Post-croissance
Est-ce le signe que la croyance en une croissance illimitée comme boussole de notre économie se lézarde ? Ce ne sont point des parlementaires de gauche mais trois sénateurs de la droite républicaine qui viennent de faire adopter par leur chambre un rapport prospectif appelant à rompre avec l’idée de la hausse du PIB comme seul critère de prospérité. Et qui tente, dans la foulée, de dessiner les contours d’une « post-croissance ».
Le concept n’est pas nouveau. Dès 1972, le rapport Meadows alertait sur l’illusion d’une croissance sans limite. Mais l’idée aura mis du temps à s’insinuer dans le camp libéral. Même si celui-ci penche encore largement aujourd’hui en faveur d’une « croissance verte ». Un concept hybride qui fait de la décarbonation la pierre angulaire de la transition. Mais sans rien sacrifier ou presque à la production.
Reste que l’idée de post-croissance fait aussi débat à gauche et dans le camp écolo. Entre ceux pour lesquels elle ne peut prendre la forme que d’une « décroissance » au sens strict. Et ceux qui, sans être « technosolutionnistes », estiment que l’innovation et les mécanismes de marché ont aussi un rôle à jouer.
Sans parler des esprits atypiques comme le philosophe Gaspard Koenig qui plaide, dans les colonnes des « Echos » pour une « non-croissance non-anticapitaliste ». Qu’il décrit comme un « état stationnaire mais dynamique » qui investit dans l’innovation low-tech tout en cessant de produire ce qu’on ne sait pas recycler.
Le rapport du Sénat tend tout de même à montrer que la posture du déni face aux limites planétaires est de plus en plus difficile à tenir. Une récente étude de l’Université de Nouvelle-Galles-du-Sud a montré qu’un monde à +4° C entraînerait une perte de PIB de 40% en moyenne par habitant. Largement produit par la course à la croissance, le réchauffement va donc avoir pour conséquence de la faire dégringoler. C’est un peu le chat qui se mord la queue. Il est plus que temps de refondre l’idole.