Il existe en économie un résultat robuste, enseigné dans tous les manuels de premier cycle : lorsqu’un prix est fixé en dessous du prix d’équilibre, l’offre se contracte, le bien est rationné, et un second marché émerge où vendeurs et acheteurs se retrouvent à un prix plus élevé. Ce résultat simple, valable pour les loyers ou les devises, s’applique avec une précision troublante à la médecine spécialisée française.
Les tarifs opposables de l’Assurance maladie sont depuis des décennies inférieurs à ce que le marché établirait librement. C’est cette érosion réelle qui explique la migration massive des médecins vers le secteur 2, ce second marché légal où les honoraires sont libres, migration facilitée par un élargissement progressif des conditions d’accès au secteur 2, si bien qu’en 2024, 56 % des spécialistes libéraux y exercent, contre 37 % en 2000, et que trois quarts des jeunes spécialistes y installent aujourd’hui leur activité. À cela s’ajoute un second mécanisme : à partir de 2005, les revalorisations conventionnelles ont été réservées au seul secteur 1, creusant mécaniquement l’écart entre tarif pratiqué et base remboursable, et gonflant les dépassements à la charge des patients. En 2024, ceux-ci atteignent 4,5 milliards d’euros, en hausse de 27 % en valeur réelle depuis 2019 (rapport HCAM, octobre 2025).