Lac de Pascal Rambert, un poème dramaturgique pour quinze voix | TdF  |   Poésie contemporaine | Scoop.it

Publié par Dashiell Donello pour son blog de Mediapart : 

 

 

Lecture/théâtre.

 

« Lac » de Pascal Rambert aux Éditions-Les Solitaires intempestifs.

 

Pascal Rambert a écrit un poème du silence, pour que jamais il ne retombe. Ses pièces sont des propositions blanches ; elles sont nommées ainsi dans la présentation biographique du théâtre qu’il dirige, le T2G à Gennevilliers.

Elles s’écrivent avec et à l’intérieur du spectateur. Lac est donc une proposition blanche monologuée pour quinze jeunes comédiens qui relatent l’absence de Thibaut, cadavre charismatique. Il surgit de la mort pour délier la parole de cette jeunesse européenne, en petits tee-shirts aux effigies de révolutionnaires. 

Être poétique c’est décrire l’horreur telle qu’elle est. Pascal Rambert

Ils sont au bord d’un lac, à la couleur du sang. Quinze jeunes rôdent en jean slim. Ils n’ont pas vu à travers le feulement des feuillages, le corps de Thibaut sous la lune. La nuit a réveillé son absence par ce feu qu’ils ont allumé. Tels des anges déchus, ils tombent sans fin. Il y a leurs corps effrayés qui se dissolvent dans le lac. Il y a Simon1 avec sa petite gueule de paysan brut. Mathias avec ses mains de paysan cool. Cyprien qui taille une jeune branche d’orme avec son Opinel. Emma la première fille. 

La cime a pris le nom de scène de crime. Le sang, comme le soleil, éblouit tout. Surtout leurs corps sortant de l’eau qui peut-être définiraient la  présomption d’innocence. C’est une génération qui pisse dans les feuillages. Un groupe qui rêve ensemble. Alors ils construisent la scène où ils vont pouvoir exister, pactiser avec les mots. Ils vont parler comme on tue. Apporter la précision que seul connaît le sang. La sente du bord du lac est une page y marcher c’est écrire, dit Nastassja. La nuit tatoue, à même leur peau, les chapitres de ce qu’ils se racontent. Car la nuit ce qui est cool, c’est l’oubli, la mort, le sommeil. Alors ils ne voient pas plus au milieu de l’espace social du Châtelet-les-Halles, qu’au bord du lac au milieu des chiens au poil brillant. Ils doivent seulement faire silence pour que les choses existent.

Pascal Rambert a écrit Lac sur commande pour quinze jeunes comédiens. Quinze  monologues écrits sans ponctuation, avec des répétitions qui sonnent comme des répliques à apprendre par coeur : Ô vie, ô joie, ô geai. Quinze  monologues qui posent la question de notre réalité, aujourd’hui. La commande est bonne inspiratrice pour le théâtre, quand on lit Lac de Pascal Rambert. 

Lac sera jouée au festival des écoles du théâtre public à la Cartoucherie – Théâtre de l’Aquarium à Parishttp://www.theatredelaquarium.net/Festival-des-ecoles-du-theatre,475 du 25 au 28 juin 2015.

 


Via Le spectateur de Belleville