Je voudrais réagir à un édito fallacieux et orienté de la rédaction de "Révolution Energétique" que j'ai reçu le 30 juin via sa newsletter à laquelle je suis abonné et qui était intitulé :
Et voilà : La canicule nous aura enseigné quelque chose sur la climatisation
La canicule la plus intense jamais enregistrée au cours d’un mois de juin vient de frapper la France. Résultat : les climatiseurs se vendent comme des petits pains, les rayons d'électroménager se vident, trahissant une lacune bien connue en France. Pendant des années, la doctrine nationale a privilégié l'isolation du bâti plutôt que la climatisation, jugée énergivore et polluante, parfois à tort.
Sur le papier, l'approche tenait : un logement bien isolé garde la fraîcheur plus longtemps et limite le recours au climatiseur. Dans les faits, la rénovation globale et de bonne qualité reste hors de portée de la majorité des ménages, malgré les aides publiques. Un chantier d'isolation complet se chiffre en dizaines de milliers d'euros, avec un reste à charge souvent dissuasif une fois les aides déduites. Le rythme des rénovations performantes reste ainsi largement insuffisant face au parc à traiter.
Le pire, c’est que même une isolation de bonne qualité montre ses limites face à des chaleurs frôlant les 45°C, comme à Chantonnay en Vendée, qui a atteint 44,6 °C le 22 juin. Il y faisait plus chaud qu’à Dubaï. L'isolation n’est pas miraculeuse : elle retarde l'entrée de la chaleur, mais ne la stoppe pas indéfiniment.
Conséquence : la France a longtemps sous-équipé ses logements en climatiseurs avec un taux d’environ 25 %, loin derrière l'Espagne ou l'Italie. Et quand la canicule frappe sans prévenir, les ménages n'achètent pas l'appareil le plus performant et adapté à leur habitat, mais celui disponible dans l'urgence : le climatiseur mobile, souvent premier prix, prêt à utiliser sans intervention d'un professionnel. Or ces appareils sont aussi les plus voraces et les plus inconfortables : utilisés fenêtre entrouverte la plupart du temps, bruyants, générant une pression négative dans le logement qui aspire autant d’air chaud que d’air froid n’est produit, pas toujours éliminé dans les règles de l’art en fin de vie.
Finalement, c’est l’effet inverse qui se produit : en décourageant l’installation de pompes à chaleur air/air fixes, en fantasmant une surconsommation électrique et des rejets de gaz frigorigènes, on encourage à utiliser des appareils mobiles qui, eux, ont de réels impacts négatifs. Mais le regard sur la climatisation, « la vraie », change enfin. Et c’est probablement une bonne chose, que l’on devrait constater ces prochains hivers, lorsque les climatiseurs produiront sobrement de la chaleur, sans énergie fossile.
Hugo, rédacteur en chef (de "Révolution énergétique")
Extraits :
La lutte contre l'inconfort d'été se traduit par une addition de solutions : "adaptation du bâti, protections solaires, ventilation mécanique performante, brasseurs d'air, conception bioclimatique mais aussi équipements thermiques performants".
"porter un discours responsable" consistant à hiérarchiser les priorités : "réduire d'abord les besoins, puis recourir à des équipements bien dimensionnés, bien installés, bien réglés et utilisés avec sobriété".
Dans tous les cas, les fabricants insistent sur les conditions sine qua non : "un dimensionnement adapté, une installation professionnelle, des réglages pertinents, une bonne orientation des flux, un entretien régulier, le maintien d'une ventilation efficace et un pilotage adapté aux besoins réels du bâtiment".
Et de reconnaître qu'il ne faut pas abuser du rafraîchissement actif en y recourant de façon intermittente et de maintenir une consigne "raisonnable" autour de 26 °C. "L'enjeu n'est pas de climatiser partout et sans limite, mais de permettre aux bâtiments et aux occupants de traverser les épisodes critiques dans de bonnes conditions, avec des équipements efficaces, pilotables et correctement intégrés"