Lettre de veille

de la protection sociale

à l'international

 
 
 
 
 

LVPSI n°10

 
 
 
 
 
   

26/01/2026

 
 
 
 
 

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Edito

Je suis très heureux de vous présenter le 10ᵉ numéro de la Lettre de Veille de la Protection Sociale à l’International (LVPSI), une contribution de l’EN3S à la recherche et à la diffusion d’informations en matière de protection sociale, ainsi qu’au décryptage des enjeux actuels au niveau international.
 
Ce numéro s’inscrit dans une dynamique particulièrement riche, marquée par deux événements majeurs en 2025 :
- Le premier colloque européen coorganisé à Brussels le 11 décembre par l’EN3S et le ministère de la sécurité sociale belge en partenariat avec l’Autorité européenne du travail, qui a permis de partager un diagnostic commun et d’identifier des solutions innovantes entre différents États membres autour des défis liés à la fraude des travailleurs non-salariés dans l’UE
- Le troisième colloque de la plateforme francophone des entreprises membres du réseau mondial Global Business For Social Protection Floors (GBN) à Bruxelles, consacrée aux travaux du groupe sur la santé mentale au travail à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale.
 
Au-delà de ces colloques, ce numéro propose un panorama des principales études et analyses internationales sur la protection sociale, couvrant des thématiques allant de l’extension de la couverture sanitaire universelle à l’adaptation des systèmes face aux transitions démographiques. Les enjeux liés à la transition écologique et la nécessité de repenser les modèles de protection sociale à l’aune de cette donne continuent à s’affirmer comme une thématique montante du débat académique international. La littérature de plus en plus nombreuse dans le domaine confirme, s’il en fallait, les implications transversales et multidisciplinaires de la protection sociale dans les domaines de l'adaptation et de l’atténuation des risques sociaux liés au changement climatique.
 

Je vous souhaite une excellente lecture de cette Lettre de Veille, qui reflète notre ambition de contribuer à la connaissance sur les évolutions de la protection sociale dans le monde.


Dominique Libault

Directeur général EN3S

 
 
 
 
 

Sommaire

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Évènements organisés
par la Direction des relations internationales
 
 
 
 
Colloque « Travail indépendant dans l’UE : situation actuelle, défis en matière de lutte contre la fraude sociale, perspectives communes » en partenariat avec le SPF Sécurité sociale Belge
 

Organisé le 11 décembre dernier à Brussels par l’EN3S et le Service Public Fédéral belge de la Sécurité sociale, avec le soutien officiel de l’Autorité Européenne du Travail, le colloque « Travail indépendant dans l’UE : situation actuelle, défis en matière de lutte contre la fraude sociale, perspectives communes » a rassemblé plus de 110 participants qui ont échangé autour des enjeux liés au travail indépendant et à la lutte contre la fraude sociale. Dans un contexte de mobilité croissante et de diversification des formes d’emploi, le statut des travailleurs indépendants soulève des défis cruciaux pour les systèmes de sécurité sociale européens. Ce colloque vise à éclairer ces enjeux et à proposer des pistes de coopération renforcée entre États membres. Le travail indépendant est aujourd’hui au cœur des préoccupations des autorités sociales européennes. Complexité des statuts, hétérogénéité des règles, difficultés de contrôle et de coordination : autant de facteurs qui fragilisent la lutte contre la fraude et la protection sociale des travailleurs. Ce colloque a permis de mettre en lumière : Les risques spécifiques liés à la mobilité intra-européenne des travailleurs non-salariés. Une typologie des fraudes : usage abusif du statut, activité fictive, sous-déclaration, fraude organisée. Le potentiel des outils numériques pour améliorer la détection et le contrôle. Les modalités de coopération à privilégier : cadre multilatéral, accords bilatéraux, échanges de données. 

 
 
 
 
Colloque « Entreprises mondiales et Santé mentale au travail » en partenariat avec l'Oréal et la participation de l'Organisation Internationale du Travail
 

Créée à l’initiative de l’Organisation internationale du Travail et animée par l’École Nationale Supérieure de Sécurité Sociale (EN3S), la plateforme francophone du Global Business Network for Social Protection Floors (GBN) fédère en 2026, 20 entreprises francophones engagées dans une démarche commune d’étendre les socles de protection sociale et partager leurs bonnes pratiques. À l’occasion des 10 ans du GBN francophone et de la Journée mondiale de la santé mentale, l’EN3S et le Groupe L’Oréal, en partenariat avec l’Organisation Internationale du Travail, ont organisé, le 10 octobre, un colloque sur la thématique « Entreprises mondiales et santé mentale au travail ». Avec la participation exceptionnelle d’Agnès Buzyn ancienne ministre de la Santé, et du Pr. Frank Bellivier, délégué ministériel à la psychiatrie et à la santé mentale, le colloque a réuni plus de 80 participants issus du monde de l’entreprise et institutionnel. Le colloque a permis de mettre en avant les récentes tendances épidémiologiques et les approches internationales de la santé mentale au travail basées sur l’approche commune de l’OIT et de l’OMS, des exemples de démarches et programmes mondiaux des entreprises membres du GBN francophone en matière de santé mentale et de fêter l’anniversaire des 10 ans du GBN. Retrouver les moments forts de ce colloque à travers cette synthèse : Synthèse Colloque Santé Mentale Ainsi que le 7ème guide thématique « Entreprises mondiales et santé mentale au travail » produit par la plateforme et disponible en libre accès en français et en anglais.

 
 
 
 
 
Famille
Logement
 
 
 
 
(Europe) Problèmes d’accessibilité financière du logement selon les groupes sociodémographiques Housing affordability problems across socio-demographic groups
 

Les problèmes d’accessibilité financière du logement sont largement répandus dans l’Union européenne. Cette analyse approfondie explique comment différents groupes vivent ces problèmes de manière différente, en se concentrant sur les jeunes, les ménages avec enfants et les personnes âgées. Elle s’appuie sur un cadre d’analyse qui cartographie les problèmes d’accessibilité du logement en termes d’exclusion du logement, d’insécurité résidentielle, de coûts du logement problématiques et d’inadéquation du logement. Elle examine de manière critique la façon dont les politiques du logement axées sur la demande et sur l’offre, ainsi que les politiques non liées au logement, peuvent contribuer à répondre à ces problèmes.

