Revue de presse théâtre
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"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Un «Hamlet» sauce samouraï

Un «Hamlet» sauce samouraï | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Clémentine Gallot dans Libération : 


Il y a comme une odeur de chawarma au royaume du Danemark : Rodrigo García prépare dans un kebab d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) une version condensée et métissée d’Hamlet. Riche en clins d’œil à la culture populaire, la pièce, baptisée Hamlet Kebab en référence au Hamlet-machinedu dramaturge allemand Heiner Müller, sera filmée et retransmise en direct dans une salle de cinéma du MK2 Bibliothèque, à Paris, trois soirs de la semaine.

Bête noire des milieux catholiques radicaux depuis Golgota Picnic, le metteur en scène argentin, né en 1964, directeur depuis 2014 du CDN de Montpellier, est un habitué de la transgression contemporaine et paroxystique. Pour la première fois, il appréhende avec des amateurs un texte classique et, surtout, s’improvise cinéaste, le tout selon un timing «très stressant» de quelques semaines.

Pour mettre sur pied cet Hamlet aux allures de règlement de comptes familial à l’estaminet du coin, l’équipe répète soirs et week-ends après les heures de bureau chez Ayal, restaurant turc situé dans le quartier populaire des Quatre-Chemins, où une foule mélangée côtoie des vendeurs à la sauvette. Dans la grande salle sont disposées des tables et des chaises ainsi qu’un poste de télévision, face au comptoir, où l’on sert brochettes et boulettes d’agneau. Sur une table traînent des menottes en fourrure rose qui serviront aux ébats du couple royal maudit formé par Gertrude et Claudius. La régie qui monte en direct s’est installée en coulisses dans l’arrière-salle où elle reçoit les images captées par trois caméras.

Escrime.


L’équipe artistique compte huit comédiens et une dizaine de figurants. Elle a redoublé de trouvailles pour investir chaque recoin du kebab, la grande table pour les discours, les toilettes où Hamlet et Ophélie fument des joints, et même le trottoir où se tiennent des conciliabules entre rivaux. Dehors, le spectre déboule dans une rutilante voiture de tuning, déclamant : «Si tu as jamais aimé ton tendre père, venge son meurtre atroce et contre-nature !» A l’intérieur du restaurant, Hamlet porte un masque d’escrime au travers duquel le roi et la reine chuchotent à son oreille. En bonnet et bottes noirs, Rodrigo García donne des instructions à la cantonade : «Les plans larges, c’est horrible !» «On me demande souvent mon point de vue politique ou philosophique sur les spectacles, très franchement, je n’en sais rien. Je ne suis pas un intellectuel, je ne suis pas très cultivé, je divertis», évacue d’emblée le metteur en scène.

«Le kebab, c’est ce qu’on voit dehors, en allant au théâtre», résume le directeur adjoint de la Commune, Frédéric Sacard. Cette invitation à une création hors les murs a été lancée par le théâtre dans le cadre de ses «Pièces d’actualité», cycle urbain initié pour fédérer la population autour de projets culturels, qui a compté dans ses rangs le collectif allemand Rimini Protokoll ou la chorégraphe Maguy Marin. Le casting hétéroclite rassemble aussi bien un prof de lettres, Razek Salmi, qu’un chauffeur de taxi Uber, Reda Sourhou. La plupart ne sont jamais montés sur scène. Quant à Hamlet, «c’est la même histoire que le Roi Lion», s’amuse l’un des comédiens. Mamadou Traoré, 27 ans, interprète longiligne du jeune prince détraqué du Danemark, est quant à lui employé dans une bibliothèque parisienne : «J’avais déjà fait du théâtre, mais l’expérience ressemble davantage à du cinéma. Jouer Shakespeare, c’est fort. Je découvre l’histoire d’Hamlet : il n’est pas fou, juste en quête de la vérité», commente-t-il.

Telenovela.


De son côté, Rodrigo García, qui se dit modestement «pas plus cinéphile que la moyenne», a dessiné à la main un story-board et proposé avec ses deux assistants bilingues, Sarah Chaumette et Laurent Berger, une version expurgée du texte d’une heure trente. La principale tirade y est ainsi résumée à l’essentiel : «Etre ou ne pas être.» «Il a travaillé sur un scénario et réfléchi aux films [la pièce a été transposée au grand écran, entre autres, par Laurence Olivier et Kenneth Branagh]», indique Laurent Berger, bien que le résultat soit sans doute plus proche de la telenovela que du Parrain. García ajoute : «Le projet est intuitif, artisanal et fragile. Il joue sur le contraste entre une œuvre du répertoire et le lieu, choisi car il représente la réalité du quartier - que je connais très mal. Cela me paraissait drôle. Le problème étant que je n’ai jamais fait ni de télé ni de direct de ma vie. C’est comme un match de foot.» Il ajoute : «Cela ne va pas être parfait, le risque est double avec des acteurs non professionnels.»

A la captation retransmise en direct s’ajoutent des scènes déjà filmées en amont, insérées au montage le soir même : par exemple, Hamlet hagard traînant le corps ensanglanté de Polonius dans les rues d’Aubervilliers, au milieu des passants. Ou encore un court film porno entre le roi et la reine. Ainsi, la scène du trépas d’Ophélie, suggérée dans le texte original, a été tournée par l’équipe, pieds nus, à la piscine municipale.

A quelques jours de la première, si l’on suppose l’expérience concluante, au moins pour ses participants, «quelle est la place du spectateur qui va voir ça dans un cinéma de Paris ?» s’interroge pour sa part Laurent Berger. Une employée du théâtre est formelle, au moins ce huis-clos culinaire «sentira la frite, c’est garanti».

