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À Londres, mendier ou dormir dans la rue coûtera jusqu’à 1.370 euros aux SDF

À Londres, mendier ou dormir dans la rue coûtera jusqu’à  1.370 euros aux SDF | Koter Info - La Gazette de LLN-WSL-UCL | Scoop.it

Photo : un sans-abri à Londres, en Grande-Bretagne, le 13 octobre 2010. - AFP PHOTO/CARL COURT

 

À Londres, mendier ou dormir

dans la rue coûtera jusqu’à

 1.370 euros aux SDF

 

 

Dans un quartier du nord de Londres, un nouvel arrêté municipal controversé prévoit des amendes de 100 livres (137 euros) contre les sans-abri dormant ou mendiant dans la rue, pouvant grimper à 1.000 livres en cas de non-paiement (1.370 euros).

 

Selon cet ordre de protection de l’espace public (PSPO) en vigueur depuis la fin mai, la police ou les officiers municipaux d’Hackney peuvent demander à toute personne de cesser de « mendier, de boire de l’alcool, d’avoir des comportements antisociaux, de mal utiliser les toilettes publiques, de dormir dans la rue, d’uriner ou de déféquer dans un espace public ou d’avoir un chien sans laisse causant des nuisances ». Hackney est un quartier populaire du nord de Londres qui avait été le théâtre d’émeutes en 2011 à la suite de la mort d’un jeune noir tué par la police.

 

 

Un nombre de SDF en hausse

 

Ce PSPO permet à la police ou aux officiers municipaux d’infliger une amende de 100 livres aux contrevenants, une somme qui pourra être portée jusqu’à 1.000 livres par un tribunal en cas de non-paiement. Une pétition en ligne contre cet arrêté pour dénoncer cette « criminalisation des sans-abri d’Hackney » comptait mercredi à la mi-journée 2.700 soutiens. « Les gens ne devraient pas être punis pour le crime de ne pas avoir un toit au-dessus de leur tête », dénoncent les auteurs ce texte, jugeant « absurde d’infliger une amende de 1.000 livres à un SDF ».

 

« Cet arrêté ne sera appliqué qu’en dernier ressort et ne sera utilisé que pour ceux qui continuent de dormir dans la rue et font partie de ceux qui ont un comportement antisocial persistant qui affecte la sécurité et le bien-être des habitants », a tenu à préciser sur le site internet de l’arrondissement d’Hackney la maire adjointe Sophie Linden. En juin 2014, des piques anti-SDF installées devant l’entrée d’un immeuble de Southwark, dans le sud de Londres avaient fait scandale. Le maire conservateur de Londres, Boris Johnson, avait demandé leur retrait.

 

À Londres, on compte 1,37 ménage sans domicile fixe pour 1.000 ménages logés, selon les dernières statistiques gouvernementales. Entre octobre et décembre 2014, 4.690 ménages ont été enregistrés comme étant SDF, un chiffre en hausse de 8 % par rapport à la même période en 2013. Créés en 2014, les PSPO, valables trois ans, visent à donner davantage de pouvoir aux mairies pour lutter contre les comportements antisociaux.

 

 

 

Par N.Beu. avec AFP - 20minutes.fr – le 3 juin 2015.


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Prostitution : esclavage légal au XXIe Siècle ?

Prostitution : esclavage légal au XXIe Siècle ? | Koter Info - La Gazette de LLN-WSL-UCL | Scoop.it



Prostitution : esclavage légal au XXIe Siècle ?

 Par Anya, Naïm, Soizic & Saskia

 

 

En juillet 2014, la pénalisation des clients de la prostitution, mesure pourtant phare du projet de loi sur la « lutte contre le système prostitutionnel », a été supprimée par le Sénat [1]. Le progressisme de façade de ceux qui nous gouvernent n’aura pas fait long feu. Sous le prétexte de la complexité du sujet et de la polémique qu’il engendre, les élus ont, une fois de plus, décidé de ne pas aller au bout du projet. Pourtant, la nécessité de lutter contre cette forme d’exploitation est plus que jamais d’actualité.

