tels que le féminisme, le patriarcat ou encore le « wokisme ». « Le roman décrit un bouleversement politique qui renverse un ordre établi depuis quatre cents ans et prouve qu’il est possible de faire advenir du nouveau. Or, de quelle nuit du 4 août rêvons-nous aujourd’hui ? », s’interroge le metteur en scène qui reprend, à sa manière, le flambeau d’illustres prédécesseurs. Ariane Mnouchkine, Sylvain Creuzevault ou Joël Pommerat ont, avant lui, redonné des couleurs à la Révolution française.

 

 

Proposé au Train bleu, dans le « off » d’Avignon, dans un dispositif quadrifrontal, avec deux acteurs au plateau, L’Abolition des privilèges nécessite désormais une triple distribution, les comédiens étant dans l’impossibilité d’assurer les représentations prévues dans les mois à venir. Un premier duo a ouvert le festival, le second l’a relayé du 7 au 17 juillet, le troisième fermera le ban jusqu’à la clôture de la manifestation. Ces trois équipes seront sur le pied de guerre pendant la saison 2025-2026, et c’est là l’heureux karma d’une aventure née il y a un peu plus d’un an.

Quelque chose d’inédit

En mars 2024, lorsque Hugues Duchêne, directeur de la compagnie Le Royal Velours, donne le coup d’envoi de L’Abolition des privilèges au Théâtre de La Rose des vents, à Villeneuve-d’Ascq (Nord), il est loin de se douter de ce qui l’attend. Quelques jours plus tard, à Paris, où le spectacle se reprend dix fois au Théâtre 13, c’est le jackpot : record d’affluence dans la salle. Trois mois plus tard, l’artiste casse la tirelire familiale pour s’offrir un créneau d’exposition dans le « off » du Festival d’Avignon. Le marché est concurrentiel, mais la rumeur, excellente, sait trier le bon grain de l’ivraie. Trois cents professionnels se bousculent à la porte : « Certains n’ont pas pu entrer, ce qui a aiguisé leurs convoitises, dit en souriant le metteur en scène, pas dupe. C’est un spectacle léger et qui ne coûte pas cher : 3 500 euros la session. »

 

 

En octobre 2024, Léa Serror, la directrice de production, l’avertit : il se passe quelque chose d’inédit : les demandes d’accueil affluent de toutes parts, pas question de décliner les sollicitations. Revers de la médaille : Maxime Pambet, le créateur du rôle principal, ne pourra pas être de toutes les soirées. Duchêne monte donc une équipe B, puis, en janvier, une équipe C. Il anticipe à juste titre : entre mars 2024 et juin 2026, L’Abolition des privilèges devrait cumuler 290 dates de représentation. Un nombre « inespéré et fou » dans un laps de temps aussi resserré.

A la croisée des chemins

Cette performance, qui rassure l’intermittent en quête de cachets, ne fait pourtant pas de Hugues Duchêne un homme riche. « Je gagnais mal ma vie, je la gagne un peu mieux, mais sans plus. » D’un point de vue économique, l’opération n’est pas une martingale. Venir à Avignon coûte cher. Location de la salle, logements, repas, voyages, communication : la note grimpe à 54 000 euros (assumée par Le Royal Velours et trois autres partenaires). Pour récupérer l’argent investi, il faut vendre 25 dates du spectacle : « Nous y parviendrons. Mais, une fois amorti le coût avignonnais, ce qui restera dans nos caisses ne suffira pas à financer ma prochaine création. »

 

Pour son futur projet, il a besoin de 140 000 euros. Des coproducteurs ont répondu présent, mais ne peuvent, pour l’heure, préciser le montant de leurs apports. La subvention récemment attribuée par la direction régionale des affaires culturelles des Hauts-de-France (25 000 euros annuels pendant deux ans) et l’aide de la région Hauts-de-France ne suffiront pas à boucler le budget : « Je fais avec les moyens de production du théâtre public, et ils ne sont plus ce qu’ils étaient. » S’il admet malgré tout faire « partie des privilégiés du système », Hugues Duchêne est à la croisée des chemins. Réclamé par les directeurs de théâtre, plébiscité par le public, le succès de L’Abolition des privilèges n’a en rien aboli l’incertitude des lendemains qui tremblent.

 

 

 

L’Abolition des privilèges. D’après Bertrand Guillot. Adaptation et mise en scène : Hugues Duchêne. Train bleu. Avignon Jusqu’au 24 juillet. Distribution : Maxime Pambet en alternance avec Maxime Taffanel et Oscar Montaz ; et Hugues Duchêne en alternance avec Baptiste Dezerces et Matéo Cichacki.

 

 

Joëlle Gayot (Avignon, envoyée spéciale) / LE MONDE

 

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