Clémentine Gallot


Hamlet Kebab. Pièce d’actualité n°5 de Rodrigo García au MK2 Bibliothèque, les 7, 8 et 10 mars, à 20 heures. Rens : lacommune-aubervilliers.fr

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« 4 » nouvelle création de Rodrigo Garcia à hTh, Montpellier – Marie Reverdy | offshore

« 4 » nouvelle création de Rodrigo Garcia à hTh, Montpellier – Marie Reverdy | offshore | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Par Marie Reverdy pour Offshore : « 4 » nouvelle création de Rodrigo Garcia à hTh, Montpellier – Marie Reverdy Trouver le point I « Les maisons ont peut-être des mansardes, mais sous les mansardes, il n’y a plus ni peur ni lutins Putains de voisins de merde : ils ont débarrassé les mansardes de leurs fantômes Et ils vont jusqu’à la porte, ils sortent la clé de leur poche, ils tournent deux fois vers la droite, et c’est la porte ouverte sur un hyperréalisme infect » * L’art pourrait se définir comme cette mansarde, et sa capacité à générer de la peur, car la peur, chez Rodrigo Garcia, est un motif récurrent. Elle est l’expression d’une capacité à imaginer, à éprouver, à frissonner. Elle est une ouverture sur un monde possiblement effrayant car inconnu, un monde fictif. L’artiste est celui qui ouvre une brèche, qui donne à voir le potentiel de la mansarde, mais qui laisse au spectateur le soin d’y voir ou non la présence d’un lutin. C’est l’idée que Rodrigo Garcia n’a cessée de défendre lors de la rencontre qui a eu lieu le mardi 20 octobre à La Vignette, alors qu’il était en pleine répétition de 4. Citant Joseph Beuys, il affirmait que « nous sommes tous des artistes » et qu’assister à un spectacle suppose, chez le spectateur, une opération créatrice. Mais susciter l’imagination du spectateur suppose également de s’y laisser soi-même prendre, en tant qu’artiste. Ainsi l’avait-il annoncé « je ne supporte plus qu’un acteur parle au public, parce que j’ai fait ça toute ma vie. Répéter cette convention tue l’imagination de tout le monde ». 4 referme ainsi le quatrième mur, du moins dans un premier temps et, ce faisant, souligne la présence pure des êtres qui se meuvent sur scène dans une composition fictive où se croisent des coqs en basket, des enfants-femmes tout droit sorties d’un concours de beauté qui, loin des jurys et des mamans en pleurs devant le diadème remporté ou perdu, dansent et boivent des cocktails, ainsi qu’un samouraï leur racontant ses souvenirs d’enfance chez l’oncle Luis. Aucun symbole cependant, pas plus que dans les précédentes œuvres de Rodrigo Garcia. Juste une brèche ouverte et la poétique qu’elle dévoile ; celle de la nuit et ses mystères, celle de la friction entre la question de la pureté et celle de la souillure, le désir et la frustration, l’attachement viscéral à l’autre et l’immuable sentiment de solitude. Mais si l’image est claire, elle n’en est pas moins contradictoire, cultivant un art du paradoxe, par la paralysie que provoquent les chaussures de sport sur les pattes des coqs, immobiles, pendant plus de la moitié du spectacle, autour d’une peau de renard. Cette absence de symbole invite le spectateur à une « vision tautologique » – What you see is what you see – à laquelle on ne peut que rajouter notre part, qui consiste à croire au lutin dans la mansarde. Non pas croire que le samouraï est vrai, mais croire qu’il y a un samouraï qui sommeille à l’intérieur de celui qui raconte son enfance, comme une image mythique échappée par erreur, expulsée en même temps que l’air qui permet la parole. Dans cette poétique de la brèche, il convient de penser le « point d’Inquiétude » qu’évoquait Georges Didi-Huberman à propos de l’acte de voir, l’instant où travaille en nous ce qui nous regarde, nous concerne, dans ce que nous voyons. L’art non pas comme vision esthétique du monde, mais comme miroir de la conscience ; le spectateur mis à nu par ses œuvres. Le « point d’Inquiétude » définit ce moment précis où ce que nous voyons semble nous regarder avec bien plus d’intensité que nous ne mettons à la contempler ; ce moment précis où, poussée par le désir de regarder à l’intérieur de la brèche, je m’effraie d’y voir ma propre image en train de m’observer. Vivre cette expérience face à une œuvre suppose une latence, le temps d’ouvrir la porte de l’horlogerie et de s’installer chez l’oncle Luis. Mais cette latence peut se manifester dans la tempête et apparaître avec la rapidité de l’éclair déchirant le ciel, à condition que celui-ci soit chargé d’électricité. Dans la surabondance de bruits, de musique, d’images, de matière, c’est le texte projeté qui nous fixe avec le plus d’insistance et de persistance : « La nuit tombe comme une merde », « à cinq heures du soir, on a une parodie de ténèbres », « « il faut trouver cette personne avec qui passer un moment », car « l’origine du monde fut la destruction du néant ». * Rodrigo Garcia, Daisy, Traduction de Christilla Vasserot, Editions Les Solitaires Intempestifs, Besançon, 2014, p.65 Marie Reverdy
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«Descendre le théâtre de son piédestal»

«Descendre le théâtre de son piédestal» | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par Hugues Le Tanneur pour Libération :

 

Quatre metteurs en scènes arrivés à la tête de centres dramatiques relatent les affres d’une première saison. Avec, en commun, l’ambition d’inscrire des projets anticonformistes dans un échange avec la réalité locale.
Après de longues années passées au sein d’une compagnie ou d’un collectif, prendre la direction d’un théâtre constitue presque un virage à 180 degrés. «C’est mélancolique, l’arrivée dans un théâtre», note Marie-José Malis, à la tête du théâtre de la Commune à Aubervilliers depuis un an et demi. Comme elle, Philippe Quesne aux Amandiers de Nanterre et Marcial Di Fonzo Bo à la Comédie de Caen sont passés de l’autre côté. Aux commandes du théâtre Humain trop humain de Montpellier, Rodrigo García avait pour sa part déjà dirigé la Cuarta Pared à Madrid, mais c’est sa première expérience en France en tant que directeur de Centre dramatique national (CDN).
Personnalités fortes aux esthétiques affirmées, tous gèrent non seulement leurs créations, mais ils contribuent aussi à donner forme, par leurs choix de programmation et d’accompagnement, au paysage artistique en s’appuyant sur la singularité de leurs parcours. Ce nouveau métier, chacun l’envisage et le vit à sa façon : dans un contexte par ailleurs morose, marqué par les nombreuses fermetures et baisses de subventions, les uns et les autres apportent leur façon d’envisager la scène en liaison avec d’autres disciplines, qu’il s’agisse du cinéma, des arts plastiques ou des sciences et de la philosophie.