 

Il faut rompre avec les idées reçues ; la prostitution n’est pas un « métier comme les autres ». Arrêtons de nous soumettre aux clichés, par exemple à l’argument bidon et faux selon lequel la prostitution serait « le plus vieux métier du monde », qui n’ont qu’un projet : fermer le débat en quelques mots, et donc ne pas apporter de solution au problème.

 

En réalité, le système prostituteur est un instrument du système capitaliste pour se maintenir. Il constitue une violence et une exploitation qui s’inscrivent dans plusieurs formes de domination.

 

Il s’inscrit tout d’abord dans la domination masculine. Une étude scientifique a montré que 12.7 % des hommes en France avouent être clients de prostituées. Le taux pour les femmes est de 0.6 % [2]. Et ce taux ne concerne que ceux qui assument leur pratique. Il n’y a donc absolument pas lieu de nier que le système prostituteur existe pour maintenir la domination masculine. Ce système nuit à toutes les femmes, il les réduit à des marchandises sexuelles. Comme toutes les autres formes de discrimination sexiste, il est un obstacle fondamental à l’égalité entre les femmes et les hommes. Il garantit, pour les hommes, la mise à disposition du corps des femmes, qui va à l’encontre du principe fondamental du droit à disposer de son corps.

 

99 % des clients, en France, sont des hommes [3]. La très grande majorité des personnes qui se prostituent sont des femmes, c’est un fait [4]. Ceci démontre bien que le système prostituteur est l’une des expressions les plus dramatiques du système patriarcal, et il serait donc malvenu de chercher une quelconque réciprocité. Il ne s’agit en aucun cas pour les clients de problèmes individuels (comme sont souvent avancées la timidité ou la prétendue laideur), de frustrations personnelles ou d’une manière d’assouvir les soi-disant pulsions naturelles des hommes. Le besoin sexuel n’existe pas biologiquement, il est construit socialement. Le but n’est pas de nier ce besoin, mais de montrer qu’il ne peut en aucun cas être une justification à l’exploitation d’autrui.

 

Toutefois, le système prostituteur ne s’appuie pas uniquement sur la domination masculine, mais également sur une domination raciste et de classe. Les inégalités économiques que produit le système capitaliste alimentent le système prostituteur. C’est la misère économique qui pousse des individus à vendre leur corps, car cela devient leur moyen de survie. L’exemple fréquemment relayé par les médias des étudiantes qui se prostituent pour financer leurs études est particulièrement parlant. Alors même que l’éducation est un droit fondamental pour tous les êtres humains, et que par conséquent elle devrait être gratuite, les politiques gouvernementales poussent de plus en plus de jeunes filles à vendre leur corps pour suivre leurs études.

 

Les prostituées ne sont pas libres de leur choix, car il est conditionné par des contraintes économiques, mais aussi psychologiques et/ou mafieuses. Le seul choix, c’est celui des clients, et la liberté, celle d’entreprise des proxénètes. Parmi les marchés illégaux, le système prostituteur est tellement rentable qu’il dépasse en termes de valeur celui du trafic d’armes. Les pays capitalistes occidentaux vont dans le sens d’une légitimation de ces marchés (drogue, prostitution), à l’instar de l’Espagne qui les a récemment intégrés dans le calcul de son PIB [5].

 

Par ailleurs, on constate que les personnes issues de l’immigration sont surreprésentées parmi celles qui se prostituent, ceci justement parce qu’elles sont davantage touchées par la précarité. Ce constat ne s’applique pas seulement aux populations issues de l’immigration, mais à tous ceux qui subissent une domination de race. Par exemple, au Canada, les femmes autochtones sont particulièrement visées par ceux qui prostituent, à cause de leur vulnérabilité due à l’exploitation coloniale et à la pauvreté.

 

L’adulation, par la classe dirigeante, du libéralisme outrancier, a provoqué une explosion de la marchandisation des corps et du trafic d’êtres humains, qui se base sur la domination Nord-Sud. Les réseaux mafieux utilisent le principe de la libre circulation des biens et des personnes et font par là même exploser le tourisme sexuel. Désormais, sous le prétexte d’exotisme, le slogan sea, sex and sun vient couvrir la sombre logique selon laquelle les hommes riches peuvent exploiter les femmes et les enfants pauvres, et tout ça… sous le soleil !