 

Hans Dubois, Michael Hyland et Sanna Nivakoski, Housing Affordability Problems across Socio-Demographic Groups (Bruxelles : Parlement européen, octobre 2025)

 
 
 
 
 
 
Maladie
Santé
 
 
 
 
(International) Panorama de la santé 2025 : les indicateurs de l’OCDE
 

Le Panorama de la santé 2025 - Les indicateurs de l’OCDE publié le 14 novembre dernier présente des comparaisons entre des indicateurs clés relatifs à la santé de la population et au fonctionnement des systèmes de santé dans les 38 pays membres de l’OCDE. Les pays candidats à l’adhésion et les partenaires clés (l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Brésil, la Bulgarie, la République populaire de Chine, la Croatie, l’Inde, l’Indonésie, le Pérou, la Roumanie et la Thaïlande) figurent dans certains indicateurs. L’analyse s’appuie sur les statistiques nationales officielles comparables les plus récentes et sur d’autres sources. Le Panorama 2025 dresse un diagnostic factuel des performances sanitaires des pays et souligne les évolutions majeures à l’œuvre. Si les États membres de l’OCDE se remettent progressivement du choc provoqué par la pandémie, de nombreux défis structurels demeurent. Dans ce rapport, l’OCDE met en avant certaines données de santé qui dans l’ensemble s’améliorent. L’espérance de vie moyenne atteint, par exemple, 81,1 ans, un niveau en hausse par rapport à la période prépandémique. Cependant, les défis structurels restent nombreux, et s’accompagnent d’inégalités et de risques persistants. Les maladies cardiovasculaires et les cancers représentent près de la moitié des décès, et, selon l’OCDE, plus de 3 millions de morts prématurées auraient pu être évitées dans l’ensemble des pays grâce à des politiques de prévention plus efficaces et à un meilleur accès aux soins. La part des jeunes de 15 ans ayant signalé de multiples problèmes de santé (notamment une sensation de déprime, des maux de tête ou des vertiges à répétition) a fortement augmenté pour s’établir à 52 %. Les facteurs de risque liés aux modes de vie restent en particulier élevés. 54 % des adultes sont en surpoids ou obèses dans l’ensemble de l’OCDE. Chez les adolescents de 15 ans, certains comportements préoccupants perdurent, tels que la consommation d’alcool (15 %), le tabagisme (15 %) ou le vapotage (20 %). Le rapport souligne également, pour la France, plusieurs données marquantes : la France a des meilleurs résultats que la moyenne de l’OCDE sur plusieurs indicateurs, tels que la mortalité évitable. Elle affiche l’une des prévalences de diabète parmi les plus basses des pays de l’OCDE, avec environ 2,7 % d’adultes concernés. En revanche, le tabagisme quotidien reste élevé (23,1 %), bien au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE.

 

OCDE (2025), Panorama de la santé 2025 : Les indicateurs de l'OCDE, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/2f564c6c-fr

 
 
 
 
 
(International) Suivi de la couverture sanitaire universelle : rapport mondial de suivi 2025 / Tracking universal health coverage: 2025 global monitoring report
 

 Le Rapport mondial de suivi de la couverture sanitaire universelle (CSU) 2025, coécrit par l’Organisation mondiale de la Santé et la Banque mondiale, évalue les progrès internationaux vers la couverture sanitaire universelle à l’aide de mesures de suivi actualisées. Le document présente un cadre de suivi révisé pour les indicateurs des ODD 3.8.1 et 3.8.2, en affinant notamment la manière dont la couverture des services essentiels et les difficultés financières sont mesurées, afin de mieux refléter l’expérience des populations vulnérables. 

Les résultats indiquent que, si l’accessibilité aux services de santé s’est nettement améliorée entre 2000 et 2015, les progrès mondiaux ont depuis ralenti, laissant des milliards de personnes sans soins adéquats. L’analyse montre également que la protection financière demeure insuffisante pour de nombreuses populations, les dépenses directes liées aux médicaments et aux soins des maladies chroniques continuant de plonger des ménages dans la pauvreté. 

En examinant les inégalités entre groupes de revenus et régions, le rapport met en évidence des lacunes critiques dans la prise en charge des maladies non transmissibles et dans les infrastructures de soins de santé primaires. En définitive, ces analyses constituent un appel à l’action en faveur de la mise en œuvre, par les décideurs politiques, de mécanismes de protection financés par des fonds publics et de stratégies multisectorielles, afin d’atteindre les objectifs mondiaux de santé à l’horizon 2030. 

 

 World Health Organization and The World Bank Group, Tracking universal health coverage: 2025 global monitoring report. Geneva, 2025. 

 
 
 
 
 
(Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni - Angleterre, Pays-Bas, Australie et Belgique) Les modèles de prise en charge financière des patients atteints de maladies chroniques
 

 Cette nouvelle étude de la collection Comparaisons internationales décrit les dispositifs publics de prise en charge financière des personnes atteintes de pathologies chroniques présents dans les systèmes de santé de sept pays de l'OCDE (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni - Angleterre, Pays-Bas, Australie et Belgique). Elle détaille les résultats présentés dans le rapport Charges et produits de l’Assurance Maladie pour 2026. 

En mettant en lumière les mécanismes de protection destinés à limiter une partie des dépenses supportées par les patients chroniques, comme c’est le rôle, en France, du dispositif des affections de longue durée (ALD), l’étude identifie trois grands modèles. 

Les critères d’accès à cette prise en charge spécifique peuvent reposer principalement sur la reconnaissance clinique et réglementaire de la pathologie (France, Italie, Angleterre), sur la capacité financière des patients (Belgique, Allemagne) ou sur l’inscription dans des parcours de soins coordonnés (Australie, Pays-Bas). 

L’étude propose un regard synthétique sur les leviers financiers mobilisés à l’étranger pour protéger les patients chroniques et permet de situer, dans ce paysage international, les spécificités du modèle français. 

 

 Anaïs Peano (Cnam). Les modèles de prise en charge financière des patients atteints de maladies chroniques. Comparaisons internationales n° 8. 