Rodrigo García «La nouveauté du projet justifiait un changement de nom»

«J’ai depuis longtemps l’habitude des théâtres français où j’ai presque exclusivement travaillé ces dernières années. Ce qui a changé avec mon arrivée à Montpellier, c’est surtout la vie quotidienne. J’avais déjà connu l’exil en quittant l’Argentine pour l’Espagne. Entamer un second exil des Asturies à Montpellier était du coup loin d’être évident, mais le projet en valait la peine. De toute façon, le travail ici est tellement prenant et intense que cela ne laisse pas le temps de penser à autre chose.

«Dès mon arrivée, j’ai rebaptisé le théâtre Humain trop humain, pour montrer que, même si les équipes n’ont pas changé, c’est un théâtre différent, dédié à la scène contemporaine au sens large. On a organisé des spoken word, des festivals autour de la sexualité, des nuits electro avec des groupes comme Mouse on Mars, et puis, évidemment, on a fait du théâtre. La nouveauté du projet justifiait un changement de nom. Cette citation de Nietzsche est une façon de dire que ce lieu est ouvert à la pensée et à la réflexion active, non conformiste, mais aussi que j’aime cette idée d’être «trop humain», c’est-à-dire souvent victime de nos passions et de nos désirs. Je ne crois pas qu’il existe quelque chose qui s’appelle «un public». Il y a des individus avec leur curiosité, leurs inquiétudes, leurs problèmes qui se rassemblent pour voir du théâtre.

«Il est normal, avec un changement de programmation aussi radical, que tout le monde ne s’y retrouve pas. J’ai expliqué aux fidèles du théâtre que c’était l’occasion de découvrir de nouvelles formes d’art, qu’il ne fallait pas avoir peur d’être surpris. Les artistes changent parce qu’ils participent de l’évolution de la société. Reproduire à l’identique les œuvres du passé n’a rien à voir avec l’art. Le but, c’est de faire descendre le CDN de Montpellier de son piédestal, de sa montagne magique. De faire de ce lieu non seulement un centre de création et de production, mais aussi de pensée, de débats et d’expérimentation. Cela se passe bien, mais c’est difficile, parce que nous sommes un des CDN les plus pauvres de France.»

Marie-José Malis «Je mène une enquête»

«Il est impossible à Aubervilliers de ne pas prendre en compte la spécificité de la ville, où une bonne partie de la population est en déshérence. C’est dans cet esprit que nous avons lancé les pièces d’actualité en prise sur la réalité locale. Ainsi est né 81, avenue Victor-Hugo, spectacle créé par Olivier Coulon-Jablonka avec des sans-papiers dans un squat ; une pièce portée par des gens qui croient infiniment plus que nous aux vertus du théâtre. Ils pensaient que cela allait changer leur vie. De fait, le préfet a décidé de les régulariser.

«Mes débuts au théâtre de la Commune ont été marqués par la remise en question de ma légitimité après la violence des attaques dont avait fait l’objet ma mise en scène de Hypérion de Hölderlin à Avignon. Du coup, je n’avais plus rien à perdre, ce qui m’a donné du courage. Très tôt, des gens m’ont contactée pour me dire les espoirs qu’ils plaçaient en moi et leurs attentes pour l’avenir de ce lieu. Je les ai réunis pour que nous réfléchissions ensemble. Ils viennent deux dimanches par mois pour examiner des questions sur le rôle de la création artistique dans la société. C’est un travail méthodique, rigoureux, où il s’agit de mettre en acte des hypothèses concrètes. On envisage, par exemple, des premières parties qui seraient comme les courts métrages diffusés autrefois au cinéma avant les films. On se demande comment il est possible de faire évoluer l’institution en cherchant de nouveaux modèles. Pour moi, diriger ce théâtre, c’est un peu comme mener une enquête. Voir ce qui est possible et ce qui ne l’est pas.

«Il y a eu ce moment très fort où Jérôme Bel [chorégraphe, ndlr] montrait des étapes de travail de son spectacle Gala, suivi d’une rencontre où il demandait au public de contribuer à l’amélioration de son œuvre. Cela a très bien fonctionné, les gens revenaient, soir après soir, pour voir s’il avait pris en compte leurs propositions. C’était très beau, cet échange, très humain. Avec beaucoup d’honnêteté, Jérôme se mettait à nu, soumettant au public ses propres interrogations anxieuses.»

Marcial Di Fonzo Bo «Adapter le scénario à la situation»

«Après vingt ans en collectif avec les Lucioles, prendre la tête d’un théâtre pose pas mal de questions. La Comédie de Caen s’inscrit dans le mouvement de la décentralisation dont l’esprit reste très vivant dans les équipes, mais aussi dans les murs avec les archives. C’est émouvant pour moi de se confronter à cette histoire du théâtre. Je ne crois pas aux ruptures radicales. Avec Elise Vigier, qui codirige avec moi la Comédie, nous préférons nous appuyer sur ce qui a été fait ici pour réfléchir à l’évolution du projet en l’adaptant à la situation locale. Avant de prendre la direction d’un lieu, on conçoit un projet, mais une fois sur place, on se rend compte que c’est un peu comme l’écriture d’un scénario qu’il faut ajuster, voire modifier, lors du tournage.

«Diriger un CDN, c’est se mettre en réseau avec d’autres lieux au niveau national et européen. Nous nous sommes par exemple associés avec le Teatro Stabile de Gênes. L’Europe est un sujet qu’on va aborder largement dans les mois à venir avec Fin de l’Europe, un texte de Rafael Spregelburd sur la crise actuelle dont le thème sera repris par d’autres auteurs. L’idée étant de réunir écrivains et comédiens autour d’une réflexion commune sur ce sujet.»