 

La prostitution constitue donc une des pires formes d’exploitation au service du système capitaliste. Nous devons la détruire.

 

Pourtant, parmi ceux qui prétendent lutter contre cette exploitation, nombreux sont ceux qui adoptent des positions erronées et contre-productives.

 

Les arguments avancés par ceux qui souhaitent légaliser ou réglementer la prostitution touchent aux domaines de la santé, de l’hygiène et des droits. Légaliser la prostitution permettrait ainsi de mieux protéger les prostituées, de les faire reconnaître comme travailleuses à part entière, bénéficiant de droits et de sécurité. Cependant, il suffit de regarder le bilan à l’œuvre dans deux pays qui ont légalisé la prostitution : les Pays-Bas et l’Allemagne. Celui-ci est catastrophique : banalisation des agissements sexistes (notamment du viol), développement du crime organisé, explosion du secteur illégal, détérioration de la situation des prostituées, mais aussi exclusion des femmes du monde des affaires, légitimation des proxénètes en tant que chefs d’entreprise, banalisation de la prostitution comme débouchés pour les jeunes filles.

 

Aux Pays-Bas, les jeunes femmes qui refusent une « offre d’emploi » comme prostituées se voient ainsi retirer leurs droits de chômeurs. La légalisation ne que fait que normaliser cette exploitation et entraîner une augmentation de la traite des humains ; l’industrie du sexe représente 5 % du PIB des Pays-Bas[6] ! De plus, la légalisation permet aux Hollandaises et Allemandes d’être considérées comme libres, alors que les étrangères qui se prostituent dans ces pays sont toujours victimes de trafic.

 

D’autres avancent que, pour cette raison, il faut simplement interdire la prostitution, c’est-à-dire la rendre illégale. Seulement, cela entraîne une criminalisation des victimes (les prostituées) et pas des coupables (clients et proxénètes). Cette position ne fait que renforcer la stigmatisation des prostituées et détériore encore davantage leurs conditions de vie. Elle ne leur offre aucun autre débouché et ne fait donc en fait que déplacer le problème. Interdire une pratique, d’autant plus en pénalisant les victimes, ne l’a jamais abolie.

 

Par conséquent, la seule position cohérente est celle de l’abolition de la prostitution. Celle-ci n’entend pas simplement l’interdire, la rendre moins visible, ou « humainement acceptable », mais bien attaquer ses causes pour l’abolir totalement. L’abolition de la prostitution passe d’abord par la décriminalisation des prostituées (suppression des mesures répressives et garantie de droits pour toutes les prostituées) et la criminalisation de ceux qui les prostituent (interdiction de tout achat d’acte sexuel, pénalisation des clients, renforcement de la lutte contre le proxénétisme). Elle passe surtout par une remise en cause du système patriarcal dans toutes ses déclinaisons (pornographie, représentation des femmes dans l’audiovisuel, etc.). L’éducation joue un rôle primordial ; plus que promouvoir une égalité de principe, elle doit garantir une égalité de faits.

 

Néanmoins, il est important de ne pas analyser le système prostituteur de manière isolée. Il est profondément lié au système capitaliste, parce qu’à la fois une de ses conséquences et ce qui l’alimente. C’est pourquoi nous ne pouvons pas abolir totalement la prostitution sans abolir le système capitaliste. Il est essentiel de rompre avec le tabou que veulent imposer les médias et les politiques. Nous devons toutes et tous prendre position en connaissance de cause. Parce que nous sommes contre toute forme d’exploitation, nous sommes abolitionnistes.

 

 

Par Anya, Naïm, Soizic & Saskia - Investig’Action - michelcollon.info – le 16 février 2015

 

 

Notes : 

[1] http://www.humanite.fr/le-senat-rel...

[2] Mouvement du Nid, Les clients en question. Enquête d’opinion publique, 2004.

[3] Selon le rapport d’information relatif à la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel du 4 décembre 2013.

http://www.assemblee-nationale.fr/1...

[4] Selon le même rapport, 85 % des prostituées sont des femmes.

[5] http://www.courrierinternational.co...

[6] Richard Poulin, La mondialisation des industries du sexe, Paris, Éditions Imago, 2005, p. 22.


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