 
 
 
 
 
 
Retraite
Autonomie
 
 
 
 
(International) Panorama des pensions 2025 : les indicateurs de l'OCDE et du G20
 

L’édition 2025 du Panorama des pensions met en lumière les réformes des retraites engagées par les pays de l’OCDE au cours des deux dernières années. Elle comprend un chapitre spécial sur les écarts de pension entre les femmes et les hommes. Ce chapitre présente l’évolution récente et prévue des pensions des femmes par rapport à celles des hommes dans les pays de l’OCDE, analyse les principaux déterminants des écarts de pension entre les genres. Il passe en revue les règles relatives aux retraites qui ont une incidence directe ou indirecte sur ces écarts ainsi que sur les disparités entre les genres dans le cadre des dispositifs de retraite adossés à des actifs. Les implications pour l’action des pouvoirs publics sont ensuite examinées. 

Cette édition fournit également des informations actualisées sur les principales caractéristiques des systèmes de retraite dans les pays de l’OCDE et du G20 et présente des projections sur les revenus de retraite des travailleurs d’aujourd’hui. Elle propose des indicateurs concernant l’architecture des systèmes de retraite, les droits à la retraite, le contexte démographique et économique dans lequel s’inscrivent les systèmes de retraite. Les indicateurs portent aussi sur les revenus et le risque de pauvreté chez les personnes âgées, le financement des systèmes de retraite et les pensions privées. 

 

OCDE (2025), Panorama des pensions 2025 : Les indicateurs de l'OCDE et du G20, Éditions OCDE, Paris.

 
 
 
 
 
(Indonésie, Mongolie et Viet Nam) Développement de systèmes et services innovants de soins de longue durée basés sur la communauté (Indonésie, Mongolie et Viet Nam) Developing Innovative Community-Based Long-Term Care Systems and Services (Indonesia, Mongolia, and Viet Nam)
 

 Présentant des modèles innovants de soins de longue durée (SLD) basés sur la communauté en Indonésie, en Mongolie et au Vietnam, cette publication examine comment des services de soins et de soutien intégrés et holistiques peuvent favoriser le maintien à domicile des personnes âgées et améliorer les résultats en matière de santé. La publication met en évidence les changements de politique mis en œuvre par ces trois pays pour développer des SLD communautaires rentables à grande échelle. Elle montre comment l’augmentation du financement et des cadres juridiques, ainsi que l’utilisation de la technologie pour les soins numériques et la gestion des cas, peuvent soutenir les aidants et construire les systèmes inclusifs et intégrés nécessaires face au vieillissement rapide des populations. 

 

 Asian Development Bank. Longterm Care Systems and Services. 2025. Asian Development Bank. 

 
 
 
 
 
(Pays-Bas) Les processus de planification financière de la retraite aux Pays-Bas: en quoi diffèrent-ils entre les salariés et les travailleurs indépendants en solo? Financial retirement planning processes in the Netherlands: How do they differ between employees and solo self-employed workers?
 

De plus en plus nombreux en Europe, les travailleurs indépendants qui exercent leur activité en solo assument souvent une responsabilité individuelle plus grande que les salariés dans la préparation de leur retraite. Cette étude a recours au cadre conceptuel axé sur la force situationnelle pour analyser les mécanismes psychologiques à l’œuvre dans la planification de la retraite chez les salariés et dans trois catégories de travailleurs indépendants en solo – volontaires, naturels et forcés. Elle utilise des données d’enquête concernant 3 450 travailleurs néerlandais âgés de 40 à 67 ans et un modèle par équations structurelles multigroupe et révèle que la perspective temporelle future exerce une influence beaucoup plus forte sur l’adéquation perçue de l’épargne-retraite parmi les travailleurs indépendants volontaires que parmi les salariés et les autres catégories de travailleurs indépendants en solo. Ces constatations confirment que la planification de la retraite dépend de facteurs situationnels et mettent en lumière la vulnérabilité de certaines catégories de travailleurs indépendants dans les débats sur les politiques en matière de retraite.

 

Marabini, C., Damman, M., & Pankowska, P. (2025). Financial retirement planning processes in the Netherlands: How do they differ between employees and solo selfemployed workers? International Social Security Review, 78(4).

https://doi.org/10.1111/issr.70015

 
 
 
 
 
 
Extension
 
 
 
 
(Vietnam) L’avenir de l’assurance sociale au Vietnam : options politiques et recommandations The future of social insurance in Viet Nam: Policy options and recommendations
 

Le Vietnam réalise des progrès audacieux vers une assurance sociale universelle, soutenus par de fortes réformes politiques et une couverture en expansion. Ce rapport met en lumière les recommandations stratégiques de l’OIT pour accompagner la prochaine phase de transformation juridique et structurelle. 

Le Vietnam a accompli des avancées significatives dans l’élargissement et l’amélioration de son système d’assurance sociale. La couverture est passée de 23 % de la population active salariée en 2015 à 38 % en 2022, avec des prestations à la fois complètes et adéquates pour de nombreux participants. Le gouvernement a montré un engagement fort en matière de réforme, guidé par la Résolution 28-NQ/TW, qui définit un programme ambitieux visant l’assurance sociale universelle. 

Ce rapport résume les principales recommandations de l’OIT préparées pour soutenir la nouvelle Loi sur l’assurance sociale, promulguée le 29 juin 2024 et entrée en vigueur le 1er juillet 2025. Il se concentre sur quatre domaines prioritaires : l’élargissement de la couverture, la régulation des retraits forfaitaires, l’introduction de prestations pour enfants et le développement d’un système de retraite à plusieurs niveaux. Chaque section met en avant les défis actuels et les solutions stratégiques, dans le but d’éclairer les futures discussions et réformes politiques. 

 

 Organisation internationale du Travail (OIT). The future of social insurance in Viet Nam: Policy options and recommendations, Geneva: International Labour Office, 2025.