Philippe Quesne «Un "Swamp Club" géant»

«J’avais eu l’occasion de travailler aux Amandiers comme jeune scénographe en 1990. Ce qui m’a convaincu de prendre la codirection avec Nathalie Vimeux, c’est qu’il y avait un atelier de construction de décors. Et puis il y a aussi sa situation, le fait qu’il soit adossé à un jardin. On a inauguré un chemin qui permet d’entrer par le parc André-Malraux. Ce théâtre, dès sa création par Pierre Debauche à la fin des années 60, est une utopie. Aujourd’hui je le vois comme un gigantesque Swamp Club, du nom du spectacle que j’avais présenté au festival d’Avignon en 2013. Un lieu de fabrique et de création où l’on invite les gens à réfléchir, où l’on construit une ligne artistique en invitant des metteurs en scène auteurs comme Milo Rau ou Stefan Kaegi du Rimini Protokoll et où l’on fait découvrir des esthétiques comme ce fut le cas avec Thyestes, d’après Sénèque, mis en scène par Simon Stone.

«En arrivant ici, j’ai transformé l’espace du hall que j’ai conçu comme une création à part entière. On a aussi réouvert le théâtre de verdure qui est un espace idéal pour inventer des œuvres à la croisée des chemins. Le mélange des arts est essentiel pour moi. Récemment, dans le cadre du Théâtre des négociations, sous l’égide du sociologue Bruno Latour, des étudiants se sont réunis pour une conférence sur le climat, se proposant d’élaborer un modèle pour la COP 21, organisée en France en décembre. L’ensemble a pris l’allure d’une création opératique. C’était extraordinaire. La question du climat et de l’environnement me préoccupe depuis longtemps et ce sera le thème d’un spectacle à venir. Je constate que les artistes sont de plus en plus isolés et manquent de moyens. Beaucoup de lieux disparaissent dans l’indifférence générale, notamment à Paris et en région parisienne. Du coup je sens que, face à tant de fragilité, les Amandiers vont bientôt devenir un refuge.

Par Hugues Le Tanneur

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Rodrigo Garcia, roi de la provoc. reportage France 5, émission "Entrée libre"

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« Et Balancez Mes Cendres sur Mickey », m.e.s. Rodrigo García

« Et Balancez Mes Cendres sur Mickey », m.e.s. Rodrigo García | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par Alban Orsini dans Culturopoing :


Enveloppements au miel et bains de boue : « Et Balancez mes Cendres sur Mickey » ou la thalassothérapie selon Rodrigo García.

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Dans les premiers moments, le spectateur assiste, médusé, à un embrasement littéral du verbe. C’est un peu une récurrence chez Rodrigo García, une marque de fabrique : les mots se distancient, de par leur impétuosité, de toute théâtralité, l’image s’y superposant. Ainsi fabriqué depuis ses débuts, le théâtre de García interroge sa définition même et la mange.

 « Un théâtre est-il le lieu naturel pour ce qui est exceptionnel, poétique et provocateur ? Oui. C’est l’endroit parfait d’après les politiciens conservateurs et l’extrême droite. Voilà comment la poésie et le feu sont sous contrôle, et c’est à peine s’ils gardent le contact avec les passants.

On conçoit des œuvres radicales dans des conteneurs qui les protègent et les amoindrissent. Dans des musées et des théâtres. Dans des galeries d’art et dans des salles de concert qui transforment une idée subversive en un passe-temps du samedi soir. Dans ces conteneurs, rien n’est extraordinaire, tout est à sa place, réduit au calme et au silence », Rodrigo García, « Et Balancez mes Cendres sur Mickey ».

Plus que tout García est, scénographiquement parlant, un plasticien, comme peuvent l’être Jan Fabre ou bien encoreRoméo Castelucci, mais contrairement à eux, son œuvre est à appréhender très au premier degré. Avec bien peu de sous-textes, ses propositions sont simples et s’arrangent d’un humour salvateur autant que cabot. En ce sens, le metteur en scène ne fait pas de théâtre et n’en a jamais fait. (...)

 

Alban Orsini

 

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A découvrir au Théâtre de la Commune jusqu’au 15 février et en tournée :

Du mer. 11/03/15 au sam. 14/03/15 à Toulouse Théâtre GaronneDu ven. 27/03/15 au sam. 28/03/15 à Toulon Théâtre Liberté

Texte publié aux Editions des Solitaires Intempestifs.

Avec Nuria Lloansi, Juan Loriente, Gonzalo Cunill.

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Rodrigo Garcia trouve ses marques à la tête du CDN de Montpellier

Rodrigo Garcia trouve ses marques à la tête du CDN de Montpellier | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Premier bilan et présentation de la seconde partie de la saison du Centre dramatique national de Montpellier rebaptisé Humain trop humain. Rodgrigo Garcia a fini par rencontrer le...
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Rodrigo Garcia dirigera le Théâtre des 13 vents de Montpellier

Rodrigo Garcia dirigera le Théâtre des 13 vents de Montpellier | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Il prendra la tête du théâtre le 1er janvier 2014. Un choix fort et osé, en rupture avec les engagements de Jean-Marie Besset, qu'il remplace.

 

 

Il fallait oser, le ministère de la culture, en accord avec les tutelles locales, l'’a fait : nommer Rodrigo Garcia à la tête du Centre dramatique national-Théâtre des 13 vents de Montpellier, en remplacement de Jean-Marie Besset. Il fallait oser, parce que l’'auteur-metteur en scène hispano-argentin, âgé de 49 ans, est souvent considéré comme un trublion voire un provocateur, avec son théâtre proche de la performance et des arts plastiques, qui travaille la matière même de la violence et de la perte de sens de notre époque.

