"Sous le Roi de France François Ier, en 1524, le premier établissement européen [aux Etats-Unis] fut baptisé « Nouvelle Angoulême », puis, un siècle plus tard, le bourg devint possession néerlandaise sous le nom de New Amsterdam.
Amsterdam était alors la première place commerciale et financière du monde, elle avait remplacé Anvers et Gênes, loin devant Londres. Les Provinces Unies (nos Pays-Bas) avaient fait la première révolution de l’histoire moderne, elles étaient en guerre avec l’Espagne de Philippe II, fils de Charles Quint, alors qu’elles appartenaient à l’origine aux Pays-Bas espagnols.
Cette guerre politique était aussi religieuse, les républicains du Nord opposés aux Habsbourg catholiques étaient farouchement calvinistes. Or Amsterdam était le lieu d’élection d’une forte communauté de juifs marranes puis judaïsants, à nouveau venus de la péninsule ibérique, que l’on nommait Portugais.
Ils publiaient un journal fort lu, « La Gazeta d’Amsterdam », ils y fondèrent une « industrie » du livre qui devait inonder l’Europe d’œuvres anti-catholiques et anti-royales, répandant la pensée libertine puis celle des Lumières. Peu à peu des juifs venus d’Allemagne et de l’Est s’agrégèrent. La ville fut surnommée « La Jérusalem du Nord ». C’est cette Jérusalem qui allait essaimer à New York.
Mais n’allons pas si vite. Il faut d’abord noter deux choses : juifs et protestants furent dès l’origine liés dans la Réforme et alliés contre le Catholicisme, ils sont au départ de la pensée moderne, comme le note Blandine Baret Kriegel.
Il y a symbiose entre trois choses : le judaïsme, la Réforme qu’on nommait alors « la Religion [prétendue réformée] », enfin « l’irréligion ». C’est vrai en Allemagne, c’est vrai en Italie, depuis Pic de la Mirandole et Sozzini, père de ce qu’on allait appeler le socinisme, qui est anti-trinitaire et nie la divinité du Christ, bref, qui n’est qu’une resucée juive dans le Christianisme.
C’est aussi vrai dans les Pays-Bas. L’historienne décrit la convergence entre « les Marranes » et les « protestants qui avaient fait de la Bible le livre de chevet et qui se sont unis aux juifs dans un même combat contre Rome et la Papauté ». Elle ajoute : « Dans la pensée philosophique classique moderne, celle qui a édifié le droit de la république moderne (…) on a puisé dans l’histoire juive, dans l’histoire des hébreux « d’utiles exemples » pour la construction de l’Etat républicain moderne (Bodin, Hobbes, Spinoza), on a déduit les droits de l’homme, non à partir du droit romain, mais à partir des Ecritures (Bodin, Hobbes, Milton, Spinoza, Locke) », sans oublier les marranes espagnols Vitoria et Bartholomé de Las Casas, les premiers défenseurs des Droits de l’homme.
Et de conclure que telle est « la véritable nature des fondateurs de la philosophie politique moderne qui sont très précisément et exclusivement des marranes et des protestants, des protestants alliés de façon très serrée à des marranes ».
Cette alliance se traduisait naturellement en des termes que nous dirions « géopolitiques » : de riches marranes ont financé la révolte des gueux, la première révolution néerlandaise, contre les Habsbourg. Cette collusion entraînait aussi de nombreux protestants à judaïser, convaincus par leur rapports avec les juifs de la supériorité de l’exégèse juive.
A l’inverse, des juifs jugèrent pratique de passer pour protestants afin de se faire réadmettre dans des pays d’où ils étaient officiellement chassés. Ce fut le cas d’environ 10% des « protestants » français ou néerlandais admis en Angleterre sous Elisabeth Ière, selon l’historienne Yona Claire Dureau qui en a établi le décompte à partir de registres existants, précisant ainsi l’intuition de l’historien Cecil Roth.
A la fin du XVIè siècle, l’un de ces protestants juifs, le « Bohémien » Gaunse avait accompagné, en tant que spécialiste des métaux, Walter Raleigh, favori de la Reine vierge, dans ce qui devait être le premier (et éphémère) établissement anglais aux Amériques, la Virginie.
Il est fort probable que François Hollande, dont la famille est revenue des Pays-Bas vers Rouen, ait pour ascendant l’un de ces juifs travestis en réformé.
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