 
 
 
 
 
(International) Protection sociale en matière de santé et économie informelle / Social Health Protection and the Informal Economy
 

Dans son article Social Protection Spotlight Brief December 2025: Social Health Protection and the Informal Economy (ILO Brief), l'OIT souligne que le manque d'accès à des soins de santé abordables et à une sécurité de revenu en cas de maladie appauvrit une grande partie de la population mondiale, en particulier les travailleurs de l'économie informelle et les femmes. Ces derniers occupent souvent des emplois dangereux, sont plus exposés aux accidents du travail et subissent des pertes de revenus directes faute d'affiliation aux assurances sociales. Cette situation crée un cercle vicieux où la mauvaise santé et les conditions de vie précaires deviennent des obstacles majeurs à l'accès à un emploi décent, tout en limitant l'espace budgétaire des États pour financer les politiques sociales. 

Pour remédier à cela, l'extension de la protection sociale doit s'appuyer sur des principes de couverture universelle incluant tous les types de travailleurs et leurs familles, tout en garantissant un panier de soins et de prestations adéquats. La gestion doit être adaptée aux réalités des travailleurs informels par des processus de proximité afin de bâtir une relation de confiance. Enfin, le système nécessite un financement durable et suffisant, coordonné avec les politiques d'emploi et de santé, pour favoriser efficacement la transition de l'économie informelle vers l'économie formelle. 

 

 Organisation internationale du Travail (OIT), Social Health Protection and the Informal Economy, Social Protection Spotlight Brief (Genève : OIT, décembre 2025)

 
 
 
 
 
 
Emploi
Chômage
 
 
 
 
(Mexique) Simulation des impacts de la transition énergétique sur l’emploi et les inégalités au Mexique : une approche input–output / Simulating the Employment and Inequality Impacts of the Energy Transition in Mexico: An Input–Output Approach
 

 Cet article examine les impacts distributifs et sur le marché du travail de la transition du Mexique des énergies fossiles vers les énergies renouvelables, en utilisant un modèle multisectoriel input–output calibré sur les comptes nationaux de 2020 et projeté jusqu’en 2030. Quatre scénarios — optimiste, pessimiste, réaliste et un nouvel objectif de 38 % d’énergies renouvelables — sont simulés afin d’estimer les effets directs, indirects et induits sur l’emploi selon les secteurs et les États. 

Les résultats indiquent que toutes les trajectoires de transition génèrent des gains nets d’emploi, bien que de fortes asymétries régionales et de genre soient observées. La création d’emplois se concentre dans les industries éolienne et solaire, tandis que les États dépendants des combustibles fossiles, tels que Tabasco et Veracruz, connaissent des pertes d’emplois et une hausse des inégalités de revenus. Les effets nationaux sur l’inégalité des revenus du travail restent modestes, mais les disparités régionales demeurent importantes. 

Ces résultats soulignent l’importance de politiques industrielles, éducatives et sociales ciblées pour assurer une transition énergétique juste et inclusive au Mexique.

 

 

Agence Française de Développement. Simulating the Employment and Inequality Impacts of the Energy Transition in Mexico: An Input–Output Approach. Research document, November 18, 2025.

 
 
 
 
 
(Europe) Assurance chômage en Europe : comparaison des régimes belge et français
 

 

En partenariat avec l’Office national de l’emploi belge (Onem), l’Unédic publie une étude comparative des régimes d’assurance chômage en France et en Belgique. Basée sur des comparaisons de cas-types, cette étude permet de dépasser la stricte approche réglementaire pour illustrer concrètement les conditions et les niveaux de prise en charge dans chacun de ces deux pays. 

En Belgique comme en France, les régimes d’assurance chômage sont basés sur une logique contributive qui s’appuie sur le travail. Les demandeurs d’emploi qui ont suffisamment travaillé peuvent ouvrir un droit qui leur permet d’accéder à un revenu de remplacement, en lien avec leur ancien salaire, pendant leur période de chômage. 

Il existe cependant de nombreuses différences entre les deux régimes d’indemnisation. Par exemple, en Belgique, l’allocation est dégressive pour tous les allocataires tout au long de la durée d’indemnisation. Et la situation de famille est prise en compte ce qui n’est pas le cas en France où le droit est individualisé.

 

 Unédic. Cas types : Comparaison France-Belgique. Mai 2025. Unédic.

 
 
 
 
 
(Europe) L’assistance chômage en Europe
 

 L’assistance chômage a pour objectif d’assurer un revenu minimal aux personnes qui ne peuvent pas ou plus bénéficier de l’Assurance chômage. Elle constitue le dernier filet de sécurité dans les systèmes de protection sociale européens, avant l’assistance sociale. Cette étude dresse un panorama actualisé des dispositifs d’assistance chômage dans huit pays du continent, en mettant en lumière leurs différences d’accès, de montant et de durée. 

Parmi les quinze pays européens analysés, huit disposent aujourd’hui d’un dispositif spécifique d’assistance chômage, notamment l’Espagne, la Finlande, la France et les Pays-Bas. 

Deux grands modèles coexistent. Dans plusieurs pays — Portugal, Espagne, Finlande, Allemagne, Luxembourg, Irlande et Royaume-Uni — l’assistance est accessible à la fois aux personnes n’ayant jamais cotisé à l’assurance chômage et à celles ayant épuisé leurs droits.
En revanche, certains États, comme la France et les Pays-Bas, la réservent aux anciens bénéficiaires de l’assurance chômage, faisant de ce dispositif un prolongement du régime contributif plutôt qu’une aide universelle. 

 

 Unédic. L’assistance chômage en Europe. Novembre 2025. Unédic.

 
 
 
 
 
(Afrique du Sud, au Nigeria, au Kenya et en Ouganda) Explorer la demande en compétences numériques : principaux enseignements à partir des offres d’emploi en ligne en Afrique du Sud, au Nigeria, au Kenya et en Ouganda / Exploring Digital Skills Demand: Key Insights from Online Job Vacancies in South Africa, Nigeria, Kenya, and Uganda
 

 

Le changement technologique transforme les marchés du travail à l’échelle mondiale et en Afrique, modifiant la demande en compétences, en particulier les compétences numériques. Pour rester pertinents, les systèmes d’éducation et de formation doivent s’adapter aux besoins changeants du marché du travail, en dotant les apprenants des compétences nécessaires pour entrer et rester compétitifs sur le marché du travail. 