Quatre candidat(e)s restaient en lice à l’issue du processus de présélection : la jeune auteure Marion Aubert, les metteurs en scène Christine Letailleur et Cyril Teste, et Rodrigo Garcia. En se portant sur ce dernier, le ministère fait le choix d'’un geste artistique fort et non-consensuel. « Un Centre dramatique national, c’'est fait pour être un outil de création au service d’'un artiste, pas pour être un robinet d’eau tiède », argumente Michel Orier, directeur de la création artistique au Ministère de la culture. Le consensus entre les tutelles nationales et locales s’'est opéré autour du projet proposé par Rodrigo Garcia, qui met l’'accent sur la création contemporaine et européenne, sur les arts plastiques, et propose une ouverture importante sur la création numérique, bien implantée dans cette ville jeune et universitaire qu'’est Montpellier. Le fait que Garcia soir espagnol d’'origine argentine a aussi joué au niveau local, dans une ville tournée vers le voisin ibérique.

 

Fabienne Darge pour Le Monde

 

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Et aussi : René Solis pour Libération 

Rodrigo Garcia à la tête du CDN de Montpellier

Nomination. L’auteur argentin dirigera le Centre dramatique national de la ville à partir de janvier.

Par RENÉ SOLIS

Tout le monde avait été surpris d’apprendre que Rodrigo Garcia était candidat à la direction du Centre dramatique national de Montpellier. A commencer par le ministère de la Culture, qui se satisfaisait de voir son nom dans la short list des prétendants, mais n’imaginait pas qu’il puisse être retenu. C’est pourtant bien l’artiste hispano-argentin qui a été choisi vendredi pour succéder, le 1er janvier au Théâtre des 13 Vents, à Jean-Marie Besset, dont le mandat n’avait pas été renouvelé.

Pôle. 

Souvent soucieuses de privilégier des candidats consensuels, les collectivités locales ont opéré ici un choix inverse. Déjà confrontés au départ de Mathilde Monnier pour le Centre national de la danse, à Pantin, l’agglomération, le conseil général et le conseil régional ont souhaité la venue à Montpellier d’un artiste d’envergure européenne, dont les spectacles, souvent controversés, font l’objet d’une large couverture. Garcia a par ailleurs remarquablement préparé son coup, présentant un projet très argumenté, qui prévoit de faire du CDN de Montpellier un pôle de création européenne, d’y fonder un laboratoire de recherche en lien avec l’université et un département de création numérique. Il compte aussi installer une troupe à demeure, avec quatre acteurs espagnols - compagnons de route historiques de la Carniceria Teatro, sa compagnie - et six comédiens français.

Farouchement indépendant, souvent très critique envers les institutions, champion du paradoxe, artisan d’un théâtre influencé par les arts plastiques et la performance, Garcia laisse rarement indifférent. Golgotha Picnic, son spectacle créé début 2011 à Madrid, avait suscité de violentes manifestations de catholiques intégristes lors de sa présentation à Toulouse, à Paris et à Rennes. L’artiste avait aussi suscité la polémique en 2007 lors de la représentation au Théâtre du Rond-Point, à Paris, de Et balancez mes cendres sur Mickey, où chaque soir une nouvelle figurante se faisait entièrement raser le crâne.

Tournées.

Mais il serait absurde de réduire le personnage à sa réputation sulfureuse. Né en 1964 dans la banlieue de Buenos Aires, Rodrigo Garcia est arrivé à Madrid dans les années 80 et a d’abord travaillé dans la pub avant de mettre en scène ses textes et de devenir une pointure de la scène européenne, invité régulier dans les plus grands festivals (Kunsten à Bruxelles, Wiener Festwochen en Autriche, Festival d’automne à Paris, Avignon…). Entre deux tournées, il réside dans un village des Asturies. Il sera secondé à Montpellier par Nicolas Roux, jusqu’ici conseiller à la programmation et directeur de production au Théâtre du Rond-Point à Paris.

 

 

Et aussi : Armelle Héliot pour son blog "Le grand Théâtre du Monde" :  http://blog.lefigaro.fr/theatre/2013/12/montpellier-rodrigo-garcia-suc.html

 

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'Muerte y reencarnaciòn en un cowboy', de Rodrigo Garcia : le bruit et la fureur

'Muerte y reencarnaciòn en un cowboy', de Rodrigo Garcia : le bruit et la fureur | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Avec "Muerte y reencarnaciòn en un cowboy", très vite, l'impression de retrouver l'inventivité de Rodrigo Garcia s'affirme : dans l'attente du début du spectacle, on est amené à contempler, d'un oeil parfois distrait, les différents objets disséminés sur scène, en remarquant principalement la vache, une télé. C'est de cette dernière, une fois les lumières éteintes, que va s'emparer l'un des deux comédiens, pour en jouer, la recouvrant de son tee-shirt. Ce qui y est projeté (des extraits de "Cris et chuchotements", de Bergman ?) est aussitôt amplifié sur un écran au fond de la salle.

 

Extrait du blog "Attractions visuelles"

 

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Au Théâtre de Gennevilliers jusqu'au 19 janvier.

Site du Théâtre de Gennevilliers : www.theatre2gennevilliers.com/2012-13/fr/programme/74-muerte-y-reencarnacion-en-un-cowboy-rodrigo-garcia

 

Chronique de "kwarkito" dans son blog : http://kwarkito.blogspot.fr/2013/01/muerte-y-reencarnation-en-un-cowboy.html

 

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Les Inrocks - Rodrigo García : “J’ai écrit '4' à partir de mes souvenirs d’enfance"

Les Inrocks - Rodrigo García : “J’ai écrit '4' à partir de mes souvenirs d’enfance" | Revue de presse théâtre | Scoop.it

"4", Rodrigo Garcia © Marc Ginot

 


Par Patrick Sourd pour Les Inrocks
Rodrigo García : “J’ai écrit ‘4’ à partir de mes souvenirs d’enfance”




Rencontre avec le metteur en scène Rodrigo García à l’occasion de 4, sa dernière création, la première depuis qu’il dirige Humain trop humain, le Centre dramatique national de Montpellier.


Comment avez-vous abordé cette première création à Montpellier ?
Rodrigo García – En général, quand un metteur en scène s’apprête à créer une pièce, il a toujours deux ou trois idées d’avance… Moi, je n’arrive jamais à préméditer le contenu de mes créations. Alors et comme d’habitude, j’ai commencé à savoir ce que j’allais faire en travaillant sur le plateau avec les acteurs.

