Inaugurée en octobre 2010, la Mémo (médiathèque municipale d’Oullins) est la première médiathèque de France à avoir ouvert sans support CD. Maurice Balmet et Stéphanie Charton de l'espace Image et Son reviennent sur cette tentative audacieuse pour en interroger les écueils rencontrés.
Ce choix est issu d’une décision politique, s’appuyant sur le fait que l’abonnement à la médiathèque donnait accès aux collections de CD des établissements voisins de Brignais et de Saint-Genis-Laval ; le personnel a néanmoins fait état de réserves quant à ce système, lui préférant une association borne/CD. Outre l’attrait de l’expérimentation, des enjeux économiques ont de toute évidence été prépondérants : la borne Automazic nécessite un premier investissement d’environ 7000 € auxquels s’ajoutent des frais de maintenance modiques en comparaison d’un budget d’acquisition de CD.
A cette borne s’est ajouté dans un premier temps un accès au site Bibliomédia, dont l’insuccès criant a vite mené à un abandon pur et simple. Le téléchargement de fichiers chronodégradables, possible à la Mémo ou à distance, s’avérait fastidieux pour l’utilisateur qui devait installer le gestionnaire de téléchargement « Chronomédias » incompatible avec certains systèmes d’exploitation. L’utilisation la plateforme nécessitait un accompagnement de la part des agents, eux-mêmes formés trop sommairement par l’entreprise (seulement deux heures) pour assurer un service satisfaisant.
Pourtant, selon les bibliothécires, la promesse était belle : une possibilité de prêt multiple à moindre coût, un gain d’espace considérable, et l’éventualité de bénéficier d’un accord avec les majors EMi et Universal, en cours de discussion à ce moment-là et finalement conclu de façon partielle : l’accès au catalogue Universal ne sera possible qu’en option payante, de même que l’accès aux 6000 partitions et paroles du catalogue EMI Publishing. La municipalité, convaincue, a initié une campagne de communication dans la presse locale. Le journal municipal L’Echo d’Oullins et Le Progrès ont présenté ce service innovant, vantant ses potentialités. Mais les usagers restent sur la réserve, découragés par la procédure de téléchargement ou déçus par l’offre de contenus, malgré les efforts du personnel pour présenter et valoriser ce service. Une panne survenue en novembre achève de faire sombrer tout espoir investi dans Bibliomédia. La médiathèque abandonne ce service et ne propose désormais plus qu’une borne Automazic.
Cette innovation en matière de services numérique a finalement abouti au constat que les pratiques des usagers n’entraînaient pas forcément une correspondance avec les modalités d’usage en bibliothèque. Le téléchargement resterait alors une pratique domestique, à moins que l’insuccès de Bibliomédia ne soit principalement dû à l’offre de contenus elle-même, comparativement aux sites de téléchargement illégaux à l’offre pléthorique.
Entretien avec Maurice Balmet et Stéphanie Charton, le vendredi 13 juillet 2012
Via
MusiqLibre,
Bibzar