Cet article analyse des millions d’offres d’emploi en ligne provenant du Kenya, du Nigeria, de l’Afrique du Sud et de l’Ouganda entre 2020 et 2024 afin d’évaluer l’intensité et la répartition de la demande en compétences. En utilisant une taxonomie des compétences numériques, des statistiques descriptives et une analyse par regroupement, l’étude suit les tendances dans le temps et selon les professions. 

Les résultats montrent que près de la moitié des offres d’emploi dans ces pays exigent au moins une compétence numérique, avec une croissance progressive observée au cours de la période. Les compétences numériques de base, telles que la maîtrise de l’informatique, Microsoft Office et les outils de présentation, apparaissent dans environ un tiers des offres, tandis que les compétences avancées, notamment en informatique et en analyse de données, figurent dans environ 20 % des offres. Bien qu'encore émergentes, les compétences liées à l’intelligence artificielle montrent des signes précoces de croissance. 

L’analyse par regroupement révèle que les compétences numériques sont de plus en plus demandées dans tous les groupes professionnels, quel que soit leur niveau d’intensité numérique, en faisant un élément central de l’employabilité. Les compétences transversales, telles que la communication et la résolution de problèmes, sont également systématiquement recherchées. 

Ces résultats soulignent la nécessité pour les systèmes d’éducation et de formation d’intégrer les compétences numériques et transversales avec l’expertise spécifique aux métiers afin de mieux préparer les diplômés aux exigences du marché du travail et de renforcer la résilience et l’adaptabilité dans une économie numérique en rapide évolution. 

 
 
 
 
 
Pauvreté
Exclusion
 
 
 
 
(International) Atlas de la pauvreté et des inégalités sociales
 

Le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) publie aujourd’hui la première édition de son Atlas de la pauvreté et des inégalités sociales, fruit du travail de son comité scientifique. Ce nouvel outil cartographique et analytique vise à éclairer les politiques publiques en offrant une lecture fine et territorialisée des contextes de pauvreté en France. 

Réalisé par les géographes Olivier Milhaud Samarina (Sorbonne Université) et Antonine Ribardière (Université Paris 1), avec la participation du cartographe Cyprien Deloget (Sorbonne Université), l’Atlas propose une série de cartes et d’analyses croisées sur la pauvreté monétaire, les inégalités de niveau de vie et le chômage, à l’échelle des départements et des intercommunalités (EPCI).

 

 Olivier Milhaud Samarina et Antonine Ribardière avec la participation de Cyprien Deloget, Atlas de la pauvreté et des inégalités sociales, (Paris : Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale [CNLE], Septembre 2025.

 
 
 
 
 
(International) Lignes directrices méthodologiques pour l’évaluation du handicap au sein des ménages : coûts associés et implications pour la participation / Methodological Guidelines on Assessing Household Disability: Related Costs and Their Implication for Participation
 

 Les personnes en situation de handicap et leurs familles font face à des coûts substantiels liés au handicap, qui ne sont pas toujours couverts par les programmes et politiques sociales. Ces coûts peuvent être directs (dépenses personnelles) ou indirects (réduction des opportunités d’éducation ou d’emploi pour les personnes en situation de handicap et leurs aidants), et peuvent entraîner des pressions financières importantes, accroître la vulnérabilité et la pauvreté, ainsi que limiter la participation et l’inclusion. 

Ces coûts dépendent de l’incapacité spécifique de la personne ainsi que de son environnement physique et social. Les coûts directs liés au handicap incluent les dépenses spécifiques au handicap (nécessaires uniquement pour les personnes en situation de handicap), comme les produits d’assistance, et les dépenses pour les biens et services quotidiens, souvent plus élevées que la moyenne pour ces personnes (par exemple, des coûts de transport ou de services publics plus élevés si la personne passe plus de temps à la maison) ou nécessitant une composition spécifique (comme un régime alimentaire particulier). 

Les niveaux de participation influencent directement les coûts liés au handicap : lorsque les enfants en situation de handicap fréquentent l’école ou que les adultes participent à la vie professionnelle et sociale, les dépenses telles que le transport et l’entretien des dispositifs augmentent. À l’inverse, rester à la maison peut réduire les coûts directs mais augmenter les besoins de soins non rémunérés et les coûts indirects pour les familles. 

 
 
 
 
(Québec) Inégalités sociales, scolaires et de santé : repenser le chemin vers l’égalité des chances 
 

 L’Observatoire québécois des inégalités a publié une étude sur les liens entre la santé physique et mentale et la réussite scolaire. Une scolarité prolongée pourrait améliorer la qualité de vie, l’espérance de vie et la santé globale. L’étude analyse les vulnérabilités dès la petite enfance, les coûts sociaux du décrochage et les disparités persistantes malgré des politiques publiques visant l’égalité des chances. Elle interroge enfin l’organisation scolaire et ses effets sur la reproduction des inégalités. 

Selon les auteurs de l’étude, une santé précaire, qu’elle soit physique ou mentale, accroît le risque de retard scolaire et de décrochage, particulièrement chez les élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA), dont les taux de diplomation demeurent nettement inférieurs à la moyenne. À l’inverse, le niveau de scolarité agit comme un puissant levier de santé : il favorise l’accès à l’emploi, la stabilité économique et des comportements préventifs. Les écarts sont frappants : l’espérance de vie varie de 8 à 11 ans entre les extrêmes de scolarisation. Les risques de maladies chroniques ou de dépression sont significativement plus élevés chez les moins diplômés. 

Malgré des progrès, les inégalités scolaires et sanitaires persistent, alimentées par la stratification du système éducatif en trois (privé, public enrichi, public régulier). Cette segmentation concentre les élèves en difficulté dans certaines filières, dégradant le climat pédagogique et limitant les aspirations. Les écarts de diplomation entre milieux favorisés et défavorisés, ou entre élèves ordinaires et EHDAA, demeurent importants, tout comme les disparités d’accès aux études supérieures. Ces inégalités se répercutent sur la santé, renforçant un cercle vicieux entre faible scolarité, précarité et vulnérabilité sanitaire. Le rapport préconise des mesures structurelles, telles que la mixité sociale et une réforme du réseau scolaire, afin de rompre avec la reproduction des inégalités et de promouvoir une véritable égalité des chances (Sécu Hebdo). 