Avez-vous une méthode ?
Pour cette pièce, j’ai inventé une méthode que je n’avais jamais expérimentée avant. Je suis quelqu’un qui ne se souvient pas de ses rêves. Depuis six mois, j’ai mis en place une stratégie pour m’en rappeler chaque matin en restant sous la couette pendant une demi-heure de plus. Je fais semblant de dormir et j’arrive ainsi à récupérer des images de mes rêves. Cela ne veut pas dire que le spectacle s’est construit à partir de ces images. Mais, c’est l’expérience de cet état qui me permet de réactiver le rêve que j’ai essayé de mettre au service de ma création. Retrouver ce moment matinal que je trouve enchanteur et qui me rend heureux a contribué aux séquences de jeux que je donne à voir dans 4.

 

Lire l'article entier dans les Inrocks (réservé aux abonnés) : http://www.lesinrocks.com/2015/11/09/scenes/rodrigo-garcianbsp-jai-ecrit-4-a-partir-de-mes-souvenirs-denfance-11786747/

 

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"Golgotha Picnic" : Le tribunal demande la relaxe de Jean-Michel Ribes

"Golgotha Picnic" : Le tribunal demande la relaxe de Jean-Michel Ribes | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Julia Pascual dans Le Monde :

 

L’avocat en est spontanément convenu : son client, l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne (Agrif), est souvent débouté. A tel point que lorsque l’Alliance lui signale des faits, « les neuf dixièmes du temps, on ne poursuit pas », a reconnu Me Jérôme Triomphe. L’audience, qui se tenait vendredi 30 octobre, à la 17e chambre correctionnelle du palais de justice de Paris n’a pas laissé présager une issue plus heureuse pour cette association qui combat « le racisme envers les Français et les chrétiens ».

Proche des milieux catholiques traditionalistes d’extrême droite, elle poursuivait le directeur général du Théâtre du Rond-Point, Jean-Michel Ribes, pour provocation à la haine et à la violence pour avoir programmé, en décembre 2011, la représentation de Golgota Picnic. Cette œuvre du dramaturge argentin Rodrigo Garcia met en scène une métaphore de la Cène présentée comme le dernier repas de l’humanité.

Dans les dix-huit passages incriminés, la pièce évoque la figure du Christ, tantôt qualifié de « vaniteux », de « foutu démon », de « meneur d’une poignée de fous » ou encore de « Messie du sida ». « Il était nul dès qu’il s’agissait de parler de foot. Incapable d’aller boire des bières », dit encore le texte qui présente Jésus-Christ comme un instigateur du mal parce qu’à l’origine d’une « iconographie de la terreur », d’« une propagande pour la perversion ».

« Un théâtre contemporain qui devient intouchable »

A l’époque des représentations, plusieurs centaines de personnes avaient manifesté leur opposition devant le théâtre parisien. « J’avais reçu 180 lettres d’amis de [l’organisation catholique intégriste] Civitas, un flot de menaces de mort, a rappelé Jean-Michel Ribes à la barre. Des cutters ont été répandus dans le théâtre avec “Christ” écrit sur les lames en rouge sang. » M. Ribes a aussi évoqué une représentation au cours de laquelle des militants avaient, grâce à l’emploi de vomitifs, régurgité sur une rangée de spectateurs.

Pendant l’audience, Me Triomphe, juriste connu des milieux catholiques traditionalistes, a réprouvé un « théâtre contemporain qui devient intouchable » et a insisté, dans sa plaidoirie, sur la mise en scène, évoquant des scènes de nudité, une « femme singeant la crucifixion » ou une couronne d’épines représentée sur un casque de moto.

« Je trouve honteux que vous réduisiez la pièce de Rodrigo Garcia à des cheveux entre les fesses », s’est indigné Jean-Michel Ribes. Le directeur du Rond-Point s’est montré très prolixe pendant l’audience, tant il avait à cœur de réhabiliter sa conception du théâtre comme un « espace de liberté où les poètes s’expriment : Rodrigo Garcia a fait une satire. Il y a là l’envie de s’en prendre à ce qui le choque, mais il le fait plus avec humour qu’avec une détestation profonde ».

Citée comme témoin par la défense, Agnès Tricoire, déléguée de l’Observatoire de la liberté de création, créé en 2003 par la Ligue des droits de l’homme, a jugé que « l’intrusion dans l’art » avait pris une nouvelle ampleur ces dernières années : « On demande de plus en plus de comptes aux artistes, et aux œuvres de guider le peuple », a t-elle remarqué.

« C’est toujours la vieille musique du blasphème qu’on nous ressert aujourd’hui », s’est affligée l’avocate de la défense, Me Brigitte Richard. Le parquet a quant à lui rappelé que Golgota Picnic est une œuvre de fiction, et qu’à ce titre elle devait être appréhendée avec la « distanciation nécessaire », et qu’en tout état de cause les chrétiens n’y étaient pas pris pour cible. Il a donc requis la relaxe.

Julia Pascual
Journaliste au Monde

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Rodrigo García : "On vit dans une espèce de Walt Disney animalier" | Les bonus de la saison |

Rodrigo García : "On vit dans une espèce de Walt Disney animalier" | Les bonus de la saison | | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par ventscontraires.net, la revue en ligne du théâtre du Rond-Point :


Rencontre avec l'écrivain, metteur en scène et directeur de théâtre Rodrigo García au resto du Rond-Point. 4e épisode : les animaux, qu'on l'accuse de torturer en scène lorsqu'il fait nager un hamster ou cuisiner un homard exactement comme on le fait dans les grands restaurants – ce qui n'avait pas manqué de déclencher une polémique sur Internet.