 

François Fournier (2025). Inégalités sociales, scolaires et de santé : repenser le chemin vers l’égalité des chances, Montréal, Canada : Observatoire québécois des inégalités.

 
 
 
 
 
 
Administration
Numérique
 
 
 
 
Titre
(Afrique du Sud) Au-delà du déplacement numérique : responsabilité dans le système sud-africain de protection sociale numérisé / Beyond digital displacement: accountability in South Africa’s digitalised south protection system
 

La transition de l’Afrique du Sud vers des systèmes numériques de protection sociale crée des tensions entre le droit constitutionnel à la sécurité sociale et les réformes technologiques axées sur l’efficacité. Cette étude, réalisée dans le cadre du projet DISPACT, examine l’impact des innovations numériques sur les relations de responsabilité au sein du système de protection sociale du pays. La recherche se concentre spécifiquement sur la manière dont les citoyens utilisent les interfaces numériques pour accéder à leurs droits constitutionnels. 

À travers l’analyse de la prestation Social Relief of Distress et des évolutions historiques du système de paiement, l’étude révèle un « déplacement de la responsabilité », où les citoyens peinent à identifier qui est responsable lorsque les systèmes numériques échouent. Les systèmes numériques excluent systématiquement les populations vulnérables en privilégiant l’efficacité plutôt que les droits des personnes, créant une dépendance vis-à-vis d’autrui pour aider aux démarches administratives. Les mécanismes de plainte existants fonctionnent davantage comme des exercices administratifs que comme de véritables outils de reddition de comptes. 

L’étude examine également comment les outils numériques peuvent servir de mécanismes de collecte de preuves pour la participation citoyenne, permettant aux communautés de documenter les problèmes et de plaider pour des améliorations dans la prestation de la protection sociale. Malgré un cadre constitutionnel solide, la numérisation progresse sans véritable participation citoyenne à la conception du système. La recherche identifie des opportunités de changement en abordant les tensions entre efficacité technologique et inclusion participative, en soulignant que la responsabilité doit être intégrée dès la conception du système et non ajoutée après coup. Elle propose des voies pour une intégration hybride numérique-analogique afin de garantir que les outils numériques renforcent plutôt que remplacent les mécanismes de participation hors ligne, ainsi que des approches adaptées au contexte permettant une expression citoyenne significative dans les décisions de conception du système. 

 

 Khene, C., H. Mthoko, G. Baduza, et C. Holland-Szyp. Beyond Digital Displacement: Accountability in South Africa’s Digitalised South Protection System. IDS Working Paper 627. Brighton: Institute of Development Studies, 2025. 

 
 
 
 
 
 
Financement de la Protection sociale
 
 
 
 
(Europe) La protection sociale en France et en Europe en 2024 - Résultats des comptes de la protection sociale - Édition 2025
 

 

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publie La protection sociale en France et en Europe en 2024. Ce Panorama analyse les principaux résultats des comptes de la protection sociale pour l’année 2024, pour la France et pour l’ensemble des pays européens. Au-delà de l’exercice comptable, ce Panorama retrace l’évolution des politiques sociales en France et en Europe. 

Cet ouvrage est composé de quatre grandes parties. La première partie comprend une vue d’ensemble synthétisant les éléments marquants de 2024 pour la protection sociale et une fiche sur le contexte économique et social lors de cette année en France et en Europe. Les deuxième et troisième parties sont composées de fiches thématiques sur les comptes, respectivement de France et d’Europe, analysant le contexte général, les ressources et la couverture des risques par le système de protection sociale. Enfin, la dernière partie de l’ouvrage est constituée des annexes méthodologiques, du glossaire et des sigles utiles ainsi que des tableaux détaillés des comptes pour la France. 

Ce Panorama analyse les principaux résultats des comptes de la protection sociale pour l’année 2024, pour la France et pour l’ensemble des pays européens. Au-delà de l’exercice comptable, ce Panorama retrace l’évolution des politiques sociales en France et en Europe. 

En 2024, les prestations sociales accélèrent en France et dans l’UE-27 : les dépenses de prestations sociales (prestations en espèces ou en nature) continuent de croître en 2024, à un rythme plus soutenu que les années précédentes. 

En France, elles augmentent de 4,8 % en euros courants en 2024 (après +4,1 % en 2023 et +1,5 % en 2022) pour atteindre 932,5 milliards d’euros en 2024, et de 6,9 % à l’échelle de l’UE-27 dans son ensemble (après +6,5 % en 2023 et +2,7 % en 2022). 

Les prestations de protection sociale progressent plus vite que l’inflation : l’inflation a été de 2,3 % en France et de 2,6 % en Europe en 2024, plus faible qu’en 2023 (respectivement 5,7% et 6,4 %). Les prestations sociales, qui sont revalorisées dans certains pays dont la France sur la base de l’évolution des prix de l’année précédente, ont progressé davantage que l’inflation en 2024. Les dépenses de prestations sociales ont augmenté plus vite que le PIB en France comme en Europe, et ce, pour la première fois depuis le pic historique atteint en 2020 avec la crise sanitaire. En 2024, la part des dépenses de protection sociale dans le PIB progresse, ainsi, de 0,4 point en France et de 0,6 point en Europe. Selon les premières estimations par pays, la Finlande serait le premier pays de l’UE-27 en matière de dépenses de protection sociale en 2024. 

 
 
 
 
(International) Construire des systèmes de protection sociale équitables pour une relance des Objectifs de développement durable : le cas d’un mécanisme mondial de « financement virtuel » / Building Equitable Social Protection Systems for a Sustainable Development Goal Recovery: The Case for a Global ‘Virtual Financing’ Mechanism
 

 

Le ralentissement mondial dramatique des progrès vers l’éradication de la pauvreté et de la faim, combiné aux réductions de l’aide et à la pression fiscale croissante sur les gouvernements, appelle à une action urgente. Ce rapport plaide pour l’expansion de la protection sociale soutenue par un mécanisme de financement virtuel. Un tel mécanisme pourrait offrir de nombreux avantages similaires à ceux des fonds mondiaux de santé réussis. 

Gavi, l’initiative mondiale pour les vaccins, et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme ont obtenu des résultats extraordinaires, fournissant un point focal pour le financement regroupé des donateurs afin de soutenir des plans nationaux visant à étendre l’accès aux vaccinations et aux traitements contre le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose. Un mécanisme de financement virtuel pour la protection sociale pourrait reproduire les avantages générés par les fonds verticaux en santé, tout en évitant les coûts de transaction et les négociations prolongées qui accompagneraient inévitablement la création de nouvelles institutions. 

Étant donné l’appétit limité pour la création de nouvelles entités multilatérales, le financement virtuel offre une voie pratique pour obtenir des résultats et rompre avec les modèles traditionnels. Dans le contexte utilisé dans ce rapport, le financement virtuel fait référence à la mise en commun et à la coordination du soutien pour atteindre des objectifs partagés, sans créer de nouvelles entités juridiques. Un précédent rapport mondial de l’ODI identifiait le financement virtuel comme un antidote à la fragmentation de l’aide au développement. Au niveau national, les plateformes d’action climatique ont été pionnières dans des approches coordonnées qui, reliées à un financement virtuel international coordonné, pourraient réduire les inefficacités liées à la fragmentation. Une adaptation de cette approche pourrait contribuer à accélérer les progrès vers l’élargissement de la couverture de la protection sociale. 

 

 Watkins, K., K. Nwajiaku-Dahou, C. Long, M. Manuel, A. Sissa, C. Stronge, et D. Knox. Building Equitable Global Social Protection Systems for a Sustainable Development Goal Recovery: The Case for a ‘Virtual Financing’ Mechanism. Social Protection Technical Assistance, Advice and Resources (STAAR) Facility. DAI Global UK Ltd, United Kingdom, 2025. 

 
 
 
 
 
 
Santé au travail
Risques professionnels
 
 
 
 
(International) Intégrer la protection sociale et les services de médecine du travail : une étude exploratoire
 

 La santé humaine dépend de facteurs physiologiques et de déterminants sociaux, environnementaux, comportementaux et politiques. Chaque année, les risques professionnels jouent un rôle important dans un grand nombre de décès évitables et dans les années de vie corrigées de l’incapacité. Influer sur ces déterminants exige une action qui va au-delà du secteur de la santé, l’intérêt de recourir à des approches multisectorielles pour parvenir à l’équité sanitaire étant de plus en plus reconnu. Le système de protection sociale et le système de médecine du travail visent l’un et l’autre à agir sur ces déterminants de la santé et partagent un même objectif de santé publique, qui consiste à prévenir les accidents du travail et les maladies professionnelles, à permettre l’accès aux soins et à faciliter la réadaptation. La protection sociale de la santé joue un rôle central parmi les régimes de protection sociale. Cette étude exploratoire recense les liens entre protection sociale et médecine du travail qui ont été documentés dans la littérature internationale, mettant en lumière à la fois des pratiques prometteuses et des faiblesses dans la coordination de ces deux systèmes. Le renforcement de ces liens au moyen de politiques et pratiques intersectorielles pourrait consolider les deux systèmes, en particulier dans le contexte de crises mondiales telles que le changement climatique. Cette étude est, à notre connaissance, la première qui brosse un panorama des travaux consacrés à cette question.

 

 Both, Nathalie, Marietou Niang, Lou Tessier, Ana Catalina Ramirez, Aurore Iradukunda, Tatiana Agbadje, Gloria Ayivi-Vinz, Frédéric Bergeron, et Dejan Loncar. Integrating Social Protection and Occupational Health Services: A Scoping Review. International Social Security Review, publié en ligne le 10 décembre 2025. 

 
 
 
 
 
(Europe) Accidents du travail, place de la France dans la sinistralité européenne
 

Comparer les statistiques de sinistralité AT/MP entre pays est un exercice délicat si les fondamentaux des systèmes d’assurance ne sont pas connus et pris en compte. Moins de sinistres dénombrés dans un pays par rapport à un autre n’est pas obligatoirement synonyme d’une meilleure prévention au travail. Il peut résulter de différences structurelles en termes d’obligation de déclaration, d’enregistrement et de codification des sinistres… Inversement, une plus forte dynamique de déclaration et de reconnaissance n’est pas nécessairement ou uniquement le signe de lacunes en prévention, mais aussi d’une plus grande propension du système d’assurance à indemniser les sinistres, la force plus ou moins grande des présomptions d’imputabilité pour les accidents de travail (AT) et d’origine pour les maladies professionnelles (MP). On constate en effet qu’en Europe les pays enregistrant le plus de sinistres professionnels sont souvent ceux ayant un système d’assurance AT/MP mature en termes d’obligation de déclaration, de niveau de prestations (Allemagne, France, Italie, Espagne…) à l’inverse de pays dont le système est plus récent et où les prestations AT/MP sont moindres, lesquels enregistrent une sinistralité très faible (par exemple la Hongrie, la Roumanie ou la Bulgarie…). 33 Raphaël Haeflinger - Accidents du travail — Place de la France dans la sinistralité européennePour ces raisons, au niveau européen, a été interrompue depuis plusieurs années toute tentative de comparaison sur le champ des maladies professionnelles, Eurostat jugeant les données trop peu fiables pour être publiées. Sur le champ des accidents de travail, les comparaisons sont possibles via une méthodologie commune pour les statistiques européennes sur les accidents du travail (SEAT), mais restent, elles aussi, sujettes à de nombreuses critiques. Avant de décrypter la place de la France dans les statistiques européennes d’AT, il est utile de rappeler à grands traits les principales caractéristiques de l’assurance AT/MP en Europe.

 

 HAEFLINGER, R. (2025). Accidents du travail, place de la France dans la sinistralité européenne. Regards, 66(2), 33-45.

 
 
 
 
 
(France) Santé mentale au travail : que nous apprennent les baromètres ?
 