"Les animaux, pour moi, sont des animaux je vis à la campagne dans les Asturies et quand j'étais enfant, je vivais en Argentine dans un endroit très pauvre alors la relation avec les animaux est normale : un chien est une chose qui dort à l'extérieur de la maison évidemment, une mule, une vache, on doit les frapper pour qu'ils avancent. Il y a des gens qui disent qu'il ne faut pas frapper la vache, pourtant la vache on l'a toujours battue parce qu'on travaillait dans les champs et que c'était le seul moyen pour qu'elle ne parte pas sur une autre chemin pour aller n'importe où. De la même manière, un porc, on doit l'ouvrir, le tuer, le manger. C'est incroyable, on vit dans une société qui a fait des animaux une sorte de Walt Disney animalier mais les animaux ne sont pas Dumbo ou Mickey ou tous ces animaux stupides. Les animaux sont dans la nature, en relation avec les cycles naturels, en relation avec l'homme, l'être humain, ils ont une raison d'être, un raison d'exister. C'est de la folie que des gens puissent penser qu'une poule ou un poulet sont des animaux domestiques. Mais non, une poule sert à donner des œufs et à être tué pour donner de la viande, et un homard sert à être mangé, personne ne le garde chez lui en décoration, ça va très loin, c'est tout à fait stupide, je dis ça parce que les gens qui écrivent, les gens qui prennent la parole sur leur ordinateur n'ont aucun contact avec les animaux, c'est drôle, ce sont des gens qui vivent en ville et n'ont aucun contact avec les animaux et je serais curieux de savoir ce qu'en diraient les gens qui vivent à la campagne.

Je pense que les gens qui s'énervent le font à cause de l'usage que je fais de ma propre liberté d'imaginer les choses et de les apporter sur la scène et je ne le fais pas seul, je le fais avec d'autres acteurs. Je pense que si je le faisais seul, ce ne serait peut-être pas aussi problématique aujourd'hui c'est la première fois que j'y pense mais je pense que ce qui irrite le plus les gens c'est que nous sommes plusieurs, que nous sommes un groupe de personnes d'accord pour faire ces choses. Il y a une pensée que je peux transmettre à d'autres ou cela peut-être un travail d'équipe, l'idée n'est pas nécessairement la mienne. C'est peut-être ça qui les irrite, qu'il y ait un groupe de gens, une cellule, qui pense et agit de manière différente de ce que la société demande pourtant on peut supposer que c'est le travail de l'artiste, c'est absolument étonnant on en arrive à un point où on demande à l'artiste d'être une personne banale et ordinaire, qui parle normalement et se comporte normalement comme s'il était un type normal c'est étrange parce que, non seulement l'artiste, mais tout le monde ressent le besoin de casser une table, de rire, de sauter, de crier mais ça n'arrive pas, on a toujours une manière de nous exprimer tellement clean, tellement propre et à l'intérieur, on va exploser, éclater parce qu'on a le besoin de crier, de faire le mal, oui on a besoin de faire le mal aussi, on a besoin de casser des choses mais c'est mal vu et ça en revient à nier une partie importante de l'être humain."

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Rodrigo García : "Nous ne savons pas aimer"

Rodrigo García : "Nous ne savons pas aimer" | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Rencontre avec l'écrivain, metteur en scène et directeur de théâtre Rodrigo García au resto du Rond-Point. 2e épisode : l'autre.

"Pour moi, l'idée de l'autre est très simple : je ne peux pas croire qu'en cet instant même il existe dans le monde des millions de gens qui vivent leur propre vie, je ne peux pas le croire et moi je ne fais en aucune manière partie de leur vie, pourtant j'aimerais les connaître, j'aimerais qu'ils me connaissent, les Chinois, les Boliviens, les Vietnamiens, les Allemands...

Ça me semble miraculeux, incroyable que tous ces gens vivent leur propre vie et que je n'aie aucune relation avec leurs vies. C'est quasiment une chose religieuse, je le vois comme si nous étions tous des éléments d'un même être et il y a un démembrement douloureux qui fait que nous ne sommes pas proches, que nous ne connaissons pas.

C'est absurde, ridicule mais il y a un mal-être en moi généré par ça, une grande curiosité, un grand désir de voir ce qui arrive aux autres, mais aussi  peut-être une chose sexuelle, je pense que ça me plairait de baiser avec tous ces gens !

Ce qui me surprend c'est que les autres, c'est finalement comme  du spiritisme… Tu vis seul et tu meurs seul, toutes les relations que tu peux avoir dans ta vie – amitié, famille, enfants – je les considère comme des ombres, pas comme des choses réelles. Les seules choses réelles sont les choses physiologiques, la mort bien sûr. Le reste ce sont des inventions pour nous distraire de l'idée principale : nous vivons et que nous mourons seuls.
Alors j'ai envie d'être au contact de tous les gens, mais dans le même temps, je sais que c'est impossible, je sais que c'est impossible même que nous soyons ensemble, tous les trois, là, à discuter.

Il y a beaucoup de mondes, j'imagine, la réalité que nous avons ici, dans un théâtre à Paris, notre travail, notre manière de vivre ne ressemblent en rien à la vie que peuvent avoir les gens en Bolivie, en Alaska. C'est une question de mondes intérieurs.

Je vis dans cette société capitaliste, occidentale, nous connaissons les règles du jeu plus ou moins, mais je pense que ce n'est pas vraiment ça le problème. Je remarque un autre modèle social, économique que je connais de près : c'est la pauvreté, ces gens qui vivent sans argent au Brésil ou en Argentine. C'est quelque chose que je connais bien parce que j'ai vécu là-bas et il y a quelque chose qui continue de me déranger, c'est une forme de moralité, de règles morales qui sont les pires selon moi.

Ça n'a pas tant que ça de rapport avec le pouvoir d'achat ou la société de consommation, mais avec une morale horrible, castratrice, une morale catholique, je pense que c'est un problème finalement religieux, surtout en Amérique latine. Ça me préoccupe presque plus, l’égoïsme qui ne connaît finalement pas beaucoup de différences – que ce soit l'égoïsme d'une personne avec beaucoup d'argent, d'un banquier ou celui d'une personne qui n'a rien.