 Il y a encore vingt ans, parler de santé mentale au travail relevait de l’exception. Les souffrances psychiques étaient souvent tues ou cantonnées à la sphère privée. Depuis le début des années 2000, les signaux d’alerte n’ont cessé de s’accumuler. En France, les troubles anxieux, dépressifs et d’épuisement professionnel sont en progression. Selon la Drees, la France est le pays d’Europe où la prévalence de la dépression est la plus élevée (11 %). La pandémie de Covid 19 a joué un rôle d’accélérateur brutal, mettant à nu des vulnérabilités structurelles et personnelles jusque-là invisibles. Face à ce phénomène, la santé mentale a été désignée grande cause nationale 2025, signe d’une prise de conscience politique et sociale. Le monde du travail n’est pas resté hermétique à ces bouleversements. Transformations permanentes, télétravail, injonctions à la performance, isolement, fragilités sociales, etc. : les mutations profondes et rapides de l’organisation du travail ces dernières années ont bouleversé les repères traditionnels et contribué à nourrir les troubles liés à la santé psychique. Depuis plusieurs années, Malakoff Humanis conduit différents baromètres afin d’analyser les phénomènes qui influent sur l’absentéisme, les fragilités des salariés et, plus largement, leur état de santé. Si la santé psychique y a toujours occupé une place conséquente, en 2025, les baromètres Absentéisme [1], Santé des salariés [2] et Fragilités des salariés [3] ont été enrichis de nouvelles questions afin de mieux évaluer son impact sur le travail et, en miroir, l’impact du travail sur la santé mentale. Les données issues des trois dernières éditions confirment l’impact qu’ils ont l’un sur l’autre. 

  •  55 % des salariés rencontrent ou ont déjà rencontré un trouble psychologique au cours de leur carrière ; 
  •  54 % des salariés sont concernés par des troubles de l’anxiété, même légers ; 
  • les arrêts pour motif psychologique sont la deuxième cause d’arrêts maladie. 

Mais au-delà de ces premiers constats, une question s’impose : dans quelle mesure le sujet de la santé mentale doit-il être pensé au sein du monde professionnel ? L’analyse croisée des baromètres Absentéisme, Santé des salariés et Fragilités offre un éclairage sur l’ampleur du phénomène, les facteurs explicatifs, les conséquences pour l’individu et l’entreprise, ainsi que les leviers d’action identifiés pour répondre collectivement à ce défi majeur.

 

 Godon-Rensonnet, A.-S. (2025). Santé mentale au travail : que nous apprennent les baromètres ? Regards, 66(2), 79-89.

 
 
 
 
 
 
Transition écologique et Protection sociale
 
 
 
 
(International) Fondements juridiques pour des transitions justes : renforcer les cadres nationaux pour le développement / Legal Foundations for Just Transitions: Strengthening National Frameworks for Development
 

 

La transition juste est désormais un concept bien connu et un pilier des efforts mondiaux visant à passer à une économie à faible émission de carbone et résiliente au climat. Dans le cadre de l’action climatique multilatérale, la transition juste a été reconnue formellement par l’Accord de Paris de 2015, dont le préambule prend en compte les impératifs d’une transition juste de la main-d’œuvre et de la création d’emplois décents et de qualité conformément aux priorités de développement définies au niveau national. 

Depuis 2015, date de publication des Directives de l’OIT pour une transition juste vers des économies et sociétés écologiquement durables pour tous, la compréhension et l’application de la transition juste se sont élargies, reflétant de plus en plus des principes centrés sur les personnes, socialement protecteurs, fondés sur les droits humains, inclusifs de toutes les parties prenantes, en particulier les populations vulnérables, équitables, justes, sensibles au genre, bénéfiques, couvrant l’ensemble de l’économie et de la société, avec une participation significative des parties prenantes, et offrant des opportunités socio-économiques à l’ensemble de la population, y compris les peuples autochtones. 

Le succès des efforts de transition repose sur des cadres juridiques et des institutions nationales bien conçus et efficaces, capables de concilier transformation économique et protections sociales et environnementales. Sans cadres juridiques et institutions adéquats, les pays s’exposent à des risques importants, notamment la vulnérabilité climatique, les perturbations sociales, la responsabilité juridique et l’incertitude, les lacunes dans la mise en œuvre, l’inefficacité économique, les échecs de gouvernance et les préoccupations en matière de droits humains. 

Ce rapport vise à fournir un aperçu des principaux éléments pouvant être inclus dans un cadre juridique national pour ancrer la transition juste dans des règles contribuant à la rendre équitable, cohérente juridiquement, efficace et durable dans la pratique. Il examine des domaines illustratifs les plus pertinents pour la mise en œuvre opérationnelle de la transition juste, notamment les normes du travail et le droit de l’emploi, l’énergie, les minerais critiques, l’agriculture, la finance et les ressources naturelles. 

 

 World Bank; United Nations Development Programme (UNDP). 2025. Legal Foundations for Just Transitions: Strengthening National Frameworks for Development World Bank 

 
 
 
 
 
(International) Changement et stabilité des systèmes de protection sociale dans les transitions sociétales et écologiques / Change and Stability of Social Protection Systems in Societal and Ecological Transitions
 

Ce rapport examine l’évolution et la résilience des systèmes européens de protection sociale face à des défis contemporains tels que la numérisation, le vieillissement des populations et la transition écologique. Il analyse la manière dont les États-providence peuvent s’adapter à l’évolution des marchés du travail et des structures familiales tout en s’attaquant aux inégalités profondes en matière de santé, d’éducation et de revenus. En s’appuyant sur un vaste ensemble de recherches financées par l’UE et de bases de données académiques, le texte évalue l’efficacité de différents modèles de politiques publiques, tels que l’investissement social et le revenu universel de base, pour maintenir la stabilité sociétale. Une attention particulière est accordée à l’émergence de nouvelles formes de pauvreté et à l’influence croissante des mouvements populistes sur les normes de politique sociale. Enfin, la source plaide en faveur de stratégies innovantes et fondées sur des données probantes afin de préserver le modèle social européen face à la fois aux tendances démographiques prévisibles et aux chocs mondiaux imprévisibles.

 

European Commission: Directorate-General for Employment, Social Affairs and Inclusion,

Change and stability of social protection systems in societal and ecological transitions – Scoping study, Publications Office of the European Union, 2025

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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