 

 

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Et balancez mes cendres sur Mickey de Rodrigo García

Et balancez mes cendres sur Mickey de Rodrigo García | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par Dashiell Donnello pour son blog de Mediapart :

 

Rodrigo García à l’âge de la maturité

Eurodisney n’a pas voulu des « cendres » de García, cela n’est pas étonnant venant de la part d’une multinationale américaine. C’est donc bien malgré lui qu’il en est arrivé à renommer sa pièce, Et balancez mes cendres sur Mickey. L’écrit le plus philosophique de l’auteur, qui depuis 2006, a encore gagné en maturité.

Avec la structure d’un texte qui serait proche d’un poème politique, il traite du vivre ensemble, pour interroger l’humanité et ses contradictions. Ses détracteurs, (il y en avait encore dans la salle pour cette reprise, et tant mieux dirait García)  devraient se poser certaines questions : pourquoi Rodrigo García existe ? Pourquoi cette société existe ? N’est-ce pas du fait de l’homme qui mange, boit, défèque, et emmerde la moitié du monde ? On a vu encore, en cette funeste année 2015, ce que pouvait être l’intolérance, de ce que l’on ose plus appeler, humaine.

Rodrigo García n’est pas un provocateur, s’il provoque c’est pour susciter des émotions, des images fortes qui vont droit à l’esprit : des souris dans la survie d’un aquarium (où une main sera salvatrice ou non), une femme que l’on tond sur scène, des bains de boue blanche, des actes sexuels désespérés, des fils de feu soulignant le surtitrage  à la police énorme ; où les mots brûlent dans la douleur d’être. 

 

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Et balancez mes cendres sur Mickey

Arrojad mis cenizas sobre Mickey

texte et mise en scène Rodrigo García
traduction Christilla Vasserot (éd. Les Solitaires Intempestifs, 2007)

avec Nuria Lloansi, Juan Loriente, Gonzalo Cunill

création lumière Carlos Marquerie
assistant à la mise en scène John Romão
design des projections Ramón Diago
direction technique Gérard Espinosa
costumes Jorge Horno

28 JANVIER AU 15 FÉVRIER 2015

MAR ET MER 19H30, JEU ET VEN 20H30, SAM 18H, DIM 16H

DURÉE 1H15

SPECTACLE EN ESPAGNOL SURTITRÉ

Déconseillé aux – de 16 ans

 

La Commune. Centre dramatique national
2 rue Édouard Poisson
93 300 Aubervilliers
+33 (0)1 48 33 16 16

 

http://lacommune-aubervilliers.fr/et-balancez-mes-cendres-sur-mickey

 

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«Golgota» La procession de foi

«Golgota» La procession de foi | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Danse . A Paris, Bartabas s’associe au chorégraphe espagnol Andrés Marín pour un mano a mano pénitent entre théâtre équestre et flamenco. 

Que les deux se soient rencontrés n’a rien d’étonnant. Bartabas a fondé Zingaro en Espagne en 1985, «du temps, dit-il, où le cheval faisait encore partie du quotidien des Espagnols. D’ailleurs, dans toutes les cultures, les premiers rythmes sont ceux donnés par les animaux», et a des liens très forts avec la culture ibérique. Andrés Marín, de par ses attaches (il enseigne dans son studio à Séville), est un pur produit de la culture andalouse, bien qu’il sache manier habilement l’impur. «Dans ma culture, rappelle-t-il, le cheval et le flamenco sont indissociables et occupent une large place. Dans la danse flamenca, il existe des gestes que l’on peut rapprocher de ceux des chevaux, je les ai exagérés encore plus pour une des chorégraphies du spectacle, mais c’est tout.» Car le spectacle tient à distance les clichés du genre pour mieux proposer un rituel où le sacré se mêle au profane, comme dans une procession sévillane pour la sortie de la Vierge noire. «La messe, raconte Bartabas, qui précise qu’il est athée tout et respecte les religions, fut mon premier théâtre avec sa mise en scène, ses officiants, son odeur. J’aime ces rituels, c’est profond.»

La musique, et surtout ses silences, y joue un rôle essentiel. Le choix des Motets pour voix seule de Tomás Luis de Victoria, le sable gris anthracite, les lumières à la bougie, la présence inquiétante de pénitents noirs, le crâne d’un équidé pour une vanité : tout est mis en scène pour que le flamenco et le théâtre équestre trouvent un cheminement commun. Bartabas et Andrés Marín y jouent tout à la fois en duo ou dans des partitions solitaires. Parfois pieds nus dans le sable, le danseur est aussi à l’écoute d’un rythme qui le transporte malgré lui, comme les chevaux et leur écuyer.Golgota se veut «une prière, une assomption gitane». Où le rythme, la cadence mènent la danse.

 

Par Marie-Christine Vernay pour Libération

 

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Golgota de Bartabas Théâtre du Rond-Point 2 bis, avenue Franklin-Roosevelt, 75008. Jusqu’au 11 mai. Rens. : 01 44 95 98 21 ou www.theatredurondpoint.fr

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Rodrigo Garcia a le cafard

Rodrigo Garcia a le cafard | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Des cafards. Des vrais, bien noirs, luisants, gluants. Entassés, serrés les uns contre les autres, ils forment une masse mouvante et compacte qui s'offre comme une peste noire au regard des spectateurs de Daisy, le formidable nouveau spectacle de Rodrigo Garcia, dont la création vient d'avoir lieu à Annecy (Haute-Savoie), du 10 au 13 septembre.

Ces cafards, on les voit sur un écran, beaucoup plus grands que nature. Quand on cherche d'où viennent les images, on finit par repérer, dans le grand bric à bac qui occupe le plateau, une petite caisse de batterie, avec une caméra. C'est là que sont les insectes, qu'un des comédiens viendra nourrir, en leur donnant des feuilles de salade. On verra alors la masse noire s'agiter, et les cafards se chevaucher, pour attraper la nourriture.

Cette vision pourrait être rebutante. Elle ne l'est pas. Tout au plus procure-t-elle un sentiment cafardeux, au sens propre du terme, pour une fois : les cafards font leur métier de cafards, comme les escargots, la tortue d'eau et les deux petits chiens, autres invités animaliers de Daisy, logés eux aussi dans des caisses de batterie éparpillées sur la scène.

 

Brigitte Salino

Le Monde du 16 septembre 2013

 

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